JOYFULTALK est un projet jazz multimédia singulier, issu de l’esprit érudit du Néo-Écossais Jay Crocker. Le projet comprend de vastes installations visuelles, un mélange stupéfiant de musiciens en direct et de musique enregistrée, ainsi que des sons difficiles à trouver ailleurs. Un mois à peine après la sortie de son dernier opus, un microalbum intitulé Familiar Science, Jay Crocker entame son long périple à travers le Canada pour présenter ses nouvelles pièces. Il a commencé par Ottawa, puis se dirigera vers l’ouest, jusqu’à Vancouver, avant de passer par Suoni per il Popolo le mardi 14 juin et de terminer par le festival Sweltering Songs à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, le 15 juillet. Alors qu’il entame sa tournée, j’ai pu discuter avec Jay Crocker de sa vie, de ses influences, de sa migration à travers le Canada, de son nouvel album et de bien d’autres choses.

PAN M 360 : En écoutant Familiar Science, j’ai entendu toutes sortes d’influences souvent assez claires. Quelles sont vos propres influences, quant à cet album?

Jay Crocker : À l’époque, je n’avais pas encore vraiment exploré le monde du jazz des années 80, notamment ses productions les plus inusitées. Ce qu’a fait Ornette Coleman à la fin des années 70 et au début des années 80 constituait un bon point de départ. J’écoutais beaucoup de Steve Coleman et de parutions de l’étiquette ECM. Beaucoup de trucs amusants des années 80, donc. Je pense que cette période du jazz est un peu négligée et parfois mal perçue, à cause du son et de la réalisation.

PAN M 360 : J’ai entendu du Chick Corea là-dedans, peut-être du John Zorn; des trucs de fusion.

Jay Crocker : Tout à fait. La façon dont nous jouons en concert nous fait entrer dans un territoire « fusion » assez lourd, ce qui me convient parfaitement. C’est assez amusant, je voulais faire ça depuis un bon moment.

PAN M 360 : Il est assez difficile de ranger JOYFULTALK dans une case particulière. Si vous deviez décrire le genre de musique que vous jouez à quelqu’un qui s’apprête à l’écouter, que diriez-vous?

Jay Crocker : Je dirais que c’est du jazz. J’ai essayé de faire un disque de free-jazz, mais à travers ma propre lentille et mes propres expériences. Je pense que l’exploration constante est plus importante que d’essayer de s’en tenir à une forme quelconque. J’ai étudié le jazz et j’étais très actif sur la scène de la musique improvisée, à Calgary, avant de partir pour la Nouvelle-Écosse il y a onze ans. Quand je me suis installé ici, c’était à la campagne, alors je me suis isolé. Les sept dernières années de ma carrière résultent de cet isolement.

PAN M 360 : Diriez-vous que cet isolement est délibéré ou, à tout le moins, auto-imposé?

Jay Crocker : Quand ma famille et moi avons déménagé ici, nous voulions avoir une maison, ce qui n’était pas possible à Calgary. Ma conjointe et moi avions besoin de changement. À Calgary, je jouais tout le temps avec différents musiciens. Après avoir déménagé, j’ai eu l’impression de pouvoir vraiment me trouver et de savoir qui j’étais, musicalement. J’ai été capable d’approfondir un peu plus ma musique.

PAN M 360 : Le nouvel album comporte beaucoup de saxo et divers instruments à cordes. De quels instruments avez-vous joué?

Jay Crocker : Le saxo sur Particle Riot et Hagiography sont des échantillons d’enregistrements que j’ai faits il y a environ 15 ans, avec un grand ensemble. Le saxophoniste était un de mes amis qui est décédé. Les autres partitions de saxo ont été jouées par une musicienne d’ici qui m’a redonné le goût du jazz. Elle s’appelle Nicola Miller et a joué de l’alto et de la flûte, sur ce disque.

PAN M 360 : Une des chansons comporte un long passage de guitare; c’est vous qui l’avez joué?

Jay Crocker : Oui, c’est moi! [rires]

PAN M 360 : En concert, est-ce que les partitions de saxophone sont des échantillons?

Jay Crocker : Cette fois-ci, je veux essayer de tout jouer, sans égards à la réalisation de l’album (si cela a du sens). À Ottawa, j’aurai un saxophoniste ; à Montréal, j’aurai un violoniste qui se joindra à moi pour quelques morceaux. Je veux que différents musiciens puissent graviter autour de l’album. C’est une approche assez jazz, pour ce qui est du direct.


PAN M 360 : Le quatuor à cordes se produira-t-il à nouveau avec vous, en concert?

Jay Crocker : Avant la pandémie, j’avais prévu une tournée entière avec des cordes, dans chaque ville. Cela n’a jamais eu lieu, mais ça viendra, un jour ou l’autre.

PAN M 360 : Quel est le synthé que vous utilisez le plus, en concert?

Jay Crocker : C’est un synthé modulaire, donc je joue de la guitare et je contrôle le synthétiseur avec ma guitare. Très Metheny, mais peut-être un peu plus enfumé, un peu plus « stoner-rock ». Avec le synthé modulaire, je peux contrôler la tonalité et la vitesse de ma guitare, en fonction du registre que je joue. Ainsi, plus je joue haut, plus la lecture est rapide.

PAN M 360 : Votre nouveau clip Familiar Science comporte une chorégraphie. C’est vous qui l’avez créée?

Jay Crocker : J’ai fait venir une amie qui a improvisé, vêtue d’un costume morphologique. J’ai fait un « rotoscopage », j’ai pris des extraits et je les ai mis en boucle pour créer la chorégraphie. C’est la même idée qui sous-tend la création de la musique : une interaction physique, puis une manipulation numérique, ou parfois l’inverse.

PAN M 360 : Que signifie le titre Familiar Science pour vous?

Jay Crocker : L’idée, c’est de revenir à ce qui m’est familier. C’est pourquoi j’ai fait appel à quelques-uns de mes anciens collègues de Calgary, des improvisateurs que je connais. J’ai aussi replongé dans la guitare et j’ai beaucoup répété.

PAN M 360 : Qu’est-ce qu’une « partition graphique »?

Jay Crocker : Il peut s’agir de tout ce que vous voulez utiliser pour interpréter la musique différemment. J’utilise un système de notation de mon invention, que j’appelle « The Planetary Music System ». C’est un système elliptique basé sur des engrenages. L’exemple le plus simple est sans doute celui d’un rapport 2:1 où une partie est jouée deux fois plus longtemps que l’autre. Imaginez un cercle dont le diamètre est de 150 cm. Cela pourrait être une phrase musicale de 150 noires.

PAN M 360 : Je dois donc vous demander si vous êtes un fan de Steve Reich?

Jay Crocker : [rires] Oui, ce genre de son en « phase », c’est sûr. L’harmonie peut se construire de différentes manières, au fur et à mesure que le morceau progresse; elle peut même n’avoir ni début ni fin.

PAN M 360 : Où habitez-vous en Nouvelle-Écosse?

Jay Crocker : Sur la côte sud, à une heure et 15 minutes au sud-ouest de Halifax.

PAN M 360 : Est-ce que l’Alberta se compare à la Nouvelle-Écosse?Jay Crocker : Il n’y a pas de comparaison possible. Je suis heureux d’être ici, c’est sûr. C’est vraiment beau ici, nous vivons près de l’océan et, durant certaines périodes de l’année – surtout entre la fin du printemps et celle de septembre, c’est une sorte de paradis. Lorsque nous avons déménagé ici, j’ai pu vraiment me retrouver en tant qu’artiste. Si j’étais resté en Alberta, j’aurais certainement produit quelque chose de différent.

L’étoile montante de la scène anglo-montréalaise, Zach Zoya, dévoile son EP No Love Is Ever Wasted le vendredi 10 juin.

Composé de huit titres, No Love Is Ever Wasted démontre que Zach Zoya possède tous les outils pour fleurir sur la scène R&B internationale. Le projet débute en douceur avec Strangers in the House, une collaboration avec l’auteur-compositeur-interprète Soran. Quelques minutes plus tard, le duo récidive à nouveau avec Upper Hand, une composition débordante d’énergie. Pour Zach, ce microalbum lui permet de se « rappeler que les échecs et les projets incomplets font partie de la vie et nous permettent de grandir ».

Peu de temps avant la pandémie, l’homme de 24 ans a signé un contrat avec Universal Music Canada.  En octobre dernier, il a lancé son titre Start Over, une collaboration avec Benny Adam mariant avec aise le R&B à la pop. Le mois dernier, ce succès s’est taillé une place au Top 10 des palmarès de radios canadiennes. Depuis, la carrière du Rouynorandien a pris son envol.Durant sa carrière, l’artiste a collaboré avec d’importants producteurs comme Boi-1da et Don Mills. En plus de la sortie de son album, Zach Zoya sera sur scène au festival Osheaga à Montréal, en août. Pan M 360 a discuté avec lui pour en savoir plus sur son nouvel EP et son processus créatif.

PAN M 360 : Quel est le concept de No Love Is Ever Wasted?

ZACH ZOYA : À un certain moment, j’observais les chansons que je voulais inclure à mon EP et je me suis rendu compte que toutes les chansons abordaient, de près ou de loin, le thème de l’amour. Au départ, ce n’était pas le but que je m’étais fixé. Pendant la pandémie, je trouvais que je perdais du temps à faire certaines choses. J’ai l’impression que le rapport au temps de l’humain a changé dans les deux dernières années. Lors des premiers mois du confinement, on a tous commencé de nouveaux passe-temps, car on avait davantage de temps libre. J’avais commencé à jouer de la guitare. J’ai eu une passe où j’en jouais chaque jour pendant deux mois. Par la suite, j’ai complètement abandonné l’instrument.

C’est à ce moment que j’ai remarqué un cycle récurrent dans ma vie, celui d’avoir de l’intérêt pour quelque chose, d’apprendre à le faire et d’abandonner. Souvent, je n’arrive pas à une finalité et j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. Ce concept s’applique aux relations amoureuses. Quand on termine une relation, on a l’impression d’avoir simplement perdu du temps. J’ai compris par la suite que même si on n’arrive pas au but que l’on s’était fixé initialement, ça ne veut pas dire que l’on n’a rien appris. Je crois fermement que si on investit de son temps, qu’on œuvre avec amour, ambition et passion dans quelque chose, on ne perd pas notre temps. Pour revenir à mon exemple de la guitare, je ne suis peut-être pas devenu un virtuose de l’instrument, mais j’ai appris des leçons musicales et de discipline. Ces acquis ne me sont peut-être pas utiles aujourd’hui, mais ils le seront à un moment ultérieur. No Love Is Ever Wasted, c’est une manière de me rappeler que les échecs et les projets incomplets font partie de la vie et nous permettent de grandir. C’est aussi un moyen de me réconforter à travers tout ça. 

PAN M 360 : Comment ce thème se manifeste-t-il dans votre projet?

ZACH ZOYA : Même si les chansons de l’EP abordent le thème de l’amour, elles n’expliquent pas littéralement le concept de No Love Is Ever Wasted. Chaque titre raconte plusieurs anecdotes de ma vie qui démontrent que j’ai appris au travers de chacun de mes problèmes. Elles démontrent que même si on a l’impression d’avoir perdu notre temps à la suite d’une relation amoureuse déchue, on a appris énormément pour nos futures aventures.

PAN M 360 : Comment recevez-vous le succès de Start Over?

ZACH ZOYA: C’est vraiment bien. Je suis content qu’une chanson fonctionne. Je pense qu’il faut capitaliser là-dessus. Lorsque j’ai signé chez Universal, la pandémie a commencé et je n’ai pas eu l’occasion de faire des entrevues en personne, de me déplacer et de faire des spectacles. Le succès de Start Over tombe au bon moment, je vis ce que je pensais avoir manqué lors de ma signature. En ce moment, j’ai l’impression de réellement commencer ma carrière. J’ai hâte à la suite des choses et je veux utiliser ce succès comme un tremplin. Je veux aller encore plus loin, il n’y a pas de limites à ce que je fais.

PAN M 360 : Comment avez-vous rencontré Soran?

ZACH ZOYA : En raison de La Voix, je connaissais Soran comme le public. Par la suite, on s’est rencontrés dans des festivals. Il aimait ma musique et nous avons communiqué à quelques reprises sur les réseaux sociaux. Cependant, nous n’étions pas encore devenus des amis proches. Lorsque la pandémie a débuté, c’est là qu’on est devenus proches. On était un groupe de quatre artistes issus de la scène anglophone de Montréal. Il n’y avait plus de spectacles et un couvre-feu était en place. On ne pouvait pas aller à nos studios respectifs, donc on s’est mis les quatre dans le même studio. À cause du couvre-feu en vigueur, on devait rester dans le studio d’enregistrement pendant toute la nuit. Toutes les nuits, on créait de la musique. Ça nous a énormément rapprochés. D’ailleurs, c’est lors de cette période que Strangers in the House a été enregistrée.

PAN M 360 : Comment est née la chanson Upper Hand?

ZACH ZOYA : C’est une chanson que j’ai faite avec Soran, Ruffsound et Banx & Ranx. On l’a enregistrée peu de temps avant la pandémie. C’était au tout début de mes collaborations et mon approche créative ressemblait à celle de Start Over. Je viens de la scène rap et j’étais habitué à ce qu’on m’envoie une compilation d’instrumentales, puis que j’écrive dans ma chambre pendant deux jours et qu’on arrive à un produit. Cette fois-ci, c’était un processus totalement différent. Du début à la fin, on a travaillé en collaboration. On avait pour but de créer une chanson qui est réalisée pour être entendue par tout le monde. Pour accomplir ça, il est nécessaire d’avoir plusieurs cerveaux. Ainsi, ça permet de toucher davantage de personnes. Encore une fois, j’ai écrit un morceau lié à l’amour. Dans ce titre, je parle de la relation entre deux personnes et le fait que l’un des deux prend les devants et les décisions.

PAN M 360 : Avec votre vidéoclip, que vouliez-vous apporter à la chanson Upper Hand?

ZACH ZOYA : À ce jour, je laisse le réalisateur choisir les idées des vidéos. Encore là, je trouve qu’un travail collaboratif mène à un plus beau résultat que si c’était seulement moi qui décidais. Je voulais qu’on évite de faire une vidéo trop scénarisée et que l’on ait un résultat abstrait. Aussi, je voulais un visuel attrayant pour l’œil et qui reflète l’énergie de la chanson. Souvent en tant qu’artiste, on veut imposer une signification à notre chanson et je trouve que c’est une erreur. Il ne faut jamais oublier qu’il y aura toujours plus de gens qui écoutent que de personnes impliquées lors de la rédaction. Souvent, l’interprétation diffère pour chaque auditeur. Tout dépend, de l’heure de l’écoute, les gens qui l’entourent, le contexte et bien d’autres paramètres. J’essaye de ne pas imposer ma vision et de seulement imposer mon énergie. Après, les gens peuvent l’interpréter comme ils le souhaitent.

PAN M 360 : Dans ce projet, vous semblez explorer davantage la pop et le R&B. Souhaitez-vous continuer dans cette branche?

ZACH ZOYA : Je veux me concentrer là-dedans. À la base, le style musical que j’aime c’est le R&B. J’ai toujours été un grand fan de Usher, Chris Brown et des chansons du début des années 2000. Le rap a été ma porte d’entrée au monde de la musique, car ça m’a permis d’avoir un personnage beaucoup plus en confiance que la réalité. Au tout début, je n’avais pas de formation musicale. Je ne pense pas que j’aurais été en mesure de commencer avec du R&B et de chanter des chansons dans lesquelles je me montre plus vulnérable. Je crois que mon ego en aurait pris un coup. Il est certain que le rap va toujours être présent dans mon écriture. Je ne serais pas en mesure d’écrire sans bars. Le chant est là pour de bon et je crois que je peux réaliser de belles choses avec ça.

PAN M 360 : Récemment, vous êtes allé faire des spectacles aux États-Unis, comment cela s’est-il passé?

ZACH ZOYA : Pour l’instant, les spectacles que j’ai faits en dehors du Canada étaient de style showcase. La majorité des gens présents dans ces concerts ne me connaissent pas et apprennent qui je suis. Je me fais souvent dire des phrases comme « Je ne savais pas qui tu es, mais tu étais vraiment bon! ». Ces spectacles permettent de me faire connaître davantage, de tâter le terrain et de parler avec des gens du milieu. Ces temps-ci, j’en apprends énormément sur les rouages de l’industrie musicale. J’essaye d’absorber le plus d’information possible. Plus tard, je sens que je vais repenser à cette période de ma vie et me dire que c’était les plus beaux moments de ma carrière. Une ignorance m’habite en ce moment et c’est vraiment bien.

PAN M 360 : En quoi le Zach Zoya d’aujourd’hui est différent de celui de Superficial en 2017?

ZACH ZOYA : Je suis assurément plus mature dans ma musique. Superficial est l’une des premières chansons dans lesquelles je chantais. À ce moment-là, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Depuis 2017, j’ai acquis beaucoup de connaissances en écriture. J’ai aussi compris ce que je voulais présenter de ma personnalité à mon public. En tant qu’humain, j’ai énormément grandi. Dorénavant, je pense que je fais de la meilleure musique. Je suis mieux outillé qu’avant, je suis plus efficace et je suis entouré de gens qui me mènent vers le haut musicalement. Le Zach de No Love Is Ever Wasted a davantage de plaisir en studio. Il est plus décontracté et a trouvé l’équilibre entre le sérieux et le plaisir.

Photo : Guillaume Landry

Le jeune créateur de musique Samuel Gendron se lance solo avec Allô Fantôme. Cet alias n’est spectral que sur papier, car la musique d’Allô Fantôme est non seulement tangible, mais aussi raffinée, accrocheuse, théâtrale et baroque-rock. Pan M 360 a pu faire une entrevue avec Samuel environ 72 heures avant la prestation d’Allô Fantôme aux Francos, ce dimanche 12 juin à 19 h, sur la scène SiriusXM. Il sera ici notamment question d’apprentissage musical, de Van Dyke Parks – à ne pas confondre avec Van der Graaf Generator – et d’avenir.

Pan M 360 : Bonjour Samuel et bravo pour ton très goûteux microalbum, lancé tout récemment. Après avoir collaboré avec différentes formations comme Mort Rose, Efy Hecks et Blood Skin Atopic, tu étais mûr pour ton propre projet?

Allô Fantôme : Oui, je voulais faire mes tounes, arrêter d’être claviériste dans un groupe.

Pan M 360 : Toutes les musiques et tous tes textes sont de toi?

Allô Fantôme : Ouais!

Pan M 360 : Tu es multi-instrumentiste, et notamment pianiste-claviériste. Quelle est ta formation? Conservatoire, cégep Saint-Laurent? Autodidactisme?

Allô Fantôme : J’ai commencé à jouer de la guitare en troisième année du primaire, je suivais des cours avec un gars, mais j’ai arrêté assez vite. Pour le piano, j’ai appris avec des vidéos sur Youtube. Je ne connais pas vraiment ma théorie, je ne peux pas lire une partition. Je connais la musique, je sais comment ça marche, mais je ne suis pas vraiment fort en théorie.

Pan M 360 : Et quand tu composes, tu y vas à la guitare ou au piano?

Allô Fantôme : Quatre-vingt-dix pour cent du temps je fais ça au piano, ça me vient plus facilement. Sinon, à la guitare acoustique.

Pan M 360 : Les quatre pièces du microalbum sont raffinées, on entend entre autres du Wurlitzer, du glockenspiel, divers synthés, de la flûte traversière, du saxo. J’ai d’abord songé à Van Dyke Parks, qui avait fait de superbes albums pop baroque-orchestrale à la fin des années 60 et au début des années 70. Et qui a fait des arrangements et des réalisations célèbres. Et qui a bien sûr collaboré avec Brian Wilson.

Allô Fantôme : Je ne le connais pas, mais j’adore les Beach Boys. L’EP est chargé d’influences de la fin des années 60 ou des années 70, comme Supertramp.

Pan M : Ou Queen? Il y a un peu de guitares à la Brian May.

Allô Fantôme : Queen, ce n’est pas trop mon truc, mais je comprends ce que tu veux dire! Les Beatles, c’est une inspiration majeure.

Pan M 360 : De la pop mélodique, donc. Il y a aussi des éléments prog dans tes pièces, comme les changements de rythmes, les harmonies touffues, une certaine complexité, des accents théâtraux, de la somptuosité, comme à la fin de Deux p’tits rois.

Allô Fantôme : Oui, c’est aussi de la pop-prog; c’est accrocheur, mais il y a des progressions d’accords et des changements de tempo; ce n’est pas des tounes simples de trois minutes!

Pan M 360 : Du prog plus près de Yes que de Rush, disons! Il n’y a pas de passages de guitare puissante, c’est plutôt « prog de chambre ».

Allô Fantôme : Comme Supertramp… J’adore Supertramp! Quand j’ai découvert Breakfast in America, je capotais. Il y a des tounes tellement bien composées et accrocheuses là-dessus. Et les arrangements!

Pan M 360 : Ta musique comporte aussi un aspect théâtral.

Allô Fantôme : Oui, un p’tit côté théâtral, un peu grandiose « dans ta face »!

Pan M 360 : Tes textes témoignent d’une culture littéraire et théâtrale, d’un amour de la langue française et d’un souci du détail relativement rares, oserai-je dire, dans la pop actuelle.

Allô Fantôme : Ça m’étonne que tu me dises ça, parce que les textes sont ce que me vient en dernier. En fait, ça ne me vient pas facilement et ça prend beaucoup de temps. Mais pas toujours, des fois ça me prend 15 minutes. Et parfois les textes sont longs, comme celui de Sur la pointe des pieds. Il y a beaucoup d’essais et d’erreurs là-dedans.

Pan M 360 : Est-ce que tu as recours à un « conseiller en écriture »?

Allô Fantôme : Quand je travaillais sur cet EP, il y avait ma copine qui m’aidait. Je ne suis pas si bon en français. Et je n’ai pas vraiment d’influences. Je suis content quand j’aime comment ils sonnent. Je ne me soucie pas trop du sens des paroles ou de la façon dont on peut interpréter. J’essaie de faire des métaphores qui veulent dire… ce qu’elles veulent dire. J’aime beaucoup quand les textes évoquent des images.

Pan M 360 : Dans Edgar, tu chantes « Et peut-être qu’les fous vont fermer les zoos enfin – Et on dira adieu aux singes », ça pourrait être du Raymond Queneau. Ça prend du talent pour écrire des paroles évocatrices comme les tiennes. C’est l’une des forces de ta musique.

Allô Fantôme : Je ne connais pas Queneau, mais merci!

Pan M 360 : Si ce n’était pas vrai, je ne te le dirais pas! Aux Francos ce dimanche 12 juin, tu seras accompagné d’un orchestre de chambre rock? Et il y aura d’autres compos que celles du microalbum?

Allô Fantôme : On a fait trois concerts d’une demi-heure, jusqu’à maintenant, où on a joué les quatre pièces du microalbum plus deux autres. Mais là on doit jouer une heure! Heureusement que j’avais déjà d’autres compos. Donc, on a préparé un show d’une heure avec tout le groupe, c’est-à-dire huit musiciens. Ce qui n’est pas naturel, parce que d’habitude je prépare des maquettes que je montre ensuite au groupe. Mais là je n’ai pas eu le temps! Donc, on fera aussi six chansons inédites, plus une reprise.

Pan M 360 : Est-ce que le titre de la reprise est sous embargo?

Allô Fantôme : Non, je peux le dévoiler, on l’a déjà fait en show : c’est Chanson sur ma drôle de vie de Véronique Sanson.

Pan M 360 : Excellent choix. Et on aura droit à un album complet éventuellement?

Allô Fantôme : Je lancerai deux simples, cette année. Ils sont déjà enregistrés. Sinon, oui, j’aimerais passer à l’album complet ensuite. Mais je ne sais pas encore quand.

Pan M 360 : Et d’autres concerts cet été?

Allô Fantôme : Quelques-uns oui, à Baie-Saint-Paul, Québec et Montréal. Puis au FME et à Coup de cœur francophone à l’automne.

Pan M 360 : Merci beaucoup Samuel et bon concert dimanche!

Photo : Miranda Nisenson

Spécialiste du violoncelle ancien, la Montréalaise Elinor Frey invite cinq interprètes dans le contexte du festival Classica. Il s’agit ici d’explorer l’univers de Luigi Boccherini, un des grands compositeurs de la période classique. Dans ce programme dominical, la soprano Sophie Naubert chante le Stabat Mater du compositeur. Le quintette à cordes interprétera Musica notturna delle strade di Madrid et son concerto pour violoncelle en sol majeur. En toute générosité, Elinor Frey a accepté de répondre aux questions de PAN M 360 à la veille de son concert.

PAN M 360 :  Comment avez-vous découvert l’œuvre de Luigi Boccherini, un des plus grands compositeurs de la période classique, pour ensuite l’explorer à fond?

ELINOR FREY : Boccherini était un violoncelliste et il a composé de nombreuses sonates et concertos magnifiques. Nous, violoncellistes, n’avons pas de sonates et de concertos de Mozart (comme les violonistes et les claviéristes), mais nous avons la chance d’avoir Boccherini. Après avoir appris quelques-uns de ces morceaux, j’ai appris à apprécier également sa musique de chambre. Son Stabat Mater est l’une des pièces maîtresses de son époque!

PAN M 360 : Quelles sont, selon vous, les caractéristiques principales de l’approche boccherinienne? Ce que la rend distincte dans le répertoire ? Pourquoi, selon vous, le grand public le connaît moins que ses contemporains (on pense évidemment à Mozart et Haydn)?

ELINOR FREY : Boccherini s’est produit dans des théâtres d’opéra à Vienne alors qu’il était adolescent. Sa musique est très naturellement lyrique et chantante. Une autre de ses caractéristiques favorites réside dans sa capacité à tourner en rond, ce qui semble être des répétitions statiques, ce qui rend le retour au mouvement très efficace.

PAN M 360 : Comment avez-vous monté ce programme, le choix des œuvres? Quelles en sont les qualités principales?

ELINOR FREY : Ce programme présente trois genres majeurs de la musique de Boccherini : la musique de chambre (quintette), le concerto pour violoncelle et la musique vocale. Je savais que je voulais interpréter le Stabat Mater pour les classiques du festival, qui exige un quintette de violoncelles, donc les deux autres genres utilisent également le format du quintette de violoncelles.

PAN M 360  : Vous êtes spécialiste du violoncelle ancien et, donc, on peut se demander si tout l’ensemble s’exprimera avec des instruments anciens ou modernes. Ou encore avec des archets anciens sur des instruments modernes? 

ELINOR FREY : Nous jouons tous avec des cordes en boyau et des archets qui sont des copies de modèles du 18e siècle.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous  causer brièvement des interprètes du quintette à cordes, de leurs qualités propres? Et du choix de la soprano Sophie Naubert?

ELINOR FREY : Chaque interprète est connu dans le domaine de la musique ancienne. Pour mon ensemble Accademia de’ Dissonanti, je choisis chaque musicien pour sa passion et son intensité. Chaque personne est sérieuse dans son art et veut atteindre le plus haut niveau possible. Ils apportent constamment leur contribution et sont capables d’accepter les critiques et de s’adapter aux demandes des autres sur-le-champ. J’ai été impressionnée par le fait que Sophie ait également étudié la composition. J’admire beaucoup les compositeurs. Elle chante très bien et a une personnalité chaleureuse et ouverte. Elle est manifestement une étoile montante.

PAN M 360  : Comment envisagez-vous la direction de cet ensemble dans ce contexte précis? Quelles seront les tâches de vos interprètes? Et votre propre jeu?

ELINOR FREY : Cet ensemble doit se réunir et faire ressortir la nature intrinsèque de la musique : le charme, la texture, la conception harmonique. Nous devons mettre toute notre passion dans chaque couleur, sans pour autant entraver l’œuvre de Boccherini. Pour ma part, j’essaie de trouver constamment de la variété dans chaque mesure, pour que la musique reste vivante et fascinante, tout en étant facile et naturelle à comprendre pour l’auditeur. Mon objectif est de bien communiquer.

Artistes :

Accademia de’ Dissonanti

Elinor Frey, violoncelle et direction
Sophie Naubert, soprano
Dorian Bandy, violon
Stephen Goist, alto
Phoebe Carrai, violoncelle

Programme :

Luigi Boccherini (1743-1805)

Quintette pour 2 violons, alto, et 2 violoncelles

Musica Notturna delle Strade di Madrid, G. 324 Pizzicato – Minuetto Il Rosario, Largo assai Los Manolo, Passa Calle Ritirata, Tempo di Marcia

Concerto en sol majeur pour violoncelle et cordes, G. 480  Allegro Adagio Allegro

Stabat Mater, G. 532

Stabat Mater dolorosa, Grave assai Cujus animam gementem, Allegro Quae moerebat et dolebat, Allegretto con motto Qui est homo, Adagio assai / Recitativo Pro peccatis suae gentis, Allegretto Eja mater, fons amoris, Larghetto non tanto Tui nati vulnerati, Allegro vivo Virgo virginum praeclara, Andantino Fac ut portem Christi mortem, Larghetto Fac me plagis vulnerari, Allegro commodo Quand corpus morietur, Andante lento

LE CONCERT EST PRÉSENTÉ CE DIMANCHE 12 JUIN À 14 H, PAROISSE CATHOLIQUE DE SAINT-LAMBERT

POUR ACHETER VOS BILLETS, C’EST ICI

À l’occasion de l’édition 2022 des Francos de Montréal, la compositrice et interprète Magdala foulera la scène Hydro-Québec, ce vendredi soir à 20 h.

Née dans une famille de musiciens, Magdala chante depuis l’âge de cinq ans et n’a jamais cessé de flirter avec cet art. « On jouait souvent du piano en famille », indique-t-elle. En 2017, elle sort sa première chanson, intitulée Fe’l Konsa. Issue d’une famille haïtienne, la chanteuse mélange la culture urbaine montréalaise à celle de ses parents. Pour ce faire, la Montréalaise s’inspire d’artistes comme Corneille, Dadju, Beyoncé et même Céline Dion. Magdala représente à merveille le multiculturalisme de Montréal. Récemment, elle nous a offert un vidéoclip entièrement tourné au Cameroun pour C’est fou, un titre plein d’énergie. Les Francos débutent le 10 juin et Magdala lancera le bal. « C’est juste fou », nous a-t-elle répondu tout sourire en parlant de sa présence au festival. Pan M 360 s’est entretenu avec elle pour discuter de son passage aux Francos et de sa carrière musicale.

PAN M 360 : Qu’est-ce que les Francos représentent pour toi?

MAGDALA : Pour moi, le festival a toujours été très important. Avant la pandémie, j’allais régulièrement voir les spectacles des Francofolies et je me disais qu’un jour j’allais me retrouver sur la scène. Mon jour est arrivé et j’ai extrêmement hâte. J’ai l’impression que c’est le fruit de tout mon travail et une marque de reconnaissance. Normalement, c’est moi qui postule pour les festivals. Cette fois-ci, ce sont les organisateurs qui m’ont approchée et ça m’a fait chaud au cœur. C’est un exploit de plus! Ce festival m’offre l’occasion de faire connaître davantage la musique antillaise. La soirée va être magique, on va danser et rire énormément!

PAN M 360 : Comment est né votre titre C’est fou?

MAGDALA : Quand j’ai commencé à devenir plus connue, beaucoup de gens se sont mis à m’approcher. À ce moment-là, j’étais extrêmement concentrée sur moi, j’étais dans ma bulle. C’est ça qui m’a inspirée pour créer C’est fou. Quand on est un artiste, les gens nous parlent davantage, mais ils n’ont pas toujours de bonnes intentions. La chanson parle du fait d’avoir beaucoup d’attention et de ne pas savoir nécessairement ou donner de la tête.

PAN M 360 : Le vidéoclip de C’est fou a été tourné au Cameroun. Pourquoi était-il important pour vous de le filmer dans ce pays?

MAGDALA : J’ai décidé de faire un vidéoclip au Cameroun pour amener un côté international à la chanson. Peu de temps après avoir enregistré C’est fou, j’ai eu l’occasion de faire un spectacle dans un festival au Cameroun. J’ai cherché un producteur là-bas et lorsque j’en ai trouvé un, on a collaboré. C’était une superbe expérience. Je trouve que ça a apporté beaucoup à ma vidéo et qu’elle se distingue de mes autres vidéoclips. Ça m’a permis d’atteindre une autre étape et d’avoir un visuel extraordinaire.

PAN M 360 : Comment êtes-vous en studio d’enregistrement?

MAGDALA : Je crée en solitaire. Généralement, j’arrive bien préparée à mes séances d’enregistrement et mes textes sont déjà écrits. De ce fait, je n’improvise pas et j’ai seulement besoin d’enregistrer. J’aime que l’ambiance soit sérieuse et que l’on rie… après avoir travaillé! La salle d’enregistrement, c’est vraiment mon univers à moi et c’est rare que j’y amène des gens. Ça peut même me gêner, d’une certaine façon, s’il y a trop de gens dans la salle. Je suis souvent seulement en compagnie de mon ingénieur de son.

PAN M 360 : Qu’avez-vous appris depuis le début de votre carrière musicale?

MAGDALA : S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est qu’il faut s’écouter soi-même. Notre santé mentale est importante et il ne faut pas l’oublier. En tant qu’artiste, on a tendance à s’oublier et mettre notre état mental de côté. Après le décès tragique de Karim Ouellet, je pense que l’on devrait tous faire de notre santé mentale une priorité. On a beaucoup de pression et il faut tenter de trouver un équilibre là-dedans.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous explorer dans le futur, musicalement?

MAGDALA : J’aimerais collaborer avec des artistes. À ce jour, je n’ai pas fait beaucoup de collaborations. Je veux collaborer avec des artistes de styles différents du mien.  J’aimerais pouvoir mélanger ma musique à des styles comme le R&B et le hip-hop. Je veux créer de la musique qui se démarque et pouvoir m’épanouir encore plus. D’ailleurs, j’ai un projet qui est prévu pour 2023. À ce stade-ci, je n’ai pas d’échéancier concret, mais je travaille là-dessus.

Photo : Festival Haïti en folie

La violoniste et maestra française Florence Malgoire baigne dans l’univers baroque depuis toute petite. Son père, feu Jean-Claude Malgoire, fut hautboïste, pédagogue et musicologue de renom. On imagine bien que père et fille aient évolué ensemble au sein de La Grande Écurie et de la Chambre du Roy. Florence Malgoire évolua  également aux côtés de son professeur Sigiswald Kuijken dans La Petite Bande. Depuis la fin des années 80, elle fut violon solo dans plusieurs ensembles baroques, on pense d’abord aux Arts florissants de William Christie, aux Talens Lyriques de Christophe Rousset, à La Chapelle royale de Philippe Herreweghe. 

Au cours des années 2000, elle fonde l’ensemble Les Dominos, dédié au répertoire du 17e siècle et du 18e siècle. Elle fut aussi cofondatrice des Nièces de Rameau. À l’instar d’autres solistes du monde baroque, Florence Malgoire a étudié la direction d’orchestre, elle a mené à bien l’exécution des œuvres des  compositeurs connus et moins connus des périodes baroque (surtout) ou classique. 

Grande spécialiste du violon ancien et chambriste de haut niveau, Florence Malgoire  transmet son savoir au Conservatoire supérieur de Genève, Haute École de musique. Qui plus est, elle est invitée à donner des classes de maîtres dans moult facultés de musiques et conservatoires d’Europe et du monde entier. Tokyo, New York, Rio de Janeiro, Montréal, on en passe.  

À l’invitation du directeur artistique Marc Boucher  Florence Malgoire joue et dirige Arion Orchestre Baroque au Festival Classica, un programme de musique baroque italienne « autour » des Quatre Saison de la plus connue d’Antonio Vivaldi.

PAN M 360 : Comment s’y prendre pour monter un programme en s’inspirant d’une œuvre parmi les plus connues du répertoire baroque, celle d’Antonio Vivaldi ?

FLORENCE MALGLOIRE :  On avait oublié les Quatre Saisons pendant 200 ans et aujourd’hui on l’entend dans les ascenseurs. Tout le monde connaît, effectivement, et pour cause. Les Quatre Saisons, c’est une musique tellement riche, une écriture assez étonnante. Les tutti sont un peu le descriptif de chaque saison, ils dépeignent le décor en quelque sorte. Par ailleurs, tous les passages solos sont assez chambristes et donnent les détails de chaque saison : le chant des oiseaux, le paysan qui a trop bu pendant les vendanges, les dents qui claquent pendant la saison froide, la biche qui essaie de fuir les coups de feu, le sommeil au coin du feu pendant qu’il y a la pluie,  le chien qui aboie et ainsi de suite.  Ce que j’aime beaucoup dans cette œuvre, ce sont ces mondes qui se superposent avec des parties autonomes. C’est toujours un bonheur que de jouer les Quatre Saisons, ça stimule notre créativité et  notre  pouvoir de lui donner des couleurs différentes.

PAN M 360 : Ce concert est, en fait, une exploration de la période baroque en Italie, « autour des Quatre Saisons ». Comment en avez-vous conçu le programme?

FLORENCE MALGOIRE :  J’ai décidé de faire un voyage en Italie au 18e siècle, plus précisément à Venise et Naples.  Avec notamment une œuvre de Francesco Durante, qui a passé le plus clair de sa vie à Naples et dont la production fut très abondante. Elle l’aurait été davantage s’il n’était pas mort d’une indigestion de de melon!  Et une autre œuvre de l’Allemand Johann Adolf Hasse, qui devint compositeur d’opéra à Naples, très reconnu à son époque. On a donc trois compositeurs très différents pour cette Italie des lumières. Un très beau programme ! 

PAN M 360 : Comment se passent les répétitions avec Arion Orchestre Baroque?

FLORENCE MALGLOIRE : Cet ensemble est formidable, très professionnel. C’est un vrai bonheur, je me régale! Je suis venue à quelques reprises à Montréal et je suis vraiment ravie que marc Boucher m’ait invitée.  Je suis déjà venue auparavant jouer avec le claveciniste Luc Beauséjour, je suis venue il y a longtemps avec William Christie. Je sais donc qu’il y a une longue tradition baroque au Québec et pas mal d’ensembles d’excellent niveau. 

PAN M 360 :  Comment voyez-vous la direction d’orchestre en tant que soliste?

FLORENCE MALGOIRE :  J’ai été biberonnée à la musique baroque, alors très jeune et j’ai une pratique de violon solo, je peux insuffler par le geste l’affect, le tempo, etc. C’est un peu dans les gestes que la direction se concrétise. L’archet est très parlant pour diriger, il y a aussi l’énergie, le dynamisme du jeu, la douceur, le regard, etc. Ma direction d’orchestre consiste à insuffler un élan et une conception. Et ça se passe entre moi, le continuo et l’ensemble.  J’ai aussi dirigé des main (sans jouer), des œuvres de Mozart, Rameau, entre autres.

PAN M 360 : On devine que vous ne dirigez pas systématiquement, votre grande carrière de soliste vous a conduite à être dirigée.

FLORENCE MALGOIRE : Bien sûr! J’aime aussi être dirigée, j’ai fait beaucoup d’orchestre, beaucoup d’opéra.  Notamment avec Philippe Herreweghe, avec mon papa,  avec William Christie, avec Leonardo García Alarcón, etc. J’aime occuper des fonctions différentes. En tant que violoniste, on a un tel répertoire! J’aime surtout le violon, il est au cœur de mon expression. 

Artistes

Florence Magloire, direction et violon 

Arion Orchestre Baroque

Violon 1 Noémy Gagnon-Lafrenais Karin Cuéllar Rendón Mélanie de Bonville Marie Nadeau-Tremblay 

Violon 2 Jessy Dubé Guillaume Villeneuve Sari Tsuji Jimin Dobson Alto Jacques-André Houle Valérie Arsenault 

Violoncelle Amanda Keesmaat Jessica Korotkin 

Contrebasse Dominic Girard 

Clavecin Dorothéa Ventura 

Guitare Daniel Zuluaga 

Programme 

Francesco Durante (1684-1755), Concerto no. 2 en sol mineur 

I. Affetuoso – Presto II. Largo affetuoso III. Allegro affetuoso

Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto pour violon en mi majeur, RV 269 La primavera 

I. Allegro II. Largo III. Danza pastorale – Allegro Vivaldi Concerto pour violon en sol mineur, RV 315 L’estate I. Allegro non molto II. Adagio e piano – Presto e forte III. Presto

Johann Adolf Hasse (1699-1783) Fuga en sol mineur

Vivaldi Concerto pour violon en fa majeur, RV 293 L’autumno 

I. Allegro II. Adagio molto III. Allegro ‘Caccia’ 

Vivaldi Concerto pour violon en fa mineur, RV 297 L’inverno

 I. Allegro non molto II. Largo III. Allegro

CE PROGRAMME DU FESTIVAL CLASSICA , AUTOUR DES QUATRE SAISONS, EST PRÉSENTÉ LE JEUDI 9 JUIN 2022, 19 H 30, PAROISSSE SAINT-CONSTANT SUR LA RIVE-SUD. POUR ACHETER VOS PLACES, C’EST ICI.

Peter Peter est revenu chez nous il y a quelques mois, après avoir vécu en France pendant plusieurs années. Le printemps 2022 s’avère chargé pour lui : lancement du simple Rome et de son clip, dévoilement d’un microalbum de versions acoustiques enregistrées au studio Hotel2Tango avec captations vidéo en direct, puis prestation aux Francos de Montréal avec musiciens en chair et en instruments. Un déblocage heureux, pour lui comme pour des milliers de créateurs, après deux années corsées. Pan M 360 a pu jaser de tout ça avec lui.

Pan M 360 : Bonjour Peter Peter, heureux de te savoir revenu en sol montréalais! Également heureux d’avoir des nouvelles musicales de toi, sous forme de microalbum comptant six versions acoustiques de tes pièces. Les pièces qui figurent sur Session Live H2T proviennent de l’album homonyme (Homa), d’Une version améliorée de la tristesse (Beauté baroque), de Noir Éden (Little Shangri-La) et de Super Comédie (Commun maintenant, Les mariés ont disparu et Rome, une inédite). Tes trois albums les plus récents ont été réalisés par Emmanuel Éthier. Mais pour le simple Rome, tu as collaboré avec Perrick Devin, un cador du monde musical français (Lomepal, Nekfeu, Clara Luciani, Biolay et un tas d’autres). Pourquoi voulais-tu collaborer avec Pierrick?

Peter Peter : Rome est un b-side qui a mis du temps à sortir, question de cohésion avec l’album; celui-ci avait la longueur voulue, donc Rome a été mise de côté. Je trouvais ça moche de ne pas la sortir et il y a tellement eu de temps morts avec la pandémie. Puis je me demandais « Ça vient d’où cette peur de sortir des b-sides? Ça peut être une question de cohérence de promo, mais avec Audiogram on s’est dit « Allons, on la sort ». Et puisque l’accueil de Super Comédie a été assez réservé ici, je me suis dit que ce serait comme un clin d’œil coïncidant avec mon retour.

Manu (NDLR : Emmanuel Éthier) a joué un rôle un peu messianique dans l’album, parce qu’étais un peu au bout du truc; je lui ai donné la latitude qu’il voulait. J’avais de nouvelles chansons, différentes versions, un disque dur. Il devait me faire voir la lumière, ce qui doit faire le réalisateur quand ça devient trop confus dans notre tête. On a donc écouté les maquettes, démos et tout ça, puis Rome a été écartée. Elle était déjà mixée et faisait partie des premières chansons du disque, que Pierrick Devin et moi avons enregistrées à Montréal. On est retournés à Paris pour mixer tout ça, puis je me disais « Non, je ne l’aime pas cet album ». La même chose était arrivée avec Noir éden. Ensuite, je suis revenu à Montréal et j’ai fait entrer Manu dans l’équation, je lui ai dit « T’as carte blanche ». Ç’a été une épopée, donc!

Pan M 360 : Est-ce que la version de Rome qui figure sur H2T est la même que celle lancée en avril?

Peter Peter : Non, c’est une version acoustique. Le texte est vraiment ce qu’il y a de plus important, dans cette chanson. Je voulais qu’il ressorte, je voulais partager ce qu’il évoque. En guitare-voix, c’est plus propice. J’avais aussi pensé faire de nouvelles chansons pour H2T, sans le dire à ma compagnie de disques, mais finalement je suis revenu à une formule plus classique. Je n’ai pas choisi Carrousel ou les simples plus identifiables, toutefois, j’ai sorti des titres moins connus comme Little Shangri-La, question de leur donner une deuxième chance.

Pan M 360 : Tu as enregistré ces pièces au studio montréalais Hotel2Tango, d’où le titre du microalbum. Est-ce que tu reprends toutes les chansons solos à la guitare acoustique, ou alors des collègues t’accompagnent? Le cas échéant, est-ce la même bande de musicos qu’en 2011, c’est-à-dire Howard Bilerman, Sarah Pagé et compagnie?

Peter Peter : Howard n’était pas dispo. Au début, c’est avec lui que je voulais travailler. En fait, on voulait faire ça dans un bureau vacant sur Saint-Laurent, je m’étais monté une équipe avec Dominic Vanchesteing et un ingé-son qu’il connaît, Alex Crow…

Pan M 360 : Qui est aussi guitariste.

Peter Peter : Oui, il fait plein de trucs, il a un studio. Donc, tout d’un coup le bureau vacant ne l’était plus, on a songé au studio d’Alex, puis on a opté pour Hotel2Tango. J’ai vu Howard Bilerman le jour où j’y suis allé. Il y avait Radwan aussi (NDLR : Radwan Moumneh, cofondateur du studio et réalisateur), mais j’ai décidé de garder Alex, je suis solidaire des gens qui avancent avec moi dans mes projets. Donc, je voulais faire ces pièces en guitare-voix, sans préenregistrements, en noyau intime. Mais ensuite, l’équipe vidéo est arrivée; le plus compliqué a été de garder cette intimité. Les caméras deviennent un peu les stars of the show, tout est axé sur elles. Hotel2tango est un endroit assez zen, en fait c’est ce que j’avais en mémoire, j’espérais que ça n’avait pas changé depuis 2011. Il y avait plein de parallèles à faire avec ma vie, ça venait boucler dix ou onze ans de carrière.

Pan M 360 : Le choix de Dominic Vanchesteing (Le Couleur, Bernardino Femminielli, Julia Daigle, Chocolat) s’imposait, pour les réaliser les captations vidéo?

Peter Peter : Au début, on voulait ajouter des accompagnements – une boîte à rythmes –, mais on a gardé seulement la guitare. On a fait une pré-prod au studio d’Alex. L’intervention de Dominic a été assez sobre; j’ai joué les chansons, on a testé quelques tonalités. On s’est fait confiance par la suite, en toute transparence. Quand on est arrivé à Hotal-2Tango, Dominic s’occupait de la vidéo; il m’entendait jouer, mais il n’avait pas de casque pour m’entendre chanter. Donc, il a cette sensibilité; ce sont des gens comme ça avec qui j’aime travailler, qui ne sont pas monoïdéiques ou dogmatiques.

Pan M 360 : Y a-t-il des captations en plan séquence pour toutes les pièces de H2T?

Peter Peter : Oui.

Pan M 360 : Est-ce qu’elles sortiront graduellement?

Peter Peter : C’est flou parce qu’on prépare la prestation des Francos en ce moment, mais ce sera lancé en même temps, c’est-à-dire l’EP et les vidéos. Je crois que les gens auront le choix, c’est-à-dire les pièces séparées ou tout le truc (NDLR : vidéo complète ci-dessus). Il n’y a pas de trucages, la prise c’est la prise! Puis, pendant que j’étais en Géorgie pour le tournage du clip de Rome, ils ont choisi les prises en fonction des mouvements de caméra réussis. Or, l’audio coïncidait bien avec ceux-ci, donc on a été chanceux.

Pan M 360 : Commun maintenant a ce son post-punk à la Television, sur Super Comédie. Tu l’as préservé sur la version acoustique. On pas du tout l’impression d’entendre un refrain folk. Sans doute à cause de l’urgence du texte et des accords nerveux?

Peter Peter : Oui, peut-être parce que je l’ai jouée tranquillo à la guitare électrique. Et l’écriture est assez naïve et quand c’est comme ça, règle générale, ça fait penser à quelque chose de plus anglo-saxon. En français, on se permet moins des familiarités comme ça. C’est plus mélodique, les paroles servent un peu de véhicule à la mélodie, et pas l’inverse.

Pan M 360 : Est-ce que ta prestation aux Francos sera en mode « orchestre complet »?

Peter Peter : C’est la catharsis post-pandémie! En faisant Super Comédie, je pensais au live, c’était intrinsèquement lié. Noir éden était plus musique à l’ordi. On serait cinq, plus un saxophoniste qu’on traînera peut-être après les Francos. Retour en grosse formation, ce que je n’avais pas vécu depuis 2013. L’économie n’est toujours pas facile, mais on va y arriver.

Pan M 360 : Il y aura une tournée?

Peter Peter : J’ai signé un contrat « spectacles » avec Bonsound, on essaie d’avoir des trucs. En formation complète, je ne sais pas, mais il y a une tournée solo qui se prépare. Pan M 360 : Merci beaucoup Peter Peter, bon succès avec Session Live H2T et on te verra aux Francos!

Photo : Cassandra Jetten

Vaste projet d’Isolde Lagacé, excellente directrice artistique sortante d’Arte Musica qui gère la programmation de la Salle Bourgie, l’intégrale du prodigieux corpus des cantates sacrées de Johann Sebastian Bach et se concluera au terme de la saison 2022-2023, soit au terme d’une huitième année !

Avant la pause estivale, trois cantates sont interprétées par l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal sous la direction de Jean-François Rivest, nouveau conseiller artistique et premier chef invité de l’orchestre de chambre fondé jadis par feu le violoncelliste Yuli Turovsky.  Le maestro Jean-François Rivest est invité par PAN M 360 à expliquer les enjeux artistiques et spirituels de ces trois cantates au programme de la Salle Bourgie, jeudi et vendredi :  Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ BWV 177,  Allein zu dir, Herr Jesu Christ BWV 33,  Ich glaube, lieber Herr, hilf meinem Unglauben BWV 109.

PAN M 360 :  Comment avez-vous été invité à piger dans cet immense corpus des cantates de Bach?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Lorsque Isolde Lagacé m’a présenté la liste des cantates qui restaient dans le répertoire amorcé il y a sept ans, il n’y en avait pas beaucoup. Grâce à elle, on a eu droit en tant que public à cette étonnante intégrale, mais aussi ça aura poussé un très grand nombre de musiciens à Montréal de travailler un répertoire extrêmement exigeant et de développer une expertise. Les chanteuses et chanteurs recrutés pour ces concerts en ont fait des centaines. Ce n’est pas négligeable. 

D’une part, ce n’est pas si facile à mettre en place. C’est une œuvre hétéroclite. Toutes sortes d’instrumentations, solistes nombreux en général, c’est compliqué de monter ces cantates. La deuxième difficulté est l’immensité du corpus. On parle de 200 et les musicologues s’entendent pour nous dire qu’on en a perdu au moins une centaine. Je parle régulièrement à mon ami le musicologue Gilles Cantagrel qui a écrit un ouvrage considérable sur les cantates de Bach et on fabule encore sur ce qu’on aurait pu avoir si on avait la véritable intégrale incluant les œuvres disparues.Monter les cantates est donc un gros projet.

PAN M 360 : Y a-t-il un lien entre les trois cantates sélectionnées pour ce programme?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST :  Premièrement , j’ai choisi trois cantates avec une instrumentation plutôt homogène. J’ai évité les trombones, trompettes et timbales dans un seul mouvement et toutes sortes d’autres caractéristiques de ce type. On a  trois cantates basées vraiment sur les chœurs.  Les chœurs initiaux des trois cantates sont vraiment fantastiques, absolument sublimes, extraordinaires! Ça nous fait 4 chœurs développés et deux chorals, c’est donc  très riche à ce niveau. 

Deuxièmement, ces œuvres sont largement basées sur les hautbois et le basson, et on a ici des interprètes formidables. On a aussi un grand air de cor anglais, un duo pour violon solo et basson solo, ce qui est assez rare dans le répertoire de Bach. Il y a des airs absolument incroyables, un air de ténor avec une ouverture à la française avec des modulations uniques dans l’œuvre de JS Bach, ça passe de si mineur à la mineur en deux ou trois mesures, c’est assez flabergastant ! Il y a aussi un air de la cantate 33 pour alto solo qui est un des plus beaux de tout le répertoire des cantates, un chef-d’œuvre absolu. De plus, ces morceaux sont très actifs au niveau du contrepoint, un peu comme des sinfonias et concertos instrumentaux où se greffent les chœurs. 

PAN M 360 : Évidemment, il s’agit de musique sacrée et donc l’art se trouve au service de la spiritualité chrétienne. Quel sens en tirer?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST :  Ces trois cantates sont assez homogènes sur le propos. Le titre de la première est Je crie vers toi Seigneur… les trois cantates implorent l’aide du Très Haut en lui disant qu’on a confiance qu’il va nous donner son amour. Toujours cette espèce de paradoxe du cri angoissé du pas assez croyant que je suis et le réconfort inouï que je sens que le Tout Puissant va me donner.  Ce paradoxe, l’art étant très souvent construit sur des éléments presque opposés, se trouve au cœur de l’imagination humaine. La spiritualité est peut-être la plus grande preuve que l’imaginaire est une des plus belles qualités de l’humain. Elle a permis aux pauvres gens d’avoir confiance en la vie, surtout à une époque  où on n’avait pas la science pour comprendre les choses. Les gens avaient alors peur de tout et ces croyances ont assurément donné confiance aux gens.  

PAN M 360 : Lui-même un chrétien fervent, JS Bach mettait la musique au service de l’âme, comme c’était le cas de la plupart de ses contemporains. De quelle manière s’y prenait-il?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Bach était un immense pédagogue. Les cantates sont des sermons mis en musique. Ce sont des pédagogies spirituelles. Bach prenait une notion très simple et souvent fondée sur le paradoxe dont je parle, et il nous l’exprimait sous toutes ses facettes pour qu’on la comprenne avec notre cœur et notre âme, au-delà de notre esprit cartésien. Alors c’est de la spiritualité exprimée avec de l’émotion. Ça va de pair avec ce côté luthérien où la musique est au cœur de l’activité spirituelle.  La chorale était omniprésente et chaque œuvre avait son identité émotionnelle. À cause de Luther, l’Allemagne était devenu le pays le plus musical d’Occident et nous avait donné Bach, Haydn, Mozart etc. Tout ça pour dire que les cantates, c’est le meilleur exemple de cette illustration « émotivo-musicale » de ces notions spirituelles. Et en ce qui nous concerne, les trois cantates sont assez homogènes dans leur message. Dans la deuxième cantate, par exemple, un chanteur scande le titre de la première!  Vers la fin de chaque œuvre, il y a toujours une joie qui naît dans les airs, il y a cette joie d’avoir compris qu’on sera sauvé, qu’il y a une solution à mon problème, etc.

PAN M 360 : Incroyable prolificité d’un génie absolu de la musique!

JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Oui! Il faut rappeler que Bach était très occupé à faire autre chose que de composer. Il était restaurateur d’orgues et sillonnait le pays pour réparer les orgues. Il  était aussi chercheur avec son lot de réunions et gestion de dossiers administratifs. Le midi, lorsqu’il avait une petite heure de libre, il écrivait un bout de sa Passion selon Saint-Matthieu. Moi-même je fais cette vie-là et je ne serais jamais capable d’avoir ue tele inspiration.

PAN M 360 : Parlez-nous des solistes invités à exécuter ces cantates :

JEAN-FRANÇOIS RIVEST : On a Andréanne Brisson Paquin qui est notre soliste soprano, une chanteuse bien aimée des membres de I Musici. On a aussi Nicholas Burns, actuellement considéré comme le meilleur contre-ténor au Canada. Emmanuel Hasler, un ténor français extraordinaire, lui est venu ici pour faire un doctorat à l’université de Montréal, je l’ai connu dans ce contexte. Je l’ai aussi invité à travailler sur divers concerts en France, notamment avec l’Orchestre symphonique du Pays Basque à Bayonne où je suis très souvent chef invité. On va le voir sur les grandes scènes un jour car de telles grandes voix de ténor, c’est rare. Et le baryton Geoffroy Salvas, bien connu dans le milieu. 

Nos deux hautboïstes sont Marjorie Tremblay et Mélanie Harel, qui fera également le solo de cor anglais, et Julie Triquet qui fait les solos de violon, sans compter Christophe Gauthier, notre continuiste officiel.

I MUSICI DE MONTRÉAL 

Jean-François Rivest chef

Andréanne Brisson Paquin soprano

Nicholas Burns contreténor 

Emmanuel Hasler ténor 

Geoffroy Salvas baryton

PROGRAMME :

Prélude de choral Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ [Je crie vers toi, Seigneur Jésus-Christ / I call to you, Lord Jesus Christ], BWV 639 (Orgelbüchlien, 1708-1717) 

Cantate Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ [Je crie vers toi, Seigneur Jésus-Christ / I call to you, Lord Jesus Christ], BWV 177

Destination liturgique / Liturgical purpose Quatrième dimanche après la Trinité / Fourth Sunday after Trinity 

Première audition / First performance Leipzig, 6 juillet 1732 / Leipzig, July 6, 1732 

Livret / Libretto Auteur inconnu / Unknown author 

Formation / Instrumentation : soprano, alto, ténor / chœur / hautbois I-II, hautbois da caccia, basson, violon concertant, violons I-II, alto / basse continue Chœur (choral) Aria d’alto Aria de soprano Aria de ténor Choral 

Cantate Allein zu dir, Herr Jesu Christ [En toi seul, Seigneur Jésus-Christ / To you alone, Lord Jesus Christ], BWV 33 

Destination liturgique / Liturgical purpose Treizième dimanche après la Trinité / Thirteenth Sunday after Trinity Première audition / First performance Leipzig, 3 septembre 1724 / Leipzig, September 3, 1724 

Livret / Libretto Auteur inconnu / Unknown author 

Formation / Instrumentation Alto, ténor, basse / chœur / hautbois I-II, violons I-II, alto / basse continue Chœur (choral) Récitatif et arioso de basse Aria d’alto Récitatif de ténor Duo de ténor et basse Choral.

Cantate Ich glaube, lieber Herr, hilf meinem Unglauben [Je crois, cher Seigneur, viens en aide à mon manque de foi / I believe, dear Lord, help my unbelief], BWV 109 

Destination liturgique / Liturgical purpose Vingt et unième dimanche après la Trinité / Twenty-first Sunday after Trinity Première audition / First performance Leipzig, 17 octobre 1723 / Leipzig, October 17, 1723 

Livret / Libretto Auteur inconnu / Unknown author

Formation / Instrumentation Alto, ténor / chœur / hautboI 

I MUSICI DE MONTRÉAL 

Violon solo / Concertmaster : Julie Triquet 

Violons  : Amélie Benoît-Bastien, Denis Béliveau, Annie Guénette,  Dominic Guilbault, Christian Prévost, Mana Shiraishi 

Altos  :  Anne Beaudry, Suzanne Careau 

Violoncelles  : Alain Aubut, Tim Halliday 

Contrebasse :Yannick Chênevert 

Hautbois :  Marjorie Tremblay, Mélanie Harel

Basson : Alex Eastley 

Orgue (basso continuo): Christophe Gauthier 

CHŒUR 

Sopranos : Stephanie Manias, Rebecca Dowd Leks 

Altos : William Duffy, Charlotte, Cumberbirch 

Ténors :  Kerry Bursey, Arthur Tanguay-Labrosse 

Basses : John Giffen, William Kraushaar 

CE PROGRAMME EST PRÉSENTÉ À LA SALLE BOURGIE LES 9 ET 10 JUIN, 19H30. POUR ACHETER VOS PLACES, C’EST ICI

L’édition 2022 du Concours musical international de Montréal présente un prestigieux jury international composé de chanteurs, d’administrateurs et de professeurs de chant de renommée mondiale. Présidé par l’ancien directeur général de l’Orchestre symphonique de Montréal, Zarin Mehta, le jury comprend le baryton britannique Thomas Allen, l’ancienne directrice vocale de Juilliard Edith Bers, le baryton-basse néerlandais Robert Holl, l’accompagnateur allemand Hartmut Höll, le directeur artistique du Festival de Lanaudière Renaud Loranger, l’ancien directeur artistique du Metropolitan Opera Richard Rodzinski et la soprano allemande Christine Schäfer.

Sir Thomas Allen est un baryton anglais. Il est considéré comme l’un des meilleurs barytons lyriques de la fin du XXe siècle. En octobre 2011, il a été nommé chancelier de l’université de Durham, succédant à Bill Bryson. Nous comprenons que son expertise en tant que juré est hautement recommandée et alors cette interview nous apportera des informations intéressantes.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous motive à faire partie de ce jury à Montréal ?

SIR THOMAS ALLEN : La nécessité d’aider à maintenir le flux de chanteurs sérieux. La pandémie a sans doute fait des ravages et je considère que cela fait partie d’un long processus de reconstruction.

PAN M 360 : Comment avez-vous été sélectionné ?

SIR THOMAS ALLEN : C’est toujours un mystère, mais j’étais ici il y a quelques années et après plus de 50 ans dans le monde de la musique, peut-être que quelqu’un se souvient de moi.

PAN M 360 : Quelle est votre perception de la famille de la musique classique de Montréal et du Concours international de musique de Montréal ?

SIR THOMAS ALLEN : Nous n’avons pas encore commencé, donc je saurai mieux dans 10 jours ……mais sa réputation a toujours été élevée.

PAN M 360 : Comment considérez-vous ce concours parmi les grands concours internationaux de musique classique ?

SIR THOMAS ALLEN : Le souvenir que j’en ai est qu’il était très bien organisé et que le niveau était élevé. Il attire les bons chanteurs et musiciens car c’est une très bonne vitrine pour eux. Je ne connais pas beaucoup d’autres concours mais j’imagine qu’il est très bien classé.

PAN M 360 : Ces concours internationaux sont-ils les portes d’entrée pour une carrière internationale ? Sont-elles essentielles ?

SIR THOMAS ALLEN : Il n’y a aucune garantie. Certains artistes ne réussissent pas bien dans les concours et les auditions, mais cela ne les empêche pas d’être d’excellents interprètes lorsqu’il s’agit de répétitions prolongées et de performances.

PAN M 360 : Chaque membre d’un jury a une sensibilité spécifique vis-à-vis des candidats, quelle est la vôtre ?

SIR THOMAS ALLEN : La nature fait que de temps en temps, une Callas, une Sutherland ou un Pavarotti émergent. Le reste du temps, je cherche à voir et à entendre quelqu’un qui sait évidemment chanter, mais qui me montre qu’il y a aussi une étincelle de créativité en lui.

Je ne me soucie pas d’un grincement occasionnel si je pense que l’artiste est pleinement impliqué dans ce qu’il fait.

PAN M 360 : Quels sont les critères objectifs de vos choix éventuels ?

SIR THOMAS ALLEN : Principalement, le son, car il s’agit d’une expérience auditive.

PAN M 360 : Quels sont les critères subjectifs qui pourraient faire la différence entre des candidats de même valeur ?

SIR THOMAS ALLEN : Cela revient à celui qui peut le mieux me convaincre qu’il comprend qu’en plus de la technique vocale, nous avons affaire à de la littérature, et que le vrai secret est d’interpréter ce que le poète ou le librettiste nous a donné à examiner, et ensuite de réaliser que le chant est un mélange de mots et de lignes musicales.

PAN M 360 : Y a-t-il des différences culturelles dans l’esthétique du chant qui pourraient diviser le jury ?

SIR THOMAS ALLEN : C’est possible, mais dire oui serait présupposer ce qui n’existe pas, et les chanteurs ne sont pas aussi faciles à définir que les acteurs, puisqu’ils sont une combinaison de voix, de penchant pour l’acteur, ou même de peu ou pas d’intérêt pour cet aspect de leur travail. Pour eux, c’est une expérience entièrement vocale.

PAN M 360 : Prévoyez-vous d’autres activités à MTL pendant ce processus ?

SIR THOMAS ALLEN : Je me contente de vivre au jour le jour et de voir ce que cela m’apporte.

Le bâtiment est vaste. L’extérieur ressemble à un bureau de poste abandonné, tandis que l’intérieur est un labyrinthe rempli de lofts d’artistes, d’entreprises indéterminées et d’espaces de répétition. Les couloirs semblent interminables, on peut facilement s’y égarer, comme ça m’est arrivé plusieurs fois. Après un tas d’essais à gauche et à droite, j’ouvre la porte d’un studio faiblement éclairé. Il y a cinq musiciens : deux guitaristes – chacune disposant de son propre ensemble de pédales –, un batteur, un bassiste et une chanteuse debout près d’un synthétiseur.

C’est La Sécurité, nouveau groupe art-punk composé de membres d’autres formations comme Chose Sauvages, Laurence-Anne (qui est l’une des guitaristes), Silver Dapple, DATES et Jesuslesfilles. J’apprendrai plus tard que le batteur, Kenny Smith, a son propre projet new-wave et post-artcore, Pressure Pin (lire notre critique ici).

La Sécurité est en train de répéter quelques chansons – des fulgurances post-punk qui sonnent un peu comme Blondie, Television et Devo – qu’ils ont écrites pendant qu’un homme vêtu d’une chemise noir et orange à manches courtes, Philippe Larocque de Mothland, court partout avec une caméra portative vieux modèle.

« Il nous filme en train de jouer, puis nous allons jouer à l’envers et ce sera la vidéo », explique le bassiste, Félix Bélisle. Il parle du nouveau clip bricolé pour Try Again, le deuxième simple qui fait suite à Suspens. Cette fois-ci, Try Again est chantée en anglais et menée une fois de plus par la chanteuse-claviériste Éliane Viens-Synnott.

La chanson a une atmosphère curieuse avec sa guitare noise-rock, sa basse mollo, sa ligne de synthé ludique, sa cloche à vache, ses wood-blocks et son rythme mécanique. Tout comme le premier simple Suspens, Try Again est plein de jeux de mots énigmatiques, une sorte de courtepointe de phrases sur l’euphorie et la paranoïa, toutes liées au thème de la conquête de l’échec. Vous pourriez l’interpréter à votre façon, mais Éliane Viens-Synnott admet que les paroles sont assez aléatoires et spontanées.

« J’ai l’habitude d’écrire d’une manière abstraite et poétique. Je dirais que des auteurs comme Jack Kerouac m’influencent, dit-elle. Finalement, tout le monde va accrocher aux chœurs, cependant. C’est l’objectif. »

La Sécurité a vu le jour lorsque Viens-Synnott et Bélisle ont commencé à faire quelques démos de basse et de synthés sur le logiciel Abelton. Ils ont recruté la guitariste Melissa Di Menna et ont dégoté Kenny, qui fréquente et fait DJ au le populaire bar punk-rock L’Escogriffe.

« C’était une sorte de lien psychique, dit Viens-Synnott. J’étais DJ à L’Esco il y a environ deux ans et nous avons commencé à discuter de musique, il m’a fait écouter son projet solo dément (Pressure Pin) et nous sommes devenus des copains. »

La Sécurité envisage d’enregistrer un album à l’automne. Pour l’instant, il semble que le groupe est prêt à essayer plein de trucs pour se faire connaître et faire entendre sa musique. Il suffit de regarder leurs stories pince-sans-rire sur Instagram, qui présentent des images de cônes orange, de panneaux de sortie, de nids-de-poule et ainsi de suite, le tout avec la légende « Restez en sécurité ».

« Nous sommes dans une période d’expérimentation globale, en ce moment, dit Viens-Synnott. Je ne suis même pas sûre de la façon dont ça se passera sur scène; c’est pourquoi nous voulions des chansons en français et en anglais. Je viens de l’Ouest, alors je veux pouvoir jouer des choses genre Sled Island (NDLR : festival de musique à Calgary) à un moment donné. »

Le premier concert de La Sécurité aura lieu à l’Entrepôt 77 lors de la deuxième série de concerts de Distorsion 2022, du 22 au 24 juillet.

Thus Owls, groupe montréalais dont on ne cesse de faire l’éloge, devait lancer officiellement la matière de son cinquième album studio, ce jeudi à la Sala Rossa. Mais la sixième vague en a décidé autrement… le concert est reporté à une date ultérieure. Qu’à cela ne tienne, on ne reporte pas l’interview écrite! .

Who Would Hold You If The Sky Betrayed Us se veut un projet collaboratif, impliquant trois saxophonistes : Jason Sharp, Adam Kinner et Claire Devlin se joignent au trio que forment Erika et Simon Angell ainsi que le batteur Samuel Joly.

Rencontré avant cet empêchement covidien, le couple Angell en cause sur PAN M 360. Voilà la première de quelques mises en lumière de ce nouveau projet.

PAN M 360 : Cet album est une suite normale, peut-être plus collaboratif. Quel en fut  le contexte  ?

SIMON ANGELL : Je pense que tous nos albums ont été collaboratifs d’une certaine manière, jusqu’à un certain point.  Nous aimons essayer de changer à chaque fois, en changeant de personnel, d’instrumentation, textures.  Nous avons toujours cherché à atteindre un tel but, et cette fois nous nous penchons plus vers nos racines d’improvisateurs. En ce sens, tu veux donner à tes collaborateurs.trices toute la latitude pour être eux-mêmes, apporter leur voix et leur expression à notre musique. 

Et pour cela, il faut s’assurer que l’on ait affaire à des gens avec lesquels on s’entend bien, que l’on apprécie, avec lesquels on communique bien, musicalement et dans la vie. Et donc oui, dans ce contexte, l’idée m’est venue de faire quelques arrangements pour le saxophone, en pensant à Jason, évidemment, au début, et ensuite à Adam et Claire, qui font partie d’une nouvelle génération et qui contribuent à la création de nouveaux sons.

PAN M 360 : Nous connaissons vos exigences très élevées. Vous ne faites pas de compromis dans la création et vous collaborez toujours avec d’excellents musiciens.  

SIMON ANGELL : Oui, nous essayons toujours. Pour ce projet, nous avons commencé un peu comme nous commençons toujours, soit en empruntant d’abord des chemins séparés pour préciser nos  idées, puis en les partageant les uns aux autres, pas nécessairement ensemble dans la même pièce.  En février 2020, notre plan était d’être à la maison et de composer, vous savez, en mars, avril, mai. Bref. Nous avons dû faire une pause dans les tournées et rester à la maison, et nous avons pu nous concentrer là-dessus. Nous avons réuni quelques arrangements, puis nous avons décidé de ce qu’il fallait faire avec des saxophones, nous avons alors pris contact avec les musiciens. À ce titre, j’ai l’impression que la chance était vraiment de notre côté, ces deux dernières années. Nous avons commencé, non pas en répétant, mais en ayant des conversations, des réunions zoom, question de parler de toutes sortes de choses et pas seulement la musique, apprendre à se connaître, discuter de l’art, de philosophie, de la vie. Oui, c’est une bonne source d’inspiration, même si ça ne se traduit pas forcément par de la musique.

PAN M 360 : Oui, c’est aussi  de la nourriture pour la création.

SIMON ANGELL : Exactement. Et ça tisse des liens entre les gens. Nous avons alors créé des arrangements pour les saxophones mais nous avons laissé beaucoup d’espace dans ces arrangements afin que les musiciens puissent les interpréter à leur manière et aussi improviser, essayer de nouvelles choses. Quand nous avons été autorisés à entrer en répétition, cela a heureusement fonctionné.  Nous étions bien préparés, je crois, mais nous essayons toujours de laisser de la place à l’improvisation dans le processus d’enregistrement. Donc, sur scène, chaque performance subséquente de ces enregistrements peut être différente.

PAN M 360 : Parlons de musique improvisée, dans un contexte où le jazz, soit la forme par excellence de la musique improvisée, n’a pas la cote qu’il a déjà eue. Que vient alors faire l’impro chez Thus Owls? 

SIMON ANGELL : Oui, c’est vrai que le jazz, n’a pas le même impact. Mais nous essayons d’en maintenir l’esprit à notre façon car c’est la forme que plusieurs d’entre nous avons étudiée. Samuel Joly et Jason Sharp sont d’excellents musiciens issus du jazz, par exemple.

PAN M 360 : Comment situez-vous ce nouveau cycle par rapport aux précédents?

SIMON ANGELL : Le cinquième album, vous savez, représente un chemin long et difficile, un véritable défi pour rester fidèle à nos instincts, à nos croyances, à l’idée que nous nous faisons du processus créatif. Mais si tu persistes au fil du temps, tu te donnes une chance de réussir. En ce sens, nous sommes satisfaits de notre position atteinte, des choix que nous avons faits. Nous sommes heureux là où nous sommes.

PAN M 360 : Vous avez aussi une configuration quasi idéale : vous formez un couple, vous avez fondé une famille, vous êtes des partenaires créatif. 

SIMON ANGELL : Absolument. Vous êtes toujours avec la même personne, cela peut aussi être difficile. Et c’est beaucoup de travail pour nous de tout faire afin de rester indépendants dans nos projets.

PAN M 360 : Parlons maintenant du chant et des textes. Il y est question d’isolement, de questionnement sur l’identité. Erika, vous êtes Suédoise et avez dû traverser des épreuves à ce titre, n’est-ce pas?

ERIKA ANGELL : Vous savez,  ce questionnement avait déjà commencé dans ma vie personnelle avant la pandémie. Je suis un immigrante ici… Après cinq ou six ans ici, j’ai réalisé ce que cela faisait à une personne, ce que cela signifiait réellement de changer de culture et de territoire. Il y a beaucoup de ces réflexions à ce titre. Quand vous êtes arraché de votre propre contexte, et ce que vous apprenez de cela,  le bon et le mauvais, les défis qui se posent, avec la pandémie en plus, alors il était très évident que je ne pouvais pas rentrer à la maison, reprendre contact avec les Suédois. J’étais plus isolée que jamais, alors qu’un contexte normal était déjà difficile.  Ainsi, le thème général de l’enregistrement est l’appartenance ou ce que signifie l’appartenance, ou encore l’idée que nous nous en faisons à travers un autre prisme culturel que je ne comprends pas toujours personnellement. Plusieurs  réflexions, échanges, conversations m’ont finalement permis de l’exprimer dans les textes de cet album.

PAN M 360 : Plus précisément, qu’est-ce que cela signifie le sentiment d’appartenance dans ce contexte ? 

ERIKA ANGELL : Pour que les uns aient le sentiment d’appartenir, il faut aussi que d’autres soient exclus de cette appartenance. Je ne sais plus d’où vient cette idée, mais c’est de cette dynamique que nous avons beaucoup parlé et sur laquelle j’ai travaillé. 

PAN M 360 : Comment cela se traduit-il dans le texte poétique?  

ERIKA ANGELL : Quand j’écris, j’écris tout dans un grand livre désordonné,  puis je  choisis et j’organise le texte. Eh bien, je regroupe les mots qui parlent de cette appartenance, à travers une relation, à travers ma fille de 6 ans et mon devoir de mère qui doit s’absenter, sur mes relations dispersées sur deux continents ou dans le monde entier.  J’ai aussi écrit pendant les événements Black Lives Matter, je me demandais alors comment soutenir la cause, comment choisir la bonne manière, comment avoir la connaissance adéquate pour la soutenir pertinemment. C’était une autre façon de montrer que les malentendus sont fréquents quand on essaie de se connecter ou de communiquer, et qu’il faut peut-être se questionner davantage pour être en communication et se rapprocher les uns des autres. C’est de cette conversation dont je parle dans tout l’album. 

PAN M 360 : Et le titre, Who Would Hold You If The Sky Betrayed Us, en résume parfaitement l’état d’esprit. Ce titre est aussi une porte d’entrée de cet univers qui n’est pas fait que de chansons, mais aussi de poésie mise en musique.

ERIKA ANGELL : J’ai l’impression que nos pièces ont toujours eu cette structure, ce sont des parties qui se succèdent. Mais je pense que les paroles et la façon dont je chante le texte ont peut-être plus changé. Mais j’aime toujours chanter les précédentes parce qu’elles sont si libres. Je peux toujours jouer avec ces formes et j’en tire une nouvelle énergie à chaque fois que je les interprète. J’ai donc voulu conserver cette même énergie pour la composition du nouveau matériel, car cela rend l’exécution en direct beaucoup plus vivante. 

PAN M 360 : Comment fonctionnez-vous avec le texte dans le processus de création?

ERIKA ANGELL : J’apporte plusieurs textes aux répétitions. Je les chante, parfois avec une mélodie, et parfois je les récite, je fais un peu des deux. Je n’écris jamais de paroles après une mélodie, j’écris toujours la mélodie pour le texte.  Parce que le texte vient en premier. Ensuite j’écris, j’écris de la musique et à la demande, et j’utilise mes textes au hasard. Et ils trouvent en quelque sorte leur chemin dans le matériau. Donc oui, ce n’est pas exactement conservateur ou orthodoxe, cette  écriture est une entreprise de mon cru. J’essaie de trouver le meilleur rapport des mots avec la mélodies. J’ai aussi besoin d’être capable de le dire avec mon cœur. Et pour faire ça, que n’importe quelle mélodie qui vient, n’importe quelle tension de mon expression peut être la bonne.

PAN M 360 :  Il y a une grande partie de littérature/chant poétique et une grande partie de musique. Ce n’est pas totalement de la chanson, c’est ce qui est très, très bien.. et ça explique aussi pourquoi c’est plus long pour certains d’embrasser votre style si personnel. Mais ce n’est pas important, parce que le temps nous dira que vous aviez raison dès le départ.

ERIKA ANGELL : Simon et moi  faisons de la musique, c’est pour notre propre bien-être mais cette  musique doit atterrir quelque part, elle doit parler à quelqu’un. C’est aussi une question de communication dans le monde. Mais pour moi, il est d’abord question d’écrire la musique que j’aime écouter. Et je suis intriguée par l’évolution des matériaux riches en textures et dont on tombe amoureux au fil du temps. J’ai besoin d’être mise au défi. 

NDLR: Le groupe A Place t Bury Strangers se produit ce vendredi 3 juin au Ritz PDB, nous ramenons pour vous l’interview réalisée par Patrick Baillargeon.

À l’instar de bien d’autres, 2020-2021 fut une période assez difficile pour A Place To Bury Strangers et son leader Oliver Ackermann. Covid, confinement, le groupe qui se désintègre… Plusieurs se sont dit que c’était la fin du parcours pour les APTBS. Et pourtant le groupe noise/shoegaze, qui n’en est pas à ses premiers bouleversements, s’est servi de cette crise pour mieux rebondir, revenant à la charge avec le EP Hologram et deux nouveaux membres à bord, le bassiste John Fedowitz et son épouse, la batteuse Sandra Fedowitz. 

Formé en 2002, le groupe le plus bruyant de New York semble donc bien décidé à poursuivre ses expérimentations soniques au-delà de 2021, cette nouvelle incarnation se voulant un retour aux efforts les plus bruts et les plus chaotiques de APTBS.

Rencontré dans son atelier de Queens, encombré de guitares déglinguées, de toutes sortes de machines et de câbles de différentes couleurs, le sympathique savant fou Oliver Ackermann nous a parlé de cette nouvelle mouture, de son laboratoire de pédales d’effets Death By Audio et de son nouveau label Dedstrange. 

PAN M 360 : Il y a eu quelques changements chez APTBS l’année dernière. Dion Lunadon, bassiste avec le groupe depuis 2011, et la batteuse Lia Simone Braswell ont quitté le navire et ce sont John et Sandra Fedowitz qui ont pris la relève. Dirais-tu que c’est un nouveau départ pour APTBS ?

Oliver Ackermann : Je dirais que oui. J’ai grandi en jouant de la musique avec John, donc ces deux-là font partie de mes meilleurs amis. Chaque fois que je passe du temps avec John et Sandra, on s’amuse comme des fous. Ils ont un groupe très cool qui s’appelle Ceremony East Coast et qui est un peu le même genre de groupe que APTBS. Ils savent donc ce qu’est APTBS. C’est comme si on remontait dans le temps avec le groupe. C’est comme une forme pure d’APTBS. C’est vraiment amusant et naturel avec eux et je suis tellement excité par ce qui s’en vient. Tu sais, on a toujours ce genre de doutes, on se demande si ça va vraiment marcher, ce qui va se passer… Là je dois dire que je suis agréablement surpris par tout ce qui se passe.

PAN M 360 : Quand ont-ils rejoint le groupe ? 

Oliver Ackermann : C’est arrivé au début de la quarantaine, ça doit faire un an environ. On a enregistré beaucoup de nouveaux morceaux, on a travaillé sur des trucs pour de futures tournées.

PAN M 360 : Qui sont ces deux-là ? À part leur groupe Ceremony East Coast, j’ai vu qu’ils sont aussi cuisiniers ?

Oliver Ackermann : Oui, oui ! J’ai grandi en Virginie avec John. Nous étions dans ce groupe appelé Skywave il y a longtemps. Il était le batteur mais aussi un auteur-compositeur incroyable. Il est demeuré en Virginie après mon départ pour NYC et il a fini par être à la tête d’une entreprise de restauration, travaillant dans les cuisines de restaurants. Lui et Sandra ont aussi lancé leur propre petite entreprise de sandwichs. Ils continuent donc à jouer de la musique parce qu’ils s’amusent et qu’ils peuvent se le permettre d’une certaine manière… Après avoir bâti APTBS au fil des ans, c’est devenu une sorte de compagnie qui peut s’autofinancer, et c’est un peu un luxe en quelque sorte. Je fais ça parce que j’aime ça. C’est une question de passion, de la musique que je veux entendre et de faire des choses qui me plaisent avec cette musique. Donc avoir l’opportunité de travailler avec ce genre de personnes fait qu’on ne se retrouve pas dans le genre de conflits que l’on peut avoir avec des musiciens qui font de la musique pour être populaires ou pour faire de l’argent… C’est cool de travailler avec des gens qui n’ont pas ces objectifs bizarres. Tu sais, parfois tu joues dans des groupes où certains musiciens veulent être payés plus, avoir plus d’argent pour ce qu’ils font. Je comprends, bien sûr nous espérons tous gagner plus d’argent sur certaines tournées mais on ne peut pas vraiment garantir ce genre de choses. Je préfère me concentrer sur la création de trucs vraiment géniaux, donc c’est bien quand on trouve des gens qui partagent ce genre de vision. 

PAN M 360 : C’est pour ça que Dion et Lia sont partis ?

Oliver Ackermann : Il y a toutes sortes de raisons; des choses qui se sont accumulées au fil du temps, des non-dits… J’ai eu quelques conflits avec Dion et les choses sont devenues un peu bizarres, je me suis senti un peu abandonné par tout ce scénario. Ce sont des choses qui arrivent quand on traîne avec des gens depuis longtemps. Vous devenez de bons amis avec eux, mais parfois mélanger amitié et travail n’est pas une bonne idée. On espère passer de bons moments avec ses amis dans un groupe, on voudrait que ce soit pour toujours, mais parfois la relation tourne au vinaigre…  

PAN M 360 : Eh bien, tu pourrais te retrouver dans ce genre de situation avec ton vieil ami John dans ce cas !

Oliver Ackermann : (rires) Ouais… Tu as raison… Peut-être que la différence est que John et moi nous nous connaissions avant de faire de la musique, alors que Dion et moi nous nous sommes rencontrés en tant que musiciens qui voulaient collaborer sur un projet ensemble. Donc avec John, c’est plus naturel parce que nous sommes des amis avant tout. Je ne pense pas que Dion et moi aurions été amis si nous n’avions pas fait de musique ensemble. 

PAN M 360 : Parle-moi d’Hologram. C’est votre 13ème EP. Comment a-t-il été conçu ? 

Oliver Ackermann : Eh bien, on a été frappé par la quarantaine, tout était fermé ici à New York, j’ai attrapé le virus du Corona, et tout ça a perturbé mon cycle temporel. Je me levais à 3 ou 4 heures du matin, alors je me suis plongé dans l’écriture de musiques, l’enregistrement… Et chez Death By Audio on alternait le travail à l’atelier, alors j’ai eu beaucoup de temps pour construire des circuits, je jouais et enregistrais de la batterie tous les jours. J’enregistrais toutes sortes de choses différentes, juste en expérimentant. Le groupe venait de se séparer, je ne savais pas vraiment ce que l’avenir me réservait. J’ai donc enregistré environ 80 ou 90 chansons que je trouvais vraiment bonnes et j’ai monté un album avec ça, puis j’ai monté un EP avec certaines des chansons restantes. Mais avec le nouveau groupe qui se formait, nous jouions beaucoup et j’ai pensé que ce serait mieux d’écrire quelques chansons ensemble. C’était plus excitant, c’était frais et nouveau. C’est donc le résultat de ce qui s’est passé : tout a été complètement chamboulé, New York a été chamboulée, j’ai été chamboulé de ne pas savoir ce que ma vie allait devenir avec la séparation du groupe… On peut donc entendre cela sur certaines chansons de l’EP, ce genre de chansons contentieuses et énervées, mélangées à d’autres plus positives. Je suppose que c’est juste de la musique pour supporter un moment bizarre et effrayant.

PAN M 360 : La deuxième chanson du EP, I Might Have, ressemble étrangement à Song 2 de Blur. Était-ce intentionnel, une sorte de clin d’œil ?

Oliver Ackermann : Non, pas du tout. Ce genre de choses m’est déjà arrivé auparavant. J’ai fait des musiques qui sonnaient comme d’autres trucs, mais c’est plus fort que moi. Quelqu’un m’a raconté cette histoire d’un long voyage à vélo où ils avaient oublié leur Ipod, ils n’ont donc pas eu de musique pendant un mois. Mais il me disait que c’était plutôt cool parce que de toute façon, ton esprit joue toutes sortes de musiques quand tu fais des choses. J’ai entendu cette histoire il y a des années et depuis, je ne cesse de le remarquer. Ça m’arrive tout le temps ! Je me promène, je vais dans le métro et j’entends toutes sortes de chansons folles. Je suis sûr que nous sommes tous influencés par toutes sortes de choses sans le savoir ou sans le remarquer. Alors oui, il est difficile d’éviter certaines similitudes entre une chanson et une autre. Nous en sommes à un point dans la musique où presque toutes les chansons ou mélodies ont été écrites. Les similitudes sont donc difficiles à éviter.

PAN M 360 : L’album est sorti sur Dedstrange, qui est un label que tu as récemment créé avec quelques personnes. Était-ce quelque chose que tu avais l’intention de faire depuis un certain temps ?

Oliver Ackermann : Oui, c’est quelque chose auquel j’ai toujours pensé. Tu sais, quand tu travailles avec des labels, il y a toutes sortes d’avantages mais aussi toutes sortes d’inconvénients. J’en ai eu vraiment assez de toutes ces normes avec les maisons de disques, je pense souvent qu’elles te font te concentrer sur les mauvaises choses. Souvent, il s’agit de faire sa propre promotion, de sortir son disque à un moment particulier parce que c’est plus avantageux, ou d’avoir quelqu’un qui te dit « oh, je ne sais pas si j’aime vraiment cette pochette d’album »… je ne voulais plus entendre ça. Je voulais juste me débarrasser de toute cette influence. Je voulais juste une liberté totale, pour faire ce que je veux, même si c’est stupide. Je pensais que ce serait une forme d’expression plus pure si nous faisions les choses avec notre propre label. Et puis nous avons aussi vite réalisé que nous pouvions aider beaucoup de groupes que nous aimons vraiment et qui sont dans une situation similaire ou qui ne reçoivent pas l’aide qu’ils devraient recevoir. Quand nous avons obtenu un contrat de distribution avec Red Eye, ça nous a donné un gros coup de pouce. J’ai donc monté ça avec deux de mes amis, Mitchell O’Sullivan, de Berlin, et Steven Matrick qui est de New York. 

PAN M 360 : Jusqu’à présent, quels groupes ont été signés sur le label ?

Oliver Ackermann : À date, nous avons signé Jealous et Plattenbau de Berlin, Data Animal d’Auckland, Wah Together (avec à son bord un ex LCD Soundsystem et un Rapture) de New-York, et quelques autres que nous sommes sur le point de signer.

PAN M 360 : Tu fais des remixes ici et là, le dernier en date étant Death Racer de Data Animal (ré-intitulé Death Raver pour l’occasion), mais tu as aussi fait le mastering du dernier album de Paul Jacobs, Pink Dogs on the Green Grass. Comment cela s’est-il produit ?

Oliver Ackermann : Nous avons joué dans une sorte de festival ou quelque chose du genre à l’extérieur de Montréal, je ne me souviens pas exactement mais c’est là que j’ai vu Paul Jacobs et j’ai pensé « oh man, ce groupe est tellement génial ! ». Nous avons donc fait un peu connaissance avec eux. Et puis nous avons joué un autre concert avec eux et c’était tout aussi incroyable. Ensuite Steven, qui fait aussi partie du label, a commencé à aider Paul Jacobs, en essayant d’organiser une tournée avec eux et nous, et il m’a dit que Paul voulait quelqu’un pour faire le mastering de l’album et m’a demandé si ça m’intéressait. Paul a ensuite enregistré quelques pistes de batterie pour moi, qui vont apparaître sur de futurs morceaux de APTBS, je suppose que c’est un geste pour me remercier d’avoir fait le mastering de son album. Je pense que c’est un musicien incroyablement talentueux.

PAN M 360 : Tu as également été très occupé avec Death By Audio. Tu crées des pédales d’effets mais aussi des synthétiseurs il paraît. 

Oliver Ackermann : Nous ne nous sommes pas vraiment concentrés sur cela, mais nous en avons construit un certain nombre que nous utilisons parfois avec APTBS en concert, ce sont des synthétiseurs à l’intérieur de boîtiers ou de guitares, ce sont des synthétiseurs basiques, on peut pratiquement faire ce qu’on veut avec.

PAN M 360 : Quelle est la dernière pédale à être sortie du laboratoire Death By Audio ? 

On est en train de concevoir des pédales pour le festival Levitation, ce qui est plutôt cool. Elles ont un son psychédélique super fou ! On a fait ça avec eux il y a quelques années aussi. Au départ c’était comme une blague ou un défi lancé par un des employés; j’ai dit « ce serait tellement facile de faire ce son dingue en mettant ce filtre et une boucle de feedback de delay », et il a dit « ça va être nul ». Alors j’ai simplement câblé tout ça et c’était juste malade ! Je me suis dit « oh ils vont adorer ça à Levitation ! ». Ça sonne comme un rêve psychédélique… Les gens ont besoin de nouveaux sons tout le temps, donc je pense qu’il est logique d’en créer. Nous avons conçu beaucoup d’effets au cours de la quarantaine.

PAN M 360 : Je me demandais si tu connaissais Mile End Effects et Soratone de Montréal. Deux petites entreprises locales, l’une appartenant à un musicien et l’autre à un technicien de son. Ils créent des pédales faites à la main comme vous le faites chez Death By Audio. 

Oliver Ackermann : Non, je n’ai jamais entendu parler d’eux. Ça a l’air cool, je vais noter ces deux noms et les rechercher pour sûr. Je découvre toujours de nouveaux trucs dingues. Tu sais, quand tu construis des effets, tu réalises que tu peux construire presque tout ce dont tu rêves et le faire fonctionner comme tu le souhaites, donc je pense qu’il y a assez de place pour des milliers de fabricants d’effets. Ce qui est utile pour certains artistes est différent de ce qui est utile pour d’autres. J’aime la façon dont ces deux mondes se rencontrent : les créateurs de musique et les créateurs d’instruments se poussent mutuellement à essayer de créer quelque chose de nouveau et de fou. Si tu aimes créer des pédales d’effets, à priori tu aimes aussi faire de la musique. 

PAN M 360 : Des plans à court ou moyen terme pour APTBS ?

Oliver Ackermann : Oui, on a quelques dates aux États-Unis, un petit festival, un show à Berlin et je vais aussi jouer de mon côté avec Yonatan Gat qui monte un truc avec Brian Chase des Yeah Yeah Yeahs. Les choses se mettent en place petit à petit, mais pour le moment j’ai vraiment hâte de jouer tous ces trucs déments qu’on a fait avec le groupe ! 

(photo : Heather Bickford)

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