Cet enfant du Québec, né à Trois-Rivières, a présenté en avant première son nouvel album Begin Within, pour sa première parution au Festival Mutek 2022, au MTELUS, vendredi dernier, pour le programme de la soirée Nocturne 3, qui accueillait aussi la fantastique Cora Novoa et le génie Luke Slater. 

Au croisement de la musique contemporaine, de la techno sombre et  de l’ambient hypnotique, Nicolas Bougaïeff est un compositeur aux multiples talents, au large éventail de techniques de production et, qui plus est, un individu cherchant toujours à partager son érudition. 

Il est invité par les plus grands clubs techno européens comme le Berghain ou le KitKatClub. Il se produit en Israël, en Pologne, en Angleterre. Il partage la scène avec Richie Hawtin, Daniel Miller, Anna, FJAAK, Ben Clock, Blawan. Il crée des logiciels et des applications. Il enseigne la musique électronique dans sa propre école. Vous aurez saisi que Nicolas est un érudit de la musique. 

Plus connu pour sa techno faite de noirceur, de rythmes décadents  et monolithiques, il multiplie les ambiances dansantes à couper le souffle.  Dans le contexte de MUTEK 2022, il revenait  à Montréal, chez lui au Québec, avec un nouveau concept: l’album Begin Within, dont la sortie est prévue en novembre prochain. L’album est toujours aussi noir, cette fois-ci avec une autre approche.
Pour lui, « c’est un nouveau décollage » qui  consiste  dévoiler une part de son intimité. Terrorisé de devoir partager une proximité avec l’autre car cela l’amène à sa propre vulnérabilité, Nicolas s’dst néanmoins confié à PAN M 360.

PAN M 360: Nicolas Bougaïeff est réputé pour sa techno sombre et dansante, mais pour ta première performance à MUTEK, tu as choisi de présenter en avant-première ton nouvel album Begin Within, sortie prévue en novembre, qui lui est plutôt électro-expérimentale chanté. Raconte-nous la genèse de ce nouveau projet. 

NICOLAS BOUGAÏEFF: J’ai composé ce nouvel album en réaction à des états d’âme, des sensations très floues…très fortes…qui m’ont suivi et terrassé pendant des années, en fait. Je me sentais emprisonné dans des cadres. Cet album est le fruit de quelque chose qui grandissait en moi depuis longtemps. J’ai de nombreuses peurs à exorciser…

PAN M 360: Quand tu parles de peur, peux-tu me préciser quelles sont-elles précisément? Qu’as-tu voulu extérioriser ?

NICOLAS BOUGAÏEFF:  J’en ai vraiment beaucoup! (rires) Celles qui m’empêchent de fonctionner est celle de l’intimité, de l’honnêteté et de la vulnérabilité. Il n’y a rien d’innovant dans ce que tu dis, peut être, car c’est une expérience humaine qui est commune à nous tous, je crois. En ce qui me concerne, c’est la frayeur de l’autre et de l’intimité qui pourrait en découler, ainsi que de s’exposer honnêtement. 

PAN M 360: Penses-tu que cet album est le plus personnel ou intime que tu ais fait jusqu’à présent?

NICOLAS BOUGAÏEFF:  Toutes mes compositions musicales sont très personnelles. J’y mets de ma personne, mais, avec Begin Within, c’est définitivement intime. Intime, à la fois, dans la composition musicale et le choix des titres ainsi que les textes. 

PAN M 360: Si on compare ton album Deckalog , techno sombre, dansante, monolithique,  sortie très récemment, et l’album Begin Within à venir, le contraste musical est très fort. Cependant, connaissant ta formation et ton parcours, ça me semble plutôt cohérent. En tout cas, définitivement, la noirceur demeure  présente mais sous un autre angle musical. La nouveauté est l’apport de ta voix sur tous les titres. Pour moi, poser sa voix, c’est donner une part de son humanité. Comment as-tu vécu cette expérience du chant?

NICOLAS BOUGAÏEFF:  Je n’ai jamais travaillé ma voix et jamais pris de cours de chant. J’ai travaillé avec un nouvel instrument que je ne maîtrisais pas du tout et cela m’a aidé à ce que ce soit encore plus intime car j’y suis allé de manière naturelle, sans réfléchir. Je me suis donc concentré sur l’intimité et l’émotivité. Je me suis totalement mis à nu. Ne pas pouvoir me cacher derrière des aptitudes professionnelles de chanteur m’a fait me sentir très libre, plus libre que lorsque je compose.

PAN M 360: Comment penses-tu que le public va recevoir cette nouvelle performance?

NICOLAS BOUGAÏEFF:  Pour moi, c’est un nouveau décollage. Je sais que les gens me connaissent plus pour la musique de club ou de rave, mais je ne veux pas anticiper sur le ressenti du public. Je laisse les gens faire ce qu’ils veulent de ma musique. Cependant, au fond de moi, j’espère que les gens vont être transcendés par ma musique et toucher par l’intimité que je veux partager avec eux. 

PAN M 360 : Originaire de Trois-Rivières, tu as fait des études en musique d’abord classique à l’université McGill et au Conservatoire de  musique de Montréal, puis tu as obtenu un doctorat en techno minimale. Ne trouvant pas un espace suffisant à Montréal pour évoluer dans ton domaine, tu es parti vivre à Berlin, en 2005. Ton premier appartement était juste à côté du mythique Berghain. De là est née ta révélation et ta carrière s’est épanouie naturellement. Ta musique, me semble, le reflet de toute cette longue et riche expérience. Saccades et Paroxysmes, enregistrement paru en mars 2022 sur ton label Denkfabrik,se veut une expérimentation entre texture électronique et l’improvisation d’une pianiste française, Justine Ekhaut.  Définitivement techno, ton premier album acclamé, The Upward Spiral , est lancé sur l’étiquette Mute en 2020,Mon ressenti est que ton éclectisme est une suite logique de mûres réflexions et d’un processus d’intellectualisation de ta pratique. Ta techno est hyper raffinée, hyper efficace. Qu’en penses-tu?

NICOLAS BOUGAÏEFF:  Merci beaucoup. Ça me touche…Mon voyage dans la techno a été un exercice d’intégration, en fait. J’ai un éventail de techniques qui me permettent d’appliquer différentes méthodes de composition musicale de manière large. J’ai vécu ça comme une façon de m’immerger totalement dans la culture techno berlinoise. Berlin a été naturellement accueillante avec moi. J’ai eu la chance de sortir ma musique sur différents labels, de jouer dans de nombreux clubs et de rencontrer des artistes qui m’ont fait confiance. Je me suis nourri de toute cette atmosphère pour travailler ma musique. J’aime repousser mes limites le plus loin possible et je jongle avec les règles. 

PAN M 360 : Tu as eu la chance de collaborer avec Richie Hawtin en fondant l’entreprise de création logicielle Liine en 2010 et l’appli MIDI/OSC Lemur. Puis, tu as fondé la Berlin Academy of Electronic Music. Quand, je disais précédemment que tu intellectualisais ta musique, c’est aussi en lien avec ces projets. Nous sommes dans un cercle vertueux: artiste, développeur d’outils de production et enseignement. J’aimerais savoir ce qui t’a mené à développer ces outils que tu as commercialisés avec succès et cette idée d’école de musique. 

NICOLAS BOUGAÏEFF:  Pour moi, ce sont des grands grands thèmes! Moi, je voulais apprendre la musique de A à Z, être le plus érudit possible sur tous les aspects de la musique. Je sais qu’il est difficile d’être un expert dans tous les domaines, mais j’avais soif de savoir. Je n’ai jamais fait harmonie jazz et ça sera mon prochain défi. Mais, j’ai brassé un maximum de savoir sur les concepts de la musique, son histoire, sa pratique, les différents styles etc.. Les outils développés avec Liine résultent d’un concours de circonstance car c’étaient des outils que j’avais créés pour ma propre pratique musicale. Puis, un collègue avait découvert ce que je faisais et m’a mis en contact avec Richie (Hawtin) qui a été conquis par l’outil. À cette époque, j’avais peu de concerts à mon actif. Et ce fut, effectivement, une grande porte ouverte pour la suite des choses. En ce qui concerne, mon école de musique c’est le fruit d’un processus naturel pour moi. Je suis enseignant depuis plus de 15 ans. Mon envie était de pallier au manque d’enseignement et de formation concernant la musique électronique. Quand j’étais jeune, il était très rare d’avoir des cours sur ce domaine musical contrairement à d’autres styles de musique. Il faut savoir aussi que je suis issu d’une famille d’enseignants, donc j’ai toujours été immergé dans ce milieu. Pour moi, ça fait partie du jeu. On reçoit et on donne. 

Avec plus de trente années très prolifiques au compteur, Luke Slater appartient à la catégorie poids lourds de la techno. Pionnier du genre en Grande-Bretagne, il a développé au fil des années de nombreux alias lui permettant d’explorer les recoins de sa créativité. MUTEK l’a d’ailleurs invité sous le nom de LB Dub Corp (jeudi, 25 août) à l’Esplanade tranquille et il jouera en live ce vendredi au MTELUS sous son pseudonyme le plus connu, Planetary Assault Systems. Attendez-vous à une masterclass de techno sombre, froide et atmosphérique.

PAN M 360 : Vous souvenez-vous de la première fois où vous êtes venu à Montréal ? 

LUKE SLATER: Vous savez quoi, oui ! Et je vais vous dire pourquoi. Aussi fou que cela puisse paraître, hier matin, je me suis levé à 6 heures du matin à cause du décalage horaire, alors je suis allé me promener. Et je suis allé à la Place des Arts et en chemin j’ai repéré cet endroit appelé Eggspectations… Je pense que c’était en 1995, j’avais fait un concert ici et après le concert, il était 6 ou 7 heures du matin, ils m’ont emmené à Eggspectation et je n’ai jamais vraiment su si c’était à Montréal ou Toronto ou ailleurs. Je me tenais juste là, « c’est ici ! Eggspectation est toujours là, je suis toujours là ». Je ne suis pas allé manger d’oeufs, mais j’étais content de voir que c’était encore là. 

PAN M 360 : Vous connaissez donc la ville depuis longtemps. Y a-t-il quelque chose de spécial pour vous ? 

LUKE SLATER: Je pense que c’est assez unique par rapport à ce que j’ai connu, à cause de la culture française. Cette sorte de mélange où, culturellement, j’ai toujours pensé que c’était vraiment intéressant, comme si je n’avais jamais réussi à mettre le doigt dessus. Pour moi, ça n’a jamais été un endroit régulier où jouer, où tu vas jouer et où tu connais le public, comme « c’est un public de rave », etc. Chaque fois que je viens ici, je me dis « OK, qu’est-ce que ça va être cette fois-ci », et c’est une bonne chose.

PAN M 360: Alors une sorte d’imprévu ? 

LUKE SLATER: D’une certaine manière, oui, il faut garder l’esprit ouvert. MUTEK en est un très bon exemple. Le festival lui-même a toujours, d’après ce que j’ai vu, sélectionné de la musique culturellement intéressante et c’est inspirant, au point que, dans le monde entier, les gens connaissent le festival. 

PAN M 360 : Pendant MUTEK, vous jouez avec deux monikers différents et vous en avez pas mal d’autres, cela semble beaucoup ! 

LUKE SLATER: Oui, j’essaie de m’en défaire lentement, c’est beaucoup à gérer. La nuit dernière j’ai fait un plutôt un set house avec LB Dub Corp, et ce soir je joue live avec Planetary Assault Systems. Je peux passer de l’un à l’autre très facilement. Avec 7th Plain ça devient un peu plus compliqué, c’est un autre état d’esprit. Je pense que l’idée d’avoir plusieurs alias a commencé parce que j’écrivais tellement de musique, j’avais besoin de tout séparer. Après un certain temps, j’ai commencé à sortir sur différents labels, puis j’ai attribué chaque pseudonyme à un label, et ensuite il s’est avéré que ces labels en voulaient plus. J’ai donc dû penser à écrire d’une manière qui soit fidèle à chacun d’entre eux, ce qui a fonctionné pendant un certain temps, mais qui a fini non pas par un désastre mais par être tout simplement ridicule, en essayant de satisfaire tout le monde.

PAN M 360 : Vous jouez dans deux contextes très différents pendant MUTEK :d’abord en extérieur à l’Esplanade Tranquille et au MTELUS le lendemain, tard dans la nuit. Comment le contexte dans lequel vous jouez et mixez appelle-t-il l’un ou l’autre des deux noms ?

LUKE SLATER:  Avec LB Dub Corp, je ne fais pas beaucoup de DJ sets. C’est un peu comme une vie heureuse avec un projet parallèle. Lorsque je suis booké avec cet alias, je regarde avec attention les lieux où on veut me faire jouer parce que les gens ne me connaissent pas très bien sous le nom de LB Dub Corp et il y a quelques années, j’ai fait des sets LB Dub Corp lors d’un événement techno dans un entrepôt, les gens ne comprenaient pas pourquoi je jouais de la house. Depuis, je me suis dit que LB Dub Corp doit être dans un endroit extérieur ou dans un petit club, vous savez, très personnel, sombre. Ce sont les deux espaces dans lesquels LB Dub Corp fonctionne. Je n’aime pas sortir LB Dub Corp comme ça, parce qu’il faut que ce soit au bon endroit. J’ai fait quelques bons sets au Panorama Bar. Mais je pense que Planetary Assault Systems fonctionne tout simplement. Je veux dire, j’ai fait des sets en journée, pendant des festivals… Pour être honnête, c’est un truc de nuit pour moi. Si c’est en journée, je veux toujours empêcher la lumière d’entrer. Je préfère l’obscurité. 

PAN M 360 : Comme vous le savez peut-être, MUTEK s’occupe de musique électronique mais aussi d’arts numériques au sens large. Avez-vous expérimenté d’autres arts numériques que la musique ? 

LUKE SLATER : Je suis très conscient lorsque je fais quelque chose qui m’éloigne de la musique. J’y suis très sensible et lorsque j’envisage différentes voies, j’ai du mal à accepter qu’à un moment donné, la musique doit être mise au second plan pour quelque chose. Souvent, lorsque j’explore différentes choses, je reviens toujours à la musique. Je sors, je jette un coup d’œil et c’est tout. La musique est une partie de moi et c’est très difficile d’être excité de la même manière par un autre processus. Je suis très curieux de l’IA ces derniers temps, c’est menaçant et c’est pourquoi je suis curieux. Je pourrais lui nourrir toutes mes pistes pour voir ce qu’elle va cracher, est-ce que ça va être bon ? Je ne sais pas. 

PAN M 360 : Avez-vous déjà mobilisé la musique dans le cadre d’un plus grand projet incluant d’autres formes d’art ?

LUKE SLATER:  Quand tout était fermé l’année dernière, mais que certains endroits étaient ouverts, j’ai fait quelques dates spéciales en Hollande sous le nom de 7th Plain, qui représente plus mon côté ambiant, plus spirituel. C’était vraiment cool d’essayer cette idée d’impliquer quelques danseurs modernes, originaires du Staatsballet de Berlin et avec qui j’avais déjà travaillé auparavant. Je jouais en direct et je voulais qu’ils expriment ce qu’ils font devant moi sur la scène. Et c’est tout simplement incroyable, vraiment, vous savez, et nous avons fait un spectacle au Muziekgebouw, qui est une salle de concert classique à Amsterdam, donc une chose totalement différente. J’aime repousser les limites, briser les codes de ce que l’on doit et ne doit pas faire. 

PAN M 360 : Vous parlez du lockdown, ce qui me fait penser à la façon dont la pandémie a souligné la fragilité de l’économie structurelle de la musique techno. Je sais qu’il y a des initiatives comme Aslice de DVS1 qui essaient de rendre la vie plus facile aux producteurs. Avez-vous des idées sur la façon dont les artistes peuvent construire une communauté plus durable ? 

LUKE SLATER : Je pense que la nature du business de la musique est tout simplement dure. Il ne s’agit pas seulement de talent, il faut aussi s’impliquer. Pour mon expérience, être présent autour de tout était probablement plus important que le simple fait d’écrire des disques. Si vous avez du talent et que vous faites de la musique, c’est quelque chose qui ne peut pas être touché. Mais il y a plus que ça. Il n’y a jamais eu que le business de la musique et il n’y a jamais eu que la musique. Si tu es juste assis dans ta chambre à faire des morceaux, tu dois aller vers l’extérieur. Je fréquentais beaucoup les clubs, dès le début j’étais tellement impliqué, je veux dire que ma vie est devenue les clubs, j’étais complètement immergé dans ce monde. C’était une façon de m’évader et je me sentais chez moi. 

PAN M 360 : Il est probablement plus facile aujourd’hui de faire de la musique et il est plus facile d’aller en ligne et de mettre des choses en ligne grâce à la démocratisation des outils, mais cela ne veut pas dire qu’il est plus facile d’atteindre le public et de se différencier, il y a tellement de concurrence…

LUKE SLATER: C’est vraiment le cas, c’est une chose réelle, pas seulement une perception de l’ancien contre le nouveau. Au début, je pense qu’il y avait probablement autant de musiciens, mais pas autant de personnes qui pouvaient sortir quelque chose. Donc les gens créaient de la musique, mais la partie où vous pouvez la mettre sur un disque et ensuite envoyer ce disque à quelqu’un, un DJ, et ensuite que ce DJ joue le disque ; c’était un chemin très cher et spécial. Et c’est la route dans laquelle j’étais impliqué. Donc si vous pouviez y arriver, si vous aviez un disque qui sortait sur le label, à l’époque c’était une grosse affaire. Et maintenant ça ne l’est plus, je veux dire qu’il y a plus de prestige impliqué avec les labels. Donc les gens veulent sortir des morceaux sur Mote-Evolver, mais ce que fait Mote-Evolver en tant que label n’est absolument pas différent des autres labels. Nous passons par le même processus de sortie, la différence est que je dirige le label et que je choisis la musique qui sort. Il y a peut-être un changement à faire avec l’utilisation des termes comme « sortie ». Beaucoup de l’ancienne terminologie de la musique peut être laissé maintenant parce que la chaîne de production n’est plus la même. On n’est plus dans les années 80. Il faudrait utiliser de nouveaux mots pour décrire ce qui se passe, c’est lentement en train de se faire. 

PAN M 360 : Rétrospectivement, après tant d’années à écouter de la musique, à créer de la musique, diriez-vous que cette longue carrière est une bénédiction ou une malédiction ? 

LUKE SLATER:  Je pense que la première chose à faire est d’accepter d’avoir eu une longue carrière. Il y a un moment où votre carrière est considérée comme une vieille parade et vous devez l’assumer. Les gens vont dire que vous avez eu une longue carrière et ils vont regarder l’histoire. En fait, je pense que c’est une chose étonnante, parce que si les gens s’intéressent à mon histoire et à ce que j’ai fait et pourquoi j’en faisais partie et tout ce qui tournait autour de la culture, cela signifie qu’il y a un énorme intérêt pour la musique et comment elle s’est formée, où elle va, ce qui se passait là, ce qui se passe maintenant. Vous devez transformer cela en un point positif, apporter votre histoire avec vous mais vous ne vivez pas dans l’histoire.

Vous ne pouvez pas prétendre que ça n’a pas eu lieu et les gens vous poseront toujours des questions à ce sujet, vous devez l’assumer. Vous devez vous l’approprier. Je pense que vous pouvez continuer à pousser les choses et à tester différents domaines vous-même. Je pense qu’il y a un vieux dicton qui dit que si j’allais voir un groupe, disons les Clash, un autre groupe de ma jeunesse, et que Strummer était encore en vie, si j’allais les voir jouer maintenant et qu’ils ne faisaient pas London Calling, je serais vraiment énervé.

 Et pour eux, c’est probablement le seul morceau qu’ils ne veulent pas jouer. Je pense que c’est intéressant de voir comment le rock’n’roll et la dance music, certaines des leçons et de l’ethos des groupes, peuvent parfois s’étendre à la musique électronique, parce que si vous avez écrit beaucoup de disques et que certaines personnes connaissent ces disques, je pense que vous leur devez d’en passer au moins quelques-uns quand vous allez jouer, vous savez ?

Donc je pense que l’histoire semble inspirer d’autres personnes. Les gens viennent me voir, débordant d’enthousiasme, j’ai entendu leur perception de ce qui s’est passé, de tout ce qui est sorti et c’est une bonne chose.

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Pendant que les mélomanes purs et durs estiment que musiques de films font partie des arts mineurs et du divertissement léger, d’autres croient que les bandes originales composées pour orchestre symphoniques constituent le répertoire classique de notre époque. Qui a raison?

Chose certaine, la musique de film hollywoodienne puise régulièrement dans la période romantique et postromantique. À l’évidence, elle a beaucoup plus de succès que la musique contemporaine pour des raisons évidentes. Depuis quelques années, de nombreuses expériences symphoniques avec des projections de films en temps réel ont lieu. Les salles sont pleines et ce sera de nouveau le cas à Montréal, ce week-end : trois fois la salle Wilfrid-Pelletier, rien de moins!

De la direction de petits ensembles à celle d’orchestres symphoniques, Erik Ochsner s’est forgé une solide réputation; l’une de ses marques de fabrique consiste à diriger des orchestres lors de concerts de films en direct par projection. Il est sans conteste l’un des principaux chefs d’orchestre en matière d’exécution symphonique des musiques de film devant public.

Il a été le principal chef d’orchestre de tournée de La La Land Live in Concert. Il a dirigé 50 représentations de la partition de Justin Hurwitz, récompensée par un Academy Award et un Grammy Award. Il a dirigé la première mondiale de Mary Poppins en concert à l’Opéra de Sydney, Love Actually avec le San Francisco Symphony, La Belle et la Bête en concert à Taïwan et en Pologne, Retour vers le futur, Bugs Bunny at the Symphony, E.T. the Extra-Terrestrial, Le Seigneur des anneaux : La communauté de l’anneau, Pirates des Caraïbes, Star Trek (2009) et Star Trek Into Darkness. Ochsner a créé The Music of Star Wars avec l’Orchestre du Centre national des Arts à Ottawa, a été directeur musical et chef d’orchestre du 2017 Opera America New Works Showcase et a été chef invité au Nanjing Forest Music Festival, en Chine. Monsieur Ochsner est également fondateur et directeur musical du SONOS Chamber Orchestra. 

Plus récemment, il a dirigé les représentations de Star Wars in Concert : Episode 4 : A New Hope avec le FILMharmonique de Montréal. Lors des prochaines représentations à Montréal, il dirigera Star Wars in Concert : Episode 5 : The Empire Strikes Back (L’Empire contre-attaque), présenté à la Place des Arts vendredi et samedi prochains.

Fort d’une solide éducation musicale, Ochsner a fréquenté l’école Pierre Monteux et est diplômé du réputé Dartmouth College, dans le New Hampshire. Il  possède la double nationalité finlandaise et américaine. Depuis New York où il vit, il nous parle de son prochain défi à Montréal.

PAN M 360 : Nous observons que la musique de film en direct pour les orchestres symphoniques attire davantage l’attention d’un public qui ne viendrait pas dans les maisons symphoniques pour écouter le répertoire classique. Quelle est votre propre perception de ce phénomène?

ERIK OCHSNER : Vous savez, j’ai une formation classique complète, mon but dans la vie était de devenir chef d’orchestre d’opéra, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais, d’une certaine manière, je dirige des œuvres destinées à un autre type de spectacle total. Nous avons toujours de nouveaux publics qui viennent voir ces films avec des orchestres. Et nous entendons toujours des commentaires de la part des spectateurs ébahis, comme « Oh, je ne savais pas qu’un orchestre était aussi grand », ou « Je ne savais pas comment cela fonctionnait »! 

PAN M 360 : Comment êtes-vous perçu par le milieu classique?

ERIK OCHSNER : Des puristes du côté classique pensent toujours que c’est une mauvaise idée. Moi, je pense que nous, artistes, avons besoin d’un public. Et en offrant ces concerts, nous continuons à servir notre communauté. Il y a des gens qui ne viennent au concert que pour entendre Beethoven et le grand répertoire, et c’est très bien. Aujourd’hui, nous avons aussi des gens qui viennent aussi entendre les musiques de films exécutées par de grands orchestres. Alors je ne pense pas que ce soit une perte ou un recul pour qui que ce soit.

PAN M 360 : On pourrait rétorquer que l’audience de la musique de films en version symphonique ne migre pas systématiquement vers le grand répertoire, après avoir vécu une expérience en concert. Pourquoi donc?

ERIK OCHSNER : Effectivement, plusieurs ne retournera pas à un concert symphonique, sauf s’il s’agit de musiques de films. Les gens reconnaissent  la musique symphonique à travers leur quotidien. Ils reconnaissent cette  musique qui était dans une publicité, alors qu’en fait, c’était Vivaldi. Ça s’explique : les parents d’aujourd’hui ne sont pas vraiment intéressés par la musique classique, parce que leurs parents ne les ont pas initiés. Mes propres parents me l’ont fait découvrir et j’ai adoré. Alors, notre devoir est d’informer et d’éduquer. Inviter le public à des conférences, les inciter à lire les notes de programme. Il ne faut pas ignorer le phénomène, tout en étant conscient qu’on ne peut forcer quiconque à faire le pas vers le grand répertoire.

PAN M 360 : On devine également que vous trouvez de réelles qualités aux œuvres musicales composées pour le cinéma.

ERIK OCHSNER : Je ne peux parler de tous les compositeurs de musiques de films, mais je sais, par exemple, que John Williams est un authentique compositeur postromantique. On trouve aussi des passages plus contemporains dans son œuvre, même s’ils ne sont pas dominants. Oui, la musique de film est souvent un hommage aux compositeurs du passé, mais comporte aussi des éléments de musique contemporaine. Cela dit, Williams revient sans cesse à son postromantisme préféré, celui de Richard Strauss, Gustav Holst, etc. Sinon, vous savez, ça ne marcherait pas. Dans 50 ans, ce sera peut être très différent, mais pas maintenant, car les gens n’ont pas été éduqués pour se sentir à l’aise dans le répertoire « sérieux » des 75 dernières années.

PAN M 360 : Avez-vous déjà rencontré John Williams pour discuter de vos exécutions symphoniques?

ERIK OCHSNER : Non, je ne l’ai jamais rencontré John Williams, alors que j’ai déjà discuté avec d’autres compositeurs comme Shameer Tandon, Howard Shore, Justin Hurwitz ou Michael Giacchino. J’ai toutefois dirigé plusieurs partitions de Williams. Évidemment, on m’a communiqué ses attentes : il veut obtenir un son impeccable et une grande qualité d’exécution, sur scène. Mais ce n’est pas lui qui planifie quoi que ce soit. Un orchestre local décide, « Hé, nous voulons jouer la musique d’un film et devons négocier avec la société de gestion des droits de cette musique ». Dans le cas de Star Wars, la musique de John Williams est la propriété de Walt Disney, alors si vous voulez faire des concerts avec les musiques de Star Wars, il faut l’accord des gestionnaires de la licence de tous ces films dans le monde. Une équipe devra alors se rendre sur les lieux du concert, s’assurer que la taille de l’écran est conforme, que le projecteur est assez puissant et que l’orchestre est sérieux. Pour la direction, John Williams a approuvé une liste de chefs potentiels et je fais partie de cette liste. Apparemment, ils aiment ce que je fais.

PAN M 360 : Avez-vous déjà dirigé à Montréal?

ERIK OCHSNER : Oui, j’ai dirigé la musique de La La Land au festival de jazz de Montréal, c’était en 2017 je crois. Avec les productions GFN, nous étions censés faire Empire Strikes Back en 2020 puis 2021, mais la pandémie en a décidé autrement et nous sommes enfin de retour en 2022. 

PAN M 360 : Comment abordez-vous l’exécution de la bande originale de The Empire Strikes Back? Y a-t-il une recette Disney à suivre?

ERIK OCHSNER : Disney et John Williams ont établi un protocole. Donc, si un producteur est intéressé par un titre particulier, celui-ci a son propre devis technique, qui précise la taille des écrans, la qualité des projecteurs, l’instrumentation de l’orchestre ou le nombre de flûtes, par exemple. Ainsi, Disney peut déterminer ce que lui rapportera chaque concert. C’est toujours un business, alors que le monde classique fonctionne comme une entreprise à but non lucratif. Il est juste de dire que ces projets de films sont considérés comme des entreprises à but lucratif. La musique doit être « louée » à des entreprises qui font des profits.

PAN M 360 : Vous faites souvent affaire avec des orchestres de pigistes. Comment assurer la qualité dans l’exécution? Comment faire en sorte que des pigistes puissent constituer un tout cohérent?
ERIK OCHSNER : Je n’auditionne pas les musiciens. Je vais plutôt parler à des musiciens à qui je fais confiance pour leur demander leurs recommandations. Quand tous les musiciens de chaque section se réunissent, plusieurs se connaissent parce qu’ils ont souvent joué ensemble. Je veux que ce soit amical, je veux que ce soit plaisant pour les musiciens embauchés. En tout cas, ils travaillent bien ensemble, de manière générale; ça  semble être agréable. Et c’est exactement le sentiment que j’ai eu en travaillant avec les musiciens réunis pour le FILMharmonique. Ce sont de très bons musiciens. Oui, j’observe qu’il y a plusieurs excellents musiciens à Montréal et au Québec. Visiblement, ils se connaissent tous et toutes, donc la chimie est au rendez-vous.

L’ORCHESTRE FILMharmonique SE PRODUIT TROIS FOIS D’AFFILÉE À LA SALLE WLFRID-PELLETIER DE LA PLACE DES ARTS : VENDREDI 19 H 30, SAMEDI 14 H ET 19 H 30. POUR ACHETER VOS BILLETS, C’EST ICI!

A travers Spillover, l’artiste audiovisuel américain Pierce Warnecke – basé en France – et l’artiste multidisciplinaire Matthew Biederman – né à Chicago et basé à Montréal – explorent le fossé entre nature et culture à travers le son et l’image. Pierce a régulièrement présenté son travail à Mutek, Elektra, CTM ou ZKM, tandis que Matthew a participé à la Biennale d’art contemporain de Lyon, à la Biennale de design d’Istanbul, à la Biennale d’art numérique de Montréal, à Artissima en Italie, à SCAPE en Nouvelle-Zélande, et à Moscou. Afin de nous permettre d’apprécier cette œuvre sensorielle qui sera présentée ce samedi, Pierce et Matthew contextualisent leur travail.

PAN M 360 : Compte tenu de votre parcours, de vos performances et de vos installations, j’aimerais en savoir plus sur Spillover. Comment en avez-vous eu l’idée ?

PIERCE WARNECKE : C’est une création in situ qui fait suite à une résidence à la Biennale Index en mai dernier au Portugal. Le commissaire, Louis Fernandez, voulait mettre en valeur la biennale d’art médiatique dont le thème était La surface. Nous travaillons avec Matthew depuis environ 9 ans sur plusieurs projets. Nous avons profité de ce thème pour explorer les différentes formes de frontières qui existent entre l’environnement humain et naturel. Par un concours de circonstances, nous avons réalisé que notre projet était totalement lié aux problèmes environnementaux du nord du Portugal, dans la région de Montalegre. Cette problématique est liée à différents projets d’exploitation de lithium à ciel ouvert qui dégraderaient le paysage, détruiraient l’écosystème et mettraient en danger l’équilibre socio-professionnel des habitants.

PAN M 360 : Avez-vous conçu cette création avec un engagement militant écologiste en tête ? Ou est-elle née d’une phase de création ?

PIERCE WARNECKE : Oui, nous nous sommes sentis touchés par le contexte environnemental et social de la situation. Nous avons eu l’occasion de parler avec les habitants des lieux touchés et leur détresse nous a touchés.

PAN M 360 : Vos œuvres sont souvent présentées lors d’événements de grande envergure et de renommée internationale tels que Mutek, Elektra, CTM, Artissima (Italie), la Biennale SCAPE en Nouvelle-Zélande ou la Biennale de Moscou. Pouvez-vous nous donner quelques détails sur votre processus de création et de production, ainsi que sur les outils que vous utilisez pour obtenir de tels résultats ?

PIERCE WARNECKE : Nous avons un certain nombre de logiciels que nous utilisons régulièrement. J’utilise beaucoup Max MSP et Matthew utilise TouchDesigner. Nous sommes toujours à la recherche d’une interaction simultanée entre le son et le visuel, où nous pouvons vraiment jouer en direct avec la construction du paysage. Matthew utilise des cartes qui représentent la région de Montalegre en 3D. Nous jouons avec le paysage comme s’il s’agissait d’un instrument à part entière. Je transforme ce terrain en son en temps réel.

PAN M 360 : Quelles sont vos habitudes de travail lorsque vous créez ? Créez-vous ensemble en temps réel ou existe-t-il un modèle particulier de travail et de réflexion ?

MATTHEW BIEDERMAN : A mon avis, la création sonore et visuelle se fait simultanément. Cependant, il arrive que les visuels soient inspirés par le son et vice versa. Nous échangeons beaucoup de fichiers pour nous inspirer mutuellement, avant d’aboutir à une œuvre sonore et visuelle complète. La composition visuelle est tout aussi importante que la composition sonore. C’est une véritable coopération. Notre complicité artistique s’est forgée au fil des années.

PAN M 360 : Il y a encore un énorme travail à faire pour éduquer le public à considérer l’art visuel comme un art à part entière, surtout lorsqu’il est associé au son. Matthew, comment pensez-vous que l’on puisse y remédier ?

MATTHEW BIEDERMAN : Je pense que cela dépend surtout du contexte dans lequel les créations visuelles sont exposées. Avec notre œuvre, Spillover, nous sommes dans un cadre tridimensionnel : la carte, le visuel et le son. C’est ce que le public ressent.

PAN M 360 : Puisque vous traitez d’un sujet concernant les risques de destruction de l’environnement dans le but de développer des énergies vertes, ne pensez-vous pas que votre travail a une consonance dramatique ?

PIERCE WARNECKE : Oui, il y a un côté dramatique, c’est sûr. En même temps, nous ne pouvions pas nous permettre d’être trop moralistes, car pour créer, nous utilisons des objets technologiques contenant du lithium. Nous vivons dans une société totalement paradoxale, nous essayons de nous adapter tout en ayant le moins d’impact négatif sur l’environnement. Notre volonté n’était pas d’être trop moraliste, mais de remettre en question notre mode de vie et nos choix.

MATTHEW BIEDERMAN : Mon activisme passe par mes œuvres pour sensibiliser les individus, en espérant rendre la société plus alerte sur ces questions. Je veux sensibiliser les gens, plutôt que de porter des jugements. En tant que Canadien, je me sens également proche de ce qui se passe dans mon pays, où les autochtones sont souvent les victimes de nos projets de développement énergétique.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres projets en cours ? Ensemble ou en solo ?

PIERCE WARNECKE : Nous aimerions continuer à développer le projet Spillover et l’adapter à différents contextes et lieux dans le monde.

MATTHEW BIEDERMAN : Ce serait formidable d’approfondir les subtilités du travail sur les cartes.

Sites des artistes :
https://piercewarnecke.com/
https://www.mbiederman.com/

SPILLOVER SERA PRÉSENTÉ LE SAMEDI 27 AOÛT À 19 H, AU THÉÂTRE MAISONNEUVE DE LA PLACE DES ARTS. INFO ET BILLETS ICI.

Tarta Relena, duo catalan constitué de la contralto Marta Torrella et de la soprano Helena Ross, était au départ consacré au chant a cappella. Et puis…

Férues de chants sacrés d’Europe, de musiques anciennes et baroques, elles se sont aussi intéressées aux surimpressions de styles traditionnels recueillis tout autour de la Méditerranée : arabo-andalou, flamenco, rebetiko, bulgare, crétois, corse, sarde, sépharade et plus encore. Qui plus est, elles interprètent leurs chansons dans plusieurs langues, modernes ou anciennes, catalan, espagnol, grec, latin, anglais, ladino, etc. 

Tarta Relena se démarque d’autant plus de la mouvance folk avec d’élégantes juxtapositions électroniques qui les ont menées à MUTEK Montréal, ce jeudi aux côtés de la chanteuse, instrumentiste et compositrice Marina Herlop, et ce vendredi sous la bannière Tarta Relena. 

Entre autres enregistrements de leur discographie, on retient les EPs Ora Pro Nobis (2019) Intercede Pro Nobis (2020), ainsi que l’album Fiat lux (2021). La direction artistique de MUTEK (merci Marie-Laure Saidani!), a pris la claque, surtout pour l’impact saisissant de ces voix catalanes devant public. À notre tour!

Voilà qui justifie totalement ce détour au lobby de leur hôtel, peu après leur arrivée en sol montréalais.

PAN M 360 : Tarta Relena a parfaitement saisi que les musiques anciennes, baroques et traditionnelles fonctionnent très bien avec l’esthétique contemporaine. Comment avez-vous fait la connexion? 

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Bien vu! Nous sommes d’accord. En fait, nous avons commencé à chanter dans une chorale lorsque nous étions adolescentes à Barcelone. 

PAN M 360 : Les musiques baroques et anciennes sont ancrées dans la ville de Barcelone, on peut assister à des concerts partouts, orchestres de chambre et chorales.

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : C’est exact, il y a beaucoup de ça dans cette ville, c’est une sorte de dynamique culturelle pour nous, une part importante de notre culture. Beaucoup de jeunes chantent dans les chorales et nous faisions partie de cette mouvance. Ainsi, nous sommes devenues amies, nous avons commencé à chanter plus sérieusement.

PAN M 360 : On perçoit aussi plusieurs cultures vocales dans votre chant.

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Effectivement, nous aimons aussi mélanger les techniques vocales relatives au chant choral ou individuel de plusieurs cultures et périodes de la musique. Ça peut être très lyrique mais aussi rugueux! 

PAN M 360 : Comment avez-vous envisagé de mélanger le chant avec l’électronique?

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Vous savez, ce n’était pas très planifié, c’était quelque chose de… naturel, instinctif, à l’instar de notre travail vocal. Nous utilisons les voix d’une manière très naturelle, très organique. Et puis nous avons essayé de coller une instrumentation synthétique à la voix, de manière à créer un contraste. Nous cherchons ce contraste. 

PAN M 360 : Vous travaillez sur différentes stratégies vocales : unisson, harmonisation à deux voix, canons, déphasages rythmiques, etc.

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Oui , nous aimons que nos voix puissent voyager. Les mélodies vocales peuvent être indépendantes et se rencontrer de différentes manières. Pour ce, nous avons étudié les techniques utilisées. 

PAN M 360 : Et les langues!

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Nous chantons effectivement en catalan et en espagnol, mais aussi en latin, grec ancien, etc. 

PAN M 360 : Vous ne cherchez pas la pureté culturelle, ça se passe bien au-delà de la culture catalane. 

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Rien n’est pur! On ne cesse de retrouver les origines culturelles des expressions, comme si elles étaient cachées dans les chansons anciennes, dont on ne connaît pas les auteurs. C’est pour nous très inspirant d’ajouter nos recherches à ces musiques anciennes si fascinantes, ou de nous en inspirer pour nos chansons originales.

PAN M 360 : Quelle éducation musicale avez-vous eue?

HELENA ROSS : J’ai fait du chant classique et baroque, et Marta a suivi d’autres pistes. Évidemment, nous avons appris également du chant choral .

PAN M 360 : Quel est votre équipement d’accompagnement?

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Nous utilisons l’Ableton Live et deux contrôleurs MIDI. Nous déclenchons les accompagnements. Ces sons ne bougent pas une fois déclenchés, nous pouvons toutefois improviser vocalement en ajoutant de nouvelles variations à notre chant en temps réel. 

PAN M 360 : Votre album est sorti il y a moins d’un an. En avez-vous un autre en chantier?

MARTA TORELLA + HELENA ROSS : Non, nous sommes dans une phase de concerts qui durera encore plusieurs mois. Viendra ensuite une autre phase. Fort probablement, cette phase sera très différente de ce que nous faisons et avons fait. Nous sommes toujours prêtes à chercher, expérimenter, commencer autre chose. Mais… pour l’instant, nous n’en avons aucune idée précise!

LE DUO TARTA RELENA SE PRODUIT À LA SAT VENDREDI, SÉRIE PLAY 2 / MUTEK MONTRÉAL. INFOS ET BILLETS ICI.

MARTA TORELLA ET HELENA ROSS CHANTENT AU MTELUS DANS LE CONTEXTE DU CONCERT DE MARINA HERLOP, JEUDI, SÉRIE NOCTURNE 2 / MUTEK MONTREAL. INFOS ET BILLETS ICI.

Parents mélomanes, un frère chanteur en pleine ascension sous le nom de Clerel : pour Ellxandra, la musique, c’est une affaire de famille. Après l’apprentissage du piano et un peu de théorie musicale, la Camerounaise explore avec sa voix les sonorités jazz, funk et rock fusion dans son adolescence. C’est en 2015, lors d’une sortie au Stereo – le dernier afterhour montréalais – qu’elle découvre les musiques électroniques. Bouleversée par cette rencontre, il ne lui aura fallu que peu de temps pour s’approprier les codes de la house, commencer à mixer, produire et faire du live d’excellente facture, comme le prouvent son premier EP sorti en 2021 chez Hushlamb (Alicia Hush) et sa participation à MUTEK 22. Rencontre avec le futur de la scène house montréalaise.


PAN M 360 : Ton dernier morceau, Life Direction, sorti sur le label de Kizi Garden, rappelle la house originelle de Chicago, celle des artistes comme Frankie Knuckles et Jamie Principle. Ces sonorités tiennent-elles de réminiscences inconscientes ou d’une direction assumée?

Ellxandra : Oh, mais c’est sûr, je suis une house girl, très old-school, tout ce qui est 90’s, c’est vraiment des références pour moi, donc je suis contente que tu aies pu reconnaître ça. Je ne dirais pas que c’est nécessairement intentionnel, de faire la house comme ça, qui ressemble à ça, c’est quelque chose qui coule, juste de moi. C’est naturel ce son-là pour moi. 

PAN M 360 : J’ai aussi remarqué que tu utilisais ta voix de façon très différente selon les morceaux, tantôt comme un élément rythmique qui disparaît presque dans l’instrumental, tantôt comme des lignes mélodiques mises en avant. Comment approches-tu cette partie de la création?  

Ellxandra : C’est 100 % intuitif!

PAN M 360 : À l’écoute d’un morceau comme For What It Is Worth, on remarque qu’il y a un gros travail de spatialisation du son. Est-ce que c’est quelque chose qu’on va pouvoir retrouver lors de ta performance à MUTEK?  

Ellxandra : J’ai intégré cet aspect-là à mon travail lors de ma rencontre avec la musique minimale, en particulier. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué quand j’ai commencé à écouter ce type de musique, la façon dont tous les éléments étaient bien balancés. Comme une soupe parfaite, une soupe au loop. Qu’est-ce qui rend un loop intéressant? Un élément qui stimule, mais aussi des choses qui se baladent; c’est d’ailleurs pour ça que j’ai commencé à intégrer le modulaire dans mes productions et dans mes prestations. Pour MUTEK je n’apporte pas les modulaires, mais j’ai fait des enregistrements que je viens jouer, pour justement conserver cet aspect spatialisé.

PAN M 360 : Justement, au sujet de tes prestations, peux-tu nous parler un peu plus de ta configuration à la maison? Quelles sont tes machines favorites?  

Ellxandra : J’ai un modulaire, un mixeur, quelques effets peddle. En fait, la base mélodique de cette prestation reprend des éléments mélodiques de la précédente. C’est une machine qui s’appelle RS7000, de Yamaha. Je l’adore, c’est un peu la réplique de la Akai MPC, je me retrouve beaucoup dedans. Pour le live, je sais que je vais avoir la TR8 parce qu’elle est très « jammable ». Et mon module d’échantillonnage, ça c’est un produit très important dans mon matériel parce que c’est comme un couteau suisse. Un échantillonneur me permet de passer de certaines pistes à d’autres, mais bon je n’exploite pas vraiment le concept de pistes dans ma prestation. C’est juste plusieurs boucles à travers lesquelles je vais itérer.

PAN M 360 : Tu parles d’une utilisation plus intuitive de ta voix et d’aimer les imperfections. Est-ce une approche que tu conserves sur scène, tu y vas avec le flow ou au contraire c’est très cadré, millimétré?

Ellxandra : Oui au deux, en fait, parce que pour moi, l’improvisation a besoin d’une structure, sinon c’est juste à tout va. Je suis aussi pas mal structurée mentalement, dans certaines affaires, notamment les éléments instrumentaux. Je vais faire une structure souple et flexible pour les voix, que je vais utiliser lorsque je vais chanter. Mais ça, ça dérape, tu sais! C’est vraiment pour m’aider sur scène, pour avoir une direction. Ma prestation à MUTEK l’année passée sonnait vraiment différemment des répétitions. Chaque fois c’est différent. C’est un autre aspect qui est très intéressant et que j’aime bien, une forme d’instabilité.

PAN M 360 : As-tu eu l’occasion d’aller visiter des scènes house à l’extérieur du Canada? Qu’en as-tu retenu?

Ellxandra : Je suis allée au festival Mouvement à Détroit, oh my God! C’était tellement chargé d’énergie et d’histoire, j’ai vraiment beaucoup adoré cette ville. Je suis déjà allée à Chicago, j’ai beaucoup aussi aimé. J’étais à Berlin cet été, un peu dangereux comme ville, parce que wow, ça ne s’arrête jamais! Mention spéciale au Mexique, surtout Guadalajara. J’ai passé cinq mois récemment là-bas, les scènes sont grandissantes, c’est un pays d’abondance. 

PAN M 360 : Pour conclure, quelques mots sur la scène électronique locale?

Ellxandra : Je dirais qu’elle est changeante et très diversifiée. Il y a tellement de choses à dire dessus. Je trouve que le bonheur de cette ville, ce sont les allers et sorties en fait, c’est une ville d’immigrants, ça bouge et ça se sent. On a une scène très particulière ici, où on va être un peu des précurseurs de scènes qui vont marcher plus tard ailleurs. Je trouve qu’on est très innovateurs.

L’Équatorien Nicola Cruz a construit sa réputation en s’imposant parmi les pionniers de la musique électronique de pointe en Amérique latine, notamment en intégrant à ses créations  des fragments de musiques populaires locales, andines, autochtones, afro-latines, tropicalistes, à une esthétique électronique des plus raffinées. 

On lui connaît plusieurs enregistrements, dont Sentimientos Encotrados (automne 2021) et le tout frais EP Self Oscillation (été 2022). Habitué de MUTEK, Nicola Cruz revient y proposer du nouveau matériel au lendemain d’un DJ set partiellement sous la pluie  à l’Esplanade tranquille. Ce moment trop humide de la série Expérience fait désormais partie du passé, place au plat de résistance ! Nicola Cruz se produit ce mercredi à la SAT, il est l’artiste central de ce premier programme de la série Nocturne.

PAN M 360 : Nous savons que Nicola Cruz est proche de ses racines latino-américaines et a le regard rivé vers l’avenir. Bien sûr, cette description est réductrice et ne nous indique pas où vous en êtes. Où en êtes-vous depuis votre passage à MUTEK à l’été 2019?

NICOLA CRUZ : Je suis toujours en train d’essayer de nouveaux concepts, d’essayer de faire évoluer mon son et mes curiosités, et ne pas toujours m’en tenir à une seule chose. Donc l’exploration de l’instrumentation traditionnelle et autres aspects de la culture équatorienne représentent une phase antérieure de mon travail. Aujourd’hui, je pense aller vers une synthèse de mes connaissances acquises, vers l’exploration du son à un niveau plus profond, tout en gardant cette idée de ritualiser mon travail en studio et, par conséquent, de ritualiser ma composition.  

PAN M 360 : Et comment s’incarne cette ritualisation?

NICOLA CRUZ :  J’essaie de chercher un exemple précis, mais le set de mercredi sera un peu plus explicatif que les mots qui sortent de ma bouche en ce moment. Il y a des strucutures composées et il y a aussi de l’improvisation comme il y en a toujours dans mes set live.

PAN M 360 : Si on essaie de comprendre, vous puisez dans votre entière banque de sons et vous en proposez de nouveaux parmi cette cueillette, pour ainsi suggérer de  nouvelles façons d’exprimer votre art.

NICOLA CRUZ :  Exactement. Quand tu fais de la musique électronique, ce n’est pas comme prendre une guitare, tu dois puiser dans un ensemble de trucs. C’est vrai. C’est la partie créative et intéressante de la présentation de la musique électronique, non? Alors bien sûr, je laisse toujours un espace pour l’improvisation, que ce soit avec le modulaire, avec une boîte à rythmes, avec un synthétiseur ou autre instrument. Mais il y a aussi cette part de la musique qui résulte du travail en studio et de la programmation, question de choisir la direction d’une pièce. 

En ce moment, par exemple, j’envisage de commencer un nouvel album qui sortira l’année prochaine. Donc je ne présente pas un certain concept et je ne tourne pas la musique de l’album. En fait, je ne fais jamais de tournée pour présenter la matière d’un album, car je suis toujours  en train de transformer mon spectacle en temps réel.

PAN M 360 : Oui effectivement, vous changez souvent de son et c’est ce qui rend votre musique intéressante et créative. On a entendu vos intégrations de musiques indigènes d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud, surtout mais, comme vous le suggérez, cela ne représente pas un objectif en soi. Parfois cette composante est présente, parfois elle ne l’est pas.  

NICOLA CRUZ : Effectivement. Éviter les clichés sur les éléments culturels/stylistiques de ma musique en tant qu’objectif ou concept, c’est très important pour moi. Il ne faut pas abuser des concepts, il faut que rien ne soit évident ou redondant. 

PAN M 360 : Oui, seul compte le résultat. Le définir sur la base des origines culturelles et trop intellectualiser peut être un piège. On peut y chercher des racines là où elles ne sont pas…

NICOLA CRUZ : Exactement. Vous savez, je pense que c’est aussi la faute des médias occidentaux en quête d’exotisme, qui cherchent trop souvent à illustrer ce cliché des racines latines dans mon travail. Voilà une approche colonialiste en ce qui me concerne. Même si j’ai inclus beaucoup de musiques et instruments traditionnels dans ma musique, je ne me suis jamais senti identifié à cette idée d’étaler consciemment mes racines.

PAN M 360 : Ça vient naturellement, ça vient souvent de l’inconscient et on ne doit pas en beurrer davantage, échafauder de fausses théories.  

NICOLA CRUZ : Je suis totalement d’accord. Personnellement, j’ai toujours fait de la techno et de la house avant même de composer et de m’intéresser aux breakbeats et d’exploiter vraiment la musique électronique dans ses subtilités technologiques. J’ai donc l’impression que la vie me mène quelque part par là, pendant que j’explore ma musique et ses ses racines tout en tirant parti de la puissance de la technologie. Aussi, je n’ai jamais eu peur d’utiliser des mélodies, mes dernières compositions sont très mélodiques et je m’intéresse aussi au psychédélisme pour ajouter une nouvelle saveur et ainsi aller plus loin.

PAN M 360 : Et ce mercredi? 

NICOLA CRUZ :  Je me produis avec un artiste vidéo de New York. Il n’y a pas de concept spécifique, je suis là pour présenter mon nouveau flux créatif, je ne peux en dire davantage. Bien sûr, il y aura plein de nouveaux sons, dont certains seront créés en direct. Je pense qu’en termes de sons, mon travail est devenu très détaillé et très expressif. En fait, j’aime bien ce que je suis musicalement aujourd’hui. J’ai l’impression de transmettre beaucoup de choses, c’est assez émotionnel et aussi très dansant.

PAN M 360 : Le devoir de faire danser les gens peut-il constituer un problème?

NICOLA CRUZ : C’est variable mais ça demeure volontaire lorsque je le fais. Je veux encore faire de la musique de danse, j’ai été DJ et je le demeure. Donc, ce que je présente actuellement est propice à la danse. C’est aussi une sorte de reconnexion avec ce que j’ai commencé avec la musique électronique qui était la techno et la house, ce qui demeure un territoire très intéressant. 

NICOLA CRUZ SE PRODUIT CE MERCREDI À LA SAT, SÉRIE NOCTURNE 1 DANS LE CONTEXTE DE MUTEK MONTRÉAL. POUR VOS PLACES, C’EST ICI.

Après un passage à peine remarqué à la Casa Del Popolo il y a quelques années, Bodega vient cette fois-ci présenter quelques chansons de son plus récent album, Broken Equipment, ainsi que du tout nouvel EP XTRA EQUIPMENT et plusieurs autres titres de son répertoire. Le groupe art-(post)punk de Brooklyn a aussi vu trois de ses membres quitter le navire depuis le début de la pandémie. Ce sera l’occasion de découvrir la nouvelle mouture de Bodega et sa tangente plus groovy.

PAN M 360 a rencontré un de ces nouveaux membres, le bassiste Adam See, qui nous a parlé de tous ces changements de personnel et ce que cela implique, de son métier de professeur de philosophie… et de Heidegger.

PAN M 360 : Il y a eu un changement de musiciens assez considérable dans le groupe depuis le précédent album Endless Scroll, paru en 2018. D’abord la percussionniste Montana Simone, qui a quitté peu après la sortie du disque et a été remplacée par Tai Lee, puis le guitariste Madison Velding-VanDam et la bassiste Heather Elle. Que s’est-il passé, et comment avez-vous été recruté ?

Adam See : Environ au début de la pandémie, Madison et Heather ont quitté le groupe pour se lancer dans un autre projet, le groupe Wants. Madison est encore très impliqué dans ce projet mais Heather a quitté depuis et a démarré son propre groupe, Flossing. Je suis ami avec Ben (Hozie, aka Bodega Ben, guitare, voix) et Nikki (Belfiglio, aka Nik E Iki, voix, percussions) depuis un certain temps, nos groupes ont partagé la même scène à quelques reprises depuis 2017. Donc, autour de cette période, Ben, Tai Lee (percussions) et moi-même avions un club de lecture et comme je jouais de la basse, ils m’ont vite recruté. Quant à Dan Ryan, il était déjà guitariste pour le groupe en tournée, donc c’est à lui qu’ils ont naturellement fait appel lorsque Madison est parti. C’est pas mal tout arrivé en même temps. Et depuis le début de cette tournée, nous avons un nouveau percussionniste. Il s’appelle Adam Shumski et il remplace Tai Lee qui a dû quitter pour poursuivre un projet de comédie musicale pour Netflix. J’en sais pas vraiment plus mais ça semble assez cool.

PAN M 360 : Dirais-tu que cette nouvelle mouture de Bodega a changé le son et la dynamique du groupe ?

Adam See : C’est une bonne question… Je pense que si tu demandais à d’autres membres du groupe tu aurais une réponse différente. En ce qui me concerne, mon style de jeu à la basse est assez différent de celui de Heather. D’abord on ne joue pas sur la même marque de basse et Heather est plus discrète, ses tonalités sont plus douces que les miennes, moins rageuses. Je crois que je suis un bassiste plus funky que Heather, mon précédent groupe (Otro Lado) était plus dansant. Mais il y a aussi la direction que Ben et Nikki ont choisi de prendre avec le groupe; peu importe qui aurait joué sur notre dernier album, le son et le style aurait tout de même été ce qu’il est. Mais ceci dit, je suis assez content de mon son de basse sur ce disque. Il faut aussi bien sûr souligner le travail du guitariste Dan Ryan. Son jeu est pas mal différent de celui de Madison. Madison a un jeu assez incisif et angulaire. Dan est plus compétent au point de vue technique, et plus funky, selon moi. Il est plus créatif aussi.

Adam See : C’est une bonne question… Je pense que si tu demandais à d’autres membres du groupe tu aurais une réponse différente. En ce qui me concerne, mon style de jeu à la basse est assez différent de celui de Heather. D’abord on ne joue pas sur la même marque de basse et Heather est plus discrète, ses tonalités sont plus douces que les miennes, moins rageuses. Je crois que je suis un bassiste plus funky que Heather, mon précédent groupe (Otro Lado) était plus dansant. Mais il y a aussi la direction que Ben et Nikki ont choisi de prendre avec le groupe; peu importe qui aurait joué sur notre dernier album, le son et le style aurait tout de même été ce qu’il est. Mais ceci dit, je suis assez content de mon son de basse sur ce disque. Il faut aussi bien sûr souligner le travail du guitariste Dan Ryan. Son jeu est pas mal différent de celui de Madison. Madison a un jeu assez incisif et angulaire. Dan est plus compétent au point de vue technique, et plus funky, selon moi. Il est plus créatif aussi.

PAN M 360 : Et sur scène, par rapport à l’ancienne formation, qu’est-ce qui a changé ?

Adam See : Pour avoir vu plusieurs fois Bodega en concert, je te dirais que le groupe est plus groovy. Ben, Nikki et Tai Lee faisaient remarquer lors de notre récente tournée européenne que le public dansait plus à nos concerts. Je ne dis pas qu’avant les gens ne participaient pas, mais avec cette nouvelle mouture, nous étirons les chansons, nous leur donnons un petit côté plus entraînant. Nous sommes plus axé sur le rythme, c’est plus agressif et funky.

PAN M 360 : Jouez-vous majoritairement le nouvel album sur cette tournée ?

Adam See : Non, pas vraiment. Nous jouons pas mal de tout, même des morceaux de Bodega Bay, l’ancien groupe de Ben et Nikki. On a une cinquantaine de morceaux et Ben en choisit toujours des différents à chaque concerts.

PAN M 360 : Comment concilies-tu ton métier de professeur et ta vie de musicien sur la route ?

Adam See : Ça c’est une autre bonne question. J’ai dû quitter mon emploi avant de partir sur cette longue tournée en Europe… et je l’ai récupérée quand même au retour ! Mais durant cette tournée, je continue à donner mes cours d’Éthique environnementale au New Jersey Institute Of Technology quand je suis sur la route, et je dois dire que c’est assez exigeant. Dans le groupe, on m’appelle « le professeur ».

PAN M 360 : Parle-nous un peu de ce club de lecture que tu as créé avec une partie du groupe. De quoi s’agit-il ? Est-ce que cela a influencé les textes jusqu’à un certain point ?

Adam See : Ben insiste pas mal là-dessus, et il n’a pas tout à fait tort. Le titre du disque, Broken Equipment, provient des premiers travaux de Martin Heidegger, que nous avons bien entendu lu dans notre petit club de bouquins. On a démarré ce club un peu après que j’ai obtenu mon doctorat en philo. J’avais un peu perdu le goût de la philosophie, après une dizaine d’années à avoir baigné dedans. Puis c’est devenu un boulot pour moi et je ne voyais plus la philo comme une source de plaisir. Ben avait aussi suivit des cours de philo et nous avons décidé de partir un club de lectures philosophiques. Donc on s’est retrouvé Ben et moi avec un ami rappeur de Brooklyn, un autre ami spécialiste de la Grèce antique et de l’époque romaine, et Tai Lee. Durant la pandémie, nos petites réunions sont rapidement devenues notre moment préféré de la semaine, et c’est durant cette période que Ben a commencé à écrire quelques-unes des chansons qu’on retrouve sur Broken Equipment. Une de ces chansons, Art And Advertising, ne s’est finalement pas rendue jusqu’à l’album mais on l’a plutôt sortie sur le EP XTRA EQUIPMENT (paru le 15 juillet dernier). Ce morceau inclut les mots « broken equipment », qui est devenu le titre de l’album. La chanson Thrown, qui débute l’album Broken Equipment, est une allusion directe à l’oeuvre de Martin Heidegger. Donc oui, y’a un peu de philo dans nos récents albums !

L’année 2020 a été l’une des plus dures et des plus chaotiques que la DJ-productrice Liliane Chlela n’ait jamais connue. Beyrouth, au Liban, sa maison à l’époque, était constamment assiégée par des manifestations anti-régime, qui ont finalement été couronnées par une énorme explosion portuaire qui n’a toujours pas fait l’objet d’une enquête « On pensait constamment « Est-ce le jour où je vais mourir? » », raconte Liliane Chlela devant un écran d’ordinateur.

Liliane Chlela a finalement déménagé à Montréal et a sorti son album Safala, l’année dernière. Cette pièce sombre et dystopique de travail électronique industriel, drone et expérimental a toute la passion et le chaos qui ont été entendus et ressentis à travers les rues du Liban de 2019 jusqu’à maintenant et emmène l’auditeur dans un voyage inoubliable.

Chlela se produira à MUTEK le 27 août, pendant la série PLAY 3, à la SAT, et a eu un peu de temps pour parler de Safala, des différences entre faire de la musique à Montréal et au Liban, et de l’adaptation de son album pour en faire une expérience A/Visuelle.

PAN M 360 : Quelle importance a le contexte d’un album pour vous en tant que musicien? Par exemple, la première fois que j’ai entendu Safala, je ne savais pas qu’il était directement inspiré par les manifestations au Liban et maintenant je le sais.

Liliane Chlela : Je pense que le contexte est vraiment important et qu’il joue un grand rôle. Je veux dire, pour moi et pour la façon dont je le présente, bien sûr, surtout pour la performance en direct, parce que j’ai demandé à un groupe d’amis d’un studio de Beyrouth de créer un accompagnement visuel, de l’art numérique. Mais oui, c’est très important. Surtout compte tenu de l’histoire des titres, de l’origine de l’album, des noms des titres et de tout cela.

PAN M 360 : En partant de là, d’où vient le nom Safala?

Liliane Chlela : En arabe … en fait il a deux significations. Le nom avec un autographe différent peut signifier « Vous êtes des salauds » ou comme si vous insultez quelqu’un. Et safala comme verbe peut aussi signifier « Vous échouez ». Les noms des morceaux, individuellement, viennent tous d’une incantation que ma grand-mère nous balançait comme une prière pour chasser le mauvais sort.

PAN M 360 : Oh, donc elle récitait cette prière chaque fois que vous vous sentiez anxieux ou autre?

Liliane Chlela : Oui à 100%. C’était ce genre de lien où, vous savez, vous vous sentez impuissant, et il n’y a absolument rien à faire pour vous. Donc, c’était juste un petit coup de pouce pour le moral.

PAN M 360 : C’est amusant que vous parliez de conjurer le mauvais sort parce que beaucoup de morceaux sur Safala semblent très en colère et viennent d’un lieu de frustration, mais il y a aussi des moments de tranquillité. Était-ce votre objectif? Mélanger le mal avec le bien?

Liliane Chlela : Quand je travaille sur les productions, je n’ai pas de plan précis et le concept se forme tout seul après. Parfois, je regarde un morceau ou un passage et je constate que « Oh merde, c’est de là que ça vient »! Parce qu’à l’époque, je venais d’emménager ici. Donc la partie production a été faite à Beyrouth juste avant que je ne m’enfuie à Montréal, et vous savez, les choses étaient et sont toujours en train de se passer incroyablement…

PAN M 360 : Sombre?

Liliane Chlela : Oui, c’est un bon mot pour le décrire. Donc oui, en rétrospective, c’est essentiellement une illustration du bien contre le mal, et vous au milieu, sachant que parfois le bien doit devenir le mal afin d’essayer de trouver un moyen de contourner toute cette agitation.

PAN M 360 : Jouer à MUTEK est-il un événement important pour vous en tant que producteur électronique ou DJ?

Liliane Chlela : Jouer à MUTEK a toujours été dans un coin de ma tête. Surtout quand on n’a pas beaucoup d’occasions de jouer dans de grands festivals quand on vient de ma région. Je suis aussi une artiste indépendante. Je n’ai donc pas d’agent. Je n’ai pas de manager, d’agent de réservation et tout ça. Donc, ça a toujours été une grosse affaire que de faire partie de ce festival. Mais maintenant, depuis que j’ai déménagé ici, ce n’est plus ce festival inaccessible, et je réalise combien il est important que je puisse y jouer. Et jouer cet album spécifique, dans un contexte spécifique, pour ce contexte spécifique, parce que nous n’avons pas beaucoup de représentation dans une programmation normale de MUTEK, je pense que c’est plutôt cool.

PAN M 360 : Quand vous dites qu’il n’y a pas beaucoup d’occasions, s’agit-il seulement d’être un artiste à Beyrouth ou d’être une femme artiste à Beyrouth dans le milieu de la musique électronique?

Liliane Chlela : Beyrouth est plutôt bien lotie par rapport aux autres villes (arabes). Ce n’est pas comme si les femmes étaient interdites. C’est assez ouvert, mais bien sûr, vous avez un déséquilibre de représentation dans les alignements d’artistes. Depuis que j’ai emménagé ici, j’ai formé un petit collectif à Beyrouth, pour les minorités de genre féminin et les membres de la communauté LGBTQ2S+. C’est pour les musiciens, les producteurs, les artistes, les nouveaux venus et les personnes un peu plus établies. Ce que nous faisons, c’est de plaider pour que ces personnes soient mieux représentées dans les spectacles et les programmes des clubs, et nous organisons nos propres spectacles et fêtes.

PAN M 360 : Vous arrive-t-il de vous replonger dans vos anciens travaux pour vous inspirer ou réfléchir à votre trajectoire en tant qu’artiste? Je pose la question parce que je sais que beaucoup d’artistes électroniques ne le font pas et qu’ils sont toujours en train de passer au projet suivant.

Liliane Chlela : Je m’y replonge de temps en temps, juste pour voir où j’avais la tête à ce moment-là. Et depuis que j’ai emménagé ici, j’ai le temps et les ressources pour le faire. À Beyrouth, on est toujours en mode dépannage et on n’a pas vraiment le temps de faire une réflexion personnelle.

PAN M 360 : Parce que la scène est si petite et qu’il faut constamment être sur la prochaine chose?

Liliane Chlela : Ce n’est pas tellement ça, mais c’est juste que les conditions de vie sont terribles et se dégradent depuis 2019. Donc vous avez une heure d’électricité par jour ou et vous êtes dans un état « What the fuck! » et vous dépendez des générateurs installés pour chaque pâté de maisons. Vous devez donc attendre que l’électricité revienne et exécuter rapidement tout ce que vous avez à faire. Puis vous devez vous inquiéter de savoir si vous allez mourir aujourd’hui parce qu’il va possiblement y avoir une explosion. J’ai été blessée le premier jour de la grande révolution au cours d’une manifestation, mais je veux dire, OK, on en a fini avec ça. Or, tu n’en as littéralement pas fini… La dernière chose à laquelle tu penses alors, c’est de t’inquiéter de ta musique et de savoir qui va l’écouter. Tes priorités sont ailleurs.

PAN M 360 : C’est donc l’exact opposé du travail ici.

Liliane Chlela : Exactement. Maintenant tu t’inquiètes de savoir où est le prochain club PC (rires). Je suis de meilleure humeur.

PAN M 360 : Cela vous a-t-il donné le temps de travailler sur de nouveaux titres ou êtes-vous toujours en mode présentation de Safala live?

Liliane Chlela : J’attends la sortie du vinyle de Safala qui ne devrait pas tarder. J’ai quelques dates après MUTEK. Je vais jouer au Piknic Electronik et j’ai quelques dates européennes. J’ai d’autres nouvelles choses en tête, mais je pense que je dois conclure ce chapitre et passer à autre chose.

Liliane Chlela se produit à MUTEK, le samedi 27 août, dans le contexte de la série PLAY 3, à la SAT. Billets ici

Depuis l’an 2000, MUTEK présente à son public des musiques électroniques et productions audiovisuelles en temps réel. L’évolution rapide et étourdissante des arts fondés sur les technologies numériques n’a cessé d’en inspirer les créateurs.trices du monde entier, on le verra une fois de plus avec une immense cohorte d’artistes venus des quatre coins du monde. 

Catarina Barbieri (Italie), Nicola Cruz (Équateur), Luke Slater (Royaume-Uni), Marina Herlop (Catalogne/Espagne), Korea Town Acid (Corée du Sud) ou Bagger Modus Operandi (Indonésie) sont parmi les nombreux étrangers venus se produire à Montréal du mardi 23 août au dimanche 28 août.

MUTEK demeure ainsi une des principales vitrines des arts technologiques en Amérique du Nord, soit à Montréal et Mexico. Rappelons que d’autres festivals sous la bannière MUTEK sont aussi présentés dans le monde, notamment à Tokyo. La pandémie ayant passablement ralenti les activités de MUTEK au cours des deux années précédentes, nous revoilà enfin en pleine formule à Montréal. 


PAN M 360 : Pour cette présentation 2022, MUTEK a-t-il choisi un axe particulier ou un thème général?

ALAIN MONGEAU : Il n’y a pas de thème spécifique, sauf une réinitialisation généralisée et un retour à notre programmation normale. En janvier et février derniers, nous étions encore en confinement, ça prenait tout un acte de foi pour inviter des artistes à un festival qui aurait lieu en août. Cette année, on retourne enfin à la pleine formule. Au cours des deux années précédentes, il manquait des morceaux. On était surtout centrés sur la programmation locale, on avait notamment cessé la série A/Visions au Théâtre Maisonneuve. Cette fois nous avons remis tous les morceaux, ça nous permet de présenter un éventail beaucoup plus large de musiques. C’est ce qu’on essaie de faire, c’est aller dans différents styles et directions pour ainsi proposer un genre d’éclectisme. Les programmes des séries plus nocturnes s’articulent autour d’un artiste, qui sert de point d’ancrage. 

PAN M 360 : Impossible de présenter le MUTEK Montréal 2022 dans son intégralité, alors prenons des exemples chaque jour.

ALAIN MONGEAU : Le premier soir du festival, le mardi 23, un événement spécial s’est rajouté, soit avec l’Anglais Max Cooper, qu’on a déjà présenté par le passé. Le matériel de son installation Aether étant entreposée à Montréal, il souhaitait la relancer dans le contexte d’une version augmentée où il pourrait interagir en temps réel avec son objet. Alors nous présentons au M Telus Max Cooper et son rapport avec cette installation disposée à mi-chemin entre la scène et le public. Concept très MUTEK!

PAN M 360 : Que choisir mercredi?

ALAIN MONGEAU : Nicola Cruz, qui aime bien Mutek, nous a contactés pour signifier son désir de venir avec du nouveau matériel. Nous avons eu alors un dialogue avec lui, il nous a présenté Machina, une artiste sud-coréenne qui réside au Japon. Ça devenait un programme cohérent présenté à la SAT.

PAN M 360 : Jeudi?

ALAIN MONGEAU : Le programme Nocturne de jeudi soir au MTELUS, dans mon jargon à moi, est un peu bâti comme un cabaret électronique. La plupart du temps, nos programmes visent un flot continu, mais dans ce cas-ci ce sont davantage des shows avec un angle scénique important. Plusieurs artistes sont des points d’ancrage, entre autres l’Italienne Catarina Barbieri, que j’adore et que j’ai vue dans différents MUTEK à l’étranger et que je voulais faire revenir à Montréal mais ce n’était jamais le bon temps jusqu’à cette fois-ci, car elle a un nouveau show à offrir. C’est sublime, c’est aérien… je viens d’écouter son nouvel album en vélo et… c’est parfait! Dans le même contexte, nous avons l’artiste catalane Marina Herlop, qui suggère un genre de folklore méditerranéen avec chorale dans un contexte électronique. Nous accueillons aussi de nouveau le saxophoniste norvégien Bendik Giske qui fait usage de la respiration circulaire, et dont la présence sur scène est très forte. Encore là, ce genre de programme se rapproche de la performance en art contemporain. 

PAN M 360 : Vendredi…

ALAIN MONGEAU : Nous avons une soirée typiquement techno au MTELUS, construite autour de la présence de Planetary Assault Systems, piloté par le pionnier britannique Luke Slater qu’on connaît depuis près d’une trentaine d’années. Voilà une valeur sûre autour de laquelle nous avons brodé. Nous avons par exemple le très bon artiste canadien Aquarian, qui habite Berlin et qui a présenté sa musique dans le contexte d’autres MUTEK à l’étranger. 

PAN M 360 : Samedi…

ALAIN MONGEAU : C’est notre plus grosse soirée qui se termine aux petites heures, le MTELUS a finalement pu obtenir la dérogation nécessaire, alors ça se termine à 6h dimanche matin. La soirée est axée autour du Britannique Koreless, dont la musique rappelle un peu Oneothrix Point Never, mais en plus orchestral et choral je dirais. L’an dernier, son album fut l’un des meilleurs du genre. Dans le même programme, nous avons aussi Loraine James du Royaume-Uni, nous avons également Afriqua des États-Unis, un artiste qu’on aime bien mais qui n’a pas l’habitude de présenter des productions en live.

PAN M 360 : Plus intimiste, la soirée de dimanche se passe à la SAT et il y a évidemment des séries importantes au-delà de celles énoncées.

ALAIN MONGEAU : Le jeudi et le vendredi, effectivement, nous présentons des contrastes. Le jeudi, pendant qu’on est en mode cabaret électronique au MTELUS, nous sommes dans la techno arty à la SAT, avec notamment Nik Colk Void qui est la moitié du duo Factory Floor, qui a déjà travaillé jadis avec Chris & Cosey, donc électro avec un angle post-industriel, une performance de synthés modulaires. C’est donc un programme techno mais plus artistique, plus proche de l’art contemporain, une soirée exigeant plus d’écoute, plus d’attention. Le lendemain vendredi, on est aussi en contraste avec le MTELUS, cette fois entre autres avec le duo Tarta Relena, qui sont les choristes de Marina Herlop et qui offrent aussi une sorte de folk catalan dans un contexte technologique. Samedi à la SAT, il y a mon plaisir secret, Gabber Modus Operandi, d’Indonésie, sorte hardcore électronique néopunk, assorti de sonorités indonésiennes. J’ai vu ces artistes en Pologne en 2019, ça m’a soufflé. Ça ne ressemble à rien!

PAN M 360 : C’est aussi le retour de la série A/Visions, consacrée à l’audiovisuel.

ALAIN MONGEAU : Oui et nous avons des soirées super intéressantes dans cette série signature où les artistes créent des outils spécifiques pour leurs performances. Je pense aux Français Cyril Méroni et Olivier Vasseur qui présentent Advienne dans A/Visions 2, le samedi, un projet incluant laser, projection vidéo et percussion. La veille, on aura eu droit à ScanAudience de SCHNITT & Gianluca Sibaldi qui usent d’une technologie avec des senseurs, pour ainsi capter en temps réel des données du public et les réinjecter dans leur performance devant ce même public. 

PAN M 360 : Et il ne faut pas oublier l’important volet gratuit de MUTEK Montréal.

ALAIN MONGEAU : La série Expérience est présentée pour la première fois sur l’Esplanade tranquille. C’est essentiellement une programmation locale et nationale mais aussi nous y invitons des artistes internationaux en salle à venir faire un DJ set, je pense entre autres à Luke Slater et Machina, que l’on présente en DJ. Quiconque n’a pas de budget concert ou ne désire pas prendre de risques en s’achetant des places en salles peut assister à cette série gratuite et présentée à l’extérieur. La série Expérience est d’autant plus importante, car elle est un point de convergence, dès 17 h.

On savait que Mack MacKenzie avait des racines Mi’kmaq lorsqu’il était un artiste émergent… quatre décennies plus tôt. Cependant, son identité autochtone n’était pas un vecteur important de son expression, le chanteur, musicien et parolier était alors le frontman de la formation anglo-montréalaise Three O’Clock Train, alors dans la mouvance country-folk-rock-americana de l’époque, de Kris Kristofferson à John Mellencamp. 

Les décennies ont passé, Three O’Clock Train a disparu des radars montréalais, pendant que Mack MacKenzie poursuivait sa route en solo ou en groupe. En cette période de renaissance culturelle des peuples indigènes du Canada, notre interviewé ressurgit dans l’espace public  canadien et québécois, à commencer  par le festival Présence autochtone où il se produit trois fois, notamment ce lundi au Quai des Brumes et jeudi à la Place Émilie-Gamelin.

PAN M 360 : Bonjour Mack ! Je pense que la dernière fois que je t’ai parlé, c’était il y a environ trois décennies. Donc tu es toujours là !

MACK MACKENZIE : Oui  bien sûr! Alors comment ça va ?

PAN M 360 : Très bien ! Et toi ? Alors qu’as-tu fait ? Depuis la fin des années 90, par exemple, tu as exercé ou tu as exercé d’autres métiers?

MACK MACKENZIE : Oui je vais bien!  Après, après avoir sorti un disque solo dans les années 90, j’ai commencé à travailler pour le Cirque du Soleil pendant 10 ans. 

PAN M 360 : En tant que musicien ?

MACK MACKENZIE : Oui, j’ai commencé comme musicien, puis je suis passé à l’administration, comme coordinateur de tournée. Et puis, quand j’ai terminé vers 2000, j’ai retiré mes licences pour toutes les sorties de Three O’Clock Train et mes enregistrements solo, et je les ai tous remasterisés. Puis j’ai créé mon propre label lorsque l’Internet a détruit l’industrie musicale. C’était donc davantage un monde  DIY, bien sûr, auquel j’étais déjà habitué. J’ai donc sorti un nouvel album, Ride for Glory, et j’ai recommencé à faire des tournées, que je fais toujours aujourd’hui. De plus, Three O’Clock Train a sorti un album intitulé Moon en 2013.

PAN M 360 : Tournes-tu dans le circuit des Premières Nations ? 

MACK MACKENZIE : Non, je suis dans le circuit rock indé  ou punk rock qui m’a embrassé depuis le début de ma carrière. Je travaillais donc dans ce circuit lorsque j’ai recommencé à tourner, jusqu’à ce que la pandémie commence. En 2020, j’ai fini par annuler plus de 80 spectacles, c’est dur depuis.  Mais j’ai fait quelques enregistrements et de l’écriture. Je suis en train d’enregistrer un nouvel album avec Howard Bilerman.

PAN M 360 : Howard Bilerman de hotel2tango ? Très cool ! Ce producteur est très doué !

MACK MACKENZIE : Oui, il l’est vraiment. Il est devenu  un ami et nous prenons beaucoup de plaisir à travailler ensemble. Après ces concerts à Présence Autochtone, je vais y retourner en studio pour finir l’album entier à ses côtés. 

PAN M 360 : Comment exactement Howard Bilerman est impliqué dans l’aspect production ?

MACK MACKENZIE : C’est plutôt de la coproduction, je fais aussi la production et le mixage.  Nous enregistrons avec des guitares, des basses et des batteries. Nous travaillons avec des musiciens expérimentés, certains ont joué avec de grands groupes comme Smashing Pumpkins.

PAN M 360 : Vous êtes donc sur la bonne voie !

MACK MACKENZIE : Oui, nous avons même d’autres projets pour le début de l’année prochaine. Howard a eu une idée folle : un musée à Calgary a acheté le studio mobile des Rolling Stones il y a quelques années et, au lieu de le moderniser, ils l’ont restauré avec le matériel de 1968. Nous voulons donc l’utiliser !

PAN M 360 : Allez-vous sortir votre prochain album sur votre propre label ?

MACK MACKENZIE : Nous sommes en discussion avec d’autres labels pour des accords de licence. Mais je peux toujours le sortir sur mon propre label.

PAN M 360 : Bien. Donc tu vas sortir l’album cette année ou au début de l’année prochaine ?

MACK MACKENZIE : Bonne question. Tu sais, c’est toujours une question de timing. Je ne peux le sortir quand nous sommes sur la route. Donc, je pense que ce sera vers la fin de cette année. Je dois donc respecter le calendrier !

PAN M 360 : Es-tu toujours basé à Montréal ? 

MACK MACKENZIE : Je n’ai jamais quitté Montréal depuis que j’y suis arrivé dans les années 70. Avant de vivre ici, je n’avais jamais vu de bus, de métro et de gratte-ciels. Je ne connaissais pas non plus le hockey !  J’habitais alors à Milton Park, puis je me suis marié et nous avons acheté une maison à Ahuntsic. Montréal est ma ville d’adoption, j’adore. J’aime les gens, j’aime le Québec. J’ai fait des tournées partout dans le monde et Montréal reste ma ville préférée.

PAN M 360 : Si je me souviens bien, tu as des origines micmaques.

MACK MACKENZIE : Exact. J’ai grandi dans une ferme de poulets dans la région de Lewiston, dans l’état du Maine – pas très loin de Portland et Old Orchard.

PAN M 360 : Ta famille était-elle proche de la communauté Mi’kmaq à cette époque ?

MACK MACKENZIE : Pas du tout. Mes parents ne l’étaient pas, j’étais le seul Mi’kmaq  sur la ferme haha !

PAN M 360 : Tu es donc le premier de ta famille à avoir des relations avec les Premières Nations.

MACK MACKENZIE : On peut dire ça.

PAN M 360 : Tu dois alors te réjouir de cette renaissance de la culture aborigène canadienne, ta  musique ne s’en porte-t-elle pas mieux?

MACK MACKENZIE : Oui, c’est très, très encourageant pour beaucoup de jeunes musiciens autochtones, et ça l’est également pour moi qui arrive là-dedans. C’est bien d’avoir une voix qui porte!

Mack Mackenzie se produit ce lundi soir au Quai des Brumes et jeudi soir à la Place Émilie-Gamelin.

De l’oralité autochtone à la musique écrite de notre ère occidentale, deux mondes tentent une pratique interculturelle, un partage de pratiques et connaissances dans le monde des créations de l’esprit. Poésie autochtone et musique contemporaine sont ainsi réunies. Intitulé Quelque part et autres lieux ce programme est présenté dimanche, 19h, à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque.

Ce programme est présenté par Terres en vues, Forestare et le Nouvel Ensemble Moderne (NEM), dans le contexte du  Festival international Présence autochtone, en partenariat avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec, et avec la collaboration de la Virée classique de l’OSM.

On parle ici d’un plat de résistance pour ce programme, composée par le Montréalais Tim Brady (Bradyworks, Instruments of Happiness, etc.) :  la création de Uiesh (2019), pour voix et 14 instruments, d’après des poèmes en innu‐aimun de la poète Joséphine Bacon, tirés du recueil Uiesh – quelque part (Mémoire d’encrier, 2018). Avec la soprano inuite Deantha Edmunds, les musiciens et musiciennes du NEM.

PAN M 360  : Les poèmes innus de Joséphine Bacon ont été le point de départ. Que t’a inspiré cette lecture?

TIM BRADY : J’ai aimé le caractère direct du langage, mais aussi la sophistication et la résonance des images.  Les poèmes font aussi souvent référence à la musique – « je chante », « un air mélodique » – et il m’a semblé naturel de les mettre en musique.

PAN M 360  :« De l’oralité à la musique écrite; du geste à la sonorité; du mouvement à la ligne musicale; il est ici question de découvrir l’autre, de s’ouvrir aux sensibilités de chacun et de partager ses richesses. » Que penses-tu de cette présentation officielle?

TIM BRADY : Oui – comme Zappa ou Monk sont réputés avoir dit : « Parler de musique, c’est comme danser sur l’architecture » !  Il est difficile d’articuler précisément ce qu’est la musique et comment elle fonctionne (à part le jargon technique que nous, musiciens, utilisons… mais cela ne va pas plus loin).  Au départ, ce projet consistait simplement à travailler avec le poème de Joséphine. D’artiste à artiste.  Mais il est évident qu’il touche à des questions sociales plus larges, je pense que c’est ce qu’ils essayaient d’obtenir dans la présentation officielle.

PAN M 360  : Qu’y a-t-il à ajouter? Quelle est ici l’idée préliminaire d’un dialogue entre l’expression poétique autochtone et ta musique?

TIM BRADY : J’aime écrire pour la voix, et les poèmes de Joséphine se prêtent vraiment bien à la musique, du moins pour moi. Travailler dans une langue non-européenne était aussi un défi intriguant, cela m’a vraiment forcé à écouter le son de la langue, puisque je n’ai pas accès au sens direct.   En outre, comme beaucoup de Canadiens, je suis de plus en plus conscient de la nécessité de jeter des ponts avec les peuples indigènes du pays et si cette collaboration peut faire partie de ce processus, tant mieux.

PAN M 360  : Quelles ont été les étapes conscientes ou inconscientes du processus créatif?

TIM BRADY : Au fond, l’écriture musicale est très instinctive.  Je m’assois simplement dans mon studio de musique et j’écoute la musique qui apparaît dans ma tête. Je fais cela depuis 42 ans, j’ai donc beaucoup d’expérience et de nombreuses stratégies pour faire avancer les choses, pour aider le processus inconscient.  Mais essentiellement – il faut juste entendre la musique d’une manière ou d’une autre, quelque part. Dans le meilleur des cas, cela ressemble presque à la transcription d’une musique qui existe déjà.

PAN M 360  : Quelle forme générale voulais-tu donner à cette œuvre au départ?

TIM BRADY : Je savais que je voulais faire plusieurs poèmes, mais que la pièce serait jouée en continu. Je voulais que la pièce soit perçue comme un geste unifié et non comme sept courtes chansons. Il y a une certaine intensité dans l’exécution et l’écoute qui vient avec les formes continues que j’aime.  Mais bon, cela dit, j’ai aussi écrit beaucoup de cycles de chansons.  J’essaie de laisser le matériau me dire quoi faire et les poèmes de Joséphine me semblaient mieux adaptés à cette approche plus continue.

PAN M 360  : Comment cela s’est-il développé?

TIM BRADY : La composition du morceau s’est déroulée à peu près comme prévu. Parfois, cela arrive, on ne peut jamais savoir.

PAN M 360  : Comment le choix du NEM et Lorraine Vaillancourt des musiciens de Forestare et de Deantha Edmunds s’est-il fait?

TIM BRADY : Ce projet s’est naturellement mis en place et (pour une fois !), je n’ai pratiquement rien eu à faire avec la programmation ou la production.  J’ai déjà travaillé avec NEM et je connais Forestare (le monde des orchestres à guitares multiples est très petit ! – ie : Instruments of Happiness), c’est donc un accord naturel. Ma pièce n’implique que NEM, la collaboration avec Forestare porte donc sur un programme plus vaste. Lorraine dirige ma pièce avec NEM et Deantha.

PAN M 360  :Comment l’imaginaire musical autochtone rejaillit-il dans la pièce? Quel est en ce sens le rôle de la soliste autochtone (inuite) Deantha Edmunds qui interprétera des mots en innu, qui n’est pas sa langue inuktitut?

TIM BRADY : Je ne fais aucune référence à la musique indigène dans ce travail. J’écris à partir de mon expérience personnelle et j’entends ce que j’entends.  C’est ainsi que j’entends les mots de Joséphine, mis en musique.  C’est aussi simple que cela. Le rôle de Deantha est de chanter les notes et de donner vie aux mots . Le fait qu’elle soit elle-même une artiste indigène ajoute un autre élément à la collaboration, et contribue également à un dialogue culturel sain.

PAN M 360  : Cette pièce est-elle enregistrée ?

TIM BRADY : Ce serait formidable de pouvoir diffuser un enregistrement de la pièce au public, mais faisons d’abord la première avant de planifier la tournée mondiale…. !!!

Quelque part et autres lieux présente également l’ensemble de guitares et contrebasse Forestare

Le directeur musical et fondateur de Forestare, Alexandre Éthier, nous cause en outre des deux pièces au programme exécutées par son ensemble:

Xavier Farías (Chili, 1978), extraits de Arauco; por fuerte, principal y poderosa… (2006), pour guitare flamenco, guitare classique, ensemble de guitares classiques, contrebasse et narration, d’après La Araucana (1569, 1578 et 1589), poème épique espagnol de Alonso de Ercilla y Zuniga, traduit en français moderne interprétés par Forestare. Narration par Andrée Lévesque-Sioui Alexandre Éthier (Canada, 1978).

Garder le feu (2022) pour ensemble de guitares classiques, accompagnant des poèmes de Andrée Levesque-Sioui, tirés du recueil Chant(s) (Éditions Hannenorak, 2021), lus par l’autrice.

PAN M 360 Comment l’exécution de Garder le jeu est-elle construite?

ALEXANDRE ÉTHIER : Francis Brunet-Turcotte, Olivier Labossière et moi-même avons créé l’environnement musical de cette lecture. d’Andrée Levesque Sioui qui a écrit le poème. Elle renoue avec sa langue Wendat qui est une langue perdue que nous pouvons entendre lors de la narration. Notre musique pas une œuvre mais plutôt un accompagnement au texte poétique, y a aucune prétention compositionelle là-dedans.

PAN M 360 : La première oeuvre du collègue chilien Xavier Farias a été déjà jouée plusieurs fois par votre ensemble. Comment l’inteprétation a-t-elle évolué ?

ALEXANDRE ÉTHIER : Notre excution d’Arauco est tellement supérieure aujourd’hui à tous niveaux : le chef, l’ensemble, le texte que l’ai complètement remanié pour qu’il soit compréhensible.

PAN M 360 : Forestare, il faut le rappeler, a toujours été soucieux de diffuser les œuvres de cutures autochtones des Amérique, et ça continue, n’est-ce-par?

ALEXANDRE ÉTHIER : Oui depuis le début on est avec les Premières Nations et peuples autochtones.

PAN M 360 : Il y a donc une partie Forestare au programme, et une autre assumée par le NEM. Aucune interaction entre les 2 ensembles?

ALEXANDRE ÉTHIER : L’année dernière on avait un magnifique projet avec le NEM son ancien directeur artistique Normand Forget … il n’est plus là et le NEM a annulé la suite que le compositeur Andrew McDonald avait initiée avec 3 artistes autochtones, l’an dernier – Quentin Condo, Laura Niquay et Anachnid. C’était une œuvre avec ensemble réduit de Forestare et le NEM, puis on devait poursuivre avec les deux ensembles complets mais… la directrice Lorraine Vaillancourt n’a pas voulu de Forestare et indiqué que le NEM jouerait plutôt l’œuvre de Tim Brady.

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