Depuis 2005, le guitariste et producteur montréalais Eric Quach mène le projet THISQUIETARMY,  créature boulimique ayant enregistré une cinquantaine d’album et donné 500 concerts sur les scènes du monde. 

La créature est hybride stylistiquement : ambient, dark ambient, drone, doom métal, post-rock. Ses multiples propositions sont structurellement simples, l’articulation et la vitesse d’exécution ne sont pas des arguments massue. La complexité et la finesse se trouvent plutôt  dans les fluides sonores générés par un véritable arsenal de pédales d’effet. 

La créature est solitaire mais pas asociale : une vaste part de son répertoire est constituée de nombreuses collaborations. Celle dont il est ici question est l’enregistrement The Singularity, première phase d’une série de trois, dialogue enregistré avec le batteur de Voivod, Michel AWAY Langevin, qui n’en est pas à sa première aventure expérimentale.

Et qui nous fait le plaisir de raconter ce projet parallèle avec Eric Quach avec qui il monte sur scène au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, soit une deuxième fois depuis les débuts de leur collaboration. 

En toute générosité, AWAY explique le tout à PAN M 360.

Pour les billets au FIMAV, C’EST ICI

PAN M 360 : Faisons d’abord la  genèse de votre complicité musicale.

AWAY :  Je connais Eric depuis 5 ans. Je l’ai connu en 2016 au Red Bull Music Academy,  plus précisément dans le volet Drone Activity. Nous avions apprécié nos performances respectives et avions ensuite joué ensemble en 2018, soit à La Vitrola dans le contexte des Suoni per Il Popolo. Ce premier spectacle était différent de celui présenté à Victo, car nous avions chacun des parties solos entre lesquelles nous avions une partie en duo. Nous avions vraiment aimé cette soirée.  En février 2019, nous sommes allés au studio Méduse , et nous avons enregistré des heures et des heures d’improvisation.  

PAN M 360 : Quelles étaient les consignes de travail ?

AWAY : Aucune. On n’avait pas répété, l’idée était de faire de la musique improvisée sans balises préalables, sans indices. C’est de la musique totalement improvisée. Puis la pandémie a précipité la sortie d’un premier enregistrement; on s’est contactés, on a écouté le matériel enregistré l’année précédente et on s’est rendus compte qu’on avait de la matière pour trois albums, trois fois 40 minutes, donc trois phases d’un même projet. On a pris le temps de tout écouter et ensuite sélectionner les meilleurs moments. La Phase 1 a été vraiment appréciée, les critiques sont très bonnes et je ne serais pas surpris qu’on nous demande de jouer cette musique dans les festivals lorsque les activités reprendront. Notre deuxième album est prêt, ça sortira bientôt. Sur scène au FIMAV, nous serons ensemble du début à la fin du concert.

PAN M 360 :  Stylistiquement, quelle est la particularité de cette rencontre ?

AWAY : C’est un bon mélange de drone-ambient et de mon jeu tribal. Vu que Thisquietarmy fait dans le drone inquiétant, je ne joue pas de la même façon. Il y a des crescendos, des accélérations, la dynamique s’inspire du moment présent. Eric, lui, joue exclusivement de la guitare avec un vaste assortiments de pédales lui permettant de créer plusieurs effets, enfin c’est ce qu’il fait avec moi – je ne sais pas s’il exclut les synthés ou les logiciels dans tous ses projets.  Pour le concert de Victoriaville, nous ne nous sommes pas non plus donnés de ligne directrice. Chaque pièce au programme durera un côté de vinyle comme on dit! (rires).

PAN M 360 : Voilà donc le nouveau chapitre de ton univers expérimental, que tu alimentes sporadiquement depuis plusieurs années n’est-ce pas?

AWAY : Oui. Plus souvent qu’autrement je suis avec Voivod. Il y a une part d’improvisation dans notre travail, mais plus de contraintes dans les rythmes et structures que lorsque je fais de la musique avec des René Lussier, Martin Tétreault et autres Bernard Falaise. Ça m’amène ailleurs, et ça me permet de faire évoluer mon jeu. C’est donc une autre approche. En fait, je me suis toujours intéressé au krautrock de type Faust ou Can ou encore au space rock-jazz anglais à la Soft Machine. Dans cet esprit, mes projets plus aléatoires me permettent d’explorer d’autres rythmes, d’autres textures. J’ai mené plusieurs projets plus aléatoires au fil des années, car ça me sort de ce que je fais chez Voivod et c’est pour ça que j’aime m’impliquer côté avant-garde.

PAN M 360 :  Passons aux nouvelles de Voivod si tu le veux bien !

AWAY : Avec Voivod, deux prestations en ligne sont bientôt prévues. Nous venons de répéter la matière de l’album Nothingface. C’était spécial de se rappeler ces affaires-là.  Adolescents à Trois-Rivières, notre guitariste Dan Mongrain et notre bassiste Rocky avaient assisté à ce show, ils se trouvaient dans la même salle même s’ils ne se connaissaient pas. C’est donc la rencontre Saguenay et Trois-Rivières…  un concept aquatique! (rires). Le 30 mai on jouera Nothingface,  puis le 27 juin on jouera Dimension Hätross. Devant public, on a des offres de concerts pour juillet. De plus, ces derniers mois, on a mis en ligne des spectacles enregistrés au Festival de jazz de Montréal et au Festival d’été de Québec.

PAN M 360 : Nouvel album en chantier?

AWAY : Oui. On a commencé à monter un album à distance, c’est-à-dire qu’on a tout programmé avant de jouer ces musiques en studio. La technologie nous a ainsi permis de travailler d’abord chacun chez soi. Ça fait de super bonnes maquettes!  Même si tout est programmé, ça nous donne une idée assez précise de ce qu’on fera en studio avec nos instruments réels. Normalement, on travaille en séances d’improvisation, on retient ensuite les meilleurs éléments qui mènent à la composition finale de nos pièces. Cette fois, travailler en programmation m’a conduit à trouver des rythmes différents qui induisent des compositions différentes. C’est plus chirurgical comme approche; j’écoute plus attentivement la guitare et la basse et je programme la batterie en fonction de ce que j’entends. Quand on joue en studio, je ne peux pas absorber aussi bien toute cette information. Il faut toutefois que je m’assure  de pouvoir jouer en bout de ligne ce que j’ai imaginé à l’ordinateur. En tout cas, on va ailleurs avec ça.

PAN M 360 : Voïvod aura-t-il encore droit à une nouvelle vie?
AWAY : C’est déjà le cas. Lorsque Piggy est décédé en 2005, on croyait qu’il nous fallait termine  l’album Katorz –  avec Jason Newsted, puis donner un dernier concert et s’arrêter pour de bon. Snake et moi pensions vraiment que c’était fini. Puis les choses ont redémarré pour un concert et ça ne s’est jamais arrêté depuis. Plus récemment, on a même retrouvé un nouvel élan prog-métal avec l’album The Wake, les gens ont beaucoup apprécié le concert, les salles étaient pleines à craquer partout sur Terre où nous avons joué. Nous sommes très heureux de ce regain de popularité. Nous continuons sur cette lancée, notre prochain album devrait être lancé au début 2022. Sinon on travaille beaucoup sur des rééditions en vinyles et on prépare aussi le quarantième anniversaire de Voïvod pour 2024, un livre et un film documentaire (réalisé par Felipe Belalcazar) sont prévus en ce sens. Aussi, depuis le début de la pandémie, je suis très occupé côté arts visuels avec mon site www.awayartpress.com.  Mais… le drum me manquait, c’est une soupape essentielle à ma vie. Juste répéter Nothingface m’ a remis dans le bain.. et j’ai vraiment hâte de jouer à Victo!

Le festival Santa Teresa, qui prend place dans la ville de Sainte-Thérèse sur la Rive-Nord de Montréal, se tient une 5e année consécutive depuis mercredi et ce jusqu’au 23 mai. Même si l’offre artistique est réduite (pandémie oblige), Santa Teresa est le premier festival intérieur à reprendre du service. En effet, dès le 19 mai, les festivaliers pourront se regrouper dans l’église Sainte-Thérèse-d’Avila en respectant, évidemment, les mesures sanitaires mises en place.

La programmation du festival est à majorité féminine, comme le week-end n’offre que des spectacles de musiciennes, dans lesquelles on retrouve notamment Ariane Roy, Laurence-Anne, Helena Deland et Magi Merlin.

Cette dernière est une artiste montréalaise de 24 ans, chanteuse, productrice, compositrice. Elle fait dans le R&B alternatif et la future soul, l’électro et plus encore. PAN M 360 ’avait déjà constaté à  l’été 2020, la proposition de Magi Merlin se démarque clairement parmi les artistes émergents de la scène montréalaise.

 Son deuxième EP, Drug Music, a été rendu public le 5 mars dernier.  Avec Magi Merlin,  PAN M 360 propose un tour d’horizon de sa carrière émergente et bien sûr fournit quelques informations sur sa  prestation annoncée au festival Santa Teresa, ce 21 mai, 18h, dans le même programme que Kallitechnis. Pour info sur les billets, c’est ICI.

PAN M 360 : Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas s’il te plaît? 


MAGI MERLIN : Je fais de la musique néo-soul et alternatif R&B. J’aime dire que c’est expérimental.  

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a menée à faire de la musique?

MAGI : J’ai commencé à écrire des poèmes et des chansons quand j’étais jeune. Il y a trois ans, j’ai commencé à travailler avec mon producteur Funkywhat, soit en même temps que j’ai décidé de quitter l’université. À ce moment, c’est devenu officiel. J’ai fait de la musique toute ma vie, mais j’ai l’impression que ma carrière a commencé il y a trois ans.

PANM 360 : Qu’étudiais-tu à l’université?


MAGI : J’étais en computation arts, ce qui englobe notamment le design graphique et le développement de sites web. Ça a l’air très impressionnant, mais je n’étais pas très bonne (rires). 

PAN M 360 : Quels sont les thèmes de ton dernier EP?


MAGI: Ce EP et les autres singles que j’ai lancés font partie d’un gros projet nommé Weather Music. J’ai créé des musiques  qui correspondaient à chaque saison. Le dernier EP était associé à l’hiver, c’est pourquoi j’y ai parlé de mes émotions plus sombres et difficiles, la jalousie par exemple. Ce EP aborde la manière dont je traite et gère ces émotions.

PAN M 360 : Ça fait trois ans que tu fais de la musique, comment résumer  cette route musicale? As-tu trouvé difficile ou plutôt facile de trouver  dans l’industrie musicale?


MAGI : Je ne dirais pas que c’était difficile puisque ces trois ans ont servi à développer mon son. Ce n’était pas difficile d’être dans l’industrie parce que je me concentrais surtout sur moi-même et sur le développement de mon son. J’ai l’impression que maintenant, je me lance dans l’industrie musicale pour de vrai, en ce sens où je donne maintenant des entrevues, des spectacles, je crée des contacts avec des gens de l’industrie. Je viens de commencer, donc on verra ! Avant ça, c’était vraiment bien, c’était facile parce que la communauté était plus petite, je me concentrais à comprendre ce que je voulais et ce que je faisais.

PANM 360 : J’ai lu que tu es allée à New York pour y donner un spectacle en 2019. Comment ça s’est passé? Parle-moi un peu de cette expérience.


MAGI: C’était très bien! J’ai fait la première partie du rappeur Orrin. La communauté à New York est très artistique et belle, c’était vraiment super de faire ce spectacle devant eux, je crois que c’était un des spectacles les plus cool que j’ai faits, d’autant plus que  c’était au Baby’s all right sur Broadway. Ce fut une très belle expérience. 

PAN M 360 : J’ai cru comprendre que Santa Teresa est ton premier concert « en vrai devant de vraies personnes » depuis la pandémie? Comment te sens-tu ? 


MAGI: J’ai fait des spectacles virtuels, mais c’est effectivement le premier spectacle devant de « vraies » personnes. Je suis très nerveuse mais aussi très excitée. Depuis un an, j’ai fait des spectacles uniquement devant des caméras et devant peut-être deux ou trois personnes. Je suis excitée parce que j’ai réalisé dernièrement que les spectacles n’ont pas de sens si personne n’est là dans la salle pour les écouter. Je suis stressée parce que je n’ai  joué devant personne depuis un an, donc ça risque d’être un peu bizarre au début, mais ça va être vraiment bien. 

PAN M 360 : Quel effet ça te fait de prendre part au festival Santa Teresa?

MAGI : Je suis si honorée et excitée que les organisateurs m’aient voulu à bord! Je joue juste avant Kallitechnis. Le festival Santa Teresa regroupe plusieurs artistes montréalais donc je suis très excitée de pouvoir être des leurs!

Pan M 360 : Qu’est-ce qui t’attend dans la prochaine année?


MAGI :
J’ai un EP qui sort cet été, le 19 mai je sors un nouveau single. Après le EP, je ne sais pas ce qui m’attend, peut-être un album! C’est très excitant! 

C’est en mai 2020 qu’on aurait dû aller les voir à Victo, mais bien sûr à ce moment-là le FIMAV, comme tout le reste, a été annulé. En 2021, tenu à bout de bras par un Michel Levasseur plus résolu que jamais à résister, l’événement se tiendra bel et bien, devant public s’il vous plaît, et cette étrange bibitte qu’est le Chœur de growlers sera de la partie.

Pour ceux et celles qui ne sauraient pas, précisons que les « growlers » ne se rassemblent de la sorte que très rarement, et qu’on les trouve plus souvent seul-e-s, devant un groupe de death metal, à s’éclater le diaphragme de quelques hurlements gutturaux bien sentis.

Vous voyez le genre? Imaginez-en une quinzaine ensemble…

C’est ce qu’a fait en 2016 le compositeur Pierre-Luc Sénécal, et le résultat est assez hallucinant. Si le FIMAV a eu son lot d’ensembles inspirés du métal depuis sa fondation, le Chœur de growlers est sans aucun doute le dérivé du genre le plus original qu’auront pu voir les amateurs de musique expérimentale qui fréquentent le festival. Questions et réponses à ce sujet avec Pierre-Luc Sénécal.

PAN M 360 : C’est étonnant ce lien que l’on rencontre à l’occasion dans le programmation du FIMAV, et qui est au premier plan dans le Chœur de growlers, entre les musiques expérimentales et le métal.

PIERRE-LUC SÉNÉCAL : L’une des premières choses que j’ai constatées lorsque j’ai commencé à faire une démarche d’intégration d’éléments de métal à la musique expérimentale que je pratique, c’est qu’il y a d’un côté comme de l’autre une passion pour le son. En électroacoustique, on s’appuie sur la typologie des objets sonores développée par Pierre Schaeffer, et je me suis demandé s’il pourrait être pertinent d’utiliser ce même processus avec le métal. Finalement, la réponse à cette question, c’est non, parce que les principes sont différents, mais j’ai néanmoins utilisé mon expérience d’électroacousticien pour explorer cette matière sonore particulière qui est caractéristique du métal. Je m’intéresse énormément à l’hybridation des genres et je voulais trouver une façon de lier ces deux univers ; c’est là qu’arrive l’idée du Chœur de growlers.

PAN M 360 : C’est amusant de constater que le produit de cette hybridation entre le métal et l’électroacoustique peut même être présenté sans aucune amplification, ce qui, par ailleurs est aussi peu courant que l’on parle d’un genre ou de l’autre.

PIERRE-LUC SÉNÉCAL : En fait, pour nos deux prochains concerts, l’un sera entièrement acoustique et l’autre pas du tout. C’est-à-dire qu’au FIMAV le chœur sera accompagné d’une bande et chacun-e des growlers sera amplifié-e, tandis que dans le concert « Extrêmes vocaux », que nous présenterons à Montréal le 18 juin, les growlers seront jumelés à Temps fort, un chœur classique, et le concert, présenté dans une église, se fera sans aucune amplification. Dans ce cas-là, j’ai réarrangé ma pièce The Dayking (2019) pour que la partition électroacoustique originale soit interprétée par le chœur.

PAN M 360 : Dans un chœur comme dans l’autre, ça prend des gens ouverts d’esprit !

PIERRE-LUC SÉNÉCAL : En effet, et les chanteurs et chanteuses qui forment le chœur de growlers le sont certainement. Je les emmène dans toutes sortes de directions… Ces deux derniers mois, on a répété The Dayking, qui est plutôt du genre dark ambient, mais aussi Le ultimatum, de Pascal Germain-Berardi [qui est l’un des growlers, mais aussi le chef et directeur artistique de Temps fort], qui se rapproche beaucoup de la tradition classique, avec des influences de Poulenc, de Bruckner ou de Brahms, et on prépare aussi pour le FIMAV Hate.Machine, qui emprunte aux méthodes expérimentales de studio et aux « clichés » du métal, avec de la guitare et de la batterie, et une autre pièce plutôt dans le style bruitiste, comme je le pratique moi-même en tant que membre de la chorale JOKER, que mène Joane Hétu. En bref, les growlers ne refusent aucune exploration et, en ce qui me concerne, je pense qu’on peut imaginer des rapprochements entre toutes les musiques. C’est peut-être une manière de voir qui découle de l’apparition de la fonction « shuffle » dans nos habitudes d’écoute !

PAN M 360 : Et c’est aussi un principe de base de les programmations du FIMAV, où tous les styles, tous les genres sont appelés à se côtoyer.

PIERRE-LUC SÉNÉCAL : Tout à fait ! Je me souviens que lorsque j’y ai participé avec JOKER en 2019, après notre concert on a pu assister à celui du duo Senyawa d’Indonésie, qui collaborait avec le japonais Keiji Haino, puis à celui, très rock, de The Ex ! Alors, oui, tout peut coexister.

PAN M 360 : Même une quinzaine de chanteurs et chanteuses en temps de pandémie?


PIERRE-LUC SÉNÉCAL : Ha… Il a fallu faire preuve de courage, mais c’est le propre de tous les musiciens professionnels, nous n’avons que des contraintes ! Mais je dois dire que tout s’est bien passé et nous n’avons eu à déplorer jusqu’ici aucun cas positif à la COVID-19, alors on touche du bois.

https://www.kickstarter.com/projects/growlerschoir/extremes-vocaux-vocal-extremes/?fbclid=IwAR1G-iSL0VXc1nkCKXgXOQLb8CIPIOXcVLaQF_Lx7p7SK8cXLbnqO6GUK0Y

Pour soutenir la mise sur pied du concert du 18 juin, qui est présenté en collaboration avec Innovations en concert, il est possible de se rendre sur la page Kikstarter de Growlers Choir 

Le Chœur de growlers

22 MAI, 19h30, dans le cadre du FIMAV

https://www.fimav.qc.ca/fr/le-choeur-de-growlers

Chœur classique Temps fort + Chœur de growlers

18 juin, 19h30, Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (4215, rue Adam, Montréal

À voir: « The Dayking »

Née à Jérusalem où elle entreprit des études musicales pour ensuite les compléter aux États-Unis, la chanteuse et compositrice Ayelet Rose Gottlieb  a vécu plusieurs migrations avant de s’établir récemment à Montréal, avec mari et enfants. Ses pratiques d’intégration de cultures moyen-orientales et occidentales dans une approche contemporaine l’ont menée à investir des réseaux importants de l’avant-garde. 

Elle a chanté notamment au sein du groupe vocal Mycale, dont deux enregistrements figurent dans la collection Masada Book Two chez Tzadik, le label de John Zorn avec qui elle a collaboré. À Vancouver où elle a résidé pendant quelques années, elle a collaboré notamment avec le clarinettiste François Houle et la chanteuse DB Boyko. De Montréal, elle a rebâti son véhicule d’expression, formation pluraliste réunissant des artistes issus de tous horizons, en plus de mettre de l’avant les ateliers Vocal Intensive.  

Le plus récent de sa dizaine d’enregistrements s’intitule 13 Lunar Meditations, créé de concerts avec des musiciens montréalais et autres collaborateurs. Ainsi, les mélomanes du Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) pourront voir et entendr Ayelet Rose Gottlieb chanter et diriger cette formation composée de Jennifer Thiessen, à l’alto,  la viole d’amour et au chant, Bernard Falaise à la guitare électrique, Stéphane Diamantakiou à la contrebasse, Ivan Bamford à la batterie, Hamin Honari aux percussions.

 

PAN M 360 : De Jérusalem à Montréal, il s’est passé des choses de votre côté! Pourriez-vous SVP en décrire la trajectoire?

AYELET ROSE GOTTLIEB : J’ai grandi en Israël mais j’ai quitté le pays il y a longtemps. J’ai vécu à Boston, New York, en Nouvelle Zélande, je fus brièvement de retour en Israël, puis j’ai passé par Londres, Vancouver et Montréal où je suis établie depuis trois ans. Mon mari y travaille dans le cinéma d’animation, il a trouvé un emploi ici et nous nous y sommes établis avec nos trois enfants en bas âge. Nous avons beaucoup déménagé (rires) , mais j’ai aujourd’hui le sentiment d’avoir trouvé mon vrai domicile. Je peux m’imaginer y passer ma vie entière, la perspective d’y mourir ne me rend pas triste (rires). 

PAN M 360 :  Évidemment, l’atmosphère de Montréal est beaucoup moins tendue qu’en Israël ou dans plusieurs métropoles occidentales. Comment voyez-vous le contraste?

AYELET ROSE GOTTLIEB :  Ayant grandi à Jérusalem, j’ai été rapidement habituée à vivre sous tension. Ce qui s’y passe actuellement est vraiment crève-cœur pour ses communautés… mais ce qui n’est pas nouveau… Alors bien sûr, il y a des choses à Montréal que je n’apprécie pas, mon impression générale est néanmoins la suivante : il y a  ici une super  communauté artistique, il y a énormément de créativité, il y a le pluralisme, une grande diversité de communautés. Je vis à NDG, c’est plus facile pour moi qui ne parle pas encore français couramment vu notre arrivée récente. À la maison, nous parlons hébreu. Mon mari et moi sommes originaires d’Israël, nos familles respectives y vivent toujours. Ma famille me manque, la cuisine et le climat me manquent mais… les tensions constantes et les agendas politiques, non ça ne me manque pas du tout!

PAN M 360 :  Vous êtes quand même fière de perpétuer la culture juive à travers votre art et votre culture au quotidien. Comment cela se manifeste-t-il?

AYELET ROSE GOTTLIEB :  Je continue à lire l’hébreu et à le parler avec mon mari et mes à mes enfants qui sont en train de devenir trilingues. Je reste donc très connectée à ma culture juive et Montréal me donne aussi la chance d’y rester connectée. Je suis donc très heureuse d’être devenue citoyenne canadienne, aussi attachée à la communauté artistique de Vancouver où j’ai eu mes trois enfants. Or, cette ville est très chère et tous mes amis doivent résider en lointaine périphérie de la ville, Alors j’avais  du mal à les visiter et je me suis sentie isolée avec mes petits. J’ai toujours eu le sentiment que mon séjour à Vancouver serait temporaire, j’étais donc mûre pour un changement. À Montréal, j’ai un fort sentiment d’appartenir à une communauté, le plus fort sentiment jamais ressenti dans toutes les villes où j’ai vécu. Ma vibration fonctionne très bien avec celle de Montréal!

PAN M 360 :  Votre récent projet inclut musiques traditionnelles et expérimentales, poésie et chant, improvisation libre, jazz, musiques écrites, bruitisme. Comment en êtes-vous venue à cet éclectisme extrême?

AYELET ROSE GOTTLIEB : J’ai grandi dans un milieu où plusieurs cultures se sont croisées. Ma propre famille a des racines juives irakiennes, sépharades de culture latine, ashkénazes d’Europe. Quand j’étais petite, mon père jouait la guitare, mon grand-père paternel la clarinette, mon oncle était aussi musicien amateur et possédait une énorme collection de disques, pop, électronica. Ma famille aimait le jazz et la musique classique. Nous écoutions aussi des musiques arabes, de la chanson française, du flamenco, il régnait donc une grande diversité musicale dans mon environnement. Adolescente, je me suis intéressée au jazz contemporain, au free jazz et autres musiques improvisées. De manière générale, j’écoutais donc tout ce qui m’intéressait sans me soucier du genre. Tous ces sons jouaient dans ma tête lorsque j’ai commencé à composer.

PAN M 360 : Vous avez pu compter sur une excellente formation académique, qui s’est amorcée par une rencontre cruciale à Jérusalem.

AYELET ROSE GOTTLIEB : J’ai travaillé avec des musiciens de jazz atypiques,  je pense d’abord au regretté saxophoniste et pédagogue Arnie Lawrence, avec qui j’ai travaillé à l’adolescence et au début de l’âge adulte. À New York, ce grand professeur avait fondé la New School for Jazz and Contemporary Music pour ensuite s’installer  en Israël, soit à Jérusalem où il créa l’International Center for Creative Music.  Avec lui, l’apprentissage du jazz était très différent, il t’amenait rapidement sur scène et t’incitait à développer une grande écoute d’autrui. De plus, il était inclusif, très ouvert à la communauté arabe; avec lui, nous allions jouer à Ramallah aux côtés de musiciens palestiniens.  Alors il était pour moi naturel de joindre l’oud à un ensemble de jazz acoustique.

Lorsque, par ailleurs, j’ai étudié au New England Conservatory (Boston), je me suis familiarisée au style klezmer et à la culture musicale ashkénaze que je n’aimais pas vraiment lorsque j’étais plus jeune. Soudainement, j’ai apprécié cette musique, et j’ai fait la rencontre du clarinettiste Michael Winograd devenu le directeur artistique de KlezKanada, avec qui j’ai enregistré un album pour voix, électronique et trois clarinettes.

J’aime toutes ces combinaisons,  mon territoire musical se trouve dans ce mélange et je ne me vois pas évoluer dans un seul des genres constitutifs de mes goûts musicaux. Mon éducation musicale est jazz et classique, mes oreilles sont ouvertes aux musiques juives,  arabes et tant d’autres styles que j’accueille très naturellement dans mes compositions.

PAN M 360 : Au-delà des styles impliqués, les formes de votre œuvre sont aussi variées. Pourriez-vous nous les décrire sommairement?

AYELET ROSE GOTTLIEB :  Je ne veux me limiter d’aucune façon. Si quelque chose peut ressembler à une chanson, eh bien une chanson peut naître, comme  la pièce Venus and the Moon sur mon dernier album. Il m’arrive aussi d’opter pour d’autres formes comme celles inspirées des  mélopées d’Oum Kalthoum. J’adore ces formes longues au cours desquelles surgissent différents éléments sonores. J’aime aussi écrire des cycles de chansons autour d’un thème, jeu peux composer pour quatuor à cordes et percussion et exprimer le processus du deuil,  je peux m’inspirer des textes à saveur érotique du Cantique des cantiques., etc. J’aime créer à partir d’un thème et ensuite le déployer sur différentes formes musicales. Musicalement, le choix d’un sujet me permet d’éviter l’éparpillement et d’aller partout où je veux : poèmes épiques, musiques improvisées, chansons, ou formes longues vivent sous un même toit.  En fait, je ne me vois davantage comme une compositrice qu’une songwriter, car ce qui peut ressembler à des chansons dans mon art est généralement intégré à des formes plus vastes. Mon travail ressemble davantage à une arche de créations musicales impliquant plusieurs approches, ficelées par un thème commun. 

PAN M 360 : Vous pouvez compter sur un nouveau groupe, pluraliste et fort intéressant. Comment l’avez-vous constitué ?

AYELET ROSE GOTTLIEB : Stéphane (contrebasse) et Ivan (batterie) ont joué sur mon dernier album, ils collaborent avec moi depuis quelques années, ils sont de formidables musiciens. Bernard Falaise est un superbe guitariste que j’avais entendue  pour la première fois aux Suoni per il Popolo. Jennifer (alto)  est une merveilleuse altiste, avec qui j’ai étudié pendant trois mois la méthode d’écoute profonde de Pauline Oliveiros et qui m’avait aussi été chaudement recommandée. Amin (percussion) est Canadien d’origine persane. Comme moi il était à Vancouver et s’est installé à Montréal, il est notre musicien invité. Ensemble, nous jouerons du matériel inédit, composé pour le FIMAV, aussi quatre ou cinq titres de mon récent album. Je souhaite évidemment jouer cette musique à Montréal le plus rapidement possible mais je n’ai encore rien prévu à ce titre. C’est tout un soulagement que de pouvoir se présenter de nouveau au public, après 15 mois sans pouvoir le faire  en ce qui me concerne.

Qui est Étienne Coppée, grand gagnant des Francouvertes, ce concours-vitrine pour les artistes émergents d’Amérique francophone depuis un quart de siècle cette année ?  

Non seulement a-t-il conquis le vote du jury et du public, mais encore est-il reparti chez lui bardé de   bourses et et de prix – la bourse SiriusXM, le prix Coup de cœur de la Fabrique culturelle qui vient avec l’enregistrement et la diffusion d’une session musicale par l’équipe de la Fabrique culturelle de Télé-Québec ainsi qu’une bourse de 1000$, une série de spectacles dans plusieurs villes du Québec, dont Sorel-Tracy, Lavaltrie, Châteauguay et L’Assomption et l’enregistrement d’une session vidéo dans les studios de Radio-Canada (Ici Musique). 

Étienne Coppée fait de la musique depuis 2016, il compte  quatre EPs à son actif sur de multiples plateformes en ligne. 

PAN M 360 vous offre un premier survol de la carrière émergente du cet artiste de 26 ans et un témoignage vibrant de son expérience vécue aux Francouvertes 2021.

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin


PAN M 360: D’abord, peux-tu STP te présenter en quelques mots ?

ÉTIENNE COPPÉE : Je suis Étienne Coppée, un humain qui fait de la musique et qui tend à faire du bien à travers cette musique-là.

PAN M 360 : Peux-tu nous décrire un peu ton univers musical ? 

ÉTIENNE COPPÉE : J’ai encore de la misère à décrire mon travail avec des étiquettes parce que, moi, naturellement, je vais dans beaucoup de sens. Je pense qu’il y a un folk doux, un gospel/ soul que je dirais pastoral mais pas dans la religion, plus dans le regroupement de personnes qui chantent avec toute leur âme. C’est de la musique douce… qui ne l’est pas tout le temps. Je pense que c’est le mot qui revient le plus pour me décrire et, plus ça avance plus…  Je pense que c’était vrai au début, mais que ce ne l’est plus… Oui, ce l’est, je pense que je suis une personne douce dans la vie et ça se transmet dans ma musique. Il y a donc quelque chose de doux, mais quelque chose de puissant en même temps. Finalement, je trouve que c’est de la musique du cœur pour les cœurs. C’est vraiment dans l’émotion. Je suis en train de composer, je continue à composer, et ça va un peu dans tous les sens. L’étiquette claire, le  folk soul, c’est juste que ça ne se dit pas bien. Avant toute chose, je pense que c’est de la musique pour les émotifs.

PAN M 360 : Quels en sont les thèmes de tes quatre EPs?

ÉTIENNE COPPÉE : Au final, ils constituent le journal de bord d’un gars de 21 ans au début, qui est en peine d’amour et qui se sort de tout ça, pas juste à travers la musique, parce que ce n’est pas vrai que la musique m’a sauvé. Jj’ai cette chance-là que quand je suis bien triste, j’ai un exutoire naturel qui est de créer. On tous des exutoires, c’est juste que moi je peux en faire un métier.  

C’est l’évolution d’un petit gars – on dirait qu’à 21 ans, dans ma tête, je me revois et j’étais vraiment un petit gars – qui est fasciné par les relations humaines, beaucoup amoureuses et éventuellement amicales, familiales. C’est ce qui revient toujours dans mes chansons. Qu’est-ce que moi je vis émotionnellement et comment essayer de le sortir en chanson de la façon la plus honnête possible? De la façon où moi je ne sens pas avoir travesti un peu une émotion à travers soit une métaphore, soit à travers une espèce d’histoire un peu inventée ? 

Tout ce qui est dans mes paroles est vrai. L’évolution, c’est vraiment ça. Ce que je trouve beau, c’est quand on écoute mes premiers EPs jusqu’à L’été indien de ta vie, mon dernier, c’est de passer de la tristesse à la lumière. Pour moi, une peine d’amour, je trouve ça beau, parce que nécessairement ça veut dire que tu as vécu l’amour. Je trouve que des fois on l’oublie, on est juste dans le négatif. D’aller sombre, d’aller dans des recoins pas le fun de soi-même, je pense que ça  pousse à apprendre à se connaître, à tendre à être plus heureux ou plus soi-même après. Si j’avais à résumer ces EPs, c’est comment la tristesse peut se transformer en lumière, comment au final on sort grandi de tout ça, comment on  devient une meilleure personne. 

PAN M 360 : Comment as-tu vécu ton expérience aux Francouvertes?


ÉTIENNE COPPÉE : Bien! C’était le fun. C’était vraiment stressant. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de scène. Je n’avais pas de groupe avant les Francouvertes, c’est pour ça que je me suis inscrit, parce que j’étais tanné de choker, d’hésiter à me faire un groupe. J’avais cette vision de ce que je voulais que ce soit en spectacle et je me disais : « ça va être compliqué, il y a tellement d’harmonies dans ce que je fais, il y a tellement d’instruments… » C’est moi qui fais toutes les harmonies, il fallait donc trouver des gens et espérer ensemble se rapprocher de ça. 

Pour la dernière édition des Francouvertes, Ariane Roy qui est une de mes bonnes amies était parmi les finalistes. Il y avait aussi Valence que j’avais rencontrée dans une résidence artistique en Gaspésie l’été d’avant.  Je les regardais aller  j’ai vu leurs spectacles et je me suis dit c’est mon tour. Il faut que j’arrête de choker, je m’inscris à la prochaine édition, je monte un groupe et on verra ce que ça va donner.

On est au lendemain de la finale que j’ai gagnée. Il y a quelque chose de fou là-dedans, ça a été très intense émotionnellement. Il y avait une espèce de nuage qui était toujours au-dessus de ma tête,  « ce sont les Francouvertes, comment est-ce que je peux améliorer mon prochain spectacle? ». Par moments, c’était un peu intense, mais je vis mes émotions de façon très intense. Là, c’est le lendemain, et je le referais demain. Je capote ! J’ai un groupe maintenant. Juste ça, je capote. Et il est bon. C’est tellement de bons musiciens, ils chantent, ils se sont tellement donnés… Lundi soir, c’était une des premières fois que je sentais que ce n’était plus juste ma musique, c’était la leur aussi. On chantait, et c’était comme si j’avais pu arrêter de chanter et que ça aurait quand même fonctionné. Tout ça s’est tellement fucking bien passé !

PAN M 360 : On avait  l’impression que vous étiez tous des ami.e.s, que tu avais invité la gang d’ami.e.s avec qui tu vas chiller au parc à faire les Francouvertes avec toi.  


Étienne : Mais c’est ça. C’est plein de gens que j’aime beaucoup qui ne se connaissaient pas au départ. Ça aussi c’était le défi.  Moi j’ai beau être vraiment ami avec eux,  aujourd’hui, ils se connaissaient tous. Mais vraiment ! Flavie et moi sommes les meilleurs amis depuis secondaire II, ça fait longtemps. Sabrina, on l’a rencontrée à Petite-Vallée. Dans les dernières années et pendant un bout, c’était nous trois le groupe, et on faisait des spectacles d’appartement, on chantait à trois voix. Bruno, c’est mon ami maintenant, il était à l’origine le coloc d’un super bon ami, Jim(m)(y)(i) que j’ai rencontré lorsqu’ il faisait de la musique. Julien, c’est le coloc du chum de Flavie, qui lui aussi fait de la musique.Et Simon, il a travaillé sur tous mes projets en tant que réalisateur. Je lui avais demandé s’il aimerait jouer lorsque je ferais un groupe. Il habite à l’Île d’Orléans, ce n’est pas à la porte, et il m’a dit : « oui, je suis vraiment vraiment down, je serai là pour tous les gros spectacles.”

Tous ces gens-là se sont rencontrés dans le processus, hier soir, c’était la première fois que je sentais que vraiment on était rendu une gang d’amis pour vrai. On était dans la loge avant, on chantait nos chansons, et c’était naturel, comme des amis. Pour moi, c’était la chose la plus importante: est-ce que je vais trouver de bons ami.e.s que j’aime et qui sont capables de ce quelque chose d’émotionnel qu’il faut avoir pour chanter ma musique comme moi je l’entends ?

Plusieurs planètes se sont alignées. Lundi soir, j’avais des frissons de nous voir de même. Et si tu as ressenti ça devant un écran, je pense qu’on a réussi notre pari. Je pense que ça n’aurait  pu être autrement pour un groupe qui chante du Étienne Coppée.


PAN M 360: Pourquoi, selon toi, as-tu tout raflé lundi soir?


ÉTIENNE COPPÉE : Je ne pense pas que ce soit à moi de dire pourquoi. J’ai confiance en mon projet, j’ai confiance en mes chansons. Quand je compose une chanson et qu’elle me touche, j’ai cette impression qu’elle peut vraiment faire du bien aux autres, mais ce n’est pas à l’artiste si c’est bon ou pas. Je ne suis pas en train de dire « question de marde! », mais je pense qu’on est rendu dans une époque où l’honnêteté fait du bien.

On est moins dans cette espèce de dynamique de la super star qui est Céline Dion qui n’appartient pas à notre monde. Je pense qu’on est rendu à une époque où on a envie de voir des gentils qui nous représentent dans les sphères médiatique et artistique. Je pense qu’on est rendu dans une époque où un homme peut être fucking émotionnel et ça fait du bien. Je pense que je coche ces trois cases. 

J’essaie d’être le plus honnête possible. Je pense que tout ça est drivé par une espèce de talent à écrire des chansons que je n’explique pas. Comme j’ai des ami.e.s qui ont un talent  pour parler devant une classe de secondaire deux sont capables de faire en sorte que des jeunes aiment apprendre le français. 

Moi, j’ai un talent qui me permet de transformer une émotion en chanson et ça, ça peut faire en sorte que des gens soient touchés, c’est génial. Mais je pense surtout que ça se trouve dans l’honnêteté de ma proposition et dans la vulnérabilité de ma personne. 

Il y a des moments où je n’avais aucun fun à faire les Francouvertes parce que j’étais trop stressé, trop anxieux. On a travaillé le plus fort possible pour arriver à quelque chose, ça a payé. Moi, bien sûr, je vais mettre 150% de ma vie pour que ce projet-là marche, c’est le mien, mais je pense qu’il y a des gens dans ce processus-là, par exemple Nico Ouellet et Phil Brach qui ont fait la mise en scène, ils se sont tellement donnés et c’était juste de beaux échanges. Je ne sentais pas que c’était juste « vous avez un travail, vous êtes sur le payroll, s’il vous plaît montez-moi un spectacle. » Quand il y a beaucoup de cerveaux et beaucoup de cœurs dans quelque chose, ça se sent. Moi tout seul, je n’aurais jamais pu me rendre en finale des Francouvertes. 


PAN M 360 : Hier, tu as offert deux chansons qui ne se trouvent pas sur quatre EPs, alors peut-on s’attendre à un nouvel EP ou un album sous peu bientôt peut-être?


ÉTIENNE COPPÉE:
On peut vraiment s’attendre à de la nouvelle musique. Je n’ai pas envie de donner de date de sortie, parce que… même d’un point de vue marketing, c’est le fun de se faire surprendre. Alors plein de belles choses vont sortir. Oui, il y a de nouvelles chansons et je continue à écrire, j’ai hâte de pouvoir le partager.

Crédit photo: © Frédérique Ménard-Aubin

Jerusalem In My Heart, projet artistique mené par Radwan Ghazi Moumneh, est en soi une posture politique, un angle d’attaque, mais d’abord une vision artistique du Moyen-Orient contemporain à travers le son et l’image.

Et pourquoi donc un Montréalais né au Liban natal porte-t-il Jérusalem dans son coeur? Parce que la ville sainte des chrétiens et musulmans fait l’objet de tensions depuis des temps immémoriaux. Parce qu’elle est un puissant symbole de la fracture moyen-orientale.

La conversation qui suit coïncide avec une conjoncture inquiétante, amorcée récemment à Jérusalem par des affrontements entre juifs et arabes. Comment alors éviter le sujet avec le maître d’oeuvre de Jerusalem In My Heart ?

Ce nouveau et triste chapitre israélo-palestinien touche la planète entière : colonisation brutale par les fondamentalistes juifs au coeur des quartiers arabes de Jérusalem, rixes dans la ville sainte, réaction violente du Hamas suivie d’une méga-riposte de l’armée israélienne à Gaza, on n’ose pas imaginer la suite. En bref, un des plus violents affrontements israélo-palestiniens observés depuis belle lurette, avec les conséquences asymétriques des dégâts dans les camps opposés … au détriment de devinez qui.

Engagé certes, le concept Jerusalem in my Heart n’est pas vraiment un manifeste ni une profession de foi . Engagée, l’approche audiovisuelle de Radwan Ghazi Moumneh se fonde d’abord sur une recherche formelle, une quête artistique: orientaliser le champ des musiques contemporaines, électroniques, ambient, ethereal wave, instrumentales ou électroniques.

De Montréal, il apporte actuellement les dernières retouches d’un album à paraître en septembre sous étiquette Constellation et se prépare au redécollage sur scène de Jerusalem in My Heart, soit ce jeudi, 18h, au festival Santa Teresa – pour infos, c’est ICI

PAN M 360 : Que s’est-il passé de votre côté depuis les débuts de la pandémie?

RADWAN GHAZI MOUMNEH :  En mars 2020, nous tournions en Espagne, et tout s’est effondré. Nous devions jouer ensuite à Lisbonne, en Italie et au Liban. Nous avons dû annuler le reste de la tournée. La pandémie fut pour moi un choc, rompre avec la tournée et me retrouver du jour au lendemain  24 heures sur 24 en famille avec ma conjointe et nos deux enfants très jeunes.  La garderie, ouverte depuis juin dernier, nous a beaucoup aidés en revanche. On n’a pas été contraints comme les parents qui ont des enfants en âge scolaire.

PAN M 360 : Côté créatif, où en était Jerusalem in my Heart avant le confinement ?

RADWAN GHAZI MOUMNEH : Il y a 14 mois, je présentais un nouveau spectacle créé de concert avec la cinéaste Erin Weisgerber, qui crée les environnements visuels. Elle m’avait été recommandée par Charles-André Coderre – qui a cessé ses activités avec moi. Erin fait partie du collectif Double Negative, elle est originaire d’Edmonton et vit à Montréal depuis une quinzaine d’années. Elle est une artiste formidable!

PAN M 360 : Vous reprenez du service, donc. Quelle sera la matière au programme?

RADWAN GHAZI MOUMNEH :  À Santa Teresa, nous présentons des nouvelles pièces d’un nouvel album à paraître, et dont la matière a été créée l’hiver dernier. Il nous a fallu user de plusieurs stratagèmes pour arriver à préparer ça à distance dans nos appartements respectifs. Très complexe! Tout ne sera donc pas super raffiné car ce sera la première fois. On pourra alors commencer à peaufiner le produit sur scène, en tester la matière avec Erin. Nous devrions être beaucoup plus avancés dans quelques mois, soit lorsque notre album sortira en septembre chez Constellation. Donc j’ai très hâte de présenter ces nouvelles musiques au public. 

PAN M 360 :  Votre dernier album, Daqa’iq Tudaiq, est sorti en 2018. Quel est le lien conceptuel entre cet album et le prochain?

RADWAN GHAZI MOUMNEH :  Le lien réside dans le lien avec la question libanaise mais musicalement, ces deux albums sont extrêmement différents. Pour le dernier album, l’approche était souvent « hyper-orientale », inspirée par la musique classique arabe et déclinée de manière  contemporaine. J’avais travaillé avec un grand orchestre de Beyrouth et j’avais réarrangé. Les intentions sont différentes dans le nouvel enregistrement; pour chaque pièce, il s’agit de faire ressortir les émotions sous-jacentes à un travail collaboratif. Pour le nouvel album, l’idée d’orientaliser une personne devient le thème, c’est-à-dire prendre quelque chose de l’Orient et le greffer à sa personnalité, son identité, ceci impliquant des aller-retours entre la personne et la source d’inspiration. Ce n’est pas toujours évident d’emblée, mais on finit par identifier ces connexions lorsqu’on écoute attentivement.

PAN M 360 : Il est donc question d’un album collaboratif. Quelles sont ces collaborations ?

RADWAN GHAZI MOUMNEH : Elles sont très variées :  Tim Hecker (Montréal) , Alanis Obomsawin (Montréal), Moor Mother (Philadelphie), Lucrecia Dalt (Berlin), Roger Tellier-Craig (Montréal), le groupe Oiseau-Tempête (Paris), Sharif Sehnaoui (Beyrouth), etc.

Ce sont des artistes avec qui j’ai des affinités artistiques, j’en ai fréquenté certains qui sont devenus de vrais amis. 

PAN M 360 :  Ce nouveau projet est donc la continuation d’une même idée : injecter la culture libanais ou moyen-orientale dans des musique expérimentales aux contours ambient, bruitiste, darkwave ou ethereal wave. On imagine que les deux ou trois dernières années libanaises ont été des sources d’inspiration pour le moins éprouvantes, n’est-ce pas?

RADWAN GHAZI MOUMNEH :  Oui. Le prochain album s’intitulera d’ailleurs Qalaq, qui signifie en arabe inquiétude profonde. D’une certaine façon, mon travail est aussi un reflet de la crise sociale et politique au Liban. Il y a 5 mois, je suis rentré à Beyrouth pour quelques jours afin d’aller y reconduire mes parents après un séjour de quelques mois passé à Montréal durant la crise pour changer d’air un peu, pour y  être en sécurité après la grande explosion. Quand je suis rentré, j’ai pu voir l’ampleur des dégâts. Lorsque ça s’est  produit l’été dernier, ce fut pour moi très dur de ne pas y être. Le bureau de ma sœur a été pulvérisé, elle est revenue s’établir à Montréal, complètement traumatisée. C’est très dommage…  le Liban peut être autre chose que ça!

PAN M 360 : La conjoncture est carrément explosive dans la région, les récents événements à Jérusalem et à Gaza confirment d’ailleurs la pertinence de votre projet artistique! Comment, au fait, réagissez-vous aux récents événements en Israël?

RADWAN GHAZI MOUMNEH : C’est épouvantable, c’est dégueulasse. Le terrain gagné par les Juifs fondamentalistes à Jérusalem, c’est complètement absurde. Depuis que  je suis né, combien de fois ai-je assisté à ça…. Mais cette fois, il y a peut-être un peu d’espoir, malgré le niveau élevé de violence, de mortalité, de tragédie, de tristesse. Plus que jamais, je vois tous les gens de ma communauté artistique, ceci incluant des juifs d’Amérique du Nord, exprimer leur soutien aux Palestiniens. Je vois même mes amis juifs formuler une critique ouverte contre l’État israélien et ses crimes de guerre, ce qui me donne de l’espoir. La situation actuelle devient très problématique pour les Israéliens qui ne peuvent plus se cacher derrière les sempiternelles excuses de légitime défense. Alors une proportion de plus en plus grande d’Israéliens s’inscrivent en faux contre les actions gouvernementales actuelles, bien qu’ils n’aient pas l’espace médiatique pour s’exprimer. Les yeux du monde sont tournés vers Israël, le niveau de conscience n’est plus le même. 

 

Hildegard est le projet commun de la chanteuse art pop et indie folk Helena Deland ainsi que de la multi-instrumentiste et productrice électro et DJ Ouri. 

Différentes en tous points au premier abord, ces deux Montréalaises d’adoption se rencontrent au cœur de la tempête et y aménagent ensemble un gite de création.

Ouri apporte au concept une production hypnotisante et une vibration nocturne, alors que Helena y procure un chant évoquant des incantations dont nous aimerions avoir le secret.

Bien que de courte durée (28 minutes), ce premier enregistrement de Hildegard est la preuve bien vivante que des individualités distinctes peuvent former un tout cohérent. Espace de lumière, propice à la magie.  

« If I could see myself from behind / Me and I would get along so fine » entend-t-on dans le deuxième extrait .

On n’assiste donc pas à la juxtaposition de deux projets musicaux, mais bien à la naissance d’une entité créatrice. D’où l’intérêt de PAN M 360 à interviewer Ouri et Helena Deland.

PAN N 360 : Hildegard, c’est huit chansons, nommées ‘’jour 1’’, ‘’jour 2’’ ainsi de suite jusqu’au huitième jour, et sont le fruit d’une journée passée ensemble à collaborer. Peut-on voir une évolution, un changement dans le mood lorsqu’on écoute l’album ? 

HELENA DELAND : Oui, on va un peu plus loin dans l’émotion. C’est pour ça qu’on a choisi de mettre les chansons en ordre; c’est clair qu’il y a eu une évolution dans notre rencontre. Et même dans le processus créatif aussi! Il y a des moments où il est difficile de se pousser à produire et c’est cool de les souligner aussi. On était vraiment dans l’évolution de l’émotion. Au début, c’était tout feu tout flamme, il a fallu que ça retombe pour laisser place à autre chose. 

PAN M 360 : Dans votre album et même dans votre promo, vous mettez beaucoup de l’avant une certaine dualité; la confrontation des éléments, la production mordante d’Ouri contre la douceur connue des chansons chez  Helena. Comment en êtes-vous arrivées à collaborer ensemble ? 

OURI : Nous nous sommes rencontrées socialement d’abord, et on s’est retrouvées en studio des années plus tard pour commencer à créer. Puisque nous étions dans un groupe où les individus masculins étaient centraux, ça nous a pris du temps à nous connaître réellement et au final, on a compris qu’on s’entendait super bien.  Et c’est ce qui a été super en fait; on n’essayait pas de s’impressionner, ou de ramener l’une dans le monde de l’autre.

PAN M 360 : Aviez-vous des rôles respectifs dans la conception de l’album ? 

OURI : Naturellement, on a des spécialités différentes, mais en même temps, je pense qu’on s’est vraiment accompagnées pour explorer différents instruments, différentes approches musicales.Et ç’a s’est fait naturellement. Dès qu’il y avait une idée qui sortait, l’autre la recevait, et c’est comme ça que Hildegard s’est construit.

PAN M 360 : Ouri, tu as déjà dit dans une entrevue accordée à Radio-Canada que tu trouvais parfois la collaboration difficile, dans la mesure où les concessions sont de mise et que l’on perd sa chambre à soi pour créer. Quels ont été les défis pour Hildegard et sinon, quelles ont été les belles surprises ? 

OURI : Quand j’ai dit ça, je parlais d’une collaboration en particulier mais sinon, tout le reste des collaborations, c’est ça qui me donne envie de faire de la musique. Donc pour moi, ce n’est pas un défi, c’est ma chose préférée en musique. 

HELENA : C’est sûr que quand on travaille sur nos propres trucs, nous sommes toutes les deux contrôlantes de nos mondes musicaux individuels, mais le monde d’Hildegard se situe en dehors de ça. Et je crois que c’est évident pour nous deux que ça va dans une autre direction de ce dont on est capables de faire seules. Et c’est ça qui est magnifique, c’est l’entité qui sort de notre union. Ç’a été un projet collaboratif à toutes les étapes, on a été capables de se parler. Avec le temps, il y a eu des moments avec des micro-désaccords, mais on s’y attendait aussi.

PAN M 360 :  Il y a-t-il un thème central dans l’album ? 

HELENA :  Je crois que le côté lumineux de l’album représente la joie de se retrouver ensemble, et le côté plus sombre souligne que lorsqu’on a créé cet album, nous étions toutes les deux à une époque de nos vies où on réalisait que nous étions dans un monde masculin et qu’il est difficile d’être respectées d’emblée. Je me souviens de beaucoup frustrations, de déceptions.

OURI : C’est clair, parce que nous vivons dans un monde d’hommes, donc nous pouvons être admirées, ou même désirées, mais pas respectées. Et cela se ressent vraiment dans les discussions où les gens parlent de l’autre à nous, je ne sais pas… il y a parfois une certaine superficialité dans l’approche. C’est cool être admirée, mais encore plus d’être respectée, surtout musicalement, parce que c’est ça qu’on fait! 

PAN M 360 : Donc, c’était de sortir du male gaze, de sortir du regard de l’autre ? 

HELENA : Oui! Et, ça je le considère depuis ma vingtaine surtout, cette réalité-là, nous la comprenons entre femmes et nous avons des alliés chez les hommes, mais il y a quelque chose de vraiment puissant lorsqu’on se retrouve entre nous. Mais parfois c’est vraiment tough. Et je pense que de se retrouver juste nous deux, à créer de la musique, nous a vraiment fait du bien. Au final, c’est super excitant de savoir que notre album va sortir et être entendu.

PAN M 360 : On dit souvent de vous deux que vous êtes des Montréalaises d’adoption, mais Ouri, tu es née en Normandie et Helena, tu es née à Vancouver. Vous chantez toutes deux en anglais, dont sur Hildegard. Vous avez toutes deux pris d’assaut la scène anglophone et c’est manifestement réussi; Ouri a participé au prestigieux Redbull Music Awards et Helena a été remarquée par Pitchfork pour son premier projet solo intitulé Someone New. Recevez-vous la même reconnaissance, la même couverture médiatique de la part des anglophones que des francophones ? 

OURI : C’est clair que nous essayons toutes les deux d’ouvrir nos possibilités, nous n’avons pas envie de rester piégées dans un narratif, dans un système médiatique qui est super contrôlé. Je pense que nous avons toutes les deux inconsciemment envie de nous échapper de ça !  Donc, consciemment, je ne crois pas qu’on y pense, on ne  compare pas la réception médiatique que nous devrions avoir au Québec à celle d’autres artistes.

HELENA :  Oui, et je nous considère super chanceuses en général, et je comprends la curiosité de “si le français est notre langue maternelle, pourquoi on choisit de créer en anglais ?” Je la comprends, mais c’est sûr que ce n’est pas une réalité qui fait intrinsèquement partie de notre art, parce que dès que nous ne sommes pas en contact avec d’autres francophones, ce n’est pas vraiment sur la table. 

OURI :  Je me souviens d’un projet que j’avais sorti à l’époque qui avait eu une super réception en Inde! Et si j’avais écrit des paroles en français, jamais je n’aurais pu les rejoindre là-bas. Donc, ce n’est pas vraiment d’être reçue par les anglophones, mais plutôt pour parler à n’importe qui voudrait peut-être essayer d’absorber quelque chose… C’est possible dans n’importe quelle langue, mais c’est plus facile en anglais.

PAN M 360 : Helena, dans un article du Devoir, tu as qualifié ton premier album de féministe, en abordant des thèmes comme le male gaze et la validation des hommes. Ouri, dans une entrevue avec Michel-Olivier Harding en 2017, tu as dit que tu as « déjà peut-être ressenti le beatmaking à Montréal comme un boysclub, mais que c’était toi qui le projetais ». Quatre ans plus tard, ta vision a-t-elle changé ? Avec la naissance d’Hildegard, avez-vous l’impression d’avoir défoncé plus de portes ? 

OURI: Moi, c’est sûr que j’ai extrêmement hâte qu’il y ait plein de femmes qui fassent partie du milieu, mais après je veux dire, je ne peux pas forcer les gens à avoir envie de faire de la musique… Mais c’est sûr qu’il faut tendre la main pour que les gens croient en cette possibilité. On n’a pas envie de forcer les gens à faire des trucs, mais il faut mettre des trucs à disposition pour que les femmes soient naturellement incluses. C’est vraiment humiliant des fois de se faire approcher juste parce que tu es une femme ? Pas humiliant, mais c’est cool de parler de son art, et de ne pas parler de son sexe, de son genre. 

HELENA : Et en même temps, on le fait parce que c’est important. Il y a… de l’espoir, je crois que les choses vont s’améliorer pour toutes les questions d’inclusion de genre. On a déjà pris la bonne direction. Et tant mieux qu’on puisse encore en parler, en attendant que ce soit acquis. 

La sortie d’Hildegard est prévue le 4 juin 2021.

Hildegard se donnera en spectacle le 16 mai 2021 prochain au Salon Acoustique à 16h. 

Hildegard se donnera en spectacle au festival Santa Teresa le 23 mai prochain à 18h. 

J’ai profité de cette sortie pour m’entretenir avec le compositeur montréalais. Une rencontre lumineuse où l’on se sent privilégié d’être en présence d’un être humain aussi aimable, visionnaire, simple, discret, inspiré et important pour l’histoire de la musique, toute la musique!

Tim apparaît dans la fenêtre Zoom, et je lui demande rapidement pourquoi faire paraître trois albums d’un coup?

Tim Brady : La pandémie m’a laissé beaucoup de temps sur les bras, comme tout le monde! J’en ai profité pour créer et fignoler plein de matériel, et replonger dans mes archives. J’en ai eu assez pour trois disques, mais je me suis dit que ce serait plate d’étaler ça sur trois ans, alors je les ai sortis en même temps! Ça, c’est la raison pratique, mais il y a aussi une raison plus symbolique. En 40 ans de carrière, les médias en général n’ont jamais été capable de me mettre dans une catégorie (ils aiment ça les catégories!). Alors j’ai eu envie de faire un pied de nez, en toute gentillesse bien sûr, à cette obsession divisionniste en mettant sur le marché un grand package d’œuvres de nature très différentes les unes des autres, et de ce fait inclassables en tant que groupe!

Pan M 360 : Du nouveau et de l’ancien matériel, donc?

Tim Brady : Oui. L’ensemble est divisé en trois parties, comme le nombre de disques. La première partie est consacrée à mon travail en solo, avec échantillonnages et autres bidouillages électroniques, la deuxième est consacrée à mon concerto pour trois instruments Triple Concerto: Because Everything Has Changed (moi à la guitare électrique et à la programmation; Helmut Lipsky au violon et Shawn Mativetsky aux tablas et percussion). La troisième est centrée sur mes compositions en band de chambre. Comme tu le vois, plus on avance, plus le nombre de musiciens augmente!

Pan M 360 : À propos des archives, quelles sont-elles et pourquoi les avoir choisies?

Tim Brady : Revolutionary Songs est un enregistrement de 1995 que j’ai toujours aimé. Mais j’étais insatisfait du mastering. Je l’ai retravaillé en profondeur plusieurs fois, en 2007, puis en 2013. Cette fois, je trouvais que ça valait la peine de le publier. Comme j’ai dit, j’aime beaucoup cette pièce. As it Happened, toujours sur le 3e album, est un moment extraordinaire capté live par erreur! Le bouton Record a été activé au moment où moi et les musiciens on s’est mis à jouer pendant 30 minutes sans erreur, de façon idéale, et ç’a été capté. Il fallait que ce soit disponible!

Pan M 360 : Toi qui a grandi avec l’improvisation, de quelle façon ton utilisation de cet art a changé depuis tes débuts?

Tim Brady : C’est intéressant. Il y a 40 ans, j’étais soucieux des étiquettes. Est-ce que je joue du jazz, de l’impro libre, de la musique contemporaine écrite, de la musique actuelle? Aujourd’hui, j’ai envie d’utiliser le type de son, de rythme, de technique dont j’ai envie au moment où j’en ai envie afin d’exprimer les choses voulues au bon moment, peu importe l’étiquette. Si je veux un accord de fa majeur là, puis un cluster de 39 notes ici, suivi d’une impro ailleurs, je le fais. L’impro est un outil dans ma palette.

Pan M 360 : Qu’est-ce qui constitue l’élément le plus central de ta musique, dans ce cas?

Tim Brady :  La structure. Tu remarqueras dans toutes mes oeuvres une organisation, un squelette structurel qui organise les différents éléments, qu’ils soient écrits ou improvisés, tonaux ou atonaux, etc.

Branchez-vous sur le site Le Vivier pour avoir accès à la musique live de Tim Brady!

Pan M 360 : Le monde musical a grandement changé depuis 40 ans. En 1980, on était encore dans l’ère des Guitar Hero. Aujourd’hui, le Hip Hop et le Rap ont pris toute la place. Reste-t-il des Guitar Hero? Y a-t-il encore une pertinence à cela, et quel est l’avenir de la guitare électrique?

Tim Brady : C’est une question fascinante. Aujourd’hui, c’est sur Youtube que le rock et les guitaristes d’exception se font connaître. La radio, pour eux, c’est pas mal mort. Le rock est en train de devenir une source de réflexion pour les guitaristes de haut niveau. Ce n’est plus seulement un but, un objectif lié à la popularité ou au palmarès. Prenons l’exemple du rock indie : la frontière entre le rock et la musique de chambre contemporaine est souvent mince. Je reçois plusieurs courriels par année provenant de jeunes guitaristes qui m’interrogent sur ma démarche. Récemment, un Italien m’a contacté, il fait un doctorat sur ma musique!

Bien entendu, la base musicale de la guitare électrique restera liée au blues, le jazz, le métal et une forme de rock, mais je suis convaincu que la musique savante deviendra un nouveau pôle d’expression, qui pourra certainement créer des liens avec les autres. Il y a 40 ans, on était au max une dizaine de gars sur la planète à faire ce que je fais. Aujourd’hui, le nombre explose. La guitare électrique, tout comme le rock, sont en train de passer à l’Histoire. Dans ce processus, il y a une intellectualisation et une recherche de profondeur qui viennent avec et qui transforme la façon de percevoir l’instrument et tous ses paradigmes.

Pan M 360 : Comment te sens-tu face à ce phénomène, surtout considérant que tu fais partie des ‘’pionniers’’ de sa facette savante? 

Tim Brady : C’est le fun, je dois avouer. Je lisais l’article Wikipedia consacré à l’instrument un jour, et j’ai vu mon nom mentionné. J’en suis fier, c’est certain. Il y a même un Italien (un autre), Sergio Sorentino, qui a écrit un livre sur l’histoire de la guitare électrique, a inclus une section sur moi dans son livre, aux côtés de Fred Frith, Scott Johnson, et d’autres aussi importants. Ça flatte l’égo, bien sûr, mais ça me réjouit surtout de savoir que j’ai contribué positivement à quelque chose de durable!

Pan M 360 :  Dans ta musique, tu utilises la draperie électronique de façon large, pleine, presque symphonique. Je me trompe? Et sinon, pourquoi est-ce ainsi?

Tim Brady : Tu as raison! Mais je dirais même plus : quand je compose pour un orchestre, je cherche constamment à recréer un son de guitare avec pédale, et des effets connexes! Tout vient de là : je suis un guitariste électrique, et je joue toujours de la guitare électrique. J’essaie de jouer au moins deux heures par jour. Plusieurs compositeurs finissent par abandonner la pratique de leur instrument, et développent une conception plus ‘’abstraite’’ de l’orchestration. Moi, je ne suis jamais loin de mon instrument. Ça déteint sur mes partitions orchestrales, et à l’inverse, ça déteint aussi sur mon écriture électronique, qui ressemble, comme tu dis, à un orchestre qui ressemble à une guitare avec pédale, fuzz, et tout les reste! Je construis avec des masses, avec des densités, ou au contraire, je construis des lignes solistes. Mais je fais très peu de contrepoint. Tout cela vient de la nature de mon instrument, imprégnée en moi, et du fait qu’il est toujours au centre de ma pratique.

Pan M 360 : Revenons sur tes débuts : n’as-tu jamais eu envie d’être un Guitar Hero?

Tim Brady : J’ai eu cette envie, comme probablement tous les ados de cette époque qui jouaient (ne fût-ce que gratter) la guitare! Mon idole était Duane Allman.

Pan M 360 : Pourquoi as-tu changé de voie?

Tim Brady : La vérité se révèle en deux temps. D’abord, je suis le gars le plus straight du monde! Je ne fume pas, je n’ai aucun intérêt pour les drogues et je ne bois pas. Ça a toujours été comme ça, même quand j’étais jeune! Alors, la culture du rock ne m’attirait pas du tout. 

L’autre chose, c’est que pour être un bon musicien rock, il faut aussi être un bon compositeur de ‘’tounes’’. Il faut pondre des mélodies qui accrochent, et qui peuvent dire l’essentiel en 8 mesures. Je suis plus à l’aise avec des formes longues. Je l’ai accepté assez tôt dans ma vie, plutôt que de me battre contre une envie finalement peu compatible avec mon caractère.

Pan M 360 : Tu te rappelles la première fois que tu as réalisé qu’elle était TA voie?

Tim Brady : Oui, parfaitement. J’avais 27 ou 28 ans. Une de mes œuvres était enregistrée par Radio-Canada. C’était pour cordes et trompettiste improvisateur, le génial Kenny Wheeler en l’occurrence! Je me rappelle très bien m’être dit en écoutant les musiciens jouer : ‘’ S’tie, c’est ma musique ça! C’est moi qui a créé ces sons qui vont super bien ensemble! C’est ça que je veux faire!’’ J’ai pris conscience du pouvoir expressif de la musique, du moins telle que je voyais la puissance créative. Je ne l’ai jamais oublié.

Pan M 360 : Que prépares-tu de plus substantiel dans l’avenir prévisible?

Tim Brady : Quelque chose de gros et de fou. Un cycle de quatre opéras, intitulé Hope (and the Dark Matter of History). Les quatre opéras seront reliés par un personnage central qui revient dans chacun d’eux : un voyageur temporel. Ça me permettra ainsi de visiter quatre époques différentes : 1939, 1970, 2051 et 2056.

L’opéra de 1939 se déroulera à New York et sera situé dans les minutes précédant la montée sur scène au Carnegie Hall de Charlie Christian, le père fondateur du jeu de la guitare électrique! Dans cet opéra, il sera même question de Rufus Rockhead, une icône du jazz à Montréal, fondateur du fameux Rockhead’s Paradise à Montréal!

Pan M 360 : Et inspiration non reconnue (à mon avis) du festival de jazz!

Tim Brady : Un grand personnage en effet! Le deuxième opéra se déroulera en 1970 à Montréal, le 3e en 2051 à Toronto pendant une catastrophe climatique mettant en scène des humains et des êtres dotés d’intelligence artificielle et le dernier se passera en 2056 dans une colonie martienne. Si tout va bien, les opéras seront créés en 2022, 2023, 2024 et 2026

Pan M 360 : Wow! J’ai très hâte d’assister à cette tétralogie! Merci et bon succès!

Tim Brady : Merci!

LUMIÈRE, c’est le personnage étincelant et un peu fou créé par Étienne Coté. Il sort aujourd’hui 14 mai A.M.I.E.S.A.M.O.U.R, un album sur lequel il a travaillé pendant près de 5 ans. Il raconte une histoire haute en couleur prenant place dans un party tenu en 1971. Ode à l’amour, l’album mêle mélancolie, enthousiasme, comédie sur des influences rock et…. sous influence (théâtrale) de psychédélique hallucinogène.

Accompagné de Daphné Brissette et Naomie de Lorimier, LUMIÈRE interprète cette histoire avec théâtralité, son public pourrait être touché par la spontanéité et la maladresse de son personnage. Ses influences d’une époque révolue apportent une nostalgie à l’œuvre et sauront joindre un vaste public.

D’où cette conversation avec PAN M 360.

PAN M 360 : Pourquoi incarner LUMIÈRE dans cet album et non pas Étienne Côté ?

LUMIÈRE : C’est un personnage que je me suis créé. Ça me laisse plus de liberté. C’est un peu mon alter ego, mon idéal. L’idéal de moi-même. La personne que je ne suis pas capable de rejoindre en tout temps. J’aime le théâtre,  je suis une espèce de rêveur idéaliste mais… dans la vie de tous les jours, ce n’est pas viable. J’aime bien incarner ce personnage capable de ce que, moi, je ne suis pas capable. Ça peut être à toutes sortes de niveaux. Par exemple, c’est un personnage courageux, qui n’a pas peur de se présenter tel qu’il est. Alors que dans la vie, j’ai un peu peur de ce que les autres pensent de moi. Et puis ça permet de pouvoir se costumer ! Ça me donne une permission qu’autrement je ne me donnerais pas. Ça me permet d’être plus flamboyant. LUMIÈRE, c’est quelqu’un qui crie si ça lui tente de crier. Et puis je trouve le nom beau. Ça colle bien au personnage, au projet. On parle d’amour !

PAN M 360 : Et derrière le personnage, qui est Étienne ?

LUMIÈRE : Je viens de Saint-Antoine-de-Tilly – près de Québec. Je viens de la campagne. En ce moment je suis la moitié du temps à Montréal, l’autre moitié à Saint-Antoine, dans mon village natal. C’est là que j’ai commencé à faire de la musique et c’est l’endroit où je retourne toujours pour créer. J’ai une petite maison là-bas avec tout ce qu’il faut pour enregistrer mes maquettes, jouer de la guitare, chanter… Sinon j’ai étudié la musique. Au départ, j’ai déménagé à Montréal pour continuer mon bac en percussion classique. Pas du tout pour jouer dans un band, mais plus tard, je me suis joint à Canailles, un groupe qui n’existe plus aujourd’hui, mais avec qui a duré dix ans. J’ai fait cinq ans avec eux puis c’est là que j’ai commencé à travailler avec des groupes émergents à Montréal. Ça m’a donné une bonne idée de ce qu’était  ce métier-là, de jouer des musiques originales. Je pense que ça m’a donné confiance et à un moment donné, j’ai eu envie de composer mes propres chansons.

PAN M 360 : A.M.I.E.S.A.M.O.U.R raconte une histoire. Peux-tu nous dire de quoi elle parle ?

LUMIÈRE : C’est l’histoire de trois personnages, trois rôles complètement différents. On a BRIQUETTE, qui est comme la grande sœur et qui a une personnalité assez incandescente, assez directe. Elle ne laisse pas vraiment de place au doute ou è l’ambiguïté. Et ça vient aider LUMIÈRE. Au départ, LUMIÈRE est un personnage en quête d’amour, à la recherche de l’âme sœur. Dans la première chanson, on l’entend nous dire qu’il est finalement prêt à prendre le contrôle de sa vie, et qu’il a tout à gagner en étant lui-même et en allant vers les autres.

Il est ainsi  invité, avec le troisième personnage, CRISTALE, à un party  chez BRIQUETTE. Cette dernière leur offre des bonbons avec du LSD. Ils vont faire un trip qui va changer leurs perspectives sur les choses, sur le monde, sur leurs relations avec les autres, pour le meilleur et pour le pire.

Ensuite, il y a un bad trip dans cette histoire, dans la pièce FREUD.EST.MORT. Dans un party, c’’est le moment où on se rend dans la salle de bain et on réalise à quel point on est gelé. On se regarde dans le miroir, on ne se reconnaît plus. On se demande où on est rendu, qui on est. Est-ce qu’on est vraiment content d’où on est ? Est-ce qu’on s’aime ? CRISTALE accompagne un peu son ami là-dedans. CRISTALE, c’est le côté un peu plus doux, clairvoyant, spirituel. C’est peut-être aussi quelqu’un d’un peu plus anxieux. 

L’album décrit vraiment une espèce de courbe, comme l’amour nous fait vivre: des grandes joies, des grandes peines, des grandes déchirures, des grandes souffrances, des grandes jouissances. Ça dépend. C’est l’idée d’un cycle, qui commence un peu comme il finit, avec un nouveau départ.

PAN M 360 : L’histoire prend place en 1971. Pourquoi le choix de cette époque-là ?

LUMIÈRE : Cette époque-là m’influence beaucoup dans la composition. Mais c’est d’abord un trip de musicien cette affaire-là, puis après ça, je me suis mis à y donner du sens. C’est devenu une contrainte totale. On s’est mis d’accord qu’on était en 71. Qu’est-ce qu’il s’est passé en 1971 ? Les Beatles, mon band préféré au monde, ont chacun sorti un album solo. Des albums vraiment forts. En 71, on fait face à la réalité, peut-être qu’on va retomber en guerre. Donc il y a toujours le mouvement hippie, peace and love, mais peut-être plus mature, plus conscient. Et j’ai l’impression que durant les années 60-70, on avait moins peur de dire « Je t’aime » dans les chansons. Je trouve ça cool et important de le dire à nos amis et à nos amours. C’est idéalisé, mais ça laisse place à la réflexion. L’année 1971 c’est vraiment plein de choses qui viennent forger l’album. En studio, on utilisait des effets qui existaient en 71. On ne se permettait pas vraiment d’utiliser des effets numériques, des trucs qui sonnent trop modernes. On s’est contraints et ça nous a aidés à canaliser notre travail, à prendre des décisions. 

PAN M 360 : Vous nous faites voyager dans le temps…

LUMIÈRE : Absolument. Dans le communiqué de presse annonçant l’album, on parle “d’épopée croissante’ mais c’est aussi un album de décroissance. On vient chercher dans le passé et je veux que les gens prennent le temps d’écouter. Cet album m’a pris 5 ans et je pense qu’il est très bien ficelé. Ce n’est pas un album que je souhaitais instantané, je voulais qu’il soit durable. C’est ça l’idée de 1971. L’album est tourné vers une époque où la musique se consommait différemment. Était-ce mieux ou moins bon ? Je ne sais pas.

PAN M 360 : Daphné Brissette et Naomie de Lorimier participent à ce projet. Elles incarnent respectivement BRIQUETTE et CRISTALE. Qu’est-ce qui a motivé choix ?

LUMIÈRE : Ce sont des voix que j’aime énormément et ce sont aussi mes meilleures amies. Tous les gens qui ont travaillé sur l’album sont mes meilleurs amis, les gens que je préfère dans mon entourage. Je me suis entouré de gens que j’aimais. Noémie et Daphné sont des voix totalement uniques et totalement différentes. Daphné a une voix rauque alors que Naomie a une voix très douce et cristalline. Je trouvais ça intéressant de mélanger ces voix un peu à l’opposé, mais qui se marient tellement bien.

PAN M 360 : Quand on voit le vidéoclip de LE.DEFI.DE.L’AMOUR, on constate un gros travail sur l’aspect visuel et théâtral du projet.

LUMIÈRE : Pour moi, c’est super important. J’ai la chance d’être vraiment bien entouré. J’ai une équipe qui produit tout le visuell en lien avec la musique. On crée du contenu coloré, souvent théâtral. Personnellement, je m’accroche beaucoup à l’esthétique, à ce que quelqu’un dégage par son apparence. Le visuel, c’est important parce que ça fait rêver. C’est une assise pour ma musique. Alors c’est sûr que dans mon projet, je n’allais pas négliger ça. Je suis tout le temps là, à trouver des idées, mais on a quelqu’un qui travaille sur les costumes et le maquillage. On commence à avoir une équipe régulière qui travaille avec nous pour préciser la direction artistique, l’image, la réalisation…

PAN M 360 : Comment vous sentez-vous à l’idée d’enfin sortir ce projet ?

LUMIÈRE : J’ai vraiment hâte. J’ai eu beaucoup de bons commentaires sur les 4 titres qui sont sortis, mais j’ai hâte que les personnes puissent écouter l’album comme une œuvre en entier. Qu’ils puissent mieux comprendre et suivre l’histoire. Il y a un concept derrière l’album et les gens vont enfin pouvoir en prendre conscience.

PAN M 360 : Cet album, avec son côté visuel, sa trame narrative et sa théâtralité, se prêterait bien à un spectacle. C’est quelque chose que vous envisagez ?

LUMIÈRE : Oui absolument. C’est sûr qu’on va avoir des décors, des costumes. Moi j’envisage un show dans l’extravagance, la grandeur, le trip musical rock. Pour l’instant, on a des shows prévus en formule réduite. C’est correct aussi parce qu’il y a des chansons qui marchent très bien dans la formule guitare/voix. C’est d’ailleurs comme ça que je les ai composées. Mais j’aimerais vraiment ça qu’on puisse jouer en groupe. 

Julie Doiron et Dany Placard sont des habitués de la scène. Ensemble, ils cumulent  au moins 50 ans d’expérience! Cependant, pandémie oblige, ils ont dû perdre un tant soit peu leurs habitudes pour enfin reprendre du service. C’est un plaisir qu’ils retrouveront ensemble, ce vendredi 14 mai,  dans le contexte de la 3e présentation des Salons Acoustiques au théâtre La Chapelle. 

Armés de leurs seules guitares acoustiques et de leurs seuls organes vocaux, les deux complices présenteront une sélection de leur répertoire respectif ainsi que de nouveaux morceaux inscrits sur leur album collaboratif, JULIE/DANY,  prévu au début de l’an prochain.

Avant de ressentir le trac, les deux accordent une enrevue à PAN M 360. Et… pour acheter vos places aux Salons acoustiques, c’est ICI.

PAN M 360: C’est votre premier spectacle pandémique? Êtes-vous excités?

JULIE DOIRON: Moi je le suis!

DANY PLACARD: Moi j’en ai fait deux en octobre dernier. Celui-là, c’est  le premier depuis un bon moment et c’est le premier de JULIE/DANY !

JULIE DOIRON: J’en ai fait un au Nouveau-Brunswick durant le mois de novembre, mais c’est tout.

DANY PLACARD: Pour ma part, je me remets tranquillement au live. J’ai quelques dates de prévues cet été. Mais c’est sûr que c’est un peu surréaliste de pouvoir faire des spectacles quand il y a tant de gens qui meurent partout dans le monde. Je crois quand même que ça pourrait faire du bien aux gens d’avoir accès à une représentation.

PAN M 360: Lors du festival, vous allez présenter des morceaux de JULIE/DANY pour la première fois sur scène. Pouvez-vous décrire le projet?

DANY PLACARD: L’histoire de cette patente a commencé il y a deux ans en Abitibi-Témiscamingue. On a fait un spectacle ensemble pour la première fois là-bas. Nous avions monté un répertoire de nos chansons respectives pour les jouer en duo. Avec la pandémie, on s’est isolés ensemble au Nouveau-Brunswick. Là-bas, on a composé et enregistré tout un album. Par contre, il y a eu des complications. Rentrer au Nouveau-Brunswick, avec des frontières fermées; c’était plus dur que prévu.

JULIE DOIRON: J’ai un enfant là-bas. Il fallait que je reste là pendant la crise sanitaire. Avec les politiques d’isolement, j’ai presque dû annuler ma présence au spectacle. J’ai finalement eu une exemption et on a sécurisé un contrat de travail pour finir l’album au Nouveau-Brunswick avec Dany.

DANY PLACARD: Pour l’instant, JULIE/DANY inclut plusieurs morceaux grunge, psychédéliques et expérimentaux. Le spectacle qu’on va présenter est plus acoustique. On va éventuellement retravailler deux ou trois morceaux pour adoucir le tout.

JULIE DOIRON: L’idée originale était un vibe assez sweet; juste deux guitares et deux voix, mais…

DANY PLACARD: Les plans ont changé en studio. On a inclus de la batterie et soudainement…

JULIE DOIRON: On a commencé à s’amuser. Honnêtement, on pourrait présenter l’album tel quel.

DANY PLACARD: Mais on réenregistre parce qu’il y a plus d’anglais que de français sur le projet. On trouvait ça important d’avoir un ratio égal pour les deux langues.

PAN M 360: Allez-vous jouer l’entièreté de l’album pour votre spectacle?

DANY PLACARD: Non! Malheureusement, on a des chansons un peu trop rock. Elles ne se prêtent pas très bien à un spectacle acoustique sans microphones.  On va adapter certaines de nos chansons respectives pour les jouer en mode acoustique.

JULIE DOIRON: On a quand même quelques nouvelles pièces à jouer. Beaucoup de matériel a été enregistré en avril l’année passée. Nous n’avons pas pu les pratiquer ensemble depuis assez longtemps.

DANY PLACARD: Aussi, on ne veut pas vendre la mèche trop tôt. La sortie de JULIE/DANY est prévue pour février 2022. On se réserve 2 ou 3 ou 4 ou 5 ou… 6 surprises!

JULIE DOIRON: J’avoue aussi que j’aime jouer des chansons que je connais bien. C’est amusant de jouer du nouveau, mais je ne me vois pas faire un concert entier avec du matériel inconnu.

DANY PLACARD: Ça va être intéressant pour le public. On réinterprète beaucoup de nos chansons connues. C’est amusant de réaliser qu’on connaît une chanson, mais qu’elle est complètement différente. Dans le futur, on aimerait présenter le spectacle de deux façons: en duo, juste Julie et moi, mais aussi avec un groupe. Avec des musiciens, on pourrait vraiment jouer plus fidèlement ce qu’on a mis sur le disque.

PAN M 360: Avez-vous des chansons préférées dans le projet?

DANY PLACARD: Eh bien, on doit réécouter le tout bientôt pour être sur ce qu’on veut présenter. C’est sûr qu’il y a des chansons que j’aime plus, mais pour ma part ce sont les plus rock qu’on ne pourra pas jouer. Heureusement, on possède tous les deux une palette diversifiée dans laquelle on peut piger!

JULIE DOIRON: En même temps, on pourrait toujours adapter les chansons plus rock pour un spectacle acoustique. Dès la fin de cette entrevue, on prépare la liste de chansons pour le spectacle. Il y a beaucoup de morceaux que j’ai faits moi-même qui pourraient changer et intégrer le projet JULIE/DANY. On ne manque pas de choix !

DANY PLACARD: C’est un beau mélange de styles! Je travaille souvent avec des loops de batterie accompagnés de guitares. Je suis encore aussi dans le style psychédélique de mes deux derniers enregistrements. Pour les paroles, c’était souvent plus du ressort de Julie. Elle allait prendre un bain en écoutant ce que je faisais. Elle revenait dans le studio avec des textes tout prêts. On a des chansons plus agressives, mais on penche aussi vers le folk et le plus relax, du style de Gillian Welch.

JULIE DOIRON: J’aimerais juste préciser que pour le bain, c’est là où j’ai fait beaucoup de travail. Pour me détendre, j’ai besoin d’un bain. C’est là que j’ai écouté la plupart des compositions de Dany. Je n’y allais pas juste pour rien faire! J’ai écrit beaucoup là-dedans!

PAN M 360: Pour votre apparition aux Salon Acoustiques, ce sera juste vous deux. Est-ce un défi d’être seuls sur scène?

DANY PLACARD: Pas particulièrement. On l’a déjà fait en Abitibi et en tournée européenne. Souvent, on a ouvert nos spectacles avec un numéro en duo. On est habitué à travailler à deux, on sait qu’on forme une bonne équipe. Être juste deux nous donne beaucoup de liberté. On peut contrôler le tempo et vraiment s’entendre chanter.

JULIE DOIRON: Ça permet de bien communiquer quand on joue ensemble. Pour moi, jouer avec 2 guitares à la place de 10, c’est mieux.

PAN M 360: Est-ce plus compliqué de donner un spectacle avec des restrictions pandémiques?

DANY PLACARD: Non. Pour ma part, j’ai vu que le public est très respectueux. Le tout est très bien organisé. Après tout ce temps, les gens sont assez habitués aux mesures. C’est juste un peu dommage qu’on ne puisse plus aller parler au public après le spectacle. C’est un peu triste de sortir de sa loge, jouer, et rentrer immédiatement. Je crois quand même que ça en vaut la peine pour jouer en public.JULIE DOIRON: Avant de me remettre à jouer en live, je dois avouer que j’étais assez stressée de recommencer. Mais j’ai vu comment les équipes des salles de spectacles étaient professionnelles. C’était rassurant de voir la qualité des mesures adoptées. J’aimerais ajouter que le public est reconnaissant. Les gens sont heureux de pouvoir finalement assister à un concert! Être en salle, c’est partager une énergie avec tout le monde; c’est tout simplement magique. J’ai été surprise d’adorer refaire des concerts. J’en fais pourtant depuis 25 ans!  Après un an de confinement, il ne m’a fallu qu’une minute sur scène pour me rappeler à quel point j’aime ça ! On n’est pas sortis de la pandémie, mais ça fait plaisir de revenir un peu à… avant.

Au terme d’un cycle plus discret de sa vie publique, l’auteur-compositeur-interprète, Paul Kunigis revient avec Yallah, son nouvel album. Mosaïque d’influences et de cultures dans lesquelles le chanteur a baigné et bellement exprimé depuis l’époque de la formation Jeszcze Raz dont il était la figure de proue, ce projet se penche sur le temps et l’amour. Teintées d’une certaine mélancolie, les chansons de l’artiste montréalais véhiculent un message d’espoir à travers des thèmes sensibles et profondément humains. 

Paul Kunigis se distingue par la variété des langues via lesquelles il interprète ses chansons, mais l’empathie et la générosité portées par sa musique sont universelles. Huit longues années après la sortie de son dernier album, 1 Moment, durant lesquelles il a endossé les rôles d’écrivain, d’acteur et même de cuisinier, il se rassoit derrière son piano pour offrir à son public un album à son image : hétéroclite dans ses inspirations, mais cohérent dans ses intentions.

Le chanteur s’entoure d’une joyeuse équipe sur ce projet, avec notamment François Lalonde (entre autres à la batterie et la coréalisation), Yves Desrosiers (guitares, banjo…), Simon Dolan (contrebasse et basse), Caroline Meunier (accordéon), Marie-Soleil Bélanger (violon), Gabriel Paquin-Buki (clarinette), Blaise Margail (trombone), Jacques Kuba Séguin (trompette), Christine Tassan (guitare), Nathalie Cora (kora) et Julie Rousseau (voix). Complice de Paul Kunigis, la journaliste Agnès Gruda (La Presse) a quant à elle écrit les textes de quatre titres de l’album. 

PAN M 360 : On est ici pour parler de votre dernier album, qui s’intitule  Yallah, qui veut dire en arabe « Allons de l’avant ». Comment ce mot-là incarne-t-il l’essence de votre album ?

PAUL KUNIGIS : Ah ! Il est venu de lui-même. C’est un titre que je ne planifiais pas du tout. Quoiqu’une chanson s’appelait Yallah, écrite et enregistrée en Israël, soit dans un studio dans le nord du pays.

En Israël, on utilise énormément de mots dans le lexique arabe. On aime beaucoup la couleur des mots arabes, pour dire en un mot ce que quelqu’un d’Israélien ou d’Occidental dirait peut-être en 2 ou 3 phrases. C’est comme ça avec le mot Yallah. Ça signifie d’abord « allons de l’avant », mais ça veut dire aussi d’autres choses. Il y a tellement de nuances dans ce mot-là !

L’album a aussi beaucoup de nuances, et je me suis rendu compte vers la fin que le fil conducteur, c’est qu’on ne peut pas être immobile. Il faut toujours aller de l’avant. Oui, on vit une crise ? OK, on trouve une solution : on va de l’avant. On a une peine d’amour ? OK, on continue, on va de l’avant. 

Donc pour moi, c’est un mot qui, tout d’un coup, a signé tout ce qu’il y a dans cet album. Ce n’est même pas moi qui l’ai choisi. Pour l’anecdote, c’est l’ingénieur du son qui m’a appelé en disant qu’il n’y avait pas de titre, alors il a mis Yallah. Et j’ai dit oui, ce sera ça le titre. 

PAN M 360 : Vous chantez aussi bien en hébreu qu’en polonais, anglais ou français. Pourquoi ce choix de varier les langues ? 

PAUL KUNIGIS : Je suis né en Pologne, d’une mère polonaise et d’un père polonais et russe avec de la famille en Lituanie. Donc déjà, au départ, mon existence a été un petit peu compliquée. Je suis arrivé très jeune en Israël, à 3 ans, donc j’ai évidemment parlé hébreu. J’étais inscrit dans une école française parce qu’il n’y avait qu’une école catholique en Israël. Il s’est avéré que c’était une école française à Jaffa, qui est une ville arabe. 

Donc j’ai appris le français. J’ai appris l’arabe, forcément, parce que presque tout le monde parle un petit peu d’arabe. Après ça j’ai fait des études universitaires à Toronto où j’ai vraiment appris. C’est tout cela qui fait que je suis ce que je suis. Je n’arrive pas à décider quelle chanson sera en quelle langue. Elles viennent comme ça. 

Cela fait en sorte que j’ai des influences musicales de toutes sortes. J’ai été enfant de chœur à l’Église comme beaucoup de gens de ma génération. J’ai appris à chanter des chansons liturgiques, mais j’ai aussi entendu énormément de chansons yiddish de la part de la famille de mon père. Et puis, j’ai aussi été influencé par mon temps donc j’ai été élevé par les Rolling Stones, Led Zeppelin, les Beatles, Janis Joplin, et tout ce monde-là. Mais quelque chose est arrivé plus tard dans ma vie où j’ai décidé de mettre tout ça ensemble, et ça donne ça.

PAN M 360 : Les paroles que vous écrivez sont pleines de poésie, mais elles sont aussi porteuses de sens. Les thèmes que vous abordez sont très intéressants et on retrouve notamment une réflexion sur le temps qui fait écho à votre dernier album 1Moment. Qu’est-ce qui vous intéresse là-dedans ?

PAUL KUNIGIS : Oui, exactement ! Ce n’était pas voulu, mais sur le dernier album, je réfléchissais sur le temps. Je voulais le ralentir. Peut-être parce que je voyais mes enfants grandir, je me disais que j’aimerais être encore en mesure d’être présent, quand ils auront tel ou tel âge. Je les ai eus tard dans ma vie alors je faisais les calculs et je trouvais que le temps passait trop vite. Donc l’album parle du temps, mais en disant que, finalement, on n’a pas beaucoup de temps !

Donc il y a une urgence. La pandémie nous a montré qu’il y a urgence de faire certaines choses dans la vie. On pensait qu’on pouvait voyager à n’importe quel moment, mais on se rend compte maintenant que les plans peuvent être interrompus. Quand tu as de la famille éloignée géographiquement aussi, tu te rends compte de cette fragilité. Tu ne peux plus te déplacer comme tu le pensais.

PAN M 360 : Vous parlez d’amour aussi.

PAUL KUNIGIS : Oui, l’amour ne demeure pas pareil, nous autres non plus. L’amour, c’est un truc physique aussi, donc quand tu regardes dans le miroir, il y a des rides, il y a des choses qui se sont passées. Tu as perdu des cheveux, si tu es une femme tu as peut-être les seins qui pendent un petit peu. Le physique change, donc c’est normal que l’amour change avec, qu’il ait des rides aussi. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’aimer, encore.

PAN M 360 : Vous nous touchez avec l’histoire d’un réfugié qui traverse la Méditerranée dans  Lampedusa. Vous abordez le combat contre la dictature avec Maidan Tahrir. Pour vous, la musique est-elle vectrice d’un message politique ?

PAUL KUNIGIS : Absolument, et depuis toujours. Bob Dylan, si je recule des années en arrière, sa musique était politique. Il a renversé des gouvernements, je crois. Moi, je ne fais pas de la musique pour des raisons politiques, mais je veux souligner certains faits qui existent. Les chansons dont vous parlez ont été écrites par Agnès Gruda, qui est une journaliste à La Presse dans la section internationale et qui a vécu ces expériences dans des reportages.

Et quand j’ai vu les textes, je les ai trouvés formidables. Il y a un univers qui se dessine bien. Je trouve ça très particulier qu’une journaliste convertisse un reportage en poésie. Les textes ont été écrits il y a 6 ans et je les ai mariés à ma musique.

PAN M 360 : Je voulais aussi revenir sur le titre Sans nom. Ce n’est pas commun d’écouter une chanson qui parle de mères porteuses. Pourquoi ce sujet ?

PAUL KUNIGIS : C’est également Agnès Gruda qui a écrit ce texte-là. Elle a fait un reportage en Inde. Quand j’ai lu le texte, je me suis dit « Mon Dieu ! ». Ce sont vraiment de jeunes femmes. Des filles, même, de 18, 19, 20 ans. Ça m’a énormément touché. Peut-être parce que j’ai une fille. J’ai donc décidé d’en faire une chanson, en utilisant un style manouche. Ça fait comme un vieillard qui gratte la guitare pour raconter ce qu’il a vu.

Je n’avais jamais utilisé les textes de quelqu’un d’autre, mais Agnès a réussi à écrire quatre textes que j’ai pris. (Maidan Tahrir, Lampedusa, Canal St-Martin et Sans nom)

PAN M 360 : Vous vous apprêtez à jouer Yallah sur la scène du Ministère, à Montréal, et le  spectacle sera offert en webdiffusion. Comment vous sentez-vous à l’idée de remonter sur scène ?

PAUL KUNIGIS : Honnêtement, je me sens très fébrile. Ça, je ne l’ai jamais senti avant dans ma vie. D’abord, on a le contexte pandémique et je n’ai pas réfléchi énormément à ce que je faisais. En fait, je n’ai pas réfléchi du tout. En finissant l’album, un musicien m’a dit que l’album se prêterait bien à un spectacle, un jour. Mais pourquoi attendre « un jour » ? Ce serait contre la nature de l’album. Allons de l’avant !

Il y a une fébrilité pour moi et les musiciens. Pas juste parce qu’on n’est pas montés sur scène depuis longtemps, mais aussi parce que tout le monde est conscient que ça va être diffusé sur le web. Là, ce sera une occasion pour ceux qui me suivent depuis un certain temps dans plusieurs pays de nous voir. Et ça, ça me rend un petit peu nerveux. Mais c’est une bonne nervosité. Ça va être un spectacle extraordinaire, on va casser la baraque et ça sera inédit. Le plus grand défi, finalement, ce sera de transmettre notre énergie à travers l’écran. 

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La musique sur scène commence à reprendre ses droits, les premiers signes se manifestent depuis quelques semaines, et voilà ce bel épisode de retrouvailles entre musiciens et mélomanes à la Salle Bourgie :  l’Allemand Axel Strauss, violon, le Canadien et Québécois Douglas McNabney, alto, l’Américain-Israélien Matt Haimovitz, violoncelle, ainsi que le Québécois et Canadien Stéphane Lemelin, piano, tous renommés interprètes et pédagogues, pur jus McGill Schulich School of Music.

De Beethoven, ils joueront le Trio pour violon, alto et violoncelle no 3 en sol majeur, op. 9 no 1. De Brahms, de concert avec le pianiste Stéphane Lemelin, ils exécuteront le Quatuor pour violon, alto, violoncelle et piano no 1 en sol mineur, op. 25.

Pour commenter ce programme, le porte-parole de l’équipée est Douglas McNabney, chambriste de haute volée ayant tourné partout dans le monde et ayant collaboré auprès de grands interprètes canadiens ou étrangers.

Professeur à l’École de musique Schulich, Douglas McNabney en est aussi le doyen associé, Affaires académiques et étudiantes, et coordonnateur de la musique de chambre. Directeur artistique du Domaine Forget de 2001 à 2005 et au Toronto Summer Music Festival de 2010 à 2016, il est aujourd’hui responsable de la mise en œuvre de programmes innovants pour la formation de jeunes artistes – The Chamber Music Institute et The Art of Song.

L’altiste poursuit un programme chargé de concerts en tant que soliste et artiste invité dans des festivals et avec des sociétés et des ensembles de musique de chambre en Amérique du Nord et en Europe. Il a aussi enregistré à maintes reprises, dont les albums ici proposés – voir les lecteurs.

En outre, Douglas McNabney est le conjoint de la directrice artistique d’Arte Musica, Isolde Lagacé, leurs deux enfants sont également musiciens professionnels – Raphaël est contrebassiste chez les Violons du Roy et Mélisande est claveciniste et membre de la formation Pallade Musica.

PAN M 360 : Commençons par votre instrument: l’alto joue un rôle de plus en plus important dans le monde classique, on voit de plus en plus d’altiste s’imposer comme solistes, on constate aussi une hausse de la  reconnaissance des altistes au sein des ensembles.  Quelle est votre impression ? 

DOUGLAS MCNABNEY : Il est vrai que l’alto est mieux reconnu. Les musiciens sont attirés par le son et la couleur de l’alto, c’est la qualité principale de l’instrument. Il s’agit donc pour eux de développer et enrichir ce son. Comme je le dis à mes étudiants, c’est ce qui rend le sandwich intéressant (rires), l’alto étant au milieu des formations de chambristes ! (rires) Soliste, l’instrument prend aussi sa place, les compétences et réalisations des jeunes altistes québécois sont hallucinantes. Marina Thibeault, notamment, qui enseigne désormais à UBC (Université de Colombie-Britannique, Vancouver), Rémi Pelletier et Victor Fournelle-Blain ont aussi quitté le Québec et travaillent à l’Orchestre symphonique de Toronto (TSO). 

PAN M 360 : L’alto assure un rôle de soutien dans plusieurs configurations instrumentales. Quel est ce rôle aujourd’hui?

DOUGLAS MCNABNEY : Le rôle de soutien pour le violon en est un de couleur, ce rôle est très subtil. De manière générale, en musique de chambre, tu n’hérites pas de la ligne mélodique la plus difficile. Tu n’en détermines pas la direction harmonique comme c’est le cas de la ligne du violoncelle, mais c’est incroyable comment ce rôle peut influencer le résultat d’ensemble. Pendant l’exécution, l’altiste peut suggérer au violon de petits changements dans le son et dans le sens du rythme, le violoniste peut choisir de prendre cette direction. Il peut alors se produire des changements substantiels dans le son d’ensemble de la musique de chambre, dans sa dynamique ou dans sa rythmique. Tout ça se produit très subtilement, ce sont ces moments pour lesquels tu vis. Il faut dire que ces choses ne se passent pas en répétition mais bien sur scène. Et c’est pourquoi l’alto est selon moi l’instrument de musique de chambre par excellence.

PAN M 360 : Jusqu’où remonte votre collaboration avec vos collègues impliqués dans ces trios à cordes?

DOUGLAS MCNABNEY : Il faut remonter à l’embauche de Matt Haimovitz et Axel Strauss , je siégeais alors sur différents comités d’embauche à l’université McGill. Ce sont des collègues fantastiques, nous travaillons ensemble depuis près d’une douzaine d’années.

Matt est un véritable modèle pour les profils de carrière alternative, les étudiants peuvent s’y identifier.  Non seulement est-il un musicien d’exception mais encore est-il incroyablement polyvalent. Il peut très très bien se trouver dans un contexte classique, comme on pu l’observer récemment avec le pianiste et claviériste Christopher O’Reilley, et ensuite proposer un projet innovant. 

Axel, je l’adore. Son sens de l’humour est extraordinaire, il est vite, drôle, très attachant.  Il n’y a rien à redire sur l’excellence de son jeu et ses accomplissements, il a gagné nombre de compétitions à l’époque où il terminait ses études à Juilliard (New York). Il a vécu aux États-Unis depuis l’adolescence avant de se joindre à McGill. Il est très organisé, tout ce qu’il fait est parfaitement à point. C’est donc un grand plaisir de jouer avec lui; on sait toujours avec qui on a affaire et cela impose le respect. Ça rend les choses si faciles de jouer avec un tel musicien. 

PAN M 360 : Avec Matt et Axel, le projet de trio à cordes semble avoir pris de l’importance au fil du temps, n’est-ce pas?

DOUGLAS MCNABNEY : Nous devions jouer ce programme en mars 2020, nous voulions d’ailleurs jouer tous les trios pour cordes de Beethoven en trois programmes différents, et partager ces programmes avec des pièces pour cordes et piano sur Beethoven.  Le niveau d’intensité du contrepoint y est élevé, c’est dense tout au long de l’exécution, ce qui peut rendre l’appréciation difficile.  C’est à la fois un défi de composition et d’exécution, car vous n’avez pas cette voix supplémentaire d’un quatuor à cordes qui ajoute à l’harmonie. Les trios de Beethoven ont été composés au début de sa carrière, il se faisait alors les dents pour ses œuvres de musique de chambre, soit avant de composer ses quatuors à cordes.  Ainsi, nous travaillons sur ce répertoire depuis environ deux ans. Nous allions l’enregistrer mais la pandémie nous a arrêtés et reporté l’enregistrement aux calendes grecques.

PAN M 360 : Comment situer les trios à cordes dans le répertoire classique?

DOUGLAS MCNABNEY : Ces trios pour cordes de Beethoven sont selon moi sous-estimés, et on compte peu de trios à cordes dans le répertoire après la période classique. J’ai d’ailleurs une collection de partitions pour trio à cordes et les compositeurs sont généralement peu connus – notamment plusieurs Français, surtout au 20e siècle. C’est un répertoire inexploré, encore à découvrir. Les ensemble sont peu nombreux, à l’instar des oeuvres; on a eu le Trio Pasquier notamment, mais il existe aujourd’hui peu de formations professionnelles. Les trios à cordes, en fait, servent surtout à constituer des quatuors avec piano.

Lorsqu’on ne fait pas de quatuor à cordes qui est devenu une forme presque sacrée dans le monde de la musique de chambre, on se retrouve dans différentes configurations, moins courues, dont le trio. Pour moi  en tant qu’altiste, je peux dire que le trio est le véhicule principal de mon expression.  Et que nous sommes très heureux de renouer avec le public. Je ne sais pas si c’est nous ou les mélomanes qui avaient le plus hâte !

Pour la suite, on ne sait pas… Quelle sera la piste à suivre?

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