Crédit photo : Félix Renaud

Nourri au rap d’Alaclair Ensemble, FouKi, 21 ans, fait aujourd’hui partie de la même écurie que ses modèles, Disques 7ème Ciel. Et il n’a pas chômé ! À preuve, ses quatre albums au compteur, dont l’un avec Koriass. Sous le couvert de textes ludiques et de beats mélodiques et accrocheurs, il aborde en filigrane des thèmes délicats. Grignotines de luxe, album de douze pistes faisant suite à l’EP sorti il y a quelques semaines, fait la part belle à la voix chantée, aux cuivres, à la guitare et dévoile des structures proches de la pop et de la chanson. Une proposition décomplexée.  

PAN M 360 : Tu affirmes que Grignotines de luxe est ton album le plus abouti, dis-nous en plus.

FouKi : Premièrement, du côté de la production, on a été cherché beaucoup plus d’instruments, puis aussi du côté des paroles. Il y a comme une ligne directrice dans l’album, plus qu’avec les précédents qui étaient peut-être un peu plus des ramassis de chansons. Cette fois-ci, je suis parti avec 3-4 morceaux, puis j’ai construit autour. Ça faisait longtemps que j’avais pas eu des « feels », comme on pourrait dire. Des fois, je réécoute Bijou, puis j’ai quand même des frissons. 

PAN M 360 : On comprend clairement que le fil rouge, c’est la bouffe, peux-tu me parler de ça plus en détails ? 

FouKi : C’est pas forcément juste un côté « faut qu’tu manges, vas-y, mange la bouffe, yeah, yeah » (rires). Je fais des sous-entendus, je ne fais pas juste parler de Crêpes sirop d’érable. J’ai remarqué que S.P.A.L.A, en show, ça marche que trop, le monde crie « Spaghetti pain à l’ail ! » Ça m’a fait penser que la bouffe, c’est un peu comme la musique : tu vas penser à un plat et ça va te ramener chez ta grand-mère quand t’étais jeune. J’ai voulu exploiter le côté imagé de la nourriture.

PAN M 360 : Concernant le morceau Crêpe sirop d’érable, c’est aussi une façon de parler de l’identité québécoise. Dans Bijou, tu l’abordes autrement, tu dis « J’suis un fucking pérégrin dans mon pays du Canada », peux-tu expliciter ton ressenti ?

FouKi : Je ne suis pas un hater du Canada, j’aime le Canada. C’est juste qu’il faut être au courant. J’ai été dans l’Ouest avec ma copine et j’ai rencontré des gens qui ne pensaient pas qu’on pouvait parler français au Québec. Ils ne savent juste pas, il y en a qui pensent qu’on parle anglais. C’est un mélange d’ignorance et de je-m’en-foutisme de la part des Canadiens qui ne sont pas des Québécois. 

PAN M 360 : Est-ce que ton rap est une tribune pour mettre en valeur cette culture ? 

FouKi : Tu sais, quand t’es un jeune artiste, tu cherches ton identité. Ça faisait partie de mes questionnements, « je pourrais rapper en anglais ou plus à la française ». À un moment donné, c’est pas juste mon identité personnelle, j’ai envie que ce soit québécois. Mon père vient de Baie-Comeau et ma mère du Lac-Saint-Jean, je suis né à Montréal, c’est un beau mélange. J’ai grandi dans la diversité culturelle, j’ai quand même mes racines québécoises. 

Crédit photo : Félix Renaud

PAN M 360 : Avec qui as-tu principalement travaillé sur cet album ?

FouKi : Beigne, c’est une chanson de Richard Beynon qui a fait Ciel (avec Alicia Moffet) aussi. Ce beat-là était censé être pour Kanye West et il a dormi dessus. Après ça, Marc Vincent a composé Table d’hôte en pensant à moi. À part sur Grignotines et PCU, où j’ai fait le beat à la base, c’est pas mal tout Michel (Quiet Mike) et Clément (le guitariste de Clay and Friends). 

PAN M 360 : Tu as échantillonné la voix de Louis-José Houde qui avait fait un sketch très remarqué à ton sujet lors du Gala de l’ADISQ 2019, est-ce un hommage ?

FouKi : C’est à cause de lui tout ça. Le Gala 2019, tant qu’à moi, j’ai gagné pas mal plus qu’un Félix ou deux ou trois. Le sketch de Louis-José Houde, ça valait tous les Félix du monde ! Je trouvais ça drôle qu’il dise qu’un rappeur qui parle de grignotines, c’est out of this world, c’est pas cohérent. Ça m’a vraiment inspiré, j’ai voulu suivre le délire. Apparemment, il aime bien ma musique. On lui a envoyé la toune pour savoir s’il était d’accord et il était super down avec ça. 

PANM : Ce n’est pas le seul échantillon de voix que tu as utilisé, dans Beigne, on entend « En vieillissant j’dis les mêmes shits que quand j’avais 16 ans / Mais maintenant en réunion j’suis pris au sérieux ». Qui est derrière et est-ce une analogie avec ton évolution dans le milieu du rap québécois ?

FouKi : C’est une histoire comique derrière ça. Je ne peux pas dire qui c’est, car j’ai essayé de lui envoyer la chanson, mais il.elle n’a pas répondu. Ça s’est passé au show de la Saint-Jean. La personne nous racontait une histoire à Émile Bilodeau et à moi et j’ai demandé pour l’enregistrer car c’était trop parfait. Elle m’a dit oui, mais m’a pas dit : « Vas-y mets ça sur ton album » (rires). C’est pour ça que j’ai high pitched sa voix de + 4 pour qu’on ne sache pas si c’est une femme ou un homme. Ça m’a tellement parlé, c’est tellement vrai ! Jeune, on n’est pas pris au sérieux, en vieillissant on gagne la reconnaissance de nos pairs et on peut réaliser des rêves d’enfance ou d’adolescence. Le show de la Saint-Jean, c’était vraiment un de mes highlights de 2020.

PAN M 360 : Un conseil culinaire pour celles et ceux qui liront cette entrevue ?

FouKi : Osez le piquant-sucré-salé ! 

Crédit photo : Félix Renaud

En 2010, il remportait le premier prix junior au prestigieux concours Menuhin. Depuis, son extraordinaire progression de soliste et de chambriste fait état d’invitations de plusieurs orchestres symphoniques d’Amérique, d’Europe et d’Asie, dont l’Orchestre philharmonique royal de Liège, l’Orchestre symphonique de Toronto, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre métropolitain de Montréal, l’Orchestre symphonique de Vancouver, l’Orchestre symphonique de Québec et l’Orchestre du Centre national des Arts du Canada. 

Au cours de la saison 2018-2019, Kerson Leong a été nommé Artiste en résidence avec l’Orchestre Métropolitain de Montréal sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Kerson est également un chambriste fervent, il a été invité dans de multiples festivals internationaux. Et l’on ne compte pas le prix de la Fondation musicale Sylva Gelber (2015-2017), le Prix Jeune Soliste 2015 des Radios francophones publiques, un prix de mentorat de la Fondation musicale Lin Yao Ji de Chine pour avoir inspiré les jeunes générations, sans compter la Révélation Radio-Canada 2014-2015 pour la musique classique. De plus, il est artiste associé de la Chapelle musicale Reine Élisabeth en Belgique.

Et voilà le violoniste sous les projecteurs (virtuels) du Festival Bach, assurément l’un des événements classiques les mieux menés à Montréal. Et puisque les usagers de PAN M 360 doivent absolument découvrir Kerson Leong si ce n’est pas déjà fait, une conversation s’impose.

PAN M 360 : Comment avez-vous maintenu cette passion pour le jeu, de l’enfance à l’atteinte d’un niveau de jeu international ?

KERSON LEONG : Ma mère est pianiste et professeur de musique, et mon père est un scientifique qui est tombé amoureux de la musique classique et a même appris par lui-même un peu de guitare classique. Ayant grandi dans une famille de musiciens, il était inévitable que la musique joue un rôle important dans ma vie, quoi qu’il advienne. Bien que j’aie commencé par le piano, j’ai rapidement appris le violon à l’âge de 4 ans et demi et j’ai semblé avoir presque immédiatement une affinité naturelle pour cet instrument. Les choses se sont ensuite passées rapidement après avoir remporté des festivals régionaux, puis le grand prix du Concours de musique du Canada cinq années consécutives.

PAN M 360 : On dit de vous que vous avez une maîtrise « rare et novatrice » de l’instrument. Effectivement « rare » est votre talent, bravo ! Pour le côté novateur de votre jeu, pourriez-vous m’en dire davantage ?

KERSON LEONG : Je suppose que ce serait l’adaptation de ma technique, au cours des dernières années, à une approche musicale globale et à un son que les auditeurs pourraient identifier comme étant le mien, et l’occasion d’observer de près les subtilités de la technique du violon en cours de route. Le partage de ces connaissances est devenu important pour moi, d’où, par exemple, ma série de tutoriels Art of Etude sur ma chaîne YouTube et l’invitation d’écoles réputées comme la Jacobs School de l’Université de l’Indiana et la Sibelius Academy d’Helsinki, à enseigner ces techniques.  

PAN M 360 : Votre père a des notions très avancées en physique, notions que vous auriez appliquées à la résonance des cordes de votre instrument, de quelle manière cette connaissance acquise aurait-elle bonifié votre jeu ?

KERSON LEONG : En effet, j’ai fait office de démonstrateur lors de conférences que mon père a données sur ce sujet dans le passé, dans des institutions telles que le Conservatoire central de musique de Pékin, l’Institut de musique Barratt-Due d’Oslo, diverses universités de Californie. Je ne suis certainement pas un expert en physique moi-même, mais c’est la façon dont j’ai fini par interpréter ces concepts ou ces idées dans un sens pratique spécifique à mon instrument et à mes besoins qui a grandement influencé mon jeu depuis.  

PAN M 360 : D’après vous, comment votre propre jeu est-il distinct ? Phrasé, timbre, attaque, lyrisme, etc., comment décririez-vous votre personnalité en tant que soliste ?

KERSON LEONG : Je laisserais l’auditeur discerner quelles qualités il perçoit dans mon son, mon jeu et dans le répertoire choisi, mais je caractériserais mon approche générale comme intransigeante, acharnée et intense.

PAN M 360 : Quel a été le parcours de votre famille au pays ? 

KERSON LEONG : Je suis né et j’ai grandi à Ottawa, de sorte que cette ville représentera toujours mon port d’attache. D’autre part, je pourrais dire que mon cœur musical au Canada se trouve au Québec, et à Montréal en particulier, en raison des nombreux jalons de ma trajectoire en musique et des moments privilégiés que j’y ai vécus. Aussi, M. Roger Dubois, de Canimex, et sa famille font partie des personnes qui me sont le plus chères. En ce sens, je me suis retrouvé à adopter pleinement le Québec et sa merveilleuse population.  

PAN M 360 : Votre activité de chambriste est-elle la plus importante dans votre carrière actuelle ? Jouez-vous plus souvent avec des orchestres symphoniques ?

KERSON LEONG : Même si me produire en solo avec des orchestres constitue le plus gros de mon travail, la musique de chambre occupe une part essentielle de ma vie. Pour moi, la musique de chambre est l’occasion d’apprendre à écouter, à communiquer et à travailler de concert dans un contexte musical, ce qui signifie des rencontres informelles et de bons moments entre amis, tout autant qu’une expérience formidable pour le public dans la salle de concert. 

PAN M 360 : Côté musique classique ou musique contemporaine, avez-vous des compositeurs de prédilection ?

KERSON LEONG : Je dirais que mon compositeur préféré est toujours celui que je joue au moment présent. En tant qu’interprète, il est important de s’approprier pleinement la pièce que l’on finit par interpréter, et les multiples pièces des différents compositeurs font également ressortir diverses facettes de ma personnalité. Toutefois, j’ai toujours eu un faible pour la musique de Brahms. 

PAN M 360 : Avez-vous des périodes préférées de l’histoire de la musique ? De prime abord, on dirait que non puisque vous interprétez des œuvres baroques, classiques, romantiques, modernes ou contemporaines… Alors ?

KERSON LEONG : Comme c’est le cas pour la question précédente, j’embrasse chaque période de la même manière, car chacune d’elles fait ressortir quelque chose de différent chez moi. 

PAN M 360 : Avez-vous des solistes préférés au violon ? Des modèles ?

KERSON LEONG : J’ai grandi en écoutant principalement des violonistes du XXe siècle, Heifetz, Oistrakh, Szeryng, Milstein, par exemple. Même si mes goûts se sont beaucoup diversifiés depuis, j’ai toujours un faible pour les artistes de cette époque. Il y a aussi tellement de grands musiciens aujourd’hui que j’admire pour différentes raisons, que ce soit des violonistes, des pianistes, des violoncellistes, des chanteurs, etc. 

PAN M 360 : Vous jouez sur un superbe Guarneri del Gesu de 1741, quelles sont les plus belles propriétés de votre instrument ?

KERSON LEONG : C’est surtout son timbre. Il y a une véritable qualité « ténor » et une chaleur dans le son, quelque chose que j’ai tout de suite ressenti car cela se rapproche de la façon dont j’imaginais ma voix intérieure. J’aime aussi qu’il y ait de la texture et du grain dans le son, ce qui lui confère des qualités plus humaines et plus organiques. Je remercie à nouveau très sincèrement M. Roger Dubois, de Canimex, pour sa générosité et m’avoir donné la chance de jouer et de vivre avec un instrument aussi merveilleux.  

PAN M 360 : Vous vous intéressez à Gershwin, comme c’est le cas sur votre album paru chez Analekta, enregistré avec le pianiste Philippe Chiu et paru en 2016. On sait que George Gershwin fut le pont idéal entre les musiques afro-américaines et l’impressionnisme français alors… seriez-vous enclin à investir le jazz moderne ou contemporain ? L’improvisation vous intéresse-t-elle ?

KERSON LEONG : Oui, bien sûr ! J’ai joué du jazz à la clarinette et au saxophone pendant mon adolescence, et je dirais que je suis très ouvert à l’idée d’adopter de nouvelles formes d’expression sous forme d’improvisation et d’autres genres musicaux. Je suis heureux de laisser ce côté de moi se développer et de continuer à apprendre en profitant de tout ce temps libre que cette pandémie m’a donné. 

PAN M 360 : Pourriez-vous commenter brièvement le programme de votre concert au Festival Bach? Comment envisagez-vous lire ces œuvres ?

Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Sonate n° 2, en la mineur, BWV 1003
Partita n ° 3, en mi majeur, BWV 1006
Partita n° 2, en ré mineur, BWV 1004

Eugène Ysaÿe (1858-1931)

Sonate n° 2 pour violon seul, Jacques Thibaud, op. 27

KERSON LEONG : Les sonates et les partitas de Bach sont pour ainsi dire la bible du violoniste. Les sonates solo d’Ysaÿe s’inscrivent dans cette lignée mais souscrivent au style et à l’expression de leur époque, soit au début du XXe siècle. L’œuvre d’Ysaÿe en particulier me passionne depuis peu, car je suis vraiment touché par la puissance de son langage. Je joue la musique de Bach tous les jours et elle ne manque jamais de m’apprendre des choses sur moi-même. Ce concert sera l’occasion d’accueillir un auditoire en temps réel dans mon propre salon et constituera à coup sûr une expérience intéressante.  

PAN M 360 : Quels sont vos prochains objectifs professionnels ?

KERSON LEONG : La sensibilisation revêt une importance particulière en ce moment, pour inspirer les nouvelles générations de passionnés de musique et créer un environnement propice à ce que les gens réalisent à quel point la musique et les arts sont une dimension essentielle de l’existence.  

PAN M 360 : Quel sont vos projets ?

KERSON LEONG : La pandémie a mis un frein à bien des choses, mais je vais continuer à faire des diffusions en direct, donner des concerts virtuels et me connecter directement avec les gens grâce aux médias sociaux. J’ai également un nouvel album qui sortira au début de l’année prochaine, c’est très excitant, les détails seront bientôt connus.

PAN M 360 a rencontré la Montréalaise d’origine arménienne et parlé avec elle de musique, de voisins dérangés par le piano et de son pays natal.

PAN M 360 : Bonjour Anna. Commençons par vous et votre parcours musical, si vous le voulez bien.

ANNA SARADJIAN : Bien entendu. J’ai grandi en Arménie dans une famille très musicale. Mon grand-père a été mon premier professeur. Il a fondé une école de musique là-bas qui a été reprise par mon père. J’ai passé toute ma jeunesse en Arménie. À 18 ans, je suis allé étudier à la Juilliard School de New York, puis à la Royal Academy of Music de Londres. C’est là que j’ai suivi les cours de Hamish Milne. 

PAN M 360 : Vos études initiales en Arménie vous ont-elles ancrée dans ce qu’on appelle « l’école russe du piano » ? (NDLR : on appelle « école russe » la façon d’enseigner et de jouer le piano avec un accent mis sur des phrases amples, très expansives, un sens de l’improvisation et de la liberté minimisé par les écoles française et allemande, et surtout un soulignement puissant des émotions inhérentes aux partitions)

ANNA SARADJIAN : J’ai de la difficulté à différencier ces notions en ce qui concerne mon jeu. J’ai été formée dans diverses traditions et, en plus, mon grand-père venait de la tradition de Franz Liszt, certes formé de façon germanique, mais qui faisait preuve d’une exceptionnelle indépendance d’esprit pour son époque. De toute façon, en ce XXIe siècle naissant, je crois qu’il devient presque impossible d’être accolé à des catégories aussi rigides. C’était pertinent il y a 100 ans, mais tout est tellement interconnecté de nos jours que la seule façon de se démarquer est de comprendre et d’interpréter la musique d’une manière individuelle.

PAN M 360 : Y a-t-il un fil d’Ariane qui traverse le programme de votre concert du mardi 24 novembre 2020 au Festival Bach de Montréal ?

ANNA SARADJIAN : Il y en a un, grosso modo, et il s’est présenté presque par accident ! On a d’abord programmé Aria variata alla maniera italiana, BWV 989, le seul ensemble de thème et variations écrit par Bach en dehors des Variations Goldberg. C’est peu joué et à découvrir ! Puis, j’ai ajouté la Partita no 4 BWV 828, dont on associe le style à une certaine « italianité ». Et puis, comme j’avais envie depuis longtemps de jouer le Concerto italien BWV 971, la connexion s’est faite naturellement. J’ai ajouté quelques courtes pièces qui sortent de ce cadre, mais que je trouve superbes.

PAN M 360 : Comme par exemple un extrait de la Passion selon Saint Matthieu, que vous avez arrangé pour le clavier. Vous faites souvent des arrangements, pourquoi vous adonnez-vous à cet exercice ?

ANNA SARADJIAN : J’en fait plus souvent maintenant, la COVID-19 ayant eu l’effet de me donner plus de temps. J’aime faire des transcriptions parce que chaque fois que j’entends une pièce de Bach que j’aime, qu’elle soit pour orchestre, chœur ou d’autres instruments, j’ai envie de la jouer ! Parfois, j’entends sa version piano dans ma tête pendant qu’elle joue. Ce sont d’abord des coups de cœur que je choisis, des pièces qui m’émeuvent en les entendant.

PAN M 360 : Quand vous jouez Bach, ce sont principalement les émotions qui vous guident, ou la rigueur architecturale ?

ANNA SARADJIAN : Je ressens Bach à un niveau émotionnel assez profond, il est vrai. Depuis que je suis toute petite, sa musique est un havre de paix, un chez-moi intime que je retrouve avec bonheur, chaque fois. Mais, avant de rendre sa musique et de la partager avec le public, je la travaille rigoureusement sur tous ses plans intellectuels, en prenant note des détails précis. Après, j’aime jouer selon ce que je ressens à son écoute. J’espère que le public ressent la même chose.

PAN M 360 : Sur votre page Facebook, je vous ai vu jouer sur un clavier électronique, est-ce une hérésie pour une pianiste classique ?

ANNA SARADJIAN : (Rires) En vérité, j’ai deux pianos à la maison, mais comme certains voisins rechignent parfois quand je joue, je me suis procuré un clavier pour pouvoir répéter sans déranger. En plus, ça me permet à l’occasion de travailler Bach avec une sonorité de clavecin !

PAN M 360 : Vous le jouez parfois sur un véritable clavecin ?

ANNA SARADJIAN : Malheureusement, je dois dire que non. C’est quelque chose que je devrais perfectionner beaucoup plus intensivement avant de penser me commettre publiquement.

PAN M 360 : Avez-vous des projets prévus pour l’après-COVID (qu’on souhaite arriver le plus tôt possible !) ?

ANNA SARADJIAN : Pas de projets très précis, si ce n’est de m’occuper plus activement d’un festival de musique géré par mon oncle en Italie, et qui a été déménagé en Arménie.

PAN M 360 : Parlant de l’Arménie, la situation actuelle vous inquiète-t-elle (NDLR : conflit armé avec l’Azerbaïdjan au sujet d’un territoire réclamé par les deux pays, le Haut-Karabakh) ?

ANNA SARADJIAN : Oui, je suis inquiète, bien entendu. J’ai encore de la famille là-bas et ce genre de situation ne peut que faire du tort à la musique. En plus de la pandémie, ça ne peut plus mal tomber. Je ne souhaite pas me mêler de politique, mais je pense que nous devrions prendre conscience de l’importance de l’enseignement de la musique et des arts, parce que, même si les jeunes ne deviennent pas musiciens, je crois que la sensibilité liée à la musique peut construire des adultes qui n’auront tout simplement pas envie d’aller en guerre.

PAN M 360 : Sur cette belle réflexion, je vous remercie de votre accueil, Anna, et vous souhaite tout le meilleur pour l’avenir ! Et surtout, bon concert !

ANNA SARADJIAN : Merci beaucoup !

Partout dans les zones sahariennes et subsahariennes de l’Afrique, le blues originel engendre des expressions actualisées, adaptées à une culture mondiale en partage. Depuis Nass El Ghiwane et autres Hasna el Becharia, pionniers des années 70, nombre d’artistes ont adapté les riches acquis des cultures gnawi, touarègue, amazigh et berbère en général. Au tournant du siècle, Tinariwen est devenu un groupe de renommée internationale, suivi de Bombino, Terakaft, Etran Finatawa, Gnawa Diffusion, Hindi Zahra, pour ne citer que ces artistes vivant en Afrique du Nord ou en Occident. Au tour de la formation franco-marocaine Bab L’Bluz de s’affirmer. Dans le contexte de Mundial Montréal, Yousra Mansour et Brice Bottin, membres fondateurs de ce quatuor digne du plus grand intérêt, répondent aux questions de PAN M 360.

PAN M 360 : Quel est votre angle d’attaque ? Qu’est-ce qui vous distingue de vos prédécesseurs et de vos contemporains ? 

YOUSRA MANSOUR ET BRICE BOTTIN : Nous pensons que notre point fort, c’est que nous jouons une musique teintée de plusieurs influences, différentes mais qui nous ressemblent, allant du rock psychédélique au chaâbi, ou du hassani au gnawa. Nous avons pour but de rassembler positivement et de faire bouger la tête des divers publics que l’on rencontre, partout où nous irons. C’est ce dont on parle dans nos chansons, d’amour, de paix et de respect. Nous pensons aussi que ce qui nous distingue de nos prédécesseurs, que l’on respecte beaucoup d’ailleurs, c’est que nous ne nous considérons pas comme un groupe de fusion, mais plutôt un groupe de rock fondé sur le concept du power trio à la Jimi Hendrix, avec le guembri et l’awisha à la place de la basse et de la guitare, une flûte en plus, ainsi qu’avec une femme leader. 

PAN M 360 : Quels furent les modèles de votre propre identité musicale ? 

YOUSRA ET BRICE : Brice et Yousra, fondateurs du groupe et créateurs du répertoire de Bab L’ Bluz, ont eu la chance de grandir dans des familles ouvertes à la diversité musicale. Pour Brice, c’était plus le rock, l’afrobeat, la musique péruvienne et brésilienne qu’il écoutait chez lui, quant à Yousra, elle estime avoir la chance d’avoir eu des parents qui adoraient le blues, la soul, le funk, le rock, la pop, la musique orientale classique ou encore la musique traditionnelle ou actuelle marocaine de leur époque. C’est certainement cette diversité et ouverture sur d’autres cultures musicales, en plus de l’apparition du net (faisant découvrir d’autres musiques telles le R&B et le hip-hop) qui nous ont permis d’être les personnes que nous sommes aujourd’hui et qui a forgé nos identités individuelles interculturelles, chose qui s’est répercutée positivement sur notre créativité musicale. 

https://youtu.be/HD09SXlK77Y

PAN M 360 : Encore rares sont les formations nord-africaines avec frontwoman à l’avant-plan – oui, on connaît Hindi Zahara, Emel Mathlouthi, Djazia Satour, Flèche Love, etc. Comment ce rôle parfaitement assumé par votre chanteuse est-il perçu d’après vous ?

YOUSRA ET BRICE : Nous pensons que le rôle de frontwoman est vu positivement et encourage des femmes à avoir plus confiance en elles et à persévérer dans ce qu’elles entreprennent. Ce rôle les pousse également à défier le système patriarcal omniprésent dans certaines sociétés. Dans notre cas, nous prenons cela très naturellement; c’est une richesse d’avoir une femme menant le groupe, cela inspire autant les hommes que les femmes.

PAN M 360 : Vous utilisez des versions modernisées du guembri et de l’awicha pour ainsi remplacer la basse et la guitare des formations rock, comment faire évoluer le jeu de ces instruments ? Comment l’envisagez-vous ? 

YOUSRA ET BRICE : Le guembri est un instrument très complet dans sa puissance harmonique et rythmique, et qui possède un vaste répertoire traditionnel. Néanmoins, comme nous sommes aussi guitaristes de formation, nous incorporons à l’instrument, différentes techniques de jeux issus d’autres styles, où alors des gammes peu jouées dans le répertoire de la musique gnawa. Nous accueillons les contraintes de l’instrument comme une richesse et nous métissons encore cet instrument qui voyage depuis des centaines d’années déjà avec les musiques actuelles teintées de rock et de psychédélisme. 

PAN M 360 : D’un point de vue textural, utilisez-vous des pédales d’effet ou des sons de synthèse émanant de synthétiseurs, échantillonneurs, oscillateurs ou autres logiciels informatiques ? 

YOUSRA ET BRICE : Oui, effectivement, nous possédons des pedalboards de guitare adaptés aux guembris électriques – overdrive, phaser, wah-wah, fuzz, reverb, etc. Nous utilisons aussi quelques nappes de synthés analogiques et boucles de karkabou qui sont diffusés par l’échantillonneur en temps réel. Nous adorons le son et toutes les possibilités de voyage qu’il offre, nous nous intéressons vraiment aux sensations qu’il procure. 

PAN M 360 : Où et comment votre album Nayda! a-t-il été enregistré et réalisé ? Qui sont les responsables de la réalisation ? 

YOUSRA ET BRICE : Notre album a été composé et écrit majoritairement à Marrakech par Brice et Yousra lors de l’apprentissage des instruments traditionnels et avant la création de la formation complète de Bab L’Bluz avec Hafid et Jérôme. Nayda! a été enregistré concrètement à Lyon par Christian Hierro au studio Back To Mono Records, un studio spécialisé dans les sons analogiques et vintage. Le mixage a été fait par Christian Hierro et Brice Bottin. Ce dernier est responsable de l’habillage et des textures sonores sur notre album.

PAN M 360 : En termes plus généraux, quels sont selon vous les nouveaux chapitres de la fusion des patrimoines maghrébins et de la culture rock ? Et de la culture électronique ? Où vous situez-vous là-dedans ? 

YOUSRA ET BRICE : Nous sommes très positifs par rapport aux jeunes musiciens qui arrivent; beaucoup d’entre eux ont la flamme, des revendications et une créativité débordante. Nous les encourageons à développer leur propre style en se basant sur ce qu’ils aiment. Beaucoup de nouveaux chapitres sont envisageables sur la fusion des patrimoines maghrébins ou d’ailleurs, avec la culture rock notamment. Le meilleur reste à venir, on espère ! Par ailleurs, nous sommes nés dans la culture électronique, rock ou hip-hop, c’est aussi une richesse qui fait partie de nous. L’avenir de l’électronique, c’est l’électro vintage des 70’s ou pas… 

PAN M 360 : Les textes sont chantés dans quelle langue exactement ? 

YOUSRA ET BRICE : Les textes sont chantés en darija, le dialecte marocain qui résulte de la succession de plusieurs peuples et civilisations au Maghreb qui se sont mélangés avec la population locale originale (berbère), ce qui a donné un dialecte avec des mots majoritairement en arabe, mais aussi en berbère, espagnol, français, portugais… Nous écrivons aussi en arabe classique comme c’est le cas pour Ila Mata, ou encore en anglais pour Africa Manayo

PAN M 360 : Quelle est votre approche poétique ? Quels sont vos sujets de prédilection ? 

YOUSRA ET BRICE : Nous nous intéressons à toute forme de poésie, surtout la poésie bédouine chantée et des fois accompagnée de jeux de percussions ou d’autres instruments. Sur notre album, on peut noter une présence de l’influence de la poésie mauritanienne appelée tebraa qui existe dans d’autres pays sous différents noms dans l’aspect mais pas la langue. Créée par les femmes dans une société patriarcale et conservatrice où l’amour était considéré comme tabou, cette poésie a permis à ces dernières d’enchanter le monde avec leurs vers d’amour chantés pour leurs amants tout en restant anonymes. Une belle initiative pour pouvoir contredire le système sans s’y opposer directement. Nous citons aussi l’influence des poésies arabes et persanes; d’un côté les merveilles d’Anis Shoshan, le jeune poète tunisien, nous ont accompagnés durant l’écriture de nos textes, d’un autre côté l’ancien poète persan Jalal Eddin Roumi nous a bénis avec sa sagesse et sa pureté qui nous accompagnent déjà depuis plusieurs années dans notre vie quotidienne. Nous ne posons pas de limites aux sujets de nos textes, nous parlons d’amour sous différentes formes : l’amour de la maman, de l’amant ou de son prochain, la tolérance, l’antiracisme, le soufisme. Par ailleurs, nous dénonçons l’esclavage, l’exploitation des populations précaires et des terres encore colonisées économiquement, la corruption, le sexisme, la misogynie… Nous espérons vivre dans un monde meilleur. 

PAN M 360 : La formation Bab L’Bluz est-elle composite ? Quelles sont les origines de chaque membre ? Sont-ils tous de Marakkesh ou tous basés au Maroc ? 

YOUSRA ET BRICE : Oui, la formation Bab L’Bluz est une formation composite en quelque sorte. Yousra est de El Jadida au Maroc, elle est d’origine arabo-berbère, Brice est d’Annecy et il ne connaît pas ses origines, Hafid est de Lyon et d’origine tunisienne et Jérôme est d’origine espagnole. Le groupe a été créé par Yousra et Brice à Marrakech et développé à quatre à Lyon. Avant le confinement, les deux fondateurs du groupe habitaient entre Lyon et Marrakech.

PAN M 360 : Dans le contexte actuel où plusieurs régions du Sahara deviennent des zones propices à la crispation identitaire et à la violence religieuse, voyez-vous un engagement dans votre musique libre et progressiste ? Croyez-vous avoir un rôle à jouer ? 

YOUSRA ET BRICE : Effectivement, la musique pourrait jouer un rôle fondamental dans la réinsertion de la paix dans des zones à tendance conflictuelle, surtout au sujet de l’identité ou encore de la religion. Il faut réussir à transmettre l’idée et à bien mettre en valeur le fait que la différence culturelle a toujours apporté une richesse, et que dans le monde d’aujourd’hui toutes les cultures sont imprégnées par les traces d’autres cultures précédentes locales ou étrangères qui ont fini par devenir locales a un moment donné en se mélangeant aux cultures déjà existantes. Quant au sujet de la religion, il suffit de mettre de l’avant les fondements de toutes les religions et qui ont énormément de points en commun, et ainsi transmettre les valeurs de paix, d’amour, de tolérance, de bienveillance et de respect à travers la musique. Nous menons un combat intérieur de tous les jours afin de devenir de meilleures personnes et pensons qu’à travers les vibrations de la musique, nous finirons par toucher les cœurs de plusieurs.

PAN M 360 : Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ? Avez-vous de nouveaux projets d’enregistrement, de remixes, de collaborations ? 

YOUSRA ET BRICE : Pouvoir jouer dans le plus d’endroits possibles, partager notre premier album en live, puis composer et, pourquoi pas, penser à des collaborations ou des remixes ! Si vous avez des idées, n’hésitez pas ! 

PAN M 360 : Pour Mundial Montréal, que prévoyez-vous de jouer ? Où serez-vous ? De quelle manière le plateau de tournage a-t-il été conçu ? 

YOUSRA ET BRICE : Malheureusement, il n’y aura pas de plateau de tournage pour nous dans cette édition, ce sera sous forme d’interview avec une mise en avant de nos sons déjà existants, mais nous espérons grandement que l’on se verra en live l’année prochaine. Inch’Allah ! 

En 2019, Leonard Sumner remportait le Juno dans la catégorie « Album autochtone de l’année ». Standing in the Light consacrait l’engagement lucide et fervent de l’auteur, compositeur et interprète anishinaabe, originaire du Manitoba. Encore aujourd’hui, cet engagement est assorti d’une approche stylistique composite : americana (country, folk, etc.) et hip-hop confèrent un pouvoir attractif à Leonard Sumner, invité à se produire dans le contexte de Mundial Montréal. PAN M 360 est allé à sa rencontre, voici notre conversation.

PAN M 360 : On vous présente souvent parmi les nouvelles voix importantes de la scène de la musique roots des Premières Nations aujourd’hui, comment le voyez-vous vous-même ?

LEONARD SUMNER : Je ne me vois plus comme une nouvelle voix, mais je pense qu’il est toujours important que ces histoires soient entendues.

PAN M 360 : Depuis quelques années, nous reconnaissons cette grande renaissance des cultures autochtones dans tout le Canada, et il semble que ce soit bien plus qu’une tendance. Comment voyez-vous votre propre contribution dans cette expansion culturelle très importante pour les nations autochtones ?

LEONARD SUMNER : Si le Canada souhaite s’afficher comme une société et une nation multiculturelles, le pays doit reconnaître pleinement les peuples et nations indigènes qui y vivaient avant l’expansion coloniale. 

PAN M 360 : Avez-vous eu des modèles lorsque vous avez défini votre personnalité et votre identité artistiques ?

LEONARD SUMNER : J’ai été inspiré par le hip-hop et la musique country. 

PAN M 360 : Quels sont vos musiciens, compositeurs, rappeurs et beatmakers préférés ?

LEONARD SUMNER : Mon MC préféré actuel est Black Thought, mon préféré de tous les temps est 2Pac. Steve Earle est probablement mon auteur-compositeur préféré. 

PAN M 360 : Le folk rock, la musique country et le rap sont des composantes importantes de votre forme d’art, comment cela s’est-il passé ?

LEONARD SUMNER : Cela s’est passé naturellement. Une fois que j’ai appris à jouer de la guitare, j’ai commencé à y ajouter mes paroles et mélanger le tout.

PAN M 360 : Pourriez-vous expliquer la façon dont vous incluez également des éléments de musiques ou de chants traditionnels anishinaabe ou issus d’autres Premières Nations ?

LEONARD SUMNER : Je chante quelques chansons traditionnelles et j’insère autant de ma langue que possible dans mon répertoire. J’inclus également des chansons que j’ai composées dans ma langue.

PAN M 360 : Pour vous, quels sont les aspects spécifiques de votre propre art ? Qu’est-ce qui vous différencie des autres auteurs/rappeurs ?

LEONARD SUMNER : La capacité à rassembler de multiples genres sur scène.

PAN M 360 : Bien sûr, les enjeux des Premières Nations et de la culture autochtone constituent une large part de votre inspiration poétique, comment transformez-vous ces préoccupations cruciales de manière poétique ?

LEONARD SUMNER : Avec le cœur !

PAN M 360 : Quelles sont les autres dimensions de vos textes de chansons ? 

LEONARD SUMNER : Spirituelles.

PAN M 360 : Quelle est pour vous la tension entre le propos direct et l’abstraction ? Je veux dire entre les préoccupations de la réalité (« partager des choses réelles ») et des thèmes plus abstraits ?

LEONARD SUMNER : La fiction peut être façonnée de la manière dont un écrivain souhaite qu’elle le soit. Un fait est une représentation de la vérité, et il est important de dire la vérité lorsqu’on parle d’enjeux sérieux.

PAN M 360 : Vous semblez aussi avoir joué partout dans les réseaux culturels des Premières Nations ?

LEONARD SUMNER : Oui, c’est vrai. 

PAN M 360 : Comment vos chansons sont-elles perçues dans cette grande diversité autochtone en Amérique du Nord ?

LEONARD SUMNER : Elles sont bien reçues. Nous n’avons pas tous vécu exactement la même expérience, mais les gens ont de l’empathie parce qu’il y a des points communs. 

PAN M 360 : Quels sont vos espoirs pour une carrière internationale ?

LEONARD SUMNER : J’ai fait une tournée en Australie et j’ai joué un peu aux États-Unis. J’aimerais éventuellement faire une tournée européenne.

L’émancipation de la femme africaine passe aussi par la musique. Au travers de cette rencontre entre les Mamans du Congo et l’artiste RRobin, il s’agit de mettre en lumière le quotidien de ces femmes extraordinaires dont la place dans la société reste encore trop marginale. Mené par Gladys Samba, figure emblématique du Congo, le collectif des Mamans raconte l’histoire de son peuple sur des rythmiques complexes jouées avec fourchettes, paniers, assiettes et matériaux de récupération. Un projet haut en couleur et original pour RRobin, grand amateur depuis sa tendre enfance des bruits et sons qui nous entourent. Le producteur et beatmaker revient sur ce voyage musical qui l’a mené à Brazzaville et la rencontre avec le collectif les Mamans du Congo.

PAN M 360 : Quand et comment le projet a-t-il vu le jour ? Comment la connexion s’est faite avec les Mamans du Congo ?

RROBIN : À l’origine de ce projet, c’est une initiative de la Coopérative de Mai (salle de spectacle de Clermont-Ferrand), l’institut français de Brazzaville et du label Jarring Effects qui m’ont mis en contact avec les Mamans du Congo. Tout a commencé il y a un an quand Céline Frezza (codirectrice du label et ingénieure du son) et moi-même avons rencontré Gladys Samba au studio de musique à Brazzaville. Gladys est la leader du groupe et a une certaine renommée au Congo. Nous avions dix jours pour réaliser cet album et tout s’est fait naturellement. Le délai était court et j’ai dû travailler dans le rush. Cela dit, je suis plus productif et cela me permet de travailler à l’instinct aussi. C’était un mal pour un bien. Tout a été conçu sur place. Je suis venu avec mon ordinateur, mon synthétiseur et tout a été pensé et enregistré au studio.

PAN M 360 : Qui sont ces Mamans du Congo et quelle place occupent-elles, tant sur la scène musicale que dans la société ?

RROBIN : Les Mamans du Congo est un collectif de femmes congolaises mené par la chanteuse et percussionniste charismatique Gladys Samba. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui font partie du groupe. Elles accompagnent bien souvent Gladys et rajoutent les chœurs sur l’album. La place de la femme dans l’industrie musicale, comme dans la société, est assez particulière au Congo. Là-bas, souvent, le mari leur donne un ultimatum : soit tu chantes, soit tu restes à la maison. Dans ce contexte-là, c’est pour ça que les Mamans du Congo ne sont pas toujours les mêmes. Ces femmes et mères de famille apportent aux textes une vraie authenticité, tant dans les voix que dans les textes qu’elles chantent en Lari (leur dialecte local).

PAN M 360 : À ce sujet, quels ont été les thèmes abordés par les Mamans du Congo dans leurs textes ?

RROBIN : Alors, c’est drôle, car je n’ai jamais vraiment connu la signification de leurs textes jusqu’à ce que Gladys Samba et son mari viennent me rendre visite en France. Le voyage à Brazzaville a été rapide, dix jours, et nous n’avons pas eu assez de temps pour échanger. Cependant, en France, nous avons longtemps discuté et j’ai enfin appris ce que ça voulait dire. Gladys et les Mamans parlent principalement du rôle de la femme et de son émancipation dans une société encore très patriarcale. Elles mettent aussi en lumière les chants ancestraux et les berceuses de leur enfance qu’elles veulent transmettre aux nouvelles générations. Un patrimoine culturel important auquel elles tiennent et notamment l’histoire de leur peuple ainsi que leur quotidien. Ce sont des femmes libres, qui poussent les autres à s’émanciper et ont des engagements très forts qui les poussent notamment à se battre pour faire reconnaître le statut de la femme. Elles sont impliquées dans la société et se disent fières d’être féministes.

PAN M 360 : D’ailleurs, quelle place occupe la musique dans la société congolaise et plus précisément à Brazzaville où vous avez enregistré l’album ?

RROBIN : Dans les rues de Brazzaville, la musique est omniprésente. Au Congo, tout est musique. La musique fait partie de la vie quotidienne. Ce qui se joue principalement, c’est le rap et l’électronique. Il y a une grosse influence française inévitable et j’ai pu entendre beaucoup jouer la musique du rappeur français Niska. La musique électronique connaît un essor aussi de par la notoriété de certains artistes comme Spoek Mathambo, grande figue d’Afrique du Sud, qui rappe et produit également. J’avais d’ailleurs travaillé avec lui sur mon précédent album Déluge avec le titre Contact. Sur ce nouvel album avec les Mamans du Congo, j’ai également travaillé avec le grand Armel Malonga (mari de Gladys), bassiste du légendaire chanteur congolais ZAO, et qui a officié à la direction artistique du projet. Tout un collectif qui fait briller à l’international la musique congolaise depuis quelques années.

PAN M 360 : Quelles sont les différences entre une production avec les Mamans du Congo et une production pour Déluge ou IN (album instrumental), qui sont sortis respectivement en 2018 et 2020, et comment avez-vous composé avec elles ?

RROBIN : Il n’y en a quasiment aucune. Je ne crée pas des sons en fonction d’un style musical et encore moins des artistes avec lesquels je vais collaborer. En fait, les voix des artistes résonnent dans ma tête, par exemple avec le rappeur Grems présent sur bon nombre de mes projets et notamment à mes côtés avec The Imposture, l’un d’entre eux. J’ai une relation particulière avec lui, car sa voix est tout ce qui me fait tripper et elle résonne dans ma tête.

Chaque son que je produis, je vois déjà quelle voix je verrais se poser dessus. Avec les Mamans du Congo, ça a été complètement différent. La majeure partie des sons de l’album a été enregistrée à la suite d’improvisations. Parfois les Mamans et Gladys partaient dans des délires et une transe musicale extrême et l’alchimie opérait, c’est ça qui était fantastique et qui faisait le charme et l’authenticité des sons. En plus de ça, la musique africaine va de pair avec la danse. C’était tout un spectacle dans le studio !

PAN M 360 : Sur certaines chansons comme Sans Pagne et Meki, Gladys Samba rappe avec un rythme soutenu. A-t-elle pris l’initiative de chanter comme cela, car ça n’est pas tout à fait dans son registre, comparé à un titre comme Ngaminke ?

RROBIN : C’est complètement son style en fait (rires) ! On lui a même fait remarquer avec Céline (ingénieure son). Mais son flow est tout à fait naturel. Si tu écoutes son album solo (Absence, de 2018), c’est assez flagrant dans la façon qu’elle débite les mots. Mais la beauté de la voix de cette artiste réside dans le fait qu’elle arrive autant à rapper sur un titre comme Sans Pagne que de ramener beaucoup de douceur sur une berceuse avec le titre Mwana Wu Dila. Quand elle chante, elle y met toute son âme, son cœur, ses tripes et tu le ressens à chaque prise de parole. Pour autant, il n’y a pas eu de prise d’initiative personnelle, c’est venu tout naturellement et en improvisation aussi en fonction du rythme employé sur chacune des chansons.

PAN M 360 :  Quel rapport entretenez-vous avec la musique, que signifie-t-elle pour vous ?

RROBIN : La musique pour moi est un moyen d’expression sans règle ni contrainte. Une liberté de création totale dans laquelle j’ai découvert le plaisir de l’émotion simple. À l’âge de cinq ans, mes parents m’ont fait le cadeau de m’inscrire au conservatoire. Dans la pratique musicale, il y avait beaucoup de contraintes et beaucoup de règles pour assez peu de plaisir. C’est à la sortie de l’école que j’ai monté mon propre groupe avec des amis, mais là encore j’étais frustré d’interpréter et non de créer. C’est à l’université, en option « musique assistée par ordinateur », que j’ai eu cette révélation. J’avais là un outil de création avec des possibilités infinies qui s’offraient à moi. C’est à force de bidouiller et triturer des sons sur mon ordinateur que j’en suis arrivé à collaborer avec des artistes de la scène rap et électronique, jusqu’à l’an dernier et le projet avec les Mamans du Congo.

PAN M 360 :  Les bruits et les sons, ça vous connaît, puisqu’ils sont à la base de toutes vos créations musicales. Comment avez-vous procédé à la création des sons de cet album ?

RROBIN : En effet, depuis tout petit je suis attiré par les sons et les bruits qui nous entourent. Dans la voiture déjà j’étais fasciné et hypnotisé par le bruit des essuie-glaces et des clignotants. Je me suis vite mis à créer mes propres sons, à triturer, bidouiller tout ce qui me passait dans les mains. J’ai un ordinateur portable vieux de quinze ans, mais un logiciel de composition musical précieux sur lequel je bosse depuis de très longues années et à l’aide duquel je crée tous mes presets. Un cadeau de ma copine, que je ne lâche plus. Je crée tous mes sons et mes samples là-dessus, en plus d’un synthétiseur bien basique. J’utilise aussi des samples que je trouve, mais comme tout bon beatmaker, je les triture au maximum afin d’éviter qu’on les reconnaisse. Sans nul doute que ce projet a été un bonheur pour moi à enregistrer. J’étais dans mon élément à mixer tous ces bruits d’assiettes, de fourchettes, de paniers, de matériaux de récupération. C’était une expérience extraordinaire.

PAN M 360 :  Comment voyez-vous la version live de cet album, et une tournée était-elle envisagée ?

RROBIN : Oui en effet une tournée avec les Mamans était prévue au programme pendant tout l’été, ici au Congo, mais aussi en Europe. La musique africaine va de pair avec la danse. C’est dans leur culture, dans leurs gênes, leur sang. Alors, sur scène les Mamans auraient dansé et chanté sans aucun doute, j’aurais été aux platines avec mon synthétiseur pour jouer live par moments et un percussionniste aussi pour rajouter de la vie. Malheureusement, comme vous pouvez vous en douter, elle a été annulée à notre grande tristesse, mais ce n’est que partie remise, on l’espère.

PAN M 360 :  Cette période forcée de confinement est propice à la production de contenu, comment voyez-vous la suite des évènements de votre carrière ?

RROBIN : Je garde beaucoup les pieds sur terre et j’ai repris mon métier d’éducateur spécialisé auprès des enfants handicapés. Je ne considère pas ma passion de beatmaker comme un métier. Je veux rester moi-même, fidèle à mes convictions et libre de faire ce qui me plaît. Avoir une carrière de producteur à temps plein signifierait potentiellement accepter tout et son contraire et ça n’est pas ma vision des choses. Je veux faire ce que je veux et quand je veux. Collaborer avec qui je veux et être libre artistiquement. Cependant, je continue toujours la création, à mon rythme et au gré des rencontres humaines que je fais dans la vie. Je bidouille toujours mes sons et je les envoie aux artistes et ami(e) à qui ils pourraient correspondre. Le partage est la meilleure chose qui soit.

Sous le radar de PAN M 360, Jo Passed doit être considéré parmi les projets rock/pop les plus captivants de la côte ouest canadienne. Le profil biographique de Sub Pop, label de Seattle chez qui le groupe est sous contrat, aligne des noms pour décrire l’approche de l’auteur, compositeur, interprète et réalisateur Jo Hirayabashi, sans qui cette formation ne pourrait exister : XTC (Andy Partridge) + Beatles déconstruits + krautrock (Can et Neu!)  + un peu de prog + avant-rock américain + un peu de Sonic Youth quelque part + Nick Drake à la rencontre de Swans + Grouper à table avec Frank Ocean. Ajoutons à tout cela un nom amusant, inspiré de Joe Pass, légendaire guitariste de jazz. M pour Montréal met en relief ce groupe top niveau.

PAN M 360 : Que pensez-vous de cette liste de références allongée par Sub Pop ? 

JO HIRABAYASHI : Je pense que nous avons tenté d’écrire ces textes de façon à ce qu’ils puissent servir de références et se retrouvent dans les interviews et les critiques. Vous savez, tout le monde est tellement stressé par les délais que la publication d’une biographie qui énonce les choses auxquelles vous désirez être comparé ou voulez ressembler équivaut généralement à ce genre de presse pour les gens qui ont besoin de choses écrites rapidement pour vendre le groupe ou le projet ou quoi que ce soit. C’est la raison pour laquelle on y trouve autant de noms comme références. L’attaché de presse qui s’occupait du disque a aimé les comparaisons. Et puis, c’est super que vous ayez vu Joe Pass en concert, ça a dû être génial ! Quel musicien et guitariste formidable ! En fait, j’ai pris son nom pour cacher mon vrai nom japonais et éviter ainsi de me faire poser des questions sur l’influence que la culture japonaise a exercé sur ma musique. 

PAN M 360 : Comment avez-vous évolué en tant que mélomane ? Comment avez-vous acquis cette riche culture musicale ?

JO HIRABAYASHI : Chaque jour, j’écoutais un nouvel album. Aujourd’hui, j’ai du mal à me rendre au bout d’une chanson de 3 minutes, c’est trop. C’est juste que ça devient assommant, il y a tant de choses à apprendre, ça me fait réfléchir à tout le contexte de l’artiste, à ses intentions… et tout le bazar ! La culture de la musique me fait peur. J’espère me débarrasser de la culture et garder le reste. Je pense que cela m’empêche de simplement ressentir le pur plaisir sonore de la musique la plupart du temps. 

PAN M 360 :  En tant que musicien, quel a été votre parcours d’apprentissage ? 

JO HIRABAYASHI : J’ai commencé le tambour taiko à l’âge de 4 ans, puis je suis passé au piano à 5 ans et enfin à la guitare vers 16 ans. J’ai ensuite suivi une formation en jazz afin d’acquérir plus de compétences pour écrire des chansons et faire des disques. Je me suis ensuite laissé distraire en pensant que je pourrais peut-être décrocher un engagement dans le restaurant le plus couru en ville. J’ai fait quelques disques avec d’autres groupes, puis j’ai commencé Jo Passed 平林 comme ultime projet avant de tout laisser tomber. 

PAN M 360 : Vos choix harmoniques, vos patterns rythmiques et la qualité de vos exécutions mènent à croire que vous avez exploré beaucoup de musiques et de design sonores, qu’en est-il ?  

JO HIRABAYASHI : J’ai passé beaucoup de temps à écouter mon anxiété quand j’écris, ce qui explique pourquoi tout le monde semble si tendu et pourquoi aucun de mes projets n’est très populaire. L’écriture de chansons est libératrice pour moi et la plupart du temps, je suis à la fois très énergique et inquiet. Mes chansons préférées sont celles que j’ai écrites quand j’étais fatigué, mais elles sont peu nombreuses. 

PAN M 360 : Vous avez atteint un niveau excellent avec l’album Their Prime, paru en 2018, que s’est-il passé par la suite ?

JO HIRABAYASHI : Je suis déprimé depuis la sortie de ce disque. Je pense que c’était comme un saut dans le vide. Beaucoup d’événements sociaux étranges se sont produits à la sortie de cet album, pendant que j’essayais de finir un deuxième disque fondé sur une chanson que ma guitariste, qui a ensuite démissionné, aimait beaucoup et nous incitait à jouer. Cette chanson existait avant le projet initial, je la trouvais un peu simplette, mais ma guitariste était si gentille et si encourageante qu’elle a inspiré l’écriture d’un EP autour de cette chanson pour que ça marche. Cet EP a été conçu comme un prélude à l’album chez Sub Pop, mais finalement, on a pensé qu’il valait mieux se contenter de mener l’album à terme et laisser ces chansons pour une autre fois. Finalement, j’ai écrit une cinquième chanson pour l’EP, qui s’est retrouvé face A. La face B est sortie très très lentement. Tout le processus a été très lent. Il me reste encore une chanson à écrire et je me retrouve avec un tas de chansons qui traînent un drôle de bagage.

PAN M 360 : Mac Lawry, Bella Bébé, Megan Magdalena-Bourne étaient vos partenaires de Jo Passed, quelle a été leur évolution au sein groupe ?  

JO HIRABAYASHI : Bella et Megan ne font plus partie de ce groupe. Mac joue toujours avec moi, Téa Mei nous a joints à la basse et mon vieil ami d’enfance Elliot Langford joue désormais la guitare et l’ebow pour cette session de M pour Montréal, soit en première partie de Mac Demarco. Mac (pas Demarco, mon batteur) a évolué, il est passé d’un jeu de batterie très fort à un jeu de batterie très très fort et très précis, avec de très bonnes idées. Et c’est un très bon ami. Téa vient à peine de commencer à jouer dans des groupes et elle nous ramène à la réalité; elle se fout pas mal des ambitions carriériste des musiciens rock et pense que tout ça, c’est de la foutaise. Elle est vraiment radicale. C’est ma partenaire et je l’aime tellement ! Même si Elliot et moi sommes super bagarreurs, pour ne pas dire cinglés, je peux quand même lui demander de m’aider en jouant dans mon groupe et il le fait parce que c’est un gars gentil et attentionné. Il viendrait volontiers me chercher si à vélo je me faisais renverser par une voiture. Il n’est pas avec moi parce que mon groupe est cool, mais simplement pour me donner un coup de main.

PAN M 360 :  Comment voyez-vous les prochaines étapes de votre création ? Électronique ? Pédales d’effet ? Nouvelles dimensions ?  

JO HIRABAYASHI : J’essaie de me débarrasser des pédales d’effets. Je me suis procuré des synthés. Peut-être pourrais-je écrire plus simplement et me contenter d’enregistrer des albums pour les partager avec mes amis sans vraiment en faire la promotion ou quoi que ce soit. 

PAN M 360 : Qu’allez-vous jouer à M pour Montréal ?

JO HIRABAYASHI : Nous jouerons surtout de nouvelles chansons, en plus de la chanson MDM à cause de tous les M… et aussi parce que c’est mon tube. Mon seul et unique.

PAN M 360 : Vous avez vécu à Montréal il y a quelques années et vous êtes ensuite rentré en Colombie-Britannique, pourquoi ces migrations ?

JO HIRABAYASHI : J’aurais aimé ne pas partir de Montréal ou en être parti parce qu’il le fallait d’une certaine manière. Sub Pop a rendu ce départ moins difficile et je suppose que je pourrais toujours retourner vivre à Montréal. Mais je ne sais pas si cela se produira. C’est surtout pour des raisons personnelles et familiale que je suis rentré après avoir passé à peine six mois à Montréal, où ce projet a débuté. 

PAN M 360 : Vous auriez une relation amour/haine avec Vancouver, quelle est, au fait, votre « identité côte ouest » ?

JO HIRABAYASHI : Je suis un gars de la côte ouest, je ne peux pas le nier. Même quand j’étais à Montréal, les gens me voyaient comme un gars de la côte ouest. Honnêtement, c’est pendant le confinement que j’ai vraiment apprécié Vancouver pour la première fois. Cela m’a rendu reconnaissant de l’endroit où je vis, avec une telle richesse historique autochtone que je commence à explorer, tout autant que les magnifiques forêts et montagnes. 

PAN M 360 : Comment pourriez-vous identifier les sujets de vos textes ? 

JO HIRABAYASHI : Il s’agit probablement d’une question d’identité et d’une confrontation avec des notions humanistes générales dans un monde de plus en plus inhumain. 

PAN M 360 : Cherchez-vous à atteindre un équilibre entre texte et musique ?

JO HIRABAYASHI : Je pense que les paroles sont plus importantes, même si personne ne peut comprendre ce que je raconte sur ce disque. Mais les gens devraient l’acheter, ici.

Photos : Marie Belzil

Occupé comme cinéaste et sculpteur de jouets étranges, en plus de veiller à la bonne marche du restaurant familial Ta Chido (essayez les tortas !), le Montréalais d’origine mexicaine Mariano Franco trouve encore le temps de faire de la musique. Il en a d’ailleurs fait beaucoup au fil des ans. Arrivé à Montréal au milieu des années 90, il a commencé avec le groupe de métal Mi Santa Sangre avant d’enchaîner avec une série de groupes et de projets qui se sont mis au diapason de la nouvelle vague de musique latine qui a déferlé sur les Amériques. À chaque étape, Franco, son fidèle collaborateur Fernando Pinzón et leurs acolytes ont fait flotter le drapeau de la contre-culture latine dans le Nord, tout en faisant preuve d’une sensibilité cinématographique surréaliste. Pour sa plus récente formation, Franco a adopté le surnom de Papi Chulo. En 2017, il s’est lancé dans l’aventure avec La tierra promitida, un album électrocentrique de tropical bass à la fois sexy et inquiétant. Le voici maintenant de retour avec Ritmo de lo Habitual, un album qui est tout sauf habituel avec ses mutations futuristes de mambo, champeta, cumbia et plus encore. PAN M 360 s’est entretenu avec Franco pour en savoir plus et faire connaître son Grupo Invisible.

PAN M 360 : Vous faites la plupart des voix sur le disque. Pour les auditeurs qui ne comprennent pas bien l’espagnol, comment décririez-vous ce que vous faites sur le plan des paroles ?

Mariano Franco : Tout comme ma musique, mes paroles sont assez bizarres. Ce sont des images mises en mots, comme de longs haïkus qui parlent d’amour, de colère, de passion et d’idées métaphysiques d’une manière surréaliste et satirique. Il y a la chanson Dispárame al corazón, par exemple, qui est une chanson d’amour sur un type qui demande à son amour de le tuer au plus vite parce que son cœur ne bat plus. Satánico est comme une prière, une chanson sur la passion, la sueur et la fusion cellulaire, si cela peut avoir un sens, et El Encuentro est un poème sur deux univers qui entrent en collision.

PAN M 360 : On retrouve un goût prononcé pour la musique de films d’horreur italiens des années 1970 dans beaucoup de parties jouées au synthétiseur et le motif de synthétiseur dans Pa Que Lo Sepas me rappelle le thème un peu ninja de Shogun Assassin. Vous êtes vous-même cinéaste, quelle influence les bandes sonores de cinéma exercent-elles sur votre musique ?

MF : J’aime beaucoup les films et leurs bandes-sons, surtout ceux des années 60 et 70. Je viens d’acheter la bande originale de La Planète sauvage en vinyle parce qu’elle me rend fou avec toutes ses bizarreries et son psychédélisme. Je pense que ce que je fais s’apparente aux bandes sonores, parce que lorsqu’on compose de la musique pour le cinéma, on suscite des sentiments, on transmet des images, sans être contraint par une structure ou des formules musicales. On part sur un trip juste pour rehausser la dimension visuelle, et dans la musique de Papi Chulo il y a un peu de ça. Je ne me considère pas comme un musicien. Souvent, je ne sais même pas ce que je fais et, à cause de mon ignorance musicale, je m’appuie sur des impressions et des émotions plutôt que sur une structure, et tout cela aboutit à cet univers insolite appelé Papi Chulo.

PAN M 360 : Votre groupe comprend Fernando Pinzón à la basse. Ensemble, vous avez depuis une vingtaine d’années été membres de plusieurs groupes successifs, comment se fait-il que votre partenariat soit si solide ?

MF : Fernando est un collaborateur de longue date. Je pense qu’il comprend vraiment ce que j’essaie de faire musicalement. Nous avons collaboré à tellement de projets depuis la fin des années 90 que je pense qu’il sait comment fonctionne mon cerveau. Il est devenu une sorte d’oreille externe pour moi, une façon de savoir si je vais dans la bonne direction. C’est mon Jiminy Cricket. Il dit que j’ai une façon bizarre de faire de la musique, de mélanger des choses qui ne vont pas ensemble, mais il m’encourage à aller de l’avant, car il pense que c’est en même temps très beau.

PAN M 360 : Les arrangements de cuivres d’Étienne Lebel sont superbes, vraiment très efficaces et ont souvent une saveur étrange. Les percussions d’Omar Diaz, du Panama, ajoutent également beaucoup au disque, que pourriez-vous me dire à leur sujet et sur leur contribution ?

MF : Initialement, j’avais programmé toutes les percus et les cuivres et je m’apprêtais à sortir le disque comme s’il s’agissait d’un album de musique entièrement électronique. Puis, la pandémie est arrivée et a frappé durement la scène musicale, mais elle a aussi favorisé toutes sortes de collaborations artistiques. Étienne et Omar, qui ont déjà joué avec Papi Chulo dans le passé, m’ont tendu la main et m’ont dit : « Hé ! enregistrons toute cette musique de façon à ce que ça sonne vrai ! » Ils ont donc pris mes arrangements et les ont adaptés, et le résultat est très intéressant. Étienne enregistrait chez lui à Montréal et Omar à Panama City ! Ce sont de grands musiciens et je leur suis reconnaissant de leur collaboration et leur soutien.

PAN M 360 : Il y a trois chansons avec des chanteurs invités – Ultra K, Stephanie Osorio et Nagano Morro, qui est complètement dément sur Corriente Alterna –, qui sont-ils ?

MF : C’est la première fois que j’invite d’autres personnes à chanter mes chansons. J’ai senti que celles-ci ne voulaient pas de moi. Je voulais Ultra K pour El Encuentro, parce que sa voix a quelque chose de très particulier et donne à la chanson un aspect à la fois sombre et éthéré parfait. Pour Chispas, qui est une sorte de cumbia, je voulais une voix qui fasse écho au mélange de voix africaines, espagnoles et indigènes, le son des Caraïbes. Stephanie Osorio, qui chante avec Bumaranga, nous y emmène vraiment. On peut presque voir le coucher de soleil derrière les palmiers en écoutant la chanson. Corriente Alterna est une chanson sur le fait d’être différent et un peu dingue, c’est une chanson punk. Je connais Nagano depuis longtemps et après avoir écouté son nouveau projet funk-métal DéKorà – Tira Barrio, je savais qu’il serait parfait pour cette chanson. Il a vraiment mis le paquet. Quand je lui ai envoyé le morceau, il m’a fait cinq différentes pistes de voix !

PAN M 360 : La pochette de l’artiste serbe Mihailo Kalabic est vraiment remarquable, comment êtes-vous arrivés à cette image ?

MF : En jetant un œil sur mon Instagram, je suis tombé sur le travail délirant de Mihailo et j’ai aussitôt su que c’était ce que je voulais pour cet album. Je lui ai envoyé un mot et la musique, et il m’a dit : « Je suis très occupé mais j’adore la musique et je suis prêt à réserver un peu de temps pour faire la pochette. » Je lui ai envoyé un autre mot dans lequel je relatais un trip de champignons magiques il y a environ 15 ans, à l’occasion duquel des esprits africains m’ont guidé et aidé à me reconstruire. Il m’a alors fait parvenir ce croquis qui dépeint de façon magique cette expérience. J’étais en état de choc ! C’est comme s’il avait trippé avec moi. J’aime l’illustration de la pochette parce qu’elle représente vraiment mon univers. Elle reflète aussi l’époque à laquelle l’album a été conçu, une période sombre de pandémie et de politiques obscures, c’était vraiment mon paysage intérieur et l’art de Mihailo rend vraiment bien mon désir de voir au-delà de l’ordinaire un univers de possibilités magiques et infinies.

PAN M 360 : Comme je l’ai mentionné, vous et Fernando avez participé à plusieurs groupes et projets ensemble, dont le Psychotropical Orchestra et Sonido Nordico, le collectif de DJ dont fait également partie Marie Belzil. Vous avez été les premiers hérauts et représentants du Nord du renouveau de la cumbia qui a commencé il y a 15 ou 20 ans. Il s’est avéré que ce renouveau s’est poursuivi et la cumbia est maintenant plus répandue et diversifiée. Que pensez-vous de la situation actuelle de la cumbia dans le monde ?

MF : La cumbia se rend aujourd’hui à des endroits que personne ne connaissait à l’époque quand nous expérimentions dans les années 2000. Des DJ et des producteurs célèbres dans le monde entier jusqu’aux artistes grand public, la cumbia occupe maintenant une place bien méritée dans le cœur des gens qui aiment faire de la musique et danser. Lorsque nous avons commencé, nous pensions que la cumbia allait disparaître et revenir à ce qu’elle avait été pendant longtemps, une musique pour une frange de la société latino-américaine, mais depuis elle s’est épanouie et s’est imposée comme la reine de notre musique, le gène musical que nous partageons de l’Argentine au Mexique et qui est maintenant reconnu même au Japon. Je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve, on l’a croisée au rock, au hip-hop, à la musique électronique, elle a été sur-instrumentée par de grands orchestres et réduite au minimum par les expérimentateurs. Je suppose qu’elle vivra éternellement.

Bar Farouk est un spectacle multidisciplinaire haut en couleur présenté à l’espace Metro Al Madina, dans le quartier Hamra de Beyrouth. Sa version audiovisuelle est retransmise dans le contexte du Festival du Monde Arabe de Montréal, ce qui nous permet de plonger virtuellement au centre-ville de Beyrouth, capitale durement éprouvée en 2020, comme on le sait. Artiste cruciale de ce spectacle, la chanteuse Yasmina Fayed en cause à PAN M 360 depuis le Liban.

PAN M 360 : Rappelez-nous la genèse de votre spectacle, dont l’objet est de parcourir la vie nocturne de Beyrouth avant la guerre civile.

YASMINA FAYED : Il y a sept ans, Metro Al Madina a lancé un spectacle intitulé Hishik Bishik. Nous avions alors rassemblé les « plus grands succès » de l’âge d’or en Égypte, des chansons aimées par tout le monde arabe assorties d’une certaine trame narrative pour relier ces chansons. Au fur et à mesure que ce spectacle de deux heures progressait, les chansons le faisaient aussi chronologiquement puisque dans nos recherches, nous avions choisi les chansons à succès de 1920 à 1970. Le spectacle a été un succès et il est toujours à l’affiche, pour une septième année. Selon le directeur artistique, Hicham Jaber, il allait de soi de saluer également les auteurs-compositeurs et les artistes du Liban, c’est pourquoi Bar Farouk a été créé avec le même groupe d’acteurs et de musiciens.

PAN M 360 : Rappelez-nous la manière dont ce spectacle a été construit, mis en scène.

YASMINA FAYED : Beyrouth a toujours été une ville dynamique, y débarquaient artistes et intellectuels venus de tout le monde arabe. Le nom de Bar Farouk est inspiré du Théâtre Farouk qui existait dans le vieux Beyrouth au centre-ville. Le théâtre présentait divers spectacles et les artistes les plus prometteurs d’Égypte et de Syrie s’y réunissaient pour discuter d’art et s’y produire. Au fil des ans, et alors que la guerre se profilait à l’horizon, la « décadence » se reflétait dans les représentations du grand théâtre. Les pionniers furent alors remplacés par des amateurs. Notre metteur en scène s’est alors efforcé d’évoquer les images et les couleurs de la ville. À partir des années 20, les décennies se succèdent jusqu’en 1975, année du début de la guerre civile libanaise. Le public y est transporté dans le temps, grâce aux chansons, aux mélodies et aux costumes. Le spectacle se déroule dans le célèbre Théâtre Farouk, et à chaque nouvelle chanson, les personnages du spectacle se révélent : les « femmes fatales » du cabaret, le chanteur romantique, le duo comique ou l’abaday, c’est-à-dire le type fort que tout le monde craint, le Robin des Bois des rues de Beyrouth (chaque rue de Beyrouth avait son propre abaday). Les éléments visuels à l’arrière-plan sont essentiels car ils servent de repères au public et lui donnent une idée du temps qui passe.

PAN M 360 : Qui en assure la direction musicale ?  

YASMINA FAYED : Ziad al Ahmadiya est responsable des arrangements musicaux de Hishik Bishik et de Bar Farouk. Sur le plan musical, certaines des chansons originales ont été interprétées à la station de radio libanaise, qui a donc fait appel à un orchestre pour jouer avec le chanteur. Dans Bar Farouk, Ziad a essayé de préserver l’esprit des différentes époques représentées par ses arrangements.

PAN M 360 : Qui sont les principaux solistes, chanteuses, chanteurs, musiciens ?

YASMINA FAYED : Les interprètes et les musiciens sont Ziad al Ahmadiya (oud et chant),  Ziad Jaafar (violon et chant), Bahaa Daou (percussions et chant),  Samah Abi El Mona (accordéon et chant), Diaa Hamza (accordéon et chant), Bachar Farran (basse), Wissam Dalati (costumes, chant et performance),  Roy Deeb (chant et jeu), Ahmad al Khatib (chant et jeu), Randa Makhoul (chant et danse du ventre), Lina Sahhab (chant et jeu), Yasmina Fayed (chant et jeu).

PAN M 360 :  De quelle manière le spectacle a-t-il évolué ? Quels ont été les réformes apportées au fil du temps ?

YASMINA FAYED : Chacun des membres du groupe a effectué ses propres recherches sur le personnage qu’il joue. De nombreuses rencontres individuelles ont eu lieu avec le réalisateur et nous avons discuté des costumes et du caractère des personnages. Le spectacle ne se limite pas au chant; chaque personne sur scène représente un certain personnage auquel le public libanais s’identifie. Au fil du temps, les personnages que nous jouions se développaient continuellement et des « conversations secondaires » ont commencé à se faire entendre, révélant l’univers de chacun des personnages. Par exemple, on pouvait entendre une dispute entre les « filles » ou les avances d’un des personnages masculins à l’une des filles du cabaret. C’est comme si nous avions toujours su de quoi parlait le spectacle et qu’avec le temps, tout s’était mis en place.

PAN M 360 : Ce spectacle est-il un carburant de nostalgie pour les Libanais ayant vécu les grandes années du Beyrouth moderne ?

YASMINA FAYED : En effet ! À chaque chanson, chaque air, le public est transporté dans le temps. Les chansons ont été soigneusement sélectionnées pour créer cet effet. Vous verrez quelqu’un dans le public sourire ou se précipiter pour chuchoter à l’oreille de quelqu’un d’autre qu’il se souvient de cette chanson. La nostalgie est le principal moteur du spectacle, nous avons fait revivre beaucoup de musiciens et d’interprètes que peu de gens connaissaient, et nous avons mis en lumière certains des plus grands artistes qui ont été oubliés, à tort ou à raison. C’est pourquoi, j’imagine, le spectacle a connu le succès qu’il a connu.

PAN M 360 : Comment les auditoires plus jeunes réagissent-ils ?

YASMINA FAYED : Lorsque Metro Al Madina a ouvert ses portes il y a huit ans, on a vu les jeunes spectateurs affluer pour voir les spectacles et avoir un aperçu de ce qui se passait dans la capitale. Ils étaient, et sont toujours, curieux. Ils veulent voir ce qui est nouveau, ils veulent voir de nouveaux spectacles. Ainsi, lorsque l’idée est venue de revisiter une époque révolue, le jeune public a manifesté son amour et son appréciation, et vous pouviez le voir revenir voir le spectacle deux fois ou même plus, en invitant parents et amis.

PAN M 360 : Voyez-vous un potentiel international pour la diffusion de ce spectacle ? De quelle manière peut-il toucher les auditoires du monde entier selon vous ?

YASMINA FAYED : Je considère les spectateurs comme mes propres invités. Ils nous rendent visite pour nous voir danser et chanter, ils chantent et dansent aussi. De nombreuses personnes de différentes nationalités sont venues voir Bar Farouk, leur réaction a été aussi forte que celle de n’importe quel Libanais ou Arabe. Je pense donc qu’il est très important de participer à cette célébration. Les gens refont connaissance avec le visage oublié du Liban, ce Liban qui avait la joie de vivre !

PAN M 360 : De quelle manière avez-vous adapté Bar Farouk à une production audiovisuelle ?

YASMINA FAYED : Nous avons essayé de jouer comme si nous étions devant une salle pleine. Nous avions les caméras pour regarder, en gardant à l’esprit qu’un grand public nous regarderait derrière ces objectifs. Les caméras essaient de capter les petits détails qui se passent dans les coins de la scène; elles essayaient de retenir chaque mouvement de chaque personnage afin que les spectateurs qui regardent en ligne puissent se mettre dans l’ambiance comme s’ils étaient assis dans la salle.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de votre troupe, de votre direction artistique ?

YASMINA FAYED : Nous sommes amis depuis toujours, tous. Nous nous connaissions de nom ou nous avons eu des expériences communes pendant nos études à l’université. Lorsque Metreo Al Madina a décidé de produire Hishik Bishik, tout s’est mis en place, comme si nous étions faits les uns pour les autres. Et nous voilà toujours en train de jouer ces deux spectacles.

PAN M 360 : Les derniers événements à Beyrouth ont été très difficiles et s’ajoutent à de dures épreuves vécues par les Libanais, quel est votre état d’esprit ?

YASMINA FAYED : Je pense parler au nom de plusieurs d’entre nous quand je dis que nous sommes fatigués, déprimés. Au cours des premiers jours de la révolution, quelqu’un avait écrit que les Libanais étaient les plus heureux dépressifs qui soient, et c’est tout à fait vrai ! Nous connaissons la situation dans laquelle nous sommes et nous essayons d’en tirer le meilleur parti. Nous avons décidé de passer à autre chose. Je vous écris maintenant, en pensant à la détérioration de la situation économique et politique, aux personnes qui ont perdu leur maison après l’explosion du port le 4 août dernier, à la pluie. Il pleut sur Beyrouth et tant de gens n’ont pas reçu l’aide nécessaire pour la restauration de leur maison. Ils savent qu’ils n’obtiendront pas l’aide nécessaire du gouvernement. Je pense à nos spectacles, à la joie, aux chants et aux danses, mais aussi à la dépression, aux fermetures, aux faillites… Je pense que ce sont de grands sujets pour un nouveau spectacle ! Nous devons aller de l’avant. Il nous faut aller de l’avant.

PAN M 360 : On a ressenti beaucoup de vigueur contestataire chez les jeunes de Beyrouth avant l’explosion, certains parlent aujourd’hui de morosité et de découragement… qu’en est-il selon vous ?

YAMINA FAYED : Le Liban a toujours eu des hauts et des bas, mais les jeunes ont toujours réussi à recoller les morceaux de leur vie et à continuer. Des jeunes de tout le monde arabe sont venus à Beyrouth pour faire l’expérience de la liberté d’expression et goûter à l’art et à la fantaisie. Je crains que cette fois-ci, ce soit différent. Nous avons essayé d’élever la voix, mais elle n’a pas été entendue. Nous avons essayé de continuer en pensant qu’en travaillant dur, nous y arriverions, puis il y a eu l’explosion.

PAN M 360 : Quels sont vos plans pour l’avenir ? Rester à Hamra ? Déménager ? Œuvrer à la reconstruction culturelle de Beyrouth ?

YASMINA FAYED : Il est difficile d’être libanais de nos jours. Comme je l’ai déjà dit, nous sommes fatigués… perpétuellement inquiets. Nous pensons à ce qui va se produire, nous savons que nous n’avons que nous-mêmes sur qui compter. Je ne peux pas quitter le Liban ni Beyrouth, bien que j’aspire à la paix de l’esprit ! Mais c’est ici que nous devons être. Nous avons appris à louvoyer à travers tout cela. Construire notre petit monde, par le biais des arts du spectacle ou de petites entreprises. C’est de cela qu’il s’agit, n’est-ce pas ? Survivre à travers tout cela, tout en gardant la tête hors de l’eau.

Il se trouve en Algérie un orchestre, le seul du genre, composé uniquement de femmes et qui s’appelle l’Orchestre féminin Cheikh Sadek el-Bejaoui. Sa mission est de perpétuer la tradition d’une musique plus que millénaire, héritée du royaume d’al-Andalus. Al-Andalus, c’est l’ensemble des territoires de la péninsule ibérique et certains du sud de la France qui furent, à un moment ou un autre, sous domination musulmane entre 711 (date du premier débarquement) et 1492 (date de la chute de Grenade, dernier bastion musulman du territoire). Dans le cadre du Festival du monde arabe de Montréal (FMA), l’ensemble propose un spectacle exclusif que seuls les festivaliers pourront voir et entendre.

Détails de ma rencontre avec l’énergique Madina Yahiaoui, cocheffe de l’orchestre, titre qu’elle partage avec Sonia Bouyahia, petite-fille de Sadek el-Bejaoui.

PAN M 360 : Bonjour Madina. Commençons si vous le voulez bien par expliquer au public qui est Sadek el-Bejaoui.

MADINA YAHIAOUI : Sadek el-Bejaoui est un grand pédagogue, compositeur, interprète et perpétuateur de la tradition de musique arabo-andalouse, la musique classique algérienne. Il a enseigné à plusieurs générations l’amour de cette tradition. Il a aussi fondé une association à laquelle l’Orchestre féminin est associé. Nous poursuivons ainsi la mission du maître en jouant sa musique (il a composé près de mille pièces dans le style de cette musique millénaire) et en perpétuant son enseignement et sa méthode d’interprétation.

PAN M 360 : L’Orchestre a été fondé en 2008, quelle est son importance dans le paysage musical algérien selon vous ?

MADINA YAHIAOUI : L’importance va au-delà du registre strictement artistique. Avec l’Orchestre, c’est une autre image de la femme algérienne qui est montrée. Une femme qui sait être moderne tout en ayant à cœur de garder les traditions vivantes. Cet orchestre, c’est aussi un combat. Un combat social, politique et historique.

PAN M 360 : Est-ce que la nouvelle génération écoute et pratique cette tradition ?

MADINA YAHIAOUI : Honnêtement, c’est difficile. C’est un peu comme en Europe ou en Amérique : les musiques traditionnelles ou classiques sont délaissées. La pop, le hip-hop, les musiques commerciales prennent beaucoup de place. C’est le rôle de l’Association Ahbab Cheikh Sadek el-Bejaoui ou d’autres comme elle. Ce n’est pas un Conservatoire, mais elle fait un travail de Conservatoire. 

PAN M 360 : Quelle formation musicale possèdent les musiciennes de l’Orchestre ?

MADINA YAHIAOUI : Une formation acquise dans le cursus de l’Association. Il ne s’agit pas du même type de formation qu’un cursus classique européen, bien que certains éléments « modernes » y soient enseignés, comme le solfège. Il s’agit avant tout d’une tradition orale. Cela dit, certains musiciens tentent de plus en plus d’écrire cette musique, afin d’assurer sa préservation de manière plus certaine. Ça fait débat dans le milieu, mais je pense pour ma part que c’est une bonne chose.

PAN M 360 : Vivez-vous professionnellement de cette activité ?

MADINA YAHIAOUI : Nous avons toutes d’autres occupations professionnelles, si c’est ce que vous voulez savoir. Plusieurs sont aux études, et pas en musique ! Moi, par exemple, j’étudie dans le milieu financier. D’autres sont pharmacienne, informaticienne, linguiste, etc. Mais, attention ! Pour nous, la musique n’est pas un hobby occasionnel. C’est au moins aussi important dans nos vies que nos études ou nos emplois à temps plein. Nous voulons faire vivre notre patrimoine et le partager partout dans le monde !

PAN M 360 : Quel type de répertoire sera joué pour la diffusion du 18 novembre sur le site du FMA ?

MADINA YAHIAOUI : Un répertoire provenant majoritairement des compositions du maître, Sadek el-Bejaoui (mort en 1995). Il y aura aussi quelques pièces de la tradition lointaine, celle du Moyen Âge, du IXe au XVe siècles. Ce sera un voyage hors norme et hors du temps !

PAN M 360 : Ce concert sera comme aucun autre que vous avez donné auparavant, donc exclusif au FMA, paraît-il, pourquoi ?

MADINA YAHIAOUI : En raison de la pandémie, une majorité des musiciennes est restée en Algérie et quelques-unes, dont moi, sommes confinées à Paris. La solution que nous avons trouvée nous permet d’offrir quelque chose d’unique. Une partie du concert est jouée par les musiciennes qui sont en Algérie. Cette partie est très traditionnelle, avec les costumes et tout. Ici, à Paris, j’ai recruté des musiciennes classiques du Conservatoire, dont une pianiste et une batteuse. Cette partie s’éloigne de la tradition pure, elle a un caractère très différent, du fait de l’instrumentation, mais aussi de la formation des musiciennes, qui n’a rien à voir avec la musique arabo-andalouse. Nous avons fait un montage des deux, car il ne s’agit pas d’une performance live, et la diffusion du 18 servira de première. Les ami.e.s du FMA auront droit à une exclusivité. Deux images différentes pour une même tradition, dans un seul concert !

PAN M 360 : Finalement, la pandémie a-t-elle ouvert une porte que vous ne pensiez jamais franchir ?

MADINA YAHIAOUI : Oui et non. J’ai depuis longtemps l’idée de faire ce genre de collaboration. C’est important pour moi de réaliser des rencontres avec le plus de musiciens et musiciennes possible, issus d’autres traditions. Disons que la pandémie nous a forcés à agir en ce sens.

PAN M 360 : Merci beaucoup de nous faire découvrir cette magnifique tradition musicale !

MADINA YAHIAOUI : Merci beaucoup de nous permettre d’en parler. Et merci surtout au FMA, qui a le courage de maintenir sa programmation malgré les difficultés actuelles. Nous en sommes très reconnaissantes. Et nous avons surtout hâte de pouvoir venir à Montréal pour vrai, un jour !

Si Paul Jacobs se retrouve bien souvent entouré de plusieurs musiciens sur scène, c’est seul avec lui-même qu’il aime composer, créer et enregistrer sa musique. Tout aussi habile avec la batterie (on l’a vu derrière les fûts chez Pottery), la guitare, les claviers, la console de mixage que le dessin et l’animation, le musicien de Windsor, exilé depuis quelques années à Montréal, présentera son huitième album sur scène dans le cadre de M pour Montréal. En attendant le disque, qui paraîtra au courant de l’année prochaine, il nous dévoile Thanks, un premier morceau tiré de la compilation Sounds From Mothland Vol. 1 – la bande à qui on doit entre autres le festival Distorsion – dont Paul Jacobs a illustré la pochette. 

PAN M 360 est allé à la rencontre virtuelle de ce prolifique et polyvalent artiste, dans son studio maison.

PAN M 360 : Tu as un parcours assez atypique. De batteur pour des formations métal, tu t’es retrouvé en one-man band garage, puis à chanter et jouer de la guitare avec sept ou huit personnes sur scène dans une sorte de maelström psychédélique noise supersonique. 

Paul Jacobs : Je jouais de la batterie dans plusieurs groupes de métal. À Windsor, d’où je viens, il y avait beaucoup de groupes de métal et de hardcore-punk. Je ne voulais donc pas jouer de la musique aussi folle tout le temps mais plutôt faire des trucs comme les Beatles, jouer de la batterie comme Ringo Starr et tout ça… alors j’ai décidé d’apprendre la guitare en 2010. Et puis, j’ai commencé à faire des chansons à partir de là, des trucs que j’aime plus. Mais la batterie est mon principal instrument, quand j’ai démarré Pottery, c’était surtout parce que je voulais jouer de la batterie à nouveau. 

PAN M 360 : Tu as enregistré pas mal de démos durant les derniers mois, dont une partie a servi à la création de ton prochain album… 

Paul Jacobs : Je viens de terminer un album et je commence le prochain parce que j’ai beaucoup de temps à la maison. Je joue et j’enregistre ici quand j’en ai envie.

PAN M 360 : On en sait déjà pas mal au sujet de ton prochain album qui paraîtra sur le label montréalais Blow The Fuse en 2021, mais on ne peut pas tout révéler. Secret défense ! Donc, sans risquer d’en dévoiler trop, peux-tu nous dire plus ou moins de quoi il sera fait ?

Paul Jacobs : Bien sûr ! Ma dernière parution date d’il y a deux ans, je crois. J’ai l’impression d’être passé par une période de transition par rapport à la musique que je veux faire; quelque chose de moins fou, un son plus défini, mieux enregistré. J’ai enregistré cet album avec exactement le même équipement que mes autres albums, mais je me suis efforcé de faire un meilleur mixage, avec plus de clarté et moins de noise. Entre ce nouvel album et le précédent, j’étais plus dans le folk et j’ai commencé à écrire beaucoup de chansons dans ce style. Mais ensuite, avec le temps, j’ai amené beaucoup plus d’éléments psychédéliques, comme les synthés, la batterie et d’autres choses. C’est donc comme un mélange de chansons folk et de rock ‘n’ roll psychédélique. C’est bien que j’aie pris cette petite pause parce qu’elle m’a aidé à comprendre où je voulais aller. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais fini par sortir un album folk.  

PAN M 360 : Donc, comme pour tes autres albums, tu as tout fait tout seul ou tu as eu un peu d’aide cette fois-ci ? 

Paul Jacobs : Non, je l’ai fait par moi-même, comme tous les autres. J’ai aussi fait l’enregistrement et le mixage ici à la maison, mais j’ai fait faire le matriçage par Oliver Ackermann de Death By Audio/A Place To Bury Strangers.

PAN M 360 : Puisqu’il est différent des précédents, quelles ont été les sources d’inspiration pour ce prochain album ?

Paul Jacobs : La raison pour laquelle j’ai voulu changer de son, c’est par rapport aux vidéos d’animation que je fais. Je trouve que c’est plus facile et surtout mieux de faire des vidéos pour des chansons qui ont plus d’émotion au lieu de chansons punk. Tu peux y mettre plus de sentiments. Et y’a aussi que j’écoute plus de trucs comme Cass McCombs, Kurt Vile, des choses comme ça. J’ai voulu faire des chansons qui s’en rapprochent. J’écoute aussi pas mal Gene Clark, les Byrds, Tucker Zimmerman, surtout dans la façon qu’il a d’écrire ses paroles… Des trucs folky dans ce genre, tu vois ? 

PAN M 360 : Donc as-tu d’abord construit l’album en t’imaginant des vidéos ou des images ?

Paul Jacobs : Un peu, oui. C’est ce qui m’a poussé à changer mon son. Je cherchais à faire une musique qui corresponde davantage à mon style de dessin, qui serait plus facile à illustrer. En fait, quelque chose qui ressemble plus à ce que j’écoute quand je dessine.

PAN M 360 : C’est toujours toi qui te charge d’illustrer tes pochettes et qui fait tes vidéos, non ?

Paul Jacobs : Oui, mais j’ai travaillé avec d’autres gens pour certains clips. Par contre, je me charge de toute l’animation. Je pense que la musique et les illustrations devraient aller de pair, je cherche toujours à fusionner les deux. Tout ça, c’est mon projet-passion, si tu veux. Faire de la musique et dessiner, c’est tout ce que j’ai envie de faire, et là, j’ai la possibilité de faire l’un et l’autre et de les relier. En plus, je peux faire tout ça de chez moi, ce qui est encore plus agréable. J’ai aussi fait la pochette pour la compilation sur Mothland, celle de l’album de Pottery ainsi que les vidéos, un clip aussi pour Elephant Stone… Ça me plaît de travailler sur d’autres projets, c’est une sorte de défi que je me donne, essayer de faire un truc qui ne soit pas trop moi, si tu vois ce que je veux dire. Je fais aussi quelques t-shirts pour différents groupes. Pour ce qui est de faire des clips d’animation, on me le propose parfois, ça demande vraiment trop de temps, c’est dingue. Je préfère passer ce temps à faire des trucs pour moi. 

PAN M 360 : Tu disais un peu plus tôt que tu travailles déjà sur un autre album, as-tu envie de nous en parler ?

Paul Jacobs : Ce sera pas mal dans la veine de ce que j’écoute en ce moment à la maison. J’ai envie de faire de la musique que j’aimerais écouter chez moi. Et, une fois de plus, c’est pas mal à base de batterie. La batterie est vraiment présente et j’aimerais faire quelque chose d’un peu plus sombre en quelque sorte. Un truc plus sérieux, plus onirique mais sombre. Pas de dream-pop mais plutôt une sorte de rêve étrange, tu comprends ? Ce sera assez différent du disque qui sortira sur Blow The Fuse, la réalisation sera meilleure, je crois. À chaque album, je m’améliore au niveau de la réalisation, de mes techniques d’enregistrement et tout ça. Ce sera ce que j’ai fait de mieux jusqu’à présent sur le plan de la réalisation, je te dirais; j’ai de nouveaux micros, de nouvelles interfaces…

PAN M 360 : Quel genre de concert vas-tu présenter à M pour Montréal ?

Paul Jacobs : Je fais grosso modo le même show que j’ai donné au dernier Taverne Tour, mais avec six musiciens au lieu de sept. C’est pas mal cool ! Je joue surtout des morceaux de mon prochain album et un titre de mon précédent, Easy

PAN M 360 : Et du côté de Pottery, quelles sont les nouvelles ?

Paul Jacobs : Pas grand-chose à vrai dire. Parce qu’on ne peut pas faire de tournées, chacun est retourné chez lui. Je dirais que le groupe est en pause en ce moment. Le groupe n’est pas mort, un groupe ne meurt jamais vraiment ! Tout le monde prend une petite pause, c’est tout. Il y a des groupes qui ne peuvent pas travailler s’il n’y a pas une tournée à la clé, s’il n’y a pas quelque chose qui ravive la flamme. 

Crédit photo : Julien Faugere

La soprano québécoise Karina Gauvin devient artiste en résidence du programme Mécénat Musica jusqu’en 2022 ! L’artiste est une vraie star mondiale du chant lyrique. Il n’y a aucune exagération à dire cela, encore moins une once de chauvinisme. C’est la stricte vérité. Ce qui rend cette annonce d’autant plus excitante car elle signifie que Karina Gauvin sera sur nos scènes bien plus souvent que dans les dernières années, virtuellement, ou même physiquement quand la pandémie se sera résorbée.

J’ai parlé avec la soprano. Voici ses réactions face à cette nomination.

PAN M 360 : Bonjour Karina ! En quoi consiste ton rôle en tant qu’artiste en résidence de Mécénat Musica ?

KARINA GAUVIN : Je serai disponible pour participer à des concerts et des événements de levée de fonds pour les quelque 40 organismes qui sont partenaires du programme Mécénat Musica.

(NDLR : Le programme Mécénat Musica encourage les individus à faire un don à perpétuité de 25 000 $ à un organisme culturel qui leur tient à cœur (et 250 000 $ ou 2 500 000 $ pour les familles). Les dons sont appariés par Mécénat Musica, puis s’y ajoutent des appariements équivalents provenant de programmes gouvernementaux. Avec les crédits d’impôt fédéral et provincial qui y sont associés, le coût net pour un individu ne représente qu’une fraction du montant investi (environ 6000 $ pour un don de 25 000). Si un organisme reçoit par exemple 10 dons de 25 000 $ d’individus, au bout du compte, il pourrait ramasser jusqu’à 2 millions $ versés dans un fonds à perpétuité ! Ce programme est unique au monde.)

PAN M 360 : Qui décidera du type d’activités auxquelles tu participeras ?

KARINA GAUVIN : Ce sera au cas par cas. Les organismes intéressés peuvent déjà me contacter. Nous discuterons ensemble de leurs besoins et de la manière avec laquelle je peux le mieux contribuer. Après, nous déciderons d’un programme musical.

PAN M 360 : Dans le contexte de la pandémie, comment as-tu réagi quand on t’a proposé ce partenariat ?

KARINA GAUVIN : Très heureuse ! C’est une manière de revenir sur mes terres et de reprendre contact avec le public de chez moi, car j’ai passé l’essentiel des dernières années en Europe. Cela dit, c’est également une bouffée d’air frais car j’ai tout perdu à cause de la pandémie. Ç’a été table rase pour moi. C’est donc le meilleur des deux mondes, car je pourrai faire ce que j’aime le plus tout en contribuant à la pérennité de nombreux organismes musicaux qui en ont bien besoin !

PAN M 360 : À quel point ce programme est-il important selon toi ?

KARINA GAUVIN : Énormément ! La pandémie a tout bousculé, tu le sais. Les artistes ont été frappés de plein fouet. Que faire, sinon s’organiser, se serrer les coudes, s’entraider et développer de nouveaux modèles d’affaires pour survivre ? C’est ce que propose ce programme unique sur la planète, qui fera peut-être des petits ailleurs, je le souhaite.

PAN M 360 : Car ailleurs dans le monde, la situation n’est pas plus reluisante…

KARINA GAUVIN : Du tout ! En Europe, j’ai travaillé avec plusieurs organismes qui vivotaient déjà avant l’arrivée du virus. Qu’est-ce que ce sera après ? Beaucoup feront faillite, j’en ai peur. Les répercussions de cette tragédie se feront sentir bien au-delà d’une quelconque victoire contre le virus lui-même. Ce ne sera plus jamais pareil. Jamais. Beaucoup d’artistes abandonnent le métier. 

PAN M 360 : Ce n’est pas ton cas, tu as des projets en marche ?

KARINA GAUVIN : Oui, quelques projets excitants. Je participe à la complétion de l’intégrale des mélodies de Jules Massenet, plus de 300, dont plusieurs inédites avec l’équipe d’ATMA classique. Une production entièrement québécoise, avec Marie-Nicole (Lemieux), Étienne (Dupuis), Julie (Boulianne) et neuf autres chanteurs et chanteuses d’ici. Ce projet sera une première mondiale ! L’ironie, c’est que la pandémie nous a permis d’accélérer la cadence des enregistrements, car nous étions disponibles ! J’ai aussi des projets avec l’ensemble Caprice, entre autres. Je me tiens active le plus possible, même si je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai passé autant de temps à la maison.

PAN M 360 : Karina, le plus grand des succès avec Mécénat Musica, et dans tous tes autres projets. Merci de ton implication !

KARINA GAUVIN : Merci beaucoup !

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