Conquérir le cœur du public québécois, c’est le défi que se donne le trio pop-rock OK Choral en sortant le 11 juin Le contour des ombres, un mini-album présenté par le groupe en première nord-américaine avec L’Ours (Label & Tournées). 

Originaire de la région Champagne-Ardenne au nord-est de la France, la formation a rassemblé des morceaux issus de son précédent album et des chansons inédites pour promouvoir son travail outre-Atlantique. 

Le groupe, composé de Grégory Blanchon à la voix et à l’écriture, Arnaud Lesniczek aux percussions et Eddy Lambin qui alterne entre la basse, la guitare et le clavier, compose sa musique en recherchant l’équilibre entre coldwave, rock et textes en français. 

Les paroles noires et intenses d’OK Choral nous transportent aux petites heures du matin, sur la piste de danse d’un club sombre où les corps se meuvent au rythme effréné du synthétiseur. 

Le chanteur du groupe, Grégory Blanchon, s’est entretenu avec PAN M 360 depuis la France, où le lancement du projet s’opère à distance.

PAN M 360 : Peux-tu me parler un petit peu plus de ce projet ?

Grégory : C’est vrai que le groupe existe depuis quelques années en France, mais on n’avait encore jamais exploité les possibilités qu’offrait le Québec. Dans ma vision, le Québec a toujours été un territoire important. On a travaillé principalement pour la France, puisque c’est notre territoire. On y a sorti un album et on l’a défendu pendant un an et demi avant que la COVID vienne stopper le tout, vers la fin de la tournée. Mais on avait dans l’idée d’essayer de se concentrer sur les autres territoires sur lesquels on aurait pu essayer de présenter notre univers, nos chansons… Puis le Québec, évidemment, c’est important pour nous. Notamment dans ce que l’on fait. Le Québec a un peu la même culture de la pop donc on s’y est toujours intéressé. En plus, il y a des artistes québécois que j’apprécie particulièrement et qui ont un univers proche. Avec le label québécois L’Ours, on a décidé de proposer d’abord un EP, avec certains titres inédits qu’on sortira quelques semaines après en France.

PAN M 360 : Avez-vous eu l’occasion de vous produire ces derniers temps ? Vous n’êtes pas trop rouillés ?

Grégory : [rires] Non ça va, ça fait plaisir de rejouer. Mais c’est vrai que pour le coup, on n’a pas joué depuis quelque temps avant la période de la COVID où, justement, on était sur des projets qui devaient aboutir au moment de la pandémie. On était un petit peu entre deux tournées. Donc ça fait longtemps. 

PAN M 360 : C’est la première fois que vous jouez pour le Québec ?

Grégory : C’est vraiment la première fois, oui. Dans le cadre de ce projet de défendre notre musique sur le Québec avec L’Ours, on avait aussi évoqué l’idée de faire quelques dates, éventuellement. Mais ça n’a pas abouti et derrière le confinement est arrivé. Donc voilà, ce sera la première fois.

PAN M 360 : D’après toi, le public québécois va-t-il différer du public que vous avez en France ?

Grégory : Oui, je pense, parce que c’est une autre culture, d’autres influences. C’est un territoire qui a une scène pop et rock assez forte avec des artistes qui ont un gros retentissement. Mais on a hâte de découvrir. Notre intérêt, c’est aussi de découvrir un nouveau public. Déjà en France, d’une ville à l’autre, l’accueil n’est pas le même. À Reims, on a la réputation d’avoir un des publics les plus froids de France, donc quand on va dans d’autres villes, on peut percevoir des différences.

PAN M 360 : Aujourd’hui, le registre pop/rock est de moins en moins jeune. À quoi ressemble votre public ?

Grégory : Oui, c’est clair qu’aujourd’hui la pop et le rock ne s’adressent plus à tout le public entre 15 et 25 ans. Après, ça nous est aussi arrivé aussi de faire des premières parties avec des artistes qui ont une audience hyper large. Je pense par exemple à Clara Luciani qui va toucher aussi bien des jeunes qui n’écoutent pas forcément du hip-hop et des gens plus âgés. Et ça fonctionne aussi. Mais effectivement, aujourd’hui, aussi bien en France qu’ailleurs, on est davantage sur un public entre 25 et 45 ans. 

PAN M 360 : Vous avez sorti votre album en 2018. Par la suite,  vous avez l’occasion de vous produire en 2019 et en 2020, on n’a pas vraiment eu de nouvelles du groupe. Avez-vous été actifs pendant la pandémie ?

Grégory : On a été actifs, mais c’est vrai que c’est une période assez bizarre tout de même. 2020 n’a certainement pas été la plus grosse année sur laquelle il y a eu de l’activité. Moi, j’ai aussi un projet à côté, sur lequel j’ai travaillé. Et finalement, ce qui nous a pas mal occupés, c’était ce projet de sortir l’EP au Québec, qui avait été remis à plus tard. 

PAN M 360 : Pour toi, produire de la musique sans monter sur scène, c’est impensable ?

Grégory : La scène, c’est quand même un super truc. Si on ne l’a pas vécu, on ne s’en rend peut-être pas compte, mais c’est le moment où on se connecte avec le public. On voit directement l’impact que peut avoir une chanson. C’est un sentiment unique. Après, j’aime aussi beaucoup produire des chansons, les sortir et les mettre à disposition du public. Surtout  qu’aujourd’hui, on peut toucher un public hyper large, même à l’autre bout du monde, assez rapidement grâce aux plateformes d’écoute. Donc les deux m’intéressent, mais effectivement, quand on a connu le live, c’est un truc auquel on devient aussi accro.

PAN M 360 : Est-ce que tu as un souvenir qui t’a marqué pendant l’un de tes concerts ?

Grégory : Oui, y en a ! Les derniers concerts qu’on a faits, ça reste de très bons souvenirs. On a aussi fait de belles dates avec des artistes qu’on apprécie, comme Gaëtan Roussel, par exemple. On a fait de belles salles avec lui. Il y a aussi quelques morceaux dont je me souviens, notamment un morceau où je commence tout seul en guitare/voix. Et c’est vrai qu’en général, c’est un moment où j’essaye vraiment de me connecter avec la musique.

Des fois le retour de public, aussi, est marquant. Quand on avait ouvert pour Clara Luciani, on voyait que des gens avaient fait l’effort d’écouter notre musique avant de venir et des gens connaissaient déjà une partie des paroles alors qu’on était complètement inconnu dans cette ville.

PAN M 360 : La musique d’OK Choral est quand même sombre et froide. Les textes nous partagent une sorte de souffrance. Ton écriture est-elle le reflet de ta personnalité ou plutôt un exutoire ? 

Grégory : Je le vois vraiment comme un exutoire parce que je ne pense pas être quelqu’un de sombre ou de torturé au quotidien. Par contre, effectivement, dans mes textes, je me fais la remarque que c’est souvent assez noir, assez tendu. Et en même temps, c’est pour ça que j’écris. Je ne me verrais pas écrire des chansons fleur bleue. C’est une espèce de soupape qui me libère de certaines choses et qui me permet d’être plus détendu au quotidien.

PAN M 360 : Est-ce que tu écoutes exclusivement du rock ?
Grégory : Non, plus maintenant. Ça s’entend dans le projet, que c’est dans mon ADN musical, mais j’écoute vraiment de tout. Autant de l’électro, de la pop, que du jazz et du rap. J’écoute beaucoup de rap, parce que, pour moi, c’est une des musiques qui propose les choses les plus innovantes aujourd’hui. Quand on dit que le rock est mort, c’est en partie dû aux gens qui en font et qui, je pense, manquent parfois de créativité. On a hâte de retrouver un rock un peu plus créatif et on essaie aussi d’apporter notre pierre à l’édifice. La musique, c’est une histoire de cycles, et le cycle changera quand on arrivera à renouveler un peu le genre.

Les fans de gros son qui connaissent le DJ-producteur italien pour sa techno décapante seront étonnés ! Attanasio, qui est aussi pianiste de formation, dévoile une proposition électro jazz sur Axis, l’étiquette du maestro Jeff Mills. Après la curiosité, c’est la contemplation : l’album est excellent.

Discutons cet inattendu avec l’intéressé. 

PAN M 360 : Quel est le parcours créatif qui t’as mené à Nuovo Futuro ?

Raffaele Attanasio : Presque tout le monde a été surpris par cet album. La première chose est qu’il ne s’agit pas d’un changement de direction mais d’un objectif. Il est complètement centré sur moi en tant que musicien et non sur ma carrière de DJ, de producteur. Au début, j’ai proposé d’autres musiques à Jeff Mills mais il m’a encouragé à jouer du piano. C’est un perfectionniste et ce processus de création a été vraiment long, un an environ.

PAN M 360 : En quoi ce processus diffère-t-il de celui que tu suis habituellement pour produire de la techno ?

Raffaele Attanasio : C’était différent, c’est certain. Le processus créatif a été long mais en même temps simple. J’ai enregistré des sessions instrumentales entières d’environ 30 minutes de tous les instruments, puis j’ai extrait l’essentiel et édité le tout. 

PAN M 360 : Tu parles de jam sessions, as-tu travaillé avec d’autres musiciens ?

Raffaele Attanasio : Oui bien sûr, au début, l’album était plus électronique, comme les parties de batterie, j’ai utilisé au départ la 909 parce que j’en suis friand. Mais il manquait quelque chose au groove, alors j’ai décidé de tout changer avec l’édition de la batterie et de la basse, une basse acoustique, avec deux de mes plus chers amis et professeurs, Francesco Varchetta et Mario Urciuoli. Après l’enregistrement de la batterie et de la basse, c’était parfait. J’ai vraiment aimé faire des sessions. Maintenant, on travaille sur la performance live. La pandémie en Italie, c’est assez catastrophique mais on va essayer de monter sur scène dès qu’on le peut. Je suis impatient de jouer en live avec mon groupe, mes amis et surtout sur scène avec Jeff Mills. Moi avec mon groupe, et lui avec son groupe. Je pense que ce serait génial. 

PAN M 360 : Comment te sens-tu à l’idée de monter sur scène pour jouer du piano ? Est-ce que c’est différent que lorsque tu joues de la techno ?

Raffaele Attanasio : Je ne me sens pas stressé, peut-être timide quand je joue du piano ou d’autres instruments. À chaque fois que je joue de la techno en live, je suis stressé. Tout le processus des sets live est un peu stressant parce que chaque club est différent, chaque système de son est différent, chaque ingénieur du son est différent… Donc à chaque fois c’est un peu difficile, il faut s’adapter mais je préfère les sets live parce que je les apprécie plus que les DJ sets. 

PAN M 360 : À propos de la musique jazz, quelle est ton histoire avec ce genre ?

Raffaele Attanasio : La relation que j’ai avec le jazz remonte à l’époque où j’étudiais le piano. J’ai commencé à jouer du piano il y a 27 ans ! Vers 2006, j’étais épuisé de toutes les leçons classiques de piano et j’avais besoin de bouger parce que je m’ennuyais. J’ai commencé à étudier le jazz et le blues et maintenant j’étudie à nouveau, je continue à apprendre. 

PAN M 360 : Y a-t-il un morceau particulier qui t’as fait tomber amoureux du jazz ?

Raffaele Attanasio : Il y a une œuvre d’art, c’est l’histoire du jazz : Duke Ellington avec Caravan. Depuis 10 ou 15 ans, je cherche le nouveau son du jazz, la nouvelle ère, la nouvelle école comme Hiromi Uehara. J’aime le jazz, mais avec Nuovo Futuro, je m’intéresse aussi au rock progressif comme Pink Floyd, Emerson, Lake & Palmer, Tool… Le dernier morceau de l’album, La città gioca d’azzardo, est vraiment très progressif. Je me concentre sur ce genre de musique, mais tout est influencé par le jazz. 

PAN M 360 : Il existe une tradition italienne du jazz depuis les années 60, avec le développement de différentes scènes à Rome et à Milan. Comment Nuovo Futuro se rattache-t-il à ces scènes ?

Raffaele Attanasio : Le son du morceau principal, Parlesia, n’est pas vraiment le jazz italien typique de Stefano Bollani. C’est le son typique du sud de l’Italie. Surtout de Naples, avec des musiciens comme James Senese, Pino Daniele de la scène napolitaine des années 1970. Après la deuxième guerre mondiale, dans le sud de l’Italie, en particulier à Naples, il y avait des bases de l’OTAN, nous avions des marins Américains et quand ils sont venus en Italie, ils ont importé le son des États-Unis à Naples. À partir de ce moment, Naples a créé un style mêlant mélodie méditerranéenne et jazz américain. Parlesia est la fusion du style de jazz américain et du son méditerranéen de l’Italie du Sud. En Italie du Sud, nous parlons deux langues, l’italien et le napolitain, Parlesia est une autre langue réservée aux musiciens de rue. 

PAN M 360 : Comment vois-tu la relation entre le jazz et la musique techno ?

Raffaele Attanasio : Je la décrirais ainsi : le jazz est une femme élégante, fascinée par un homme voyou, un voyou qui serait la techno. Vous combinez les deux et vous êtes proche de la perfection.

PAN M 360 : Quand j’ai vu la pochette de l’album, j’ai tout de suite pensé au surréalisme, les éléments dégoulinants donnent l’impression d’invoquer l’esprit de Dali, qui remet en question la perception du temps et de l’espace. Avais-tu ces éléments en tête lorsque tu travaillais sur Nuevo Futuro ?

Raffaele Attanasio : Je suis tout à fait d’accord avec toi, quand j’ai vu l’œuvre, j’ai eu une perception du surréalisme. Quand j’ai commencé la création de Nuevo Futuro, on était en pleine pandémie, donc j’ai pensé que pour le meilleur ou pour le pire, il y aura toujours un nouvel avenir, mais aussi, un changement de ce que sera ce nouvel avenir. L’album est un message clair d’optimisme.

PAN M 360 a rencontré Ben Reimer, batteur et initiateur de ce nouveau festival Undrum, présenté dans le contexte des Suoni Per Il Popolo, et dont voici en prime la performance en webdiffusion, relayée avec l’aimable autorisation du festival.

Pan M 360 : Bonjour Ben ! Comment as-tu eu cette idée de créer le festival Undrum ?

Ben Reimer : Eh bien, cela a pris des années à se réaliser, du moins dans mon esprit ! Je suis batteur et membre du groupe de percussion Architek. Je suis bien conscient des possibilités de la batterie dans la musique contemporaine et d’avant-garde, en plus de celles du jazz, de l’improvisation, du métal, de la pop, du rock, etc. Je suis un fan de tous les types de musique. J’ai donc voulu réunir toutes ces personnes, musicien.ne.s et penseurs de la nouvelle musique, qui utilisent la batterie de manière innovante et contribuent à « défaire » les manières habituelles de jouer de cet instrument et à secouer l’idée conventionnelle que le public a sur le jeu de la batterie.

Ainsi, avec l’aide de mes amis d’Architek et de Peter (Burton) de Suoni per il popolo, tout a été mis en place cette année pour inaugurer cette série au sein du festival et nous l’avons appelée Undrum, pour des raisons évidentes ! Je suis conscient qu’il existe déjà de nombreux festivals de batterie (ici même à Montréal, il y en a un très bon !), et ils sont formidables, mais je voulais mettre en valeur des styles et des idées musicales qui sont moins bien représentées dans ces événements, des voix individuelles qui s’expriment de manière non conventionnelle par le biais de la batterie. C’est l’objectif. 

Pan M 360 : Peut-on t’appeler le Tim Brady de la batterie ?

Ben Reimer : LOL ! Je n’ai pas encore fait de musique pour 100 batteries, donc je ne sais pas… Mais, juste pour le principe, ce serait un honneur ! Et ce ne serait pas si loin de la vérité. J’ai les mains dans la musique d’avant-garde et dans la musique ‘’populaire’’, que ce soit le métal et le rock, mais aussi l’opéra contemporain et les concertos pour batterie, ce que j’ai fait ! La différence est que je ne compose pas. Je joue la musique des autres, et j’aime ça. J’aime la relation que je développe avec les compositeurs (comme Nicole Lizée par exemple). C’est mon truc.

Pan M 360 : Peux-tu nous dire quelques mots sur le prochain concert de la série ?

Ben Reimer : Bien sûr ! Ce dimanche, c’est le deuxième, et il commence avec Greg Harrison de Toronto. Un grand artiste, également associé à Jeremy Dutcher. Il joue des superbe grooves où il se double d’un joueur de synthé tout en jouant de la batterie ! Des atmosphères très ambiantes, accessibles, mêlant une batterie délicate à des lignes de basse envoûtantes. C’est quelque chose à découvrir.

Ensuite, il y a Mili Hong, de Montréal, qui est bien solidement ancrée dans le jazz standard, mais qui éblouit ici avec une incroyable séance d’impro libre, avec une batterie purement acoustique. Elle sait comment inventer de magnifiques textures avec son instrument.

Ian Chang, de Sun Lux, sera également présent. Il est comme un DJ-orchestre à lui tout seul ! Il joue de la batterie et déclenche toutes sortes d’effets sonores avec des appareils électroniques simultanés. C’est stupéfiant d’entendre ce que peut produire une seule personne sur une scène !

Jason Tait animera un deuxième set. Il vient de The Weakerthans, de Winnipeg.

Pan M 360 : Et plus tard dans la série, des noms légendaires seront de la programmation : Susie Ibarra, de Tzadik/John Zorn, et aussi Glenn Kotche de Wilco ! A-t-il été difficile de les faire participer à la série ?

Ben Reimer : Non, pas du tout ! Glenn m’a été présenté par David Cossin, avec qui j’ai collaboré dans Bang on a Can à New York, sur certaines œuvres de Lukas Ligeti (batteur et fils du célèbre compositeur Györgi Ligeti !). Glenn a donné quelques conférences à mes étudiants à McGill. Comme moi, il fait partie des mondes  » populaire  » et  » classique « . 

Je n’ai jamais rencontré Susie, mais je connais son travail, bien sûr, et elle a une idée du mien, donc il y a beaucoup de respect. Elle est aussi une merveilleuse conférencière, chercheuse et spécialiste de son instrument. J’ai hâte de les entendre elle et Glen et de voir la réaction du public à leurs performances.

Ce sont des artistes très généreux. Donc, non, il n’a pas été difficile du tout de les faire venir.

Pan M 360 : Quel est l’état de la batterie en tant qu’instrument populaire, étant donné que de nos jours, les ondes populaires et influentes de la radio, de la télévision et du numérique ont été prises d’assaut par le rap et le hip hop, où la batterie n’est pas un élément habituel ?

Ben Reimer : Oh, c’est une question gigantesque ! Cela dépend si tu es un érudit, un professeur ou un instrumentiste. Mais je dirais qu’il est certain que le paysage est différent de celui d’il y a 20 ou 50 ans. Je rencontre des étudiants qui ont une étonnante méconnaissance des figures historiques de l’instrument, et de la musique rock ! Ceci étant dit, ils sont curieux, et une fois dans le jeu, ils m’arrivent avec des questions sur Keith Moon et ainsi de suite, alors nous parlons et discutons et ils en redemandent. Et, autant l’internet peut être une plaie, autant il peut être un moyen d’écouter et de découvrir des tas et des tas de choses auxquelles nous n’avions pas accès il y a des décennies. Il faut donc tempérer un peu l’idée du manque de connaissances.

Ceci étant dit, il y a une nouvelle génération de batteurs qui arrive avec des références académiques et savantes. Ils sont issus de programmes universitaires, comme McGill pour le jazz, et ils sont très bien formés et avides d’originalité. J’aimerais voir plus de programmes classiques donner aussi de la place à la connaissance de la batterie, et aux possibilités de cet instrument dans un contexte avant-gardiste. Mais les choses évoluent. J’ai donné des conférences sur l’histoire de la batterie à des étudiants en percussion classique.. 

Pan M 360 : Dirais-tu que les frontières entre la musique « pop » et la musique « classique » s’estompent ?

Ben Reimer : Je pense que nous y arrivons ! Tu sais, avec le travail de pionnier effectué ces quelque 25 dernières années par des ensembles comme Bang on a Can, Alarm Will Sound, ou ici même par Architek, les mentalités vont dans la bonne direction, je dirais. Mais il y a encore une certaine séparation. 

Pan M 360 : Quels sont les artistes qui t’éblouissent en ce moment ?

Ben Reimer : Oh, beaucoup, beaucoup ! Tous ceux d’Undrum, bien sûr, mais aussi certains batteurs de métal récents. Il y a des musiciens incroyables. Je m’inspire d’eux, je m’entraîne et Nicole Lizée est même en train de m’écrire de la musique basée sur ça

Pan M 360 : Qu’est-ce que la batterie apporte à la création musicale que les autres instruments de percussion n’apportent pas ?

Ben Reimer : Techniquement, il y a la possibilité d’avoir quatre choses qui se produisent en même temps, ce qui crée une matrice sonore multi-dimensionnelle qui est au cœur de ce qui fait la performance d’une batterie. Et aussi, ce que j’adore, c’est le fait qu’on a tous ces grands solistes qui créent leur propre univers sonore, mais qui sont tous liés à l’histoire et à la connaissance de cet instrument maintenant centenaire. Tout est lié à la politique et au tissu social des 100 dernières années ! C’est fascinant. Et le meilleur, à mon avis : on peut créer de superbes grooves avec la batterie ! C’est la beauté de cet instrument : en jouer donne envie aux gens de se lever et de danser !

Pan M 360 : Merci Ben, et bon succès pour la série !

Ben Reimer : Merci à toi pour l’entrevue!

J’ai rencontré le bandonéoniste Denis Plante, le compositeur des Six pièces originales inspirées des suites pour violoncelle de J.S. Bach (c’est aussi le titre du concert), afin d’en connaître plus sur ce projet franchement rafraîchissant.

Pan M 360 : Bonjour Denis! Dis-moi, comment est née cette idée originale permettant une rencontre entre les univers de Bach et du tango (et par le fait même Piazzolla, son plus grand représentant)?

Denis Plante : L’idée est venue de Marc Boucher, directeur général et artistique du festival Classica. Il y a quelques années, il m’avait déjà approché en me disant qu’une rencontre entre moi et Stéphane Tétreault pourrait être l’occasion de faire des étincelles! C’est ce qu’on a fait peu de temps après avec un répertoire axé sur des arrangements de mes compositions et de tangos traditionnels. Stéphane et moi avons donné plusieurs concerts avec ce programme, et j’ai adoré l’expérience. Puis, l’an dernier, Marc nous a relancé avec l’idée d’aller plus loin : créer tout un programme de nouvelles compositions inspirées des Suites pour violoncelle seul de Bach, que Stéphane allait jouer de toute façon en 2021, et ainsi souligner de façon originale le centenaire de naissance d’Astor Piazzolla! J’ai commencé à écrire dès l’été dernier, puis au printemps, les partitions étaient prêtes. Depuis quelques semaines, moi et Stéphane sommes en train de les répéter, et maintenant on est prêts pour les présenter en première mondiale au public de Classica!

Pan M 360 : Comment as-tu abordé la composition de ces pièces?

Denis Plante : J’ai voulu respecter l’esprit d’origine, c’est-à-dire le fait que ce sont des danses! Les gavottes, les bourrées, les allemandes, les sarabandes, les gigues, et tout ça, c’était des rythmes de danse. Et ce focus s’est imposé dans ma tête quand j’ai commencé à me demander pourquoi je jouais du tango depuis si longtemps. Je me suis rappelé le choc positif que j’ai eu la première fois que j’ai entendu cette musique. Je viens d’une famille de musiciens, essentiellement classiques. J’ai moi-même fait des études classiques (en plus d’avoir joué pas mal de jazz et de pop) et les compositeurs que j’aimais le plus étaient Stravinsky, Ravel, Tchaïkovsky. Des compositeurs qui savaient donner du sens aux rythmes, et qui nous donnent envie de nous lever pour bouger. La découverte du tango m’avait bouleversé parce que j’étais fasciné par l’idée qu’en en jouant, je pouvais avoir le même effet sur le public! Le caractère dansant des Suites est devenu le cœur battant de mon approche.

Pan M 360 : S’agit-il de ‘’Suites de Bach tangoïsées’’ ou d’autre chose complètement?

Denis Plante : Autre chose, autre chose! J’ai cherché à apporter quelque chose de rafraîchissant, et de proposer une suite d’enchaînements qui présente différentes danses liées au tango pur, telle la milonga, comme un DJ qui imbrique des pièces différentes l’une dans l’autre de façon très fluide.

Pan M 360 : Il s’agit donc d’une fusion des langages musicaux. Quel type de fusion?

Denis Plante : Une fusion très inspirée de ce que faisait Piazzolla lui-même. Tu sais, dans ses tangos, il intégrait des passages fugués complexes, appuyés sur la rythmique propre au tango. Piazzolla adorait Bach. J’ai donc importé cet esprit, mais aussi sa façon très libre d’interpréter la mélodie. Je me suis aussi amusé à insérer quelques fragments des Suites dans mes compositions, des citations plus ou moins explicites, mais ça demeure très personnel. Je ne voulais surtout pas faire du pastiche.

Pan M 360 : Quelle place laisses-tu à l’improvisation?

Denis Plante : C’est assez parcimonieux. Dans le tango, la place de l’impro n’est pas comme dans le jazz. Ça ressemble plutôt au type d’improvisation qu’on pouvait faire à l’époque baroque, soit de l’ornementation sur une mélodie de base. J’ai respecté cette caractéristique.

Pan M 360 : Qu’as-tu appris en relevant ce ‘’défi’’?

Denis Plante : Ça va paraître bizarre, mais j’ai retrouvé des émotions puissantes que j’avais ressenties au tout début de ma carrière. En écrivant pour Stéphane, et connaissant son talent et la qualité de son expression musicale, je me suis senti comme les premières fois où j’ai touché un bandonéon : ce sentiment d’infinies possibilités créatives. Comme un enfant qui part avec sa pelle et son seau pour jouer dans son carré de sable! Une motivation originelle qui m’a ramené à une jeunesse maintenant plus lointaine. Récemment encore, je répétais avec Stéphane, et en terminant j’ai ressenti un frisson de satisfaction épatant. C’était fantastique! J’espère communiquer cela au public.

Pan M 360 : Merci pour cette belle entrevue, et meilleur succès pour ce très beau projet!

Denis Plante : Merci!

L’immensité de la route.  Le vide sombre de la nuit. L’état d’esprit du conducteur suivant silencieusement son chemin. Voilà autant  d’éléments que notre interviewé compte mettre en relief dans son  spectacle Yves et ses guitares, présenté le vendredi 11 juin, 19h, au Théâtre de La Ville (Longueuil) et samedi 12 juin, 20h, au théâtre Outremont. 

Incontournable de la scène québécoise depuis les années 90,  ex-acolyte de Jean Leloup et Lhasa de Sela, Yves Desrosiers  jouera l’entièreté de Nokta ŝoforo, son nouvel album sorti en mars dernier. 

Ce projet est  presque entièrement instrumental, inspiré par la route et la nuit. Les férus de musiques alternatives reconnaîtront le style Desrosiers, atypique à souhait.

Les linguistes du dimanche pourront également apprécier l’utilisation de l’espéranto, une langue internationale de voyage. Quant aux voyageurs noctambules, ils pourront en apprécier l’ambiance unique et monter à bord du véhicule piloté par Yves Desrosiers. 

Avant quoi il  fait le point avec PAN M 360 sur cette virée au bout de la nuit.

PAN M 360 : À quoi le public devrait-il s’attendre pour la représentation de Yves et ses guitares?

YVES DESROSIERS : Dans le fond, j’essaie de recréer sur scène les moments les plus intéressants de Nokta ŝoforo. Il y a des cuivres ; Rachel Thérien à la trompette et Julie Houle au tuba. Évidemment, Il y a une batterie. J’ai Mario Légaré à la contrebasse et Guillaume Bourque qui joue de la guitare électrique et lap steel. Moi je joue principalement de la guitare classique, mais il y aura deux morceaux ou je joue électrique.  En gros, j’essaie de faire voyager les gens avec ma musique. Dans le concert, j’ai ajouté des projections et des narrations qui nous amènent un peu plus dans cette ambiance de déplacement. Ces projections, ce sont des courts-métrages apparaissant entre et pendant les pièces. 

PAN M 360 : D’ou vient l’idée d’ajouter cette dimension visuelle au spectacle?

YVES DESROSIERS : La musique de Nokta ŝoforo suit déjà un peu la structure d’un film. Ce sont des chansons de route. L’album est inspiré de cette thématique. Les vidéos, c’est ce qu’on peut voir devant un pare-brise. J’ai eu envie d’intégrer cela dans le spectacle parce que je voulais un élément visuel qui accompagne ce que la musique prétend faire. Ça permet de passer par plusieurs ambiances et c’est un élément qui se distingue de l’audio. Le tout reste un spectacle musical quand même, ce n’est pas du cinéma !

PAN M 360 : Y’aura-t-il beaucoup de différences entre le live et l’album ?

YVES DESROSIERS : C’est assez proche. Évidemment, il n’y a pas tous les instruments qu’on entend sur le disque. Ça prendrait au moins dix personnes sur scène. La plupart des éléments mélodiques vont quand même se retrouver sur là. C’est ce qui compte pour moi ! Je vais redistribuer des tâches musicales à d’autres instruments. J’ai aussi mon fils qui joue de la batterie et aussi un peu de clavier pour remplacer certains sons perdus. En gros, l’essence et les couleurs du projet sont encore là !

J’aimerais bien pouvoir  faire plus de représentations. Le problème, c’est qu’il y a cette pandémie. Pour jouer ça sur scène, ça me prend des musiciens réels, je ne vais pas compenser avec des bandes sonores. Avec 6 musiciens et toute l’équipe en arrière, il commence à y avoir des complications. Maintenant que c’est plus calme au niveau de la COVID-19, ça va être encore plus dur de trouver des musiciens. Beaucoup d’entre eux commencent à se promener partout déjà. Malheureusement, les meilleurs se font rapidement repêcher. Au moins, pour le spectacle, je sais qu’ils sont bons ! On ne sait jamais s’il y aura un coup de chance pour le futur. Il y a le congrès des espérantistes cet été, c’est possible que j’y fasse un tour pour un spectacle virtuel ! 

PAN M 360 : Parlez-nous un peu du style qui ressort de Nokta ŝoforo

YVES DESROSIERS : Il s’agit un peu d’un assemblage de toute mon expérience musicale. C’est une sorte de clin d’œil à toutes les chansons que  j’écoutais lors de mon adolescence ; ce qu’on appelait le rock progressif à l’époque. J’ai pris un peu de la couleur de ce style. Il y a longtemps, j’écoutais beaucoup de King Crimson et Yes. C’était une époque ou on essayait un peu de faire de la musique classique avec du rock. J’ai joué beaucoup de guitare classique avec Lhasa de Sela, avec des projets de musiques sud-américaines et d’Europe de l’est. Tous ces éléments qui ont composé ma carrière de musicien, je les ai inclus dans Nokta ŝoforo.

À la fin de l’album, il y a une chanson, la seule intégrant du chant, qui est traduite en espéranto. Le titre, Nokta ŝoforo, est aussi en espéranto. C’est un terme qui signifie chauffeur de nuit. Dans cette chanson finale, je raconte l’histoire d’un camionneur qui pense à voix haute. J’ai choisi cette façon de parler parce que je ne voulais pas me limiter à la francophonie pour un album instrumental. Je préférerais me promener un peu partout. L’instrumental permet déjà un peu cette liberté. Je n’avais pas envie de commencer à écrire en anglais. J’aimais mieux une langue véritablement internationale. Je crois d’ailleurs être assez prêt de pouvoir parler bientôt l’espéranto ! J’aime beaucoup la place prise par cette langue dans ce voyage.

PAN M 360 : Justement, l’espéranto est une langue qui fut créée pour la communauté internationale, donc c’est un peu thématique pour vous ?

YVES DESROSIERS : Oui, elle peut venir de n’importe où et on peut se promener partout sur le globe en l’utilisant. C’est une bonne façon de voyager et de rencontrer des gens sur un terrain linguistique neutre.

PAN M 360 : Est-ce stressant de chanter en public avec cette langue ?

YVES DESROSIERS : Pas du tout. J’ai déjà chanté en russe et en espagnol. L’espéranto regroupe beaucoup de sonorités similaires avec quelques emprunts à l’arabe et aux langues asiatiques. J’imagine qu’avoir performé dans d’autres langues m’a bien préparé.

PAN M 360 : Si on revient sur Nokta ŝoforo et le spectacle du 12, comment fait-on ressortir l’expérience d’un voyage nocturne à travers la musique ? 

YVES DESROSIER : Quand le voyage commence, ce n’est pas très difficile pour la musique de suivre peu après. Dépendant de l’heure où on conduit, ce n’est pas la même chanson qui va jouer dans notre tête. En général, je m’adresse aux gens qui travaillent sur la route. J’ai fait plusieurs grandes tournées musicales où c’était toujours moi qui prenais le volant. C’est arrivé très souvent que lorsqu’il fallait se rendre d’une ville à l’autre, on roulait la nuit. Ces voyages-là m’ont permis de côtoyer le monde de la route. Quand on passe de longues heures  à conduire comme ça en soirée, la musique a beaucoup de temps pour défiler dans notre tête. La composition musicale de cet album, en fait, c’est un peu les sons imaginaires qui passaient par ma tête lors de ces heures de conduite. 

PAN M 360 : Donc 20 ans de conduite condensée en un spectacle ?

YVES DESROSIERS : Oui, tout à fait ! Ce n’est pas fini d’ailleurs. Malgré la pandémie, les tournées vont reprendre et ce sera encore moi qui serai derrière le volant. Le concert et l’album sont une chose, mais j’ai aussi plusieurs petits projets qui impliquent toujours des grandes distances et  donc conduire.

PAN M 360 : Est-ce que l’auditoire du théâtre Outremont aura droit à deux ou trois chansons de votre longue carrière ou juste de votre nouveau projet ?

YVES DESROSIERS : Non hahahaha ! C’est possible qu’il y ait une ou deux chansons de mes albums précédents, mais je veux vraiment offrir au public de la musique instrumentale.

PAN M 360 : Pourtant, n’est-ce pas un défi d’avoir autant de pièces instrumentales ?

YVES DESROSIERS : Je l’ai pensé au début, mais finalement ça se fait très bien. J’ai découvert que ce n’est pas un problème pour la majorité du public. Je n’avais pas vraiment fait ça avant. Lors de la sortie de l’album, en mars, on a fait quatre concerts de lancement. Trois de ces représentations étaient accompagnées d’un public. C’était durant une accalmie juste avant la troisième vague où certaines zones étaient passées en orange. J’ai vu que les gens étaient tellement contents d’entendre de la musique en direct. Même s’il n’y avait pas de paroles, ils étaient ravis. J’ai découvert à ce moment que même sans mots, c’était aussi intéressant de jouer en public. 

PAN M 360 : Avec toute cette conduite nocturne, vous reste-t-il assez de matériel pour un autre projet ?

YVES DESROSIERS : J’ai deux ou trois invitations pour jouer de la guitare avec d’autres artistes. Ça m’arrive souvent de me faire appeler pour rajouter de la guitare sur une chanson. Mais pour mes projets ? Ouf… Je ne sais pas. Le dernier m’a pris beaucoup de temps,  dû à la première vague qui nous a frappés avant qu’on finisse nos enregistrements. Pour finir Nokta ŝoforo, on a dû faire ça à distance, ce fut un ping-pong de studio à studio. Ça a rallongé le processus. Y’en aura-t-il un autre ? Probablement, mais je ne sais pas quand. Je vais finir de vivre celui qui vient de sortir et après ça il me viendra probablement une autre idée. J’ai bien aimé faire de l’instrumental. Ce n’est pas impossible que j’y retourne ! Je vais recommencer à me promener et peut-être qu’une idée va venir. 

La chanteuse  décrit l’approche stylistique de Fossile,  son premier EP paru en 2017 comme étant de la “pop paillettes”, qui se perçoit autant musicalement que par les couleurs ornant la pochette de l’enregistrement. 

Charlēne fait paraître alegria94  ce week-end  et la description de ce deuxième EP n’est plus la même.

Cet enregistrement révèle des sons plus urbains sur fond de synth pop, le tout exprimé en français. Sa voix peut parfois rappeler celle d’Andrée Watters et autres chanteuses prisées par la FM dans les années 2000, qui font  effectivement partie de son paysage musical d’enfant des années 1990.

Ses textes traitent de relations personnelles,  parfois toxiques, mais sans tomber dans l’auto-apitoiement : à l’instar de sa chanson Mes meilleures cartes,  la narratrice joue plutôt les cartes de la force et de l’assurance qui la mènent à  s’en sortir – notamment sur la pièce-titre alegria94.

Elle aborde également le thème  de  la  sensualité assumée avec un  « j’en ai envie et j’ai le droit!» bien fort en sous-texte. On peut d’ailleurs l’observer dans  Les Frontières et Tommytommytommy (avec Vendou). En guise de conclusion à cet EP, elle  soulève le paradoxe de l’atteinte de la perfection  avec, carrément, Parfaite, chanson plus douce au tempo plus lent.

De son vrai nom Charlène Blanchette, notre interviewée est une autrice, compositrice et interprète maskoutaine. Diplômée de  l’École Nationale de la Chanson de Granby en 2014, bardée de prix et distinctions dont le concours Chante en français (2018), le prix Stingray de la même compétition  (2017), le  prix du public de  Ma Première Place des Arts (2015), le statut de future star iHeart Radio d’avril 2019 à Rouge FM. Deux enregistrements ont été rendus publics depuis lors.

PAN M 360  propose cet entretien avec cette jeune femme pétillante. 

Pan M 360 : Qu’est-ce qui t’a menée à faire de la musique?
Charlēne : J’ai grandi dans une famille qui faisait de la musique pour le plaisir. Ma mère joue du violon, mon père et mon oncle jouent de la guitare. J’ai donc  baigné dans cet univers depuis toujours. Assez tôt,  j’ai commencé à apprendre le  piano et le chant. J’avais à peu près 5 ans au moment de mon premier cours d’instrument. J’ai également appris à jouer du violon. Puis j’ai commencé à écrire mes textes au primaire. Finalement, c’est au secondaire, par ma participation au concours de Secondaire en spectacle, que j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire dans la vie.  J’avais peut-être un peu de talent pour écrire des textes et les chanter (rires).

PAN M 360 : Comment écris-tu? Qu’est-ce qui t’inspire?
Charlēne : Beaucoup de choses m’inspirent. Souvent, j’écris soit avec un titre en tête qui va teinter le reste de la chanson, soit avec une phrase punch ou un paragraphe qui  deviendra un refrain catchy et intéressant, puis je bâtis le reste autour. Dans les sujets qui m’inspirent, c’est vrai que je parle souvent de liberté, de confiance en soi, de la femme en général, de voyages… Souvent, je prends un petit élément que moi ou quelqu’un autour de moi a vécu, je l’accentue et ça me donne une chanson.

PAN M 360 : Quel est ton processus de création?
Charlēne : Mon processus de création, c’est surtout d’écrire plusieurs idées tout le temps, n’importe où. J’ai des mémos vocaux avec des mélodies, des phrases chantées, des bouts de phrases écrits dans l’application Notes de mon téléphone.  Puis je m’assois et j’essaie de faire du ménage là-dedans, afin de trouver ce qui est cohérent et intéressant. Une autre méthode que j’aime bien, c’est lorsque je vis une émotion ou un moment intense, je prends le temps de l’écrire, sans m’imposer de structure. J’écris des pages; je remplis trois ou quatre pages dans un cahier sans le structurer comme une chanson, plutôt comme un texte. Puis j’aime bien prendre un surligneur fluo et identifier ce que je trouve bon, puis le retravailler et le placer pour que ça donne une chanson.

PAN M 360 : Tu as fait l’École Nationale de la chanson (ENC), à quel moment as-tu décidé de t’y inscrire?
Charlēne : J’étais au cégep en 2013, j’avais 19 ou 20 ans et j’avais décidé de m’y inscrire  avant d’entrer à l’université. J’ai été acceptée, j’étais contente car ça tombait parfaitement dans mon plan de vie. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça t’a apporté, concrètement?
Charlēne : Ça m’a donné le droit de me remettre en question et de m’interroger sur ce que j’avais vraiment envie de faire. Quand je suis arrivée à l’école, j’étais jeune, j’avais écouté beaucoup de rock dans ma vie, j’avais un groupe de rock ado en 2009, dans les années emo… C’était la mode d’écouter Fall out boys et ce genre de groupes, j’aimais beaucoup ça. Dans mon groupe, on faisait des reprises emo, et ça a évidemment teinté mes compositions. Or, ça ne me collait pas à la peau, ce que j’ai pu remettre en question à  l’ENC. Ça m’a aussi confirmé que j’aimais beaucoup la gestion de carrière en général. Je n’aime évidemment pas tout, mais je crois que j’ai  une curiosité et un sens des affaires, et ça me l’a confirmé à l’ENC.

PAN M 360 : Quand tu parles de gestion de carrière, tu parles de gérer ta carrière ou celle des autres?
Charlēne : Gérer la mienne, au sens où j’aime comprendre tout de  ma carrière. Je veux savoir tout ce qui se passe, même si j’embauche des gens pour m’aider et faire partie de mon équipe. Je veux savoir ce qu’ils font, comment ils le font… Je veux être capable de me dire : « je pourrais le faire », mais décider de déléguer.

PAN M 360 : Tu as fait beaucoup de concours, pourquoi? Qu’est-ce que ça t’apporte, les concours, concrètement?
Charlēne : Les concours, j’en ai fait beaucoup. J’ai aimé ça tout en n’aimant pas ça tant que ça. Ça a parfois été de très belles expériences, parfois ça a été uniquement stressant. Les concours, ce qui en sort de plus beau, ce sont les rencontres, les gens avec qui tu fais les concours et les liens que tu crées avec eux. Le côté formateur de tout ça aussi est intéressant. Le spectacle en soi, je trouve ça tellement stressant… offrir une performance sous pression, c’est plutôt difficile ! (rires). De plus, quand tu fais des concours, ce sont de grosses salles pour la  finale, mais on n’est pas  nécessairement préparés pour ce genre de salles, en ce sens où les spectacles que j’ai faits dans ma vie étaient dans de plus petites salles ou dans des festivals où il n’y a pas de juges qui te scrutent. Quand tu arrives dans un concours, c’est un contexte différent et c’est difficile de se préparer pour ça, car pour ce faire, il faudrait faire beaucoup de grandes salles auparavant. Malgré tout, j’ai eu de très belles expériences  et j’ai gagné quelques prix d’importance. 

PAN M 360 : J’ai cru comprendre que lors de la confection de ton premier EP, tu étais encore aux études. En quoi étudiais-tu?
Charlēne : J’étudiais en publicité, en communication-marketing. 

PAN M 360 : Est-ce que ça joue un rôle dans comment tu gères et vis ton expérience musicale?
Charlēne : Absolument. Tout ce qui est promotion, je le comprends bien et je peux faire moi-même ma promo web,  je peux aussi comprendre et analyser mes statistiques et ainsi mieux identifier mon public. Même pour ceux qui connaissent un peu moins ça, les réseaux sociaux, ça donne accès à plusieurs outils qui permettent de comprendre facilement et rapidement la base, qui tu peux rejoindre, quel est ton public. On a accès à ça avec les algorithmes. Ce que j’ai beaucoup aimé dans mon baccalauréat, c’est la portion branding – le branding personnel et le branding de produits, comment projeter les valeurs liées à ton image de masse. Ça m’intéresse vraiment beaucoup et j’essaie de l’appliquer dans ma musique.

PAN  M 360 : Comment y parviens-tu ?
Charlēne : Récemment, pour le nouveau EP, j’ai eu le temps, grâce à la pandémie, de vraiment me remettre en question sur ce que j’avais fait avant et la direction à  prendre maintenant. Je veux surtout m’assurer qu’il y ait une cohérence entre mon message, mon visuel, mon apparence, ce que je projette en général. J’ai fait une mise à niveau, en ce sens où avant j’étais beaucoup dans les couleurs, dans une image plus jeune  mais… on dirait qu’en vieillissant et en écrivant sur des sujets un peu plus matures et adultes, cette image ne concordait plus à ce que je suis maintenant. Je me sens plus femme, je me sens plus vieille, plus assumée. J’ai envie que ça se voit.  Sur le plan de l’image, donc, on est moins dans les paillettes et plus dans le classy.

PAN  M 360 : Justement, tu parles de paillettes, avant tu décrivais ton style comme étant de la pop paillettes, est-ce que tu considères encore que tu fais de la pop paillettes ou ça a évolué? Charlēne : La pop paillettes, c’est amusant à dire, mais je crois que de la pop électro en français ça décrit assez bien ce que je fais. Je ne suis pas loin non plus de tout ce qui est assez catchy, j’ai des influences de la pop française et belge. Il y a des artistes latinas que j’aime beaucoup, je ne suis pas loin des influences américaines non plus. Ce n’est pas ce qui est le plus populaire, ou du moins le style de musique le plus dominant au Québec. C’est ce que j’écoute et c’est ce que j’aime, c’est pourquoi j’ai décidé de le reproduire, en français.

PAN M 360 : Outre ces influences, comment as-tu développé ton son?
Charlēne : J’ai développé mon son beaucoup par essais et erreurs. Mon instrument principal c’est la guitare acoustique (rires), mais j’ai réalisé rapidement qu’à chaque fois que je composais à la guitare, ça donnait des chansons un peu folk, pas très loin du country sans en être. Ce n’était pas ce que j’avais en tête ni ce que j’écoute. Je me suis mise à composer au clavier, instrument duquel je connais les accords sans me considérer  pianiste. Je peux donc composer. J’ai également un collaborateur, Olivier Girard, qui est mon réalisateur. Je lui arrive avec des maquettes, et ensemble on travaille les sons, la vibe, il y est pour beaucoup. 

PANM 360 : Sur alegria94,  tu as un duo avec Vendou, comment vous êtes-vous rencontrés? Comment en êtes-vous venus à faire cette chanson ensemble?
Charlēne : Ça fait longtemps que je connais Vendou, et en ce moment on entend son nom de plus en plus puisqu’ il vient de sortir un excellent album, que j’apprécie énormément. Je l’avais rencontré à un spectacle juste avant la pandémie. C’est vraiment en cherchant avec qui je pourrais faire le featuring de Tommytommytommy, qui est une chanson qui se prêtait à ça, d’avoir un verse de rap.  Comme ce n’était pas une chanson qui faisait dans l’humour, je ne pouvais pas aller vers certains artistes qui font dans le rap plus humoristique, je cherchais quelque chose de plus sérieux sans être dans le street ou dans le trop agressif. Je trouve que Vendou était le match parfait pour ça. Il est venu au studio, on l’a rencontré avec Olivier, il a apprécié la chanson. Ça a vraiment cliqué. Ça s’est fait rapidement : en cinq jours, c’était enregistré.

Pan M 360 : Je sais que c’est également le nom d’une de tes pièces, mais pourquoi avoir nommé ton nouvel EP alegria94?
Charlēne : Parce que c’était mon adresse courriel quand j’étais jeune (rires). Alegria, c’est également l’une des premières chansons que j’ai chantées à Secondaire en spectacle en secondaire 1. J’aimais vraiment ça, je trouvais ça bon. Aussi,  je suis vraiment attirée par les artistes latinas, je prends des cours d’espagnol et j’aimerais être trilingue. Je ne suis pas mauvaise, mais je ne suis pas encore trilingue. Alegria, ça veut dire joie en espagnol et sur ma photo de la couverture de mon EP, je n’ai vraiment pas l’air heureuse. J’aimais beaucoup le contraste, je trouvais ça drôle (rires).

PAN M 360 : Si tu avais à nous le décrire, cet EP à venir, qu’en dirais-tu?
Charlēne : Je dirais que c’est dansant, assumé, que ça peut être sensuel aussi, que ça frôle le hip hop, la pop un peu plus dark tout en restant assez catchy et dansant. Je pense que ça a vraiment des saveurs d’été.

Pan M 360 : Qu’est-ce qui a inspiré alegria94 ?
Charlēne : Beaucoup de choses, des remises en question par exemple. J’ai une chanson qui s’appelle Parfaite dans laquelle j’avais envie de parler d’une situation plus personnelle : mon orgueil et à quel point je suis dure envers moi-même, car je parle souvent de relation, d’amour et de rencontres, ce genre de trucs, mais ça c’est un peu plus personnel. J’avais envie de faire cette introspection-là. alegria94, bien que ce soit assez rythmée comme chanson et que ça donne envie de danser, c’est un sujet assez sérieux, soit les relations toxiques. J’arrive à traiter de certains sujets avec une musique moins triste.  

PAN M 360 : La pandémie t’a freinée dans ton élan, en ce sens où tu allais enregistrer les voix et puis pouf! Pandémie, confinement, etc. on connaît la suite. Avec le recul, dirais-tu que ça a été positif?
Charlēne : Oh my god, oui! (rires) Vraiment! Je m’étais mise en tête de sortir l’album il y a un an, en avril dernier. Finalement, entre-temps, de nouvelles chansons ont été écrites, j’ai pu refaire des voix, j’ai pu remettre en question mon son au complet afin d’y ajouter plus de personnalité. Je voulais vraiment, en faisant de la pop, que ce soit intelligent, réfléchi et que ce ne soit pas trop générique. Je crois que j’ai réussi ce mélange-là sur ce qui s’en vient. Enfin, je le crois… Clairement, ce n’aurait pas été pareil s’il était sorti en avril comme prévu. 

PAN M 360 : Tu as lancé un clip pour ton premier extrait d’alegria94, je parle évidemment de la chansons Les Frontières. En regardant le clip, j’ai remarqué que la couleur orange est récurrente : le jus, le popsicle, le poisson, les vêtements… pourquoi avoir fait ce choix esthétique? Que représente la couleur orange, pour toi?
Charlēne :
C’est drôle, car je regarde mes ongles et ils sont oranges en ce moment! (rires) J’essayais de trouver un lien entre ce que je faisais avant, qui était coloré, et ce que je fais maintenant, qui est un peu plus tone down, qui est un peu plus adulte. L’orange, pour moi, semblait être une couleur intéressante, qui inspire l’été, qui est un peu caliente. Je trouvais que ça allait bien avec l’énergie de l’enregistrement. 

Depuis l’émergence du jazz d’avant-garde à la fin des années 50, chaque génération de praticiens comporte son lot de leaders afro-américains engagés, à la fois créateurs, intellectuels et activistes.. En voici un bel exemple, invité à se produire aux Suoni Per Il Popolo: à la fois créateur et intellectuel, Luke Stewart peut d’ores et déjà être considéré parmi les artistes de cette trempe.

Compositeur, improvisateur, contrebassiste, bassiste électrique, multi-instrumentiste, organisateur et activiste,  le résidant de Washington DC et natif du Mississippi est connu pour son travail en tant que soliste, leader de l’Exposure Quintet (avec Edward Wilkerson, Jr, Ken Vandermark, Jim Baker et Avreeayl Ra), membre de plusieurs petis ensembles et aussi de l’ensemble Heroes Are Gang Leaders. Il a joué auprès de plusieurs pointures, on pense à Camae Ayewal (Moor Mother), Archie Shepp, Hamiet Bluiett, Wadada Leo Smith, Jaimie Branch, pour ne nommer que celles-ci.

Depuis 2010, il est l’un des dirigeants de  CapitalBop, une organisation à but non lucratif de défense du jazz à Washington, où il organise la série de concerts Loft Jazz. De plus, il rédige des interviews et recensions, ce qui lui confère un statut d’intellectuel et d’activiste  du jazz.  En 2020, Luke Stewart  a été  sélectionné par le magazine DownBeat parmi 25 musiciens d’avenir qui « façonnent le paysage artistique ». 

Et quel sera le paysage aux Suoni ?

Le 9 juin, 20h30, Luke Stewart présente aux Suoni l’enregistrement d’un duo électrique et électro qu’il forme avec le percussionniste Warren G. « Trae » Crudup III. 

Le 18 juin, 20h30, le contrebassiste rejoint des collègues de Philadelphie dans le cadre d’un groupe fondé en 2015 pour concert organisé contre la brutalité policière.  Désormais prisé par le réseau international enclin au jazz nouveau, cet ensemble nommé Irreversible Entanglements offre un amalgame vivifiant de poésie engagée et de free-jazz, de nouveau liés comme ils le sont depuis les années 60, lorsque l’improvisation libre était nommée la New Thing par ses praticiens Keir Neuringer, saxophone alto, Aquiles Navarro, trompette, Tcheser Holmes, batterie, Camae Ayewa (alias Moor Mother), poésie et autres formes littéraires dites devant public, sans compter Luke Stewart, contrebasse, avec qui PAN M 360 s’est entretenu.

PAN M 360 : Vous sentez-vous partie prenante d’une tradition en musique improvisée?

Luke Stewart : Nous jouons et improvisons dans l’esthétique « black radical ». Cette esthétique va au-delà de la musique, impliquant d’autres formes d’art dont la littérature et les arts visuels. Depuis l’époque de Cecil Taylor et autres Albert Ayler, il y a toujours eu cette vibration de la communauté noire américaine dans la créativité artistique. Aujourd’hui, le jazz est devenu une matière académique, le corpus fait désormais partie du corpus scolaire en musique… Cela n’est pas une mauvaise chose en soi mais cela change la dynamique du jeu et de la composition. Même si cette musique a pénétré dans les institutions, la manière afro-américaine de jouer cette musique n’y est pas toujours convenablement intégrée de nos jours.

PAN M 360 : Vous vous produisez dans différents contextes, quel est celui d’Irreversible Entanglements?

Luke Stewart :  Il s’agit d’un groupe sans leader. Chaque individu a une voix égale, nous sommes aussi  des amis proches s’appliquant à rompre avec les formes redondantes du jazz standard. Nous souhaitons repousser les limites de la tradition et ouvrir de nouvelles pistes dans le travail d’ensemble, ceci incluant une voix poétique – Camae Ayewa.  Le concert auquel vous aurez droit a été enregistré à Chicago.

PAN M 360 : Quant à Blacks’ Myths, il s’agit d’un projet totalement différent, tant pour son instrumentation que de son personnel. 

Luke Stewart : Dans ce duo et nous nous penchons davantage sur un certain développement mélodique et les mots qui les accompagnent.  L’inspiration  hardcore ou punk de ce projet électrique provient de différentes vibrations ressenties au sein de la communauté afro-américaine. Nous en partageons les histoires, les pensées et les souvenirs, la mémoire des sons et des styles.

PAN M 360 : Comment , au fait, le punk peut-il se retrouver dans une telle démarche de musique improvisée et d’inspiration afro-américaine ?

Luke Stewart: L’attitude punk hardcore peut être liée à l’improvisation libre en jazz, elle est pour nous une manière d’élargir l’éventail de nos expressions sonores, une autre avenue nous permettant de  poursuivre cette recherche. Cela nous permet aussi d’accéder à une meilleure compréhension de la musique en général et, par voie de conséquence, du monde qui nous entoure. Ainsi, nous utilisons le son comme véhicule de transmission de cette information et de cette mémoire. Dans le même esprit, d’ailleurs, j’ai aussi produit de nombreuses interviews radiophoniques et j’ai écrit plusieurs articles.

PAN M 360 : Votre travail d’artiste et d’intellectuel se limite-t-il à l’exploration d’un couloir culturel essentiellement afro-américain?

Luke Stewart:  Non. Je joue dans plusieurs formations différentes, et ces formations ne sont pas exclusivement afro-américaines. Pour moi, l’expérience de la musique implique une interaction constante avec l’ensemble de la communauté mondiale, nous devons tous favoriser cette diversité pour une meilleure compréhension du grand tout musical. L’époque actuelle est beaucoup plus ouverte  culturellement, elle offre de nouvelles possibilités technologiques et de nouvelles formes musicales. Voilà qui me rend optimiste pour l’avenir du son et d’une plus grande conscience globale.  Contrairement à ce qui est suggéré par les empires médiatiques actuels, la quête de la différence existe toujours. Ce que je fais comporte toujours une dimension historique, encore là je ne m’intéresse pas exclusivement à l’apport afro-américain mais bien à l’histoire mondiale dans son ensemble.

PAN M 360 : En quoi les nouvelles technologies représentent-elles un facteur de mutation musicale?

Luke Stewart : Personnellement, je suis venu à la musique en bonne partie par la voie électronique, cela demeure une partie de mon expression dans différents contextes. La pandémie est d’ailleurs  une occasion pour moi et mes collègues d’explorer de nouvelles avenues technologiques, si ce n’est que dans la manière de diffuser notre travail. Ainsi, nous avons enregistré plusieurs concerts depuis les débuts de la pandémie et je dresse un bilan positif de ces initiatives.

PAN M 360 : L’improvisation est-elle socle de votre rapport à la musique?

Luke Stewart : De manière générale, l’improvisation est pour moi l’approche principale. Mais je joue également au sein d’ensembles où la musique écrite est importante. J’écris moi-même de la musique mais je ne crois pas pour autant que la musique écrite soit plus sophistiquée que la musique improvisée. Au contraire, l’improvisation permet une meilleure connexion au moment présent et offre plus de possibilités créatrices. L’improvisation comme point de départ mène à plus de résultats.  Il ne faut pas non plus oublier que l’acte de composition repose aussi sur l’improvisation. L’improvisation se trouve dans plusieurs expressions musicales, on le voit dans le hip hop , dans le punk rock et tant d’autres. Il n’y a plus de voix évidente pour accéder au maintstream, le jazz n’y fait pas exception.  Je crois que cette musique poursuit son évolution, ses praticiens sont plus ouverts que jamais, et des amateurs en sont de plus en plus attirés. Mais cette musique existera toujours, quelle que soit la taille du réseau de ses adhérents.

Oscillant entre variété française d’époque et artistes francophones plus actuels, les influences de Banditminuit sont variées. Elles s’entrelacent dans sa musique pour nous donner un amalgame mélancolique d’indie pop, folk-pop, synth-pop et chanson. 

Banditminuit, c’est le nom de scène que s’est choisi récemment Albert Jung Masquida, jeune musicien de 25 ans, originaire de Strasbourg. Il s’apprête à faire naître son personnage… il est Banditminuit moins une!

Sélectionné pour se produire au Printemps de Bourges, dans la catégorie des Inouïs (un dispositif national de repérage de jeunes talents), Albert s’apprête à jouer pour la première fois devant un public. Tandis que sa carrière n’en n’est qu’à ses premiers balbutiements, il compte déjà à son actif un premier album, Minuit, sorti en octobre dernier. 

On n’a certainement pas fini d’entendre parler de Banditminuit. À l’approche du festival qui reprend du service fin juin (décalage pandémique oblige) , PAN M 360 s’est entretenu avec lui, en France.

PAN M 360 : Qui est Banditminuit ?

Albert : C’est un personnage qui est un peu énigmatique, un peu sombre. À travers ce personnage, j’essaie d’utiliser d’anciennes références de la chanson française comme Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Alain Bashung… tout en restant moi-même.

PAN M 360 : Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ? 

Albert : Je viens d’une famille de musiciens. Ma mère est chanteuse et professeur de chant. Ma sœur a fait de la harpe et mon père fait également de la musique, notamment du piano et de l’orgue. J’ai toujours grandi dans un environnement très musical et c’est comme ça que j’ai commencé. J’ai surtout commencé à chanter en imitant ma mère dans du répertoire lyrique. Puis il y a eu une période, après, où j’étais moins dedans parce que je ne voulais pas faire comme le reste de ma famille. Finalement, vers 15 ans, j’ai repris avec des cours de guitare et c’est là que ça a pris.

PAN M 360 : Tu fais partie de la sélection des inouïs du Printemps de Bourges. Comment s’est déroulée la sélection ?

Albert : J’ai envoyé ma candidature via le site Réseau Printemps. Je ne pensais pas du tout être sélectionné. Je l’ai juste fait parce que c’était sur ma liste de choses à faire. Et puis un jour, en fait, je reçois un appel de celui qui gère l’antenne Réseau Printemps en Alsace et il me dit que je suis sélectionné pour les auditions régionales des Inouïs du Printemps de Bourges. J’étais évidemment très content, donc j’ai préparé les auditions, face à trois autres groupes, et j’ai été le seul à avoir été retenu. Il n’y avait pas de vrai public, c’était juste des professionnels de la région. Je sais que la plupart des gens ont bien aimé parce que j’ai eu pas mal de retours positifs.

PAN M 360 : Pour toi, qu’est-ce qui a fait la différence ?

Albert : Je ne sais pas. Je pense que c’est parce que ça sort un peu de tout ce qui se fait. Sans pour autant me jeter des fleurs, je pense qu’il y a quelque chose qui les a touchés. Peut-être qu’inconsciemment ça leur a rappelé la musique des anciens de la chanson française comme j’ai cité plus tôt. Je pense que ça a beaucoup joué. Et puis, on me dit souvent que ma musique fait penser à Eddy de Pretto, sans que ce soit la même chose. Il avait aussi participé aux Inouïs du Printemps de Bourges, donc je ne sais pas…, il y a sûrement une petite tendance que les gens aiment bien.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui fait ta signature en tant que qu’artiste ?

Albert : En musique, j’aime bien les choses avec de la mélancolie, parce que, pour moi, c’est ce qui fait ressortir le plus d’émotions. Ma signature passe aussi par le personnage que j’interprète et qui prend vie à travers ma voix et ma musique. Il y a un peu ce côté classicisme musical, et cette voix qui marque parce qu’elle est grave et profonde.

PAN M 360 : Quelle est ton expérience de la scène ?

Albert : J’ai fait de la scène, mais jamais comme ce que je m’apprête à faire à Bourges, je n’ai jamais été tout seul. J’ai fait de la figuration à l’opéra, du théâtre… Mais je suis très jeune dans la scène.

PAN M 360 : Oui parce que le projet Banditminuit est né récemment…

Albert : Oui, c’est ça. C’est né pendant le confinement. J’ai commencé à faire ça en mars parce que c’était déjà une envie et j’ai profité du confinement, étant donné que c’était un peu hors du temps. Je me suis dit que j’allais commencer à produire ce projet et je sortais d’une rupture donc c’était parfait ! J’étais étonné que ça marche autant. Tout ça à mon échelle bien sûr, mais ça a quand même été bien reçu pour un petit projet.

PAN M 360 : Et comment tu te sens à l’idée de du jouer au Printemps de Bourges ?

Albert : Pour l’instant, étant donné que je ne suis pas face à la réalité, ça me stresse un peu. Tu te fais des films dans ta tête, tu t’imagines en train d’oublier tes paroles, des choses comme ça… Mais après je suis sûr que ça va bien se passer et que ça va être une super expérience. 

PAN M 360 : Tu es tout seul sur scène ?

Albert : Oui, je suis tout seul. Après forcément il y a une équipe technique derrière, mais je n’ai pas de musiciens.

PAN M 360 : Tu as de projets pour la suite ? 

Albert : Alors je travaille sur un deuxième album, mais c’est vraiment en chantier. On va dire que je suis en train d’écrire le scénario de la suite !

Au firmament des étoiles d’Afrique de l’Ouest, désormais considérée parmi ses incontournables divas, Dobet Gnahoré vise encore plus haut. À PAN M 360, l’artiste de Côte d’Ivoire présente fébrilement Couleur, son nouvel album sous étiquette Cumbancha. Gagnante d’un Grammy en 2009, la chanteuse propose cette fois un savant mélange de styles africains, douzaine de titres assortis d’un vernis pop et exprimés en différentes langues africaines ou en français.

PAN M 360 :  Pouvez-vous nous décrire le projet Couleur ?

DOBET GNAHORÉ : Ça a pris beaucoup de temps! J’ai commencé à travailler là-dessus après la sortie de mon album Miziki (2018). Je voulais un projet qui me permettait de danser sur mes propres paroles tout en gardant mon originalité. J’ai contacté un producteur local et je lui ai fait écouter deux ou trois morceaux. J’ai vu rapidement que ça marchait bien!

En ce qui concerne les thèmes ? Je voulais parler de la femme. Je parle tout le temps de la femme, mais je voulais que cette fois-ci il y ait plus d’espoir et de joie dans mes mots. J’ai pu parler de son évolution et de sa beauté, donc je l’ai magnifiée. J’ai eu le temps de voir les jeunes filles modernes de Côte-D’Ivoire; des entrepreneures, des battantes, des gens qui ont une autre vision du futur. Ça m’a beaucoup inspirée !

Par rapport à la musique, je ne voulais pas faire exactement dans le genre urban. Ce n’est pas moi. Je voulais quelque chose qui ressemble à l’approche urban mais d’abord mettre de l’avant une couleur panafricaine. Mon album précédent était déjà sur une voie un peu plus électro. Ce côté  est renforcé sur les titres Couleur, Woman, Mon époque, Zaliguéhi et Mi Pradjô . Toutes ces chansons montrent ce changement. J’ai donc misé sur des rythmes très dansants et très diversifiés. Pour d’autres chansons, comme Rédemption, je voulais quelque chose de simple et d’émotif. Pour celle-là, je me suis repris sept fois avant de l’avoir!

Pour l’esthétique, il me fallait aussi quelque chose d’original. Je voulais une pochette design, simple et actuelle. Du coup, j’ai décidé de me peindre avec un dessin traditionnel qui représente le mariage. L’album est lié intimement à la femme et à une de ses faiblesses; elle est toujours amoureuse ! Je pouvais ainsi parler de la nouvelle génération moderne qui est plus libre, mais qui pense encore tout le temps à se marier. 

PAN M 360 : Voyez vous Couleur comme un mélange de traditionnel et de moderne ?

DOBET GNAHORÉ : Oui. Bien sûr, notre musique traditionnelle doit rester et doit nous inspirer. C’est important de lier ma musique aux traditions, mais je veux aussi rejoindre ce mouvement de musique africaine plus urbaine. En ajoutant la tradition au mélange de l’électro et du moderne, on obtient une autre couleur. Chaque titre est un mélange de plusieurs influences. Par exemple, la première chanson, Le désert, est un morceau inspiré de la musique marocaine à laquelle j’ai ajouté des flûtes pygmées pour créer une autre couleur intéressante. Ainsi on découvre du nouveau à chaque morceau et on se laisse emporter par le style.

PAN M 360 : Vos voyages doivent bien induire  une approche unique à votre travail ?

DOBET GNAHORÉ : Absolument, surtout que je compose tout le temps. Je suis influencée par l’univers qui est autour de moi. Que ce soit les gens qui m’entourent, le soleil ou le froid. La direction dans laquelle je veux aller est influencée par où je suis. Après avoir suffisamment composé, je regroupe des titres ensemble en m’assurant d’une chose; la cohérence. Je m’assure que les chansons auront au moins des thèmes similaires pour qu’il y ait un lien qui unit tous ces titres. 

Je suis musicienne et mon père aussi. J’ai des racines en Côte D’Ivoire, j’ai vécu vingt ans en France, j’ai voyagé un peu partout dans le monde. J’ai toutes ces influences d’où je suis passée.  Elles ajoutent quelque chose à ma musique. Lève-toi est un mélange de styles ivoiriens tandis que Jalouse, qui vient juste après, est bien plus contemporaine.

PAN M 360: Comment situez-vous Couleur dans votre discographie ?

DOBET GNAHORÉ: Je crois que c’est un de mes meilleurs albums. Il y a de l’émotion, de la recherche, de la diversité et de la couleur. Je suis aussi fière des textes qui parlent d’espoir et de joie. On peut aussi danser dessus! Le fait que je me suis beaucoup déplacée durant le processus créatif m’a aussi aidée. J’étais  en pleine maîtrise; j’ai travaillé avec des musiciens et des artistes que j’ai choisis. C’est une fierté d’avoir fait un album complet chez moi en Côte-d’Ivoire. C’est aux gens de voir s’ils vont l’aimer, mais moi, je l’adore. C’est une source de joie pour moi et ce n’est pas juste parce que je chante dessus. 

PAN M 360 : Vos albums sont souvent chantés dans une langue qui varie de projet en projet. Est-ce le cas pour Couleur?

DOBET GNAHORÉ : Pour Couleur, c’était le français. Mon but était que la majorité des gens comprennent ce que je chante pendant qu’ils dansent. J’ai plus de chansons en français, mais j’ai aussi trois… non quatre… non six autres langues qu’on peut entendre. Après tout, je suis Ivoirienne, je parle beaucoup le français; nous le pratiquons tous là-bas. Je me fais plus comprendre avec celle-ci que dans une autre langue. Je me suis dit que c’était plus logique si on entendait ce que je disais. Ce n’est pas toujours nécessaire, mais je voulais que l’on saisisse les sujets de cet album.

PAN M 360 : Après vingt ans d’expérience, êtes-vous encore stressée de sortir un nouvel album?

DOBET GNAHORÉ : Ce n’est pas quand l’album sort qu’on est stressé, c’est quand on commence à le faire. Ce n’est pas évident de concrétiser une idée. Comment fait-on pour la transformer en chose réelle ? C’est ça le plus difficile.  C’est là que j’ai été le plus stressée !

PAN M 360 : Avez vous déjà imaginé devenir une artiste aussi accomplie que vous l’êtes aujourd’hui ?

DOBET GNAHORÉ : Accomplie? Je ne sais pas encore, j’ai beaucoup de temps devant moi pour ça. Gamine, dès l’âge de 10 ans, je voulais devenir artiste. Je ne peux que remercier les anges et l’univers de m’avoir donné cette chance à laquelle j’ai toujours rêvé. C’est clair que j’ai encore envie de développer mon art. Je veux rejoindre encore plus de monde!

PAN M 360 : Parlant de rejoindre plus de monde, travaillez-vous déjà sur un autre projet?

DOBET GNAHORÉ : Oui, on ne prend pas de pause dans la musique. J’ai déjà 18 titres sur lesquels j’aimerais travailler. Ce sera quelque chose de plus doux qui va rester dans l’émotion. 

PAN M 360 : Pourra-t-on encore danser dessus?

DOBET GNAHORÉ : Oui, mais des danses très suaves ! Je crois que ça sera plus lié à l’amour, à la passion, à tout ce qui est charnel. Mes albums dépendent vraiment de mes états d’esprit. Pour Couleur, je voulais me battre et être entrepreneure. Je voulais célébrer mon épanouissement. Pour celui qui s’en vient, je suis dans un mood d’amour. Ça me vient de mon mari, de mes enfants et les histoires romantiques de mes amis, tous des éléments que je trouve très mignons. Je suis très épanouie dans mon rôle de mère, de femme au foyer et d’artiste. Vu que je suis hyperactive, je peux gérer mes enfants, mon mari et ma carrière et c’est au cœur de cet épanouissement que je compte poursuivre mon évolution.

Alors que certains sont à la poursuite de la popularité et de la réussite matérielle, d’autres sont intéressés par autre chose. Pour le duo Kirouac et Kodakludo, il n’y a que la quête de l’équilibre qui compte véritablement. 

Rappeur et beatmaker sont sur la bonne voie : non-seulement la paire se complète-t-elle dans sa démarche musicale, mais encore la sortie d’un premier album intitulé Les gradins souligne-t-elle un mariage heureux entre des paroles engagées et des sonorités qui enveloppent. 

Les deux souhaitent se démarquer et se surpasser à travers leur art. Les gradins, c’est un projet multidisciplinaire se métamorphosant au rythme des leurs passions respectives; Kirouac (Paul Provencher) a collaboré avec l’artiste Benjamin Gagné pour la création d’une bande-dessinée, alors que Kodakludo (Ludovic Rolland-Marcotte) a dirigé un album photo, rappelant cette idée que la musique peut et doit créer des images. 

Alors qu’ils se sont rencontrés sur les bancs d’écoles lors d’études cinématographiques, les deux amis ont continué de nourrir une chimie qui ferait des jaloux. Il est aisé de prévoir qu’ils récolteront applaudissements et acclamations, physiquement ou virtuellement.

PAN M 360 : De votre premier EP intitulé Wesh à votre premier album Les gradins, force est de constater qu’il y a une évolution dans votre musique et ce, des paroles au son. Pourquoi avoir choisi d’être dans cette constante mouvance musicale ? 

Kodakludo : Personnellement, je crois que nous avons évolué en même temps que notre musique. Nous avons énormément appris au fur et à mesure, et ça ne veut pas dire qu’on ne retournera pas dans nos vieilles productions, bien au contraire. C’est très intéressant comme manière de travailler. Donc, c’est vraiment une évolution de qui on est, de comment on se sent, de ce qu’on écoute… Au final, c’est l’essence même de qui nous sommes et de notre propre apprentissage de l’ art. 

Kirouac :  Quand on l’écoute de A à Z, on peut clairement voir une évolution. Au début, on entend beaucoup les beats dans le temps de Wesh, plus dansants avec des influences house. Et ensuite, on va dans quelque chose de vraiment indie, slow, alternatif…ce n’est carrément plus du rap ! Il y aussi des passages plus trap, plus agressifs dans les beats. Et vers la fin de l’album… je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais on revient vers les beats du début? Comme si on bouclait la boucle en fait. Et le thème central de l’album, c’est l’évolution et les révolutions. On ne veut pas rejeter ce que l’on faisait avant, mais on veut faire autre chose aussi. Nous sommes toujours à la recherche de quelque chose, nous ne sommes jamais satisfaits.

PAN M 360 : Justement, on peut facilement observer une certaine assurance dans votre travail! Vous soulignez que vous ne faites pas seulement du rap, mais bien de l’art.

Kirouac : Il y a deux côtés à ça dans l’album. Il y a le questionnement sur le rôle de rappeur et celui de comment interagir avec la culture hip-hop. Sur la chanson Repeat, on dit que le rap nous fait vivre, c’est ce qui nous donne le goût d’avancer… Alors que sur Vraimoi ou encore Yo Kodak, on souligne que oui nous sommes des rappeurs… mais pas seulement ça. Peut-être que nous sommes des artistes avant d’être des rappeurs mais ça ne devrait pas nuire le fait qu’on fait du rap.

Kodakludo : Et je pense même qu’au contraire, ça rajoute le fait qu’on puisse faire ces formes d’art… Celles de Paul [Kirouac] et les miennes… c’est ce qui a formé Les gradins en fait. 

PAN M 360 : Vous parlez de séries télévisées, de littérature, de photographie… Dans Les gradins, vous explorez notamment cette multidisciplinarité en créant non seulement un album, mais aussi une bande-dessinée et un album photographique. Pourquoi avoir choisi cette approche ?

Kirouac : Quand nous nous sommes assis pour savoir ce que nous allions faire pour ce projet-là, on ne voulait pas avoir de cadre trop restrictif. Ce qui est cool dans la manière dont Ludo et moi travaillons ensemble, c’est que les choses viennent d’elles-mêmes, le sens vient en le faisant. Nous pensions qu’il serait intéressant d’étudier ce que nous sommes ensemble, ce que nous sommes séparément et comment ces deux choses réunies forment un tout. Parfois, je me casse beaucoup trop la tête alors que Ludo travaille davantage avec son instinct… Nous sommes deux pôles totalement différents mais qui se complètent au final. Nous sommes toujours en rotation.

PAN M 360 : Depuis Amos, on peut voir que vous aimez raconter des histoires à travers votre musique, et Les gradins n’échappent pas à cette tendance. Vous puisez beaucoup dans le vocabulaire de l’aventure en parlant de quête, de destinée, d’élu.e.s et d’être choisi.e.s. Vous vous comparez même à quelques reprises la légende du roi Arthur et les chevaliers de la table ronde… S’ils recherchent le légendaire Graal, vous êtes à la recherche de quoi ? 

Kirouac : C’est ça qui est le fun dont l’album et l’histoire est racontée ; le début de cette quête est très extériorisée, par exemple dans Carré Saint-Louis je dis « Je veux être comme les grands qui m’ont précédé / Je veux être immortel ». Mais plus on avance dans l’album, plus on réalise qu’il n’y a pas de récompense extérieure. Il n’y a pas une forme de réussite matérielle qui est la véritable réussite. La véritable réussite, c’est la paix intérieure… Le vrai graal c’est de trouver l’équilibre, autant dans son processus créatif que dans sa propre personne. 

PAN M 360 : Et même dans les beats de Ludovic [Kodakludo], on voit ce désir de créer plus que des beats, mais bien des ambiances sonores, des paysages différents et uniques.

Kodakludo : J’ai justement appris ça en créant Amos! Ça été tout un défi de représenter en musique l’eau, le feu, l’air, la terre… Et tout ça, c’est grâce à mes études en cinéma que j’ai un peu appris que rien n’est là pour rien, tout a une raison d’être… Travailler avec Paul [Kirouac] est super cool, dans la mesure où nous connaissons tous les deux le thème, alors quand je mets ses textes sur mes beats, on est capable de créer plus qu’un son, on peut créer un vibe. 

PAN M 360 : Je ne pense pas vous étonner en vous disant que vous semblez être deux grands fans de Montréal ! Sur Wesh, vous louangiez déjà bixi et le restaurant Chez Claudette, pour ne citer que ceux-là. On peut observer le même phénomène dans Les gradins. Pourquoi aimez-vous autant Montréal ?  

Kirouac : Ce n’est pas dire que Montréal est mieux que le reste, c’est de créer des référents pour les gens qui écoutent notre musique. Et ça crée aussi un univers narratif un peu ? Mais il est aussi important de garder en tête que Montréal n’est pas homogène, parce qu’il y a plein de réalités différentes et de gens qui la réclament pour d’autres raisons. 

PAN M 360 : Sur Les gradins,  on voit que vous adoptez davantage une position politique. Vous dites notamment que vous n’êtes pas des Jacques Parizeau, mais bien des Manon Massé. Que voulez-vous dire ? 

Kirouac : C’est sûr que je ne peux pas parler pour Ludo [Kodakludo] puisque c’est moi qui écris la majorité des paroles, mais c’est sûr que la dernière année m’a fait beaucoup réfléchir. Et je pense que cette ligne en particulier veut comparer ces deux indépendantistes dans un sens, mais de dire que ma vision du Québec n’est pas celle d’il y a 25 ans. Je ne peux pas m’identifier à un Québec où on est contre d’autres personnes, tu vois ce que je veux dire ? Pour moi, toutes les personnes qui habitent au Québec sont québécoises. Notre rapport à la citoyenneté ne doit pas être ethnique, linguistique, ni même culturel à un certain point : à mes yeux c’est d’abord territorial et issu de la collectivité. Et cette idée est plus proche de Manon Massé que de Jacques Parizeau. 

PAN M 360 : Vous faites tous les deux partis de La fourmilière, un collectif de rap où pour une vingtaine de membres masculins, il n’y a qu’un membre féminin, soit Xela Edna. La forte majorité au sein même de ce groupe est en quelque sorte un témoignage du boys club au sein même du rap québécois, mais aussi de la musique au sens large. Quelles sont les actions que vous avez concrètement prises pour atteindre la parité, et comment voyez-vous ces actions prendre forme dans le futur ? 

Kirouac : La première chose, c’est qu’on se force à avoir énormément de conversations, il faut absolument que les gars se parlent entre eux pour identifier les comportements toxiques. Nous sommes nombreux au sein du collectif, oui, mais il y a des membres avec qui nous sommes plus proches que d’autres, il y en a plusieurs que les choses font en sorte qu’on ne les voit pas souvent. Mais il est important de questionner sa masculinité et de réaliser quel est notre rôle à jouer pour crisser le patriarcat en feu. Et après, c’est toujours difficile dans la mesure où l’on ne veut pas prendre la place de personne et tu ne veux pas parler pour personne d’autre. 

Kodakludo : Il y a certainement un problème dans le manque de femmes dans le rap, et insidieusement, le boys club fait en sorte qu’il y a une immense pression sur elle quand elles veulent participer. Il faut comprendre nos propres biais, c’est quoi la dynamique d’un boys club… Et une fois que tu repères ces biais, il faut les déconstruire. 

L’ascension du Torontois Aahan au sein de la scène locale émergente se fait dans le même esprit que la techno qu’il produit : c’est rapide, puissant, inarrêtable. En l’espace de quelques années, son rythme de production et la qualité de celle-ci lui ont permis d’être soutenu par plusieurs grosses figures européennes comme Perc, Dax J et Cleric, pour ne citer qu’eux. Après sa participation à la première compilation du jeune label MFC Records, l’étiquette l’accueille avec un EP solo, Freya, dont les bénéfices seront reversés à la Fondation Mor Çatı Women’s Shelter, basée en Turquie.  

PANM 360 : Tu devais te rendre en Europe l’année dernière et la pandémie y a mis un terme. Néanmoins, sur les médias sociaux, nous pouvons apprécier à quel point tu es resté occupé depuis. Dis-nous en plus sur ce qui t’occupe ces derniers temps ?

Aahan : Je souffre d’un peu d’anxiété, donc le confinement dû au COVID-19 m’a un peu soulagé. Les restrictions m’ont donné l’occasion de me concentrer sur la musique, je n’ai fait qu’écouter de la musique et en créer, surtout l’année dernière. Il n’y avait rien à faire, le monde était au point mort et c’était une opportunité de développement personnel. J’ai fait de mon mieux pour faire des choses. Honnêtement, je pense que ça a marché, j’ai sorti des disques, j’ai amélioré ma production. Beaucoup de gens m’ont contacté en me disant que j’étais bon, et c’est bizarre d’entendre ça parce que je ne pense pas être aussi bon qu’ils le disent, alors j’ai pris confiance.

PANM360 : Tu sors beaucoup de matériel ! Plus d’un EP par an et on a arrêté de compter le nombre de titres individuels. Comment fais-tu pour être aussi prolifique ?

Aahan : Je ne force jamais la créativité, en tout cas pour moi ça ne marche pas. Quand je le sens, j’en profite. En 2020, j’en ai profité parce que je le sentais. Ce qui s’est passé récemment, probablement de décembre 2020 à mars 2021, est que j’avais le syndrome de la page blanche, j’étais juste déprimé, rien de trop fou honnêtement, mais j’avais peu d’énergie, aucune créativité. Je pense que beaucoup de gens à cette époque ressentaient la même chose, évidemment, parce qu’il y avait ce virus depuis un an, il faisait froid dehors… Ça m’est arrivé, j’ai fini par m’en sortir. C’était intéressant à gérer. Donc, pour ce qui est de lacréativité, elle a disparu pendant un certain temps, mais maintenant elle est de retour.

PANM360 : Qu’est-ce que Freya a de si spécial ?

Aahan : En fait, j’ai choisi le refuge pour femmes Mor Çatı en Turquie parce que ce pays est sans cesse confronté à des problèmes liés aux droits des femmes. J’ai simplement suivi mon processus créatif habituel pour ce EP. J’ai généralement une idée de ce que je veux et je me concentre sur quelques éléments que je veux réaliser. J’ai une variété de morceaux (techno, trance) et il y a certains dénominateurs communs, comme les percussions. Lorsque j’ai eu l’idée de Freya, je pensais à toute la mythologie et c’est une déesse de la mythologie nordique. Puis j’ai un autre morceau qui s’appelle Hestia qui est une déesse de la mythologie grecque. J’ai pensé que ça teinterait le EP d’une aura puissante. En plus de cela, j’ai utilisé beaucoup de voix féminines. C’est léger dans le sens où il y a beaucoup d’éléments, mais ils ne sont pas brutalement intégrés. C’est plus émotionnel. Pas trop mélodique. Je savais que Luna Vassarotti remixerait, j’adore travailler avec elle et c’est aussi pour cela que j’ai choisi cette voie en termes de design sonore, en restant léger, car je savais qu’elle allait faire un titre qui allait taper. Je me suis dit que ce serait bien d’avoir une femme pour le remix, mais aussi que ce serait bien que ce soit elle qui ait le morceau le plus fort.

PANM360 : Même si la production est un processus très individuel, tu tends toujours la main et collabores pour faire vivre la musique. La collaboration semble essentielle dans ton approche de la musique.

Aahan : J’ai une sortie plus importante qui a lieu tous les deux ou trois mois, mais j’aime toujours produire, travailler pour de petits labels que je trouve bons, qui ont un bon son et une bonne direction. Ça me donne aussi l’opportunité d’essayer différentes choses. Je fais aussi des remix. Entre les grosses sorties et les gros labels, je travaille avec les labels marginaux et locaux. Je voulais arriver avec un EP complet pour MFC Records parce que je connais Camille, je connais les artistes qui ont participé à la première compilation et c’est un label canadien. Je veux vraiment que le type de son qu’on défend  prenne plus d’importance au Canada. En plus de tout ça, l’éthique de MFC est géniale.

PANM360 : Puisque tu parles de la scène canadienne, comment la décrirais-tu ?

Aahan : Je ne connais vraiment que Montréal et Toronto, mais au niveau du Canada, nous avons quelques artistes cool qui sont sortis. Orphx, Huren, Richie Hawtin techniquement… il est toujours un artiste canadien important, Rhys Fulber, c’est un grand artiste aussi. Alors peut-être qu’un jour, je serai considéré comme un artiste notable venant du Canada. Il y a un label qui a vraiment changé ma vie, il s’appelle Raven Sigh, et il est dirigé par un type, Dylan, alias Huck Farper. Il a changé la vie de beaucoup de gens en fait. C’est un très bon label quand tu es un jeune artiste talentueux, il te donne la possibilité de sortir du matériel. Beaucoup d’artistes de ma génération, de mon âge, ont eu des sorties sur ce label, par exemple Trym, Dyen, Nico Moreno… Des gens qui sont toujours dans la scène aujourd’hui. Ma propre sortie a changé ma vie. Je n’ai jamais envoyé de démos à Dax J (Monnom Black) et Cleric, mais ils m’ont trouvé grâce à ces morceaux. En ce qui concerne le son que j’aime, le son underground et tout ça, à Toronto avant la pandémie, on avait un bon artiste international qui venait peut-être tous les deux mois. On construisait une bonne scène. Il y avait assez d’intérêt pour investir des entrepôts. C’était bien et ça se développait, mais malheureusement, la pandémie a frappé. Montréal a évidemment une… je ne dirais pas meilleure, mais une communauté plus dévouée, plus grande aussi. J’aime y aller pour la techno. Pour le son que j’aime, je dirais que Montréal est la meilleure ville du Canada, même si je ne suis pas allé à Vancouver. Dans l’ensemble, ce n’est pas comme en Europe, mais je pense que le son devient de plus en plus populaire partout, alors j’ai confiance en sa croissance.

PANM360 : Tu as commencé ta carrière en tant que producteur et dernièrement tu mixes régulièrement sur Internet. Comment décrirais-tu la relation entre la production et le Djing, et comment a-t-elle évolué pour toi ?

Aahan : J’ai toujours été un producteur mais j’ai toujours eu le DJing en tête, pour jouer, faire des sets. Je ne me produisais même pas pour les gens, je faisais juste des sets qui étaient publiés sur SoundCloud et autres. Je pense que c’est ma façon d’être une personne créative. J’ai passé une grande partie de ma vie à essayer de trouver un exutoire créatif pour diverses raisons mais aussi parce que je pense qu’en tant qu’humains, nous sommes capables de trouver un moyen cool de le faire, et puis j’ai trouvé le DJing. Après deux ou trois ans de production et d’apprentissage de la production, j’ai décidé de m’initier au DJing, qui a toujours été une activité secondaire. À ce stade, je pouvais faire du DJ, j’adore les CDJ, j’adore Traktor, je fais du DJ virtuel parce que je n’ai rien d’autre à faire. Je vois toutes ces plateformes virtuelles comme une nouvelle façon de comprendre comment faire un bon set. J’essaie d’être plus interactif dans mes sets. Le genre que je produis et le son que je mixe me permettent de jouer avec trois ou quatre CDJ et j’adore m’amuser avec ça. Le défi de savoir ce qui sonne bien avec quoi, j’adore prendre des risques. Le métier et l’art du DJing ont évolué pour devenir quelque chose que je prends vraiment au sérieux et que j’apprécie encore plus maintenant. 

“J’ai pour toi un lac», chante le poète avec bienveillance. Ce lac-ci s’appelle Azueï. Longeant la frontière haïtiano-dominicaine, il est comme le symbole d’une cohabitation navrante entre deux frères ennemis, condamnés à cohabiter sur la même belle île. Plus qu’un groupe, plus qu’un collectif musical, Azueï c’est aujourd’hui un véritable mouvement socio-culturel à contre-courant des irritants séculaires, mouvement déclenché par la sortie de ce premier album en créole et en espagnol baptisé Artibonito. D’ores et déjà, une pierre angulaire.

Azueï -c’est le nom que lui ont donné les premiers et pacifiques habitants de la perle des Antilles- est une grande flaque saumâtre, infestée de crocodiles. On raconte qu’ils chassent encore vainement les quelques flamants roses ayant miraculeusement survécu à la colonisation. 

Venant d’Haïti et roulant vers l’Est, on n’a nulle envie de s’attarder dans cette zone aride et peu  hospitalière qui conduit au poste frontalier de Malpasse (le nom en dit long). 

Au moment où il y avait à nouveau de vives tensions dues aux menaces de déportations massives des Haïtiens, ordonnées par un gouvernement dominicain ultra-nationaliste, c’est pourtant là, dans ce parc naturel sur les berges mystérieuses d’Azueï, qu’une réunion d’artistes multidisciplinaires des deux pays a donné naissance en août 2015 à ce fabuleux projet dont les instigateurs sont, entres autres, le batteur Jimy Rock, le chanteur Rebel Layonn, le représentant d’OXFAM Yanes Karroum et la cinéaste indépendante Rachèle Magloire. L’année d’après, tout ce beau monde se retrouvait à Port-au-Prince dans le quartier chaud de Martissant  pour jeter les bases du futur premier album.

Pour nous en dire plus, voici quelques extraits d’entrevues réalisées avec des voix avec deux voix d’Azueï:  Omar Tavarez -alias Pepa Flow- et Sara Rénélik.

Joint sans prévenir le soir, sur son portable dans le quartier zona colonial de Santo Domingo,  Pepa Flow  n’a pas sommeil. Il se rend immédiatement disponible. Haut en couleur, le rappeur très authentique raconte volontiers son enfance dans les rues de la capitale dominicaine.

PAN M 360 : Qui est Pepa Flow? Et d’où vient ce nom? 

Pepa Flow: Mon vrai nom c’est Omar, explique-t-il, mais depuis l’âge de six ans, on m’appelle Pepa à cause d’une coiffure bizarre que ma mère m’avait faite, en forme de champignon. Ce sobriquet s’est répandu comme une traînée de poudre et je le porte encore aujourd’hui.

PAN M 360: Tu as toujours travaillé dans la musique? 

Pepa Flow: J’aime le partage, le vivre ensemble, le travail collectif, la créativité dans l’esprit communautaire Voilà ce qui justifie la naissance de mon premier groupe Comunidad Rasta, avec un répertoire reggae et raggamuffin. J’étais à peine adolescent. Nous étions jeunes et la musique était notre raison d’être. C’est là que  j’ai développé ce flow qui est le mien et que j’amène dans cette nouvelle coalition qui m’inspire beaucoup.

PAN M 360: La musique de ce nouveau groupe, ce n’est pas le konpa d’un côté et le merengue de l’autre. L’écriture est un acte collectif, du moins, c’est ce qui paraît, à regarder vos clips vidéo.

Pepa Flow: Dans Azueï, nous faisons du reggae et du hip-hop mais nous utilisons aussi des  éléments du folklore des deux pays. Certaines influences de part et d’autre se sont déjà manifestées par le passé mais jamais de cette façon. Je veux dire, avec les deux nationalités présentes équitablement dans la même formation, créant une musique nouvelle sur le champ. C’est une mixture, une fusion. Comme ce mélange de rara d’Haïti et de gua gua de la République dominicaine dans rara gua gua, ça marche ensemble! Un autre exemple est cette bachata sans arpèges qui donne son titre à l’album: Artybonito. Elle  porte le nom d’un fleuve dont les eaux baignent les deux nations, ce qui implique des échanges. Ceci dit, nous sommes tous plutôt d’accord pour qu’on nous classe dans la rubrique musiques du monde.

PAN M 360: Vous êtes déjà nombreux et tous très spontanés mais la distance physique entre les membres du groupe ne facilite pas les choses, non? 

Pepa Flow: Nous sommes de la même famille. Nous prenons toujours soin les uns des autres, chacun son tour. Quand Rachèle débarque à Santo avec sa gang, on fait de notre mieux pour les recevoir, et, de même, quand nous allons en Haïti pour travailler, on nous accueille à bras ouverts. C’est euphorique. Nos deux peuples étaient séparés par tant de préjugés …  

PAN M 360: De chorégraphe pour Céline à chanteuse pour le Tchaka d’ Éval Manigat, Sara Rénélik a entamé une carrière solo, chanté au grand spectacle de la Fête Nationale avant de partir vers le Sud, dans une longue quête mystique .Aujourd’hui, elle est de retour dans le 514… C’est ce qu’on appelle  full circle

Sara Rénélique:  Oui, en effet, c’est tout un parcours en boucle. Mais il peut en inspirer plusieurs, tant chez les natifs que ceux de la diaspora qui veulent valoriser leurs héritages  respectifs et conjoints. Je suis née au Québec  de parents Haïtiens qui avaient fui la dictature de Duvalier. J’ai toujours célébré et honoré mon héritage culturel jusqu’à ce que, par choix,  je quitte le Canada en 2009 pour l’île de Quisqueya, plus précisément en territoire hispanophone, où le simple fait d’être Haïtienne d’origine et d’exercer la profession d’artiste en République dominicaine se veut d’être, au départ, un acte d’activisme culturel. C’est une mouvance à contre-courant du statu quo discriminatoire qu’on inculque parfois là-bas,et ce dès l’école. Car l’art est une arme.  Et c’est difficile de l’interdire ou de le contrer, voire de le confiner. Disons que dans un chemin de vie, on a des obstacles inévitables et naturels, qui ne sont pas nécessairement un choix au départ de se faire étiqueter d’activiste.

En tout cas, cela m’a permis, pendant huit ans, de pénétrer dans plusieurs cercles qui célèbrent la culture de l’île, celle qui unit, qui se partage et qui nous permet de reconnaître nos valeurs intrinsèques. Tout cela avec des antropologues, des écrivains, des historiens, il y a vraiment tout un bassin. Et, en plus, il y a la  présence des étudiants d’Haïti, venant de l’ autre côté de la frontière,qui doivent se célébrer. D’où la nécessité  d’une réelle rencontre entre les artistes pour apprendre de nos ancêtres communs ce qui mérite d’être partagé. C’est une responsabilité.

PAN M 360:  Que reste-t-il des rythmes des Taïnos, les premiers habitants de cette région de l’île?

Sara Rénélique: C’est une question qui me passionne et qui m’intrigue depuis des années.Il existe une tendance afro dominicaine de même qu’un patrimoine afro-taïno. Nous avons coécrit le percussionniste Wélélé Noubout et moi, deux chansons qui nous ont donné du fil à retordre en studio quant à l’équilibre et au focus entre les tambours traditionnels et la batterie. On s’est inspirés aussi des travaux de Boukman Eksperyans et de Boukan Ginen en ce sens – Atadey, un hommage aux femmes taïnos que je chante en harmonie avec Shoomy, Cécilia et Perla (les voix féminines du groupe), évoque la déesse de la fertilité. Une mélodie m’est venue dans une grotte en République. Les rythmes autochtones sont plutôt de nature binaire tandis que la structure ternaire venait plutôt de l’Afrique, plus verticale. La rencontre avec des percussionnistes haïtiens à Boca Chica m’a confirmé des choses qu’il faut comprendre par le corps,

PAN M 360: Là, c’est la danseuse qui parle! Mais avec le texte de Sa n’a tann (Qu’est-ce qu’on attend?), tu lances un message clair comme autrice.

 Sara Rénélique: J’espère que le message passe.

https://www.youtube.com/watch?v=NBZOV71-B1w
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