Crédit photo : Lou Scamble

PAN M 360 : Quelle a été la genèse de l’album ? Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

Jeffrey Stonehouse : La création de l’album a été motivée par une fascination profonde pour la musique de James. Après avoir collaboré avec lui à la création de son œuvre AMONG AM A en 2015, j’ai de nouveau fait appel à lui pour un concert Carte Blanche lors de notre saison 2018-2019. Pour ce concert, les musiciens de Paramirabo ont eu la chance de découvrir ses autres sextuors et créer une toute nouvelle pièce, Alone and Unalone. Son titre est devenu celui de notre album et résonne de façon singulière en ces temps étranges que nous vivons.

PAN M 360 : Y avait-il un concept particulier pour le contenu de l’album? (À part que ce soit un album monographique.)

James O’Callaghan : Ce qui lie ces œuvres, curieusement, c’est le fait qu’il semble paradoxal de les enregistrer pour un album. Ces pièces ont toutes été conçues pour la salle de concert et elles jouent spécifiquement avec ce contexte. Il y a beaucoup d’aspects spatiaux dans la musique, des déplacements des interprètes sur la scène et, plus fondamentalement, une réflexion sur la fonction de la musique de concert.

L’album est donc devenu l’occasion d’expérimenter avec les illusions spatiales et l’imagerie dans le mixage, les façons de « simuler » le mouvement des musiciens, la spatialisation électroacoustique, la distinction entre un son acoustique et un son amplifié, etc. pour un enregistrement stéréo. Par exemple, nous avons passé beaucoup de temps à enregistrer des pas et des grincements de chaises pour « fabriquer » cette présence humaine artificielle. Ces moments ont été particulièrement amusants et captivants.

Crédit photo : Anna van Kooij

PAN M 360 : Comment s’est déroulé l’enregistrement ? 

Jeffrey : Le processus d’enregistrement a été un peu, comment dire, surréel. Comme interprètes, nous avons rarement l’occasion de plonger aussi longtemps dans l’univers sonore d’un compositeur. Les parties instrumentales des œuvres de James requièrent une attention particulière en ce qui concerne le synchronisme rythmique de l’ensemble, et ce, afin que les hits soient parfaitement coordonnés.  Je considère que ces moments d’attaques tutti sont des moments forts de l’écriture de James. Comme nous sommes un ensemble non dirigé, ça ajoute du piquant à nos séances d’enregistrement car il faut réussir à tous percevoir la musique de la même façon au même moment.

PAN M 360 : Comment décririez-vous la musique de James ?

Jeffrey : Ce que j’adore dans sa musique, c’est qu’on ne perçoit pas la différence entre les éléments acoustiques et électroniques. C’est complètement fou car, parfois, on écoute sa musique et on ne distingue pas les instruments des sons de la bande! 

On se sent comme si on était en train de se promener dans un environnement où les sons de la nature ou de la ville se mêlent à l’écriture instrumentale. Selon moi, présentement, il n’y a pas de compositeur qui réussisse une telle mixité d’éléments acoustiques et électroniques. C’est une musique fascinante. Étrange, mais fascinante.

PAN M 360 : Comment décrirais-tu l’interprétation et le jeu de Paramirabo ?

James : Sans peur. C’est pour ça que je me sens libre de prendre des risques et d’essayer des choses un peu étranges avec eux. Je me souviens lorsque j’ai remercié l’ensemble d’avoir été si ouvert, Jeff m’a répondu : « Ce n’est pas notre premier rodéo! »  La direction artistique de l’ensemble est plutôt polystyliste, alors ses interprètes sont incroyablement flexibles et expérimentés dans de nombreuses techniques et approches de jeu différentes. De plus, ils sont tous formidablement talentueux.

PAN M 360 : L’album est en lice aux prix Juno, comment avez-vous pris la nouvelle ?

Jeffrey : Je l’ai apprise par texto d’une amie qui écoutait le lancement en direct. Quelle incroyable surprise! Surtout après avoir reçu le prix Opus Interprète de l’année… Être sélectionné aux côtés de Marina Thibeault, James Ehnes et du Quatuor Molinari, entre autres, est un grand honneur et témoigne d’une grande ouverture de la part des Juno. 

James : C’est particulièrement significatif car il est assez rare qu’un album de musique contemporaine expérimentale se retrouve dans cette catégorie, aux côtés d’interprètes des géants du classique.

PAN M 360 : Quel est l’impact de la pandémie sur votre saison, et votre carrière ?

Jeffrey : Ouf! L’impact pour Paramirabo est énorme. Il va sans dire que les musiciens de l’ensemble qui sont tous pigistes ont perdu énormément de travail. Paramirabo de son côté a dû annuler deux autoproductions à Montréal qui incluaient trois créations. Une reprise montréalaise de Alone and Unalone était prévue le 3 avril dernier en même temps que la création de l’arrangement de Voi(Rex) pour voix d’homme de Philippe Leroux dans le cadre du Forum IRCAM à Montréal. C’est un grand deuil pour l’ensemble, d’autant plus que nous avions déjà commencé les répétitions. De plus, Paramirabo a dû reporter un concert à Berlin (encore en collaboration avec James). Finalement,  il y a l’annulation du stage de Musique Nouvelle du Domaine Forget où nous étions en résidence. Mais au-delà de tout, ne plus se voir et ne plus faire de la musique ensemble est infiniment triste. Nous avons très hâte de nous retrouver!

James : C’est assez démotivant, pour être honnête. Mais en même temps, j’ai beaucoup de chance en tant que compositeur car mes revenus sont fondés principalement sur des commandes. Contrairement aux interprètes, mes moyens de subsistance ne sont donc pas vraiment en jeu, et je continue de travailler sur mes différents projets, dont l’avenir est incertain.

Crédit photo : Andy Jon

« J’ai toujours aimé les différences d’un album à l’autre, je n’aime pas la répétition. Je sais que les gens aiment la sécurité en général. Pour moi, c’est le contraire : découvrir des choses me rassure. Ce qui reste toujours pareil me déprime. »

Voilà la posture de Mara Tremblay face à la stabilité des goûts acquis, et c’est exactement pourquoi on apprécie tant ce juste équilibre atteint entre recherche et cette facture qui lui est propre. Cette volonté de bousculer ses propres propositions n’empêche en rien de maintenir des relations stables avec le guitar hero québécois et multi-instrumentiste Olivier Langevin, principal collaborateur de sa carrière discographique. 

« Travailler avec Olivier, soulève-t-elle, est le plus grand plaisir musical de ma vie. Cette fois, nous sommes allés ailleurs. On a trippé à se rendre encore plus loin, assumer des choses qu’on n’assumait pas auparavant. Après 23 ans de collaboration, Olivier demeure très proche de mon travail, il a réalisé sept de mes huit albums, sauf Cassiopée. Il est très bon juge de mes textes, il est super bon pour diriger l’interprétation, il sait me faire me surpasser dans l’émotion. Il me connaît tellement! »

Plus de deux décennies de collaboration peuvent exclure la redite, force est d’observer. Les couples qui durent ne savent-ils pas revitaliser leur relation par la créativité et l’innovation? Côté professionnel, en voilà une démonstration probante :

« Quelques chansons ont été enregistrées live, notamment avec François Lafontaine aux claviers, un allié précieux qui comprend toujours ce qu’on fait. Mon fils batteur ayant vécu neuf mois à l’intérieur de moi, personne d’autre que Victor est capable de comprendre à ce point mon beat. Il le connaît, comme mes émotions. Personne d’autre peut me comprendre comme ça. Le batteur Robbie Kuster a aussi fait des choses que personne d’autre que lui peut apporter. » 

À part ces enregistrements réalisés en équipe, Uniquement pour toi résulte d’une bulle étanche, à l’intérieur de laquelle Mara et Olivier ont évolué pendant une année. 

« Notre objectif était de nous surprendre nous-mêmes, aussi de nous amuser dans le “laboratoire Langevin”. Nous avons joué avec de nouveaux logiciels nous permettant d’obtenir des sons de plus grande qualité. Ces logiciels coûtent peu ou rien alors que les mêmes sons étaient beaucoup plus chers à produire auparavant. Ainsi, on a aimé mélanger les sons “chauds” des instruments et synthés analogiques avec des sons un peu plus froids, parfois plus cheap. Le terrain de jeu a changé. »

Crédit photo : Andy Jon

Pour relancer leur collaboration, Mara et Olivier s’étaient d’abord trouvés en atelier ad lib : 

« Au début, raconte-t-elle, on ne savait pas pantoute où on s’en allait. Mais… quand le rire se pointe, c’est par là qu’il faut aller ! Olivier avait alors programmé un beatbox et sorti des sons de claviers, je m’étais mise à chanter. Un an plus tard, je n’avais pas joué grand-chose sur cet album, un peu de violon et de guitare… j’ai préféré me concentrer sur le chant, l’émotion de la voix, les arrangements autour. »

Uniquement pour toi, offrande hybride au confluent de l’americana, du prog, du space-rock et de l’électro, a été imaginé au terme d’une période trouble. En témoigne la diffraction autobiographique de certaines chansons au programme.

«  Les dernières années ont été pour moi très difficiles, confie-t-elle. J’habitais dans ma maison de Saint-Bruno avec mon fils Édouard, puis il a quitté la maison – aujourd’hui il gagne sa vie en tant que comédien, il est aussi très bon guitariste, chanteur et interprète. Après quoi… personne ne vient te voir à Saint-Bruno! J’ai vécu de longues périodes en solitaire, périodes extrêmement sombres. 

«  Ce n’est pas un secret, je souffre d’un type de bipolarité qui se mêle avec d’autres problèmes complexes, à peu près impossibles à soigner. Les médicaments ne fonctionnent pas toujours et ils entraînent des effets secondaires – fibromyalgie, fatigue chronique, frilosité. Cela générait de gros highs et de gros downs, c’est très dur de rebondir dans de telles conditions. Et puis… être une femme dans la cinquantaine, sans amoureux… pas facile!  Je ne pensais plus qu’un homme serait disposé à m’aimer. »

Et puis le vent a enfin tourné.

« Je suis allée à Nashville pendant deux semaines pour y travailler, ça a été salvateur.  Ça m’a fait un bien immense, j’ai composé les trois quarts de mes nouvelles chansons là-bas. J’y ai même croisé mon idole Gillian Welch et son chum Dave Rawlings… le bonheur! Je suis rentrée au Québec plus grande, plus forte, ça m’a vraiment beaucoup aidée. Dans un atelier d’écriture chez Gilles Vigneault, j’avais fait la rencontre de Stéphane (Lafleur) dont je suis une grande fan, il m’a offert deux textes de chanson un an et demi plus tard. Ces chansons représentent pour moi la lumière, la paix et le bonheur revenus. Et… j’ai connu de nouveau l’amour, enfin! J’ai un nouveau chum depuis un an avec qui je vis. Ma maison de Saint-Bruno a été vendue à la veille de la pandémie, je suis en processus de déménagement. »

Ainsi, la lumière au bout du tunnel s’intitule Uniquement pour toi

« J’avais envie d’en parler et d’écrire là-dessus car je ne suis vraiment pas seule à vivre avec ça. Je dois partager mon combat, même si plusieurs le comprennent déjà. Plus on en parle, moins il y aura de solitude, plus on pourra compter sur nos amis quand on traversera ces moments difficiles. C’est ben beau transformer en chansons ses souffrances et ses peines d’amour mais… je peux-tu passer à autre chose et vivre l’amour ? » conclut-elle au téléphone, laissant exploser un rire pandémique. 

Dans le cas qui nous occupe, la contagion est la bienvenue!

Crédit photo: Sarah Bo

La base du son de Pantayo est le kulintang, qui est, comme l’explique Kat Estacio, membre du groupe, « un instrument à percussion métallique atonal originaire d’Asie du Sud-Est, et la tradition à laquelle nous empruntons et dont nous nous inspirons provient des tribus Maguindanao et T’boli de la partie sud des Philippines. »

Le point de comparaison de la plupart des néophytes est le gamelan indonésien, un instrument métallophonique similaire, dont le riche tintement est familier à tous ceux qui ont vu le célèbre film d’animation Akira. Il existe cependant des distinctions marquées entre les deux.

« Le kulintang est un ensemble communautaire, destiné à rassembler les gens – lors de cérémonies, de mariages, etc. – et sert se détendre après une longue journée de travail, explique Estacio. D’après ce que je sais, le gamelan est davantage un orchestre, qui jouait à la cour pour le plaisir du souverain. Cela dit, il me semble logique que les kulintang soient accordés les uns par rapport aux autres et que leur intonation dépende du fabricant. Il n’y a pas une seule façon de jouer du kulintang – l’innovation, l’interprétation et le jeu selon ce qu’on ressent sont encouragés. Il est également logique que tous et toutes, quels que soient leur classe sociale ou leur rôle dans la société, puissent apprendre à en jouer.

« La musique psychédélique des années 1960 a popularisé le gamelan, ajoute Jo Delos Reyes. C’est à travers le prisme occidental de l’exotisation de l’Orient que le gamelan a fait l’objet de recherches plus approfondies. Le gamelan a une intonation plus standardisée, tandis que le kulintang n’en a pas une spécifique, celle-ci dépend de sa fabrication.

« Cela nous a permis de vivre une expérience d’écriture très intéressante et parfois exigeante, car nous avons essayé d’écrire avec des instruments accordés. Cela nous a obligé à réinventer notre façon d’utiliser les instruments de l’ensemble dans nos arrangements. »

Crédit photo : Sarah Bo

Fait à noter, l’usage du kulintang était à l’origine réservé aux femmes. « Nous ne le savions pas, confie Estacio. Nous l’avons appris dans le cadre de notre travail de décolonisation, c’est le contexte dans lequel s’inscrit cette musique.

« Ce que j’ai appris de cette femme qui enseigne le kulintang, Titania Buchholdt, c’est que comme la culture Maguindanao est un mélange de cultures indigènes et musulmanes, certaines, sinon la plupart de celles-ci, obéissent à une règle selon laquelle une femme ne peut voyager sans être accompagnée par un homme de sa famille – mari, frère, père, oncle, fils. C’est ainsi que les enseignants de kulintang Maguindanao en Amérique du Nord, et aussi à Manille, sont majoritairement des hommes. »

« Cependant, il faut aussi se souvenir du rôle important des femmes, des queer et des personnes bispirituelles dans de nombreuses cultures indigènes. Elles sont sages-femmes, mères, guérisseuses, prêtresses, musiciennes, artistes, et occupent divers autres rôles qui sont au cœur de leurs communautés. Je ne suis pas surprise que les femmes soient également au cœur des traditions musicales du kulintang. »

« Pantayo nous a nourries de bien des façons aimantes et constructives qui ont favorisé notre croissance personnelle, ajoute Michelle Cruz. Le fait que nous soyons un groupe entièrement féminin y contribue aussi certainement. »

« En tant que femme, poursuit Estacio, je pense aussi que jouer d’un instrument de percussion est très valorisant et constitue un ajout important aux rôles joués par les femmes dans le travail et dans la musique. En fin de compte, jouer des gongs, comme n’importe quel instrument de percussion, est très cathartique ! »

Alaska B avec Kat Estacio et Jo Delos Reyes de Pantayo

Assemblé petit à petit sur plusieurs années, Pantayo (sur le label Telephone Explosion) est un peu la chronique de sa propre création, un « journal audio », comme le dit le groupe, de son évolution collective. La réalisatrice Alaska B, leader de Yamantaka // Sonic Titan, a joué un rôle essentiel dans ce processus. Depuis 2014, elle a travaillé avec le groupe sur divers projets, notamment sur la musique du jeu vidéo primé Severed en 2016 et l’album Dirt de YT//ST en 2018. Delos Reyes de Pantayo chante également dans YT//ST.

« Avant ce projet d’album, se souvient Kat Estacio, nous ne donnions que des spectacles et nos ateliers musicaux et culturels KuliVersity sur la façon dont nous avons appris et dont nous jouons le kulintang. Alaska nous a donné la possibilité d’avoir un album qui serve d’archives, dans la mesure où il constitue un document sur la musique kulintang jouée par les femmes queer de la diaspora à Toronto en 2020. »

« Le projet a fini par déborder du cadre de la plupart de ceux sur lesquels j’ai travaillé, se souvient Alaska B, car il s’est étalé sur de nombreuses années. Au début, elles voulaient même emmener les gongs dans l’espace. Je me souviens que Michelle m’avait envoyé un message avec des émojis extraterrestres et fantômes pour énoncer ses idées. Nous avons essayé de transformer certaines de ces idées très électroniques en gongs pas du tout électroniques.

« J’ai essayé de garder l’accent sur le dynamisme du groupe en concert en enrobant son jeu dans des nappes électroniques au lieu de construire une base et de mettre les gongs par-dessus, de sorte qu’on a enregistré beaucoup d’éléments des gongs d’abord, auxquels on a ajouté des mois plus tard. »

« Comme c’était la première fois que nous faisions un disque, nous n’avions pas de direction précise, et Alaska nous a aidés à nous y retrouver, dit Cruz. Elle nous a encouragées à trouver nous-mêmes notre chemin. Elle nous a prévenues que ce serait difficile. Elle n’a pas cherché à nous dorer la pilule. »

« Alaska nous a inculquées une sorte d’éthique du travail, dit Estacio, de façon à ce que nous connaissions si bien nos instruments que nous puissions en tomber amoureuses encore et encore. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles chacune des chansons de l’album possède un son si différent. Cette collection de chansons montre bien les différentes explorations que nous nous sommes permises. »

« Lorsque nous avons commencé à travailler sur l’album en février 2016, explique Eirene Cloma, Alaska nous a posé une question du genre : « Que serait Pantayo sans les gongs ?  » Cela nous a obligées à réfléchir à notre expression créative individuelle et collective en dehors du kulintang. Cette nouvelle façon de voir les choses nous a permises d’écrire Eclipse. »

L’album s’ouvre d’ailleur sur ce titre. Il est suivi du premier extrait, Divine, qui est sans doute le morceau le plus accessible pour les néophytes. « Pour moi, cette chanson parle de la façon dont l’amour est un geste, un effort et un sacrifice, dit Kat Estacio. Qu’il soit romantique, platonique, à l’intention de vos animaux, de vos plantes ou de quoi que ce soit. Et la plupart du temps, l’univers crée des situations qui échappent à notre contrôle – et c’est ainsi que nous rencontrons des gens avec lesquels nous avons des liens profonds. L’universalité de ce principe semble être la meilleure introduction à Pantayo. »

Taranta, tour à tour vulnérable et combatif, avec son refrain railleur, est également séduisant – voir l’apparition télé ci-dessus. « La mélodie du couplet et du pont s’inspire du R&B et du hip-hop des années 90, explique Cruz. Les paroles nous ont été fortement inspirées par des connards. »

« Le titre, poursuit Estacio, signifie paniquer ou s’affoler, comme réaction inconsciente. Le refrain vient rassurer, invite à garder son calme et à ne pas se laisser influencer par ce que les autres pensent. C’est aussi une façon de dire à ceux qui ne vous soutiennent pas ou, pire, qui vous rabaissent, d’aller se faire foutre. Ha, ha ! »

Puis arrive Heto Na, tout en douceur et en élégance avant de passer au hip-hop enjoué et bondissant. « Cette chanson s’inspire de la disco OPM (Original Pilipino Music) des années 70, des rythmes des soirées dansantes queer où nous allons et des ensembles tambours et lyres des fêtes de village aux Philippines, révèle Estacio.

« Les paroles sont venues à la dernière minute. Si je me souviens bien, elles ont été écrites la veille du jour où nous sommes allées faire les voix en studio. La chanson invite les auditeurs à se détendre et à danser, à s’approprier non seulement leur corps mais aussi la piste de danse. »

« Quand nous avons fait appel à Tricia Hagoriles, poursuit Katrina Estacio [elle est la sœur de Kat], pour réaliser le clip de la chanson, nous savions ce que nous voulions représenter : un monde à nous où nous pouvons nous laisser aller, lier avec nos amis et simplement être. Nos membres Eirene et Kat ont chacune contribué à la musique des précédents films de Tricia, The Morning After et Lola’s Wake respectivement. Nous adorons son travail.

« Les productions de Tricia tiennent beaucoup à son style, ce qui faisait d’elle la candidate idéale pour ce projet. L’“univers de Pantayo” qu’elle a créé pour la vidéo est luxuriant, chaleureux et amusant ! Avec les graphiques animés de l’animatrice Pauline Vicencio-Despi, basée à Manille, et la participation de l’artiste Cathleen Calica, basée à Toronto, et du Tita Collective, nous avons réussi à créer la piste de danse de nos rêves. »

Crédit photo : Yannik Anton

À propos de Kaingin, Kat Estacio dit que « l’ambiance de la chanson est pesante et assez débile. Les synthés sont super appuyés, mais en même temps hilarants comme dans le prog-rock des années 80 qui accompagnait les séquences d’ouverture de certains films d’animation. Le titre signifie “tailler et brûler”, comme le processus agricole. C’est un hommage à la terre sur laquelle nous sommes si reconnaissantes d’habiter et de créer – Tkaronto, la terre des Haudenosaunee, des Pétuns, des Wendats, des Anishnaabe et des Mississaugas de la rivière Credit, et un hommage aux peuples indigènes dont s’inspirent nos instruments et notre savoir en matière de kulintang, les Maguindanao et les T’boli.

« Les paroles parlent des systèmes oppressifs – colonial, patriarcal, hétéronormatif, capacitaire, de classe, raciste, fasciste, etc. – et de l’exploitation, de la marginalisation et du traumatisme vécus par les peuples indigènes. Ce ne sont pas des sujets faciles à aborder, alors j’ai pensé que l’approche d’Alaska, qui consiste à rendre l’atmosphère un peu plus légère, permettrait de faire passer ce message. »

Le cinquième titre de l’album, V V V (They Lie), est celui qui présente le plus faible quotient kulintang. C’est aussi le plus inspirant, selon l’auteur de ces lignes.

« Cette chanson est inspirante pour moi aussi, dit Estacio. Nous voulions qu’elle respire la liberté. C’est comme un dénouement qu’on se donne à soi-même, parce que ça ne peut venir que de soi. Une petite note – en numérologie, 5 est un point pivot, le milieu entre 1 et 9. Il symbolise le changement positif et peut être porteur d’espoir pour l’avenir. »

« Nous avons écrit la chanson en prenant du thé aux perles, ajoute Katrina Estacio. L’élément le plus important de l’ensemble est le bandir, le métronome. Cela a commencé par l’enregistrement d’une piste rythmique guide quand nous étions à réfléchir à ce que serait notre son sans kulintang à la suite de la question d’Alaska. Cela nous a aidé à définir notre son comme étant du R&B gong punk lo-fi ».

Crédit photo : Sarah Bo

« Même si le processus a comporté une bonne part de défis, pense M. Cruz, le traverser nous a permis de grandir… et de compléter un album ! »

Que le projet se soit étalé sur une aussi longue période n’était pas évident non plus. « Le plus difficile quand un projet prend autant de temps, c’est de ne pas perdre le fil, explique Alaska B. Les vies connaissent bien des changements pendant cette période, qui a aussi souvent été interrompue par mes tournées, c’était donc comme si je redécouvrais constamment le projet jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à redécouvrir, et qu’on puisse se dire qu’il était enfin terminé.

« Ce qui est formidable, c’est que nous sommes devenues très amies. Nous avions déjà collaboré sur Severed, mais au lieu d’un projet qui dure un mois et qu’on oublie ensuite, ç’a été quelque chose qui nous a permises de rester en contact pendant que tout le reste autour de nous changeait.

« J’ai avalé des centaines de momos [raviolis asiatiques] et des litres de café avec elles, en travaillant dans le studio, elles ont toutes assisté à mon mariage et Jo et moi avons fini par passer au moins 150 jours sur la route avec YT//ST. Il y a beaucoup d’amour dans ce disque. »

« Je crois que beaucoup de nos enregistrements précédents, en particulier ceux sur SoundCloud, ont fait partie de notre processus d’évolution et nous ont menées où nous sommes rendues, dit Delos Reyes. Nous avons travaillé dur pour y arriver, mais nous n’avions pas prévu que ça se passerait de cette façon. Le travail avec Pantayo et nos collaborateurs, c’est comme être dans un espace créatif où on se sent à l’aise pour collaborer, apprendre et faire des erreurs en explorant toutes possibilités sonores !

« Je pense qu’il est important de noter que la musique kulintang est traditionnelle dans la mesure où c’est de la musique philippine, et non parce qu’il s’agit d’une forme figée ou du passé. C’est une musique vivante qui continue d’évoluer. Avec la migration des Philippins à travers le monde, il est intéressant et formidable de voir comment les différentes communautés de la diaspora philippine explorent la musique kulintang et comment nos différents environnements, tant sur le plan sonore que géographique, peuvent avoir un son. »

De La Papessa à cet excellent Miss Colombia, Lido Pimienta décrit un parcours « long et nécessaire » :

« La Papessa fut pour moi une école de musique et de l’industrie de la musique. J’y ai appris comment enregistrer et orchestrer mes chansons, etc. Ces outils ont été très utiles pour la suite des choses et m’ont menée à ce nouvel album. Toutes ces nouvelles habiletés que j’ai apprises au cours du processus, mais aussi la patience nécessaire pour obtenir un produit de qualité. » 

Même si La Papessa lui a valu le Polaris en 2017, Lido Pimienta estime que son premier album n’était qu’un point de départ. 

« Lorsque j’ai commencé à enregistrer cet album, je ne savais pas exactement ce que je faisais. Je voulais surtout le sortir rapidement parce que j’avais obtenu une bourse pour le faire et je ne voulais pas m’embarrasser des détails. Alors j’avais hâte de commencer la création de Miss Colombia, je voulais présenter un produit de grande qualité. Voilà ce qui distingue les deux albums et de quelle façon le premier a soutenu le suivant. »

L’artiste souligne que Miss Colombia a requis beaucoup patience et de discipline et, surtout, a compté sur « moins de chefs dans la cuisine ». 

« C’est la plus importante leçon apprise de La Papessa : beaucoup de monde impliqué, beaucoup d’opinions, beaucoup de stress inutile. Avec Miss Colombia, j’ai vraiment écouté ma propre voix. Dès qu’il y avait trop de monde à donner son avis, je les envoyais paître (rires) ».

Performer multimédia à mi-chemin entre pop culture et avant-garde, Lido Pimienta est une artiste complète, la musique n’est qu’une part de son univers… et elle entend bien que les choses restent ainsi.

« J’ai de la chance car je suis capable de faire beaucoup de choses, alors pourquoi ne pas les montrer ? J’ai accordé plus d’attention à la qualité musicale sur ce nouvel album, j’y ai mis plus d’énergie, mais la dimension visuelle de mon travail demeure tout aussi importante. Les deux vont ensemble. Il était important pour moi de présenter ma musique de manière à ce qu’elle ait un sens et surtout qu’elle me ressemble. J’écris moi-même tous les scénarios de mes vidéos, je fais tous les dessins des storyboards et je m’entoure des gens les plus aptes à réaliser ce que j’ai en tête. Je m’assure que ma musique passe à un niveau supérieur. Je tiens absolument à ce que le prochain album soit encore plus beau, ça m’obsède. »

Le processus de création de Miss Colombia s’est amorcé en 2015, d’abord au Chili, puis en Nouvelle-Écosse.

« Je me suis d’abord rendue à Santiago, au Chili, y travailler avec mon ami Andrés Nusser. Nous avons fait des prises de son, travaillé la voix et nous nous sommes assurés que je saurais comment la traiter et la mixer. Puis je suis allée à Halifax pour réaliser des enregistrements d’instruments à vent avec mon ami Robert Drisdelle et ses collègues. »

Lido Pimienta a ensuite complété le travail avec Prince Nifty.

« J’ai toujours voulu travailler avec lui. Pour moi, il est le meilleur réalisateur. Il est très doué pour la musique expérimentale, il comprend parfaitement les côtés production et interprétation de mon travail. Je suis donc allée chez lui, je lui ai montré quelques maquettes et nous avons longuement discuté. Puis nous avons construit à Toronto un studio où nous avons travaillé pendant environ sept mois. Les séances ont été nombreuses, courtes et intenses. Nifty et moi étions en couple pendant tout ce temps, j’ai d’ailleurs donné naissance à mon deuxième enfant durant cette période. Je devais allaiter pendant les prises de son! En toute intimité, nous avons pu grandir avec les nouvelles chansons. L’ambiance était détendue, même s’il y avait beaucoup de questions auxquelles il était difficile de trouver des réponses. »

Miss Colombia a finalement été achevé en terre natale. Rappelons que le titre de l’album est un clin d’œil ironique à ce prix de Miss Univers décerné à tort à Miss Colombia qui avait défrayé la chronique en 2015.

« Nous avions toutes les chansons en main mais je voulais aussi que la musique afro-colombienne  traditionnelle trouve sa place dans l’album. Avant d’émigrer au Canada, j’ai été très influencée par la musique de la région de Palenque dans la province de Bolivar, où se trouve Carthagène, sur la côte caraïbe. J’ai alors travaillé avec l’ensemble Sexteto Tabalà, ç’a été merveilleux parce que nous n’étions pas confinés dans un studio, nous entendions les voitures qui passaient, les enfants, les chevaux. Je me suis liée d’amitié avec ces musiciens, nous avons d’ailleurs des projets pour l’avenir. »

Lido Pimienta, force est d’observer, est un univers en soi. Elle en est tout à fait consciente et carbure avec sa culture composite :

« La cumbia, le porro ou la champeta ne constituent qu’une partie de moi. Je suis africaine et autochtone, je suis un mélange d’esclaves et de propriétaires d’esclaves. Je suis tout ce qui provient de Colombie. Il me semble tout naturel pour moi de l’exprimer, sans même avoir l’intention de l’explorer.  Je suis aussi le résultat de ma propre migration. J’ai trouvé ma maison au Canada, j’y ai eu mes deux enfants (12 ans et 1 an), mon partenaire est aussi fils d’immigrants. Je me sens à l’aise au Canada, chaque jour je comprends mieux cette culture qui me révèle des choses parfois étonnantes, notamment sur les Autochtones, les francophones et les communautés culturelles. »

Et le Polaris 2017 ? Pas si évident, se rappelle la principale intéressée…

« Il y a eu beaucoup de réactions négatives lorsque j’ai reçu ce prix. Dans les médias sociaux, on a dit que je n’étais pas vraiment canadienne et que je ne chantais pas en anglais. C’est dommage, car cette diversité linguistique au Canada est l’occasion d’un enrichissement culturel. Ce sont les artistes comme moi qui sommes la culture du Canada aujourd’hui. Vous savez, j’ai essayé d’écrire des trucs en anglais, mais ça ne sonnait pas bien. Peut-être que si j’écrivais en français ou en portugais, ça marcherait… »

Qu’à cela ne tienne, Lido Pimienta a réussi à imposer un deuxième opus trois ans plus tard, à faire l’éloquente démonstration de son immense talent et de sa possible pérennité.

 « Oui, Miss Colombia récolte de très bonnes critiques partout, espérons que cela signifiera plus de spectacles et plus de revenus pour ma famille. Je serais aux anges si je pouvais donner un foyer à mes enfants. Autrement, je suis très heureuse avec mes partenaires d’affaires, mes collègues, ma famille. J’ai des idées très précises pour mon prochain spectacle, je veux que les gens aient se sentent transportés dans un autre monde. Enfin, je sais exactement où je vais pour mon prochain album. Je veux que tout soit très beau! Je veux offrir des chansons qui feront pleurer. Je suis prête à tout pour y arriver ! »

Crédit photo : Richmond Lam

PAN M 360 : Are You In Love? est le fruit de l’amour, mais aussi d’un deuil. Comment diriez-vous que l’amour, d’un côté, et le deuil, de l’autre, ont influencé ou inspiré votre travail ?

Basia Bulat : Il y a un très beau livre de Kahlil Gibran, Le prophète, qui explique ce sentiment mieux que je ne pourrais jamais le faire. Je reviens tout le temps à ce passage du livre, et je le relisais pendant que je faisais mon album :

Votre joie est votre tristesse sans masque.
Et le même puits d’où jaillit votre rire a souvent été rempli de vos larmes. 
Comment en serait-il autrement ? 
Plus profonde est l’entaille découpée en vous par votre tristesse, plus grande est la joie que vous pouvez abriter. 
La coupe qui contient votre vin n’est-elle pas celle que le potier flambait dans son four ? 
Le luth qui console votre esprit n’est-il pas du même bois que celui creusé par les couteaux ? 
Lorsque vous êtes joyeux, sondez votre cœur, et vous découvrirez que ce qui vous donne de la joie n’est autre que ce qui causait votre tristesse. 
Lorsque vous êtes triste, examinez de nouveau votre cœur. Vous verrez qu’en vérité vous pleurez sur ce qui fit vos délices.  

PAN M 360 : Comment avez-vous réussi à canaliser cette dualité ? 

BB : La direction sonore de chacun des enregistrements que j’ai faits est venue des paroles et de l’endroit où il a été enregistré ainsi que de l’énergie qui s’en dégageait… J’ai eu la chance de faire la plus grande partie de cet album au parc de Joshua Tree, qui est un lieu très spirituel. Les variations dans le paysage du matin jusqu’à la tombée de la nuit ont quelque chose de vraiment puissant et cela a exercé une influence sur l’énergie durant les séances d’enregistrement; je suis heureuse que vous ayez pu le sentir à l’écoute dans vos haut-parleurs ou vos écouteurs. 

PAN M 360 : Vous vouliez faire un album sur la compassion, pouvez-vous expliquer un peu le processus de création, comment et où il a été conçu et enregistré ?

BB : Avant de commencer l’enregistrement, j’avais écrit à mon ami Jim James (My Morning Jacket) – qui a produit l’album –, pour lui dire que je voulais écrire des chansons sur la compassion. Je ne savais pas à quoi cela ressemblerait ni quel genre de chansons cela donnerait, juste que je voulais me servir de ce sentiment comme guide. J’écrivais beaucoup sur différentes expériences dont j’avais peur de parler auparavant, ce qui m’a amené à faire preuve de compassion envers moi-même, chose que je n’avais pas prévue. 

J’ai commencé à écrire une partie de la musique et des paroles avant d’arriver à Joshua Tree, et c’est là-bas que j’ai pas mal tout complété. C’est un endroit où j’avais toujours rêvé d’aller et y être a éveillé en moi la capacité d’être profondément à l’écoute de mon corps et de mon cœur. Tous ceux qui étaient là pour les séances d’enregistrement prenaient congé le matin, alors j’avais toute la matinée à moi pour jouer de la guitare ou écrire des paroles. Nous nous retrouvions vers midi et commencions alors à travailler sur une chanson et à mettre un arrangement au point en la jouant avec le groupe. Nous faisions toujours une pause pour regarder le coucher du soleil et voir les animaux sortir, une autre dimension du désert s’animait alors sous les étoiles. C’est souvent avec cette nouvelle énergie nocturne que nous enregistrions « la bonne prise ». 

PAN M 360 : Already Forgiven est une très belle chanson, comment a-t-elle été créée ? J’ai lu quelque part que votre mari a enregistré le son du vent à travers une fenêtre et que vous l’avez ensuite fait passer par une pédale de guitare ?

BB : J’adore la façon dont cette chanson a été créée. Mon mari, Andrew (qui a joué de nombreux instruments et fait un peu de travail de réalisation sur l’album), a enregistré le vent alors qu’une tempête se levait. Il l’a ensuite fait passer dans quelques pédales d’effets et divers appareils électroniques, de sorte que le vent s’est mis à chanter sa propre mélodie. Lorsque j’ai entendu cette mélodie en même temps que le son original du vent, ça m’a inspirée et j’ai écrit le reste des paroles qui manquaient encore à la chanson.  

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi de travailler à nouveau avec Jim James?

BB : Jim est l’un de mes artistes et compositeurs préférés. C’est une personne merveilleuse à avoir comme réalisateur parce qu’il ne veut pas faire la même chose deux fois, et moi non plus ! 

PAN M 360 : Y a-t-il des choses amusantes ou étranges qui se sont passées durant les séances d’enregistrement ? 

BB : Beaucoup de gens deviennent fous dans le désert et s’y perdent, et ça m’est peut-être arrivé à moi aussi… mais je n’entrerai pas dans les détails ! 

PAN M 360 : Si vous mettiez tous vos albums en perspective, que diriez-vous de celui-ci par rapport aux autres ?

BB : J’essaie de ne pas trop passer de temps à comparer les choses ; en fait, chaque fois que je le fais avec mes chansons, elles reviennent pour me donner tort ! Je pense que même mes plus anciennes chansons trouvent un moyen d’être à nouveau pertinentes dans ma vie, ce qui est vraiment étrange. Ça vient par cycles.  

PAN M 360 : Comment passez-vous vos journées en ces temps de confinement? Qu’écoutez-vous ?

BB : J’essaie comme tout le monde de rester à l’intérieur autant que possible. Heureusement, comme artiste, je suis habituée à être seule, mais cette fois-ci, c’est différent et plus difficile parce que je ne sais pas quand je pourrai revoir ma famille et combien de temps tout cela durera. En attendant, je lis beaucoup et je parle à ma famille et à mes amis au téléphone et j’essaie d’aider tous ceux qui en ont besoin dans mon quartier. J’ai aussi fait beaucoup de semis, les regarder pousser et me mettre à leur rythme a été très apaisant. J’écoute souvent Music For Airports de Brian Eno, de même qu’une compilation intitulée I Am The Center: Private Issue New Age Music in America, 1950-1990. J’ai également poursuivi la tradition de regarder le soleil se coucher tous les jours depuis Joshua Tree. Sortir pour assister au coucher du soleil chaque fois que c’est possible m’aide à garder un certain équilibre durant cette période très étrange.

Crédit photo : Bowen Stead

PAN M 360 : Elephant Stone vient de lancer un nouveau simple, American Dream. Musicalement, c’est un joli morceau de folk rock psychédélique, mais sur le plan des paroles, on dirait du punk hardcore enragé. On y sent beaucoup de colère, ce qui ne vous ressemble pas, sa création n’a pas dû être facile.

Rishi Dhir : L’empathie est la clé de la plupart de mes paroles. J’essaie de ressentir ce que ressent le personnage dans ma chanson. American Dream est sans aucun doute la chanson la plus directe que j’ai jamais écrite. Pourtant, un bon nombre de mes chansons ont quelque chose de cynique ou rageur, même si les mélodies sont enjouées – Bombs Bomb Away, Manipulator, Masters of War – la liste est longue. Il m’a fallu du temps pour comprendre comment dire ce que je voulais dire. Dès que j’ai eu le premier couplet, le reste a déboulé. 

PAN M 360 : Les profits seront versés au fonds de secours PLUS1 COVID-19 destiné aux gens durement touchés qui travaillent dans l’industrie du spectacle. PLUS1 est le genre de d’organisme qui s’est développé depuis les efforts déployés par Arcade Fire pour venir en aide aux Haïtiens, pourquoi avoir choisi celui-là ?

RD : Je suis très ami avec Marika Shaw [fondatrice et PDG de PLUS1, et ancienne membre d’Arcade Fire], j’ai toujours admiré la passion qu’elle met dans ce qu’elle fait et le travail accompli par PLUS1, cela m’a semblé tout naturel.

Crédit photo : Caroline Perron

PAN M 360 : Depuis le début du confinement, vous avez rapidement adopté les concerts en direct avec vos Sacred Sounds Sessions, qui sont plus décontractés que les concerts habituels. Ils ont évolué au fil des semaines et vous en faites un autre ce mardi soir.

RD : Avec l’annulation de notre spectacle au festival South by Southwest et de notre tournée aux États-Unis, j’ai eu envie de communiquer avec nos fans et nos amis. La première semaine de quarantaine a été assez troublante pour moi, et j’ai senti qu’il fallait que je fasse quelque chose. La première séance des SS a eu un impact beaucoup plus important sur moi que je ne l’avais prévu. Je me suis rendu compte que nous sommes tous confrontés au même défi, ensemble. C’était magnifique.

PAN M 360 : Des indices de ce à quoi on peut s’attendre mardi soir ? Allez-vous jouer American Dream ?

RD : Je décide habituellement ce que je vais jouer la veille. Je commence toujours avec un quart d’heure de sitar, puis je pars de là. Oui, je vais très probablement jouer American Dream. Les gens ont très bien réagi à cette chanson.

PAN M 360 : En ce qui a trait aux Acid House Ragas, comptez-vous en faire d’autres ? Allez-vous en jouer pendant les Sacred Sounds Sessions ?

RD : J’ai commencé les Acid House Ragas en réaction aux années d’enregistrement et de tournée avec Elephant Stone. J’avais besoin de prendre une pause des chansons, j’avais envie d’explorer quelque chose de plus groove, plus acid house. Stephen Ramsay, mon partenaire dans le projet, et moi avons convenu de travailler sur la musique à distance. Avant la pandémie, nous avons fait quelques jams qui semblaient très prometteurs. Je pense employer quelques éléments électroniques lors d’une session de Sacred Sounds, peut-être le mois prochain !

PAN M 360 : C’est assez excitant de voir les médias et des communautés artistiques, en particulier les Indiens, s’adapter à la situation actuelle et innover, et de voir ce qui va arriver.

RD : Oui, les artistes font ce que font les artistes : créer. J’ai été très productif ces dernières semaines. American Dream a été fait en deux semaines. En plus des Sacred Sounds Sessions, j’ai participé à plusieurs festivals virtuels, j’ai écrit, composé, je me suis exercé à la batterie, j’ai fait de la pizza…

La prochaine séance des Sacred Sounds Sessions aura lieu demain, mardi 5 mai, à 21 h (HAE). Il suffit de cliquer ici. Vous devrez cependant préparer votre propre pizza.

Dans ses temps libres, Embury participe à d’innombrables projets parallèles qui ont en commun un penchant pour la brutalité : Brujeria, Venomous Concept, Locked Up ou Anaal Nathrakh sont parmi les formations avec lesquelles il a collaboré. Comme si ce n’était pas assez, Embury nous présente maintenant Dark Sky Burial, son projet solo. Cette fois, le tempo a ralenti et il n’y a plus de traces de metal. La musique de Dark Sky Burial est aussi sombre que celle des autres projets d’Embury, mais elle emprunte plutôt les sentiers électroniques du dark ambient. Un changement de ton, mais pas nécessairement d’univers. Nous avons eu la chance de discuter avec l’homme aux 1000 projets afin qu’il nous en dise un peu plus.

PAN M 360 : À quel moment as-tu commencé à faire de la musique électronique ? Savais-tu dès le départ l’orientation que ça allait prendre ?

Shane Embury : J’ai commencé les premières chansons il y a 2 ou 3 ans, mais elles ont évolué au rythme du temps que j’y ai investi et de mes idées. Je suis obsédé par les boucles depuis longtemps et j’essaie de voir combien de contre-mélodies et de sons percussifs je peux ajouter à ces boucles initiales. Je joue ensuite avec ces couches et ces idées, et avec les erreurs que je fais parfois, certaines de ces idées deviennent encore meilleures. Je ne réinvente pas la roue, mais j’essaie de ne pas sombrer dans le bruitisme pur et dur. Ça viendra peut-être puisque je vois DSB comme un concept en évolution qui pourrait éventuellement inclure d’autres personnes pour des concerts.

PAN M 360 : On aurait pu croire que pour ton premier projet électronique, tu aurais plutôt emprunté les chemins de l’industriel pur, du bruitisme ou du techno plus hardcore. Pourquoi avoir opté pour quelque chose de plus ambient ?

SE : J’ai envie de faire quelque chose d’électronique depuis des années et le moment semble bon. Je n’ai pas d’intentions précises pour ce projet, il reflète mon intérêt pour l’horreur et les tonalités lugubres. J’aimerais aussi qu’il soit stimulant, tout en me forçant à m’isoler, ce qui, je l’espère, débouchera sur des réflexions et de nouvelles possibilités. Cela dit, j’ai déjà été dans un projet industriel nommé Malformed Earthborn en 1995-96. 

PAN M 360 : De Omnibus Dubitandum Est est paru sur Extrinsic, ton propre label, pourquoi ?

SE : À l’origine, Extrinsic devait servir uniquement pour Dark Sky Burial, mais la première parution a été Born to Murder the World, un de mes projets qui n’avait jamais été entendu et qui devait paraître de façon, disons, plus alternative. J’ai tendance à être impatient, et comme je suis très occupé à mes projets, je n’ai pas toujours envie de me prêter au rituel qui accompagne les lancements d’albums. Et puis avoir mon propre label me donne plus de contrôle et aussi la possibilité d’expérimenter davantage. Ça me plaît bien d’avoir moins de tracas et de pression. DSB est le début d’une nouvelle expérience pour moi et je ne suis pas pressé de savoir où ça me mènera.

PAN M 360 : Avant DSB, certains anciens membres de Napalm Death comme Mick Harris et Justin Broadrick ont été reconnus pour leur musique électronique, c’est assez inhabituel pour un groupe heavy metal…

SE : Je les connais bien, ainsi que le fondateur de Napalm Death, Nick Bullen. Ils ont toujours voulu défoncer les frontières entre les différents genres. Quand je les ai rencontrés en 1986, ils partaient du hardcore et s’en allaient vers le death ou le thrash metal, alors que moi, je faisais le chemin en sens inverse. Ils aimaient beaucoup Swans, Throbbing Gristle et Killing Joke, des artistes que je ne connaissais pas à ce moment, mais qui m’ont plu rapidement. Nous étions toujours à la recherche de nouvelles choses à écouter. Ça partait souvent de ce que John Peel avait dit la veille à la BBC ou de ce que nous lisions dans le New Musical Express. Je passais aussi beaucoup de temps au magasin de disques Rough Trade sur Portobello Street à Londres. Comme me l’a dit King Buzzo (The Melvins) un jour, certains mélomanes sont des anthropologues musicaux. Pour moi, ç’a plein de bon sens !

PAN M 360 : De Omnibus Dubitandum Est est le titre d’un livre du philosophe danois Søren Kierkegaard qui pourrait se traduire par « On doit douter de tout », est-ce que le titre de l’album vient de là ? Est-ce que la pochette a un lien avec tout ça ? 

SE : Oui, le titre vient de ce livre. Je suis tombé dessus en faisant une recherche sur le web. Je suis en général un non-croyant, mais parfois, complètement à l’opposé… Ce titre me semblait approprié au moment de la sortie. La pochette quant à elle s’inspire de la Tour du silence que l’on retrouve dans les rites d’inhumation céleste, que je trouve fascinants et inspirants.

PAN M 360 : Quand on produit de la musique électronique, la frontière entre les aspects créatifs et techniques n’est jamais étanche, avec Dark Sky Burial, te vois-tu comme un musicien, un producteur ou un ingénieur ?

SE :
Je me vois comme un musicien. Pour l’instant, je vois tout ça comme le début d’un long chemin où j’ai beaucoup à apprendre et j’espère avoir l’occasion de collaborer avec des gens qui ont des idées semblables (merci d’ailleurs à ceux qui suivent ce projet et qui auront l’occasion de me voir m’améliorer). L’aspect technique est un peu intimidant, mais chacun a sa manière d’utiliser les outils à sa disposition.

PAN M 360 : En tant que membre d’un groupe, tu es habitué à recevoir des commentaires des autres membres, avec DSB, as-tu cherché à en obtenir d’autres personnes ?

SE : J’adore pouvoir me retrouver seul pour bidouiller des trucs dans mon studio ou à l’hôtel après un concert. Je me perds dans les sons et le temps passe rapidement. Ça me met dans un état de transe et c’est une excellente façon de s’évader. Je suis très chanceux de pouvoir entamer ce projet maintenant. J’ai fait entendre quelques pistes à des amis et tenu compte de certains de leurs commentaires, mais au départ je voulais que ce premier album reflète mes humeurs et mes drames.

PAN M 360 : Pour l’instant, l’album est uniquement offert en téléchargement, prévois-tu le sortir sur support physique ?

SE : Pour ce premier album, j’ai choisi 13 chansons parmi beaucoup d’esquisses que je vais aussi essayer de terminer. J’aimerais sortir un nouvel album tous les 3 ou 4 mois et après le 4e, les réunir dans un coffret de CD et de vinyles à tirage limité.

PAN M 360 : Feralyzed s’inscrit dans la veine synthwave des précédentes parutions de Cat Temper. Les titres mêmes des chansons du premier album sont de parfaits exemples du genre : Dark Matrix, Vector Blade, Toxigon. Vous semblez d’ailleurs avoir un réservoir inépuisable d’idées dans ce style particulier. Quel est votre point de vue sur le synthwave ?

Mike Langlie : J’ai grandi durant les années 1980 et donc avec la musique qui a inspiré le mouvement synthwave. Être amateur de synth-pop n’était pas cool du tout à l’époque – pas dans la petite ville où j’étais, en tout cas – alors je suis ravi de voir que c’est maintenant un style qu’on apprécie et respecte.

C’est aussi dans les années 80 que j’ai commencé à faire de la musique. Les artistes qui m’ont influencé à ce moment-là m’influencent encore aujourd’hui. Je fais le genre de musique que j’ai toujours aimé écouter et jouer, ça n’a rien à voir avec la nostalgie ou une recette à succès. D’autres influences se sont également glissées au fil des décennies, de sorte que je ne considère pas mon travail comme étant du « pur » synthwave. C’est d’ailleurs parce que ma musique est hybride qu’elle s’est fait remarquer.

PAN M 360 : Votre projet précédent, les explorations « joujoutroniques » de Twink, avait un joli petit lapin comme mascotte. Il était très kawaii, comme diraient les Japonais. Le totem de Cat Temper est bien entendu le félin. Pourquoi avoir choisi le chat pour cette série d’œuvres ? Seriez-vous par hasard un ailurophile en bonne et due forme?

Mike Langlie : Mon projet instrumental Twink avec les jouets était l’équivalent musical d’un tour de manège dans un parc d’attraction sonore. Une critique l’a même décrit comme étant « du Lisa Frank musical sous acide ». Après avoir longtemps fait ce genre de choses, j’avais besoin de changer de direction. Je suis retourné à mes racines électro-punk des groupes précédents, en ajoutant un côté malveillant et de la distorsion. Cat Temper se promène entre l’aimable et l’agressif, il m’a donc semblé logique de l’incarner dans un personnage félin malicieux. Et oui, je suis totalement fou des chats !

PAN M 360 : Après les débuts de Cat Temper, Purring for Vengeance, vous avez enchaîné avec Henry, une bande-son alternative au premier chef-d’œuvre de David Lynch, Eraserhead. Pourquoi ce détour ?

Mike Langlie : J’ai toujours été un grand fan de David Lynch. Un autre truc que j’aime, c’est les trames sonores alternatives de films classiques. Relativement dépouillée, la bande originale d’Eraserhead m’a semblé propice pour combiner ces deux passions. J’ai beaucoup aimé me concentrer sur certaines scènes comme si c’était des vidéoclips, tout en maintenant les fils conducteurs. Le jeu et le rythme d’Eraserhead sont tellement différents de ceux des films plus conventionnels. Comprendre le rythme et la dynamique de chaque scène m’a amené à rompre avec mes habitudes d’écriture d’une manière à laquelle je n’aurais jamais pensé autrement. J’ai regardé le film littéralement des centaines de fois pendant l’année où j’ai travaillé sur l’album, et bien que je le connaisse à fond, je n’arrive toujours pas à l’expliquer !

Henry, d’après le nom du personnage principal, est l’album sur lequel j’ai le plus travaillé, pour le plus petit auditoire potentiel. Je me rends compte de la dimension prétentieuse de ma démarche à vouloir remplacer la brillante conception sonore de Lynch, mais l’une de mes motivations était de rendre le film accessible à des gens qui en temps normal ne s’y seraient pas intéressés.

PAN M 360 : La troisième parution de Cat Temper, Digital Soul, avait aussi une thématique distincte, une partie d’échecs homme contre machine avec des implications existentielles. Quelle est l’idée derrière ce jeu ?

Mike Langlie : Faire Henry avait été tellement captivant que j’ai tout de suite voulu faire une autre bande-son alternative. J’ai choisi un faux documentaire indépendant de 2013 un peu étrange intitulé Computer Chess qui porte sur des nerds à une conférence sur l’IA au début des années 1980. Son humour ironique et son étrangeté rappellent un peu Eraserhead, également filmé en noir et blanc, et la bande-son minimale laissait de la place pour ma propre musique. Mais comme après quelques scènes, j’ai senti que ça ne fonctionnait pas, j’ai décidé de prendre ce que j’avais fait et d’en tirer un autre album. J’ai suivi la thématique et créé ma propre histoire de science-fiction de l’homme contre la machine comme guide pour le rythme et le ton des chansons. Je me suis aussi beaucoup inspiré des bandes-son de John Carpenter, Tangerine Dream et Giorgio Moroder.

PAN M 360 : Avec les deux derniers albums, Something Whiskered This Way Comes et maintenant Feralyzed, vous semblez avoir cédé à la tentation et employé un calembour félin comme titre pour chacun des morceaux. Pensez-vous pouvoir en trouver d’autres ou avez-vous épuisé les neuf vies du chat ?

Mike Langlie : En tant que designer graphique, je sais à quel point le branding est important, il est donc tout naturel de vouloir maximiser la thématique du chat. Les jeux de mots sur des titres de chansons et d’albums de heavy metal classique sont aussi une façon de rendre hommage à certaines influences improbables dans ma musique. Je note mes idées dans un carnet, mais j’admets qu’il est de plus en plus difficile de trouver des nouveaux titres, surtout avec l’arrivée de nouveaux groupes axés sur les chats. À ce propos, mon préféré est un duo de death-metal qui s’appelle Litterbox Massacre.

PAN M 360 : Avec Twink, et maintenant Cat Temper, le design de vos productions demeure toujours très soigné, tant pour le graphisme que pour l’illustration, et toujours en parfaite adéquation avec la thématique. Toutefois, avec Cat Temper, vous avez fait appel à d’autres illustrateurs pour les pochettes.

Mike Langlie : Avec Twink, j’ai eu de nombreux collaborateurs musicaux et jusqu’à présent, Cat Temper a été un projet solo. Ce qu’une autre personne peut apporter de frais et surprenant me manque, et j’étais curieux de voir de quelle façon les autres interpréteraient mon travail visuellement. De plus, j’ai moins de temps ces jours-ci, confier le travail d’illustration de la pochette m’en laisse donc plus pour la musique. Chacun des artistes a choisi sa propre voie, ce qui, je crois, a très bien servi chacune des parutions. Ils font des clins d’œil à l’iconographie un peu éculée du synthwave tout en amenant quelque chose de nouveau.

Ci-dessus: pochette de Quinnzel Kills pour « Feralyzed »

PAN M 360 : Pour le bénéfice de tous les geeks de synthés parmi nos lecteurs, pouvez-vous dresser la liste de l’équipement dont vous vous servez pour la musique de Cat Temper ?

Mike Langlie : J’ai vendu la majeure partie de mon équipement physique au fil des ans et je travaille maintenant presque uniquement avec Reason sur mon ordinateur portable. C’est une collection de synthés, de boîtes à rythmes, de séquenceurs et d’effets, avec une interface sympathique. Je me sers aussi parfois de certains des claviers-jouets de ma collection. L’an dernier, j’ai acheté du nouveau matériel que je compte utiliser sur de prochains albums, dont quelques petits Pocket Operators fabriqués par Teenage Engineering, un Korg Volca FM, qui est un clone du mini DX7, un Bass Station II et un Roland JU-06A. Jamais je ne me séparerai de mes premiers instruments, un Casio CZ-101 et une boîte à rythmes miniature de Mattel Synsonics.

PAN M 360 : Quels sont vos projets pour Cat Temper après Feralyzed ? Dans quelle direction aimeriez-vous aller ?

Mike Langlie : J’ai deux autres albums qui sont presque prêts et qui sortiront plus tard cette l’année. Le premier est un peu plus bruyant que les précédents. Dans le second, il y aura une chanteuse ou un chanteur différent pour chaque chanson. Chacun.e a écrit ses propres – et formidables – paroles à thématique féline et j’ai bien hâte de les lâcher dans la nature!

Crédit photo: Valtteri Hirvonen

PAN M 360 : Tuomas, comment ça va?

Tuomas Saukkonen : C’est compliqué. Ça change toutes les heures. Le monde est sens dessus dessous en ce moment, c’est bizarre.

PAN M 360 : Vous étiez sur le point de commencer la tournée Devastation Of The Nation quand tous les concerts ont été annulés. Quelles sont les conséquences pour Wolfheart?

Tuomas Saukkonen : Elles sont assez importantes. Nos visas étaient payés, l’autobus de tournée loué, on avait 500 t-shirts à l’effigie de la tournée, sans parler du temps consacré aux répétitions. Partir en tournée signifie qu’on doit réaménager nos horaires, prendre des congés au travail, ce qui n’est pas rien. Le fait qu’on n’est pas les seuls touchés rend la situation plus facile à accepter. En même temps, on est chanceux parce que la tournée a été annulée quatre jours avant qu’on prenne l’avion pour l’Amérique du Nord. On n’a pas eu à se demander comment rentrer en Finlande.

PAN M 360 : On peut se considérer chanceux puisque la tournée Devastation of the Nation n’a pas été annulée. On sait déjà qu’elle s’arrêtera aux Foufounes Électriques le 24 février 2021.

Tuomas Saukkonen : Oui, c’est quelque chose qui est vraiment cool de la part de notre agence de concerts. Je pense que notre tournée est la seule qui a été instantanément reportée avec les mêmes groupes, mais dix mois plus tard. Ça aide à voir les choses de façon plus positive.

PAN M 360 : Vagelis Karzis (ex-Rotting Christ) a participé à l’enregistrement de Wolves of Karelia en tant que guitariste de session. Vous venez d’annoncer qu’il est votre nouveau guitariste permanent. Est-ce que ça fait longtemps que cette décision a été prise?

Tuomas Saukkonen : On l’a prise en septembre 2019, après la tournée de six semaines qu’il a faite avec nous pendant l’été. Deux ou trois concerts ou quelques répétitions ne permettent pas de savoir si on s’entend bien avec quelqu’un, comparativement à six semaines dans un autobus de tournée! Ç’a été un très bon test. Vagelis est un gars fantastique et un excellent guitariste et on voulait attendre la sortie de l’album pour annoncer son arrivée dans le groupe.  

PAN M 360 : Il a quitté Rotting Christ pour Wolfheart.

Tuomas Saukkonen : Oui. Je ne sais pas si cela aurait été un problème pendant la tournée Devastation of the Nation (qui comprend aussi Rotting Christ, Borknagar, Abigail Williams et Imperial Triumphant). Je connais les membres de Rotting Christ, mais je ne sais pas s’il y aurait eu des tensions entre eux et Vagelis. Il été leur guitariste pendant sept ans avant de se joindre à Wolfheart. Je ne sais pas comment ils ont réagi à l’annonce de son départ.

PAN M 360 : Wolves of Karelia porte sur la guerre d’Hiver qui a éclaté le 30 novembre 1939 au moment de l’invasion de la Finlande par l’Union soviétique. Pourquoi avoir choisi cette thématique?

Tuomas Saukkonen : Pour deux raisons. Tout d’abord, après la sortie de Constellation Of The Black Light (2018), on a joué environ 140 concerts en dix mois, ce qui veut dire qu’on était constamment sur la route. On a fait deux tournées nord-américaines, deux tournées européennes, on a joué en Amérique du Sud, en Asie et même à Dubaï. Je me suis rendu compte que plus on voyage et plus on est loin de la maison, plus on voit notre maison et notre pays différemment. À cause de ça, je me suis mis à penser davantage à mon enfance dans la région de Carélie. Je suis né dans cette région et la famille de mon père y vit encore. Ensuite, j’ai commencé à écrire les textes de l’album autour de la Fête de l’Indépendance de la Finlande (qui tombe le 6 décembre). Chaque année à cette période, on parle beaucoup de la guerre d’Hiver dans les médias et les textes de l’album sont inspirés d’entrevues accordées par des vétérans à la radio et dans la presse écrite. 

PAN M 360 : Est-il important de faire connaître cette période de l’histoire de la Finlande aux jeunes générations de métalleux?

Tuomas Saukkonen : Oui. La meilleure façon d’apprendre à anticiper l’avenir est de savoir ce qui s’est produit dans le passé. Ça permet de voir les erreurs que les gens ont commises dans le passé et comment ils ont résolu les problèmes. La chose la plus remarquable à propos de la guerre d’Hiver est le fait que l’armée finlandaise a réussi à stopper l’invasion soviétique même si elle était beaucoup moins nombreuse. Elle n’a pas gagné la guerre, mais elle a empêché les Russes d’envahir la Finlande. Cet exploit a façonné la mentalité finnoise. Le mot « sisu », qui signifie en substance courage et ténacité, illustre bien cette mentalité qu’à mon avis ma génération est en train de perdre. Connaître notre histoire nous aide à nous rappeler ce que nos grands-parents et leurs parents ont traversé pour que nous n’ayons pas à nous plaindre de plus petites choses. De nos jours, il suffit que notre connexion Internet soit mauvaise ou qu’on ne trouve pas notre barre de chocolat préférée au magasin pour que notre journée soit gâchée! 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vient en premier lors de la composition, la musique ou les paroles?

Tuomas Saukkonen : Je compose toujours la musique en premier. Je pourrais commencer par les textes, mais il n’y aurait pas de liens émotifs et je les trouverais ridicules. J’écris toujours les textes en studio une fois que la musique est enregistrée. À ce moment-là, les paroles sont un peu comme une affiche de film dans ma tête. Je vois une image et je la décris.   

PAN M 360 : N’est-ce pas un peu stressant?

Tuomas Saukkonen : Non, parce que je sais exactement ce que veut dire la scène que je vois dans ma tête. Je n’ai pas à y réfléchir, j’ai juste à trouver la meilleure formulation en fonction du rythme. Ma façon d’écrire est plus stressante pour les autres membres du groupe. Par exemple, le bassiste et chanteur Lauri Silvonen aimerait répéter ses textes avant de les enregistrer, mais il n’en a pas l’occasion à cause de ma façon de fonctionner.

PAN M 360 : Tu es le principal compositeur du groupe. Es-tu ouvert aux suggestions des autres musiciens?

Tuomas Saukkonen : Oui, je leur demande toujours s’ils ont des idées à me suggérer. Même chose en ce qui concerne Juho Räihä, l’ingénieur du son avec lequel je travaille depuis une dizaine d’années. Ce serait terrible de penser que ma façon de faire est la seule bonne. Quand on reste ouvert aux idées des autres, le résultat est meilleur. La seule manière d’apprendre à devenir un meilleur compositeur ou plus polyvalent est d’écouter l’opinion des autres. Si on ne le fait pas, on reste pris dans sa tête et on est incapable d’ouvrir la porte à la créativité.

PAN M 360 : C’est toi qui réalises toutes les vidéos de Wolfheart, pourquoi?

Tuomas Saukkonen : J’aime vraiment ça. Quand j’étais enfant, je regardais beaucoup d’émissions dans le genre de Headbangers Ball (diffusée à MTV de 1987 à 1995) et je découvrais de nombreux groupes à travers les vidéos de leurs chansons. Je n’écoutais pas la radio, je ne lisais pas beaucoup de magazines musicaux. Pour moi, le support visuel de la musique est très important. Lorsque je tourne des vidéos, je peux faire brûler toutes sortes de choses, je voyage dans des endroits super. Je pense entre autres aux vidéos des chansons The Saw, Breakwater et Everlasting Fall tirées de Constellation Of The Black Light qui ont été tournées en Islande. On a parcouru le pays en voiture pendant 5 jours à la recherche d’endroits où tourner les vidéos. J’ai tourné des clips pour d’autres formations, dont celui de la chanson Way of the Warrior d’Ensiferum, mais il n’y a que 24 heures dans une journée et je dois me concentrer sur Wolfheart.

PAN M 360 : Ariane, tu es sans conteste la personnalité la plus connue de ce projet collaboratif, quelle était ta motivation de travailler avec cette nouvelle génération de musiciens québécois rompus au beatmaking hip-hop ou électro ?

ARIANE : « C’est parti après Petites mains précieuses, mon dernier album solo. Ayant alors misé surtout sur une approche néo-seventies, j’avais le sentiment de ne pas être allée jusqu’au bout de ce que cet album aurait pu être. J’ai eu un sentiment d’urgence et je suis allée vers Étienne pour essayer autre chose, rattraper la part que je n’avais pas accomplie. Finalement je suis allée au bout de quelque chose d’autre, c’est là que ça s’exprime. »

PAN M 360 :  Quelle était l’esprit de la conception du projet SOMMM ?

ARIANE : « On n’avait pas de plan, c’était un projet studio à la base. Avec un artiste invité par chanson, l’idée était de mener un projet plus en phase avec les façons de faire d’aujourd’hui plutôt que de travailler pendant deux ans sur un album à 100 000 $. L’idée était de mettre en marché une chanson à la fois et… on s’est fait prendre au jeu : on sort un album complet. »

ÉTIENNE : « Tu pars de zéro et tu montes une chanson le jour même, tu fais les beats, les arrangements, les hooks (accroches). Pour notre première séance, on a travaillé comme ça et ça a vraiment cliqué.  Pour Ariane comme pour moi, il y avait une nouveauté de création, un mélange de modernité et de old school, un équilibre idéal. Au lieu de l’introspection tout seul dans son coin, c’était de pouvoir faire ça ensemble. Nous étions capables de mener ça plus loin en créant un album, c’est devenu un vrai projet. »

ARIANE : « Nous venons tous deux d’une forme de songwriting classique. Alors soit que ça nous mène à être plus conformistes dans nos structures, soit que ça nous permet de ne pas faire que des beats, textures ou échantillons, mais de vraies chansons avec ces pratiques. C’est un mélange. Dans cette optique, nous voulions sortir de la chanson avec feature rap, nous voulions les chansons plus aériennes, décloisonnées. Les douze mesures d’un rapper qui débarque, faut que ce soit cohérent, il faut manipuler la structure afin qu’elle devienne une chanson. »

PAN M 360 : Plus concrètement, quelle était la manière de faire?

ARIANE : « Nous étions toujours ensemble dans la création, vraiment ensemble. Chacun dans son studio, mais nos deux ordinateurs ouverts en même temps. Mon piano était toujours là… On s’envoyait des tracks par AirDrop et… Le peaufinage de la production, c’est un bal qui peut durer de longues heures. Ce travail, c’est aussi du songwriting. On peut aujourd’hui considérer l’ordinateur comme un instrument de musique à part entière. »

ÉTIENNE : « J’adore travailler en studio avec des gens qui ont des idées pour enregistrer la voix. Ariane me lance des idées sans arrêt, c’est du matériel créatif vraiment inspirant. Ça me permet à mon tour de développer l’idée et de produire la voix. En tant que producteur et créateur, y a rien que j’aime plus que de recevoir des idées des artistes, puis retourner traiter tout ça dans mon studio. »

PAN M 360 : Vous êtes à la fois musiciens, arrangeurs, beatmakers et réalisateurs dans ce projet. Expliquez-nous.

ÉTIENNE : « Auparavant, j’ai tourné avec Ariane, Coeur de pirate et d’autres artistes. Je jouais de la batterie, des percussions, des synthétiseurs. En 2016, j’ai décidé de me concentrer sur la production et la composition. J’ai dû réfléchir à la méthode de production, ce qui m’a mené à DRMS. Ça m’a permis de multiplier les collaborations en tant que réalisateur et de faire SOMMM avec Ariane. J’ai dû explorer plus en profondeur, autant le rap que la pop. J’ai dû observer comment les autres travaillent et collaborent, ce qui est super enrichissant. Le travail collaboratif est en vogue; de plus en plus, les producteurs veulent travailler ensemble, partager leurs connaissances, partager différentes visions du traitement vocal par exemple. »

ARIANE : « Je suis en train de me pincer!  Je peux parler du tuning de ma voix et de la production! Je travaillais avec DRMS, je ne me colle pas l’étiquette de réalisatrice mais je m’intéresse à la production en tant qu’auteure, compositrice et interprète. Ainsi je pousse mon côté producer et ça nourrit la création. »

PAN M 360 :  Parlez-nous de cette diversité d’artistes impliqués à vos côtés ? 

ARIANE : « On s’est retrouvés avec la nouvelle garde du hip-hop et aussi avec des filles musiciennes que j’aime beaucoup. J’avais envie d’aller voir comment ils créent, comment ils fonctionnent, ce qui les anime. Je jouais à la cool girl qui invite les petits jeunes dans son studio. On a beaucoup ri avec l’écart d’âge! »

ÉTIENNE : « Quand tu proposes à un artiste de se joindre à nous, il lui faut de l’air, une dose de liberté. On fait des sessions, on construit une forme ensemble, on complète le songwriting préliminaire. On peut se dire hé! ça prendrait peut-être de vrais instruments – basse, batterie, guitare… De fil en aiguille, la chanson se précise, c’est un terrain de jeu. Après ça, Ariane et moi, on doit s’assurer que c’est ce qu’on veut. »

PAN M 360 : Des exemples?

ARIANE : « Sur une ou deux tounes où l’on voulait plus de liveness, on a pris la basse de François Plante et la batterie de Max Ballavance, une section rythmique pas piquée des vers!  Ils se retrouvent notamment dans la chanson Le ciel s’est renversé, qui implique aussi Rosie Valland. Rosie est venue en studio faire une session avec sa propre proposition : ce chorus imbriqué dans le texte que j’avais commencé à écrire, c’est exactement ce qu’on cherchait. Get Well Soon impliquait le rapper Maky Lavender. Il est venu avec ses tracks prêtes à insérer dans la chanson. Il m’appelait madame Ariane, haha ! J’ai joué la basse sur cette chanson, je ne me suis pas gênée puisqu’on peut traiter, éditer, mener ça ailleurs. »

ÉTIENNE : « Pour la chanson Essence, La F est arrivée en studio, deux producers, trois MC avec Ariane, tout le monde composait ensemble, une chanson brute était conçue à la fin de la journée, suivie de longues séances de fine tuning en studio, allers-retours sur les textes, etc. On vivait un bel équilibre entre spontanéité et travail structuré. Il fallait être attentif, chaque recoin des chansons devait être pris en compte. »

ARIANE : « Plutôt introverti, le beatmaker Ruffsound est très important dans les carrières de rappers québécois, à commencer par Loud. Avec lui, on a amorcé la chanson Finir seule… et puis un poulet jerk, une couple de bières et woop! Sunshine était en chantier! J’ai alors l’idée d’un chorus en anglais, Clay and Friends m’est venu en tête, et ainsi de suite. Idem lorsque pour la chanson Danger j’ai écrit zay… c’était sûr que FouKi y apparaîtrait. J’ai aussi pensé à Marie-Pierre Arthur pour Chérie. Je ne m’imaginais pas quelqu’un d’aussi près de moi pour jouer ce climat d’intimité, nos voix parlées se mélangent et ça finit l’album en douceur. » 

PAN M 360 : En SOMMM… où ce projet vous a-t-il menés?

ARIANE : “J’ai eu beaucoup de questionnements pendant tout ce travail. Je voulais que ce soit émotionnellement crédible sans avoir l’air de trop essayer. C’était le risque de faire des chansons de cette manière, Ce fut mon plus gros défi.”

ÉTIENNE: “Rien n’a été forcé. Ça faisait plusieurs années que je voulais faire quelque chose du genre, mais ça prenait un contexte, ça prenait une Ariane devant. Ça prenait une artiste avec une identité assez forte pour lier tout ça et qui prenait bien soin de conserver son identité à travers ce processus. Et ça prenait des jeunes, cette nouvelle garde de millénariaux assez ouverts pour faire évoluer leur travail à travers ces rencontres. Ils se sont sentis valorisés à travers ce projet, ce fut très enrichissant pour nous tous. Et si ça peut créer des ponts, c’est tant mieux.”

Crédit photo: George Dutil

Au moment de la mise en ligne le programme de ce concert n’était pas tout à fait complet, mais il comprendra :

Entre chien et loup, d’André Hamel
Pour saxophone baryton et traitement numérique en temps réel 
…su Innocente X…, de Donald J. Stewart
Pour quatuor de saxophones 
La Ballade de Mon’onc Ovide II, une création de Quasar et de ses invités
Pour quatuor de saxophones, basse électrique et table de Babel

Au risque de se répéter, précisons que tout sera joué en direct, avec tous les risques que cela comporte.

Marie-Chantal Leclair et Jean-Marc Bouchard seront à la Réserve phonique, le local de répétition du groupe dans le quartier Ahuntsic, André Leroux sera chez lui dans la Petite Patrie et Mathieu Leclair chez lui également dans Ahuntsic. 

Les musiciens invités Jean-François Laporte, à table de Babel, et Éric Normand, à la basse électrique, seront en direct eux aussi respectivement du quartier Saint-Michel et de Rimouski.

Crédit photo: Marie Lassiat

Quasar : [kasar] n. m. – 1965 ◊ mot anglais 1964. Abrév. de quasi-stellar radio source « source d’émission radio quasi-stellaire » • ASTRON. Astre d’apparence stellaire, source d’ondes hertziennes [radiosource] dont l’émission est supérieure à celle d’une galaxie. « Parmi les galaxies, les quasars sont les plus puissants émetteurs de rayonnement » H. REEVES 
Le Petit Robert

Depuis 1994, ce nom désigne également un quatuor de saxophones montréalais qui se consacre à la création et à la promotion de la musique contemporaine.

Fait à souligner, ses membres sont les mêmes depuis sa fondation, soit Marie-Chantal Leclair, saxophone soprano et directrice artistique et générale, Jean-Marc Bouchard, saxophone baryton et directeur des opérations, Mathieu Leclair, saxophone alto et directeur administratif, et le dernier et non le moindre, André Leroux, saxophone ténor également très actif sur la scène jazz montréalaise, notamment avec François Bourassa dont il est membre régulier du quartette, l’Orchestre national de jazz de Montréal, Michel Cusson, James Gelfand et le regretté Vic Vogel.

Bien que la formation existe depuis maintenant plus de 25 ans, qu’elle ait au cours de cette période été lauréate de six prix Opus, créé plus de 150 œuvres avec des compositeurs d’ici et d’ailleurs et se soit produite un peu partout au Canada mais aussi aux É.-U., au Mexique, en Asie et dans une dizaine de pays européens, elle demeure méconnue au Québec.

Rencontre avec Marie-Chantal Leclair et Jean-Marc Bouchard, partenaires à la scène comme à la ville.

Comment tout cela a-t-il commencé? Quels ont été leurs premiers émois musicaux? 

Marie-Chantal a souvenir de son père qui jouait de l’orgue dans le salon familial et qu’il affectionnait le mambo. Un peu plus tard, alors que le groupe tournait fréquemment à la radio, elle aimait beaucoup les pièces de Supertramp qui comportaient des solos de saxo. En secondaire I, elle se rappelle d’avoir joué le thème de Rocky au saxophone et vécu alors une véritable épiphanie. Aussi, dès l’âge de douze ans, elle savait qu’elle voulait faire des études en musique. Et lorsqu’elle a entrepris celles-ci, son avidité d’apprendre était telle que « dès la troisième semaine, j’avais passé au travers du manuel de méthode de l’année », se souvient-elle.

Dans le cas de Jean-Marc, c’est la flûte traversière d’Ian Anderson de Jethro Tull qui a d’abord retenu son attention. Si bien qu’il s’est rapidement mis à suivre des cours. Puis, un jour, son professeur, qui jouait aussi du saxophone, lui a fait une démonstration de son savoir-faire sur cet instrument. « Wow! se rappelle-t-il, le sax sonnait fort comme dix flûtes! » Jean-Marc s’en est procuré un peu de temps après.

Bien que Jean-Marc et André aient fait connaissance au cégep et aient commencé à jouer ensemble à ce moment-là, c’est sur les bancs de l’Université de Montréal, dans la classe de René Masino, que se sont rencontrés les quatre membres de Quasar. 

Comme le répertoire de musique pour quatuor était assez limité – outre celui des grands classiques, bien entendu – leur professeur les a encouragés à se mêler aux élèves des classes de composition. Ainsi, comme le dit Marie-Chantal, « ce ne sont pas tant des œuvres que la pratique musicale de la musique de création qui nous a amenés dans cette voie. »

Crédit photo: Marie Lassiat

PAN M 360 : Mais pourquoi un quatuor de saxophones, pourquoi avoir choisi d’être en groupe?

Marie-Chantal : Parce que c’est plus l’fun d’être en groupe que d’être soliste. Tant qu’à mettre des énergies dans un projet, c’est plus agréable et stimulant d’être en groupe. En même temps, ce n’est pas anonyme comme dans un grand orchestre. À quatre, c’est un peu comme être quatre solistes. 

Comme nous, notre but, ce n’est pas de défendre le saxophone, mais de faire des projets de musique intéressants, ça reste un véhicule qui offre beaucoup de possibilités. Avec les quatre sax, la palette sonore est vraiment large. Il y a un blend hallucinant parce que c’est la même famille d’instruments.

PAN M 360 : Comment s’est décidé le nom du groupe?

Jean-Marc : Il y a une chicane qui persiste à savoir qui a trouvé le nom, parce qu’on ne s’en rappelle plus, ça fait trop longtemps. Mais ce dont on se souvient, c’est qu’on voulait un nom qui soit court et bilingue.

Marie-Chantal : Peu importe qui l’a trouvé, l’important est que le nom ait fait consensus. Je me revois encore assise à table avec un dictionnaire ouvert… Il y avait aussi qu’on disait en boutade être les astronautes du monde sonore… la notion de cosmos, de recherche, d’exploration d’un monde encore inconnu…

Jean-Marc : Il y avait aussi la question de la consonance entre quasar et quatuor, ajoute Jean-Marc.

Au moment de l’arrivée de Quasar sur la scène musicale québécoise en 1994, il existe très peu de formations chambristes se consacrant à la musique de création : l’Ensemble contemporain de Montréal (maintenant ECM+) avait été fondé en 1988 et le Nouvel Ensemble Moderne (NEM) en 1989. Ce n’est qu’après que viendront s’ajouter le Quatuor Molinari (1997), le Trio Fibonacci (1998) et le Quatuor Bozzini (1999).

PAN M 360 : Y a-t-il eu des moments au cours de ces 25 ans où vous avez eu envie d’aller dans des directions musicales autres que la musique contemporaine? Y a-t-il eu des tentations ou des propositions de l’extérieur?

Marie-Chantal : Comme on est polyvalents – la création, c’est un terme qui embrasse large –, notre projet, nous, ce n’est pas juste de faire de la “musique contemporaine” à la Boulez, dit-elle en parlant un peu pointu. Ça peut aussi être de l’improvisation… Des fois aussi, on a fait des choses plus…

Jean-Marc : On a joué Casse-Noisette, par exemple, parce qu’il fallait gagner sa vie.

Marie-Chantal : Des superbes arrangements d’ailleurs.

Jean-Marc : On prend les gigs qui passent. Si quelqu’un veut qu’on joue Rhapsody in Blue, on va la jouer. Mais ce qui fait qu’on est toujours là, c’est qu’on a toujours mis le projet artistique de l’avant. Si t’essaies de courir trop de lièvres à la fois, un moment donné, ton identité, c’est quoi? Notre identité est claire : on est un groupe de création, mais s’il y a des occasions qui se présentent…

Marie-Chantal : Le groupe a son intégrité, mais on n’est pas des puristes.

Jean-Marc : Notre job d’interprètes, c’est de témoigner de ce qui se passe. Il se passe pas juste tel compositeur ou telle école…

Marie-Chantal : Il y a aussi qu’on a une sorte de mission par rapport à notre communauté, celle des musiciens, des auditeurs, des créateurs, on a un devoir d’ouverture.

Crédit photo: Charles Belisle

Cette responsabilité par rapport à la communauté s’est manifestée dès le premier concert, qui comportait quatre créations, et ne s’est par la suite jamais démentie. Les projets de collaboration se sont en effet multipliés au fil des ans, tant avec des compositeurs d’ici (de Jean-François Laporte, Tim Brady et Denis Gougeon à André Hamel et Michel Frigon en passant par Monique Jean et Simon Martin, pour n’en nommer que quelques-uns) que de l’étranger. 

Marie-Chantal : C’est sûr que Quasar est maintenant plus exploratoire qu’à ses débuts. Il y a des choses qu’on fait aujourd’hui qui n’auraient pas même été envisageables il y a vingt ans. Au contact avec les compositeurs, au fil des échanges avec eux et des recherches sonores qu’on a faites ensemble, notre palette s’est élargie, le groupe a développé un langage, son langage.

Jean-Marc : Il y a aussi que la musique électronique a exercé une influence de plus en plus grande sur la musique instrumentale, et en retour la musique instrumentale s’est mise à influencer la musique électronique.

Marie-Chantal : De la même façon que la musique improvisée s’est mise à influencer la musique écrite par pollinisation croisée.

PAN M 360 : En ce qui a trait à la diffusion de la musique de création, avez-vous remarqué une évolution au cours de ces 25 années?

Jean-Marc : Oui, il y a eu changement important, ç’a été la mort de la radio de Radio-Canada. Hélène Prévost [qui animait l’émission consacrée à la nouvelle musique Le Navire Night, l’une des nombreuses émissions passées à la trappe au moment de la “réforme Lafrance-Rabinovitch” survenue en 2004 et qui a sonné le glas de la chaîne culturelle de la radio de la SRC] a été l’une des premières à nous encourager. Si elle savait par exemple qu’on donnait un concert à Jonquière, elle demandait à une équipe de là-bas d’aller l’enregistrer. À l’époque, c’était courant que Radio-Canada se déplace et enregistre deux ou trois concerts de Quasar chaque année.

Notre premier disque, on l’a fait grâce à Radio-Canada. On l’a enregistré dans le Studio 12, durant toute une semaine, dans de belles conditions, surtout pour un jeune band comme nous qui commençait.

Ce changement de cap subit de la société d’état a eu un impact majeur sur la diffusion des musiques dites de création comme celle de Quasar. D’autant que cette rupture a eu un effet pervers : comme elle n’était tout à coup plus diffusée, cette musique n’était plus aussi « visible », et la couverture dont elle jouissait jusque-là dans les médias imprimés a aussi cessé.

Marie-Chantal : Sauf que nous, on a beaucoup travaillé en autodiffusion. Quasar est producteur de ses propres concerts. Notre modèle n’est pas unique au monde, c’est sûr, mais en Europe, ça fonctionne beaucoup moins comme ça. Il y a plus d’argent pour subventionner le travail des artistes, c’est vrai, mais les structures sont plus grosses.

Si on décide de faire tel concert l’année prochaine, on n’a pas à convaincre un producteur-diffuseur de prendre notre show. On peut dire, on croit à ce projet-là, et puis on le fait. Ça nous donne beaucoup d’indépendance sur le plan artistique.

Après ça, il faut rendre des comptes au public, à ceux qui nous accordent des subventions, bien sûr, mais on est plus indépendant. Le quatuor est d’ailleurs incorporé depuis 2000.  

On a aussi beaucoup travaillé, à établir des partenariats de production, avec la SMCQ, par exemple, avec Code d’accès, avec Sixtrum, avec SuperMusique…. 

Ça s’est amélioré récemment quand les budgets alloués à la culture et au Conseil des arts du Canada ont été augmenté [avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement faisant suite à celui de Stephen Harper]. Ça aussi, ça eu un impact, ce n’est pas anodin. Mais avant, comme le milieu des musiques de création est assez pauvre, les gens qui travaillaient ensemble se tenaient plus. C’est comme ça que le Vivier [dont Marie-Chantal est l’actuelle présidente du CA] a vu le jour [en 2007], les gens étaient habitués de travailler ensemble.

Crédit photo: Marie Lassiat

PAN M 360 : À propos du Vivier, qu’est-ce qui a changé selon vous depuis son arrivée? 

Jean-Marc : En fait, l’effet positif du Vivier ne fait que commencer à se faire sentir. L’organisme est maintenant mieux structuré, mieux organisé. Les chiffres d’assistance aux concerts sont en hausse. On est sur la bonne voie.

Marie-Chantal : L’idée, c’est que des groupes comme le nôtre puissent se concentrer sur la dimension artistique de leur travail et que les organismes de diffusion, eux, s’occupent davantage de publiciser les concerts, de faire qu’il y ait du monde dans les salles, ce qui est quand même un défi. Ça prend du temps pour y arriver. Ça prend un travail soutenu, pour le développement public.

On est conscient qu’on ne fait pas une musique de masse, ils vont pas nous inviter à faire le spectacle de la mi-temps au Super Bowl, mais il y a quand même beaucoup de gens qui sont curieux.

On est allé jouer à C2 Montréal, faire le numéro d’ouverture de la conférence avec les instruments de Jean-François Laporte, et puis le monde trippait. Même quand on s’est promené en région, les gens appréciaient.

Depuis trois ans, le quatuor dispose enfin d’un endroit pour répéter de façon régulière, à raison de trois jours semaine, soit les lundi, mercredi et vendredi. Au départ Marie-Chantal craignait que cet horaire soit trop contraignant, mais le groupe s’est rapidement rendu compte que cette mesure était beaucoup plus simple que l’organisation de répétitions de façon ponctuelle qui soulève toujours les mêmes sempiternels problèmes de disponibilité. 

Aussi, comme le dit Jean-Marc : « ça prend de la place, mais une fois que ç’a été réglé… »

« Ç’a changé nos vies! » complète Marie-Chantal.

PAN M 360 : Dans l’exercice de votre métier, quelle est la chose que vous trouvez la plus difficile?

Jean-Marc : C’est – énormément – l’organisation, la logistique…

Marie-Chantal : Il n’y a jamais rien d’acquis.

Jean-Marc : Quand on doit y consacrer beaucoup de temps, on en manque pour se reposer, et à la longue, ça épuise. Quand on n’a pas le temps de faire notre travail dans le calme et la détente. Et évidemment, en tournée, comme il y a encore plus de logistique…

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous procure le plus de plaisir?

Marie-Chantal : Jouer! 

Jean-Marc : Le premier verre de vin après le concert.

Tous deux se mettent à rigoler.

Marie-Chantal : C’est quand tu sens que le courant passe avec le public, ça c’est l’fun. 

PAN M 360 : Y a-t-il des pays où le public est particulièrement réceptif, où le courant passe plus facilement?

Marie-Chantal : On a fait un concert à Saint-Pétersbourg, j’ai tellement braillé…

Jean-Marc : Dans cette tournée-là [Russie et Estonie en 2014], c’était complet tous les soirs.

Marie-Chantal : Alors, on était à Saint-Pétersbourg et on jouait une pièce de Glazounov – on a toujours des interprètes dans ces voyages-là –, je parlais au public, mais en anglais, j’expliquais que pour nous, des Québécois, venir jouer comme ça chez eux, dans un pays où existe une grande tradition musicale… et les gens écoutaient, je les sentais tellement présents, je suis devenue super émue…

En Estonie aussi, c’était spécial.

Jean-Marc : Oui, c’est l’endroit où il y a le plus de chorales au monde. Il y a un festival de chorales au printemps, je pense qu’ils sont 10 000, une chorale immense. 

Il y a un temps, c’était le seul contexte où les citoyens avaient le droit de parler leur langue, parce que sous le régime soviétique, ils étaient obligés de parler le russe en tout temps, mais quand venait le temps de chanter – et c’est un peuple de chanteurs – ils pouvaient s’exprimer dans leur langue. 

Dans cette tournée-là, on a fait neuf villes dont certaines n’étaient pas très populeuses, mais c’était toujours plein, le maire était là, les enfants dans la première rangée… 

Marie-Chantal : Quand il y a un concert, c’est important pour ces gens-là. Des fois, il y avait même des gens debout parce qu’ils avaient vendu trop de billets.

Jean-Marc : Souvent sur la place dans ces villes-là, la statue qu’on voit, c’est pas un homme politique, mais un musicien, avec son accordéon par exemple. 

Marie-Chantal : Ouais, dans les pays de l’Est, la musique est importante. C’était touchant.

Crédit photo: Marie Lassiat

PAN M 360 : Quels sont vos projets pour la 26e saison?

Marie-Chantal : On a des échanges internationaux prévus, ça c’est intéressant. Un avec les pays basques, des musiciens et des compositeurs et un autre avec la ville de Hanovre. Nous, on y va et eux viennent, et on travaille ensemble sur des pièces.

Jean-Marc : Des commandes à des Québécois, des commandes à des Allemands…

Marie-Chantal : Il y a aussi le retour de Je ne suis pas un robot au Gesù en décembre [la reprise du “technopéra-ballet tragicomique et expérimental” réunissant, outre Quasar, Jérôme Minière (musique, textes et dramaturgie), Jean-François Laporte (musique, conception instrumentale) et Marie-Pierre Normand (scénographie et costumes) qui avait été présenté au stationnement Éthel à Verdun à l’été 2019].

Jean-Marc : En octobre il y a une pièce de Thierry Tidrow, un Franco-Ontarien qui vit à Dortmund, en Allemagne. C’est du théâtre musical, mais plus musical que théâtre.

Dans le cadre du festival MNM, il y a également une pièce d’une heure de Walter Boudreau, un quatuor de saxophones. C’est la reprise d’une pièce intitulée Chaleurs qui a été composée [en 1985-86] pour un ballet de Paul-André Fortier, mais présentée cette fois sans danse.

Marie-Chantal : On va avoir chaud pareil.

Et ce samedi 25 avril à 16 heures, rappelons-le, il y aura ce concert en direct – le troisième – diffusé sur la page Facebook du groupe.

PAN M 360 : Vous vivez à Shanghai, mais êtes originaire de Shenzhen, ces villes sont-elles de bons milieux créatifs? Êtes-vous impliquée dans la communauté artistique de Shanghai?

lisalyz : Shanghai est l’hôte d’une des scènes musicales les plus riches de Chine. Les gens y sont super gentils et d’un grand soutien, et je ne pense pas que je ferais de la musique si je n’y vivais pas. Je ne suis pas vraiment impliquée dans la communauté, je suis plutôt un fan qui va à des événements le week-end, pour écouter dans les clubs de la musique comme je ne peux pas en faire et me détendre.

Shenzhen est une ville nouvelle, c’est un peu le désert sur le plan culturel, mais heureusement, on y trouve le OIL Club maintenant. Les gens se démènent pour améliorer la situation là-bas – c’est plus difficile qu’il n’y paraît. Ils sont en train d’y parvenir. À mon avis, les deux villes sont excellentes pour les producteurs.

PAN M 360 : La matière première de Still est ce que j’appellerais de la musique traditionnelle et populaire chinoise « ancienne ». Comment la musique de Still a-t-elle vu le jour? Quelle était votre intention au départ?

lisalyz : En vieillissant, je suis de plus en plus obsédée par la musique traditionnelle chinoise, à laquelle j’étais totalement opposée quand j’étais petite. Cette obsession a atteint son paroxysme au début de l’année lorsque j’ai été mise en quarantaine avec mes parents à la maison. J’ai sans doute écouté dix fois plus de musique traditionnelle que d’habitude. Je me suis rendu compte que cette musique m’apaisait, et ça m’a beaucoup inspirée. La musique traditionnelle chinoise a cinq tonalités – gong, shang, jue, zhi et yu – et il y a même des temps spécifiques recommandés pour chacune et qui correspondent à différents organes internes, des trucs dingues comme ça, pour la thérapie musicale. C’est incroyable.  

PAN M 360 : De quelles ressources disposiez-vous ? De vieux disques ou d’enregistrements récents de ces instruments ?

lisalyz : Des deux. Comme base, j’ai échantillonné un peu de vieux disques, puis j’ai ajouté de nouveaux instruments.

PAN M 360 : Chaque piste a un esprit particulier. Par exemple, Da Nian San Sher est très joyeuse et festive, tandis que Sunfalling est plus grave et sérieuse, comme la musique d’un défilé ou d’une procession. Moon Shines Over the Western Chamber et Hermit Descend on a Sandbank sont plus sereines et contemplatives. Que sentez-vous que ces pièces expriment ?

lisalyz : Da Nian San Sher fait référence à la veille du Nouvel An chinois. C’est ma fête préférée entre toutes, et je l’ai faite dans cette ambiance juste avant de rentrer chez mes parents pour les vacances de Noël. La pièce que j’ai échantillonnée sur Moon Shines Over the Western Chamber a pour titre Romance of the Western Chamber. Il s’agit d’un type de musique cantonaise appelé hanyue. C’est aussi le nom d’une pièce de théâtre bien connue qui raconte une histoire d’amour. Hermit Descend on a Sandbank vient d’un morceau de guqin [cithare chinoise aux cordes pincées] assez célèbre appelé Wild Geese Descend on the Sandbank, selon lequel il ne faut pas se préoccuper de la renommée et de la richesse, mais se concentrer plutôt sur la paix intérieure, comme un ermite.

Pour être honnête, je n’avais pas d’idées précises en tête quand j’ai fait ces morceaux. Mais dans l’ensemble, je pense que ce que j’essaie de dire, c’est que nous vivons dans un monde de fous et qu’il vaut mieux rester tranquille [d’où le titre, Still] et trouver sa paix intérieure, tout est alors beaucoup plus facile. 

PAN M 360 : Il y a beaucoup de trap léger dans votre production, surtout sur Waterflowing, quel genre de musique ou qui sont les artistes d’aujourd’hui qui vous inspirent ?

lisalyz : Il y a ce morceau antidépressif que j’ai beaucoup joué ces dernières années, u already know, de Young Peach, réalisé par Swimful/Damacha. C’est un morceau un peu fleur bleue que j’aime beaucoup et qui m’amuse chaque fois que je le joue. Pour ce qui est de Waterflowing, je suppose que j’ai été influencée par cette façon de marquer le rythme, sans m’en rendre compte. J’aime aussi la musique wave et le trap est l’un de ses éléments. Je trouve inspirant des artistes comme Kareful, Downstate, Haven, Pholo, LJC et Khemist.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres projets musicaux en préparation ? Après Still, il sera très intéressant d’entendre la suite.

lisalyz : Oui, je continue à faire des trucs, mais j’aimerais faire quelque chose de plus créatif et excitant, ce dont je ne suis pas capable en ce moment.

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