PAN M 360 au FIJM 2024 | L’assomption de Milena Casado
par Alain Brunet
Lorsqu’on fouille un tantinet sur le web afin de trouver des contenus de Milena Casado, on apprend de sa bouche même qu’elle a été élevée par une mère espagnole monoparentale et d’un père absent de République dominicaine – qu’elle a connu plus tard. Métisse afro-espagnole, cette jeune femme hyper douée a découvert l’assomption heureuse de son identité multiple par le jazz. Cette forme, selon ses propres mots, l’a autorisée à exprimer pleinement l’être humain qu’elle est et ainsi atteindre son plein potentiel.
Au sortir d’un concert gratuit donné au Pub Molson sur L’Esplanade Tranquille et ce dernier samedi du FIJM 2024, on peut aisément affirmer qu’elle est sur la bonne voie!
Trompettiste et bugliste aguerrie, de fort belle sonorité et d’une articulation des plus fluides, Milena Casado est aussi une soprano encline à d’élégantes vocalises qu’elle pose sur des grooves funk pas piqués des vers. L’esthétique jazz post-bop et et les explorations polyrythmiques de type M-Base font aussi partie de sa palette, l’amalgame est typique du jazz contemporain de la période actuelle.Très au fait des avancées technologiques en relation avec la musique improvisée, la musicienne peut aussi modifier en temps réel les textures de son instrument.
Assistée d’un ensemble jazz de très bonne tenue (trompette, claviers, saxo électronique, contrebasse, batterie), d’un calibre clairement international, Milena Casado propose un répertoire de ses compositeurs dont l’inspiration première est l’amour-propre, l’écoute de la petite voix intérieure. Le jazz de Milena Casado est une continuité sans rupture avec les formes que l’on connaît. On devine que la musicienne, compositrice et leader parachève l’édifice de son identité musicale, ce qui nous motive d’autant plus à suivre sa trajectoire.
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PAN M 360 au FIJM 2024 I L’univers mystifiant du Cinematic Orchestra, un film en direct
par Stephan Boissonneault
J’ai vécu une expérience bizarre au collège, où je me suis débattu avec mon identité. Pendant cette période, j’ai parfois eu besoin de m’évader, c’est ce qui s’est passé avec l’album Man With A Movie Camera(2001) de The Cinematic Orchestra, que j’ai écouté en boucle sur mon ordinateur personnel et sur mon appareil mp3 Sony Bean. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’ai accueilli The Cinematic Orchestra sur la scène principale du FIJM pour interpréter cet album en direct, un samedi soir de clôture.
Je n’ai vraiment écouté que deux des albums de The Cinematic Orchestra, mais je n’avais jamais imaginé que je les verrais un jour en concert. Je n’avais d’ailleurs pas vraiment envie de les voir sur scène car, pour moi, leur musique semblait être mieux servie sur enregistrement, où l’on écoute les partitions de films imaginaires dans sa propre tête. J’avais tort.
L’un des aspects que vous devez comprendre à propos de The Cinematic Orchestra est qu’il y a beaucoup de pièces en mouvement ; une batterie jazzy constante, un florilège de synthétiseurs et d’échantillons, une contrebasse bien droite et bien serrée, et la pièce de résistance, l’art vidéo en direct créé par le fondateur, Jason Swinscoe. Pendant que le groupe construit les chansons, Swinscoe passe d’une caméra à l’autre, reliée à un projecteur, et manipule ses images en direct ; il y ajoute des images kaléidoscopiques et des effets de déformation, le tout filmé en noir et blanc pour créer une ambiance de film muet. Il lui arrive aussi de jouer avec une machine à écrire sur fond de nu jazz, les effets sonores de la frappe s’accordant parfois avec la batterie ou les claviers et racontant les images du projecteur en temps réel.
Je n’ai jamais vu un spectacle comme celui-ci et la musique était fantastique, remplie d’un tourbillon de riffs qui restent avec vous après une première écoute, mais la composante visuelle est ce qui vaut la peine d’être écrit. Swinscoe est un maître de la vidéographie, probablement un gars qui a des centaines de caméras chez lui, sachant quand improviser et impliquer la foule. Les moments les plus mémorables ont eu lieu pendant le rappel, lorsque Swinscoe a filmé la foule avec un effet de cascade, des corps sur des corps, des visages sur des visages, tous s’écrasant lentement les uns sur les autres pendant que le titre phare To Build A Home était joué. C’était vraiment majestueux et les mots ne peuvent pas lui rendre justice.
Avant l’entrée sur scène du trio qui fait fureur au Brésil, Gilsons, leur percussionniste Ricardo Guerra et leur trompettiste Osiel Junior s’installent d’abord avant d’accueillir José, João et Francisco Gil, sous les applaudissements d’un public majoritairement brésilien. Tous vêtus de bleus et de blanc pour l’occasion, les trois descendants de Gilberto Gil ont une complicité indéniable sur scène, ce qui rend l’atmosphère agréable d’emblée.
Ils débutent avec Pra gente acordar, qui figure dans l’album qui porte le même nom, paru en 2022. Au centre de la scène, Francisco qui chante la plupart des morceaux, avec José et João, parfois aux chœurs, parfois uniquement à la guitare et/ou à la basse. C’est fascinant de les voir interchanger les guitares tout au long du spectacle, une véritable chaise musicale mais avec les guitares. Ils enchaînent avec Algum ritmo, une collaboration avec Jovem Dionisio.
En fait, ils ne sont pas tous fils de Gilberto Gil, comme je pensais, mais seul José est le fils, tandis que João et Francisco sont les petits-fils du grand nom de la musique brésilienne. « Nous sommes contents d’être ici, pour la première fois au Canada », nous partage José, avant de poursuivre avec Vento Alecrim, tiré de l’album Varias Queixas, paru en 2018. Cet opus fusionne plusieurs styles tels que la samba, le rap, le funk, l’afoxé mixés avec de l’électronique.
Pour le morceau Vem de là, c’est José qui prend le lead cette fois-ci et les deux autres font les chœurs, tout en encourageant le public a chanté avec eux sur Devagarinho, sur laquelle ils ont collaboré avec Mariana Volker. La complicité de trois artistes est palpable tout le long du concert. Ils se taquinent, se parlent parfois à l’oreille en rigolant, se lancent des blagues à tout bout de champ.
Un autre morceau que la foule semblait apprécier, India, une collaboration avec Julia Mestre. C’est au tour de João de répéter à plusieurs reprises qu’ils sont contents d’être au Canada, qu’ils n’auraient jamais imaginé que leur musique les aurait amenés jusqu’ici, suivi d’applaudissements.
Lorsqu’ils jouent les premières notes de Swing de Campo Grande, la foule se met à crier et à se trémousser aux rythmes de la musique. Idem avec Love, Love sur laquelle ils font chanter le public avec des lalalala sur fond de trompette délicieuse à l’oreille.
Ils alternent entre les deux albums, avec A voz, ou Proposta, qui contient des solos de João à tomber à la renverse. Ils ne pouvaient pas clôturer le show sans chanter Varias queixas, le tube qui a mis ce trio sur la map, comme on dit.
Le rappel est arrivé très vite, sous les cris « Eu não vou embora » ou « Je ne m’en vais pas », de la foule qui tapait du pied, faisant trembler le plancher du National. Ils reviennent donc pour nous partager Um so, Duas cidades et Voltar na Bahia, en intégrant le cavaquinho de José, qui s’amuse aussi sur les percussions par moments, laissant les deux autres dialoguer avec leur guitare. Ils reprennent ensuite quelques classiques de samba, comme Alguém me aviso, de Dona Ivone Lara, au grand plaisir des spectateurs qui semblent apprécier le long rappel. Mon coup de cœur restera certainement João, dont la voix s’apparente le plus à celle de Gilberto Gil, et qui semble être le rebelle du trio. Et on aime tous les rebelles, n’est-ce-pas ?
La première partie a été assurée par une chanteuse brésilienne de Toronto, JØY Brandt, qui a partagé plusieurs de ses compositions originales avec le public, telles que son plus récent morceau Vem. Elle a aussi fait le plaisir de l’audience lorsqu’elle a repris la chanson classique d’Edson Gomes Árvore qu’elle a revisité en y mettant sa touche. Elle était accompagnée pour l’occasion par des musiciens tous originaires de Bahia, le percussionniste et batteur The Real WheresBaiano, Bernardo à la guitare et Luciano Vila Nova à la basse. Bien entendu, tout cela n’aurait pas été possible sans les Productions Showzaço, plus particulièrement Ulysses de Paula, qui nous ramène des artistes de haut calibre à Montréal depuis quelques années déjà. Entre Emicida, Zeca Pagodinho, Nando Reis et bientôt Jorge Aragão en août, il n’a plus besoin de faire ses preuves. Ce visionnaire est devenu un joueur clé dans la scène artistique brésilienne au Canada.
PAN M 360 au FIJM 2024 | George Coleman à l’Upstairs, le pari d’un quasi nonagénaire
par Alain Brunet
Tant qu’on ne peut en témoigner, le concert d’un octogénaire, voire quasi nonagénaire, est loin d’être un succès assuré. Il se peut même que la performance soit pire que la plus récente de Joe Biden… Il arrive qu’une vieille personne ne peut plus offrir grand-chose sauf sa propre légende, il vaut mieux alors rester à la maison. Ce ne fut heureusement pas le cas de George Coleman, 89 ans, pas arrêtable ! Et pas un seul cheveu gris, avons-nous noté. Nous sommes bel et bien à l’aube de la trans-humanité!
Blague à part, ce désormais mythique tenorman, invité deux soirs consécutifs à l’Upstairs cette semaine, manifestait une verdeur remarquable, bien assis devant son ténor. Jeudi soir, son petit ensemble était constitué du batteur Darrell Green et du contrebassiste Ira Coleman – aucun de lien de parenté avec son employeur, on exclut également les équipements de camping de ses accointances.
S’ajoute à ce noyau un invité aux ivoires, Montréalais d’adoption depuis qu’il y enseigne au niveau universitaire : le pianiste français Jean-Michel Pilc accepte de relever moult défis dont celui d’accompagner George Coleman, visiblement satisfait de cette contribution virtuose à sa propre escale montréalaise. On peut le comprendre. Pilc a une maîtrise admirable du répertoire ici proposé.
Et quel est ce répertoire ? Bebop et hardbop dans les thèmes et progressions harmoniques, swing polyrythmique jamais éloigné du blues, et pourquoi pas Some Day My Prince Will Come ou même la Fille d’Ipanema en fin de parcours ?
Grosso modo, se dit-on au sortir de ce set généreux et très sympa, les phrases de George Coleman n’ont certes pas le tonus de ses grandes années (50 et 60) , mais se dégonflent pas pour autant en cours d’exécution. De son saxo, le vieux sorcier extirpe des sonorités moins robustes et moins agiles mais riches, rondes, belles, sages.
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PAN M 360 au FIJM 2024 | Makaya McCraven devenu tête d’affiche
par Alain Brunet
Sous la gouverne du batteur et compositeur visionnaire Makaya McCraven, musicien de Chicago dont je suis un thuriféraire depuis quelques années, nous avons eu droit vendredi à des relectures de son matériel récent, surtout la matière de l’album In These Times, matière rendue publique l’automne suivant sa résidence au FIJM en juillet 2022. Moins de surprises, moins d’étonnement, mois d’excitation, autant autant de qualité et de brillance dans le jeu. Autant de compétence au sein du personnel mis de l’avant.
On imagine le ravissement des jazzophiles à leur première rencontre avec cette musique jouée en temps réel ! Ainsi, le Théâtre Jean Duceppe était plein à hauteur d’environ 90%, pour une prestation d’environ une heure et demie.
Il y avant Joel Ross, à l’évidence un virtuose du vibraphon qui eut l’occasion de démontrer toute sa science à deux maillets. Marquis Hill, trompette, a accompli toutes les tâches demandées par son employeur avec qui il travaille depuis un moment; l’exposition des thèmes était parfaite, les solos circonspects, sans éclat majeur.
Junius Paul, basse électrique, est un autre collaborateur fidèle de Makaya McCraven, et le soutien principal des extraordinaires figures rythmiques générées par la batterie. Le bassiste sait aussi chanter et s’exprimera aussi par sa voix dans l’excellent mashup de Makaya McCraven de sa musique avec celle de l’album I’m New Here de feu Gil Scott Heron, ceci incluant des extraits audio du poète disparu, et aussi d’un refrain chanté par le Junius Paul.
Quant à la harpiste Brandee Younger, on l’a entendue déjà dans cet environnement (sur disque comme sur scène), et on lui connaît aussi une carrière solo. Elle était à MTL en juillet 2023 et son concert fut vraiment apprécié au Studio TD. Côté Makaya, la harpiste fait corps avec l’ensemble, en tant que soliste douée et aussi en tant que génératrice d’harmonie. L’aura de la harpiste mythique Alice Coltrane n’est pas très loin. Encore une fois, on a pu constater la profondeur du batteur, certes l’un des plus innovants de la période actuelle.
On a hâte au prochain chapitre de Makaya McCraven mais il est encore temps de savourer ce qu’il a mis de l’avant jusqu’à ce jour. Avant a sortie de In These Times, le percussionniste avait créé des pièces inspirées des procédés électroniques pour les reconvertir en musique instrumentale. Vendredi soir, cette impression était moins forte, comme ce fut le cas à l’écoute de son dernier album.
Pourquoi donc ? Ce travail plus récent du compositeur intègre des codes esthétiques beaucoup plus proches du jazz moderne et du jazz groove. Les fondements rythmiques restent visionnaires, les approches mélodique et harmonique sont plus conservatrices, et c’est probablement pour cela que ça marche si fort auprès des mélomanes. Pour la suite des choses, en tout cas, soyons assurés que Makaya McCraven sera une tête d’affiche sur le territoire qu’il ratisse. Réjouissons-nous, très peu d’artistes d’une telle profondeur peuvent prétendre à un tel statut.
PAN M 360 AT FIJM 2024 | Fred Hersch, l’un des pianistes de jazz les plus appréciés de notre époque
par Varun Swarup
Le concert de Fred Hersch au Festival de jazz de Montréal, qui s’est déroulé comme il se doit vendredi soir dans la salle intime du Gesù, a été un véritable tour de force en matière d’interprétation au piano solo. À la fin, on avait la nette impression d’avoir assisté au travail d’un maître.
Le jeu de Hersch se caractérise par une extraordinaire précision d’articulation. Chaque note était produite avec clarté et détermination, mais le toucher restait délicat et nuancé. Cette précision lui a permis de traverser des passages complexes avec aisance, le toute en veillant à ce que les mélodies sous-jacentes restent claires, même dans les moments où les harmonies sont denses et les harmonies dissonantes. L’un des aspects les plus remarquables de la prestation de Hersch est peut-être son usage magistral du silence et de l’espace. Il laisse la musique respirer, créant des moments de calme profond qui ont renforcé l’impact émotionnel de son jeu.
Le répertoire était un voyage à travers un paysage musical diversifié, comprenant des œuvres de légendes du jazz comme Benny Golson et Thelonious Monk, ainsi que des compositions d’Antonio Carlos Jobim et des Canadiens Joni Mitchell et Kenny Wheeler. La capacité de Hersch à traverser sans heurt ces différents genres et styles témoigne de sa polyvalence et de sa profonde compréhension de la musique. Chaque morceau a été traité avec le plus grand respect et la plus grande attention, tout en étant imprégné de la touche d’improvisation caractéristique de Hersch, qu’il s’agisse d’une de ses propres compositions ou d’un standard réimaginé.
Les interprétations de Hersch étaient profondément personnelles, reflétant sa voix musicale unique et son lien profond avec les morceaux qu’il choisissait d’interpréter. Le rappel, And So It Goes de Billy Joel, a clôturé la soirée avec une tendresse parfaite, condensant les thèmes de l’introspection et de la résonance émotionnelle de la soirée. Il est facile de comprendre pourquoi il est l’un des pianistes de jazz les plus appréciés de notre époque.
PAN M 360 au FIJM 2024 | Erick the Architect, visite guidée à Brooklyn
par Jacob Langlois-Pelletier
« Puis-je vous emmener à Brooklyn ce soir ? » Voilà les premiers mots du rappeur, chanteur et producteur américain, Erick The Architect, lors de son entrée au Club Soda. Vendredi soir au FIJM, le tiers de l’iconique groupe new-yorkais Flatbush Zombies a transporté la foule au cœur de son histoire familiale et la réalité de son quartier d’enfance, tout en naviguant avec finesse entre hip-hop, rap, R&B, soul et dancehall.
En visite à Montréal pour y présenter I’ve Never Been Here Before, son premier album solo paru plus tôt cette année, « the Architect » a fait régner un climat de nostalgie dès les premiers instants. Du début à la fin, différentes projections d’archives de toutes sortes défilent derrière lui, allant d’une vielle partie de football à des extraits de l’émission Les Simpson, en passant par des enregistrements de jeux vidéo auxquels il jouait lorsqu’il n’était pas plus haut que trois pommes.
Un certain fil narratif conduit le spectacle: le MC discute pendant plusieurs minutes d’un membre de sa famille, enfile quelques morceaux qui y sont liés, puis répète le tout. Ainsi, les gens présents auront fait la connaissance de ses frères, sa mère, son père et même son chat.
Pourquoi l’artiste de 35 ans nous raconte-t-il tout ça? C’est simple: son entourage a façonné la musique qu’il fait aujourd’hui, que ce soit par l’amour de James Brown de la maternelle ou l’intérêt marqué de ses frangins pour le collectif Wu-Tang Clan. Les mordus de son œuvre auront certainement été séduits par les nombreuses anecdotes du rappeur, alors que les curieux diront que le rythme de la soirée en fut affecté.
Quoi qu’il en soit, les amateurs et amatrices présentes en auront eu pour leur argent vu la qualité des interprétations d’Erick the Architect, et ce pendant près de 120 minutes. Accompagné d’une DJ ainsi qu’une musicienne alternant entre clavier et basse, le rappeur a livré avec passion chacune des rimes de son dernier opus, tout en ayant une technique impeccable. Difficile de donner une performance plus juste, tout y était.
Ce qu’on retient le plus de son passage est sans aucun doute sa grande versatilité. Ça semble si facile pour l’architecte de voyager à travers ses différentes influences musicales, allant d’un morceau trap comme Parkour à l’excellente Breaking Point, une ballade pop envoûtante.
Près de deux heures après être monté sur scène, l’icône du rap psychédélique a conclu avec son succès disco Candle Flame, pièce collaborative avec le groupe soul-funk britannique Jungle. « Ce morceau vous fera danser et brûler les calories de vos poutines! », a-t-il lancé, sourire aux lèvres.
I’ve Never Been Before, à défaut de me répéter, est l’une des offrandes hip-hop les plus complètes et intéressantes à avoir été dévoilées depuis le début 2024. Nul doute, Erick the Architect est en train d’ériger de superbes fondations à sa carrière solo.
L’Éclair donc s’est donc abattu sur le Studio TD pendant que le show d’Apashe avec grand orchestre était entrain de marquer les esprits sur la Place des Festivals. Devant un auditoire de conquis et de badauds puisque l’entrée est gratuites au Studio TD pendant le FIJM.
L’Éclair est un band suisse basé à Genève, dont on peut voir la progression sur les réseaux depuis quelques années. L’Eclair est un groupe « instrumental cosmique » qui ne s’en tient pas qu’à des références instrumentales.
« Le groupe a créé un son unique, mêlant des clins d’œil à CAN, Piero Umiliani et Tangerine Dream à d’autres influences comme les grooves house de Madchester des années 80, Aphex Twin ou Boards of Canada. »
Et c’est pas mal ça sur scène, force fut de constater jusqu’à 23h.
Il y avait des synthés, des claviers, des guitares, des percus. Les grooves étaient généralement fondés sur des rythmiques EDM, IDM ou krautrock plutôt que sur le funk et la soul… bien qu’on ai ressenti une esthétique jazz. Les percussions étaient généreuses sur scène, la batterie était solide, les lignes de basse étaient d’esthétique électro (protobass), les guitares étaient présentes dans le tissage (avec wah wah souvent) , les claviers incontournables (Mellotron, etc).
Au croisement du space rock et de l’électro-jazz, L’Éclair produit des grooves contagieux et une musique sans paroles bien d’aujourd’hui. L’Éclair gagne à toucher vos antennes et paratonnerres.
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PAN M 360 au FIJM 2024 | Melanie Charles, Bushwick pur jus
par Alain Brunet
Melanie Charles a des origines haïtiennes, ce qui rejaillit peu dans son art. Dimanche dernier au Studio TD, cette native de Bushwick, un secteur de Brooklyn, exhalait une culture essentiellement new-yorkaise. Plus afro-américaine qu’afro-caribéenne, l’artiste sur scène en cette fin de soirée dominicale du 30 juin fait dans le jazz et la soul. Elle est parmi ces musiciens de l’époque actuelle selon qui le jazz doit revenir une musique qui fait se remuer le popotin, danser, s’exalter, se divertir comme c’était le cas il y a un siècle dans les quartiers noirs des grandes villes états-uniennes, puis partout sur le territoire américain.
Après ses études à la New School de New York, Melanie Charles a commencé dans la soul/R&B avant de se ranger davantage côté jazz et poursuivre dans la voix de ses aïeules, à commencer par Nina Simone et Betty Carter. Ce langage évolue depuis un premier album sorti en 2017.
Pour parvenir à ses fins, la musicienne, compositrice, improvisatrice et leader d’orchestre maintient la palette harmonique du jazz moderne et lui confère du groove, de la sensualité, du plaisir. Excellente chanteuse, elle joue très bien la flûte traversière et dispose d’un équipement électronique lui permettant de déclencher des sons électroniques ou des échantillons de voix (Betty Carter, par exemple) avec lesquels son orchestre peut interagir en temps réel. Saxos, flûte, batterie, piano, basse, tous d’excellents instrumentistes afro-descendants incrustés dans le filon black du jazz moderne au début des années 90, surtout la mouvance John Coltrane, Pharoah Sanders et autres McCoyTyner. Très bon set !
PAN M 360 au FIJM 2024 | Benny Green à l’Upstairs, le grand luxe !
par Alain Brunet
Benny Green est en début de soixantaine, le temps file… On se souvient encore de son émergence sur la planète jazz au tournant des années 90. je me souviens personnellement que le grand Oscar Peterson le voyait parmi ses dignes successeurs, et pour cause.
Natif de New York et transplanté en Californie du Nord, Benny Green est un traditionaliste s’exprimant dans la lignée du piano swing et bebop avec une réelle inclination au blues, musiques ayant été conçue par les pianistes virtuoses des générations antérieures à la sienne, des années 30 aux années 50, d’Art Tatum à Oscar Peterson en passant par Teddy Wilson, Thelonious Monk, Phineas Newborn Jr, Bud Powell, Hank Jones et Ahmad Jamal.
Sur ce territoire, Benny Green est certes un esprit conservateur, il est néanmoins un authentique porteur de tradition comme il en faut pour toutes les traditions. Cet excellent musicien américain maîtrise parfaitement cette esthétique du piano jazz pré-contemporain, qui plus est sa très haute virtuosité a été bonifiée par la vie, soit plus de quatre décennies de vie professionnelle sur les scènes du monde entier.
C’était donc du grand luxe que de pouvoir assister à un set de Benny Green à l’Upstairs, évidemment rempli à capacité. On a eu droit à des ballades jazzistiques profondément américaines, à des standards revisités dont Ruby My Dear de Monk, interprétée en toute fluidité. En fin de set, ses improvisations véloces sur des thèmes et progressions harmoniques de feu Hank Jones auront confondus tous les sceptiques.
PAN M 360 au FIJM 2024 | Apashe avec grand orchestre, tout simplement grandiose
par Jacob Langlois-Pelletier
21h30 tapant, les lumières s’allument sur la grande scène du FIJM, jeudi soir. Comme promis, un orchestre de 30 musiciens apparaît, mais le chef n’y est pas. Après quelques notes de King, introduction de son dernier opus Antagonist, le DJ et phénomène électro-classique Apashe fera une entrée triomphale au milieu du plateau devant ses nombreux contrôleurs.
Entouré de trompettistes, violonistes, violoncellistes, contrebassistes et autres, l’artiste belge et montréalais d’adoption a transformé la rue Jeanne-Mance en une véritable piste de danse, l’instant d’un set endiablé de 90 minutes.
Tous vêtus de noir avec capuche couvrant la tête, les musiciens ont soutenu avec brio les différentes pulsions du producteur, donnant vie à un assemblage de sonorités électroniques, d’enregistrements de chorales et de compositions classiques.
À un certain moment, Apashe a brandi une épée; il n’en fallait pas plus pour que la Place des Festivals se croie dans l’univers de Game of Thrones.
Premier invité de la soirée: la Montréalaise Cherry Lena fait son entrée sur une petite plateforme située au milieu de la foule et offre une version revisitée de Feeling Good de Nina Simone.
La connexion Belgique-Montréal se fera présente tout au long du spectacle, notamment grâce à l’apport vocal de Geoffroy sur la captivante Lost In Mumbaï, KROY pour RAIN ainsi que les nombreuses apparitions du rappeur Wasiu. Ce dernier aura d’ailleurs assuré l’un des moments phares de la soirée lors de Majesty, titre le plus populaire d’Apashe, en baisser de rideau; la synergie entre les différents flows du MC et la prestation orchestrale était sublime.
À mi-chemin, le chanteur YMIR s’est amené pour un moment piano-voix, le seul instant d’accalmie de l’heure et demie, tant sur scène que dans la foule. Parlant des milliers d’amateurs amassés au Quartier des Spectacles, rarement a-t-on vu une armée de gens aussi captivés et engagés. « Je ne m’attendais pas à une telle énergie, surtout un jeudi soir. C’est incroyable! », a lâché Apashe en fin de parcours.
Grâce à un jeu de lumière impressionnant, des visuels dystopiques et une tonne de pyrotechnie, les festivaliers auront eu droit à un spectacle sublime, autant visuellement que musicalement. Il n’y a pas de doute, cette soirée marquera l’imaginaire des amateurs et amatrices du FIJM pour longtemps.
PAN M 360 au FIJM 2024 | Retour sur scène réussi pour KROY
par Jacob Langlois-Pelletier
Pour une première fois en six ans au FIJM jeudi, Camille Poliquin, la moitié du duo électro-pop Milk & Bone, montait sur scène sous son alias solo, KROY. Lors de son passage sur la Place des Festivals, la musicienne, auteure-compositrice et chanteuse aura fait vibrer les amateurs présents au rythme de son excellente trip-pop infusée de synthés et de basse bien pesante.
Debout au milieu du plateau devant différentes boîtes à rythmes, l’artiste québécoise construit morceau par morceau la trame sonore de sa première composition. Sur scène, KROY est accompagnée d’un claviériste, d’un batteur puis de différentes projections visuelles qui défilent derrière elle.
Pour la plupart des chansons, le titre apparait sur les grands écrans; c’est d’ailleurs de cette manière qu’on découvre que « Milk » joue SATIN SATAN et TWELVE WHEELER TRUCK, deux extraits de son deuxième album à venir en août prochain. Croyez-moi sur parole, les huit années d’attente avant d’obtenir un nouveau long jeu de la part de KROY en auront valu le coup.
Sur ses enregistrements, KROY installe une atmosphère glauque et lugubre. En spectacle, l’ambiance est plus lumineuse et sa voix est moins modifiée, ce qui laisse place à un résultat plus pur et authentique.
Entre les pièces, Camille Poliquin ricane et reprend son souffle, un court repos nécessaire vu l’intensité avec laquelle elle vit les différentes pulsions de chaque titre. KROY s’est particulièrement éclaté lors de l’interprétation de Cold tiré de son opus Scavenger, un hymne dance qui aura fait bouger la foule.
Si cette prestation avait l’intention de nous faire languir quant à la parution de MILITIA dans un peu plus d’un mois, mission accomplie.