classique occidental / période classique / période romantique

Schulich | Dans les conditions, excellente performance du MGSO

par Alexis Desrosiers-Michaud

Tout comme ce fut le cas pour la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal l’automne dernier, c’est maintenant au tour de la salle Pollack de l’Université McGill d’être fermée pour cause de travaux, obligeant ses occupants à se produire ailleurs. C’est ainsi que le premier concert de l’orchestre symphonique de l’établissement (MGSO) fut donné dans le très petit amphithéâtre de 400 places du Collège Vanier. 

On dit dans le jargon sportif que jouer à l’étranger peut être hostile, et c’est aussi vrai pour un orchestre symphonique. Dès l’entrée en salle, on constate que l’espace scénique est trop exigu pour un ensemble de cette taille, si bien que quelques musiciens jouent à deux pas des coulisses. 

Et dès le la initial du hautbois, un autre constat frappe : l’acoustique de la salle est très, très sèche. 

En d’autres mots, le son ne résonne pas du tout et s’arrête net dès la fin de son émission. Pour un musicien, c’est extrêmement difficile car il ne peut profiter du retour de son pour s’ajuster avec ses collègues. Pire encore, il est très possible que ceux qui jouent derrière n’entendent rien de ce qui se passe aux premiers rangs. Bref, la justesse représente un défi colossal dans ces circonstances. Il y a cependant quelques avantages à jouer dans une telle salle, nous y reviendrons. 

Le programme commence par l’Ouverture en do majeur de Fanny Hensel (Mendelssohn), seule œuvre pour orchestre qu’elle a composée. Cette pièce est très intéressante, avec une introduction pastorale. Dans la partie rapide, deux thèmes contrastants principaux guident l’œuvre, qui exige virtuosité des cordes et expose beaucoup les bois, solides. La finale se veut de plus en plus énergique et rapide. À reprogrammer, donc. 

Ensuite vint le Concerto pour flûte du danois Carl Nielsen avec comme soliste la lauréate du Concours de composition 2023-2024, Aram Mun. Ici, l’acoustique sert bien car jamais la soliste n’est enterrée par l’orchestre. Elle réalise un sans-faute, avec des phrasés superbes et des fins de notes légèrement vibrantes. De plus, ses ralentis sont étirés de sorte que la musique se pose. Dans cette œuvre, la salle aide beaucoup car à quelques endroits s’installent des dialogues entre la flûte solo et d’autres instruments. Ainsi, les trios flûte-trombone basse-timbales et flûte-cor-alto sont parfaitement équilibrés. Le chef Alexis Hauser dirige l’orchestre en établissant continuellement un contact visuel avec sa soliste, non sans risquer de l’accrocher à quelques reprises en raison de leur proximité.  

Une difficulté supplémentaire allait s’ajouter après la pause pour l’exécution de la pièce de résistance, la 6e symphonie d’Anton Bruckner : la chaleur. Tant de gens dans un si petit espace font indéniablement monter la température, impactant les instruments. En effet, sous la chaleur, le son monte, ce qui forcera Hauser à réaccorder l’orchestre entre chacun des mouvements de la symphonie. 

Malgré toutes ces contraintes, les jeunes du MGSO offrent une très belle prestation. Les articulations sont hyper précises et les effets forte-piano sont exécutés à merveille, la salle aidant. Le chef fait un admirable travail de préparation des climax en retardant le plus possible les longs crescendos, mais le volume maximum plafonne vite. Les pauvres musiciens pouvaient souffler du plus fort et jouer plein archet, il n’y a rien à faire, le son ne passe pas. Justement, ces climax ne peuvent résonner comme ils se doivent. Ses moments, construits en architecture, ont besoin de temps pour s’évaporer. C’est alors difficile pour les cuivres derrière de de projeter et les trombones, dont un seul a joué en première partie, mettront un demi-mouvement à s’ajuster. 

Le second mouvement a été sans contredit le meilleur moment du concert. Cette sublime page a fait ressortir un très beau son feutré chez tous les pupitres de cordes, ainsi qu’un mélodieux solo de hautbois, ce dernier tirant sur les retards pour mettre en valeur les dissonances. Guidés par un Hauser engagé, les musiciens ne laissent aucune phrase tomber, bâties sur des fondations harmoniques très solides chez les vents. Le troisième mouvement a aussi donné de beaux moments, notamment la section de cors qui a pu se mettre en valeur dans le trio du scherzo.

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