Meggie Lennon crée des chansons sensuelles, baignées de rock psychédélique. Son style hypnotique, make-out dream-pop, inspiré de la période fin 60 – début 70, nous transportent des années en arrière.

Samuel Gemme a pu apporter une expérience bénéfique à l’entièreté de l’œuvre. Il a su utiliser les techniques d’avant, tout en conservant une touche moderne. Qu’il ait travaillé avec des bandes jouées à l’envers mène à croire qu’il est dans le bon milieu. Et promet un album remarquable.

Prévus le 9 juillet, les 8 titres de Sounds From Your Lips sont partiellement dévoilées, voilà autant de raisons de s’entretenir avec la principale intéressée !

PAN M 360 : Depuis quand travailles-tu sur cet album?

Meggie Lennon : J’ai déménagé à Montréal il y a 4 ans. J’avais composé quelques chansons avant mon déménagement, mais officiellement, ça fait 3 ans que j’ai commencé à travailler avec Samuel Gemme dans son studio. Donc, on a commencé à la fin 2018. Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’il y a eu un an de recherche d’étiquette pour lancer l’album. Par la suite, nous nous sommes lancé le défi de le transformer en long jeu puisqu’à la base c’était un EP. Nous avons ensuite procédé à la production. J’ai écrit d’autres chansons et la pandémie a vraiment tout retardé. Mais entretemps, j’ai trouvé Mothland, donc je suis super contente. C’est un rêve qui va se réaliser avec la sortie de l’album en vinyle. Je suis aux anges.

PAN M 360 : Avant tu faisais partie du groupe Abrdeen. Comment s’est fait la transition?

Meggie Lennon : Le groupe Abrdeen était un de mes projets. Je l’ai fondé, j’écrivais les chansons et je composais aussi la musique. Nous étions 5, tous des amis de Québec. On avait lancé le EP Endless Nights and Dreamlike Mornings en 2017, qui avait été nommé au GAMIQ. Ce fut une belle réussite. Par la suite, lorsque j’ai pris la décision de déménager à Montréal, nous nous sommes entendus que j’allais juste recommencer à neuf avec un nouveau son. Parce que, il faut dire, les garçons étaient plus ou moins excités à l’idée que je délaisse la guitare pour le synthétiseur. Ils avaient des aspirations plus rock et moi plus indie-pop, que j’ai maintenant transformé en make-out rock. Conséquemment, ça s’est fait assez naturellement. En fait, c’est que je voulais. Comme c’était moi la compositrice, les autres n’avaient pas d’intérêt à garder le nom Abrdeen, qui était aussi le nom que j’avais choisi puisque j’habitais sur la rue Aberdeen et c’était aussi un clin d’œil à la ville natale de Kurt Cobain.

PAN M 360 : Quels sont, pour toi, les grandes différences entre travailler dans un groupe et le faire en solo?

Meggie Lennon : Évidemment, d’être celle qui dirige à 100% le projet, ça a toujours été quelque chose qui me plaisait beaucoup. J’ai toujours eu un amour des synthétiseurs, c’est pourquoi je me suis donné le défi de m’en acheter un. Je me suis mise à jouer et je souhaitais plus me diriger vers un son plus pop. Alors,  d’avoir cette ligne directrice que je contrôlais, ça me parlait beaucoup. J’ai également rencontré des gens qui sont à présent mes complices, mes musiciens, dont Jules Henry qui est l’artiste Super Plage, avec qui je joue la majorité du temps. De plus, cet été, Marika Galea, qui a récemment collaboré avec Russell Louder, sera de la partie. Ces personnes me suivent pour les performances, mais ce qui me manque d’avoir un groupe c’est surtout en lien avec la stabilité. Nous pouvions bouquer des shows de dernière minute, nous connaissions toutes les chansons. Nous n’étions pas obligés de pratiquer énormément. Il y avait de la spontanéité, mais aujourd’hui il faut prendre en compte les pratiques pour un spectacle, surtout lorsque ce sont des personnes différentes. Les musiciens doivent être avec cette nouvelle chimie qui peut se renouveler.

PAN M 360 : D’où vient ton inspiration de produire de la musique rock psychédélique inspiré de la fin des années 60 – début 70?

Meggie Lennon : J’étais tombé sur l’album Mother Earth’s Plantasia de Mort Garson qui était très aéré et ça m’avait énormément plu. Aussi, j’ai toujours été une fanatique du rock de ces années. J’ai commencé à jouer de la musique avec le livre des Beatles. Ça me suit depuis le secondaire. Cet amour était déjà là. Avec Mork Garson et Donovan que j’ai beaucoup écouté, il y avait déjà cette attirance naturelle vers ce son. De plus, ce qui a vraiment pesé dans la balance pour mon choix de producteur, Samuel Gemme, est sa passion pour la musique de cette période, mais aussi très analogue. Il fonctionne par bandes et tout son studio est construit pour récréer cette même expérience qui se faisait à cette époque. Encore une fois, ça s’est fait très naturellement.

PAN M 360 : Désires-tu rester dans ce style, ou encore es-tu tentée d’explorer différents styles?

Meggie Lennon : Je te dirais pour le son, c’est quelque chose qui va rester. Cependant, j’ai remarqué une chose qui se transforme. J’ai commencé à écrire pour un prochain album et deux des chansons que j’ai écrites sont en français. C’est une tendance qui ne m’avait jamais accompagnée dans le passé. Il avait eu Ton Amour, Ma Bouche, mais ce n’était pas quelque chose qui me venait naturellement. Actuellement, je prends des marches et je suis inspirée avec des paroles en français. On le sait, en tant qu’artiste, il y a des sous reliés à la langue. Je ne pense pas que l’aspect monétaire vient motiver à cent pour cent ce nouveau réflexe, mais ça permet certainement d’avoir accès à des bourses et à du support financier qui est très intéressant vu notre réalité au Québec. Je ne garantis pas que mon prochain album soit exclusivement en français, pas du tout. J’ai évolué dans un milieu anglophone et c’est encré en moi. Je ne crois pas que c’est quelque chose qui va se concrétiser, mais qui sait, jusqu’à maintenant j’en ai deux en banque.

PAN M 360 : Pourquoi avoir sorti une seule chanson en français et que signifie-t-elle ?

Meggie Lennon : Jardin est la dernière chanson qu’on a composée. C’était pendant la pandémie. Je suis tombée sur un article qui se nommait The Fantasy Prone Personality ; ce sont des gens qui vivent très près de leurs fantasmes et qui, parfois, ont de la misère à discerner la différence entre leurs fantasmes et la réalité. Je trouvais ça hallucinant. C’est un trait de personnalité, quelque chose qui a été observé chez certaines personnes par des psychologues. Ça m’a donc fait penser à ma propre relation avec mes fantasmes, d’où la naissance du jardin secret à l’intérieur de soi, lieu dont il est tout possible de réaliser.

PAN M 360 : Tes chansons parlent de sensualité, de plaisir et de romance, c’est important pour toi?

Meggie Lennon : Ça vient de moi tout simplement. Je suis une grande amoureuse dans la vie. Je célèbre tous les petits plaisirs au quotidien et c’est quelque chose qui m’inspire beaucoup et j’ai la chance de vivre cet amour avec les gens qui m’entourent. Les paroles sont un complément à la musique. La musique peut arriver avant, d’autres fois ce seront les paroles. Une fois que j’écris les lignes, il est rare d’y repenser plus d’une fois. La plupart du temps c’est ma réalité qui m’inspire. Sinon, je suis une personne sensuelle et j’aime la thématique de la sensualité. J’apprécie quand cette sensualité se reflète dans la musique parce que cette enveloppe sonore devient une écoute facile qui te fait sentir bien et veut te faire bouger.

PAN M 360 : As-tu des attentes concernant ton album?

Meggie Lennon : Je désire qu’il y ait une réaction positive. J’ose croire que cet album va parler à beaucoup de gens puisqu’il sera lancé en juillet, été qui va accompagner notre déconfinement graduel. Je pense que ça va faire du bien à beaucoup de personnes. J’espère que ce sera autant libérateur pour les auditeurs que pour moi à la sortie de l’album.

Avec la pandémie, on a vraiment pris le temps. On a étalé les sessions. J’espère que la qualité de la production va être reconnue parce que l’album peut être considéré comme pop standard, mais ayant été activement intégrée dans le processus du mix, je dirais que Samuel a été au-delà de mes attentes et je suis ravie de son travail.

PAN M 360 : Ta chanson préférée de l’album et pourquoi?

Meggie Lennon : J’irais avec Night Shift. C’est celle qui ressort toujours du lot en termes de composition et d’enregistrement. Ça avait été une session particulièrement agréable. Je vais être transparente, Samuel et moi étions en studio. Il met à l’aise les personnes qui le côtoie. Il est inspirant et souvent on accompagnait nos sessions avec un peu de vin et on se laissait aller. On avait le Wurlitzer sur lequel on avait composé l’harmonie. À partir de ce moment, ça s’est fait tellement naturellement. Il faut dire que l’inspiration principale de la chanson était les balades de Bixi en revenant du bar un peu pompette dans les rues désertes de Montréal qui me remettaient en action.

J’aime aussi le fait que la pièce ait un crescendo à la fin. Donc, elle part plus dream-pop et se termine avec la guitare de Gabriel Lambert qui amène l’aspect rock de feu. Or, j’affectionne particulièrement Lost in the plot. Mes deux chansons préférées représentent respectivement l’ouverture et la fermeture de mon album et qui sont construites en partie, comme A Day in The Life des Beatles. Ça raconte une histoire et passe à travers plusieurs émotions.

PAN M 360 : Qu’est-ce que Samuel Gemme a concrètement apporté à ton album?

Meggie Lennon : Je lui apportais une bande qui était une démo qui était montée à partir de ma voix, d’un synthétiseur et parfois des lignes de guitare que j’avais monté avec Jules parce qu’on avait, lui et moi, procédé à une préproduction pendant que Samuel était occupé dans d’autres projets. J’étais arrivée préparée de cette façon. Il n’y avait pas de batterie, il n’y avait pas de basse, il a pris totalement la charge de toutes ces bases. Il a fait une grande partie des guitares rythmiques. Jules et Gabriel ont aussi collaboré. Par la suite, il m’a aussi aidé sur le choix des synthétiseurs. J’avais en ma possession mon Juno-106, mais à son studio nous avions accès à une foule d’autres instruments, qui amenait une touche vintage.

PAN M 360 : Quels sont tes autres projets?

Meggie Lennon : Concrètement, nous avons la sortie de l’album le 9 juillet. Le 22 du même mois, je fais partie du nouveau projet de scène extérieure du FME : le Poisson Volant. Je vais jouer à Rouyn-Noranda. C’est vraiment génial! Puis, le 20 août, je vais jouer au festival de la Grosse Lanterne. Je suis extrêmement ravie de faire partie de la relance du festival qui avait pris une pause de deux ans et qui est de retour en force. J’y serai avec Mirabelle pour la soirée d’ouverture. Ça risque d’être vraiment fou!

Vous croyez encore et toujours que le jazz est trop complexe pour vous ? Ce groupe montréalais  pourrait vous faire changer d’idée. 

The Liquor Store, c’est tout d’abord sept amis de longue date ayant le même désir ; celui de partager leur amour de la musique et ce, de tous les genres. Du hip-hop au jazz, en passant par le funk et la soul, la formation nous a montré à travers quatre projets que cet amalgame de styles peut être inusité. 

Sans cesser de nous surprendre, le groupe lançait le 18 juin le single intitulé Mopho, morceau tiré du prochain album Colossus, prévu pour octobre prochain. 

Alors que leur précédent album a récolté d’excellentes critiques pour son mouvement et sa fougue, le prochain se veut plus concis. Complètement instrumental, Colossus a aussi pour objet de démocratiser le jazz, à rendre le style plus accessible, entraînant, jovial.

PAN M 360 s’est entretenu avec trois membres de The Liquor Store pour en discuter davantage.  

PAN M 360 : Votre groupe est composé de sept membres, tous munis de leur instrument favori. Bref portrait de famille ? 

Émile : Tout d’abord, nous avons Rémi Cormier à la trompette, Alexandre Francoeur au saxophone ténor, Jules Payette au saxophone alto, Félix Leblanc au clavier et à la composition majoritaire, Félix Blackburn à la guitare, Jean-Daniel Tibault-Desbiens à la batterie, et moi-même, Émile Farley, à la basse. 

PAN M 360 : Vous êtes nombreux! Comment votre rencontre s’est-elle produite ? Avez-vous tous atterri au même bar au même moment ? 

Rémi : Nous nous sommes rencontrés au cégep de Saint-Laurent, cégep détenant un programme assez réputé en musique. Je désirais mettre en branle un projet pour participer à un festival de musique, mais cela n’a jamais été mis à terme. Mais puisque que l’énergie passait bien entre nous, nous avons décidé de continuer. Tout cela a débuté il y a dix ans et nous sommes encore là aujourd’hui. 

PAN M 360 : Si vous jouez ensemble depuis dix, il est certain que nous pouvons noter une certaine évolution dans votre musique ! Vous avez grandi avec elle ! 

Rémi : Complètement ! Au départ, nous n’étions que quatre musiciens et les trois autres se sont ajoutés par la suite. Cela a fait en sorte que le vibe a évolué aussi, tout en nous donnant davantage de direction dans ce que nous souhaitions faire en tant que groupe de musique. À nos débuts, nous faisions un peu de tout, mais rien en même temps! Mais par la suite, nous nous sommes trouvés, pour finalement adopter la forme que nous avons aujourd’hui. 

PAN M 360 : J’allais justement dire que sur votre premier album intitulé Night Drive, vous avez beaucoup misé sur des collaborations, tout en puisant dans plusieurs genres musicaux, alors que Colossus n’est qu’instrumental et jazz. Pourquoi avez-vous choisi de changer de direction ?

Félix : On veut diviser stylistiquement nos albums, compte-tenu que Night Drive était hétérogène. Cet album était trilingue avec du français, de l’anglais et même du créole. Parfois l’on était à l’extrême-jazz sur une chanson, pour être hip-hop dans une autre… Nous nous sommes dit que pour les prochains projets, nous allions tenter d’être plus centristes. 

Rémi : On a des fans qui apprécient davantage lorsque nous jouons du jazz plus complexe avec des solos à n’en plus finir, alors que d’autres préfèrent lorsque nous puisons dans le hip-hop. Mais au final, nous sommes toujours capables de créer quelque chose qui plaît à tout le monde. 

PAN M 360 : Votre single intitulé Mopho sera disponible à partir du 18 juin, mais la sortie de l’album n’est prévue que pour octobre prochain. Vous avez probablement beaucoup travaillé durant la dernière année pandémique, avec toutes les restrictions sanitaires venant avec. Quels ont été les défis de création, sachant que vous êtes  nombreux ? 

Émile : Nous avons vraiment travaillé différemment de ce que nous avons fait précédemment sur Night Drive, encore une fois pour faire différent dans le son et l’approche, mais aussi dans autre chose. À l’aube de la pandémie, il nous semblait logique d’économiser dans les coûts, et nous n’avons donc pas travaillé avec notre producteur favori : Connor Seidel. Nous avons décidé de faire notre nouvel album ‘’maison’’ et de développer nos idées par nous-mêmes. Et de fil en aiguille, ce qui était considéré comme la pré-production ou les maquettes devenaient les chansons. Tout le monde allait s’enregistrer individuellement, on écoutait en groupe à distance et on assemblait au fur et à mesure. Nous sommes très contents du résultat au final. Ce qui a fonctionné pour nous, c’est que nous avions du temps. Nous nous sommes offerts de la flexibilité car au lieu d’avoir seulement une semaine en studio, nous avions tout le temps du monde pour retoucher certaines choses, ou encore en retirer d’autres.

PAN M 360 : Comment se vit votre processus créatif, compte-tenu que les idées de chacun doivent être entendues ?

Rémi : Dans l’histoire du groupe, Félix a toujours été le compositeur principal, ce qui lui donne plus de pouvoir disons, tandis qu’Emile était le plus calé en production et prise de son, donc par défaut il a pris ça en charge. Mais normalement, nous composons davantage en groupe, nous trouvons surtout des idées en jammant ensemble. Il est certain que cette dernière année a été particulièrement spéciale, compte tenu de la distance, mais le processus s’est vraiment bien déroulé quand même. Tout le monde participait et échangeait d’une manière ou d’une autre.

PAN M 360 : Même si votre album est instrumental, et donc sans paroles, peut-on observer un certain storytelling dans Colossus ? Que désirez-vous raconter ? 

Rémi : C’est une histoire un peu mythologique, peut-être.  Au sens où c’est universel: n’importe qui qui écoute notre musique et qui comprend un peu la musique i guess, et qui se sent interpellé, peut s’imaginer sa propre histoire. Il y a quand même un certain schéma narratif sur lequel nous pourrions apposer une histoire. Mais je ne crois pas qu’aucun d’entre nous avait un film précis en tête, ou encore des personnages. Nous nous occupions de l’harmonie sonore et par la suite, nous laissons les gens se créer leur propre histoire.  Peuvent fermer les yeux et imaginer comme bon leur semble.

PAN M 360 : Lors d’un spectacle, vous avez déjà remercié l’auditoire « d’écouter de la musique qui ne passe pas nécessairement à la radio ». Comment les gens découvrent-ils The Liquor Store

Rémi : Depuis que nous faisons de la musique, nous avons tous un peu compris que nous n’étions pas là-dedans pour l’argent. Nous sommes là pour l’amour de la musique, et je crois qu’il est important de dire que nous faisons tous de la musique ailleurs pour vivre. Nous sommes tous des musiciens professionnels qui faisons de la pige, donc nous avons tous l’occasion de travailler sur des projets considérés plus pop qui passent à la radio. Mais The Liquor Store, c’est vraiment pour la musique et pour faire tripper les gens qui partagent cet amour de la musique… je ne dirais pas intellectuelle, mais plus poussée un peu ? 

Félix : Je souhaite juste rebondir là-dessus en répondant à ta question de comment les gens peuvent découvrir The Liquor Store ; tout est dans l’expérience live. Plus que de simplement donner un disque compact et de dire « tu écouteras ça en voiture », nous préférons aller directement sur le terrain et entrer directement en contact avec l’audience. Une fois que nous jouons, les gens s’arrêtent et se laissent surprendre. Parfois, je crois que cet amour de la musique ne peut que se transmettre par l’expérience live, chose que la radio ne peut pas offrir.  

PAN M 360 : Vous avez utilisé plus tôt le terme ‘’intellectuel’’ pour décrire le jazz, musique qui est souvent considérée plus élitiste et complexe. Comment faites-vous pour rendre votre musique plus accessible ? 

Émile : Dès que nous nous sommes rencontrés au cégep, nous savions que nous partagions un amour du jazz. Certains d’entre nous préfèrent le jazz du genre swing, alors que moi, au cégep, je n’écoutais que du Red Hot Chili Peppers. Je n’étais donc pas très intéressé par les propositions ‘’trop’’ jazz de mes collègues mais au final, nous nous sommes rejoints au milieu. Donc, c’est en transplantant un certain groove dans notre musique que nous pouvons garder l’aspect intellectuel, mais qui touche quand même le public de manière universelle. 
Rémi : Je pense que le souci de faire danser le public est à l’avant-plan de ce que nous faisons. Au début, nous avions le souci de la haute qualité et de la complexité, mais notre désir de faire danser les gens, de le faire tripper à largement pris le dessus.

Il bicrave, il s’enfuit des keufs et parle le verlan… Bien que le jeune MC Jamaz (Thibault de Castelbajac pour les intimes) ait quitté la France depuis bientôt 14 ans, celui-ci n’oublie pas ses racines et va jusqu’à même les infuser à son avantage. Ne vous méprenez pas : il ne cherche pas toujours les emmerdements, il cherche aussi à parfaire son art en se dépassant.

Alors que le rappeur s’était déjà bien fait connaître au sein du groupe LaF, il a profité de la signature de 7e Ciel ainsi que du confinement pour nous offrir un tout nouveau projet solo qu’il a baptisé Les ennuis.

Court projet de huit morceaux, l’artiste nous offre un rap méticuleux, concentré, mais qui ne perd pas de sa fluidité et de sa légèreté. Tantôt assuré et fier, tantôt doux contemplatif, Jamaz nous révèle une partie de son âme à la fois.  Quant à la  réalisation, elle est assurée par un ami de longue date: Benjamin Duplantie  a créé une ambiance sonore imagée, accompagnant ainsi les multiples facettes du rappeur. 

Que Jamaz se réalise avec LaF ou sur les chemins de la solitude, il utilise à bon escient toutes ses dernières années de pratique dans le but de parfaire sa technique. Et bien que celle-ci ait déjà été soulignée favorablement à maintes reprises, elle ne semble pas se tarir, mais plutôt se métamorphoser en cette entité qui pourrait encore nous surprendre. 

PAN M 360 : Tu as intitulé ton nouveau projet Les ennuis, EP divisé en huit chansons, huit tableaux où tu y dévoiles une facette de ta personnalité. Les ennuis, c’est des problèmes ou de la lassitude ? 

Jamaz : Dans l’album, il y a une chanson éponyme qui porte le titre Les ennuis, et quand j’ai créé cette chanson, je parle justement de cette double facette. Donc, I guess que ça peut tendre des deux côtés, mais je crois que ça tend plus du côté des problèmes du quotidien. Cela vient du fait que nous devons souvent affronter des obstacles de tout type et de différentes valeurs. Au final, je trouvais ça nice comme titre parce que ça m’a beaucoup inspiré et que j’ai pu puiser dans ce que je connaissais. Donc oui, je parle davantage des problèmes que de l’ennui, mais en même temps j’ai créé cet EP durant le confinement, donc il y a un peu cette facette-là aussi. 

PAN M 360 : Nous pouvons voir cette dualité dans Les ennuis, où sur des sons comme la chanson Aisance, tu es plutôt dans l’assurance, où la production est dans le rythme et joyeux. Alors que sur d’autres, notamment la chanson Vêtements, tu es davantage dans la douceur, avec une production plus lente. Tu as toi-même dit que chaque morceau était un tableau différent… Peut-on voir le déroulement de ces chansons comme étant la progression d’une histoire ? 

Jamaz : Je ne raconte pas nécessairement une histoire, mais je tenais beaucoup à ce que les gens puissent voir, écouter les différentes facettes de ma personnalité et différents… main moods ? Je savais que je voulais entre huit et dix chansons, j’étais donc bien conscient que je n’avais pas beaucoup le temps d’aller explorer en profondeur. Je voulais m’étaler pour ne pas faire des sons qui puisent dans la même énergie. Donc voilà, Les ennuis,  c’est plutôt une palette de couleur de mes émotions. 

PAN M 360 : Tu es l’un des six membres du groupe de LaF, tout comme du fait partie d’un collectif tout récemment signé ; Les Fourmis. Dans les deux cas, tu es souvent entouré et travaille rarement seul. Comment s’est déroulé ton processus créatif sur ton nouveau projet ?  Et pourquoi avoir décidé d’entamer un projet solo maintenant ?

Jamaz : Initialement, quand j’ai commencé à faire de la musique, je travaillais en groupe mais finissais toujours pas sortir des trucs en solo. Je n’en ai pas sorti énormément, mais avant de débuter LaF, j’étais très axé sur ma performance solitaire si on veut. Donc, ce n’est pas quelque chose qui est forcément nouveau pour moi, après c’est sûr qu’après le succès de LaF, j’ai dû me concentrer davantage sur l’équipe et donc mettre le projet Jamaz de côté. Même quand j’ai sorti mon EP Altitude en 2018, j’étais très focus sur le groupe mais après le COVID est arrivé ! Je voyais moins les gars du groupe, il y a eu le confinement, moins de spectacles, tout cela m’a donné le temps de travailler sur un projet solo. Il n’y a jamais eu de moment où je n’avais pas envie de sortir un projet solo, c’est juste qu’avant je travaillais tellement en équipe que je n’avais jamais le temps de focuser sur moi. 

PAN M 360 : Tu m’as devancé un peu, mais Les ennuis n’est pas ton premier projet solo! Altitude est paru en 2018, et tu as sorti quelques singles à droite et à gauche. As-tu observé une certaine évolution dans ton travail depuis ces sorties ? 

Jamaz : Officiellement, mon tout premier projet date de très longtemps, mais il est n’est même plus disponible sur Internet! Donc oui : Altitude est mon premier projet, mais Les ennuis est le premier qui a été propulsé par une maison de production, donc plus de moyens et une production artistique plus assumée. Aussi, je suis plus conscient du chemin que je veux faire en tant que rappeur aujourd’hui que dans le temps où Altitude est paru. Donc je pense que mon dernier projet est plus fidèle à qui je suis et à ce que je veux faire dans le futur. Et en termes d’évolution, je n’étais pas vraiment dans une bonne place dans ma vie personnelle lorsque j’ai sorti Altitude, donc c’est sûr que ce moment-là a été entaché par des émotions plutôt négatives. J’ai réalisé que je n’ai pas donné et fait tout ce dont j’aurais été capable. Mais depuis, j’ai tellement travaillé sur des projets différents, avec des gens différents, tout cela m’a appris pleins de choses, mes faiblesses, mes forces. Donc depuis tout ça, j’ai beaucoup appris de moi, dans le but de sortir des projets solos qui donnent le maximum de ce que j’ai à offrir.  

PAN M 360 : Sur le nouvel EP, tu t’es davantage concentré sur ton rap, qui est très technique, très méticuleux. Comment décrirais-tu ta performance, et comment te distingues-tu  ? 

Jamaz : À la base, je viens de France. Je suis né à Paris, mais j’ai déménagé au Québec en 2007. Vivant ici depuis mes 11 ans, j’ai une double citoyenneté, qui se retrouve même dans ma voix, dans mon choix des mots. Quand je bifurque entre le français québécois, le français de France et même parfois l’anglais, mon slang devient intéressant pour l’audience. Je parle verlan, mais aussi le joual… Et après comme tu l’as dit, j’aime être technique, c’est un art qui n’est peut-être pas donné à tout le monde, mais je crois que c’est l’une de mes forces. Dans ce qui me définit, je crois que c’est ce mélange de cultures et mon approche efficace dans mes rimes. Personnellement, je crois être polyvalent, je n’aime pas forcément brag là-dessus. Je crois être technique et je crois que les gens sont d’accord, après je ne sais pas à quel point je suis différent des autres… Au final, je crois que c’est mon histoire qui rend mon personnage intéressant. 

PAN M 360 : Est-ce un projet pour toi d’exporter ta musique en France ? 

Jamaz : Bien-sûr ! Je serais super down de me lancer en France, ou même en Belgique puisqu’il y a une grande scène de rap là-bas aussi. Avec ce dernier projet, cela me donne une première carte de visite plus officielle si on veut ? Donc ouais, dans le futur je me vois faire des concerts là-bas ou même établir des connexions artistiques. 

PAN M 360 : Et pour toi, quelle est la suite des choses ? 


Jamaz : C’est sûr que j’ai très hâte de faire des concerts. Sinon, je souhaite aussi travailler d’autres projets solos, j’ai toujours ça en tête. Je viens de produire un EP, donc je souhaite aussi travailler sur quelque chose d’un peu plus gros. Mais je viens tout juste de sortir quelque chose, je veux tout d’abord me mettre dans un état de création avant. Mais une chose est sûre, c’est que je n’ai pas du tout envie d’arrêter les projets solos tout de suite.  

Avec Regulus, Hélène Barbier s’impose comme la reine du bricolage avant-pop lo-fi. Sur ce ce deuxième album solo, qu’elle a pas mal fait toute seule dans son coin à la maison, la chanteuse et multi-instrumentiste Française – exilée à Montréal depuis une dizaine d’années – créé un univers intime, peuplé de petites chansons faussement approximatives, entre no-wave soft et post-punk minimaliste, une musique engageante et originale au charme fou. Il est grand temps que cette créatrice ingénieuse, inventive et tellement modeste sois reconnue à sa juste valeur. Regulus pourrait bien lui donner cette chance. 

PAN M 360 : Regulus est ton deuxième album sous ton nom. Qu’est-ce qui t’a décidé de laisser tomber les groupes et de partir en solo ?

Hélène Barbier : Tout le monde de mon dernier groupe avait des trucs à faire et je n’avais pas envie d’attendre après eux pour faire quelque chose. J’avais envie de continuer de faire des disques parce que… parce que j’aime bien faire ça, c’est tout ! J’aime faire des chansons toute seule mais je dois apprendre à mieux jouer de la basse et de la guitare. La batterie c’est autre chose. Là, sur mon disque, c’est Thomas Molander et Samuel Gougoux. La première fois que Samuel a joué avec moi c’était pour un concert; il a écouté le disque, fait le soundcheck et il a été super bon lors du spectacle, un jeu de batterie super fin. Il est vraiment fort lui. Thomas aussi il est bon !

PAN M 360 : Tu as collaboré avec quels autres musiciens pour ce disque ?

Hélène Barbier : J’ai fait toutes les chansons seule dans mon petit bureau, devant mon ordinateur, ensuite je les ai enregistrées mais j’avais pas envie d’être toute seule sur le disque, d’autant plus que certains des musiciens avec qui je joue live ont contribué d’une façon ou d’une autre à quelques chansons du disque. Donc y’a mon partenaire Joe Chamandy avec qui j’ai monté le label Celluloid Lunch; y’a Ben Lalonde, avec qui je jouais dans mon ancien groupe Fern, qui fait du clavier sur une chanson. Puis il y a Diana Gerasimov, une amie qui était au studio un jour où j’y étais aussi et je lui ai demandé si elle ne voulait pas faire des choeurs. Si tu y avais été, c’est peut-être à toi que je l’aurais demandé (rires). Il y a aussi Olivier Demeaux (Cheveu, Heimat), un copain qui habite à Paris et qui a fait le master du disque et joué du clavier sur deux chansons.

PAN M 360 : Comment as-tu conçu et bricolé cet album ? Et pourquoi avoir choisi de travailler à nouveau avec Peter Woodford pour l’enregistrement en studio ?

Hélène Barbier : J’ai commencé à faire des nouvelles chansons juste après la sortie de mon premier disque Have You Met Elliott? en 2019. Je voulais avoir une dizaine de chansons pour aller enregistrer un autre disque mais la pandémie est arrivée, donc tout ça a été retardé. J’avais pas prévu de faire des overdubs chez moi à la maison mais je ne voulais pas faire courir de risques à mes musiciens par rapport au Covid. La personne avec qui je travaille, Peter Woodford, comprend bien ce que je veux faire. La première fois que j’ai enregistré en studio, c’était avec lui pour mon premier groupe Moss Lime, on était complètement débutantes et il nous a fait sentir à l’aise tout de suite, on n’était pas intimidées. Du coup, j’y suis retournée pour l’album suivant et mon premier disque solo aussi. Si je pouvais, c’est toujours au Bottle Garden Studio, dans le Mile-End, que j’irais enregistrer, c’est vraiment cool. J’aime beaucoup travailler avec lui. J’ai conscience que ce que je fais est assez minimaliste et peut paraître non abouti pour certaines personnes, mais moi c’est exactement ce que je veux faire. Ça me plaît ce son et lui il met ça bien en valeur, je trouve. Il m’encourage toujours, il est à l’écoute. Je sens que c’est quelqu’un qui me soutient. Je m’entends bien avec lui de ce côté là. Ensuite j’ai demandé à René Wilson de faire le mix et il m’a proposé d’essayer des choses que je n’aurais pas essayé à priori. J’étais un peu réticente car je voulais garder les choses comme elles étaient, mais on a quand même réussi à bien travailler.

PAN M 360 : Que signifie le titre Regulus ?

Hélène Barbier : Il peut signifier plusieurs choses mais d’abord c’est le nom d’une étoile dans la constellation du lion. Ça m’intéressait parce qu’elle se retrouve dans toutes les mythologies de toutes les civilisations, c’est celle qui brille le plus et c’est pourtant une étoile qui est faite de tous les débris de l’espace. Je trouvais ça drôle comme analogie. Je n’aime pas parler de ce type, mais ça me faisait penser à Donald Trump. Y’a pas si longtemps, c’était celui qu’on voyait le plus, qu’on entendait le plus, mais c’est juste un déchet… C’était ça l’idée. Ensuite, ça veut aussi dire « petit roi » en latin. Au final, on est aussi tous des petits rois, à faire de l’auto-promotion sur les réseaux sociaux, on le fait tous et je n’y échappe pas. Pourtant y’a des gens qui font discrètement des choses très intéressantes dans leur coin et qui ont souvent plus de valeurs que ce dont on entend parler partout. 

PAN M 360 : Dirais-tu que tu as eu des influences ou des inspirations particulières pour ce disque ?

Hélène Barbier : Tu vois, Freelove Fenner, le groupe de Peter Woodford, est vraiment une grosse influence même si ça ne s’entend pas nécessairement dans ma musique. Je trouve que toutes leurs chansons sont parfaites. Ensuite j’aime beaucoup Cate Le Bon, j’aime la façon dont son dernier disque est mixé. Tout est au même niveau, t’as l’impression d’être dans la pièce avec elle. Je trouve ça vraiment beau, comme Mega Bog aussi.

PAN M 360 : Pourquoi as-tu choisi de reprendre You Little Nothing des Gories? C’est un peu étonnant par rapport à ce que tu fais comme musique et ce qu’ils font..

Hélène Barbier : C’est une chanson que j’écoute avec obsession, si je la mets, je vais l’écouter probablement 5 fois de suite, et presque à chaque fois. Et je trouve que c’est un chef d’œuvre des Gories, il y a très peu de notes et pas beaucoup plus de texte, et ça te transporte à chaque fois, (littéralement quand tu l’écoutes en road trip, haha). Je ne connais pas l’intention de Danny Kroha quand il a écrit ce texte, mais quand je me suis appropriée sa chanson, je pensais à tous les petits chefs et petits managers qui, sortis de leur contexte restreint, n’ont aucune importance.

PAN M 360 : La différence notable avec ton précédent disque Have You Met Elliott? est que tu as choisi de chanter en français sur quelques titres. Qu’est-ce qui t’as incitée, ou alors pourquoi n’as-tu jamais fait de chansons en français avant ?

Hélène Barbier : J’aimerais bien que mon prochain disque soit juste en français, ou que la majorité des chansons le soient. Mais c’est tellement plus de stress d’écrire dans sa langue maternelle je trouve… J’ai l’impression que je dois mettre plus d’intention quand je chante dans ma langue maternelle. C’est plus de travail. Je suis plus exigeante quand je chante en français, alors qu’en anglais je me dis que ce n’est pas très grave, je ne suis pas anglophone, je peux dire ce que je veux. En français, quand tu fais des fautes de syntaxe, c’est pas trop bien vu (rires). 

PAN M 360 : Hormis la langue, qu’est-ce qui distingue Regulus de Have You Met Elliott? ?

Hélène Barbier : Je dirais que j’ai pris plus de risques, j’ai essayé plus de choses bien que je me sois retenue pour certains trucs. Have You Met Elliott? c’était vraiment immédiat. Les chansons étaient plus brutes alors que pour Regulus je ne voulais pas que ce soit ça qui prédomine. Je voulais que ce soit un peu plus travaillé et aussi pas automatiquement couplet-refrain-couplet. Je voulais essayer des choses, être un peu plus sûre de moi, faire plus ce que je veux. J’ai pris plus de risques mais ce n’est pas un album de musiques expérimentales hein! (rires). Ça reste quand-même des gentilles chansons, des chansons mignonnes. Tu sais, quand mon clip de La peur est sorti, je ne regardais pas ce qu’il se disait parce que ça m’angoisse ce que les gens disent de ma musique, mais à un moment j’ai vu une notification passer et c’était une dame du Québec, une dame de 60 ans avec ses petits enfants sur son profil Facebook, qui a partagé ma vidéo dans un groupe de fans de… Johnny Hallyday ! Là je me suis dit, « j’ai réussi quelque-chose !», j’étais trop contente ! Je ne sais pas du tout comment elle est tombée là-dessus, mais elle écrivait « écoutez ça ! ». C’est peut-être un peu arrogant de ma part de te dire ça, mais jamais je n’aurais pensé que ce que je fais puisse toucher des fans de Johnny ! 

Mettant de côté l’aspect festif et ensoleillé qui fait habituellement leur signature, le duo français Toukan Toukän s’est joint cette année à The Outlaw Ocean Music Project et lance La jungle des océans. À la frontière entre art et journalisme, cette initiative a été pensée par Ian Urbina, journaliste pour le New York Times ayant enquêté pendant plus de 3 ans sur les horreurs vécues en haute mer. Le projet rassemble une multitude d’artistes et propose une interprétation musicale du livre The Outlaw Ocean, dans lequel Ian Urbina a regroupé ses récits.

C’est davantage un détour qu’un virage pour le groupe qui proposait en avril dernier ce projet aux couleurs plus sombres, et à la mélodie moins souriante. Pour la fraction de leur public qui aurait été déroutée, pas de panique ! Le groupe ne met pas une croix sur l’esthétique Toukan Toukän. La jungle des océans aura été, pour les deux Tourangeaux, un moyen de donner du sens à cette année pandémique difficile pour les artistes, en plus de témoigner d’une élégante polyvalence dans leur composition.

Laure et Étienne, les membres de la formation, ont accepté de s’entretenir avec PAN M 360 pour se présenter et partager avec nous les détails de cet exercice.

PAN M 360 : Comment est né le groupe Toukan Toukän ?

Laure : Il est né il y a il y a assez longtemps, je ne saurais pas dire en nombre d’années. Au début, ça n’avait rien à voir avec la formule d’aujourd’hui parce qu’on était plutôt une formation acoustique qui avait un guitariste et un batteur. Étienne est venu plus tard sur un poste électronique. C’était un peu un mélange entre électro et acoustique. Et au fur à mesure des années, on s’est retrouvés tous les deux. On était déjà amis depuis longtemps, et à partir de fin 2017, on a vraiment formé un duo et on a un petit peu changé artistiquement.

Étienne : C’est une histoire de groupe, finalement ! Ça se fait avec le temps, l’identité s’affine… Il y a des gens qui viennent, qui partent… À la fin, nous, on était en accord sur le projet et on est restés tous les deux à peaufiner ça.

PAN M 360 : Comment définissez-vous le style sur lequel vous êtes tombés d’accord ? 

Laure : Aujourd’hui, on se définit vraiment comme un duo pop, plutôt sur des formats chanson. Ça vogue entre l’anglais et le français. Il y a une dimension live, avec une volonté d’expression libre, de lâcher-prise. On va essayer de se faire plaisir, de transmettre des choses qui passent par le direct.

Étienne : Et puis, on ne se donne pas vraiment de cadre dans l’esthétique, même si la chanson, la pop ont déjà un cadre à l’intérieur de ça on n’hésite pas à emprunter plusieurs couleurs. À un moment donné, on aimait bien dire « pop de voyage » parce qu’on avait l’impression de voyager à l’intérieur de la pop.

PAN M 360 : Vous êtes tout de même une formation assez électronique.

Laure : Disons que c’est électronique dans le sens où notre méthode de création est électronique. On travaille vraiment avec un ordinateur et des palettes de son, ce qui permet aussi d’avoir un choix illimité sur les sons qu’on va utiliser. On peut aussi bien aller dans des couleurs « années 80 » que du funk acoustique. Finalement, le lien est assez difficile à décrire, mais il y aura toujours ma voix et puis un style d’écriture aussi. Avec Étienne, il y aura toujours le côté percussif parce qu’il est batteur à la base. C’est une émulsion de nous deux avec un univers autour qui va légèrement varier d’un album à un autre.

Étienne : Je crois que le côté réticent à employer le mot électronique, c’est que dans la tête des gens, on va penser DJ, « boum boum », alors qu’aujourd’hui, l’électronique, ça peut être une palette de samples acoustiques qu’on va jouer avec un clavier électronique ou un ordinateur. Au final, la texture de son qu’on va entendre va être acoustique, même si elle n’est pas jouée.

PAN M 360 : Avez-vous les mêmes goûts, les mêmes influences ? Ou bien votre musique est-elle l’amalgame de vos univers respectifs ?

Laure : On s’est mis d’accord sur des choses ; des valeurs, des influences communes, pour ne pas partir dans tous les sens. On a pris ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous éloigne. Après, c’est toujours agréable quand quelqu’un apporte quelque chose qui sort de l’ordinaire, histoire de ne pas tourner en rond. Ça fait du bien, des fois, d’avoir des petites claques musicales. Encore une fois, on n’est pas fermés. Mais on a un petit kiff pour la pop, notamment à l’internationale davantage qu’en France. On va aimer de gros artistes internationaux qui nous font un peu rêver. Et ça part un peu de ça. On se dit que, nous aussi, on veut créer du gros son avec de belles mélodies. Ça nous stimule.

Étienne : Même sur les trucs indépendants, on partage grosso modo les mêmes goûts, mais à l’intérieur de ça, on essaye aussi de filtrer ce qui correspond à Toukan Toukän et ce qui est de l’ordre du plaisir personnel et qui n’a pas vraiment de lien avec ce projet-là.

PAN M 360 : En avril, vous avez sorti un album qui s’appelle La jungle des océans, en lien avec The Outlaw Ocean Music Project. Comment ça s’est passé ?

Étienne : On avait grosso modo quartier libre et on avait accès à toutes les vidéos et toute la banque son que le journaliste a constitué durant ses reportages. C’était de la matière sonore, des enregistrements vocaux, des bruits de bateau, de mer… sur lesquelles on pouvait s’appuyer, qu’on pouvait déformer ou reprendre tels quels pour construire nos morceaux, et illustrer les histoires.

PAN M 360 : Quelle a été votre approche ?

Étienne : On a choisi de raconter une histoire qui parle de plusieurs chapitres du livre. On a expliqué a Ian ce qu’on avait voulu faire comme travail, il nous a fait un vrai retour sur la construction de l’album, la construction des titres, comment son travail avait été abordé. Là-dessus, il était très satisfait du boulot. Après ça, en termes de retombées, c’est un projet qui brasse beaucoup de monde aussi. Il y a beaucoup d’artistes qui l’ont fait et qui pèsent beaucoup plus lourd que nous en termes de notoriété.

PAN M 360 : Sur ce disque, le style est différent de ce que vous avez pu proposer avant.

Laure : Il faut vraiment prendre ça comme un projet en parallèle de notre groupe. Il a été fait aussi parce que l’année a été particulière. On n’avait pas de concerts, on ne pouvait pas non plus sortir de titres avec, derrière, de la promo ou la possibilité de les défendre sur du live. Donc, plutôt que de se morfondre, on s’est dit que c’était la bonne année pour faire des tentatives un petit peu différentes. Ça a été le cas dans la méthode de travail parce qu’on ne fonctionne habituellement pas comme ça. C’était plus instrumental, et puis Étienne a été beaucoup plus moteur sur ce projet.

Étienne : Je me suis senti très concerné. Le livre m’a beaucoup parlé. D’habitude, Laure est vraiment à l’origine de la composition des morceaux et ce n’est pas ma force à moi. Là, j’avais envie de trouver une implication dans la façon de hiérarchiser les éléments et de poser les bases du travail de Laure. Donc j’ai passé du temps à organiser le discours, les chapitres pour savoir comment on allait raconter ces histoires-là à travers nos titres.

Laure : Ça a été une période où on s’est un peu enfermés tous les 2 pour composer chacun des trucs avant de les mettre en commun. J’allais beaucoup moins loin que d’habitude dans la compo parce que ça nous intéressait de faire différemment. D’habitude, on est beaucoup dans une démarche d’efficacité alors que là cette année, on avait le temps et on s’en foutait un peu.

Étienne : Ce n’est pas un format pop. Pour un format pop, c’est la voix de Laure qu’on mettre en avant dans le morceau. Là, comme ce n’était pas le cas, ça a laissé la place à ma patte qui s’insère moins dans l’esthétique Toukän.

Laure : Oui, et ce n’est pas le même message. Ce projet est très intéressant, mais c’est aussi très sombre. Au contraire, nous, on est un duo pop qui défend le côté énergie et positivisme. Les gens peuvent être surpris en écoutant ce projet qui n’a rien à voir avec ce qu’on a l’habitude de faire. D’autant plus qu’en avril, on a sorti Animal, un single qui n’est pas du tout dans la même esthétique que La jungle des océans.

PAN M 360 : Des projets à venir ?

ÉtienneOui ! La parenthèse COVID se referme. On avait sorti 3 titres pendant la pandémie, sans réflexion de stratégie de sortie. C’était : on compose un titre, on prend un téléphone, on fait un clip, on le sort. Ça nous permettait de garder contact avec les gens. On n’en pouvait plus d’attendre. Mais derrière, on travaille la sortie d’un album qui se repousse, mais on commence à y voir un peu plus clair. C’est un album qui devrait voir le jour en 2022.

Laure : On bosse à fond sur la musique et les clips et dès qu’on va sentir une petite ouverture, on publiera. Il va y avoir tellement de choses d’un coup qu’on ne veut pas se perdre dans un flot d’informations. On n’est plus à ça prêt, on peut attendre encore une peu. Et puis, ça nous permet de faire les choses avec un petit peu plus de tranquillité.

Hantée plus que jamais par les démons du passé, Backxwash nous revient des profondeurs des ténèbres avec I LIE HERE BURIED WITH MY RINGS AND MY DRESSES. Suivant une approche do or die, l’artiste d’origine zambienne ne pouvait plus faire marche arrière après avoir remporté le prix Polaris en 2020 et démontre finalement que toute l’attention médiatique autour de son précédent album GOD HAS NOTHING TO DO WITH THIS LEAVE HIM OUT OF IT était amplement méritée. 

Tel un rituel sacrificiel, Backxwash décide cette fois de s’embraser entièrement par la douleur pour mieux renaître des cendres de ses ancêtres Chewa et Tumbuka. Afin de soutenir ce deuxième effort, Backxwash a invité toute une panoplie d’artistes aux horizons variés, tels que clipping., Ada Rook (Black Dresses) ou Godspeed You! Black Emperor, et incorpore à ce paysage sonore lugubre fait de métal et de musique industrielle différents enregistrements sonores.  Elle crée ainsi un réseau souterrain pavé de messages cryptiques qui guident l’auditeur durant cette traversée. 

PAN M 360 a joint Ashanti Mutinta, encore basée à Ottawa mais prochainement installée à Montréal, pour comprendre les choix impérieux de ce nouvel album de rap innovant.

PAN M 360 : Pour ce deuxième album, vous avez réuni plusieurs invités différents. Voulez-vous nous les introduire ?

Backxwash : Ada Rook est l’une de mes fréquentes collaboratrices en matière de chant et d’instruments. Elle n’a pas vraiment besoin d’être introduite, elle est incroyable. J’imagine que tous ceux qui sont familiers avec mon travail la connaissent probablement aussi. Il y a Censored Dialogue, j’ai pensé que c’était une bonne occasion de participer à cet album. Lauren Bousfield est une musicienne bruitiste incroyable dont j’avais besoin pour l’épilogue de IN THY HOLY NAME. SurgeryHead a produit la chanson Deviancy sur mon album du même nom. J’avais besoin de quelqu’un pour faire des cris pour moi et le résultat est absolument fantastique. Nowhere2run est comme une subdivision de Code Orange et est formé de Jami Morgan et Shade. Avec Clipping. travaillant le rythme de BLOOD IN THE WATER, j’étais aux anges. Sad13 a ajouté une véritable force surnaturelle à SONGS OF SINNERS. Je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué à ce projet. 

PAN M 360 : Pourquoi était-il important pour vous d’avoir de telles collaborations ?

Backxwash : Il s’agissait simplement de déterminer ce que je pensais que les gens seraient capables d’apporter. Les collaborations se sont faites naturellement. J’essaie de faire les choses moi-même mais parfois je trouve une connexion avec quelqu’un qui pourrait être meilleur dans son domaine. C’est ce que je recherchais dans ces collaborations. De plus, il faut que le résultat soit cohérent sur le plan sonore. De nos jours, je pense que les groupes grand public collaborent avec d’autres groupes du même acabit afin de bénéficier d’un plus gros marché. Pour moi, une collaboration doit avoir tout son sens.

PAN M 360 : Sur cet album, vous collaborez une fois de plus avec Mechant Vaporwave pour la réalisation des visuels. Quelle importance occupe-t-elle dans votre projet ?

Backxwash : Je raconte mes histoires à travers le son et Mechant les raconte à travers les éléments visuels. J’accorde une grande importance à son talent. Quand elle a proposé les éléments visuels de ce projet, cela m’a encore plus époustouflé que d’habitude. C’était tellement spontané. L’imagerie complétait la musique que j’essayais de faire. J’ai vraiment de la chance qu’elle ait travaillé pour moi sur ce projet.

PAN M 360 : Dans votre précédent album, vous avez ouvert la porte de la miséricorde qui vous a ensuite conduite sur le chemin de la douleur et de l’autodestruction. Voyez-vous cet album comme votre voyage à travers les neuf cercles de l’enfer ?

Backxwash : Plutôt, oui ! Le dernier album avait un sentiment de résilience. C’était comme prendre un coup de poing dans l’estomac, cela faisait mal mais on pouvait s’en sortir. Avec celui-ci, on n’est pas capable d’encaisser ce coup. C’est plus sombre, c’est sûr. Il y a moins d’espoir que dans l’album précédent. Les albums vulnérables comme celui-ci se terminent bien ou de façon optimiste. Ils se terminent généralement par une grande rétrospective du type « Je vais mieux maintenant ». Je voulais faire quelque chose de différent. Cet album est censé me refléter dans mes moments les plus sombres. Quand je vivais ces phases, je ne pensais absolument pas à ça. Je pensais que c’était essentiellement la fin. C’est parfait qu’il n’y ait pas de facette résolument optimiste. Plus d’œuvres d’art pourraient bénéficier d’un côté lugubre, je crois.

PAN M 360 : L’album commence sur PURPOSE OF PAIN avec une lecture en boucle d’un enregistrement sur la douleur. D’où vient cet enregistrement ?

Backxwash : Je l’ai eu d’un ami qui a trouvé cette boucle d’enregistrement sur une thérapie de la souffrance. Dans la version complète, la personne parle des signaux que représentent la douleur. La version complète est plus réformatrice que le fragment que je possède. C’est une thérapie contre la douleur qui parle de la façon dont les gens peuvent trouver du soulagement dans la douleur et de ce que la douleur essaie de leur dire. J’ai coupé cette partie parce que je ne cherche pas le côté thérapeutique de la guérison de la douleur. Je parle juste de la fonction de la douleur en elle-même, comment elle s’intègre dans le flot des morceaux.

PAN M 360 : Selon vous, la douleur peut-elle être un catalyseur de transformation ?

Backxwash : Oui, sans aucun doute. Si vous ressentez de la douleur, c’est que quelque chose tente de vous dire une vérité. Un bon moyen serait de transformer cette chose, de sorte que vous ne ressentiez plus cette douleur. Mais la base de cet album est la confrontation avec la douleur, il s’agit de ressentir la douleur et d’être impuissant face à elle. Je sens juste le souffle de la douleur et je ne lutte pas contre elle. Je sais qu’elle arrive et je reste là. C’est en fait saigner à mort sans avoir la moindre chance de se battre.

PAN M 360 : À la fin de la chanson TERROR PACKETS, vous utilisez l’enregistrement d’une interview d’Angela Davis. Elle explique pourquoi la violence a éclaté lors des manifestations de la communauté noire dans les années 60 à Los Angeles en ces termes : « En raison de la manière dont cette société est organisée, en raison de la violence qui existe sous toutes ses formes, il faut s’attendre à ce qu’il y ait de telles explosions ». En quoi sa réponse est-elle toujours pertinente pour vous au regard des événements de l’an passé aux États-Unis ?

Backxwash : Elle sonne toujours juste. Ce serait tellement différent si les choses fonctionnaient en faveur des personnes opprimées. Il n’y a aucune raison pour que des personnes opprimées utilisent la violence comme outil si les choses vont bien pour elles. L’année dernière, beaucoup de gens parlaient de chasser le président américain et les fonctionnaires corrompus par le biais du système. Je le comprends, mais ils nous traitent avec des pincettes, nous gardent à distance et nous disent que les choses vont s’améliorer. Mais en général, elles ne s’améliorent pas. Les gens sont descendus dans la rue et ont causé des troubles près d’un Walmart, c’est là que c’est devenu un énorme problème. Cela montre simplement que les gens au pouvoir accordent plus d’importance aux entreprises qu’aux véritables êtres humains. J’ai mis le discours d’Angela Davis en relation avec ce que je ressentais dans ma vie.

PAN M 360 : Dans la chanson 666 IN LUXAXA, vous avez utilisé des extraits de chants zoulous. Que représentent-ils pour vous ?

Backxwash : La chanson parle de personnes qui ont été dépouillées de leur identité lorsque les colonisateurs sont arrivés à la fin des années 1800. Les Africains épousaient leur propre spiritualité et on les en a dépouillés en disant que c’était l’œuvre des démons. C’est ainsi que le processus de colonisation a commencé. La chanson raconte comment les zoulous s’abandonnent au sangoma, qui est comme un guérisseur. Même si les colonisateurs ont tenté de les dépouiller de leur culture, ils sont toujours résistants et respectent le médecin sorcier du clan. Cet échantillon complétait parfaitement les paroles.

PAN M 360 : J’ai lu que vous aviez peur du sangoma plus jeune. Qu’est-ce qui vous a fait changer de point de vue ?
Backxwash : On m’a dit que tout ce qui venait de la spiritualité traditionnelle était l’œuvre des démons. Une fois que j’ai grandi et que j’ai désappris cela, j’ai embrassé le sangoma avec une perspective différente qui n’est pas celle de la peur. Ma perspective a changé en passant du christianisme à la spiritualité de ma tribu. J’ai fini par découvrir qu’elle était surtout déformée.

Les deux concerts auxquels Yukari Cousineau participe au festival Classica de Saint-Lambert constituent par ailleurs une belle occasion pour la violoniste de s’adonner à la musique de chambre, un art qu’elle aime beaucoup. Mozart et Saint-Saëns sont au programme. Rendez-vous les 18 et 19 juin pour l’écouter.

LIEN VERS LE CONCERT MOZART

LIEN VERS LE CONCERT SAINT-SAËNS

Pan M 360 : Bonjour Yukari. Tu te prépare à jouer les Quintettes de Mozart et les Quatuors de Saint-Saëns avec d’autres excellent.e.s cordistes au festival Classica. Commençons par les Saint-Saëns : que penses-tu de ces œuvres?

Yukari Cousineau : En ce qui me concerne, ce sont de très belles surprises! Je dois avouer que je ne les connaissais pas avant de m’engager dans leur préparation. Ce sont des pièces injustement oubliées qui méritent d’être jouées! Saint-Saëns les a très bien écrites. Le deuxième a un petit quelque chose de classique (le lien avec Mozart est le thème principal du festival cette année), mais en plus funky.

Pan M 360 : Qu’aimes-tu le plus de ces nouvelles découvertes?

Yukari Cousineau : L’énergie qui s’y trouve. C’est surprenant de constater la force de la ‘’drive’’ dans ces partitions. Ça déménage! Je suis aussi impressionnée par la complexité rythmique de l’écriture et par la quantité de détails qui s’y trouvent. C’est pas mal touffu. Franchement, ce sont des quatuors redoutables, mais surtout très agréables à écouter!

Dans le sens horaire, partant d’en haut à gauche : Elvira Misbakhova (Alto); Chloé Dominguez (Violoncelle); Marc Djokic (Violon); Yukari Cousineau (Violon)

Pan M 360 : Tu es également sur scène pour les deux Quintettes de Mozart (avec Elvira Misbakhova, Chloé Dominguez, Marc Djokic et Cynthia Blanchon). Que représentent ces œuvres pour toi?

Yukari Cousineau : C’est un magnifique lien avec mon enfance! Je viens d’une famille musicale (mon père, Jean Cousineau, a fondé l’école des Petits Violons). Frères et sœurs, on se levait tôt le matin avec lui pour jouer, d’abord en trio puis en quatuor, à mesure que nous étions assez grands pour pouvoir le faire. Je me rappelle la première fois que j’ai entendu le Quintette en sol mineur, j’ai été séduite immédiatement. La beauté de cette musique m’a renversée. Et surtout, le plaisir de jouer ces partitions à la fois abordables, même pour de jeunes musiciens, et dotées d’une richesse inouïe. On peut les travailler toute sa vie sans jamais en avoir fait le tour. C’est une musique remarquablement formatrice car tout y est : le plaisir, la beauté, la technique (abordable mais rigoureuse), le sentiment de pouvoir s’y réinvestir tant qu’on veut. Je suis très heureuse d’avoir l’occasion de m’y replonger à ce moment de ma vie, et avec des collègues estimés.

Pan M 360 : Qu’apprécie-tu le plus de ceux-ci, justement?

Yukari Cousineau : Leur enthousiasme! Tout le monde est content, tout le monde est amoureux de ce répertoire, et surtout conscient de la chance que nous avons de pouvoir jouer devant le public, après cette longue période de pandémie. Le côté festival est contagieux aussi. Tu sais, jouer dans ce contexte festif, ça nous rend de bonne humeur, on se sent pétillants, il fait beau, l’été arrive…. Tout le monde travaille fort et est hyper concentré pour tout mettre ensemble, placer les millions de détails de cette musique pour que les auditeurs vivent une belle expérience musicale. Il y a cette difficulté supplémentaire quand nous ne sommes pas un ensemble qui travaille régulièrement en communion. Il faut être intense en matière d’attention et de concentration parce que tous nos apprentissages doivent se faire assez rapidement. Mais puisque ce sont des artistes exceptionnels, et que l’atmosphère est souriante, le travail se fait super bien. Bref, l’expérience est des plus agréables!

Dans le sens horaire, partant d’en haut à gauche : Elvira Misbakhova (Alto); Chloé Dominguez (Violoncelle); Marc Djokic (Violon); Cynthia Blanchon (Alto); Yukari Cousineau (Violon)

Pan M 360 : Tu mentionnais plus tôt ton héritage, celui d’abord construit par ton père Jean. Comment le portes-tu?

Yukari Cousineau : Avec fierté. Encore aujourd’hui, l’école est active avec ma sœur désormais à la direction. Je suis impressionné par sa capacité à composer avec toutes les exigences de ce genre d’entreprise. Elle s’adapte bien au changement de la clientèle, différente de celle d’il y a 40 ans. Les jeunes sont sollicités par tellement de choses différentes maintenant. Il faut le comprendre et trouver des façons d’avancer avec cela. Ma mère se présente encore au bureau régulièrement. Ça fait donc totalement partie de moi, tout comme la méthode d’enseignement qui y est associée et qui m’a initialement formée. J’ai grandi avec ça.

Pan M 360 : Tu es violon solo de l’Orchestre métropolitain (OM) depuis 2010. Tu es par le fait même l’une des rares femmes à ce poste dans un grand orchestre. Comment perçois-tu cette situation en tant que femme?

Yukari Cousineau : C’est drôle parce que c’est surtout de l’extérieur que cette notion me parvient. Si on ne m’en parlait pas, je n’y penserais probablement pas. Mais tant mieux si cela peut servir de modèle pour de jeunes filles qui veulent faire carrière. C’est important d’avoir des modèles. Mais je ne perçois pas mon rôle en ce sens. Pour moi, celui de violon solo est le plus important, et celui d’offrir la meilleure qualité de jeu et de musique au public et à mes collègues est au premier rang. 

De plus, je n’ai jamais vraiment eu cet objectif de carrière à mes débuts. C’est arrivé de façon fluide, naturelle, sans planification focalisée. Je suis très heureuse d’être à ce poste désormais, cela dit, et si je peux servir d’inspiration, j’en serais ravie!

Pan M 360 : Merci

Formé à Perth, en Australie, en 1978, les Scientists se sont d’abord affirmés comme un groupe punk aux tendances pop avant un remaniement de personnel (le premier de nombreux) au début des années 80, qui a vu la formation plonger dans un swamp rock inquiétant, teinté de blues Beefheart déjanté, de fuzz-rock 60’s dissonant à la Cramps, d’hystérie Suicidaire, de proto-punk Stoogien et de post-punk apocalyptique étampé Birthday Party. Son lo-fi et cru, rythmique primale et hypnotique, riffs dangereusement simples, c’est particulièrement cette deuxième incarnation des Scientists qui a laissé sa marque et influencé plusieurs groupes, notamment le Jon Spencer Blues Explosion et Mudhoney. L’incendiaire morceau We Had Love, que plusieurs ont pu entendre récemment dans le film Rock n Rolla, pourrait être considéré comme le pinacle du son Scientists. 

On les a couronné parrains du grunge mais les Scientists étaient bien plus tordus, malsains et sinistres que quoi que ce soit étant sorti de Seattle ou de la besace de Sub Pop. Après une relocalisation à Sydney, puis à Londres, et six albums marquants entre 1982 et 87, les Scientists se sont effacés… pour mieux revenir, animé du même esprit détraqué. D’abord sporadiquement, puis beaucoup plus sérieusement depuis le début des années 2000.

La formation actuelle, toujours centrée autour du chanteur et guitariste Kim Salmon, regroupe tous les musiciens de la deuxième mouture. On y retrouve donc le guitariste Tony Thewlis, le bassiste Boris Sujdovic et la batteuse Leanne Cowie, qui a rejoint la bande en décembre 1985. Si les Scientists ont beaucoup tourné depuis cette reformation, ils n’ont par contre fait paraître que très peu de nouveau matériel, Salmon préférant se concentrer sur les concerts. Après un 45 tours paru en 2017, puis un autre pour In The Red l’année suivant et un EP pour la même étiquette en 2019, le groupe s’est laissé convaincre de faire un nouvel album par le label de Los Angeles. Negativity, paru le 11 juin dernier, ramène la formation australienne pratiquement là où elle s’était arrêtée en 1987. Si la bande s’est quelque peu assagie, on la croirait toujours nourrie aux mauvais acides et bières cheap, piochant dans le même registre malaisant qui lui va si bien. Pour souligner la chose, nous avons rejoint Kim Salmon chez lui à Melbourne, où c’est bientôt l’hiver. Le très sympathique leader de la formation nous a accordé une longue entrevue dans laquelle il nous parle de la reformation du groupe, de la création de Negativity et de sa passion pour le dessin et la peinture. 

PAN M 360 : Quand les Scientists se sont séparés en 1987, vous êtes-vous quittés sur une mauvaise note ? Comment vous êtes-vous retrouvés ?

Kim Salmon : C’était une sorte de processus naturel quand on a arrêté les Scientists en 1987, il n’y avait aucun intérêt à poursuivre l’aventure, ça semblait normal, on ne voyait aucune raison de ne pas le faire…

PAN M 360 : Tu as souvent pensé à repartir le groupe avant de réellement le faire?

Kim Salmon : Pas vraiment. C’était dans l’ordre des choses que le groupe revienne ensemble. Tony était un peu réticent à cause de certains trucs qui se sont produits dans le passé. Il était un peu énervé par certaines choses qui n’avaient rien à voir avec le groupe, mais plutôt par le fait que le groupe n’avait pas obtenu le succès qu’il souhaitait. Nous étions sur le point de percer auprès du grand public dans les années 80, mais cela n’est jamais arrivé pour diverses raisons et il était peut-être plus déçu que nous à ce sujet. Quoi qu’il en soit, nous avons réussi à le persuader de rejoindre le groupe à nouveau.

PAN M 360 : Tenais-tu mordicus à ce que ce soit cet ancien line-up qui soit à nouveau réuni ?

Kim Salmon : Le groupe a eu plusieurs incarnations. Nous avons réuni un des premiers line-up avec James Baker, Ian Sharples et Ben Juniper pour faire un concert assez payant sur un toit d’immeuble quelque part à Perth en 1995, mais ce n’était que pour ce concert. Et il y a eu le line-up que nous avons eu pour Human Jukebox en 1987 avec moi-même, Tony et un type nommé Nick Combe, donc c’était une autre formation aussi. Je l’aimais bien, mais je ne pense pas que c’était vraiment les Scientists. C’est juste que les gens s’intéressent plus à cette formation actuelle, qui est celle que nous avions du début jusqu’au milieu des années 80. Leanne nous a rejoint à la fin de 1985. C’est elle qui correspondait le mieux à ce line-up après le départ de Brett Rixon en 85. Les gens pensent que nous nous sommes retrouvés en 2006, mais c’est en fait en 2002, lorsqu’on nous a proposé de faire une tournée en Australie. Durant cette période, nous avions essayé deux batteurs différents. Puis, lors d’un concert à Sydney, nous avons demandé à Leanne si elle voulait nous rejoindre sur scène pour une chanson au rappel. Ce fut un moment décisif parce que c’est là que nous avons réalisé que nous avions vraiment besoin d’elle dans le groupe, ce n’était tout simplement pas la même chose avec Leanne à la batterie. 

PAN M 360 : Comment ce nouvel album a-t-il vu le jour ?

Kim Salmon : En 2017, nous avons eu l’occasion de faire une tournée en Australie et nous avions à ce moment-là réédité tout notre catalogue sur le label Numero. Nous avons eu de nombreuses rééditions au fil des ans, mais Numero a vraiment fait du beau boulot et a en quelque sorte ramené le groupe à la vie, donc nous avons fait cette tournée. À cette époque, Tony m’a fait participer à un enregistrement qu’il faisait pour l’anniversaire de quelqu’un; il voulait que je chante dessus. Il a fait un assez bon travail avec ma voix et nous avons pensé que nous devrions peut-être faire d’autres morceaux avec le reste du groupe, donc nous avons fait un single, qui était une reprise de Mini Mini Mini de Jacques Dutronc et Perpetual Motion, une obscure chanson des Scientists des années 80 que nous n’avons jamais officiellement enregistrée. Nous n’étions pas trop portés sur l’enregistrement de tout un nouvel album comme le font les vieux groupes qui se réunissent, car c’est souvent synonyme de désastre. Donc pour nous, un single était bien. Mais nous nous sommes retrouvés en tournée en Europe un an plus tard, puis aux États-Unis, alors nous avons fait un autre single, avec In The Red cette fois, puis In The Red nous a persuadés de faire un EP et une autre tournée aux États-Unis. Ensuite, on nous a proposé une troisième tournée aux USA, mais le label avait besoin de nouveaux enregistrements, alors nous avons finalement accepté de faire un album, et c’est ainsi que Negativity est né ! Nous avons donc sorti l’album, mais nous n’avons jamais pu faire de tournée… Nous avons encore un visa ouvert jusqu’en juin 2022, donc nous verrons comment les choses se passent… Negativity a été réalisé essentiellement via Internet; je trouvais un rythme à la batterie, je l’envoyais à Tony à Londres, il trouvait un riff et me l’envoyait. Si le riff me plaisait, j’arrivais à trouver un truc à chanter dessus. Ensuite, on ajoutais la basse et on envoyait à Leanne pour qu’elle ajoute la batterie. Mais comme j’avais déjà trouvé un beat, c’était pas évident pour elle de jouer par dessus. Donc on a grosso modo enregistré ça au studio Sumo à Perth. On a ajouté des trucs ici et là, du violon, du trombone, ma fille a chanté un peu et joué quelques notes de piano…

PAN M 360 : Dirais-tu que Negativity est la suite logique de Human Jukebox, le dernier album que vous avez enregistré ensemble en 1987 ?

Kim Salmon : D’une certaine manière, oui. Je pense qu’il est plus abouti que Human Jukebox qui est beaucoup plus brut. À mes oreilles, ce nouveau disque est mieux réalisé. Et il n’y a pas beaucoup de disques des Scientists qui sont bien réalisés, à part Weird Love (1986) et peut-être You Get What You Deserve (1985); en général nos disques sonnent plutôt garage. Nous enregistrions généralement avec un petit budget. Je pense que notre historique d’enregistrements est bizarre parce que notre premier album est très différent, avec un son pop-punky; Blood Red River est quant à lui un disque au son assez extrême et You Get What Deserve est également différent… Il y a une sorte d’esthétique d’une certaine manière, je pense que nos albums partagent tous certaines choses. Nous recherchons toujours cette sorte de structure minimaliste dans nos chansons, c’est ce que nous avons toujours fait. Les structures sont très simples en termes de notes, de clés et de mélodies… Ceci dit, je crois que l’artiste est la dernière personne à pouvoir parler de son travail… Mais si je peux établir un parallèle entre ces deux albums, c’est surtout à propos de l’implication de Tony. Habituellement, j’écrivais la plupart des chansons, mais pour Human Jukebox, Tony a contribué à une grande partie de la musique, ainsi que sur Negativity.

https://www.youtube.com/watch?v=kXHR69POI2E

PAN M 360 Pourquoi avoir choisi le titre Negativity?

Kim Salmon : On a toujours été un groupe avec un côté un peu sombre, on n’a jamais fait dans le très positif et hop la vie, sans pour autant être goth, ça je tiens à le préciser (rires). Donc ce mot m’est venu dans une des chansons de l’album, sur Dissonance je crois, et j’ai trouvé que ça ferait un bon titre. J’ai fait un truc de positif avec Negativity (rires)

PAN M 360 : En dehors du groupe, tu enseignes la musique et tu peins et dessines également…

Kim Salmon : Quand j’avais 19 ans, j’ai étudié les beaux-arts pendant un an, la peinture était mon principal intérêt. Puis j’ai pris ce qu’on appelle une année sabbatique… et cette année sabbatique a duré jusqu’à maintenant (rires). Mais pendant tout ce temps, j’ai continué à m’intéresser au dessin et à l’art, mais à part quelques dessins et caricatures ici et là et quelques couvertures de disques que j’ai illustrées, je ne me suis jamais vraiment concentré sur cela. C’est après mon dernier album solo en 2015 que je m’y suis mis davantage. Pour faire cet album, j’ai démarré un Go FundMe mais au lieu de faire un show privé ou un truc du genre pour les gens qui m’ont aidé, j’ai décidé de leur envoyer une carte avec quelques dessins que j’ai fait. Puis quelqu’un m’a approché pour me proposer de faire une exposition de mes œuvres. J’ai donc fait ma première expo en 2018 dans laquelle on retrouvait un peu de tout ce que j’ai réalisé depuis que j’ai 16 ans. J’ai vendu pas mal d’oeuvres et l’année suivante j’ai fait une autre expo, majoritairement des dessins et des aquarelles. Là encore, j’en ai vendu plusieurs. Puis j’ai exposé à la galerie de Mick Harvey et de sa femme. Encore une fois, un gros succès puisque j’ai vendu 14 de mes œuvres. À l’ouverture, j’ai vendu 5 œuvres que j’avais réalisé en une semaine pendant que je faisais une quarantaine à Perth ! C’est surtout depuis le confinement que je me suis réellement plongé dans la peinture et le dessin. J’ai été assez productif et j’ai beaucoup progressé. J’aime vraiment peindre et dessiner, je suis très enthousiaste et je vais certainement m’y consacrer de plus en plus. 

(crédit photo: Andrew Watson)

Assurément une force du renouveau musical montréalais depuis 2014, le collectif Moonshine lance SMS For Location Vol. 4, compilation de 19 titres parfaitement représentatifs de la très vaste mouvance afro en musique, bass-heavy, électro-funk et plus encore.

Initié par Pierre Kwenders et son impresario Hervé Kalongo, Moonshine réunit des artistes de talent, notamment  les DJ et producteurs.trices San Farafina, Odile Myrtil et AKantu, les installations visuelles de Boycott. Autour des artistes réguliers de Moonshine, d’autres se joignent au fil des événements présentés les nuits de pleine lune dans des lieux différents d’une lune à l’autre.

Kaytranada, Dâm-Funk, Le1f, Venus X, DJ Windows 98 (Win Butler d’Arcade Fire), Bambii et Branko sont au nombre des artistes ayant fréquenté les soirées Moonshine, toujours annoncées à ses abonnés via texto, d’où le titre SMS for location. Au fil des sept dernières années, les événements sous la bannière Moonshine ont débordé le cadre montréalais : New York, Los Angeles, Paris, Bruxelles, Londres, Milan, Lisbonne, Santiago, plus récemment Kinshasa.

Il est aisé d’affirmer que les sons générés par Moonshine sont à la fine pointe du renouveau  mondial d’ascendance africaine en matière de musique, et plus encore. Et ça continue : fin 2020 début 2021, le noyau dur de Moonshine s’est déplacé à Kinshasa afin d’y mettre en relief les forces vives de la mégapole congolaise, en témoigne partiellement cette quatrième mixtape mise de l’avant par le collectif. Cette compilation d’œuvres collaboratives se veut le prolongement mondialiste de ce que Moonshine offre aux mélomanes et danseurs noctambules depuis ses débuts en 2014.

Les sources de cette nouvelle mixtape ont été recueillies en  République Démocratique du Congo (RDC) et sert de trame musicale au court métrage/documentaire hybride Zaire Space Program  qui fait état de cette première incursion de Moonshine au Congo et des collaborations Montréal-Kinshasa vécues pendant ce pèlerinage visionnaire, afro-futuriste, mise en relief de la relation entre les nouvelles technologies et la culture sur le continent noir.

PAN M 360 :  C’était donc la totale à Kinshasa, musique, images, collaboration, découvertes. Résumez-nous le périple!

Pierre Kwenders :  Le voyage en république démocratique du Congo a eu lieu de décembre 2020 à la fin janvier 2021, nous y sommes restés six semaines. Nous avons beaucoup d’images recueillies là-bas, le film devrait être prêt en 2022.  

PAN M 360 : Fara, vous étiez très impliquée dans ce projet audiovisuel. Que retenez-vous de Kinshasa?

San Farafina :  La vie à Kinshasa et Matonge m’a semblé très dynamique, haute en couleurs, très différente de ce à quoi j’étais habituée. Je suis née au Canada et j’y ai grandi  – je viens de l’Alberta et je vis à Montréal depuis plus de 10 ans maintenant. Donc ce fut pour moi un choc énorme. Il m’a aussi semblé que les priorités sont différentes au Congo en termes d’arts et de culture. Ce premier voyage en Afrique fut une grande immersion, une expérience éclairante à ce titre. 

Pierre Kwenders : Fara a un parcours intéressant à nos côtés. Nous l’avons connue alors qu’elle travaillait au bar,  puis elle fut  DJ, productrice  et même documentariste. Tu as trouvé ta voie, tu t’es trouvée.  Le film documentaire sur lequel nous travaillons ensemble est l’une de nos initiatives, nous travaillons aussi sur un projet d’émission radiophonique animée par Fara et moi-même, lancée bientôt sur notre plateforme.

San Farafina :  Je m’estime très chanceuse de pouvoir travailler au sein d’un collectif, de pouvoir compter sur le soutien de ses membres et de son réseau. De toute beauté !

PAN M 360 : Y a-t-il une forte représentativité congolaise au sein de Moonshine?

Pierre Kwenders : Hervé Kalongo, coordinateur de Moonshine et mon impresario sommes d’origine congolaise. Il aussi le DJ AKantu qui, d’ailleurs, a fait partie de ce voyage au Congo, il est le dernier à se produire à notre boiler room tourné là-bas. Il vient de Lumumbashi, il a vécu à Kinshasa et est basé à Montréal depuis environ 5 ans.

PAN M 360 : Cherchiez-vous à mettre de l’avant des styles en particulier dans cette nouvelle mixtape ?

Pierre Kwenders : Pas exactement. On aime plutôt laisser à l’artiste la liberté de création. Nous choisissons l’artiste parce qu’on le connaît,  parce qu’ on sait ce qui nous plaît de sa musique. Ensuite nous travaillons ensemble. 

PAN M 360 : Donnez-nous un aperçu des premiers singles extirpés de cette mixtape.

Pierre Kwenders : On essaie de mettre de la chaleur dans le coeur des gens, sortir de cette pandémie dans la joie. Les morceaux ont des propriétés énergétiques, représentent très bien l’univers de leurs participants.

À travers la chanson Malembe, par exemple, on a voulu concrétiser cette connexion avec le Congo. J’y suis né, je viens de là, mais concrètement je n’avais jamais collaboré avec des artistes congolais basés à Kinshasa. Là on a le plaisir de travailler avec Boddhi Satva, très connu là-bas. Il a d’ailleurs inspiré l’identité musicale de Moonshine. Donc sa participation allait de soi sur cette mixtape. Boddhi nous a indiqué qu’il avait un beat enregistré pendant la pandémie, il me l’a transmis et  j’ai ensuite écrit et enregistré ma partie avec le son originel un peu modifié. Puis MC RedBull, aussi à Kinshasa, a fourni son input. J’ai repris le tout et j’ai essayé de rebâtir une forme finalement retransmise à Boddhi qui a complété le travail avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Et j’en suis très content!

PAN M 360 : Cette nouvelle mixtape n’est pas exclusivement constituée de musique enregistrée à Kinshasa. D’autre part?

Pierre Kwenders : Toujours dans cette idée de collaborer avec des artistes d’ailleurs, on a  par exemple la pièce Ginseng du DJ et producteur parisien Bamao Yendé, fondateur de Boukan Records. Son label sort plein de musique faite par des jeunes Africains de la diaspora établis en France, particulièrement à Paris. Nous voulions leur offrir une autre plateforme afin de partager leur musique qu’on aime. Je lui ai signifié qu’on aimerait qu’il nous propose quelque chose, nous avons reçu Ginseng. Ce ne fut pas compliqué. C’était un coup de coeur!

Crédit photo de couverture: Alexis Belhumeur

Après trois albums, soit Une belle table en 2010, Le grain d’or en 2014 et Daniel en 2018, Jesuslesfilles revient à la charge… à L’heure idéale ! Ce quatrième album se veut dans la même veine que le troisième, Daniel, et son rock assagi avec l’arrivée de la claviériste et chanteuse Yuki Berthiaume au sein de la formation.  Daniel, personnage fictif s’il en est, reprend néanmoins du service dans L’heure idéale... nous en saurons davantage au cours de l’entretien qui suit.

Ainsi, Jesuslesfilles ne traîne roule sa bosse depuis 13 ans.  Enclin au rock, qu’il soit punk, garage ou alternatif, le groupe a bien changé en cours de route; sa forme présente comprend le membre fondateur Martin Blackburn (guitare, voix), Yuki Berthiaume (voix, clavier), Guillaume Chiasson (guitare), Thomas Augustin (basse) et Benoit Poirier cité ci-haut à la batterie. On y suit Daniel, le personnage-thème de l’album de 2018, dans sa quête du succès et de l’ouest. L’album sera sur toutes les plateformes dès le 18 juin.

Et pourquoi donc Jesuslesfilles ? L’appellation provient d’une erreur de lecture rapide de Benoit Poirier qui, au lieu de lire le titre Je suis les filles, avait lu Jésus les filles. Ce qui mène PAN M 360 à poser d’autres questions à Benoit et Martin, au cœur de la formation québécoise. Tour d’horizon de leur carrière jusqu’à maintenant et de l’album à venir. 

PAN M 360 : Vous avez une cadence d’un album aux quatre ans. Là, pour L’heure idéale, on est trois ans après Daniel. La pandémie y est-elle pour quelque chose?

Benoit : Oui et non. La pandémie ne nous a pas affectés, comme on prévoyait entrer en période de composition et de production au printemps passé. On n’a perdu que deux spectacles à cause du confinement. À la suite de ces spectacles, on prévoyait de toute façon commencer à composer.


Martin : Ce que ça a donné, la pandémie, c’est une pause. Il y a une effervescence, il y a tellement de groupes qui sortent à Montréal, il y a une certaine pression qui vient avec tout ça, qu’elle soit utile ou pas. On aurait dit que tout le monde s’est arrêté, ça m’a donné l’impression que j’avais moins de pression. J’ai pu m’asseoir, faire l’album sans m’inquiéter d’arriver à temps avec du nouveau matériel. Ça m’a enlevé cette pression d’être prêt à temps, comme je ne savais pas quand la pandémie cesserait. On l’a fait rapidement, en été, et on a enregistré en automne.

Benoit : Les délais ont été très serrés, cela dit. Martin prévoyait commencer à composer au printemps-été 2020. Le studio a été booké à l’automne pour qu’on ait le temps de monter les chansons en groupe par la suite avant d’entrer en studio. Notre idée, c’était de lancer ça en automne 2021, mais notre nouveau label, Duprince, pouvait seulement le sortir au deuxième trimestre. Donc on a dû précipiter la postproduction, le mixage, le mastering. Le vinyle, c’est toujours un coup de dé à savoir si on va les avoir à temps. Il y a encore une fenêtre d’espoir pour les vinyles. On a eu le temps de tout faire, mais on ne s’est  jamais arrêtés, on est fatigué.


Martin : On était dans un marathon. Je parlais de pression tout à l’heure, mais ça a été dans le tapis depuis l’été passé car on avait des délais. Il fallait se dépêcher, avec la pandémie, des fois il y avait des couvre-feux, allait-on pouvoir utiliser les studios? Il y avait tout ça. Mais on a réussi.


Benoit : La promo est plus importante sur cet album-là que pour nos précédents. Ça aussi, ça nous a tenus encore plus occupés. On a eu des tournages de vidéoclips, alors qu’avant ça se faisait en vitesse en une journée. Présentement, on est dans le stretch de promo et d’entrevues, on en a plus que d’habitude. On ne s’est pas arrêtés.  Dans une semaine et demie, ça va être plus tranquille.

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous décidé de faire plus de promo pour cet album-ci? 


Benoit : L’idée du triptyque, ça vient de toi Martin, non?


Martin : Oui, ça vient de moi. On voulait travailler avec Philippe Beauséjour pour un vidéoclip, on voulait demander des subventions pour ça. On s’est rencontrés, Philippe et moi, pour parler de l’album, et on s’est dit que ça serait le fun de faire quelque chose qui se continue, comme l’album est un peu une histoire sans en être une, on voulait profiter de ça pour faire de la promo, s’en servir pour poker les gens chaque mois pour se donner de l’attention et pour se rendre jusqu’au lancement. La promo est plus importante car le label s’en occupe, très impliqué. On n’avait pas vécu ça de cette manière auparavant, et on saute sur l’occasion. C’est le fun d’être vraiment épaulés par le label. On est embarqués dans l’aventure,  les médias également. Ça se fait tout seul.


Benoit : Duprince est une plus petite équipe et un plus petit label; avec moins d’artistes et de parutions par année,  plus de temps à mettre sur chaque projet. C’est pour ça qu’il y a plus de promo.


Martin : On a des  jeudis pétanque avec le label, c’est vraiment le fun. On a eu du fun tout au long, soit de la composition à l’introduction avec le label et les vidéoclips. Ça a été beaucoup de stress et de pression, mais fait dans le plaisir tout au long.

PAN M 360 : Tu sous-entendais, Martin, que l’album à venir a une histoire sans avoir une, pouvez-vous en parler un peu du nouvel album à venir?


Martin : It started like a joke, on parlait de L.A., la perception de la ville, les gens qui veulent y aller pour y réussir. Dans Jesuslesfilles, on est des niaiseux, on part souvent les chansons et les albums sur des blagues. Daniel, par exemple, ça a toujours été une blague. Il y a quatre Daniel maintenant. On a décidé que Daniel allait essayer de percer à L.A. C’est un peu pour souligner qu’on se moque de cela, tout en en faisant partie. Tous les groupes et les artistes ont de l’ambition et ont besoin de l’approbation. On a pris cette idée de L.A. sans que ça soit la ville en tant que telle, on a pensé à la ruée vers l’or aussi, qui est assez similaire en ce sens où les gens ont pris des risques pour aller vers un monde meilleur à l’ouest. C’est cette allégorie qui m’a nourrie. On se sert de Daniel comme véhicule pour les chansons vers l’ouest. Le chapeau par exemple, est pour représenter métaphoriquement son ambition de partir pour avoir du succès. On ne se lance pas dans le country! On rit de ça tout en en faisant partie. C’est ce qu’on voulait représenter avec l’album, sans que ça soit collé. Oui, Daniel va à L.A., il rencontre des gens sur la route, mais ce n’est pas un album-concept. Il y a des tableaux, qui, tous rassemblés ensemble, font l’album. L.A., c’est la première chanson que j’ai composée, c’est de là qu’est partie la blague, c’est là que j’ai voulu composer avec Laurence-Anne…


Benoit : Dont les initiales sont L.A., d’ailleurs.


Martin : On essaie toujours de garder un côté rigolo et un côté profond. J’aime ça quand les chansons font mal, quand ça va te chercher en dedans, mais avec une petite légèreté, sans se prendre trop au sérieux. 


Benoit : Il n’y a pas de trame narrative ni de chronologie, mais toutes les pièces se rattachent à ça, car le thème est très large. 


Martin : Il y a un petit clin d’œil. J’ai tendance à avoir des obsessions sur certaines chansons et certains concepts. Daniel, dans ma tête, allait vers l’ouest, peu importe de quoi il parle, même si ça parle à moitié de ça. On a essayé de construire autour de ça, et je crois qu’on a réussi.

PAN M 360 : Vous allez faire un lancement d’album un peu spécial, pouvez-vous nous en parler un peu?


Benoit : Je crois que c’est le label qui l’a proposé, et ça fait longtemps que ça a été proposé, les restrictions n’étaient pas les mêmes que maintenant, mais ça ne change pas grand-chose au nombre de personnes qu’on peut rentrer dans une salle. Quand les concerts en salle ont recommencé, Martin et moi n’étions pas stimulés par l’idée de faire ça dans une grande salle devant 100-150 personnes distanciées. Le label a proposé de faire des spectacles “mitraillettes”. L’idée, c’est de faire un marathon et de traîner les chansons et de présenter ça au plus de gens possible, tout en offrant l’occasion de venir chercher l’album le lendemain de la sortie. Tu as l’album et un petit spectacle de 30 minutes en même temps. 


Martin : On a vraiment hâte. Plus ça va, moins il y a de restriction : c’est possible qu’il y ait de l’alcool, que les gens soient debout… Au début, on voulait faire ça dans un stade de baseball, au parc Lafontaine. J’avais proposé ça en janvier en me disant qu’en juin il y aurait moins de restrictions et que ce serait prudent de faire ça en extérieur. On avait notre idée de base, tout était prêt et réservé, et finalement on a décidé de ne pas le faire à cause des restrictions. Le label est venu avec cette idée-là, et nous sommes de petits cascadeurs, on aime les stunts, ça va nous rappeler les spectacles à l’Esco, ceux qu’on vivait avant. Des spectacles de grandes salles, on aura d’autres occasions d’en faire, mais de petits spectacles comme ça, c’est une belle occasion d’être proche du public, de jouer pour douze personnes en même temps. J’ai écrit à Thierry Larose hier pour lui dire qu’on avait un set juste pour lui, on a un set pour le groupe Corridor qui vient nous voir. On sait que les gars de Corridor ont des chansons préférées. Il y a quelque chose de personnel, de proximité, qu’on a hâte de présenter. Il faut se coucher de bonne heure le jour d’avant, on a huit lancements à faire.


Benoit : Ça revient à 2 heures de spectacle. 

PAN M 360 : Où peut-on vous voir jouer, si on n’a pas pu mettre la main sur des billets pour vos lancements? 


Benoit : Oui, on a des spectacles annoncés, d’autres se confirmeront sous peu. On ne pensait pas se promener cette année, comme l’été 2020 a été reprogrammé pour 2021 et que tout a été repoussé, on ne pensait pas avoir de place pour jouer cette année, mais on a pas mal d’offres, d’autres viendront je crois. On prévoit reprendre l’idée du lancement extérieur en sorte de rentrée montréalaise à l’automne, possiblement.
Martin : On a le Festif! De Baie-Saint-Paul avec Corridor. Il y a aussi Rouyn-Noranda. On aimerait faire un gros spectacle à l’automne. On prévoyait tourner plus l’année prochaine, comme on ne croyait pas que ça rouvrirait cette année. 

PAN M 360 : Ça fait officiellement 13 ans que vous roulez votre bosse, comment s’est constitué le groupe à l’origine ? 


Martin : J’avais l’idée de créer un groupe et j’ai approché Benoit, qui est mon partenaire le plus loyal depuis 13 ans comme c’est le seul qui est encore dans le groupe, mais nous sommes encore amis avec les autres, pour différentes raisons, on a changé de membres. Je l’ai approché en lui disant que j’avais envie de faire un groupe un peu rock, grunge, folk un peu sur les bords. Je ne savais pas vers où m’en aller. Il a accepté, il s’est cassé une jambe ou la rate…


Benoit : C’était la rate.


Martin : Entre autres accidents à travers les années. C’est comme ça que ça a commencé. J’ai approché aussi un ami qui jouait de la basse, Pascal Savard. J’ai approché un autre gars de Chicoutimi que je connaissais un peu – car je viens de Chicoutimi –  qui venait d’arriver à Montréal exc. Cet excellent guitariste faisait des solos, moi je n’en fais jamais, donc je suis allé chercher quelqu’un de meilleur que moi (rires). Pour les autres instruments, j’essaie d’aller chercher des gens qui sont meilleurs que moi dans leurs instruments. Pour Azure, je cherchais une voix féminine, car je n’ai jamais trouvé que ma voix toute seule faisait l’affaire. J’ai toujours aimé l’effet Jean Leloup, qui utilise beaucoup deux tons de voix. J’ai toujours voulu avoir un double de voix, donc Azure a  embarqué. C’est comme ça qu’on a commencé, on a joué, répété et tout de suite on a composé des chansons.


Benoit : De plus, on avait tous des groupes avant ça. J’avais un groupe punk-rock, Martin avait eu des groupes de rock plus garage, il avait joué dans Les Vautours entre autres. Je pense que l’idée de base était d’aller ailleurs. La souche restait rock, mais on voulait s’éloigner des genres qu’on avait visités par nos autres expériences.

PAN M 360 : Parlant de style, comment décririez-vous votre genre musical, car j’ai l’impression que c’est un peu indescriptible…

Benoit : Moi aussi… C’est mon emploi dans la vie, je suis directeur musical à CISM, et j’ai de la difficulté à mettre des mots sur notre style. C’est pour ça qu’on dit rock.

Martin : Les influences sont tellement diverses, c’est difficile de donner une étiquette à Jesuslesfilles. Il y a toujours une trame de base, mais ça change à chaque album et ça va continuer de changer. Mes influences sont différentes sur chaque album.

Benoit : Ça change même à chaque pièce. On dit rock, je pense que le terme sur lequel on s’entend, car il est amusant parce qu’il est désuet, c’est rock alternatif.

Martin : Rock alternatif, on aime ça… ça ne veut rien dire.

PAN M 360 : Vous avez, depuis vos débuts, vécu des changements de personnel. Diriez-vous que ça a un impact sur votre son? 


Martin : Oui, à chaque fois! La batterie a toujours été assurée par Benoit. J’ai toujours été celui qui compose les chansons, du début à la fin, paroles et musique, sans entrer dans les détails, sans la deuxième guitare, les notes de basse et les passes de batterie. Au début, ce qui a fait la différence, c’est quand notre guitariste Mathieu est parti après le premier album Une belle table. Il voulait vivre autre chose comme il est plus jeune que nous. On a tout de suite fait entrer Philippe Hamelin, qui jouait dans un groupe shoegaze. On a toujours aimé ce qui était shoegaze, il est arrivé avec sa personnalité et ça a paru pour le 2e album, Le grain d’or. Ensuite, le bassiste est parti avant le 3e album, Guillaume, notre guitariste actuel, y jouait de la basse.


Benoit : Guillaume est arrivé pour le 2e album en fait. 


Martin : Il y a toujours un impact. Pour L’heure idéale, Guillaume est à la guitare, mais il était à la basse sur Daniel. Il a amené son style aussi. Ça accompagne toujours mes chansons et je trouve ça intéressant car je ne sais jamais exactement où ils vont amener les chansons. C’est à chaque fois une belle surprise, et je ne m’inquiète pas pour  la qualité des musiciens qui m’accompagnent. 

PAN M 360 : Chacun des membres semble avoir joué ou joue encore dans d’autres groupes, est-ce que ça rend le tout plus compliqué parfois, pour créer? 


Benoit : Dans un cas oui.


Martin : Pour créer, pas tant que ça à la base, car je crée pas mal tout seul au début. C’est surtout pour les pratiques. Les pratiques, c’est compliqué, comme Guillaume a trois groupes en tout, il ne vient pas tout le temps aux pratiques, mais il vient aux importantes. Ce n’est pas si pire que ça. Yuki est toujours disponible, Thomas a son groupe aussi, Penny Diving, mais ce n’est pas si prenant que ça. Ça a déjà été plus complexe, mais en ce moment, ça va assez bien à ce niveau-là.


Benoit : Yuki a aussi un autre groupe mais ce groupe n’est pas tant actif actuellement,  I.D.A.L.G., est en hiatus. Une partie des membres a un nouveau projet et travaille sur un album. Ils font du studio à temps perdu. Quand Yuki est arrivée dans notre groupe en 2016, il y avait de petits conflits d’horaire à l’occasion, mais ce n’était pas très fréquent. J’avais d’autres projets par le passé, mais c’est fini maintenant. 


Martin : Ça va quand même bien de ce côté-là. Quand Guillaume jouait de la basse sur Daniel, on avait un sub dans certains spectacles, qui était Thomas Augustin, qui est devenu le bassiste officiel quand Guillaume a pris la guitare. 

PAN M 360 : Est-ce que ça influence le style ou le son de votre musique? Les musiciens vont-ils chercher des éléments dans leurs autres expériences pour les ramener dans Jesuslesfilles?


Benoit : Au contraire, je dirais. Guillaume, par exemple, veut aller ailleurs à la guitare.


Martin : Il pousse d’autres de ses qualités dans Jesuslesfilles, il est capable de se séparer en plusieurs personnes dans chacun des groupes dans lesquels il joue. Tant mieux pour nous. 


Benoit : Bon Enfant, c’est son projet, c’est lui qui pilote ça avec Daphné Brissette. Avec Jesuslesfilles, il fait la guitare lead mais c’est plus de l’ornementation. Les structures de chanson sont faites quand il arrive, donc il freestyle pas mal, il freestyle un peu trop, on restructure ça. On peut lui dire de doubler tel bout plutôt que de faire un solo pendant trois minutes. Des choses comme ça…

PAN M 360 : Parlant de créer, comment composez-vous? Avez-vous un processus de création?


Martin : Le processus de création, normalement, c’est moi qui conceptualise quel genre de feeling, de mood je veux donner aux prochaines chansons. Je donne un coup. Ça dépend, chaque album est différent, mais pour L’heure idéale, à cause du confinement, j’ai vraiment tout fait seul les parties au local. J’ai donné un coup pendant l’été. Chaque semaine, j’allais souvent passer des journées là-bas. Le processus est comme ça : je commence quelque chose, je fais une bonne base, une chanson qui a un début et une fin approximative, puis quand j’en ai plusieurs, au moins trois ou quatre, je les présente au groupe. Les membres me donnent leur avis, ils travaillent chacun de leur côté pour amener quelque chose. Normalement ça fonctionne instantanément. 

Thomas est assez expérimenté, je n’ai besoin de rien lui montrer. C’est la même chose pour Guillaume. Il prend ma chanson et met sa vision dessus. C’est rare que je dise que ça ne fonctionne pas. J’essaie de m’entourer de personnes qui sont meilleures que moi dans ce qu’ils font, donc je leur fais confiance. Honnêtement, jusqu’à maintenant, dans Jesuslesfilles, même si on change beaucoup de musiciens, ça n’a jamais donné de coup assez gros pour que je me demande si j’arrête ou pas. Je me suis habitué, on dirait… je me fais dumper une fois par album ! (rires)

Là, je crois que c’est bon, on devrait faire un autre album toute cette belle gang ensemble. On se rejoint, on travaille au studio ensemble, on voit ce qui fonctionne moins, on améliore. Dans les pratiques aussi, on va regarder ce qui fonctionne ou pas. En pratique et en spectacle, c’est différent qu’en studio où on double les guitares. On doit donc voir comment faire ça en direct.

Il y a un ajout au groupe, cette année. Je suis un peu tanné de composer à la guitare, après Daniel, j’avais envie de jouer du clavier. Je me suis mis à composer au clavier, même si je ne suis pas bon au clavier. Je compose des mélodies, je n’ai pas besoin d’être un génie musical, tant que je suis capable de taper quatre ou cinq notes, c’est correct. J’ai commencé avec L.A., la première chanson de l’album. Mélissa Di Menna, qui jouait dans le groupe Méta Gruau et Jacquemort, est avec nous pour les spectacles maintenant. On a donc Yuki et Mélissa qui font du clavier maintenant, le groupe a grossi d’une personne pour donner un meilleur spectacle et  pour fournir  les éléments qui pourraient manquer en spectacle.


Benoit : On a commencé à intégrer plus de collaborations sur cet album. On avait initié ça avec Daniel, il y avait une pièce de saxophone faite par Christophe Lamarche-Ledoux qui joue dans Chocolat. Il y avait Thomas Augustin qui nous aidait aussi, on a fait une partie des enregistrements chez lui. Il avait commencé à faire des pièces de synthés sur Daniel, mais il n’était pas encore dans le groupe. Pour L.A. dans L’heure idéale, c’est une collaboration avec Laurence-Anne que Martin a initiée. Ils ont fait la pièce ensemble à 100%. Notre réalisateur, Emmanuel Éthier, a fait une pièce et  la violoncelliste Catherine Desaulniers, avec qui Thomas Augustin a collaboré à l’époque de Malajube, l’a jouée.


Martin : J’ai toujours trouvé ça important, la collaboration. S’ouvrir aux autres groupes et les écouter, ne pas que s’écouter. On s’est toujours promis, Laurence-Anne et moi, quand on se voyait dans les bars et qu’on était un peu chauds, qu’on allait faire une collaboration. Je n’aime pas être chaud et ne pas faire ce que j’ai dit quand j’étais chaud, donc c’est arrivé. J’ai sorti quelques riffs, je l’ai amenée au local pendant une journée. Il y avait une bonne base de composition, on l’a terminée ensemble et j’ai beaucoup aimé le résultat. Laurence-Anne est dans le vidéoclip de L.A. qui va sortir à l’automne.

Pour son premier album, Hippie Hourrah voyage dans le temps et retourne dans les années de l’âge d’or du rock psychédélique de la génération des hippies en créant sa propre communauté appelée la Sun Family. Suivant l’étrange philosophie de Jacques Dutronc, la Sun Family est en fait une secte anti-secte qui ne cherche pas vraiment à vénérer les remèdes d’un vieux gourou perché dans le ciel mais qui préfère regarder plus haut, vers le soleil. PAN M 360 a pu discuter avec les trois comparses d’Hippie Hourrah pour décortiquer l’esprit psychédélique de cette famille loufoque.

PAN M 360 : Vous avez sorti de mystérieux médaillons à l’effigie de la Sun Family avant même de sortir vos morceaux. Pouvez vous nous expliquer ce qu’est la Sun Family ?

Cédric Marinelli : Un ami et moi faisions du design pour de la merch dans un atelier de sérigraphie. On en a fait un clin d’œil avec le logo qu’on a réutilisé pour le projet de la Sun Family d’Hippie Hourrah. Je voulais un groupe qui soit comme une famille, qui ait un peu l’air d’une secte mais ça ne l’est pas du tout, on s’entend. Je pensais aussi au documentaire Wild Wild Country. C’est parti d’un trip artistique qui voulait un peu rien dire, n’importe qui peut s’approprier le truc en fait.

PAN M 360 : Depuis quelques temps, on voit la génération des boomers se faire clasher dans les médias et sur les réseaux sociaux. Pourquoi avoir décidé de jouer avec les clichés de la période hippie de cette génération ?

Cédric Marinelli : Le nom vient de la chanson Hippie Hippie Hourrah de Jacques Dutronc qui riait un peu des hippies. On n’est pas un groupe de hippies pour vrai. On n’est jamais bien sérieux dans tout ce qu’on fait, on trouvait juste le nom niaiseux et que ça marchait bien.

Gabriel Lambert : On ne pense pas du tout que c’était mieux à cette époque, loin de là. Je ne pense pas que ce soit particulièrement cool d’être un hippie. Si on compare les mœurs de temps là, c’était un peu foireux à plein de niveaux. Un peu comme chaque époque finalement. Donc c’est plus une connexion musicale et esthétique. 

Miles Dupire-Gagnon : Le nom est arrivé avant même qu’on enregistre. J’ai trouvé ce clash cool, on est un peu hippie d’une manière on dirait. Le vibe psychédélique des années 60 nous anime tous, il revient souvent dans tous les projets qu’on a eu. 

PAN M 360 : Comment avez vous joué avec les sonorités de l’âge d’or du rock psychédélique ?

Miles Dupire-Gagnon : On est surtout parti des riffs des chansons de Cédric. Gabriel et moi avons rajouté beaucoup de synthés et de drum machines. On s’en allait vers quelque chose de psychédélique. L’essence de certaines chansons allaient facilement et naturellement vers ça. La sitar et le côté tribal des percussions faisaient du sens avec les compositions de départ.

PAN M 360 : Vous avez également de très jolies morceaux instrumentaux comme Parler aux étoiles ou Apprendre à mourir. Pourquoi avoir choisi d’en faire des morceaux instrumentaux ?

Miles Dupire-Gagnon : Gabriel et moi avons fait ce genre de morceaux dans plusieurs projets qu’on a eu. C’est un peu comme une signature. Ce sont les morceaux qui se rapprochent le plus de l’atmosphère hippie, avec un côté transcendant. Ça nous vient facilement de faire des jams. 

Gabriel Lambert : C’est plus l’influence d’Alice Coltrane ou de la musique bouddhiste.

Cédric Marinelli : Ou de la musique méditative finalement.

PAN M 360 : Est ce que vous pratiquez la méditation ou le yoga ?

Gabriel Lambert : Cédric fait du yoga sur scène (rire). On n’est pas trop yoga ou méditation dans le groupe, c’est plutôt le contraire. Ça a l’air de ça vu de l’extérieur. On n’a pas de limite à ce qu’on veut incorporer. Notre approche est souvent de trouver une affaire qui ne colle pas au reste et d’en créer un filon en faisant des mélanges un peu improbables, tout en gardant quelque chose qui se tient. On n’est pas vraiment des puristes.

PAN M 360 : Comment vous êtes vous réappropriés les clichés hippies dans La guerre et Un royaume nous attendpar exemple ?

Cédric Marinelli La guerre  est un vieux texte que j’avais écrit dans le temps ou j’écoutais beaucoup Antoine. C’est une chanson de break-upUn royaume nous attend est une chanson sur l’anxiété et la dépression, avec la référence à « quelques milligrammes dans ma bouteille ». Les murs ont avalé le soleil, ça ne va pas bien. Donc on s’arrange pour qu’il y ait toujours des pilules dans le pot. « Le méchant monstre a mis du poison dans mon sang » C’est le médecin qui donne des médicaments, on nous promet des merveilles. Dans la réalité, ce n’est pas tout le temps ça.

PAN M 360 : D’où provient l’enregistrement du dernier morceau qui conclue l’album sur une note assez psychédélique ?

Miles  Dupire-Gagnon: La dernière chanson est passée par plusieurs chemins avant de prendre cette forme là. Elle sonne LSD et pas à peu prêt. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant d’avoir des sons, des atmosphères ou quelqu’un qui parle. Je cherchais des témoignages d’hippies qui parlaient de LSD et je suis tombé sur cet enregistrement du documentaire How TGOut OYour Mind. C’est une entrevue de trois gamins des 60’s qui sont vraiment peace and love. C’est un retour dans le temps, cette vidéo a quelque chose de spécial.

Cédric Marinelli : On a décidé de le refaire nous même, donc ma copine Catherine a refait toute l’entrevue. On a ensuite rajouté des effets sur la voix.

PAN M 360 : Dans l’entrevue, elle explique un peu son point de vue sur le LSD et comment en consommer de façon sécuritaire. Quel est votre regard sur son message ?

Miles Dupire-Gagnon : Ils expliquent que ça ouvre des portes d’une manière constructive. Je pense pas mal la même chose qu’elle. Ça ne marche plus quand on tombe dans l’abus. Je le conseillerais à des gens qui sont stables émotionnellement mettons. Durant mon expérience, j’avais le goût d’être en communion avec la nature en parlant aux arbres. Mais ça dépend de tellement de facteurs, ça peut être bon autant que mauvais.

Cédric Marinelli : C’est plus le monde de Miles. Moi par exemple c’est non, c’est du cas par cas.

Gabriel Lambert: Je ne crois pas qu’il y ait de messages qui s’adressent à tout le monde. Je ne crois pas aux solutions en général. Quand il semble y avoir une réponse claire qui inspire des milliers de personnes, je préfère douter. Ceci dit, il y a des recherches de nos jours sur l’aspect bénéfique des drogues psychédéliques.

(crédit photo: Bruno Destombes)

D’origines écossaise et libanaise, la Québécoise Katia Makdissi-Warren a consacré son œuvre aux métissages culturels en musique contemporaine. Souvent mises de l’avant par son ensemble OktoEcho, ses intégrations singulières de musiques classiques arabes et occidentales sont remarquables, et l’on ne compte pas son travail d’hybridation avec d’autres souches musicales, dont plusieurs musiques puisées dans la culture autochtone au Canada. 

Voilà pourquoi la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) l’a choisie  en 2019 afin d’illustrer la richesse de son œuvre et lui commander une quinzaine de nouvelles compositions dans le contexte d’une série hommage échelonnée sur près de deux ans – prolongée à cause de la pandémie. 

Depuis septembre 2019, la SMCQ met son travail en lumière malgré le contexte sanitaire, pas moins de 24 œuvres de son cru auront été jouées et la dernière étape a lieu ce jeudi 17 juin, 19h. Ainsi, la SMCQ conclut sa saison en formule hybride  (salle et webdiffusion) avec le programme Dialogues à la Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue de Longueuil.

Initié par la flûtiste Marie-Hélène Breault autour d’œuvres de Katia Makdissi-Warren, ce programme boucle la boucle par une une exploration d’œuvres pour flûtes. Des pièces pour harpe et voix complètent ce programme pour le moins contemplatif. 

Au programme de Dialogues, musiques écrites et improvisées s’inspirent notamment du  nay (flûte de roseau jouée dans les musiques arabes, turques et perses) et impliquent une dizaine d’interprètes au confluent des traditions occidentales et orientales. 

« L’idée d’échange est fondamentale dans l’écriture de Katia. Elle laisse une grande liberté dans l’interprétation, alors c’est un vrai plaisir de pouvoir s’investir  avec nos propres idées … Et plus largement, il y a évidemment le dialogue entre les cultures qui ressort dans son style», indique Marie-Hélène Breault par voie de communiqué. 

Voilà autant de raisons de s’entretenir avec la principale intéressée.

PAN M 360 : Était-ce la meilleure façon de conclure cette série ?

Katia Makdissi-Warren :  « Je suis très contente que la SMCQ ait maintenu la présentation de ce dernier programme mis en œuvre par la flûtiste Marie-Hélène Breault qui travaille fort et qui a monté tout un programme de mes œuvres. Je suis heureuse de conclure avec elle, avec qui je collabore depuis plus d’une quinzaine d’années. C’est vraiment bien !

PAN M 360 :  Quel est l’esprit de ce programme?

Katia Makdissi-Warren : Les pièces choisies sont plutôt méditatives car il faut tenir compte de la réverbération dans la cathédrale. En toute connaissance de cause, Marie-Hélène n’a pas choisi mes pièces plus rythmées.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous décrire certaines œuvres sélectionnées?

Katia Makdissi-Warren : Bien sûr! D’abord, Le dialogue du silence s’inspire d’un livre du philosophe japonais Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence / École de la respiration, un ouvrage qui porte sur le souffle. Ça m’avait fascinée, j’y avais réalisé que la musique se trouvait aussi dans le silence. Ma pièce s’inspire donc de cette vision du silence qui se rattache aussi à la flûte shakuhachi japonaise et au takassim arabe. Une rencontre, en quelque sorte. Marie-Hélène avait beaucoup aimé cette pièce, elle la joue d’ailleurs depuis plusieurs années. Un jour, elle m’a annoncé qu’elle voulait faire plus autour de cette pièce, soit en créant un arrangement pour plusieurs flûtes traversières spatialisées  – flûtes alto, basse, contrebasse. C’est super beau! Cet arrangement de Marie-Hélène sera donc une création.

Ô Virtus s’inspire de la pionnière Hildegard von Bingen  (1098-1179), pour voix, flûtes et piano, plus méditative. Dans cette pièce, j’ai choisi un poème inspiré de l’espace et du temps. La composition est fondée sur un jeu de motifs, elle peut changer d’une interprétation à l’autre car les interprètes choisissent de jouer eux-mêmes ces motifs qui s’imbriquent, sorte de hors-tempo à la manière de Messiaen. Peu importe comment ils sont arrangés, ces motifs arrivent donc à s’ imbriquer.  Ainsi, j’ai superposé plusieurs motifs de flûte ou de piano pour que cela puisse marcher à 30 voix. Ici on en a trois.

La Dame du Nil, pour harpe solo, se veut un hommage à la seule femme pharaon de l’histoire de l’Égypte antique, Hatchepsout. Durant son règne, les échanges commerciaux avec les empires voisins allaient bon train, son règne en fut un de paix et de découverte – dont la myrrhe. Une archéologue qui travaillait sur sa redécouverte m’avait contactée afin que je compose une pièce en son hommage. Et voilà.

Jetstream est une commande de musique contemporaine pour flûte et marimba, en l’occurrence Marie-Hélène Breault et Catherine Meunier. J’ai intégré quelques trucs du Moyen-Orient mais le langage est plus proche de la musique contemporaine. 

Au programme, une autre pièce improvisée s’inspire de la musique bédouine, du mejwez.  J’y suis plus metteure en son; au départ j’avais composé avec Marie-Hélène une petite pièce de musique bédouine pour deux ou trois phrases et elle m’avait dit que ce serait le fun de le mettre en environnement sonore. C’est une création improvisée entre elle et moi.

PAN M 360 : Que retenir de ce passage important à la SMCQ?

Katia Makdissi-Warren : Je suis très heureuse de cette collaboration!  J’ai beaucoup appris avec son directeur artistique Walter Boudreau, à la fois très ouvert, très créatif et très précis. Nous avons ensemble couvert beaucoup de terrain, jusqu’au public jeunesse avec une pièce chorale impliquant un millier d’enfants sur scène. J’ai alors travaillé avec le chant de gorge inuit, les enfants apprendraient autre chose que les clichés autochtones, autre chose que les tipis et les plumes.

Autre point fort : avec un orchestre de Kamloops sous la direction de Dina Gilbert, j’ai eu le bonheur de découvrir la Nation autochtone Secwepemc. Cette belle collaboration qui a débouché sur d’autres, d’ailleurs. Je suis très contente que ça se soit passé et que ça puisse continuer.  C’était avant la découverte de l’horreur à Kamloops, et tant mieux que ces événements tragiques nous permettent au moins de prendre conscience de leur condition et de leur culture.

Dialogues est un concert gratuit, en salle et en ligne

Jeudi 17 juin 2021, 19 h

Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue

55, rue Sainte-Elizabeth – Longueuil (Québec)

Coproduction SMCQ, Marie-Hélène Breault, OktoEcho

Infos –  Billetterie

Programme

  • Katia Makdissi-Warren : Dialogue du silence (2003), Jetstream (2007), Ô Virtus (2018), Chants du prophète (2012, 21), La dame du Nil (2011), Dialogue de l’écho (2003, 2021) 
  • Caroline Lizotte : La Madone, op 43 (2009) 
  • Marc Hyland : Rosarium (2005, 2012)

Interprètes

  • Marie-Hélène Breault, direction artistique, arrangements, flûtes 
  • Guy Pelletier, flûtes 
  • Geneviève Déraspe, flûtes 
  • Jeffrey Stonehouse, flûtes 
  • Ghislaine Deschambault, mezzo-soprano 
  • Vincent Ranallo, baryton 
  • Catherine Meunier, percussions 
  • Pamela Reimer, piano 
  • Antoine Malette-Chénier, harpe.
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