Haruna Kimishima est connue au Japon sous le pseudo Haru Nemuri. Sans prétendre à une connaissance pointue de l’actuel spectre musical nippon, il est aisé de reconnaître le talent de cette artiste qui fera probablement un gros boum à Pop Montréal ce samedi.
Typhon de poésie punk et de rap, esthétique hardcore assortie de composantes virtuoses, la musique de cette artiste brillante implique aussi des référents J-Pop, bruitistes ou électro.
On lui doit 3 albums et un EP depuis 2018 : Harutosyura (2018), Kick in the World (EP, 2018), Lovetheism (2020), Shounka Ryougen (2022). Déjà, on peut parler de profondeur et de constance sur toute la ligne.
PAN M 360 vient de sauter dans le train, nous avons vraiment insisté pour que soit rendue possible la conversation qui suit avec Haru Nemuri, jointe au Japon cette semaine.
PAN M 360 : Comment voyez-vous la progression de votre art depuis vos débuts?
HARU NEMURI : J’ai fait de la musique en voulant devenir plus forte, plus belle et plus digne.
PAN M 360 : Quelles auraient été les principales étapes?
HARU NEMURI : Je pense que l’on progresse en ne cessant jamais de remettre en question la société et soi-même.
PAN M 360 : Êtes-vous autodidacte ou avez-vous également reçu une formation musicale?
HARU NEMURI : Je suis autodidacte.
PAN M 360 : Comment avez-vous construit ce langage de sons?
HARU NEMURI : Je ne sais pas, pour être honnête (rires). J’utilise activement des choses qui ont un caractère sacré, des choses qui ont un caractère destructeur, et des choses qui produisent une atmosphère irrésistible.
PAN M 360 : Bien sûr, on observe différentes influences cruciales : punk hardcore, avant rock, rap, avant pop, noise, synthpop, post-minimalisme, nujazz, pour n’en citer que quelques-unes. Comment décririez-vous les styles et les influences du Japon, de l’Occident et d’autres parties du monde?
HARU NEMURI : En ce qui concerne la musique japonaise, je suis d’abord tombé amoureux des groupes classés dans la catégorie ROCKIN’ON-kei . Pour ce qui est de la musique occidentale, j’aime les groupes alternatifs et hardcore et en Russie le punk et le hip-hop.
PAN M 360 : Il ne semble pas y avoir de séparation entre la culture expérimentale et les formes populaires dans votre approche. Comment la voyez-vous vous-même?
HARU NEMURI : Pour moi, je pense qu’il est intéressant de faire coexister les deux et je crée consciemment cet état.
PAN M 360 : Pour reprendre votre expression, vous êtes « plus proche de l’idéal », meilleure dans la composition et le jeu. Comment travaillez-vous dans votre studio?
HARU NEMURI : Je ne peux pas encore vraiment voir la destination de l’idéal, mais je pense en être plus près. En gros, je fais toutes les chansons à la maison et ensuite, dans le studio, je prends souvent le temps d’enregistrer et je passe du temps à mixer.
PAN M 350 : Quelles sont les principales différences entre l’album LOVETHEISM et SHUNKA RYOUGEN, vos deux derniers?
HARU NEMURI : Je pense que SHUNKA RYOUGEN comporte un espace vide permettant l’existence des autres enregistrements.
PAN M 360 : Le calibre musical est top! Pouvez-vous nous dire comment vous avez construit votre ensemble d’instrumentistes?
HARU NEMURI : Selon la situation, le cas, et le morceau de musique, je décide à chaque fois avec qui je veux travailler, qui se joindra à la performance. Aussi, je décide avec qui jouer en fonction de leur comportement, Ils doivent être cool et pas discriminatoires.
PAN M 360 : Qui joue quoi dans le studio
HARU NEMURI : Selon la chanson, la guitare, la basse et la batterie sont souvent jouées par des musiciens spécialisés dans chacune de ces disciplines, selon le contexte.
PAN M 360 : Comment cela se traduit-il sur scène? Quel est le matériel? Qui joue avec vous? Quel est l’aspect visuel de votre spectacle? Quel est l’aspect scénique? Y a-t-il beaucoup de musique électronique impliquée dans l’exécution?
HARU NEMURI : J’entends souvent mon propre son à travers un moniteur. À partir de l’ordinateur, par le biais d’une interface, le son est émis par deux amplis de guitare, un ampli de basse et des haut-parleurs. Le micro passe par un effecteur vocal. Mon manager fait fonctionner l’ordinateur et contrôle la sortie du son.
PAN M 360 : La plupart de vos fans internationaux ne comprennent pas la langue japonaise. Ils ressentent des intentions poétiques et ils aiment la musique. Est-ce que cela vous convient?
HARU NEMURI : Bien sûr. Cela donne beaucoup de sens à mon choix d’utiliser la musique comme moyen d’expression.
PAN M 360 : Voyez-vous votre métier comme l’écriture de chansons ou la composition incluant des mots et des mélodies à travers une proposition musicale?
HARU NEMURI : Je pense que ce serait le second – composition incluant des mots et des mélodies à travers une proposition musicale.
PAN M 360 : Vous pouvez jouer dans de nombreux types de festivals. Quels sont vos événements préférés? Où vous produisez-vous principalement en Asie et dans le reste du monde?
HARU NEMURI : Tous les événements auxquels j’ai participé jusqu’à présent ont été formidables. Je n’ai pas vraiment de lieu spécifique où je me produis toujours, mais en Asie, ce serait à Tokyo et à Taiwan. Pour le reste du monde, je vais en Europe et en Amérique. J’aimerais aller partout.
PAN M 360 : Voilà, c’est tout! Merci pour vos réponses et bon vol vers Montréal! HARU NEMURI : Merci beaucoup!
À l’évidence, l’album Niineta s’inscrit parmi les enregistrements d’envergure issus de culture autochtone contemporaine. Les rythmes lents, d’une lourdeur dramatique et la linéarité organique de ce périple de dix pièces inter-reliées se démarquent clairement du paysage sonore dépeint par les artistes issus des premiers peuples d’Amérique du Nord.
Ainsi, le chanteur et producteur Joe Rainey a fait un grand pas : ses valeurs autochtones de la méditation et de la connexion contemplative avec l’univers se trouvent assorties d’un discours électronique hors du commun. Ambient, dub, industriel, techno ou post-minimalisme se fondent ainsi dans le pow-wow d’un autre type.
Le chant traditionnel de cet artiste ojibwe s’inscrit donc dans un nouveau contexte, à la fois soucieux de la tradition orale et d’un saut vertigineux dans le présent et l’avenir. L’univers numérique devient ici un complément parfait à l’expression de cet artiste soucieux d’actualiser le legs musical de ses ancêtres.
Puisque Joe Rainey figure au même programme que Tortoise ce samedi, dans le contexte de Pop Montréal, PAN M 360 marque le coup et joint l’artiste chez lui, dans la région de Green Bay, Wisconsin.
Nous parlerons essentiellement de l’excellent Niineta, coproduit avec son collègue Andrew Broder, musicien et producteur électronique de Minneapolis. Rappelons que l’album a été rendu public en mai dernier sous étiquette 37d03d.
PAN M 360 : Vous êtes basé dans une zone urbaine, n’est-ce pas?
JOE RAINEY : Je suis un Ojibwe de la réserve Red Lake du Minnesota. Je sui toutefois né à Minneapolis où j’ai grandi. Je n’ai jamais vécu pendant une longue période dans la réserve de Red Lake, mais j’y suis souvent allé en visite. Je suis donc un autochtone urbain.
PAN M 360 : On le constate effectivement dans votre intérêt profond pour la musique électronique et autres formes expérimentales. En même temps, il est impossible de dire que vous n’êtes pas proche de vos racines. Wow!
JOE RAINEY : Les gens pourraient réduire mon travail à de la musique pow-wow chantant avec des beats électros mais… c’est en fait quelque chose dont je suis très fier. La fusion musicale qui s’est opérée avec mon ami Andrew Broder est constituée de compositions originales de ma part. Elles ont été réalisées en écoutant ce que Andrew Broder m’a envoyé au fur et à mesure. Je me suis donc assis à l’endroit même d’où je vous parle, et j’ai créé chaque chanson que vous entendez, moulée dans le beatmaking suggéré par Andrew.
PAN M 360 : Le résultat est très spécial, sans aucun doute.
JOE RAINEY : Merci! Mais au début, vous savez, je n’avais pas l’intention de le rendre public. Ce que vous avez entendu devait être un projet personnel. Or, vers la fin de ce processus, j’ai commencé à penser à qui j’étais en tant qu’artiste autochtone contemporain. Et si j’avais quelque chose à dire, ce serait exactement ça. Alors j’ai voulu aller vers ça, avec tout ce qui était derrière moi, tout ce que je connaissais de ma culture musicale et qui m’avait précédé.
PAN M 360 : Vous voulez dire que votre vie personnelle et votre culture sont les fondements de votre musique.
JOE RAINEY : Oui, je n’ai pas fait cela tout seul, c’est juste l’idée que j’avais dans ma tête que vous entendez. Donc je voulais exprimer cette idée d’une manière ou d’une autre et j’avais un ami qui m’a aidé.
PAN M 360 : Il y a maintenant quelques artistes indigènes impliqués dans de nouvelles formes de musique, instrumentale ou électronique, mais nous ne connaissons pas vraiment d’autres musiques d’ambiance de ce type! De même, la musique avec une harmonisation raffinée comme vous le suggérez est rare.
JOE RAINEY : Eh bien, certaines musiques d’église dans la culture indigène comportent des harmonies, ce n’est pas si nouveau. Cependant, je n’étais pas inspiré par cette musique…Je peux aussi indiquer que certains chants pow-wow sont des harmonisés. Et quand Broder m’a dit « Hé, tu sais que tu en as? », j’ai répondu « Non, je ne savais pas ». Et certaines de mes prises ont fini par s’harmoniser naturellement, avec l’aide de mon collègue.
PAN M 360 :Comment décririez-vous ce qui vous est venu à l’esprit pour accomplir ce travail important?
JOE RAINEY : Collaborer au cours des cinq ou six dernières années avec différents artistes qui ont été samplés, cela a en quelque sorte créé un espace dans mon esprit pour que cette créativité puisse fleurir. Pendant ce temps de création, j’écoutais aussi des expériences autochtones de musique électronique, A Tribe Called Red par exemple. Donc je pense que tout ça s’est agglutiné dans mon esprit. Et puis tout est sorti pendant la quarantaine, juste avec la possibilité d’avoir ce temps pour vraiment intérioriser. Tout ce que j’ai fait dans cet album a été fait pendant la quarantaine, dans cette pièce, avec ces instruments et ces ordinateurs.
PAN M 360 : Avant la pandémie, que faisiez-vous? On ne disait pas que c’était totalement différent, ou que vous étiez des producteurs électroniques qui chantaient.
JOE RAINEY : Je suis un chanteur de pow-wow depuis un bon moment. Je suis aussi un archiviste. Je récolte, je compose, j’enregistre, je chante. De plus, j’ai un emploi de jour parce que j’ai une famille à soutenir. Mais j’ai eu la chance de rencontrer des gens par le biais de la musique, ça m’a vraiment ouvert mon côté musical qui a toujours été là toute ma vie. Cet album est donc le point culminant de toutes ces années de travail, recherche et de rencontres, j’ai peut-être créé mon propre truc.
PAN M 360 : Quel genre d’archiviste êtes-vous?
JOE RAINEY : J’utilise des archives de toutes les périodes à partir des années 40. Je connais quelqu’un qui les a toutes, donc je peux travailler avec cette matière.
PAN M 360 : Comme Jeremy Dutcher au Canada?
JOE RAINEY : Vous savez, j’ai eu quelques conversations au cours desquelles il m’a été présenté. L’album qu’il a fait, est très beau, très bien conçu. Mais jusqu’à récemment, je ne le savais pas. Et c’est tout à fait dans mes cordes.
PAN M 360 : Comment jouez-vous cette musique en concert?
JOE RAINEY : Andrew Broder et moi nous produisons en duo. Nous nous connaissons depuis un certain nombre d’années, nous avons fait des choses ensemble avant cet album. Et il a laissé la porte ouverte pour que je puisse lui demander de l’aide. Donc je lui ai demandé d’aider et il a été impliqué dans tout le processus. Il est l’autre moitié, il est plus responsable de la production, et moi de l’aspect vocal.
PAN M 360 : Êtes-vous aussi impliqué dans la production?
JOE RAINEY : Oh oui! Beaucoup de samples que vous entendez sont mes samples, donc je l’ai coproduit, en échangeant des informations et de la musique pendant la quarantaine et ce n’était jamais un processus difficile, jamais un processus difficile de travailler avec Broder, juste parce que c’était si naturel. Broder m’a envoyé une longue série de beats et de sons. J’ai dû réfléchir à ce que je voulais chanter et à ce que je voulais transmettre.
C’est comme chacun d’entre nous définissait la phrase de l’autre.
PAN M 360 : Y a-t-il une proposition audiovisuelle à votre concert?
JOE RAINEY : Pas exactement. Nous essayons de laisser chacun faire l’expérience de la musique, en déterminer le sens. Seulement à travers le son, nous voulions que les gens passent par beaucoup d’émotions, que ce soit heureux, triste, effrayé, doux ou fort. Nous voulions juste que les gens s’immergent complètement, qu’ils ressentent vraiment ce qu’ils entendent, plus que ce qu’ils voient.
PAN M 360 : Seriez-vous d’accord avec l’idée que votre travail peut aussi relever de la transe ou de la méditation?
JOE RAINEY : C’est aussi de cette façon que je l’ai envisagé.
Il y a dans le Larousse deux acceptions du mot « Ambroisie » : « Selon les anciens Grecs, substance à base de miel servant de nourriture aux dieux et qui leur procurait l’immortalité » ou bedon « Liqueur obtenue par macération de coriandre, de clous de girofle et d’anis vert dans un mélange de vieille eau-de-vie et de vin blanc vieux ». Tout ça vient renforcer notre conviction qu’Eugénie Jobin a choisi avec soin son alias artistique, Ambroise. C’est que son expertise réside – entre autres – dans le soupesage des mots, puis des notes, et ensuite dans leur union prosodique. Ambroise est versée dans les vers qu’on fait vivre à plein en les chantant. Bienvenue, son plus récent recueil, a été bâti avec comme matériau de base les poèmes de Geneviève Desrosiers, poétesse disparue beaucoup trop tôt. Elle a répondu aux questions de Pan M 360 deux petites journées avant sa prestation au Ritz PDB, à l’occasion de Pop Montréal.
Pan M 360 : Le potentiel musical de la poésie te fascine, manifestement. Tu as musicalisé les poèmes de Paul-Marie Lapointe et de Marie Uguay, puis ceux de Geneviève Desrosiers sur Bienvenue, lancé en mars dernier. Y a-t-il là-dedans un désir de faire rayonner davantage des textes qui le méritent?
Ambroise : Je me souviens d’avoir entendu un poète dire que, pour lui, la poésie devait être déclamée, pour qu’on en entende toute la musicalité et le rythme. Ça m’est resté, cette notion selon laquelle les poèmes ne sont pas tellement faits pour être lus dans notre tête. Donc, les chanter constitue une autre façon de les dire à voix haute. Ça met en valeur leur musicalité, ça nous donne le moyen d’extraire les mots. Comme musicienne et chanteuse, je trouve ça fascinant et enrichissant de travailler avec les mots de quelqu’un comme Geneviève Desrosiers, de les amener en chansons. Je ne sais pas ce que les poètes en penseraient, car je n’ai jamais travaillé avec des poètes vivants.
Pan M 360 : Il y a une longue tradition de mise en musique; si on se limite à la chanson populaire relativement récente, Léo Ferré avait chanté Baudelaire, Verlaine et ainsi de suite. Ici, il n’y a pas si longtemps, Sylvie Paquette a chanté Anne Hébert.
Ambroise : Et même avant, les compositeurs classiques ou romantiques mettaient des poèmes en musique, comme les lieder et tout ça. Ça remonte à il y a très très longtemps, donc.
Pan M 360 : De quelle manière as-tu mis en musique les poèmes Geneviève Desrosiers? Crées-tu une trame à la guitare ou au synthé, pour ensuite faire du peaufinage prosodique?
Ambroise : Parfois, je pars de la guitare, comme pour Bienvenue, où je l’ai fait pour toutes les pièces sauf deux au piano. Ou souvent dis le poème, je pars de la voix, j’essaie d’improviser une mélodie. C’est important pour moi de ne pas trop étirer le texte, de ne pas trop le couper, de mettre les accents aux bons endroits. Ensuite, je construis une chanson autour de la forme du texte, souvent à la guitare.
Pan M 360 : En matière d’ornements et d’arrangements, on sent un parti-pris minimaliste visant sans doute à faire ressortir sa parole?
Ambroise : Oui, en général comme musicienne je penche plus vers le minimalisme. Pour ce projet en particulier, ça tenait à quelque chose de plus cru. Ce sont des poèmes qui ont été publiés après le décès de Geneviève Desrosiers, et plusieurs d’entre eux n’étaient pas terminés. Donc, pas nécessairement destinés à être publiés. Il y a un aspect assez brut dans cette poésie. C’est donc la manière que j’ai trouvée pour les traduire en musique. On a tout enregistré en direct, tout le monde ensemble, les voix aussi. C’était très direct, à découvert.
Pan M 360 : Rayon genres ou sous-genres musicaux, tes œuvres ratissent assez large : ça s’étend du jazz au grunge, en passant par le folk et le lo-fi. Y a-t-il des époques ou des mouvements musicaux qui t’influencent particulièrement?
Ambroise : Oui, je ratisse assez large dans mes goûts, dans ce que j’écoute. Mais je ne me suis pas concentrée sur une époque. Puis, j’ai étudié en jazz, comme la plupart des musiciens avec lesquels je joue. Ça fait donc partie du langage. Sinon, j’écoute de la chanson, du folk, du rock, de la musique électronique, contemporaine, minimaliste. C’est assez varié, en fait.
Pan M 360 : Outre tes études en jazz, quelle est ta formation musicale, notamment en matière vocale? Tu maîtrises bellement ta voix.
Ambroise : J’ai étudié à McGill en vibraphone jazz et à l’Université de Montréal en chant jazz.
Pan M 360 : Olivia Faye Lathuillière a réalisé un clip très touchant pour Elle. Dans ce poème, Geneviève Desrosiers dit « Elle a construit mille et un navires qu’elle a déposés sur vos rives ». Quelles rives voit-on, dans la vidéo?
Ambroise : Olivia a tourné le clip en France, sur le bord de la mer. Elle ne voulait pas que ce soit trop référentiel, donc on n’y voit pas de repères français. En fait, même si le clip avait été tourné au Québec, j’aurais aimé qu’il n’y ait pas de repères non plus.
Pan M 360 : Quelle sera la configuration du concert du vendredi 30 septembre à Pop Montréal? Seras-tu accompagnée de musiciens ou solo?
Ambroise : On sera quatre, formule groupe complet. J’en suis super contente, parce que j’ai fait beaucoup de trucs en solo au cours des dernières années. Il y aura Gabriel Drolet à la basse, on joue ensemble depuis longtemps, il est sur tous mes albums. À la batterie et aux percussions, ce sera Mili Hong, qui est très douée. Et à la guitare, Gabi Tome, qui est avec nous depuis le lancement en mars.
Pan M 360 : Merci énormément Eugénie, bon concert à Pop Montréal vendredi!
Photo : Francis Leduc.
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En une sizaine d’années (2016-2022), Lydia Képinski a jeté les bases d’un corpus poético-musical pas piqué des hannetons. Oui, on la remarque pour son don de parolière, mais son don de compositrice s’avère tout aussi remarquable : Lydia Képinski explore fort, elle navigue avec goût et doigté dans les courants pop. Depuis, sa deuxième galette complète, nous a été proposée en avril dernier. On a eu le temps d’écouter ces dix tounes en masse, puis voici le moment où l’on pourra voir et entendre leur créatrice les interpréter, sur scène. En pleine période de répétitions, Lydia Képinski a pris le temps de répondre aux questions de Pan M 360.
Pan M 360 : Bonjour Lydia! Déjà cinq mois depuis la parution de Depuis. Ton concert pour Pop Montréal, le jeudi 29 septembre au théâtre Fairmount, affiche complet. Te sens-tu gonflée à bloc, poétiquement et musicalement?
Lydia Képinski : Oui, ça risque d’être intense! Il y a une tradition, en musique, selon laquelle on doit faire un spectacle qui coïncide avec la sortie de l’album. Or, c’est généralement le pire spectacle, puisqu’on n’est pas rodés. Je trouve ça dommage de faire le « premier » spectacle alors qu’on est dans le jus avec les entrevues et tout et tout. Je voulais nous donner, à mes collègues et à moi, la chance de bien nous préparer. On a passé l’été à faire les festivals, à consolider nos prestations. Ça nous donne une longueur d’avance, le spectacle a eu le temps d’évoluer et nous sommes plus confiants.
Pan M 360 : Tu crées des textes riches et touffus, puis tu les conjugues à de la pop de pointe, tendance cybernétique mais avec composantes acoustiques. Or, les sous-genres de pop électroacoustique ne sont pas le carré de sable habituel des paroliers loquaces. Merci de faire œuvre inhabituelle, j’espère qu’il y en aura de plus en plus comme toi!
Lydia Képinski : Peut-être que les gens se disent « Puisque les textes sont importants, la musique devrait être minimaliste, dénudé. Or, je ne crois pas que ce soit antinomique, que les « gros » arrangements empêchent l’écoute des paroles.
Pan M 360 : Tu as coréalisé, coarrangé et coprogrammé Depuis avec Blaise Borboën-Léonard. Pour un gars diplômé du Conservatoire, on peut dire qu’il a la musique synthétique à cœur! Quel était votre mode opératoire lors de la création de l’album?
Lydia Képinski : Il n’y a pas grand-chose qui fait peur à Blaise. Pendant ses années au Conservatoire, il jouait du violon alto dans un groupe de métal qui faisait des tournées américaines. Blaise s’adonnait donc au « headbanging » avec ses cheveux longs! Il explore beaucoup, il a beaucoup de cordes à son arc. On se parle souvent, on se fait écouter des chansons; c’est une belle relation que je chéris.
À l’époque, j’aimais beaucoup Hôtel Morphée, dont il faisait partie. Le groupe s’était séparé, puis je l’avais rencontré une semaine plus tard au Verre Bouteille. J’étais gênée d’aller lui parler mais j’avais pris mon courage à deux mains, « Hey, c’était toi l’altiste d’Hôtel Morphée »! On s’est mis à se croiser de temps en temps, puis un jour je lui ai demandé de réaliser mon premier EP. Je m’entoure toujours de gens avec qui ça clique, mais mon premier critère demeure l’admiration : je dois en avoir pour le travail de mes collaborateurs.
Pan M 360 : Ta musique n’évoque généralement que toi, mais on peut parfois y percevoir de fines particules de Brigitte Fontaine, notamment sur Chlorine. Est-ce une influence consciente?
Lydia Képinski : Ce n’est pas la première fois qu’on établit cette comparaison! J’ai beaucoup écouté de Serge Gainsbourg et trucs connexes à la maison (mon père est Français). Peut-être que mon éducation m’a amenée à prononcer plus que la moyenne québécoise! Et je n’ai pas peur de ne pas mettre de notes, parfois, d’être dans quelque chose de « parlé ». Mais Brigitte Fontaine, oui, quelle carrière et quelle femme éclatée! C’est vraiment un personnage.
Pan M 360 : Elle a lancé un album formidable, Terre neuve, en 2020, à l’âge de 80 ans… À propos de Chlorine, on y entend des extraits de discours de René Lévesque, dont un prononcé à l’Assemblée nationale de France en novembre 1977. Un autre élément inusité, dans la pop actuelle!
Lydia Képinski : Les extraits proviennent tous de ce discours. C’est un hommage, car René Lévesque écrivait extrêmement bien. J’ai trouvé le discours sur YouTube, puis je l’ai enregistré à l’aide d’une carte de son. Ensuite, j’en ai extrait des phrases que j’aimais, pour recréer une sorte de discours qui n’est plus le sien. Ce sont des images tellement poétiques qu’elles forment un poème, mises à la suite les unes des autres. Et dans ce discours, René Lévesque s’était encore plus appliqué parce qu’il s’adressait à des Français. Il voulait les mettre dans sa poche, les convaincre de reconnaître une certaine fraternité avec un Québec souverain. Cette idée, véhiculée à cette époque-là, c’était tellement beau, c’était un projet tellement fou, puis de tenter de convaincre les Français en utilisant un langage encore plus poétique que d’habitude. Il faisait des phrases super longues; je trouve ça beau, ça me touche beaucoup, la façon dont il parlait. Peut-être que d’utiliser des extraits dépolitise son discours, bien que je croie que la voix de Lévesque ne peut être dépolitisée. Enfin, l’aspect romantique me fascine.
Pan M 360 : C’est parfaitement intégré. Je t’avais vue et entendue aux Francos en 2019. As-tu encore les mêmes accompagnateurs?
Lydia Képinski : Non, la section rythmique a chanté, je dirais que le band a pris une coche!
Pan M 360 : Bravo pour Depuis et merci beaucoup Lydia, bon concert à Pop Montréal!
LYDIA KÉPINSKI SE PRODUIRA DEVANT UNE SALLE DÉJÀ COMBLE AU THÉÂTRE FAIRMOUNT, LE JEUDI 29 SEPTEMBRE 2022 À L’OCCASION DE POP MONTRÉAL.
Sister Ray, artiste de l’Alberta, pourrait enfin obtenir une reconnaissance bien méritée. Communion, son premier album, est sorti en mai dernier sur Royal Mountain Records. Il illustre parfaitement l’équilibre complexité-simplicité que l’on peut atteindre, en folk indé et alternatif.
Derrière Sister Ray se cache l’artiste Ella Coyes, qui s’est fait les dents à Edmonton et ailleurs au moyen de prestations s’appuyant surtout sur l’improvisation, seule à la guitare. Les textes d’Ella Coyes sont pince-sans-rire mais viscéraux, ils retracent strate par strate son histoire personnelle et sa réconciliation avec le passé.
Pan M 360 a discuté longuement avec Ella Coyes avant son concert à Pop Montréal, le 30 septembre. Il a été question de l’écriture de chansons et de l’humour qu’on peut tout de même percevoir dans des textes existentiels, très sombres et personnels.
PAN M 360 : Bonjour Ella. Il pleut à verse ici à Montréal. Comment ça va à Toronto?
Ella Coyes : C’est couvert ici, mais je profite beaucoup de Toronto.
PAN M 360 : Vous êtes d’Edmonton; il n’y a pas du tout d’automne là-bas.
Ella Coyes : Quand j’ai déménagé ici, c’était pendant la pandémie en 2020. C’était amusant, mais l’automne est arrivé et je me suis dit « Je vais bien »! C’était un excellent choix. L’automne est long à Toronto et j’aime tellement ça.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui a motivé ce déménagement? Je suppose que c’est la musique?
Ella Coyes : Je devais déménager en mars 2020. Pour faire un disque et jouer de la musique. Comme j’ai obtenu une subvention du Conseil des arts du Canada. Et je me suis dit « OK, je vais déménager. Je vais faire ce disque ». Et puis ça a été retardé un peu.
PAN M 360 : Vous aviez l’habitude d’improviser à la guitare sur scène, à Edmonton, puis vous avez fait une tournée. Est-ce que c’est un peu comme ça que certaines des chansons de Communion ont été écrites? Comme vous les modifiez-vous ou les « improvisez-vous », au fil des ans?
Ella Coyes : C’est comme ça que quelques-unes d’entre elles sont nées. C’est comme si les deux tiers de Crucified avaient été écrits de cette façon. Puis, quelques autres morceaux sont apparus lors de ces concerts. J’en avais quelques-uns depuis plusieurs années, j’en ai écrit d’autres entre mars et septembre 2020. Sans doute parce que je n’avais pas vraiment autre chose à faire! J’écrivais tellement. Donc, ces pièces proviennent d’une longue, longue période.
PAN M 360 : Diriez-vous que vous apprenez plus sur vous-même en écrivant ces chansons sur votre passé? Ella Coyes : Ce que j’ai ressenti en faisant des concerts et une petite tournée, c’est que je tire des choses de ces chansons depuis si longtemps. Puis, maintenant que je suis un peu plus sur la route, je me rends compte que je ne connaissais pas beaucoup ces chansons quand je les ai écrites, et c’est vraiment stimulant. La chanson Justice a vraiment changé, depuis que je l’ai écrite.
PAN M 360 : Quant au texte?
Ella Coyes : Oui. J’adore faire de la musique, mais pour moi, c’est surtout les paroles qui comptent. Parce que c’est une occasion de communiquer d’une manière où il y a du phrasé. C’est comme si nous parlions d’une manière différente. Et pour moi, ça se situe vraiment ailleurs. Je me pose des questions différentes, maintenant, quand je joue cette chanson. Mes chansons préférées sont parfois celles qui me donnent le moyen d’être honnête avec moi-même. Parfois, quand je les écris, je ne suis pas encore prête à être honnête avec moi-même, pas autant que je le suis après avoir étudié les chansons pendant un certain temps, après les avoir vécues avec différentes personnes, dans différents endroits.
PAN M 360 : Communion est un album empreint de vulnérabilité. Il semble qu’une grande partie des textes soit dérivée de vos expériences personnelles. Vous dites-vous, parfois, que vous y allez trop dans le personnel? Ou le contraire?
Ella Coyes : Je songe à cela tout le temps! Parfois, je m’écoute vraiment jouer les chansons, comme lorsque je répète à la maison. Je réfléchis vraiment à ce dont elles parlent. Et je me dis « Bon sang, j’aurais pu ralentir un peu le rythme ». Mais en fait, je ne pense pas que ce soit la bonne manière. Mais, oui, c’est très personnel. Et je n’avais jamais fait paraître d’album, donc c’était un peu étonnant. Quand l’album est sorti, je me suis dit « Mon Dieu, j’ai vraiment dit ça? J’ai mis ça sur un disque? ». (rires)
PAN M 360 : La religion était-elle présente chez vous? Parce qu’il y a un peu d’imagerie religieuse dans l’album. Surtout dans Crucified. Et l’album s’intitule Communion. Comment ces éléments se sont-ils retrouvés dans les textes?
Ella Coyes : Oui, la religion catholique a marqué mon éducation. J’ai grandi dans un milieu métisse-catholique, en fait; c’est une combinaison que je trouve toujours très intéressante. Ça semble souvent très conflictuel, chez moi, le fait d’être ces deux choses, de les combiner. Durant l’enfance et, surtout, l’adolescence, j’adorais être catholique. Je me sentais vraiment proche de Dieu, c’était une grande partie de ma vie. Et un peu plus loin dans l’adolescence, j’ai pris mes distances jusqu’à ce que ça disparaisse. Or, je crois que je faisais mon deuil de tout ça et que composais avec des sentiments de perte, à l’époque.
Et ces mots religieux, je trouve qu’ils prennent tout leur sens dans ma bouche. J’ai vraiment beaucoup aimé ces mots. Dans beaucoup de chansons, je commence par un mot que j’aime vraiment et je le transforme en une petite phrase qui – je ne sais pas comment le dire autrement – remplit toute ma bouche. Et beaucoup de ces mots me semblent vraiment complets quand je les dis, mais surtout quand je les chante.
PAN M 360 : Votre chant est très conversationnel, dans sa manière et sa cadence. Comme si vous parliez au téléphone à l’auditeur, comme s’il s’agissait d’un ami perdu de vue. Il y a ce passage dans I Wanna Be Your Man qui me reste toujours en tête, où il est question d’un apôtre.
Ella Coyes : Ouais, quand je parle d’amygdales? [NDLR : le couplet complet est « I wanna be your man / Be a very good apostle / Reach in deep inside for your tonsils / Maybe there then I would find only »].
PAN M 360 : Oui, la première fois que je l’ai entendue, je me suis dit « Wouah, c’est tellement fort, je ne sais pas du tout quoi en penser! ».
Ella Coyes : C’est drôle que tu dises ça, car j’étais au festival SXSW cette année; j’ai joué cette chanson et quelqu’un a ri très fort dans le public! C’est vraiment drôle parce que ça n’arrive jamais, habituellement. Je joue en solo à la guitare, donc les gens ne rient pas beaucoup.
Mes spectacles préférés sont ceux où j’ai l’impression que quelqu’un converse avec moi. Et c’est ce que j’aime dans la musique, car c’est évident que nous ne sommes pas en train de discuter. Mais quand j’ai l’impression que quelqu’un est en train de bavarder avec moi, j’aime vraiment beaucoup ça. Les paroles sont l’élément auquel je consacre le plus de temps, quand j’écris, et j’aime vraiment leurs subtilités.
PAN M 360 : Elles sont aussi très paisibles, ces paroles, mais aussi très mystiques et légères, ce qui est rafraîchissant, car vous chantez sur des sujets assez lourds.
Ella Coyes : Oui, si c’est trop sérieux, ça ne va pas. Je ne crois pas que ce soit la meilleure façon pour moi de communiquer, même si j’aborde des « trucs sérieux ». Parce que j’ai l’impression que j’ai besoin d’espace pour respirer un peu, et ne pas craindre constamment quelque chose. J’aime que les paroles comportent de beaux moments, comme quand cette personne rit. Je me suis dit « C’est bien, c’est ce que je ressens ». Je ris un peu quand je chante certains de ces couplets, en dedans de moi.
Depuis le début de sa très jeune carrière, il cumule plus de 35 millions d’écoutes en ligne. the apathy song étant sa chanson la plus écoutée sur les plateformes d’écoutes.
Mais qui donc est ce mec, illustre pour les uns et inconnu pour les autres ?
Né à Ottawa, Maxime Trippenbach, alias Maxime., a récemment emménagé à Montréal. À l’âge de 13 ans, il avait été charmé par la musique de Deadmau5 lors d’une sortie en voiture avec son père. « À mon retour à la maison, j’ai découvert que le DJ canadien utilisait le logiciel FL studio. Immédiatement, j’ai téléchargé le logiciel et j’ai appris à l’utiliser », indique-t-il.
À la fois auteur, interprète et producteur, le jeune artiste de 24 ans navigue entre l’indie pop, la bedroom pop et l’indietronica. En août dernier, Maxime. a lancé Rubber Checks, un EP de cinq titres. À travers ce projet, il aborde la solitude d’un jeune artiste. « J’ai écrit la majeure partie de mon EP peu de temps après mon déménagement à Montréal », précise-t-il.
Maxime. souhaite « créer quelque chose de différent qui attire les auditeurs dès les premiers instants de ses chansons.»
Lors de son spectacle à POP, Montréal, soit au Diving Bell Social Club mercredi, Maxime. compte jouer ses chansons les plus populaires ainsi que quelques morceaux inédits. « En concert, j’aime modifier mes chansons et offrir une version différente de celle disponible sur les plateformes d’écoutes en ligne. Sinon, à quoi bon venir à mes spectacles », mentionne-t-il en riant.
Sur scène, il est accompagné de James Clayton à la guitare et Lucas Kuhl à la batterie, deux amis de longue date.
Pan M 360 s’est entretenu avec lui afin d’en connaître plus sur sa musique, son processus créatif et sa présence au festival Pop Montréal.
PAN M 360 : Comment et pourquoi avez-vous commencé à faire de la musique?
MAXIME. : J’ai commencé à faire de la musique à 13 ans. Quand j’étais jeune, j’ai pris des leçons de guitare. Mon père avait toujours des compilations sur CD dans le lecteur de la voiture familiale. Un jour, il a fait jouer une chanson de Deadmau5 et j’ai trouvé ça vraiment bon. À mon retour à la maison, j’ai découvert que le DJ canadien utilisait le logiciel FL studio. Immédiatement, j’ai téléchargé le logiciel et j’ai appris à l’utiliser. À environ 20 ans, j’ai décidé de laisser de côté la musique électronique, de reprendre ma guitare et de commencer à chanter. C’est là que l’univers musical de Maxime. a débuté.
PAN M 360 : Quelles sont vos influences musicales?
MAXIME. : J’ai grandi en écoutant beaucoup d’électronique, de Cage the Elephant à Radiohead. Aujourd’hui, j’écoute majoritairement de l’alternatif et de l’indie. Quand je crée, j’incorpore des éléments d’EDM, car je produis encore sur le même logiciel depuis mon enfance. Toutes mes percussions sont électroniques, je modifie beaucoup ma voix et utilise beaucoup de synthétiseurs.
PAN M 360 : Quelle est votre vision créative?
MAXIME. : Je veux créer quelque chose de différent qui attire les auditeurs dès les premiers instants de mes chansons. Aussi, je souhaite que ma musique soit un véritable ver d’oreille. Les mélodies sont très importantes pour moi et j’aime quand ma musique est proche de la pop. De plus, j’aime faire des chansons imprévisibles.
PAN M 360 : Vous avez récemment lancé votre EP Rubber Checks. Parlez-nous de la création de ce projet ?
MAXIME. : J’ai écrit la majeure partie de mon EP peu de temps après mon déménagement à Montréal. Je ne connaissais pas beaucoup de gens et je ne sortais pas énormément. Je restais beaucoup dans ma chambre et j’écrivais des chansons. J’y parle de ma vie et de mes états d’âme à ce moment-là. Mes paroles sont vagues afin de laisser mes auditeurs les interpréter à leur manière.
PAN M 360 : Vous êtes en concert mercredi dans le cadre du festival POP Montréal. Que représente cette expérience pour vous?
MAXIME. : Je ne m’attendais pas à être accepté pour faire partie du festival, je viens tout juste de commencer à faire des spectacles. D’ailleurs, ma prestation à Pop Montréal sera ma quatrième à vie. Sur scène, je suis accompagné de Clay (guitare) et Lucas (batterie). Ce sont deux de mes amis et nous avons énormément de plaisir à jouer ensemble. Ce que j’aime de Pop Montréal, c’est que les différents évènements ne se déroulent pas tous au même endroit. Il y a énormément d’artistes à découvrir. Aussi, j’adore Montréal alors c’est une bonne excuse pour y être!
PAN M 360 : Comment se sont déroulés vos premiers spectacles?
MAXIME. : Jusqu’à maintenant, j’ai énormément de plaisir. Cependant, je commence à comprendre à quel point c’est difficile d’un point de vue technique de faire un spectacle sans embûches. Récemment, j’ai fait un spectacle à Montréal et le courant s’est éteint à la moitié de ma dernière chanson. Je n’étais pas certain de ce que je devais faire, c’était une fin très étrange. J’espère que tout ira bien mercredi.
PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de vous mercredi soir?
MAXIME. : Je vais jouer mes chansons les plus populaires et quelques morceaux inédits. En concert, j’aime modifier mes chansons et offrir une version différente de celle disponible sur les plateformes d’écoutes en ligne. Sinon, à quoi bon venir à mes spectacles ?!
D’origine marocaine, YouYou est né à Montréal. Après avoir écouté l’album Summertime ’06 de Vince Staples en 2015, il s’est lancé dans la musique. Dans ses plus récentes créations, le producteur s’inspire énormément de l’afro house et du funk carioca. YouYou décrit sa musique comme étant « diversifiée et envoûtante. Quand il crée, son but principal « est que les gens soient en mesure d’oublier le quotidien pendant quelques minutes et qu’ils soient transportés dans son univers ».
Au début de sa carrière, YouYou a fait partie du collectif de beatmakers montréalais Jeune et Ambitieux. D’ailleurs, le groupe a fait la première partie du rappeur YBN Nahmir au Club Soda en 2018. Pendant la pandémie, il a commencé à mettre en circulation ses propres chansons. Début octobre, YouYou prévoit sortir un EP teinté d’afro house. Son dernier titre, Soweto, fait partie de ce projet. « C’est le résultat de nombreuses heures de travail acharné. Je ne pourrais pas être plus fier du résultat », précise-t-il.
Au quotidien, le jeune artiste écoute plusieurs artistes de styles musicaux différents tels que Citizen Deep, Kaytranada, Hubert Lenoir et Lydia Képinski. « J’aime plusieurs styles musicaux différents et je crois que ça me permet de ne pas m’enfermer dans un style musical quand je crée », fait-il observer.
Mercredi soir, YouYou sera sur la scène de Casa del Popolo dans le cadre du festival POP Montréal qui s’amorce: « J’ai l’impression que c’est un pas de plus vers mon but ultime. Je souhaite populariser l’afro house à Montréal et être une figure importante du DJing montréalais », dit-il, sourire aux lèvres.
Pan M 360 a discuté avec YouYou de sa carrière musicale et de sa participation au festival Pop Montréal.
PAN M 360 : À quel moment avez-vous débuté et pourquoi?
YOUYOU : J’ai commencé à faire de la musique en 2015 après avoir écouté l’album Summertime ’06 de Vince Staples. J’ai adoré ce projet, surtout les percussions. À ce moment-là, j’étais un garçon qui s’ennuyait facilement et qui ne faisait pas grand-chose. Au début, j’ai fait partie d’un collectif qui s’appelait Jeune et Ambitieux (J&A) avec deux bons amis. On a fait plusieurs spectacles et on a notamment assuré la première partie du spectacle de YBN Nahmirau Club Soda. Mon expérience au sein de J&A m’a beaucoup appris. Je suis donc dans le milieu musical depuis un bon moment. Pendant la pandémie, j’ai commencé à publier davantage de titres en solo.
PAN M 360 : Quelles sont vos inspirations musicales?
YOUYOU : Je m’inspire beaucoup des musiques du monde. Ces derniers temps, j’écoute beaucoup de funk carioca. C’est un genre musical très rythmé et entraînant. Aussi, j’aime beaucoup l’afro house. Je vais lancer un EP début octobre et ça ressemble beaucoup à de l’afro house. Ensuite, j’aime beaucoup travailler avec des échantillons d’Afrique du Nord. Au quotidien, j’écoute beaucoup la musique du producteur sud-africain Citizen Deep. C’est une des plus grandes figures de l’afro house en ce moment. J’écoute aussi Kaytranada, High Klassified, Hubert Lenoir et Lydia Képinski. J’aime beaucoup de styles musicaux différents et je crois que ça me permet de ne pas m’enfermer dans un style musical quand je crée.
PAN M 360 : Quel est votre but lorsque vous créez?
YOUYOU : Quand je crée, je m’imagine la réaction de mes auditeurs. Lorsqu’une personne écoute mes sons, je veux qu’elle se concentre sur ce qu’elle ressent. Je veux que les gens qui vivent une mauvaise passe puissent se canaliser et se retrouver dans mes chansons. Sur d’autres morceaux, je veux que mes auditeurs se laissent emporter par le rythme et qu’ils dansent. Mon but principal est que les gens soient en mesure d’oublier le quotidien pendant quelques minutes et qu’ils soient transportés dans mon univers.
PAN M 360 : Souhaitez-vous que des artistes posent leurs voix sur vos prochaines productions?
YOUYOU : Certainement, j’adorerais collaborer avec des artistes dans le futur. J’ai déjà essayé par le passé, mais c’était un peu compliqué. Des artistes comme Kaytranada et High Klassified ont débuté comme beatmakers solos et ont éventuellement été en mesure d’inviter des artistes sur leurs productions musicales. J’aimerais aussi atteindre ce stade. La majorité des chansons que je crée en ce moment sont faites pour que quelqu’un puisse y chanter. Dès que j’aurai une telle occasion, je vais la prendre.
PAN M 360 : Pensez-vous que la scène du DJing montréalais poursuivra sa croissance au cours des prochaines années?
YOUYOU : Je crois que la scène du DJing montréalais est capable d’aller encore plus loin. C’est peut-être dur à croire, mais personne ne croyait qu’un jour un DJ montréalais allait remporter deux Grammys (Kaytranada). Quand je vois des artistes d’ici accomplir de telles choses, je me dis que tout est possible. Évidemment, il faut travailler très fort et il faut que la musique électronique soit supportée par l’industrie musicale. Cet été, CRi a marqué l’histoire avec son set au Festival international de Jazz. On est sur la bonne voie et j’aimerais faire partie de cette croissance.
PAN M 360 : Vous avez lancé votre titre Soweto au début septembre. Comment est né ce morceau?
YOUYOU : Au début de la pandémie, j’ai commencé à écouter beaucoup d’afro house et j’ai plongé dans ce monde. J’étais impressionné par les chants africains, les percussions et l’influence électronique. J’ai débuté la création de Soweto en mars 2022. Plus je découvrais l’univers de l’afro house, plus je voulais ajouter des éléments à ma chanson. Ainsi, la création de Soweto s’est échelonnée sur plusieurs mois. Je suis très content du résultat.
PAN M 360 : Vous participer au festival POP Montréal. Que représente cette occasion pour vous?
YOUYOU : Ce festival représente beaucoup pour moi. Ça fait plusieurs années que je m’intéresse à cet événement et que je souhaite y participer. Cette année, c’était la première fois que j’ai suggéré ma candidature. Quand j’ai reçu la confirmation de ma sélection, j’étais au Maroc avec ma famille. J’étais extrêmement heureux de pouvoir faire partir de POP. J’ai l’impression que c’est un pas de plus vers mon but ultime. Je souhaite populariser l’afro house à Montréal et être une figure importante de ce mouvement.
PAN M 360 : Quel genre de spectacle offrirez-vous mercredi soir?
YOUYOU : Je vais jouer des morceaux sur lesquels je travaille depuis très longtemps. Plusieurs sont déjà en ligne, d’autres sont inédits. D’ailleurs, je vais présenter mon prochain EP en avant-première. Le spectacle est le résultat d’un travail acharné depuis plusieurs années. Ce sera la première fois que je vais pouvoir montrer l’étendue de mon art au public. Les gens pourront ressentir différentes émotions et entendre différents styles musicaux. Vous n’avez même pas idée à quel point j’ai hâte!
Nunami nipiit (Échos de la terre) pour voix, chants de gorge, chœur et orchestre, le tout orchestré par François Vallières assisté de Jean-Sébastien Williams.
Voilà la toute première œuvre au tout premier programme de la saison de l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.
Ce dimanche après-midi à la Maison symphonique, la version symphonique en trois parties du ballet Daphnis et Chloé de Maurice Ravel sera donc précédé d’un dialogue entre l’orchestre et la culture inuite, incarnée ici par la chanteuse et percussionniste Sylvia Cloutier ainsi que l’incontournable Elisapie, à qui on a d’abord fait la proposition.
Voilà pourquoi elle se prête ici au jeu des questions de PAN M, quelques jours avant de vivre pleinement ces aurores orchestrales avec l’OM et son public.
PAN M 360 : Comment ce projet a-t-il été initié?
ELISAPIE : C’est fou! L’envie de l’Orchestre métropolitain est là, soit aller à la rencontre de la diversité, des communautés. Je l’ai ressenti lors de la première édition du Grand Solstice en 2021, pour la fête nationale des autochtones le 21 juin. J’étais peut-être têtue de vouloir avoir l’Orchestre Métropolitain avec nous pour une émission de télé qui ne se passe pas à Montréal. Finalement nous avions réussi à faire collaborer l’OM avec Jeremy Dutcher, afin de créer une rencontre. J’avais alors exigé que Yannick (Nézet-Séguin) y soit, je voyais ça un peu comme une rencontre symbolique entre chefs pour faire la paix. À mon sens, le chef d’orchestre devait venir car c’est à lui qu’on demandait l’invitation à notre célébration. Une formation restreinte de l’OM, soit dix musiciens approx, s’était alors présentée aux côtés de Jeremy Dutcher, ce moment fut magique. Malheureusement Yannick avait eu un problème avec les douanes canadiennes car il avait changé sa date d’entrée au pays et les formalités de la COVID l’avaient contraint au retard. Il était au bord des larmes lorsqu’il a dû se rendre à l’évidence, il se sentait tellement mal! Alors nous avons dû le présenter en visioconférence afin qu’il puisse parler. Il fut d’ailleurs super généreux et son orchestre venu sur place était magique.
PAN M 360 : L’invitation à un concert de l’OM a suivi ou était-ce déjà prévu ?
ELISAPIE : Il y avait déjà un intérêt de l’OM pour m’inviter, Yannick voulait collaborer avec moi et aussi avec d’autres artistes autochtones, il déplorait nous n’avions pas assez de place dans l’espace public et il convenait de la nécessité d’un réel travail d’échanges. Ce n’était pas encore clair à ce moment-là mais, aux alentours des Fêtes, j’ai reçu l’invitation. Je travaillais alors sur mon nouvel album, je ne croyais ne pas pouvoir y arriver et … J’ai finalement décidé que tout se peut et qu’on travaillerait sur cette invitation de l’OM au printemps. Super début de conversation!
PAN M 360 : Cette séquence présentée dimanche prochain avec l’OM résulte-t-elle d’une commande d’œuvre?
ELISAPIE : Je n’avais pas de commande… On m’a simplement dit que l’OM aimerait ouvrir (ce dimanche) sa saison dans la période coïncidant avec la Journée nationale de la Vérité et de la Réconciliation (le 30 septembre). C’était un réel souhait et ils m’ont alors suggéré une carte blanche d’une vingtaine de minutes. Je pouvais faire ce que je voulais et on me confierait à François Vallières pour les arrangements de l’orchestre.
PAN M 360 : Alors comment as-tu aménagé ces 20 minutes?
ELISAPIE : Évidemment, je ne voulais pas improviser cette séquence, je voulais créer un mood pour faire frissonner les gens dans la salle. J’ai alors opté pour un mélange de musiques originales et chants de ma culture d’origine à commencer par les chants de gorge, les tambours de chez nous, l’évocation des sons de chez nous… Je voulais que le public parte à l’aventure. Et il y a aussi mon travail, mes propositions, ma voix. Alors l’OM m’a encouragée à inclure deux chansons de mon répertoire, cette fois en inuktitut, sans imposer quoi que ce soit – Qanniuguma, qui parle de la légèreté et la liberté folle des flocons de neige, et Una une autre plus personnelle, plus émotionnelle, dédiée à ma mère biologique.
Alors cette séquence inclura des chansons de mon répertoire liées à d’autres sons et arrangements symphoniques pour ainsi créer un mood avec les arrangements de François.
PAN M 360 : L’idée d’une aventure est importante, donc.
ELISAPIE : Oui. Il faut que les gens se sentent dans de vastes territoires où les humains ne sont pas nombreux, où les sons sont différents, où les gens venus du Sud sont déstabilisés et émus par le vrai Nord et non par le Nord qu’on visite dans un voyage organisé. L’inspiration consiste à inviter les gens du Sud au Nord. Et ce n’est pas seulement de la petite neige qui tombe tout doucement. Ça peut être aussi raide, tough, et il faut avoir confiance en la vie (rires).
PAN M 360 : Plus précisément, as-tu relié tes deux chansons par de nouveaux ponts orchestraux?
ELISAPIE : Oui, en quelque sorte. Je ne veux pas trop aller dans le détail mais les chansons font partie du paysage sonore. Imaginons-nous dans le Grand Nord, il y a l’extrême douceur, l’intimité entre les humains, mais aussi le côté dur de la vie là-bas. Tout ça est abordé et ce qui se trouve au-delà des chansons nous ramène à la pureté des peuples du Nord, de qui nous sommes. Nous sommes aussi des gens qui sont enclins aux comportements hypnotiques ou aux transes. Les ayaya par exemple, sont des chants ou des contes très lents qui racontent une histoire qui nous mettent dans un mood particulier.
PAN M 360 : Tu auras d’autres collègues à tes côtés ?
ELISAPIE : Sylvia Cloutier y sera, aux percussions et au chant de gorge. Elle est originaire de Kuujjuaq, au Nunavik. On pourra aussi compter sur un chœur qui se prête très bien à certaines séquences de notre création. Je ne vise pas à ce que les gens comprennent les mots en inuktitut mais qu’ils en ressentent les émotions et les intentions. Je pense qu’on a une fenêtre extraordinaire !
PAN M 360 : Que fera l’orchestre grosso modo, selon les arrangements de François Vallières et son collègue Jean-Sébastien Williams ?
ELISAPIE : J’ai demandé d’appuyer le rythme des tambours, toutes les évocations de la nature, aussi le chaos.
PAN M 360 : Il y aura des sons pré-enregistrés ? Sons de la nature par exemple?
ELISAPIE : Non, tout est live. C’est nous la nature! (rires)
PAN M 360 : Et tu seras au centre de tout ça?
ELISAPIE : Pas vraiment selon ma perception. Je n’aime pas dire au centre, je me vois plutôt comme accompagnatrice qui vient avec mes chansons, ma voix et mes émotions. Je ne suis pas au centre mais avec le troupeau.
PROGRAMME
ELISAPIENunami nipiit (Échos de la terre) pour voix, chants de gorge, chœur et orchestre (orch. et arrangements F. Vallières, coarrangements et coécriture J.-S. Williams)
De concert avec Le Vivier, Chants Libres et Bradyworks présentent vendredi et samedi Backstage at Carnegie Hall, un opéra de chambre sur “ le racisme et la guitare électrique”. Créée au Théâtre Centaur, l’œuvre se veut la première d’une série de quatre, imaginées par le compositeur et guitariste Tim Brady, fondateur de Bradyworks et leader de différentes formations dont l’ensemble de guitares électriques Instruments of Happiness.
Socialement engagée, cette tétralogie à venir s’intitule Hope (and the Dark Matter of History) et compte parcourir les thèmes du racisme, de la désiformation, du droit à l’avortement, de la colonisation spatiale, de l’intelligence artificielle et des changements climatiques.
Mais commençons par le commencement: en plus de jouer dans Backstage at Carnegie Hall , Tim Brady en a conçu la musique, pendant que l’actrice et autrice Audrey Dwyer en a signé le livret.
Le ténor Ruben Brutus campe le rôle principal, soit le Charlie Christian, guitariste pionnier du jazz moderne au même titre que Django Reinhardt. Lui donneront la répartie les sopranos Alicia Ault et Frédéricka Petit-Homme ainsi que les barytons Clayton Kennedy et Justin Welsh.
La direction musicale est signée Véronique Lussier et la mise en scène est de Cherissa Richards. Hormis Tim Brady, les instrumentistes impliqués dans l’exécution de l’œuvre seront Pamela Reimer, claviers, Ryan Truby, violon et Charlotte Layec, clarinette basse.
Avec le compositeur et le chanteur principal de Backstage at Carnegie Hall, voyons voir comment tout ça s’est érigé.
PAN M 360 : “Faites la rencontre de Charlie Christian, pionnier de la guitare jazz, dans les coulisses de son désormais légendaire concert du 24 décembre 1939 au Carnegie Hall, alors qu’une crise de panique s’empare du jeune homme de 23 ans.”, dit le synopsis de l’opéra. Pourquoi cet événement précis?
TIM BRADY: Cet opéra imaginaire basé sur des personnages et des événements historiques réels nous permet, à moi et à ma librettiste, d’explorer la profondeur de l’expérience humaine avec une certaine liberté qui, nous l’espérons, pourrait nous amener à une vérité plus profonde que les « simples faits ». Mais, pour être clair, la majeure partie de l’histoire est une fiction – les Voyageurs du temps n’existent pas, Charlie Christian n’a jamais rencontré Rufus Rockhead ou Orville Gibson, par exemple. Appelez cela une licence artistique.
PAN M 360 : “Dans son délire, Charlie Christian est projeté dans le temps et l’espace, entre rêve et réalité” . Quelle est la réalité? Quelle est la fiction?
TIM BRADY: L’autre personnage principal est un “voyageur du temps”, qui aide Charlie à se déplacer entre plusieurs époques différentes – 1939, 1932, 1926, 1902, 2014 – chaque scène étant ancrée dans la réalité de cette époque. Ce voyage dans le temps est une pure fiction – un procédé théâtral que ma librettiste Audrey Dwyer exploite à merveille.
PAN M 360 : “Son voyage le mène des États-Unis esclavagistes à la Petite Bourgogne à Montréal. Une galerie de personnages croise sa route, dont ses ancêtres, son père, le fondateur du club de jazz montréalais Rockhead’s Paradise, Rufus Rockhead, le luthier Orville Gibson, le clarinettiste et chef d’orchestre Benny Goodman, et la chanteuse Marian Anderson, figure emblématique du mouvement américain pour les droits civiques des années 1930.”
Nous avons ici un mélange de références historiques entre les États-Unis et Montréal. Était-ce la volonté de la librettiste ou du compositeur ou encore un commun accord entre la librettiste et le compositeur?
TIM BRADY : J’avais (en tant que compositeur) une idée de base de ce que devait être l’opéra – j’avais les personnages de base en tête lorsque j’ai approché Audrey pour cette collaboration. Mais Audrey a transformé cette idée très simple en une histoire à part entière, puissante, avec des personnages aux vies intérieures profondes et fascinantes. Ce fut une véritable collaboration.
PAN M 360: Pourquoi, au fait, cette thématique associant racisme et guitare électrique ?
TIM BRADY: La guitare électrique porte une histoire de franchissement de la ligne raciale : Charlie Christian/Django Reinhardt, Chuck Berry/Scotty Moore, Jimi Hendrix/Eric Clapton, pour ne citer que trois paires historiques de joueurs qui ont développé le jazz, le rock’n roll et le rock moderne. La guitare électrique est donc une métaphore potentiellement puissante de l’évolution des relations raciales dans la civilisation occidentale.
Le racisme est un problème majeur et permanent dans le monde, et je souhaite écrire des opéras qui abordent des questions sociales et historiques complexes. Cela ne sera peut-être pas facile, mais mon librettiste et moi-même sommes intéressés par ce défi. On peut dire que l’opéra est engagé.
L’œuvre s’articule également autour de mon utilisation de la guitare en musique de chambre. D’un point de vue purement musical, c’est donc un opéra « sur la guitare électrique ».
PAN M 360 : Quel est votre rapport à l’opéra?
TIM BRADY : J’aime l’opéra contemporain pour les idées théâtrales et musicales qu’il explore – un véritable lien entre la musique, le texte et le théâtre. C’est un grand défi pour un compositeur, mais travailler avec un grand livret comme Backstage me fait trouver d’autres façons d’utiliser et d’élargir mon langage musical.
Je ne suis pas très intéressé par le « grand opéra » traditionnel du XIXe siècle – les histoires sont souvent assez simplistes, les personnages ressemblent souvent à des caricatures et le style de chant occulte généralement le texte. Mon intérêt pour l’opéra est donc beaucoup plus lié à une approche contemporaine.
PAN M 360 : Que cherchez-vous à exploiter dans cet opéra en tant que compositeur?
TIM BRADY : Ce livret m’a fait explorer toute la gamme de mon expérience musicale. Il y a de jolies mélodies, des arias dramatiques, des improvisations bruitistes chaotiques, des grooves minimalistes, avec différents types de variations harmoniques et contrapuntiques. La musique suit l’histoire, et l’histoire se déroule dans tellement d’endroits fascinants que j’ai trouvé toutes sortes d’inspirations musicales dans le livret.
PAN M 360 : S’il s’agit d’un opéra de chambre, comment en déterminer l’instrumentation ?
TIM BRADY: Nous pouvons nous exprimer de manière très calme et transparente comme de la musique de chambre, ou presque comme un groupe de rock, ou n’importe quoi entre les deux. La guitare électrique fait référence à Charlie Christian, la clarinette basse fait référence (de manière un peu plus oblique) à Benny Goodman, le piano vient à la fois du jazz et du classique, et le violon fait référence au monde « classique » que représente Carnegie Hall. Ill s’agit également d’un son formidable avec de grands musiciens. C’est vraiment plaisant de faire partie du groupe.
PAN M 360 : Quelle est l’intention du compositeur ici pour soutenir la trame dramatique?
TIM BRADY : Il est très important pour moi d’accomplir deux choses lorsque j’écris un opéra : premièrement, exprimer la vie intérieure, la profondeur psychologique et émotionnelle du personnage et, deuxièmement, m’assurer que l’auditeur peut réellement entendre les mots et les comprendre (du moins la plupart du temps).
Je dois donc comprendre la motivation de chaque personnage, et de chaque scène, et trouver une musique qui soutient et développe cette perspective. Je dois ensuite trouver des notes et des rythmes qui transmettent ces expériences de manière à ce que les chanteurs aient quelque chose de formidable à chanter, et qui rendent le texte aussi clair que possible. Un défi.
PAN M 360 : Comment les solistes ont-ils été choisis et impliqués dans cette production multidisciplinaire?
TIM BRADY : Nous faisons des ateliers pour l’opéra depuis 2019, en travaillant avec une série de partenaires de Montréal, Toronto et Winnipeg. Ce processus aide la production à construire lentement une équipe solide. Nous avons également collaboré avec d’autres compagnies – Tapestry Opera à Toronto et Black Theatre Workshop à Montréal, pour ne citer que deux exemples – afin de trouver les meilleurs artistes pour chaque rôle du projet. L’opéra est une forme d’art très exigeante – il s’agit en fait de monter une pièce de théâtre très complexe sur un morceau de musique très complexe. Il faut donc des gens très talentueux, expérimentés, concentrés et dotés d’un esprit généreux. Nous avons une excellente distribution, un excellent metteur en scène – à tous les niveaux, une équipe formidable.
Alicia Ault et Ruben Brutus / crédit photo Pierre-Étienne Bergeron
CE QU’EN DIT RUBEN BRUTUS
PAN M 360: Où avez-vous été formé en tant que ténor classique ?
RUBEN BRUTUS: J’ai été formé en chant classique à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. J’ai fait un peu de musique contemporaine, j’ai déjà travaillé avec Chants libres sous la direction de Pauline Vaillancourt mais ce n’est pas exactement mon bag. Je m’en tiens généralement au répertoire classique mais aussi au répertoire populaire ou au répertoire jazz lorsque je chante dans des événements corporatifs ou des fêtes privées – mariages, etc. Je chante donc avec les deux techniques et ça m’a beaucoup aidé pour la musique de Tim. Avant d’étudier sérieusement le chant, d’ailleurs, j’ai fait un bacc en jazz à l’Université Concordia – avec Jeri Brown.
PAN M 360: Puisque vous êtes issu de la communauté haïtienne, vous avez probablement fait du chant choral n’est-ce pas ?
RUBEN BRUTUS: Totalement. J’ai grandi en chantant du gospel à l’église, ce fut ma première expérience musicale Puis j’ai participé au Jireh Gospel Choir sous la direction de Carol Bernard et puis j’ai réalisé que j’aimerais vraiment aller plus loin dans la musique et devenir professionnel.
PAN M 360: Vous avez tenu plusieurs rôles dans des opéras depuis vos débuts professionnels ?
RUBEN BRUTUS: Oui, plusieurs rôles, dont le rôle-titre du Baron tzigane en 2017, je me suis souvent retrouvé dans les chœurs de l’opéra de Montréal, de l’OSM.
PAN M 360: Vous vous retrouvez dans un contexte contemporain, comment vous y sentez-vous ?
RUBEN BRUTUS: On est loin du Songe d’une nuit d’été ! (rires). Ce qui est bien dans le travail de Tim (Brady), c’est qu’il a réussi à intégrer le chant parlé dans sa musique, c’est plus que du sprechgesang ou récitatif. J’aime aussi ses évocations stylistiques à la guitare, il peut fort bien reproduire le jeu de Charlie Christian par exemple. Le rythme n’y est pas régulier comme dans l’opéra, ça bouge beaucoup. J’ai dit à Tim que jouer sa musique c’était comme apprendre par coeur le Modus Novus (étude des mélodies atonal) ou chanter sur la musique de Steve Reich (rire). On est dans une autre langue, dans un autre univers où les mots ont une belle place, une réelle importance. J’aime d’ailleurs la composition de l’ensemble, l’usage original de la clarinette basse et du violon… C’est sûr que ça rend la charge de travail et l’apprentissage quasi impossible mais nous pouvons compter sur une équipe extraordinaire. Sérieusement on a une belle équipe d’artistes, la metteure en scène a réussi à faire un très bon travail.
PAN M 360: Comment voyez-vous votre personnage évoluer dans la trame dramatique ?
RUBEN BRUTUS: Tout le long de l’opéra, le personnage est dans la réalité. Charlie avait les deux pieds sur terre et il capote. On se trouve dans sa tête durant plusieurs scènes, mais n’ai donc à surjouer car on est dans le réalisme, une crise de panique est assez courante chez l’humain surtout dans un contexte de racisme et aussi d’obligation de performance d’un jeune homme noir. C’est donc quand même proche de moi ce rôle-là, j’adore ce rôle. Et je vous dirai que les crises d’anxiété n’existent pas vraiment dans la culture haïtienne, on nous dit d’aller se calmer et prendre un thé… Les arts de la scène peuvent être anxiogènes et il faut rappeler que la gentillesse n’était pas omniprésente à l’époque de Charlie Christian. Aujourd’hui, on admet la réalité du stress et de l’anxiété, heureusement, on travaille avec les personnes conviviales plutôt qu’avec les désagréables quel que soit leur talent.
PAN M 360: En tant que personne afro-descendante et musicien classique, comment voyez-vous un opéra portant sur un guitariste de jazz ?
RUBEN BRUTUS: J’ai déjà demandé à Tim ‘pourquoi un opéra’ ? On est dans le jazz et la musique noire, on est dans la guitare électrique, alors pourquoi l’opéra ? Je ne me souviens plus exactement de sa réponse (rires), je pense néanmoins que l’opéra est un art élitiste, on ne parle jamais de racisme ou de guitare électrique à l’opéra. À la base, l’opéra n’est pas accessible aux gens défavorisés ou marginalisés. C’est sûr que ça a évolué et un tel opéra peut avoir un impact social et Tim fait les bons choix en ce sens, d’autant plus qu’il nous autorise à sortir parfois de la voix lyrique, on peut aussi chanter à la manière d’un musical. Tim donne la priorité au partage de l’histoire. Je lui dis régulièrement que sa musique est vraiment capotée mais que je m’engage à en raconter l’histoire au meilleur de mes compétences.
CRÉDIT PHOTO PRINCIPALE (RUBEN BRUTUS ET JUSTIN WELSH): PIERRE-ÉTIENNE BERGERON
The Burning Hell est l’un des projets folk et rock indés les plus singuliers au Canada. Ses membres sont à l’œuvre depuis plus de dix ans, en s’efforçant constamment de poser des images pleines d’esprit sur une trame sonore conviviale. Ces créateurs ont toujours fait de la musique pour eux-mêmes, trempant leurs orteils dans presque tous les genres, mais sans jamais s’arrêter. En fait, chaque album des Burning Hell est très différent du précédent.
Cette notion se vérifie avec leur dernier effort, Garbage Island, un album conceptuel quelque peu inspiré par le vortex de déchets qui vogue dans nos océans. Bien que Garbage Island aborde des préoccupations environnementales très réelles, ses créateurs y imaginent ce à quoi pourrait ressembler l’avenir, à long terme, pour les oiseaux et les humains.
Coincé entre deux provinces à cause de la pandémie, le groupe a eu beaucoup de temps pour enregistrer, mixer et produire lui-même Garbage Island, affinant ainsi son esthétique DIY et son style artistique.
Mathias Kom, fondateur et multi-instrumentiste de The Burning Hell, nous cause ici du concept de Garbage Island, de la nécessité de ne pas se prendre trop au sérieux, ainsi que de la préférence du groupe pour les récits fictifs, plutôt que les histoires personnelles.
PAN M 360 : The Burning Hell a toujours été un groupe qui fait tout lui-même, et Garbage Island est sans doute votre projet le pus autonome à ce jour. Vous avez enregistré, produit, conçu et mixé l’album vous-mêmes. Était-ce par nécessité à cause de la pandémie, ou était-ce prévu comme ça?
Mathias Kom : C’était, en partie, par nécessité. Nous étions coincés dans trois provinces différentes pendant la majeure partie de la première année de la pandémie; nous savions qu’il nous importait d’être créatifs si nous voulions faire un disque ensemble. En même temps, cela faisait un moment que nous nous dirigions dans cette direction. Nous avons tous différents degrés d’expérience en enregistrement et en mixage. Or, je crois surtout que nous aimons tous prendre notre temps puis échanger des idées, sans la pression des échéanciers de studios.
PAN M 360 : Il y a ce dialogue dans Fuck the Government, I Love You, l’une de vos chansons parues vers 2014, qui m’a vraiment marqué dès que je l’ai entendu : « Je t’ai dit que j’étais dans un groupe – Je t’ai demandé comment il s’appelait – J’ai répondu The Burning Hell – J’ai dit que je n’avais jamais entendu parler de toi – Je t’ai répondu que c’était probablement mieux comme ça ». Après avoir entendu ça, je me suis dit : « Vraiment, on peut tout faire avec la musique et ne pas se prendre au sérieux. » Donc, avec cette entrée en matière, vous prenez-vous au sérieux en tant que groupe indé?
Mathias Kom : C’est une question compliquée ! Je pense que j’ai toujours pris ce que je fais au sérieux. Mais en même temps, j’essaie de ne pas me prendre trop au sérieux, dans la mesure du possible. Il est primordial de garder notre sens de l’humour et de prendre du recul sur tout, surtout en matière de musique.
PAN M 360 : À propos du clip de la chanson Nigel the Gannet, était-ce vraiment la première fois que votre collègue Ariel (NDLR : Sharratt) créait une vidéo d’animation? Je suis absolument estomaqué!
Mathias Kom : Oui, elle a passé des mois là-dessus, je pense qu’elle a trouvé sa nouvelle passion!
PAN M 360 : Trouvez-vous qu’il est plus facile d’écrire ces histoires fantastiques, avec des personnages et des noms inventés, que d’écrire des récits plus personnels?
Mathias Kom : Je ne suis pas très doué pour écrire des chansons personnelles, même si nous avons créé un album entier – Flux Capacitor – de chansons plus ou moins autobiographiques. Néanmoins, je trouve toujours ça plus amusant de créer de nouveaux mondes, dans les chansons, que de puiser du matériel dans mon propre vécu.
PAN M 360 : Musicalement et instrumentalement, chaque chanson est si différente sur cet album. N’y avait-il pas de règles pour composer Garbage Island? Comme trouver un son sympathique et l’exploiter?
Mathias Kom :Garbage Island est issu de nos différentes influences, plus que n’importe lequel de nos albums. C’est ce qui explique, selon moi, sa diversité de sons et de genres. Nous n’avons pas décidé que telle ou telle chanson devait suivre un certain style. Compte tenu de la manière dont nous avons réalisé l’album, c’est-à-dire en nous expédiant des portions de chansons d’une province à une autre, tout ça a évolué de manière naturelle. L’énorme quantité de temps dont nous disposions nous a également permis d’essayer toutes les idées qui nous venaient, y compris la conception d’un harmonica de verre et d’un dulcimer bricolé, expressément pour l’album.
PAN M 360 : Je n’ai pas besoin de vous le rappeler, mais le monde se porte très mal d’un point de vue environnemental. Le thème de Garbage Island vient-il de là?
Mathias Kom : Tout à fait. Garbage Island désigne le vortex de déchets de l’océan Pacifique, l’un des nombreux vortex du genre qui tourbillonnent dans les océans. Mais l’album ne traite pas tant des préoccupations environnementales contemporaines que de ce à quoi pourrait ressembler l’avenir, à long terme, longtemps après que nous ayons définitivement détruit la planète. C’est sombre, mais cela se termine sur une note d’espoir.
PAN M 360 : Oui. Nous avons une véritable île d’ordures flottant quelque part dans le Pacifique, qui grandit chaque jour. Je suis sûr que les oiseaux s’y posent tout le temps, mais dans l’album, ils règnent en maîtres.
Mathias Kom : Le vortex d’ordures du Pacifique – et les phénomènes similaires dans d’autres parties du monde – prend constamment de l’ampleur. Or, dans l’univers de l’album, j’ai imaginé qu’il avait fini par se figer en une masse terrestre solide, ou du moins suffisamment solide pour que certaines créatures y élisent domicile. Beaucoup d’oiseaux dans le monde sont en péril, à cause des changements climatiques, de la perte de leurs habitats et d’autres formes de catastrophes environnementales. Mais en même temps, j’ai le sentiment qu’après la fin du monde, il y aura une poignée de survivants à plumes.
PAN M 360 : Quelle est l’importance du contexte, dans une chanson de Burning Hell ? Pensez-vous que les fans suivent les histoires ou qu’elles ne sont pour eux que des morceaux plaisants de rock alterno ou indé, excentriques et surréalistes? Et est-ce que cela compte vraiment pour vous, comme créateurs de chansons?
Mathias Kom : C’est une excellente question. Je pense que lorsqu’on écrit et qu’on lance une chanson, il faut en quelque sorte la laisser aller, et reconnaître que les gens vont s’y engager de la manière qu’ils veulent, ou pas du tout, et qu’on n’y peut rien. En concert, il m’arrive de présenter une chanson pour lui donner un contexte, mais en général, je la laisse se débrouiller toute seule. Certains fans aiment les récits denses; ça me réjouit, mais si les gens aiment quelque chose que j’ai fait, ça suffit à me rendre heureux, même s’ils ne saisissent rien des paroles.
PAN M 360 : Vous êtes devenus de faux ornithologues en réalisant ce livre d’accompagnement, « The Illustrated Field Guide to Birds of Garbage Island ». Comment était cette expérience? Cela a dû être très amusant.
Mathias Kom : Je me suis mis à l’ornithologie juste avant la pandémie, et le fait d’être coincé sur l’Île-du-Prince-Édouard pendant deux ans m’a permis de m’y plonger plus profondément. Le livre a émergé de cela, en quelque sorte. Je me suis beaucoup amusé à imaginer à quoi pourrait ressembler un guide ornithologique post-apocalyptique. C’était, en partie, une excuse pour collaborer avec certains de mes illustrateurs préférés. J’ai donné à tout le monde la même consigne : créer un oiseau réel ou imaginaire qui pourrait vivre sur l’Île aux ordures. Et j’ai eu beaucoup de plaisir à créer les récits qui accompagnaient les illustrations.
PAN M 360 : Je ne vous ai jamais vu en concert, alors avec cet album, y a-t-il une sorte d’imagerie associée à la performance sur scène? Des projections, des costumes? Ou est-ce que vous jouez essentiellement le rôle de narrateurs?
Mathias Kom : Si nous avions un jour le budget nécessaire pour le faire, je suis sûr que nous sauterions sur l’occasion d’avoir un spectacle élaboré avec des costumes, des décors, un éclairagiste itinérant et ainsi de suite. Mais pour cette tournée, nous n’aurons qu’une simple toile de fond faite de détritus, et nous ferons de notre mieux pour être de bons narrateurs.
Diffuseur spécialisé des musiques contemporaines occidentales (et plus) de tous horizons. Regroupant 60 membres, artistes, ensembles ou organismes, Le Vivier a pour mission de favoriser le développement des musiques nouvelles et de les promouvoir par la diffusion des meilleures œuvres et de leurs meilleurs interprètes.
Depuis peu, le flûtiste Jeffrey Stonehouse en assume la direction artistique, en plus d’exercer la même fonction au sein de l’ensemble Paramirabo. À l’aube de la saison 2022-2023 du Vivier, il indique aux lecteurs de PAN M 360 des pistes automnales à suivre, parmi les meilleures de cette nouvelle programmation qui se poursuivra pendant le premier semestre 2023.
PAN M 360 : Tu assumes donc les fonctions de directeur artistique de l’ensemble Paramirabo et du Vivier. Position délicate?
JEFFREY STONEHOUSE : Pas du tout. Ça ne change pas le positionnement de Paramirabo, un ensemble qui vient de la deuxième génération d’organismes ayant rejoint Le Vivier. Nous sommes actifs dans l’organisme depuis un bon moment, nous faisons partie d’une nouvelle vague d’artistes accueillis par Le Vivier.
PAN M 360 : Cette vague d’artistes contribue à rajeunir l’image du Vivier, qui ne siège plus exclusivement au Gesù depuis un moment déjà, après s’y être installé en 2015.
JEFFREY STONEHOUSE : Les partenariats de diffusion fonctionnent très bien actuellement: l’Agora de la danse, le CIRMMT (Centre for Interdisciplinary Research in Music Media and Technology) et La Chapelle Scènes Contemporaines. Ces salles sont bien adaptées pour nos propositions artistiques, nous y avons développé des liens forts. Nos bureaux se trouvent dans le même complexe que celui de la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Tous ces changements ont fait énormément de bien.
PAN M 360 : Les esthétiques des nombreux membres du Vivier sont diverses, mais associées aux musiques contemporaines occidentales, non?
JEFFREY STONEHOUSE : Il y a quand même des infiltrations non institutionnelles dans les esthétiques de plusieurs organismes, le festival Akousma est un bon exemple.
PAN M 360 : Il était difficile d’imaginer la direction artistique du Vivier, dont chaque organisme membre a déjà sa propre direction artistique. Donner une cohérence à tout ça, c’est complexe, donc. Comment envisager cette tâche?
JEFFREY STONEHOUSE : C’est pour moi une grande occasion de créer des dialogues, d’ériger des ponts, d’essayer d’identifier les filons où tout notre monde voyage dans la même direction. C’est pour moi un grand plaisir de dialoguer avec les membres. C’est excitant de faire partie de cette dynamique, savoir ce qui vient et pouvoir se positionner avec ce qui se passe ailleurs. Nous avons réussi à trouver des fils conducteurs comme la compositrice ukrainienne Alla Zagaykevych dont la résidence durera quatre mois à compter de la mi-octobre.
PAN M 360 : Sera-t-elle donc impliquée dans différents contextes?
JEFFREY STONEHOUSE : Tout plein! En tant qu’artiste en résidence, elle doit composer deux œuvres qui seront jouées par l’Ensemble Contemporain de Montréal et le Nouvel Ensemble Moderne. Ces œuvres seront jouées pendant notre saison, soit le 8 février (ECM+) et au début de mai (NEM). Mais d’abord le 16 octobre, quatre membres du Vivier se regroupent autour d’elle : l’Ensemble SuperMusique, le Nouvel Ensemble Moderne en formation trio, Chants Libres et Paramirabo. C’est donc une chance pour la communauté montréalaise d’en apprendre davantage sur cette compositrice qui mêle l’instrumental et l’électroacoustique d’une façon très intéressante.
PAN M 360 : Le mélange des compositions instrumentales et électroacoustiques devient de plus en plus importante, il faut dire.
JEFFREY STONEHOUSE : Oui, effectivement, la musique mixte prend de plus en plus de place.
PAN M 360 : Votre premier événement majeur?
JEFFREY STONEHOUSE :Dans les coulisses de Carnegie Hall, l’opéra de Tim Brady (musique) et Audrey Dwyer (livret), présenté au Théâtre Centaur, qui met en lien des enjeux de racisme avec la guitare électrique, avec le ténor Ruben Brutus et la soprano Fredericka Petit-Homme dans les rôles principaux. Ce concert est présenté de concert avec Bradyworks et Chants Libres (désormais sous la direction de la mezzo Marie-Annick Béliveau), deux gros joueurs de la communauté du Vivier.
PAN M 360 : Vous faites une place importante au renouveau des forces en musique contemporaine.
JEFFREY STONEHOUSE : Notamment les 28, 29 septembre et 1er octobre, car nous prévoyons un événement intitulé Big Bang – Sommet de la création. L’Orchestre de l’Agora, sous la direction de Nicolas Ellis, est un membre invité du Vivier et joue des œuvres d’Alexandre David, Francis Battah et Laurence Jobidon. Cette exécution a lieu à l’Espace Orange de l’Agora de la Danse, cette salle fonctionne tellement bien pour ce type de commande! On a un ensemble qui fait normalement un répertoire plus standard (avec une grande conscience sociale) et nous sommes particulièrement fiers des activités de médiation culturelle et de professionnalisation prévues dans cet événement échelonné sur trois jours – tables rondes, rencontres entre la relève et artistes établis, etc.
PAN M 360 : Autres résidences?
JEFFREY STONEHOUSE : Oui, une commissaire d’œuvres , la jeune Montréalaise An-Laurence Higgins, guitariste et performeuse, entre en résidence à La Chapelle Scènes Contemporaines, soit en novembre. Elle présentera son travail dans la seconde partie de notre saison.
PAN M 360 : Sans vouloir faire de liste d’épicerie, que nous dit encore la programmation automnale?
JEFFREY STONEHOUSE : Il y a plusieurs expériences multisensorielles au programme, à commencer par l’opéra présenté en septembre au Centaur.
Le 5 novembre à l’Espace Orange, il y aura aussi le quatuor de saxophones Quasar dans un théâtre musical avec quatre acteurs, un réel mariage entre musique et théâtre, intitulé Entre nous.
Le 1er novembre à l’Espace Orange, SuperMusique présente un programme avec partitions graphiques des compositrices Laura Kavanaugh, Elizabeth Miller et Danielle Palardy-Roger.
Le 27 novembre à l’Espace Bleu, nous présentons un autre projet très excitant, celui de la compositrice Linda Bouchard qui travaille cette fois avec le logiciel Ocular Scores. Ce logiciel transforme des improvisations en partitions graphiques, en informe les trois interprètes de l’ensemble Trinoculaire (Lori Friedman, François Houle, Charlotte Hug ), qui doit ensuite réagir aux partitions suscitées par leurs improvisations initiales. À un moment donné, on ne sait plus qui initie quoi, très cool!
Enfin, je veux mentionner la présence de « lutherie sauvage » du Vivier au cours de l’automne. Alors deux concerts d’instruments inventés, recyclés ou réutilisés. Le premier programme, Inside Your Ears, est présenté le 9 octobre par Totem contemporain, on y joue des œuvres de Jean-François Laporte, Benjamin Thigpen et Phill Niblock. L’autre programme de lutherie sauvage est donné par Architek Percussions, que nous avions dû reporter l’an dernier à cause de la pandémie. L’ensemble montréalais travaille avec la Britannique Vitalija Glovackyte (objets, éclairage et électronique) autour de la thématique du recyclage; tout est fait à partir de la pratique du dumpster diving où l’on récupère des objets pour la création d’instruments avec lesquels jouent les interprètes.
PAN M 360 : On en passe, évidemment; les concerts du Quatuor Bozzini, celui des finalistes du Concours Akousmatique, Nacht d’Innovations en concert, Celestial Blues du violoniste Mark Fewer et du compositeur/pianiste Daniel Janke. Merci Jeffrey!
Membre du groupe de rap montréalais LaF, Thomas Thivierge-Gauthier, alias Mantisse, a lancé son premier album solo, Colin-Maillard, vendredi dernier.
Après Jamaz et Bkay, Mantisse est le troisième MC du collectif à sortir un projet solo. D’ailleurs, ses deux collègues sont de la partie sur les titres Chaga et Michel-Ange, deux chansons importantes de l’album. Sans surprise, la trame sonore est signée par Bnjmn.lloyd, un autre membre de LaF. « On (les membres de LaF) passe tellement de temps ensemble, c’était évident qu’on n’allait pas arrêter de travailler ensemble », mentionne-t-il en riant.
Composé de onze titres, Colin-Maillard se dévoile comme étant « un regard sur le passé et sur la manière dont on bâtit sur nos expériences pour construire notre futur », précise Mantisse. Dans cet album, il se met à nu, renoue avec le passé et célèbre ses progrès personnels. Résultat : un récit cohérent de hip-hop alternatif de 30 minutes au cœur de son univers.
Artiste à temps plein depuis quelques années, Mantisse est aussi agent de spectacle pour Bonbonbon, une maison de disques qui compte dans ses rangs des artistes tels qu’Allô Fantôme, Arielle Soucy et Velours Velours.
« C’est en partie grâce à la pandémie que j’ai eu le temps de faire un tel projet. J’en suis extrêmement fier », allègue-t-il.
En 2018, LaF a été un acteur important de l’ascension fulgurante du rap au Québec. Le dernier projet du groupe, Soin Entreprise, remonte à septembre 2020. Au grand bonheur de ses fans, Mantisse s’est montré garant de l’avenir du collectif.
« Avec LaF, on travaille sur de la musique en ce moment. On est plus solides que jamais et on se concentre sur notre collectif. Mes yeux sont rivés sur notre projet », lance-t-il. En espérant écouter du nouveau matériel de LaF très bientôt!
Pan M 360 a discuté avec Mantisse de la sortie de son premier album solo, de son expérience et de ses états d’âme.
PAN M 360 : D’où provient ton désir de créer un album en solo?
MANTISSE : Dans ma carrière, j’ai toujours écrit mes paroles individuellement. J’ai toujours eu le désir de créer un projet solo, cette idée m’habite depuis longtemps. La pandémie m’a donné le temps et l’espace pour que je sois en mesure de créer cet album. Je me sentais prêt et j’ai sauté sur l’occasion. Après un certain temps, j’ai accumulé assez de matériel dont j’étais fier et que je voulais partager avec le public.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a charmé dans l’expérience solo?
MANTISSE : C’est vraiment d’avoir été capable de m’offrir le temps et l’espace pour accomplir un tel projet. C’est un exploit dont je suis extrêmement fier. Cette expérience m’a beaucoup appris et m’a fait gagner en maturité. Ça m’a permis de comprendre les rouages de l’industrie musicale et d’en apprendre plus sur tout ce qu’on ne voit pas, quant à la préparation et à la sortie d’un album.
PAN M 360 : Y avait-il des défis auxquels tu n’avais pas pensé et qui se sont présentés à toi, dans cette création en solo?
MANTISSE : Oui, certainement. J’ai été habitué à travailler en équipe avec les membres de LaF, et j’ai développé une méthode de travail en équipe. Pour ce projet, j’ai travaillé en majeure partie seul avec Bnjmn.lloyd, et j’ai dû m’adapter à cette nouvelle dynamique. En solo, j’ai dû prendre plus de décisions par moi-même, alors que parfois, en groupe, je pouvais laisser les autres prendre certaines décisions. Aussi, quand on est seul à créer un projet, on reçoit moins de feedback et on doit se faire davantage confiance. C’est un travail sur soi assez intense. Tu dois défendre quelque chose qui t’appartient et croire en ce que tu crées.
PAN M 360 : Parlons de Colin-Maillard. Quels sujets abordes-tu dans ce projet?
MANTISSE : De nombreux sujets, dont la solitude, le doute, le travail sur soi et autres questions existentielles. Ce projet est un regard sur le passé et la manière dont on bâtit sur nos expériences, pour construire notre futur. Je parle aussi de se prendre en main et de maîtriser sa propre vie.
PAN M 360 : La pochette de l’album donne le ton pour le projet. Quelle est l’idée derrière le tout?
MANTISSE : Depuis le début de mon projet solo, je souhaite m’occuper de l’aspect visuel. D’ailleurs, j’ai entièrement réalisé les collages de mes deux premiers singles. Avec la pandémie, j’ai eu le temps de me remettre à la peinture. C’est ma peinture qu’on voit sur la pochette de l’album. Ça représente un monstre qui détruit un village. Je voulais faire quelque chose de rigolo et qui se prend à la légère, tout en étant professionnel. Il n’y a pas nécessairement de message derrière l’œuvre. L’album est très intense et chargé en émotions, je voulais que ma pochette fasse contraste avec le contenu. C’est un visuel qui me ressemble et qui me représente. J’aime aussi le concept de me voir pris en photo dans mon art; c’est en quelque sorte une mise en abîme.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui reste de LaF dans ce projet solo?
MANTISSE : L’esthétique de LaF est présente dans mon album. Aussi, le fait que Bnjmn.lloyd est omniprésent rend mon univers similaire à celui du collectif. J’ai mélangé LaF avec mon art. Je me suis laissé aller et l’interprétation est différente ce celle du collectif. Ce projet-là va influencer ma manière de créer avec le groupe.
PAN M 360 : Comment la chanson Carthage est-elle née?
MANTISSE : J’ai écrit cette chanson au début de la pandémie. À ce moment-là, tout venait de crasher dans ma vie (et pour tout le monde d’ailleurs). C’était un moment très lourd et j’avais envie d’écrire. J’ai demandé à Tommy Lunaire de m’envoyer des instrumentales et j’ai tout de suite aimé celle de Carthage. J’avais envie de me défouler et c’était le beat parfait. C’est une chanson qui m’a permis d’être vulnérable et de parler de sujets qu’on aborde rarement en musique. C’est une chanson qui passe par différentes phases, certaines remplies d’espoir et d’autres plus noires.
PAN M 360 : Qu’est-ce que ça représente, pour toi, que Bkay et Jamaz te suivent dans ton délire?
MANTISSE : LaF, c’est la famille. Ça importe pour moi que, même dans nos projets solos, on soit tous ensemble et solides. On passe tellement de temps ensemble, c’était évident que l’on n’allait pas arrêter de collaborer. On a toujours eu cette volonté de garder ça entre nous, même pour nos projets solos. On voulait s’aider à définir nos personnages et créer des œuvres qui nous appartiennent.
PAN M 360 : Pourquoi as-tu fait une version revisitée de Sunny Delight avec Yamato et La Fin du Monde? MANTISSE : Yamato est un de mes amis depuis longtemps. J’ai toujours voulu collaborer avec lui. De plus, ça faisait quelque temps que je désirais faire une version live d’une de mes chansons, pour mettre en valeur mon texte et donner un second souffle à ma chanson. Je suis heureux de l’avoir fait pour Sunny Delight, c’était une expérience incroyable. On a créé un décor expressionniste dans un hangar et on était tous réunis pour l’enregistrement. J’avais envie de brouiller les cartes et de tenter quelque chose de différent, je suis vraiment fier du résultat.
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