Présenté samedi par Codes d’Accès, un organisme dont l’objet est de faire mousser le travail de nos compositeurs.trices émergent.e.s, le programme électroacoustique Troubles et méandres présente “ des artistes innovants dont les œuvres brouillent les pistes des conventions musicales et de performance”. Pour celles et ceux ayant répondu à l’appel, PAN M 360 met ici leurs réponses en ligne et leur souhaite une longue et fructueuse carrière de création ! À l’Espace Bleu du Wilder, Kasey Pocius présentera samedi Hollow Points, dont l’objet est de séparer les composantes d’un enregistrement pour ensuite les combiner en une nouvelle pièce.Voici son parcours:
PAN M 360 : Le but étant de vous rendre plus visible, présentez-vous :
Kasey Pocius: Je suis artiste et chercheur·euse multimédia au genre fluide basé·e à Montréal, originaire de Terre-Neuve. J’ai complété mon BFA en électroacoustique à Concordia, et une maîtrise à McGill en technologie musicale (Music Tech). En ce moment, j’enseigne la composition électroacoustique et l’improvisation à Concordia dans le département de musique. Je m’intéresse beaucoup aux œuvres « mixed-media » et « mixed medium », et aux possibilités texturales et spatiales des systèmes numériques.
PAN M 360: Présentez votre œuvre au programme : le titre, l’objet, le contenu, la forme, les référents stylistiques, l’instrumentation, les interprètes (s’il y a), l’exécution live, l’angle d’attaque.
Kasey Pocius: Pour ce programme, je présente une œuvre fixed media intitulée « Hollow Point ». J’utilise des algorithmes conçus pour séparer un mix complet d’une chanson en ses éléments de base (guitare, voix, drums, etc.), mais je les applique à des enregistrements de terrain de Sydney et de Glace Bay (des « lookout points » en Nouvelle-Écosse). Les nouveaux fichiers sonnent « creux » (Hollow) en raison de l’imprécision de ces algorithmes et des suppositions musicales intégrées dans ces systèmes, et des artefacts subsistent. Cependant, lorsque tous les fichiers sont combinés, ces imperfections s’annulent, recréant ainsi l’audio original. En conservant les couches séparées, elles peuvent être traitées individuellement, ce qui permet de créer de nouvelles textures et des effets spatiaux difficiles à obtenir avec le seul fichier source. L’exagération de ces artefacts peut générer de nouveaux motifs et matériaux musicaux, et rend les imperfections plus apparentes pour le public.
PAN M 360: En quoi êtes-vous lié.e à ce programme dont le titre Troubles et méandres semble suggérer un thème? Ou encore à l’organisme Codes d’Accès? Ou encore à une cohorte émergente de la scène des musiques de création?
Kasey Pocius: Ma pièce est un méandre, un long environnement sonore dans lequel on fait une promenade sonore sur un côté fictif et un autre côté basé sur l’environnement réel de Nouvelle-Écosse. Elle aussi attire l’attention sur des troubles : d’un côté, les suppositions et biais des systèmes d’apprentissage automatique, et de l’autre côté, les problèmes de la pollution sonore créée par des bateaux et d’autres systèmes mécaniques.
Avec cette œuvre, je retourne sur un concept qui m’intéresse beaucoup : des environnements sonores qui sont en même temps délicats et aussi lourds.
C’est le troisième concert avec Codes d’Accès auquel je participe en tant que compositeur·rice, et je suis content de leur soutien continu pour mes œuvres. Je suis toujours content de voir que l’organisme continue de programmer une grande diversité de voix de la scène des musiques de création.
PAN M 360: Vos prochains projets ou événements?
Kasey Pocius: Je présente une œuvre live avec de la vidéo et le T-Stick lors de LIVE@CIRMMT le 12 décembre.
Interviews
Prévu samedi par Codes d’Accès, un organisme dont l’objet est de faire mousser le travail de nos compositeurs.trices émergent.e.s, le programme électroacoustique Troubles et méandres présente “ des artistes innovants dont les œuvres brouillent les pistes des conventions musicales et de performance”. Pour celles et ceux ayant répondu à l’appel, PAN M 360 met ici leurs réponses en ligne et leur souhaite une longue et fructueuse carrière de création ! Loic Minty avait prévu présenter samedi Amour/Mort, une pièce s’appuyant sur la notion de cyclicité et qui met en lumière un instrument musico-lumineux de son cru. Ce concert a été annulé et (peut-être) reporté. Voici néanmoins le parcours du créateur.

PAN M 360 : Le but étant de vous rendre plus visible, présentez-vous !
Loic Minty: Je suis récemment diplômé de l’école de musiques numériques de l’Université de Montréal. Je l’ai fait par curiosité pour ce qui me représentait le plus grand défi dans ma vie personnelle. J’avais peur d’intégrer la technologie dans ma propre musique, car j’avais l’impression qu’elle m’éloignait de mon environnement. Elle me semblait froide, bruyante et sans âme, mais en même temps, c’est la musique électronique qui me parlait le plus. Tout cela pour dire que je m’y suis attaqué avec beaucoup de réticence, en inspectant minutieusement la manière dont les outils étaient utilisés plutôt que ce qui était produit.
J’ai réalisé que la pratique électroacoustique « dans la boîte » ne correspondait pas à la physicalité que je recherchais dans la musique. J’en suis arrivé à un point où j’avais l’impression que les intentions derrière la technologie que j’utilisais avaient plus d’influence sur ce que je produisais que moi-même. Heureusement, les professeurs là-bas sont très ouverts d’esprit à ce sujet. J’ai décidé de sortir des DAW (Digital Audio Workstation ) et de me lancer dans la fabrication d’instruments avec une sensibilité plus sociologique.
À mon sens, nos interfaces séquentielles actuelles limitent non seulement le potentiel affectif de l’interaction homme-machine, mais elles sont également très linéaires dans leur conception du temps. J’ai décidé de créer quelque chose qui pourrait me rapprocher du temps circulaire, des effets de transe de la musique soufie ou de l’idée des cycles de gong dans la musique gamelan. Ils forment un paradigme qui reflète une différence profonde par rapport à notre perception de la vie et de la mort.
Au fil du temps, j’ai été inspiré par les paroles de Donna Haraway, Philippe Breton et Pia Baltazar, pour n’en citer que quelques-uns. Je pense que si quoi que ce soit, je suis encore plus inquiet à propos de la technologie aujourd’hui que jamais, la différence étant que je sais désormais où je me situe.
PAN M 360 : Présentez votre œuvre au programme : le titre, l’objet, le contenu, la forme, les référents stylistiques, l’instrumentation, les interprètes (s’il y a), l’exécution live, l’angle D’attaque.
Loic Minty: L’instrument est lumino-sonique, ce qui signifie que la musique et le son ne font qu’un. Le moteur repose sur les manipulations sonores les plus simples que l’on puisse faire dans un DAW, à savoir le défilement et la boucle, mais avec une forme d’interaction renouvelée et reconstituée visuellement en cercle. Je travaille dessus depuis un certain temps déjà, en le peaufinant dès que j’en ai l’occasion. J’en suis arrivé à une version qui me satisfait. Je peux être aussi silencieux que bruyant, et c’est suffisamment chaotique pour que je doive vraiment écouter ce que je fais afin d’en tirer un son significatif.
La performance est entièrement live et principalement improvisée. Il n’y a pas de bande son, pas de plan B. Si je quitte la scène ou si le patch plante (ce que je ne souhaite pas, bien sûr), ce serait le silence total. Sur le plan musical, je voulais m’assurer que le contenu ne repose pas uniquement sur la technologie. J’utiliserai ma voix et j’intégrerai des échantillonnages de The Fall. Le résultat a une touche sombre et introspective, comme le suggère bien le titre Troubles et Méandres, mais il est aussi légèrement crasseux avec des passages noise et ambient.
PAN M 360: En quoi êtes-vous lié à ce programme dont le titreTroubles et méandres semble suggérer un thème? Ou encore à l’organisme Codes d’Accès? Ou encore à une cohorte émergente de la scène des musiques de création?
Loic Minty: Plusieurs personnes avec lesquelles j’ai étudié figurent sur la même affiche que moi. En tant que cohorte, j’ai l’impression que nous avons collectivement brisé le moule de ce qu’était auparavant Musiques Numériques. Nous sommes arrivés dans une période de transition où, après la pandémie, les jeunes enseignants ont ouvert les portes de la musique acousmatique « hautement artistique » à des pratiques plus interdisciplinaires. Nous étions prêts. La musique électronique est incroyable, mais son appréciation dans le contexte d’une performance reste nébuleuse, il y a beaucoup à explorer pour en faire un art vivant. Cette période a donné lieu à des spectacles incroyables : Nicolas Bourgeois et Graham Hudson-Jameson sont quelques noms à retenir. Et bien sûr, Permutations d’Alexandre Sasset Blouin, joué par l’orchestre de synthétiseurs de l’UdeM. Je l’ai déjà vu, c’est une œuvre impressionnante.
PAN M 360 : Vos prochains projets ou événements?
Loic Minty: À court terme, je souhaite continuer à jouer de cet instrument et développer certains concepts musicaux que j’ai découverts en préparant le spectacle. À long terme, mon objectif est de rendre l’instrument entièrement transportable à vélo et de parcourir différentes régions du monde pour collecter des sons et les partager entre les communautés.
Violett Pi se pète un trip. Douze ans après la sortie de son premier album, eV (2013), il le dépoussière et prend la grande route pour le (re) présenter dans son intégralité. Ça se passe dans plusieurs salles du Québec, parmi elles, le Café Campus, où il était le 12 novembre dans le cadre de Coup de cœur francophone. Gros plan sur sa démarche artistique qui fait vibrer la contre-culture québécoise depuis près de 15 ans.
PAN M 360 : Ça serait quoi ta définition de penser en dehors de la boîte, ou faire de la musique expérimentale ? C’est quoi pour toi faire de la musique qui sort des sentiers battus ?
Violett Pi: Ok ben, faire de la musique qui sort des sentiers battus ça serait une affaire, et faire de la musique qui expérimente ça serait une autre affaire, pour moi. C’est plus une question philosophique, que quelque chose de matériel. Je ne pourrais pas te dire « ça c’est vraiment expérimental pour toujours ». Y’a des trucs expérimental qui sont plus expérimental dans deux ans, parce que là, tout le monde se met à faire ça. Faque je sais pas trop c’est quoi exactement, mais je trouve qu’au Québec on expérimente pas beaucoup, ça c’est sûr !
PAN M 360 : À la lumière de tout ça, toi ta musique, tu la considères comment ?
Violett Pi: C’est un melting pot de clichés, d’expérimentation, puis de processus. Je pense que je me perds beaucoup dans le processus des choses. C’est rare que j’arrive avec une idée claire. C’est plus je fais des trucs pis je deviens ce que je fais pis je fais ce que je deviens pis ça fait une boule pis un moment donné ça grossit. Marie Curie, mettons, quand je l’ai commencé je voulais faire comme une blague, un peu comme François Pérusse. Mais là j’ai fait, ah y’a comme quelque chose de sensible là-dedans, je l’ai ralenti, pis c’est devenu une toune d’amour, qui est dark. Le moment où je sors du sentier battu, c’est que je suis un peu ludique, en racontant quelque chose d’assez triste et profond dans l’affaire. J’essaie de faire du take a sad song and make it better.
PAN M 360 : Ce n’est pas la majorité des artistes qui font des mélanges stylistiques comme les tiens. Y a-t-il de la place pour ces affaires-là au Québec?
Violett Pi: Oui, moi je pense que les gens sont capables d’en prendre vraiment beaucoup, mais y’a un genre de retenue étrange. L’authenticité c’est être quelqu’un de normal qui fait des trucs plats. Ça c’est être authentique. Mais tu peux être extravagant et faire des trucs fous et être authentique! Ce n’est pas vu comme ça.
Faut que tu sortes les gens de chez eux, bin qu’ils sortent de chez eux parce que tu ne peux pas vraiment les sortir de chez eux à moins d’être une police, mais même à ça, faut qui sortent de chez eux, pis quand y sont dans un endroit neutre, comme une salle de spectacle, pis qui se retrouve devant un truc, pis qui ne pensent pas à tout le paradigme qui se sont construits, pis qui sont juste devant un spectacle, sont vraiment capable d’en prendre beaucoup. Des fois le monde a peur de paraître bizarre s’il écoute quelque chose de bizarre, mais moi, je suis convaincu que tout le monde est capable d’en prendre beaucoup.
PAN M 360 : Tu joues beaucoup autant avec les progressions d’accords que les changements de rythme. Tu joues avec les styles. Dans Aubade Juvénile, tu fais quasiment une suite baroque pour clavecin. Qu’est-ce qui te motive à faire aussi compliqué? Qu’est-ce qui te drive à écrire de même?
Justine Charland: Pour être franc je ne trouve pas ça compliqué. En fait pour vrai en général je vais plus simple que ce j’aimerais. Je fais ça pour moi, mais à un moment donné je me dis, y’a pas juste moi qui va l’écouter. J’essaie que ça soit compréhensible.
PAN M 360 : C’est intuitif ?
Violett Pi: Oui oui, je le feel. Une idée ce n’est pas : « ah oui j’ai une idée ! ». Non, ça te frappe, ça te traverse comme une flèche, là tu fais comme « oui c’est ça! » pis tu y vas, tu le fais. T’es frappé par une idée : un éclair. On ne se dit pas : « elle va m’arriver… » Oui elle va t’arriver, mais c’est comme la phrase, l’inspiration va arriver, mais elle doit te trouver au travail, ça c’est Picasso qui disait ça. Tu travailles tout le temps pis parfois l’inspiration va te passer dedans pis là ça va sortir. Si tu ne travailles jamais, que tu ne fais jamais rien, ben l’inspiration ne va pas venir te voir.
PAN M 360 : Ta musique, je la trouve drôle, humoristique, absurde, mais néanmoins elle va chercher des thématiques assez sérieuses, elle a des arrangements dark à la fois, ce qui rend tout ça plus crédible. Il y a de la crédibilité et de la sensibilité dans ta musique. C’est quoi ce réflexe d’amener d’aussi gros contrastes ?
Violett Pi: C’est ma personnalité, je pense je suis comme ça dans la vie. Je suis capable d’éclater de rire quand je pleure. Il y a aucun de mes trucs qui se mélangent, mais il y en a à l’infini, c’est plein de lignes, en ligne comme ça, de loin elles ont l’air mélangé, mais plus tu te rapproches plus tu vois que je c’est précis. C’est super cartésien, mais tellement compliqué, que ça a l’air d’être n’importe quoi mêlé, mais si tu te rapproches vraiment pis tu portes attention, c’est plus de la folie lego que du n’importe quoi. C’est plus un vrai délire. C’est solide comme délire quand même.
PAN M 360 : De cette folie-là, et on parlait de la retenue du Québec, il y a des thématiques que t’abordes, genre, le corps, la santé mentale, la mort. Ça déroge beaucoup des chansons d’amour, de beuveries, de ci ou de ça, qu’on retrouve plus souvent. Est-ce que t’as l’impression qu’en le faisant, t’ouvre une porte ? Que tu dis : « hey la gang, on peut parler de ça aussi » ?
Violett Pi: Pour être franc je ne me pose pas la question. Avant de vouloir changer les choses faut peut-être que tu te demandes si les choses ont envie de changer. Je pense qu’au Québec les gens pensent que le patrimoine, c’est quelque chose qui est déjà installé, qui est là et qu’y faut pas qu’y changent alors qu’il faut que tu crées du patrimoine. En étant ce que t’es au moment où t’es, à la place où t’es, en te posant pas de question, t’es en train de créer tout ça. Faque ce que j’espère en faisant tout ça, c’est qui ait un petit québécois, une petite québécoise, un.e iel québécois.es, qui veulent faire quelque chose. Qui trouve ça, et que ça l’allume et qu’iels partent dans une direction pas possible. Mon but, c’est que quand t’écoutes mon affaire, tu sais pas elle est où la limite, et c’est pas grave, je pense c’est ça le point.
Ça doit être parce que je suis un existentialiste, c’est juste ça c’est ma personnalité. Je ne vois pas ce qui a d’autres comme vraies questions dans vie à part la mort, l’amour, je ne sais pas le sexe pis tous ces trucs-là qui sont là. Je n’ai pas de tabou là-dessus, moi, je m’en fous à la limite. Dans mes tounes, je ne fais pas semblant que je ne comprends pas. Si je sais quelque chose, je ne ferai pas semblant que je ne sais pas.
PAN M 360 : À quand un prochain album ?
Violett Pi: Je serais supposé en avoir un en avril. Je sais pas, en fait, je prends beaucoup mon temps parce que j’aime avoir un recul. Baloney quand je l’ai fini, pis que je le réécoute, j’ai trouvé et je trouve qu’il est extrêmement complet, pis ça marche. Là celui que je vais sortir là j’en ai aucune idée, il est trop proche de moi pour que je le vois, peut-être que je me tire une flèche dans le pied en faisant ça, mais anyway hein, c’est mon pied! Je sais pas j’ai un peu peur quand même. Mais se casser la gueule en musique, c’est vraiment pas si pire. « On aime pas tes tounes! » « Ok! ». Je suis pas parti à la guerre et je reviens jamais, j’ai juste fait 4 mauvaises tounes c’est pas la fin du monde.
Les samedi 15 novembre et dimanche 16 à la Salle Bourgie, la violoniste franco-arménienne Chouchane Siranossian assurera la direction d’Arion Orchestre Baroque afin que l’on déguste deux œuvres symphoniques consacrées ainsi qu’une rareté du répertoire concertant pour violon.D’un génia Mozart âgé de 9 ans, on a droit à une symphonie écrite lors de l’étape aux Pays-Bas de son Grand Tour européen avec son père et sa sœur: la Symphonie n° 5 en si b majeur, K. 22 . De Haydn, la singulière Symphonie Les adieux qui indique subtilement à son patron le prince Esterházy sur le congé auquel aspirent les musiciens de son orchestre. Au centre du menu, la violoniste et cheffe invitée a prévu un concerto pour violon peu connu, qui nous fera découvrir le violoniste et compositeur allemand Andreas Romberg, admirateur de Mozart et de Haydn et qui côtoya Beethoven en début de carrière.
PROGRAMME :
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie n° 5 en si b majeur, K. 22
Andreas Romberg (1767-1821)
Concerto pour violon n° 7 en la majeur, SteR 47
Entracte
Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphonie n° 45 en fa # mineur (« les Adieux ») Hob. I: 45
Samedi : causerie d’avant-concert
Profitez de l’opportunité de rencontrer notre contrebassiste Francis Palma-Pelletier lors d’un échange ludique animé par notre directeur artistique Mathieu Lussier. Francis présentera notamment son nouvel instrument, une copie de la contrebasse utilisée dans l’orchestre de Haydn.
Rendez-vous le 15 novembre à 18h45 dans le lobby de la Salle Bourgie, près du bar, et préparez vos questions !
Dimanche : pré-concert jeunesse
En première partie du concert du 16 novembre à 13h30 aura lieu une prestation des ensembles baroques du Conservatoire de musique de Montréal, accompagnés par des membres d’Arion. Au programme, la musique de F. Couperin, Lully et Purcell !
Entrée gratuite pour les détenteurs de billets pour le concert d’Arion. Une belle occasion de découvrir la relève !
Pour PAN M 360 Alex Burger nous parle d’un concert spécial, c’est un concert thématique intitulé Un coin du ciel. Plusieurs artistes d’ici joindront Alex sur un plateau multigénérationnel pour un sommet kebamericana, c’est-à-dire des artistes québécois francos férus des éléments constitutifs de la musique populaire moderne d’Amérique du Nord en chanson: country, folk, blues, rock, « à l’ouest » du mainstream dans le cas qui nous occupe. Quiconque (ou presque) a grandi sur ce continent en connaît les fondements, qu’il les kiffe ou non. Voilà le propos de cette soirée Un coin du ciel, une soirée multigénérationnelle, gracieuseté d’Alex Burger qui réunit ce jeudi au Club Soda (et vendredi au Grizzly Fuzz à Québec) Mara Tremblay, Fred Fortin et Stephen Faulkner, Arielle Soucy, Veranda, Tom Chicoine, Cindy Bédard, Patrick Bourdon, Véranda. Alex Burger nous explique tout ça!
PAN M 360 : Un coin du ciel , qui est aussi le titre d’une chanson de Renée Martel, c’est une célébration kebamericana, n’est-ce pas?
Alex Burger : Ouais, ça ressemble à ça. À Québec, le lendemain, Émilie Clepper et Simon Kearney seront là aussi avec nous.
PAN M 360 : Étant toi-même un fervent praticien dans tes chansons, cette soirée tombe sous le sens.
Alex Burger : Ça faisait longtemps que je pensais à faire un show de ce genre-là, on dirait que c’était le bon moment à Coup de coeur francophone, c’était ben d’adon. Ça fait que ça existe, je suis vraiment content que ça puisse se passer.
PAN M 360 : Comment est-ce construit? Autour d’un répertoire original? Des classiques? Des reprises?
Alex Burger : Bon, on a plusieurs invités, il n’y aura pas de covers.Je n’ai jamais été bon pour les covers. Fait qu’on va faire les chansons de chacun, on va faire de mes chansons, puis ça va déborder… Ça va être long! Il va y avoir beaucoup de solos de guitare. Les solos vont être longs aussi. Il faut que les gens soient prêts, on va faire beaucoup de musique. Ce qui est important, c’est que le matériel soit bon, que tout le monde puisse pousser une ou deux chansons.
Oui, je ne brûlerai pas trop le punch, mais je compte sur Fred Portin parce qu’on l’aime beaucoup. Mara Tremblay aussi. Y a des artistes un petit peu moins connus, comme Patrick Bourdon, le passage va être un petit peu plus rapide pour lui, mais en même temps, ça va être super d’avoir son spotlight. Il va y avoir des duos, bien entendu, mais j’ai décidé de créer des duos aussi avec les invités, sans nécessairement que ça soit avec moi.
Si vous voulez entendre Ariel Soucy chanter avec Mara Tremblay, c’est la bonne soirée pour ça.
PAN M 360 : Y a-t-il d’autres associations qu’on peut savoir avant ?
Alex Burger : Je ne veux pas tout brûler, mais c’est sûr que Fred Portin et Faulkner, ça va se passer.
PAN M 360 : C’est bon ça! On n’a jamais vu ça ?
Alex Burger : Non, c’est ça. Faulkner, c’est le premier qui m’a dit qu’il voulait jouer avec Fred.
PAN M 360 : Les artistes viennent-ils avec des musiciens ou y a-t-il un house band derrière?
Alex Burger : Le house band, c’est mon band. C’est le band qui m’accompagne 5-6 musiciens. On va être une bonne gang!
C’est le groupe qui m’accompagne depuis 2018. Vous avez fait des arrangements pour chacune des pièces au programme. C’est ça.
PAN M 360 : Des arrangements collectifs pour cette soirée ?
Alex Burger : Étant donné que c’est mon groupe, on a quand même travaillé ensemble depuis longtemps. On a donc fait ça ensemble. Ça a été assez collectif. Il n’y a pas eu de directeur musical à proprement parler. On n’est pas dans un spectacle avec mise en scène. Nous, on se lance plus dans un show de rock. On va faire les tounes.Il va arriver ce qui arrivera. On va jammer.
PAN M 360 : Les introductions aux chansons seront-elles donc improvisées ?
Alex Burner : Oui, il y a beaucoup de choses qui seront improvisées. On est toujours comme ça dans mon groupe. Il y a toujours cette part d’improvisation qui faisait partie du spectacle.
Je n’ai pas voulu changer ça parce qu’on faisait une plus grande salle avec des invités. Je n’avais pas envie de dénaturer la tournée. C’est un peu aussi le spectacle de fin de tournée.
Ça fait deux ans qu’on fait la tournée du dernier album –Ça s’invente pas.
PAN M 360 : On comprend que la fin de ta tournée vire en gros party!
Alex Burger : Souvent, en fin de tournée, on va montrer les acquis de la tournée, comment le band est rendu tight. Là, je fais ça au Club Soda et j’avais envie de faire autrement parce que je l’avais déjà fait, ce concept-là de finir une tournée dans une grosse salle. J’avais envie de nous mettre en danger. Là, on est un peu plus en danger.
PAN M 360 : Forcément, vous faites plein de chansons de vos invités et il faut que ce soit bon!
Alex Burger : On n’est pas dans la répétition. On n’est pas dans nos petits patterns. Pour nous, c’est excitant comme spectacle. On sait où ça s’en va parce qu’on a appris tout déjà, mais on n’est pas sûr à 100 %. Ça, c’est le fun. C’est très bien.
PAN M 360 : Ça ne s’invente pas, comme de raison! L’album est sorti exactement il y a deux ans, en octobre.
Alex Burger : Oui, exact.
PAN M 360 : Donc, ça a été rodé en masse. Tu vas reprendre quelques chansons de l’album?
Alex Burger : Oui, je ne sais pas trop combien, mais aussi des chansons du premier album. On verra combien le monde en veut. Ça sera entre le tiers et la moitié du show. Ceux qui viennent pour entendre mes chansons, ils vont être servis. Ils vont en avoir.
PAN M 360 : Apothéose plus que country! Tous les fondements de la musique nord-américaine populaire y sont réunis!
Alex Burger : C’est ça. J’étais un peu plus prog quand j’étais jeune pour me rendre compte qu’avec le prog, on ne fait pas beaucoup de spectacles. Je niaise j’ai eu beaucoup de plaisir à faire cette musique-là. J’ai beaucoup appris de ces structures-là. Pis j’ai bien gros navigué dans l’americana parce que j’ai déjà gagné un prix qui portait cette étiquette. À un moment donné, c’est-tu country, c’est-tu pas country… J’en suis revenu. Quand je faisais plus de rock, je me demandais pas si je faisais du rock ou pas.
PAN M 360 : C’est rock, c’est country, c’est folk, c’est blues. Bluegrass?
Alex Burger : Du bluegrass, il va y en avoir. Véranda va être là!
PAN M 360 : Ah oui, quand même. Et que se passe-t-il de ton côté après ce spectacle qui se veut une conclusion au cycle Ça s’invente pas?
Alex Burger : Présentement, je n’ai pas beaucoup de temps pour mes projets, je suis en tournée avec Bon Enfant en tant que bassiste. Après quoi j’ai un univers plutôt tranquille. Je vais commencer à travailler sur un troisième album, mais tout en douceur. J’ai envie de faire un album pour le plaisir de le faire, je n’ai pas vraiment envie d’avoir un échéancier aux deux ans. Non, pour l’instant, il n’y a pas de plan précis. C’est bien de faire un album quand on a les idées pour le faire. Il faut aussi laisser le temps à tes fans d’avoir envie d’écouter un prochain album aussi.
PAN M 360 : De toute façon, le rythme est différent pour chaque artiste. Il n’y a pas de règles à ce titre.
Alex Burger : C’est ça, et il n’y a aucun plan établi de mon côté.
PAN M 360 : Alors, quoi qu’il advienne par la suite, on a hâte de se trouver ensemble dans Un coin du ciel!

La soprano Véronique Gens est la figure centrale d’un programme présenté par l’Orchestre symphonique de Montréal sur la mélodie française, ce mercredi 12 novembre et ce jeudi 13. La mélodie française est un concept lié au répertoire classique, elle était apparue en France au milieu du XIXe siècle. Pour voix et piano, parfois pour voix et orchestre comme dans le cas qui nous occupe, la mélodie française évolua de manière autonome pour voir son aura pâlir au cours du XXe siècle. Aujourd’hui, d’aucuns souhaitent la raviver et lui redonner ses lettres de noblesse à ce corpus imaginé par de grands compositeurs français du 19e siècle, de concert avec les meilleures plumes de leur époque.
Véronique Gens est de ces artistes se consacrant à cette résurgence.
Pour faire court, la chanteuse établie à Nantes a chanté du baroque pendant une bonne quinzaine d’années, elle s’est ensuite penchée sur d’autres répertoires, à commencer par la mélodies française, de concert avec l’organisme Palazzetto Bru Zane, coprésentateur de ce programme montréalais. Elle s’est aussi distinguée par son interprétation de La Voix humaine de Francis Poulenc et Jean Cocteau, que la cheffe et soprano canadienne Barbara Hannigan a magistralement offerte au public montréalais il n’y a pas si longtemps.
Véronique Gens se produit donc avec l’OSM sous la direction de la jeune maestra française Lucie Leguay. Également invitée à participer au jury de la finale du Concours OSM se consacrant à la voix cette année, Véronique Gens nous exlique sa relation avec la mélodie française.
PAN M 360 : Au cours de cette conversation, vous allez nous expliquer les choix de Berlioz, de Fauré, de Holmès, de Massenet, de Dukas, bref tous des compositeurs français du 19e siècle. Expliquez-nous la construction de ce programme, votre rôle en tant que chanteuse, parce qu’il y aura aussi la chef Lucie Leguay qui dirigera l’orchestre, au service de mélodies jadis écrites par les compositeurs pour orchestre.
Véronique Gens : La plupart du temps, les mélodies sont écrites au piano et c’est vrai qu’on fait toujours un peu les mêmes d’ailleurs, mais là justement grâce à l’intervention du Palazzetto Bru Zane, ce sont des mélodies qui sont rarement données ou même pratiquement jamais données, à part quelques Fauré, Les Roses d’Ispahan par exemple, ça c’est une mélodie que je chante très régulièrement en récital avec piano. Mais là on a la chance d’avoir trouvé, grâce toujours à Bru Zane, les transcriptions pour orchestre.Et ça, personne ne le fait jamais.
Alors on donne toujours très rarement des cycles de mélodies avec orchestre, je pense aux Nuits d’été de Berlioz par exemple, c’est à peu près le seul cycle que je connais et qu’on fait à peu près régulièrement et encore dans les grands concerts avec des grands orchestres symphoniques. Donc c’est un programme absolument inédit! J’ai eu la chance d’enregistrer toutes ces mélodies avec orchestre et voilà, en France personne ne m’a donné l’occasion de les chanter avec orchestre, voilà, merci Montréal et l’orchestre symphonique.
PAN M 360 : Ça ne se fait pas du tout en France, c’est quand même étonnant.
Véronique Gens : Mais non, moi ça ne m’étonne plus en fait. Les Français n’aiment pas la mélodie française… En résumé, on va dire ça.
PAN M 360 : Mais qu’en pensez-vous vous de la mélodie française ? Les avis sont partagés effectivement, pour certains qui ne connaissent pas le répertoire, ça peut faire un peu suranné parce qu’il y a un type de prononciation en vieux français, des mots qui ont peut-être vieilli…
Véronique Gens : Non, non, non! Toute ma vie, j’ai essayé de dépoussiérer tout ça si je puis dire, et je pense que les gens ont peur de la mélodie française à cause de ce que vous dites, avec la bouche un peu serrée, c’est de la musique très intellectuelle, très compliquée et tout ça… Je pense que la façon dont on la présente est un peu comme ça effectivement, en tout cas c’est en train de changer.
Enfin… c’est difficile de bouger tout ça, mais il y a beaucoup de mélodies qui sont très abordables, tous les Reynaldo Hahn, tous les Gabriel Fauré, alors effectivement si on fait une intégrale des mélodies de Debussy, là, c’est vraiment insupportable et c’est trop compliqué et c’est trop intellectuel… Bon, j’aime beaucoup Debussy, c’est un grand compositeur, mais des mélodies de Debussy, c’est quand même assez indigeste. Donc voilà, il faut, je pense, varier un peu les plaisirs et ce programme nous montre une espèce de panorama de tout ce que peut être la mélodie française.
Ça peut être des choses beaucoup plus légères, ça peut être des choses drôles, des choses très sérieuses, des choses tristes, évidemment, mais en plus là, encore une fois, ce qui est très spécial, c’est de les faire avec orchestre et je pense que ça, j’espère que ça va rassurer les gens, que ça va leur donner envie de venir. C’est moins austère, peut-être quelque part , qu’une chanteuse et un pianiste où c’est très sérieux. Voilà, avec un orchestre, les gens sont peut-être plus habitués à voir un orchestre… On essaie de varier le tir, en tout cas.
Il y aura des extraits des Nuits d’été, mais il y a aussi Théodore Dubois, honnêtement, avant de le chanter avec Bru Zane , je n’en avais jamais entendu parler. Voilà, alors, Fauré, oui, encore une fois,Les Roses d’Ispahan, la Chanson du Pêcheur, mais tout ça avec un éclairage très différent parce que c’est fait avec orchestre. C’est vraiment autre chose.
PAN M 360 : Des adaptations, donc. Elles ont été écrites, enfin, au départ, elles étaient écrites, la plupart, au départ, elles étaient écrites pour piano et voix, et ensuite, les compositeurs les ont écrites. Ils les ont fait systématiquement dans tout le programme auquel on a droit.
Véronique Gens : Oui , mais il faudrait questionner le directeur artistique de Bru Zane pour en savoir davantage.
PAN M 360 : Puisque nous ne pourrons le faire cette semaine, parlez-nous de Palazetto Bru Zane.
Véronique Gens : Voilà, ça fait à peu près 15 ans qu’on s’est rencontrés et j’ai découvert un continent artistique. La musique romantique française a été complètement négligée en France et le travail de Bru Zane est de faire ressortir toute cette musique avec des compositeurs dont je n’avais jamais entendu parler, qui sont passionnants pour la plupart. J’ai fait plusieurs enregistrements avec Bru Zane, peut-être bien une bonne vingtaine avec des œuvres complètement inédites. Benjamin Godard, par exemple, je n’en avais jamais entendu parler et c’est de la musique merveilleuse, très romantique, aussi très film hollywoodien.
Et voilà, et donc, il faut ressortir toutes ces œuvres, c’est un travail énorme de se remettre à apprendre toute cette musique. Mais avec Bru Zane, on fait un ou deux concerts maximum, un enregistrement et hop, terminé, on passe à autre chose. Donc, c’est vraiment un travail énorme, c’est assez frustrant parce que c’est beaucoup de temps. Mais c’est comme ça que ça fonctionne avec Bru Zane et ma foi, j’y ai découvert des choses absolument inédites et passionnantes.
PAN M 360 : Super. Parlez-nous de Lucie Leguay, maintenant, parlez-nous de cette direction d’orchestre, nous ne la connaissons pas.
Véronique Gens : Elle est très jeune et très prometteuse que j’ai eu l’occasion de rencontrer quand j’ai enregistré La Voix Humaine avec l’Orchestre de Lille.
Elle était l’assistante du chef Alexandre Bloch, elle entendait tellement bien ma voix, elle entendait tellement tout ce qu’il fallait, ce que le chef n’avait pas le temps d’entendre puisqu’il était très occupé avec son orchestre. Et c’était vraiment passionnant de travailler avec elle. Elle est très musicienne et très passionnée et elle aime les voix – et ça, ce n’est pas le cas de tous les chefs!
Voilà, et donc elle était là surtout pour m’aider moi, pour s’occuper de moi. Et c’était une collaboration. J’ai d’ailleurs appris beaucoup de choses en travaillant avec elle.
PAN M 360 : Ainsi, vous avez développé une relation professionnelle et artistique avec elle et vous lui donnez l’occasion de briller à Montréal.
Véronique Gens : Exactement! Et là, elle a été nommée il y a quelques jours directrice artistique de l’orchestre de Lausanne, de l’orchestre de chambre de Lausanne. Je pense qu’un grand avenir l’attend, c’est vraiment une jeune femme très intéressante et passionnante à mon avis.
PAN M 360 : OK! Essayons de survoler très brièvement le répertoire, quand même plusieurs œuvres au programme.
Véronique Gens : Oui mais comme vous savez, les mélodies sont assez courtes, sauf exceptions – comme les Berlioz, par exemple. C’est comme quand vous allez écouter un récital de chant avec piano, les programmes sont gros parce que les mélodies sont très courtes, tout simplement. Les pièces conçues pour voix et orchestre, je ne les connais pas toutes. Honnêtement, je ne les ai pas toutes entendues, mais ce sont des pièces qui ont été redécouvertes par Bru Zane et qui font partie de leurs enregistrements. Et en fait, la plupart de ces mélodies que je chante dans ce programme, je les ai enregistrées avec Bru Zane dans un programme intitulé Paysage. Et on a fait une intégrale des mélodies de Massenet avec orchestre dans un autre enregistrement.
PAN M 360 : Quant au textes de ce répertoire, comment les abordez-vous?
Véronique Gens : Je pense que la première chose, la plus importante quand on chante ce genre de mélodies, c’est se faire comprendre. Si les gens ne comprennent pas ce que vous racontez, ils décrochent tout de suite. Et c’est complètement naturel et normal.
Pour moi, vous savez, il y a ce grand débat concernant la mélodie française : qu’est-ce qui est le plus important? La musique ou le texte? Tout ça a été écrit par des grands poètes français, des Théophiles Gauthier, des Guillaume Apollinaire, tout ça. Personnellement, je pense qu’ici, la poésie nourrit la musique et la musique nourrit la poésie. Et ça fait quelque chose d’absolument exceptionnel par rapport à un air d’opéra qui n’a pas été écrit forcément par un grand auteur français.
PAN M 360 : Les livrets d’opéras ne manquent pas de textes ampoulés qui ont mal vieilli…
Véronique Gens : Oui. Et puis, on y répète un peu la même chose. Là, ce sont des poésies magnifiques. Et si on ne comprend pas ce qu’on y raconte, on passe à côté de tout. Et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles les gens décrochent aussi avec ce genre de répertoire. Alors si on est convaincu par ce qu’on raconte, on peut emmener tout le monde et on peut convaincre tout le monde. Si on fait avec un air un petit peu coincé, ça ne marche pas. Il faut juste être honnête et sincère. Et c’est comme ça que j’essaie d’aborder tout ça.
PAN M 360: Mais… La mélodie française serait mal aimée, là où elle est née.
Véronique Gens: En France, personne ne veut se lancer à programmer ce genre de musique, et c’est très dommage. Je chante des récitals de mélodies françaises partout, à Tokyo, en Angleterre. Les Anglais adorent ça. En France, il n’y a pas moyen de ne programmer que de la mélodie française. C’est comme ça…
PAN M 360: Comment l’expliquez-vous? Les Français ont peur de la mélodie française, ils aiment quand même la musique impressionniste, non?
Véronique Gens: Oui, mais là, il y a un autre paramètre, c’est le paramètre économique. C’est difficile de remplir une salle, aujourd’hui, avec un récital de mélodies françaises. C’est quand même un peu niche, si je puis dire. Et c’est quelque chose, encore une fois, qu’on ne fait pas assez souvent. Et les gens ne sont pas assez habitués. C’est un travail de pédagogie à faire et à refaire. C’est un travail, c’est un souci de tous les instants.
PAN M 360: Parlons enfin de vos autres activités prévues à Montréal ?Véronique Gens: Puisque je suis là en ce moment, je vais donner des master classes au Conservatoire de Montréal. Et puis on m’a demandé d’être dans le jury de la fin. Je n’y suis pas les deux premiers jours. Je vais bien m’occuper ! Je suis ravie qu’on m’ait demandé, je fais de plus en plus de jury. Je donne de plus en plus de cours. C’est passionnant de voir le niveau de tous ces jeunes chanteurs qui montent et qui montent. Ils sont tous prêts. Et c’est d’autant plus difficile qu’il faut faire un choix alors qu’ils sont tous très bons et très forts. Et… c’est très, très difficile maintenant de démarrer une jeune carrière. C’est un phénomène mondial. Que vous soyez en Asie, que vous soyez en Amérique du Nord ou en Europe, vous voyez des gens de très haut niveau mais… il n’y a pas de place pour tout le monde.
INFOS ET BILLETS ICI
C’est un double anniversaire qui sera fêté le samedi 15 novembre 2025 à la Salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal : le 60e de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et le 75e de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (UdeM). Pour l’occasion, un programme retraçant l’histoire commune des deux vénérables institutions sera joué, en mettant de l’avant la musique des diverses personnalités qui ont dirigé la SMCQ tout en étant enseignants à la Faculté. J’ai parlé de cet événement et des différents éléments qui unissent les deux institutions avec Simon Bertrand de la SMCQ et Jean-Michaël Lavoie de l’UdeM.
PANM360 : Quelle est l’importance du lien entre la SMCQ et l’UdM?
Simon Bertrand : Il est majeur car de nombreux compositeurs ont joué un rôle important autant pour la SMCQ que pour la faculté de musique de l’Université de Montréal, comme c’est le cas de Serge Garant.
Jean-Michaël Lavoie : En effet. Serge Garant était professeur d’analyse et de composition à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et dirigeait l’Atelier de musique contemporaine avant qu’il devienne directeur artistique de la SMCQ.
PANM360 : Dans vos coeurs respectifs et de façon totalement subjective, quels ont été les moments les plus marquants et historiques de cette collaboration?
Simon Bertrand : Il y en a eu de nombreux, car à l’époque la Salle Pierre-Mercure n’existait pas encore et ainsi, de nombreux concerts marquants de la SMCQ avaient lieu à la salle Claude Champagne. Bien sûr la venue de figures de proues de la musique contemporaine comme Stockhausen ou Berio ont été des moments importants.
Jean-Michaël Lavoie : Étant professeur à la Faculté de musique et directeur de l’Atelier de musique contemporaine depuis 2017, le concert du 15 novembre 2025 deviendra le moment le plus marquant pour moi. Je suis très heureux de participer à ce projet.
PANM360 : Comment avez-vous construit le programme, et pourquoi le choix de chacune de ces œuvres?
Simon Bertrand : L’Idée de base était de mettre de l’avant une œuvre de chacun des anciens directeurs artistiques de la SMCQ, tout en sachant que, ce faisant, nous allions également programmer des compositeurs qui ont également été ou sont toujours professeurs à l’UdM, comme Garant et Sokolovic. Bien sûr nous avons également inclus une commande à un jeune compositeur, afin d’assurer la présence de la relève, et un plus grand dialogue intergénérationnel.
PANM360 : Ça a toujours été un défi de rejoindre le public pour la musique de création et d’avant-garde. D’après-vous, est-ce que c’est plus facile ou plus difficile aujourd’hui, dans notre contexte culturel, économique et technologique?
Simon Bertrand : Cela dépend des stratégies qui sont adoptées. Pour ma part je considère qu’il est essentiel de décloisonner la musique dite « contemporaine » et d’aller chercher le public et les autres formes d’arts, et pour ce faire, développer des collaborations multidisciplinaires avec des artistes dans d’autres domaines. Mais le programme du concert de ce samedi a une connotation plus historique et commémorative, comme une sorte de célébration.
Jean-Michaël Lavoie : Le défi demeure le même et je dirais qu’il est peut-être plus difficile aujourd’hui de rejoindre le public, car les concerts sont moins fréquentés qu’avant. Aujourd’hui, nous pouvons découvrir toutes les musiques et tous les artistes internationaux sur les plateformes numériques, alors qu’avant il fallait aller au concert pour découvrir ce que les autres faisaient et s’ouvrir à de nouveaux horizons.
PANM360 : Les différents directeurs de la SMCQ sont au programme. Pourquoi pas Simon Bertrand?
Simon Bertrand : Je me suis fait le serment formel de ne pas m’auto-programmer au moins pendant les deux premières années de mon mandat à la SMCQ, car je trouve que trop de directeurs artistiques le font et qu’il y a trop de conflits d’intérêts souvent très évidents dans notre milieu.
PANM360 : Comment entrevoyez-vous l’avenir de la relation entre les deux institutions? Quels sont les éléments qui inspirent confiance? Quels sont les défis?
Simon Bertrand : Je crois que cette alliance naturelle entre la SMCQ et l’Université de Montréal perdurera dans la mesure où les compositeurs qui y enseignent continueront à travailler avec notre organisme. C’est en tout cas mon souhait le plus cher !
Jean-Michaël Lavoie : Les collaborations sont possibles uniquement lorsqu’il y a une volonté de travailler ensemble et un dialogue soutenu. Depuis que je suis à la Faculté de musique, le dialogue a toujours été constant. Je me souviens de plusieurs projets évoqués et concrétisés avec Walter Boudreau. Je suis donc très heureux que, sous la gouverne de Simon Bertrand, cette collaboration se poursuive entre la Faculté de musique de l’UdeM et la SMCQ.
PANM360 : Autre chose que vous aimeriez souligner?
Jean-Michaël Lavoie : Avec les années, je constate qu’il est aussi important de bien connaître le passé et l’histoire que d’être dans l’avancement, le progrès, la nouveauté, la création, etc. Savoir d’où nous venons et pourquoi ceci et cela a été fait est extrêmement révélateur et donne un sens à ce que nous faisons aujourd’hui (et demain).
Samedi 15 novembre 2025 19h30
Œuvres de Boudreau, Daigneault, Garant, Sokolović et Tremblay.
Participant·es
Ensemble de la SMCQ
Cristian Gort, direction musicale
Ensemble de musique contemporaine de l’Université de Montréal
Jean-Michaël Lavoie, direction musicale
Programme
- Coffre III(a) (Le Cercle Gnostique I {<Incantations IV>}) (1978, 84, 93), 10:00
Walter Boudreau
flûte (ou clarinette), violoncelle et piano - Quintette (1978), 16:00
Serge Garant
flûte (flûte alto), hautbois (cor anglais), violoncelle, piano et percussions- Jouer l’extrait audio
- Nombres I
hautbois, violoncelle, vibraphone et piano - Solo
flûte - Aria I
flûte, hautbois et vibraphone - Trio
flûte, hautbois et vibraphone - Nombres II
flûte alto, cor anglais, violoncelle, vibraphone et piano - Duo
marimba et piano - Aria II, avec introduction
flûte, hautbois, violoncelle et vibraphone - Quatuor
flûte, hautbois, vibraphone et violoncelle - Nombres III
flûte (flûte alto), hautbois (cor anglais), violoncelle, gongs, tam-tam et piano
- Cinq locomotives et quelques animaux (1996), 12:57
Ana Sokolović
flûte, clarinette, basson, cor, percussions, violon, alto et violoncelle - Souffles (Champs II) (1968), 15:00
Gilles Tremblay
2 flûtes (piccolo), hautbois, clarinette, cor, 2 trompettes en si bémol (trompettes en do), 2 trombones, piano, 2 percussions et contrebasse
Commande: SMCQ, avec l’aide du CAC - Sensations: Lueurs du néant (2025)
Maxime Daigneault
2 flûtes, hautbois, clarinette, cor, 2 trompettes, 2 trombones, célesta, 2 percussions, 2 violoncelles et contrebasse
Création
Velours Velours, fort de la sortie de son dernier album Quand je pleure, je suis content , nous a offert une entrevue dans le cadre de Coup de Coeur Francophone.
PAN M 360 : Bonjour Raphaël, joyeux Halloween! Comment se passe ton automne? Quel est ton déguisement d’Halloween cette année?
Velours Velours : J’étais déguisé en détective et c’était mon anniversaire alors j’étais déguisé en détective qui aime tellement son travail qu’il ne peut s’empêcher de le faire même le jour de sa fête.
PAN M 360 : Tu as fait paraître ton premier long jeu au début de l’année, Quand je pleure, je suis content. C’est un album foncièrement sympathique, qui nous prend par la main pour aller prendre une marche dans le soleil, nous jase doucement de la vie avec une authenticité sereine. Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as créé ces chansons?
Velours Velours : Différents états d’esprits… l’album est assez éclectique même si assez cohésif. Les chansons ont été écrites à différents moments dans différents endroits. C’est une longue phase d’introspection, de vécu et de ressenti que j’ai mis dans ces chansons-là, certaines assez intimes. C’est un album sensible et honnête, mélancolique mais vraiment lumineux, c’est dans tout ça que j’étais en le composant.
PAN M 360 : Lors de POP Montréal tu as fait une performance où durant 24h tu as joué ta chanson La fin à chaque fois que quelqu’un sonnait une cloche. Des images de cette expérience ont dernièrement fait apparition sur tes réseaux sociaux. Quelle était l’intention derrière cette démarche? Comment est-ce que ça s’est passé? Qu’en as tu retiré?
Velours Velours : Quand on a conceptualisé l’événement ma gérante et moi, on avait envie de remettre une chanson de l’album d’une manière spéciale. Au fil du brainstorm, cette idée de performance en huis clos est venue. Ça a pris sens au courant de l’événement, les paroles de la chanson, les allées et venues des gens, la fatigue qui s’accumule et l’adrénaline qui prend le dessus. Le but était vraiment d’aller « jusqu’au bout ». Ça n’a pas été trop difficile finalement, j’ai été très bien accompagné autant par mon équipe que par le public présent et les artistes qui m’ont accompagné et qui ont transformé la performance avec leur interprétation de la chanson. Définitivement, un moment fort de ma carrière jusqu’à présent.


Photos: Camille Gladu-Drouin
PAN M 360 : Qu’as-tu prévu pour ton spectacle dans le cadre de CCF?
Velours Velours : Ce spectacle-là est quand même spécial, c’est un peu l’aboutissement de la tournée jusqu’à maintenant qu’on ramène à Montréal. On s’est replongé dans les chansons, revisité certaines affaires pour se permettre de jammer plus et on a même préparé deux cover… à suivre! On veut tripper et faire tripper le monde, on ne rejouera pas à Montréal avant un bon bout après ça alors ça s’enligne pour être vraiment bien plaisant!
Velours Velours sera en spectacle le 14 novembre avec Katrine Noël dans le cadre de Coup de cœur francophone dès 20h aux Foufounes Électriques. 🔗 Voyez les détails de l’événement sur notre agenda 360
Lena Chamamyan est une habituée du FMA, elle s’y produit depuis les années 2000. Sa carrière avait commencé à Damas et dans les pays du Levant, bien avant la guerre civile l’oblige à quitter son pays pour ainsi poursuivre sa carrière hors des zones de violence. Établie en France où elle y a obtenu la citoyenneté, Lena Chamamyan a fait évoluer son art au gré de ses migrations. Plus encline aux sonorités nouvelles, c’est-à-dire à une mixité de sonorités électroniques et instrumentales inscrite dans les codes de la musique pop arabe ou même la musique arabe classique sans compter ses explorations flamenco ou jazz. De retour au FMA après s’y être absentée depuis l’automne 2022, la chanteuse syro-française compte maintenir sa facture instrumentale acoustique. L’électro pourrait suivre au cours des années qui viennent.
Photo tirée du compte Instagram de Lena Chamamyan
CE DIMANCHE 9 NOVEMBRE, 5E SALLE DE LA PLACE DES ARTS
PAN M 360 : Comment votre programme du FMA a-t-il été construit?
Lena Chamamyan : Ça fait quelques années que je n’ai pas donné mon propre concert ici. Mais je n’ai pas cessé pendant ce temps de donner mes concerts partout en Europe. Pour Montréal, j’ai préparé le même répertoire que je fais en Europe. Ce sont des chansons dédiées à la diaspora méditerranéenne.
PAN M 360 : Que voulez-vous dire par cet engagement?
Lena Chamamyan: Il y a des chansons qui sont conçues pour eux. Il y a des chansons qui racontent la diaspora. Il y a aussi de nouvelles chansons, je suis en train de défendre des chansons de mon nouvel album.
PAN M 360 : Si on parle de votre nouvel album, comment a-t-il été produit? Quelle en est la facture? Avec qui avez-vous travaillé?
Lena Chamamyan : C’est une autoproduction. J’ai fait appel à des producteurs d’âges différents, de 19 ans à 50 ans. J’ai voulu montrer toute la culture arabe d’aujourd’hui tout en conservant l’usage de l’arabe littéraire dans les textes. J’ai voulu faire en sorte que ça marche toujours avec différentes propositions musicales. Alors j’ai mélangé les genres avec les chansons, certaines chansons folk ont été changées, les mélodies ont été retravaillées. Je l’ai fait dans plusieurs chansons, j’ai actualisé mes compositions que j’ai ensuite confiées à des producteurs arabes ou maghrébins d’âges différents et de nationalité différentes.
PAN M 360 : Quelle est l’instrumentation?
Lena Chamamyan : Il n’y a que moi qui chante, il y a des guitares, des claviers, des cordes, du oud, de l’électronique. Il y a des producteurs d’Algérie, de Jordanie, mais surtout des Syriens exilés partout . J’ai voulu savoir leur influence, celle aussi qu’ils ont reçu dans dans la diaspora. Des producteurs comme Maher El Mallakh, Omar Alkilani, George Koita, OBADA Q, Shady Moanes, Ghaleb Zidan, Hello Psychaleppo…
PAN M 360 : En majorité, vous avez travaillé avec des producteurs à la page!
Lena Chamamyan : Oui, ce sont majoritairement des producteurs incluant l’électronique à leur travail. Normalement, je travaille surtout en instrumentation acoustique mais j’ai changé mon style pour cet album.
PAN M 360 : Et ce dimanche au FMA? Allez-vous présenter votre nouveau matériel en mode électro?
Lena Chamamyan : Non. Ce sera la version acoustique. Il y aura des chansons anciennes, mieux connues, et il y en aura des nouvelles qui seront présentées pour la première fois sur scène, ici à Montréal.
PAN M 360 : Ce ne sera donc pas l’instrumentation de votre dernier album!
Lena Chamamyan : Non, pas du tout. Jusqu’à maintenant, je maintiens la version acoustique pour mes spectacles. Je n’ai pas encore fait une version électronique live, mais nous sommes en train de préparer ça.
PAN M 360 : Ce serait très intéressant de découvrir cet aspect de votre travail.
Lena Chamamyan : Oui, ce projet pourrait renouveler les choses.
PAN M 360 : Joseph Nakhlé, qui est à nos côtés, tu devrais penser à présenter la version électro de Lena à Orientalys , le pendant estival du FMA en août dans le Vieux-Port.
Joseph Nakhlé : Complètement. En plein air , on a déjà pensé à une version électronique de nos artistes invités au FMA
PAN M 360 : Et pour la version du dimanche 9 novembre?
Lena Chamamyan : Nous avons essayé, mais les musiciens pressentis n’ont pas obtenu de visa. Moi, j’ai maintenant la nationalité française depuis 2020.
Joseph Nakhlé : Si je peux ouvrir une parenthèse là-dessus, il y a cette année plus de refus de visas et nous avons un problème avec la soirée de clôture. Même Moeen Shreif de Beyrouth, qui est une méga vedette pop au Liban et dans le monde arabe, n’a pas encore obtenu son visa à quelques jours de l’événement. Il est pourtant venu chanter au Canada à plusieurs reprises. On souffre cette année par rapport à ça. Ça devient vraiment ridicule… Si ça met en cause notre soirée de clôture, on sortira un communiqué de presse et ainsi de suite.
PAN M 360 : Quelle est l’année de votre dernier passage au FMA?
Lena Chamamyan : J’y étais venue en 2022. J’étais aussi venue quelques fois auparavant. Aujourd’hui je crois qu’il y a une grande différence entre mes premiers spectacles au FMA et mon spectacle actuel. Au niveau du texte, au niveau de la musique, au niveau de tout.
PAN M 360 : Puisque vous avez la citoyenneté française depuis 2020 vous vivez en France?
Lena Chamamyan : Oui en bonne partie. Je vis entre Paris et Le Caire, où je joue un appartement car j’aime y passer l’hiver parce qu’il fait plus chaud et que j’y ai de très bons amis. Mais en été, ça devient trop chaud et donc je suis plutôt à Paris.
PAN M 360 : Il y a beaucoup de studios au Caire, vous y travaillez?
Lena Chamamyan : Je travaille plutôt en Europe et en Turquie avec les musiciens et producteurs.
PAN M 360 : Oui vous êtes une habituée du FMA. Je me souviens vous avoir parlé au début de votre carrière, lorsque vous viviez en Syrie.
Lena Chamamyan : Oui, ma famille vivait à Damas à l’époque. Mon père vient d’Alep mais j’ai grandi à Damas. Lors de mes premières années, mes chansons étaient plus mélancoliques et romantiques.
PAN M 360 : À l’époque de vos premiers concerts, c’était différent.
Lena Chamamyan : Maintenant, ma musique a beaucoup plus d’énergie. Je crois qu’on a besoin de célébrer la joie. Il y a beaucoup d’énergie positive mais il y a aussi plein d’énergie négative qui doit s’exprimer. Je pense qu’un concert est une séance de musicothérapie.
PAN M 360 : Le contexte actuel est tellement difficile pour les Syriens et leurs voisins arabes, il faut penser à se soigner en exprimant sa colère et aussi sa joie.
Lena Chamamyan : Exactement!
Musiciens de Lena Chamamyan au concert du FMA :
Arden Arapyan: Piano et direction musicale
Marwan El Boukhari: Basse
Nizar Tabcharani: Qanoun
Phyras Haddad: Percussions
Fadi Machreki: Percussions
Raffi Kevork Chouljian: Batterie
Nawar Helala: Trompette
Avec sa pop alternative déjantée, nourrie au punk et à l’électro-industriel, LE VENIN a trouvé son chemin direct dans mes veines dès la première écoute de son nouvel album, paru sous l’étiquette Simone Records. Une énergie sans égale semble mouvoir cet artiste encore assez méconnu. PANM 360 a cherché à établir un premier contact avec celui qui pourrait fort bien devenir le nouvel enfant terrible de la musique québécoise.
PANM: Bonjour Antoine, félicitations pour la parution de ton album AUTO-CONSTRUCTION MIXTAPE, qui définit LE VENIN comme un des projets musicaux les plus novateurs des dernières années. — Antoine: C’est vrai en esti ce que tu viens de dire. — Avec un mélange de genres des plus percutants et une énergie extrêmement puissante, des productions variées et saisissantes, ton album vient nous surprendre à tous les détours. Quels sont les moyens par lesquels tu cherches à revoir les codes de la pop Québécoise?
Antoine: Par une production réinventée et moins convenue que les standards que l’on connaît. Des fois ça vaut la peine de se casser la tête un peu et essayer de faire de quoi de différent, même si c’est à chier parfois, l’exercice en vaut le détour.
PANM: J’étends pas mal de Nine Inch Nails et Les Vulgaires Machins par moments, est-ce que je me trompe? Quelles sont tes influences au niveau du hip-hop, de l’électro industriel et du rock?
Antoine: Je ne connais pas vraiment Nine Inch Nails, Les Vulgaires c’est clairement une bonne inspiration. Je dirais que les autres influences sont Kanye West, Ashnikko, Rammstein, Locked Club pis genre d’autres affaires random en criss.
PANM: Quelle est ton expérience de collaboration avec Hubert Lenoir, Robert Robert et Jérôme 50 et comment est-ce que cela a informé tes choix pour LE VENIN?
Antoine: Jérome 50, il fait ben trop de take en studio c’est épouvantable, Hubert Lenoir il chante crissement aiguë pis Robert Robert y s’appelle même pas Robert. Hubert m’a beaucoup aidé à mettre au monde mon son, m’a beaucoup aidé à me diriger dans ma création, à trouver un sens à tout ça.
PANM: Qu’est-qui se pointe à l’horizon pour LE VENIN? As-tu des concerts de prévus? Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite?
Antoine: Disons que je ne suis pas sur le bord de lâcher ma job. Je vais essayer de faire des shows pas trop mauvais dans une salle pas trop loin de chez vous. J’aimerais amener ce projet-là en Europe, la nourriture y est terriblement bonne.
Les Leçons de Bach, c’est peut-être un rappel d’une inspiration fondamentale des Violons du Roy que Bernard Labadie a fondé à Québec au milieu des années 80. Prévus initialement par le pianiste et chef Robert Levin qui a dû déclarer forfait à cause d’ennuis de santé, les programmes présentés jeudi au Palais Montcalm et vendredi à la Salle Bourgie sont exceptionnellement dirigés par Bernard Labadie et accueillent le pianiste Inon Barnatan. L’exécution de ces programmes n’en demeure pas moins emballante, laissons à Bernard Labadie l’occasion de nous mettre l’eau à la bouche !
JEUDI AU PALAIS MONTCALM, VENDREDI À LA SALLE BOURGIE BILLETS ICI
PAN M 360 : Est-ce rare de présenter un programme exclusivement consacré à Bach chez Les Violons du Roy?
Bernard Labadie : Si on regarde l’ensemble des programmes, il n’y en a pas des tonnes, mais il y en a généralement au moins un par année, je vous dirais. Ne serait-ce que parce que moi-même, je suis un fan fini de la musique de Johann Sebastian Bach.
PAN M 360 : Impossible de ne pas l’être! C’est le maître absolu!
Bernard Labadie : Oui. Dans mon cas, je dirais même que c’est à cause de sa musique que je suis devenu musicien.
PAN M 360 : Comment ce choix est-il venu cette année?
Bernard Labadie : Il y a une chose qu’il faut garder en tête pour le programme de cette semaine, c’est que ce n’est pas mon programme. C’est celui de Robert Levin, le pianiste qui devait être notre invité cette semaine. Il devait être à la fois soliste et chef de ce programme. Je suis très triste de son absence – il a eu un ennui de santé.
Alors, il fallait le remplacer. Et remplacer Robert par une seule personne, c’est très difficile. Non seulement, il était le pianiste et le chef, mais en plus, il est une immense autorité sur le répertoire du 18e siècle.Il est une sorte de légende, en fait. Alors, moi, je me réjouissais. Je suis aussi un ami personnel de cet artiste que je connais depuis longtemps. Mais là, je me retrouve à assumer une partie de sa responsabilité. Évidemment, je ne suis pas pianiste.
On a invité un pianiste à le remplacer.
PAN M 360 : Parlez-nous d’Inon Barnatan.
Bernard Labadie : Il est un pianiste israélien qui habite aux États-Unis depuis longtemps. Je vais être honnête, ce n’est pas un musicien que je connais bien, mais j’entends parler de lui depuis longtemps. J’ai eu pendant 7 ans un mandat à New York, avec l’Orchestre St. Luke’s. Pendant ce mandat qui s’est terminé en avril dernier, j’ai eu beaucoup de contacts avec la scène musicale de là-bas. C’est un nom qui refaisait surface. Mes collaborateurs me parlaient en me disant qu’il fallait vraiment que je travaille avec lui. Finalement, ça n’avait pas fonctionné mais le hasard fait que ça se passe non pas à New York mais à Québec et à quelques semaines d’avis seulement.
PAN M 360 : Et quelle est la réputation d’Inon Barnatan concernant le répertoire de JSB?
Ce n’est pas encore dans la ligue de Robert Levin qui a dû annuler, ou d’Andras Schiff ou encore de Sergei Babayan, qui sont des grands interprètes de Bach.
Bernard Labadie : Je vous dirais que… C’est-à-dire que je ne crois pas qu’Inon soit reconnu comme un spécialiste de Bach. C’est un pianiste qui fait plutôt un répertoire très large, y compris Bach, qu’il aime beaucoup. Il m’a raconté qu’il arrivait d’un récital Brahms en Allemagne et qu’il avait fait de la musique de chant avec des musiciens à Boston, il y a quelques semaines. C’est quelqu’un qui ouvre vraiment tout le répertoire, par opposition à Robert Levin une sommité dans le répertoire du 18e, du début du 19e – quoiqu’il soit aussi un des plus grands spécialistes vivants de la musique d’Henri Dutilleux , un grand compositeur français (1916-2013) – mais c’est assez fréquent chez les gens qui font beaucoup de musique en s’inspirant des anciennes pratiques.
PAN M 360 : Passons en revue le répertoire au programme des Leçons de Bach : d’abord les 5 contrapunctus de Die Kunst der Fuge / L’Art de la fugue
Bernard Labadie : En fait, justement, c’est de la musique que j’ai fait beaucoup avec l’orchestre. On a même enregistré l’Art de la Fugue au complet au début des années 2000. Et puis on a joué l’Art de la Fugue au complet en concert. Il y a, je pense, trois ans, à Québec. Faire tout l’Art de la Fugue en concert, c’est rare. C’est une grosse bouchée. C’est assez compliqué. En faire des extraits, c’est arrivé assez souvent, y compris en tournée.
Mais ce qui va peut-être distinguer notre approche cette fois-ci, on va faire les extraits de l’Art de la Fugue tel que Robert avait prévu les faire.
L’Art de la Fugue, c’est une œuvre qu’on dit parfois théorique, dans la mesure où il n’y a pas d’instrumentation prévue. C’est écrit sur des lignes séparées, l’écriture est à quatre voix partout. Donc ça pourrait nous faire penser à un quatuor d’instruments, ça a d’ailleurs été fait souvent en quatuor à cordes. Même si l’œuvre avait été écrite sur quatre lignes et que Bach l’avait prévue comme une œuvre de clavier, c’est parfaitement jouable au clavier. Oui, c’est fait pour clavier seul normalement puis il y a eu des augmentations par la suite. Oui, il y a eu plusieurs.
Alors quand on fait L’Art de la fugue, quand je dis nous, ça veut dire moi et Les Violons du Roy, on a toujours une approche assez orchestrale, c’est-à-dire qu’on utilise nos 14 cordes, y compris la contrebasse qui double la ligne de violoncelle, qui rajoute donc une octave éphémère à la structure. On ajoute aussi toujours un instrument harmonique, la basse continue. On prend tout simplement les 4 lignes originales de Bach et puis on les attribue aux différentes sections de l’orchestre. Dans notre cas, c’est la formation de base des Violons du Roy – 4 premiers violons, 4 seconds violons, 3 altos, 2 violoncelles, une contrebasse. En utilisant la contrebasse, on se trouve à ajouter une octave supérieure à la ligne grave, donc on donne une dimension qui est plus large, qui est plus orchestrale qu’ajouter un clavier – clavecin ou orgue. Alors, ça, c’est une signature de la musique orchestrale du baroque tardif.
Robert Levin, lui, avait choisi une approche plus pure, sans contrebasse et sans instrument harmonique. Donc, la plupart des contrepoints, sauf un qui va être fait par des instruments solides, seront exécutés sans contrebasse, sans clavecin ou sans orgue, ce qui donne une vision beaucoup plus pure de la musique. C’est comme une espèce de lecture où la clarté de la polyphonie est extrêmement évidente. Là, la musique est absolument transparente parce qu’on a les quatre voix à peu près égales en puissance telles qu’elles ont été écrites par le compositeur. Donc, il n’y a pas de clavier et il n’y a surtout pas de contrebasse dans la version ici jouée. Comme c’était le choix de Robert, on a décidé de conserver cette approche. Et puis, comme nous avons souvent offert cette musique à notre public cette musique, à mon sens, c’était moins intéressant de revenir et de la refaire encore une fois comme nous avons eu l’habitude de la faire, mais de la présenter plutôt sous un jour légèrement différent.
PAN M 360 : Oui, c’est toujours une bonne idée d’apporter des variations à ce qu’on a déjà accompli.
Bernard Labadie : C’est toujours mieux de le faire.
PAN M 360 : Passons au plat de résistance, le Concerto pour clavier no 1 en ré mineur, BWV 1052 :
Bernard Labadie : C’est le plus grand concerto de clavier de Bach. C’est le plus long, le plus élaboré, le plus célèbre aussi. C’est même un concerto que certains pianistes romantiques avaient à leur répertoire, ce qui était très rare à l’époque, parce que la musique de Bach était peu fréquentée par les pianistes au XIXe siècle. Mais il y a une ampleur telle qu’il y a un souffle immense qui parcourt cette œuvre. Et c’est une œuvre pour laquelle on peut soupçonner que Bach avait une affection particulière, parce qu’il avait subséquemment repris le premier et le dernier mouvements dans trois cantates différentes.
PAN M 360 : Pourquoi le concerto italien BWV 971?
Bernard Labadie : À l’origine, Robert avait prévu une autre œuvre qui, moi, ne me convenait pas puisque je ne l’avais jamais faite. Et comme j’ai accepté de le remplacer à la dernière minute, on a décidé de faire un léger changement du programme d’origine. Le Concerto italien s’inspire du modèle du concerto vivaldien. Le style de l’écriture est résolument italien dans son influence. D’autres œuvres de Bach sont beaucoup plus influencées par le style français, certaines se retournent plus vers le style de l’Allemagne du Nord.
PAN M 360 : Comment pouvait-il s’abreuver à toutes ses influences?
Bernard Labadie : Au début de sa carrière, Bach avait un patron à Weimar qui était bon musicien et qui avait de l’argent. Quand il voyageait à Amsterdam, il ramenait chez lui les dernières partitions disponibles avec lesquelles Bach pouvait se familiariser. Et puisque Bach et Vivaldi étaient des contemporains, le jeune Bach avait étudié les œuvres de Vivaldi et les a même transcrites pour clavier seul. Une manière pour lui de s’imprégner du style.
PAN M 360 : Passons à l’extrait de L’Offrande musicale, BWV 1079.
Bernard Labadie : C’est le célèbre Ricercare, un terme ancien qui désigne une forme primitive de la fugue qui était pratiquée par les clavecinistes du XVIIe siècle. Chez Bach, c’est l’équivalent d’une fugue. Qu’il ait choisi le mot Ricercare est un hommage au passé, mais c’est aussi, je pense, peut-être une référence à l’origine de la pièce.
L’Offrande musicale, c’est en fait le résultat d’une visite de Bach à la cour de Frédéric II Le fils de Johann Sebasti.an Bach, Carl Philipp Emanuel, était claveciniste à la cour de Frédéric II, ce qui explique en partie l’invitation de son père. La réputation de ce dernier comme improvisateur au clavier était bien établie, notamment au sein de l’orchestre de Frédéric II, qui avait rassemblé autour de lui un groupe de musiciens qui étaient parmi les plus célèbres, les plus compétents de l’époque.
Alors ces gens-là avaient entendu parler de Bach, ne connaissaient pas nécessairement très bien sa musique, mais savaient qu’il était un redoutable improvisateur au clavier, qu’il était aussi un maître de la fugue. Lorsque Johann Sebastian fut sur place, il lui demanda d’improviser. Le roi lui donna un thème très beau, long et complexe, et on lui demanda d’improviser une fugue à six voix sur ce thème – les fugues sont généralement composées à 4 voix. Bach répondit qu’il était impossible d’improviser une fugue à six voix sur ce thème, mais qu’il en improviserait une à six voix sur l’un de ses propres thèmes. Et c’est apparemment ce qu’il a fait.
Quand il rentra à Leipzig, il composa cette fugue à six voix, Ricercare, une des plus célèbres fugues de l’histoire de la musique, analysée sous toutes ses coutures par à peu près tous les musiciens du monde ayant étudié le contrepoint.
PAN M 360 : Il nous reste le Concerto pour clavier no 5 en fa mineur, BWV 1056
Bernard Labadie : Oui, il y a sept concertos pour clavecin de Bach. Il y en a trois pour deux clavecins. Il y en a deux pour trois clavecins.Puis il y en a un pour quatre clavecins. Le Concerto en fa mineur un concerto plus court, beaucoup moins élaboré que le premier au programme. Le no 5 est surtout connu pour son très beau mouvement lent – le deuxième. On peut l’entendre dans tous les ascenseurs du monde . Oui, c’est vrai, ce mouvement lent est une création mélodique assez extraordinaire.
PAN M 360 : En dernier lieu, M. Labadie, revenons brièvement sur votre retour à la barre des Violons du Roy, lorsque se terminera le mandat de Jonathan Cohen.
Bernard Labadie : Tout simplement, je reprends le poste de directeur musical, mais je ne le reprends pas en me disant que je vais faire un autre 15 ans. Je ne reprends pas mon poste, je ne reprends pas mon travail de la façon dont je l’exerçais dans les 30 premières années avant que je quitte.
Mon but est d’aider l’organisation à passer à travers les quelques années nous mèneront à trouver un successeur, et surtout de créer des conditions gagnantes pour que ce successeur ait les moyens de ses ambitions. Pour les Violons du Roy, comme c’est le cas de tant d’autres organismes culturels, la situation financière est difficile depuis la pandémie.
Ça ne va pas bien : baisse d’affluence dans les salles, argent du privé beaucoup plus difficile à trouver, changements de priorités pour les fondations ou entreprises qui distribuent de l’argent et sont complémentaires du financement public. L’intérêt de l’argent privé se trouve plus vers les causes à caractère communautaire plutôt qu’à des causes d’ordre purement artistique.
PAN M 360: D’où votre retour à la maison pour la saison prochaine.
Barnard Labadie: La question, en fait, est celle-ci : si Les Violons du Roy tenaient à trouver un successeur autre que moi aujourd’hui, il y a fort à craindre qu’on aurait de la difficulté à attirer une candidature de très haut niveau. C’est bien beau lui offrir un orchestre dans une forme olympique comme Les Violons du Roy, encore faut-il qu’on ait les sous pour lui permettre d’attirer des solistes ou chefs invités de profil international, de réaliser des projets haut de volée avec chœur ou sans choeur, de partir en tournée avec l’orchestre, etc. Mais ça, ça prend des sous pour y parvenir et les sous sont beaucoup plus difficiles à obtenir en ce moment. Donc, nous traversons une période où l’organisation doit se regrouper et travailler sur tous les plans.
Programme Les leçons de Bach
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Extraits de L’Art de la fugue, BWV 1080
• Contrapunctus I à 1
• Contrapunctus II à 1
• Contrapunctus VIII à 3
• Contrapunctus XI à 4
• Contrapunctus IX à 4
Concerto pour clavier no 1 en ré mineur, BWV 1052 • Allegro • Adagio • Allegro Soliste : Inon Barnatan, piano
• PAUSE
• Concerto italien, BWV 971 • [Sans indication] • Andante • Presto
Inon Barnatan, piano
« Ricercare à 6 » extrait de L’Offrande musicale, BWV 1079
Concerto pour clavier no 5 en fa mineur, BWV 1056 • Allegro • Adagio • Presto Soliste : Inon Barnatan, piano
Le mardi 11 novembre, le Festival du monde arabe présente Convergence, un spectacle en duo, créé par deux instrumentistes chevronnés: Chaima Gaddour au qanun et Samih Souissi au violoncelle. Tous les deux originaires de Tunisie, l’une vit à Montréal et l’autre habite en France. Ils nous présenteront une fusion inédite et passionnante de cultures musicales, à la Salle Claude Léveillée de la Place des Arts. Michel Labrecque les a interviewés pour en savoir davantage.
PANM360: Avant d’aborder ce concert, dont la première aura lieu à Montréal, parlez-moi de votre parcours personnel et musical, afin qu’on vous connaisse mieux.
Chaima: Je suis une nouvelle arrivante au Québec, depuis deux ans et demi; avant j’ai vécu en Tunisie, mon pays d’origine, puis à Dubaï. J’ai commencé la musique à l’âge de cinq ans, avec le qanun, j’ai été diplômée en musique arabe. J’ai aussi longtemps appris la danse classique au conservatoire et j’ai fait une maîtrise en administration et en politique culturelle. J’ai aussi enseigné la musique au conservatoire et à l’université en Tunisie. Je suis très heureuse de vivre maintenant à Montréal.
Samih: Je suis né aussi en Tunisie, j’ai commencé à apprendre la musique à huit ans. Maintenant, je vis en France depuis la moitié de ma vie. J’ai commencé par le violon, mais assez rapidement j’ai changé pour le violoncelle. J’ai gradué du conservatoire. Professionnellement, j’ai amorcé une carrière d’ingénieur en informatique, mais depuis dix ans, la musique est devenue le cœur de mon activité. Je dirige des chœurs, et aussi des comédies musicales, tout en poursuivant le violoncelle. Et j’essaye de donner au violoncelle un son qui inclut mes racines arabes et orientales. Ce qui demande une technique complètement différente.
PANM360: Avant d’aller plus loin, parlons du qanun, un instrument moins connu chez nous. Si je ne m’abuse, c’est un instrument à cordes créé chez les Ottomans.
Chaima: Le qanun, est surnommé « le roi des instruments » dans le monde oriental. C’est une harpe horizontale, si on peut dire, un instrument qui a une énorme capacité de richesse harmonique et musicale.
PANM360: Comment est né ce projet, Convergence, dont on verra la première mouture au FMA?
Chaima: Nous nous sommes connus dans le cadre d’une tournée d’un grand orchestre, l’orchestre Boudchart, et nous tentions des duos pendant les pauses ou après les concerts. Ou pendant les journées sans concerts. Et ça a cliqué.
Samih: Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un duo comme le nôtre: un instrument traditionnel arabe à cordes pincées et un violoncelle. J’avais déjà fait des concerts avec des joueurs de qanun, mais Chaima a une ouverture musicale vraiment spéciale qui m’amène à explorer de nouveaux univers.
Chaima: En fait nous sommes tous les deux très curieux musicalement. La musique de tous les genres nous intéresse. Nous explorons aussi des musiques latines et asiatiques.
Samih: Au-delà des juxtapositions de répertoires, nous tentons de faire des mariages du style. Par exemple, marier de la musique d’Amérique latine avec la musique maghrébine et andalouse. Ou marier Schubert et Mohammad Abdel Wahad, un chanteur et compositeur égyptien. Et il faut que tout ça coule de source.
PANM360: Est-ce que vous composez également ?
Chaima: Non, pas précisément. Mais pour marier ces musiques, il faut réarranger, parfois ajouter des lignes ou des contrepoints, donc, dans un sens, il y a un travail de composition. Sans parler de l’improvisation qui est présente dans nos morceaux. Il y a aussi tout un travail musicologique de recherche pour lier toutes ces sources musicales.
PANM360: Comment décririez-vous l’esprit de Convergence, qui m’intrigue déjà beaucoup ?
Chaima: C’est une sorte de voyage dans lequel l’Orient se déplace: il se rend en Irlande, en Europe, en Amérique latine et en Asie. Il se mélange avec toutes ces musiques.
Samih: C’est une occasion pour nous d’exprimer nos identités multiples. Nous refusons tous les deux une étiquette identitaire. Ce spectacle est une première, mais nous espérons le répéter à de nombreuses reprises partout dans le monde. Nous souhaitons susciter un dialogue entre différentes cultures qui fera en sorte que celle des autres fera moins peur. Le Canada est un excellent endroit pour amorcer ce processus.
PANM360: Merci pour cette entrevue! J’ajoute que nous pourrons également vous entendre comme accompagnateurs de Fairouz Oudjida, pour le concert Légendaire Andalousie, à la cinquième salle de la Place des Arts le 7 novembre. Vous dirigez également l’orchestre RCM, qui signifie Richesse Culturelle de Montréal.
Chaima: Merci au Festival du monde arabe de nous donner ces opportunités.