David Bontemps n’en est pas à sa première participation au Mois du Créole. Il en est d’ailleurs un habitué mais pour cette 25ème édition, il a voulu se lancer un défi pour son spectacle du 17 octobre, dans le cadre de la commémoration de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le premier chef d’État haïtien. Et pour rester dans cet esprit de liberté, David Bontemps ne fournira pas de programme au préalable, il compte communiquer directement avec son public à travers la musique. Il aimerait que « les spectateurs arrivent prêts à écouter, qu’ils ferment les yeux et ouvrent les oreilles ». Sandra Gasana a échangé avec David Bontemps qui réside depuis quelques temps dans les Laurentides, pour en savoir plus sur son parcours ainsi que ses différents projets actuels et à venir.

VISIONNEZ L’ENTREVUE CI-DESSOUS

Publicité panam






Les mots qui reviennent à plusieurs reprises lors de mon entretien avec MOBIO sont « béni », « chanceux » ou « privilégié ». La vie a été généreuse avec l’artiste David Mobio, qui a parfois l’impression que tout avait déjà été tracé pour lui et qu’il est tout simplement en train de suivre un chemin. Celui qui a travaillé avec les plus grands noms de la musique tels que Jean Leloup ou encore Lorraine Klaasen est enfin prêt à sortir de l’ombre. Pour ce faire, il nous dévoile son tout premier album Passport qui paraitra le vendredi 18 septembre et qu’il présentera le 19 septembre au London Jack, à Québec. Cela dit, il poursuivra ses collaborations avec les autres artistes qu’il accompagne tout en défendant son projet solo. Notre journaliste Sandra Gasana a pu s’entretenir avec lui pour en savoir plus sur son parcours et ce dont il parle dans Passport.

PANM360 : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui est David Mobio ?

MOBIO : David Mobio est un musicien, un artiste originaire de Côte d’Ivoire, qui est au Québec depuis plus de 25 ans et qui a eu l’opportunité de collaborer avec pas mal d’artistes, que ce soit à l’extérieur du Québec et du Canada mais également aux quatre coins de la planète. J’ai été privilégié. Mais là, David Mobio prend son envol pour s’affirmer comme artiste musicien, auteur interprète et chanteur. J’exclus David de ce projet, et je garde MOBIO, pour le côté un peu plus authentique. David Mobio était dans l’ombre des autres, et là MOBIO ne sera plus dans l’ombre. Je continue à offrir mes services et je collabore encore avec les artistes. MOBIO, c’est une identité que j’assume pleinement, c’est mon nom de famille. Ça me permet aussi de me présenter, de m’exposer au grand jour au grand public pour partager mes sensibilités, mes valeurs, c’est une façon de me mettre à nue, d’être vulnérable, de me faire découvrir et de partager ma personnalité.

PANM360 : Avant le piano, il y avait les percussions ?

MOBIO : Je remercie le ciel pour ce privilège. Mon parcours était déjà tracé, je suis comme un acteur qui a suivi le chemin qui était devant moi. Sans savoir que je finirai comme pianiste ou claviériste, j’ai commencé par les percussions mais c’était par défaut. J’avais un intérêt pour la musique mais à cette époque-là, d’où je viens, accéder à un instrument harmonique, c’était du luxe. À défaut d’avoir accès à un instrument harmonique, les canettes, les boites de conserves de tomates et les branches d’arbre n’étaient pas difficiles à trouver. Pendant que mes parents étaient à la chorale en train de répéter après l’école, moi je les attendais dans la cour en tapant sur des canettes, c’est comme ça que ça a commencé. Jusqu’à ce que le maitre du chœur m’intercepte durant une pause, il avait remarqué que j’avais une sensibilité pour le rythme et m’a intégré dans la chorale. Le clavier et le piano, c’est arrivé un peu plus tard. J’ai une oreille musicale alors j’essayais de me faufiler pour jouer certaines mélodies sur l’orgue de l’église. J’ai commencé à m’assumer comme claviériste mais le fait d’avoir fait de la percussion, ça continue à me suivre parce que les mélodies et la rythmique sont les langages les plus faciles à partager avec l’auditoire. Tout le monde est sensible à la mélodie, à la chose rythmique. Pour moi, je me suis accroché et j’en ai fait mon arme secrète.

PANM360 : Quand est-ce que le projet de faire un album solo est né ? Y pensez-vous depuis longtemps ou c’est un projet récent ?

MOBIO: Disons qu’à la base, je me plaisais à être dans l’ombre des autres, parce que je ne suis pas quelqu’un qui est totalement à l’aise d’être en avant-scène. Mais la musique est un peu spirituelle, ce n’est pas une tangibilité physique nécessairement. Dans mon parcours, mes voyages, j’ai réalisé que la musique est un langage universel. Ce sont juste les notes qui changent, on retrouve les mêmes sonorités aux quatre coins de la planète et cela m’intriguait. Ça a commencé à germer dans ma tête. J’avais des valeurs que je voulais partager, et je voulais que les gens me découvrent. J’aborde des thèmes de tous les jours, mon vécu, je pense que certaines personnes peuvent s’y reconnaitre. Je parle de paix, du respect du prochain, de l’espoir, de la persévérance, ce sont des valeurs qu’on partage tous.

PANM360 : On retrouve de l’afropop, de l’afrobeat, du jazz, du reggae, du funk dans votre album. Vous avez voulu inclure toutes les influences qui vous plaisaient dans ce premier album ?

MOBIO : Oui, je suis privilégié d’avoir touché à tout ça. Je ne me sens pas expert dans tous ces styles de musique mais le fait d’y avoir touché, c’est ce qui m’a rejoint, et c’est ce que j’ai ressenti. C’est comme si tu allais dans un buffet et on te demande ce que tu as aimé le plus dans les plats.

PANM360 : Vous vous êtes auto-produit. Les Productions Shalom, c’est vous en fait ?

MOBIO : Oui, je faisais déjà dans la production d’albums depuis quelques années avec certains artistes, que ce soit au niveau national ici et à l’extérieur. J’offre mes services comme producteur et réalisateur. Et comme la charité bien ordonnée commence par soi-même, moi j’ai commencé par les autres. J’ai eu du plaisir, de l’expérience. Là, je m’offre ce cadeau de mettre à profit toutes ces expériences et mon vécu. C’est de là qu’est né ce projet. J’ai eu beaucoup de soutien, d’encouragement, à commencer par Jean Leloup qui était le premier à croire en moi. Si ça ne tenait qu’à lui, ce projet aurait existé il y a plus d’une décennie mais je n’étais pas totalement à l’aise. Après Jean Leloup, une sœur ivoirienne qui habite ici, Aimée Kassi, a pris les choses en main, elle a mis tellement d’énergie que je n’avais pas le choix que de suivre. Ça a pris du temps, ce sont des années de travail. Il y a eu beaucoup de collègues, que ce soit au niveau musical, des instruments, des arrangements, qui m’ont beaucoup aidé. Je ne l’ai pas fait seul. Même pour l’écriture de cet album, j’ai bénéficié de la collaboration sans relâche de Noël Mpiaza, qui fait aussi dans la réalisation. Aujourd’hui, je suis très bien entouré, que ce soit Guy Langué, mon bassiste qui fait figure d’un de mes premiers mentors. Quand je suis arrivé ici, c’est l’un des premiers musiciens qui m’a accueilli sur la scène locale. Il y a aussi Assane Seck à la guitare, et même des musiciens qui sont de l’autre côté de l’Atlantique, en Afrique, en Côte d’Ivoire. J’ai été chanceux, j’ai eu une belle équipe, de super belles collaborations. Tout le mérite leur revient, moi je suis juste un porte-parole, je suis le visage des mains obscures qui ont travaillé dans l’ombre.

PANM360 : Vous avez déjà réalisé un vidéoclip de la chanson « Jabu Jabu ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

MOBIO : « Jabu Jabu », c’est la fête. Fêter sans modération, dans le jargon ivoirien. Si je peux paraphraser un peu, ça parle de quelqu’un qui fait la fête. Pour lui, la vie c’est la fête sans retenue. Jusqu’à ce qu’il frappe un mur. Il réalise qu’il est passé à côté de certaines responsabilités. La fête a causé des conséquences négatives mais peut-être qu’il avait besoin de passer par là pour se recadrer. Dans le monde actuel, ne pas avoir des moments de réjouissance, c’est un peu triste. Mais il faut un équilibre. Malgré qu’il n’ait pas fêté avec modération, en plus des leçons de vie, il a eu un enfant. Il n’était pas parti pour être un père mais aujourd’hui, cet enfant est comme un trophée. Même si tu voudrais retomber dans la fête de façon abusive, tu as une responsabilité sur une base quotidienne pour un bon moment de ta vie. Tu te reconnais dans l’enfant et ça te conscientise un peu. Tu dois être un modèle pour cet enfant. En résumé, prends ce qui a de bon dans le fait de fêter, et rejette ce qu’il y a de mauvais dans le fait de fêter sans modération. C’est ce que j’essaye de parodier en chanson.

PANM360 : Ce morceau est très entraînant. Ça me fait penser au zoblazo de chez vous, en Côte d’Ivoire.

MOBIO : On s’est inspirés de tous ces artistes : que ce soit Meiway, Lokua Kanza du Congo, ou encore Ray Lema. Pour certains, j’ai eu la chance de travailler avec eux ou de faire des interprétations. J’ai été béni par mon cheminement. J’ai été à la bonne école.

PANM360 : Vendredi, le 18 septembre, l’album sort. Je vois qu’il y a un concert le 19. Je pensais que ça serait à Montréal, mais je vois que c’est à Québec. Pourquoi Québec avant Montréal ?

MOBIO : Bonne question. Le titre de l’album est Passport, parce qu’à travers cet album, je veux permettre aux gens de voyager, de s’exiler, de s’évader. J’appelle les gens aux voyages, mais spirituellement et mentalement. Faut que ça commence par moi-même. Alors de choisir Québec, qui n’est pas mon lieu de résidence habituel, c’est déjà un voyage. Je commence par Québec pour partager la bonne nouvelle, mais je vais revenir à Montréal. D’ailleurs, j’ai fait un spectacle à Sudbury en Ontario au mois de février, Québec est la deuxième ville. Et je serai à MUZ en octobre pour les vitrines.

Et aussi, j’avais un bon feeling avec la salle London Jack. Dès que j’ai été dans cette salle, j’ai eu envie d’y jouer. Ça ne m’a jamais quitté. L’accessibilité des salles à Montréal, ce n’est pas évident. Vu que c’est la salle avec laquelle j’ai connecté, je l’ai choisie pour mon concert. Pareil pour le titre Passport, j’ai eu l’idée du nom en 2017 lors d’un voyage en Pologne. Une délégation avait leur programmation sous forme de passeport et je me suis dit que j’allais utiliser ce concept.

PANM360 : On va vous suivre sur les réseaux sociaux pour les prochaines dates.

MOBIO : Je travaille sur d’autres dates à Montréal, pour les trois prochains mois, après MUZ. Vous pouvez me trouver sur Facebook, Instragram et Tiktok.

PANM360 : Dans quel état d’esprit les gens de Québec doivent arriver le 19 septembre ?

MOBIO : Il faut qu’ils viennent l’esprit ouvert, qu’ils viennent pour fêter, pour communier parce qu’on va voyager au travers de mes mélodies. On va s’éclater, on va échanger, on va faire la fête. On sait que l’hiver peut être rude alors en partant de mon spectacle, ils auront de quoi traverser les rigueurs de l’hiver et retrouver le moral, musicalement parlant. La luminosité va commencer à baisser. J’espère qu’avec ma musique, je vais apporter la chaleur, la joie, le bonheur, dans le cœur de tous ceux qui vont être là et qui vont acheter ma musique, que ce soit sur les différentes plateformes.

PANM360 : Quels musiciens vous accompagnent le 19 ?

MOBIO : Mes frères d’armes. Mon neveu Raphaël Ojo à la batterie, Guy Langué à la basse, mon compagnon de tous les jours, un bon guitariste Assane Seck que nous avons ici à Montréal, et moi-même au clavier et au chant. Mon ingénieur de son, Madiou Diallo, se déplacera de Montréal pour l’occasion. Je suis béni.

Après l’écroulement de l’Off Jazz et la cessation des activités du festival ODD SOUND du trompettiste Jacques Kuba Séguin, il n’y avait plus d’événements montréalais consacrés au jazz local et/ou émergent à Montréal. Jusqu’à ce que… de fiers entrepreneurs, trois musiciens réputés du jazz québécois ont entrepris de lancer la série de concerts Jazz@vue, prévue au Théâtre Outremont du 29 octobre au 1er novembre prochains: le contrebassiste Alain Bédard, les pianistes Yves Léveillée et Félix Stüssi, trois auto-producteurs à qui l’on doit plusieurs initiatives du genre par le passé – le label Effendi et tant d’événements au cours des trois dernières décennies.

Jazz@vue, aussi une plateforme de découvrabilité, s’impose ainsi  dans la sphère publique dès maintenant car la série de concerts propose aussi une compétition de la relève prévue  les 17 et 24 septembre au Dièse Onze et qui culminera le dimanche 1er novembre à l’Outremont. 

INFOS ICI

PAN M 360: Puisque Jazz@Vue est partenaire de PAN M 360, Yves Léveillée, un des trois mousquetaires, est ici invité à nous présenter le tout. Alors Yves,  fais-nous la genèse de ce projet!

Yves Léveillée:  Félix et moi avons chacun notre compagnie de production, construite pour nos carrières mais aussi pour produire des collègues si le besoin se fait sentir. Alain, qui est le fondateur du label Effendi, continue de produire et gérer d’autres carrières que la sienne. Pendant la pandémie, nous avons mis ensemble  de l’avant une série de concerts télévisés Jazz@Vue. Lorsque le diffuseur a cessé de produire, il fallut penser à autre chose, et voilà. De plus, mon propre organisme a aussi présenté des séries de concerts de jazz au Théâtre Outremont, j’avais donc une bonne relation avec son administration qui coproduit ce petit festival avec nous. Le contexte actuel est beaucoup plus difficile qu’avant , il faut de nouvelles initiatives.

PAN M 360: De quelle manière avez-vous construit votre prog ?

Yves Léveillée: Nous avons  prévu trois programmes doubles suivis du concours de la relève et d’un concert du Jazzlab Orchestra avec invités spéciaux à la toute fin.  Le concours est aussi important , il nous importe de donner une tribune à la relève.

PAN M 360:  L’idée de lancer aujourd’hui votre programmation est motivée par le déploiement actuel du concours.

Yves Léveillée: Oui, en fait, les 6  candidats ont déjà été choisis; on a eu 18 inscriptions, ce qui est quand même très bien pour une première année. Il y a eu un jury à l’interne,  deux soirées sont prévues au Dièse Onze, soit les 17 et 24 septembre, trois groupes par soir, un jury décidera des 3  finalistes pour le 1er novembre.

PAN M 360: Et votre sélection est de quels types de jazz ?

Yves Léveillée: On est beaucoup dans le jazz mais c’est varié. Évidemment, c’est le mandat, mais notre choix est assez ouvert, il peut y avoir toutes sortes d’influences, du jazz vocal, du néo fusion, du jazz moderne acoustique, etc.  

Le 17 septembre au Dièse Onze, à partir de 19h, on aura tour à tour le Griffin Linklater Trio, le quartette d’Alexandre Roux-Dufort. Le quartette de Samuel Lechasseur. Le 24 septembre, ce sera au tour du quintette de Sophianne Girard, l’ensemble de Jeremy Alie Leon et le quintette de Mathys Colpron.

PAN M 360: Parlons maintenant des programmes des artistes confirmés.

Yves Léveillée:  Le jeudi 29 otobre, on aura d’abord le duo  du Neve & Nobel, puis Félix Stüssi avec son Trio Nuovo, nouveau projet.  Neve & Nobel, je ne connais pas tellement, c’est David Laferrière, dg du Théâtre Outremont, qui voulait programmer ces artistes. Il s’agit d’un projet trompette(Teus Nobel) et piano (Jef Neve), très mélodieux et riche en harmonies.

Le vendredi  30 octobre, on aura la pianiste Émie R Roussel et son trio avec lequel elle joue depuis un bon moment déjà. Elle présente la matière de Terr, son plus récent enregistrement, qu’elle vient de jouer au Festival de jazz de Rimouski – d’où elle provient. Ce même soir, je partagerai la scène avec l’accordéoniste français Daniel Mille, avec qui j’ai déjà joué auparavant. Ça a toujours très bien marché avec lui, c’est un gars très talentueux, très charismatique.

Le samedi 31 octobre, la pianiste  Gentiane MG, jouera la musique de son  plus récent album a été lancé il y a quelques mois, Can You Hear the Birds ? Ce même soir, il y aura aussi  LéNo un duo français piano-percussion d’origine guadeloupéenne – le batteur Arnaud Dolmen et le pianiste Léonardo Montana.  Et on conclut avec le Jazzlab Orchestra d’Alain Bédard avec invités surprises.

 PAN M 360: Merci de l’info, Yves. Nous serons là en amont, en temps réel et en aval!

Huit éditions de l’événement Opér’actuel plus tard, la compagnie d’opéra contemporain Chants Libres transforme son événement en festival biennal de plus grande envergure. Moins souvent, mais plus gros, donc. La première mouture se tiendra du 21 au 26 septembre 2026. Au programme, des créations, bien sûr, mais aussi des discussions, un marché professionnel et d’autres activités ma foi assez originales, qui veulent enraciner l’opéra d’avant-garde dans la créativité contemporaine, au croisement du théâtre, de la danse et des nouveaux médias. J’ai rencontré la Directrice artistique Marie-Annick Béliveau pour en parler. 

DÉTAILS DU FESTIVAL OPÉR’ACTUEL 2026

Après la parution de l’enregistrement des Quatre saisons du Québec de François Dompierre, et à l’aube d’une tournée qui présentera cette nouvelle oeuvre aux côtés de ses cousines, filles de Vivaldi et de Piazzolla, un peu partout au Québec et en Europe, j’ai eu la chance de discuter avec le compositeur de ce qui l’a inspiré dans cette aventure. 

CRITIQUE DES QUATRE SAISONS DU QUÉBEC SOUS ÉTIQUETTE ATMA

PanM360 : Quand on vous a contacté et qu’on vous a demandé si ça vous tentait d’écrire des Quatre saisons, comment avez-vous réagi?

François Dompierre : exactement comme ça s’est passé comme pour le Requiem, c’est Francis Choinière qui m’a appelé et qui m’a proposé cette affaire-là. Il m’a dit « Écoutez, j’ai au programme les Quatre saisons de Vivaldi et les Saisons de Buenos Aires de Piazzolla et ça serait le fun d’avoir des saisons du Québec.» 

Alors, j’ai dit « Ok, je vais écrire ça. » Et puis, je me suis mis à la tâche tout de suite. J’ai rapaillé mes thèmes puis j’ai commencé. 

PanM360 : Ç’a été long?

François Dompierre : Non, j’ai fait ça en quatre mois cette affaire-là, une saison par mois. En fait, j’ai commencé par le dernier mouvement et ça, ça m’a pris quatre jours. Les autres, un peu plus compliqués.

PanM360 : Pourquoi?

François Dompierre : C’était peut-être la forme. Ce sont souvent des questions de construction qui imposent des retards. J’avais des thèmes sur lesquels j’avais travaillé puis je voulais les disposer comme il faut, à mon goût, avec des reprises et tout ça. C’était plus simple, peut-être, pour moi, dans le quatrième mouvement.

Je ne sais pas, à vrai dire. Des fois, on ne sait pas vraiment pourquoi ça prend moins de temps ou plus de temps, mais c’est ça.

PanM360 : Vous avez tout de suite statué sur une fusion avec des échos au folklore et aux danses anciennes?

François Dompierre : C’est tombé sous le sens pour moi, parce que quand on y pense, Vivaldi s’était servi d’éléments populaires aussi, à partir de thèmes qui étaient récurrents à l’époque. Dans le cas de Piazzolla, c’est encore plus évident. Lui est allé carrément dans le tango. Je me suis dit, c’est quoi nos racines? Nos racines, c’est pas le rock, c’est pas la chanson pop. Nos racines, ce sont les danses qui viennent du siècle dernier. J’ai pris ça et je les ai adaptées, je les ai imaginées pour un orchestre classique, un orchestre à cordes sous la forme d’un concerto en quatre mouvements. 

PanM360 : C’était aussi votre choix d’adopter le format violon/orchestre à cordes, comme Vivaldi?

François Dompierre : J’ai fait ce choix. Mais j’étais également un peu contraint par ce que Francis Choinière me demandait, parce que son orchestre, celui de la tournée pour laquelle l’œuvre a été commandée, c’est un orchestre à cordes avec une soliste. 

Ça allait de soi aussi, dans le cadre des saisons du Québec, de faire un peu comme Vivaldi l’avait fait. J’ai même poussé la ressemblance jusqu’à écrire quatre petits poèmes comme Vivaldi l’avait fait. 

PanM360 : Quelle est votre routine de création?

François Dompierre : Je procède à peu près toujours de la même façon. Je commence par trouver des thèmes, trouver des voix, trouver des issues, trouver un décor, et je les note très très souvent à la table. Je note des affaires qui me viennent, c’est souvent en marchant sur la rue, je sors ça, je note ça, et je reviens à la table, je note ça, et puis à un moment donné, ces thèmes-là, je les joue au piano un peu, et là je les développe. À un moment donné, je trouve une continuité, et là je vais à l’ordinateur et j’écris. Je commence par écrire une structure sur deux portées, quelques fois trois portées, et là j’essaie d’avoir la structure la plus précise possible. Ensuite, je prends cette structure, et je recommence, je ré-orchestre en corrigeant. 

PanM360 : Ça vous fait quoi d’être celui qui a écrit des ‘’Quatre saisons’’ version québécoise?

François Dompierre : Pour moi, c’est une œuvre comme les autres, d’abord je considère que c’est une œuvre entre guillemets pour un orchestre classique, mais c’est une œuvre populaire, c’est-à-dire inspirée des traditions populaires. Ça a été pour moi un plaisir de l’écrire, je n’ai pas la grosse tête d’avoir fait ça par rapport aux autres compositeurs, parce qu’il y en a eu d’autres que Vivaldi. Il y a eu Piazzolla, comme vous l’avez dit, il y en a eu Richter et un paquet d’autres. Je pense aussi que c’est un peu dans l’air du temps. C’est une idée de Francis Choinière, d’ailleurs, je le souligne. D’autant plus qu’il amène cette œuvre-là un peu partout en tournée, il doit y avoir une quarantaine de concerts qui vont se donner un peu partout, à Toronto, ici au Québec à quelques places, en Europe également, à Bordeaux, à Paris…

PanM360 : C’est rare pour un compositeur vivant de voir sa musique jouée a une telle envergure…

François Dompierre : C’est un très grand privilège et je l’apprécie beaucoup, je suis très content d’être un compositeur qui est joué. On écrit pour ça, on n’écrit sûrement pas pour l’argent, parce que de nos jours les droits d’auteur s’amenuisent, comme vous le savez. J’ai fait ma carrière autrement, en écrivant de la musique commerciale, j’en suis content aussi, ça m’a permis de vivre et ça me permet d’écrire ça maintenant à mon compte et puis avec plaisir, voilà.

PanM 360 : Vous avez probablement écrit le premier Requiem au Québec. Cette fois ce sont des Quatre saisons. Y a-t-il quelque chose que vous rêvez d’écrire dans un avenir pas trop lointain?

François Dompierre : J’ai le goût d’écrire une œuvre symphonique importante, d’envergure. Une symphonie, une grande symphonie, quelque chose comme ça. Je suis en train de travailler là-dessus, vaguement, et j’aurai peut-être des nouvelles à vous donner dans quelques mois, on ne sait pas.

PanM 360 : Merci pour cet entretien.

INFOS ET BILLETS POUR L’ENSEMBLE DES DATES DE LA TOURNÉE

On connaît le guitariste et bassiste Eric Quach alias This Quiet Army, on connaît un peu moins le batteur Eric Craven et on gagne à connaître la saxophoniste/ clarinettiste/ flûtiste Élyze Venne-Deshaies qui collabore notamment aux projets du légendaire batteur Guy Thouin (L’Infonie, le Jazz libre du Québe). Alors élargissons le cercle de leurs amis à l’occasion de cette vitrine consacrée à leur groupe Tempête Solaire, vitrine mise de l’avant par le GAMIQ, le Gala alternatif de la musique indépendante au Québec.

C’est ainsi que GA, la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala prévu le 29 novembre prochain.

Cette programmation menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026 des artistes inscrits, sans compter une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée.

Le cinquième concert de GA est prévu ce vendredi 11 septembre au Palais Ontario, à l’angle du Boulevard Saint-Laurent et de la rue Ontario. Tempête solaire a déjà fait l’objet d’une interview au Festival des musiques de création (FMC) au Saguenay ce printemps dernier, le GAMIQ a souhaité que PAN M 360 procède à cette interview du groupe pour cette occasion spéciale.

Alain Brunet a donc rencontré Elyze Venne-Deshaies, saxo ténor dans ce contexte free-drone-post-rock.

VISIONNEZ CETTE INTERVIEW !

Photo: Rémi Deschênes

Les fans les plus fervents de remue-méninge rock connaissent fort probablement Nüshu, mais élargissons le cercle de ses amis à l’occasion de cette vitrine mise de l’avant par le GAMIQ, le Gala alternatif de la musique indépendante au Québec. C’est ainsi que GA, la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala prévu le 29 novembre prochain.

Cette programmation menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026 des artistes inscrits, sans compter une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée.

Le quatrième concert est prévu ce mercredi 9 septembre à la Sala Rossa, Videoville et Martlet partageront la scène avec Nüshu, constitué de Lydia Champagne (batterie, percussion, piano, voix), Navet Confit alias Jean-Philippe Fréchette (guitares, wurlitzer, claviers, piano, percussion, voix), Jerry Lee Boucher (guitares, claviers, piano, percussion, harpe, voix) et Jessica Pion (voix, basse, percussion, harpe, flûte, textes) .

Le plus récent album de Nushü, Rétrograde, a été lancé en 2023 mais plusieurs gagnent encore à le découvrir et aussi se mettre à jour avec le nouveau matériel du band. Voilà qui justifie cette interview de Nüshu, réalisée par Alain Brunet.

BILLETS ET INFOS

Photo: Rémi Deschenes

PAN M 360: Quel est le lien entre la signification originelle de Nüshu, un système d’écriture utilisé exclusivement par les femmes du Jiangyong en Chine? Peut-être n’y a-t-il aucun rapport  mais.. la Chine m’intéresse!

Jean-Philippe: Il y a bel et bien un lien mais les membres d’origine sont meilleur·es que moi pour l’expliquer…

PAN M 360: Vous savez qu’il y a plusieurs Nüshu, Nushu et autres Nu-Shu dans le répertoire discographique mondial ?

Jean-Philippe: En effet. C’est peu pratique pour les métadonnées mais on s’en sort encore. On a pensé quelques fois changer de nom. Peut-être pour le prochain album?

PAN M 360: J’écoute un album de 2023. C’est punk, mathcore, post-rock, psycho-pété, prog lointain et des textes en FR . Qui dit mieux ? Comment identifiez-vous vos propres référents dans ce projet ?

Jean-Philippe: Nous avons un penchant clair pour le noise rock, les dissonances et la musique rythmée. Nous rions beaucoup en studio, c’est important. Le son du band est assez fidèle en live à ce qu’on entend sur album. Je n’irais pas jusqu’à utiliser le terme mathcore même si nous faisons parfois des mesures composées, des changements de mesures; ça reste somme toute assez simple à suivre – du moins pour nous.

PAN M 360: J’ai cherché sur le web, pas trouvé autre chose. Avez-vous pris une pause de ce projet avant de reprendre du service ?

Jean-Philippe: C’est vrai que depuis l’album hippo-homonyme de 2023 nous n’avons rien sorti (excepté un morceau noise pour une compile); nous sommes toustes très occupé·es à divers projets, pas que musicaux. Nous avons tout de même continué à faire des shows ici et là ces dernières années, quand c’était possible. Un nouvel album est enregistré, en mixage en ce moment, et nous avons bien hâte de le présenter en 2027! Nous en ferons d’ailleurs quelques morceaux ce mercredi.

PAN M 360: Navet Confit (ton célébrissime pseudo) ne fait pas toujours des projets aussi rugueux, ou encore ne l’ai-je pas écouté depuis un moment. Raconte-moi Navet, qu’est-ce qui t’a mené à Nüshu ?

Jean-Philippe: Nüshu est pour moi un projet d’amitié, qui n’a pas de visées de commercialisation ou de plan d’affaires. Ce projet me ramène à l’amour de la musique, ce que je recherche de plus en plus avec l’âge. Lydia parlait de badminton et je trouve que l’image est bonne : nous sommes quatre ami·es qui nous retrouvons le mardi soir pour notre soirée badminton. Pour le côté rugueux : même si j’ai délaissé le punk depuis 2015 après mon album LOL (2015), il y en a encore un peu dans mon répertoire (comme dans Désolé Mouvement Geste, 2024, par exemple, mais qui penche plus vers le noise shoegaze). C’est comme si Nüshu venait combler mon besoin de distorsion, de bûchage et de uptempo. J’utilise désormais le bruit différemment dans mes propres créations, de façon plus molle.

PAN M 360: Comment voyez-vous les textes de Jessica Pion, bassiste et chanteuse chez Nüshu ?  Comment les mots arrivent-ils là-dedans ? 

Jean-Philippe: Les mots arrivent tard dans le processus, on les découvre souvent lors des séances de voix en studio. Et on est parfois surpris parce qu’on entendait autre chose en répète, en “hallucinations auditives ». Ça donne d’ailleurs lieu à des titres, ces “hallucinations”. Le titre de notre album Sexe Étranger vient de là : Jerry, Lydia et moi on entendait que Jessica répétait ces mots dans une chanson. Mais quand on le lui a demandé,  elle nous a dit que ça n’avait aucun rapport avec ce qu’elle disait.

Jess(ica Pion) fait un gros travail d’écriture, et aussi de coordination mains-voix; quand nous composons, elle doit s’assurer, même sans avoir les mots, que des bouts de la structure musicale lui permettent de chanter. Donc, il faut qu’elle laisse des sections où la basse est plus minimale.

PAN M 360: Toujours en formule quartette ? 

Jean-Philippe: comme Lydia l’a déjà dit, Nüshu joue parfois en trio sans moi lorsque mon horaire est trop chargé.

PAN M 360: L’instrumentation est vaste, guitares, basse, batterie, keys, beaucoup de pédales et des samples. Comment travaillez-vous ensemble ? Tout le monde compose ? Tout le monde arrange ? Tout le monde produit ? Comment ça se passe ?

Jean-Philippe: Tout le monde compose, oui, et tout le monde arrange aussi. C’est un projet très démocratique. En studio Jerry et moi nous chargeons de l’enregistrement, et c’est Jerry qui mixe. Nous sommes très autonomes à ce niveau.

PAN M 360: Connaissant Navet, j’imagine que Nüshu a changé depuis l’enregistrement que j’ai entre les oreilles. Où en êtes-vous  aujourd’hui? Qui jouera quoi mercredi  à MTL ?

Jean-Philippe: J’ai un peu de mal à avoir du recul, surtout que j’ai beaucoup écouté les nouvelles pièces dernièrement, à cause du mixage. Ça ne sera pas un changement drastique mais il y a quand même une évolution. Entre autres il y aura une seconde voix féminine sur l’album, et aussi un peu plus de machines, que j’apporte maintenant live. En studio on a souvent dit que c’était notre album le plus doux ET le plus violent en même temps. 

PAN M 360: Ce spectacle est une vitrine du GAMIQ, m’a-t-on dit. Qu’est-ce que ça fait de perdurer dans les réseaux alternatifs ? Que pensez-vous de cette occasion offerte par le GAMIQ?

Jean-Philippe: On est toujours content·es de collaborer avec le GAMIQ, qui fait un travail essentiel. La musique indépendante est très peu couverte de nos jours, rien à voir avec le début des années 2000, et c’est important que quelqu’un continue de recenser et d’archiver tout ça. Nous avons une scène underground magnifique et très diversifiée, qui n’a malheureusement pas toujours les moyens de ses ambitions. Ça force tout le monde à être plus créatif.

Les fans les plus fervents de rap keb connaissent fort probablement Calamine, élargissons le cercle de ses amis à l’occasion de cette vitrine mise de l’avant par le GAMIQ, le Gala alternatif de la musique indépendante au Québec.

C’est ainsi que GA, la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala prévu le 29 novembre prochain. Cette programmation menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026 des artistes inscrits, sans compter une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée.

Le quatrième concert est prévu ce jeudi 10 septembre Catherine Jeanne-D’arc, Chloé Jara Buto partageront la scène avec Calamine, rappeuse queer, beatmaker et DJ. Son plus récent album, Rétrograde, a été lancé en mars dernier mais plusieurs gagnent encore à le découvrir. Voilà qui justifie cette interview de Calamine, réalisée par Simon Gervais.

BILLETS ET INFOS

Mozart était à son top créatif lorsqu’il composa La Flûte enchantée, peu avant sa mort prématurée et d’autant plus tragique. » Aventure, humour et magie lumineuse : dans son ultime opéra, Mozart nous entraîne dans un voyage fascinant où la musique transforme tout. À travers le parcours de Tamino et Pamina, courage, amour et harmonie prennent vie dans une partition d’une beauté irrésistible. Présentée en version concertante (sans dialogues parlés), cette interprétation dirigée par Matthias Maute, avec l’Ensemble Caprice et six solistes, révèle tout l’éclat et la richesse expressive de ce chef-d’œuvre. »Une fois de plus, le directeur artistique et ses interprètes comptent transformer la Maison symphonique en leur salon et procéder à une authentique médiation culturelle à travers le génie de Mozart.

BILLETS ET INFOS ICI

VISIONNEZ CETTE INTERVIEW DE MATTHIAS MAUTE PAR ALAIN BRUNET

Matthias Maute

Matthias Maute

Chef

Suzanne Rigden

Suzanne Rigden

Soprano

Anna-Sophie Neher

Anna-Sophie Neher

Soprano

Olivier Bergeron

Olivier Bergeron

Baryton

Ensemble ArtChoral

Ensemble ArtChoral

Choeur

Matthew Li

Matthew Li

Basse

Colin Ainsworth

Colin Ainsworth

Ténor

Catherine Saint-Arnaud

Catherine Saint-Arnaud

Soprano

Le saxophoniste et compositeur montréalais Colin Stetson (Arcade Fire, Bell Orchestre, Bon Iver, ainsi que l’écriture de bandes sonores telles que Hereditary, Texas Chainsaw Massacre (2022) et le récent The Whisper Man sur Netfilx) sera au Théâtre Outremont ce vendredi 11 septembre avec Brìghde Chaimbeul (prononcer un peu comme Bridja Campbell) et sa cornemuse. Les deux en profiteront pour faire le lancement de l’album All the Light in the World, qui mélange brillamment modernité et ancestralité musicale. J’en ai profité pour parler avec Colin Stetson avec qui c’était une première discussion, mais pas une dernière, j’espère.  

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT DE COLIN STETSON

PanM 360 : Quelle a été la première étincelle qui vous a conduit à jouer de la musique avec cette musicienne et à combiner le saxophone et la cornemuse écossaise ?

Colin Stetson : Brìghde a sorti un album, son premier, qui s’appelle The Reeling en 2019. J’ai été complètement ébloui par ça. Je suis un grand fan de cet album et de son jeu musical, et de toute la manière dont elle navigue dans le paysage traditionnel, mais de manière vraiment nouvelle et subtile. Dès que c’est sorti, je l’ai contactée.

À l’époque, je travaillais sur la musique d’un documentaire sur la NASA pour Disney+. Je voulais l’impliquer là-dedans. J’avais écrit quelques morceaux que je pensais parfaits pour elle. Elle a enregistré plusieurs choses pour ce projet.

Après cela, elle m’a invité à venir en Irlande, près de Belfast, pour jouer et l’aider à produire son deuxième album (Las, 2022), ce que nous avons fait et qui est sorti il y a quelques années. Par la suite, je lui ai demandé de jouer sur quelques morceaux de mon album solo sorti il y a trois ans.

Logiquement, tout pointait vers une véritable collaboration en duo. Le principal obstacle à cela, comme c’est le cas pour tout de nos jours, c’est le temps. Nous l’avons finalement trouvé et nous nous sommes retrouvés dans mon studio au Vermont pour écrire et enregistrer ensemble.

J’ai l’impression que nous sommes en train de tracer de nouvelles voies, mais on a aussi l’impression de ne faire qu’effleurer la surface de ces nouvelles voies. Il y a tellement de possibilités, tellement de potentiel.

CRITIQUE DE L’ALBUM ALL THE LIGHT IN THE WORLD

PanM 360 : Comment avez-vous d’abord conçu l’idée de l’album ? Aviez-vous une idée du monde sonore, ou vous êtes-vous simplement réunis et avez exploré sur place et créé des choses ?

Colin Stetson : L’univers sonore est plutôt simple. Nous réunissons simplement nos esthétiques solo respectives. Nous avions déjà exploré des voies auparavant, comme je l’ai dit, sur son album et le mien. C’était juste une extension de cela. Il n’y a pas de surdubs. Il n’y a rien de supplémentaire. Ce ne sont que des performances en direct de deux personnes jouant de leurs instruments dans le studio. Comme quelque chose que vous entendriez en concert, comme au Théâtre Outremont.

PanM 360 : Quelle est la proportion d’improvisation par rapport aux canevas écrits ou semi-écrits dans les pièces ?

Colin Stetson : Improvisation… C’est une question difficile. Il y a un morceau qui vient de sortir intitulé Dirt Dance, qui a une forme très, très distincte. Il a une forme où Brìghde joue un ostinato très, très serré. Et ensuite, avec elle, je commence par jouer un ostinato très, très distinct, qui est ensuite augmenté d’un demi-ton, qui revient et est augmenté d’un demi-ton. Et ensuite, je commence à improviser en modulation métrique. En gros, je joue avec des variations sur ces ostinatos initiaux, en modulant métriquement sur le pouls, de sorte que je roule des cinq sur des deux, des six, des sept, des neuf, des trois.

Et donc, oui, j’improvise tout ça. Mais il y a des paramètres très stricts. Ce n’est pas juste de souffler un solo et voir ce qui se passe.

Donc, oui, et il y a ce genre de choses tout au long de l’album. Ce sont des pièces entièrement composées, et là où il y a de l’improvisation, elle est très, très spécifique, une improvisation très, très bien paramétrée.

PanM 360 : Et maintenant, vous partez en tournée avec ça.

Colin Stetson : Oui. D’abord Toronto le 9, puis Montréal le 11 pour le lancement officiel. Après cela, Québec le lendemain, Brooklyn le 15, Kingston (États-Unis) le 19 et Boston le 20.

PanM 360 : Meilleurs succès avec cela.

CALENDRIER DE LA TOURNÉE

Les fans les plus fervents  de rock indie keb connaissent fort probablement Dogo Suicide, élargissons le cercle des amis à l’occasion de cette vitrine mise de l’avant par le GAMIQ, le Gala alternatif de la musique indépendante au Québec. 

C’est ainsi que GA, la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala prévu le 29 novembre prochain. Cette programmation menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026 des artistes inscrits, sans compter une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée. 

Le deuxième concert est prévu ce mardi 8 septembre Presure Pin, Conflit Majeur et Chop Sue Me partagent la scène de L’Esco avec Dogo Suicide. Pour le power trio de Québec, ce sera une dernière apparition montréalaise avant la sortie du prochain album en 2027.

D’ici là, découvrons ou redécouvrons ce groupe rock pas piqué des vers, qui nous offre ce qu’offrent peu de groupes rock kebs francos: furieux mélange  de math rock, hardcore et de textes soignés.  Dogo Suicide a été joint dans sa  fourgonnette, direction Québec-ville, au lendemain d’une performance donnée à Rouyn-Noranda dans le contexte du FME. Nicolas Côté,  artiste central de la formation, répond à nos questions avant d’accoster chez lui et d’en repartir mardi vers MTL.

INFOS GAMIQ ICI

crédit photo: Léo Moffet

PAN M 360: Dogo Suicide est basé à Québec. Vous êtes de Québec ou bien vous vous êtes rencontrés à Québec?  

Nicolas Côté: On ne vient pas de Québec, mais effectivement on s’est tous rencontrés là. En fait, nous venons tous de Victoriaville et ses environs. Ça fait quelques années qu’on joue ensemble. On avait un autre line-up avant, on avait un autre batteur qui lui venait de Québec. Là, depuis presque un an, on a un nouveau batteur qui lui vient de Victo comme nous. Alors là, on est tous des Bois-Francs.

PAN M 360: Bon, je viens de me taper une heure de Dogo Suicide!  Très rock d’attitude mais très composé. C’est hardcore, c’est sale et… c’est structuré, ultra construit. 

Nicolas Côté:  Oui. Il y a quand même beaucoup de travail dans la composition, ce n’est pas seulement du garage.


PAN M 360: Pas de doute. C’est du rock pas facile à jouer. Comment est-ce construit ?

Nicolas Côté:  Je te dirais qu’il y a d’abord un travail pré-band qui se fait, suivi d’un gros travail de band. J’arrive avec des bouts de tounes, puis on brode autour de ces bouts en groupe. Sinon, Manu, notre bassiste, compose beaucoup à la basse. C’est vraiment le point de départ. Après ça,  il y a une phase 2 au local de répète. On joue, on joue, on enregistre, on se pose des questions. Ça peut durer longtemps!  En dernier, je ramène tout ça chez moi et  j’écris les paroles. Ouais, on fonctionne comme ça.

PAN M 360:  Vous êtes un power trio très appliqué!

Nicolas Côté: Ouaip, on passe beaucoup de temps là-dessus. On est tous très critiques.  On travaille fort, autant  sur les structures des compositions que sur les mélodies. On essaie de monter les potentiomètres à 10,  au meilleur de nos capacités. 

PAN M 360: OK, cool. Bon, maintenant parlons des référents musicaux. C’est de la musique hardcore, de toute évidence, mais avec une très solide proposition rythmique. 

Nicolas Côté: Ouais, c’est pas mal ça.

PAN M 360: Qu’est-ce qui vous a mené là ?

Nicolas Côté:  Il y a un amour de la musique punk hardcore dans ce groupe, ça vient surtout de moi. C’est drôle, on en parlait dans la van avant qu’on se parle. 

PAN M 360:  On ressent  votre amour du hardcore mais aussi de la mélodie pop ! Des mélodies presque douces, enchaînées de passages très chargés, saturés jusqu’à la rage, et puis ça redevient simple et accrocheur. 

Nicolas Côté: Je dirais le groupe Oktoplut, qui est québécois, nous avait influencés. Ils mélangent beaucoup la musique lourde avec les mélodies, ça nous a mis la puce à l’oreille quand on était ados.  Autre influence dans cette veine, le groupe français Lysistrata, math rock, mais aussi emo. Ça  nous  parle beaucoup.

PAN M 360: Emo et math rock… Il y a beaucoup d’aigre-doux dans votre affaire ! Plus j’y pense plus votre affaire est mathcore, mélange de math rock et de hardcore, dans votre cas avec des textes francos.
Nicolas Côté:  Oui, le mad rock et le hardcore rock nous parlent. Sinon, depuis que Nico, notre nouveau batteur, est dans le groupe, on jase de Blink-182,  son band préféré. Il y des mélodies très marquées dans ce groupe pop-punk, une manière  qu’on incorpore aussi dans notre musique. 

PAN M 360: Blink… la musique de votre adolescence ?

Nicolas Côté: Oui, c’est ça. On aime encore ça aujourd’hui. 

PAN M 360: Oui oui, c’est encore une référence pour les 25-35 ans.

Nicolas Côté:  Exact, je suis né en 1999. Sinon on a baigné dans l’univers du rock alternatif des années 90 –  Fugazi, Sonic Youth, Dinosaur Jr., Nirvana…

PAN M 360: Le groupe a déjà joué en masse depuis ses débuts, n’est-ce pas ?
Nicolas Côté:  Oui. Le band a commencé vers 2020, je dirais que depuis 2021, depuis la sortie de notre premier EP, on n’a jamais arrêté de jouer. On a tourné au Québec et en Ontario, on est allés deux fois en Europe.

PAN M 360:  C’est toujours votre principal projet? 

Nicolas Côté: Oui. Manu a un projet solo. Sinon, notre nouveau batteur Nico joue avec plein d’autres artistes.

PAN M 360:  Avez-vous été éduqués musicalement?

Nicolas Côté:  Notre bassiste a son DEC en jazz,  je pense que ça paraît. Même chose pour Nico; il n’a pas fini son DEC, mais il a fait le programme musique-études au secondaire, il a des notions.  Moi, je suis plus autodidacte, mais j’ai  quand même fait deux sessions en musique au cégep.

PAN M 360: C’est toi qui écris les textes, qui chante en plus de jouer la guitare. Es-tu l’idéateur du groupe ?

Nicolas Côté: Je dirais que je traîne un peu plus la locomotive artistique, mais clairement, sans les gars, ça ne serait pas du tout ça.  On se rejoint.

PAN M 360: Pour que le son soit vraiment cohésif, ça prend  une famille. 

Nicolas Côté: C’est ça, exactement.  Ça fait quand même longtemps qu’on fait ça, et il n’y  pas d’autres projets comme ça.

PAN M 360:  Votre dernier album, Tristesse Lucrative,  est sorti en novembre 2025. L’autre s’en vient en 2027? 

Nicolas Côté:  En mars prochain. 

PAN M 360: Un avant-goût ? 

Nicolas Côté: Un peu moins math rock, un peu plus mélodique, mais structurellement toujours aussi… chiant haha!

PAN M 360: Maintenant le texte: parle-moi un peu de la façon dont tu tournes ça, évidemment, tout le monde chante les mêmes affaires, le sexe, la mort, la jalousie, l’espoir. Mais encore ?

Nicolas Côté:  Oui, ça se joue beaucoup dans le parler québécois. J’essaie de rendre ça digeste, de trouver l’équilibre. Je veux que ce soit un texte qui sonne québécois, qui ne sonne pas trop français international ni trop joual. On veut que ça reste près de nous-mêmes mais sous notre meilleur jour. 

PAN M 360:  Les francophones du monde entier peuvent-ils tous vous comprendre?

Nicola Côté:  Bonne question. Quand on joue en Europe, les gens ont l’air d’aimer ça,  mais je ne sais pas à quel point ils comprennent. 

PAN M 360:  L’énergie de la musique passe d’abord, après ça dépend…

Nicolas Côté: Oui mais je peux te dire qu’il y a beaucoup de travail  dans les textes – surtout de moi, mais les autres y participent parfois. J’essaie toujours que ça vienne du cœur, que le premier jet soit le plus senti possible, que ce soit le plus près de moi. Après quoi il me faut peaufiner pour que ça sonne bien, phonétiquement. Il faut  qu’on ait envie de chanter les paroles.

PAN M 360:  Oui, c’est effectivement soigné. 

Nicolas Côté:  Je travaille avec mon amie Claudia Gagné du groupe  La dame Ovale. Elle révise mes textes, on discute beaucoup de la prosodie, on s’interroge. On a des beaux échanges et ça m’aide de pouvoir compter sur un œil externe. 

PAN M 360:  Des paroliers t’intéressent particulièrement ?  Peut- être pas une bonne question… il y en a tant !

Nicolas Côté:  Non, non, c’est une bonne question. Guillaume Beauregard de Vulgaires Machins, par exemple, c’est pour moi  un des meilleurs qu’on a au Québec. Il y a de quoi chez lui qui m’a toujours touché. C’est le premier qui me vient en tête, mais c’est vrai qu’il y aurait beaucoup de monde à citer.  Jean Leloup est aussi une évidence. J’aime ce côté déjanté; on ne comprend pas tout à fait ce qu’il raconte puis, tout à coup, ça devient hyper touchant, sans qu’on sache pourquoi. 

PAN M 360: Donc, vraiment un imaginaire québécois pour les paroles.  

Nicolas Côté:  Oui, vraiment. Le rock que j’aime d’ailleurs,  c’est vraiment couplé à la chanson québécoise.. La musique québécoise m’ inspire un peu, mais clairement plus les textes des chansons.

PAN M 360: Alors on peut dire que Dogo Suicide est un groupe mathcore keb !

Nicolas Côté: Oui, ça pourrait le faire !

Le GAMIQ (Gala alternatif de la musique indépendante du Québec) innove cette année avec une série de spectacles regorgeant d’artistes spécialement chargés de mettre en lumières certains styles ayant le vent en poupe cette année dans l’underground québécois.

C’est ainsi que GA la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala, prévu le 29 novembre prochain. Cette série menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026, ainsi qu’une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée.

Plat principal au Quai des Brumes ce lundi où le groupe partage l’affiche avec Décorum et Bad Uncle, Smoke Spell est un quartette montréalais enclin aux genres fondateurs de la musique populaire nord-américaine:  blues, folk, country, surtout rock d’attitude ska/punk. La rugosité de Smoke Spell, que d’aucuns qualifient désormais de “folk sale”, est remarquable dans l’album Blood, Sweat & Death, lancé en octobre 2025 – les premiers enregistrements du groupe remontent à 2021 sur la page Bandcamp du groupe. 

INFOS GAMIQ ICI

PAN M 360: Depuis quand collaborez-vous avec le Gamiq?

Gab et Kryz : Nous connaissions le Gamiq de renom, mais c’est vraiment l’année dernière que nous avons décidé de soumettre notre candidature pour une première fois dans la catégorie du vidéoclip de l’année. Un cinéaste nous avait approché pour filmer un show avec une vieille caméra des années ’90, qui finalement a donné naissance au clip de Crosswalking. Le  résultat est un peu rugueux, mais c’est exactement ce qu’on voulait. On trouvait important de démontrer ce qu’on faisait, on entretenait peu d’espoir de gagner, mais de se faire voir par nos comparses de la scène indépendante était beaucoup plus important pour nous. 

Ça fait quoi, plus de 20 ans que le GAMIQ existe et a su mettre en lumière tous les artistes indépendants de la province, donc on pensait que ça pouvait être une belle tape dans le dos qui pourrait mener à d’autres opportunités. Et tu vois, on a l’honneur d’être dans la vitrine du Folk Sale avec des vieux routiers, Bad Uncle ainsi que Décorum, c’est tellement une belle tape dans le dos ça. Tu sais Bad Uncle sont sur la scène depuis plus longtemps que nous, et c’est vraiment le fun qu’ils puissent profiter de l’engouement et de la vitrine offerte par le Gamiq.

PAN M 360: La scène du folk sale semble en ébullition, comment faites-vous pour vous en démarquer?

Gab et Kryz :  Oui c’est vrai qu’elle est très active présentement et que le public, les festivals semblent très réceptifs à notre son. Il y a plein de petits aspects que les gens ne voient pas nécessairement, tu sais même avec son succès, Alice Bros fait énormément pour redonner à la scène. De notre côté, en administrant le groupe Facebook La communauté du Folk Sale , on est en mesure de partager tous les shows de la scène ou encore les différents artistes émergents. On essaie de faciliter l’accès à notre genre au public sur les médias sociaux. Une réalité à laquelle on n’échappe pas, c’est l’omniprésence des médias sociaux, donc on s’efforce d’être plus actif, de s’assurer d’avoir des bons extraits, ou comment on aborde nos spectacles, afin de faciliter notre découvrabilité.

PAN M 360 : Peut-on en savoir davantage sur vos influences ?

Gab et Kryz : Pour Smokespell, je te dirais que pour nos influences, on puise dans plusieurs genres, mais à la différence de la plupart des autres groupes on va également aller piger dans notre background musical dont le punk et le ska. Je crois que ça apporte une facette qui nous aide à nous démarquer. Donc juste de canaliser la rage que nous permet d’aller chercher ce petit côté street punk en composition, on est conscients que ça va nous permettre de sonner totalement différent de bands qui seront axés sur le bluegrass traditionnel ou même le ragtime.  Cette approche et notre setup, dans lequel la planche à laver est présente quand ça s’y prête, nous permet de jongler avec plusieurs styles,  d’aller à la rencontre d’autres influences, dont le blues et le rock.

PAN M 360: C’est quoi la suite?

Gab et Kryz : On bâtit sur le momentum, on travaille sur un album présentement, on ne sait pas donner de deadline, c’est un des gros avantage d’être DIY, on peut travailler à notre rythme. Entretemps, on vient tout juste de sortir un Live Session pour Ladies of Saint Andrews,  tiré de notre plus récent album.  Pour les shows, on cherche tout le temps à agrandir notre portée, l’Ontario est très réceptif à notre son, donc notre rayon s’étend tranquillement pour éventuellement faire une tournée pancanadienne. On espère vous voir en grand nombre, ce lundi 7 septembre au Quai des brumes !

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné