Après avoir passé la majeure partie de sa vie au Mali, l’artiste Mamoutou Dembélé, alias EMDE, a déménagé à Montréal afin de propager son amour pour sa culture, pour son blues mandingue comme il aime nommer son style de prédilection.

Il se prépare donc à enflammer la scène avec un instrument unique façonné de ses propres mains, le bahouinou.

Le musicien et chanteur présentera son spectacle le 16 juillet à 15h au Festival International Nuits d’Afrique.

EMDE en discute avec Pan M 360.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a mené à faire de la musique?

EMDE : Premièrement, je suis né griot. Les griots sont les conservateurs de la culture. Ce sont aussi ceux qui sont les orateurs de l’histoire de l’empire mandingue. Cette tradition survit par le mariage et la progéniture de ceux qui sont griots. Ce sont ceux qui perpétuent la quiétude, dès qu’il y a des malentendus, ça se règle par l’entremise d’un griot. C’est celui qui amène la paix. Mon père et ma mère sont griots, ce qui fait de moi un griot à 100%.

Je suis la musique. C’est ma culture, cela m’appartient et je suis né là-dedans. La culture est ancrée en moi, je peux le sentir et je peux l’écrire. La patience, l’amour et la culture sont ce qui nous unit et nous permet d’amener la paix, l’amour et la prospérité. Ce qui nous montre la bonne voie c’est la musique et ainsi ce qui m’a mené à propager ma culture, c’est la musique.

PAN M 360 : D’où vient ton inspiration?

EMDE : Mon inspiration vient de ma culture et de ma mère. J’aurais aimé faire plus de musique avec elle. Ma mère chantait pour nous lorsqu’il y avait un anniversaire à célébrer. C’était la tradition. Je ne sais pas si c’est comme au Québec, mais en Afrique, lorsqu’une personne chante directement à une autre, c’est une façon de faire plaisir et de célébrer d’où il vient. Donc, ma mère, sa voix, sa façon de chanter, ça m’a beaucoup touché et ça m’a donné le plein d’amour pour faire de la musique.

PAN M 360 : Comment as-tu eu l’idée de créer ton propre instrument?

EMDE : Je joue de plusieurs instruments de l’Afrique de l’Ouest, dont le n’goni et la kora. Le n’goni commence à une seule corde et peut aller jusqu’à 8 cordes. J’ai inventé une version plus moderne de cet instrument, qui est aussi unique puisqu’on ne le retrouve nulle part ailleurs. Le nombre de cordes est différent. Sur mon instrument, j’en ai 15. La forme de l’instrument est aussi retravaillée. Bahouinou signifie «les cordes de l’homme». J’ai eu cette idée parce que j’aime la musique et j’aime ma culture. La mission qui est en moi est de partager ma culture tout en faisant quelque chose d’innovateur tout en ayant un nom aussi unique. Je l’ai construit en 2002, ce qui fait déjà 19 ans. Ça m’est venu comme ça. J’aime aller au-delà de ma passion pour ouvrir de nouvelles portes.

PAN M 360 : Pourquoi est-il ton instrument de prédilection? Qu’est-ce qu’il a de particulier qui surpasse tous les autres instruments dont vous savez jouer?

EMDE : Ça peut être surprenant puisque l’instrument premier dans ma culture est le balafon. Je trouvais que le son du bahouinou se mariait bien avec le ton de voix que j’ai. Je partage mieux mon esprit avec mon instrument qu’avec tous les autres. Je le maitrise à la perfection. J’ai la chance de pouvoir jouer et chanter en même temps. Ce n’est pas tout le monde qui a cette capacité. Le plus souvent, c’est l’un ou l’autre. Ma mère m’a appris à jouer d’un instrument en même temps que de chanter. Elle m’a fait énormément pratiquer, et voilà où j’en suis.

PAN M 360 : Avec ton groupe, tu as été nommé grand gagnant du concours les Syli d’Or en 2019 en plus du coup de cœur du CAM et du prix américain Afropop Worldwide seulement 10 mois après ton intégration à la scène musicale montréalaise. Quel est l’impact sur ta carrière?

EMDE : Pour moi, c’était un grand privilège de partager ma culture aux Syli d’Or et d’avoir la chance d’être sélectionné pour le Festival Nuits d’Afrique. Le Québec m’a bien accueilli. Même si j’ai habité la grande majorité de ma vie au Mali, je suis chez moi aussi au Québec. Je suis arrivé le 3 juin 2018 et finalement en 2019 je suis déclaré grand gagnant des Syli d’Or et déclaré coup de cœur pour les autres événements. La culture ne ment pas. Tous les jurés qui ont participé aux Syli d’Or ont reconnu mon travail et perçu ce que j’ai en moi. Ce n’est pas tout le monde qui a les connaissances sur le type de musique que je produis. Tu peux avoir du talent et du potentiel, mais quand ça concerne un concours, ce n’est pas tout le monde qui peut reconnaître ces capacités. Ils reconnaissent que j’ai l’art en moi. J’ai aussi inventé mon propre style, le blues mandingue. Je fusionne ma culture avec du blues comme dans la gamme pentatonique. C’est un grand privilège pour moi sur le plan de la reconnaissance. De plus, il y a l’impact sur le public. Le peuple québécois a pu me découvrir. Certains ne connaissaient pas mes origines africaines et qui sont plus qu’emballés d’en connaître davantage grâce à ma musique. Je me sens encore plus vivant lorsque les gens aiment ce que je fais. Ça me touche énormément.

PAN M 360 : Vous avez du succès dans plusieurs pays. Pourquoi avoir choisi Montréal pour développer votre carrière artistique à l’international?

EMDE : C’est l’amour. Il faut aimer un pays par ce qu’il dégage comme valeur ou il faut aimer quelqu’un dans ce pays. J’ai tout simplement suivi mon cœur et mon intuition. J’ose et je n’attends pas.

PAN M 360 : Vous travaillez présentement sur votre troisième album. Comment celui-ci se différencie-t-il de vos deux premiers?

EMDE : Avec cet album, j’ai vraiment été au bout de mes idées. Je reste dans le même style de blues mandingue, mais puisque ma culture est grande et vaste, j’ai pu créer des morceaux qui vont dans plusieurs directions. J’ai profité de cette qualité de ma culture pour le troisième album. La musique risque de sonner très différente, car le public n’aura jamais entendu quelque chose de semblable, et c’est le but. Je veux toujours progresser dans mon son pour transporter les gens dans un autre univers. Mon troisième album devrait paraître en 2022. La pandémie a retardé toute la démarche artistique. C’est nous qui avons décidé de reporter le tout à 2022. Le travail a tout de même été fait, mais plus lentement que prévu. Il ne reste plus que de finaliser l’ensemble de l’album et d’évaluer la situation de la COVID. 2022 va être une nouvelle année de partage.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de votre spectacle au Cabaret Nuits d’Afrique?

EMDE : Premièrement, nous ne serons que trois sur scène puisque les restrictions sanitaires m’empêchent de jouer avec le groupe fou dont j’ai l’habitude d’être accompagné pendant un concert. Nous devons respecter la distanciation et nous jouons sur une petite scène, donc il faut s’adapter. Deuxièmement, le spectacle ne sera pas moins excitant, car je vais être accompagné de percussions comme des cymbales ou des caisses claires et de cordes comme le n’goni et la guitare acoustique.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres projets?

EMDE : Oui, j’ai plusieurs projets! J’ai trois dates de concert pour cette année, mais pour le reste, nous avons tout reporté à 2022. Je devais aller jouer sur une grande scène en Gaspésie, mais j’ai tout de même la chance de faire quelques scènes avant la fin de l’année. L’année prochaine, je vais faire la tournée du CAM ainsi que de participer dans de nombreux festivals.

Considérant le parcours de Moridja en tant qu’artiste visuel de calibre mondial comme franchement stimulant, Pan M 360 a voulu en savoir plus sur ce qui pousse ce récipiendaire du premier prix de la biennale de l’art africain contemporain DAK’ART en 2010, d’un prix Sobey au Canada, créateur de la série Christ Pantocrator, une merveille de l’art contemporain post-colonial, aussi ferré en peinture qu’en photographie, film, dessin, collage, installation et performance, bref, qu’est-ce qui amène ce touche-à-tout visuel à taquiner également la scène musicale. Une rencontre, vous le constaterez, passionnante et inspirante.

https://youtu.be/yEncQtWiyIM

Pan M 360 : Lorsque l’on cherche votre nom sur Google, l’étendue et la qualité de votre création visuelle apparaissent comme une évidence omniprésente. Devons-nous désormais comprendre que vous meniez une double vie avec la musique comme facette bien cachée?

Moridja : Cachée du grand public certes, mais ça n’a jamais été voulu! La musique a toujours été une partie fondamentale de ma personnalité. J’en ai toujours fait, presque quotidiennement. J’ai chanté dans un chœur en RDC (République démocratique du Congo) en tant que ténor, j’ai grandi dans un environnement où se mélangeaient le Motown, la rumba congolaise et la musique classique chorale. Je passe plusieurs week-end devant mon ordinateur à composer, j’enregistre des trucs en marchant, mon studio de création visuelle est aussi un studio de musique, etc. Mais j’ai fait mes études en arts visuels (Kinshasa, puis en France), et j’ai développé une carrière professionnelle dans ce domaine, une carrière qui s’épanouit avantageusement, si bien que la musique est demeurée une sorte d’espace personnel et privé. C’est sur le point de changer, et j’en suis heureux!

Pan M 360 : Pourquoi avez-vous choisi les arts visuels?

Moridja : Au Congo, être musicien est mal vu. Les musiciens de la tradition liée à la rumba congolaise (Papa Wemba, Koffi Olomidé, Wendo Kolosoy, etc.) ont mauvaise réputation, ils fument du chanvre et ne sont pas considérés comme de bons modèles pour des enfants de bonne famille. Être musicien n’est pas un ‘’vrai métier’’. Surtout pour l’aîné, comme moi, qui doit devenir le soutien des parents vieillissants et de la famille en général! À cet égard, être artiste en général n’est pas bien mieux considéré. Mais dans ma famille, des gens ont été artistes visuels. Puisque ce domaine me passionnait aussi, ce fut plus facile de faire accepter ce choix. Je me rappelle une réunion de la famille élargie où certains disaient ‘’mais pourquoi on devrait le laisser faire ça?’’. Ça ne faisait pas l’unanimité, mais mes parents m’ont soutenu, malgré tout. 

J’ai donc fait mes études dans ce domaine, exercé en Afrique puis en Europe et je suis maintenant basé à Montréal et citoyen canadien. Mais la musique demeure omniprésente dans ma vie. J’en ai besoin, ne fût-ce que pour me reposer l’esprit après des périodes de création visuelle inspirée par différents thèmes politiques, sociaux, philosophiques. En musique, je me ‘’lâche lousse’’. Je parle d’amour et d’eau fraîche, dans la tradition de la rumba congolaise, que je mélange au reggaeton et à d’autres choses. 

Les riches vont jouer au golf pour se reposer. Moi je joue à la musique (rires).

Pan M 360 : La rumba congolaise est manifestement la source première de ce que nous entendrons au Balattou le 16 juillet. Est-ce là la seule facette de votre musique ou, comme dans votre création visuelle qui est multidisciplinaire, n’est-ce qu’un seul aspect de vos intérêts mélomanes?

Moridja : Oh, ce n’est qu’une seule facette! J’écoute beaucoup beaucoup de choses! Des grandes œuvres chorales classiques (Handel, par exemple) à la soul américaine, en passant par la musique du Moyen-Orient et la musique traditionnelle québécoise que j’aime beaucoup. J’ai aussi découvert une chanteuse d’ici dont j’ai adoré une pièce : Angèle Arsenault. Je compte faire une version personnalisée de Moi j’mange

Pan M 360 : Vous avez réalisé un clip avec une reprise de Félicité (de Joseph Kabasele, popularisée entre autres par Sam Mangwana). Ce clip est visuellement superbe. Et on constate en fouillant que les codes esthétiques sont inspirés d’une série d’œuvres photographiques intitulée Authentique! Vos deux mondes sont en conversation?

Moridja : Rires, oui bien sûr, mais en vérité c’est l’inverse qui s’est produit! C’est en réfléchissant à la scénographie du clip et à la création de l’imaginaire qui y serait dessiné que j’en suis venu établir un lien avec un questionnement que j’avais depuis quelque temps sur la notion d’authenticité. C’était en plus à la même époque que le début de ma série Christ Pantocrator ainsi que ma collaboration avec l’expo Picasso du Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM). C’est donc en réalisant ce clip que j’ai trouvé des réponses au questionnement qui m’ont amené vers la série Authenticité.

Authenticité n°1, 2017

Pan M 360 : Que rêvez-vous de faire avec la tradition de la rumba congolaise? Où souhaitez-vous amener cette musique?

Moridja : Je veux juste qu’elle vive, qu’elle existe en tant que musique et en tant que source d’inspiration pour d’autres artistes, sans qu’elle soit cantonnée dans la catégorie des ‘’musiques du monde’’, comme une sorte de curiosité pittoresque. Je veux aussi, à travers elle, exprimer mes joies, mes amours, mon bonheur. C’est une musique de plaisir et de sourire.

Pan M 360 : Quelle est la proportion de compositions originales et de reprises de grands classiques que vous avez prévue ce jeudi?

Moridja : 90% de compositions originales, et 10% de reprises. Ce sera évidemment en petite formation, avec clavier, guitare et percussions. Mais je rêve, un jour, de faire un concert avec un immense orchestre. Pour ce genre de musique, ce serait génial! Une large section de cuivres, beaucoup de percussions, des pianos et une section de cordes étendue. Là on aurait les racines de cette musique bien représentées et des sources d’inspiration importantes pour moi: la musique afro-cubaine avec les cuivres et les percussions, les claviers liés à la musique soul et les cordes classiques. Un jour, peut-être…

Pan M 360 : Qu’est qui fait que les Québécois en général devraient aimer la rumba congolaise?

Moridja : Les Québécois et les Congolais ont plusieurs choses en commun. L’une d’entre elles est l’accueil. Malgré les difficultés, les Congolais sont un peuple accueillant. Les Québécois aussi. Nos musiques reflètent cette joie de vivre, ce besoin d’être bien et d’aimer les autres. Les rythmes de la rumba congolaise sont attrayants et agréables. Les Québécois aiment les chansons qui ont du coeur, de la mélodie et du rythme. 

Photo

Pan M 360 : Votre carrière musicale ne s’arrêtera pas là, certainement?

Moridja : Non, elle ne fait que commencer je l’espère. Je prépare un EP à sortir plus tard en 2021, j’ai aussi des collaborations prévues avec d’autres musiciens.

Chiromancie #8 no1 (2015)

Pan M 360 : Et si le public souhaite aller voir vos créations visuelles, voire vous rencontrer, où doivent-ils aller?

Moridja : Ils peuvent se rendre à la galerie d’art Stewart Hall à Pointe-Claire pour l’expo Amour débordant, jusqu’au 29 août, où certaines de mes œuvres sont exposées aux côtés de celles d’autres artistes. Une autre expo débutera bientôt à la galerie Never Apart à Montréal, et en octobre prochain, une importante exposition me sera consacrée à l’Art Gallery of Ontario (AGO). Le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM), le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) et le Musée national des Beaux-Arts du Québec (MNBAQ) possèdent également certaines de mes œuvres dans leur collection publique.

Pas plus tard que l’année dernière, l’artiste trans Game Genie Sokolov  remportait le prix ‘’album de l’année’’ dans la catégorie chiptune/digital fusion aux Video Game Music Online Awards pour TRANS//MISSION. Le 16 juillet 2021, elle poursuit sur sa lancée et rend public son tout dernier projet, plus précisément son troisième album: Renaissance.

Sur cet album, l’artiste montréalaise d’origine française nous offre divers styles,  chiptune et synthwave à forte teneur R&B,  funk, hip-hop ou carrément pop. 

La touche est indéniablement personnelle,  identifiable dès les premières mesures, la volonté d’autodétermination est plus que palpable.

Plutôt que de miser sur des synthétiseurs chers payés, par exemple, elle s’amuse à programmer ses consoles de jeu préférées, notamment la célèbre Sega Genegis, afin de l’utiliser comme instrument de musique. Renaissance a été réalisé de A à Z par Adelaïde Sokolov (de son vrai nom), qui y joue de tous les instruments.  

Game Genie Sokolov parvient ainsi  à se démarquer par sa débrouillardise, sa polyvalence, son unicité. Dans le mille !

Voilà autant de raisons pour que PAN M 360 en fasse découvrir davantage le talent irréfutable.

PAN M 360 : Sur Renaissance, tu as puisé dans de nombreux genres musicaux. Par exemple, ton single Don’t Hit My Line explore les sonorités R&B, soul et même un peu hip-hop, alors que d’autres morceaux, notamment Soleil, est à fond dans le chiptune, synthwave, créant ainsi des ambiances rétros très assumées ! Comment le décrirais-tu, toi ? 

Game Genie Sokolov : Je le considère comme homogène car lorsqu’on l’écoute du début à la fin, tu entends un son caractéristique, une certaine identification sonore. Je crois que l’album permet d’accéder à un univers complet et assez défini, en quelque sorte. Pour ce qui est de l’approche, elle a été prise en charge par moi et moi seulement, ce qui explique pourquoi elles sonnent toujours comme… moi. Toutefois, je déteste faire deux fois la même chose. J’utilise souvent les mêmes instruments, mais c’est tout ! Je veux dire, j’utilise ma guitare, des synthétiseurs, des drums, mais je les fais évoluer. Il y a un moment où je m’étais dit ‘’Non, tu ne devrais pas changer les instruments que tu utilises, sinon les gens ne pourront plus t’identifier à ton son ‘’. Mais au final, je l’ai fait, et je me suis aperçue que ce n’était pas du tout le cas. Pour ce qui est du R&B, j’en écoutais énormément dans les années 2000, et en ai gardé un grand amour. Je n’avais jamais osé l’aborder avant, mais je suis très heureuse de l’avoir fait avec Jae, une artiste que j’appréciais beaucoup. Donc oui, je ne veux jamais faire deux fois la même chose, car ça m’ennuie… La dernière chose que je souhaite, c’est d’écouter mon album et m’ennuyer. 

PAN M 360 : Justement, avec  Renaissance, tu réussis avec brio à créer des ambiances variées. À l’écoute d’une chanson, on peut fermer les yeux et s’imaginer dans une scène de combat épique dans un film, ou encore se retrouver dans l’univers d’un jeu vidéo. Était-ce voulu ? 

Game Genie Sokolov : C’est surtout de l’amusement, de mon côté. Je n’ai pas d’autres ambitions, mis à part qu’il faille que le morceau me plaise. Si ce n’est pas le cas, je l’abandonne, ou je le travaille tellement qu’il en devient méconnaissable. Donc non, ce n’est pas voulu, mais pour une raison qui m’échappe, cela devient hétéroclite. Je peux créer certains morceaux en quelques heures alors que d’autres me prennent des semaines… Je crois qu’au final, je ne contrôle pas ma musique, elle se distingue d’elle-même. 

PAN M 360 : Donc, tu n’avais pas vraiment de thème central en tête lorsque tu as mis ce dernier projet en chantier ? 

Game Genie Sokolov : Je ne cherchais pas vraiment à envoyer de message, dans la mesure où la plupart du temps, ma musique est instrumentale. Mais ce qui me plaît le plus de Renaissance, c’est le titre. Clairement, ma vie a beaucoup changé. Mon cercle d’ami.e.s a changé, mon style musical… Elle a changé collectivement, bien sûr avec la situation pandémique, mais aussi avec ma transition de genre. Si tu mélanges les deux, tu remarques que mon univers a radicalement changé. Mais les chansons n’ont pas été créées dans un but précis, tout est venu complètement naturellement.

PAN M 360 : Tu as réalisée Renaissance entièrement seule.  Tu y joues de nombreux instruments, dont le piano, chose dont tu es très fière puisque tu ne l’avais pas exploré suffisamment dans tes projets précédents. Au final, l’album offre dix chansons, dont sept collaborations avec divers artistes. Préfères-tu travailler seule sur tes projets ou plutôt en équipe ? 

Game Genie Sokolov : Cela dépend, les circonstances ne sont jamais les mêmes ! Pour la musique, je préfère travailler seule ; je me suis déjà installée mon propre petit studio chez moi. Je peux donc travailler quand je veux et rapidement, en plus ! Je suis très soucieuse des détails, donc il est préférable que je me penche seule sur la production. Pour tout ce qui est vocal, il faut savoir que je ne sais pas écrire de textes. Dans Renaissance, je n’ai chanté que sur deux morceaux, tout le reste a été pris en charge par des artistes invité.e.s. J’ai donc contacté des artistes dont j’aimais la voix et l’interprétation, je leur proposais de participer au projet. Travailler seule, c’est un peu la nécessité du genre, aussi. Du moment où je m’occupe du mixage et de la production, je peux avoir des idées assez arrêtées sur le résultat que je recherche. Pour le prochain projet, je serais assez intéressée de trouver quelqu’un afin de combler le poste de coproducteur, pour avoir plus d’idées et d’indications. 

PAN M 360 : Tu as plusieurs cordes à ton arc ! En plus de faire de la musique, tu t’intéresses à la programmation de logiciels, tu es gaymeuse et fait partie de la communauté drag de Montréal. Comment ces passions se manifestent-elles dans ta musique ? 

Game Genie Sokolov : Développer des logiciels m’a aidée à apprendre à faire de la musique électronique, puisque je suis désormais capable de programmer des synthétiseurs à partir de consoles de jeu. La Sega Genesis m’intéressait particulièrement, non pour faire de la musique de jeu, mais parce qu’elle contient un chipset de synthétiseur que Yamaha avait conçu dans les années 80. Il faut savoir que dans ces années-là, toute la musique pop que tu as pu entendre, de n’importe qui d’ailleurs ; Prince, Madonna, Michael Jackson, Queen, tout le monde utilisait des synthétiseurs Yamaha à l’époque, puisqu’ils étaient les moins chers et les plus robustes, permettant de les utiliser facilement en studio. Cependant, il existait une autre version simplifiée de ce synthétiseur qui se trouvait dans la console Sega, mais il fallait quand même savoir comment faire pour la programmer, puisqu’il n’y avait pas de touches, rien. Une Sega, ça ne coûte pas très cher lorsque achetée usagée, à peine 50 balles ! Je me suis donc beaucoup amusée avec ça dans mes débuts afin de me rapprocher du son que je désirais obtenir. Sinon, l’ingénierie m’a permis d’obtenir des sons dans d’anciens formats plutôt difficiles à obtenir, pour ensuite les reconvertir. En ce qui concerne le drag, je n’en fais plus vraiment, mais c’était pour mettre de l’avant un certain esthétisme visuel pour aller avec le projet musical. 

PAN M 360 : Renaissance sera disponible partout à compter du 16 juillet. Sachant que ton dernier lancement pour TRANS//MISSION s’est déroulé en ligne, as-tu prévu un concept particulier pour le prochain ? 

Game Genie Sokolov : J’aimerais bien faire des concerts en live mais les petites salles de concert, il faut se le dire, n’existent plus. Il ne reste donc que les grosses salles de spectacle. Et ces dernières ne sont pas intéressées par les musiques électroniques. Et la scène électronique nous répond souvent avec ‘’Non, nous ne prenons que la musique de type dancefloor.’’. Alors, même si je leur explique que ma musique est funk, il y a de la guitare et que la plupart des chansons sont plutôt dansantes, on m’a souvent répondu que les gens n’étaient peut-être pas prêts pour ma musique. Dans tous les cas, je suis prête, j’ai répété mon matériel et je n’attends que ça, moi, le présenter au grand public. En attendant, nous avons préparé un événement sur la chaine Twitch de geekbeatradio.com, où je présenterai Renaissance pour la première et ce, aux côtés d’invité.e.s. 

Pour participer au lancement en ligne de Renaissance, cliquez sur ce lien Facebook ICI .

Naissance au Cameroun, quelques années de résidence aux États-Unis, Clerel arrivée à Montréal en 2013, là où il a pu découvrir ses talents de musicien, chanteur et créateur de chansons d’allégeance soul/R&B, avec cette touche minimaliste et acoustique qui lui est propre. Premier EP de chansons épurées, sorti en 2019 Songs From Under A Guava Tree en 2019. Participation à La Voix en 2020, après laquelle il partage avec son public deux chansons de son cru; My Anthem et Talking About Love. Au crépuscule de la pandémie, il se prépare à remonter sur scène et de jouer devant public pour la première fois en 2021, soit le 12 juillet, 20h au Balattou, dans le contexte des 35e Nuits d’Afrique.

Clerel en parle avec PAN M 360.

PAN M 360 : À quel moment ce fut définitif pour toi que la soul allait être ton style de prédilection ?  

Clerel : C’est une décision qui a évolué sur une longue période, mais l’élément déclencheur s’est produit à l’université. J’ai eu le privilège de participer à un voyage scolaire à Memphis et, durant ce voyage, nous avons visité le musée Stax Museum of American Soul Music, situé dans les vieux locaux de l’ancien label Stax, l’un des plus grands labels dans les années 60. De me retrouver dans cet endroit et de voir les locaux où de magnifiques chansons avaient été écrites, ça a fait un déclic. En fait, après ce voyage, je me suis mis à écouter, de manière presque obsessive, ce genre musical que je connaissais que très peu.

PAN M 360 : Quel est le processus lorsque du crées tes chansons ?

Clerel : La plupart du temps, j’écris mes chansons seul, mais il m’arrive de le faire en collaboration aussi. S’il y avait une bonne recette, ce serait beaucoup plus facile, mais en général, ça commence par une simple idée; un morceau de musique, une mélodie ou même une phrase qui m’inspire et me donne envie de finir la chanson. Ça va être le plus souvent une mélodie qui va me provoquer des sentiments et va m’inciter à tenter des accords avec ma guitare acoustique. Je vais donc m’asseoir et je vais laisser mes doigts et ma voix là où ils veulent. Dans les faits, mon processus personnel consiste surtout à prêter attention à ce qui sonne bien et à travailler dessus. C’est un processus qui prend un certain nombre de temps puisque je veux trouver les bonnes phrases qui vont avec les bonnes mélodies pour rester le plus fidèle à la chanson. Par exemple, pour Lonely Dance, j’avais déjà la mélodie, il ne me restait qu’à trouver les bons mots pour l’accompagner afin de bien définir le contexte de la chanson, de pouvoir retrouver l’univers d’où elle vient. En collaboration, c’est plus dans l’essai-erreur, mais j’ai la chance de travailler avec des gens qui sont super inspirants et talentueux.

PAN M 360 : Selon moi, la chanson qui se différencie de ton EP est Lonely Dance, qui semble être inspirée des chants de travail. C’était important pour toi d’inclure une chanson de ce style?

Clerel : C’est drôle que tu mentionnes ça puisque les chants de travail sont similaires aux chants d’Église, dans lesquelles j’ai grandi. Ma grand-mère était très active dans notre église et donc, très souvent, quand elle ramenait des cahiers de l’église, je lisais les paroles des chansons et je l’écoutais les chanter. Quand nous allions à l’église le dimanche, c’était vraiment la partie du service qui m’intéressait le plus. C’est à ce moment que tout le monde se lève et il y a toutes ces différentes voix qui se mélangent ; des jeunes aux vieux, des hommes aux femmes. Chacun trouve une voix qui leur donne un sentiment indescriptible. C’est tellement beau.  Effectivement, c’est exactement là, pour la chanson Lonely Dance, que je suis tombé. Il faut dire que, pour moi, les harmonies sont le nectar de la musique. C’est ce qu’il y a de plus doux et de plus amusant à faire.

PAN M 360 : Penses-tu t’aventurer dans d’autres genres musicaux?

Clerel : Oui bien sûr! J’ai découvert l’univers de la soul quand j’étais déjà à l’université et donc c’est pour moi un apprentissage continuel depuis mon déménagement à Montréal. J’ai eu l’opportunité de découvrir d’autres styles musicaux et d’interagir avec des gens provenant de différents mondes musicaux. Après chaque rencontre, je repars avec quelque chose en plus et qui m’inspire pour différentes chansons. Oui, j’espère essayer de nouvelles choses.

PAN M 360 : Est-ce la première fois depuis le début de la pandémie que tu remontes sur scène?

Clerel : Non, pas la toute première fois. J’ai eu l’occasion de le faire au moins une fois cette année, mais ce sera la première fois devant un public, sans devoir préenregistrer quoi que ce soit. J’ai bien hâte !

PAN M 360 : Tu as sorti tes deux dernières chansons en novembre dernier, soit pendant la pandémie. Est-ce que la pandémie a compliqué les choses ou a plutôt été bénéfique?

Clerel : Heureusement, mes chansons ont majoritairement une structure et des arrangements relativement simples, parfois tellement simples que cela nécessite seulement ma guitare et un micro pour faire quelque chose d’intéressant. J’ai la chance aussi de les réaliser en collaboration avec Paul Cargnello, qui vient aussi de Montréal, donc c’était vraiment juste nous dans le studio. En somme, l’organisation n’a pas été très difficile.

PAN M 360 : Quel est l’impact sur ta carrière d’avoir participé à La Voix?

Clerel : Ça m’a permis d’atteindre un public que je n’aurais pu rencontrer autrement. J’ai certainement pu l’observer, que ce soit à travers les messages que j’ai reçus que des personnes qui ont acheté mon EP après m’avoir découvert à La Voix. Ça a été une belle première marche vers le public québécois. Je suis vraiment reconnaissant pour cette expérience.

PAN M 360 : Quelle est chanson que tu préfères interpréter et pourquoi?

Clerel : Je crois que je n’en ai pas puisque cela dépend vraiment du moment et du public. Très souvent, quand je donne des concerts, je prépare une liste très générale pour finalement choisir mes chansons en fonction du moment. C’est vraiment une question très difficile.

PAN M 360 : Quels sont tes futurs projets?

Clerel : Mon EP en français  Interlude va sortir à la fin du mois. Ce sera ma première sortie de chansons francophones. À la fin de l’année, ce sera la sortie d’un album.  Mon groupe sortira un EP le mois prochain. C’est un spécial pour la fête des mères, même si elle est déjà passée. Il a été créé dans cette inspiration. Sinon, j’ai bien hâte que les frontières rouvrent partout et que l’on puisse se produire dans d’autres pays parce que, depuis le début de ma carrière artistique, j’ai pu toucher des gens avec ma musique dans plusieurs pays et ce serait vraiment un plaisir de pouvoir aller à leur rencontre.

PAN M 360 : Y a-t-il une raison pour laquelle tu as commencé à te produire en anglais et que maintenant tu fasses une transition vers le français?

Clerel : Oui. Avant, j’écrivais ce qui me passait par la tête sans trop réfléchir. En fait, avant cet amour pour le soul, je ne me voyais pas comme un auteur-compositeur. Je ne pensais pas à écrire des chansons et à faire de la scène. C’est lorsque j’ai découvert la soul à Memphis qui m’a aussi donné une idée de ce que je pouvais représenter en tant que musicien. Je me suis trouvé en tant qu’artiste et je sais plus clairement ce que je veux produire. Forcément, je viens du Cameroun, le français est ma première langue et les premières chansons que j’ai commencées à chanter étaient en français. C’est quelque chose qui est très près de mon identité. Il me fallait croire en mes capacités en plus d’être capable de me considérer comme un artiste pour voir ce que je voulais dire et quelle forme ça allait prendre. Donc je voulais vraiment prendre le temps de comprendre et de présenter quelque chose d’aussi honnête que possible.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de ton spectacle au Balattou?

Clerel : Pour ce spectacle, je me présente avec mon groupe que j’ai cofondé à Montréal et dont mes partenaires sont bien connus au Balattou.  On peut s’attendre à un spectacle avec beaucoup de rythmes et de soul. Nous venons de divers univers musicaux et de zones géographiques. Il y a ainsi un bon mélange d’influences dans ce groupe. On prépare un spectacle qui est à la fois à l’image de différents univers que nous représentons et de l’occasion, parce que le Festival International Nuits d’Afrique est aussi un festival de rencontres culturelles. On prépare un spectacle dans ce sens. Il y a beaucoup de choses pour le cœur, mais pour les pieds aussi. J’ai hâte que les gens puissent écouter et voir ce qu’on a préparé.

Sonido Pesao : Chele (rap), Luny (rap), Katu (chant), Ian Lettre (batterie), Javier Munoz Maldonado (guitare), Julien Senez-Gagnon (basse). Le sextuor kébo-katino fusionne les sous-genres latin urban et latin rap, tout assorti de cumbia, de musique cubaine, électro et autres rythmes latins actuels. Le même noyau fut d’abord connu sous sous l’appellation Heavy Soundz, changé en 2016 pour son équivalent espagnol, Sonido Pesao.

Dans le contexte des 35e Nuits d’Afrique, la formation montréalaise se produit au Ministère, ce samedi 10 juillet.

Todo Revuelto, (« tout mélangé » en français), plus récent album de Sonido Pesao paru en 2020, offre dix titres et explore des sonorités nouvelles pour le groupe, influences des Balkans et du Brésil, salsa et le hip hop old school. Coréalisé par Ian Lettre et Boogat, Todo Revuelto recèle des collaborations d’ici et d’ailleurs, on pense d’abord à KNLO (Alaclair Ensemble), Rebeca Lane (Guatemala), MadHi et Baby K.

Voilà autant d’éléments qui motivent PAN M 360 à s’entretenir avec le rappeur Chele.

PAN M 360 : Faites-nous la genèse de Sonido Pesao !

Chele : Le groupe s’est formé en 2006 sous le nom de Heavy Soundz. Nous étions trois MCs et un DJ. Avec le temps, ça s’est élargi, nous avons commencé à intégrer des musiciens, puis avec les années on a éliminé tous ce qui était sampling par de vrais instruments. Vers 2015, ça a pris une autre tournure, il n’y avait plus de rap en anglais, ce n’était qu’en espagnol. On s’est alors occupé à mélanger plus de musique latine. La formation a changé, on a eu moins de musiciens, certains MCs sont partis, puis on a traduit le nom de Heavy Soundz en espagnol, c’est devenu Sonido Pesao et ça a été officiel en 2016 quand on a sorti l’album Reir Para No Llorar.

PAN M 360 : Justement, qu’est-ce qui vous a poussé à changer votre nom?


Chele :
Je crois que c’est l’évolution de Heavy Soundz par tous les changements qui se sont produits. Cette identité qu’on a trouvée se trouve dans notre facilité qu’on a à mélanger la musique latine et le rap en espagnol.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous différencie des autres, selon toi?


Chele :
Je crois que c’est le parcours de chacun, car chacun reste un musicien. Le producteur du groupe, qui est aussi le batteur, Liam Lettre, a étudié la musique latine toute sa vie. Il s’est développé en tant qu’artiste ensuite ici à Montréal. Julien, le bassiste, est aussi un producteur montréalais. Javier est un Argentin-Colombien qui est venu ici à Montréal. Luny, l’autre rappeur, est du Guatemala mais il est né ici à Montréal. Moi, je viens du Salvador. Je crois qu’on a chacun notre bagage, notre expérience et notre parcours musical qui nous rend différents des autres, notamment par notre façon de voir et de composer la musique.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous tous rencontrés?


Chele :
La plupart des musiciens travaillaient dans un petit restaurant appelé L’Anecdote, au coin de Rachel et Saint-Hubert à Montréal. Plein de musiciens y travaillaient et ils ont commencé à jouer avec Heavy Soundz. Quelques-uns sont restés. Ian Lettre, par exemple, qui faisait aussi partie de Mademoiselle Girafe, a remplacé un de nos batteurs, tout comme Julien a remplacé le bassiste, ils ont senti the vibe et ils sont restés.

PAN M 360 : Comment avez-vous développé ce son?


Chele :
À coups d’essais et d’erreurs. On a essayé des trucs en essayant de voir si ça fonctionnait, si ça passait bien en spectacle. On est donc allés à coups d’essais et erreurs, on a travaillé et pratiqué sans relâche, on a écouté ce qui se faisait ailleurs musicalement.

PAN M 360 : Comment composez-vous? Avez-vous un processus?


Chele :
J’aime beaucoup comment nous travaillons, c’est très libre. Il va y avoir des maquettes faites par Ian, Julien ou moi par exemple, on se les envoie, on va aimer les beats et la mélodie qui va être faite en midi. Je vais écrire là-dessus, on travaille cette maquette, sa forme, puis on l’envoie aux autres membres puis on répète. En jouant, on trouve d’autres arrangements puis la chanson est prête.

PAN M 360 : Vous semblez faire beaucoup de collaborations sur vos albums, pourquoi?


Chele :
Parce qu’il y a beaucoup de très bons artistes à Montréal, qu’ils soient latinos, québécois ou d’ailleurs. Ils sont un peu dans l’ombre, mais ce sont des artistes incroyables et je les respecte beaucoup. Si nous avons la chance de les faire voir ailleurs que dans leur zone de confort et d’où ils ont l’habitude d’être, eh bien tant mieux! C’est la seule façon qu’on va créer une scène et que celle qui est déjà créée, qui est underground, va rester en vie et être mise de l’avant, car il n’y a pas de gros spotlights sur nous, sur la scène latine. Tout ce qu’on entend à la radio comme musique latine vient toujours d’ailleurs, des États-Unis, ce sont les gros noms. Il y a du gros calibre aussi, ici à la maison! On ne peut pas travailler chacun de notre côté. On va travailler ensemble pour créer la scène, ou si la scène est déjà créée, il faut la maintenir en vie et lui donner à manger. C’est notre mentalité.

PAN M 360 : Comment choisissez-vous les artistes qui vous accompagnent dans ces invitations ?


Chele :
C’est en écoutant leurs chansons. On leur envoie nos trames en leur demandant s’ils veulent écrire là-dessus. Parfois, on reçoit des réponses positives, parfois les artistes sont trop occupés, donc la chanson reste en standby. C’est vraiment au feeling.

PAN M 360 : Vous avez lancé un album pendant la pandémie en 2020, comment s’est passé la création?


Chele :
La création s’est faite avant la pandémie. La fin de la création, les derniers petits détails ont été fignolés au début de la pandémie si je ne me trompe pas. La création a été le fun! C’était la première fois qu’on travaillait en coréalisation avec quelqu’un d’autre. Je parle ici de Boogat. Ça faisait longtemps qu’il voulait travailler avec nous. On travaille avec lui depuis des années, mais jamais en coréalisation comme ça. Il a mis la main à la pâte sur toutes les chansons. Ça a été un processus long, parfois difficile, mais le résultat à la fin est incroyable. C’est un des plus beaux travaux qu’on a faits. Je suis fier de tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, mais je suis content de pouvoir dire que c’est encore meilleur que celui d’avant. J’espère que ce sera comme ça tout le temps.

PAN M 360 : Comment a été la réception de l’album, considérant que vous l’avez lancé en pleine pandémie?


Chele :
Ça a été cool, ça a été bien reçu par les critiques. On l’a envoyé aux journalistes, ça a bien passé. On a réussi à faire un spectacle au Ministère devant un public assis en distanciation sociale. Ça a bien été reçu ici, et dans d’autres pays en Amérique latine, comme au Mexique si je ne me trompe pas. Une de nos chansons a été prise pour une série américaine, The Mosquito Coast.  

PAN M 360 : Vous avez très peu présenté cet album en spectacle, mais on peut vous voir samedi au Festival international Nuits d’Afrique. À quoi peuvent s’attendre vos fans ?


Chele :
Ça fait un an que nous n’avons pas joué, on est super contents! Ça va être très énergique. Je sais que les places sont limitées, avec la distanciation sociale, mais je crois que les gens vont avoir une énorme dose d’énergie de la part de Sonido Pesao. On a préparé un spectacle bien dosé!

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous attend dans la prochaine année?

Chele : Pendant la pandémie, Luny et moi avons travaillé chacun de notre côté sur des projets personnels. On s’est trouvés avec une quantité de chansons avec d’autres producteurs, donc il risque d’y avoir des projets solos qui vont sortir. Sonido Pesao est déjà en train de créer d’autres chansons. Qui sait? Peut-être un petit maxi bientôt, on verra!

PAN M 360 : Vous n’avez pas de carrière solo chacun de votre côté, c’est ça?

Chele : Exactement. J’ai beaucoup concentré mes énergies sur le groupe, ça fonctionne bien, je suis très à l’aise avec ça. Je me dis souvent que je voudrais faire quelque chose en solo, mais c’est difficile de trouver le temps. La pandémie nous a donné ça, du temps. Je ne suis pas resté les bras croisés, je me suis retrouvé avec beaucoup de chansons, il faut simplement les placer. Nous avons parti un projet avec Boogat, Norte. Chaque mois, on sort une chanson de différents artistes qui fait partie de ce label participatif. Ça se trouve sur Norte-Rec. Il y a des sessions live, des chansons… chaque semaine on se remet à un nouvel artiste.

PAN M 360 : C’était tout pour moi, aurais-tu quelque chose à rajouter?

Chele : Tout ce que je peux dire, c’est qu’avec tout ce qui vient de se passer, la plus belle chose qu’on pourrait faire pour la scène culturelle d’ici, c’est de l’appuyer plus que jamais. Écouter la musique, partager si tu aimes ça, de ne pas avoir peur de dire : « Ça, c’est nos artistes d’ici. » Il y en a plein, d’artistes d’ici. On ne va pas mettre le spotlight sur quelques artistes, il y en a plein et c’est du gros calibre. Partagez la musique locale, en masse et sans retenue!

Appel mystique de la forêt, communication entre entités issues d’univers parallèles, ennemis ensorcelés… Qui ne voudrait pas être une sorcière, au fait ? Pour quiconque en est habité, ce fantasme n’est pas que romantique ou fantaisiste, il témoigne aussi de la solitude, du sentiment de rejet et d’incompréhension, de l’exclusion du monde des mortels. 

Das Mörtal, parolier, interprète et compositeur électro d’allégeances synthwave et coldwave, a bien connu ces états d’âme alors qu’il était plus jeune. Et c’est à travers son deuxième album à ce jour, Miami Beach Witches, et à travers le prisme de la sorcellerie fantasmée qu’il exorcise ces sentiments vécus au cours de ces années ingrates.

Alors que l’artiste cumule les millions de vues et d’écoutes sur les plateformes, nous n’entendons pas beaucoup parler de ses projets dans les canaux médiatiques connus, pas plus que ses congénères œuvrant dans ce courant musical. Pourtant, l’artiste est en grande demande sur le circuit international de la musique, ce qui n’exclut pas les incursions  dans les mondes du cinéma et du jeu vidéo. 

Pourquoi Das Mörtal est-il alors si confidentiel dans le pays où il vit ? PAN M 360 en  discute  avec le principal intéressé, le jour d’un premier spectacle immersif présenté à la SAT: The Ritual Forest… Rituel forestier !

PAN M 360 : Tu es d’origine chilienne, tu as grandi à Montréal. Tu as également vécu à Berlin pour t’immerger  dans le monde de la musique électronique. Comment y as-tu été initié  ? 

Das Mörtal : Je crois avoir toujours aimé la musique électronique et ce, depuis que je suis tout petit. Les premiers bands électros dont  écoutés pour la première fois, j’avais sept ans je crois, ce sont Depeche Mode et New Order.  À l’école primaire, j’écoutais des cassettes des Chemicals Brothers, Prodigy… À l’époque, CISM, la radio de l’Université de Montréal, n’avait pas vraiment d’émissions prévues tard le soir. Après minuit, elle ne faisait que jouer des disques en boucle toute la nuit et , très  souvent, c’étaient des albums  de musique électronique. Je te dirais donc que c’est vraiment là que remontent mes premiers intérêts pour ce monde musical. 

PAN M 360 : En 2014, tu as réalisé et produit la musique du film Naissance d’un zombie et plus récemment en 2020, tu as également composé la trame sonore du combat final dans Rage of Street 4. Tout cela t’a sans contredit aidé à te faire connaître non seulement dans le monde de la musique, mais aussi dans le monde audiovisuel, autant le cinéma que les jeux vidéo. D’ailleurs tu as déjà en interview t’être beaucoup inspiré du long-métrage The Craft pour la création de Miami Beach Witches

Das Mörtal: L’album s’inspire fortement de ce film, mais je l’ai agrémenté à ma façon, si tu préfères. The Craft  est sorti en salle dans les années 90, alors j’ai choisi de créer des morceaux issus du courant électronique de ces années-là, plutôt que de travailler avec les sonorités des années 80.

PAN M 360: Vu le côté narratif de tes créations, quelle histoire est-elle racontée dans cet album et quel est le lien avec la tienne ?  

Das Mörtal :  The Craft, c’est l’histoire d’adolescentes qui découvrent leur identité par la sorcellerie. Mon expérience au secondaire a été… plutôt difficile ? Je ne fittais pas avec les autres… je ne fittais pas avec bien des choses lorsque j’étais adolescent. Je me suis fait des ami.e.s ayant les mêmes intérêts que moi, mais ce n’étaient pas des intérêts populaires. Personne n’écoutait autant de musique électronique, personne n’aimait autant les vieux films d’horreur que moi, donc mes ami.e.s aimaient eux-aussi les choses de la contre-culture, si tu veux ? C’est un peu ça, pour moi, le film The Craft et de l’album : ces jeunes adolescentes qui n’arrivent pas à s’intégrer au monde normal, à souscrire aux intérêts mainstream, pour finalement se retrouver dans la culture de la sorcellerie.  

PAN M 360 : Quand tu parles de sorcellerie, à quels éléments fais-tu allusion ?

Das Mörtal : Personnellement, je trouve que la sorcellerie a quelque chose de plus féminin que masculin, en quelque sorte. Je préfère parler de sorcières que de mages, de warlocks comme on dit en anglais. La musique, la vibe de l’album est, à mon sens, plus féminine parce que le son n’est pas agressif comme je faisais davantage avant. Après, la mythologie de H.P. Lovecraft m’a beaucoup inspiré, un auteur plus versé sur l’horreur et la science-fiction que la sorcellerie mais qui, je trouve, mélange bien les deux. En Amérique du Nord, la sorcellerie est beaucoup plus associée au culte de Satan, au côté maléfique des choses, moi je ne voulais pas parler de ça. Je voulais davantage dans un monde de créatures inventées par Lovecraft. Les sorcières de mes albums ne vénèrent pas Lucifer mais plutôt des entités cosmiques. 

PAN M 360 : Tu comptes plus de 15 millions de streams sur les applications musicales, tu fais partie du top 50 des artistes synthwave les plus influents dans le monde présentement. Au Québec, ta couverture médiatique est toutefois mince, tu es davantage considéré comme un artiste underground ! Selon toi, pourquoi la réception de ton travail  est-elle si différente au Québec que partout dans le monde ? 

Das Mörtal : Je dois avouer ne pas savoir. Peut-être que les sensibilités sont différentes ? Ici, la musique est plus associée au côté pop, ce qui n’est pas mal du tout en passant ! Alors que pour plusieurs autres communautés, la musique électronique est davantage associée à une approche indépendante. Mais l’important, c’est que même si la couverture médiatique est timide, l’important est qu’on en parle comme nous le faisons présentement. Quand j’ai commencé à être plus connu, on ne parlait aucunement de nous – quand je dis nous, je parle de tous les autres artistes, car je ne suis pas le seul !

PAN M 360 : Sur l’album, il n’y a que trois morceaux avec paroles, le reste est instrumental. Les paroles agissent presque comme des incantations ; elles se répètent et s’imbriquent les unes aux autres, pour devenir au final un seul et même appel. Tu dis « Today I never woke up / And that’s okay ». Que voulais-tu dire à travers ces messages cryptés? 

Das Mörtal : Pour ces paroles-là en particulier, je prends mon adolescence personnelle comme image. Cela revient encore à mon histoire des sorcières incomprises ; quand tu ne fais pas partie des cliques populaires, tu es un peu invisible aux yeux des autres. Cela vient vraiment de mes pensées de ‘’Si je ne vais pas à l’école aujourd’hui, personne ne va s’en apercevoir’’. Il y a ça, et ensuite je voulais parler du contraste entre l’ombre et la lumière: je ne me sens pas bien exposé mais je me sens bien dans la noirceur. Pour ce qui est de la répétition, je voulais créer l’effet de ‘’Nous sommes présentement dans un rituel. Écoutez bien‘’. Je veux donner la parole aux adolescents  incompris. 

PAN M 360 : Dû à la Covid, ton lancement a été repoussé à plusieurs reprises – sous étiquette Lisbon Lux Records, l’album est sorti en octobre 2020. Finalement, tu présentes Miami Beach Witches pour la première fois à Montréal, soit le 8 juillet à la SAT. Vous avez fait la promotion de l’événement comme un spectacle immersif intitulé The Ritual Forest. Peux-tu m’expliquer le concept de cette soirée et pourquoi cette mise en scène a-t-elle été mariée à ton projet ? 


Das Mörtal : C’est un peu complexe. En fait, c’est la Covid qui a forcé l’esthétique  de ce spectacle, vu les mesures sanitaires. Et je crois que c’est une bonne chose ; cela nous a poussés à trouver un moyen de rendre le lancement intéressant et unique. Je ne veux pas trop vendre la mèche, mais pour rendre l’événement crédible, nous avons pensé à des images rappelant la sorcellerie, aux rituels dans la nature,  dans les bois. Or, puisque nous ne pouvons pas amener la forêt dans la salle, nous avons transformé la salle en forêt virtuelle. Nous avons fait des jeux d’éclairage créant ainsi une forêt futuriste dans laquelle je jouerai la matière intégrale de l’album. Par ce rituel, je compte exorciser toutes les émotions négatives de mon adolescence. Mon teenage angst  s’exprimera à travers ma musique et le décor  immersif. On veut rendre ça transcendant et magique.

Ils sont sept cerveaux débordant de créativité. Sept créatrices et créateurs, réunis sous le même toit, forment la « KLON Family ». Il y a d’abord Aurel, le manager, et Nejma, la directrice artistique, graphiste et manager image. Parmi les musiciens, on compte Zoé, chanteuse et claviériste, Akra, chanteur et bassiste, Vic, guitariste producteur et ingénieur du son, accompagné de son frère jumeau Art, batteur, producteur et ingénieur du son, lui aussi . Et pour finir, Rory joue de la guitare et enfile la casquette de réalisateur.

KLON (à prononcer « clone ») n’est pas un groupe de musique comme on a l’habitude d’en croiser. C’est une initiative globale, un projet de vie commune et de création en collectivité. Basés dans l’Essonne, en région parisienne, les sept jeunes gens habitent une maison qui tient lieu à la fois de studio et de colocation. C’est un espace qui incarne l’essence du projet et qui abrite l’émulsion joyeuse de ces esprits libres et innovants.

Le 11 juin dernier sortait leur premier disque, Nouveau Genre, un EP de 7 morceaux colorés et joliment anachroniques. La signature musicale de cet album est dansante : le groupe joue avec des voix susurrées, des rythmes électriques et des mélodies planantes qui invoquent une énergie positive, teintée toutefois d’un brin de mélancolie.

Rassemblés tous les sept devant leur webcam, ils se sont entretenus avec PAN M 360.

PAN M 360 : Pourriez-vous revenir sur la genèse du groupe ?

Vic : Ça remonte assez loin finalement. Ça remonte à l’époque du lycée. Pour la plupart, on s’est rencontrés à une soirée. On faisait tous un peu de rap chacun de notre côté, et avec mon frère (Art) on avait acheté une carte son et un micro pour s’enregistrer. Finalement, à cette soirée, Art, Zoé et moi qui sommes frères et sœur, on a rencontré Aurel et Akra. On a fait un freestyle avec Akra et ça a vraiment collé. Une semaine ou deux après, on avait déjà l’envie de monter un collectif ensemble avec d’autres amis qui ne font plus partie du truc. C’est parti de là.

Akra : La forme a beaucoup évolué. De base, c’était un collectif de rappeurs. Peu à peu, ça a muté et mué vers KLON. À la base il y avait plein de gens dans le groupe. Il y a même un moment où on était 13. Ça a beaucoup bougé avant d’être ce que c’est aujourd’hui.

Vic : Surtout qu’à l’époque, on fonctionnait plutôt comme un collectif un peu « label ». On avait chacun nos projets personnels. Avec mon frère, on enregistrait tout le monde et il y avait quatre ou cinq artistes sous ce qui s’appelait le G20.

Art : Après le bac, on a vite emménagé à Créteil dans un petit appartement. C’est à partir de là qu’on a formé le groupe G20. On a commencé à faire nous-mêmes nos productions, et c’est là qu’on a commencé à ajouter des choses comme de la guitare. De fil en aiguille, on s’est écartés du rap et ça a donné les prémices de KLON.

Vic : À force d’expérimenter, de se chercher, d’essayer de nouvelles choses, de mettre nos influences en commun, on en est arrivés à ce premier EP qui représente le début d’un long chemin dans la recherche de notre son. C’est le premier projet abouti dont on est vraiment fiers.

PAN M 360 : Dans le collectif KLON, on ne compte pas que des musiciens. C’est un projet d’ensemble qui englobe un son, un esthétique, etc. Vous êtes d’accord pour affirmer que votre projet va plus loin que la musique ?

Rory : C’est dans l’ADN même du projet que d’être pluridisciplinaire. Moi, je suis arrivé après, j’avais fait mes études de cinéma. Mais au moment où je les ai rencontrés, ils étaient en études d’ingénieur du son, de cinéma, de graphisme, de mode… Et chacun a choisi ses études pour apporter quelque chose au groupe, à la collectivité. Moi, comme j’ai fait de la réalisation, ça se mélangeait bien avec le reste. De base on voulait tout faire nous-mêmes. Les clips, les photos… Et avec le temps on s’est rendus compte qu’on souhaitait surtout se concentrer sur la musique et faire ça à fond. On s’est mis à bosser avec des réalisateurs pour les clips parce que les idées d’autres personnes peuvent enrichir notre univers, et nous ça nous laisse le temps et l’espace de travailler sur notre son.

Akra : Après, on a aussi une propension, dans le futur, à faire plein d’autres trucs. Ça ne s’arrêtera pas à la musique. Dès le début, on ne savait pas vraiment vers quoi on partait. On faisait du rap, donc tout s’est axé autour de ça, mais on voulait aussi organiser des soirées, créer une marque…

Vic : Et au-delà du groupe de musique, on est un groupe de potes. On a une façon de vivre qui, intrinsèquement, apporte un message. KLON, c’est aussi cette famille qui décide de se rassembler autour d’un rêve commun, comme une équipe de pirates à la One Piece ! 

Rory : On veut se faire kiffer et on aime plein de choses. On est aussi hyper cinéphiles, on regarde plein de films ensemble. La seule limite au projet, c’est nos envies.

PAN M 360 : Donc il y aurait la possibilité que le projet se détourne de la musique pour autre chose ?

Rory : Disons que la musique, ça restera notre truc.

Zoé : C’est la base du projet.

Rory : On est musiciens. Après, j’ai étudié la réalisation et j’ai découvert plus tard que je voulais être musicien, donc c’est vrai qu’on se fait kiffer à imaginer des petits scénarios, des courts-métrages… Et on va certainement en faire.

Vic : Ça viendra, c’est sûr.

PAN M 360 : Comment fait-on pour canaliser sept cerveaux super créatifs comme les vôtres pour se mettre d’accord sur un projet ?

Aurel : On se bat ! [rires] Non, on apprend avec le temps. C’e n’est pas facile et on prend du recul sur tout. En effet, c’est compliqué, mais s’il y a une chose qui nous maintient unis, c’est le projet. Quoi qu’il arrive, on veut ce qu’il y a de mieux pour le projet. Forcément, il y a des avis divergents sur plein de choses. Mais on a pour règle de se lancer dans quelque chose seulement si tout le monde est d’accord. Que ce soit pour faire un son, un clip ou même pour regarder un film le soir, on se fait tous plaisir, ou on ne se fait pas plaisir. On ne met personne à l’écart. On apprend au fur et à mesure du temps.

Zoé : Et puis KLON, c’est aussi un projet de vie commune. Ça fait un moment qu’on vit tous ensemble, donc on apprend à se connaître. Il y a beaucoup d’amour entre nous, beaucoup de respect. Donc au final, naturellement, on donne tous le meilleur pour que ça marche.

Vic : Avant tout, ce qui nous allume dans ce projet, c’est de le faire ensemble.

PAN M 360 : C’est difficile d’imaginer ce que doit être la vie quand on est à la fois colocs et collègues. Comment se construisent vos journées en termes de planification, de coordination ?

Akra : On a changé plein de fois parce qu’on a une volonté d’essayer de se structurer au fur et à mesure des années, donc on a essayé beaucoup de choses. On est passés par des emplois du temps, parce qu’on voulait organiser nos journées avec différentes activités : musique, direction artistique, art… Mais on s’est rendus compte assez vite qu’il fallait qu’on donne 100% du temps à la musique et qu’on lâche un peu de leste. La spontanéité a une part super importante dans notre projet. Il fallait réussir à la préserver pour donner le meilleur de nous-mêmes. À un moment donné, l’horaire était ultra structuré. On avait fait des PDF avec des couleurs, c’était hyper stylé !

Rory : On avait des unités de temps et on avait des quotas d’unités à valider chaque mois [rires].

Zoé : On avait passé toute une soirée à préparer tout ça et on ne l’a jamais respecté.

Rory : Typiquement, ça montre qu’on apprend à l’école de la vie. On fait des choses et on s’en prend plein la gueule quand ça ne fonctionne pas. Ce qui marche, on le garde et le reste on change. Finalement, ce n’est pas si dur. On a un bel endroit pour vivre, on est bien ensemble et notre mode de vie est très modulable. Quand chacun y met du sien, ça avance.

PAN M 360 : Pouvez-vous me parler de ce « Nouveau genre » qui donne son nom à l’album ? Est-ce qu’on parle de musique, d’identité ?

Vic : C’est un tout. C’est un nouveau genre dans le sens où on ne veut plus d’étiquette. C’est un message d’acceptation de soi. Le nouveau genre, c’est celui que tu décides d’être.

Zoé : On essaie de se libérer des carcans.

Rory : Un être humain, ce n’est pas binaire. Tout le monde est complexe et il faut l’accepter. Notre but, c’est d’exprimer cette diversité. On essaie de raconter une humanité plus organique.

Akra : Le nouveau genre c’est le non-genre. C’est une invitation à ne plus être dans une case.

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi de s’appeler KLON dans ce cas ?

[rires]

Rory : Justement, c’est un peu une épée à double tranchant. De base, on se sentait tous tellement liés, comme si on ne faisait qu’un. On se disait que KLON nous représentait bien, ça sonne un peu comme « clan ». Et on aimait aussi la sonorité, en 4 lettres. Après, on a aussi utilisé ce nom comme une critique, une satire de la société qui tend à uniformiser tout le monde sous certaines normes.

Vic : On est des clones qui niquent les clones ! (ndlr : référence au morceau Nique les clones, Pt. II du rappeur français Nekfeu)

Rory : On est infiltrés !

Vic : On a aussi appris plus tard qu’en grec, ça signifie « Jeune pousse », et ça nous va bien aussi !

PAN M 360 : Cet album, c’est votre introduction au public. Qu’est-ce que vous avez cherché à communiquer à travers celui-ci ? 

Akra : La liberté avant tout et le plaisir. On a plus un son qu’un style musical. Ce son, il est produit par les machines qu’on a pu acquérir au cours du temps et c’est ça qui façonne notre musique. Dans l’EP, ce qu’on défend, c’est la liberté totale.

Zoé : Je dirais qu’on apporte aussi un message assez positif, on fait de la musique dansante. Au final, l’EP sert à montrer le bonheur qu’on a eu à faire cette musique tous ensemble. Tous les 7, on a réalisé notre rêve commun.

Vic : Il y a cette idée de partage, d’espoir et d’amour !

Ondulant sur des trames pop et hip-hop, la voix de Joanna séduit par sa rondeur, ses basses et moyennes fréquences, racontant l’amour dans les hauts et les bas. À seulement 22 ans, la Française originaire de Rennes, sortait le 7 mai dernier Sérotonine, un album féminin et féministe qui alterne entre la ballade amoureuse sur beat électro et des sons plus incisifs et urbains.

Découverte par le comité de sélection des Inouïs du Printemps de Bourges en 2019, Joanna a sorti en janvier 2020 Vénus, son premier EP, dans lequel on découvrait notamment Pétasse, un titre marquant qui traite de violences sexuelles. Avec une esthétique similaire, Sérotonine, nous transporte dans les tumultes d’une relation de couple. De son jeune âge, l’artiste témoigne d’assurance dans ses engagements, et propose une musique qui plaît et qui parle à sa génération.

Elle en discute avec PAN M 360.

PAN M 360 : Comment c’est venu, pour toi, la musique ?

Joanna : J’ai toujours fait de la musique. J’ai fait du solfège et du piano quand j’étais plus petite. Après, j’ai arrêté pour être un peu plus autodidacte. Je regardais des tutoriels sur Youtube pour reprendre mes chansons préférées. Arrivée à la fin du lycée, j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique. J’ai eu l’occasion de faire des études de cinéma, donc j’ai pu apprendre plein de choses sur les tournages. De là est né Séduction, mon premier morceau qui est sorti en août 2018. J’étais en licence d’histoire de l’art, j’avais 19 ans et j’étais en manque de créativité. Alors je me suis lancé le défi d’écrire un morceau en français et d’en réaliser le clip.

PAN M 360 : Tu as fait ça avec tes propres moyens ?

Joanna : Totalement. J’avais eu des expériences de tournage au lycée, j’avais une équipe avec qui je travaillais et on avait du matériel à disposition. C’est vraiment un clip bricolé !

PAN M 360 : Ce premier morceau, Séduction, a vraiment bien marché. Aujourd’hui, il a presque 2 millions de vues sur YouTube. Comment as-tu accueilli ce premier succès à l’époque ?

Joanna : Je ne m’y attendais pas du tout. J’étais amie avec les membres de Columbine, qui faisaient de la musique, mais il n’y avait aucune raison à ce que j’ai autant de vues sur mon morceau. Surtout que c’était vraiment un premier vrai clip que je sortais, donc c’était assez étonnant ! Finalement, j’ai pris la décision d’arrêter mes études et de m’investir dans la musique, continuer à écrire et découvrir la compo. Je l’ai pris comme quelque chose qui m’a sauvé de mon ennui, de mes études. C’était fou ! J’en avais besoin pour apprendre à me connaître et savoir où je voulais vraiment aller. C’est tombé comme une bénédiction. 

PAN M 360 : Penses-tu que tu en serais là, aujourd’hui, sans ce premier succès ? 

Joanna : Le mois suivant la sortie de Séduction, j’étais déjà en train de tourner un 2e clip. J’ai tourné d’autres vidéos que je n’ai jamais sorties parce qu’il y avait cet enjeu professionnel et il fallait que ce soit hyper qualitatif, après que mon premier projet ait été aussi bien accueilli. J’étais obligée de faire quelque chose de mieux, donc il y a plein de choses que je n’ai pas pu sortir. Mais je pense que j’aurai continué à proposer des clips et des morceaux. Ça se serait passé différemment, mais je n’aurais pas baissé les bras, parce que j’ai tellement apprécié de travailler sur ce titre que j’aurais pu faire ça chaque mois. 

PAN M 360 : Tu as sorti Sérotonine le 8 mai dernier, ton deuxième gros projet et ton premier vrai album. Peux-tu nous expliquer le concept qu’il y a derrière ?

Joanna : Sérotonine, c’est une histoire d’amour de A à Z. C’est le schéma d’une relation amoureuse qu’on peut retrouver dans ma génération. L’idée, c’est de passer à travers toutes les facettes, les émotions que tu peux rencontrer en amour. C’est très inspiré de ma vie et ça a également été une manière de mieux comprendre pourquoi mes relations ne fonctionnaient pas. Ça montre aussi l’importance de mieux communiquer, de mieux se connaître, de ne pas reproduire des modèles qui ne nous conviennent pas.

PAN M 360 : Comment le mot « Sérotonine » vient-il englober l’essence de ton album ? 

Joanna : La sérotonine, c’est un neurotransmetteur qui permet d’équilibrer les émotions. Ça évite les excès de colère ou les excès de dépression. Ça a vraiment un rôle d’équilibre émotionnel. Je l’ai appelé comme ça parce que l’amour et les relations amoureuses, ce sont des choses qui, personnellement, m’ont équilibrée pour mieux me connaître, pour mieux grandir…

D’autre part, le morceau éponyme, qui parle de jalousie, représente pour moi le point de non-retour que j’ai souvent vu dans les relations. Quand il y a de la jalousie qui devient difficile à gérer, la relation a tendance à se dégrader.

PAN M 360 : Y a-t-il un morceau que tu aimes particulièrement sur cet album ? 

Joanna : Ça change tout le temps, mais Sur ton corps, en termes de mélodie et de composition, c’est un de mes morceaux préférés. Il y a aussi le fait d’avoir fait un clip pornographique avec Leolulu. Je suis super fière d’avoir fait ça et, symboliquement, c’est le morceau que je porte dans mon cœur. Mais il y a aussi le titre Maman que j’aime parce qu’il résonne avec mon combat féministe quotidien.

PAN M 360 : Justement, peux-tu nous parler de la vidéo de Sur ton corps

Joanna : Sur ton corps, c’est le morceau qui aborde le sexe dans le cheminement de l’album. J’ai décidé de travailler avec Leolulu, un couple qui produit des vidéos pornographiques, parce qu’ils avaient déjà utilisé Séduction dans une de leurs vidéos. J’ai trouvé ça trop cool et j’étais très contente que ça inspire. J’avais envie d’approfondir la collaboration et j’avais plein d’idées. Finalement ils étaient d’accord, et avec la réalisatrice, Ambre, qui est une de mes bonnes amies, on a réalisé ce clip qui est disponible sur Pornhub et la chaîne de Leolulu.

L’idée, c’était de montrer un plaisir partagé, de personnes réellement amoureuses, en opposition à ce qu’on peut retrouver sur Pornhub, où le contenu propose un male gaze sur le plaisir féminin. Après, j’ai conscience que Leolulu reprennent des codes du porno, ce qui est totalement normal, puisqu’ils cherchent à ce que leurs vidéos fonctionnent. Mais l’idée était d’y apporter un regard féminin.

PAN M 360 : Il y a un engagement, un message puissant derrière certaines des chansons que tu écris. Je pense à Pétasse sur ton premier EP, ou encore Alerte Rouge où tu dis “Lucifer pleure pendant que je recouds le cœur de mes sœurs”. Peux-tu expliquer le message derrière ces paroles ?

Joanna : J’ai commencé la musique au moment où j’ai découvert le féminisme. Et dans la logique de l’album, le féminisme est un élément qui permet de mieux comprendre les relations et de mieux les adapter à toi, sans reproduire des schémas qui ne te correspondent pas. Alerte rouge, c’est vraiment un morceau de révolte, un ras-le-bol de tout ce patriarcat qui oppresse nos relations. Finalement, dans ces paroles, je dis qu’il y a trop de femmes qui souffrent dans leurs relations, alors que ce n’est pas rentable pour elles. Dans le morceau Maman, je dis « Nous, les dames, on subit et puis on fane », et c’est vraiment ce que j’observe chez les femmes de ma famille, par exemple. Elles donnent tout pour les hommes et se retrouvent seules et névrosées de leur vie. On ne peut plus souffrir pour ça.

PAN M 360 : Dans le clip de Démon et de Séduction, il y a une représentation queer qui n’est pas commune dans le milieu du hip-hop. C’est important pour toi de casser certains clichés ? 

Joanna : Totalement ! Aujourd’hui, je ne peux pas dire que l’amour, c’est entre un homme et une femme. On n’en est plus là. Aujourd’hui, on est dans la déconstruction et c’est sûrement parce qu’on a besoin de revenir à quelque chose de plus proche de notre nature, sans suivre des schémas sociétaux qui ne nous conviennent plus.

PAN M 360 : Sur cet album, tu collabores avec le rappeur Laylow. Comment est née cette collaboration ? 

Joanna : C’est assez marrant. En 2019, un an après Séduction, j’ai sorti un titre qui s’appelle Oasis. Quelque temps plus tard, alors que j’étais à Paris, je marchais dans la rue et j’étais d’une humeur bizarre parce que je n’arrêtais pas de me faire harceler dans la rue. J’étais super énervée. Et au moment de traverser un passage piéton, quelqu’un me tape l’épaule et quand je me retourne, je vois Laylow qui me demande « C’est toi Joanna ? ». J’étais choquée parce que ça ne devait pas se passer dans ce sens-là, logiquement. Il m’a dit que mon morceau était cool et qu’il m’envoyait de la force. Plus tard, j’ai sorti Pétasse et il m’a renvoyé un message pour me dire qu’il aimait ce que je faisais.

En parallèle, j’avais écrit le morceau Démons, et je n’étais pas trop satisfaite. Il manquait quelque chose. Je trouvais que l’univers correspondait à Laylow, alors, avec tous ces signes, je me suis décidée à le contacter.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a d’autres collaborations dont tu rêves ? 

Joanna : C’est difficile de répondre à cette question, mais oui, il y a plein d’artistes avec qui j’aimerai collaborer. Parmi les francophones, il y a Bonnie Banane, Hamza ou Damso. Après, ce sont des gros noms. Ce n’est sûrement pas faisable pour l’instant, mais c’est des artistes que j’aime beaucoup. À l’international, j’aimerais beaucoup collaborer avec FKA Twigs, James Blake, 070 Shake…

PAN M 360 : Vénus, ton premier projet, est sorti un petit peu avant le confinement. As-tu eu l’occasion de faire de la scène ?

Joanna : En fait, j’ai un peu fait les choses à l’envers. J’ai fait de la scène à partir de septembre 2018, alors que je n’avais sorti qu’un seul morceau. Je ne me suis pas arrêtée jusqu’à mars 2020. Même sans avoir sorti mon EP, je faisais déjà des premières parties. J’ai eu la chance de passer par là. Aujourd’hui, c’est très frustrant de sortir un projet et de ne pas pouvoir le défendre sur scène.

PAN M 360 : Tu as hâte de pouvoir remonter sur scène ?

Joanna : Oui, vraiment. C’est le truc qui me manque depuis la sortie de l’album. J’ai envie de voir le résultat de ces deux dernières années de travail !

On a parfois la sordide impression que pour réussir dans le monde tel que nous le connaissons, nous n’avons d’autre choix que de jouer les règles du jeu. C’est ainsi que nous devenons égoïstes, effrayé.e.s du succès des autres, menant ainsi à une compétition malsaine. Et si cela est vrai dans tous les domaines, l’industrie de la musique peut souvent s’avérer ardue pour les personnes ne répondant pas à un certain standard. 

Bien que tout cela ne puisse se régler d’un simple coup de baguette magique, il s’en trouve toujours pour renverser la vapeur. Affirmer leur présence. Rappeler qu’elles sont là, qu’elles existent. 

Tout cela est précisément l’objectif du projet #rapelles, compilation où six femmes, six artistes différentes, uniques, se réapproprient le micro, s’exprimant du hip-hop au R&B. Lancées symboliquement le 8 mars 2021 et le 11 juin 2021 , les deux saisons continuent de briser les barrières et promouvoir un message de responsabilisation et de force humaine: rappelle-toi de qui tu es et de ce que tu peux faire. 

Voilà exactement pourquoi PAN M 360 s’est entretenu avec l’artiste Onenessa, participante à la saison 1 de #rapelles

PAN M 360 : Comment est venue l’idée de créer le projet #rapelles

Onenessa : #rapelles, c’est une idée originale du producteur Vincent Egret et du label québécois STE-4 [NDL : prononcez sainte-cath], qui voulait regrouper des artistes, des rappeuses féminines sous une même passion. Le projet s’intitule donc #rapelles, mais lorsque nous écoutons les projets, les deux compilations, on réalise que ce n’est pas seulement du rap, mais aussi du R&B et plus globalement, du hip-hop. Donc, c’est vraiment pris en charge par des femmes au Québec, certaines qui sont là depuis longtemps, d’autres qui sont encore inconnues du grand public… L’idée était donc aussi de leur offrir une plate-forme! Donc oui, le nom du projet tourne beaucoup autour du rap et des femmes, mais aussi avec cette intention : rappelez-vous que nous sommes là. 

PAN M 360 : Sur la première compilation, tu as offert une chanson que tu as appelé Partir. Bien que tu l’aies mise sur #rapelles, tu aurais bien pu la garder pour ton prochain projet solo. Pourquoi avoir fait le choix de mettre un de tes morceaux sur cette compilation ? Était-ce symbolique ? 

Onenessa : Il y avait plusieurs raisons à la base ; premièrement, j’ai toujours écrit et chanté en anglais. Partir est donc l’une des premières chansons francophones que j’ai écrites, et deuxièmement, je n’avais jamais participé à un projet collaboratif francophone auparavant. C’est une chanson que j’aime beaucoup, dont je suis fière. Je voulais qu’elle soit dans quelque chose de spécial… Quand on m’a contacté pour le projet, j’étais direct interpellée ! Partir est une chanson plutôt rétrospective en comparaison à mes autres morceaux. J’aurais pu être vulnérable aux côtés d’autres femmes mais au final, ç’a été un coup de chance! La chanson était là, elle était prête… ne restait plus qu’à le faire.  

PAN M 360 : Parfois, le défaut que l’on trouve aux compilations est l’absence d’un fil d’Ariane ; l’on critique un son fourre-tout, un manque de cohérence… Pourtant, la réception de la première et de la deuxième saison a été tout le contraire! Les projets furent qualifiés d’harmonieux, organisés, unis par une certaine diversité qui les rendaient plus forts ! Comment était-ce de travailler avec les autres artistes sur la première saison de #rapelles

Onenessa : C’était vraiment bien ! Il y avait certaines artistes qui avaient déjà préparé leur chanson spécifiquement pour la compilation, je pense notamment à Meryem Saci qui avait d’ailleurs préparé son morceau pour ça, d’autres, comme moi, avaient déjà une chanson sous leur aile et attendaient un bon projet pour la présenter. Et au final, nous ne nous sommes rencontrées qu’au jour où nous avons filmé nos vidéoclips. Je pense que l’énergie était vraiment géniale ce week-end-là, nous avons passé deux jours complets ensemble à tourner les clips et monter les teasers. Le seul truc est que nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire des spectacles, mais au final, nous sommes toutes motivées à continuer de collaborer autrement, ou individuellement.

PAN M 360 : Au Québec, très peu de femmes rappeuses ou travaillant dans la communauté du hip-hop sont considérées comme mainstream… Comment vois-tu la compétition dans cette facette de l’industrie de la musique ? Est-elle saine ? 

Onenessa : C’est une très bonne question. Une chose que l’on dit souvent est que les femmes sont jalouses entre elles, qu’elles aiment être la seule et l’unique et que lorsqu’elles ont le spotlight, elles ne veulent pas partager. À mon sens, c’est le milieu qui crée cette énergie. Entre femmes, nous avons deux choix : soit tomber dans le panneau, ou soit refuser ce système. D’ailleurs, ce n’est pas seulement au Québec que l’on peut observer cette tendance, c’est en France, aux États-Unis… Partout. L’industrie de la musique est une microsociété et encore plus dans le milieu urbain au Québec, donc peut-être que c’est pour ça qu’on le ressent davantage. Mais je crois que c’est généralisé, et je pense qu’il est temps de changer la narrative. Non, il y a plus qu’une place et plus qu’on collabore ensemble à tous les niveaux, que ce soit la production, collaborer avec des beatmakeuses, des vidéographes…  Au final, je crois que les artistes féminines doivent refuser de jouer le jeu, même si ce n’est pas toujours simple. You play the game to change the game

PAN M 360 : Justement, je voulais te parler de Steve Jolin, fondateur de Disque 7e Ciel, maison de disque promouvant les rappeurs les plus populaires au Québec. À ce jour, il n’a signé que des hommes. Durant une entrevue, il a dit qu’il « ne baisserait pas ses standards de sélection juste pour avoir une femme sur [son] label ». Comment se libérer de l’étiquette de rap féminins pour ne faire que rap ? 

Onenessa : Moi à la base, c’est sûr que je ne suis pas la rappeuse dans la compilation, je suis davantage dans le chant. Toutefois, je comprends tout à fait le point de vue pour le rap. Je comprends qu’on ne doive pas baisser ses standards tout court, mais je crois qu’il est faux de dire que le standard des femmes est placé plus bas que celui des hommes. Peut-être que les labels ne prennent pas vraiment le temps de regarder ce qui se fait ? Peut-être qu’ils nous sous-estiment aussi ? Du talent, il y en a énormément. Pour ce qui est du rap de femme ; je suis d’accord, il est inutile de le dire. Je pense que la façon dont nous pouvons catégoriser le rap et le hip-hop en général est de dire oui, il y a du rap plus conscient, plus féministe, plus engagé, mais une femme a le droit de faire de la musique en mode ego-trip ! Je crois que la seule personne pouvant se donner la caractéristique féminine est la femme elle-même. Et encore une fois, il n’a pas qu’une seule place pour une femme. Si vous prenez le temps de signer dix hommes, vingt hommes, vous pouvez bien prendre le temps de chercher plus loin pour nous aussi. 

PAN M 360 : Sur la première saison de #rapelles, tu as écrit la chanson Partir, chanson sur laquelle tu parles de besoin de changement, de lassitude face à ce que tu connais, ce que tu côtoies et que tu cherches à t’émanciper… Y es-tu parvenue ? 

Onenessa : Oui, je crois y être parvenue! C’est une chanson très métaphorique, je l’ai écrite à un moment dans ma vie où j’en avais un peu marre de tout. Et après, il y a le côté un peu positif de travailler sur soi et d’y trouver une certaine force. Et je pense que c’est ça sa force ; c’est que tout le monde peut s’identifier à ce que je chante. Alors je crois avoir trouvé l’équilibre entre le doute, chose que je parle beaucoup dans ma chanson, et l’action. Plus nous sommes dans cette action, moins le doute prend place. 

PAN M 360 : Tu es née à Batna en Algérie, tu as fait un baccalauréat en arts et sciences à Concordia et une majeure en écriture créative. Comme tu l’as dit plus tôt, tu crées beaucoup en anglais. L’industrie de la musique au Québec est-elle inclusive en termes de langues et d’origine ? 

Onenessa : Je crois que j’ai toujours créé en étant près de moi-même, je n’ai jamais senti que je devais me soumettre à quoi que ce soit. À la base, je suis une fan de musique et j’aime explorer toutes sortes de choses. Je n’ai pas qu’un seul genre, je peux toucher à tout. Quand je fais des projets plus adaptés pour la radio, ce n’est pas par pression, mais bien par envie. Je crois avoir réussi à trouver ma place, je crois que Montréal est une ville géniale pour jouer et s’exprimer en français comme en anglais. Après, c’est sûr que pour avoir davantage créé en anglais, il y a certaines limites. Le Québec est grand, il y a beaucoup plus de francophones quand nous sortons de Montréal, les subventions sont plus difficiles à obtenir mais au final, j’ai toujours réussi à trouver de petites opportunités. Présentement, je prépare un projet 100% francophone, c’est venu super naturellement. 

PAN M 360 : Si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui n’est pas un homme blanc désirant lancer sa carrière musicale, quel serait-il ? 

Onenessa : Je dirais ne pas avoir peur de prendre des risques de façon créative.Et, pour ne pas perdre la tête dans ce milieu, il faut être connectée avec soi-même, écouter son intuition.  Il y a des conseils partout, mais il est important de s’écouter et de respecter ses propres volontés. Bien-sûr il faut écouter autrui, mais il faut être son propre compas. If you like it, tu tiens peut-être quelque chose. 

Lors de la sortie de l’album en mai dernier, Pan M 360 s’est entretenu avec Jean-Félix Mailloux, contrebassiste, compositeur, arrangeur, fondateur et grand idéateur derrière les différents projets de Cordâme. 

Pan M 360 : Comment t’es venue cette idée d’un spectacle musical autour de la figure de Léonard de Vinci?

Jean-Félix Mailloux : En vérité, c’était une commande de Wonny Song, directeur artistique du centre d’arts Orford. On s’est parlé lors de la cérémonie des prix Opus en 2018. Je lui ai offert d’aller jouer notre album consacré à Debussy, mais il trouvait que ça ne cadrait pas avec la thématique du festival 2019, c’est-à-dire l’Italie. Il m’a alors demandé si j’étais prêt à construire un spectacle inspiré de Léonard de Vinci et de la musique de la Renaissance italienne. J’ai réfléchi, et j’ai finalement dit oui! On a créé le spectacle en juillet 2019.

Pan M 360 : Étais-tu familier avec cet univers musical à ce moment?

Jean-Félix Mailloux : Très peu! Je n’avais jamais eu l’occasion d’en jouer. Cela dit, c’est de la musique et une période que j’aime depuis longtemps, grâce à l’écoute des albums de Jordi Savall et Montserrat Figueras. J’ai aussi écouté beaucoup de Gesualdo, ainsi que des musiciens modernes influencés par cette période : Pärt et Stravinsky (ses trois madrigaux sur Gesualdo, son Pulcinella inspiré entre autre de Pergolèse, et même son Perséphone, plutôt atonal, mais quand même lié à cette période, etc.), et plusieurs autres.

Pan M 360 : L’ajout d’une voix (celle de Coral Egan, magnifique!) de façon aussi étendue est nouveau pour un album de Cordâme. Pourquoi, et comment en es-tu venu à porter ton choix sur cette artiste associée au jazz?

Jean-Félix Mailloux : Coral a déjà travaillé avec moi sur des pièces de Solawa (un autre ensemble fondé et dirigé par Jean-Félix, NDLR), et nous avions beaucoup apprécié notre collaboration. Ça faisait longtemps que je cherchais à l’intégrer à un projet de Cordâme. Alors, quand l’idée du spectacle Da Vinci a commencé à prendre forme, j’ai pensé à elle. Je n’aime pas trop les voix opératiques avec un large vibrato. Je voulais une voix mieux adaptée au répertoire de la musique ancienne, une voix pure, sans vibrato ou presque. Coral a l’instrument parfait pour ça! Un talent exceptionnel doté d’une technique infaillible, une plasticité fluide grâce à son travail dans le jazz, une justesse impeccable de niveau classique baroque. C’est exactement ce dont j’avais besoin!

Pan M 360 : Quels sont les éléments principaux qui font que tu as pu créer une musique à la fois nouvelle (car toutes les compos sont de toi!) et si évocatrice de la Renaissance, tout cela sans faire  »pastiche »?

Jean-Félix Mailloux : Les rythmes sont très importants. Ils me font penser à du folklore, car c’est de la musique qui faisait partie du quotidien du peuple de l’époque. J’ai beaucoup écouté Jordi Savall, et l’utilisation de percussions comme les tambourines est très fréquente. Il y a aussi des motifs mélodiques simples, ainsi que l’utilisation de modes harmoniques anciens, tel le mineur mélodique. J’ai aussi utilisé pas mal de quartes et de quintes parallèles, des techniques qui sonnent ‘’ancien’’. Ça peut paraître très académique et musicologique, mais le résultat est accessible et satisfaisant, à la fois nouveau et traditionnel, il me semble.

Pan M 360 : Par rapport aux albums précédents liés à l’univers de la musique classique (Debussy, Satie), comment se situe Da Vinci en termes de difficultés et de défis à relever?

Jean-Félix Mailloux : C’est un travail différent. Pour Satie, la connexion s’est faite assez naturellement, car sa musique a beaucoup d’affinités avec ce que nous faisions à ce moment. Debussy était plus ardu, car plus annoté. Sa musique est parfaite en soi, très dirigée dans l’écriture. Debussy savait ce qu’il voulait. C’était plus difficile de ‘’sortir’’ du cadre imposé. Pour Da Vinci et la Renaissance, ce fut en vérité plus facile. Une fois que j’ai assimilé les concepts de base (dont je parlais tantôt), ma liberté était grande. Da Vinci a composé de la musique, on le sait, mais aucun document ne nous est parvenu. J’ai donc pu inventer à ma guise des univers sonores qu’il ‘’aurait pu’’ concevoir lui-même! C’est l’idée centrale du spectacle et de l’album. Je suis content du résultat, et je pense que je vais aimer ces pièces longtemps.

Pan M 360 : Aurais-tu envisagé tout seul d’attaquer cet univers musical si Wonny (Song) ne t’avait pas lancé le défi de le faire?

Jean-Félix Mailloux : Je ne suis pas certain, non. Mais en rétrospective, j’en suis très heureux! J’ai l’impression que des portes s’ouvrent à Cordâme grâce à ce concept. Des portes auxquelles je frappais sans réponse. Il n’y a pas beaucoup de spectacles de ce genre en ce moment sur scène. Je sens que nous pouvons l’utiliser pour faire valoir notre originalité et jouer sur des scènes ou dans des festivals jamais visités auparavant. Je suis très content, et j’en remercie Wonny!

Pan M 360 : J’aimerais que tu me parles des textes que chantent Coral. De qui sont-ils et comment les as-tu trouvés?

Jean-Félix Mailloux : Pour le projet, j’ai fait des recherches afin de trouver des textes qui auraient pu être lus et appréciés par Léonard de Vinci. J’ai d’abord pensé à Pétrarque, mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour une certaine Gaspara Stampa, qui a vécu à peu près en même temps que Léonard. J’ai été conquis par ses textes très forts et très poétiques, remplis de perles et de petites merveilles. C’est une poétesse méconnue en dehors de l’Italie, mais son œuvre résonne avec passion et est teintée par une vie rock’n’roll effervescente d’émotions. Elle a été mariée à un homme longtemps parti à la guerre, si bien que les thèmes de l’absence, de l’attente, de l’amour imaginé plus que vécu imbibent son œuvre. 

Pan M 360 : Une belle découverte, donc?

Jean-Félix Mailloux : Oui! Tellement que je travaille en ce moment sur un prochain spectacle centré autour d’autrices de différentes époques, que je mettrai en musique spécifiquement pour Coral Egan. En plus de Gaspara Stampa, il y aura Louise Labbé, Catherine Pozzi, Louis de Vilmorin, Emily Dickinson, et d’autres.

Ensemble Cordâme – de gauche à droite : Sheila Hannigan, Coral Egan, Éveline Grégoire-Rousseau, Marie Neige Lavigne, Jean-Félix Mailloux

Pan M 360 : Un autre projet lié à la musique classique?

Jean-Félix Mailloux : Oui. Le prochain sera consacré à Ravel. Le travail sur celui-ci est très avancé et complétera la trilogie française (avec Satie et Debussy), mais ensuite (j’y pense déjà!), je compte m’attaquer à Stravinsky!

Pan M 360 : Mais avant tout cela, vous serez en concert (devant public!!) dans plusieurs endroits du Québec, non?

Jean-Félix Mailloux : Tout à fait. Nous avons très hâte de retrouver de véritables humains devant nous! Nous serons à Saint-Prime le 3 juillet, à Sorel-Tracy le 8 août, à Trois-Rivières le 22 août. D’autres dates et lieux pourraient s’ajouter bientôt, grâce au déconfinement. Le public peut visiter notre page Facebook pour rester informé.

Pan M 360 : Merci!

Quatre ans après Caravelle, le duo français Polo & Pan revient avec l’album qui rythmera l’été d’un bon nombre de fans autour du globe. Dans Cyclorama, les deux artistes proposent une aventure fantasmagorique à travers les étapes d’une vie, grâce à une palette d’influences issues de tous âges et continents. Leur signature électro-organique nous guide à travers ce paysage riche en textures, tout en communiquant un besoin crucial de danser.

C’est en 2013 que Paul Armand-Delille, alias « Polo », et Alexandre Grynszpan, dit « Pan » forment le duo. Les deux Djs parisiens ont depuis conquis un public qui déborde largement le cadre de l’hexagone, notamment au Mexique, aux États-Unis et au Canada; sorti en 2017, leur premier album a été vendu a 170 000 exemplaires dans le monde contre 80 000 en France. Leur musique s’est même exportée jusqu’au festival Coachella, en Californie, au printemps 2019, soit quelques mois après leDJ set du tandem à l’Igloofest de Montréal.

Leur succès s’explique par un son qui leur est propre, mêlant des voix angéliques à des pulsations rondes et aquatiques. À l’instar de Caravelle, Cyclorama est une invitation au voyage, à laquelle on a ajouté une quatrième dimension. On y retrouve à la fois des inspirations classiques comme Bach, Brahms ou Schubert; on y croise le rappeur Channel Tres et on part à la rencontre des musiciens marocains de culture gnawa.

Paul Armand-Delille s’est entretenu avec PAN M 360 pour nous présenter le nouveau fruit de leur travail.

PAN M 360 : Parlez-moi de Cyclorama. Quatre années après le succès de Caravelle, qu’est-ce que vous proposez au public à travers ce nouveau projet ?

Paul : On continue sur la même lancée. On a pas forcément fait un disque avec une méthode très différente. On a gardé notre style tout en changeant la couleur du disque, parce que c’est un tout petit peu moins optimiste. C’est plus équilibré entre le côté solaire et le côté lunaire. Il y a des morceaux qui vont être plus nocturnes. On continue à se faire plaisir, à choisir des thèmes et des sujets très personnels et à appliquer notre méthode de production, notre style. On a certains sons, certains grooves, certaines basses qui font que ça sonne Polo & Pan.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui a changé depuis Caravelle dans votre manière de concevoir un album ?

Paul : Je dirais que la méthode a un petit peu changé parce que pour le premier album, personne ne nous attendait, on bossait vraiment tout en studio ensemble. Tandis que là, c’est plutôt des maquettes qu’on a travaillé chacun de notre côté durant la tournée, et ensuite on a tout travaillé ensemble, cette dernière année, en studio.

PAN M 360 : Comment vous répartissez-vous les rôles dans la production ?

Paul : Il n’y a aucun rôle assigné. On a tous les deux le droit de tout faire. À la base, on avait des compétences un petit peu différentes, mais on a toujours un peu brouillé les pistes là-dessus. Tout est signé Polo & Pan, on ne divise pas les chansons comme les Beatles où tu as une chanson McCartney, une chanson John Lennon. On ne dit pas qui fait quoi. Alex et moi, on est autant capables d’écrire des paroles, que de produire, d’arranger, d’amener des collaborations… Encore plus aujourd’hui, nos rôles peuvent être intervertis.

PAN M 360 : Depuis votre dernier album, en 2017, vous avez tourné à l’international. On vous a vus à Vegas, à Coachella… Vous l’aviez anticipé, ce succès international ?

Paul : Pas du tout. On a écrit un disque où les chansons françaises se mêlaient au brésilien, à l’espagnol… C’est un projet qui était assez international dans sa thématique, sa couleur, ses références. À la base, ça a pris en France, et ensuite ça s’est développé grâce au travail du label, des tourneurs et au fait qu’on ai décidé à un moment donné d’aller aux États-Unis pour faire des petites dates avant la grosse tournée. C’est la magie d’internet aussi. Par exemple, en Géorgie, ça a vachement pris. Quand on est arrivés, il y avait la télévision nationale et des personnes qui nous attendaient alors qu’on n’y avait jamais mis les pieds. Je pense qu’on fait une musique qui parle à beaucoup de gens et c’est tant mieux ! On a de la chance pour ça.

PAN M 360 : Votre musique est teintée d’influences des quatres coins du monde et de toutes les époques. D’où vient ce bagage-là ?

Paul : Je pense que ça vient des voyages. On est DJs, donc on a beaucoup voyagé. Moi, je suis franco-américain. Et on a une nature curieuse ! Alex a beaucoup voyagé auparavant et il a créé une radio qui s’appelle radiooooo.com. C’est une carte du monde où tu peux choisir d’écouter la musique d’un pays en choisissant la décennie qui t’intéresse. Tu peux autant écouter le Brésil dans les années 60 que l’Afghanistan dans les années 30. Donc lui, c’était déjà quelqu’un de curieux et collectionneur de musique ; et moi je suis curieux et collectionneur d’instruments de tous les pays. Il y a un côté ethnomusicologie. Ça nous intéresse de collectionner, sans nous approprier. Se rattacher à quelque chose qui vient nous toucher. On aime créer des ponts entre nous et les trésors qu’on trouve.

PAN M 360 : Vous avez notamment enregistré avec des musiciens gnawas au Maroc et des mariachis au Mexique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce processus ?

Paul : C’est de rencontrer des gens qui ont un autre savoir que le tien. Les Gnawas, quand je les ai rencontrés, ils faisaient une musique que je ne comprenais pas, mais que je trouvais forte. Elle ne correspondait pas du tout aux codes de la musique que je connaissais. L’envie de collaborer venait aussi de l’envie de comprendre. Je voulais voir ce qu’il pouvais se passer quand les styles se rencontrent. Quand j’ai entendu leur musique, j’ai entendu le côté hypnotique. Je voyais le potentiel pour faire de la musique électronique. Je ne suis pas le seul à avoir fait cette collaboration. D’ailleurs, j’avais fait ce projet avant Polo & Pan et ensuite, Alex a aussi eu le coup de cœur pour ce projet. C’est pour cette raison qu’on a commencé le groupe et on a décidé de récupérer certaines prises de cette époque pour faire un morceaux aux couleurs de la musique Gnawa sur l’album. C’est cool pour des producteurs de ne pas être dans leur petit studio à Paris en train de faire leur musique avec leur synthé, mais vraiment d’aller à la rencontre des gens. Ça rend la musique plus riche et ça permet de ne pas faire que du sample.

PAN M 360 : Sur certains de vos titres, on ressent une approche presque cinématographique. Je pense à Requiem ou Oasis qui, pour moi, dépeignent des paysages, des scènes… On est absorbés dans un récit. C’est un aspect que vous recherchez ?

Paul : Bien sûr. Depuis longtemps, on ne se cache pas qu’on veut faire de la musique de cinéma. On n’en a pas encore eu l’occasion à part pour un petit truc d’animation française pour la chaîne Canal+. On a toujours eu envie de faire de la musique pour Disney, pour des films d’animation, ou des films épiques. Moi j’adore Lauwrence d’Arabie, j’adore les longs films en trois heures ou plus dans lesquels il y a de longs thèmes musicaux. Peut-être qu’un jour on pourra faire ça. C’est un peu un appel du pied que l’on fait, notamment dans Côme dont la production a un style classique, très cinématographique. C’est comme une petite bouteille lancée à la mer. On verra si ça plaît à un réalisateur un de ces quatre. 

PAN M 360 : Vous avez une signature sonore bien à vous, très organique. Comment cette identité musicale vous est-elle apparue ?

Paul : C’est une rencontre de nos goûts. Comme je disais, je venais de faire cette rencontre avec les Gnawas, je découvrais le plaisir de collaborer. Ça faisait longtemps que je faisais des disques, donc je savais que dans la musique électronique je voulais amener des micros, de la prise de son enregistrée, du son qui sort directement de la vie des gens. Ça crée plus de relief. Et Alex est un très bon DJ. C’est quelqu’un qui avait une certaine idée de comment tailler les morceaux, comment les construire. Il a vraiment la stratégie du silence et des espaces. Il avait toute une vision de la musique qui fait que ça a créé notre son. Moi, j’avais plus une vision de la prise, de la texture. J’essaye de créer des matières nobles, qu’il n’y ai pas que du plug-in. Le plug-in c’est super mais quand c’est lié a une prise naturelle. Dès le début, on s’est tout de suite entendus là-dessus.

Meggie Lennon crée des chansons sensuelles, baignées de rock psychédélique. Son style hypnotique, make-out dream-pop, inspiré de la période fin 60 – début 70, nous transportent des années en arrière.

Samuel Gemme a pu apporter une expérience bénéfique à l’entièreté de l’œuvre. Il a su utiliser les techniques d’avant, tout en conservant une touche moderne. Qu’il ait travaillé avec des bandes jouées à l’envers mène à croire qu’il est dans le bon milieu. Et promet un album remarquable.

Prévus le 9 juillet, les 8 titres de Sounds From Your Lips sont partiellement dévoilées, voilà autant de raisons de s’entretenir avec la principale intéressée !

PAN M 360 : Depuis quand travailles-tu sur cet album?

Meggie Lennon : J’ai déménagé à Montréal il y a 4 ans. J’avais composé quelques chansons avant mon déménagement, mais officiellement, ça fait 3 ans que j’ai commencé à travailler avec Samuel Gemme dans son studio. Donc, on a commencé à la fin 2018. Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’il y a eu un an de recherche d’étiquette pour lancer l’album. Par la suite, nous nous sommes lancé le défi de le transformer en long jeu puisqu’à la base c’était un EP. Nous avons ensuite procédé à la production. J’ai écrit d’autres chansons et la pandémie a vraiment tout retardé. Mais entretemps, j’ai trouvé Mothland, donc je suis super contente. C’est un rêve qui va se réaliser avec la sortie de l’album en vinyle. Je suis aux anges.

PAN M 360 : Avant tu faisais partie du groupe Abrdeen. Comment s’est fait la transition?

Meggie Lennon : Le groupe Abrdeen était un de mes projets. Je l’ai fondé, j’écrivais les chansons et je composais aussi la musique. Nous étions 5, tous des amis de Québec. On avait lancé le EP Endless Nights and Dreamlike Mornings en 2017, qui avait été nommé au GAMIQ. Ce fut une belle réussite. Par la suite, lorsque j’ai pris la décision de déménager à Montréal, nous nous sommes entendus que j’allais juste recommencer à neuf avec un nouveau son. Parce que, il faut dire, les garçons étaient plus ou moins excités à l’idée que je délaisse la guitare pour le synthétiseur. Ils avaient des aspirations plus rock et moi plus indie-pop, que j’ai maintenant transformé en make-out rock. Conséquemment, ça s’est fait assez naturellement. En fait, c’est que je voulais. Comme c’était moi la compositrice, les autres n’avaient pas d’intérêt à garder le nom Abrdeen, qui était aussi le nom que j’avais choisi puisque j’habitais sur la rue Aberdeen et c’était aussi un clin d’œil à la ville natale de Kurt Cobain.

PAN M 360 : Quels sont, pour toi, les grandes différences entre travailler dans un groupe et le faire en solo?

Meggie Lennon : Évidemment, d’être celle qui dirige à 100% le projet, ça a toujours été quelque chose qui me plaisait beaucoup. J’ai toujours eu un amour des synthétiseurs, c’est pourquoi je me suis donné le défi de m’en acheter un. Je me suis mise à jouer et je souhaitais plus me diriger vers un son plus pop. Alors,  d’avoir cette ligne directrice que je contrôlais, ça me parlait beaucoup. J’ai également rencontré des gens qui sont à présent mes complices, mes musiciens, dont Jules Henry qui est l’artiste Super Plage, avec qui je joue la majorité du temps. De plus, cet été, Marika Galea, qui a récemment collaboré avec Russell Louder, sera de la partie. Ces personnes me suivent pour les performances, mais ce qui me manque d’avoir un groupe c’est surtout en lien avec la stabilité. Nous pouvions bouquer des shows de dernière minute, nous connaissions toutes les chansons. Nous n’étions pas obligés de pratiquer énormément. Il y avait de la spontanéité, mais aujourd’hui il faut prendre en compte les pratiques pour un spectacle, surtout lorsque ce sont des personnes différentes. Les musiciens doivent être avec cette nouvelle chimie qui peut se renouveler.

PAN M 360 : D’où vient ton inspiration de produire de la musique rock psychédélique inspiré de la fin des années 60 – début 70?

Meggie Lennon : J’étais tombé sur l’album Mother Earth’s Plantasia de Mort Garson qui était très aéré et ça m’avait énormément plu. Aussi, j’ai toujours été une fanatique du rock de ces années. J’ai commencé à jouer de la musique avec le livre des Beatles. Ça me suit depuis le secondaire. Cet amour était déjà là. Avec Mork Garson et Donovan que j’ai beaucoup écouté, il y avait déjà cette attirance naturelle vers ce son. De plus, ce qui a vraiment pesé dans la balance pour mon choix de producteur, Samuel Gemme, est sa passion pour la musique de cette période, mais aussi très analogue. Il fonctionne par bandes et tout son studio est construit pour récréer cette même expérience qui se faisait à cette époque. Encore une fois, ça s’est fait très naturellement.

PAN M 360 : Désires-tu rester dans ce style, ou encore es-tu tentée d’explorer différents styles?

Meggie Lennon : Je te dirais pour le son, c’est quelque chose qui va rester. Cependant, j’ai remarqué une chose qui se transforme. J’ai commencé à écrire pour un prochain album et deux des chansons que j’ai écrites sont en français. C’est une tendance qui ne m’avait jamais accompagnée dans le passé. Il avait eu Ton Amour, Ma Bouche, mais ce n’était pas quelque chose qui me venait naturellement. Actuellement, je prends des marches et je suis inspirée avec des paroles en français. On le sait, en tant qu’artiste, il y a des sous reliés à la langue. Je ne pense pas que l’aspect monétaire vient motiver à cent pour cent ce nouveau réflexe, mais ça permet certainement d’avoir accès à des bourses et à du support financier qui est très intéressant vu notre réalité au Québec. Je ne garantis pas que mon prochain album soit exclusivement en français, pas du tout. J’ai évolué dans un milieu anglophone et c’est encré en moi. Je ne crois pas que c’est quelque chose qui va se concrétiser, mais qui sait, jusqu’à maintenant j’en ai deux en banque.

PAN M 360 : Pourquoi avoir sorti une seule chanson en français et que signifie-t-elle ?

Meggie Lennon : Jardin est la dernière chanson qu’on a composée. C’était pendant la pandémie. Je suis tombée sur un article qui se nommait The Fantasy Prone Personality ; ce sont des gens qui vivent très près de leurs fantasmes et qui, parfois, ont de la misère à discerner la différence entre leurs fantasmes et la réalité. Je trouvais ça hallucinant. C’est un trait de personnalité, quelque chose qui a été observé chez certaines personnes par des psychologues. Ça m’a donc fait penser à ma propre relation avec mes fantasmes, d’où la naissance du jardin secret à l’intérieur de soi, lieu dont il est tout possible de réaliser.

PAN M 360 : Tes chansons parlent de sensualité, de plaisir et de romance, c’est important pour toi?

Meggie Lennon : Ça vient de moi tout simplement. Je suis une grande amoureuse dans la vie. Je célèbre tous les petits plaisirs au quotidien et c’est quelque chose qui m’inspire beaucoup et j’ai la chance de vivre cet amour avec les gens qui m’entourent. Les paroles sont un complément à la musique. La musique peut arriver avant, d’autres fois ce seront les paroles. Une fois que j’écris les lignes, il est rare d’y repenser plus d’une fois. La plupart du temps c’est ma réalité qui m’inspire. Sinon, je suis une personne sensuelle et j’aime la thématique de la sensualité. J’apprécie quand cette sensualité se reflète dans la musique parce que cette enveloppe sonore devient une écoute facile qui te fait sentir bien et veut te faire bouger.

PAN M 360 : As-tu des attentes concernant ton album?

Meggie Lennon : Je désire qu’il y ait une réaction positive. J’ose croire que cet album va parler à beaucoup de gens puisqu’il sera lancé en juillet, été qui va accompagner notre déconfinement graduel. Je pense que ça va faire du bien à beaucoup de personnes. J’espère que ce sera autant libérateur pour les auditeurs que pour moi à la sortie de l’album.

Avec la pandémie, on a vraiment pris le temps. On a étalé les sessions. J’espère que la qualité de la production va être reconnue parce que l’album peut être considéré comme pop standard, mais ayant été activement intégrée dans le processus du mix, je dirais que Samuel a été au-delà de mes attentes et je suis ravie de son travail.

PAN M 360 : Ta chanson préférée de l’album et pourquoi?

Meggie Lennon : J’irais avec Night Shift. C’est celle qui ressort toujours du lot en termes de composition et d’enregistrement. Ça avait été une session particulièrement agréable. Je vais être transparente, Samuel et moi étions en studio. Il met à l’aise les personnes qui le côtoie. Il est inspirant et souvent on accompagnait nos sessions avec un peu de vin et on se laissait aller. On avait le Wurlitzer sur lequel on avait composé l’harmonie. À partir de ce moment, ça s’est fait tellement naturellement. Il faut dire que l’inspiration principale de la chanson était les balades de Bixi en revenant du bar un peu pompette dans les rues désertes de Montréal qui me remettaient en action.

J’aime aussi le fait que la pièce ait un crescendo à la fin. Donc, elle part plus dream-pop et se termine avec la guitare de Gabriel Lambert qui amène l’aspect rock de feu. Or, j’affectionne particulièrement Lost in the plot. Mes deux chansons préférées représentent respectivement l’ouverture et la fermeture de mon album et qui sont construites en partie, comme A Day in The Life des Beatles. Ça raconte une histoire et passe à travers plusieurs émotions.

PAN M 360 : Qu’est-ce que Samuel Gemme a concrètement apporté à ton album?

Meggie Lennon : Je lui apportais une bande qui était une démo qui était montée à partir de ma voix, d’un synthétiseur et parfois des lignes de guitare que j’avais monté avec Jules parce qu’on avait, lui et moi, procédé à une préproduction pendant que Samuel était occupé dans d’autres projets. J’étais arrivée préparée de cette façon. Il n’y avait pas de batterie, il n’y avait pas de basse, il a pris totalement la charge de toutes ces bases. Il a fait une grande partie des guitares rythmiques. Jules et Gabriel ont aussi collaboré. Par la suite, il m’a aussi aidé sur le choix des synthétiseurs. J’avais en ma possession mon Juno-106, mais à son studio nous avions accès à une foule d’autres instruments, qui amenait une touche vintage.

PAN M 360 : Quels sont tes autres projets?

Meggie Lennon : Concrètement, nous avons la sortie de l’album le 9 juillet. Le 22 du même mois, je fais partie du nouveau projet de scène extérieure du FME : le Poisson Volant. Je vais jouer à Rouyn-Noranda. C’est vraiment génial! Puis, le 20 août, je vais jouer au festival de la Grosse Lanterne. Je suis extrêmement ravie de faire partie de la relance du festival qui avait pris une pause de deux ans et qui est de retour en force. J’y serai avec Mirabelle pour la soirée d’ouverture. Ça risque d’être vraiment fou!

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