Composé du chanteur Daniel Grigsby, du guitariste Jonathan Barriault et du claviériste et réalisateur Rodrigo Rubilar, le trio montréalais Love You More vient de rendre publique la chanson Full of lies, soit la première d’une série de quatre que le groupe lancera à des intervalles de quatre semaines au cours de la belle saison. 

Plus précisément, les chansons The Colors Match, Swipe to Reload et This Time sortiront respectivement  le 25 juin, le 23 juillet et le 13 août.

Le style post punk / folk pop  de Love You More plaira aux amoureux des années 80. Elle fera remonter dans le temps chez les uns, ce sera chez les autres ce  sentiment de n’avoir jamais pu vivre cette période aux mille et un mouvements musicaux. 

PAN M 360 : Pouvez-vous décrire votre rôle au sein du groupe et raconter comment celui-ci a pris forme?

Jonathan Barriault : Je suis le guitariste du groupe. Love You More est né au courant de l’année 2019. Depuis plusieurs années, Daniel et moi faisions de la musique ensemble, mais c’étaient surtout des séances d’improvisation entre musiciens sans se prendre au sérieux. À un certain point, nous avons eu le goût réaliser quelque chose de plus « professionnel » et c’est à ce moment que j’ai eu l’idée de contacter Rodrigo. Je le côtoyais depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrés à l’école il y a de ça quelques années et nous avions toujours gardé contact. Je connaissais aussi ses habiletés de musicien, donc nous avons commencé à répéter avec Rodrigo. Et voilà, le groupe a pris forme ainsi. 

Rodrigo Rubilar: De mon côté, je m’occupe de l’enregistrement et de la réalisation. C’est sûr que ces éléments représentent un effort collectif, mais je m’y consacre afin d’enregistrer tout ce qui concerne la technique, la réalisation et le mixage. Plus spécifiquement, j’ai joué des synthétiseurs. Pour la partie composition, nous travaillons  à trois.

Daniel Grigsby : Je suis le chanteur. J’ai aussi joué de la basse sur quelques pièces, de la guitare rythmique et de la batterie. Cependant, Jonathan a produit la majorité des parties de guitares et je me suis plus consacré aux autres éléments.

PAN M 360 : Vous avez réalisé, en invitant Rodrigo lors d’une soirée d’improvisation entre musiciens, que votre projet avait le potentiel de devenir sérieux?

Jonathan Barriault : C’était le but en invitant Rodrigo parce que je savais qu’il allait contribuer grandement au groupe. Je le connaissais en tant qu’ami, mais également comme musicien. J’avais ce pressentiment que, grâce à lui, tout allait s’enligner pour que le projet devienne sérieux. Mais surtout, c’était d’avoir la capacité d’enregistrer adéquatement. C’était difficile pour Dan et moi de le faire ça à deux. Donc, avec Rodrigo, cela a été plus simple et agréable. De plus, il a introduit les synthétiseurs à notre musique, qui fut une excellente idée.

PAN M 360 : Quels mouvements musicaux ou artistes vous ont inspiré pour arriver à votre son?

Jonathan Barriault : Je ne sais pas trop, mais le nom Love You More vient d’une chanson de John Martyn (1948-2009) que Daniel a découverte.

Daniel Grigsby : Nous avons beaucoup écouté du smooth adult contemporary des années 1980, comme John Martyn d’ailleurs. Un mouvement musical un peu moins populaire qui se passait dans la même période que le punk était à son apogée. C’est un style plus délicat tout en ayant mis de l’avant des pédales de chorus et de la guitare. Ce n’est pas vraiment du post-punk, mais ça se rapproche. C’est ce style de musique d’ambiance, qui, jusqu’à tout récemment, était un peu oublié des années 80 qui nous interpelle. 

Rodrigo Rubilar : En ce qui me concerne, je suis plus porté à écouter n’importe quel genre musical, tant qu’il y a une progression mélodique. 

PAN M 360 : Les chansons ont-elles pris une direction qui n’était pas prévue lorsque vous avez commencé à écrire?

Jonathan Barriault : C’est une bonne question. En général, les chansons prennent forme surtout en studio, qui est aussi notre cas puisque nous ne les avons pas encore jouées live. Peut-être qu’éventuellement nos pièces évolueront. Nous avons construit chacun des morceaux à partir de croquis de session d’improvisation entre Daniel et moi, lui à la batterie et moi à la guitare. À ce moment-là, peut-être qu’on jouait plus fort, moins délicatement. Mais, avec ce que Rodrigo a apporté au groupe, c’est devenu plus du 80’s d’ambiance dont Daniel parlait plus tôt.

Rodrigo Rubilar : Les pièces sont construites de façon qu’elles débutent par une introduction à la guitare, qui est l’idée la plus ordinaire possible. Et ça évolue tout au long de la chanson. Ce qui arrive dans chacune des chansons, ce sont les dernières secondes où l’accent est sur la voix et les textes. C’est pour cette raison que les trois ensembles, dans la manière que nous interagissons, soit à distance ou face à face, nous nous influençons de manière positive pour créer un meilleur son.

Jonathan Barriault : Tu as un bon point. On parle souvent en musique de ce qui vient avant, soit les textes, la voix ou les instruments, et nous étions plus à l’aise de commencer avec une structure instrumentale et par la suite ajouter les voix. 

Daniel Grigsby : Nous n’aurions jamais pu prédire que certaines de nos pièces seraient aussi complexes qu’elles le sont maintenant. C’est probablement la surprise la plus chouette. 

PAN M 360 : En quoi est-ce un défi de produire de la musique en pandémie?

Jonathan Barriault : Nous avions déjà passé à travers tout ce qui concerne la structure des pièces et les voix. L’enregistrement était en majorité complété. Ce fut plus difficile pour la post-production de Rodrigo. Il nous envoyait des suggestions et nous communiquions en ligne. Il s’est tapé la grosse partie du travail de studio finalement avec Daniel et moi qui nous lamentions.

PAN M 360 : À quel moment avez-vous débuté à produire vos chansons?

Jonathan Barriault : Nous avons commencé au courant de l’année 2019. Il nous a fallu consacrer un peu plus de temps afin de déterminer la façon dont nous allions faire paraître nos chansons. Nous avons aussi dû discuter de la production. Finalement, nous avons pris la décision de nous auto-produire. Nous aurions pu faire paraître nos pièces un peu plus tôt, mais nous voulions être sur la même longueur d’ondes avant tout. Donc, tout ce processus et  la communication à distance ont causé du retard.

Rodrigo Rubilar : Il faut préciser qu’on produit tout, jusqu’à l’esthétique qu’on peut voir sur SoundCloud. Nous utilisons les outils que nous connaissons dans chacune des sphères de la production de musique. 

Jonathan Barriault : Quelquefois, on se donne corps et âme sur certaines choses que nous n’aurions pas à gérer si nous avions décidé d’être avec un label. C’est pour cette raison que le processus a été plus long que prévu. Malgré tout, ça rend l’expérience intéressante.

PAN M 360 : Comment s’est passé l’enregistrement dans un studio maison? 

Rodrigo Rubilar : Nous avons fonctionné de manière à ce que que tout soit enregistré séparément. À un moment, nous avons enregistré seulement de la batterie dans un ancien local de répétition tandis que les trames de guitares ont été jouées dans un petit espace chez moi. On enregistrait avec l’équipement que j’avais en ma possession. Nous avons tous un peu d’équipement, mais j’ai été assez malade pour mettre tout mon argent là-dessus. 

La grosse différence d’avoir enregistré dans un studio maison plutôt que dans un studio officiel est d’avoir pu travailler progressivement en prenant le temps de travailler chacun des éléments, que ce soient les notes de synthétiseurs, la voix de Daniel ou bien la guitare. De cette façon, nous pouvions retravailler chacune des parties d’une chanson, versus être dans un studio où nous aurions fait une prise de son de groupe. Par contre, la dernière pièce qui sera partagée, This Time, est une prise de son de groupe. Nous l’avons enregistrée chez moi, en une seule prise, lorsqu’on pouvait encore se réunir. Il y avait même certains de nos amis qui étaient présents dans le salon. Nous avons enregistré la partie instrumentale en  entier, nous avons ajouté la partie vocale  par la suite. 

PAN M 360 : Quels sont vos prochains plans?

Jonathan Barriault : Nous sommes présentement à promouvoir  notre première chanson. Nous contactons le plus de gens possible dans notre entourage afin de faire connaître le tout. Pour la suite des choses, nous avons déjà d’autres pièces qui sont presque terminées, qu’il faudrait éventuellement achever mais… on est plus dans le lancement de ces quatre pièces. Nous allons, par la suite, nous lancer dans le prochain album ou prochain EP.. 

Rodrigo : Il y a des remixes un peu particuliers qu’on va sortir bientôt. C’est une idée que nous avons eue de reprendre des chansons et de les retravailler de manière à ce qu’elles sonnent un peu impressionniste. L’ambiance recherchée est d’écouter la musique au bord d’un lac, assis à contempler un feu de camp et la nature, pendant que notre musique joue derrière dans une petite radio. Ce sont des expériences qu’on fait en ce moment, je ne sais pas si nous allons en reprendre toutes les chansons.

PAN M 360 : Quelle impression ou sentiment voulez-vous laisser à travers ces 4 chansons?

Jonathan Barriault : C’est l’idée de nostalgie et aussi l’idée de légèreté, c’est-à-dire une nostalgie plus mature, sans ce côté sombre qui peut nous habiter quand nous sommes plus jeunes.

Daniel Grigsby : Nous voulions faire ressentir ce que nous avons ressenti des chansons qui nous ont influencés. Ledit sentiment est vraiment une mélancolie mature. Jonathan et moi étions dans des groupes punks auparavant, et le sentiment que nos pièces expriment plus de maturité avec une certaine dose d’humour puisque, ultimement, la vie ne devrait pas être prise au sérieux.

PAN M 360 : Avez-vous un souhait?

Daniel Grigsby : Je souhaite tout simplement que les gens aiment notre musique. Je suis vraiment excité que notre première chanson ait paru et de voir la réaction des autres. Heureusement, les choses vont changer et nous allons pouvoir monter un spectacle. Nous avons vraiment hâte!

Jam  a souvent joué en équipe mais…  Dans le contexte de Bettta, son premier projet solo, le rappeur montréalais se réapproprie les codes musicaux qu’il apprécie véritablement, sans compromis. Avec sept chansons, le EP est à la fois court et lent avec son allure flâneuse et intimiste.  

L’artiste, de son vrai nom, David Beaudin-Kerr, n’en est pas à ses premières armes lorsque nous parlons de hip hop ; il a participé à deux projets collaboratifs, soit avec le vétéran PDox sur Souriez un peu (2011) et Souriez on vous regarde (2012), il a également sorti l’album Kosséça!?! avec le collectif multidisciplinaire K6A et finalement. 

Ses projets les plus importants sont sans conteste les trois enregistrements de  Brown Family, groupe composé de son propre père (Robin Kerr, d’Uprising), son frère (Greg Beaudin-Kerr, alias Snail Kid,de Dead Obies) et lui-même. Betta marque une nouvelle étape de sa vie, c’est-à-dire mener seul un projet du début à la fin et faire seul sa marque.

Il occupe tout l’espace sur Bettta et y pose des paroles nostalgiques, souvent tristes. Usé par une relation difficile, inquiet de l’argent qui ne vient pas, le rappeur se laisse aller sur des mélodies toutes simples pour exorciser son côté sombre. Sans paillettes ni trompettes, Bettta a été lancé le 28 mai 2021 sous étiquette Disques 7ième Ciel.  Il ramène sous les projecteurs un rap old school, avec des trames instrumentales vaporeuses et des paroles nonchalantes, qui donnent au final envie de se promener sous les arbres lors d’une belle journée. 

PAN M 360 : Question toute simple pour commencer : pourquoi avoir intitulé ton premier projet solo Bettta ?

JAM : C’était un peu pour faire le jeu de mots avec le contraire d’Alpha, et c’était aussi une référence au poisson tropical betta, menant ainsi à un mélange des deux. 

PAN M 360 : Mais pourquoi particulièrement le betta? Si je ne me trompe pas, le betta est un poisson qui doit vivre seul, et tu es plutôt un gars d’équipe, non ? 

JAM : Je suis un gars d’équipe… solitaire. Donc oui, effectivement, le poisson betta doit être isolé à partir d’un certain âge, il doit habiter seul dans son petit bocal, et ça m’a inspiré. Je suis quelqu’un assez solitaire.

PAN M 360 : Tu as collaboré à de nombreux projets, pourtant. Pourquoi avoir choisi de lancer ton premier projet solo maintenant ? 

JAM : J’ai toujours voulu faire un truc solo, et I guess que j’attendais d’avoir quelque chose à dire. J’ai écrit le projet assez rapidement, pendant la pandémie l’été dernier, et j’avais plusieurs chansons qui se tenaient, et ça faisait du sens de raise un EP. 

PAN M 360 : Tu as brièvement fait des études en sonorisation, études que tu n’as jamais menées à terme, mais tu as choisi de continuer ta formation en apprenant la guitare et le piano, tout simplement en faisant de la musique. Quelles ont été tes inspirations pour la conception des beats de Bettta

JAM : Il y a sept chansons sur l’album; j’ai fait trois beats et ToastDawg en a fait quatre. Et tous les deux, on a des techniques assez similaire. C’est assez simple : on échantillonne, on loope des trucs qui nous plaisent, des trucs un peu obscurs, des vieux vinyles sales. C’est comme ça qu’on fait. 

PAM M 360 : Et comment procèdes-tu pour l’écriture des paroles ? 

JAM : Les paroles, c’est vraiment juste moi. J’y suis plus allé dans l’intime et l’introspectif mais sans trop de prétention. Ça me venait comme ça, rapidement et naturellement.

PAN M 360 : Justement, j’allais dire que Bettta est un projet dont on ressent ta nostalgie,  ou même ta tristesse par moments… Est-ce que cet EP est la représentation  de ta condition personnelle au cours de la dernière année ? 

JAM : J’image que c’est une partie de moi… au-delà de la dernière année, ça a toujours été là. Même quand je faisais de la musique assez joyeuse, j’ai toujours eu un côté sombre. Mais tu sais, je ne suis pas en petite boule chez moi en train de me morfondre. 

PAN M 360 : Quel est le thème central de ton EP ?  

JAM : J’imagine qu’il y a un thème central; je sentais que j’étais toujours un peu sur le même vibe quand j’écrivais les chansons, donc je ne sais pas, peut-être quelque chose d’effectivement un peu nostalgique ou une certaine perte d’innocence. Mais tu sais, tout est sorti comme ça. Et c’est précisément pourquoi j’ai choisi de sortir mon projet en EP; j’avais l’impression qu’il y avait une ligne directrice dans tous les textes que j’écrivais.

PAN M 360 : Alors, ton processus créatif était-il le même avec Brown Family ? Sachant que sur Brown Baby Gone par exemple, vous parliez beaucoup de retour aux sources paternelles, d’identités croisées, thèmes qui se retrouvent beaucoup sur ton nouvel EP,   Bettta serait-il plus semblable aux projets que voulu ? 

JAM : Forcément, il y a des liens, parce que ça reste moi. Mais je pense qu’en général dans Brown, ça montre le début de l’exploration dans laquelle je suis allé en solo, c’est juste que j’ai pu me permettre d’y aller un peu plus profondément. Parce que je suis seul, j’ai pu assumer un peu plus mes textes.

PAN M 360 : Comme on l’a brièvement dit au départ, ToastDawg et toi-même avez fait la conception sonore de Bettta, mais as-tu déjà créé des sons pour d’autres artistes ? 

JAM : C’est sûr que je peux passer la journée à faire des beats, mais je ne me pousse pas nécessairement à les vendre ou les donner, je travaille plus avec des ami.e.s. Mais au final, c’est plus pour moi et pour mon plaisir personnel. Mais ça arrive parfois qu’un.e ami.e ait besoin de quelque chose, et ça adonne que je peux lui offrir ce qui lui plaît. 

PAN M 360 : Sur ton projet solo, tu as travaillé avec ton père et ton frère, avec qui tu as déjà beaucoup collaboré, mais aussi le rappeur Lary Kidd, qui est d’ailleurs invité sur la chanson No Way, et finalement ToastDawg. Pourquoi préfères-tu maintenir ce cercle restreint ? 

JAM : C’est venu naturellement, je dirais. Lary,  je le connais depuis longtemps, même si je ne peux pas dire que c’est un ami personnel, je le croise depuis longtemps et j’aime ce qu’il fait. Et donc, quand j’avais commencé No Way, je l’imaginais sur cette chanson. Ç’a été tout naturel de l’inviter à y participer. Après, c’est un petit EP, mon premier EP, donc j’avais quand même envie que ce soit moi dans la majeure partie du temps. 

PAN M 360 : Tu as grandi et habites toujours dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, et même le collectif K6A, avec qui tu es associé, à son quartier général là-bas. Comment la vie de ce quartier a-t-elle influencé ta musique ? 

JAM : Déjà, je pense que Hochelaga-Maisonneuve fait très village, particulièrement dans les années 90. J’ai grandi dans un quartier où personne disait « toi » et « moi », mais bien « toé » et « moé ». Donc, c’est ça qui a fait que j’ai un accent très québécois, quand je parle et quand je rappe. Vite comme ça, c’est ce que je pourrais dire de comment ç’a influencé ma musique. 

PAN M 360 : Quelles sont tes inspirations musicales ? 

JAM : Ouf… J’écoute tellement de trucs… En général, je ne m’inspire pas vraiment du rap, je dirais… J’ai grandi avec des références assez multiples mais justement, c’est parce que j’ai tant de références qui partent dans tous les sens que c’est pour moi très difficile d’essayer d’en isoler quelques-unes…  J’ai l’impression que je devrais faire une liste et citer au moins 100 personnes… Ça dépend aussi des périodes, j’ai des vagues où j’écoute juste Tame Impala, pis après ça j’écoute juste David Bowie. Je change constamment d’inspiration, mais j’essaie toujours d’aller chercher un petit quelque chose de tout ce qui me fait vibrer. 

PAN M 360 : Alors, considères-tu que Bettta est un album purement rap/hip-hop ou il relève aussi de d’autres courants musicaux ? 

JAM : C’est quand même assez classique rap, c’est même un peu traditionnel, comme un retour aux sources. Justement, mon plaisir d’écouter de la musique triste ne vient pas tant du rap, c’est surtout moi qui écoute du Bowie ou du psych rock. Je pense que dans les thèmes abordés, je me suis un peu sorti du rap dans mes influences.  

Robert Robert revient avec un projet à la fois plus pop et plus personnel. Loin de la musique de club qui a lancé sa carrière, le DJ/ producteur décide cette fois-ci de poser sa voix calme, parfois indolente, sur des trames instrumentales pop/électros… tout de même propices au plancher de danse. 

Né dans la chambre de Robert Robert, Sillicone Villeray a été coréalisé avec Hubert Lenoir ainsi que Benoît Parent, Félix Petit, CRi, Marius Larue au mix et Richard Addison au matriçage. 

Depuis Villeray, quartier de Montréal où l’artiste de 25 ans habite au moment de l’écriture de cet album, il explore le quotidien à travers des chansons en français. Il y dépoussière ce qui semble banal afin d’en partager la beauté. 

Son ton à la fois mélancolique et plein d’espoir s’inscrit parfaitement dans la saison estivale et les réjouissances de la levée du couvre-feu à Montréal.

PAN M 360 : Ça fait une dizaine d’années que tu fais de la musique. Tu as sorti plusieurs projets, tu as joué à l’international… Est-ce que tu pourrais me résumer un petit peu ton parcours musical ? 

Robert Robert : J’ai commencé les cours de piano alors que je n’aimais pas vraiment ça, quand j’avais environ cinq ans. Plus tard, j’ai joué de la guitare, de la basse. J’ai commencé à m’y mettre sérieusement à 13 ans, quand on m’a montré comment fonctionnait GarageBand. J’étais un enfant qui jouait beaucoup aux jeux vidéo, donc c’était sympa d’avoir un logiciel. Je me suis mis à en faire de plus en plus, à écouter de la musique électronique. Vers 15-16 ans, j’ai commencé à me produire dans des raves. J’ai fait ça pendant un moment et vers 18 ans, j’ai pris le nom Robert Robert. À ce moment, j’ai commencé à penser un peu plus à la musique que je voulais faire, à approfondir certaines questions. Qu’est-ce que je peux faire avec ma musique ? Quels sont les sentiments que je peux véhiculer ? Comment je suis capable d’utiliser la musique comme vecteur d’émotion ? À partir de là, j’ai commencé à faire moins de shows dans des raves et à davantage me concentrer sur de la musique enregistrée. Avec des amis, on a sorti un vinyle, on s’est mis à faire des DJ sets dans des salles montréalaises, on a fait les Piknic Électronik… De fil en aiguille, on s’est retrouvé en France à Garorock, aux Francofolies de La Rochelle, etc.

À un moment donné je me suis retrouvé moins satisfait de ce que je faisais. Ça tournait vraiment autour du night life et de la musique qui marche dans les clubs. J’avais davantage envie de faire de la musique qui racontait des histoires parce que c’est ce que j’aime. Donc dans les dernières années je me suis mis à aller dans une direction plus chantée, écrite. C’est sûr que c’est bizarre. Ça fait un peu comme si je recommençais. Tout ce que j’ai fait avant c’était pour autre chose. Au final je m’amuse tellement en faisant cette musique !

PAN M 360 : Comment caractérises-tu l’univers musical de Silicone Villeray ?

Robert Robert : Je suis conscient d’avoir énormément d’influences, parce que j’ai commencé la musique très tôt. J’aime plein de trucs. Je ne peux pas forcément nommer ces influences quand j’écris une chanson. C’est inconscient. Mais pour revenir à l’univers musical de Silicone Villeray, je dirais que de chanson en chanson l’énergie change un peu. Manger des coups est plus agressive, tandis que Digital ressemble plus à une ballade. Là où ça se rejoint, c’est que l’univers se retrouve dans les textures. J’y passe beaucoup de temps et j’aime beaucoup travailler dessus. L’album est un mélange de textures, un côté électronique avec des textes sur beaucoup de basses et de synthés. Tous les éléments que je place dans une musique ont pour but d’amener à un mood spécifique.

PAN M 360 : Par quoi ce projet se distingue-t-il de ce que tu faisais avant ?

Robert Robert : Je crois que j’y ai passé plus de temps, parce qu’on en a eu beaucoup, dernièrement. J’ai assumé le fait que je voulais faire un projet qui se rapproche de la pop. Je ne me suis pas limité à me demander ce que les gens allaient penser. Dans la musique électronique, il y a cette recherche d’un côté edgy, pour que ce soit cool. Ici, j’ai essayé de ne pas y penser. Au lieu de chercher à savoir si les gens qui m’écoutent allaient aimer ça, je me suis plutôt concentré sur l’émotion et la manière de la transmettre.

PAN M 360 : Quelles sont les émotions que tu cherches à transmettre, justement ?

Robert Robert : Ça dépend des chansons, mais ultimement, j’ai envie que ça soit une musique qui te rende les pieds légers quand tu marches. C’est un peu le côté empowering, qui te fait te sentir mieux et qui te donne envie de faire face aux obstacles qui te barrent la route. C’est ça que j’avais besoin d’entendre, je pense, et tous les textes sont tirés d’histoires dans lesquelles j’avais besoin de cette énergie. Ça reste très introspectif. Ce sont des chansons que j’ai écrites moi-même donc j’en suis tellement proche que c’est difficile de les décrire adéquatement.

PAN M 360 : C’est la première fois que tu prends la parole dans ta musique. Qu’est-ce qui a motivé ce virage ?

Robert Robert : Je pense que c’est vouloir faire de la musique que j’écoute. J’écoute aussi de la musique électronique et j’ai déjà essayé de raconter des histoires dans ce que je faisais avant, mais ici je cherche vraiment à raconter de la manière la plus authentique possible. Je ne peux pas me cacher derrière une instrumentale. C’est ça l’exercice. Mais ce n’est pas venu après une grande réflexion. C’est venu tout seul, au fur et à mesure. Je me suis rendu compte que j’aimais davantage faire ça que de la musique électronique de boite de nuit.

PAN M 360 : Tu parles de la musique que tu écoutes… quelle est cette musique qui t’inspire ?

Robert Robert : J’ai beaucoup aimé écouter l’album Blond de Frank Ocean, en 2016. Les couleurs, l’univers, l’espèce de vibe dans laquelle ça te met… je trouvais ça fou. Je n’aspire pas à faire la même chose, mais le pouvoir que ça avait sur la façon dont je me sentais, je trouvais ça incroyable. J’ai aussi été influencé par plein de chansons d’artistes. Ces temps-ci, j’écoute toujours Little Miss Sunshine de Kev Koko, et, dans ma tête, c’est la piste qui m’inspire le plus en ce moment. Mais je ne pourrai pas nommer toutes mes influences parce qu’il y en a trop.

PAN M 360 : Quand j’ai écouté, j’ai vraiment retrouvé une atmosphère similaire à ce que Odezenne propose, par exemple…

Robert Robert : Oui c’est ça ! Bleu fuchsia, c’est une chanson que j’ai tellement écoutée cette année. Je trouve ça fou que son ad lib soit le mot “camion”. Ce que j’aime chez Odezenne, c’est que c’est candide, mais aussi très mélancolique. Je me reconnais là-dedans. La candeur et la mélancolie sont clairement des émotions que j’ai essayé d’inspirer avec mon album. 

PAN M 360 : Le titre Silicone Villeray nous indique que ton album tourne autour de ton identité montréalaise. Est-ce que c’est un album plus intime que les précédents ?

Robert Robert : C’est sûr que c’est un album plus intime et que ça s’inscrit à Montréal parce que j’ai tout fait ici. Mais pour moi, Silicone Villeray existe pour embellir le présent. Prendre quelque chose qui existe déjà et qui n’est pas forcément excitant. Villeray, c’est un quartier sympa, j’y habitais quand j’écrivais l’album et je trouvais ça génial, mais tu n’as pas non plus l’impression de courir vers le futur. C’est ça que j’avais envie de sentir. L’album sert un peu à prendre des moments banals et essayer de creuser pour les montrer dans toute leur beauté.

PAN M 360 : En écoutant tes projets antérieurs, on constate une différence flagrante entre les sons plus électroniques, un peu house, très dansants, et ce que tu fais aujourd’hui. C’est plus planant, mélancolique, on ressent une sorte de lassitude. Quels sont les effets que tu utilises dans la réalisation pour créer cette atmosphère ?

Robert Robert : J’ai enregistré beaucoup de mes voix sur le micro de mon ordinateur. C’est un micro vraiment sensible, donc tu ne peux pas parler fort. Je ne m’en rendais pas compte quand je le faisais, mais ça a fait que toutes mes paroles étaient faibles et dites avec un ton très blasé. Et quand je suis arrivé en studio, plus tard, pour enregistrer un peu mieux, j’ai gardé ça. J’aimais le mood que ça donnait. Parce que j’ai tendance à faire des instrumentales vraiment colorées, ça venait balancer, d’une certaine façon. Sinon j’ai aussi utilisé des effets et des chorus sur la voix pour qu’elle soit vraiment calme, voire lassée, blasée. Mais tu sens qu’elle se déplace quand même au niveau du son. Il y a une couleur surréelle, pour que ça reste dans cet univers, et pas juste comme du slam, par exemple.

PAN M 360 : Les chansons de l’album sont coproduites par Hubert Lenoir. Comment est née cette collaboration ?

Robert Robert : Hubert est arrivé quand j’avais fini l’album, du moins dans ma tête. On s’est parlé par Instagram parce qu’un de nos collaborateurs communs lui avait montré ma musique. Il est arrivé et on a passé trois autres mois sur cet album. Ce qu’il a fait varie vraiment de chanson en chanson. Il a fait les débuts, les fins, les arrangements par-ci par-là. Il a ajouté les percussions sur Folie Passagère, il a fait le pont sur L’été je m’ennuie. Et tout le long de l’album, on a fini par devenir des amis et on s’appelait pour parler de la philosophie derrière la musique qu’on faisait. Donc il a été là tout le long. C’était vraiment cool comme processus.

PAN M 360 : Est-ce que tu as une chanson préférée sur l’album ?

Robert Robert : J’aime beaucoup L’été je m’ennuie. J’étais allé voir le producteur montréalais CRi, cet été. On passait du temps ensemble, puis j’ai fait quelques accords et on a commencé à travailler sur la chanson. J’ai écrit les paroles sur mon téléphone pendant qu’il faisait le beat, on a enregistré. Au bout de trois heures, on avait la piste. Par la suite c’est retourné dans les mains d’Hubert et il a fait le pont musical. Donc j’ai vraiment aimé ce processus et la simplicité avec laquelle la chanson est apparue. En même temps, j’aime tout autant MP3 pour les fleurs de printemps, pour laquelle j’ai fait 14 versions. C’est le processus opposé, mais cette espèce d’histoire derrière la piste fait que j’ai un attachement particulier.

PAN M 360 : Comment  te sens-tu à l’idée de sortir cet album ?

Robert Robert : J’ai tellement hâte. On y a tellement passé de temps et on a tellement mis d’efforts. C’est sûr que ça vient avec un peu d’anticipation parce que c’est la première fois que je sors un truc aussi vulnérable. J’ai vraiment hâte que d’autres personnes puissent en profiter et j’espère que les gens auront autant de plaisir à se l’approprier que moi j’ai eu à le créer.

black midi lance Cavalcade, un deuxième album fort attendu qui ramène le désormais trio britannique sur les sentiers d’une musique alt-rock progressive débridée…. pour employer un euphémisme. À l’instar du précédent Schlagenheim de 2019, qui dévoila au reste du monde un groupe de jeunes musiciens virtuoses, capables d’incroyables prouesses techniques, piochant sans retenue dans le punk, le jazz, la musique expérimentale et le rock progressif comme des enfants dans une boîte de bonbons, Cavalcade, judicieusement titré, est un disque surprenant, difficile parfois, ambitieux, où se bousculent toutes sortes d’influences et d’ambiances. Le délirant premier extrait John L, paru en mars dernier, et le clip tout aussi dingue qui l’accompagne, a donné furieusement le ton pour ce qui restait à venir : Cavalcade est une chevauchée débridée dont on ne sort pas indemne. 

C’est à 14 h que nous avions rendez-vous avec Geordie Greep chez lui à Londres. Bien calé dans un fauteuil du sous-sol de sa maison, vêtu d’une chemise, cravate et d’un veston trop ample (un peu comme sur la photo de cet article), on dirait que le guitariste et principal chanteur de black midi s’apprête à passer une entrevue pour un poste de vendeur de voitures usagées. Imprévisible et parfois irascible, le talentueux musicien est plutôt de bonne humeur. Sans toutefois se répandre dans moult détails et anecdotes, il nous a parlé de Cavalcade, nouvel opus du combo londonien dans lequel on retrouve le bassiste Cameron Picton et le prodigieux batteur-percussioniste Morgan Simpson, complété par le saxophoniste Kaidi Akinnibi et le claviériste Seth Evans. 

PAN M 360 : Il n’est pas facile de décortiquer ce nouvel album, comment décrirais-tu Cavalcade dans tes propres mots ?

Geordie Greep : Des frissons non-stop, de l’aventure, de l’action, du drame, de la comédie, de la romance… il y a de tout, les plus hauts sommets et les plus bas.

PAN M 360 : Le mot « drame » revient souvent dans vos interviews et même dans votre communiqué de presse…

Geordie Greep : C’est un terme moins limitatif que disons… noise-rock ou R&B ou quelque chose comme ça. Lorsque vous avez un terme plus vague et émotionnel comme « drame » cela ne signifie pas que vous devez faire un type de musique spécifique, cela signifie simplement que vous pouvez l’utiliser comme guide pour faire de la musique qui a une forme de trajectoire ou de tension. Et je pense que le drame est une bonne chose à considérer, car on veut toujours que la musique soit excitante, qu’il y ait des moments sereins ou mélodiques, mais qu’il y ait toujours cette menace, cette tension, ce drame, et qu’on puisse toujours revenir à un moment calme…

PAN M 360 : La pochette semble représenter assez bien le contenu du disque, elle est dense et intense mais avec beaucoup de bleu, le bleu étant une couleur plus méditative, pas trop agressive. Vous avez choisi de travailler à nouveau avec David Rudnick, qui a réalisé la pochette de votre premier album. Est-ce que ce serait en quelque sorte votre artiste principal pour les pochettes, quelqu’un qui créé un style qui collera au groupe comme Vaughan Oliver l’a fait avec 4AD, Peter Saville avec Factory ou Malcolm Garrett avec les Buzzcocks ?

Geordie Greep : Nous aimons ce qu’il a fait sur le premier album, même s’il n’avait que peu de temps pour terminer cette couverture; il l’a fait en une semaine environ. Pour Cavalcade par contre, nous avions plus de temps et nous nous sommes dit que s’il était capable de faire ce qu’il a fait en une semaine pour le premier album, voyons ce qu’il peut faire pour celui-ci en quelques mois ! Comme la musique est maintenant assez différente par rapport à ce que nous faisions auparavant, nous étions assez curieux et excités de voir ce qu’il allait nous proposer pour Cavalcade. Il a une approche de l’art similaire à celle que nous avons pour notre musique. Vous prenez quelqu’un que vous appréciez et vous lui faites faire quelque chose en quoi il croit vraiment, sans essayer de l’édulcorer, mais en le laissant suivre ce qu’il pense être la bonne chose à faire. C’est bien de travailler avec quelqu’un qui connaît le groupe, qui sait ce que nous aimons. 

PAN M 360 : Comment construisez-vous vos chansons ? Est-ce que vous commencez par les paroles ou est-ce que vous travaillez sur la musique avant d’ajouter les voix ?

Geordie Greep : C’est deux choses distinctes pour nous. Nous travaillons sur les chansons ensemble ou quelqu’un compose seul à la maison et nous présente ensuite son travail et nous décidons alors qui va faire les voix. Et celui qui va faire les voix cherche tous les mots auxquels il peut penser qui correspondent le mieux à la chanson. Ce n’est peut-être pas la meilleure méthode parce qu’il n’y a pas forcément une conception très réfléchie dans la façon dont les paroles et la chanson s’accordent, c’est plus souvent une coïncidence; on trouve les mots qui vont le mieux avec la chanson plutôt que de construire paroles et musiques simultanément. Mais il y a deux ou trois morceaux sur cet album où les paroles et la musique ont été faites en même temps, construites l’une autour de l’autre.

PAN M 360 : Il semble que pour Cavalcade la musique découle moins de jams que sur l’album précédent. 

Geordie Greep : Sur le premier album, la façon dont nous composions les chansons était de jammer jusqu’à ce que nous ayons un couplet ou une sorte de refrain. Sur ce nouvel album, c’est plutôt un gars qui s’assoit et qui se dit « ok, faisons un couplet et faisons en sorte que le couplet s’adapte au refrain ». 

PAN M 360 : Quelles sont les principales différences entre Schlagenheim et Cavalcade ?

Geordie Greep : J’espère que les principales différences sont qu’il y a beaucoup plus de nuances et plus de dynamique, j’espère qu’il y a plus de couleurs. C’est juste un album plus intéressant je pense. Les chansons sont plus mélodiques et ont plus de longévité, ce qui signifie que vous pouvez les écouter plus longtemps sans vous ennuyer ! 

PAN M 360 : Qu’avez-vous essayé sur cet album que vous n’aviez jamais essayé auparavant ?

Geordie Greep : Je ne sais pas… C’était une méthode d’enregistrement assez similaire. À part les chansons écrites complètement différemment, nous avons utilisé un click track sur quelques morceaux, ce que nous n’avions jamais fait avant, parce qu’il y avait des parties dans ces chansons qui devaient être enregistrées séparément et il y avait aussi des chansons qui ne reposaient pas tellement sur le tempo push and pull comme beaucoup de nos autres chansons. 

PAN M 360 : Vous avez aussi utilisé des instruments différents pour ce nouvel album, non ?

Geordie Greep : Oui, mais c’était la même chose pour le premier album, nous avons profité de ce qui se trouvait dans le studio. Tu sais, s’il y a un instrument qui traîne, pourquoi ne pas l’utiliser quand c’est possible ? C’est bien de tirer le meilleur parti de l’endroit où l’on se trouve. Mais je pense que beaucoup de ces overdubs et de ces instruments étranges sont pas mal plus apparents sur cet album, car sur Schlagenheim, tous ces instruments différents que nous utilisions étaient souvent noyés dans le mix ou sonnaient comme quelque chose d’autre. C’était moins évident qu’il y avait un large éventail d’instruments sur le premier album. 

PAN M 360 : J’ai même vu que vous aviez utilisé un wok ? Comment et sur quelle chanson a-t-il été utilisé ?

Geordie Greep : Oh oui (rires). Je crois que c’est sur Diamond Stuff. Morgan (Simpson) utilisait un archet sur le côté d’un bol ou d’une poêle à frire pour produire une sorte de son fantomatique comme on le fait avec les cymbales, il ne s’en servait pas comme percussion.

PAN M 360 : Parle nous un peu de l’enregistrement. Je pense que vous êtes allés dans un studio en Irlande pour faire un démo mais vous avez fini par enregistrer la plupart de l’album là-bas ?

Geordie Greep : Nous y sommes allés pour enregistrer quelques titres, juste pour voir comment c’est de travailler avec John Murphy, le réalisateur de l’album. Mais l’atmosphère était vraiment bonne et les chansons sonnaient vraiment bien aussi, alors nous avons fini par enregistrer tous les titres de l’album à quelques détails près. On a fait tout ça entre deux confinements. Tu sais, nous avions tout ce temps libre et cela aurait été une tragédie de ne pas en profiter. Si nous étions restés à la maison et n’avions rien fait, cela aurait été une grosse perte de temps. 

PAN M 360 : Matt Kwasniewski-Kelvin a-t-il collaboré à l’album avant de quitter le groupe ? 

Geordie Greep : (hésitant)… C’est arrivé en quelque sorte avant que nous enregistrions l’album et même avant que nous écrivions les morceaux. Il a travaillé sur deux chansons que nous avons écrites il y a quelques années et que nous avons mises sur l’album, mais pour le reste, il n’y a pas pris part. 

PAN M 360 : Comment avez-vous fait face ou vous êtes-vous adaptés à son départ ?

Geordie Greep : La situation avec Matt s’est développée avec le temps, on voyait ça venir, donc il n’y a pas eu de changement soudain. Au final, c’était plutôt cool sur certains morceaux de se retrouver en trio, ça ajoute un élément plus spacieux. Sur des morceaux comme Dethroned, on est comme une sorte de power trio, comme le Jimi Hendrix Experience ou The Police, c’est génial de s’amuser avec ce genre d’espace parfois. Cela a probablement aussi changé le processus d’écriture parce qu’il y a un chef de moins dans la cuisine, tu comprends ? On ne sait pas s’ il va revenir, on verra…

PAN M 360 : Votre label propose ce concours Golden Ticket, où un ticket sera inséré dans un album Cavalcade aux États-Unis et un autre au Royaume-Uni et qui donnera la chance aux gagnants de pouvoir soit avoir black midi comme groupe pour un événement de leur choix, soit une journée en studio avec le groupe pour une collaboration créative, ou des places pour deux personnes pour tous les futurs concerts mondiaux de black midi pendant 10 ans, mais il y a aussi un flexi-disc assez spécial qui accompagne certains de vos albums, de quoi s’agit-il au juste ?

Geordie Greep : Nous avons demandé à différents disquaires indépendants du monde entier de dresser une liste de dix chansons qu’ils aiment, et de demander à leurs clients de voter pour celle qu’ils préfèrent afin que nous puissions la reprendre. Cette chanson figurera sur un flexi-disc qui accompagnera notre album, mais qui ne sera disponible que chez le disquaire ayant voté pour la chanson que nous avons reprise. Il y a donc autant de chansons que de disquaires différents, ce qui signifie que ce ne seront pas les mêmes chansons sur tous les flexis, selon le magasin où vous achetez le disque. C’était vraiment amusant de le faire parce qu’il y avait une grande variété de morceaux. Nous avons fait des chansons comme Nothing Compares 2 U de Prince, 21st Century Schizoid Man de King Crimson, Psycho Killer des Talking Heads, Love Story de Taylor Swift, une chanson de Captain Beefheart… un mélange assez amusant !

AUSSI SUR PAN M 360, LA CRITIQUE DE L’ALBUM CAVALCADE, PAR ALAIN BRUNET

Le dimanche 30 mai pour la version concert de Flûte Passion : Mozart et le mardi 8 juin pour le Concerto pour flûte et harpe (toujours de Mozart), avec Valérie Milot à la harpe et Arion Orchestre baroque dirigé par Mathieu Lussier, Nadia Labrie montera sur scène devant un public assurément impatient de la retrouver. J’ai parlé avec elle de flûte ancienne, de beauté et de Mozart.

Écoutez l’album et lisez notre critique de l’album Flûte Passion : Mozart, de Nadia Labrie

Pan M 360 : Bonjour Nadia, comment t’es-tu préparée pour ces deux concerts dans l’un des premiers festivals à revenir après le gros de la pandémie?

Nadia Labrie : Je me sens très fébrile! Je dois dire que le concert du 8 juin (où je jouerai le Concerto pour flûte et harpe de Mozart) représente un défi particulier. Je le jouerai avec une flûte d’époque classique, en bois. Pour ce faire j’ai dû réapprendre à jouer, car non seulement l’instrument est différent de la flûte moderne, mais aussi les doigtés, la façon de souffler, de projeter le son, et plein d’autres détails. 

Pan M 360 : C’est difficile de faire cet exercice?

Nadia Labrie : C’est très exigeant. J’y travaille depuis environ un an et demi. L’autre difficulté, c’est qu’au début j’ai dû travailler sur une flûte baroque, qui a elle-même ses différences par rapport à la flûte classique. La raison est que j’ai commandé une flûte de type classique à un facteur, mais je ne l’ai reçue qu’en 2021. Je ne pouvais pas amorcer mon ‘’réapprentissage’’ à quelques mois seulement du concert sur une flûte ancienne. J’ai donc fait le travail sur la flûte baroque, quitte a réajuster avec la flûte classique. Alors voilà, ce fut une dernière année remplie de nouvelle formation! À ce sujet, je dois dire un immense merci à Claire Guimond qui m’a bien guidée au long de ce cheminement.

De gauche à droite : Antoine Bareil, Isaac Chalk, Nadia Labrie, Benoît Loiselle pour le concert Passion Mozart Crédit photo : Marc Dussault

Pan M 360 : C’est toi qui a eu l’idée, ou si on t’a lancé le défi?

Nadia Labrie : C’est un défi (rires)! Mais j’ai accepté avec enthousiasme car ça fait longtemps que j’ai envie de jouer ce concerto, de un, et ça fait un bout, également, que j’ai envie de plonger dans l’univers de la flûte ancienne. Je n’ai jamais eu le courage d’essayer avant. Je viens de Rimouski et au Conservatoire, là-bas, il n’y a pas d’instruments anciens. Mes contacts avec ce monde sont demeurés limités. Cette fois, c’était l’occasion de me faire sortir de ma zone de confort, et comme je suis une boulimique de nouveaux apprentissages, j’ai trouvé que l’occasion était parfaite pour me lancer dans cette aventure. Le résultat, c’est que j’ai découvert une deuxième passion dont je ne soupçonnais pas l’existence. 

Pan M 360 : Assez pour envisager la possibilité d’endisquer avec des instruments anciens?

Nadia Labrie : Oui! Pas maintenant, mais un jour, c’est très possible. En attendant, je prépare tout de même un nouveau concept de concert où j’aimerais présenter l’histoire de la flûte à travers du répertoire allant de la musique ancienne à la musique moderne. J’en profiterai pour utiliser les flûtes que je possède (j’en ai plusieurs!).

Pan M 360 : Que représente le Concerto pour flûte et harpe de Mozart pour toi?

Nadia Labrie : Oh là là, c’est un rêve pour moi! Depuis que je suis adolescente je le connais et je l’adore. C’est tellement beau, en particulier le mouvement lent. Cette mélodie, extraordinaire, vient nous chercher juste là (le cœur, les tripes). Encore une fois, venant de Rimouski, oublies-ça, il y avait zéro harpe là-bas. Ce n’était pas possible de faire ce concerto. Maintenant que je suis en mesure de pouvoir le faire, je n’hésite pas. J’ai très hâte!

Nadia Labrie, crédit photo : Laurence Labat

Pan M 360 : Tu m’as raconté, à l’époque où tu présentais ton album Flûte Passion Schubert, que cette musique correspondait parfaitement à ton état d’esprit. Tu en avais besoin pour avancer. Même chose pour le Bach qui a suivi, et maintenant, tu es clairement dans une phase Mozart, n’est-ce pas?

Nadia Labrie : En effet! La lumière de Mozart est en parfaite adéquation avec la sérénité, la joie et le bonheur que je ressens en ce moment dans ma vie. J’ai même un chien que j’ai appelé Mozart! Schubert, c’était dans une période un peu sombre de ma vie, mais ça m’a fait du bien. Ensuite, Bach ‘’fittait’’ avec mon besoin de solidité, de régularité, de me sentir ‘’groundé’’. Mozart, maintenant, c’est le soleil!

Pan M 360 : D’autres compositeurs t’apparaissent aussi lumineux, pour bien poursuivre sur cette belle voie?

Nadia Labrie : Vivaldi! Ses concertos me plaisent énormément.

Pan M 360 : Le concert de ce dimanche 30 mai, c’est tout l’album Flûte Passion Mozart, c’est bien ça?

Nadia Labrie : Oui, tout à fait. Juste avec des musiciens que j’adorent, ce sera du bonbon, autant pour moi que pour le public!

Pan M 360 : Il faut remercier Marc Boucher du festival Classica qui nous permet de renouer avec ce genre d’événement collectif…

Nadia Labrie : Tellement! Marc et toute l’équipe ont été formidables. Plusieurs festivals ont tiré la plogue et plus rien, mais Classica a été en mesure de reporter la plupart des concerts de l’édition 2020 en décembre, et en 2021, voilà, c’est l’un des premiers festivals à s’engager de cette façon. Wow. C’est fantastique.

Pan M 360 : Nous sommes d’accord! Salutations à toute l’équipe de Classica! Merci Nadia pour cette chouette entrevue.

Nadia Labrie : Merci beaucoup!

Adulé par les amateurs de blues du désert et autres férus de musiques actuelles d’Afrique, Mdou Moctar s’apprête à conquérir le public rock depuis sa signature récente chez Matador et la sortie imminente de l’album Afrique Victime. 

Rappelons que le label spécialisé Sahel Sounds avait d’abord repéré au Niger l’artiste touareg. Superbe découverte ! Mdou Moctar redoute les honneurs, ne se voit pas comme un guitar hero du Sahara. Néanmoins très doué (quoi qu’il en pense), il n’a cessé d’enregistrer depuis 2013. 

Il n’est certes par le premier artiste touareg à se distinguer sur la scène internationale, on fait l’apologie de cette culture sahélienne depuis au moins deux décennies de Tinariwen, Etran Finatawa, Bombino, Terakaft, Les Filles de Illighadad, plusieurs autres. Ce que les Occidentaux ont nommé « blues du désert » est un style mythique dans ce qu’il a d’originel dans la musique afro-américaine et dans l’ensemble de la culture musicale universelle. La mise en lumière de ce cette culture ancestrale désormais électrifiée est d’autant plus légitime pour les artistes africains d’hier et d’aujourd’hui.

Mdou Moctar n’est donc pas le premier artiste saharien ni le dernier à être révélé au monde, mais son tour est venu sous le soleil du Niger.

Après quelques tentatives avortées, PAN M 360 l’a finalement joint chez lui dans son village à quelques centaines de kilomètres au nord-est de la capitale Niamey.

PAN M 360 : On dit de vous que vous êtes à devenir le guitariste électrique le plus aguerri dans la zone saharienne. Qu’en pensez-vous ?

MDOU MOCTAR : Vous croyez?  Merci pour le compliment mais pour moi, ce n’est pas ça. Je n’ai jamais pensé être aussi avancé qu’on le dit, je ne crois pas avoir mené la guitare touarègue à un autre niveau. J’ai plutôt l’impression d’être encore un débutant ! C’est ce que je sens au fond de moi.  À mon avis, je fais de mon mieux, je ne suis pas encore devenu  un très bon guitariste mais… je suis devenu moi.

PAN M 360 : Comment avez-vous appris à jouer ? 

MDOU MOCTAR :  J’ai appris seul au départ. Petit, je m’étais construit une guitare de fortune et j’ai fini par en obtenir une vraie. Puisque je viens d’un milieu très religieux, la musique n’était pas la bienvenue, il me fallait être discret. Mais j’avais la passion de la musique alors j’ai fait de mon mieux pour apprendre à jouer et devenir ce que je suis aujourd’hui… tout en restant selon moi un apprenti.

PAN M 360 : À quelques reprises, on a tenté de vous contacter le soir. Nous y voilà enfin ! Pourquoi vous parler après 22h ?

MDOU MOCTAR : D’une part parce que c’était le ramadan (maintenant terminé) et d’autre part parce que nous vivons la nuit lorsqu’il fait très chaud – aujourd’hui 45 degrés, par exemple…pas facile quoi ! Aussi, la communication est difficile à établir où je suis; je ne vis plus à Agadez où j’ai résidé plusieurs années, je suis retourné vivre dans mon village natal qui est le village de ma mère, soit Tchintabaraden, relativement proche de Tahoua. Les deux musiciens de mon groupe proviennent d’Agadez ou de chez moi.  Nous jouons généralement à trois. 

PAN M 360 : Comment avez-vous mis au point  votre propre style ?

MDOU MOCTAR : J’aime beaucoup la musique traditionnelle takamba des peuples touareg et songhai, dont l’instrument central est le ngoni – nord du Mali, ouest du Niger. Pour la guitare, j’ai beaucoup regardé jouer Eddie Van Halen et Jimi Hendrix sur You Tube, j’ai vraiment aimé ce qu’ils faisaient. Dans la région, j’aime particulièrement  la musique du guitariste malien Baba Salah, qui provient de la région de Bamako. Pour les textes, je chante en langue tamashek. Mes sujets sont variés. Je peux parler de l’amour, de l’Islam, plusieurs autres sujets. 

PAN M 360 : Vous conviendrez que l’étiquette “blues du désert” sert à vendre votre musique aux Occidentaux. En réalité, sur quoi se fonde-t-elle ?

MDOU MOCTAR : Sur le style takamba. Si tu écoutes attentivement mon jeu de guitare, tu réaliseras que ce n’est pas tant de la guitare au sens occidental; mes sonorités et mes motifs s’inspirent davantage des instruments traditionnels du style takamba. Mon propre style, je l’ai trouvé à travers la musique traditionnelle, c’est ce qui fait la différence. Je suis donc plus proche de mes racines touarègues que du blues ou du rock.

PAN M 360: Vos voyages et tournées à l’étranger ont-ils transformé votre approche au fil du temps ?

MDOU MOCTAR : Plusieurs de mes découvertes en musique ont été faites à travers le voyage. J’ai pu entendre d’autres artistes et aussi me procurer de l’équipement dont plusieurs pédales.Aujourd’hui, ma guitare principale est une Fender Stratocaster, je possède aussi une Fender Jaguar. Je m’intéresse aussi à d’autres musiques, j’ai fait d’ailleurs quelques tests pour l’inclure dans le style touareg. J’aime découvrir les nouvelles musiques de manière générale, je suis plutôt curieux de nature. Avec ces influences, j’ai fait évoluer ma musique à ma manière. J’ai tourné à l’étranger, surtout l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Amérique du Nord… Actuellement, je tends à rester chez moi, je vais parfois au Nigeria où j’ai de la famille mais en général je ne bouge pas trop et me concentre sur ma musique. Bien sûr, si j’ai de nouveau la chance de voyager avec mon groupe, je le ferai car présenter des concerts fait partie de ce que je suis. Évidemment, je veux continuer à faire des albums et des tournées. D’ailleurs, j’ai déjà commencé à jouer mes morceaux devant mon public au Niger. 

PAN M 360: Vous vous produisez essentiellement en trio ? 

MDOU MOCTAR :  Mon groupe du Niger est constitué de guitares et batterie,  mon bassiste est Américain (New York)  pour le studio et la tournée. Afrique Victime a d’ailleurs été enregistré dans différents studios aux États-Unis lorsque nous étions en tournée –  peu avant la pandémie. Petit à petit, on a enregistré les nouveaux titres et on les a regroupés dans cet album. 

PAN M 360: La pandémie a-t-elle frappé fort chez vous ?

MDOU MOCTAR : Nous n’avons pas vraiment de problèmes avec la pandémie. Notre problème, c’est plutôt l’exploitation de nos ressources par les étrangers, c’est la présence militaire française ou américaine sur notre territoire. Tout ça génère de la frustration et encourage le terrorisme. 

Sous la direction d’Alain Trudel, l’Orchestre symphonique de Laval (OSL) a exécuté devant public l’œuvre Makizin Waawaaskonenh, soit le 5 mai dernier. Il s’agit d’un conte mis en musique par Barbara Croall, compositrice autochtone de formation classique,  issue de la nation Odawa.

Incluant la Suite Pulcinella d’Igor Stravinsky et la Suite on English Folktunes A Time There Was de Benjamin Britten, ce programme métissé est offert en webdiffusion, soit du 26 mai au 8 juin – POUR Y ACCÉDER, C’EST ICI.

En ligne, le public pourra entendre le mariage d’un orchestre symphonique occidental avec le legs ancestral autochtone à travers le conte musical. Barbara Croall et Alain Trudel racontent tous deux le concept de l’œuvre et son interprétation avec orchestre.

PAN M 360: Pouvez-vous nous décrire le concept de votre spectacle?

BARBARA CROALL: Makizin Waawaaskonenh ou la fleur de mocassin (connue sous l’appellation blanche sabot de la vierge) est une œuvre  que j’ai conçue durant la fin de l’été 2017, à la requête du maestro montréalais Boris Brott. Nous l’avons  jouée pour la première fois en novembre cette même année. L’œuvre s’inspire des souvenirs de mon enfance. J’ai passé beaucoup de temps dans la nature, accompagnée de femmes de ma famille. Elles m’ont appris leurs connaissances sur les plantes, entre autres, ce fut une chance pour moi d’avoir accès à ces précieuses informations. Alors souvent, le printemps nous amenait des fleurs magnifiques ressemblant à de petits mocassins. C’est à ce moment qu’on m’a raconté leurs histoires, je devais avoir 4 ans. La plupart des plantes ont une fable leur étant dédiée, souvent une histoire sacrée. Alors il faut  faire attention quand nous racontons ces secrets. 

L’histoire de la fleur de mocassin est connue de toutes les familles anishinaabes. Cette fable met en valeur la guérison et le courage d’une petite fille voulant sauver son village d’une maladie. Je n’ai d’ailleurs jamais pensé à l’ironie de cette histoire racontée  aujourd’hui. Quand Alain Trudel m’a demandé si j’avais une pièce à présenter, je me suis souvenue de celle-là. C’est un honneur pour moi qu’elle ait été exécutée, ce fut un plaisir de travailler avec le maestro et la narratrice Émilie Monnet. Nous avons aussi eu l’aide d’un traducteur pour retravailler la langue de façon à présenter l’histoire en français de la façon la plus fidèle et respectueuse.

 

ALAIN TRUDEL: Ce projet fait un peu partie de l’histoire de notre pays. Nous sommes voisins avec les Premières Nations, mais on ne se connait pas bien. Quand j’étais dans l’orchestre de Radio-Canada, j’ai rencontré Barbara, et  j’ai rapidement enregistré une première pièce avec elle. Au fil de quelques collaborations, j’ai été complètement séduit par son univers. Elle a une façon unique de voir la relation entre les sons et la musique. Avec elle, on ne regarde pas une histoire accompagnée d’une trame sonore, on vit une histoire. On aurait pu simplement faire jouer l’orchestre avec des pastiches racontant une petite fable, mais ce n’est pas ce que Barbara a fait. D’une manière non traditionnelle, elle a confié des rôles aux membres de l’orchestre qui jouaient à des moments précis. Les musiciens ont donc eu une plus grande responsabilité individuelle.

La configuration de l’orchestre fut d’ailleurs un peu différente. Avec la Covid-19, on ne peut pas prendre le groupe au complet,  la distanciation sociale reste tout un défi ! On a donc besoin de tout l’espace possible pour faire entrer les deux tiers de nos musiciens. Nous ne sommes pas démunis pour autant avec une quarantaine de musiciens; nous avons une section de cordes; violons, altos et contrebasses. Mais ce que Barbara a changé, ce sont les instruments à vent qui jouaient tous individuellement. Seulement une flûte, un hautbois, un basson, une trompette, deux cors et une harpe. Les percussions sont utilisées de façon inattendue. Elles ne donnent pas juste le rythme, elles accompagnent les mots et soulignent l’histoire. Le tout n’est pas joué trop fort. 

PAN M 360: Pouvez-vous décrire vos influences musicales dans Makizin Waawaaskonenh?

BARBARA CROALL:  Le style découle de la musique avec laquelle j’ai grandi. Du chant et de la danse traditionnelles, accompagnés d’une éducation complète en musique classique. Selon moi, il est possible de connecter notre propre héritage culturel avec les instruments classiques. La musique d’orchestre est en constante évolution, plusieurs artistes lui font emprunter des directions nouvelles et excitantes. D’ailleurs, je ne sais plus si on doit encore lui coller le nom de musique classique. En travaillant avec l’orchestre, en fait, j’ai essayé de reprendre les sons de la nature. Le rythme et la mélodie sont importants, mais la nature a aussi un rythme.

ALAIN TRUDEL: Pour refaire ces sons, il y a beaucoup de choses dans le langage musical de Barbara, qui a été totalement inventé par elle. Je connaissais déjà son style, mais j’ai eu beaucoup de questions de la part de nos musiciens. À travers les quelques jours de répétition, on a travaillé d’arrache-pied pour que le tout devienne familier aux interprètes de l’orchestre. 

PAN M 360: Pourquoi reprendre cette histoire en particulier?

BARBARA CROALL: C’est une petite fille qui rend visite à sa grand-mère et vit une grande aventure en chemin. Elle est comme tant d’enfants qui découvrent la nature. C’était comme revivre mon enfance, comme si j’étais cette petite fille. C’est aussi une histoire de reconnexion avec le passé. Dans cette histoire, la grand-mère est une survivante des pensionnats autochtones. Le chemin pris par l’enfant est aussi celui de son ancêtre pour se rendre à l’école. Quand on réfléchit au passé des autochtones, on se rend compte qu’il fait mal. Alors je perçois la fleur de mocassin comme un symbole de guérison après le passé colonial. 

ALAIN TRUDEL: Le sens des thèmes est aussi intéressant. L’humain et la nature… Quelque chose que  la société moderne ne comprend pas totalement. On pense saisir, mais pour les Premières Nations, c’est une façon de vivre. Moi j’aime que ce soit une histoire de guérison, et ça tourne autour du thème de la Covid apparue chez les humains parce qu’on ne respecte pas assez la nature. C’est un beau parallèle avec notre monde, mais qui reste assez subtil. 

PAN M 360: Comment avez-vous intégré des éléments de culture autochtone à un concert classique?

BARBARA CROALL: Quand je crée un arrangement, peu importe le nombre de musiciens, j’ai besoin d’y représenter ma culture. Je vois ça un peu comme une façon de reprendre la maîtrise de notre histoire. La plupart des cultures issues des Premières Nations accordent une grande importance au conte. Pour moi, il est naturel de les raconter de nouveau, j’ai grandi avec elles après tout. J’ai collaboré avec l’orchestre et des aînées anishinabe pour raconter une histoire traditionnelle, mais avec la musique comme moyen de transmission. D’ailleurs, ma première œuvre professionnelle fut aussi conçue avec l’aide des aînées. J’aime aussi tester les sons d’instruments différents. Je vais passer des heures avec un instrument pour refaire les sons récoltés dans la nature. Plusieurs vous diront que les animaux furent nos premiers professeurs. La nature fut certainement un professeur pour moi. 

Je ne vois pas ça comme une intégration de ma culture, mais plus comme une collaboration. Je reprends la tradition du conte et je l’intègre à la culture de la musique classique. Je remercie d’ailleurs l’Orchestre symphonique de Laval pour tous leurs efforts dans ce travail. 

ALAIN TRUDEL: C’est lié à la façon qu’a Barbara de mêler le son aux instruments. Il y a des tambours autochtones, mais surtout du chant. Après tout, on a commencé un peu à se réveiller par rapport à cette culture qui fait pourtant partie de notre ADN. Mais… il n’y a pas encore beaucoup de gens qui peuvent nommer les 11 Nations autochtones, nous avons beaucoup à apprendre sur cette culture millénaire. Ce n’est pas une question d’intégrer la culture autochtone, c’est une question d’en être conscient.

Arrivée deuxième au classement des 25e Francouvertes de Montréal en plus d’être parmi les Révélations Radio-Canada 2021-2022, Calamine (de son vrai nom Julie Gagnon) nous propose un rap envoûtant via lequels la rime se mêle à l’engagement social, voire le militantisme. 

Originaire de Québec, l’artiste se démarque de ses nombreux confrères en abordant des thématiques jusqu’ici étrangères au milieu. « Rap keb féministe, je suis en train d’écrire le manuel », chante-t-elle dans sa chanson J’ai tout c’qui m’faut, issue de son album Boulette proof, sorti en novembre 2020. 

Avec un humour espiègle, les paroles de ses morceaux s’attaquent notamment au patriarcat, au capitalisme ou encore au culte de l’automobile. Sur scène et dans son album, Calamine est accompagnée de son beatmaker et ami Kèthe Magané, de sa saxophoniste Valérie Lachance-Guillemette ainsi que de son claviériste Arthur Evenard. 

La rappeuse de 29 ans séduit son public par une insolence malicieuse et des instrumentales groovy.  Ses textes sont parsemés de références à Hochelaga, son quartier d’adoption à Montréal, dans lequel elle a emménagé en 2018. Calamine n’a pas peur d’aborder des sujets piquants qui contrastent avec le milieu dans lequel elle évolue.

Elle en parle avec PAN M 360.

PAN M 360 : Tu te présentes aujourd’hui comme la « rappeuse du ‘Chlag ». Comment le rap est entré dans ta vie ?

CALAMINE : À la base, j’ai un background plus dans les arts visuels. J’ai fait un baccalauréat en arts, quand j’étais à Québec. J’ai fait de la peinture pendant un temps, puis je trouvais ça un peu long, j’avais le goût d’avoir une espèce de militance dans ma peinture. C’est comme si je n’arrivais pas à dire tout ce que je voulais dire dans ma peinture. Là, je suis retournée vers la musique. J’ai fait plus du rock, j’avais groupe garage rock/bluegrass, ce genre-là.

J’ai déménagé à Montréal il y a 3 ans. Je suis arrivée dans une colocation avec des personnes que je ne connaissais pas et je suis devenue bien pote avec mon producteur Kèthe Magané qui, lui aussi, faisait du rock. À côté il faisait des beats un peu pour rire, et puis on s’est mis à faire des musiques de rap ensemble. On se prenait pas trop au sérieux, mais moi, ça a toujours été quelque chose qui me trottait dans la tête. J’avais déjà écrit des textes de rap, mais comme une blague parce que je ne me donnais pas le droit. C’était fascinant pour moi, le fait de pouvoir mettre autant de texte. Je me disais que c’était vraiment un médium intéressant. Donc on a commencé pour rire, et finalement, on s’est pris au jeu. On a commencé à écrire des chansons, on a écrit un petit EP et puis, après ça, l’album est venu.

PAN M 360 : C’est quoi l’histoire derrière le nom Calamine ?

CALAMINE : Calamine, c’est comme un running gag. Quand j’ai commencé à faire du rap et que je me cherchais un nom de MC, je suis tombée sur l’entrevue de Loud à Tout le monde en parle qui disait que les MC  qui ont un nom trop cool, c’est parce qu’ils l’ont choisi la semaine précédente. Les vrais MC, eux, ont un nom bizarre qu’ils traînent depuis longtemps. Ça m’a rappelé que lorsque je faisais du rock garage, notre groupe s’appelait Calamine parce qu’à l’époque, je faisais tellement d’eczéma que c’était devenu une blague. J’avais tout essayé et le soir avant de me coucher je me beurrais littéralement de calamine. En plus, ça ne marche même pas, c’est une solution de désespoir, mais c’est devenu une plaisanterie que je me graissais de Calamine tous les jours. Alors c’est resté et j’aime la métaphore que c’est une lotion qui soulage les irritations et les démangeaisons. Pour un truc de militante féministe, ça marche, la calamine est rose, il y a plein de jeux de mots que je suis capable de sortir avec ça. Je trouve ça aussi intéressant de se réapproprier le rose parce que c’est un peu un lieu commun de la féminité. Avec mes revendications féministes, j’aime l’idée de reprendre le rose sans incarner du tout la féminité classique. Et j’aime déconstruire l’idée que le rose doit être considéré comme girly.

PAN M 360 : La première phrase qui te décrit sur le site des Francouvertes est «  Calamine est une rappeuse queer, féministe et anticapitaliste originaire de Québec ». Ce n’est pas commun de retrouver ces thématiques dans des chansons rap. Quelle est ton approche ?

CALAMINE : C’est ça qui m’a attirée dans le rap. Autant j’aimais le véhicule, la façon d’écrire le rap, autant je n’aimais pas les thématiques reprises dans le rap au Québec. Ça met beaucoup en valeur l’argent, la réussite, les privilèges. Et puis c’est extrêmement sexiste et hétéro normatif aussi. Cet univers, cette espèce de background thématique, on se l’imagine tout de suite. Et c’était comme un jeu pour moi, de retourner cette rhétorique et de prendre cette même approche frondeuse du rap, d’être un peu baveuse mais en allant complètement à l’inverse. Par exemple avec l’idée que, moi, je me sens empowered par le fait que ça ne m’intéresse pas l’argent, que j’aime vivre simplement. Il y en a qui vont se vanter d’avoir des chaussures de marque, et moi je vais plutôt faire des blagues de linge usagé, ou sur le fait que j’achète mes vêtements en friperie… J’aime aussi déconstruire l’utilisation des mots bitch et hores, et retourner ça contre le rap. Ça a commencé de même, avec mon intérêt durable de vouloir un peu m’attaquer à ces espèces de lieux communs. 

PAN M 360 : Il y a aussi beaucoup d’humour dans ton écriture. Parmi les morceaux qui m’ont marqué, il y a « La musique, c’est la musique », qui reprend un extrait de l’interview des rappeurs Koriass et FouKi à l’émission Bonsoir bonsoir !, dans laquelle Pénélope McQuade les met face à leurs contradictions sur la place des femmes dans le rap keb.  Pourrais-tu me parler un peu de l’idée derrière ce concept ? 

CALAMINE : Quand je suis tombée sur cette entrevue, je suis un peu tombée en bas de ma chaise. Il y a beaucoup d’angles morts dans cette réflexion selon laquelle « il n’y a pas assez de filles dans le rap parce qu’elles ne sont pas assez bonnes ». Puis je me disais, ça résume tellement bien cet aveuglement et le fait qu’on ne met pas assez de moyens en place pour promouvoir les femmes dans le rap. On était vraiment mitigés avant de l’utiliser, puis j’en ai jasé avec mon producteur Kèthe Magané. Lui, il disait vraiment « On y va, c’est vraiment ça notre message. C’est à ça qu’on s’attaque ». Moi, je savais que derrière, j’aurais à répondre à ça en entrevues pendant les 6 prochains mois pour me justifier. Et c’est ce qui se passe, mais je l’ai fait parce que je me sentais d’attaque.

Et après, Koriass a été vraiment correct. Il m’a appelée, il m’a dit qu’il s’était mal exprimé, qu’il n’était pas fier de lui. Il me soutient  vraiment dans ma carrière. On n’est pas en guerre, mais je pense que c’était important de mettre en lumière ces angles morts là. Et c’est drôle aussi parce que je ne voulais pas juste mettre un bout d’entrevue dans l’album, que les gens passent sans écouter. Donc on a fait une instru derrière, en faisant des coupures quand ils disaient des trucs un peu intenses. C’était vraiment amusant à faire et ça s’écoute vraiment bien. On voulait que l’album s’écoute de A à Z sans qu’on ait envie de passer des chansons.

PAN M 360 : Oui le beat derrière accentue l’effet comique…

CALAMINE : Exact ! Ça fait un peu comme un punchline ! Et plus tard quand on a sorti l’album, Pénélope McQuade m’a reçue à son émission parce que je lui ai envoyé le son en lui disant à quel point c’était cool qu’elle ait soulevé ces points en entrevue. Elle a fait jouer l’extrait et on en a jasé.

PAN M 360 : J’ai l’impression que les personnes que tu rejoins avec ta musique ne sont pas forcément celles qui se retrouvent dans le rap québécois « traditionnel ». C’est une volonté de pousser ces limites-là ?

CALAMINE : Vraiment ! Honnêtement, c’est un peu mon vibe à moi aussi, dans le sens où j’adore le rap, mais je n’écoute pas des tonnes de rap québécois. Ensuite, il y a du monde qui n’écoute pas de rap du tout, mais qui va se retrouver dans ce que je fais. Je pense que le côté jazzy et les textes y jouent beaucoup. Il y a du monde qui va se retrouver dans le côté militant, un peu féministe, écolo, anticapitaliste. Je pense que certaines personnes sont contentes qu’il y ait du rap qui soit intelligible pour elles, du rap qui sort de l’univers classique de célébration de privilèges, un peu macho, voire violent. Toutes sortes de gens m’ont dit que ça avait été une porte d’entrée pour eux vers le rap. Et je suis vraiment contente d’avoir eu cet effet-là. C’était un peu mon idée parce que je le sentais que je ne m’adressais pas au public rap conventionnel et, à la limite, c’était même un peu une crainte. Je me dis, imaginons qu’on est dans un festival, en première partie d’Alaclair Ensemble. Je les adore, mais il y a sûrement une partie de leur public qui n’est pas prête à recevoir les messages féministes qu’il y a dans mes chansons. Malgré ça, je pense qu’on le fait assez bien, que la musique est assez bonne pour que ça passe.

PAN M 360 : Quelles sont les instrus sur lesquelles tu aimes rapper ?

CALAMINE : On travaille de manière tellement diversifiée. Kèthe Magané, il fait de tout. C’est un mélomane, il écoute de tout, et il se fait comme une palette avec tout ce qu’il aime dans toutes sortes de styles. Moi, c’est pareil. Je n’écoute pas juste de la trap ou du old school. J’écoute du R&B et toutes sortes d’affaires plus jazz, chillhop, lofi, un amalgame de tout ça. Lui, il fait comme une base de beats et moi je magasine dedans, puis on fait une trame instrumentale de base. Je travaille dessus, je monte ma maquette et tout, puis ensuite on travaille avec les musiciens/musiciennes pour se rapprocher d’une formule qui va bien marcher sur scène. On va un peu dans tous les sens côté beat, mais le petit côté jazzy avec le clavier et le saxophone, c’est un peu ça qui donne la cohésion à l’album.

PAN M 360 : Tu es arrivée en finale des Francouvertes. Qu’est-ce que t’aura apporté cette expérience ?

CALAMINE : Je pense que ça a été une chance, surtout dans le contexte de cette année, où il n’y a pas tellement eu d’occasions de faire de spectacles. Donc, pouvoir jouer 3 fois de suite, et bénéficier chaque fois d’un jury différent qui donne des commentaires différents, pour nous, ça a été la meilleure école.

Les Francouvertes, c’est une plateforme qui fait tremplin pour la suite. Les festivals se gardent une plage horaire pour les artistes qui en sortent. Donc non seulement ça nous garantit des spectacles, mais ça nous prépare aussi ! On n’est pas stressés d’aller en festival parce qu’on sait que la formule fonctionne et qu’on s’est améliorés. Le fait de savoir qu’on participait à un concours nous a aussi gardés motivés, plutôt que d’être dans l’attente que les spectacles reprennent sans savoir ce qui va se passer. 

Côté visibilité, arriver parmi les trois finalistes, c’était ça la victoire. Quand tu regardes les listes des années précédentes, tu te rappelles les trois finalistes. Arriver première n’était pas un enjeu nécessairement. Pour la production, c’est toujours sympa de recevoir un beau chèque mais il y a tellement de beaux prix pour les trois finalistes que ce n’était même pas une déception en soi. La suite n’est pas stressante pour nous, il y a plein de soutien à notre carrière,  donc c’est vraiment une chance.

PAN M 360 : Des projets à venir ?

CALAMINE : Oui, il y a pas mal de trucs qui se trament. Pendant cette année j’ai fait plein de collaborations avec des rappeurs, sur différents albums. Je ne sais pas exactement quand ça va sortir, mais pendant la pandémie j’ai enregistré à la maison. J’ai, entre autres, une chanson sur l’album de Kirouac. Sinon, je suis en pré-prod du prochain album de Calamine, alors tout va bien. En même temps, j’ai un autre groupe qui s’appelle Petite Papa, avec les mêmes musiciens et musiciennes, mais je suis en duo avec le rappeur Sam Faye. On est en train de monter un deuxième album qui va assez bon train également. J’ai aussi signé un contrat de production qui me permet d’accompagner Laurence Nerbonne cet automne pour faire sa première partie. Ça va bien, je suis super contente !

Ambre ciel, de son vrai nom Jessica Hébert, se décrit comme une auteure-compositrice-interprète montréalaise de 28 ans qui crée de la musique pop ambient et néoclassique.

Ayant étudié en interprétation du violon et ensuite en musicologie, elle se démarque aujourd’hui par ses compositions, sélectionnées aux finales des 25e Francouvertes.Sa voix berçante et l’instrumentation délicate ont su également charmer l’auditoire et le jury.

Elle a fait paraître son premier EP Vague distance en janvier de cette année et semble très en confiance que ses prochains projets portent fruit puisqu’elle s’est vue attribuer la 3e place au concours. 

Au terme de ses études universitaires, Jessica Hébert  s’est mise à l’expérimentation  pour finalement réussir à réaliser son premier EP. 

https://www.youtube.com/watch?v=_Oc4gXoKl-I

PAN M 360 s’est entretenu avec elle afin de discuter  de son parcours et bien sûr de son expérience à son tout premier concours d’importance. 

PAN M 360 : Quels sont les artistes qui t’ont influencée dans  ton style musical et ton écriture ?

Jessica Hébert : Côté musical il y aurait Ólafur Arnalds, tout le mouvement minimaliste, comme Steve Reich, Philip Glass. Mais il y en a vraiment d’autres. Il y a certains albums qui m’ont vraiment marquée, que j’ai tellement écoutés, les influences ont finalement fusionné. Pour les textes, j’aime beaucoup la poésie de Klô Pelgag, mais j’aime beaucoup lire la poésie en général. Je favorise les démarches qui utilisent les mots pour être plus dans l’évocation et non dans la communication. Les mots dans le quotidien servent à communiquer, à penser des choses, mais en soi, les mots portent un aspect poétique ou une prosodie. C’est plus cette approche qui m’intéresse.

Pan M 360 : Comment te sens-tu après avoir terminé cette aventure des Francouvertes?

Jessica Hébert : Je suis très reconnaissante. C’était la première fois que je jouais mes compositions avec des musiciens en plus d’avoir des délais assez serrés puisque j’avais sorti mon premier EP en janvier. Donc, ça a été beaucoup d’adaptation. 

Je devais créer des partitions pour des musiciens et en même temps explorer avec d’autres qui n’ont pas de partition, comme Olivier qui jouait du synthétiseur, pour vraiment aller rechercher le son que j’avais en tête. Je suis hyper reconnaissante et à la fois très surprise que le projet se soit rendu en finale parce que c’est quand même une proposition qui est très différente du cadre plus pop des Francouvertes. Je suis aussi reconnaissante de l’ouverture du public et du jury ainsi que tout le soutien pour persévérer dans cette voie. Je suis excitée d’aller plus dans cette direction, sans devoir subir des contraintes techniques et de pouvoir me réapproprier toutes les sphères d’un cadre de diffusion. Enfin, que le tout soit au profit de la singularité du projet et de l’aspect artistique. 

PAN M 360 : Comment as-tu fait le choix de tes 5 chansons pour la finale?

Jessica Hébert : Cela a été réfléchi de manière que la première pièce soit une introduction permettant de  découvrir chaque instrument sur scène, l’un à la suite de l’autre. Cela étant, il y a assurément une certaine courbe du spectacle qui doit être mise en place pour ajouter une variation, garder l’attention des auditeurs. J’ai beaucoup travaillé sur les transitions aussi pour qu’il y ait toujours un flux sonore évolutif, que ça puisse créer un voyage où on se laisse emporter. Ça engendre des moments plus rythmés et grands, tandis qu’à d’autres moments, plus intimes, plus retenus. La première pièce se voulait vraiment une introduction. Ensuite, la deuxième, Visage nuée, est plus néoclassique. Les cordes ont un rôle important dans le thème de la pièce et le clavier est mis de l’avant. La troisième est une nouvelle composition de mon cru, Orage Mirage, un peu plus rythmée avec des percussions plus électro. Donc ça amène une stabilité qu’on avait moins dans les deux pièces précédentes. L’incendie, la quatrième, c’est une pièce très mélancolique. L’instrumentation est plus réduite dans cette dernière. L’accalmie se brise avec Mirador, qui termine le concert de manière plus entraînante et qui a plus d’envolée.

PAN M 360 : Justement, avec la dernière pièce, chaque instrument avait son moment pendant lequel chacun était mis de l’avant et créant une dernière salutation au public.

Jessica Hébert : C’est exactement ça. Cela vient fermer la boucle avec l’introduction où on commence et on termine comme ça. Bien vu.

PAN M 360 : Comme tu l’as mentionné plus tôt, tu as interprété une composition  inédite jusqu’à la finale des Francouvertes, soit Orage mirage. Peux-tu me parler un peu plus du message de la pièce et de l’émotion qui s’en dégage ?

Jessica Hébert : Les textes parlent de cette certaine appréhension qu’on peut avoir des évènements ou des choses du futur qui prennent une proportion démesurée dans la manière qu’on les conçoit ou qu’on les anticipe, pour finalement se rendre compte qu’on réussit à passer par-dessus ces choses. Le fait que le temps avance, on les vit et on réalise que c’était peut-être qu’une réalité un peu déformée. 

Pan M 360 : Cette pièce est plus pop que celles qui se retrouvent sur ton EP. Est-ce que tu désires rester dans le même genre musical ou bien t’aventurer dans d’autres genres musicaux?

Jessica Hébert : C’est une bonne question. Cette composition est allée intuitivement dans cette direction un peu plus pop, mais on garde le côté un peu impressionniste dans les paroles, dans l’instrumentation et dans la forme de la pièce. Donc, oui c’est sûr il y a deux couplets et un refrain, mais après ça on passe plus à une partie instrumentale. On retrouve quand même une certaine cohérence par rapport aux autres compositions. C’est simplement que le rythme est mis de l’avant dans celle-là. C’est un aspect que je n’avais pas du tout exploré dans le cadre de mon EP Vague distance et j’avais plus envie d’explorer cet aspect. Pour la suite des choses, je ne veux pas me contraindre, je veux vraiment y aller intuitivement et voir où cela me mène. Je veux rester libre, dans le fond.

PAN M 360 : Comment te sens-tu après avoir gérer un échéancier seule?

Jessica Hébert : Cela a été tout un apprentissage. Pour les arrangements, j’ai travaillé en collaboration avec Pietro Amato afin qu’il révise mes partitions et améliore mes idées. Ceci, en soi, a été une expérience enrichissante de pouvoir travailler avec lui qui a beaucoup d’expérience et qui m’aide à aller de l’avant. Sinon, ce fut un défi en termes de temps. C’était intense de créer un concert à partir de compositions plus abstraites. Une fois que c’est fait, et qu’il fallait que ce soit fait, maintenant, j’ai un concert qui se tient et qui est prêt à être diffusé. Je suis aussi tellement reconnaissante des musiciennes et musiciens avec qui je joue. Ce sont des personnes talentueuses et elles me soutiennent énormément dans le projet. Elles ont une belle énergie et sont très professionnelles. La harpiste et le claviériste étaient déjà des amis à moi, mais les cordes et le percussionniste sont de belles rencontres et dorénavant de belles amitiés qui ont pu se développer.

PAN M 360 : Comment as-tu vécu le phénomène des concerts en ligne?

Jessica Hébert : C’était une première de faire un concert avec un jury dans la salle, sans public, et de vivre une captation en direct. Je ne me souciais pas de regarder la caméra. Ça m’a poussée à focaliser sur ma musique et de faire confiance au public pour s’approprier cette prestation. Oui, c’était un contexte particulier, mais c’était bien pour la finale puisqu’on avait le droit d’inviter trois bulles d’invités. 

De plus, j’ai lancé mon EP dans le contexte de la pandémie, je n’aurais pas travaillé sur un concert rapidement, donc naturellement, j’aurais continué à composer. Je n’aurais pas fait de lancement pour ce mini-album, donc de m’inscrire au concours a été une façon de donner vie à mes compositions et de tester un peu la réception des gens par rapport à mon style qui est un peu différent.

Pan M 360 : As-tu constaté que ton auditoire s’est agrandi?

Jessica Hébert : Oui complètement. C’est très encourageant. J’ai vraiment l’impression que le projet est bien lancé, il commence à se faire connaître aussi. J’ai eu énormément de retour de la part de personnes qui ont vraiment aimé, m’ont écrit à travers les réseaux sociaux, qui suivent le projet et qui ont acheté mon EP sur Bandcamp. On a aussi eu une belle couverture médiatique. Je suis très optimiste pour la suite des choses.

Pan M 360 : Tu as mentionné plus tôt cette année que la pandémie permettait de créer d’une manière différente que la boucle populaire de composer, promouvoir et faire une tournée. Penses-tu que cette liberté de création va rester?

Jessica Hébert : Ce que je voulais dire par là c’était que, étant donné que les salles de spectacle sont vides, la salle a été configurée pour une expérience d’écoute qui met un public dans une salle et est séparé de la scène, souvent surélevée. Il y a cet  aspect découpé entre la scène et le public. Et maintenant, jouer dans des salles vides appelle à se réapproprier les espaces d’une façon différente et, en conséquence,  faire vivre des nouvelles expériences d’écoute et de concert. Cela me donne plein d’idées de collaboration avec des artistes en arts visuels. Comme lors de la finale, j’ai travaillé avec Olivier Roberge et ça a vraiment été une belle rencontre. Il a pris la peine de lire les textes de mes chansons et d’écouter la musique. Il s’est vraiment laissé inspirer et a réalisé une œuvre que je trouve magnifique. Je ne sais pas si on pouvait le voir à l’écran, mais l’œuvre présentait des étoiles et un peintre qui faisait une toile de ces étoiles. C’était tellement sublime! C’est vraiment spécial d’élaborer une mise en commun de différents médiums pour créer une expérience interdisciplinaire. Ça ouvre de nouveaux horizons de collaboration. Je serais partante pour faire de la musique dans une de ses expositions ou un événement semblable. C’est plutôt dans le sens que la pandémie laisse un espace nouveau pour la réappropriation des espaces et des expériences.

PANM 360 : Dorénavant, qu’est-ce qui t’attend après ta participation au concours? Quels sont tes prochains projets?

Jessica Hébert : Je vais continuer à composer, surtout avec les prix que j’ai gagnés qui donnent certaines occasions de le faire, comme une résidence au Domaine Forget. Sinon le Festival OFF de Québec m’a invité à jouer. Également, j’ai reçu des offres de concerts qui sont à venir plus tard dans l’année. À vrai dire, on va voir, puisque c’est difficile de prédire avec le contexte actuel, et je n’ai pas eu le temps de me pencher sur la suite des choses avec les Francouvertes qui ont pris beaucoup de mon temps. Somme toute, j’ai très hâte!

PAN M 360 : Merci à toi et bonne continuité!

Jessica Hébert : Merci!

https://www.youtube.com/watch?v=nsIRodk4D54

Avec dans son sac deux EP en plus d’un split sorti l’an passé avec les légendaires japonais d’Acid Mothers Temple, Yoo Doo Right concrétise le récit de son épopée cosmique sur ce très attendu premier album au titre cryptique Don’t Think You Can Escape Your Purpose. Tels de véritables guerriers romantiques, le trio démontre sur cet album qu’il maîtrise aussi bien la force de frappe d’un CAN ou d’un NEU! que l’art de la phénixologie hermétique de l’école de Berlin de Tangerine Dream ou d’Ash Ra Tempel, tout en restant aussi pertinent que ses contemporains 10 000 Russos ou Gnod et son album JUST SAY NO TO THE PSYCHO RIGHT-WING CAPITALIST FACIST INDUSTRIAL DEATH MACHINE.

Pour mieux comprendre ce que cache ce titre à la vision déterministe, nous sommes partis à la rencontre du guitariste Justin Cober et du bassiste Charles Masson qui nous ont tous deux accueillis dans le petit atelier de Mile End Effects, non loin du quartier général de Godspeed, où les condos poussent d’ailleurs comme de la mauvaise herbe. Situé dans une vieille bâtisse qui aurait servi d’usine d’armement pendant la Seconde Guerre Mondiale (et possiblement hantée par un fantôme de cette même époque), Justin Cober s’y est établi pour construire lui même en solitaire une tout autre forme d’artillerie électrique cette fois pacifiste : des pédales d’effet.

Crédit photos: Stacy Lee

PAN M 360 : Votre premier EP est sorti en 2016, mais avant cela, il n’y a pas beaucoup d’informations sur le groupe. Alors, tout d’abord, quand est-ce que vous vous êtes rencontrés tous les trois et quand avez-vous commencé à jouer ensemble ?

Charles Masson : Il y a environ 10 ans, Justin vivait à Toronto et j’étais à Montréal. Un concert a été organisé pour mon groupe à Toronto et j’ai immédiatement accroché sur le groupe de Justin, New Wings. Nous sommes restés en contact après ça. Environ six ou cinq ans plus tard, Justin a déménagé à Montréal et a fait venir son nouvel ami John, qui est originaire d’Edmonton et qui vivait à Montréal pour étudier. Nous avons commencé à jouer ensemble et avons aussitôt fondé le groupe. Trois mois plus tard, nous donnions notre premier concert.

PAN M 360 : Où avez-vous joué votre premier concert ?

Charles Masson : C’était dans une salle de concert DIY à Pointe-Saint-Charles appelée BAD LUNCH. Nous étions avec deux groupes de jazz. C’était au dernier étage d’une maison, sur une toute petite mezzanine, c’était très petit et très étrange mais c’était un très beau premier concert. Les salles improvisées sont ce que nous préférons.

PAN M 360 : Votre musique a tendance à créer une forme de mur du son sur scène en utilisant des amplis des années 70 et des pédales d’effets, atteignant presque le niveau risqué de 140 dB. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir atteindre un volume aussi élevé ?

Justin Cober : En réalité, c’est vraiment quelque chose de transcendant. Lorsque vous êtes réellement capable de sentir les vibrations de cette boule de rage provenant de la scène, c’est tellement renversant. C’est assez magique.

Charles Masson : Nous nous sommes tellement habitués à ça en pratiquant à ces niveaux de volume sonore importants. Nous avons créé des textures qui ne ressortent pas autant que nous le voudrions lorsque l’on baisse le volume. Nos chansons sont créées pour des volumes sonores élevés, il est difficile de faire des compromis sur ce point. Quelqu’un a dit : enfin un album de Yoo Doo Right, on peut finalement baisser le volume.

Justin Cober : Je reprendrais les mots de Kevin Shields quand il parlait du son sur scène de My Bloody Valentine. Il disait en gros que lors des premières répétitions, ils jouaient à un volume qui les plongeaient dans une sorte d’état de transe. A la fin de leurs répétitions, ils riaient tous jusqu’à être dans un état d’euphorie. C’est une description très juste de ce que l’on ressent. Parfois, lorsque nous jouons, nous terminons une chanson et nous nous asseyons, nous prenons quelques respirations et nous rions tout simplement. Ça fait vraiment beaucoup de bien. Nous sommes des personnes plutôt réservées, alors je pense que cela peut être vraiment intéressant de créer une telle force, c’est comme une voix extérieure à la nôtre. Avoir ses orbites qui vibrent à l’intérieur de sa tête… Entendre certaines fréquences à des volumes aussi ravageurs, c’est juste une tonne de plaisir. Si ce n’est pas de la magie, je ne sais pas ce qui peut l’être.

PAN M 360 : Votre musique est notamment influencée par le mouvement allemand krautrock des années 70 et ses schémas rythmiques. Qu’avez-vous trouvé d’intéressant dans cette période de la culture allemande ?

Justin Cober : Cela a beaucoup à voir avec le climat socio-politique de l’Allemagne à la fin des années 60. En Amérique du Nord, et en particulier sur la côte ouest des États-Unis, il y avait tout ce mouvement hippie qui était né d’un rejet de la vision du monde de leurs parents. Mais en Allemagne, c’était plutôt un rejet de ce que leurs parents représentaient. S’ils n’étaient pas activement engagés dans la mentalité nazie, ils étaient au moins complices en grande partie. En reconstruisant les structures de l’Allemagne et des villes bombardées, ils ont aussi voulu reconstruire une identité culturelle. C’était férocement politique et antifasciste. Il y avait beaucoup de collectifs remarquables que l’on pouvait considérer comme des terroristes nationaux, mais ils étaient tout simplement déterminés à reconstruire l’Allemagne d’une manière que leurs parents ne pouvaient imaginer. C’est ce qui m’a le plus marqué. Je pense que l’histoire a tendance à se répéter. Nous nous trouvons constamment dans des situations où les gens sont contraints et opprimés. J’apprécie vraiment ce sentiment que l’on retrouve dans le krautrock. Et c’est aussi de la très bonne musique.

PAN M 360 : Comment le mouvement psychédélique allemand se démarque-t-il du courant contre culturel américain selon vous ?

Justin Cober : Pour le meilleur ou pour le pire, le mouvement de la contre-culture aux États-Unis était principalement une affaire d’esthétique. Quand on regarde maintenant, tous les hippies anticapitalistes ont fini par créer leurs propres grandes compagnies et continuent à foutre la merde dans le monde. Cela avait beaucoup à voir avec le mince voile de l’image et de l’esthétique alors qu’en Allemagne, je pense que c’était beaucoup plus poussé que cela, cela signifiait beaucoup plus que de mettre des fleurs dans les cheveux des gens, d’écouter les Byrds ou que sais-je encore.

PAN M 360 : Leur message était effectivement beaucoup plus politique. Amon Düül a même déclaré un jour vouloir se produire gratuitement dans des usines à un moment donné, par exemple.

Justin Cober : Même dans la façon dont toute cette musique se présente, elle peut être très brutale et industrielle. Il y a cette sorte de prise de position qui est faite d’une manière audible. C’est presque comme deux plaques tectoniques qui se poussent et se brisent l’une contre l’autre. C’est comme créer cette renaissance originelle de la culture et de la conscience.

PAN M 360 : Le titre de votre album Don’t Think You Can Escape Your Purpose est une affirmation très forte, en particulier pour des artistes. D’une certaine manière, cela me rappelle Julian Cope qui disait que le krautrock était une « Odyssée gnostique du genre « Trouve le Dieu qui t’habite en libérant tes démons » ». Est-ce que vous vous reconnaissez dans cette expression ?

Justin Cober : D’une certaine manière, oui. L’idée est de se construire une vie dont on ne cherche pas à se sauver, de trouver un but et un sens à des projets qui ne sont pas nécessairement considérés comme viables financièrement en termes de carrière. Ou de se demander si l’on est ou non un membre productif de la société dans un contexte capitaliste très spécifique. Nous essayons de trouver de la valeur et de la satisfaction dans nos communautés et dans nos projets personnels qui nous font nous lever le matin. Vous trouvez un but en vous-même, pas en travaillant pour quelqu’un d’autre et en faisant quelque chose que vous détestez absolument, en étant exploité et valorisé pour votre valeur monétaire. C’est une très bonne citation et elle donne tout à fait son sens à l’album, je suppose.

PAN M 360 : A quoi cela ressemble-t-il pour chacun d’entre vous de construire une vie dont vous n’avez pas besoin de vous enfuir ?

Charles Masson : Je suis au chômage depuis deux ans et j’essaie de me sortir de cette situation en créant ma propre petite entreprise, peut-être une petite épicerie. Il faut être capable de prendre du recul pour voir ce qui vous attire dans vos projets de vie concrets.

Justin Cober : Insuffler autant de volonté et d’intentions dans ce que vous faites comme une extension de qui vous êtes en tant que personne et trouver un moyen de le faire. Charles et moi sommes dans une posture très privilégiée dans le sens où nous avons pu travailler sur quelque chose que nous aimons faire. C’est un sentiment très agréable. Tant mieux pour vous si vous avez les moyens d’essayer de suivre ce que vous pensez être votre but dans la vie. Beaucoup de gens n’ont pas cela. Il n’y a pas d’illusion là-dessus, mais nous essayons de promouvoir l’idée que les gens valent beaucoup plus que leur travail ou la valeur qui leur est accordée dans un sens capitaliste. Les passions et les sentiments ont plus de valeur que les salaires qu’ils rapportent, même s’il est évident que nous sommes obligés d’exister dans ce contexte.

PAN M 360 : Dans la vidéo de la chanson titre, vous avez utilisé le film Cosmic Zoom d’Eva Szasz. Celui-ci illustre bien les paroles qui évoquent une personne qui essaie de trouver une chose plus grande qu’elle-même pendant un moment de folie où elle a perdu le contact avec la réalité. Voulez-vous nous en dire plus ?

Justin Cober : Les paroles parlent de quelqu’un qui pense être un ambassadeur pour les humains de notre planète auprès d’une communauté extra-terrestre. C’est en grande partie le résultat de sa propre maladie mentale. Cette personne attend d’être téléportée, mais elle devient de plus en plus paranoïaque à l’idée que les gens vont découvrir ses secrets.

PAN M 360: Vous dites aussi que cette personne a été choisie pour résoudre les problèmes de notre espèce. Pour vous, quels seraient les problèmes auxquels cette personne doit faire face?

Charles Masson: Les caprices des gens qui ne connaissent foutrement rien.

Justin Cober : Combien d’heures avez-vous ? Putain, je ne pense pas que nous ayons besoin de faire le calcul si l’on peut dire. Il y a tellement de problèmes auxquels nous sommes confrontés et auxquels nous avons toujours été confrontés. Il y a une plus grande urgence. Chaque fois que je rencontre un nouveau dilemme auquel notre espèce et toutes les autres espèces de cette planète doivent répondre, les processus de ma pensée deviennent comme des petites rivières qui se jettent dans un même grand océan qui est notre condamnation finale. Nous sommes dans la merde. Il y a tellement de choses auxquelles nous devons faire face et ça me brise le cœur d’y songer. Les solutions sont guidées par les mêmes facteurs qui nous ont mis dans cette situation critique. Le sol sur lequel nous sommes basés est fondé sur cette idée d’oppression et de nuire aux gens pour s’enrichir.

Charles Masson : Au nom de la croissance.

Justin Cober : Le moment où notre souci des autres a été supplanté par cette idée de croissance et par ce que cela signifie de réussir, c’est là que nous avons été condamnés, nous avons asservi des gens et des animaux. Comment prendre du recul et réaliser que cette idée est à la base des problèmes auxquels nous sommes confrontés ? La marchandisation de la vie est merdique, c’est difficilement concevable. Beaucoup de gens n’y pensent pas, parce qu’ils préfèrent ne pas y penser et je le comprends.

PAN M 360 : Une autre façon de voir les choses est que si quelque chose ne fonctionne pas sur le plan biologique dans la nature, celle-ci a tendance à s’en débarrasser. Donc, si notre espèce doit disparaître, cela pourrait être selon les lois de la nature.

Justin Cober : Il y a cette incroyable citation de George Carlin : « La Terre Mère, la planète, va être là, elle va bien se porter. C’est nous qui sommes foutus. La planète va nous expulser comme un mauvais rhume ». La planète va probablement être là. Si elle est habitable pour nous, c’est une autre histoire. Peut-être que ce serait la meilleure solution. Peut-être que la disparition de notre espèce est comme la Terre qui surmonte un cancer et entre en rémission.

PAN M 360 : Pour terminer sur une note plus légère, après avoir découvert votre dessein, quelle est la prochaine étape pour Yoo Doo Right ?

Justin Cober : Nous allons simplement continuer à jammer.

Le 21 mai marquait la sortie d’Outside Child, premier album solo d’Allison Russell. Ayant fait ses armes dans les groupes folk/americana Po’ Girls et Birds Of Chicago, la chanteuse de 41 ans est maintenant prête à voler de ses propres ailes. Teinté de southern soul et de country, son projet folk est une exploration profonde du traumatisme, de sa jeunesse et de son amour pour Montréal. À peine quelques heures avant la sortie d’Outside Child, Allison Russel en discute avec PAN M 360

PAN M 360 : Pouvez-vous nous décrire Outside Child ?

ALLISON RUSSELL : C’est très éclectique ! Quand je crée les chansons d’un album, ce n’est presque jamais calculé. Ce sont les gens que j’ai choisis pour enregistrer qui vont définir ce style. J’ai joué avec ce que j’appelle ma famille d’artiste pour plusieurs projets et plusieurs années. C’est comme mes frères et mes sœurs d’art et de chansons. Il fallait que mes sœurs chantent avec moi ; Yola, Erin Ray, The McCreary Sisters. Je savais aussi que je voulais travailler avec mes frères artistiques ; Jamie Dick à la batterie et Dan Knobler à la production. Sans oublier Joe Pisapia qui a joué de la guitare et mon partenaire JT Nero. C’était comme avoir toute ma famille au studio. Je n’ai jamais eu l’impression d’être seule. On créait les arrangements ensemble et on découvrait les chansons ensemble au fur et à mesure. 

PAN M 360 : Outside Child est-il différent de vos projets passés ?

ALLISON RUSSELL : Oui. C’est un album très personnel. Il s’agit d’un cycle de chansons qui explore mon enfance qui fut une période très sombre. J’ai été victime de beaucoup de violence à la maison ; sexuelle, psychologique, physique. Mon père adoptif était un homme très malade qui a terrorisé notre famille pendant une dizaine d’années. Ce fut une période difficile, mais je suis très chanceuse d’avoir été à Montréal. C’est une ville pleine d’art, de gens sympathiques. J’ai rencontré une communauté d’amis qui m’a vraiment donné un abri quand j’en avais besoin. L’histoire d’Outside Child prend racine dans mon enfance traumatisée, mais n’est pas que l’histoire de mes malheurs. Je raconte plutôt la libération de cette violence et ma découverte de la transcendance de l’art. J’explore la guérison et le soulagement d’avoir choisi ma famille où la communication est facile.

PAN M 360 : Cette exploration personnelle a-t-elle été  thérapeutique ?

ALLISON RUSSELL : Absolument ! C’était thérapeutique. C’est très important pour moi de faire part de ce que tant de gens vivent ; la violence sexuelle, la violence raciste, les tristes souvenirs. Je veux en parler pour dénoncer les abuseurs qui sont aidés par notre silence. Maintenant, je suis mère et ma fille a 7 ans. C’est crucial pour moi d’arrêter ces cycles de haine. Je ne veux pas que mon enfant vive à travers ces événements. 

PAN M 360 : Outside Child est un album très personnel. Croyez-vous que la musique devrait toujours avoir ce style personnel ?

ALLISON RUSSELL : Je crois que même si ça ne l’est pas directement, l’acte de création est tellement personnel. Même si on décrit la vie de quelqu’un d’autre ou quelque chose hors de l’expérience humaine, on met quand même beaucoup de soi dans la création. C’est l’artiste qui fait l’art. D’une manière ou d’une autre, c’est toujours un peu personnel. Mais non, je ne crois pas que chaque œuvre doit être autobiographique. J’écris beaucoup de chansons qui ne sont pas directement sur moi. L’art prend une certaine honnêteté émotionnelle. Mais il n’est pas nécessaire de rester centré sur soi-même. 

PAN M 360 : Beaucoup de chansons sont en franglais. Pourquoi cette touche linguistique ?

ALLISON RUSSELL : J’ai été dans une famille d’accueil pour presque 4 ans. J’ai été arrachée des bras de ma mère avant l’âge de 2 ans. Celle-ci était une enfant quand elle m’a eue. Elle était affectée par une schizophrénie non diagnostiquée, donc elle ne recevait pas l’aide dont elle avait besoin. C’était une situation critique et j’ai été placée dans une famille d’accueil francophone. Pendant presque 4 ans, mon environnement est devenu totalement français. Après je suis retournée habiter avec ma mère anglophone et son mari américain. Je n’ai pas perdu la langue. Toute mon école primaire s’est faite en français. Même au secondaire où j’étudiais en anglais, j’ai fait plusieurs cours dans la langue québécoise. J’adore cette façon de parler; c’est très musical. Parfois même, je rêve en français. Je ne veux pas perdre ça totalement. Ça fait plusieurs années que je suis dans un environnement entièrement anglophone. J’essaie de lire, de regarder des films et écouter de la musique en français. Avoir accès à ce langage est une richesse. Chanter en franglais fut vraiment naturel pour moi. Certaines paroles me sont vraiment venues comme ça. Après tout, je crois que ma mémoire est en franglais. J’en suis donc resté fidèle.

PAN M 360 : Voilà 4 ans que vous avez déménagé à Nashville. Cette ville vous inspire-t-elle différemment que Montréal ?

ALLISON RUSSELL : Oui. C’est intéressant de voir à quel point il y a beaucoup d’influences françaises dans le sud. Peut-être plus en Louisiane, mais aussi à Nashville où nous pouvons entendre plusieurs mots français et voir la fleur de lys partout. La culture acadienne a après tout été cruciale pour la musique de la région. Je suis venue surtout pour travailler et vivre avec ma communauté. Il y a toutes sortes de Canadiens établis à Nashville. Ici, j’ai une famille très proche, très sympathique et très créative. Il ne manque pas de travail artistique. J’ai quand même le mal du pays. On parle tout le temps de revenir au Québec. C’est important pour moi que ma fille passe par l’expérience de Montréal. On reviendra un jour.

PAN M 360 : Comment avez-vous trouvé l’expérience en tant qu’artiste solo ?

ALLISON RUSSELL : Pour moi, c’est encore surréaliste  ! On est encore en pandémie donc tous les spectacles sont virtuels. Je crois que je vais mieux  le comprendre quand je pourrai donner des spectacles devant un public. J’aurai  la chance d’être au festival de Newport cet été et plusieurs petits spectacles aux États-Unis. On espère visiter le Canada si possible. 

Maintenant que je dirige mes musiciens, j’exerce mon propre leadership. C’est important pour moi d’écouter et de faire attention à mes amis. J’aimerais que ce soit une expérience enrichissante pour tout le monde. It’s not all about me, nous faisons tous ensemble un effort collectif. C’est important que chacun réalise son importance. Je veux prendre des décisions qui avantageront tout le monde. 

J’ai déjà commencé à écrire un autre album ! Je suis très chanceuse d’avoir autant d’amis artistes. Même mon nom  est inscrit sur ce projet, c’est tout un groupe d’artistes que j’adore qui m’a aidé.

PAN M 360 : Que voudriez-vous que les gens retiennent d’Outside Child ?

ALLISON RUSSELL : Je veux que les gens qui vivent une situation de violence domestique ou de traumatisme comprennent que ce sont des circonstances qui peuvent mener à une amélioration. C’est possible d’accéder à une réalité différente. Nous ne sommes pas prisonniers de nos cicatrices. La vie, c’est plus que ça. Nous ne sommes jamais seules et il y a toujours quelqu’un pour nous aider. L’amour existe et les choses peuvent s’améliorer.

Après une longue pause où les membres du groupe ont exploré différentes avenues musicales et artistiques, la formation post-rock montréalaise Fly Pan Am est revenue au devant de la scène en 2019 avec l’album C’est ça, quinze ans après le précédantN’écoutez pas. Loin d’être le chapitre final de cette odyssée sonore qui a débuté en 1999 avec l’album Fly Pan AmC’est ça ouvrait plutôt la porte vers l’avenir, et l’avenir se traduit aujourd’hui par Frontera, trame sonore directe et viscérale juxtaposant un krautrock furieux à une électronique inquiétante; une musique qui incarne parfaitement les messages et idées véhiculées par la compagnie de danse contemporaine Animals Of Distinction et la chorégraphe Dana Gingras. Frontera a permis à Fly Pan Am de repousser ses propres frontières, de s’en affranchir même, donnant au groupe un second souffle et par le fait même l’occasion de se réinventer sans jamais trop s’égarer. 

Fly Pan Am et PAN M 360… il était tout naturel que les deux entités se rencontrent un jour, et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que Roger Tellier-Craig et Jonathan Parant nous ont détaillé la genèse et l’évolution de cette enrichissante aventure.

PAN M 360 : Quelle est l’histoire derrière Frontera ? Comment tout ça s’est mis en place ?

Roger Tellier-Craig : Je travaille avec la chorégraphe Dana Gingras depuis facilement 20 ans, donc elle connaît bien Fly Pan Am. On est d’abord entré en contact vers 2001 ou 2002 car elle voulait travailler avec Godspeed à l’époque où je jouais avec eux. Elle est venue nous voir en concert et elle a bien aimé Fly Pan Am qui jouait aussi ce soir là. Elle a utilisé une de nos pièces pour une chorégraphie à cette époque puis, à partir de ce moment, la collaboration s’est développée. Quand elle a su qu’on s’était reformé en 2018, elle est venue à nous car elle cherchait un groupe assez énergétique sur scène pour faire la trame sonore de sa nouvelle chorégraphie. Ça s’est fait assez simplement.

Jonathan Parant : J’avais déjà aussi travaillé avec elle par le passé. Ce n’était pas pour de la musique mais dans un spectacle de danse auquel je participais. Je la voyais aussi à l’occasion au bar Le Cheval Blanc et au fil du temps j’ai développé une amitié avec elle. Donc de mon côté, je n’ai pas hésité une seconde pour collaborer à nouveau avec elle. En fait tout le groupe était d’accord pour travailler avec elle avant même qu’on parle du projet.

PAN M 360 : Qu’est-ce que cette chorégraphie tente d’évoquer ?

Roger Tellier-Craig : En gros elle concerne les frontières, les limites arbitraires, les espaces subliminaux, la surveillance…

Jonathan Parant : Par « espace subliminal », on entend l’espace entre le vivant et le côté plus inanimé, les cultures, les lieux de rencontres et de transformations… J’aime beaucoup cet aspect d’espace subliminal par rapport aux frontières. Ce n’est pas juste une frontière physique faisant référence aux litiges politiques ou aux réfugiés par exemple, ça touche aussi l’espace culturel, les ramifications de l’art, les distances que ça peut créer au niveau du potentiel de la créativité par rapport aux frontières, donc comment on réagit par rapport aux frontières quand celles-ci représentent une limite, comment on réagit quand on outrepasse ces limites… c’est comme ça que je perçoit Frontera.

RTC : La notion de parcours (les pièces Parkour 1 et 2 sur l’album) est de se réapproprier un lieu, un peu comme la psycho-géographie qui n’est pas supposé être utilisée pour ce qu’on finit souvent par en faire. Il y a cette idée de dépasser les limites imposées par une certaine forme de pouvoir dans Frontera.

JP : Se réapproprier l’espace public, social, culturel pour se redéfinir avec des concepts comme, par exemple, la danse, la chorégraphie, la musique, le son, le multimédia…

PAN M 360 : Comment met-on en route un tel projet ? Ça ne se passe pas au local entre quatre musiciens, vous devez travailler conjointement avec la chorégraphe, la troupe de danse, le visuel et la scénographie…

Roger Tellier-Craig : De son côté, la troupe avait déjà commencé à travailler sur une musique temporaire avant qu’on embarque dans le projet. En fait on est arrivé dans le décor presque deux ans après le début du projet Frontera. Donc eux avaient déjà déterminé la rythmique du spectacle, les bpm, le style d’atmosphère musicale qu’il allait y avoir. Quand Dana nous a embarqué avec eux, elle nous a donné la playlist avec laquelle ils avaient déjà travaillé et nous on a pas mal calqué les bpm et certains aspects musicaux. Donc on a développé notre musique en se basant sur ce premier canevas sonore. À partir de ça, on a répété avec eux et raffiné tout ça davantage. Petit à petit on y a ajouté notre personnalité.

Jonathan Parant : On était trop collé à cette playlist et c’est à partir du moment où on a décidé de s’éloigner de celle-ci, en ne gardant que les bpm, que cela a réellement pris forme. 

PAN M 360 : Reste qu’en dehors de la chorégraphie, il y a aussi toute la collaboration de United Visual Artists à cette oeuvre. Deviez-vous aussi vous coller à l’aspect visuel/multimédia et scénographique du spectacle ?

Roger Tellier-Craig : Dans une certaine mesure, oui. Par moment la création a été orientée par les jeux de lumières, notamment une partie avec un laser qui scanne toute la scène 17 fois, donc il faut qu’il y ait le même son qui se répète 17 fois afin d’être en phase avec le scanner.

PAN M 360 : Du tout début de votre intervention jusqu’à la première représentation, on parle d’un travail qui s’échelonne sur combien de temps ?

Roger Tellier-Craig : Environ une année, mais ce n’était pas un travail en continu.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a eu des modifications du spectacle à l’album ?

Roger Tellier-Craig : On a été obligé de couper. La durée totale du spectacle est d’environ 70 minutes donc c’était impossible de faire entrer ça sur un seul vinyle. Mais dans le fond cela a servi la musique car en coupant ici et là, on a éliminé des longueurs qui ne se perçoivent pas sur scène mais qui le sont sur disque. Ceci dit, on n’a pas non plus sacrifié de gros passages à part pour un des morceaux, Body Pressure, qui fait huit minutes en spectacle et environ trois minutes sur le disque. 

PAN M 360 : Par rapport à vos précédents albums, qu’est-ce qui distingue Frontera ? Avez-vous essayé des nouveaux sons, de nouveaux rythmes, de nouvelles méthodes de travail ?

Jonathan Parant : En ce qui me concerne oui, car quand j’ai commencé à travailler sur Frontera, j’avais déjà laissé notre précédent disque C’est ça derrière. Ce disque, c’était celui du retour de Fly Pan Am après une quinzaine d’année d’absence, nous avions beaucoup d’idées, et on a tous ressenti une certaine densité, il fallait qu’on travaille toutes ces idées sonores ensemble pour trouver la bonne voie. Alors que pour Frontera je cherchais à épurer mon son de guitare, trouver plus de mélodies, avoir un son plus clair, moins ambient. J’avais envie de travailler avec les dynamiques d’absences et d’apparitions. 

Roger Tellier-Craig : Je dirais que sur tous les albums qu’on a fait avant, on joue toujours tous les quatre en même temps, à part sur certains passages plus atmosphériques. Alors que pour Frontera, c’est la première fois où on ne joue justement pas tous les quatre en même temps. Quelques fois tu as juste de la batterie avec une guitare, ou de la batterie avec un clavier, ou juste du clavier… Je dirais qu’au final ça donne quelque chose de beaucoup plus épuré et minimaliste, de moins dense. C’est la première fois aussi qu’on essaye des séquences, qui sont activées par ordinateur. Félix (Morel), notre batteur, est un batteur punk, donc il ne joue pas avec des click tracks, alors il a fallu trouver une façon d’inclure la batterie live avec la batterie programmée et nos propres séquences… C’était un peu compliqué. Je dirais aussi que d’avoir retrouvé une esthétique plus instrumentale nous a ramené à nos racines. Je trouve qu’il y a des passages où on se rapproche du vieux Fly Pan Am même si les sons ne sont pas pareils, on a un côté plus krautrock alors que pour C’est ça on a un côté plus shoegaze, noise, électro-acoustique. 

PAN M 360 : Avec le recul, pensez-vous que l’exercice Frontera a modifié vos méthodes de travail et peut-être ouvert de nouvelles perspectives ?

Roger Tellier-Craig : Absolument, il y a certains trucs qu’on va retenir. Je pense qu’on va tenter davantage d’échantillonner la batterie, mettre des séquences par-dessus… 

Jonathan Parant : L’influence de la chorégraphie m’a fait changer la vélocité de mon jeu de guitare, puis l’amplification m’a apporté une écoute différente, une nouvelle façon de comprendre les dynamiques d’un groupe de musique, et j’ai envie d’explorer ça dans le futur. L’exercice Frontera pour moi c’est comme un genre de tremplin, quelque-chose qui va me suivre dans mon cheminement musical, du moins comme guitariste au sein de Fly Pan Am. Je voudrais que pour nos futurs enregistrements, on garde en tête cette dynamique d’écoute, de ne pas toujours tous jouer en même temps. 

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous décidé de remettre le projet en marche après presque quinze ans de silence, et qu’est-ce que cette longue pause a apporté à Fly Pan Am ?

Roger Tellier-Craig : Je pense qu’à l’époque on trouvait qu’on avait tout dit ce qu’on avait à dire. Par contre on n’a jamais dit que c’était terminé pour de bon. Cette pause nous a permis de faire ce qu’on avait envie de faire en dehors de Fly Pan M. De mon côté, ça m’a donné le temps de me plonger davantage dans la musique électronique et électro-acoustique, d’être capable de faire de la musique avec des ordinateurs et des synthétiseurs. Quand on a fait N’écoutez pas en 2004, pour ma part, il y avait une certaine frustration par rapport à nos capacités techniques. Ce n’était pas à la hauteur de ce que j’aurais voulu faire, bien que je sois très content de cet album. Mais ce sentiment est demeuré et à un moment donné, des années plus tard, on s’est dit qu’avec notre nouveau bagage, il serait peut-être temps qu’on fasse ce qu’on aurait voulu faire en 2004. Donc c’est comme si C’est ça serait le frère plus mature de N’écoutez pas. On avait tous envie et besoin de faire ce disque. C’était une étape et on était prêt à faire autre chose ensuite, et Frontera était justement une occasion pour nous d’essayer autre chose, autrement. Frontera nous a donné des pistes différentes et nous a prouvé qu’on peut faire autre chose.

PAN M 360 : Le titre est opportun, c’est un disque qui semble ouvrir de nouvelles frontières, ou alors repousser les anciennes pour le groupe. Avez-vous des projets dans un futur proche ?

Jonathan Parant : On espère pouvoir reprendre la route avec toute la compagnie de danse car c’est vraiment un show très agréable. Toute l’équipe est agréable. Et comme on n’avait pas joué ensemble depuis longtemps et qu’on n’a fait qu’une dizaine de shows avec Frontera, ça me manque de jouer sur scène. Il y a eu tellement de travail sérieux avec toute cette équipe, nous étions tellement bien soutenus et entourés que ce serait vraiment dommage qu’on ne reprenne pas la route tous ensemble. 

Roger Tellier-Craig : De mon côté je suis plus un gars de studio que de scène mais le spectacle Frontera me convient parfaitement car je suis plus en retrait, je ne suis pas à l’avant de la scène, je fais plus partie du visuel finalement et je peux me concentrer sur mon son. En dehors de Frontera, on parle de faire un autre disque éventuellement mais on n’est pas pressé non plus. Ça demeure assez vague car on sait jamais avec cette histoire de pandémie. Mais c’est clair que C’est ça n’était pas notre dernier disque, ce n’est pas « c’est ça qui est ça » mais plutôt une réponse aux enfants de JS (Jean-Sébastien Truchy, bassiste de la formation) qui demandaient souvent « c’est quoi Fly Pan Am? »

Inscrivez-vous à l'infolettre