Formations incontournables du renouveau baroque international, canadien ou québécois, l’Ensemble Caprice et l’Ensemble ArtChoral sont toujours dirigés par leur fondateur, soit le chef d’orchestre, chef de choeur, compositeur, flûtiste, Matthias Maute. Les réalisations discographiques de Caprice comptent une vingtaine d’albums chez Atma Classique et Analekta. Côté ArtChoral, on a lancé une dizaine d’enregistrements de haute volée, également sous étiquette Atma Classique.

Dans le cas qui nous occupe, l’inclination baroque de Caprice est honorée dans cet album consacré à Vivaldi. Cet enregistrement se veut  » à la fois historique et imaginatif : une reconstitution des concertos perdus d’Antonio Vivaldi évoquant quatre nations — La Francia, L’Inghilterra, La Spagna et Il Gran Mogol. Mentionnés dans un catalogue du XVIIIe siècle (1759), trois de ces concertos étaient tombés dans l’oubli, à l’exception de Il Gran Mogol, retrouvé en 2010. Fort de son expertise en recomposition baroque, Matthias Maute redonne vie à ces œuvres disparues, en respectant scrupuleusement le style du Prêtre roux. »

Quant à l’ensemble ArtChoral, le temps présent est privilégié dans le Vol.9 de la discographie de l’ensemble chez Atma Classique: 13 compositrices canadiennes sont ici interprétées:  Afarin Mansouri (née en 1974)Alice Ping Yee Ho (née en 1960)Amy Brandon (née en 1980)Beverley Mckiver (née en 1958)Carmen Braden (née en 1985)Fiona Ryan (née en 1980)Karen Sunabacka (née en 1975)Kati Agócs (née en 1975)Katya Pine (née en 1954)Leslie Uyeda (née en 1953)Mari Alice Conrad (née en 1981)Sandy Scofield (née en 1956)Sophie Dupuis (née en 1988).

L’INTERVIEW:

Le temps des Fêtes et ses multiples programmes musicaux de circonstance incluent cette années le concert Mère-Noël. La mezzo Kristin Hoff, la soprano Jacqueline Woodley et la harpiste Juliette Duguay proposent une sélection de chants de Noël, ceci incluant des compositions de femmes, ce mardi 16 décembre, 17h à la magnifique salle Art Déco Le 9e. Ce lieu reprend du service au grand bonheur des Montréalais.es , il fut autrefois cette mythique salle à manger du magasin Eaton au centre-ville. L’objectif étant d’accueillir les familles, parents et enfants, à des concerts de fin d’après-midi et donc adaptés aux réalités familiales, Mère-Noël est une excellente occasion de sa familiariser avec la formule.

Ainsi, Kristin Hoff répond ici aux questions de PAN M 360 concernant cet événement festif. Rappelons que notre interviewée est cofondatrice de Musique 3 Femmes (M3F), une compagnie d’opéra contemporain se consacrant  » à amplifier le travail des créatrices d’opéra », « à mettre l’accent sur la promotion des compositrices et librettistes féminines et non binaires émergentes » et par « le désir collectif d’imaginer l’opéra à travers une nouvelle lentille – une lentille où les créatrices ont la licence pour créer des histoires innovantes et définir de nouveaux mondes sur la scène lyrique. »

BILLETS ET INFOS ICI

Programme
Cantique de Noël – A. Adam
Noël Blanc/White Christmas – I. Berlin
O nuit de paix/Night of Silence – F. Gruber/D. Kantor
Trois anges sont venus ce soir – A. Holmès, arr. G. Patenaude
Do you hear what I hear? – G. Shayne
He shall feed his flock/Come unto Him, Messiah – G.F. Handel
A la nanita – J. Ramón Gomis
Interlude, A Ceremony of Carols – B. Britten
Nana – M. de Falla
Mariae Wiegenlied – M. Reger
Greensleeves – traditionnel, arr. G. Patenaude
Marie-Noël – R. Charlebois
Happy Christmas – J. Lennon, arr. J. Patenaude
Petit Papa Noël – H. Martin, arr. G. Patenaude
Noël, c’est l’amour – N. Glanzberg, arr. G. Patenaude

Artistes

  • Kristin Hoff, mezzo-soprano et directrice artistique d’OpéraM3F au 9e Grande Salle, possède « une clarté attrayante et un poids émotionnel. » – New York Times
  • Jacqueline Woodley, soprano, « Urgent et convaincant… un voyage émotionnel » – The Washington Post
  • Juliette Duguay, harpiste, Prix 2025 de la Catégorie Cordes du Prix d’Europe

Parmi les fleurons du chant choral, une des grandes spécialités de la musique anglaise dans le répertoire classique, The Tallis Scholars fait figure de formation pionnière. Voilà une véritable institution au Royaume-Uni, fondée en 1973 par Peter Phillips, notre interviewé joint aux USA au coeur d’une tournée qu’effectue ce magnifique ensemble vocal qui fait escale à Montréal le samedi 13 décembre à l’Église St.Andrew & St.Paul (3415, rue Redpath, coin Sherbrooke, Montréal, QC, Canada).

Alors pour un programme de Noël intime, spirituel, enveloppant, voilà une proposition qui ne peut décevoir quiconque aime la musique sacrée. Laissons à Peter Phillips le soin de nous expliquer courtoisement le tout !

Publicité panam

PAN M 360 : Vous y  avez consacré votre vie pour ainsi atteindre une grand maîtrise. Vous débarquez très bientôt à Montréal avec votre ensemble. Vous y présenterez un programme très intéressant de musique sacrée anglaise de plusieurs époques, de Benjamin Britten à John Taverner. 

Peter Phillips : Oui, le vieux John Taverner, puisqu’il y en a deux –  Il y a aussi le contemporain, sans r (John Tavener, 1944-2013). 

PAN M 360 : Quel est votre sentiment concernant votre position de directeur musical  aujourd’hui en 2025, soit après 52 ans de travail au sein de ce même ensemble qui a probablement changé beaucoup au cours des années. 

Peter Phillips : Nous avons, comme vous le dites, chanté cette musique depuis 52 ans et moi-même, je pense être devenu un véritable expert de la polyphonie à l’époque de la Renaissance. Je ne prétends pas être un chef d’orchestre, de solistes ou d’énormes chœurs. Je suis un spécialiste d’un corpus très précis, c’est-à-dire un ensemble vocal de chambre avec 10 chanteurs.  Dans la même optique, j’ai eu une carrière en tant que chef pour d’autres ensembles  nous l’avons, mais j’ai aussi une carrière en tant que conducteur d’autres ensembles vocaux de chambre, particulièrement en Europe.

PAN M 360 : Au cours de toutes ces années, comment avez-vous pu rendre cette approche plus parfaite et plus sensible ? 

Peter Phillips : Vous savez, il y a différentes étapes à franchir. Même si c’est de la musique ancienne ou baroque, nous avons atteint certains niveaux d’interprétation et de compréhension de ce répertoire. Nous y sommes parvenus en le faisant inlassablement,  en essayant de comprendre ce que les compositeurs de la musique ancienne avaient fait, plutôt que de tenter de le forcer à porter des vêtements modernes.

On a souvent essayé de faire ressembler ces musiques vocales à ces ensembles  romantiques du XIXe siècle, avec du vibrato, des intonations erronées, bref de mauvais mélanges. On a aussi mis en valeur des solistes alors qu’en fait, avec ce genre de musique, il n’y a pas de lumière  projetée sur une seule personne. C’est une activité collective comme l’est celle d’un quatuor à cordes.

Quand nous sommes sur scène, 10 chanteurs.euses se trouvent devant moi, et nous pouvons incarner un ensemble très sensible, très petit, qui s’adresse à vous. C’est fait à petite échelle, ce n’est pas de la musique énorme. 

PAN M 360 : C’est plus subtil, plus intime et plus spirituel.

Peter Phillips : Oui.

PAN M 360 :  Puisque The Tallis Scholars existent depuis 52 ans, on imagine une équipe multigénérationnelle. Comment la gérez-vous artistiquement?

Peter Phillips :  Je dirais que ma vision n’a pas changé foncièrement. Ce que j’ai voulu de ces chanteurs.euses depuis le début est ce que je désire aujourd’hui, bien que ce style soit beaucoup mieux connu. Alors les plus jeunes interprètes qui chantent avec nous débarquent avec une plus grande connaissance. Ils savent ce qu’ils veulent et ce à quoi on s’attend d’eux.

Quand nous avons commencé, nous étions partis de rien. Aujourd’hui, nos chanteurs les plus âgés sont maintenant très expérimentés et ils continuent. J’ose croire qu’ils sont heureux, qu’ils aiment sincèrement ce répertoire, sinon ils ne passeraient pas tout leur temps à s’y consacrer!

PAN M 360 : Alors, parlons du programme de cette tournée nord-américaine.D’abord,  Missa Puer natus est nobis  (Une messe : un enfant nous est né ) de Thomas Tallis (1505-1585).

Peter Phillips : Bien évidemment, nous avons choisi cette œuvre pour un concert de Noël. Et c’est aussi l’une des plus belles œuvres de Tallis. Écrite pour sept voix, cette musique est grandiose et conçue pour une occasion grandiose. Elle avait été d’ailleurs interprétée , lors du mariage du roi Philippe II d’Espagne et de Marie Tudor, reine d’Angleterre. C’était une occasion pour le compositeur et Tallis avait composé une musique aussi grande qu’il le pouvait. Parfois, d’ailleurs cette œuvre est accompagnée d’instruments, ce qui n’est pas notre cas.

PAN M 360 :  Oui. Maintenant, parlons de cette œuvre de  William Byrd (1540-1623), Messe votive de la Vierge, composée de 5 parties.

Peter Phillips :  C’est une liste un peu dépareillée car la première partie (Ave maris stella) ne fait pas partie de cette messe, en fait. Je l’ai intégrée à ce programme parce qu’elle est très belle et soutient le reste des œuvres. Ave maris stella est évidemment une référence à Marie, et tous les morceaux qui suivent , comme le titre le suggère,  sont des antiennes votives pour la Vierge.  Cette musique de Byrd, qui excellait dans la composition pour petits ensembles, s’installe comme un puzzle dont les petits motifs s’assemblent progressivement. Et si vous comprenez bien ce qui se passe pendant l’exécution, vous réalisez qu’il est très satisfaisant de chanter cela et aussi, bien sûr, d’écouter.

PAN M 360 :  Enchaînons avec l’œuvre contemporaine de Matthew Martin  (1976-), Salve Regina.

Peter Phillips :  C’est un projet excitant, une commande de  l’Université Columbia. C’est selon moi une grande œuvre de Matthew Martin, un jeune compositeur britannique qui nous connaît bien.  Ce qui est super chez lui, c’est qu’il connaît cette esthétique pour petit ensemble vocal. Et le truc avec lui, c’est qu’il sait comment écrire pour un tel ensemble mais ce n’est pas ordinaire ou normal.  Il fournit une partition inhabituelle, qui consiste en quatre  parties de soprano, et ensuite deux parties d’alto sous les sopranos, ce qui  génère une sonorité très spéciale. Un compositeur qui souhaite écrire pour nous doit comprendre cet usage des voix, et Matthew est capable de le faire.

PAN M 360 :  Comment inscrire cette œuvre dans le corpus contemporain?

Peter Phillips : Oui, c’est merveilleusement tonal mais cela peut aussi être très dissonant! L’idée ici n’est pas d’avoir l’air simplement intelligent et encore moins de proposer une œuvre qui n’a rien à voir avec les autres. 

PAN M 360 : La dissonance est ici un outil, un moyen et non une finalité.

Peter Phillips : Je crois que oui! Je trouve ce style contemporain très convaincant. J’aime l’entendre en tout temps. On ne veut pas exclure les morceaux difficiles et ne s’en tenir qu’aux harmonies « normales »  que nous aimons également. On aime aussi les contributions récentes et nous les mêlons au reste. Nous présentons ces musiques anciennes et contemporaines comme un tout.

PAN M 360 : Passons à la deuxième œuvre de Thomas Tallis au programme : Missa Puer natus est nobis – Sanctus et Agnus Dei. 

Peter Phillips :  À l’écoute de cette pièce, vous vous demanderez peut-être où est le credo. Eh bien, il n’y a pas de credo, parce qu’il a été perdu. Les autres mouvements ont été retrouvés mais la partition du crédo ne l’a jamais été. Nous n’y pouvons rien, j’en ai bien peur, à moins qu’un miracle se produise et que ce bout de partition soit bien caché dans d’autres manuscrits anciens qui n’ont pas été analysés en profondeur ou pas encore été retrouvés.  Donc, c’est un défi pour l’ensemble que de jouer cette œuvre sans le credo.

PAN M 360 : Très intéressant! Les spécialistes de la musique ancienne comme vous sont aussi des historiens, des archéologues, aussi des enquêteurs!

Peter Phillips : Oui, vous avez raison. C’est une sorte de merveilleux travail d’inspecteur! Quand vous faites de la musique ancienne ou baroque, si vous n’aimez pas l’Histoire, vous ne devriez pas travailler sur ce corpus. Mais la première des choses qui comptent, c’est l’amour de cette musique. 

PAN M 360 : Bien sûr. Mais la connaissance historique est une partie du plaisir et de la passion qui mène à une compréhension profonde de la période de laquelle cette musique a été composée. 

Peter Phillips : C’est tout à fait vrai. Aussi, un des aspects les plus excitants de cette œuvre est , en fait,  c’est que certaines parties comportent une structure de sept voix. C’est la manière dont la partition a été écrite, même s’il nous en manque un bout. Donc, c’est le travail d’une personne moderne comme vous ou moi, de compléter ces notes manquantes.

PAN M 360 : Absolument!  Maintenant Benjamin Britten(1913-1976), le second compositeur moderne au programme, et mon compositeur anglais préféré, dont vous jouerez l’œuvre  A Hymn to the Virgin .

Peter Phillips : C’est un thème central de ce programme.  Et aussi, c’est extrêmement beau. Apparemment, Britten avait écrit cette musique quand il avait 16 ans. Comme Mozart, il était déjà excellent à ce jeune âge! Vous savez, l’Angleterre  et le Royaume-Uni ne comptent pas tant de grands compositeurs.

PAN M 360 : En revanche, la période actuelle est très prolifique, et vous pouvez compter sur une tradition fantastique en musique chorale. Et The Tallis Scholars est au coeur de cette tradition.

Peter Phillips : Oui, c’est excitant, c’est vrai. 

PAN m 360 : Alors passons à John Taverner (1490–1545) et l’œuvre Mater Christi.

Peter Phillips : Eh bien, c’est une antiphonie et aussi une prière pour la Vierge. L’antiphonie est une technique musicale où deux sous-groupes vocaux se répondent en alternance et se retrouvent au chorus. Aussi, Mater Christi est un thème central du concert et une pièce inhabituelle pour l’Angleterre car l’œuvre  avait été amorcée lorsque le catholicisme était très présent. Cette œuvre sacrée est très élaborée, chargée, et Taverner était particulièrement bon dans ce style qu’il dut ensuite adapter à réformation protestante. C’est à mon sens l’un de ses morceaux les plus concis. Son génie y est très audible. Alors interprétons la partition d’avant la réforme protestante, que Taverner avait conservée. Autre aspect intéressant, cette pièce avait été composée pour de jeunes garçons ou castrats, avec des parties très aiguës, et aussi des parties basses. Cette technique de composition s’est perdue avec le temps mais nous parvenons à  la garder vivante d’une certaine façon. Pour les parties hautes, d’ailleurs, nous avons dû développer des techniques appropriées pour bien rendre la partition. Ce fut un défi difficile à relever.

PAN M 360 : Comme nous le disions précédemment, le retour en force du baroque remonte à un demi-siècle aujourd’hui. Il y a un grand savoir beaucoup plus profond, plus avancé, je dirais. C’est toute votre vie. Vous avez découvert des choses!

Peter Phillips : Oui. L’expertise est très différente de celle des années 70. Il y a plus de gens qui pratiquent cet art, plus de talent, plus d’intérêt. Au début, il y avait des gens passionnés par ça, mais pas nécessairement les meilleurs chanteurs. Maintenant cette passion s’ajoute à l’éducation, l’entraînement et le perfectionnement des techniques. Nous avons les deux : la passion et la virtuosité. Et les chanteurs.euses peuvent travailler davantage, au lieu de faire carrière dans l’opéra.

PAN M 360 : Concluons avec avec le Magnificat de John Nesbett (?- 1488)

Peter Phillips : C’est un morceau difficile à décrire, mais il est très plaisant à interpréter.  C’est pourquoi nous l’avons choisi! À noter que cette œuvre apparaît très tôt dans The Eton Choirbook, qui réunit un nombre important d’œuvres écrites à cette époque précise.  Je ne sais pas comment décrire cette œuvre sans que vous ne l’entendiez, mais elle porte ce genre de musique très proche des cuivres avec des coupures assez sèches. Vraiment amusant à chanter! C’est aussi une belle conclusion pour ce programme.

Si vous êtes à Québec en ce 11 décembre, il reste encore des places pour ce programme très spécial de Noël concocté par Bernard Labadie. Il s’agit d’une série de concertos baroques pour Noël  » tantôt champêtres, naïves ou spirituelles ». Ces œuvres avaient d’ailleurs été enregistrées en 1993 sur Simphonies des noëls, album ayant connu un franc succès au-delà de nos frontières, d’où sa réédition. Des œuvres baroques et pré-baroques de Charpentier, Torellli, Corrette , Pez et Corelli seront ainsi exécutées pour réchauffer les âmes en nous rappelant les Noëls d’un passé lointain. Directeur de l’administration artistique aux Violons du Roy, Laurent Patenaude nous explique ce programme d’exception.

Ce contenu a été réalisé par PAN M 360 en partenariat avec La Vitrine qui relaie ce programme des Violons du Roy

BILLETS ET INFOS ICI

Programme

M.-A. CHARPENTIER

• Noëls pour les instruments, H. 531, H. 534
• Nuit extrait de In Nativitatem Domini Canticum, H. 416

G. TORELLI

Concerto a 4 en sol mineur, op. 8 n° 6 In forma di Pastorale per il Santissimo Natale

M. CORRETTE

Sinfonia I sur des Noëls François et Etrangers

J.C. PEZ

Concerto pastorale en fa majeur

A. CORELLI

Concerto grosso en sol mineur, op. 6 n° 8 Fatto per la note di Natale

Publicité panam

Le Vent du Nord lançait cet automne Voisinages, un album de grande maturité où tous les axes de création sont respectés dans le vaisseau amiral du trad québécois: maîtrise du répertoire traditionnel, trouvailles chansonnières, actualisation du répertoire et de son exécution. Qui plus est, un nouveau membre brille au sein du quintette depuis le départ de Simon Beaudry: André « Dédé » Gagné a trouvé sa place et complète la formation constituée de Nicolas Boulerice, Olivier « Olo » Demers, André Brunet et Réjean Brunet. Ce samedi 13 décembre, Le Vent du Nord compte remplir à capacité le Grand Théâtre de Québec dans le contexte d’une tournée amorcée en octobre dernier et qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2026, le tout parsemé de concerts symphoniques dont celui du 18 décembre à Drummondville et le 21 décembre à Victoriaville, sans compter La Veillée de l’avant-veille, le 30 décembre au Club Soda à Montréal.

Diriger l’hommage à un album paru alors qu’elle n’était pas née, et ce trois fois plutôt qu’une le même week-end (celui des 13 et 14 décembre 2025) à la Maison symphonique, devant l’Orchestre métropolitain, voilà le défi que s’apprête à relever la jeune cheffe Léa Moisan-Perrier, formée sous la houlette de Yannick Nézet-Séguin, entre autres. Dans l’entrevue qu’elle m’a accordée, Léa nous raconte ses liens avec la musique d’André, le plaisir d’en diriger une partie aussi iconique que l’album Neiges, et nous parle aussi un peu du reste du programme de ces concerts, presque tous à guichets fermés. En effet, Neiges sera accompagné de plusieurs autres pièces, allant d’un concerto trad d’Antoine Gratton à la musique chorale de John Rutter et quelques titres de Noël de circonstance. 

INFOS ET BILLETS (S’IL EN RESTE!)

Ce contenu a été réalisé par PAN M 360 en partenariat avec La Vitrine, qui relaie également l’information sur ce programme de l’OM

Publicité panam

Certes parmi les meilleurs pianistes de concert au Canada, le Québécois David Jalbert complétait cet automne 2025 l’enregistrement du cycle complet des sonates pour piano du compositeur russe Sergueï Prokofiev. Pour le troisième et ultime enregistrement de ce cycle chez Atma Classique, David Jalbert réunit trois œuvres phares : les Sonates n° 8 et n° 9 ainsi que les Sarcasmes, op. 17. Depuis la préadolescence, David Jalbert s’applique à maîtriser les sonates de Prokofiev, il en explore toute la richesse pianistique et nous explique ici la nature de ces œuvres, leur construction, leurs défis techniques et leur ambitus expressif. PAN M 360 l’a joint chez lui dans la région de la capitale nationale où il est professeur titulaire en piano à l’Université d’Ottawa. David Jalbert incarne aussi ce répertoire sur scène: le premier de 3 programmes a été donné cet automne à la Salle Bourgie, deux autres sont prévus en mars et en juin 2026.

POUR ACHETER L’ALBUM CHEZ ATMA CLASSIQUE, ON CLIQUE ICI

POUR ASSISTER AU PROGRAMME 2 DU CYCLE PROKOFIEV À LA SALLE BOURGIE LE 5 MARS 2026, ON CLIQUE ICI

POUR ASSISTER AU PROGRAMME 3 DU CYCLE PROKOFIEV À LA SALLE BOURGIE, LE 3 JUIN 2026, ON CLIQUE ICI

La tradition annuelle du Messie de Haendel par l’Orchestre classique de Montréal se poursuit cette année. La crypte de l’Oratoire Saint-Joseph sera pour l’occasion occupée, le jeudi 11 décembre 2025, par l’ensemble sous la direction de son tout nouveau directeur musical, Andrei Feher, ainsi que par les solistes Jacqueline Woodley (soprano), Camila Montefusco (mezzo-soprano), Adam Luther (ténor) et Jamal Al Titi (baryton). S’ajouteront Les Filles de l’île et Les Chantres Musiciens, pour former le chœur. J’ai rencontré le jeune chef Andrei Feher afin de parler de ce Messie, son premier avec l’ensemble, mais aussi l’un de ses premiers car il a dirigé le chef-d’œuvre de Haendel pour la première fois il y a un an seulement. 

INFOS ET BILLETS POUR LE MESSIE DE L’ORCHESTRE CLASSIQUE DE MONTRÉAL À LA CRYPTE DE L’ORATOIRE SAINT-JOSEPH, LE 11 DÉCEMBRE 2025 À 19H30. 

Il y a 50 ans paraissait un album iconique de la pop québécoise, voire internationale. Neiges, d’André Gagnon, fracassait des records de ventes et restait collé au top 10 du Billboard pendant six mois! 25 musiciens et musiciennes étaient en studio (dont Jean Carignan), en plus des chœurs dont faisait partie une certaine Renée Claude. Alors que l’Orchestre métropolitain s’apprête à rendre hommage à ce petit chef-d’œuvre de pop instru (avec quelques parties chorales), pourquoi ne pas visiter la mémoire d’un des musiciens qui y était, Robert Leroux, percussionniste? Les fameux solos de congas dans Wow, c’est lui! À l’époque, Robert Leroux était un tout jeune musicien, plutôt associé à la musique classique et contemporaine (il l’a été majoritairement toute sa vie, d’ailleurs), mais les contrats et les gigs en pop ou en musiques de pubs n’étaient pas hors de son radar non plus. Voici donc une plongée dans les coulisses de l’album Neiges d’André Gagnon, avec un témoin privilégié, l’un des rares encore en vie pour en parler. 

Ce contenu a été réalisé par PAN M 360 en partenariat avec La Vitrine qui relaie aussi l’information sur ce programme de l’OM

INFOS ET BILLETS POUR LES CONCERTS DE L’ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN EN HOMMAGE À NEIGES D’ANDRÉ GAGNON

Publicité panam

PANM360 : Comment avez-vous été amené à participer à cet enregistrement?

Robert Leroux : Il manquait un percussionniste, on m’a appelé. C’était la première fois que je travaillais avec André. Je remplaçais celui qui travaillait avec lui avant. Ça me tentait parce que je savais qu’André écrivait des parties de timbales intéressantes. Par la suite, André m’a demandé de continuer pour faire les spectacles. Ça a été un tel succès! Honnêtement, nous, les musiciens qui étions là, on ne s’y attendait pas. C’est Wow qui a été la locomotive, et le plus drôle c’est que c’est la pièce qui était la moins prête quand on est entré en studio.

PANM360 : Comment ça s’est passé?

Robert Leroux : C’était la dernière pièce qu’André voulait ajouter, mais il n’était pas sûr de ce qu’il voulait. Il avait la mélodie dans sa tête, mais pas le reste. Il nous a demandé d’essayer des choses et on a ‘’gossé’’ pendant un temps. J’essayais des rythmes aux congas, mais ça ne fittait pas. Et puis, un moment donné, on a trouvé le bon équilibre entre mes congas, la basse de Jean-Guy (Chapados) et la ‘’drive’’ d’André au clavier. Là ça marchait!

PANM360 : Tellement! La ligne de basse est irrésistible, et les congas sont inoubliables! Et enregistrés avec une telle présence! Ils sont mis de l’avant de façon spectaculaire.

Robert Leroux : Oui. Le preneur de son, Pete (Pierre) Tessier, avait fait un très, très bon travail. Les timbales aussi étaient bien enregistrées. Moi, j’ai souvent travaillé avec lui et j’ai toujours apprécié ce qu’il faisait. Mais vous savez, ce solo n’est vraiment pas difficile. J’avais proposé d’autres rythmes plus compliqués, mais mes collègues n’aimaient pas ça. Alors on s’est entendu sur la formule maintenant connue, très simple. 

PANM360 : Aviez-vous été bien préparés en général, avec les partitions d’avance et tout?

Robert Leroux : Sauf pour Wow, tout était prêt, tout était bien organisé par André. Il était très bien préparé. On n’a pas eu les partitions d’avance, mais elles étaient sur les lutrins quand on est arrivés. C’était bien ordonné.

PANM360 : Vous avez pensé quoi, vous et les autres, quand vous avez vu ça pour la première fois? C’était quoi l’ambiance?

Robert Leroux : Je ne sais pas pour mes collègues, mais pour moi, c’était d’abord une job comme les autres. J’arrivais, je m’installais et je jouais. Mais avec André, l’ambiance était excellente. On avait beaucoup de fun. Par la suite, quand il me demandait si je pouvais jouer dans un des spectacles en tournée, si ça fittait dans mon horaire, j’y allais avec plaisir. Ce n’était pas mon univers, moi j’étais plutôt dans la musique contemporaine, même si je faisais quand même souvent des enregistrements de commerciaux (avec Dompierre ou François Cousineau). Mais, quand j’avais la chance d’y retourner avec Dédé, j’acceptais toujours, tellement c’était agréable.

PANM360 : Niveau difficulté, rien à signaler?

Robert Leroux : Non, c’était assez simple comme musique et, de plus, André avait tout préparé finement. La seule à nous avoir réclamé un peu plus de travail, c’était Wow, comme j’ai dit. Celle-là, il ne l’avait pas entièrement complétée dans son esprit. C’était encore un ‘’work-in-progress’’. Finalement, c’est devenu LE succès de l’album. 

PANM360 : Quel regard posez-vous là-dessus? Et sur le fait que 50 ans après, l’Orchestre métropolitain lui rend hommage?

Robert Leroux : On n’y pensait pas du tout à l’époque, au moment d’enregistrer. Mais, dans notre métier, il y a souvent des surprises comme ça. Je ne peux pas dire que je suis surpris, mais je ne m’attendais pas à tant de succès quand je jouais les partitions. Les astres se sont bien alignés à ce moment. Si j’avais su, j’aurais négocié différemment mon contrat! (Rires) En même temps, je ne me plains pas, nous avons tous été payés convenablement, selon les tarifs en vigueur de l’époque.

PANM360 : Une réflexion sur ce style musical?

Robert Leroux : C’était dans l’air du temps. Il y avait à cette époque ce mouvement de mix entre la classique et la musique populaire. Ça se manifestait à travers ce genre de sonorités. C’est peut-être l’équivalent actuel du néoclassicisme. Bien sûr, les deux styles sont assez différents, mais sur le principe de la musique classique qui trouve un langage spécifique pour atteindre un très vaste public, il y a des parallèles à faire. 

Cela dit, Neiges est un album assez spécial dans la production d’André. Lui, son vrai style, c’était les longues mélodies romantiques, et il y reviendra dans les années 1980, avec beaucoup de cordes, ou au piano seul, pour s’y concentrer jusqu’à la fin de sa carrière. Nelligan fait aussi partie de cette veine lyrique. Alors, Neiges reste une création très particulière. 

PANM360 : Vous avez souvent joué par la suite avec lui pour les spectacles?

Robert Leroux : Quelques fois, oui. Mais j’avais aussi une carrière en musique contemporaine et classique, ce qui fait qu’à un moment donné, j’ai été remplacé par Luc Boivin, qui est resté avec André plus longtemps. Mais, chaque fois que j’y suis allé, j’ai beaucoup aimé ça. André était super fin, et il donnait aussi un bon show devant le public. Il avait une âme d’entertainer. Il faisait même un numéro de claquettes à un moment dans le spectacle.

PANM360 : Je ne connaissais pas ce côté de lui… Cet hommage de l’Orchestre métropolitain, vous imaginez quoi?

Robert Leroux : Je ne sais pas trop, mais je suis très curieux de voir comment il vont transformer tout ça. 

——————————————————————————————————-

À la Faculté de musique de l’UdeM depuis 1973, Robert Leroux a été vice-doyen aux études de premier cycle, de 1985 à 1988, et doyen, de 1988 à 1997. En 2007, il participait à la fondation de l’Ensemble à percussion Sixtrum, dont nous avons souvent parlé ici chez PAN M 360. 

Crédits de l’album Neiges, selon le site Québec Info Musique : 

Musiciens – 

André Gagnon: piano, synthétiseur, piano électrique; 

Mauricio Fuks: violon; 

Michel Fauteux: batterie; 

Jean-Guy Chapados: basse; 

Gilles Pinard: guitare; 

Richard Ring: guitare; 

Marcel Rousseau: piano électrique; 

Jean-François Roch: timbales; 

Richard Beaudet: flûte; 

Robert Leroux: percussions, timbales; 

Jean-Carignan: violon.

Cordes – 

premiers violons: Mauricio Fuks, Adolfo Bornstein, Reynald L’Archevêque, Pierre Jean Ireneusz Bogajewicz; 

seconds violons: Mario Masella, Denise Sergent, Claude Hamel, Françine Bang, Ronald Taddeo; 

altos: Marc Bélanger, Lorraine Desmarais, Charles Meinen, Sylvie Laville; 

violoncelles: Jean-Luc Morin, Michael Kilburn, Kristina Melnyk.

Chœurs: Renée Claude, Chœur des étudiantes de l’École Normale de Musique.

Arrangements: André Gagnon

Réalisation: André Gagnon, Pierre Tessier

Prise de son: Pierre Tessier

Mixage: Pierre Tessier

Studio: studio Son Québec

Production: Les Disques Star inc.

Pochette et livret – 

Conception graphique: Marcel Cadieux; 

Photos: Jean-Guy Thibodeau

Établi au Studio Bell de Calgary, un espace qui gagne à être connu dans l’est du Canada, le Centre national de musique (National Music Centre) ouvrait à la mi-novembre un espace satellite dans le Quartier des spectacles de Montréal, jouxtant le nouveau quartier général de l’ADISQ. À l’occasion de l’ouverture officielle du pied-à-terre ce mercredi 19 novembre, une murale de l’artiste Mathieu Potvin, intitulée Merci Beau Dommage,y était dévoilée.  

Andrew Mosker, fondateur, président et directeur général du CNM, est un Montréalais d’origine et avait à cœur de bâtir dans sa ville natale un prolongement  pérenne de cette institution, et ce avec un souci particulier pour la culture francophone. Selon lui, l’arrivée du CNM dans le décor pourrait ainsi renforcer les relations du Centre avec les créateurs, les artistes, les entreprises, les partenaires de l’industrie et le public du Québec et de l’est canadien

Cette initiative repose sur des liens tissés au fil des ans entre le CNM et le milieu musical québécois, à commencer par l’ADISQ, sa voisine immédiate. Plus précisément, le local montréalais accueillera de nombreuses activités permettant de faire découvrir la capacité du CNM à présenter des événements musicaux, expositions thématiques et autres activités propres à une telle institution dont l’objet et de « stimuler l’amour, le partage et la compréhension de la musique, aussi préserver et célébrer l’histoire de la musique canadienne depuis ses locaux du Studio Bell, au cœur du East Village de Calgary.

Puisque Andrew Mosker était de passage à Montréal comme il l’est de nouveau ce samedi  6 décembre dans le contexte d’un plateau multigénérationnel présenté au chic 9e mettant en vedette notamment le vétéran montréalais Andy Kim afin de récolter des dons pour les enfants malades, Andrew Mosker accordait cette interview à PAN M 360.

Plus d’informations à propos de l’espace CNM

Andrew Mosker, Photo: Sylviane Robini

PAN M 360 : D’abord, faisons un peu de rattrapage :  comment tout cela a-t-il démarré?

Andrew Mosker : Au début des années 2000, j’ai vendu l’idée à des bienfaiteurs de Calgary. Des mécènes, donc des fonds privés.  Aujourd’hui, une dizaine de fondations privées, surtout établies dans l’Ouest, mais aussi des groupes importants comme TD, RBC ou Power Corporation financent notre projet.

PAN M 360 : Que faisiez-vous auparavant?

Andrew Mosker : J’étais et je suis toujours pianiste.  J’avais étudié la musique à l’université Grant MacEwan parce que le programme de musique avait une orientation pop, commerciale et jazz. Très bon programme.  Pour apprendre les arrangements, solo, improvisation, j’ai suivi ce programme.

Tout de suite après, j’ai commencé ma carrière en Alberta, je voulais être dans la performance. J’ai essayé ça pendant quelques années.  

Puis j’ai réalisé que je voulais rester dans le domaine de la musique, moins en tant que joueur mais plutôt en aidant l’écosystème à mieux se porter. J’ai alors rencontré des bienfaiteurs, aussi la ville de Calgary qui voulait relancer un quartier délabré, abandonné. S’y trouvait  aussi un vieil hôtel, le King Edward, dont le bar était un foyer du blues, Home of the Blues, un peu comme le Bistro à Jojo à Montréal. La ville a acheté l’édifice, et nous avons participé au  commencement du plan de relance de ce quartier. Ça fait 25 ans. À cette époque, je voyageais partout dans le monde et constatais que le Canada n’avait pas de musée national de la musique. Tant de Canadiens ne pouvaient pas découvrir les œuvres de Robert Charlebois, Leonard Cohen, Nickelback, Céline Dion, tous ces artistes intronisés dans un espace où il y avait des expositions, des collections, des studios d’enregistrement, etc.. Les Junos y avaient déjà pensé mais n’avaient pas réuni les conditions pour y parvenir.

PAN M 360 : C’est quand même spécial que ça s’est finalement produit à Calgary. C’était à cause de vous!

Andrew Mosker : Oui, à cause de moi mais aussi à cause des bienfaiteurs. On pouvait compter également sur l’appui de Stephen Harper qui venait de l’Alberta et qui voyait d’un bon œil la naissance d’un tel centre à Calgary. Dans son cercle restreint, Stephen Harper comptait plusieurs adeptes  conservateurs de la musique, d’ailleurs et qui souhaitaient un centre indépendant de l’État. Et le maire de l’époque David Bronconnier voulait relancer le quartier oublié, East Village. Ce  quartier où se trouvait l’hôtel. Pour nous, le timing était idéal. 

PAN M 360 : La structure d’un tel centre culturel est un peu à l’américaine, en fait. Plus financé par le privé, indépendant de l’État.

Andrew Mosker. Oui, exactement. Mais, il y a quand même des ressources gouvernementales- fédérales, municipales et provinciales. On a ainsi refait l’immeuble du King Eddy, puis nous avons construit autour, de 25 000 pieds carrés nous sommes passés à 160 000.

PAN M 360 : Et comment avez-vous fédéré l’écosystème de la musique canadienne pour donner vie au centre?

Andrew Mosker : J’ai convaincu les différentes organisations du pays comme l’ADISQ ou CARAS de se joindre à nous pour créer ce lieu consacré à la renommée de la musique canadienne. Nous avons conclu des ententes avec les associations. Aujourd’hui, on peut compter sur 5 espaces distincts au CNM /NMC. Nous pouvons compter sur une équipe de 37 personnes à temps complet et sur de nombreux bénévoles qui viennent de partout au Canada.

PAN M 360 : C’est aussi un musée.

Andrew Mosker : Vivant et interactif. Nos expositions permanentes comptent pour 30% et les expositions itinérantes pour 70%, soit de 5  à 8 nouvelles expositions chaque année. Les expos sont de tailles différentes et nous pouvons compter sur 22 galeries immersives pour ce faire. Par ailleurs, nous avons des studios d’enregistrement et on peut même y utiliser des instruments de notre collection historique, comme un synthé Moog de Keith Emerson ou encore un amplificateur de Randy Bachman. Les artistes viennent y faire des résidences et y enregistrent. Du Québec, sont venus nous visiter notamment Diane Dufresne, Émile Bilodeau, Klô Pelgag ou Louis-Jean Cormier.

PAN M 360 : L’approche est multi-genres, donc. 

Andrew Mosker : Oui ça va de la musique populaire nord-américaine au classique. L’esprit du centre s’inspire de centres américains ou européens, comme la Cité de la Musique à Paris.

PAN M 360 : Et maintenant, vous avez un prolongement du centre à Montréal. Ça prenait un anglophone montréalais pour bien comprendre l’enjeu!

Andrew Mosker : Exactement.J’avais vécu à Montréal une bonne partie de ma vie, la langue française a beaucoup influencé ma carrière dans la musique. Et je sais que la scène musicale de Montréal est encore très créative, innovante. Donc, quand j’ai parti en Alberta et j’ai eu l’opportunité de construire et d’améliorer l’écosystème de musique, j’ai amené avec moi mon expérience de Montréal. 

Maintenant, avec cet espace de 3000 pieds carrés, je veux participer à l’écosystème de musique du Québec et de l’est du Canada.  Je veux construire un pont pour que nos homologues québécois comprennent ce qu’on fait en Alberta et comment on peut amener tout ce qu’on fait, comme  la préservation de notre histoire musicale nationale.

Encore aujourd’hui, vous savez, il s’en trouve  beaucoup au Canada qui ne savent pas qu’Oscar Peterson, Joni Mitchell, Robbie Robertson, Leonard Cohen ou Glenn Gould sont des artistes canadiens. Il faut aussi rappeler aux amateurs de musique, la contribution des francophones, Beau Dommage, Charlebois, Dufresne, etc.

Ça aussi, c’est un défi.

Le compte à rebours est terminé pour MikeZup : il est temps d’accrocher le micro et de laisser place à la prochaine génération, a annoncé le rappeur dans une publication Instagram, en marge de la parution de son dernier projet.

Plutôt qu’un geste impulsif, cette décision découle d’une réflexion entamée il y a déjà plusieurs années. « En 2019, je m’étais promis que si je n’atteignais pas un certain niveau avant mes 30 ans, je devrais envisager de passer à autre chose », explique-t-il. Aujourd’hui, l’artiste choisit donc de concentrer son énergie sur l’accompagnement de la relève qu’il développe au sein de son label 630MG, un rôle dans lequel il se sent pleinement à sa place.

Pour ce dernier tour de piste, le trentenaire dévoile Compte à Rebours, un projet percutant — le plus raffiné et abouti de sa carrière. Entouré d’une brochette d’artistes marquants de son parcours musical, le natif de Saint-Michel brille dans un univers résolument drill et trap. Nouvelle réalité de vie oblige, MikeZup s’éloigne un peu de ce gangsta rap plus brut qui a longtemps défini son œuvre, et explore des sonorités plus légères, notamment sur l’excellente Cavale avec Souldia.

Avec cette dernière offrande, il ouvre une ultime fenêtre sur un vécu perturbé, mais bien réel. Fidèle à son habitude, les textes y sont percutants, vrais et sincères. Une quarantaine de minutes qui s’écoutent d’un trait et qui lui permettent de tirer sa révérence en grand.

Quelques heures avant la sortie, Pan M 360 a jasé avec lui de sa récente annonce sur les réseaux sociaux, la création de Compte à Rebours, ses ambitions futures et bien plus.

PAN M 360 : Avant toute chose, parlez-moi de votre publication sur les réseaux sociaux dans laquelle vous annoncez qu’il s’agit de votre dernier projet en carrière. Qu’en est-il de cette décision?

MIKEZUP : Ça faisait un bon moment que j’y pensais. J’ai eu 30 ans cette année, et quand j’ai sorti MAUVAISE HUMEUR en 2019, je m’étais promis que si je n’atteignais pas un certain niveau dans ma carrière avant mes 30 ans, je devrais envisager de passer à autre chose. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses : j’ai ouvert un label, je m’occupe d’autres artistes… J’ai moins de temps pour moi, et je suis davantage concentré sur les carrières des autres. Et j’aime vraiment ça.

PAN M 360 : Et justement, quel était ce niveau que vous visiez à l’époque?

MIKEZUP : Moi, j’aurais voulu aller en Europe. Je me suis tout de même rendu à un point honorable, mais j’aurais souhaité quitter le Québec et vivre à 100 % de ma musique. Aujourd’hui, je dois faire davantage de collaborations avec d’autres artistes pour en vivre, et c’est correct aussi. Mais je pense que je vais me concentrer de plus en plus sur mes artistes. C’est gagnant-gagnant.

PAN M 360 : Dans votre publication, vous affirmez qu’il est temps de laisser la place à la prochaine génération. D’où provient cette réflexion? Votre rôle au sein du label y est-il pour beaucoup?

MIKEZUP : Exact. Les artistes que je gère sont tous plus jeunes, dans la vingtaine. Quand j’ai commencé à prendre la musique au sérieux, j’avais à peu près cet âge-là. Aujourd’hui, je sais quoi faire et quoi éviter. Je connais les erreurs que j’ai faites. Je pense être un bon leader pour la génération qui arrive.

PAN M 360 : Revenons-y un peu plus tard. Parlons d’abord de votre nouvelle offrande, Compte à Rebours. Quel est le fil narratif de ce projet?

MIKEZUP : Compte à Rebours, juste le titre annonce la thématique : c’est mon dernier album. Le compte à rebours est terminé. Comme je disais, je m’étais fixé une date butoir à 30 ans, et on y est. Les collaborations, ce sont surtout des gens avec qui j’ai travaillé par le passé et que j’apprécie. C’était une manière de boucler la boucle avec les artistes qui ont été importants dans mon parcours.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui rendait ce projet-là si significatif pour en faire potentiellement votre dernier?

MIKEZUP : Contrairement à mes autres projets où j’étais très productif — je pouvais enregistrer trois ou quatre albums dans une année — celui-là a pris énormément de temps. On a commencé en décembre 2024 et on l’a terminé le mois dernier. Ça ne m’était jamais arrivé. Je me suis appliqué, j’y ai mis beaucoup de cœur. J’aime le résultat, ce sont des sonorités très récentes. Avant, je mettais parfois des morceaux plus vieux, issus de mes archives. Pas cette fois. Tout est récent. J’en suis fier.

PAN M 360 : Quel morceau avez-vous le plus hâte que votre public découvre?

MIKEZUP : J’en ai deux. D’abord, Pierre Tombale avec Izzy-S. Cette collaboration était très attendue. Tout au long de ma carrière, on me disait de faire une chanson avec lui, et ça n’avait jamais donné. C’est finalement la dernière chanson qu’on a enregistrée pour l’album. Le son est mortel, et Izzy-S a un parcours qui ressemble au mien. On a tous les deux traversé une grosse perte de poids, alors on s’est fait un beat pour le gym, quelque chose de solide.
Et il y a Cavale avec Souldia. J’adore l’univers de ce morceau. C’est une chanson qui peut s’écouter partout et par tout le monde. Je dirais ces deux-là.

PAN M 360 : Est-ce que cette collaboration avec Souldia reflète les nouvelles sonorités que vous explorez sur l’album?

MIKEZUP : Oui, exactement. Et même si je dis que c’est mon dernier album, je vais continuer à faire de la musique ici et là. J’ai envie de poursuivre dans ces sonorités plus grand public. Tout ce qui était plus dur, gangsta rap, hardcore… je laisse ça derrière.

PAN M 360 : Et pourquoi ressent-on un jour le besoin de tourner la page sur ce type de sonorité?

MIKEZUP : Mes enfants grandissent. C’est surtout ça. Mes anciennes chansons reflétaient un mode de vie que je n’ai plus. J’ai changé : je suis rendu à d’autres choses, plus tranquille dans ma vie. Je suis père de famille. Mes enfants écoutent mes chansons et commencent à comprendre ce que je dis. Ça amène une réflexion. J’aime faire de la musique, mais je veux faire une musique que tout le monde peut écouter.

PAN M 360 : Quel mot résume le mieux le processus de création de Compte à Rebours?

MIKEZUP : Émotions. Il y en a eu beaucoup. On s’est obstiné ici et là avec les producers — rien de grave — mais il y a eu beaucoup de logistique, beaucoup d’ajustements. On a parfois refait un mix 15 fois. On s’est appliqué. Des détails qu’on aurait laissés passer avant, on ne les a pas négligés cette fois.

PAN M 360 : Qu’est-ce que vous diriez au MikeZup qui débutait dans le métier?

MIKEZUP : Quand j’ai commencé, je n’avais aucune attente, et je pense que c’était la meilleure manière de faire de la musique. Quand tu commences à avoir des attentes, tu finis inévitablement par être déçu. Quand c’est devenu trop sérieux et que je devais vendre des albums pour payer mes affaires, ça a commencé à nuire à ma créativité. Si je pouvais me parler, je me dirais : continue, pense juste à faire de la musique. Et au pire, fais-toi un plan B à côté pour continuer de créer librement.

PAN M 360 : Votre meilleur souvenir de carrière, en tant qu’artiste?

MIKEZUP : Il y en a tellement. J’ai fait de grandes scènes, j’ai collaboré avec des figures importantes du rap québécois, des gens que j’écoutais quand j’étais petit. Mon featuring avec Sans Pression, par exemple, ça a été un moment marquant dans ma carrière d’artiste. C’est un artiste que j’écoute depuis toujours. C’était symbolique, presque magique. Je vais toujours m’en souvenir.

PAN M 360 : Après la musique, qui est MikeZup? Est-ce que ça vous effraie un peu?

MIKEZUP : Oui, un peu. Je suis inquiet, parce que je fais de la musique depuis que j’ai 11 ans. On m’a toujours connu comme MikeZup le rappeur. Là, c’est comme si j’enlevais cette étiquette pour passer à autre chose… que je ne connais pas encore. Mais je me dis que la vie est bien faite. Oui, ça crée du stress, mais c’est un stress positif.

Crédit photo: JRDN PHOTOGRAPHY

À 5 reprises du 17 au 20 décembre, Fred Pellerin et Kent Nagano se retrouvent pour une 7eoccasion à la Maison symphonique, un 7e conte conte symphonique se déploie en décembre, pratique devenue tradition au temps des fêtes. Le prochain conte de Fred s’annonce comme un nouveau chapitre d’une joyeuse mythification de Saint-Élie-de-Caxton, un village de Mauricie ayant acquis une notoriété comparable à Natashquan.

En voici l’amorce de la trame narrative: » L’histoire de l’origine et de la fondation de Saint-Élie-de-Caxton fut longtemps un mystère. Que s’est-il passé au premier jour d’existence de la municipalité? Comment devint-on un village? Les trois premières pages des archives municipales ayant été déchirées, la chose était toujours demeurée secrète et nébuleuse. Aujourd’hui, grâce aux nombreuses collectes jaseuses et recoupements d’approximations, la vérité est enfin inventée. Il y avait un monde, un clocher, un curé et une veuve… et, un jour, une enfant aux cheveux blancs. Et le village fut! »

Il sera aussi question de nativité, de l’inopinée conception d’un enfant sans père connu… et d’une interaction entre le conte et l’orchestre au service de Fred Pellerin mais aussi de Beethoven, Wagner, Hindemith, Berlioz, John Adams, Yuliya Zakharava ou même Jacques Michel ! Loin de son village devenu mythe grâce à lui, Fred Pellerin nous raconte ce chapitre de son aventure symphonique avec Maestro Nagano.

Ce contenu a été réalisé par PAN M 360 en partenariat avec La Vitrine, qui relaie l’information sur ce programme de L’OSM

Publicité panam

Inscrivez-vous à l'infolettre