En Europe, l’Akademie für Alte Musik Berlin (AKAMUS) est sans conteste une force majeure pour l’interprétation des répertoires baroque et classique. En témoignent une discographie plus qu’impressionnante et moult prix importants attribués à la formation allemande. 

Dans l’environnement parfait du Festival de Lanaudière et de son amphithéâtre d’exception, AKAMUS nous invite à explorer les “continents” de Ludwig van Beethoven. 

Autour du célébrissime compositeur, dont le 250e anniversaire de naissance en 2020 implique moult célébrations dont certaines reportées jusqu’à ce jour à cause de la pandémie, la formation allemande a sélectionné des œuvres marquantes de son répertoire mais aussi de ses contemporains, très connus à leur époque et moins aujourd’hui, comme Paul Wranitzky, Étienne Nicolas Méhul, Luigi Cherubini ou Justin Heinrich Knecht. 

En exclusivité nord-américaine, nous aurons ainsi droit à trois programmes extrêmement riches en découvertes et, de facto, à un éclairage nouveau sur des œuvres de Beethoven exécutées dans une configuration très spéciale pour les mélomanes habitués de les entendre dans un contexte symphonique.

Voilà qui justifie cet échange des plus instructifs avec le violoniste et maestro Bernhard Forck, à la barre de l’Akademie für Alte Musik Berlin. 

PAN M 360 : Que représente pour vous ce défi de présenter un énorme programme triple autour de Beethoven et de quelques compositeurs de son époque?

BERNHARD FORCK : Continents de Beethoven, le titre de notre triple programme, est une merveilleuse devise : nous voulons partager avec le public une vue étonnante et fascinante du panorama musical au tournant du 19e siècle, dont Beethoven est la figure centrale. Ainsi, sa musique sera entendue avec l’éclairage saisissant d’un ensemble d’époque, mais il y a aussi beaucoup de musique fascinante de cette période qui l’a influencé, une grande musique qui n’est pas écoutée aujourd’hui et qui doit encore être explorée.

PAN M 360 : On devine que ce triple programme implique une énorme quantité de travail pour les musiciens de l’Akademie für Alte Musik Berlin . Pouvez-vous nous donner quelques informations sur votre relation artistique avec votre ensemble dans ce contexte lanaudois?

BERNHARD FORCK : Nous sommes très heureux et honorés que Renaud Loranger, le directeur artistique du Festival, nous ait invités à jouer une série de concerts autour de Beethoven dans ce lieu magnifique. Nous avons établi un partenariat artistique fort avec lui puisqu’il est également vice-président chez Pentatone, un label pour lequel nous avons enregistré de merveilleux albums ces dernières années, parmi lesquels un ensemble des Concerti Grossi de Haendel ou l’opéra de Haydn L’isola disabitata – une véritable redécouverte.

PAN M 360 : Comment avez-vous construit ces programmes? Quelles en sont les intentions? 

BERNHARD FORCK : Dans ce projet, qui était initialement prévu pour l’anniversaire de Beethoven en 2020, l’Akademie für Alte Musik Berlin souhaite replacer l’œuvre de Beethoven dans le contexte de son époque. Il faut savoir que Beethoven s’intéressait de près à de nombreux développements culturels de son époque, et contrer l’opinion répandue selon laquelle il était un génie musicalement autosuffisant, comme cela a été popularisé à partir du XIXe siècle. Nos trois programmes visent donc à fournir des exemples étonnants d’influences musicales et intellectuelles dans sa musique. Il n’est pas fréquent d’entendre Beethoven associé à des œuvres emblématiques de compositeurs comme Paul Wranitzky ou Étienne-Nicolas Méhul, deux des compositeurs les plus importants et les plus influents de la période classique. 

PAN M 360 : Pouvons-nous connaître quelques éléments sur votre approche de la direction d’orchestre pour ces programmes spécifiques, bien sûr en tant que violoniste?

BERNHARD FORCK : En tant que musiciens d’un orchestre baroque, nous sommes très habitués à jouer sans chef, car les orchestres étaient généralement de petite taille au 18e siècle. Et jusque tard dans le 19e siècle, nous avons connaissance de tailles d’orchestres que nous appellerions plutôt aujourd’hui des orchestres de chambre. À cette époque, il était encore courant que le konzertmeister dirige les concerts depuis sa tribune. Lorsqu’on joue sans chef d’orchestre, il est aussi important de s’écouter les uns les autres que de jouer ensemble. Imaginez une musique de chambre de plus grande taille : il y a une sorte d’attention et de vigilance accrues dans tout l’ensemble.

PAN M 360 : Il y a aussi un grand intérêt pour les mélomanes du Québec à découvrir l’Akademie für Alte Musik Berlin. Quels sont pour vous les éléments clés de votre impact produit lors de ces trois différents concerts dans Lanaudière?

BERNHARD FORCK : Notre objectif est de captiver les mélomanes d’une manière nouvelle, en présentant  » notre  » Beethoven intégré dans un paysage sonore  » historique  » qui doit sa vitalité particulière à différents aspects : la taille réduite de l’orchestre (avec un effectif réduit de cordes) et l’utilisation d’instruments d’époque (en particulier dans la section des vents) ou de reproductions de ceux-ci donnent un son très distinct. Nous croyons en une musique de caractère, qui ne met jamais au premier plan la simple beauté du son, mais s’efforce au contraire d’être fidèle aux éléments rhétoriques et émotionnels de la musique. Cette approche directe saisit immédiatement l’auditeur. 

PAN M 360 : Faisons maintenant un tour d’horizon de ces trois programmes présentés dans Lanaudière :

1er programme :

Paul Wranitzky

Oberon, Ouverture

PAN M 360 : Cette ouverture a été enregistrée récemment par l’Akademie für Alte Musik Berlin. Qu’est-ce qui a motivé ce choix dans la période classique?  

BERNHARD FORCK : L’ouverture Oberon de Wranitzky démontre l’amour profond du compositeur pour la scène. Ce Singspiel était autrefois si populaire qu’il devint un modèle pour la Flûte enchantée de Mozart. Goethe envisagea également de demander à Wranitzky d’écrire la musique de sa propre suite de la Flûte enchantée.

PAN M 360 : Quelle est votre perception spontanée du compositeur moravien-autrichien Paul Wranitzky, peu connu de nos jours? 

BERNHARD FORCK : Je ressens un grand enthousiasme à son endroit. Né la même année que Mozart, Paul Wranitzky est vraiment un compositeur à redécouvrir. Quand on pense à la période classique, on pense surtout à Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert, mais la vie musicale viennoise de l’époque était bien plus riche. Wranitzky était l’une des figures les plus influentes du classicisme viennois – non seulement en tant que compositeur, mais aussi en tant que chef d’orchestre et violoniste. Ami de Haydn, Mozart et Beethoven, il était tenu en si haute estime qu’il avait créé la première symphonie de Beethoven et sa cinquième symphonie (au violon), tout comme il a dirigé la Création de Haydn à la demande du compositeur. Ses propres symphonies sont les œuvres les plus colorées, dans lesquelles il montre souvent sa riche pratique de compositeur de théâtre.

Paul Wranitzky

Grande Sinfonie Caractéristique pour la Paix avec la République Françoise op. 31

PAN M 360 : Pouvez-vous commenter ce choix, également enregistré dans le même album Paul Wranitzky : Symphonies, qui est l’œuvre principale de ce compositeur?

BERNHARD FORCK : La symphonie La Paix est un panorama sonore captivant de la Révolution française, un écho de la musique de marche et de bataille de son époque, lorsque les troupes de Napoléon Bonaparte et de l’empereur François II s’affrontaient. Wranitzky illustre presque les événements révolutionnaires dans les quatre mouvements de la symphonie, y compris le destin et la mort de Louis XVI, qui sont reflétés par une musique funèbre expressive. Il est intéressant de noter qu’une exécution publique de la symphonie fut un jour interdite par l’empereur, qui ne put qu’accepter à contrecœur le traité de Campo Formio, alors que Wranitzky célèbre le traité avec une musique puissante et joyeuse dans le dernier mouvement de sa symphonie.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous confier quelques éléments de votre  » stratégie  » pour l’exécution en direct?

BERNHARD FORCK : En ce qui concerne notre projet Beethoven, nous avons beaucoup discuté d’un siège d’orchestre approprié. Cela permet la communication la plus directe entre les différentes sections d’instruments et crée, au mieux, une spontanéité et une énergie dans le son, qui sont transmises directement au public.

Ludwig van Beethoven

Symphonie n° 3 en mi bémol majeur, opus 55, Héroïque.

PAN M 360 : Comment la Symphonie n° 3, ladite Héroïque, s’accorde si bien avec les pièces de Wranitzky dans ce programme? Pensez-vous qu’elles sont  » beethovéniennes  » d’une certaine manière?

BERNHARD FORCK : On sait que Beethoven a été inspiré pour écrire son Héroïque en raison de sa fascination pour Napoléon et pour les idéaux de la Révolution française, un contexte qui était également très important pour Wranitzky. Mais la musique de Beethoven est une sorte de pendant sublime à celle de Wranitzky ; l’audace et la passion de son œuvre n’avaient pas pour but de dépeindre musicalement un développement historique mais plutôt la lutte des valeurs nobles. Avec sa troisième symphonie, Beethoven a réussi à écrire une œuvre d’une ampleur et d’une intensité émotionnelle inégalées, qui a ouvert la voie à l’ère du romantisme.

2e programme :

Luigi Cherubini, Lodoiska, Ouverture

Étienne Nicolas Méhul, Symphonie 1 en sol mineur

Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 5 en ut mineur, op. 67 (Symphonie du Destin)

PAN M 360 : Que peut-on dire maintenant des liens esthétiques entre Cherubini, Méhul et Beethoven dans ce programme spécifique?

BERNHARD FORCK : À l’époque de Beethoven, Méhul était l’un des compositeurs les plus populaires en France. Un nouveau style symphonique, plus émotionnel et héroïque, commençait à se répandre de la France vers le reste du monde musical et impressionnait également Beethoven. La première symphonie de Méhul présente d’ailleurs des similitudes frappantes avec la 5e Symphonie de Beethoven, écrite à la même époque.  

En ce qui concerne Luigi Cherubini, Beethoven avait une grande admiration pour le compositeur italien. L’ouverture très expressive et dramatique Lodoïska de Cherubini provient d’un des premiers opéras “à sauvetage », un genre populaire à l’époque et dans la tradition duquel s’inscrit également le Fidelio de Beethoven. 

PAN M 360 : Pourquoi la Symphonie du destin est-elle pour vous la conclusion idéale de ce programme? 

BERNHARD FORCK : Elle est profondément ancrée dans la musique de la Révolution française. Le caractère joyeux et marchant du finale est directement inspiré des chœurs de la Révolution, qui ont également été utilisés à plusieurs reprises par Méhul dans ses pièces. Dès sa création, la Cinquième Symphonie de Beethoven s’est imposée comme une œuvre d’une expressivité jusqu’alors inégalée. À partir de la première figure de quatre notes, Beethoven avait construit une symphonie d’une immense énergie. Sa Cinquième Symphonie illustre le passage de l’obscurité à la lumière, avec une nouvelle approche en tant que compositeur : Beethoven s’adressait désormais non seulement au concertiste, mais aussi à l’humanité dans son ensemble. 

3e programme :

Ludwig van Beethoven, Coriolan, Ouverture, Op. 62

Justin Heinrich Knecht, Le portrait musical de la nature, ou Grande sinfonie

Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 6 en fa majeur, opus 68, Pastorale.

PAN M 360 : Une fois encore, ce programme illustre une connaissance et une appréciation très fines des formes musicales de cette période musicale, Beethoven étant présenté avec un autre compositeur de la fin du 18e siècle et du début du 19e. Alors comment ces 3 pièces sont-elles liées entre Beethoven et Knecht?

BERNHARD FORCK : L’ouverture Coriolan de Beethoven exprime la nature colérique du héros. C’est une sorte d’anticipation de la nature littéralement colérique exprimée en musique dans les deux Pastorales qui suivent. Le célèbre commentaire de Beethoven sur sa 6e Symphonie, qui disait qu’elle devait être jouée avec  » plus de ressenti que de peinture « , demeure un bon conseil : cette musique dépeint véritablement la météo des émotions intérieures. 

PAN M 360 : La célébration de la nature est prédominante dans ce programme, très pertinent pour le plein air au Festival de Lanaudière. Comment cela vous est-il venu à l’esprit? Et que visez-vous pour votre ensemble avec ces pièces?
BERNHARD FORCK : Les images de la nature ingénieusement tissées dans cette œuvre de Beethoven marquent une nouvelle esthétique de la composition symphonique. Or, les racines de cette symphonie se trouvent, étonnamment, déjà deux décennies plus tôt dans la Grande Symphonie de Justin Heinrich Knecht. Son portrait musical de la nature est à ce jour presque inconnu, malgré son originalité et sa forte ressemblance avec la symphonie de Beethoven – qui utilisait déjà le même thème et les mêmes procédés dramatiques plusieurs années auparavant. En présentant ces deux Pastorales, nous voulons à nouveau souligner la richesse de l’œuvre encore inconnue du classique viennois. D’autre part, vous entendrez clairement : Beethoven était un libre penseur aussi sûr de lui qu’il ne l’était en tant que compositeur!

François R. Cambuzat, Gianna Greco et leurs deux comparses se produiront ce jeudi au Ministère, à l’occasion du festival Nuits d’Afrique. On peut d’ores et déjà affirmer ce qui suit aux musicophiles qui y seront : ils auront beau chercher fort, mais ils n’assisteront à rien de semblable ailleurs, cet été, cet automne, cet hiver ou l’été prochain, à moins qu’Ifriqiyya Électrique ne revienne par chez nous. C’est dire à quel point la proposition musicale d’Ifriqiyya Électrique est inusitée. Le sieur Cambuzat et sa compagne Gianna Greco trimbalent leur insatiable curiosité et leur délicatesse anthropologique dans divers recoins de la planète depuis nombre d’années. Le projet Ifriqiyya Électrique provient d’une démarche singulière que François a bien expliquée à Pan M 360. S’y entremêlent, avec toute la cohérence nécessaire, transe, rituel, tribalisme occidental, violence sonore, catharsis, post-esclavagisme et libération.

Pan M 360 : Bonjour François! Ifriqiyya Électrique était au Festival d’été de Québec hier soir, en plein air devant notre Assemblée nationale. Ça s’est bien passé?

François R. Cambuzat : Oui, les spectateurs étaient à la pluie au début, mais ça s’est dégagé. C’était vraiment bien!

Pan M 360 : Après l’Assemblée nationale du Québec, vous vous produirez au Ministère à Montréal, une salle qui n’a rien de gouvernemental. Ce sera plus intime.

François R. Cambuzat : Ah oui, on a très hâte!

Pan M 360 : On ne peut définir facilement la musique d’Ifriqiyya Électrique. Si je résume grossièrement, on y entend les sonorités subsahariennes provenant du chant des esclaves, puis les composantes soufiques, et enfin les modèles rythmiques et les textures post-industrielles mises de l’avant par Front 242 et ses héritiers. Je vous prie de nuancer ce que je viens de dire.

François R. Cambuzat : En fait, c’est parti d’un voyage dans le Djérid, le presque désert du sud-ouest de la Tunisie. Avec ma collègue Gianna Greco (NDLR : l’autre moitié du duo Putan Club, avec François), nous nous sommes installés temporairement à Tozeur pour y tourner un film. Nous avons côtoyé des gens de cette communauté, qui descendent des esclaves d’origine subsaharienne et pratiquent encore un rituel appelé « banga ».

Pour ce qui est de l’aspect industriel ou post-industriel, ça allait de soi. Car cette musique de transe, que nous avons découverte dans le Djérid, comporte une violence inouïe. On a bien eu le pogo-punk en Occident, mais la banga, c’est à un autre niveau. Les ornements post-industriels à la Front 242, Nine Inch Nails et ainsi de suite, ça allait de soi. C’est très tribal aussi. Gianna et moi conservons la ligne de base, les ajouts instrumentaux et électroniques ne modifient en rien la structure d’origine.

Puis, tout ça est devenu un film, qu’on a mis sur Internet. Des gens l’ont remarqué, notamment des représentants de festivals comme WOMAD, celui de Peter Gabriel. On a donc dû former un groupe, sans renier notre objectif initial, celui de créer de la musique d’élévation. Puis, « Ifriqiyya » était le nom du territoire d’Afrique du Nord qu’occupaient les Berbères jadis, et qui a donné son nom à l’Afrique.

Pan M 360 : On parle peu, en Occident, de la traite des esclaves au Maghreb. Pourtant, elle s’est étalée sur des siècles. C’est une sorte de tabou.

François R. Cambuzat : On n’en parle pas au Maghreb non plus, parce que les gens en ont honte. Ça a duré des siècles, en effet, et le nombre de victimes de ce trafic fut de loin supérieur à celui des Antilles et des Amériques. Donc, la banga est un syncrétisme, c’est-à-dire qu’elle combine l’animisme des peuples d’Afrique de l’Ouest, notamment du Sénégal, avec des éléments soufiques. Puis, il s’agit d’un rituel thérapeutique auquel participent beaucoup les femmes; C’est leur moment de libération totale, où les contraintes de la charia sont levées.

Pan M 360 : Ça me semble être un parallèle facile, mais la banga évoque la santeria ou le vaudou dans les Antilles, un mélange de croyances animistes et chrétiennes.

François R. Cambuzat : Oui, c’est tout à fait ça, ce bagage apporté par les esclaves de l’Afrique de l’Ouest. Il y a au Sénégal ce culte, cette transe thérapeutique qu’on appelle « n’döp ». Ça ressemble énormément à la banga et, en même temps, à la santeria ou au vaudou. Ces rituels s’apparentent aussi à ce qui est devenu la techno ou le dub, dans leur essence.

Pan M 360 : Vos pièces prennent aussi la forme d’adorcismes, c’est-à-dire l’accueil, plutôt que l’expulsion, d’entités spirituelles. C’est bien d’avoir de la musique qui transcende les simples affects ou le désir de taper du pied, et qui ramène l’auditeur à l’essence spirituelle!

François R. Cambuzat : L’adorcisme s’adresse à ceux qui participent à la banga, il sert à faire entrer en eux un esprit, puis à calmer celui-ci. Cela se situe toujours dans une perspective thérapeutique, chez ces descendants d’esclaves. Ce rituel est avant tout cathartique.

Pan M 360 : Vous avez lancé Rûwâhîne en 2017 et Laylet El Booree en 2019. Peut-on s’attendre à un nouvel album bientôt?

François R. Cambuzat : On prend tout notre temps. Nous n’avons plus l’âge où l’on s’épate de voir notre nom sur des bouts de carton ou de plastique! On essaie de faire abstraction des contraintes habituelles de l’industrie de la musique.

Pan M 360 : Je ne peux que vous appuyer là-dedans. Puis, vos deux albums sont comme des messes ou des célébrations portatives, qu’on peut écouter à volonté! Merci énormément François et bon concert à Nuits d’Afrique!

François R. Cambuzat : Merci et au plaisir! Si vous passez par l’Europe ou le Maghreb, venez nous voir!

Ifriqiyya Électrique sera au Ministère le jeudi 14 juillet à l’occasion de Nuits d’Afrique. Achetez vos billets ici!

Fondé en 1987 par Questlove et Black Thought, le groupe mythique de hip-hop américain The Roots montera sur scène samedi, en clôture du FIJM 2022. Parmi les membres de la formation, on retrouve depuis 2008 le claviériste Ray Angry.

Au cours de ces trois décennies dans le monde de la musique, il a contribué aux succès de nombreuses vedettes comme Q-Tip, Sting, Christina Aguilera et Mick Jagger. Habitué à travailler dans l’ombre, il a lancé son premier album solo, Ray Angry One en 2018. Composé de dix titres instrumentaux, cet opus démontre la facilité de l’artiste à voguer entre les différents styles musicaux.

Chaque lundi, Ray Angry tient l’évènement « Producer Mondays », une séance de création musicale en direct devant public avec une multitude d’artistes émergents. Avec cette initiative, il souhaite « créer un espace où les artistes peuvent travailler ensemble et en apprendre plus sur l’industrie de la musique ».

Récemment, le pianiste a créé sa maison de disque, Mister Goldfinger Music. Sous cette étiquette il a sorti Toyland, une collaboration avec Questlove, Black Thought et Marcus King. Aussi, l’homme à tout faire de la musique a réalisé la bande sonore de la série télévisée Life & Beth cette année.

Pan M 360 a discuté avec lui de ses récentes réalisations, de son processus créatif et de Montréal.

PAN M 360 : Après vos nombreuses années en carrière de musique, où trouvez-vous la motivation et l’inspiration pour continuer à créer?

RAY ANGRY : Je fais partie du monde musical depuis un bon moment déjà. J’ai vécu des moments incroyables. La pandémie a fait grandir ma passion pour ce métier. Quand ta vie entière t’est retirée et que tu es laissé à toi-même, ça te fait apprécier davantage ce qu’on tenait pour acquis auparavant. Ce sera la première fois depuis le début de la pandémie que nous allons faire un spectacle en dehors des États-Unis. Ça va être incroyable. Je suis extrêmement reconnaissant de pouvoir exercer ce métier, de voyager et de pouvoir faire vibrer les gens aux sons de ma musique.

PAN M 360 : Comment le jazz a-t-il évolué depuis le début de votre carrière?

RAY ANGRY : J’ai toujours eu tendance à mélanger les différents styles musicaux. Ainsi, c’est naturel pour moi de voir le jazz évoluer et se mélanger. Au fil du temps, le jazz a pris différentes formes en s’alliant au hip-hop, à la soul et même à la pop. Dorénavant, la musique jazz est la base de nombreux styles musicaux. The Roots en est la preuve. Les possibilités sont infinies.

PAN M 360 : Au cours des dernières années, vous avez créé les bandes sonores de différents films et séries télévisées. En quoi votre processus créatif est différent pour une bande sonore que pour un album?

RAY ANGRY : La manière de travailler est différente, mais elle se ressemble beaucoup. Lorsque je compose pour un produit visuel, l’inspiration provient d’une source et non pas seulement de ma tête. Je suis seulement le messager des émotions présentes dans les dialogues. Dans le cas d’une bande sonore comme celle de la série télévisée Life & Beth, j’essaye de refléter les émotions des personnages et raconter une histoire avec ma musique. La même chose s’applique dans ma musique, mais d’une manière différente. Dans les deux cas, je suis mon instinct. C’est comme conduire deux véhicules de la même marque, mais de deux modèles distincts.

PAN M 360 : Quatre années se sont passées depuis la sortie de votre premier album solo Ray Angry One. Que pensez-vous de ce projet depuis sa sortie?

RAY ANGRY : Encore à ce jour, je trouve ce projet incroyable. C’était une expérience inoubliable. Au début, je n’avais pas l’intention de créer un album solo, mais l’opportunité s’est présentée à moi. En plus, j’ai eu la chance de m’entourer de nombreux amis pour créer ce projet. C’est un rêve qui est devenu réalité. C’était incroyable de recevoir les commentaires des gens et de voir qu’ils appréciaient ma musique solo. Je ne regrette rien de ce processus.

PAN M 360 : Est-ce que l’on peut s’attendre à un autre album solo dans le futur?

RAY ANGRY : Assurément! J’ai déjà enregistré mon prochain projet solo. Il sera intitulé Ray Angry Three. J’ai enregistré le tout en une journée, il y a quelques mois. Cet album sera divisé en trois parties. C’est un mélange entre la musique classique, le jazz et le hip-hop. Il y a aussi quelques influences de musique expérimentale. Je pense que les gens vont adorer. J’ai extrêmement hâte que le tout soit sorti.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec la ville de Montréal?

RAY ANGRY : J’adore la ville de Montréal. J’ai fait un concert au FIJM il y a quelques années. La ville est électrisante. Un de mes artistes préférés, Oscar Peterson, est né à Montréal. Aussi, j’aime beaucoup Drake. Les Canadiens débordent de créativité et de talent. J’adore faire des spectacles dans ce pays.  

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de vous prochainement?

RAY ANGRY : Comme mentionné auparavant, mon prochain album solo, Ray Angry Three, va sortir d’ici la fin de l’année. Aussi, j’ai créé en 2018 l’évènement Producer Mondays. Chaque lundi, de nombreux artistes et moi nous retrouvons dans une foule. Dernièrement, nous avons enregistré 27 chansons. Les artistes proviennent de différents types musique. Ce sont majoritairement des artistes de la relève. Je travaille constamment afin de créer un espace où les artistes peuvent travailler ensemble et en apprendre plus sur l’industrie de la musique. Sur place, nous créons de la musique. On prend l’inspiration du moment, et on se lance. On écrit, on compose, on chante, et tout cela, devant les gens. Aussi, j’ai récemment lancé ma maison de disque, MisterGoldfingerMusic. Sous cette étiquette, les artistes des Producer Mondays et moi allons lancer un album bientôt. Les personnes présentes aux Producers Mondays ont vu ce projet être créé de toute pièce sous leurs yeux.

C’est un rendez-vous auquel plusieurs devaient secrètement rêver depuis longtemps, qui se réalisera ce samedi à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay du Festival de Lanaudière à Joliette. Deux musiciens réunis par leur instrument et leur patronyme (bien qu’ils n’aient aucun lien de parenté!) : Marc-André Hamelin, pianiste et compositeur bien établi depuis quelques décennies, et Charles Richard-Hamelin, jeune interprète joliettain faisant partie de la nouvelle génération des étoiles du monde pianistique, partageront la scène pour la première fois. À quelques heures du concert « Mozart et Hamelin au sommet » avec les Violons du Roy, nous nous sommes entretenu avec Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière et Laurent Patenaude, co-directeur général et directeur artistique de l’orchestre qui sera dirigé, pour l’occasion, par Jean-Marie Zeitouni.

PAN M 360 : Quel est l’état d’esprit des deux interprètes au moment où l’on se parle?

Renaud Loranger : Pour Charles, qui a grandi en écoutant les enregistrements de Marc-André c’est un peu un rêve qui se réalise. Quant à Marc-André, il est vraiment très heureux de pouvoir le retrouver. Ils se connaissaient déjà auparavant et étaient chacun au fait de leur carrière respective, mais de pouvoir se rencontrer autour de la musique universelle de Mozart, c’est un grand plaisir pour eux deux.

PAN M 360 : Qui a eu l’idée de cette rencontre avec cette programmation?

Laurent Patenaude : J’avais demandé à Charles, il y a trois ou quatre ans, quels étaient les pianistes qui l’inspiraient et Marc-André était classé assez haut dans sa liste. Donc, à partir de ce moment-là on s’est dit « Pourquoi ne pas les faire jouer ensemble? ». C’est Charles qui a lancé l’idée à Marc-André, après un concert, de faire le Concerto pour deux pianos. Après, je pense que j’ai suggéré la Sonate pour deux pianos en ouverture plutôt qu’une pièce d’orchestre, question de vraiment mettre l’accent et l’attention sur eux. Le choix de Mozart aussi s’imposait plus naturellement pour l’ADN des Violons du Roy. Tant Charles que Marc-André ont collaboré avec l’ensemble et sont rompus au répertoire de Mozart, alors, il y a un fort lien qui a été développé là aussi.Renaud Loranger : C’est une question souvent posée. Ce sont des conversations de longue haleine et qui sont très circulaires. Elles évoluent dans le temps et à un moment donné, ça se cristallise et ça se met en marche. Il y a un aspect très festivalier à cette rencontre aussi. Jouer du Mozart n’est pas nécessairement révolutionnaire, mais le faire dans ce contexte-ci, avec une rencontre avec Charles et Marc-André, ça s’inscrit parfaitement dans la mission du festival, soit de créer des moments musicaux uniques et rassembleurs.

PAN M 360 : Est-ce qu’ils abordent les œuvres de la même manière?

Laurent Patenaude : Ce sont bien sûr deux pianistes très différents – une trentaine d’années les sépare –, mais il y a tout de même une parenté dans leur approche à Mozart où ils allient une recherche très précise des détails, tout en ayant le sens de la grande forme de l’œuvre. C’est un peu dans la même veine que l’école Bernard Labadie, où l’on cherche à creuser toutes les petites choses techniques, comme les liaisons, les respirations, tout en ayant une recherche de l’unité du point de vue formel. C’est le meilleur des deux mondes.Renaud Loranger : C’est ce qui est passionnant aussi, de faire se rencontrer des artistes qui, individuellement, sont différents, mais qui ensemble vont créer des points de contact. Immanquablement, ce qui va en ressortir est quelque chose qui n’existerait pas autrement. En même temps, c’est aussi un pari. On ne sait jamais avant les premières répétitions si « la pâte va lever », comment les tempéraments et leurs sonorités peuvent se marier, s’il y a des ajustements à faire, etc. Au final, ils réagissent l’un à l’autre avec une forte émulation.


PAN M 360 : Ni l’ancienneté ni la jeunesse n’entrent en ligne de compte, en définitive?

Renaud Loranger : Non, absolument pas. Ils ont chacun un grand respect mutuel pour l’autre qui se ressent dans la musique.

https://www.youtube.com/watch?v=LVwFA_7KJTI

Daniel Monkman, auteur-compositeur-interprète, producteur et artiste « mocassin-gaze », a récemment lancé un microalbum intitulé Big Pharma. Il y aborde certains des problèmes liés à l’industrie pharmaceutique, notamment le fait de distribuer les médicaments les plus toxicomanogènes aux autochtones comme lui. C’est ce qu’il a constaté après être devenu sobre et avoir entrepris ses propres recherches.

Big Pharma a pour but de dénoncer les mensonges perpétués par l’industrie pharmaceutique. Monkman s’est donné pour mission de faire la lumière sur les origines infâmes de ce système et sur sa manipulation. Musicalement, Big Pharma ressemble beaucoup à l’indie-folk atmosphérique de l’époque Sea Change ou, plus récemment, Morning Phase de Beck. Daniel a également travaillé avec Cadence Weapon pour produire un morceau plutôt hip-hop. Nous avons discuté de l’écriture rapide de Big Pharma, de ses recherches sur l’industrie pharmaceutique selon une perspective autochtone, et de son amour de Beck.

PAN M 360 : Je ne m’attendais vraiment pas à un morceau hip-hop – Oil Pastel / Dopesick ft. Cadence Weapon – sur ce microalbum de Zoon, mais ça marche vraiment.

Daniel Monkman : Oui, c’est ce que j’espérais. Le hip-hop m’a beaucoup influencé, mais après avoir changé d’école, j’ai rencontré des punks et j’ai pris un chemin différent.

PAN M 360 : Vous pensez donc que vous auriez pu être un artiste hip-hop?

Daniel Monkman : Tout à fait. Et je peux toujours l’être… je le suis, en fait. Je me lance davantage dans la production et l’écriture de chansons pour des gens qui, depuis la sortie d’un microalbum, ont fait beaucoup d’autres types de trucs hip-hop. J’écris surtout de la musique pour les gens. C’est un peu ma façon d’entrer dans le monde de la musique.

PAN M 360 : C’est comme ça que vous avez collaboré avec Cadence Weapon sur le titre Oil Pastel / Dopesick?

Daniel Monkman : Oui, cette chanson était totalement différente. Elle comptait plus de parties et je l’ai en quelque sorte simplifiée. J’ai fait toute la musique et Rollie a fait toutes les voix et les principaux éléments. J’ai fait des chœurs et des mélodies.

PAN M 360 : Est-ce que vous avez discuté de la structure de la chanson ou ça s’est fait « freestyle »?Daniel Monkman : Je lui ai donné le titre et une version démo de la chanson, puis il s’en est servi. Je désirais voir les choses dont il parle en se basant sur le titre que je lui ai fourni.


PAN M 360 : Et il y a un thème central à ce microalbum. Ce n’est pas évident, mais même dans les noms des chansons, il s’agit de votre expérience quant à l’industrie pharmaceutique?

Daniel Monkman : Oui. J’ai cru comprendre qu’à l’époque où les traités ont été signés et que mes ancêtres se rendaient compte que les nouveaux arrivants n’allaient pas repartir, beaucoup de nos chefs ancestraux se sont réunis et se sont dit « Ok, nous devons commencer à penser à l’avenir de notre peuple, à établir notre place et notre société, puis à nous assurer que nous ne serons pas marginalisés ». Ils ont donc élaboré ces traités, qui prévoyaient certains privilèges que les autres peuples autochtones pouvaient avoir. Par exemple, l’école était gratuite, les soins dentaires ainsi que les médicaments étaient pris en charge. Et au fil du temps, beaucoup de ces choses ont été modifiées et triturées. Quand je suis devenu sobre, j’ai commencé à perdre mes illusions quant au Canada et à tous ces trucs; je me suis mis à remarquer que ce qu’on nous donnait, ou les seules choses qu’on nous offrait, étaient celles qui créaient le plus de dépendance.

PAN M 360 : Comme les médicaments?

Daniel Monkman : Oui. Et pour moi, ce n’était pas normal. J’ai donc commencé à faire mes propres recherches et à découvrir une sorte de génocide en cours. Nous croyons que cela n’existe pas parce que nous ne le constatons pas d’emblée, mais ce génocide est continu et actuel. Et j’en ai fait l’expérience dans ma ville natale du sud du Manitoba. C’est quelque chose qui m’a marqué, depuis que j’ai découvert ces vérités.

PAN M 360 : Vous vous êtes en quelque sorte donné pour mission, en tant qu’artiste disposant d’une plateforme, de parler de ces vérités?

Daniel Monkman : Oui, d’informer les gens là où je peux, d’essayer d’éduquer les autochtones qui choisissent les pilules en leur expliquant que ce n’est pas le bon choix; d’essayer de revenir à des moyens naturels de guérir le corps et l’esprit. Les compagnies pharmaceutiques ont une telle emprise sur tout le monde qu’elles pensent que les pilules sont la solution. Et il y a beaucoup de gens qui diront « Eh bien, les pilules fonctionnent ». Et c’est peut-être vrai, mais pas à long terme. Parce que la guérison qui doit se produire est tellement plus importante que le fait de prendre des pilules.

PAN M 360 : Alors pourquoi pensez-vous que ces médicaments subventionnés pour les autochtones sont ceux qui créent le plus de dépendance?

Daniel Monkman : Eh bien, ce n’est un secret pour personne que la Loi sur les Indiens visait à éliminer les autochtones, à les intégrer à la société afin que le gouvernement n’ait plus à s’occuper d’eux. Or, il ne s’agit pas tant de s’occuper de nous que de payer le loyer d’une maison dans laquelle ils ont investi, soit le Canada. Donc, moins ils ont à s’occuper de nous, plus ils peuvent engranger des profits. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est qu’un énorme fonds fiduciaire a été mis de côté pour les peuples autochtones. Une grande partie de cet argent ne provient donc pas des impôts, mais de l’argent que le gouvernement doit trouver lui-même. Le Canada est un pays très riche et quand vous allez dans une réserve, c’est comme un pays du tiers-monde.

PAN M 360 : Alors, vous étiez une victime de ce système? Avant de devenir sobre, je veux dire.

Daniel Monkman : En partie. La toxicomanie était une sorte d’automédication pour avoir été dans le système, dans des écoles très racistes, et pour avoir été arrêté par la police au hasard, juste parce que je marchais tard le soir. Et dans tout cela, il y avait le stress post-traumatique et le fait de ne pas avoir les bons systèmes en place pour vous aider. Il y a douze ou quinze ans, la santé mentale n’était pas un terme à la mode. J’ai donc trouvé d’autres moyens de m’en sortir, c’est-à-dire la toxicomanie. C’est incroyable que l’alcool soit si facilement accessible, mais pas les thérapies…

PAN M 360 : Je voulais parler de la chanson Red River. Elle produit une sorte de transe, comme si on était éveillé et endormi en même temps. Comment avez-vous trouvé cette atmosphère?

Daniel Monkman : J’ai acheté cette vieille guitare numérique Casio un jour où j’étais avec un ami. Je l’ai rapportée chez moi, j’ai commencé à jouer et je suis entré en transe avec ce genre de riffs. J’ai apporté la guitare à mon collaborateur Andrew McLeod, aussi connu sous le nom de Sunsetter. Et on a travaillé chez lui. J’ai fait la plupart des instrumentations, Andrew a joué de la batterie. Le fait d’être en studio est très inspirant. Il y avait des mélodies vocales et des choses comme ça, et c’était une chanson très pop. C’était très, très pop! Mais j’ai décidé d’enlever toutes les voix un après-midi et d’écouter comment sonnaient les instruments. Et je me suis dit, eh bien, ça marche mieux en instrumental.

PAN M 360 : Quand avez-vous créé Big Pharma? Juste après la sortie de Bleached Waves? Vous avez également entrepris le projet OMBIIGIZI avec Status/Non-Status, ensuite.

Daniel Monkman : Ce microalbum a été terminé très rapidement, il y a environ trois mois. Bleached Waves a été réalisé en 2017-18; pendant cette période, j’ai enregistré un album complet ainsi que deux ou trois microalbums. Mais celui-ci est le plus récent. J’étais juste assis à la maison et je l’ai enregistré en un mois. C’était très rapide, je me sentais très inspiré. C’était comme pour Bleached Waves , les chansons n’arrêtaient pas de surgir.

PAN M 360 : C’est toujours agréable quand on n’a pas besoin de chercher l’inspiration, elle vient tout simplement à soi. Ce microalbum me fait beaucoup penser à Morning Phase de Beck. Et je sais que vous avez repris Round the Bend.

Daniel Monkman : L’influence de Beck explique, en quelque sorte, pourquoi je suis devenu un musicien professionnel. Jusqu’à ce je l’entende, j’étais convaincu que je devais aller au conservatoire et devenir un musicien de formation classique, ou alors je ne savais pas trop… Ça semblait tellement inaccessible. Jusqu’à ce que j’écoute Mellow Gold. Alors je me suis « Oh, je peux juste faire ce que je veux »!


D’origine guadeloupéenne, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart ainsi que la chanteuse Malika Tirolien se produisent ce jeudi 18h au Studio TD. Leur quintette y présente la matière de l’album Soné Ka-La 2, Odyssey.  La jazzification de la musique gwoka, culture rythmique et chantée de leur terre natale est ici le ciment de leur rencontre. Ce concert GRATUIT réunit deux pointures du jazz afro-caribéen, l’un résidant à Boston et l’autre à Montréal.

Outre ses fonctions de pédagogue au Berklee College of Music, Jacques Schwarz-Bart a une longue feuille de route sur les territoires nu soul et jazz : D’Angelo, Erykah Badu, Roy Hargrove, Giovanni Hidalgo, Eric Benet, Soulive, Danilo Perez, Ari Hoenig, Bob Moses, Me’shell Ndegeocello, David Gilmore, pour ne nommer que les plus célèbres.

Joint à Boston avant de s’amener à Montréal, le musicien  nous explique les enjeux  de Soné Ka-La et de l’évolution actuelle du concept, qu’il actualise aux côtés de la superbe chanteuse montréalaise Malika Tirolien, aussi de réputation internationale, notamment pour ses participations chez Snarky Puppy et la formation transculturelle et transnationale Bokanté.

PAN M 360 : D’abord, faites-nous s’il vous plaît la genèse de ce projet Sone Ka-La.

JACQUES SCHWARZ-BART : J’ai sorti, il y a 16 ans, le premier enregistrement Sone Ka-La, c’était mon premier projet où j’explorais les racines guadeloupéennes à travers le gwoka. J’essayais de trouver un langage jazzistique qui puisse s’enraciner dans les rythmes, intervalles mélodiques et lyrisme. En 2008, j’ai poursuivi la recherche du gwoka en studio pour ensuite me plonger dans le vaudou haïtien. Et revoilà le second volet du projet Sone Ka-La (Odissey).  Pour le volume II, les rythmes sont portés par la batterie et non les tambours traditionnels. J’essaie de revisiter le concept. Initialement, j’avais développé ce projet sans chanteur attitré, c’était essentiellement une approche instrumentale. Cette fois, j’ai voulu qu’il n’y ait pas de paroles mais que les mélodies soient portées à l’unisson par la voix et le saxophone. Le principe est de créer une seule voix avec le sax et le chant humain, soit celui de Malika Tirolien.

PAN M 360 : Que justifie le choix de votre collègue chanteuse ?

JACQUES SCHWARZ-BART : J’ai pensé à ce concept après avoir joué à plusieurs reprises avec Malika Tirolien, à mon sens l’une des plus grandes chanteuses de jazz au monde. Une des plus audacieuses, de surcroît. Elle a cette virtuosité vocale qui me semble comparable à une virtuosité instrumentale, en fait. Ça a été fait par d’autres de façon sporadique, mais je pense que c’est le premier projet jazz du genre qui soit entièrement fondé sur ce concept. De plus,  Malika utilise ici et là des effets de micro très personnels, comme elle le fait en solo ou encore au sein du groupe Bokanté. Moi aussi j’utilise des effets de pédales, j’espère que mon bidule sera réparé jeudi, sinon Malika pourra faire ses trucs de son côté.

PAN M 360 : Le gwoka est le fondement de Sone Ka-La, mais la musique afro-caribéenne est au cœur de votre démarche artistique n’est-ce pas?

JACQUES SCHWARZ-BART : Oui, absolument. Vous savez, le vaudou haïtien compte  plus de 100 rythmes et encore plus dans la musique afro-caribéenne, notamment dans la musique afro-cubaine. J’essaie donc de lier cet héritage au jazz . 

PAN M 360 : Pour les profanes, le gwo-ka peut constituer un ensemble de rythmes relativement simples. Comment adaptez-vous ces rythmes guadeloupéens?

JACQUES SCHWARZ-BART : D’abord, je dois vous dire que de penser que le gwo-ka réunit des rythmes folkloriques simples est une erreur de perception. Vous n’avez probablement entendu que les plus simples du répertoire, je pense d’abord au toumblak qui est souvent mis de l’avant – à l’origine de la biguine ou du zouk. Or, une foule de rythmes émanant du gwoka ne sont pas simples du tout!  Des batteurs chevronnés n’arrivent pas à les jouer rapidement,  il leur faut beaucoup de répétitions pour en percevoir les subtilités. Vous comprendrez que l’univers rythmique du gwoka est très subtil, extrêmement riche. 

PAN M 360 : Comment le gwoka se décline-t-il en fait?

JACQUES SCHWARZ-BART : Comme dans le vaudou haïtien, le gwoka est constitué de familles de rythmes fondamentaux autours desquels il y a plusieurs variations et un langage d’improvisation très riche également. Ce langage se décline en fonction de chaque rythme. À chacun de ces rythmes, il y a aussi un répertoire chanté et donc c’est sur la base du type d’intervalles mélodiques utilisés dans ce répertoire chanté que j’ai moi-même élaboré mes propres mélodies.  Traditionnellement, on trouve sept familles de rythmes auxquelles de nouvelles familles se sont ajoutées récemment, grâce aux innovations de percussionnistes de notre époque, qui enrichissent ce patrimoine bien vivant. Le gwoka toujours en pleine évolution. 

PAN M 360 : Le gwoka incarne-t-il aussi un héritage sacré? 

JACQUES SCHWARZ-BART :  Oui. Initialement, en Guadeloupe, le gwoka était un prolongement de la spiritualité africaine, comme c’est le cas en Haïti (vaudou), à Cuba (santeria) ou au Brésil (candomblé), tous ces syncrétismes qui trouvent leurs fondements  dans la religion yoruba en Afrique de l’Ouest, soit au Togo et au Bénin, au coeur de l’ancien royaume du Dahomey.  On ressent d’ailleurs cet aspect sacré du gwoka dans la puissance spirituelle des rythmes et des chants mais la Guadeloupe étant une petite île, les Marrons n’ont jamais pu se cacher bien longtemps des esclavagistes et développer des sociétés qui ont pu maintenir ces traditions spirituelles comme ce fut le cas en Haïti, au Brésil ou à Cuba. À cause également de la diabolisation de la spiritualité noire chez le colonisateur blanc, le gwoka est devenu progressivement une musique profane mais dont les racines spirituelles se ressentent toujours.

PAN M 360 : Le gwoka est donc à l’heure de son entrée de le langage musical contemporain. Comment travaillez-vous cette matière?

JACQUES SCHWARZ-BART :  J’ai pris ce matériel d’origine, je l’ai déconstruit et l’ai reconstruit. Je suis une sorte d’obsédé de l’harmonie et des contrepoints rythmiques. Je le découpe  cette matière en petits morceaux et je les assemble de nouveau, je les déplace. Je crée parfois des mesures asymétriques sur des rythmes symétriques. En fait, j’utilise plusieurs éléments de ces traditions pour ainsi créer mon langage. 

PAN M 360 : Quelle sera l’instrumentation, ce jeudi à Montréal?


JACQUES SCHWARZ-BART : Nous serons 5 sur scène jeudi. Il y aura le batteur québécois Samuel Bolduc, un de mes élèves à Berklee et l’un des meilleurs de l’institution en ce moment.  Je l’ai bien sûr initié à ces rythmes du gwoka.  Il y a aussi deux autres élèves qui sont aussi parmi les plus talentueux de l’école :  le pianiste lithuanien Domas Žeromskas a un toucher  assez  unique, une conception vraiment poétique de l’harmonie et de l’espace, il y a aussi ce contrebassiste Ian Banno, de très loin le meilleur bassiste actuellement à Berklee. J’ai beaucoup joué ce répertoire avec ces jeunes musiciens à Boston, New-York et la Nouvelle-Orléans donc nous sommes fin prêts pour une première présentation de Sone Ka-La (Odissey)  à Montréal.

À l’âge de 18 ans, la jeune femme de Lavaltrie s’installe à Montréal afin d’y lancer sa carrière. Rapidement, elle se taille une belle réputation  sur la scène  montréalaise. Elle fait les  premières parties d’artistes tels Milk & Bone, France D’Amour ou le regretté Karim Ouellet. 

Léonie Gray possède une voix atypique et riche en émotions. Certaines de ses intonations rappellent un tant soit peu Billie Holiday et Amy Winehouse. Dans sa musique, l’artiste de 29 ans navigue entre la pop, le R&B et le jazz. Pour elle, la musique est une thérapie nécessaire. « C’est comme respirer, mon corps en a besoin », soutient-elle. 

Mise sous contrat chez La Maison Mère, elle aborde divers sujets à travers ses chansons: santé mentale, féminisme, relations interpersonnelles. En avril dernier, la Québécoise a livré Who ?, son premier album constitué de 13 chansons dont la déjà populaire Monster and Echoes

Pan M 360 cause avec elle de sa présence au Festival International de Jazz de Montréal, de son premier album et  de son processus créatif.

PAN M 360 : Pourquoi la musique?

LÉONIE GRAY : Je baigne dans la musique depuis que je suis jeune. Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais toujours que je voulais être une chanteuse. J’ai toujours eu ce but en tête et j’ai fait en sorte que cela se réalise. J’ai commencé à faire des spectacles à l’âge de sept ans. J’ai fait toutes les auditions musicales possibles lors de mon passage au primaire et au secondaire. Mon père est musicien et ça m’a toujours aidé. Mes parents m’ont toujours offert leur soutien. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que la création musicale vous apporte? 

LÉONIE GRAY : Ça m’apporte beaucoup de bien. C’est une forme de thérapie pour moi. Parfois, il y a des émotions dans ma vie que je n’ai pas vécues que j’arrive à vivre en écrivant des chansons. J’adore enregistrer, composer et recevoir les avis des gens sur mes chansons. La musique fait partie de moi, c’est une nécessité absolue dans ma vie. C’est comme respirer, mon corps en a besoin.  

PAN M 360 : Les sujets que vous abordez sont directement liés à l’actualité comme la santé mentale. Votre manière de les aborder a-t-elle changé au fil du temps? 

LÉONIE GRAY : Je pense que oui. Tout d’abord, j’ai vieilli et j’ai acquis davantage de maturité. J’ai été en mesure d’appliquer ces acquis à ma musique. Au cours des dernières années, j’ai compris ce dont je souhaite réellement parler dans mes chansons. J’ai besoin d’avoir un sujet dans mes chansons et la plupart du temps j’aborde des sujets féministes. J’en parle parce que c’est directement lié à ce que je vis en tant que femme. Lors de ma dernière présence au FIJM, j’abordais des sujets plus légers qu’aujourd’hui. 

PAN M 360 : Mis à part l’actualité, d’où provient votre inspiration?

LÉONIE GRAY : Mon inspiration provient de ma propre santé mentale ainsi que de mes relations interpersonnelles. Je trouve que la relation qu’on a avec les autres en dit beaucoup sur qui on est. C’est un aspect important à communiquer dans mes chansons. Je m’inspire aussi d’artistes comme l’artiste britannique Joy Crookes. On aborde des sujets similaires et j’adore sa musique. D’autre part, j’aime aussi Les Louanges. Il a un style différent des autres et c’est motivant de voir un artiste local avec autant de potentiel pour percer à l’international. Il a du plaisir à chanter, ça se voit.

PAN M 360 : Comment avez-vous évolué depuis votre dernière participation au FIJM? 

LÉONIE GRAY : Entre ma dernière participation et aujourd’hui, il y a eu la pandémie. Comme tout le monde, j’ai beaucoup été dans ma tête. J’ai fait un gros travail sur le plan personnel et je suis davantage en paix avec la personne que je suis et que je deviens. Je suis de plus en plus à l’aise pour faire de la musique qui me ressemble et que j’ai envie d’entendre. Je ne fais plus seulement de la musique pour plaire. Je souhaite être fière de mes accomplissements lorsque je m’écoute. Aussi, j’ai laissé place à plus de vulnérabilité dans ma vie, ça rejaillit dans ma musique. Dorénavant, j’accorde moins d’importance à l’opinion publique et je me sens plus libre dans ma création. 

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de votre spectacle ce jeudi? 

LÉONIE GRAY : Les gens vont danser et chanter, ça, c’est certain. Le spectacle va se dérouler sur une petite scène. Ainsi, il y aura aussi des moments plus intimes. Lors de ces moments, j’ai envie que les gens s’assoient par terre et apprécient le moment. Je vais chanter l’entièreté de mon album Who? et une chanson inédite. J’ai hâte de chanter ce nouveau titre devant ma famille et mes amis. Pendant plusieurs années, j’ai fait des spectacles de rodage et j’ai aimé voir les réactions des gens à mes chansons lorsqu’ils les entendent pour la première fois. Ça me permet de connaître l’avis du public et de savoir si j’aime la chanter sur scène. 

PAN M 360 : Y a-t-il des artistes que vous avez vus ou que vous avez hâte d’aller voir au FIJM? 

LÉONIE GRAY : J’aurais vraiment voulu voir le spectacle de Tash Sultana. Malheureusement, je n’étais pas disponible. Aussi, j’ai vu Cécile McLorin Salvant et Kamasi Washington. Je veux absolument aller voir le concert d’Anomalie ce jeudi. Il y a tellement de spectacles au FIJM et on dirait que je souhaite tous aller les voir !

PAN M 360 : Quelle est l’influence du jazz dans vos morceaux?

LÉONIE GRAY : Naturellement, il y a certaines progressions d’accords qui m’attirent plus que d’autres. Très souvent, ce sont celles aux sonorités soul et jazz. Je les mélange à ma structure musicale pop. Aussi, avoir des  instruments comme la trompette et le violon me rapproche du jazz.  D’ailleurs, on attribue souvent mon timbre vocal au jazz. On me dit souvent que je fais de la pop jazz. 

PAN M 360 : Comment vous sentez-vous depuis la sortie de votre premier album en avril dernier? Travaillez-vous sur de nouveaux projets?
LÉONIE GRAY : Ça faisait quelque temps que je voulais sortir cet album. Lors de la sortie, j’étais très soulagée. Les retours qu’on a eus des auditeurs et des médias étaient incroyables. C’est venu en quelque sorte atténuer certaines de mes insécurités. Je suis extrêmement contente du résultat. On a planifié une petite tournée jusqu’au mois de février. Ça fait du bien de retrouver le rythme d’avant pandémie et de faire davantage de spectacles. Il y a plusieurs autres projets connexes qui vont venir en lien avec cet album. Par exemple, j’ai un vidéoclip qui sort bientôt pour l’un de mes titres. Bien évidemment, j’ai besoin de créer et j’ai déjà commencé à travailler sur mon prochain album. Plusieurs belles choses sont à venir.

Énergie explosive, sourire contagieux, talent. The Happy House DJ, comme elle aime se surnommer, est une étoile montante de la scène montréalaise qui est, très certainement, déjà, en train de sublimer une galaxie.

Lia Plutonic, de son vrai nom Aliyah Mahon, escalade à vitesse grand V les étapes de la scène. Ses premières apparitions en public sont relativement récentes, fin 2021. Néanmoins, sa force de frappe est digne d’une artiste aguerrie. En 2018, durant ses études au cégep, elle commence à pratiquer sur des CDJ 900 – un contrôleur obsolète de nos jours mais dont la fonctionnalité repose sur l’agilité de vos oreilles et de votre doigté – pour enjoliver les soirées entre ami.e.s. En décembre 2021, elle fait l’ouverture de DJ Boring, dont on ne présente plus le parcours, à la Société des arts technologiques (SAT). 

Coup de coeur! Manifestement, elle m’a conquise en moins d’une heure. À la fin de la soirée, j’en étais à me demander si elle n’aurait pas du être la tête d’affiche de cette programmation! Mon instinct ne m’avait absolument pas trompée puisque Lia Plutonic sera au Off Piknic du Piknic Électronik, le 10 septembre prochain, pour ensoleiller la piste avant de pouvoir se délecter de l’incroyable DJ set du superbe Bonobo. C’est avec amour et générosité qu’elle nous dévoile ses secrets pour autant briller. 

PAN M 360: En quelques mots, qui est Lia Plutonic?

LIA PLUTONIC: Aliyah Mahon. Je suis une DJ et productrice basée à Montréal. Lia Plutonic est mon alias musical qui est l’aboutissement voire un condensé de mon parcours jusqu’à présent.

PAN M 360: Quel a été l’élément déclencheur pour t’amener à devenir DJ?

LIA PLUTONIC: J’ai commencé au tout début de l’année 2018 au cégep. On avait un club de DJ établi avec notre propre salle et un équipement privé. Je n’avais absolument aucune intention de devenir DJ, mais je commençais à faire de plus en plus la fête et ma meilleure amie de l’époque m’a convaincu de la rejoindre. Je suis reconnaissante d’avoir pu faire mes débuts sur des CDJ 900, sans tous les visuels, car j’ai vraiment dû apprendre à « beat match » dès le départ. J’ai passé de nombreuses heures dans cette salle, essayant de mixer les mêmes 30 chansons, encore et encore. J’ai finalement acheté mon propre équipement quand j’ai obtenu mon diplôme en 2019. Depuis, je me produis sur scène depuis fin 2021.

PAN M 360: Comment composes-tu tes DJ sets? Tant au niveau de la sélection que du partage avec le public.

LIA PLUTONIC: Mon processus a beaucoup évolué avec le temps. Lors de mes tous premiers concerts, j’étais tellement nerveuse que j’en avais des cauchemars. J’imaginais que tout allait mal se passer. Je préparais mes listes de chansons à l’avance. Un ami m’a finalement suggéré de créer des listes de lecture pour chaque événement. Environ une semaine avant le concert, je prenais l’habitude de parcourir ma bibliothèque et de créer une liste de lecture basée sur l’énergie que je pouvais ressentir de l’espace où je devais jouer. Un club, un bar ou une grande salle de spectacle. Tenter de définir le « groove » sur place. Mes listes étaient toujours trop longues, mais je tâtais l’énergie sur place et je tentais d’improviser davantage.

PAN M 360: Quels sont les artistes et/ou labels qui t’inspirent?

LIA PLUTONIC: Il y en a tellement ! Tous mes amis connaissent mon obsession et mon amour de longue date pour Octo Octa. Elle est vraiment l’une de mes plus grandes inspirations, avec sa partenaire Eris Drew et leur label T4T LUV NRG. Tout, de leurs sélections aux productions, résonne très profondément en moi. D’autres labels, dont j’ai des tonnes de disques, sont Shall Not Fade et Strictly Rhythm (classique).

PAN M 360: Quels ont été les moments les plus marquants pour toi sur scène?

LIA PLUTONIC: Le deuxième spectacle que j’ai présenté est toujours ancré dans mon cœur et mon âme. En décembre 2021, j’ai joué l’ouverture du DJ set de BORING, à la SAT. Non seulement je suis une grande admiratrice de DJ BORING et je l’ai vu à chaque fois qu’il est venu à Montréal, mais c’était aussi un endroit que j’aime particulièrement. Cela a rendu la soirée très spéciale pour moi. C’était aussi la première fois que je me connectais vraiment avec une foule. J’ai pu ressentir l’énergie du lieu et du public. J’avais entendu des amis DJ en parler avant, mais c’était la première fois que je vivais cette expérience du dancefloor et ça m’a marqué.

PAN M 360: Quels sont tes prochains événements?

LIA PLUTONIC: Je jouerai au festival JAIME le 16 juillet (à Drummondville) et au Piknic Electronik le 10 septembre. Il y a quelques autres spectacles à venir en juillet et août que je ne peux pas encore divulguer. Alors gardez un œil sur les réseaux sociaux 🙂

PAN M 360: Quels sont les défis que tu voudrais relever en tant que DJ?

LIA PLUTONIC: J’adorerais jouer au niveau international une fois mes études terminées. J’ai tellement d’amour pour notre scène à Montréal, mais ça me démange de jouer dans d’autres endroits où la musique me permettrait d’interagir avec mes pairs et les danseurs. Vraiment. Un de mes plus grands objectifs serait de répéter à l’infini les moments magiques sur les pistes de danse qui ont inspiré Lia Plutonic. J’ai déjà quitté des pistes de danse en larmes, les genoux cassés et un cœur rempli d’amour et de joie. L’euphorie de ces instants reste gravée en moi pendant des jours après l’événement. Je veux offrir aux gens les mêmes sensations.

PAN M 360: As-tu des défis à relever en tant que femme?

LIA PLUTONIC:  Excellente question. Je pense que je veux juste être une bonne personne, heureuse et qui transmet ce bonheur à travers la musique et d’autres moyens.

PAN M 360: Musique et politique, ça évoque quoi pour toi?

LIA PLUTONIC: Je pense que la musique est/peut être très politique. Il a toujours été un vecteur instrumental de changement et d’expression. Nos opinions politiques peuvent aussi beaucoup influencer le genre de musique que nous achetons, où nous l’achetons et les soirées auxquelles nous assistons. La musique de danse (pour moi) concerne surtout l’amour, la liberté et l’expression. Je pense qu’il est très important que nos lieux de diffusion et nos organisateurs soutiennent cette atmosphère d’inclusion et de sécurité.

PAN M 360:  Partage avec nous un conseil magique de DJ!
LIA PLUTONIC:  C’est tellement ringard, mais croyez en vous! Croyez au processus et à la magie de la musique. J’ai le syndrome de l’imposteur agressif depuis que j’ai inauguré ma première scène. Depuis, je remets toutes mes pratiques en question, de mes sets à ma technique de mixage. Ces pensées sont très intrusives et très naturelles, mais il est si important à la fin de la journée de revenir à soi. Ayez confiance en vous et en votre musique. Je pense que votre âme en ressortira renforcée ainsi que vos sélections musicales. Ça donnera envie aux gens de se connecter à vous.

Avant son passage au Festival de jazz de Montréal, l’autrice-compositrice-interprète Tami Neilson nous a parlé de sa collaboration avec Willie Nelson, de son prochain opus, Kingmaker, et des inégalités dans l’industrie de la musique country.

PAN M 360 : D’où viennent certains des thèmes de Kingmaker ? La situation s’améliore-t-elle pour les femmes dans l’industrie de la musique ou dans le monde en général ? Je suppose qu’il est difficile de parler des États-Unis depuis la décision de la Cour suprême sur Roe V. Wade…

Tami Neilson : J’ai tendance à écrire sur ce que je sais et sur mon expérience personnelle, celle d’une femme autochtone dans l’industrie musicale. J’utilise ma musique pour maintenir au premier plan la conversation sur l’égalité des femmes et des personnes de couleur. Kingmaker traite en particulier de l’énorme disparité dans la représentation des femmes et des personnes de couleur dans la musique country, mais cela concerne à plus grande échelle la façon dont nous sommes traités dans la société dans son ensemble. Ces thèmes ont toujours été présents dans ma musique, mais je pense qu’à mesure que les choses se dégradent et que l’égalité semble reculer au lieu d’avancer, il est plus important que jamais de chanter des chansons d’encouragement et d’autonomisation. Tailler sa place dans ce monde en tant que femme est une forme de protestation.

PAN M 360 : Les chansons Kingmaker et Baby, You’re a Gun m’inspirent énormément Nancy Sinatra. Je pense que c’est à cause des arrangements de cordes.

Tami Neilson : Les albums de Nancy et Lee ont été une grande inspiration sonore pour cet album, tout comme Ennio Morricone et Bobby Gentry. Je voulais que cet album suive l’arc cinématique d’une histoire, comme une bande originale de film, plutôt que d’adhérer à un seul style de musique.

PAN M 360 : Vous êtes originaire de Toronto, mais vous vivez en Nouvelle-Zélande. Comment est le soutien pour votre style de musique là-bas ?

Tami Neilson : J’aime la communauté musicale ici et les arts sont bien soutenus par notre gouvernement, comme ils le sont au Canada – mais il n’y a pas ici de diffusion radio ou de plateforme grand public pour mon genre de musique (country/americana) comme il y en a pour la pop. C’est une bonne chose que je puisse atteindre mon public directement de nos jours et qu’il fasse salle comble pour mes spectacles et que mes albums se retrouvent au sommet des palmarès… mais ce serait vraiment bien de bénéficier du soutien que reçoivent les groupes pop.

PAN M 360 : The King Of Country Music semble être un tas de souvenirs de vos débuts en tant que musicienne, en chantant avec Kitty Wells, peut-être en ouvrant pour Johnny Cash ? Cette chanson parle-t-elle des femmes qui sont à l’origine de la musique country ou des femmes qui ont contribué à l’avènement des rois de la musique country ?

Tami Neilson : Cette chanson est une sorte de capsule autobiographique de mon parcours dans la musique country depuis mon enfance. Elle aborde la question du manque de femmes à la radio country (seulement 13% de la radio country est composée de femmes) et pose une question qui, je l’espère, maintiendra la conversation sur l’inégalité dans la musique country et fera réfléchir les gens sur cette question.

PAN M 360 : Beyond the Stars comporte un duo avec Willie Nelson. Comment avez-vous réussi à obtenir sa présence et comment était-ce de jouer avec lui en direct ? Cela a dû changer votre vie ?

Tami Neilson : Je me réveille encore chaque matin et je vérifie sur mon téléphone si notre chanson existe toujours, car j’ai l’impression que tout cela n’était qu’un rêve. Nous avons fini par nous rencontrer par l’intermédiaire de sa femme Annie lorsque j’étais censé jouer à la réunion de Luck en mars 2020 et que le monde entier s’est arrêté. Ils ont déplacé le festival en ligne et j’ai fait trois chansons, en me téléportant de Nouvelle-Zélande, et Willie et Annie regardaient. Annie a commencé à me suivre sur Twitter et à interagir avec moi, mais il a fallu quelques mois avant que je réalise qui elle était ! Notre amitié a grandi au cours de la pandémie et il m’a fallu environ un an pour trouver le courage de lui demander s’il pouvait envisager de faire un duo avec moi, une chanson que j’avais écrite sur la perte de mon père. Il a dit qu’il aimait la chanson et a accepté. Le jour où il a envoyé sa voix, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. L’idée de ce que mon père, un musicien qui a construit les bases de la musique sur lesquelles je me suis appuyé dans notre groupe familial en tournée, aurait ressenti et de sa réaction à l’idée que Willie soit sa voix sur cette chanson était si bouleversante.

Et puis, finalement, deux ans plus tard, en mars de cette année, j’ai pu m’envoler pour le Texas la semaine où nos frontières se sont ouvertes en Nouvelle-Zélande, pour interpréter la chanson en personne avec lui à Luck Reunion. J’ai réussi à faire le premier couplet et le refrain, mais quand il a commencé à chanter le deuxième couplet, j’étais fichue. C’était tellement bouleversant et j’ai vraiment ressenti comme un moment sacré.

PAN M 360 : Avez-vous dû modifier la chanson, la tonalité ou autre chose, une fois qu’il a dit oui et qu’il a accepté de faire le duo ?

Tami Neilson : Je suis entrée en studio sans savoir avec certitude s’il accepterait, j’ai donc fait un acte de foi en écoutant ses dernières chansons et j’ai choisi la tonalité la plus courante dans laquelle il chante. C’était un peu éprouvant pour les nerfs d’avoir une section de cordes de 11 pièces pour verrouiller le tout.

PAN M 360 : Il y a un peu d’apparat dans votre esthétique avec cet album – les robes brillantes et les coiffures sauvages. Est-ce que cela a toujours été votre mode opératoire, en apportant plus de spectacle au son et au style classique de l’americana country ?

Tami Neilson : Mon expression créative visuelle a toujours été aussi importante pour moi que l’audio, elle va de pair avec ma musique. Comme Dolly, Bowie, Prince, Grace Jones… J’ai toujours été attirée par les artistes qui créent à la fois pour les yeux et les oreilles. Qu’il s’agisse d’une perruque en forme de ruche faite sur mesure pour moi par une drag queen sur mon précédent album CHICKABOOM ou d’une collection de couronnes ou de coiffes pour mon nouvel album Kingmaker, mes visuels font toujours partie de l’histoire que je raconte. Mais, plus que tout, c’est un plaisir.

PAN M 360 : Êtes-vous d’accord pour dire qu’il est important d’utiliser sa plateforme en tant qu’artiste pour faire de la politique ou chanter sur certaines choses qu’ils ne considèrent pas comme justes ? Une sorte de « secouer le patriarcat » ?

Tami Neilson : Pour citer Nina Simone, « Il est du devoir d’un artiste de refléter son époque ».

PAN M 360 : Comment abordez-vous le spectacle en direct, en donnant vie à ces chansons de manière organique sur une grande scène ?

Tami Neilson : D’habitude, je suis très attachée recréer ce qui se trouve sur mes albums pour que mon public ne soit pas déçu, ce qui signifie que j’ai tendance à garder les choses lo-fi et clairsemées. Mais lorsque j’ai créé Kingmaker au milieu d’une période d’isolement, sans tournée dans un avenir prévisible, cela m’a vraiment libérée pour faire l’album que j’ai toujours voulu faire, sans restrictions. Maintenant, bien sûr, je ne peux pas partir en tournée avec une section de cordes à chaque fois que je le fais, alors… nous serons créatifs.

TAMI NEILSON SE PRODUIT CE JEUDI 7 JUILLET, 20H, SCÈNE RIO TINTO

L’artiste canado-nigerian TOBi montera sur la scène Rio Tinto le 9 juillet prochain à 20h, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. 

Originaire de Lagos au Nigeria, le rappeur a déménagé à Ottawa avec son père à l’âge de 8 ans. TOBi est tombé en amour avec la musique en écoutant du hip-hop et de la soul. Mis sous contrat chez RCA Records, il a rendu public son premier projet FYi en juillet 2016.

L’artiste de 29 ans s’inspire de Kendrick Lamar, Frank Ocean, Childish Gambino et Stromae. « J’admire la conscience sociale de Stromae et la manière dont il aborde des sujets sérieux tout en offrant de la musique rythmée », indique-t-il. Il a notamment collaboré avec The Game pour le remix du son City Blues en 2020.

Le 1er juin dernier, l’artiste a sorti un maxi pour sa chanson Too Hot. Vieux concept fréquemment pressé en vinyles dans les années 70, un maxi offre habituellement plusieurs versions d’un même titre, une version a capella ainsi que l’instrumentale. Sur ce projet, Oluwatobi Feyisara Ajibolade, alias TOBi, a revisité son titre avec le Nigérien Adekunle gold et le californien Rexx Life Raj.

Pan M 360 a causé avec lui de sa présence au Festival international de jazz de Montréal, sa carrière musicale et son processus créatif.

PAN M 360 : Comment décrivez-vous votre musique?

TOBi : Je décris ma musique comme étant une fusion personnelle et sans complexe de hip-hop, de R&B, de soul et de rap. Kendrick Lamar, Frank Ocean, Childish Gambino et Stromae sont des artistes qui m’inspirent énormément. Depuis récemment, j’écoute beaucoup de Stromae. Même si sa musique est plus dance que la mienne, j’admire sa conscience sociale et la manière dont il aborde des sujets sérieux tout en offrant de la musique rythmée. C’est un peu ce que j’essaie de reproduire avec ma musique. J’espère un jour rencontrer l’un de ces hommes, surtout Kendrick Lamar. J’ai adoré son dernier album Mr. Morale & The Big Steppers. Mon album préféré de Kendrick est sans doute To Pimp a Butterfly. 

PAN M 360 : Comment vous préparez-vous à vos séances d’enregistrement?

TOBi : J’aime entrer en studio avec des idées en tête. Ainsi, mon équipe et moi sommes extrêmement concentrés lorsqu’on enregistre. Aussi, ça permet d’être détendue et de laisser place à la spontanéité. Ça crée des moments imprévisibles. Il faut vraiment être préparé le plus possible pour que cela arrive. Je vais justement enregistrer des chansons après l’interview. 

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec le Jazz?

TOBi : J’ai commencé à m’intéresser au jazz lorsque j’étais inscrit à l’université. Lorsque j’ai pris un cours de spoken word, il allait de soi que j’assiste à des concerts de jazz. C’est à ce moment que j’ai appris à connaître la discographie d’artistes comme Mile Davis et John Coltrane. Ce que j’aime le plus de ce genre musical, c’est l’imprévisibilité. Il est presque impossible de prédire la prochaine note. Le jazz semble être sans structure et très libre, et j’aime ça. J’adore voir les artistes se nourrir de l’énergie de chacun sur scène, ça m’inspire. Mon équipe et moi avons une structure commune, mais il y a toujours place à l’improvisation et la spontanéité. Il n’est jamais possible de savoir comment nos spectacles vont se dérouler, c’est magique. 

PAN M 360 : Comment vous sentez-vous à l’approche du festival?

TOBi : J’ai extrêmement hâte. Je regarde des vidéos du festival de jazz de  de Montréal depuis mes quinze ans. Une vidéo d’un artiste nigerian en concert à Montréal est gravée dans ma mémoire depuis mon enfance. Je veux me présenter à ce festival et y offrir un spectacle incroyable. Je souhaite que les gens n’oublient jamais mon concert et que dans quelques années ils se disent « te souviens-tu quand on a vu TOBi au Festival de Jazz de Montréal en 2022? » Aussi, j’ai hâte de voir des artistes comme Masego et Loony. Pendant mes deux jours au festival, je veux absorber le plus de musique possible. 

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de votre concert?  

TOBi : Vous pouvez vous attendre à danser et chanter. J’adore quand les gens sortent de leur coquille et lâchent leur fou. Quand je chante sur scène, je souhaite que les gens dans la foule profitent du moment pour laisser tous les problèmes de côté et passer un bon moment. Que vous soyez âgé de 12 ou 85 ans, vous allez passer un bon moment, je vous le garantis. 

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec la ville de Montréal?

TOBi : Mon père a étudié à Concordia dans les années 70. Il me racontait toujours comment c’était à Montréal, comment la mode y est primordiale, sans compter les ressemblances aux grandes villes européennes. Quand j’étais jeune, on est allé à plusieurs reprises à Montréal et à l’Oratoire Saint-Joseph. Aussi, j’y adore la nourriture, les gens et l’ambiance générale de la ville. 

PAN M 360 : Parlons un peu de votre titre Too Hot. Récemment, vous avez sorti un maxi EP de cette chanson. Parlez-moi de ce concept?

TOBi : La version originale de Too Hot est sortie l’année dernière. Cette chanson est une célébration et déborde d’énergie. Si vous pouviez créer une chanson qui vous donne la confiance d’être en mesure de conquérir le monde, ce serait assurément Too Hot. C’est le genre de chanson que l’on écoute en route vers notre mariage. Pour le maxi EP, mon équipe et moi voulions rendre hommage au passé tout en essayant quelque chose de nouveau. Dans l’EP, on retrouve la version originale, deux nouvelles versions de la chanson avec Adekunle Gold et Rexx Life Raj, l’instrumentale.

PAN M 360 : Comment avez-vous évolué en tant qu’artiste depuis votre projet FYi en 2016? 

TOBi : Dorénavant, je pense davantage au produit final et quels effets mes chansons auront sur l’auditoire. Je me concentre sur les harmonies et la production. Je crée avec beaucoup plus d’attention qu’avant. Au début de ma carrière, je faisais avec l’inspiration du monde et plusieurs de mes chansons étaient des freestyles. Maintenant, c’est beaucoup plus précis et méthodique. J’apprécie où j’en suis aujourd’hui. On est comme des mathématiciens de la musique en studio !

PAN M 360 : À quel genre de musique doit-on s’attendre de votre part dans les prochains mois?  
TOBi : Je viens tout juste de terminer mon prochain album. Ça sonne exactement comme j’ai dit, c’est beaucoup plus précis. C’est la meilleure musique que j’ai créée dans ma carrière. Je suis extrêmement reconnaissant du travail effectué par mon équipe et j’ai hâte que vous entendiez le tout. Ce prochain projet se veut comme un hommage au passé. J’ai l’impression que cet album va réunir les générations, que les plus vieux vont l’aimer autant que les plus jeunes. Je suis censé sortir les premiers titres de ce projet à la fin de cette année.

Mise sous contrat chez Hot Tramp Records, Janette King a sorti son premier album What We Lost en juin 2021. À travers les 12 titres de ce premier album, cette excellente chanteuse y mélange R&B, soul, hip-hop et pop. La chanson Airplane s’avère la plus populaire, un an après sa sortie.

Lors de son prochain concert à Montréal, par ailleurs on doit aussi s’attendre à l’interprétation de « chansons inédites », annonce-t-elle.  Qui plus est, le Rest of Canada pourra voir  Janette King fouler la scène à quatre reprises , notamment à Ottawa et Toronto. 

Pan M 360 a discuté avec la Montréalaise d’adoption pour en savoir plus sur sa présence au Festival de jazz et sa carrière fort possiblement internationale si la tendance se maintient.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a mené à faire de la musique?

JANETTE KING : Je suis née à Vancouver et j’ai étudié la danse et la musique. Quand j’étais jeune, j’ai fait plusieurs années de danse. J’adorais danser et écouter de la musique. En quelque sorte, ce sport a été mon introduction à la musique. Ensuite, j’ai étudié en Jazz. J’y ai approfondi mes connaissances en composition et en arrangement musical.  À ce moment, j’ai débuté le chant au sein d’un groupe intitulé Boom Booms à Vancouver. On a fait des spectacles aux États-Unis, au Mexique et même au Brésil. C’était des expériences exceptionnelles. Lorsque j’ai terminé l’école, j’ai décidé d’emménager à Montréal. C’est à ce moment que j’ai commencé à chanter en solo. 

PAN M 360 : Quand vous créez votre musique, comment souhaitez-vous qu’elle soit reçue par les auditeurs?

JANETTE KING : Quand je crée, je souhaite que mes futurs auditeurs soient en mesure de se reconnaître dans ma musique. Je veux qu’ils sentent que leurs propres expériences sont projetées dans mes chansons. Je souhaite que les gens s’identifient à ma musique et qu’une connexion émotionnelle se crée entre eux et la musique. 

PAN M 360 : Par le passé, vous avez fait du beat-making. Préférez-vous travailler avec une production faite par ordinateur ou de réels instruments? 

JANETTE KING : J’aime le mélange entre une production faite par ordinateur et l’enregistrement acoustique. J’aime incorporer des éléments du réel à ma musique. J’ai l’impression que la magie opère lorsqu’on trouve l’équilibre musical parfait entre le réel et l’électronique. Lorsque j’entends un instrument et qu’il n’est pas accordé adéquatement, je peux me sentir différente et chanter d’une autre manière. C’est ce qui est bien lorsqu’on enregistre avec de vrais instruments, ce n’est pas toujours parfait. Cette imperfection est souvent impossible à recréer. Aussi, la production par ordinateur peut sonner autant robotique que parfaite. Il faut expérimenter et trouver ce que l’on préfère. 

PAN M 360 : Nous sommes à quelques jours de votre concert au Festival international de jazz de Montréal. Comment vous sentez-vous?

JANETTE KING : J’ai extrêmement hâte d’y être. Ce sera mon premier spectacle dans un festival de jazz. Je suis honorée de faire partie de ces artistes qui ont la chance d’y être. Plusieurs artistes que j’admire ont participé au festival de Montréal. C’est le plus grand accomplissement de ma carrière. Par le passé, le Festival de Jazz de Montréal a conquis mon cœur à maintes reprises. Normalement, j’y vais chaque année. Ces jours-ci, j’écoute beaucoup de Robert Glasper, j’ai vraiment hâte de le voir jouer !  

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec la ville de Montréal?

JANETTE KING : Montréal, c’est l’amour de ma vie. J’adore y vivre. Même si ce n’est pas là où je suis née, Montréal est devenue mon chez-moi. J’ai tissé des liens d’amitié avec de nombreuses personnes ici. J’aime beaucoup la ville. Elle déborde d’énergie et de vie.

PAN M 360 : Quels éléments de la musique jazz incorporez-vous dans votre musique? 

JANETTE KING : J’adore l’improvisation. Lorsque je suis sur scène, j’improvise mes mélodies. J’aime être en mesure de donner à la foule des moments qui sont créés en temps réel et qui ne vont jamais être recréés. C’est comme si c’était exclusif  au moment  présent. C’est ce que j’aime le plus des concerts de jazz. C’est très intéressant d’assister à un concert de jazz et d’y voir et entendre des choses qui n’ont jamais été faites par le passé.

PAN M 360 :  Plus d’un an s’est écoulé depuis la sortie de votre album What We Lost. Comment vous sentez-vous face à ce projet? À quoi doit-on s’attendre pour votre prochain projet?
JANETTE KING : Je suis vraiment contente de la réception des auditeurs. Même après un an, je ne changerais pas une seule chose de cet album. Et j’ai vraiment hâte à la sortie de mon prochain !  Quand j’ai créé What we lost, j’ai vraiment fait un important cheminement intérieur et j’ai travaillé fort pour obtenir les sons que je voulais. Pour mon prochain projet, je m’entoure de gens qui m’inspirent,  je les vois comme des guides pour modeler ma nouvelle musique. Il y aura beaucoup de sons rétro et  de synthétiseur, je vais aussi m’inspirer énormément de la musique de Prince. J’espère avoir terminé ce projet à la fin de l’été.

Le Niçois Vincent Peirani a appris l’accordéon sans le vouloir : c’est son père qui lui a mis cette drôle de boîte à musique dans les mains et ne lui a pas vraiment laissé d’autre choix. Il a commencé par chiâler, dire que c’est un instrument ‘’pour les vieux’’, rien n’y a fait. Et puis, miracle, il a commencé à aimer ça. En jouant de la musique classique en plus! Il a obtenu des prix, terminé haut la main des études ultra solides, puis, s’est mis au jazz grâce auquel il a aujourd’hui une notoriété qui frôle le culte. Aucun style musical ne lui est étranger en tant que mélomane et, chose magnifique, il laisse s’épanouir cette ouverture d’esprit dans sa musique. Son accordéon, il le frotte, en plus du classique et du jazz, au flamenco, au métal, au hip hop, à l’avant-garde, à l’électro, et plus encore. 

Il est au Festival international de jazz de Montréal le 4 juillet pour deux sets dans le Quartier des spectacles. Il vient y présenter son tout dernier album, Jokers, qui constitue à bien des égards un tournant dans sa carrière. Il nous a accordé une entrevue pour en parler.

Pan M 360 : quand on lit des critiques de vos albums ou de vos concerts, on voit souvent des commentaires du genre ‘’c’est de l’accordéon, mais c’est bien mieux que ce que vous pensez!’’ C’est fatigant d’entendre ces sous-entendus dénigrants sur l’accordéon?

Vincent Peirani : Bah, non. Vous savez, j’ai eu les mêmes préjugés moi aussi! Quand mon père m’a imposé ce truc, j’avais un tas de mauvaises images en tête! C’est ringard, c’est pour les vieux… Mais je suis content quand les gens le ‘’découvrent’’ grâce à ce que je fais. La surprise est encore plus agréable.

Pan M 360 : Vous incorporez l’accordéon dans tous les styles imaginables, ou presque. Sans rire, y a-t-il un seul genre musical auquel votre instrument pourrait difficilement se lier?

Vincent Peirani : Honnêtement, ce n’est pas mon état d’esprit. Je suis prêt à tout essayer. Tant qu’on peut jouer, on peut trouver un moyen qui nous permet d’exprimer des choses intéressantes. Être musicien, c’est un métier. C’est notre job de trouver des voies de passages expressives et originales. Bon, c’est vrai que certains genres me semblent plus difficiles, mais c’est personnel.

Pan M 360 : Par exemple?

Vincent Peirani : Le hip hop. J’en écoute des tonnes, je lis sur son histoire, sur sa culture, mais j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver le chemin qu’il fallait pour bien intégrer ma musique et mon jeu à cet univers. J’ai vécu des émotions en montagnes russes en m’y frottant. Parfois je sentais que ça y était, d’autres je me disais que ça servait à rien d’essayer. Pourtant, les types avec qui je jouais me disaient ‘’C’est super bon!’’, mais moi je n’étais jamais content. Chaque fois que j’avais l’impression de m’approcher, le but semblait s’éloigner! Il faut dire que je suis hyper exigeant avec moi-même. Mais maintenant, je pense que j’ai réussi à y arriver. Je suis super content et ça fait partie de mes influences.

Pan M 360 : Et pourtant, vos études classiques ne vous avaient pas préparé à autant d’éclectisme. Quand vous êtes passé au jazz, avez-vous trouvé difficile de vous séparer de la partition?

Vincent Peirani : Non pas vraiment. Quand on joue de l’accordéon, du moins quand on commence, on fait des bals. C’est presque un passage obligé. Mon père me disait : la musique c’est fait pour danser. J’ai joué un tas de variétés, des chansons populaires, des pièces traditionnelles et tout ça. À travers ça, j’ai appris à faire des variations, à ornementer les thèmes, à tourner un peu autour. Maintenant, une fois que je me suis inscrit au cours de jazz, j’ai dû apprendre les codes, le langage, mais disons qu’à partir de là, il s’agissait d’un apprentissage comme un autre. Les réflexes, je les avais développés en quelque sorte.

Pan M 360 : Vous avez déjà dit ailleurs que l’apprentissage à la dure, tel que vous l’avez reçu, avait fait en sorte que vous arriviez difficilement à jouer ‘’dans le plaisir’’. Quelles traces cela laisse encore chez vous et dans votre musique?

Vincent Peirani : C’est marrant que vous me posiez cette question car Jokers constitue un marqueur important à ce sujet. Quand on a commencé à se rencontrer en trio avec Federico (Casagrande, à la guitare) et Ziv (Ravitz, à la batterie), il y a eu comme un clash de visions entre eux et moi. Les deux étaient justement dans la notion de plaisir, de lâcher-prise, d’impro détendue. Moi j’étais dans le contrôle et la rigueur absolue de la prévision. Après des concerts, je disais : les gars, on a dit qu’on faisait comme ça…. Oui, mais c’était lundi, là on est mercredi, ils me répondaient. Ok, mais j’avais calé des trucs, j’avais pigé, là c’est plus la même chose! Ils répondaient encore : ah oui mais on l’a fait différemment, c’est tout. C’était pas bien? Ben oui, ça l’était, mais c’est pas ça ce qu’on avait prévu. Ah, et c’est grave? Euh, non…. Là je me suis mis à réfléchir, tu vois. Et j’ai changé. Ils m’ont fait énormément de bien ces types. Je suis encore exigeant, ça c’est sûr, et c’est bien, mais je suis beaucoup plus dans le moment. Quand on est sur scène, c’est la musique du moment qui sera jouée, selon le public, l’endroit, les émotions. Je leur fais confiance et ils me font confiance. C’est tout. Je suis beaucoup moins stressé, et je m’éclate de plus en plus! Ça vous bouffe le cerveau, le stress et l’envie de tout contrôler.

Pan M 360 : Jokers, c’est le premier album en trio, un format qui vous a longtemps fait peur, à cause de sa charge historique puissante. Qu’est-ce que ça change pour vous de vous y être maintenant attaqué avec succès?

Vincent Peirani : Oh, il y a un avant Jokers et un après Jokers, c’est sûr. En partie pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce que l’étincelle qui a allumé ce projet a été fondamentalement improvisée. Moi et les copains, on avait du répertoire dans ce trio. Des compos, des standards, etc. C’était assez jazz, disons plus traditionnel. Puis, avant d’aller en studio, j’ai dit aux gars : on va faire autre chose! Quoi? T’es fou? Non, non, ça va aller, on le fait comme ça. J’ai du répertoire d’un autre genre, plus rock, mais on va assurer. Et puis, on s’est retrouvés en studio, sans avoir eu le temps de répéter ces pièces auparavant. On avait quelques minutes avant que ça tourne, je leur expliquait l’idée, on travaillait quelques instants, puis on enregistrait! Il y a une fragilité dans tout ça, mais c’est bon la fragilité. Ça vous impose d’être sur le bout de votre siège. Et puis, ce répertoire, c’est mon enfance. C’est ça que je voulais jouer quand j’étais jeune! Marilyn Manson, Nine Inch Nails, etc. Maintenant, ça ne me quittera plus. Je suis maintenant bien plus détendu qu’avant. Il fallait que je fasse ce saut En plus, j’ai trouvé ma façon de ‘’dompter’’ le trio, si fort en chefs-d’œuvre (c’est pour ça que je n’osais pas m’y attaquer, je me disais, qu’est-ce que je peux bien apporter de nouveau?) : la guitare de Federico, elle peut aller aussi dans la zone de la basse. Et en plus, je me permet d’ajouter des effets électros ici et là, de la clarinette, etc. C’est du trio, mais un peu augmenté, mettons. 

Pan M 360 : C’est pourtant un album très nuancé. Ce n’est pas placardé hard rock d’un bord à l’autre. Il y a plusieurs changements d’atmosphères, certaines ballades presque impressionnistes….

Vincent Peirani : Oui. Un album c’est comme un livre. Chaque pièce est un chapitre. On raconte une histoire. Or, on n’est pas toujours dans l’action, ou dans le suspense, ou dans le creuset psychologique. Une bonne histoire doit varier les effets émotifs et les rythmes.

Pan M 360 : Les covers (il y a aussi de vos compos sur l’album), vous les avez choisies comment?

Vincent Peirani : J’ai un carnet, dans lequel je mets plein de titres de pièces que j’aime. J’écoute des tonnes de musiques. Je passe des soirées et des nuits à écouter plein de trucs. Et quand quelque chose me frappe, je prends note. Et je mets la pièce dans mon téléphone. Quand arrive le moment de penser à un nouvel album, je fais jouer ma liste de lecture, et là je me laisse attraper par des pièces qui me disent : oui, ça ce serait bon comme ça, et ça comme ça. C’est intuitif et émotif.

Vincent nous a fait le plaisir de nous faire deux recommandations pour ceux et celles qui voudraient explorer ce qui se fait de plus étonnant dans la nouvelle génération d’accordéonistes :

Charles Kieny, et son band CKRAFT (trash métal avec accordéon) :

Joao Barradas, accordéoniste classique fantastique. Étoile montante :

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