Le lauréat du Concours OSM 2019, le violoncelliste canadien Bryan Cheng et le violon solo de l’OSM Andrew Wan font équipe dans un programme de la Virée classique. Composée en hommage à Claude Debussy, la Sonate pour violon et violoncelle en la mineur, M. 73 de Maurice Ravel est le plat de résistance d’un menu intimiste où l’on pourra découvrir des œuvres de la compositrice et altiste britanno-américaine Rebecca Clarke, du violoniste américain Mark O’Connor et du violoncelliste américain Mark Summer,  sans compter un extrait du Double Concerto du célébrissime Philip Glass.

PAN M 360 : Pour ce dialogue violon-violoncelle, comment le choix de Bryan Cheng a-t-il été effectué ?

ANDREW WAN : On m’a mentionné, vous savez, quelques propositions différentes de musiciens avec qui je pourrais travailler. Et quand il a mentionné la possibilité de travailler avec Bryan Cheng , j’ai sauté sur l’occasion, car j’aime vraiment la façon dont Bryan joue.  La Sonate de Ravel un morceau que j’ai joué assez souvent. Et je sais qu’il l’a jouée aussi. Et c’est un violoncelliste formidable. C’était donc pour moi une évidence. Et puis le reste du programme s’est mis en place assez facilement. Je n’avais jamais joué la pièce de Rebecca Clarke et de Philip Glass, donc j’étais heureux de les apprendre. Mais le plus important, c’est de trouver des gens avec qui j’aime jouer et vous savez, j’ai entendu parler de Bryan pour la première fois lorsqu’il a fait un solo avec l’OSM. Et c’était exceptionnel. Et j’ai juste réalisé que je voulais jouer avec quelqu’un comme lui, si généreux et authentique, un grand violoncelliste canadien. Et, en plus de cela, il semble être une très bonne personne. Je suis donc très motivé!

PAN M 360 : Parlons de la pièce principale, soit la Sonate pour violon et violoncelle en la mineur, M. 73 de Maurice Ravel.

ANDREW WAN : Avant la période de Debussy et Ravel, les compositeurs français essayaient de sonner très germanique. Et puis ils ont commencé à développer des identités distinctes en s’inspirant des musiques de partout, de l’Asie, l’Afrique du Nord et bien sûr de l’Amérique. Ils ne voulaient donc pas nécessairement sonner, entre guillemets, français. Alors cette pièce en duo  est en fait, plus j’y pense, similaire au trio de Ravel avec piano en termes de portée. Et ce qui me stupéfie, c’est que le compositeur était capable de créer autant de tension et de virtuosité, mais avec seulement deux instruments. Ainsi, chaque fois que je joue cette pièce, je m’étonne de ma propre impression de me trouver avec un ensemble beaucoup plus grand. Je sais, par ailleurs, que c’est extrêmement difficile pour le violoncelle, encore plus que pour le violon, mais le résultat demeure toujours très délicat à atteindre.

PAN M 360 : Nous avons donc au programme trois pièces en duo et deux en solo pour violoncelle.

ANDREW WAN : Oui je pense que le programme fonctionne de cette façon. Outre le fait que Bryan soit l’invité et que nous devions l’entendre dans deux pièces solos, je devais aussi préparer une somme colossale de partitions pour la Virée classique, sans compter  les autres festivals auxquels je participerai après la Virée. C’est fou!  Ce sont mes Jeux Olympiques! Alors je ne cesse de répéter avec mon iPad, je peux même pas dire combien de temps j’ai passé. Tu penses avoir attaqué  correctement la pile de partitions et il y en a encore et encore. Et j’ai aussi envie d’apprécier le jeu de Bryan sans le stress de jouer tout le concert avec lui.

Et, vous savez, je n’ai pas joué une seule note avec lui avant. Donc je ne veux pas me précipiter. Comme pour Ravel, plus tu creuses, plus ça rapporte. Juste une sorte d’interprétation excitante, pas très réfléchie, ne me semble pas destinée au genre de joueur qu’est Bryan. C’est pourquoi je veux creuser profondément cette pièce avec lui. Donc je suis reconnaissant que nous ne soyons pas en train de devenir fous et d’essayer de programmer trop de pièces.

AU THÉÂTRE MAISONNEUVE, SAMEDI 13 AOÛT, 13H30

ARTISTES ET OEUVRES

Bryan Cheng, violoncelle 

Andrew Wan, violon 

Glass, Duos pour violon et violoncelle, tirés du Double Concerto (5 min)

Rebecca Clarke, Deux pièces pour violon et violoncelle (6 min)

Mark O’ConnorAppalachia Waltz, pour violoncelle seul (4 min)

Mark SummerJulie-O, pour violoncelle seul (5 min)

Ravel, Sonate pour violon et violoncelle en la mineur, M. 73 (20 min)

Nouveau venu sur la scène classique, l’Ensemble Obiora présente deux programmes à la Virée classique. La mission de cet ensemble à géométrie variable consiste essentiellement à promouvoir des interprètes issus de différents milieux culturels afin d’accroître leur représentation dans le monde classique. De surcroît, l’Ensemble Obiora s’applique à choisir des œuvres de compositeurs de la diversité dont l’œuvre est encore méconnue ou injustement considérée.

L’Ensemble Obiora s’efforce ainsi de créer un sentiment d’appartenance chez les artistes de la diversité et d’inspirer les prochains musiciens issus des communautés sous-représentées dans la sphère classique. La direction artistique de l’OSM a saisi le message et voilà que l’Ensemble Obiora offre deux programmes à la Virée classique! 

Pour nous en parler à PAN M 360, Allison Migeon, coordonnatrice culturelle de profession,et Brandyn Lewis, contrebassiste à l’OSM (notamment), respectivement directrice générale et directeur artistique ayant tous deux fondé l’Ensemble Obiora.

PAN M 360 : Commençons d’abord par la genèse de votre ensemble.

ALLISON MIGEON : On a fait ce constat, lui en tant que musicien et moi en tant que travailleuse culturelle : un manque de diversité culturelle au sein de la musique classique. On a eu l’opportunité de le constater avec d’autres musiciens et travailleurs culturels, toujours ce même constat : trop peu de diversité. Il nous a alors semblé vraiment intéressant d’avoir un ensemble qui se concentre un peu sur ça et qui met en valeur tous ces musiciens qui existent , qui sont là et qu’on ne met pas forcément en avant. On s’est alors dit pourquoi on ne se lancerait pas dans ce projet? Et puis ça s’est fait très rapidement, nous avons contacté différents musiciens et nous avons ensuite reçu sans cesse des messages d’interprètes pour faire partie de l’ensemble. On ne pensait pas qu’il y en avait autant! On s’est aussi rendus compte que tout ce monde était dispersé mais que cette catégorie de musiciens existait réellement. Petit à petit, ça a pris de l’ampleur.

PAN M 360 : Vous avez senti le besoin de fonder un ensemble essentiellement constitué de membres de la diversité culturelle, dans un un contexte de musique classique occidentale, européenne blanche. Alors?

ALLISON MIGEON : Oui, musique classique occidentale, mais notre volonté aussi est de mettre en valeur les compositeurs issus de la diversité culturelle, qui ont été complètement oubliés dans l’histoire de la musique. Comme Joseph Bologne, qui fut un très grand compositeur et violoniste à l’époque de Mozart, et qui a aussi influencé le travail de Mozart. Aujourd’hui on en parle très peu ou on parle du Mozart noir qui est pour nous une hérésie. Alors on essaie de mettre de l’avant et faire respecter cette histoire de la diversité, ce patrimoine, et remettre au goût du jour ces compositeurs oubliés.

Bien sûr, on joue les compositeurs « traditionnels », on ne peut pas passer à côté de ces grands noms, nos musiciens adorent les jouer. Mais nous essayons toujours de mélanger dans les programmes les compositeurs que tout le monde connaît à ceux que nous désirons faire connaître parce qu’ils ont été mis sur le côté. 

PAN M 360 : On sait aussi que la grande composition afro-descendante est plus proche du jazz et autres formes musicales impliquant l’improvisation.

ALLISON MIGEON : C’est vrai, mais c’est aussi notre plaisir de faire valoir les compositeurs de tradition classique qui ont été peu mis en avant. Différents musiciens sont venus à nos concerts et nous ont dit ne jamais avoir entendu parler de compositeurs joués dans nos programmes. Ça fait partie de notre mission.

PAN M 360 : De quelle diversité s’agit-il chez Obiora?

ALLISON MIGEON : Nous avons une majorité majorité de musiciens afro-descendants , mais nous ne nous étions pas concentrés sur cela au départ. On a aussi des musiciens d’origines latino-américaine, asiatique (chinois, japonaise, coréenne), moyen-orientale ou autochtone. Et aussi des musiciens d’origine européenne touchés par notre projet et qui voulaient en faire partie. Nous acceptons toutes les compétences humaines et professionnelles. Mais les gens sont étonnés de la quantité de musiciens classiques issus de la diversité.

PAN M 360 : Créer une organisation essentiellement consacrée à la diversité, est-ce aussi une arme à double tranchant? On imagine que c’est une nécessité, à ce stade de l’histoire.

ALLISON MIGEON : Oui, absolument. On sait que des directeurs artistiques voulaient s’ouvrir sur la diversité, notamment feu le chef Boris Brott, et on sait que des gens souhaitaient des initiatives en ce sens. Parfois des gens ne comprennent pas le bien fondé d’un tel regroupement, nécessaire à ce stade de notre histoire. Nous leur répondons en faisant le parallèle avec la sous-représentation des femmes dans le monde de la musique, ou encore la communauté LGBT. Il faut que ce soit fait, il faut que les gens de la diversité se sentent inclus dans le monde classique. Ce qui n’est pas exactement le cas. Bien souvent, lorsqu’on choisit un artiste pour annoncer un programme, on choisit une personne blanche ou asiatique pour les raisons que l’on sait. C’est inconscient, mais c’est la réalité, on le voit dans la gouvernance des organisations dédiées à la musique classique.

BRANDYN LEWIS : Il y a un biais inconscient chez les organismes de la musique classique, fondé sur ce qu’ils connaissent. Ils n’ont pas de liens avec la diversité. On a déjà vu le travail de certains organismes aux États-Unis ou au Royaume-Uni, et on s’est dit pendant la pandémie qu’il fallait rejoindre tout le monde. Moi-même, je me suis trouvé souvent le seul musicien noir dans les ensembles de musique classique. Alors, nous sommes plusieurs dans l’Ensemble Obiora à avoir la même expérience. Notre force est de travailler pour la même mission.

ALLISON MIGEON : Dans cette optique également, on fait des ateliers dans des écoles de musique pour aborder le sujet. C’est ce qui permet d’ouvrir un autre regard. On le voit chez les jeunes, ils sont vraiment à l’écoute.

PAN M 360 : Parlons des programmes présentés samedi à la Virée classique: un programme pour quatuor à cordes et un programme de musique de chambre avec le saxophoniste afro-américain Steven Banks, le tout sous la direction de Rafael Payare lui-même!

BRANDYN LEWIS : Comme Antonin Dvorak (que nous allons jouer dans l’autre programme, soit le quatuor à cordes no 12), Gershwin avait compris ce que représentait la musique afro-américaine aux États-Unis. Nous sommes vraiment ravis de jouer un quatuor de Florence Price, une compositrice exceptionnelle et peu jouée. Pour l’autre programme avec orchestre de chambre, on commence avec Lyrics for Strings de George Walker (1922-2018) un des plus grands compositeurs afro-américains, il était pianiste, organiste et récipiendaire d’un Prix Pulitzer en musique. En deuxième on a Fantasia de Heitor Villa Lobos, qui intègre la musique brésilienne à la musique classique moderne. On est vraiment chanceux d’avoir pour soliste Steven Banks, très bon saxophoniste afro-américain et qui donne beaucoup de conférences sur la diversité. Il aide beaucoup à enrichir le répertoire du saxophone classique. Et il faut souligner que les œuvres seront dirigées par Rafael Payare, directeur musical et chef principal de l’OSM. C’est d’ailleurs lui qui, en décembre dernier, nous a proposé de diriger ce programme!

PAN M 360 : C’est super de pouvoir compter sur Rafael Payare!

ALLISON MIGEON : Oui! Il connaît la mission d’Obiora, il la trouve exceptionnelle. il nous soutient énormément. Nous sommes vraiment chanceux de pouvoir compter sur un tel soutien.

Beatrice Deer est une artiste « inuindie » autoproclamée et primée, originaire d’une petite localité du Nord du Québec appelée Quaqtaq. Elle est installée à Montréal depuis 16 ans et chante en anglais, en français et en inuktitut, pour partager des thèmes d’espoir, de croissance personnelle et de folklore mystique de son enfance. Son dernier album, SHIFTING, est sorti en décembre dernier, avec des membres de Land of Talk, Stars, Bell Orchestre, The Besnard Lakes et Suuns.

PAN M 360 s’est rapidement entretenu avec Beatrice Deer alors qu’elle se produisait à la 32e édition du Festival Présence autochtone de Montréal).

PAN M 360 : Je sais que l’album de 2018, My All To You, était la première fois que vous avez réellement écrit toute la musique (ainsi que les paroles bien sûr). Avez-vous poursuivi cette façon de travailler avec SHIFTING et le tout nouveau single MOTHER?

Beatrice Deer : Oui, j’ai écrit SHIFTING de la même manière que My All to You. J’ai demandé à mon amie Kathia Rock d’écrire la version française de MOTHER, car je l’avais écrite à l’origine en inuktitut. Les chansons ont été arrangées par Christopher McCarron et Mark Wheaton.

PAN M 360 : Les contes populaires inuits dont vous vous inspirez sont-ils ceux dont vous vous souvenez, de votre enfance, ou les recherchez-vous encore activement, maintenant que vous êtes adulte?

Beatrice Deer : Les contes folkloriques sont ceux de mon enfance, que j’approfondis à l’âge adulte.

PAN M 360 : Votre musique est très proche de la transe, spirituelle, et je dirais même « curative ». Pensez-vous qu’il est de la responsabilité d’un artiste d’avoir un message dans sa musique et sa plateforme?

Beatrice Deer : Oui. Un artiste choisit le message qu’il veut transmettre avec sa forme d’art. J’ai choisi de parler de guérison et d’espoir.

PAN M 360 : MOTHER parle-t-elle de votre mère ou plutôt de la forte résilience des femmes autochtones?

Beatrice Deer : La version inuktitut est très personnelle, quant à ma mère, mais la version française est pour notre matriarcat indigène en général.

La Virée classique 2022 se déploie du mercredi 10 au dimanche 14 août! L’OSM offre au public mélomane, amateur ou connaisseur, un véritable menu dégustation, pour reprendre l’expression de Marianne Perron, directrice de la programmation musicale et proche collaboratrice du maestro Rafael Payare.

Plus d’une cinquantaine d’activités gratuites, 24 programmes en salle.

La première Virée classique sous la gouverne de Rafael Payare ratisse du Grand Nord à la Terre de Feu, de l’Atlantique au Pacifique. Voilà « l’occasion de baigner dans les langues, les musiques et les cultures qui habitent le vaste territoire des Amériques depuis des siècles ». Des chants sacrés autochtones au tango argentin en passant par la culture yiddish, le spectre de l’OSM déborde visiblement le grand répertoire classique aussi ancré dans les Amériques, la Virée 2022 en marquera l’étendue.

Cette thématique des Amériques s’incarne aussi dans la cohorte de ses solistes invités : la soprano trinidadienne Jeanine De Bique, le trompettiste vénézuélien Pacho Flores, le violoniste canadien James Ehnes, le saxophoniste américain Steven Banks, ou encore le pianiste argentino-vénézuélien Sergio Tiempo, le prodige montréalais Bruce Liu.

Ainsi, la Virée classique 2022 décolle au Stade olympique sous la direction de Rafael Payare, le marathon se poursuivra jusqu’à dimanche. Découvrons-en l’esprit avec Marianne Perron, directrice de la programmation musicale à l’OSM.

PAN M 360 : Commençons par la thématique de cette première Virée classique de l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction artistique de Rafael Payare. Que voulait-il souligner d’entrée de jeu?

MARIANNE PERRON : On connaît désormais Rafael pour ses interprétations d’œuvres germaniques, russes, françaises, les œuvres du grand répertoire. On connaît aussi son intérêt pour la création, son désir de participer au développement du répertoire canadien et son ouverture aux compositeurs actuels du monde. Or, quand nous avons commencé à parler de sa première Virée, nous avons eu envie de lui donner une couleur particulière. Rafael s’est dit alors : « Nous sommes en Amérique, nous sommes au Canada, moi je suis Vénézuélien… Il y a un répertoire tellement riche dans les Amériques, du sud au nord! Alors pourquoi n’aurions-nous pas envie de plonger là-dedans? » 

Ça représente bien notre communauté, l’OSM, son chef et la communauté montréalaise. Cette sensibilité des Amériques se retrouve partout dans la programmation en salle mais aussi dans toutes les activités gratuites de la Virée où nous faisons appel à des orchestres et ensembles issus de différentes communautés.

PAN M 360 : De quelle manière tout cela s’est mis en place?

MARIANNE PERRON : Nous avons eu énormément de plaisir à plonger dans les œuvres de cette programmation gratuite et en salle. Nous avons choisi d’y présenter des compositeurs issus des Amériques, des compositeurs européens inspirés par les Amériques ou ayant immigré en Amérique tels Erich Wolfgang Korngold et Miklós Rózsa . La Virée porte ainsi cette histoire du développement des Amériques à travers les peuples qui y sont depuis toujours, par les différentes périodes d’immigration, par les métissages entre les cultures d’Europe et des Amériques, entre les cultures au sein même des Amériques. 

PAN M 360 : Cette thématique de la Virée s’exprime au-delà des œuvres, les solistes invités y sont aussi profondément liés. 

MARIANNE PERRON : Effectivement, nous avons conçu cette programmation en choisissant les œuvres et aussi les interprètes. Nous avons choisi des Canadiens, notamment le pianiste Bruce Liu, le violoniste James Ehnes ou le violoncelliste Brian Cheng. Nous avons également cette formidable chanteuse trinidadienne Janine De Bique, qui fait ses débuts à Montréal avec nous. Nous avons aussi Sergio Tiempo, pianiste vénézuélien et argentin, sans compter 

Steven Banks, le formidable saxophoniste afro-américain.Le trompettiste vénézuélien Pacho Flores, ami et collègue de longue date de Rafael Payare, également issu de El Sistema, et qui a créé le concerto au programme avec l’orchestre de San Diego dirigé par Rafael.

PAN M 360 : Le concert d’ouverture au pied du stade Olympique se veut un concentré de cette Virée classique « aux couleurs des Amériques ». Parlez-nous-en!

MARIANNE PERRON : Le concert au stade est effectivement à l’image du festival. Ce programme place les choses en quelque sorte. On commence avec un mouvement de la Symphonie du nouveau monde de Dvořák, inspirée en partie par des chants autochtones et afro-américains lorsqu’il a résidé aux États-Unis – fin du 19e siècle. Nous nous sommes posés la question, d’ailleurs : c’était alors le Nouveau Monde pour qui? Des humains étaient ici depuis plusieurs milliers d’années, alors… ça se reflète dans une poésie autochtone sélectionnée avec soin, celle par exemple de la poétesse Natasha Kanapé Fontaine. Ça s’enchaîne aussi avec Jeremy Dutcher, qui interprétera une chanson traditionnelle des Premières Nations. Nous avons aussi choisi de présenter des métissages créés en Amérique, on a par exemple les danses symphonique de West Side Story de Leonard Bernstein, connu pour son intégration de différentes cultures musicales des Amérique dans son œuvre, on remarquera aussi la présence du jazz dans l’œuvre d’André Prévin. 

PAN M 360: En somme, chaque élément de cette programmation nous parle des Amériques, en raconte l’histoire par la musique. Tout un parcours en perspective!

MARIANNE PERRON: La formule de programmes courts permet aux mélomanes de diversifier leur expérience, soit dans des petites salles qui permettent la proximité avec les artistes puis avec un grand orchestre à la Maison symphonique. On est dans un menu dégustation! Les plats sont plus petits mais on en a à profusion.

C’est de Toronto que nous vient The John Denver Airport Conspiracy, l’un des meilleurs groupes de résurgence psychédélique des années 60. Ses membres l’ont sans doute nommé ainsi en songeant à de petits hommes verts ou à des portails qui ne mènent nulle part. De fait, une page Reddit entière est consacrée aux théories conspirationnistes farfelues et de nature kubrickienne de l’aéroport international de Denver. Les membres de JDAC ont décidé d’y antéposer un « John », ce qui donne un joli nom-gigogne, un peu comme The Brian Jonestown Massacre, que JDAC cite d’ailleurs à titre d’influence majeure.

Le nom devrait vous attirer vers la salle de spectacle, mais c’est la musicalité du groupe qui vous incitera à rester. Nous avons parlé avec le bassiste et chanteur Richie Gibson, avant le concert de JDAC à L’Escogriffe ce samedi.


PAN M 360 : Pouvez-vous présenter le groupe, ses membres et comment vous vous êtes formés? Et d’où vient votre nom?

Richie Gibson : Les membres du groupe sont Cameron (guitare et chant), Jordan (batterie et chœurs), Savanna (violon, percussions et chœurs), Andrew (orgue, clavier, guitare slide et harmonica), Charles (guitare et flûte) et moi, Richie (basse et chant). Ce sont Cameron et Jordan qui ont quand ils ont formé le groupe. C’est un peu une référence humoristique au Brian Jonestown Massacre ­­(nous les aimons beaucoup), je crois, mais ça a collé et nous irons jusqu’au bout, et personne ne peut nous arrêter! (sauf la succession de John Denver, peut-être…)

PAN M 360 : Something’s Gotta Give!, votre premier album, comporte-t-il un thème central?

Richie Gibson : Le thème central est le bon vieux rock and roll des années 60. Cela peut sembler un peu cliché, mais nous voulions nous amuser avec ça et préserver l’esprit décontracté. Nous avons enregistré 16 chansons en deux jours, pratiquement en direct.

Pan M 360 : Quel est ce complot dont vous portez le nom?

Richie Gibson : Vous pouvez chercher « Aéroport de Denver » et « complot » sur Internet. Vous trouverez des trucs sur d’étranges symboles d’OVNI, des passages secrets et des œuvres d’art dans le sous-sol de l’aéroport de Denver… Jetez un coup d’œil!

PAN M 360 : On dirait que vous êtes énorme jam band à la Grateful Dead?

Richie Gibson : Nous improvisons un peu sur scène, mais pas trop… Ça dépend de comment ça se passe, je suppose! Mais oui, nous sommes très fans des Dead.

PAN M 360 : Est-ce que c’est un sitar qui produit le bourdon? Qui en joue? Est-ce facile à incorporer à votre musique?

Richie Gibson : Il y a un peu de sitar de temps en temps, mais le bourdon provient souvent de l’orgue d’Andrew ou du violon de Savanna.

PAN M 360 : Quelles sont les influences du groupe?

Richie Gibson : Nos influences sont assez vastes, car nous collectionnons tous des disques et écoutons toute sorte de musique. Pour ce qui est de notre son proprement dit, je dirais The Byrds, The Velvet Underground, Stereolab, The Kinks, puis tous ces groupes psychédéliques des années 60 comme 13th Floor Elevators, Love, Incredible String Band ou The Pretty Things.

PAN M 360 : Les hallucinogènes sont toujours synonymes de psych- et de garage-rock. Est-ce que JDAC y a recours?

Richie Gibson : Oui, parfois. Légalisez les champignons!

PAN M 360 : Il semble qu’il y ait eu un énorme renouveau du psych-rock ces 15-20 dernières années, grâce à des groupes comme Black Angels, Allah Las et ainsi de suite. Pourquoi pensez-vous que ce soit le cas?

Richie Gibson : Je dirais que tous les styles finissent par revenir. Je pense aussi que ce terme englobe énormément de trucs, dont beaucoup de groupes plutôt électro ou simplement indé ou alterno… Je suppose qu’il s’agit seulement de musique « non pop » avec éclairages trippants! (rires)

PAN M 360 : Vous avez de la nouvelle musique en chantier? Et d’autres projets?

Richie Gibson : Oui, nous avons beaucoup de démos et espérons entrer en studio pour faire un autre album, très bientôt. Nous avons quelques concerts prévus à Toronto et serons à Wolfe Island pour le festival Oscillation je crois. Merci pour l’entrevue, on a hâte de jouer à Montréal!

Natif de l’île Bizard, Domeno œuvre dans l’industrie musicale depuis plus de dix ans. Fort apprécié sur la scène internationale, il s’est attiré les éloges des plus grands DJ au monde. En effet, Hardwell, Tiësto et Afrojack ont fait jouer ses pièces EDM dans de nombreux festivals, au cours des dernières années. Méconnu du grand public, Domeno est à l’origine de nombreux succès francophones tels que Pour tout oublier avec Marc Dupré, Alleys avec Kaïn et Lies avec Zagata.

Récemment, il a lancé Afterglow, une collaboration bilingue avec Tyler Shaw et PETiTOM. La chanson bénéficie d’un rythme accrocheur et a rapidement fait son entrée dans les rotations des radios francophones. « Jusqu’à présent, je suis extrêmement content de la réception du public et des gens de l’industrie face à cette chanson », indique-t-il. En collaboration avec son gérant Patrice Laflamme, le DJ québécois vient tout juste de fonder sa maison de disque, 5 Roses Records. D’ailleurs, Afterglow est le premier titre à être publié sous cette étiquette.

Au cours des prochains moins, on doit s’attendre à entendre davantage parler de Domeno. Le Montréalais annonce qu’il lancera bientôt une chanson avec Imposs et une avec Eli Rose. Il prévoit publier de nombreuses autres collaborations d’ici la fin de l’année. Gageons que ses prochains titres tourneront sans arrêt dans les plus grandes radios francophones du Québec! Pan M 360 a discuté avec lui de sa carrière de DJ et de réalisateur, de la scène DJ au Québec et son avenir.


PAN M 360 : D’où provient votre passion pour la musique?

DOMENO : J’ai grandi à l’Île Bizard. Même si mes parents n’étaient pas des artistes, ce sont eux qui m’ont transmis cette passion pour la musique. Ma mère est québécoise et mon père est italien. Il a toujours aimé le son Motown, tandis que ma mère adorait le disco. Ainsi, j’ai toujours été exposé à différents genres musicaux. Quand j’étais petit, mon père m’offrait un 45 tours par semaine pour me récompenser lorsque j’avais été gentil. Mon amour pour la musique vient assurément de là.

PAN M 360 : Comment êtes-vous devenus DJ?

DOMENO : Lorsque j’étais adolescent, je trouvais l’art du DJing très intéressant. Ainsi, j’ai commencé à en apprendre davantage sur le sujet. J’ai commencé à jouer des chansons et à faire des edits de chansons d’autres artistes. Lorsque j’écoutais une chanson à la radio, je me disais souvent que j’aurais fait certaines choses autrement. Par exemple, je me disais que j’aurais ajouté un refrain supplémentaire ou une introduction différente. Au fil du temps, j’ai fait de plus en plus de mixage. Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à construire mes propres chansons. J’ai débuté dans la musique dance. J’ai toujours eu une certaine facilité avec le DJing. Au tout début, je regardais des vidéos de moi en tant que DJ et je trouvais que j’avais l’air d’être dans mon élément. Le DJing m’a permis de gagner en confiance. Récemment, je me suis lancé dans l’écriture et la réalisation, et j’adore ça. C’est très différent de ce que je faisais auparavant, mais je suis en mesure d’y appliquer des concepts propres au DJing.

PAN M 360 : De nos jours, est-ce qu’on comprend adéquatement le métier de DJ au Québec?

DOMENO : Malheureusement, je crois qu’on est en retard au Québec. Au début, c’était quelque chose qui me fâchait. Maintenant, je suis en paix avec ça et j’essaye de faire avancer la scène de DJ québécoise. En revanche, je pense que les radios québécoises ont beaucoup évolué au cours des cinq dernières années. L’offre musicale est de plus en plus variée et plus intéressante. On y entend de toutes les sortes de sonorités et il y en a pour tout le monde. Il y a toujours du chemin à faire, pour que mon métier soit compris davantage, et j’espère pouvoir ouvrir la porte à la prochaine génération de DJ. Je souhaite que la musique dance franco soit plus respectée et connue par le public québécois.

PAN M 360 : Quels artistes vous inspirent?

DOMENO : Je vais toujours me rappeler du passage de Daft Punk au Centre Bell, à Montréal. C’était un spectacle incroyable. Visuellement, c’était époustouflant. Le son était aussi incroyable. J’admire beaucoup ce duo français. J’ai toujours été inspiré par des artistes comme Louie Vega, David Morales et Erick Morillo. Avec le temps, j’ai écouté de plus en plus de Hardwell, Martin Garrix et Afrojack.

PAN M 360 : Comment est née Afterglow, votre collaboration avec Tyler Shaw et PETiTOM?

DOMENO : Tyler Shaw, c’est l’un de mes compositeurs canadiens préférés. Ça fait longtemps que j’écoute ces chansons et j’ai toujours su que si on travaillait ensemble, ça allait être magique. On devait publier une chanson ensemble il y a deux ans, mais cela n’a pas eu lieu. Tyler m’avait indiqué qu’il voulait vraiment qu’on travaille ensemble, donc je lui ai envoyé d’autres productions musicales. Moins d’une semaine après, il avait déjà terminé d’enregistrer. Quand j’ai écouté la chanson, j’ai toute de suite pensé à faire une version française. Je ne fais pas des versions françaises juste pour le plaisir, je dois ressentir que cette chanson va fonctionner en français. Aussi, je dois être en mesure de traduire la chanson sans affecter son intégrité. J’ai essayé avec plusieurs artistes francophones et ça ne fonctionnait pas. Il y a quelques mois, j’ai vu PETiTOM au studio d’enregistrement auquel je travaille. Je lui ai montré la chanson en lui disant que j’aimerais qu’il y enregistre un couplet. Je le connaissais déjà, car j’ai travaillé pour l’équipe de Marc Dupré à La Voix. Il a tout de suite dit oui, et il a enregistré sa partie. Aussi, Tyler Shaw a adoré ce que PETiTOM a apporté à la chanson. Jusqu’à présent, je suis extrêmement content de la réception du public et des gens de l’industrie face à Afterglow.

PAN M 360 : Avez-vous une collaboration de rêve?

DOMENO : En ce moment, je n’ai pas de collaboration de rêve. J’ai l’impression que mes grosses collaborations vont arriver plus tard dans ma carrière. En ce moment, je suis sûr que je suis en mesure de collaborer avec n’importe quel artiste québécois. J’ai l’impression que si je crée une chanson parfaite pour Charlotte Cardin, elle voudrait embarquer dans le projet. Tout commence par la chanson. Je n’aurais pas été en mesure de collaborer avec Marc Dupré avec n’importe quelle production musicale. La musique de Pour tout oublier était parfaite pour lui. Même chose pour Kaïn avec Alleys. Si je continue comme ça, je crois sincèrement que je suis en mesure de collaborer avec n’importe quel artiste. Cependant, je dois avoir LA chanson parfaite.

PAN M 360 : Pensez-vous à l’artiste avant ou après avoir créé votre chanson?  

DOMENO : Les deux sont arrivés. Par exemple, j’étais récemment en arrière-scène à un festival. J’ai fait la rencontre d’Imposs et ça a tout de suite cliqué. Nos mondes musicaux sont complètement différents et je n’aurais jamais pensé à faire une chanson avec lui. On voulait travailler ensemble, donc j’ai créé une production musicale qui se marieraient à merveille avec sa voix. Dans le cas de Pour tout oublier avec Marc Dupré, j’ai pensé à lui après avoir entendu la production musicale. Mon processus créatif diffère beaucoup et j’adore cette dynamique.

PAN M 360 : À quel genre de Domeno doit-on s’attendre, dans le futur?

DOMENO : Vous devez vous attendre à tous les genres de Domeno! Je suis à un point dans ma carrière où je crée la musique que je veux. Je vais continuer d’exploiter mon côté qui est plus festif et électronique. Aussi, je vais continuer à pousser plus loin mon côté radiophonique. J’adore la musique populaire, les bons refrains et les belles histoires. Je suis conscient que j’ai ces deux optiques musicales très différentes, mais j’ai le goût de tout faire. Je vais bientôt sortir une chanson avec Imposs et une avec Eli Rose. En ce moment, j’écris et réalise des trucs avec de nombreux artistes québécois. J’ai réalisé six ou sept chansons pour l’album de Ludovick Bourgeois. Pour le reste de l’année, je vais publier de nombreuses collaborations.

La quatrième édition du festival de musiques électroniques Illusion se tiendra du 5 au 8 août à Béthanie, en Montérégie. Cette année, l’équipe d’organisateurs passionnés voit les choses en grand et propose une expérience sensorielle unique : quatre jours de musique ininterrompue avec plus de 50 DJ programmés sur quatre scènes, des scénographies interactives, des performances, des jeux de rôle et un village éphémère. Le tout en mode DIY et écoresponsable. Pour discuter de ce retour en force après trois ans d’absence, PAN M 360 s’est entretenu avec Mokrane Ouzane, cofondateur d’Illusion.



PAN M 360 : Racontez-nous la genèse du festival Illusion, parlez-nous son ancrage communautaire, son évolution au fil des ans.

Mokrane Ouzane : Illusion est né de la rencontre entre l’OSBL communautaire Co-incidences et le collectif de musique électronique NoBassNoFun, avec cette volonté d’offrir une expérience singulière mêlant scénographie, arts vivants et technologie. Illusion, c’est aussi une communauté de passionnés aux parcours et compétences bien différentes, mais surtout complémentaires. Ici, experts et apprentis se croisent. Aujourd’hui, notre ambition créatrice se révèle un peu plus. C’est une sorte d’aboutissement pour la création de notre identité propre.

PAN M 360 : Comment décririez-vous l’expérience Illusion?

Mokrane Ouzane: En trois mots, s’évader, jouer, créer. Bien plus qu’un festival de musique, Illusion se joue entre les scènes, où les explorateurs d’un jour seront servis au terme de leurs quêtes. Pour beaucoup, c’est un retour à l’émerveillement, à la bienveillance et à une certaine innocence. 

PAN M 360 : Après Illusion 2019, vous aviez annoncé une pause. Ensuite, il y a eu les restrictions sanitaires liées à la COVID, ne permettant pas la tenue de l’événement. Que vous a permis ce moment de recul et qu’a-t-il apporté à la conception et à la création d’Illusion 2022?

Mokrane Ouzane : Ça nous a permis de nous donner plus de temps pour réfléchir au projet et d’aller plus en profondeur, au point de vue créatif. Nous avons pu faire mûrir le projet. Pour la conception, le défi a été de recréer des liens avec notre communauté. Le télétravail a démontré une certaine limite. Illusion, c’est un projet humain, on a besoin d’échanger pour s’emporter, dériver et créer. Cette pause forcée nous a aussi permis de travailler sur un autre projet : le film du projet Perspective. 

PAN M 360 : Justement, pouvez-vous parler plus en détail du projet Perspective et de la façon dont il s’articule avec le festival?

Mokrane Ouzane: Perspective est né de la volonté d’explorer un nouveau médium artistique – le récit cinématographique – et de valoriser notre communauté artistique. Celle-ci a fortement souffert des restrictions (nos festivaliers aussi, d’ailleurs). Perspective, c’est un cadeau que l’on se fait à nous-mêmes en tant que créateurs et participants de la communauté festivalière. C’est une autre belle manière de découvrir l’univers du festival.

PAN M 360 : Vous apportez un grand soin à la scénographie du festival. Où puisez-vous l’inspiration et à quoi peut-on s’attendre, cette année?

Mokrane Ouzane : Les quatre scènes représentent des univers esthétiques forts : temple antique, cité « solar-punk », taverne médiévale et oasis bohème. Je dirais que nous sommes comme des hackers, nous aimons utiliser ce qui existe et lui donner un nouveau sens. Par exemple, le monde du jeu vidéo en ligne nous inspire, tout comme le dernier album de Stephan Bodzin. En outre, on aime sublimer ce qui est vu comme utilitaire. On travaille avec des chutes de construction et on recycle nos matériaux pour les retransformer.

PAN M 360 : Vous portez une attention particulière à la réduction de l’empreinte écologique du festival. Quelles sont les pratiques écoresponsables que vous avez mises en place, depuis la création du festival et cette année plus spécifiquement?

Mokrane Ouzane : Comme depuis la première année nous avons remis en place le tri des déchets, les « écocups » et les cendriers portatifs. Cette année, les nouveautés sont la réutilisation et la transformation de la scénographie, ainsi qu’un système de compost. Nous donnons les mégots de cigarettes ramassés à l’association Mégots Zéro, qui les recycle en mobilier urbain.

Retrouvez la programmation complète du festival Illusion ici.

Formé en 2014 à Tokyo autour de la figure de Kyotaro Miula, Minami Deutsch évoque – par son nom – l’image d’une Allemagne chimérique qui aurait existé, mais qu’on souhaiterait surtout voir grandir dans le futur. Alors que l’Allemagne était séparée entre l’Est et l’Ouest au temps du krautrock des années 70, le terme Minami Deutsch, qui signifie « Allemagne du Sud », représente peut-être l’utopie kosmische intemporelle de ces musiciens hors-sol qui cherchaient à briser les murs.

D’un continuum à un autre, Minami Deutsch réussit le pari de ressusciter, cinquante ans plus tard, l’essence originelle et l’esprit affranchi de cette musique. Le secret bien gardé de la choucroute volante allemande semble bel et bien encore vivant, voire plus pertinent et nécessaire que jamais. Lors du festival Roadburn en 2018, Minami Deutsch a notamment réalisé une performance enregistrée avec le légendaire Damo Suzuki, connu pour son inimitable improvisation libératrice, qui déborde comme un flux de conscience délirant et incompréhensible. La kosmische musik n’est donc pas seulement un genre musical, mais bien avant tout un état d’esprit avant-gardiste, surréaliste et universel.

En plus de son intérêt marqué pour le célèbre rythme « motorik », Kyotaro Miula aime également s’inspirer des rythmes répétitifs électroniques de la minimal-wave et de la techno minimale pour ses remix et son projet solo Fagus Fluvialis, créant une espèce de « motorik minimal » qui vaut le détour. Tout juste avant la première partie notable du duo français Le goût acide des conservateurs, qui cherche à tirer de son profond sommeil une France qui dort au gaz, PAN M 360 a pu s’entretenir avec les guitaristes Kyotaro Miula et Taku Idemoto lors de leur passage au Supersonic à Paris pour leur tournée européenne. Même si la barrière de la langue a pu se faire sentir au cours de l’entretien, le langage cosmique, à la fois silencieux et spontané, transcende bel et bien les murs artificiels et les frontières cérébrales.

PAN M 360 : Le groupe Minami Deutsch a commencé en 2014. Comment vous êtes-vous rencontrés?

Kyotaro Miula : Nous nous sommes rencontrés à Tokyo lors d’une soirée organisée par Kikagaku Moyo. Ils organisent ces fêtes une fois par mois. Alors, Taku et moi y sommes allés une fois et le collectif a commencé comme ça. Nous répétons ensemble chaque semaine maintenant.

PAN M 360 : Vous vous décrivez comme des « fanatiques de la répétition ». Qu’est-ce que cela veut dire?

Kyotaro Miula : J’aime beaucoup la techno minimale, comme celle du DJ germano-chilien Ricardo Villalobos. En fait, j’aime aller dans les clubs et danser. Quand il y a beaucoup de cadences et de rythmes différents dans une chanson, j’ai du mal à me concentrer pour danser. J’ai beaucoup de mal avec les chansons sentimentales, comme les chansons d’amour ou les ballades. Dans la techno minimale, il peut s’agir d’une simple ligne de basse. J’aime la répétition et la constance.

PAN M 360 : Vos deux premiers albums sont spécifiquement centrés autour du rythme « motorik ». Qu’est-ce qui vous a fait aimer ce rythme et le krautrock en général?

Kyotaro Miula : À cause du kosmische! Tu peux te concentrer sur toi-même avec ce genre de musique. Le rock psychédélique du Royaume-Uni et des États-Unis est davantage pop, à mes yeux. Ce rock psychédélique allemand, si particulier, peut être plus sombre ou plus expérimental.

Taku Idemoto : Cela permet d’aller à l’intérieur (il désigne son cœur avec les deux mains).

PAN M 360 : « Chacun a sa propre imagination de ce qu’est le cosmos. » Que voulez-vous dire par là?

Taku Idemoto : La musique peut aider à avoir une vision intérieure. Tu peux te concentrer sur la lumière qui se trouve ici quand tu joues de la musique ou quand tu médites (il pointe le milieu de son front). Ou lorsque tu prends des drogues psychédéliques (rire).

Kyotaro Miula : La vision intérieure est en fait comme l’espace extérieur. L’intérieur et l’extérieur sont identiques.

PAN M 360 : Avez-vous déjà vu un objet volant non identifié?

Kyotaro Miula : Oui!

Taku Idemoto : Il était plein de couleurs, comme un arc-en-ciel.

PAN M 360 : Kyotaro, tu es parti vivre à Berlin avant d’enregistrer le nouvel album Fortune Goodies. Pourquoi as-tu décidé de vivre là-bas? Quelle en était la raison?

Kyotaro Miula : Je voulais avoir une expérience de cette ville à cause de mon intérêt pour le rock allemand. J’ai établi des contacts avec quelques artistes et musiciens là-bas. Je n’aime pas vraiment vivre au Japon, car le rock psychédélique n’est pas très populaire. Il y a trop d’hommes d’affaires, c’est tellement occupé là-bas. Je ne sais pas ce qu’ils font (rire). On n’a pas le temps de ralentir. Berlin est plus calme. J’étais dans le quartier de Neukölln, qui est plutôt un quartier populaire. Je voulais éviter les quartiers chics et les hommes en costard. Je voulais découvrir la vie et la culture allemandes. J’aime aussi les films allemands, des réalisateurs Michael Haneke et Rainer Werner Faussbinder. J’ai vu le vieux film Das Cabinet des Dr Caligari et j’aimerais regarder Metropolis de Fritz Lang.

PAN M 360 : L’illustration de ce disque a été créée par Noguchi Shimura. Il va avoir son exposition solo ありがto (« Merci à ») présentée à la galerie Yorocobito à Tokyo le mois prochain. Que pouvez-vous nous dire sur cet artiste?

Kyotaro Miula : Il est très intéressant. Je l’ai simplement découvert sur Instagram. Comme j’étais à Tokyo à l’époque, je l’ai contacté et j’ai réussi à le rencontrer. Il est plus âgé que moi, mais en même temps, j’ai l’impression que nous avons le même âge. Il a commencé sa carrière professionnelle à l’âge de 30 ans. Avant cela, il n’avait jamais montré ses œuvres à qui que ce soit. Il est très talentueux, mais c’est aussi un type assez étrange, il a passé près de dix ans sur un dessin particulier. Dans son art, j’aime beaucoup la symétrie, les motifs et la structure du dessin. Il met généralement des carrés, des cercles et des triangles. J’aime ses collages.

Taku Idemoto : Son travail ressemble à des peintures religieuses pour moi.

PAN M 360 : « Je n’ai jamais appelé ce rythme « Motorik » moi-même. Cela ressemble plus à une machine et c’était vraiment un rythme bien humain. C’est un sentiment, comme une vision, comme conduire sur une longue route ou un chemin. Il s’agit essentiellement de la vie, de la façon dont vous devez rester en mouvement, avancer et rester en marche. Se laisser entraîner par le courant, aller jusqu’au bout. » Ce sont les paroles du batteur Klaus Dinger, du groupe Neu!. Comment voyez-vous cela?

Kyotaro Miula : (Il parle en japonais avec le reste du groupe pendant un petit moment) Nous aimons ce que dit Klaus Dinger. Si vous voulez le tempo juste, vous pouvez utiliser l’ordinateur et faire de la musique informatique ou quelque chose comme ça. Un batteur vivant pense à garder le même rythme, mais c’est manifestement impossible. Lorsque vous avez de légères variations, c’est une bonne chose, nous aimons cette sensation. C’est comme être entre un robot et un humain. J’aime la répétition motorik, mais les légers changements la rendent plus humaine.

Ça fait déjà un bon moment que Polo & Pan fait partie du paysage de la musique électronique française. Formé de Paul Armand-Delille, alias « Polo », et d’Alexandre Grynszpan dit « Pan », le duo fait de la musique depuis 2013. D’ailleurs, ils ont fait paraître leur premier microalbum, Rivolta, en 2012. Depuis cette sortie, Polo & Pan n’a jamais cessé de créer et enchaîne les succès. Ils ont récemment publié sur les plateformes d’écoute en ligne From a World to Another, une collaboration avec l’artiste Jacques. Lancé il y a un peu plus d’une semaine, ce titre est teinté des sonorités aquatiques propres aux deux DJs parisiens.

Lorsqu’ils créent, les deux hommes s’inspirent d’artistes tels que Maurice Ravel, Vladimir Cosma et Flavien Berger. Ils incorporent à leurs chansons des sonorités provenant des quatre coins du globe. Depuis quelques années, les deux DJ connaissent un succès monstre à l’international. Ils ont notamment participé à des festivals comme Coachella et les Solidays. En outre, ils ont participé à la création de la bande sonore du jeu vidéo sportif FIFA 22, une réalisation prisée par les musiciens amateurs de foot.

Polo & Pan ont offert à la foule montréalaise une prestation de 60 minutes spécialement concoctée pour l’occasion, samedi soir. Les gens présents dansaient et festoyaient, visiblement régalés par le spectacle offert par les deux français. La musique qu’offre Polo & Pan est désaltérante et estivale; elle détonne de ce qu’on entend habituellement. Les deux musiciens mélangent des voix à leurs productions musicales. Un conseil : installez-vous sur le bord de votre piscine avec votre boisson préférée et entamez l’écoute d’un de leurs albums, comme Caravelle. Vous me remercierez plus tard!

Pan M 360 a causé avec le duo français de leur carrière et bien plus,quelques minutes avant leur spectacle à Osheaga 2022.



PAN M 360 : Bonjour Pan et Polo! Comment décrivez-vous votre musique?

POLO & PAN : Lorsqu’on crée, on ne se met aucune barrière. Parfois, on fait des morceaux très calmes et d’autres fois, c’est très dance. Il y a d’énormes écarts musicaux entre nos chansons. On est chanceux d’avoir cette carrière sans qu’on offre un style musical précis et défini. On dit souvent en blague que l’on crée de la « space jungle music ». La partie « jungle » représente le côté touffu et analogique de notre musique, tandis que le « space » en désigne le côté taillé, réverbéré et moderne.

PAN M 360 : Comment votre musique a-t-elle évolué depuis Caravelle, en 2017?

POLO & PAN : Il y a eu une transformation de notre méthode de travail depuis Caravelle. Lors des cinq années d’activités précédant ce projet, il n’y avait presque personne qui attendait la sortie de nos sons. Certes, on commençait à se créer une « fan base » fidèle, mais ce n’était rien comparé à aujourd’hui. Après Caravelle, nous avons commencé à être davantage en demande. On a commencé à voyager de plus en plus. On ne voulait pas arrêter de créer de la musique, donc on a trouvé une manière de continuer. Ainsi, on a commencé à faire de la musique lors de nos déplacements en avion, en train et même en bateau. On a trouvé un moyen de s’adapter. Grâce à nos ordinateurs, on était en mesure de recréer les sons que l’on créait dans notre studio. C’est vraiment ça qui a changé. Sinon, on a toujours continué à faire de la musique avec sérénité. On a toujours eu l’envie d’aller plus loin et d’amener notre carrière au niveau suivant.

PAN M 360 : Récemment, vous avez publié From a World to Another. Comment cette collaboration avec Jacques est-elle née?

POLO & PAN : On avait déjà collaboré avec Jacques par le passé, pour le morceau Jacquadi. Jacques c’est un ami de Paul depuis longtemps, on le considère comme un membre de notre famille. Il est le premier à avoir écouté nos productions musicales. C’est ce qui est beau dans nos projets, on collabore avec des personnes avec qui on est très proche et avec qui on aime travailler. Ça fait deux ou trois ans qu’on a fait From a World to Another. On avait mis ce titre sur notre projet Home Sweet Home qu’on a publié pendant le confinement. Plusieurs personnes nous demandaient de mettre la chanson sur les plateformes d’écoute en ligne. On a enfin décidé de le faire la semaine dernière.

PAN M 360 : Est-ce qu’il a été dur de vous tailler une place parmi les DJ français? 

POLO & PAN : La scène de DJ française jouissait déjà d’une bonne réputation au début de notre carrière. Il y avait une culture de rave party bien ancrée à Paris et les environs. Il y avait des DJ qui étaient déjà reconnus, comme les Daft Punk. C’était un art qui était validé par la communauté, donc on n’était pas en danger.Cependant, on a été chanceux au début de notre carrière. On a commencé à faire des sets dans un club ou le DJ n’était pas le centre de l’attention. Plusieurs vedettes venaient à cet endroit et c’étaient eux qui attiraient l’attention. Ça nous a permis de prendre des risques qu’on n’aurait pas été en mesure de prendre dans des endroits réputés. On est très fiers d’avoir pu créer quelque chose de nouveau sans que tout le monde nous regarde.

PAN M 360 : Avec les nouvelles technologies, est-ce plus facile ou plus difficile de devenir DJ aujourd’hui?

POLO & PAN : On croit que c’est plus facile de devenir DJ, maintenant, mais de plus en plus ardu d’être bons dans cette vocation. La qualité du DJing est en train de devenir de plus en plus importante aux yeux du public, car c’est accessible à tous. Ça crée davantage de compétition et ça fait ressortir le meilleur de tous.

PAN M 360 : Avec les récentes sorties d’albums dance comme Honestly Nevermind de Drake ou même Renaissance de Beyoncé, la musique dance devient de plus en plus populaire. Que pensez-vous de cette vague d’amour pour ce genre musical?

POLO & PAN : Quand un grand artiste prend ce genre de risque musical, c’est certain que ça incite de nombreux artistes à faire pareil. En fait, ça ne nous fait ni mal ni bien. On est contents que ça permette à des auditeurs de découvrir la house des années 1990 et 2000. C’est un courant qui revient et ça va durer un certain temps. On respecte totalement le délire! Ça fait longtemps qu’un nouveau style musical a été créé. Il y a eu l’invention de la guitare électrique, le rock, le sampling et la musique technologique, et dans les dernières années, plus rien. Ainsi, les artistes n’ont pas le choix de mélanger les styles musicaux afin de s’exprimer différemment. Maintenant, tout le monde fait ça. De plus, les artistes s’inspirent de plus en plus de la musique du passé. C’est nécessaire de le faire pour que notre musique ne s’essouffle pas au fil du temps. Un bel exemple, c’est Kate Bush. Elle est au sommet des palmarès avec Running Up That Hill (A Deal with God) grâce à la série Stranger Things. On est heureux pour elle, elle le mérite. Tant mieux si ces choses-là redeviennent populaires. 

PAN M 360 : Par le passé, vous êtes venus plusieurs fois à Montréal et au Québec. Quelles sont vos impressions de la ville?

POLO & PAN : On adore Montréal, on est de grands fans. Chaque fois qu’on vient en visite, on se régale. La première fois qu’on est venu au Québec il y a cinq ans, on s’est fait des amis. On mangeait dans un restaurant et ils sont venus s’asseoir près de nous et on a commencé à discuter. Depuis, ils sont nos guides et nous ont fait découvrir Montréal. Ils nous ont amenés au casino, dans un cabaret de jazz, dans des restaurants, au karaoké, bref, partout! On adore Montréal.

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de vous dans le futur?

POLO & PAN : En ce moment, on a constamment le pied à fond sur la pédale et on crée sans cesse. On doit trouver comment présenter ces morceaux à nos auditeurs. On a plein d’envies musicales et on n’arrête jamais. D’ailleurs, on a un nouveau projet qui devrait paraître la semaine prochaine!

PAN M 360 : Merci beaucoup Polo et Pan, bon concert à Osheaga!

Photo : Philippe Chayer.

L’auteure-compositrice-interprète est née à Montréal et a étudié la musique à Londres. Elle s’est fait connaître avec son premier projet solo Runs In Mi Blood en mai 2019. Son titre du même nom a atteint le 3e rang du Palmarès ADISQ, quelque temps après sa sortie. Aussi, elle a été élue l’artiste du mois IHeartRadio en juin 2019. La Montréalaise mentionne qu’elle adore les sons des Caraïbes et que « sa musique est teintée d’une influence afro-américaine et latine. »

En octobre dernier, elle a publié son album Sweatin’ Gold. Composé de douze titres, son projet valse entre le R&B, la soul et la pop. On y retrouve trois collaborations, dont le titre Pass Me By avec l’étoile montante montréalaise Zach Zoya. Avec les chansons Own Lane et What I Own, Odreii démontre l’étendue de son talent et sa voix envoûtante.  Le 4 juillet dernier, elle a réalisé la première partie du spectacle de Masego au Mtelus, dans le cadre du Festival international de Jazz. « C’était incroyable et j’ai adoré mon expérience », indique-t-elle, le sourire aux lèvres. Par le passé, elle a participé à de nombreux évènements dont Osheaga, le festival Mural et le festival des Montgolfières. Odreii a récemment publié son nouveau vidéoclip pour sa chanson Killin It, réalisé par Dan Lemoyne.

Pan M 360 a causé avec elle de sa carrière musicale, de son album Sweatin’ Gold et de son processus créatif.



PAN M 360 : Comment décrivez-vous votre musique?

ODREII : Ma musique est pour les gens qui veulent danser et se sentir puissants. C’est un moyen pour moi d’exprimer mes émotions et mes pensées. J’écoute et je m’inspire de plusieurs genres musicaux différents. J’affectionne particulièrement la musique des Caraïbes. J’aime ajouter des percussions à mes chansons. Aussi, ma musique est teintée d’une influence afro-américaine et latine. Plusieurs rythmes cubains se retrouvent dans mes chansons. D’ailleurs, j’ai habité à Cuba pendant quelque temps.

Ensuite, j’aime énormément les langues. Je parle cinq langues soit le français, l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le russe. Depuis que je suis petite, mon rêve est d’apprendre toutes les langues du monde. On pense toujours que l’on doit chanter dans une seule langue, mais je crois que c’est possible de chanter en plusieurs langues et d’avoir du succès. Vous allez peut-être m’entendre chanter en russe prochainement, qui sait.

PAN M 360 : Avez-vous un mode opératoire lorsque vous créez?  

ODREII :  Parfois, j’arrive au studio d’enregistrement avec un carnet rempli d’idées et je suis prête. Quand plusieurs personnes sont impliquées, j’aime ça être préparée.  D’autres fois, je laisse ma créativité me guider et j’observe où ça me mène. Ça me permet d’œuvrer sans pression et de donner vie à des idées vraiment originales. J’essaye de produire à mon rythme et de prendre soin de ma santé mentale. Donc pour répondre à ta question, je n’ai pas vraiment de méthode de création précise, ça change souvent!

PAN M 360 : Il y a un peu moins d’un an, vous avez publié votre premier album Sweatin’ Gold. Parlez-moi un peu de cette expérience.

ODREII : C’était vraiment très bien. Au début, j’écrivais des chansons ici et là sans réellement vouloir créer un album. Plus je rédigeais, plus je voyais qu’un thème se répétait. Mon équipe l’a aussi remarqué et m’a proposé de faire un projet avec ces chansons. Je parlais beaucoup d’estime de soi et de valorisation personnelle. Bien évidemment, ça tournait autour du féminisme, mais ça s’appliquait à tout le monde. J’écrivais aussi sur le fait que je veux maîtriser de ma vie et faire mes propres choix. J’ai adoré l’expérience et le produit final.

PAN M 360 : Vous avez récemment fait la première partie du spectacle de Masego au Mtelus. C’était bien?

ODREII : C’était incroyable et j’ai adoré mon expérience! C’était une soirée inoubliable. J’ai essayé d’offrir à la foule quelque chose qui déborde d’énergie. J’espère vraiment que les gens dans la salle ont apprécié ma présence. 

PAN M 360 : Vous êtes capable de chanter et de faire du rap. À quoi doit-on s’attendre de vous dans le futur?

ODREII : Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Peut-être que je vais explorer dans le jazz, le blues ou le hip-hop. Je vais suivre mes inspirations et mes émotions. Je suis une grande admiratrice de Hanz Zimmer et Tim Burton. J’aimerais incorporer de leur art au niveau visuel ou instrumental. Aussi, j’adore la guitare électrique donc je vais assurément en ajouter dans ma musique. Aussi, j’adore Erykah Badu et je vais m’inspirer d’elle dans le futur. Je vais continuer à m’exprimer dans ma musique, c’est certain.

PAN M 360 : Est-ce que vous allez sortir un projet bientôt?

ODREII : En ce moment, je travaille avec de nombreux artistes hispanophones. J’ai aussi un autre album qui va sortir prochainement. Cependant, plusieurs collaborations vont voir le jour avant la publication de mon deuxième album. Restez à l’affût!

Photo : Canadian Music Week.

Si on mettait en ordre d’importance les groupes de rock indé canadien de la dernière décennie, Arkells, de Hamilton, serait tout près du sommet. Depuis ses débuts en 2007 avec le microalbum Deadlines, puis l’album Jackson Square en 2008, Arkells n’a cessé de dominer les palmarès des radios de musique indépendante. Pendant la pandémie, le groupe a lancé un recueil acoustique de vieilles chansons et un tout nouvel album en 2021, intitulé Blink Once.

En septembre prochain, les Arkells en feront paraître la deuxième partie, Blink Twice. Le chanteur Max Kerman nous assure que ces deux albums Blink sont destinés à être écoutés comme une seule œuvre, un album double si vous voulez. Nous nous sommes entretenus avec Max avant le concert d’Arkells à Osheaga, pour parler de futur album, ainsi que de la nécessité de préserver la « fraîcheur » du son d’Arkells et de collaborer davantage, dans le domaine de la musique rock indé.


PAN M 360 : Votre concert à Hamilton en juin s’annonçait comme l’un des plus importants; il a été reporté plusieurs fois, n’est-ce pas?

Max Kerman : Oui, il y a eu beaucoup d’arrêts et de reprises… Nous avons fait quelques concerts l’été dernier à Toronto, sur la scène Budweiser, pour relancer la musique en direct. Et puis, tu sais, les choses se sont arrêtées à nouveau pendant l’hiver. Et puis nous avons fait quelques tournées américaines au printemps et quelques concerts en Ontario. Et notre grand spectacle à Hamilton a eu lieu à la fin du mois de juin, et on a fait quelques trucs pour la fête du Canada en Colombie britannique, mais oui, j’ai l’impression qu’on est revenus à des bases solides. Nous serons bien sûr à Montréal à la fin du mois, pour Osheaga, et nous allons faire une tournée européenne après ça. Donc, ça fait du bien de travailler à nouveau.

PAN M 360 : Et qu’est-ce que ça fait de jouer à nouveau, avec ce niveau d’incertitude au fur et à mesure que la pandémie avance et se stabilise?

Max Kerman : On ne doit pas trop y penser, ça pourrait nous rendre fous! D’une certaine manière, il faut faire confiance aux experts et écouter leurs bons conseils. Et espérer qu’on puisse faire notre boulot, c’est-à-dire sortir et divertir les gens.

PAN M 360 : Vous avez publié l’album Blink Once, puis Blink Twice sortira en septembre. D’où est venue cette idée d’album double?

Max Kerman : Hmmm, bonne question. Je pense que nous avions l’intention de lancer Blink Once en 2020. Et puis la pandémie est arrivée, nous avons regardé autour de nous et nous avons remarqué que tant de nos artistes préférés et les groupes de nos amis mettaient la musique de côté, puisqu’il n’y avait plus de tournées; tous leurs efforts étaient en vain. C’est comme si ça s’était évaporé, parce que les tournées font tellement partie de l’expression de la musique. On a donc mis Blink Once en attente et on a fait un album acoustique. Et on a continué à écrire de nouvelles chansons. Donc quand on a lancé Blink Once en 2021, on a toujours su au fond de nous qu’on créerait encore de la musique. Et que ça aiderait aussi à amorcer le cycle de l’album, puis à faire en sorte que la musique soit actuelle, nouvelle et emballante. Et nous avons fait une sorte d’accroche à la Taylor Swift où la dernière chanson de Blink Once, qui est un « outerlude », est en fait le début la première chanson de Blink Twice.

PAN M 360 : L’idée est donc de les passer en boucle comme un double album?

Max Kerman : C’est le but! Je pense qu’on aura l’impression qu’il s’agit d’une seule œuvre. Il y a beaucoup de musique qui sort en ce moment. Et je pense que nous sommes d’avis que, si les chansons vous rendent enthousiastes, vous n’avez pas besoin d’attendre deux ans et demi entre les cycles d’enregistrement. Si quelque chose vous enthousiasme, vous pouvez le faire paraître.

PAN M 360 : Et vous avez de nombreux artistes invités sur le prochain album de Blink Twice : The Cold War Kids, Tegan and Sara, Lights, Aly & AJ, et Cœur de pirate. Est-ce la pandémie qui vous a donné le temps de collaborer avec autant d’artistes?

Max Kerman : Je pense que la pandémie nous a donné beaucoup de temps pour réfléchir à ce que nous voulions faire, à l’avenir, et à la façon dont nous voulions évoluer et essayer de nouvelles choses. Et je pense que lorsqu’on regarde les autres genres, que ce soit le hip-hop, la musique électronique ou la musique pop, il y a beaucoup plus de collaborations. On a l’impression de ne pas pouvoir le faire aussi souvent dans le rock, non? Alors, pourquoi ne pas le faire? On a donc commencé à contacter des amis. Et on avait en tête certaines chansons qui, selon nous, pouvaient convenir à certaines voix. Et oui, c’était vraiment amusant. Et pour nous, ça signifie faire de la musique qui n’est pas seulement conçue pour ma voix. C’est incroyable de réécouter la musique qu’on a faite et d’entendre une autre voix dessus. C’est comme si j’étais fatigué de ma voix; je chante toujours tout!

PAN M 360 : Nous aimons évidemment Cœur de pirate au Québec. Comment était-ce de travailler avec elle sur Dance With You? Et de chanter en français?

Max Kerman : Bon, je dirais que mon accent français n’est pas génial et j’ai travaillé très dur pour essayer de le rendre acceptable! Les gens au Québec et de la France peuvent me dire si j’y suis arrivé… ou pas. Et oui, cette chanson est très différente de la plupart de nos autres productions. C’est vraiment passionnant. Et on voulait des voix féminines qui sonnent bien ensemble. Donc, avoir des sœurs qui chantent sur l’album, Aly & AJ, c’était parfait. J’ai écouté beaucoup de musique en français pendant la pandémie. C’était assez amusant, le matin, d’écouter du vieux folk en français pendant que je lisais le journal. Et je me suis dit « Pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose où il y aurait un couplet en français et un couplet en anglais? ». Nous avons alors contacté Béatrice (NDLR : Cœur de pirate). Et elle a écrit des paroles incroyables en peu de temps, puis nous l’avons fait chanter avec nous. Et encore une fois, il s’agit d’une sorte de découverte personnelle, c’est-à-dire évoluer et ne pas faire la même chose qu’avant.

PAN M 360 : Et cette chanson est en mode « Motown funk ». La première fois que je l’ai écoutée, je n’étais même pas sûr que c’était Arkells!

Max Kerman : C’est ce que nous voulions! Nous voulions que les gens l’écoutent et se disent « Oh, c’est Arkells? C’est fou! »! C’était vraiment ce que nous visions, une sorte d’ambiance disco, quelque chose qui soit électronique et dansant. Nous faisions référence à Daft Punk ou Justice, vous savez, dans certains éléments de la production. Mais aussi cette sorte de son dansant des années 60 et 70.

PAN M 360 : Il y a un extrait où vous racontez une rencontre avec quelqu’un dans un aéroport, je crois? C’est « Tu travaillais au Japon ». Est-ce une rencontre inventée ou réelle?

Max Kerman : C’est fictif. L’idée était de rencontrer des gens de différents endroits. Je ne suis jamais allé à Paris. Mais je me suis dit, si je suis à Paris et que je rencontre quelqu’un qui s’en va au Japon, ça crée tout ce monde imaginaire.

PAN M 360 : Je suppose que c’est une chose vers laquelle les gens tendent, pendant cette pandémie.

Max Kerman : Exactement. Je pense qu’on doit mettre un peu de fantaisie dans nos vies, car nous espérons ne pas rester coincés.

King Hannah est un duo de Liverpool, au Royaume-Uni, qui s’est formé un peu avant que la pandémie ne pointe sa vilaine tronche. Le duo vous accroche de manière presque surnaturelle à ses chansons, qui exhalent un peu de shoegaze des années 1990 à la Mazzy Star et Lush, ainsi que des arômes de Springsteen et The War on Drugs.

Le plus récent album de King Hannah, I’m Not Sorry, I Was Just Being Me, pourrait se révéler le succès le plus inattendu de 2022. Il est porté par les textes ensorcelants et empreints de vulnérabilité d’Hannah Merrick, qui racontent des situations et des histoires de tous les jours, et par les paysages sonores que crée Craig Whittle à la guitare. Après des débuts modestes, le duo gagne de plus en plus de reconnaissance de part et d’autre de l’Atlantique, depuis qu’il a été découvert et soutenu par des gens comme Sharon Van Etten en 2019.

Avant leur prestation à Osheaga, nous avons parlé avec Merrick et Whittle de leurs débuts et de la sentimentalité honnête qu’ils mettent dans tout ce qu’ils font.


PAN M 360 : Comment King Hannah s’est-il formé et d’où vient le nom?

Craig Whittle : Nous nous sommes rencontrés lorsque j’ai commencé à travailler dans un bar où Hannah travaillait déjà. Je l’ai reconnue, car je l’avais vue se produire lors d’une soirée universitaire quelques années auparavant; elle m’avait époustouflé par sa voix. À partir de là, nous sommes devenus de très bons amis et nous avons commencé à faire de la musique ensemble.

Hannah Merrick : J’avais le nom en tête bien avant de rencontrer Craig. Et il l’a adoré et a trouvé qu’il nous allait si bien, alors on l’a gardé. J’aime l’idée d’être cette forte présence féminine, à laquelle on accole un titre masculin. Le genre de truc dont les gens se souviennent, potentiellement controversé et propice aux discussions… comme maintenant!

PAN M 360 : Les paroles de plusieurs des chansons de I’m Not Sorry, I Was Just Being Me sont si incarnées et personnelles. Dans Go-Kart Kid (Hell No) et A Well-Made Woman, par exemple, j’ai l’impression d’observer des extraits de la vie d’une personne. En fait, Go-Kart Kid (Hell No) m’a vraiment rappelé Dry Cleaning, vos collègues du sud de Londres. A-t-on déjà fait cette comparaison?

Hannah Merrick : Non, c’est une première!

PAN M 360 : Hannah, n’avez-vous jamais peur d’y aller trop personnellement dans vos textes?Hannah Merrick : Non, pas du tout. Je fais ça depuis trop longtemps pour me soucier de ce que les autres pensent. Puis, c’est en écrivant des histoires vraies que je trouve l’amour du métier et la motivation. Je ne le ferais pas autrement.

PAN M 360 : C’est vraiment un album fantastique, un mélange parfait de shoegaze des années 90 et d’americana ténébreuse. Aviez-vous discuté de ce mélange de genres ou des sentiments que vous vouliez exprimer?

Hannah Merrick : Merci beaucoup! Non, pas vraiment. Nous avons fait l’album chanson par chanson, donc pendant que nous enregistrions et mixions une chanson, j’écrivais la suivante chez moi, dans ma chambre. Nous n’avons donc jamais discuté des sentiments, des styles ou de ce dont les chansons devaient parler. Heureusement, nous savions exactement ce que nous voulions comme son, juste en écoutant nos groupes préférés. Nous avons donc puisé des idées dans ces œuvres. C’est mille fois plus facile de faire un album quand on veut le même résultat.

Craig Whittle : Je pense que nous sommes par défaut des personnes très sentimentales et émotives. Donc je pense que cette chaleur transparaît vraiment dans l’album, ce que j’adore. Comme Hannah l’a dit, nous savons tous les deux que nous recherchons le même son et la même émotion, dans la musique. Ça rend les choses beaucoup plus simples, quand vient le temps de prendre de grandes décisions.

PAN M 360 : J’écoute beaucoup de shoegaze instrumental ou de post-rock, donc les guitares « fuzzy » me plaisent beaucoup. Pensez-vous qu’elles ont autant de pouvoir pour transmettre un sentiment que des paroles, par exemple?

Hannah Merrick : Absolument!

Craig Whittle : Oui, absolument. Je déteste l’idée de faire un solo de guitare, parce que ça me semble tellement complaisant et je ce n’est pas du tout mon genre. J’aime toutefois les longues pièces instrumentales et j’essaie d’imaginer les partitions de guitare comme de petits moments qui font ressortir certaines émotions ou tensions, dans la musique. Et qui fournissent un espace ou un cadre dans lequel les paroles d’Hannah peuvent exister.

PAN M 360 : The Moods That I Get in comporte tellement de couches. Vous arrive-t-il de vous en servir pour expérimenter ou improviser, sur scène, ou dans une autre chanson?

Hannah Merrick et Craig Whittle : Nous n’improvisons pas à proprement parler, nous nous en tenons généralement à la même chose. Par contre, mais nous étirons parfois les fins de chansons, quand nous le voulons. Nous avons complètement refait les arrangements de Big Big Baby, c’est complètement différent en concert.

Hannah Merrick : J’adore jouer avec les mélodies vocales aussi, surtout dans Moods et Go-Kart Kid, car il y a tellement de place pour le faire.

Craig Whittle : Parfois, nous faisons durer les chansons plus longtemps quand nous le jugeons opportun. J’essaie vraiment de modifier les partitions de guitare sur scène, pour garder un sentiment de spontanéité, car c’est ce que j’aime lorsque j’assiste à des concerts.

PAN M 360 : Il n’y a pas de thème sur l’album, mais il y a beaucoup de références à la nostalgie d’une époque. Est-ce que vous ressentez toujours cette nostalgie?

Hannah Merrick et Craig Whittle : Ça, c’est sûr. Puis, nous avons hâte de vous voir tous et de jouer à Osheaga!

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