Il y a de ces entrevues qui vous marquent. Non seulement parce que l’artiste vous partage son parcours inspirant mais également parce qu’on a l’impression qu’on aurait répondu exactement de la même manière si les questions nous avaient été posées. Après une riche carrière comme coach, animatrice, conférencière, interprète, comédienne et écrivaine depuis presque 20 ans, KLO, de son vrai nom Claudyne Hilaire, est enfin prête à embrasser sa carrière d’artiste. Alors que ce projet avait d’abord vu le jour il y a presque 30 ans, c’est aujourd’hui que KLO se sent enfin prête à assumer entièrement cette passion qui existe en elle depuis toujours. Et le timing ne pouvait pas être meilleur: alors que les projecteurs sont rivés vers le konpa depuis quelques années maintenant, le single « Benito » fait déjà beaucoup de vagues surtout auprès des nostalgiques du konpa, comme on en faisait dans le temps. Notre journaliste Sandra Gasana a eu un très bel échange avec KLO pour PAN M 360, quelques jours après la sortie de « Benito ».
Interviews
Ce mardi 28 avril 2026, 17h, OpéraM3F et le Festival de la Voix présenteront un programme de jazz au 9th Grand Hall, situé dans le Centre Eaton, au centre-ville de Montréal. Le pianiste de jazz Chad Linsley et son quartette (Devon Gillingham à la basse, Rich Irwin à la batterie et Michael Cartile à la trompette) partageront la scène avec la soprano Kerry-Anne Kutz et la mezzo-soprano Kristin Hoff, qui est également directrice artistique d’OpéraM3F. Cette collaboration inspirante entre des chanteuses aux multiples talents (opéra, jazz, Broadway et pop) et des musiciens de jazz est présentée ici par Chad et Kristin.
Questions à Chad Linsley :
PAN M 360 : London Jazz News UK décrit votre style comme discret et délicat. Vous êtes assurément profondément ancré dans la tradition du piano jazz moderne. Comment décririez-vous les principales influences sur votre jeu ?
Chad Linsley : Comme pour beaucoup de pianistes de jazz, Oscar Peterson est un immense héros qui montre tant de possibilités au clavier. Mon père m’a emmené le voir jouer quand j’avais 11 ans au festival de jazz de Saskatoon, en Saskatchewan, aux côtés de Dave Brubeck, George Shearing, Jay McShann et Jaki Byard. Alors que je participais à un atelier de jazz estival au lycée à Regina, on m’a donné une excellente liste d’enregistrements à découvrir, notamment de Herbie Hancock et McCoy Tyner. Avec tant de musique formidable à découvrir, il était facile de se sentir submergé par toutes ces recommandations, et c’est ainsi que des rencontres plus personnelles et inattendues ont commencé à émerger et à avoir un impact – entendre Bud Powell jouer sa composition Celia , Bill Evans accompagnant Tony Bennett, tout ce que fait Shirley Horn, Errol Garner jouant The Way You Look Tonight, les accompagnements funky d’Horace Silver avec les Jazz Messengers, etc.
PAN M 360 : Votre approche est profondément ancrée dans la culture du piano jazz new-yorkais. Comme Montréal est proche de New York et que cette esthétique new-yorkaise trouve un écho chez nous, nous la connaissons bien et l’apprécions depuis qu’Oscar Peterson était un jeune lion à la fin des années 1940.
Chad Linsley : Tout à fait ! J’ai eu la chance de m’y rendre pour la première fois en 1999 grâce à Iwan Edwards, mon professeur de chant choral en grand ensemble à McGill, qui m’avait invité, ainsi que quelques camarades de classe, à chanter avec le St Lawrence Choir au Carnegie Hall aux côtés du MSO. Pour un gamin originaire d’une petite ville de la Saskatchewan, c’était l’aventure d’une vie ! Pendant mon séjour, j’ai également pu écouter et rencontrer Chick Corea au Blue Note. Bien que j’aie vu de nombreuses comédies musicales dans le West End de Londres, j’espère pouvoir assister un jour à un spectacle classique de Broadway à New York ! Ma grand-tante me copiait ses albums vinyles de comédies musicales sur des cassettes, j’ai donc naturellement appris beaucoup de paroles de chansons de comédies musicales de cette manière.
PAN M 360 : Vous vous êtes produit avec des chanteurs de jazz ; je connais notamment votre collaboration avec Renee Yoxon. Pouvez-vous nous dire ce qui vous inspire lorsque vous vous produisez en duo piano-voix ?
Chad Linsley : Depuis que j’ai découvert Shirley Horn et les albums de Tony Bennett et Bill Evans, je cherche à atteindre ce niveau d’émotion et d’immersion dans une chanson dans tout ce que je fais. Je pense aussi aux enregistrements en duo d’Alan Broadbent et Irene Kral, ainsi qu’à de grands arrangeurs comme Nelson Riddle, Marty Paich, Henry Mancini, Robert Farnon, Clare Fischer et Vince Mendoza.
PAN M 360 : Cette fois-ci, vous travaillez avec des chanteuses d’opéra de formation classique. Quel est le défi à relever cette fois-ci ? Comment ces voix vont-elles s’harmoniser avec un ensemble de jazz ?
Chad Linsley : Je travaille avec Kerry-Anne depuis de nombreuses années (une compatriote de la Saskatchewan !). Elle fait preuve d’une incroyable polyvalence dans divers genres musicaux, une qualité qu’elle partage avec son mari, Michael Cartile, qui fait véritablement chanter la trompette ! J’attends avec impatience la sortie de leur album le mois prochain. Travailler avec Kristin Hoff sera une nouvelle expérience pour moi, mais d’après ce que j’ai entendu sur ses enregistrements, sa voix est riche et souple, et elle sait assurément donner vie aux paroles !
PAN M 360 : Le groupe qui se produit lors de ce concert est-il votre formation habituelle ? Envisagez-vous d’intégrer des improvisations entre les morceaux chantés ? Encouragez-vous les chanteurs d’opéra à improviser ?
Chad Linsley: Je collabore régulièrement avec le batteur Rich Irwin et nous avons donné un concert avec le bassiste Devon Gillingham, qui accompagnait Jennifer Gasoi, une fabuleuse auteure-compositrice-interprète. Le plaisir et la flexibilité de ce groupe me font me sentir comme chez moi. En tant que trio, nous allons certainement improviser, mais il faudra venir découvrir cette combinaison unique d’univers musicaux !
QUESTIONS À KRISTIN HOFF
PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a inspirée pour créer ce dialogue entre le chant lyrique et le jazz moderne ?
Kristin Hoff : Lorsque Kerry-Anne et moi avons discuté d’une collaboration entre le Festival de la voix et 9e Musique@17h, elle a tout de suite suggéré de programmer Chad Linsley et son groupe pour un concert de jazz. Égoïstement, j’étais ravie – j’ai toujours adoré chanter du jazz. Au début de ma vingtaine, j’étudiais le jazz vocal plus sérieusement que le chant classique, et bien que mon parcours ait pris une autre direction, je ne l’ai jamais complètement laissé de côté.
J’intègre de temps à autre des morceaux de jazz dans ma programmation, et j’éprouve toujours un peu de nostalgie en y revenant… peut-être des sentiments liés à ce qui aurait pu être. J’ai toujours l’impression de renouer avec une partie de mon passé, et c’est une telle joie de pouvoir le faire aux côtés de certains des incroyables musiciens de jazz de Montréal.
PAN M 360 : Il y a eu quelques collaborations entre des chanteurs de jazz et d’opéra, comme Brad Mehldau et Renée Fleming. Je suis sûr que vous vous êtes penchée sur la question. Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Kristin Hoff : Des chanteuses comme Eileen Farrell et Anne Sofie von Otter ont enregistré de magnifiques albums de jazz. Anne Sofie et Renée Fleming ont toutes deux collaboré avec Brad Mehldau. Je pense que ces projets fonctionnent mieux lorsqu’il y a une véritable compréhension des deux univers. Quelqu’un comme Mehldau, qui a débuté comme musicien classique, passe très naturellement du classique au jazz. On ressent cette profondeur et cette compréhension dans ces collaborations – cela ne sonne jamais forcé.
PAN M 360 : Comment les voix d’opéra peuvent-elles s’intégrer à un ensemble de jazz ? Quels sont les défis à relever ?
Kristin Hoff : Je ne peux pas vraiment parler au nom des autres, mais quand je chante du jazz, je ne l’aborde pas en tant que chanteuse lyrique. C’est peut-être parce que, même au sein de la musique classique, j’ai toujours été particulièrement attirée par les nouvelles œuvres et la création. Dans mon travail avec ma compagnie de création d’opéra, Musique 3 Femmes, je m’intéresse au développement d’opéras qui semblent actuels et en phase avec la façon dont nous vivons la musique aujourd’hui. L’opéra contemporain offre déjà plus de souplesse que le répertoire traditionnel : il exige une approche vocale différente et un plus grand sentiment de liberté. C’est quelque chose qui me touche vraiment. Que je chante de l’opéra contemporain, de la comédie musicale ou du jazz, je recherche toujours ce sentiment d’immédiateté – quelque chose qui semble vivant dans l’instant présent et véritablement connecté au public.
PAN M 360 : Le phrasé, le rythme et les gammes mélodiques (souvent modales) sont assez différents. Comment Kerry-Anne Kutz et vous-même parvenez-vous à vous adapter à ces caractéristiques du jazz sans renoncer à votre formation et à votre héritage culturel ?
Kristin Hoff : Kerry-Anne et moi abordons ce projet avec une grande expérience de la pop, de Broadway et du jazz, en plus de notre travail classique. Pour moi, passer d’un univers à l’autre n’a jamais été un compromis. Au contraire, cela me semble tout à fait naturel. J’ai découvert que ma voix réagit bien à ce genre d’exploration : suivre son instinct, laisser la palette s’élargir un peu. Chanter d’autres styles n’a fait que servir mon travail classique, et en même temps, ma formation classique m’apporte une sorte de souplesse et de couleur que j’apporte au jazz. Tout cela s’enrichit mutuellement d’une manière qui me semble très sincère.
PAN M 360 : En 2026, il existe d’innombrables occasions de découvrir le jazz et la musique classique – bien plus qu’auparavant, même si l’on considère le siècle dernier (Gershwin, Ellington, Ravel, Varèse, etc.). Qu’en pensez-vous ?
Kristin Hoff : J’adore ça ! J’adore ça ! Il y a tellement de musique magnifique à partager !
Performing Artists
- Chad Linsley, piano
- Devon Gillingham, basse
- Rich Irwin, batterie
- Michael Cartile, trompette
- Kerry-Anne Kutz, soprano
- Kristin Hoff, mezzo-soprano, direction artistique
Program
Juicy Lucy (Horace Silver)
Windmills of Your Mind (Michel Legrand)
Angel Eyes (Matt Dennis/Earl K. Brent)
Wheatland (Oscar Peterson)
Polka Dots and Moonbeams (Jimmy Van Heusen/Johnny Burke)
We Are One Again (Kerry-Anne Kutz)
Et, si tu n’existais pas (Joe Dassin)
Nigerian Marketplace (Oscar Peterson)
On the Sunny Side of the Street (Jimmy McHugh/Dorothy Fields)
La batteuse Valérie Lacombe vient de sortir un album intitulé State of Garden and Shadow (dont je parle plus précisément dans cette critique ICI). Le 29 avril 2026, au Lion d’Or à Montréal, elle fera le lancement de ce premier opus, à l’occasion, qui plus est, de la Journée internationale du Jazz. J’ai parlé avec la jeune artiste dans l’entrevue que voici.
PanM360 : Bonjour Valérie. Quel est ton parcours musical?
Valérie Lacombe : J’ai été initiée à la musique à l’école primaire, dans un programme arts-études en musique à Laval, à l’école Des Cèdres, plus précisément.
PanM360 : C’est très drôle! Ma femme enseigne dans cette école!
Valérie Lacombe : Ah oui? Moi j’y étais à la fin des années 1990..
PanM360 : Elle est arrivée un peu après.
Valérie Lacombe : J’ai beaucoup aimé ce parcours. J’y ai énormément appris. C’est une formation solide. Il y avait d’excellents professeurs, dont un qui s’appelait Frédéric Brunel. Il jouait aussi du piano. J’ai suivi quelques cours en privé avec lui, et il m’a un peu initiée au jazz. À l’école, j’apprenais le violon. J’en ai joué longtemps, mais j’ai arrêté car je ne me voyais pas faire une carrière de violoniste professionnelle. Je suis allé à l’Université, en anthropologie, et à un certain point, la musique me manquait, alors j’ai décidé de m’embarquer dans un cours de cégep (à Vanier), en parallèle, en me disant que j’en ferais pour le plaisir.
PanM360 : Et tu as choisi la batterie?
Valérie Lacombe : Oui. Ça m’attirait, peut-être parce que mon père en avait une à la maison. Il en avait joué dans sa jeunesse, pour le plaisir, avec des amis. Elle demeurait rangée dans des boîtes. Je n’avais pas vraiment le droit d’y toucher quand j’étais jeune. On disait que ça faisait du bruit. Mais ma curiosité avait toujours été présente.
PanM360 : Mais tu ne savais pas en jouer?
Valérie Lacombe : Non! 10 jours avant d’entrer au cégep, j’ai appris qu’il fallait préparer une audition! Moi je pensais qu’on allait m’apprendre à jouer. Finalement, j’ai réussi, et ensuite je suis tombée en amour avec l’instrument et avec le jazz. J’ai laissé tomber l’anthropologie, complété mon cégep, et suis entrée à McGill.
PanM360 : Un beau parcours inusité! Était-ce intimidant pour toi de sentir que tu débutais sur un instrument alors que les autres, pour la plupart, maîtrisait le leur depuis plus longtemps?
Valérie Lacombe : Je me mettais beaucoup de pression sur les épaules pour réussir, mais le feeling que j’avais à, c’était de retrouver le monde que je connaissais, le monde de la musique justement que j’ai connu à l’école Des Cèdres. Je n’en revenais pas que ça pouvait faire ma vie dans la musique, que les gens étudiaient ça à l’école comme moi j’avais fait au primaire, à temps plein. J’avais envie de travailler fort même si je commençais plus tard.
Je croyais beaucoup en mon potentiel et surtout j’étais tellement en amour avec la musique que je n’ai pas senti que j’avais d’autre choix. J’avais l’impression que ça faisait longtemps que je cherchais à m’investir dans un projet qui m’interpellait à ce point. Je me comptais vraiment chanceuse même si c’est sûr que ça n’a pas été facile de préparer une audition pour McGill quand ça faisait juste un an et demi que je jouais.
PanM360 : Avec qui as-tu étudié?
Valérie Lacombe : Avec Jim Doxas.
PanM360 : Grosse pointure. C’est du très très solide.
Valérie Lacombe : Oui, en effet! Ensuite j’ai aussi étudié avec André White, Kevin Dean, Dave Lang, Darryl Green. J’ai maintenant terminé ma maîtrise.
PanM360 : Comment t’es-tu familiarisée avec le répertoire jazz? Qui ont été tes premiers modèles?
Valérie Lacombe : Quand j’ai commencé à Vanier, je ne connaissais rien du jazz. Un exemple que je mentionne souvent quand je parle de ma première année là-bas, c’est que je n’étais pas certaine si John Coltrane jouait de la trompette ou du saxophone! Lol. Puis quelqu’un que j’ai rencontré m’a fait un mixtape avec ses batteurs préférés. Une liste que j’ai écoutée pas mal. Là-dessus, il y avait Soul Station de Hank Mobley. Ensuite, un ami m’a fait écouter Night Train de Oscar Peterson. Avec Elvin Jones à la batterie. Là, j,ai commencé à copier ce que les batteurs faisait. J’étais dans ma salle de répétition et j’essayais de jouer, comment on dit, ‘’play along’’. J’écoutais l’album et je portais attention à ce que le batteur jouait et j’essayais de le reproduire. Je l’ai beaucoup fait avec Ed Thigpen. Puis avec Jimmy Cobb. Je sens que c’est vraiment eux qui m’ont appris à aller chercher un bon feel à la cymbale.
J’y ai passé des heures et des heures et des heures et des heures. Il y a aussi Max Roach que j’ai beaucoup étudié. Plus pour le langage, dans son cas. C’est un batteur qui a passé beaucoup de temps à construire un discours pour faire parler toutes les pièces de la batterie.
Le hi-hat, le bass drum, le snare, les toms. Il y a un langage extrêmement mélodique quand il improvise. J’ai passé beaucoup de temps à repiquer ses solos.
PanM360 : Et finalement, l’album? Ça vient comment?
Valérie Lacombe : C’est mon projet de Maîtrise. On doit enregistrer une heure de musique originale.
PanM360 : Et l’univers musical en est un sans piano. Pourquoi?
Valérie Lacombe : Je dirais que ma source principale d’inspiration pour la composition, c’est celle que j’associe avec le groupe d’Elvin Jones. Je dois aussi nommer André White, qui a une influence sur le monde qu’il crée dans ses compositions, de cette façon.
PanM360 : Est-ce que tu te sens autant accompagnatrice que compositrice ou est-ce que la composition, ça t’a donné le goût d’aller là-dedans encore plus?
Valérie Lacombe : Principalement, je me sens comme une musicienne. J’aime jouer, accompagner les musiciens qui présentent leur propre musique originale parce que c’est personnel. Tu rentres dans leur monde à eux. Tu découvres d’autres facettes de leur personnalité musicale. Puis, ça a été le même sentiment que j’ai eu avec moi-même de me poser puis d’écouter les sons que j’entendais, et ensuite créer des pièces à partir de ça.
PanM360 : L’album a un fil conducteur, une inspiration extra musicale…
Valérie Lacombe : Oui, je suis allé pigé chez une autrice qui s’appelle Clarice Lispector, dans une nouvelle qu’elle a écrite et qui s’appelle Àgua Viva. Plus précisément une citation là-dedans, State of Garden and Shadow.
PanM360 : Quelle est la signification?
Valérie Lacombe : Quand j’ai lu ce livre, c’était une grande période de transformation pour moi, parce que j’allais finir mes études, que j’avais énormément grandi en tant que musicienne, mais aussi en tant que compositrice.
C’est un livre que j’avais lu un peu avant de commencer le processus de composition, puis cette citation m’avait beaucoup interpellée. C’est une autrice qui écrit de façon très imagée. des fois une phrase va me faire réfléchir puis voyager énormément, puis cette phrase, State of Garden and Shadow, ça me fait me connecter avec le sentiment de prendre le temps, de s’occuper d’un jardin. Ça prend de la patience, ça prend beaucoup de travail, mais il y a tellement de beauté qui ressort de tout ça.
C’est juste une image qui collait vraiment bien avec ce que je vivais à McGill. D’un point de vue esthétique, il y aussi ce qui m’attire dans les sons que j’entends, l’équilibre de noirceur et de beauté.
PanM360 : Et les trois membres qui complètent ton quatuor, ce sont tous des gens de McGill. De bonnes connexions?
Valérie Lacombe : Oui, très bonnes. Des musiciens que j’aime beaucoup. Camille Thurman, Caoilainn Power et Ira Coleman. Caoilainn, ça fait longtemps que je joue avec elle. J’ai déjà eu un sextet dans les années 2016-2017, puis elle en faisait partie. Elle joue du saxophone alto, puis j’adore sa façon de jouer. Camille Thurman puis Ira Coleman, des musiciens que j’admire. Pour moi, c’était le band idéal, même que quand j’écrivais avant même de savoir s’ ils acceptaient d’enregistrer avec moi, c’est leur son que j’imaginais.
PanM360 : Comment tu ressens le fait de les avoir avec toi, sur ton premier album?
Valérie Lacombe : C’est un grand privilège. J’ai vraiment senti en enregistrant que j’étais avec des pros, puis j’étais touchée de savoir qu’ils avaient envie de m’accompagner dans ce projet. Ils ont vraiment compris l’esthétique de l’album, le genre de musique à laquelle je faisais référence.
PanM360 : Je trouve que tu fais beaucoup dans la finesse. Tu es capable de puissance, mais il n’y a jamais de tonitruance. Et tu aimes dessiner de fines lignes, non? Est-ce que les années classiques, le violon, ont une influence?
Valérie Lacombe : Je pense que ça a forgé quelque chose de très solide en effet.
PanM360 : Le lancement aura lieu le 29 avril, la veille de la Journée internationale du Jazz.
Valérie Lacombe : Oui, je suis très contente. Depuis 2015 qu’on fête cette journée à Montréal (ça avait commencé quelques années avant ailleurs dans le monde). C’est une très belle occasion.
PanM360 : Ensuite?
Valérie Lacombe : Un projet un peu fou qui va commencer le 11 mai, et jusqu’au 5 juin. Je vais présenter mon projet, State of Garden in Shadow, à travers le Canada.
J’ai booké des concerts partout au Canada. Puis, j’engage des musiciens locaux. Moi, je vais partir de Montréal en voiture. Je vais conduire jusqu’à Vancouver.
J’aimerais aussi booker une tournée dans l’est du Canada. Puis, ben, tranquillement, je pense au prochain album.
INFOS ET BILLETS POUR LE LANCEMENT DE L’ALBUM LE 29 AVRIL 2026
Ce dimanche 26 avril à la Sala Rossa, l’organisme Codes d’accès présente Constellations corporelles, un programme réunissant des compositeurs émergents du Québec qui explorent « le corps et les aspects insolites de la mise en scène ».
Gabo Champagne et Rebecca Gray ont composé ensemble une pièce de théâtre musical qui repousse les limites émotionnelles du public et les limites physiques de la chanteuse, en fusionnant le chant classique et l’art de la performance.
Assembly Line Apparitions, de Nicholas Ma, est une œuvre pour violoncelle et électronique. Tous les éléments électroniques sont créés à partir d’enregistrements de violoncelle, montés de manière à apparaître comme des apparitions fantomatiques sous la performance en direct. Cette pièce est présentée en collaboration avec le Vivier Interuniversitaire (ViU).
Le duo Gabriela Tomé et Christophe Lengelé propose Caos Celestial de Archivos pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’), une performance mêlant musique électronique, guitare, visuels et voix, inspirée par la théorie des trous noirs et des forces cosmiques.
Alexis Blais présente Crowdwork, pour violon, alto et haut-parleurs placés sur les genoux du public, inspirée des interactions observées entre un comédien et son public.
Alexis nous en explique les tenants et aboutissants.
PAN M 360 : Rappelez-nous votre parcours!
Alexis Blais : Après une formation de pianiste classique, j’ai effectué un baccalauréat en électroacoustique au Conservatoire de musique de Montréal avec Louis Dufort. J’y ai appris les fondements de l’acousmatique et y ai développé mon style de composition corrosif et à fleur de peau, avec des pièces comme Skand (2021) et animal_farm (2022). J’ai ensuite complété une maîtrise en composition et création sonore à l’Université de Montréal avec Ana Dall’Ara-Majek. J’y ai mené des recherches sur les types de collaborations en musique électroacoustique, et y ai débuté une pratique de composition de musique mixte que je n’avais pas précédemment. Crowdwork fait partie de mes pièces composées pendant cette période. J’ai également une pratique de composition pour la scène, pour des œuvres de danse et de théâtre.
PAN M 360 : Quelles sont vos préférences esthétiques en musique?
Alexis Blais : En musique électroacoustique, j’aime les propositions qui mettent leur emphase sur la plasticité et l’abstraction de la matière, dans une approche organique.
PAN M 360 : Vous avez conçu une pièce pour violon alto et enceintes posées sur les genoux du public, vous dites vous inspirer des interactions observées entre un humoriste et son audience. Pouvez-vous expliquer le pourquoi et le comment de ces choix? De quelles enceintes s’agit-il? En quoi l’interaction entre un humoriste et son public peut-elle vous inspirer?
Alexis Blais : Crowdwork a été composé comme un calque d’un numéro d’humour classique, qui oscille entre des moments de monologue et d’autres de dialogue avec le public. Hélios, au violon, joue l’humoriste sur scène et fait des blagues à son instrument, auxquelles réagissent les 8 haut-parleurs du public qui sont actionnés en direct par moi.
Ces enceintes sont de vieux haut-parleurs de salon, trouvés pour quelques dollars en friperie. Ils diffusent, en guise de réactions aux blagues de Hélios, des transformations électroacoustiques d’enregistrements de son instrument effectués en studio. L’inspiration de la pièce m’est venue en réfléchissant à la place du public dans les musiques contemporaines. Je voulais trouver une façon d’intégrer ce public dans le discours de la pièce. Le parallèle avec le stand-up est venu tout naturellement.
Dans cette pratique scénique, la participation du public et sa façon de réagir est presque aussi importante que la partie de l’interprète sur scène. Le public glousse, s’étonne, se froisse ou se retire, allant même parfois à influencer le cours du numéro. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de franchement musical dans ces échanges, d’où mon envie de les musicaliser totalement.
PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets?
Alexis Blais : Je travaille présentement sur la diffusion d’une longue forme acousmatique créée en collectif, qui se nomme Les brasiers mobiles. Il s’agit d’une pièce semi-narrative avec une narration par Amaryllis Tremblay de textes de Hannah Arendt, tirés de son livre La nature du totalitarisme. Je travaille également à la composition d’une nouvelle longue forme semi-narrative de la même veine, qui pourra être écoutée en salle comme un film sans image.
PROGRAMME
Nicholas Ma, Assembly Line Apparitions, for solo cello and electronics (6’30 »). 2025.
- Jaeyoung Chong, violoncelle
Gabo Champagne/Rebecca Gray « Funnelleries », 2025 (25’)
- Gabo Champagne, composition
- Rebecca Gray, composition et voix
ENTRACTE
Alexis Blais « Crowdwork » pour violon et électronique, 2025 (10’)
- Alexis Blais, composition
- Hélios Paradis, violon
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé « Caos Celestial de Archivos » pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’)
- Gabriela Tomé, composition et guitare
- Christophe Lengelé, composition et électroniques
Ce dimanche 26 avril à la Sala Rossa, l’organisme Codes d’accès présente Constellations corporelles, un programme réunissant des compositeurs émergents du Québec qui explorent « le corps et les aspects insolites de la mise en scène ».
Alexis Blais présente Crowdwork, une pièce pour violon, alto et haut-parleurs placés sur les genoux du public, inspirée des interactions observées entre un comédien et son public.
Assembly Line Apparitions, de Nicholas Ma, est une œuvre pour violoncelle et électronique. Tous les éléments électroniques sont créés à partir d’enregistrements de violoncelle, montés de manière à apparaître comme des apparitions fantomatiques sous la performance en direct. Cette pièce est présentée en collaboration avec le Vivier Interuniversitaire (ViU).
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé propose Caos Celestial de Archivos pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’), une performance mêlant musique électronique, guitare, visuels et voix, inspirée par la théorie des trous noirs et des forces cosmiques.
Gabo Champagne et Rebecca Gray ont composé ensemble une pièce de théâtre musical qui repousse les limites émotionnelles du public et les limites physiques de la chanteuse, en fusionnant le chant classique et l’art de la performance.
Gabo et Rebecca répondent ici aux questions de PAN M 360 afin de nous présenter le parcours du tandem et l’œuvre dont il est ici question.
PAN M 360 : Nous vous avons déjà présentées sur PAN M 360, mais SVP rappelez-nous brièvement votre parcours puisque plusieurs de nos usagers.ères n’ont possiblement pas lu ou vu ces contenus.
Gabo: Je suis une artiste transdisciplinaire ayant un parcours en théâtre, en performance et en musique. Mon travail récent s’articule autour de l’art performance, du théâtre musical et de l’opéra contemporain. C’est donc tout naturellement que ce projet avec Rebecca est né.
Rebecca: Je suis une soprano, compositrice et improvisatrice passionnée par l’interprétation et la création du répertoire classique et contemporain, cherchant toujours à apporter ma queerness, ma neurodivergence et le féminisme dans tout ce que je fais. Ma voix compositionnelle unique est appréciée tant par le public que par les musicien·ne·s pour son alliance entre sens mélodique et expérimentation musicale. J’aime révéler les élans opératiques grandioses au cœur de nos vies ordinaires, et mon travail mêle sincérité, absurdité et humour noir.
PAN M 360 : Quelle est la motivation originelle de travailler à deux sur un théâtre musical?
Gabo: Comme compositrice, je me spécialise dans le théâtre musical. Mon approche de ce courant est particulière, en ce que je m’intéresse aux extrêmes, au dépassement des limites. Je pense que c’est cette approche qui relie mon travail et celui de Rebecca, qui a développé tout un arsenal vocal très personnel dans sa pratique de chanteuse lyrique. L’idée même de travailler sur une pièce de théâtre musical repose donc sur la rencontre naturelle de nos pratiques.
PAN M 360 : Que signifie Funnelleries?
Gabo et Rebecca: Vous le découvrirez en voyant la pièce!
PAN M 360 : Comment avez-vous partagé les tâches de conception?
Rebecca : Presque tous les aspects de cette œuvre ont été créés ensemble, en partageant le même espace. Nous avons eu environ 501 idées différentes pour cette pièce, et nous avons fait des allers-retours, improvisant autour de nombreux thèmes. Un jour, Gabo a trouvé un objet particulier qui nous a complètement inspirées. Les dimensions musicales et physiques de l’œuvre se sont révélées conjointement, à travers l’exploration et l’improvisation.
Cette œuvre me demande, en tant qu’interprète, de développer de nombreuses nouvelles compétences : des sons vocaux étranges, la manipulation d’objets et le comique physique. Il était essentiel de bénéficier du regard constant de Gabo, musicalement, physiquement et dans la dramaturgie, alors que nous construisions l’œuvre ensemble, moment par moment, pièce par pièce.
L’œuvre est très flexible, ce qui fait que nous continuons à découvrir de nouvelles idées et de nouveaux détails à y ajouter. Je soupçonne que nous continuerons à peaufiner le tout ensemble jusqu’à la représentation.
PAN M 360: Vous prétendez « repousser les limites émotionnelles du public, et physiques de la chanteuse, en fusionnant le chant classique avec l’art de la performance. » : comment comptez-vous y parvenir dans la structure de l’œuvre et dans son interprétation?
Gabo: C’est une œuvre très exigeante à exécuter. On est vraiment dans la lignée d’œuvres performatives qui explorent les limites physiques. On peut penser à 12HOURS, une pièce pour chanteuse solo de 12h créée par la compositrice Catherine Kontz. Dans notre cas, il s’agit moins d’un dépassement dans la durée que dans l’exigence des passages chantés en eux-mêmes, ainsi que l’exécution physique, qui comprend beaucoup de mouvements. Il faut être en forme pour performer cette pièce.
Il est toujours difficile de présumer de la réaction que le public aura face à une œuvre. Toutefois, nous pensons que l’exigence de la pièce peut générer une sensation de qui-vive chez l’auditoire, qui ressent forcément l’intensité de l’exécution. De plus, la trame narrative de la pièce est engageante et touchante. Je crois que ça a le potentiel de rejoindre les gens.
PAN M 360: Quels sont vos projets à venir?
Gabo: Cet été, j’ai la chance de présenter deux premières dans un contexte international. La pièce Mmre, un duo pour flûte et trombone, sera présentée le 28 mai à Athènes, dans le cadre d’un concert hommage à Georges Aperghis, qui sera présent lors des répétitions. Ensuite, je me déplacerai en Slovénie pour la première de II, une pièce pour chef d’orchestre, 2 chanteuses et 4 instruments indéterminés. Cette pièce fait partie de la programmation du Bled Contemporary Music Week.
En septembre, je présenterai un extrait d’un opéra en français québécois dans le cadre d’Opér’actuel avec Chants Libres (livret de JJ houle, avec les sopranos Virginie Mongeau et Émilie Versailles). Enfin, à la fin octobre, avec le Vivier, je présenterai le premier concert de mon nouvel ensemble de théâtre musical, Tonitruances. Un programme éclectique avec la crème de la crème de la relève en musique contemporaine!
Rebecca : Pour celles et ceux qui ne seront pas en Grèce le 28 mai pour découvrir la nouvelle création de Gabo, je vous invite à venir le même soir à la création mondiale de mon œuvre, qui aura lieu à Montréal, à l’église Church of St Andrew and St Paul. J’ai composé un oratorio sur l’alliance entre femmes trans et cis, « Iels m’ont dit… », qui sera présenté aux côtés d’un large éventail d’œuvres de compositeur·rice·s queer, en soutien aux droits des personnes queer. Comme toujours, j’aime explorer les enjeux sérieux à travers un prisme absurde : l’œuvre est à la fois une traversée hilarante des absurdités transphobes et un appel sincère à l’alliance et à la connexion.
PROGRAMME
Nicholas Ma, Assembly Line Apparitions, for solo cello and electronics (6’30 »). 2025.
- Jaeyoung Chong, violoncelle
Gabo Champagne/Rebecca Gray « Funnelleries », 2025 (25’)
- Gabo Champagne, composition
- Rebecca Gray, composition et voix
ENTRACTE
Alexis Blais « Crowdwork » pour violon et électronique, 2025 (10’)
- Alexis Blais, composition
- Hélios Paradis, violon
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé « Caos Celestial de Archivos » pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’)
- Gabriela Tomé, composition et guitare
- Christophe Lengelé, composition et électroniques
Ce dimanche 26 avril à la Sala Rossa, l’organisme Codes d’accès présente Constellations corporelles, un programme réunissant des compositeurs émergents du Québec qui explorent « le corps et les aspects insolites de la mise en scène ».
Alexis Blais présente Crowdwork, une pièce pour violon, alto et haut-parleurs placés sur les genoux du public, inspirée des interactions observées entre un comédien et son public.
Gabo Champagne et Rebecca Gray ont composé ensemble une pièce de théâtre musical qui repousse les limites émotionnelles du public et les limites physiques de la chanteuse, en fusionnant le chant classique et l’art de la performance.
Assembly Line Apparitions, de Nicholas Ma, est une œuvre pour violoncelle et électronique. Tous les éléments électroniques sont créés à partir d’enregistrements de violoncelle, montés de manière à apparaître comme des apparitions fantomatiques sous la performance en direct. Cette pièce est présentée en collaboration avec le Vivier Interuniversitaire (ViU).
Sujets de cette interview, le duo Gabriela Tomé et Christophe Lengelé propose Caos Celestial de Archivos pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’), une performance mêlant musique électronique, guitare, visuels et voix, inspirée par la théorie des trous noirs et des forces cosmiques. Gabriela « Gabi » Tomé répond ici aux questions de PAN M 360 afin de nous présenter le parcours du tandem et l’œuvre dont il est ici question.
PAN M 360 : Décrivez-nous brièvement chacun.e votre parcours académique et professionnel
Gabi Tomé: J’ai étudié la guitare jazz à Winnipeg. Je me suis installée à Montréal il y a environ 10 ans, où j’ai été guitariste, compositrice, et directrice musicale pour différents projets au fil des ans. Pendant la pandémie, j’ai arrêté de jouer de la guitare jazz, j’ai appris à coder et j’ai commencé à travailler comme développeuse web. C’est durant cette période que j’ai rencontré Christophe, qui m’a fait découvrir la musique numérique. J’ai aussi ai commencé à fréquenter le Mardi Spaghetti pour la première fois et à m’intéresser à l’improvisation libre et aux visuels en direct.
Christophe est un homme étrange. Il a travaillé à Paris pour les capitalistes avant d’abandonner sa carrière dans le marketing pour se consacrer à la musique. Il s’est installé à Montréal il y a une dizaine d’années et développe depuis ses propres outils open source (Live4Life et FizzyHydra). Il a étudié à l’Université de Montréal et ses travaux de recherche de spécialisation ont été publiés dans des revues universitaires. Sa dernière représentation a eu lieu à l’université Johns Hopkins, dans le cadre du symposium SuperCollider.
PAN M 360: Quelle est la motivation originelle de votre travail commun?
Gabi Tomé: Notre passion pour les technologies open source.
PAN M 360 : Quelle est la structure de l’œuvre au programme?
Gabi Tomé: La composition se décline en trois mouvements. Le premier traite de la lumière en tant que vecteur d’information. Le deuxième porte sur la théorie du chaos. Et le dernier explore les singularités gravitationnelles qui génèrent la densité infinie d’un trou noir.
PAN M 360: Comment envisagez-vous le lien entre guitare, voix, électronique et visuels dans
votre œuvre?
Gabi Tomé: La voix est sans aucun doute celle du narrateur : nous utilisons ma poésie pour donner un sens à notre chaos sonore. Les ordinateurs, avec leur structure musicale semblable à une base de données, sont de véritables trous noirs d’informations. (Pas littéralement, mais au sens poétique), la guitare représente pour moi le chaos total. Un comportement totalement imprévisible. Les images générées et contrôlées par l’ordinateur de Christophe composent, à mes yeux, un univers visuel à la fois chaotique et organique. Bien qu’elles soient intimement liées aux sons produits par la machine, je les perçois surtout comme profondément influencées par la célèbre séquence de 2001, l’Odyssée de l’espace, où un déferlement de lumières psychédéliques évoque l’immensité d’un savoir insaisissable — un savoir qui, comme la théorie des trous noirs pour moi, demeure impossible à pleinement saisir, intangible, et ne peut dès lors se manifester que sous forme d’images abstraites.
PAN M 360 : Comment cette œuvre s’inspire-t-elle de la théorie des trous noirs et des
forces cosmiques?
Gabi Tomé: J’ai l’impression que, visuellement, nous cherchons à représenter quelque chose d’intangible. Pour moi, certains aspects de la physique des trous noirs sont littéralement inimaginables. Par exemple, l’idée qu’un trou noir crée une déformation de l’espace-temps, ou encore que certains trous noirs soient invisibles — perceptibles uniquement à travers la lumière qui se courbe autour d’eux. Une lumière si lointaine qu’elle échappe elle aussi à la perception directe, tout en restant mesurable. Ce n’est là qu’une infime partie de ce que recouvre la théorie des trous noirs, et je peine à exprimer à quel point elle me paraît à la fois belle, illogique et profondément logique.
La pièce effleure ainsi plusieurs notions : la théorie de l’information — notamment l’information contenue dans la lumière —, les principes de gravité et de masse, et plus largement, la poésie inhérente à la théorie des trous noirs.
PAN M 360: Vos projets à venir?
Gabi Tomé: Je me produira en Lettonie en mai, dans le cadre d’un festival d’art performatif et j’enregistrerai cet été un album de jazz, Oracùlo. Christophe continue de peaufiner ses programmes open source et travaille actuellement sur un nouvel article scientifique.
PROGRAMME
Nicholas Ma, Assembly Line Apparitions, for solo cello and electronics (6’30 »). 2025.
- Jaeyoung Chong, violoncelle
Gabo Champagne/Rebecca Gray « Funnelleries », 2025 (25’)
- Gabo Champagne, composition
- Rebecca Gray, composition et voix
ENTRACTE
Alexis Blais « Crowdwork » pour violon et électronique, 2025 (10’)
- Alexis Blais, composition
- Hélios Paradis, violon
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé « Caos Celestial de Archivos » pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’)
- Gabriela Tomé, composition et guitare
- Christophe Lengelé, composition et électroniques
Dimanche prochain, le 26 avril, à la Sala Rossa, Codes d’accès présente Constellations corporelles, un programme réunissant des compositeurs émergents du Québec qui explorent « le corps et les aspects insolites de la mise en scène ».
Alexis Blais présente Crowdwork, pour violon, alto et haut-parleurs placés sur les genoux du public, inspirée des interactions observées entre un comédien et son public.
Gabo Champagne et Rebecca Gray ont composé ensemble une pièce de théâtre musical qui repousse les limites émotionnelles du public et les limites physiques de la chanteuse, en fusionnant le chant classique et l’art de la performance.
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé propose une performance mêlant musique électronique, guitare, visuels et voix, inspirée par la théorie des trous noirs et des forces cosmiques.
Assembly Line Apparitions, de Nicholas Ma, est une œuvre pour violoncelle et électronique. Tous les éléments électroniques sont créés à partir d’enregistrements de violoncelle, montés de manière à apparaître comme des apparitions fantomatiques sous la performance en direct. Cette pièce est présentée en collaboration avec le Vivier Interuniversitaire (ViU).
Voici notre entretien PAN M 360 avec Nicholas Ma, qui nous explique avec clarté et concision son processus de création pour cette œuvre, en plus de nous raconter le parcours de sa carrière naissante.
PAN M 360 : Parlez-nous de votre parcours universitaire et professionnel.
Nicholas Ma : Je suis compositeur et pianiste et je termine actuellement une maîtrise en composition à l’Université McGill, où j’ai également obtenu mon diplôme de premier cycle avec une double spécialisation en interprétation pianistique et en composition, ainsi qu’une mineure en théorie musicale. Mes œuvres ont été interprétées par des ensembles tels que l’Esprit Orchestra, et j’ai reçu plusieurs prix du jeune compositeur décernés par la Fondation SOCAN. Parallèlement à ma pratique de la composition, je suis président de l’Association des étudiants compositeurs de McGill et siège au conseil d’administration de l’Orchestre des compositeurs canadiens. J’ai également siégé au comité Vivier InterUniversitaire, au conseil consultatif NextGen, en tant que représentant du département de composition au sein de la Société des étudiants diplômés en musique de McGill, et j’ai cofondé l’ensemble Off-Topic.
PAN M 360 : Quelles sont vos préférences esthétiques en matière de composition ?
Nicholas Ma : Ma musique explore souvent l’interaction entre la vitalité rythmique, l’espièglerie et la rigueur contemplative. Je m’intéresse particulièrement aux situations où des éléments de surface énergiques ou humoristiques coexistent avec des fondements structurels ou expressifs plus profonds. Cette superposition entre immédiateté et réflexion est un domaine fascinant qui permet d’attirer rapidement l’attention des auditeurs tout en suscitant une plus vaste réflexion.
PAN M 360: Comment intégrez-vous les instruments électroniques et acoustiques dans vos œuvres ?
Nicholas Ma : Dans mon travail, l’électronique peut interagir de différentes manières avec les instruments acoustiques : elle peut refléter les gestes instrumentaux, se fondre suffisamment pour créer des illusions perceptives sur ce que produit l’interprète en direct, ou encore contraster fortement avec l’univers sonore acoustique. Dans Assembly Line Apparitions, l’électronique consiste en une piste fixe créée entièrement à partir d’enregistrements du violoncelliste Jaeyoung Chong, pour qui la pièce a été écrite, de sorte qu’il joue aux côtés de versions transformées de ses propres sons antérieurs. Cela crée effectivement une interaction avec une version « fantôme » enregistrée de son passé instrumental, ce à quoi font référence les « apparitions » du titre.
PAN M 360 : Pouvez-vous expliquer la structure de la pièce au programme ?
Nicholas Ma: Sur le plan structurel, cette pièce imite une équipe de nuit en usine. La musique oscille entre des cellules rythmiques en boucle serrée et des textures plus abstraites. La section centrale s’éloigne du groove pour laisser place à des sons tenus et des effets métalliques, avant de revenir à une version plus dense et plus déformée du matériau d’ouverture. La « chaîne de montage » du titre fait référence à deux choses : le groove répétitif et mécanique qui anime la pièce, et le processus étape par étape consistant à transformer des enregistrements acoustiques en matériel électronique, puis à les retransformer en acoustique. En ce sens, la pièce elle-même a été construite comme une chaîne de montage : de l’interprétation à l’édition et à la transformation, puis finalement de nouveau à l’interprétation.
PAN M 360 : Quels sont les défis liés à l’interprétation de cette pièce ?
Nicholas Ma : La pièce comporte plusieurs sections en temps libre dans lesquelles le violoncelliste écoute le matériel électronique transformé et y répond par l’improvisation. Ces passages exigent de l’interprète qu’il prenne des décisions d’interprétation quant à savoir s’il doit se fondre étroitement avec la piste électronique ou s’en différencier fortement. Bien que ces passages puissent être exigeants en termes de réactivité et de jugement improvisateur, ils permettent à l’interprète en direct de participer davantage à la boucle de rétroaction de la chaîne de montage qui façonne l’œuvre.
PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets ?
Nicholas Ma : L’un de mes prochains projets est une œuvre pour quatuor de saxophones et électronique multimédia sur le thème du « doomscrolling », qui associe la fragmentation de la capacité d’attention, la gratification algorithmique et les mèmes de chats afin d’examiner comment les environnements d’écoute véhiculés par les plateformes redéfinissent l’attention et la perception musicale contemporaines.
PROGRAMME
Nicholas Ma, Assembly Line Apparitions, for solo cello and electronics (6’30 »). 2025.
- Jaeyoung Chong, violoncelle
Gabo Champagne/Rebecca Gray « Funnelleries », 2025 (25’)
- Gabo Champagne, composition
- Rebecca Gray, composition et voix
ENTRACTE
Alexis Blais « Crowdwork » pour violon et électronique, 2025 (10’)
- Alexis Blais, composition
- Hélios Paradis, violon
Gabriela Tomé et Christophe Lengelé « Caos Celestial de Archivos » pour électroniques, guitare et voix, 2024 (25’)
- Gabriela Tomé, composition et guitare
- Christophe Lengelé, composition et électroniques
Étrangement, Bruce Liu n’est pas une superstar à Montréal, sauf pour les connaisseurs de musique classique qui remplissent pour lui et l’OSM la Maison symphonique, ce mercredi 22 avril et ce jeudi 23. Né à Paris de parents originaires de Beijing, le pianiste de 28 ans (très bientôt 29) a grandi en bonne partie à Montréal, il a suivi les enseignements de Richard Raymond à l’Université de Montréal et s’est rapidement illustré sur la scène classique mondiale pour une raison évidente : il est extraordinairement doué.
Adolescent, il s’imposait au concours de l’OSM, son parcours éclatant de jeune compétiteur le mena à remporter la première place du Concours international de piano Frédéric-Chopin à Varsovie, soit la plus renommée des compétitions pianistiques sur la planète bleue.
Recruté par le renommé label allemand Deutsche Grammophon , il parcourt le monde et fait assurément partie de l’élite des pianistes de concert sur le circuit international.
Pourquoi donc Bruce Liu n’est-il pas mis de l’avant par la culture locale comme le sont Charles Richard-Hamelin, Marc-André Hamelin, Louis Lortie, Alain Lefèvre, Louise Bessette et autres David Jalbert? Difficile de répondre… On sait que ses agents (situés à l’étranger) consentent peu à ce qu’il accorde des interviews, traitant le marché montréalais comme un parmi d’autres.
Qu’à cela ne tienne, PAN M 360 a enfin conversé cette semaine avec Bruce Liu entre deux répétitions avec l’OSM et Rafael Payare qui lui donnent la réplique dans le Concerto No 1 pour piano et orchestre de Tchaïkovski.
PAN M 360 : Restez-vous basé à Montréal?
Bruce Liu : Oui, je suis toujours basé à Montréal.
PAN M 360 : Donc, vous avez gardé cet attachement même si vous êtes né à Paris et que vos parents viennent de Chine.
Bruce Liu : Oui, ils viennent de Beijing.
PAN M 360 : Puis, vous avez étudié avec Richard Raymond à l’UdeM.
Bruce Liu : Oui, très longtemps, soit de 2011 jusqu’à 2019. Ce fut très marquant pour moi.
PAN M 360 : Personne d’autre que vous venant du Québec a gagné le premier prix du concours Chopin. Comment expliquez-vous ce laxisme des médias québécois à votre sujet ?
Bruce Liu : Je ne sais pas… Vous savez, ça m’est égal. Je ne m’en préoccupe pas. J’ai tellement de contenu musical à absorber, cela prend tout mon temps !
PAN M 360 : C’est quand même dommage que vous n’ayez pas ici cette réputation à la hauteur de votre talent.
Bruce Liu : Merci!
PAN M 360 : Mais bon, si ça ne vous dérange pas tant, faisons plutôt connaissance!
Depuis votre grande victoire en 2021, comment estimez-vous avoir progressé en tant que professionnel ?
Bruce Liu : Pour moi, l’apprentissage des répétitions avec orchestre a été important. Il faut s’adapter et connaître le jeu des autres instruments à cordes ou à vent des orchestres. Toutes ces expériences de répétition, ce fut quelque chose de très nouveau. Et ça change un peu comment on voit son propre instrument. Et maintenant, j’essaie toujours de penser aux autres instruments quand je joue mes propres pièces. Par exemple, lorsque je joue le concerto de Tchaïkovski, je sais que le compositeur était un grand amateur de harpe, tous les arpèges roulés de ce concerto en sont des évocations. Ou encore dans les sonates de Beethoven, on voit aussi les violoncelles, les violons, et aussi les instruments à vents. Donc, ces choses-là, ça change notre système.
PAN M 360 : Vous devez donc visualiser l’orchestre pendant que vous répétez, et lorsque vous arrivez avec l’orchestre, puis vous vous adaptez.
Bruce Liu : Oui, je disais même pour les pièces solo il y a ces extrapolations à faire et ça devient pour moi une manière de penser et ça rend la musique plus riche dans l’interprétation.
PAN M 360 : Que pensez-vous avoir amélioré depuis 5 ans?
Bruce Liu : La musique ce n’est pas comme le sport, donc on ne peut pas vraiment savoir si on s’est amélioré ou pas. Mais il y a quand même un moyen de mesurer un peu dans un sens, c’est beaucoup plus abstrait.
PAN M 360 : Oui, c’est aléatoire jusqu’à un certain point. Il y a toutes sortes de paramètres qui nous permettent d’évaluer un artiste.
Bruce Liu : C’est ça. Je pense aux interprètes légendaires, par exemple : jouaient-ils mieux quand ils étaient jeunes, ou encore rendus à 50 ans ou en fin carrière? C’est très difficile à dire. Ça dépend de quel sens, mais pour moi, il y a une chose qui est importante, c’est le processus avec toutes ces expériences accumulées, c’est comme un voyage. Et pour moi, c’est toujours de mieux en mieux. Donc, ce n’est pas la question de savoir si c’est une perfection technique ou un accomplissement, mais c’est vraiment l’idée que toutes ces expériences et toutes ces choses accumulées enrichissent le message. C’est comme un gâteau qui se bonifie avec de nouveaux ingrédients. Je dirais que c’est comme un arc : on commence à apprendre, on atteint comme un certain sommet, et puis à un moment donné, on veut que tout soit tellement complexe, que tout soit rempli de détails. On veut tout accomplir et puis à un moment donné, on essaie de simplifier et c’est comme retourner à l’enfance. C’est ce voyage qui me fascine.
PAN M 360 : C’est un voyage effectivement fascinant. Comme vous dites, on ne peut pas faire des évaluations techniques, mais on peut quand même circonscrire votre personnalité pianistique.
Bruce Liu : On est toujours un peu conscient de ce qu’on fait. Mais décrire ma personnalité d’interprète, je laisse ça aux observateurs. Mais il est sûr que ma personnalité change lorsque je réalise certaines choses. La projection du son, par exemple : comme Rubinstein le disait, il faut toujours jouer pour le public de la dernière rangée. C’est une idée qui m’a beaucoup changé. Avant, j’étais tellement dans ma bulle, je m’appliquais à exprimer tous les moindres détails d’une œuvre et j’ai réalisé qu’une fois devant le public, ces détails n’étaient pas entendus. Il m’a fallu m’adapter, sans avoir l’impression de me compromettre.
PAN M 360 : L’acte de communication exige effectivement une adaptation sans qu’il ne s’agisse d’un compromis. Alors qu’avant, vous étiez dans le perfectionnement absolu. C’est deux choses différentes, mais les deux choses doivent se rencontrer.
Bruce Liu : Ou encore un musicien qui ne peut pas se produire en concert, comme Glenn Gould.
PAN M 360 : Maintenant, parlez-nous du Concerto No 1 pour piano et orchestre de Tchaïkovski, une très grande œuvre.
Bruce Liu : Oui, c’est drôle à dire, parce que c’est un concerto que j’ai commencé à apprendre vraiment tard. J’avais toujours voulu l’éviter parce qu’il était tellement populaire qu’il devenait pour moi un peu cheesy, un cliché. Surtout le début de concerto que tout le monde connaît, c’est un peu comme chanter Happy Birthday!
PAN M 360 : Cette pièce a probablement été sur-jouée, en fait, ce qui nous donne cette impression.
Bruce Liu : Et c’est pour ça que j’ai appris d’abord le Concerto No2 de Tchaïkovsky, qui est beaucoup moins connu. Mais une fois qu’on met le pied dans le No 1, c’est une autre histoire, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup d’idées, des dialogues. Et aussi, peut-être, je dirais que c’est le moment où j’ai commencé, où je n’étais plus adolescent, j’avais une image du compositeur et des autres pièces de mon répertoire, une image différente de celle que j’avais de Tchaïkovsky quand j’étais plus jeune.
PAN M 360 : Préférez-vous toujours le numéro 2, dans l’absolu?
Bruce Liu : Aujourd’hui, c’est difficile à dire, c’est tellement différent. Je dirais que les deux sont très bons, mais pour des raisons différentes.
PAN M 360 : Maintenant, est-ce que vous avez aussi des concertos préférés pour piano et orchestre?
Bruce Liu : Ah, dans ceux que j’ai exécutés? Généralement, je dis toujours que les pièces que j’aime le mieux sont celles que je n’ai pas encore jouées. Je n’ai presque jamais joué du Brahms, par exemple, un de mes compositeurs préférés. Or, dans ce que j’ai joué, ma perception change de jour en jour, mais je peux aussi dire que j’aime particulièrement certaines œuvres comme le Concerto No 5 de Saint-Saëns, l’Égyptien. Ça me convient bien, car cela représente un voyage et ça convient parfaitement à ma philosophie. Saint-Saëns est français mais le compositeur nous emmène en Égypte dans le premier mouvement nous mène en Égypte, le deuxième est un mélange de musiques arabes et espagnoles, le troisième est comme une danse orientale et on se retrouve plus tard devant les lacs en Inde, ça me rappelle un peu Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Donc, j’aime les pièces qui nous font voyager.
PAN M 360 : Qu’est-ce que vous écoutez?
Bruce Liu : Je n’écoute pas beaucoup de musique, en fait. Il y en a tellement autour de moi! J’écoute de la musique classique et du jazz.
PAN M 360 : Des musiciens préférés?
Bruce Liu : La liste est très longue! Bien sûr, j’aime beaucoup écouter les pianistes du passé, plus loin que possible. Les premiers enregistrements connus nous rapprochent de la vie des compositeurs. La manière de jouer est devenue tellement différente à travers les 300 ans de la musique classique mais pour moi, c’est toujours intéressant d’observer cette transition.
PAN M 360 : Vous jouerez de nouveau avec l’OSM, le 1er août prochain au Festival de Lanaudière soit le Concerto pour piano nº 3 de Prokofiev et le No 3 de Tchaïkovski. Exigeant! Vous arrive-t-il souvent de jouer deux concertos dans un même programme?
Bruce Liu : Oui, parfois, mais il faut dire dans ce cas que le No3 de Tchaïkovski est court (une quinzaine de minutes) est une pièce qu’à peu près personne ne joue Ça sera une découverte, en fait. Quant à celui de Prokofiev, il est merveilleux.
PAN M 360 : Quelle est votre relation avec l’OSM?
Bruce Liu : J’avais gagné le concours de l’OSM en 2012. Et puis, j’ai fait mes débuts avec l’OSM quand j’avais 15 ans. Dans la ville où j’ai grandi, tous les concerts auxquels j’ai assisté avant la Maison symphonique. Et puis j’ai eu la chance de jouer avec l’OSM. Je n’y ai jamais trop pensé, mais c’est quand même important! (rires) Ça m’avait beaucoup encouragé pour la suite, mes efforts étaient récompensés et l’intérêt pour ma carrière fut amplifié. Pour moi, ce qui importe le plus est de toucher les gens à travers la musique.
PROGRAMME
Artistes
Rafael Payare, chef d’orchestre
Bruce Liu, piano
Œuvres
Denis Gougeon, La Traversée 🍁 – Création mondiale, commande de l’OSM (12 min)
Piotr Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour piano no 1, op. 23 (32 min)
Entracte (20 min)
Igor Stravinsky, Le sacre du printemps (33 min)
Un projet charnière où l’artiste montréalaise impose une identité de plus en plus claire, sans jamais forcer le trait. Un mois après la sortie de DLB II, Kelzk, originaire du Rwanda, évolue à la croisée de l’afrobeat, du hip-hop, du R&B, du bouyon et de la trap, et continue de construire une identité singulière, projet après projet. Rencontrée le 16 avril, elle revient avec recul sur cette sortie, dans un contexte où sa visibilité ne cesse de croître – entre passages radio, performances scéniques, et des collaborations qui se multiplient avec des artistes de la scène, comme Shah Frank, témoignant d’un intérêt grandissant autour de son univers. Une dynamique qui s’accompagne également de premiers soutiens marquants, à l’image de Corneille, qui lui a personnellement témoigné son encouragement. Notre collaborateur Charles Zoula s’est entretenu avec l’artiste pour PANM360.
Les saxophonistes Jean-Marc Bouchard et Marie-Chantal Leclerc, tous deux membres fondateurs du Quatuor Quasar, nous entretiennent ici d’une série électroacoustique poursuivie plus ou moins annuellement et cette fois présentée au Music Multimedia Room du Center for the Interdisciplinary Research in Music, Media and Technology (CRMMT, prononcer kermit comme la célébrissime grenouille des Muppets) situé au sous-sol de l’école de musique Schulich de l’Université McGill.
Quasar présente ainsi quatre créations pour saxophones et dispositifs électroacoustiques audio et vidéo. Quatre composi·teur·trice·s ont été choisis par Quasar pour mener à bien cet atelier public prévu le jeudi 23 avril et un concert final prévu le lendemain, le vendredi 24 avril Ces deux programmes sont présentés de concert avec le groupe Le Vivier, il va sans dire.
PAN M 360 : Alors donc, c’est un atelier qui est ouvert au public. Vous allez nous expliquer les tenants et aboutissants de cette démarche-là qui nous emmène vers l’inconnu.
Marie-Chantal Leclair : Comme d’habitude! (rires).C’est la dixième édition de notre série électro qu’on a commencée au 21e siècle. Et depuis plusieurs éditions, on travaille en partenariat avec le CRMMT, ce qui nous permet d’optimiser les conditions de recherche et de création. Donc, comme tu le disais, c’est un des lieux les plus intéressants pour faire ce genre de présentation. Donc, on est vraiment contents.
PAN M 360 : C’est une très grande salle avec un plafond très élevé d’à peu près trois étages, on y trouve l’acousmonium le plus développé que je connaisse. Avec je ne sais combien d’enceintes acoustiques. Une soixantaine?
Jean-Marc Bouchard : Il y en a 64.
Marie-Chantal Leclair : C’est toujours très prisé. Les compositeurs et compositrices avec lesquels.les on travaille sont toujours très, très enthousiastes quand on leur dit que ça va se passer là. On a fait une résidence de création au mois de décembre passé avec toute l’équipe. Et puis, on se retrouve les 23 et 24. En fait, le concert est le 24 avril, c’est ça? Oui. Et le 23, en fait, il y a un événement public, Ça, c’est vraiment un atelier. Donc, c’est vraiment pour les gens qui sont intéressés un peu à entrer dans les coulisses de la création, peut-être découvrir ce lieu et comment les créateurs et créatrices ont décidé de se l’approprier.
PAN M 360 : Parlez-nous de ces collaborations et de ces expériences que vous comptez mener.
Jean-Marc Bouchard : C’est dans la nature de notre projet, la série électro, de faire des ateliers de création avant les Fêtes et puis au printemps suivant, de présenter le concert. Donc, la recherche comme telle, le gros de la recherche a été fait, mais continue à se faire parce qu’on est en contact avec les compositeurs.trices et on est toujours là à leur service.
Pour nous, c’est bien important que ce soit vraiment de la recherche et de donner la chance aux compositeurs de risquer des choses. Et à ce niveau-là, on est très, très bien servi parce qu’on a quatre propositions très, très différentes qui auraient été difficilement réalisables sans avoir la chance de se tromper, sans expérimenter. Donc, à ce niveau-là, c’est très intéressant.
PAN M 360 : Ce n’est pas une répétition publique, c’est un atelier où l’on vous voit travailler avec les compositeurs, compositrices.
Jean-Marc Bouchard : À tour de rôle, les quatre compositeurs.trices vont présenter leur oeuvre finalement, résumer l’expérience qu’ils ont menée avec nous, donner les grandes lignes de ce que les gens devraient entendre. Ça va être illustré avec des exemples musicaux que nous, on sera sur place, prêts à jouer. Et le lendemain, joue fait les œuvres au grand complet.
PAN M 360 : Parlons maintenant des compositeurs.trices.
Marie-Chantal Leclair : En fait, on a une brochette internationale de compositeurs issus de différentes générations : Alithéa Ripoll de Belgique, Oliver Schneller d’Allemagne, Gordon Fitzell de Winnipeg et Corie Rose Soumah de Montréal, qui vient tout juste de terminer son doctorat à l’université Columbia. Mélanger ces différents profils de créateurs, on trouve que c’est fertile à la fois pour le public et pour nous – Corie et Alithéa sont plus jeunes.
PAN M 370 : Parlons des compositeurs.trices en particulier.
Jean-Marc Bouchard : Alithéa Ripoll a une imagination pas possible. Sa pièce a un sujet extra-musical qui a rapport à l’autodéfense, particulièrement en cas d’agression. Mais ce qui est formidable dans son projet, c’est qu’elle a réussi vraiment à… Nous, les musiciens, allons présenter des techniques d’autodéfense. Des textes aussi qui sont intégrés à l’œuvre, mais le grand défi, c’est de faire quelque chose de cohérent artistiquement avec tout ça.
Marie-Chantal Leclair : Défi relevé ! Il y a des textes, des saxophones, de l’électronique.
Jean-Marc Bouchard : Il y a aussi des casques à conduction osseuse. Le public portera ces casques et une partie de la musique en proviendra et le reste des 64 haut-parleurs. Et ça pour créer un effet de proximité et aussi un effet de distance. Ce qui est amusant aussi, c’est pour stimuler la discussion après concert, parce qu’il y aura deux choses différentes qui peuvent sortir des casques. Donc, les gens n’auront pas la même pièce.
PAN M 360 : Les spectateurs.trices écoutent peuvent donc des versions différentes en temps réel dans leur casque d’écoute?
Jean-Marc Bouchard : Exactement.
Marie-Chantal Leclair : Il y a beaucoup de théâtralité en plus, nous avons pratiqué notre autodéfense. Nous avons fait des captures de mouvement avec des simulation d’agressions, mais c’est vraiment transcendé, je dirais. On s’en vient pas pire!
PAN M 360 : L’expression anglaise saxophone battle, qu’on utilisait dans le jazz autrefois, prend un autre sens!
PAN M 360 : Passons à la pièce de Corie Rose Soumah.
Marie-Chantal Leclair : Nous ferons nos débuts au mélodica dans cette pièce pour quatuor de saxophones, projection vidéo, traitement électronique et mélodica. On a travaillé très fort pour y parvenir! Et on commence à atteindre un bon niveau au mélodica! On fait des blagues mais en fait, ça apporte une couleur étonnante. Oui, c’est un instrument jouet, mais Corie arrive vraiment à l’utiliser à bon escient.
Jean-Marc Bouchard : Et Corie est à la fine pointe de la technologie. C’est une pièce très cohérente, très bien ficelée.
Marie-Chantal Leclair : Nous en jouons tous les quatre, j’ai un solo. Il a fallu se donner la peine, parce qu’en même temps, c’est une autre façon de souffler là-dedans, ça prend plus d’air pour obtenir un résultat, par exemple. Les gestes sont simples mais très placés, très précis. Oui, puis c’est mêlé aux saxophones. Tout ça est enchevêtré avec la bande. Il y a une vidéo aussi, une vidéo sur laquelle on pourra lire des bouts de texte de la peintre et autrice Émily Carr. Il y a 14 apparitions de textes qui sont prévues.
PAN M 360 : Oliver Schneller, maintenant.
Marie-Chantal Leclair : Il est devenu un ami. On a travaillé avec lui à Düsseldorf, et puis sur d’autres projets. Ici, c’est une première commande. Oliver est un compositeur qui s’intéresse beaucoup à la musique des océans. Il a un bateau, il est aussi plongeur et il fait des prises de sons sous l’eau. Il en a fait à partir de son bateau, mais aussi de toutes sortes d’expéditions qu’il a faites. Il s’intéresse aussi aux conséquences écologiques du son humain dans les océans. Avec l’avènement du bateau à vapeur, il y a eu une cassure, on peut parler de pollution sonore en plus du reste. On parle beaucoup des déchets de plastique mais il y a aussi le son des moteurs qui génèrent de la pollution sonore. Et, contrairement à ce qu’on pense, le son voyage plus rapidement sous l’eau. Alors on va se retrouver sous l’eau, dans un environnement sous-marin recréé par le compositeur. On a hâte de se mettre la tête sous l’eau, car Oliver est un compositeur expérimenté, d’une grande maturité.
Jean-Marc Bouchard: Le MMR nous permet de créer de telles œuvres au MMR. Plusieurs œuvres présentées au MMR peuvent être diffusées en stéréo ou en quadiiphonie, mais dans ce cas-ci le compositeur a exploité intensément l’acousmonium du MMR et ses 64 enceintes.
PAN M 360 : Le quatrième et dernier au programme, Gordon Fitzell, originaire de l’Ouest canadien.
Marie-Chantal Leclair : Gordon Fitzell. Ah oui, mais ça aussi, on vient un petit peu dans le monde du théâtre. Ça porte sur les espaces liminaux, qui sont des espaces de transition physique. Par exemple, un hôpital, un stationnement, un aéroport, etc. Et il y a un petit côté rétro aussi dans la pièce de Gordon.
Jean-Marc Bouchard : La partition est fantastique. C’est vraiment… C’est très, très beau. On a chacun un saxophone, mais on a chacun un autre instrument qui nous est attitré. André joue d’un téléphone à cadran. Mathieu a deux vieux walkie-talkies avec lesquels il fait des sons. Marc-Chantal joue de la boîte à musique aussi. Et moi, je joue de la lumière de garagiste, celle qu’on accroche en dessous de la voiture, tout ça, c’est dans une rythmique.
Il y a des micro-contacts sur les petits instruments. Il y a des micro-contacts après les petits instruments. Et tout ça, c’est intégré avec les parties de saxophone et avec la vidéo, puis avec la bande aussi. Et c’est d’une grande cohérence, on sent vraiment que ça fonctionne. Très original!
Marie-Chantal : Tout est prévu à la seconde près. Et donc, ça crée une espèce de théâtre abstrait parce qu’il n’y a pas d’histoire, une trame narrative complètement abstraite.
PAN M 360 : Vous êtes très avancés dans votre préparation, force est de déduire.
Jean-Marc Bouchard : C’est un travail de longue haleine, ça fait longtemps qu’on est là dessus.
PAN M 360 : Donc, deux soirées palpitantes de recherche et de nouveaux sons, une fois de plus, dans un contexte électroacoustique. Avec 4 saxophonistes, de l’électronique et autres compléments générateurs de sons!
Disques 7ième Ciel vient de lancer Misstape II, EP réunissant le chanteur/rappeur Zach Zoya et son collègue producteur, beatmaker et DJ High Klassified. Dans les réserves R&B de HK, il y avait assez de matière solide pour soutenir les mélodies onctueuses, les textes torrides et la voix sensuelle de Zach Zoya pour 7 titres bien sentis, contagieux, fiévreux. Voilà un plat qui sera servi bientôt sur scène, notamment au Festival International de Jazz de Montréal. D’ici là, parlons aux deux potes et collègues avant qu’ils ne s’envolent à l’étranger.
Visionnez cette interview!
La finale des Sylis d’or 2026, organisés chaque année par les productions Nuits d’Afrique, aura lieu le jeudi 23 avril au National, à Montréal bien sûr. PanM360 a rencontré chacun des trois groupes en lice, afin de vous les présenter. Dans cette entrevue, Zalam Kao.
INFOS ET BILLETS POUR LA FINALE DES SYLIS D’OR