Pour le premier volet de sa série A/Visions, le festival MUTEK accueillait son public dans un Théâtre Maisonneuve muni d’un simple écran géant. C’est effectivement par les projections et les haut-parleurs que toute l’action artistique était communiquée à l’auditoire, du moins pour le premier des numéros. Au total, trois duos d’artistes étaient à l’honneur dans ce concert de vidéomusiques expérimentales et immersives.
Crédits photos : Bruno Aiello Destombes
Kyoka & Shohei Fujimoto
Le premier quart de l’œuvre Cinema Blackbox faisait immédiatement croire à un pastiche de Ryoji Ikeda, avec ses sonorités aiguës et sinusoïdales et son visuel désincarné. On y trouvait effectivement plusieurs codes de la sommité japonaise en installations sonores : exclusivité du noir, blanc et rouge, lignes et formes rectangulaires stroboscopiques, esthétique minimaliste et abondance de sons de synthèses. Plus tard, la composition s’est complexifiée, en s’attaquant à des rythmes plus structurés et en décuplant les plans visuels en mosaïques se mouvant à toute allure. Un bref moment de statisme a fait intervenir quelques hauteurs tonales définies, colorant une musique autrement très industrielle, fidèle à la performance de Kyoka présentée la veille au festival. Des échantillons de voix et de gouttes d’eau ont également ramené l’œuvre sur la plaine terrestre. Autrement, Cinema Blackbox semblait volontairement adopter une posture autoréférentielle, où l’art technologique choisit de représenter la technologie elle-même. À l’écran, on voyait effectivement d’innombrables éléments de sonogrammes, d’encéphalogrammes, de quadrants de radars et de codes de programmation.
Alexis Langevin-Tétreault & Guillaume Côté
Pour la seconde partie du spectacle, une table avec dispositifs électroniques a été ajoutée au décor. Cela tombait sous le sen, car la démarche d’Alexis Langevin-Tétreault s’attèle à la « performance électroacoustique », soit le fait de créer en direct une musique habituellement conçue entièrement en studio. Avec son comparse Guillaume Côté, il faisait effectivement évoluer la masse sonore qu’est Aubes en variant les couches timbrales et mélodiques avec un synthétiseur modulaire. La minutie qu’impose le style très académique de l’électroacoustique pouvait se faire entendre, car les textures étaient riches et complexes. Toutefois, l’atmosphère demeurait toujours celle d’une rêverie, voire d’une évasion du monde physique. Le contenu harmonique gardait toujours l’auditoire dans des tonalités majeures, emplissant d’espoir et d’émotion une proposition par ailleurs plutôt cérébrale. Le visuel était lui aussi composé de textures colorées, mais complexes, confirmant une formule équilibrée d’expérimentalisme et d’éléments accrocheurs. On pardonne aisément le son intrusif Macintosh très reconnaissable qui ponctuait drôlement bien un changement abrupt au centre de l’œuvre.
Alessandro Cortini & Marco Ciceri
Le duo italien présentait une performance beaucoup plus lourde. En plus d’un tempo beaucoup plus lent, toute la pièce conservait une tonalité mineure, donc perceptiblement plus mélancolique. Des arpèges joués aux synthétiseurs progressaient lentement, résultant en une trame relativement statique qui s’est densifiée allègrement durant la finale. À ce moment, le spectre harmonique s’approchait tranquillement du bruit blanc, alors qu’on percevait toujours clairement les éléments mélodiques. Visuellement, les projections étaient une sorte d’étude sur les motifs microscopiques d’ailes d’abeilles. Alessandro Cortini impressionne par son synthétiseur inventé et un curriculum vitae rempli de collaborations prestigieuses—de Nine Inch Nails à Merzbow. Toutefois, sa performance à A/V Visions enthousiasmait de façon plus modérée. Sans être soporifique, la musique qui était proposée était loin de sortir de l’ordinaire. Elle était tout de même efficace comme mantra pour réfléchir sur la disparition éventuelle des abeilles pollinisatrices et sur le dérèglement des cycles de fertilisation des plantes.
MUTEK 2023 | Nocturne 2: SAT – Twin Rising, Efe Ce Ele, Paraadiso, Animistic Belief, et plus…
par Laurent Bellemare
Opening Photo By: Frédérique Ménard-Aubin
Pour une seconde nuit, la Société des Arts Technologiques ouvrait ses portes à MUTEK 2023 pour l’événement Nocturne 2, présentant une palette d’artistes électroniques nichés. Avec ses deux espaces de prestations ouverts, les performances se sont enchaînées sans interruption, de sorte qu’il fallait parfois faire des choix déchirants entre l’une et l’autre des salles.
Twin Rising (VJ Isotone)
// Frédérique Ménard-Aubin
À travers son masque orné de chaînes, Twin Rising laissait entendre une voix douce et aiguë, dont la vulnérabilité faisait contraste avec les sonorités souvent rugueuses du registre grave. En effet, malgré une trame toujours harmonique, les basses fréquences onduleuses marquaient un tempo lent et pesant. Dans les moments les plus lourds, on se serait cru devant une performance de dubstep tel que le définissaient les années 2000. Une oreille attentive pouvait également déceler des « caisses claires » synthétiques volontairement asynchrones, créant un effet d’anticipation très efficace. Un équilibre entre pulsation accrocheuse et déconstruction rythmique gardait ainsi le public en haleine, tout comme le visuel hétéroclite projeté par Isotone sur le dôme de la satosphère. Entre déferlements aquatiques et géométrie granuleuse, il n’y avait que la palette multicolore pour s’accrocher à un fil conducteur. Quoi qu’il en soit, ces formes se mariaient très bien avec la musique de Twin Rising, créant une ambiance vaguement mélancolique. Une excellente façon de démarrer la soirée.
Efe Ce Ele
// Nina-Gibelin Souchon
En descendant au rez-de-chaussée, on pouvait tout de suite constater le changement d’atmosphère. Pour la performance de Efe Ce Ele, le ton s’est nettement assombri : pulsation insistante, éclairage stroboscopique, visuel psychédélique et messages politiques explicites. Il y avait des échos de techno et de musique industrielle dans cette trame sonore d’une époque anxiogène. Mélodiquement, la musique évoluait surtout dans le registre grave, avec quelques percées de piano, de percussions et de voix échantillonnées. Le plus souvent, on baignait dans un bourdon complexe où les voix modulaient lentement. Les transitions étaient souvent articulées par superpositions de sections, créant momentanément un passage très dense et dissonant.
Nadia Struiwigh
// Frédérique Ménard-Aubin
De retour dans une Satosphère bondée de monde, l’ambiance créée par Nadia Struiwigh était la première de la soirée à rappeler celle d’un rave. L’expérience était nécessairement plus physique que les autres, la musique de l’artiste hollandaise opérant avec des rythmes toujours en 4/4 et toujours accrocheurs. Des syncopes ajoutaient çà et là de légers échos de drum’n’bass et de breakbeat. Harmoniquement, des accords tenus ou entrants en fondu s’enchaînaient en une progression simple. Ces dernières étaient couplées avec de courtes cellules mélodiques répétées, créant un contraste de densité rythmique toujours présent. Les textures s’ajoutant à cette base accrocheuse permettaient de maintenir l’intérêt sur le plan sonore, alors que le corps se laissait aisément entraîner par la backbeats continus. Au visuel, les artistes BunBun et Alex Vlair proposaient une composition fort réussie. Motifs spiralés, cercles concentriques et mosaïques circulaires; ces formes s’arrimaient parfaitement avec le dôme de la SAT.
Paraadiso
// Nina-Gibelin Souchon
Composé des artistes TSVI et Seven Orbits, le duo Paraadiso livrait un son beaucoup moins convenu. L’atmosphère était tantôt éthérée et consonante, et tantôt soudainement chaotique et bruitiste. Le dénominateur commun ici, c’était les rythmes bien calculés pour éviter le prévisible. Les temps forts étaient souvent évités, accentuant plutôt les syncopes. À d’autres moments, des polyrythmies créaient des effets de déphasages très efficaces. Des subdivisions irrégulières venaient à leur tour déstabiliser la construction d’un rythme. De manière générale, les sonorités du duo étaient abstraites, plus près de l’art numérique que de la musique dansante. Cette expérimentation se reflétait également dans les projections, composées d’images microscopiques du monde naturel, lesquelles étaient hautement traitées jusqu’à devenir des textures méconnaissables. Avec une palette sonore riche, le duo Paraadiso offrait une savante performance de « musique pour ne pas danser ».
Amselysen/Racine
// Frédérique Ménard-Aubin
Le duo Amselysen/Racine présentait une musique austère, où tout était rythme et timbre. Pas de mélodie ni repères harmoniques. Qui plus est, la pulsation était noyée dans des syncopes rapides ou des tapis de bass drum rapides. Résolument industriel, ce son rappelait celui d’un Autechre dans ses moments les moins consonants. À l’image de cette musique grise, mais pas moins grisante, le visuel projeté sur le dôme par Diagraf était tout de noir et blanc vêtu. Des stalagmites en origami superposées de poussière d’étoiles se transformaient en nébuleuses de suie. Amselysen et Racine ont su habilement envoûter son public malgré une musique difficile et rigide.
X/O
// Nina-Gibelin Souchon
Déjà passé minuit, x/o montait sur scène pour présenter des morceaux de son excellent album Chaos Butterfly. Cette musique pesante, tout en contraste grâce à un chant rêveur, réinvestissait de nombreux repères musicaux connus. De l’IDM au métal, du dream pop au breakbeat; l’artiste de Vancouver performait de manière convaincante. On regrettait malheureusement une interprétation vocale un peu trop timide, laquelle ne perçait pas dans l’équilibre sonore. Problème technique ou manque d’assurance? Quoi qu’il en soit, la voix n’a pas eu un traitement qui rendait pleinement justice aux compositions, bémol qui s’est quelque peu corrigé vers la fin. Néanmoins, x/o a su captiver son auditoire sans problème, créant une atmosphère sombre augmentée d’un éclairage stroboscopique bleuté et de projections hypnotisantes. On pouvait apprécier des envolées noise presque shoegaze illustrées par des personnages dessinés à la japonaise. En somme, x/o a fait vivre un moment de catharsis aussi lourd qu’apaisant, avec une montée d’intensité bien contrôlée d’une pièce à l’autre.
// Frédérique Ménard-Aubin
D’emblée, Kyoka proposait une musique presque entièrement inharmonique, axée sur la plénitude de ses échantillons sonores et l’insistance de ses rythmes. Le début de la performance n’était pratiquement coloré que par les projections somme toute très cubistes de BunBun et Alex Vlair. Pourtant, dans un moment d’apesanteur soudain, toute trace de rythme s’est estompée pour laisser place à un long passage atmosphérique et harmonique. Il s’agissait là d’un réel vent de fraîcheur, dans une soirée où la pulsation continue était reine. Une musique rythmée, mais plus nuancée et avec de nouveaux éléments mélodique, a ensuite émergé de cette accalmie, bouclant une séquence de variations euphorisantes.
Animistic Beliefs
// Nina-Gibelin Souchon
Que leur apparition sur scène soit programmée aux petites heures importait peu à Animistic Beliefs. Le duo a vraiment transformé la SAT en fête nocturne, enivrant le parterre d’une pulsation incessante et de sonorités psychédéliques empilées les unes sur les autres. Leur musique expérimentale est générée en temps réel par un travail de synthétiseurs modulaires qui ne fait pas dans la dentelle. Le son était dense, le son était fort, et les sifflements rugueux aigus prenaient d’assaut les sens tout autant que les basses fréquences tonitruantes. La musique du duo était parsemée de sonorités intrigantes, des échantillons aux élans vocaux déclamés comme une chanteuse punk s’époumonerait dans un porte-voix. Il est dit qu’Animistic Belief incorpore des influences sud-est asiatiques dans leur son, échantillonnant notamment de la poésie vietnamienne et du totobuang, carillon de gongs des îles Moluques en Indonésie. Ce n’est toutefois pas le genre de nuances qu’on aurait pu percevoir sur le vif tant le duo a cassé la baraque avec son spectacle. Une découverte qui donne envie d’aller écouter leur album MERDEKA (indépendance en indonésien).
Eƨƨe Ran
// Frédérique Ménard-Aubin
Voilà un autre cas où la tonalité était bien peu présente. Alternant une pulsation effrénée à des rythmes syncopés puissants, Eƨƨe Ran avait la tâche ingrate de clôturer une soirée haute en stimulations. La formule de l’artiste aurait pu rester un peu drabe n’eut-ce été des nombreux écarts de conduite. Le montréalais n’hésitait pas à détourner son tapis rythmique en improvisant un passage bruitiste évoquant des sonorités de vocoder inintelligibles, ou en étirant ou compressant momentanément le tempo. Tout était dans le travail de texture. Autrement, la musique partageait cette froideur industrielle, commune à de nombreux artistes de la soirée, dans laquelle bruit blanc est davantage la norme que note de musique. De manière peut-être un peu aléatoire, les images pointillistes de structures moléculaires et de nébuleuses spatiales s’intercalaient avec des paysages désertiques et rocheux, le tout créant une atmosphère d’abandon presque nihiliste à la danse et aux décibels de trop. La soirée s’est finalement terminée sur un rallentando et un decrescendo vers le néant.
MUTEK 2023 | Satosphère 2 : UNION — Nancy Lee & Kiran Bhumber
par Alain Brunet
Crédit photo : Ash KG
Voilà le résumé de cette œuvre de 25 minutes inscrite au programme de la Satosphère, un 23 août à MUTEK: « UNION est un récit immersif qui raconte l’histoire de deux êtres découvrant leurs souvenirs ancestraux à travers le désir de toucher et les rituels pratiqués lors de leur cérémonie de mariage post-apocalyptique. »
Nancy Lee et Kiran Bhumber ont imaginé leur récit de manière à illustrer artistiquement leurs identités issus de diasporas. Ils ont pour objet de « dévoiler et reconstituer la mémoire culturelle à travers le rituel sacré de l’union spirituelle et de l’intimité physique ». Autrement dit, cette union spirituelle ne peut fonctionner rondement si les souches de ses acteurs.trices ne sont pas identifiées, comprises et intégrées.
L’immersion ici proposée se fonde sur des images abstraites projetées sur un dôme : couleurs chatoyantes qui se mêlent sur l’écran concave, mains géantes qui tournoient, bustes humanoïdes en suspension, gisements de pierreries, deux femmes en chair et en os esquissant de courtes chorégraphies, évocation du mariage post-apocalyptique.
Côté son, la bande originale inclut une brève narration de cette fiction et offre à l’oreille une série d’effets électroniques assez typiques de ce type d’immersion : percussions de synthèse, sons industriels, procédés électroacoustiques généralement connus des amateurs de l’immersion sous dôme. Soulignons en outre la qualité exemplaire de la sonorisation.
Enfi bref, l’abstraction de cette œuvre l’emporte sur sa trame de fond, la cohérence esthétique de ce travail est à parfaire, l’intégration des formes et des sons témoignent d’un art encore exploratoire et surtout intéressant pour ses effets fragmentaires et non pour leur intégration dans un tout intégré.
Voilà d’ailleurs un problème récurrent dans les œuvres immersives incluant sons et images; la fascination pour ces nouveaux outils de création mène rarement à une esthétique intégrée, on en contemple les avancées technologiques sans être marqué par une œuvre totale.
MUTEK 2023 | Expérience 2 : Airheart, Dawn To Dawn, The Mole
par Théo Reinhardt
MUTEK Montréal 2023 et PAN M 360, voilà une combinaison qui tombe sous le sens ! Voilà pourquoi notre équipe s’y consacre cette semaine. Les férus de musiques électroniques de pointe et de création numérique se retrouvent cette semaine à Montréal, alors suivez la vibrante couverture de notre équipe , et ce jusqu’à dimanche!
Crédits photos : Frédérique Ménard-Aubin
Airhaert
Airhaert foule moins la scène qu’elle la remplit, telle un nuage de fumée. Sa musique, comme elle, trouve sa source dans les profondeurs de la terre, et cherche à nous y ramener. Entre rythmes trip-hop, techno ambient, passages de voix drapées à la Grouper, l’aspect méditatif et spirituel du projet se fait entendre et ressentir. La voix est utilisée comme un courant d’énergie céleste qui traverse l’espace autrement sombre de la musique. Elle fait penser à des fantômes d’une phrase, d’une pensée, oubliées depuis longtemps dans le fond de l’être, déconstruits peut-être en leur forme, mais ayant acquis un tout nouveau sens. Ces voix sont texture, elles sont le cours d’un ruisseau, et il est tentant de les laisser entrer en nous pour ce qu’elles mêlent à nos courants, chauds et froids, incertains et obsédés. Parce qu’après tout, l’eau est un courant sûr, qui aboutit toujours.
Le récent album d’Airhaert, I. I. (pour Intuitive Intelligence) se veut une exploration de l’Être dans ses profondeurs, une expérience hypnotique, méditative, enracinée et introspective qui cherche à explorer la notion de musique thérapeutique. Sur scène, l’album prend quelques tournures spontanées, sans doute au gré du moment et de l’attrait des boutons, roulettes et indicateurs qui entourent l’artiste. Malgré l’improvisation qui engendre parfois des transitions plus brusques, on peut quand même se perdre au fond de la musique, ou de nous-mêmes!
Dawn to Dawn
Dawn to Dawn est ce trio formé de la chanteuse montréalaise Tess Roby, avec Patrick Lee et Adam Ohr. Ensemble, ils possèdent ce son électro vespéral qui caresse les oreilles, son parfait pour s’imaginer une promenade nocturne à haute vitesse dans un paysage urbain futuriste et bourré de néons.
Empruntant aux codes de la pop, leur style est sobre, mais efficace. Les synthés sont ronds et luisants, comme des nuages au crépuscule, alors que la basse et les percussions, aux accents techno et breakbeat, sont prépondérantes. La voix de Tess Roby, elle, est planante, dansant légèrement dans les fines éclaircies du paysage que les trois confectionnent.
Vers la moitié du spectacle, les chansons montent en énergie et en tempo. La voix de Roby, se produisant à l’avant-scène, s’élève avec la musique. Ils ne sont peut-être pas les plus tape-à-l’oeil, mais parfois on aime mieux quand les lumières sont tamisées. La musique de Dawn to Dawn est ainsi: chaude, légère et attirante comme des lumières lointaines lors d’une nuit d’été. Celles qui nous rappellent que nous ne sommes pas seuls.
The Mole
Après plus de 20 ans à Berlin, The Mole, alias Colin de La Plante, est de retour au Canada.
Celui qui s’est fait connaître à Montréal comme DJ dans les années 2000 offre une proposition lourde en échantillons. Des voix découpées, des extraits de breaks instrumentaux, des morceaux de paroles, tout s’enchaîne dans un espace sonore bâti sur mesure avec grand soin. Son projet « Go Wiggle! », qu’il présente sur la scène de l’Esplanade Tranquille, est basé sur les paroles de Parliament/Funkadelic.
À travers sa performance, The Mole tisse les différentes parties de son exposé musical avec des fondus. Des rythmes entrent alors que d’autres partent, une nouvelle mélodie supplante la précédente, et, progressivement, de nouveaux sons s’intègrent, au point où on ne se rappelle plus ce qui sortait des haut-parleurs quelques minutes plus tôt.
Travaillant partiellement avec des vinyles, Colin de La Plante recherche définitivement une esthétique rétro. La proposition reste assez conventionnelle et ne s’avance pas trop dans l’expérimentation. Plutôt, chaque morceau se déploie lentement et minutieusement, dévoilant une sensibilité ainsi qu’un instinct de progression de la part de l’artiste, qui nous laisse le temps de remarquer les changements, fluctuations et perturbations qu’il engendre. En fin de compte, cela devient un spectacle qui a du bon groove, et qui arrive à être agréablement varié et envoûtant.
FORUM MUTEK JOUR 2 | Face à l’avenir de l’Intelligence Artificielle
par Elsa Fortant
Lors de sa création, le Forum MUTEK se tenait 6 mois avant le festival. En 2018, les deux évènements se sont greffés l’un à l’autre, offrant une perspective unique sur la créativité numérique. Programmée par Sarah Mackenzie et animée par Claudine Hubert, la 9e édition s’intitule « Courants d’avenir » et se tiendra toute la semaine aux 7 doigts de la main.MUTEK nous propose de plonger dans des thèmes diversifiés et dans l’air du temps : la relation entre culture, technologie et la crise climatique ; l’accessibilité, l’inclusion au sein des technologies immersives ; le pouvoir de la tech ; l’art, la gouvernance et l’intelligence artificielle et le futur des festivals. Voici un compte rendu de la conférence principale de la deuxième journée qui portait sur l’intelligence artificielle.
Crédits photos : Maryse Boyce
Conférence
Les discours changeants de l’IA : faire face au pouvoir
Sarah Myers West – AI Now Institute
« Nous sommes à un moment où le travail critique ne doit pas être réduit au pire des scénarios, mais où il peut être fermement enraciné dans ses origines, dans la possibilité d’une vision alternative d’un monde où la démocratie à petite échelle est possible. »
Les propos de Sarah Myers West ont touché par leur justesse. Son message est clair : les artistes et les travailleurs créatifs ont un rôle essentiel à jouer face aux enjeux soulevés par l’intelligence artificielle (IA) et dans le façonnage du monde dans lequel nous souhaitons vivre.
L’IA est un sujet chaud et le terme devient galvaudé, comme nous le rappelle la chercheuse, qui a commencé par remettre en question l’appellation même. Le terme intelligence artificielle est souvent utilisé comme un outil marketing. C’est un « signifiant flottant » que l’on remplit d’idées et de visions, détaché d’une réalité matérielle et surtout technique. Autrement dit, on prête à l’IA des pouvoirs qu’elle n’a pas forcément. Car autour d’elle s’est créée tout un imaginaire, largement nourri par les grandes œuvres de science-fiction.
L’intelligence artificielle, c’est aussi un terme utilisé parfois pour parler de statistiques appliquées, de régression linéaire. Puis, Sarah Myers West cite la définition de l’IA donnée par la chercheuse américaine spécialiste de l’éthique de l’IA Meredith Whittaker. Cette technologie, puisque nourrie par des données d’usagers et utilisée commercialement, peut aussi être définie comme une forme de produit dérivé de la surveillance. À ce sujet, il est important de souligner que non seulement les compagnies manquent de transparence sur la provenance des données qu’elles utilisent pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle, faisant fi des questions de droit d’auteur et de propriété intellectuelle.
Face à la montée en puissance de l’IA et surtout à la volonté des compagnies de développer ces modèles à grande échelle – ce qui cause des problèmes environnementaux, discriminatoires et affecte les travailleurs – Sarah Myers West nous rappelle qu’il existe d’autres trajectoires possibles.
Pour un changement significatif, il faut s’attaquer à différentes formes d’avantage :
L’avantage des données : l’asymétrie d’information entre les entreprises et le public
L’avantage computationnel : la dépendance aux infrastructures, hardware et software
L’avantage géopolitique : encadré par (l’absence ?) de régulation, et des gouvernements qui soutiennent le développement de l’IA comme un atout stratégique et économique
Aller au-delà du cadre réglementaire des politiques publiques
Les négociations pour la régulation de l’IA aux États-Unis, Canada et dans l’Union Européenne sont en cours mais posent pour l’instant la sécurité comme une priorité, plutôt que la question des biais algorithmique et de la discrimination. À ce jour, nous manquons toujours d’informations sur les données utilisées pour entraîner les modèles comme GPT-4 et Sarah Myers West nous rappelle qu’on ne peut pas croire les compagnies sur parole lorsqu’elles nous disent qu’elles savent ce qu’elles font. Jusqu’ici elles ont prouvé qu’elles étaient prêtes à commercialiser leurs technologies même si celles-ci ne sont pas prêtes.
Il faut donc instaurer des mécanismes pour que les compagnies soient tenues responsables de leurs actions. Et le Frontier Model Forum, « un nouvel organisme industriel pour promouvoir le développement sûr et responsable des systèmes d’IA d’avant-garde » lancé par Anthropic, Google, Microsoft et OpenAI, ne suffit pas.
Comment peut-on agir et faire entendre sa voix ? Il faut confronter la concentration du pouvoir des entreprises et s’organiser nous dit Sarah Myers West. Travailleurs, travailleurs créatifs, artistes sont au cœur de la résistance face à ces géants de la tech. Ils sont en mesure, collectivement, de créer un effet de levier pour s’assurer que l’IA n’est pas utilisée pour dévaloriser leur travail. La plus récente grève des auteurs WGA est un exemple de cette lutte.
Ne pas vouloir entendre parler de l’IA est une chose, mais ce qui est sûr, c’est que le train a quitté la gare et qu’il vaut mieux être prêt à le prendre en marche, pour être en mesure d’agir collectivement.
MUTEK 2023 | Couverture croisée, de Moon Apple à Tim Hecker
par Rédaction PAN M 360
MUTEK Montréal 2023 et PAN M 360, voilà une combinaison qui tombe sous le sens ! Voilà pourquoi notre équipe s’y consacre cette semaine. Les férus de musiques électroniques de pointe et de création numérique se retrouvent cette semaine à Montréal, alors suivez la vibrante couverture de notre équipe , et ce jusqu’à dimanche!
Expérience 1
Ce mardi 22 mai, Mutek Montréal 2023 a pris son envol sur l’esplanade Tranquille du Quartier des spectacles. Dehors et gratuit ? Il ne faut pas y voir une programmation extérieure constituée des restes de la programmation en salle, il s’agit plutôt d’un mélange d’artistes confirmés internationalement mais dont le buzz actuel par chez nous ne justifie pas encore une entrée payante. Alain Brunet
Leon Louder
// Vivien Gaumand
Avec Leon Lounder, l’auditoire n’était pas certain de devoir écouter avec le corps ou avec la tête seulement. D’une part, la pulsation était noyée dans un sound design construit autour de sons d’insectes, une commande de l’Insectarium de Montréal. Ici, l’harmonie et la mélodie n’étaient pas des paramètres. D’autre part, le rythme était surtout créé par des phrasés sonores d’une certaine longueur et qui se répétaient en boucle. Plus tard, des basses fréquences sont venues changer la texture et se coupler à des sons courts, mais répétés si rapidement qu’ils créaient l’effet de sons continus. Vers la fin de la prestation, un passage plus harmonique avec ce qui donnait l’illusion d’être des voix synthétisées est venu dérouter cette musique entomologique. Laurent Bellemare
Moon Apple
// Vivien Gaumand
Cela dit, on trouve aussi dans cette série Expérience 1 des artistes en émergence, qui doivent peaufiner leurs propositions et affichent un potentiel intéressant. C’est le cas de Moon Apple, productrice montréalaise d’adoption dont la grand-maman est devenue moine bouddhiste, ce qui en inspire son pseudo. Équipée de synthétiseurs modulaires, d’une pédale de loop et d’instruments de percussion, la musicienne offre un son organique filtré par différents effets dont l’objet pourrait ritualiste en certains moments. Également, elle chante et peut tapocher en direct sur une surface numérisée. Un peu maladroitement, avons-nous noté lorsque le pattern rythmique fut associé à d’autres séquences préenregistrées,
Elle présentait une sorte de cérémonie dont l’objet est de représenter les Quatre Piliers de la Destinée. Des invitées, Dédé Chen, auteure, performeuse, et Ahreun Lee, artiste multimédia et musicienne, sont venues prêter main forte à une Moon Apple s’adressant symboliquement à des créatures mythiques – c’est du moins ce qu’on peut lire sur son profil biographique. Cette intégration d’une synth-pop mélodique à cette expérience multi-couches est intéressante mais nécessitera encore quelques soins avant de frapper dans le mille. Alain Brunet
La musique proposée par Moon Apple venait faire contraste avec la performance d’ouverture. L’artiste a immédiatement plongé le public dans un univers harmonique, aux sonorités douces et aux voix éthérées. Malgré cette délicatesse, de puissantes attaques dans le registre grave venaient rapidement saturer le registre des fréquences, créant un bain de son retentissant mais apaisant. La musicienne originaire de Séoul (Corée) incorporait une part d’interprétation instrumentale, notamment avec les rythmes qu’elle jouait sur un pad numérique avant de faire répéter en boucle. Malheureusement, ces séquences n’étaient pas synchrones, ce qui a même amené l’artiste à abandonner cette technique vers la fin de la performance. En revanche, les voix hautement traitées des deux artistes invitées ajoutaient à cette sonorité pop qui doit sans doute être délectable en album. Laurent Bellemare
Indus
// Vivien Gaumand
Ce duo Colombien, autoproclamé « electro-folk » est le numéro qui a fait lever le parterre. Dès les premiers coups de tambora combinés aux puissants rythmes électroniques, le public s’est mis à danser. La musique, très accrocheuse, était parsemée d’échantillons de voix entonnant des chants choraux, bien qu’au final le rythme et la performance corporelle l’emportent allègrement sur les contenus mélodiques ou harmoniques de cette musique. Décidément, le mariage de la percussion traditionnelle avec la musique électronique est une recette gagnante, car la performance d’Indus aura sans doute été la plus énergique d’Expérience 1. Laurent Bellemare
Exclusivité au programme, le duo colombien Indus a fait boum sur l’esplanade Tranquille. Indus est constitué du producteur Oscar Alford et du percussionniste Andres Mercado, dont l’album homonyme n’est pas passé inaperçu en 2020. L’intérêt que soulève Indus se fonde sur l’usage des chants et rythmes afro-colombiens et afrodescendants (champeta, currulao, mapalé, etc.) au cœur d’une approche électronique plutôt pop, en phase avec plusieurs musiques du genre destinées au plancher de danse. On aura parfois noté un manque de justesse dans les voix (problème de moniteurs ?) mais l’ensemble de la facture nous a fait oublier ces petits écarts. L’approche d’Indus est solide et fédératrice, les rythmes chauds des percussions et les chants traditionnels se marient fort bien aux claviers synthétiques et autres outils numériques constituant la lutherie de ce tandem fort bien accueilli. Alain Brunet
Événement d’ouvertureàNew City Gas:Grand River et Tim Hecker
// Bruno-Aiello-Destombes
Au New City Gas dans Griffintown, l’immense club New City Gas accueillait le programme d’ouverture en salle. Parfaitement rénovée (depuis 2012), cette usine de la révolution industrielle (1847) témoigne d’une sonorisation étonnamment efficace pour la formule concert.
La première artiste au programme ne s’était jamais produite à MUTEK mais jouit d’un buzz authentique dans les réseaux mutékiens. Buzz parfaitement justifié ! D’origines italienne et néerlandaise, la Berlinoise Aimée Portiori alias Grand River offre de merveilleuses surimpressions aux fans de musique ambient pétrie de minimalisme. Elle choisit d’insérer quelques accords consonants et fragments mélodiques ou choraux à titre de balises lui permettant ses brillantes explorations. Dans la veine des Christian Fennesz et Tim Hecker, les propositions électroacoustiques de Grand River sont entrelardées de multiples filtres synthétiques de très bon goût. Elles sont couchées sur des rythmes généralement lents, parfois plus rapides et plus costauds mais qui n’ont rien à voir avec la binarité essentielle au plancher de danse. Alain Brunet
La performance de Grand River en était une de celles qui opèrent par densification progressive du matériau musical. Avec très peu de développement, les différents moments du spectacles étaient construits sur de courtes boucles mélodiques ainsi qu’une accumulation de couches sonores. Rythmiquement, on passait de l’abstraction totale à la pulsation. Des moments de contrastes entre de lents accords de clavier et du bruitisme d’arrière-plan, ou encore d’échantillonnage vocal venaient parfois étendre le registre sonore de l’artiste, qui a plongé son auditoire plus d’une fois dans une forme de transe urbaine. Laurent Bellemare
Tim Hecker
// Bruno-Aiello-Destombes
On ne vous refera pas le parcours de Tim Hecker, un des plus respectés compositeurs électroniques à provenir du Canada. No Highs, son album le plus récent, est le prolongement attendu de ses approches les plus remarquables. As des surimpressions de fréquences saturées, Tim Hecker ne s’est pas contenté de construire ces œuvres très riches malgré leur apparente linéarité. Son dernier album est une longue courbe sinusoïdale, si peu prononcée qu’elle peut s’aplanir avant de reprendre ses rondeurs. Au fil du temps, le compositeur a ajouté une dimension instrumentale à ses propositions, la clarinette basse est tangible sur son nouvel album pour ne citer que cet exemple.
En salle, ce qu’offre Hecker n’est aucunement une reproduction exacte de sa discographie récente. Les effets de distorsion peuvent y être plus violents, les pulsations plus lourdes (et vlan dans le plexus!), les citations parfois différentes, tirées notamment des enregistrements Anoyo et Konoyo, d’inspiration japonaise en bonne partie. Mais ces subtilités se fondent discrètement dans les coulées parfois brûlantes de ce concert donné en toute cohérence. Tim Hecker pur jus, nul doute là-dessus. Alain Brunet
Dès les premières notes de la performance de Tim Hecker, on pouvait reconnaître le monde sonore de son album de 2018 Konoyo. Les trames d’instruments appartenant au Gagaku japonais débutaient une longue session de drone ambiant, naviguant toujours entre l’harmonie et la dissonance. Les glissandi de hichirki qui ouvrent si distinctement la pièce « This Life » sont ensuite venus colorer l’abrasion, en servant de transition vers un nouveau passage. Considérant que c’était plutôt la musique de No Highs (2023) qui était à l’honneur, ces clins d’œil à un album antérieur créaient un effet subversif. Il en va de même pour les interventions de shô par Fumiya Otonashi, malheureusement inaudible pendant la première partie du concert.
Plus généralement, le public a eu droit à une expérience immersive forcée, avec des basses fréquences si intenses qu’on pouvait les sentir à travers le corps. Heureusement, la musique de Tim Hecker fascine et on se prête allègrement au jeu enivrant que l’artiste nous propose, derrière ses machines analogues et numériques. Laurent Bellemare
MUTEK 2023 | Satosphère 1 : Metaract et Iwakura
par Théo Reinhardt
Le premier événement Satosphère de MUTEK 2023 est un programme double, avec les projets audiovisuels Metaract et Iwakura. Le premier est, selon le site web du festival, « une exploration de la dualité entre l’analogique et le numérique », et le second, « un voyage surnaturel pour redécouvrir la transcendance de la nature ». Voici nos impressions.
Crédits photo : Ash KG
Metaract
Metaract est la première des deux présentations, créée par les artistes japonais Manami Sakamoto et Yuri Urano. C’est un film immersif concentré sur la nature qui, dans le cadre de la SAT, s’interroge certainement sur les relations entre le monde naturel et technologique.
D’une particule de poussière dans le néant, à une goutte d’eau dans une rivière qui gèle, à un morceau de terre dans une forêt, on semble nous faire passer à travers tous les états de la matière, comme si nous les vivions à la première personne. Les choses bougent lentement, même si on a l’impression de traverser des distances temporelles à l’échelle de l’univers en quelque 20 minutes. Qui plus est, le ton explorateur mais tout de même pudique de cette représentation assez abstraite de la nature n’est pas sans rappeler la lentille curieuse et avide envers la nature dans les films de Terrence Malick, je pense surtout à The Tree of Life et à son récent documentaire Voyage of Time.
La musique reste assez sobre, des nappes ambient qui nous placent dans un espace sans début ni fin, avec quelques sons de cloche et carillons lointains ici et là. L’image qui revient le plus souvent est celle de milliers de petits points flottants dans le néant, qui peuvent autant être infiniment petits ou grands. Il n’y a pas vraiment d’échelle de référence ici, mais même le petit paraît immense lorsque assis, la tête levée, sous le dôme de la satosphère.
À la fin du film, alors que des coups de basse fréquence imitent un coeur bien vivant, les milliers de points colorés se dotent d’une intelligence et forment des arbres, avant d’éclore, de retomber dans un chaos galactique, et finalement, de revenir en tant qu’arbres, leur forme finale. Du moins, pour le moment.
Iwakura
Cette deuxième présentation, par les artistes Kazuka Naya, Ali Mahmut Demirel et Maurice Jones, est plus abstraite, plus bizarre, plus préoccupante et surtout, plus psychédélique.
Né de ce qui paraît être une obsession pour la géologie, le voyage d’Iwakura commence en arpentant lentement, et de très près, des parois de grottes variées, qui se fondent l’une dans l’autre. La musique ici est sombre, ténébreuse, calcifiée. On se croirait plongé dans une recherche minutieuse, sinon un peu fantasmatique, d’un fossile, d’un secret quelconque taillé dans le roc. Mais nous ne nous arrêterons pas là. Le voyage doit nous emmener bien plus loin, dans les limbes de la forme, et nous ne sommes pas certains d’en revenir.
Au fil des images, les entités rocheuses, maintenant solitaires dans le néant, se succèdent, et leur mouvement devient de plus en plus surnaturel: elles se retournent en elles-mêmes, s’ouvrent vers nous en un tunnel qui s’écrase et s’allonge à l’infini, se creusent et se déploient en même temps par excroissances géométriques, symétriques, alors qu’on oublie la musique et que toute notre attention est piégée par ce trou noir géologique.
Finalement, on revient à notre point de départ, avec des parois de rochers, auxquelles se fondent des chutes d’eau et des arbres, alors que la musique monte en intensité, en orchestration, et en sentimentalité. Tout un voyage. A-t-on atteint la transcendance? Le sublime? L’horreur? Un peu des trois, peut-être…
FORUM MUTEK JOUR 1 | Nouveaux horizons : création et curation numérique
par Elsa Fortant
Lors de sa création, le Forum MUTEK se tenait 6 mois avant le festival. En 2018, les deux évènements se sont greffés l’un à l’autre, offrant une perspective unique sur la créativité numérique. Programmée par Sarah Mackenzie et animée par Claudine Hubert, la 9e édition s’intitule « Courants d’avenir » et se tiendra toute la semaine aux 7 doigts de la main.MUTEK nous propose de plonger dans des thèmes diversifiés et dans l’air du temps : la relation entre culture, technologie et la crise climatique ; l’accessibilité, l’inclusion au sein des technologies immersives ; le pouvoir de la tech ; l’art, la gouvernance et l’intelligence artificielle et le futur des festivals. Voici un compte rendu de la première journée.
Crédits photo : Maryse Boyce
Conférence d’ouverture – Les festivals comme rituels radicaux
Frankie Decaiza Hutchinson – fondatrice de Dweller et cofondatrice de Discwoman
En tant que programmatrice du Bossa Nova Civic Club à Brooklyn, Frankie Hutchinson était aux premières loges pour observer l’impact de l’industrie des musiques électroniques sur l’expression des artistes et des personnes noires, c’est-à-dire un manque d’espace et de visibilité. Ça l’a particulièrement frappée lorsqu’un artiste l’a approchée pour organiser un événement spécial à l’occasion du Black History Month. Pourquoi se limiter à un événement, une semaine, un mois ? C’est donc naturellement qu’elle a fini par prendre les devants et créer un espace d’expression pour les talents électroniques issus des communautés noires, sous la forme du Dweller, un festival DIY, lancé en 2018.
Rapidement devenu « un rituel » offrant l’espace nécessaire à une forme de catharsis individuelle et collective, Dweller a grandi au point de s’internationaliser avec un événement au fameux Berghain (Berlin) et de programmer des têtes d’affiche comme Jeff Mills. Avec cette expansion, des questions se posent : comment grandir sans sacrifier l’intimité des événements ? Comment développer son public sans perdre son point de vue curatorial ? Et bien sûr, comment assurer sa pérennisation et son financement ? Chez Dweller, le financement repose en grande partie sur le merchandising et la communauté peut se retrouver et connecter autrement sur un blog, Dweller Electronics, qui comporte une dimension politique. Autant de réflexions intéressantes pour penser le développement d’événements indépendants, imaginer le futur des festivals et leur ancrage communautaire.
Panel – Future Festivals : Forger de nouveaux horizons
Maurice Jones, modérateur; Jasmin Grimm, NEW NOW Festival ; David Lavoie, FTA; Naomi Johnson, imagineNATIVE Film | Media Arts Festival
Introduite par Maurice Jones de Future Festivals Lab, la discussion avait pour objectif de questionner le pouvoir des festivals. Les échanges ont débuté par un tour de table sur les enjeux rencontrés par les festivals lors de la pandémie et l’après-pandémie.
David Lavoie du Festival TransAmériques a pour sa part été l’un des 16 initiateurs de la lettre ouverte « Attention, festivals fragilisés » publiée en février 2023 dans Le Devoir. Les signataires ont fait front pour souligner leur fragilité et les enjeux qu’ils partagent, principalement la santé mentale des employé-es, le maintien des événements et leurs modalités. La couverture de cette lettre leur a permis de faire entendre leur voix et d’engager des discussions avec le gouvernement.
Pour Naomi Johnson, la priorité était de payer les artistes, ce qui a fait évoluer la mission du festival en l’amenant à devenir producteur de contenu. Par ailleurs, les expérimentations avec la vidéo sur demande leur ont permis de développer leur public. Naomi Johnson déplore par ailleurs la perte de connaissances institutionnelles lorsqu’il y a un départ dans l’équipe, ce qui rend la tâche de se rendre à « là où on était avant » d’autant plus difficile.
Du côté du NEW NOW Festival, le changement a été assez radical puisque l’événement annuel est devenu biennal, seule façon pour Jasmin Grimm et son équipe de rester en santé. Comme les autres festivals, ils ont dû faire face à l’inflation, la pénurie de travailleur-euses mais c’est surtout l’enjeu climatique qui les inquiète. NEW NOW se tient sur l’ancienne plus grosse mine de charbon d’Europe, Zollverein, à Essen (Allemagne). Ce site historique est classé patrimoine de l’unesco depuis 2001. Par son utilisation passée et présente, ce lieu fait inévitablement réfléchir aux conséquences climatiques des activités industrielles d’hier, et événementielles d’aujourd’hui. Pour cette raison, le festival s’est emparé de la thématique des changements climatiques et a offert des ateliers sur l’autosuffisance à des organisateurs de festivals.
Il est intéressant de noter que le degré de maturité des festivals les amène à expérimenter des enjeux qui leur sont propres. En effet, après presque 40 ans d’existence (création en 1985), le FTA se demande comment rester pertinent face à l’évolution rapide de leur public. Les plus jeunes générations portent des valeurs différentes de celles qui les ont précédées et auxquelles le FTA doit s’adapter. Le processus est déjà amorcé grâce à la nouvelle codirection artistique, plus jeune et plus en phase avec le contexte actuel.
Un festival plus jeune comme NEW NOW fait plutôt face à des enjeux bureaucratiques en lien avec le site patrimonial. Cependant, comme pour ses homologues, réussir à faire le pont entre les besoins des artistes et des communautés est un défi.
Quid de la mort des festivals ? Car comme le souligne David Lavoie, les institutions doivent parfois mourir et il faut être capable d’adresser la question pour entrevoir le futur des festivals. C’est d’ailleurs pour cette raison que le New Now Festival s’est donné 10 ans de durée de vie.
On vous laisse méditer là-dessus.
Un 20 août à la Virée classique : Boucle d’or et les trois ours, Fauré, Monteverdi, Trio Débonnaire et plus encore!
par Rédaction PAN M 360
L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Nos contributeurs.trices rapportent quotidiennement ce qu’ils.elles ont vu et entendu aux concerts présentés à Montréal jusqu’au 20 août.
Trois choeurs se rencontrent pour chanter le Requiem de Fauré
Crédit photo : Antoine Saito
Sous la baguette de Rafael Payare, l’OSM a dévoilé une interprétation nuancée du Requiem de Fauré qui résonnait à la fois d’une clarté et d’une profondeur lumineuses. Présentant cette œuvre phare en collaboration avec trois chœurs amateurs et un organiste de concert, la performance de cet après-midi s’est alignée plus étroitement sur l’intention originale de Fauré, permettant d’entendre le contrepoint plus clairement qu’avec un accompagnement orchestral complet.
Le programme débute avec Prière pour Orgue de François Morel, une courte pièce pour orgue seul qui donne allègrement un ton respectueux mais tout aussi grave dans les salles de la Maison Symphonique. C’est dans le silence qui a suivi que le chœur, composé de trois sections, chacune avec son chef de chœur, est monté sur scène avec une interprétation du Cantique de Jean Racine de Fauré. Souvent interprétée en parallèle de son Requiem, cette mise en texte est un des premiers signes de la vision musicale et religieuse singulière de Fauré.
Les textes de Fauré marquaient une rupture avec la sévérité et le drame des musiques de messe traditionnelles, et cela ne peut être représenté plus fidèlement qu’avec le mouvement « In Paradisum ». Le chef d’orchestre, le chœur et l’organiste ont fusionné pour créer une sublime ascension dans les royaumes du paradis. La musique flottait, en apesanteur et sereine, alors qu’un sentiment de clôture tranquille nous enveloppait dans l’auditorium.
Varun Swarup
Jeremy Denk, ou comment lier JS Bach, Ravel et Ligeti
Jeremy Denk est considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs pianistes de concert américains sur la planète classique, on a pu confirmer cette affirmation à la Virée classique. Qui plus est, il fait aussi partie de ces virtuoses intéressés à mettre les époques en relation intime, c’est ce qu’on a pu savourer sur la scène reconfigurée de la salle Wilfrid-Pelletier, dimanche matin.
Au programme, JS Bach, Ravel et Ligeti, compositeurs respectivement issus des périodes baroque, moderne et contemporaine. Ainsi nous avons eu droit d’abord à la Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825, qui fait partie de ces « suites allemandes » reconnues notamment pour le génie contrapuntique de leur concepteur dont le style avait atteint sa pleine identité à l’époque de leur conception, soit plus ou moins deux décennies avant la mort du compositeur – la Partita n°1 le fut en 1731.
Quant au style de Jeremy Denk, on peut dire grosso modo qu’il n’est ni trop délicat ni trop brusque. Ce centrisme peut aussi porter le défaut de sa qualité, au point parfois de ressentir une certaine froideur académique dans le jeu de la Partita de Bach jouée en premier. Or, les perceptions changent lorsque le pianiste joue Gaspard de la nuit de Maurice Ravel, œuvre composée en 1908 et inspirée de poèmes d’Aloysius Bertrand. Répartie en trois « poèmes pour piano », l’œuvre devient de plus en plus dense et grimpe en intensité, particulièrement au dernier (Scarbo), on peut alors contempler les pleines capacités de l’interprète. Nous sommes alors prêts à absorber les études pour piano IV (Fanfares) et V (Automne à Varsovie) du compositeur hongrois György Ligeti.
Il n’y a pas si longtemps, un tel programme n’était pas envisageable, « l’acceptabilité sociale » négative aurait repoussé toutes les directions artistiques des sociétés de concert à mettre de l’avant une telle combinaison, ce qui n’est visiblement plus le cas. Bien au contraire, ce programme proposé par Jeremy Denk correspond désormais à ce qu’il faut faire afin de nourrir les mélomanes comme il se doit en 2023.
Alain Brunet
Apprendre la musique dans le plaisir à la Virée classique
Crédit photo : Antoine Saito
La programmation pour la famille et les enfants est indissociable de la Virée classique. Chaque année, plusieurs concerts et activités pour les plus jeunes donnent l’occasion à l’OSM de faire rayonner la musique à travers le jeu, les histoires et les contes. Cette année, on a pu voir en salle Les créatures fantastiques avec Rafael Payare, ainsi qu’une série d’activités à objectif de médiation musicale, telles que la Forêt enchantée, qui était une énigme musicale jumelée à l’exploration des décors, ou un nombre d’ateliers participatifs où le public composait avec les ensembles, tout en découvrant divers instruments.
Dimanche matin, dans le superbe espace du Piano Nobile du foyer de la salle Wilfrid-Pelletier, on faisait découvrir aux enfants les enchantantes sonorités des bois de l’orchestre. Par le médium du conte classique de Boucle d’or et les trois ours, les musiciens (Vincent Boilard au hautbois, Alain Desgagné à la clarinette et Mathieu Harel au basson) ainsi que la comédienne invitée (Gabrielle Marion-Rivard) ont appris aux enfants comment la musique pouvait évoquer des objets, des personnages ou des scènes précises, tout en abordant les familles d’instruments de l’orchestre.
Les morceaux de Jacques Ibert, Joseph Canteloube, Alexandre Tansman, Jean Françaix, Ange Flégier, de Mozart et de Jacques Hétu se sont prêtés au jeu, illustrant tantôt la forêt idyllique, tantôt la rêverie. La sonorité du trio de bois était magique et il est sûr que les familles présentes ont apprécié leur petite évasion chez les trois ours.
Alexis Ruel
Rencontres autour du chant de gorge inuit
Le projet Les grands espaces, en collaboration avec la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), a été présenté sur la rue Sainte-Catherine dans une formule participative. La compositrice et cheffe d’orchestre du groupe Oktoecho, Katia Makdissi-Warren, est à l’origine de ce projet, destiné principalement aux jeunes. Idéalement, la pièce aurait été dirigée par un enfant dans le public, mais seulement une jeune fille se porte volontaire pour le faire, accompagnée de sa mère. Les enfants semblaient gênés et un peu intimidés. Quoi qu’il en soit, le résultat était très réussi, malgré cela. Le concept est de créer une trame sonore en chœur, en chantant de courts motifs mélodiques simples et en ajoutant des percussions corporelles, pour imiter des sons de la nature (la pluie, le vent, le hibou, les oies). Pendant ce temps, deux femmes interprètent le katajjaq, et produisent les motifs vocaux correspondants dans cette tradition musicale. Il s’agit donc d’ouvrir un espace de rencontre, où deux traditions musicales se rencontrent dans le plus grand des respects.
Le chant de gorge inuit est une compétition entre deux femmes, mais également un jeu. Les personnes qui assistent à cet atelier ont droit à une démonstration et à des explications sur les manières de produire les sons. Le public est curieux et pose beaucoup de questions, auxquelles répondent les deux chanteuses présentes sur scène avec beaucoup de générosité. Les grands espaces est un projet qui permet d’aller à la rencontre d’une tradition musicale qui a longtemps été interdite de pratique, mais qui connaît une résurgence dans les dernières années.
Elena Mandolini
Un vent de fraîcheur au Complexe Desjardins
Les vents de l’île de Montréal est une harmonie composée de jeunes provenant de plusieurs écoles secondaires montréalaises, dirigée par Éric Levasseur. Les pièces présentées allaient des trames de musique de film au répertoire plus classique pour harmonie. Les œuvres présentées étaient originales, audacieuses même (on a droit à une pièce un peu dissonante, interprétée avec beaucoup d’assurance par les jeunes). L’assurance avec laquelle les œuvres ont été interprétées est à saluer. Le son produit par ces jeunes musiciennes et musiciens était puissant, précis et assuré. On note une largesse dans le son de l’ensemble et une direction remarquable pour un ensemble de ce niveau. Le public a accueilli les œuvres avec enthousiasme, et a eu droit à des moments musicaux solennels, triomphants et percutants!
Elena Mandolini
Le divertissant et charismatique Trio Débonnaire nous fait voyager à travers les époques
Un des grands succès de la programmation gratuite de la Virée classique, le Trio Débonnaire s’est produit à chaque reprise devant une salle pleine. Un succès qui témoigne de la complicité entre ses membres. L’ensemble est composé de Laurence Latreille-Gagné au cor, de Simon Jolicoeur au trombone et de leur porte-parole Frédéric Demers aux trompettes. Et oui, aux trompettes parce qu’un des grands attraits de ce concert est le tour d’horizon qu’ils font des trompettes et des sourdines grâce à l’arsenal étalé sur la scène. Avec des extraits de Bach, de Beethoven, d’Edith Piaf et des Beatles (eh oui!), le public est emmené dans un survol des possibilités que la trompette offre. Frédéric Demers a la médiation à cœur et s’efforce de communiquer son amour envers son instrument aux spectateurs.
Deux mots bien simples peuvent être utilisés pour décrire le concert. Intéressant, et surtout divertissant. On ne voit pas le temps passer et l’animation est à la fois charismatique, instructive et amusante. La Place des Arts résonne avec les timbres chauds et nobles du cor et du trombone qui supportent la trompette à la mélodie. L’explication et l’utilisation des sourdines est une excellente idée. On regrette tout de même que la démonstration ne se soit pas étendue aux autres instruments, dont l’usage de la sourdine est tout aussi important.
On se sent transportés à travers les époques, on passe un bon moment et on apprend, le tout en un clin d’œil!
Alexis Ruel
Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi : beauté et recueillement
Crédit photo : Antoine Saito
Une trentaine de musiciens se partageaient la scène de la salle Wilfrid-Pelletier pour interpréter les Vêpres de la Vierge de Monteverdi, mais l’espace ne semblait pas chargé pour autant. L’effectif musical était à son strict minimum et cela était bienvenu. Cela a permis à l’ensemble, dirigé par Eric Milnes, d’offrir une interprétation intime, délicate et lumineuse de l’œuvre de Monteverdi.
Ce compositeur est surtout connu pour sa maîtrise de l’art polyphonique. Dans les Vêpres de la Vierge, on a droit à des lignes musicales majestueuses, aux basses enveloppantes et aux harmonies complexes. Les interprètes jouent avec beaucoup de sensibilité et savent appuyer les délicieuses dissonances présentes dans la partition. La musique passe aisément du mode majeur au mode mineur, et l’on se sent transporté par la musique. Les mouvements s’enchaînent, passant d’un ton triomphal à un ton douloureux en une fraction de seconde. On a l’occasion, dans cette interprétation, de voir et d’entendre des instruments anciens, par exemple la saqueboute, la dulcianne et le luth.
Petit bémol à cette interprétation : l’acoustique. En effet, le son se perd et s’étouffe dans cette disposition de la salle. Cette musique, conçue pour être interprétée dans une église, aurait été encore plus belle si le son avait pu résonner dans la salle et tout autour du public. Cependant, l’ensemble sait utiliser l’espace et spatialiser le son. À la moitié de l’œuvre, le chœur commence à se redisposer pour diversifier l’acoustique. Des musiciens et des chanteurs se déplacent en coulisse, pour jouer dans l’espace et offrir de nouvelles conditions d’écoute au public. Le son de l’ensemble est, malgré les lacunes acoustiques du lieu, rond et puissant. On assiste à une interprétation émouvante et lumineuse de cette œuvre de Monteverdi.
Elena Mandolini
Les danses de la campagne de Bohème avec l’Orchestre symphonique des jeunes de la Montérégie
L’Orchestre des jeunes de la Montérégie a offert samedi et dimanche la 8e symphonie de Dvořák au public et aux passants du Complexe Desjardins. Une œuvre qui rappelle à la fois des passages de Mozart, des aspects de Beethoven et les airs folkloriques de la Bohème natale du compositeur, elle a fait danser les petits et grands et a marqué en beauté la fin de la Virée classique dimanche après-midi.
Mieux adapté aux orchestres à vents ou aux harmonies, le Complexe a été peu favorable aux subtilités et nuances de la symphonie, notamment durant le second mouvement, avec une acoustique un peu trop volumineuse et un bruit ambiant un peu trop présent. On admire en revanche l’énergie avec laquelle l’orchestre a su surmonter ces embûches lors du premier mouvement et durant les derniers. Les rythmes dansants des troisième et quatrième mouvements étaient quant à eux parfaits pour la situation.
L’orchestre nous fait vivre une épopée à travers la campagne, du lever du soleil jusqu’aux célébrations qui s’étendent dans la nuit. On y entend les oiseux et les cigales qui chantent, on s’imagine les forêts et les paysages pastoraux qui ont bercé Dvořák durant sa vie. On semble partager avec lui le plaisir d’entendre les airs populaires et les joies de son enfance.
L’Orchestre des jeunes de la Montérégie enchante avec sa précision et sa fougue. Une belle vitrine de la relève musicale, il offre une vision encourageante et plaine d’espoir envers l’avenir de la musique symphonique en Montérégie et au Québec.
Alexis Ruel
Sortie 210 : Direction Big Band pour destination plaisir
La dernière prestation sur l’Esplanade tranquille de la dixième édition de la Virée classique s’est conclue aux sons cuivrés du Big Band Sortie 210. Fondé en 1992, cet ensemble réunit « des musiciens professionnels, des enseignants de musique, des étudiants en musique de niveaux collégial et universitaire ainsi que des amateurs sérieux » originaires de Victoriaville et de ses alentours dans la région de Bois-Francs. Habitués des événements musicaux et de plusieurs festivals internationaux, la vingtaine de musiciens réunis sur scène, dirigés par Guillaume Allard, ont livré une performance tout à fait sympathique où chacun a pu briller. Le programme présenté a été éclectique. Point d’enfilade de grands standards du répertoire jazz, mais plutôt un mélange de genre et de style constitué principalement de succès du répertoire de la musique classique et populaire arrangé pour une formation de big band. Ainsi, en ouverture, nous avons eu droit à une Toccate et Fudge (arrangement autour de la Toccate en ré mineur de Bach) ; un Blues pour Elise et à une version jazzy de la Danse hongroise no 5 de Brahms. Intercalé entre ces arrangements des pièces aux expressions différentes. Nommons entre autres ; Central Park West de John Coltrane, seule pièce issue des standards jazz, avec ses couleurs et timbres feutrés et Bar Talk, une pièce d’une énergie folle qui contrairement à ce que son nom indique, ne cadre pas avec le fait de « contempler un verre d’alcool de façon mélancolique ». Au niveau des solistes, la performance de Dominique Rancourt au violon et d’Yvon Tardif au saxophone dans la composition originale Hot and Blues nous à particulièrement de par leur échange et leur complicité. À en juger par le nombre de personnes qui tapaient du pied et se déhanchaient, le passage de Sortie 210 a été tout à fait réussi.
Alexandre Villemaire
Un 19 août à la Virée classique : Carmina Burana, Wynton Marsalis, Schubert, Brahms, gamelan balinais, contes fantastiques, Nicolas Altstaedt, Godwin Friesen et plus encore!
par Rédaction PAN M 360
L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Nos contributeurs.trices rapportent quotidiennement ce qu’ils.elles ont vu et entendu aux concerts présentés à Montréal jusqu’au 20 août.
Payare dirige Carmina Burana : une soirée tout en puissance
Crédit photo : Antoine Saito
La Maison symphonique était pleine à craquer hier soir pour entendre l’OSM et son chœur interpréter la très célèbre œuvre de Carl Orff, Carmina Burana. Les Petits chanteurs du Mont-Royal et trois solistes, la soprano Sarah Dufresne, le baryton Elliot Madore et le contre-ténor Nicholas Burns se joignaient également à l’orchestre pour interpréter cette œuvre. L’octobasse était également mise à contribution dans le premier et dernier mouvement.
Lorsque la roue de la Fortune commence à tourner, elle ne s’arrête pas. On peut dire la même chose de l’interprétation de l’OSM : une fois le célèbre « O Fortuna » entonné (à un tempo presque trop rapide), les mouvements suivants s’enchaînent sans laisser le temps de souffler. L’orchestre, et surtout Payare, a de l’énergie à revendre. Le chef a littéralement dansé sur le podium. Les percussions et les cuivres sont puissants, le reste de l’orchestre est solide. Le chœur, pour sa part, énonce les textes d’une manière remarquablement claire. Les chanteuses et chanteurs sont précis, et offrent une performance d’une qualité exceptionnelle. Les solistes ont brillé sur scène grâce à leurs grandes qualités vocales, mais également par leur présence scénique et leur jeu d’acteur. En effet, les solistes jouent les poèmes qu’ils chantent, donnant lieu parfois à des moments assez comiques (pensons à la complainte du cygne, interprétée par le contre-ténor).
La soirée se déroule sous le signe de la puissance, de la force et de l’émotion. On écoute et découvre Carmina Burana comme pour la première fois tant l’interprétation est audacieuse et solide. Le temps a semblé se suspendre le temps d’un concert, et on assiste à un grand moment de musique. Le public, qui a réservé ses applaudissements pour la toute fin du concert, a acclamé l’orchestre à la fin de la soirée. La représentation de cet après-midi est déjà complète, ce qui démontre l’engouement pour ce concert!
Elena Mandolini
Le Concerto pour trompette de Wynton Marsalis
Crédit photo : Antoine Saito
Même si reconnu comme un pilier du jazz coontemporain depuis près d’un demi-siècle, Wynton Marsalis a toujours été associé au monde classique. Le supravirtuose en maîtrise le répertoire et les codes depuis l’enfance, ses études supérieures à Juilliard l’ont propulsé parmi les grands interprètes classiques avant qu’il ne devienne un leader inconstesté du jazz acoustique dès le début des années 80. Plusieurs avaient alors dénigré son désir de lier le jazz au monde de la « grande musique », lui prêtant plutôt une approche conservatrice. Quatre décennies plus tard, le temps a donné raison au directeur du fameux programme Jazz At Lincoln Center dont il est toujours le directeur artistique : Wynton Marsalis ne s’est vraiment pas contenté de ressusciter le hardbop et le jazz modal des années 50-60, son parcours implique une nette appropriation des formes modernes et contemporaines de la musique classique occidentale. C’est ce que nous avons pu apprécier samedi dans cette première canadienne de son Concerto pour trompette joué par le trompettiste solo de l’OSM, Paul Merkelo.
Déclinée en 6 mouvements, l’œuvre s’amorce par une marche construite sur des charpentes harmoniques modernes et impliquant des techniques avancées de l’instrument solo, le tout fondé sur un groove peu commun aux orchestres symphoniques, intercalé de séquences rythmiques non binaires. Force est d’observer que le maestro Rafael Payare et ses musiciens ont parfaitement saisi ces enjeux orchestraux qui consistent à explorer ces univers croisés et adopter plus de souplesse dans leur exécution. Ballad, second mouvement de l’œuvre, se veut une riche évocation des grands orchestres de jazz au cœur du siècle précédent,de George Gershwin à Duke Ellington jusqu’aux grands musicals de Broadway. Consacré au legs de la trompette latine, le 3e mouvement est le plus exigeant du Concerto, tant pour les consignes destinées au soliste qu’à l’orchestre. On poursuit avec Blues, un mouvement lent qui explore la sensiblité afro-américaine dans un contexte symphonique, suivi de French pastoral avec ses allégeances impressionnistes, le tout conclu par Harlequin qui intègre toutes les couleurs mises de l’avant dans les cinq mouvements précédents.
Paul Merkelo s’en tire fort bien, les techniques avancées prévues pour le soliste sont à la hauteur des exigences du compositeur et le soutien de l’OSM s’avère équilibré à souhait sauf de petits détails insignifiants dans l’interprétation. Bref, une première canadienne réussie ! Souhaitons maintenant que le temps fasse son œuvre et que le public classique s’approprie ce nouveau pan de la musique sérieuse, comme l’a fait ce plus ou moins millier de mélomanes incluant des jazzophiles visiblement peu familiers avec les formes classiques. Rappelons que cette première canadienne était précédée d’une œuvre magnifique de feu le compositeur montréalais José Evangelista, inspiré par les 50 ans de notre métro en 2016.
Alain Brunet
Fiddler’s Tale: Wynton Marsalis, prise 2
Un peu plus tard sur la scène reconfigurée de la salle Wilfrid-Pelletier, une deuxième œuvre de Wynton Marsalis était présentée samedi. Fiddler’s Tale est une adaptation afro-américaine de L’Histoire du soldat de Stravinsky, dont la trame narrative est une rencontre entre un violoniste et le diable. Dans le contexte d’une Amérique moderne, l’adaptation de Wynton Marsalis est entièrement écrite mais plonge ses interprètes dans un univers sonore contemporain encore plus proche du jazz que le compositeur ne l’a prévu dans son Concerto pour trompette. Les éléments de jazz primitif, jazz swing, jazz moderne ou contemporain sont entrelardés de procédés orchestraux typiques de la musique de chambre contemporaine. Pour mener à bien cette évocation stravinskienne, Marsalis avait prévu la même instrumentation que celle de L’Histoire du soldat : violon (Marianne Dugal), contrebasse, (Eric Chappell), clarinette (Alain Desgagnés), basson (Mathieu Harel), trompette (Stéphane Beaulac), trombone (James Box), percussions (Joshn Wink). Dirigée par la cheffe Dina Gilbert, cette œuvre est assortie d’une narration en temps réel entre les 9 tableaux, narration assurée de belle façon en anglais par Nantali Indongo. Intéressant, mais parfois un peu longuet. Les musiciens classiques sont désormais mieux adaptés au jazz mais une telle œuvre exige d’en mieux maîtriser les codes de l’expressivité, ce qui n’était pas toujours le cas. Ou encore pouvait-on se questionner sur l’intégration du jazz et du blues dans cette partition. Mais bon, de manière générale, la direction de Dina Gilbert a conféré à cette interprétation l’unité et la cohésion nécessaires aux concerts réussis malgré nos réserves.
Alain Brunet
Des folies apaisantes
Il régnait un calme et une sérénité particulière dans l’enceinte du Piano Nobile pour entendre la performance de Sylvain Bergeron à l’archiluth et Margaret Little à la viole de gambe. La thématique en filigrane était la folie et plus précisément la folia, ce fameux thème musical de la danse éponyme apparu au XVe siècle en Europe. À l’image du Dies Irae, la folia a été récupérée et utilisée par des compositeurs de toutes les époques allant d’Antonio Vivaldi à Sergueï Rachmaninov. Les deux comparses ont ainsi constitué un programme où chacune des pièces met en valeur l’interaction commune de leurs instruments, tout comme sa valeur individuelle. Particulièrement intéressante était la pièce pour viole seule A Soldiers Resolution du compositeur anglais Tobias Hume (1569-1645), lui-même soldat et ayant été au service du Roi de Suède où chacun des mouvements traduit de façon idiomatique un élément relatif la vie de soldat (marche, tambour de bataille, retraite) ou encore les Faronells divisions upon a ground de Michel Farinel (1649-1726) aux multiples caractères. Les folies d’Espagne de Marin Marais (1656-1728) sont venues conclure ce voyage musical si typique de la musique de la Renaissance qui fait s’arrêter le temps pour nous transporter dans une autre époque et dans un autre ressenti, quasi mystique.
Pédagogues, les deux instrumentistes ont pris le temps à plusieurs reprises d’exposer quelques faits sur leurs instruments respectifs, comme leur fonctionnement et leur différence avec les instruments modernes invitant même le public à venir les voir une fois la représentation terminée ce qui a permis de conclure cette avant-midi de folie de la plus conviviale des façons.
Alexandre Villemaire
Schubert et Brahms : ombre et lumière
Crédit photo : Antoine Saito
La prémisse du court concert de musique de chambre présenté sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier était très sombre. En effet, le programme nous parlait de résignation devant la mort, résignation parfois empreinte d’anxiété. Cependant, les sélections musicales se sont révélées pleines de lumière et de moments d’espoir. Point de larmes de tristesse en ce samedi avant-midi (mais des larmes d’émotion, peut-être…).
Le concert s’est ouvert avec Jeremy Denk au piano, qui interprétait le paisible Impromptu no. 3 en sol bémol majeur de Franz Schubert. Le caractère introspectif, méditatif et mélancolique de cette pièce se prêtait parfaitement à l’ambiance intime du concert. À travers des arpèges légers et calmes se découpe une mélodie grave, tourmentée. Le pianiste a su dépeindre avec brio et clarté toutes ces émotions.
Le Quatuor no. 3 avec piano en do mineur, op. 60 de Johannes Brahms a ensuite complètement changé le ton du concert. L’ambiance de recueillement s’est rapidement transformée en moment de frénésie musicale. L’énergie et la précision des interprètes (Jeremy Denk au piano, Alexander Read au violon, Victor Fournelle-Blain à l’alto et Nicolas Alstaedt au violoncelle) sont à saluer. Ce Quatuor recèle de nombreux défis techniques, avec les instruments qui s’échangent la mélodie, de grands contrastes de nuances et des passages rythmiques. Leur performance est à couper le souffle. On y entend tout le drame, toute la puissance et toute la fougue des compositions de Brahms.
Le public est manifestement captif de la musique : la qualité d’écoute est exceptionnelle et de longs moments de silence contemplatif séparent la fin des œuvres du début des applaudissements.
Elena Mandolini
Dutilleux, Bach et Kodály selon Nicolas Altstaedt
Sans conteste un maître de son instrument, non seulement pour son niveau technique exceptionnel mais aussi pour son expressivité, le violoncelliste allemand (aux origines aussi françaises) Nicolas Altstaedt conviait les mélomanes au Piano Nobile pour l’exécution de trois œuvres nécessitant un réaccordage de son instrument afin d’en étendre les spectres timbral et harmonique. À l’instar de plusieurs artistes classiques de la musique d’aujourd’hui, il a fait le rapprochement entre la période baroque et la musique contemporaine, enrobant une version presque rigoriste de la Suite pour violoncelle # 5 en do mineur BWV 1011 de JS Bach, d’une œuvre d’Henri Dutilleux commandée en 1976 par Rostropovitch, Trois strophes sur le nom de Sacher (grand chef suisse dédié à la musique contemporaine) et la superbe Sonate pour violoncelle seul, op. 8 du compositeur hongrois Zoltán Kodály.
Les techniques avancées qu’exigent cette immense sonate, désormais inscrite parmi les grands chefs-d’œuvre pour violoncelle seul, sont ici mises de l’avant par le soliste qui fait état d’un jeu hors du commun. Voilà un concert captivant du début à la fin, assorti de quelques piaillements d’oiseaux – vu l’insonorisation imparfaite de la baie vitrée de la PdA. Tout à fait tolérable dans les circonstances!
Alain Brunet
La Virée fait escale à Bali!
Crédit photo : Antoine Saito
La Virée classique a été animée durant la journée de samedi par les sons intrigants et harmoniquement si riches du gamelan indonésien. L’ensemble Giri Kedaton a offert un concert fascinant sur les planches de la salle Wilfrid-Pelletier, mais il y a également eu une série d’activités tout au long de la journée qui ont permis au public d’en apprendre plus sur cette forme d’art musical moins connue.
Tout d’abord, les visiteurs de la Virée ont eu la chance de faire partie du gamelan lors d’un atelier extérieur. Des participants de tous âges ont été invités à essayer les instruments à percussion richement décorés, un don du gouvernement indonésien en 1986, et à créer des arrangements de bases sous la direction des membres de l’ensemble. Ensuite, une causerie sur les origines du gamelan et les différents styles existants a établi une vision plus précise de ce que représente cette musique. D’origine noble, elle est néanmoins conçue pour être facile d’accès, tout en permettant une virtuosité à travers différents effectifs et différentes instrumentations.
Cette virtuosité s’est manifestée durant le concert. Le travail de recherche derrière Giri Kedaton est colossal et est le résultat de plusieurs décennies d’expérience avec des maitres balinais. On sent toute l’aise dont les musiciens font preuve devant leurs instruments respectifs. Et pas seulement un seul! Entre chaque pièce, les musiciens se réorganisaient, s’installant derrière de nouveaux instruments ou simplement dans une section différente. Même si on perçoit une certaine organisation assez proche de la tradition classique, avec la présence d’un chef, d’un soliste et de sections, on ne peut pas vraiment voir de hiérarchisation des rôles dans l’orchestre. Les musiciens ne forment qu’un tout pour offrir un véritable spectacle au public.
Le showmanship de l’ensemble était au rendez-vous. Les musiciens, vêtus d’habits traditionnels, avaient du plaisir et ça se sentait. La danse a également eu sa place durant le concert, avec deux prestations issues de la tradition et réalisées par des membres de l’ensemble. La danseuse a tout simplement volé le spectacle, avec une chorégraphie mystifiante, à base de poses et d’expressions à la fois intenses et élégantes. La danse de masque était tout aussi intrigante, avec son histoire sans mots, mais on regrette que la disposition de la scène n’ait pas été adaptée aux besoins de la mise en scène. Une grande partie du public sur les côtés n’ont pas pu observer l’entièreté de la chorégraphie. Cela n’a tout de même rien enlevé à la qualité de la musique jouée. On alterne entre des musiques plus traditionnelles et des œuvres plus contemporaines, et le concert tout entier est marbré de rythmes à la fois complexes et accessibles. On note la présence de la pièce O Bali de José Evangelista, le fondateur de l’Atelier de gamelan à l’Université de Montréal et une figure incontournable pour la musique balinaise à Montréal, qui est décédé plus tôt cette année. Un bel hommage.
Alexis Ruel
La relation épistolaire de George Sand et Frédéric Chopin accompagner par sa musique
Sous le titre Un hiver à Majorque : correspondances entre George Sand et Frédéric Chopin, la bibliothécaire à la BAnQ Esther Laforce et le pianiste Jean-Christophe Melançon, prix Étoiles Stingray – Choix du public et Prix du jeune public au Concours OSM 2022, proposaient une lecture, à la fois textuelle et musicale avec comme question : « Qu’écrivait une auteure et un compositeur sur l’un et l’autre? » Même si cette question a trouvé réponse, le propos musical malgré une bonne construction nous a laissé un peu sur notre faim.
En ouverture de séance, Esther Laforce à rappeler que les échanges épistolaires présentés ne sont pas la correspondance intime entre les deux amants, celle-ci ayant été détruite, mais plutôt des lettres envoyées à leurs amis et dans lesquelles ils parlaient de l’un et de l’autre. C’est donc à travers des lettres adressées entre autres à Eugène Delacroix et à l’homme politique polonais Albert Grzymala que nous voyons se construire la relation de George Sand – Aurore Dupin, baronne Dudevant de son vrai nom – et Chopin. Les pièces choisies servent alors d’illustration musicale au texte des lettres dont l’oratrice nous faisait lecture. Quels morceaux par contre ? Nous n’en savons rien. Aucun programme, aucun soutien visuel pour nous aider à nous repérer dans ce sens. Les connaisseurs auront sans doute reconnu en autre le Prélude no 15 en ré bémol majeur dit « Gouttes d’Eau », mais les autres extraits, interprétés avec grande justesse par Melançon, il faut le savoir. On se serait pourtant attendu à savoir qu’elles sont les noms des pièces interprétées par le pianiste.
Nous pouvons absolument saluer le travail de recherche, l’excellente mise en contexte et le récit dressé par Esther Laforce, mais nous aurions aimé en avoir plus à nous mettre sous la dent. Au final, nous en avons appris sur l’un et l’autre, mais nous en aurions pris plus de ce fameux séjour à Majorque et de cet emménagement dans la chartreuse de Valldemossa qui arrive en fin d’activité et qui est si intrinsèquement lié au développement et à l’écriture des préludes. Le filon est bon, mais gagnerait à être élargi.
Alexandre Villemaire
Un OVNI à la Virée classique : humour et énergie au Complexe Desjardins
La scène du Complexe Desjardins est une idée fantastique. Quoi de mieux que de d’écouter un concert pendant le repas ou encore pendant le magasinage. L’installation durant la Virée classique a été une belle occasion d’entendre des orchestres talentueux en fond. Il a été cependant impossible d’ignorer l’énergie du concert donné sur l’heure du lunch de samedi.
L’OVNI (Orchestre à vent non identifié) a rempli l’espace du Complexe avec ses sons amples et son répertoire éclectique. La mise en musique de contes et d’histoires qui ne cachent pas leur humour absurde a été un succès, notamment grâce à la variété des styles choisis et une section de cuivres solide qui a su donner de la puissance à l’orchestre. Pleines de contraste, les œuvres étaient délicieusement frivoles à certains moments, puis imposants et pesants à d’autres. Difficile de ne pas remarquer le fameux Dies Irae dans la partition.
Alexis Ruel
Voyage à travers l’Europe et les styles à la harpe
Matt Dupont a fait découvrir au public le répertoire fascinant et varié pour la harpe. L’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme n’était peut-être pas le meilleur endroit pour présenter un récital pour harpe seule, même amplifiée. En effet, l’Espace culturel se trouve à être un carrefour très passant et bruyant, faisant en sorte que les passages plus doux et plus graves étaient presque inaudibles. Malgré tout, Matt Dupont attire l’écoute par sa présence sur scène : après quelques notes à peine, un silence attentif s’est installé parmi les spectatrices et les spectateurs.
Au programme, quelques œuvres des 19e et 20e siècles, alliant grandes cascades de notes, passages virtuoses et mélodies humoristiques. L’interprétation de Dupont est fluide, gracieuse, assurée et puissante. On est captivé et même hypnotisé par la beauté de la musique. Entre chaque pièce, le musicien a présenté rapidement l’œuvre et son compositeur (ou sa compositrice!), élément bienvenu à cette courte prestation. Malgré les inconvénients du lieu de concert, on apprécie tout de même les œuvres et les interprétations.
Elena Mandolini
La « petite » grande musique d’Obiora et Payare
Crédit photo : Antoine Saito
Premier ensemble de musique de musique canadien constitué en grande partie de musiciens et musiciennes professionnels issus de la diversité, l’Ensemble Obiora créé en 2021 par Allison Migeon est monté sur la scène de Maison symphonique pour conclure sa deuxième année de participation à la Virée classique. Il y a indubitablement un changement qui s’est opéré dans la dernière année quant à la vision et la portée de la Virée classique. Qu’un jeune ensemble comme Obiora soit partie prenante de la programmation et que le chef de l’Orchestre symphonique de Montréal vient les diriger pour les aider à grandir, témoigne de l’intérêt de Payare pour donner de la visibilité à d’autres ensemble.
Pour l’occasion, le chef avait choisi des pièces courtes, mais non moins dépourvues d’effets.Il pourrait être facile de tomber dans la facilité avec une pièce universellement reconnaissable comme la Petite musique de nuit de Mozart. Pas avec Rafael Payare. Tel un maître orfèvre, il va chercher des nuances et dynamiques précises, invitant les musiciens à aller jusqu’au bout des lignes musicales pour donner une complexité à cette œuvre des plus connues. Pièce phare du concert la Symphonie concertante pour deux violons no 2 en sol majeur du compositeur Joseph Boulogne, chevalier de Saint-Georges, né fils d’esclave en 1745, à vue s’associer le violon solo de l’OSM, Andrew Wan, à la violon solo d’Obiora, Tanya Charles Iveniuk dans une performance des plus dynamique et électrisante. Dans une forme inspirée du concerto grosso de l’époque baroque, les deux solistes se sont livrés à un vibrant dialogue instrumental soutenu par les membres de l’orchestre, particulièrement dans la cadence du deuxième mouvement toute la fraîcheur et la vitalité de la musique du chevalier est exprimée. Le langage musical romantique traité à la sauce classique de la Suite Holberg est venu conclure le concert. Nous avons d’ailleurs eu droit dans cette suite, après au moins une demi-heure de musique joyeuse et sautillante, au moment le plus introspectif du concert avec un Air au caractère pieux d’une douceur larmoyante. La soirée s’est terminée sur un ton festif et sous des applaudissements nourris où tant dans le public que sur scène, nous pouvions déceler un sentiment de fierté.
Alexandre Villemaire
Causerie-éclair avec Nantali Indongo
Nantali Indongo est l’animatrice de l’émission The Bridge à la radio de la CBC. On la connaît également sur la scène musicale montréalaise pour avoir fait partie durant 17 ans du groupe hip-hop Nomadic Massive. Mais dans le cadre de la Virée classique, c’est plutôt ses talents de conteuse qui seront mis à contribution. En effet, c’est elle qui sera la narratrice pour le Fiddler’s Tale de Wynton Marsalis, un conte où une talentueuse violoniste pactise avec le diable.
Le temps manquait à Nantali Indongo, cette dernière n’ayant qu’une vingtaine de minutes à consacrer à l’intervieweur avant de devoir se rendre au test de son en préparation de l’œuvre de Marsalis. Une entrevue courte, mais malgré tout très enrichissante sur les mélanges des genres musicaux s’est tenue à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme. Wynton Marsalis est connu principalement pour son œuvre jazz, mais il compose tout aussi bien pour des contextes plus classiques. Dans Fiddler’s Tale, l’idiome jazz est subtilement intégré à la partition de tradition classique d’une manière si fine qu’elle va de soi. La conversation s’est cependant rapidement éloignée du lien entre jazz et classique pour plutôt discuter de hip-hop et de rap. C’est en fait une très brève et condensée histoire de ces styles qui a été présentée, comme quoi la Virée classique est la scène des rencontres musicales en tout genre.
Elena Mandolini
Les classiques du cinéma selon l’orchestre FILMharmonique
L’orchestre FILMharmonique, dirigé par Francis Choinière, est un orchestre montréalais essentiellement à cordes qui se spécialise dans l’interprétation de musique de film. On les connaît pour leurs ciné-concerts à la Maison symphonique ou à la salle Wilfrid-Pelletier, où la musique est interprétée durant la projection d’un film.
Dans le cadre de la Virée classique, l’orchestre FILMharmonique a présenté ses trames sonores favorites. Les pièces au programme sont assez attendues : La panthère rose, Cinema paradiso, La liste de Schindler et Seigneur des anneaux se succèdent. Mais l’orchestre réserve également quelques belles surprises au public, notamment un pot-pourri des thèmes du film Ratatouille, ou encore de La passion d’Augustine (dont la trame sonore de ce dernier film a été composée par François Dompierre).
Les musiciens de l’orchestre offrent un beau spectacle. Leur énergie et celle du chef est contagieuse. Bien des œuvres se terminent par une forêt d’archets suspendus dans les airs. Les solistes de la soirée (un hautboïste, une flûtiste et une violoniste) sont excellents et interprètent les œuvres avec une grande sensibilité. On redécouvre avec plaisir des morceaux très connus du répertoire de musique de film, dans la bonne humeur et le plaisir.
Elena Mandolini
Godwin Friesen en récital, délicatesse, suavité et précision
Crédit photo : Antoine Saito
Pour la majorité présente à ce récital, c’était la découverte de Godwin Friesen, lauréat du Concours OSM 2022. Ce qui frappe d’emblée chez ce jeune homme, c’est l’alliage de délicatesse et de fermeté dans son jeu pianistique. On l’observe d’abord dans la Sonate pour piano en la bémol majeur, Hob. XVI:46 de Joseph Haydn, veloutée et impeccable de précision. Du compositeur de la période classique, on passe à un Prélude et fugue en la majeur composé par l’interprète et inspiré de Bach. On devine alors la grande intelligence du musicien, capable d’actualiser l’esthétique du génie allemand de la période baroque avant de nous servir le plat de résistance, soit une Sonate très moderne de la compositrice canadienne Jean Coulthard (1908-2000). Le jeune virtuose conclura avec la très exigeante Rhapsodie hongroise no. 6 de Franz Liszt, un passage obligé de la musique de piano pour tout interprète ayant de grandes aspirations. Encore là, la suavité de Godwin Friesen repose à la fois sur la sobriété de son jeu et sa précision et son éclat aux moments opportuns.
Alain Brunet
Un 18 août à la Virée classique : programmation, causeries, expositions, Schumann, Stravinsky, Mendelssohn et plus encore!
par Rédaction PAN M 360
L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Nos contributeurs.trices rapportent quotidiennement ce qu’ils.elles ont vu et entendu aux concerts présentés à Montréal jusqu’au 20 août.
Virée classique 2023 : une programmation remplie de surprises et de découvertes!
La Virée classique en est cette année à sa 10e édition. La programmation propose d’ouvrir un espace où l’on raconte des histoires et où l’on fait des rencontres inattendues et inusitées. Les responsables de la programmation, Marianne Perron et Ronald Vermeulen, ont offert un tour d’horizon des événements offerts en salle et gratuitement. Ils nous ont promis une virée (en fait, un marathon) diversifiée et excellente du début à la fin, mais signalent tout de même quelques événements incontournables : les prestations du quintette Obiora, Carmina Burana dirigé par Rafael Payare, les Vêpres de la Vierge de Monteverdi et la création canadienne du concerto pour trompette de Wynton Marsalis.
Cette édition de la Virée classique, une célébration urbaine et accessible de la musique classique, propose également des incursions dans la musique dite classique provenant du monde entier. Citons en particulier la série autour du gamelan, ou les prestations du groupe Oktoecho. Une place de choix est également réservée à la pratique musicale en amateur. En effet plusieurs ensembles de jeunes et de musiciens non professionnels prendront la scène tout au long de la fin de semaine.
Ces trois jours s’annoncent pleins de (re)découvertes et de merveilleux moments de musique!
Elena Mandolini
Des installations qui amènent l’orchestre à vous!
La Virée classique n’est pas seulement des concerts en salle ou sur la scène. C’est l’entièreté de la Place des Arts qui prend vie, animée par l’amour de la musique classique d’ici et d’ailleurs! Ce vivarium culturel est entretenu par un fil de concerts presque inarrêtable du vendredi soir au dimanche après-midi, mais aussi par des activités qui parsèment l’espace.
Le Salon urbain, en face de la Maison symphonique, et le lieu de résidence d’une exposition fort intéressante qui fait un retour pour l’édition 2023 de la Virée. « Les instruments sortent de l’orchestre » est l’occasion d’en apprendre plus sur l’instrumentation d’un orchestre symphonique. Les kiosques sont animés par des experts, appartenant à des ateliers spécialisés, qui sont en mesure d’éduquer les visiteurs sur les particularités des familles d’instruments. On note un bel éventail de vents et une bonne démonstration du processus de fabrication des violons, un plus d’un amusant assortiment de percussions. Les orgues Casavant Frères, soulignent quant à eux le prochain 10e anniversaire de l’orgue Pierre-Béique de la Maison Symphonique.
Une autre installation à noter est sa section consacrée aux expériences de réalité virtuelle, à l’Espace Sainte-Catherine juste à gauche de l’entrée de la Place des Arts. Deux expériences sont disponibles : Partitura, où vous incarnez un chef d’orchestre, et Innere Musik qui vous transporte au cœur de l’orgue de la Maison symphonique. Tout le monde semble y trouver son plaisir, autant les enfants que les adultes.
Alexis Ruel
Virée classique 2023 : Derrière la caméra avec la musique de film
Pour les passionné.e.s ou simples curieux-curieuses de l’aspect musical du 7e art avait lieu hier une sympathique conférence sur les secrets (bien ou moins bien gardés) de la musique de film. Animée par Marie-Claude Codsi, elle-même compositrice et doctorante sur le sujet, les quelque 45 minutes de la conférence en ont appris un peu plus sur le royaume musical des Korngold, Herrmann (malheureusement absent des exemples de l’animatrice), Williams, Zimmer et consorts. L’espace OSM, situé juste à côté de l’entrée de la Maison symphonique, était rempli par un public attentif. L’animatrice a fait un tour d’horizon assez succinct de l’histoire du médium. Ça aurait mérité d’être plus complet, tellement l’évolution de ce genre musical est riche en détails, mais Mme Codsi a su utiliser le peu de temps qui lui était imparti en fournissant d’intéressantes anecdotes et même le partage d’un recueil dont j’ignorais l’existence : un gros livre datant d’un siècle (en vérité, une copie, mais tout de même…) dans lequel des dizaines de partitions étaient répertoriées selon ambiances, émotions ou situations scéniques (poursuite, chute, avion, nuit, etc.). Ce recueil était utilisé par les musiciens qui agrémentaient les séances de projection des premiers films muets! Fascinant! Le public a eu la rare occasion de voir également un exemple de scène de film iconique (ici, la finale de Star Wars Épisode IV) SANS sa musique. Ayoye. Pour plusieurs, ce fut une révélation de l’importance de cette dimension de l’art cinématographique. Quelques notions de Mickey-Mousing, de Temp Tracks, de Punch and Streamer ont complété un cours 101 de la musique de film qui a su montrer aux spectateurs que cette musique, après plus d’un siècle d’existence, a beaucoup de substance et mérite qu’on la respecte.
Frédéric Cardin
Vols d’oiseaux mélancoliques et lyrisme romantique avec Noémie Raymond-Friset et Zhenni-Li Cohen
Des oiseaux ont fait leur nid à l’Espace culturel Georges-Émile Lapalme de la Place-des-Arts. C’est en effet sur cette thématique centrée autour du chant des oiseaux que la violoncelliste Noémie Raymond-Friset accompagnée par la pianiste Zhenn-Li Cohen on introduit la première partie de ce concert de tout au plus une heure préfigurant la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov. En ouverture, les deux musiciennes ont interprété Le Cygne de Saint-Saëns dans une énergie langoureuse énergique et aérienne. Avec des lignes mélodiques et une harmonie similaire, quoique plus dramatique elles ont enchaîné avec Le Cygne noir de Villa-Lobos avant de conclure la première partie de ce concert par Le chant des oiseaux de Pablo Casals, un arrangement d’une chanson folklorique catalane : un berceuse empreinte de nostalgie.Pièce de résistance de la performance, la Sonate de Rachmaninov, contemporaine de son célèbre concerto pour piano, a été composée, comme l’a présenté Noémie Raymond-Friset, suite à une dépression suivant l’accueil désastreux qu’avait reçu sa première symphonie. La tristesse, la colère, la joie, toutes ces émotions brutes ont été mises dans la partition par le compositeur et ont été traduite avec justesse par le duo de musiciennes par un touché rigoureux et souple au piano et les lignes expressives et énergiques au violoncelle. Il nous faut saluer la concentration de Noémie Raymond-Fiset dans un cadre de prestation moins formel que celui des salles de concert où l’aspect ouvert de la scène offre son de légère distraction avec les bruits environnants. Par moment le cadre rendait ardue l’appréciation du caractère de la pièce et nous avons senti que les interprètes ont dû s’ajuster à quelques reprises au niveau du volume. Ces détails mineurs mis de côté, la belle performance de Noémie Raymond-Friset et Zhenn-Li Cohen aura attiré le regard et les oreilles d’une centaine de passants.
Alexandre Villemaire
Incursion musicale dans le monde des mots
Crédit photo : Laurence Labat
Musique et littérature vont main dans la main, et parfois plus souvent qu’on le pense. C’est ce que nous fait remarquer dans son club d’écoute Katerine Verebely, animatrice et chroniqueuse culturelle à la radio de Radio-Canada. Puisque deux autres séances de ce club d’écoute auront lieu au courant de la fin de semaine, nous ne vendrons pas la mèche à nos lecteurs qui désirent y participer prochainement. Nous dirons simplement ceci : on fait de belles découvertes musicales à ce club d’écoute! On y découvre, par l’évidente passion de Katerine Verebely pour le sujet, des perles rares et des secrets bien gardés du répertoire classique, d’hier à aujourd’hui. La littérature est également à l’honneur. On (ré)apprend, mine de rien, des poèmes, des histoires, et des formes littéraires.
Comme le dit si bien l’animatrice, les liens entre musique et littérature sont comme un fil que l’on peut tirer à l’infini, sans jamais l’épuiser. Allez découvrir cette richesse à la Virée classique!
Elena Mandolini
Les Petits chanteurs du Mont-Royal nous emmènent en voyage!
Un cortège d’environ quarante jeunes, allant de huit à dix-sept ans, ont offerts aux spectateurs de l’Esplanade Tranquille vendredi soir une expérience tout à fait remarquable. C’est dans une unité et une cohésion hors du commun que les Petits chanteurs du Mont-Royal, un programme éducatif pour les jeunes offrant une formation musicale avancée à des jeunes de tous les horizons, ont exploré le répertoire de chorale sud-américain, faisant écho à leur tournée là-bas plus tôt cette année.
On remarque tout de suite leur expérience liturgique, notamment à travers la précision des lignes mélodiques et par la polyphonie complexe présente dans de nombreuses œuvres. Les plus jeunes se partageaient les lignes de soprano et d’alto, tandis que les plus âgés remplissaient les lignes de ténor. À travers le répertoire majoritairement religieux, on retrouve certains airs populaires repris à merveille, avec certaines surprises amusantes telles que l’imitation d’instruments, accompagnée de la gestuelle mimée!
Le volume relativement bas des voix a eu pour effet de créer une atmosphère de contemplation pour un public assez varié, allant des jeunes familles aux oreilles plus chevronnées. Il est sûr que le public dans son ensemble a apprécié ces voix si angéliques qui ont plus d’une fois impressionné, voire frissonné!
Alexis Ruel
5ilience : Un quintette à vent contre le vent
Premier quintette à anche au Québec, l’ensemble 5ilience a inauguré sa participation à la Virée classique en présentant un répertoire moderne et contemporain… dans le vent ! Si on n’avait en effet pu craindre que la pluie vienne jouer les trouble-fête pour cette première journée de la programmation gratuite extérieure de la Virée, il n’en fut rien lors de notre passage sur Sainte-Catherine à 19h. C’est plutôt de vilaines bourrasques qui sont venues se mêler de la partie, occasionnant quelques gênes à l’amplification des instruments et à la logistique sur scène. Chapeau d’ailleurs à Léanne Teran-Paul (hautbois) et Mary Chalk (basson) qui ont été solides malgré le fait que leurs partitions ont été quelque peu importunées, malgré les attaches qui avaient été fixées à leurs lutrins ! Nonobstant cette bise intempestive, les musiciens de 5ilience ont présenté avec conviction et aplomb cinq œuvres offrant un panorama diversifié de la palette timbrale que l’ensemble peut offrir.Présenter de la musique de création, bien souvent contemporaine dans un une programmation gratuite relève d’une certaine audace et l’ensemble à su construire un programme à la fois accessible avec des pièces comme Danses galactiques (2022) de Simon Bourget avec son langage proche de la musique de film ou « Le pin rouge » extrait du cycle Splinter (2014) de Marc Mellits et son caractère groovy qui venait contrebalancer des pièces plus pointues telles « Goat Rodeo » tiré de la suite Refraction (2015) de David Biedenbender que la clarinettiste Mariane Pellerin a décrit comme « un mélange de funk, de dubstep et de pointillisme musical ». Ses interventions et celles de Thomas Gauthier-Lang, saxophoniste et directeur artistique du groupe, étaient d’ailleurs fort pertinentes et ludiques pour présenter les diverses pièces. Assurément, un ensemble à surveiller dans le paysage musical québécois.
Alexandre Villemaire
Contrastes et lumière à la Maison symphonique
Crédti photo : Antoine Saito
Le premier concert de la Virée 2023 donné à la Maison symphonique, Conte de fées et poésie mozartienne, présentait deux œuvres stylistiquement contrastées dont le raffinement orchestral a mis de l’avant toute la splendeur acoustique et sonore de la salle montréalaise. En entrée, Fairytale Poem, un poème symphonique de la Russe Sofia Goubaïdoulina, qui marie des textures frémissantes à des éclats scintillants et des contrastes dynamiques qui vont de murmures à peine perceptibles (la nuance 18 pianissimos existe-t-elle?) à des fortissimos épanchés qui demeurent, quant à eux, raisonnables, mais tout de même impressionnants. La Maison symphonique a été faite pour ce genre de musique : on entend tout, tout, tout. Et c’est envoûtant. La musique de Goubaïdoulina a ravi le public avec ses jeux prismatiques sur la lumière et surtout ses lignes florissantes de bois (une spécialité de la compositrice née en 1931).
Le plat principal était d’un tout autre ordre stylistique : le solaire Concerto pour piano no 25, K 503, en Do majeur de Mozart. Le pianiste Jeremy Denk est arrivé sur scène en sautillant, l’air sincèrement heureux d’être là. Tant mieux. Si les premières mesures ont paru manquer un brin de la clarté et révéler un ou deux passages digitaux pâteux, le soleil inhérent à cette oeuvre a repris sa domination à partir du motif de quatre notes échangé entre le soliste et l’orchestre, un motif, le détail vaut la peine d’être connu, qui selon certains anticipe celui de la 5e symphonie de Beethoven. À partir de là, on était en terrain dégagé. L’andante central, empreint de solennité, créait une scène d’astre solaire se révélant graduellement et offrant la perspective d’un avenir rempli de promesses. L’Allegretto final consacrait cette vision optimiste et nous a entraîné dans une moisson rayonnante où les fruits des promesses précédentes pouvaient être entièrement recueillis. Denk a joué avec allégresse et spontanéité, caractères auxquels un OSM attentif et un Rafael Payare complice ont ajouté leur participation techniquement appliquée.
Frédéric Cardin
Récits dramatiques et musique captivante
Une partie du charme de La Virée classique est que les programmes sont courts et agréables, mais ce soir, j’aurais aimé que le spectacle continue. Ce fut une soirée de musique de chambre vraiment enchanteresse au Piano Nobile grâce à la remarquable musicalité d’Olivier Thouin, Todd Cope et François Zeitouni, respectivement au violon, à la clarinette et au piano. Ensemble, ils ont navigué dans un répertoire captivant, tissant ensemble les riches récits de Milhaud, Stravinsky et Srul Irving Glick.
Avec son attitude chaleureuse, Olivier Thouin a expliqué les pièces choisies et nous a donné une idée de ce qu’il faut écouter dans chaque mouvement. Le répertoire était très accessible et le groupe a bien fait de faire ressortir les aspects ludiques et folkloriques des compositions de Milhaud et de Stravinsky, tout en mettant en valeur leurs prouesses virtuoses, parfois diaboliques. Le clou de la soirée était bien sûr L’Histoire du Soldat de Stravinky. Cette histoire intemporelle du marché faustien d’un soldat a pris vie de manière si vivante que les acteurs auraient peut-être été superflus. La seule frustration était que chaque mouvement se terminait si dramatiquement qu’il était difficile de contenir nos applaudissements. Le vibrant The Klezmer’s Wedding de Glick a vu Todd Cope occuper l’avant-plan. L’ambiance était dramatique et très festive, un peu comme un mariage, et c’était un hommage approprié à une icône canadienne de la musique classique.
Varun Swarup
Un concert pour les Mémoires : OktoEcho au Théâtre Maisonneuve
Crédit photo : Antoine Saito
Un ensemble aux multiples influences et sources d’inspiration, OktoEcho est passée maître dans l’art de surprendre, d’émouvoir, et d’enchanter les publics. Dès l’entrée en salle, on sentait la touche particulière de la musique qui allait être jouée. Le public était sur la scène, presque en cercle autour des musiciens, ce qui entretenait une atmosphère quasi intime, éliminant les barrières classiques du concert entre scène et public. L’ensemble, composé d’un kanun (un instrument à corde pincée turc), d’un kamânche (un instrument lancinant d’origine iranienne, proche du violon), d’un oud (origine de la guitare), de deux percussionnistes et d’une section de cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasse), était dirigé par Katia-Makdissi-Warren, la directrice artistique et la fondatrice d’OktoEcho. À cet orchestre s’ajoutait deux chanteuses de gorge inuites.
Le concert était d’une précision époustouflante. Tout semblait parfait. Les sonorités, les timbres et les modes utilisés transportaient le public à travers les contrées du Moyen-Orient. Les rythmes contribuent également à cette impression. On alterne entre le « groove » entraînant et le mantra méditatif, souvent au sein de la même pièce. L’influence de la musique arabique et du Moyen-Orient domine dans cette configuration de l’ensemble. On ressent également l’influence jazz dans certaines pièces, tant dans l’harmonique que la structure. On assiste également à un mélange des origines. À plusieurs moments, les instruments semblent s’imiter les uns les autres. Ce mélange vient brouiller les cartes et on retrouve à la place une unité fascinante.
L’aspect le plus captivant du spectacle reste néanmoins la place que les chants de gorge inuit occupent dans l’orchestre et la partition. Leur incorporation dans la musique de l’ensemble est faite dans un respect apparent qui se manifeste dans l’authenticités des contextes. Pour donner un exemple, une œuvre est consacrée entièrement à l’aspect fondamentalement ludique des chants de gorges. Les deux chanteuses et les percussionnistes jouent ensemble, s’imitent, se répondent, s’échangent et se rencontrent pour un court instant, qui se termine en un fou rire si attachant. La troisième œuvre présentée, consacrée au chant, reste la plus prenante du concert, démontrant toute la virtuosité des chanteuses et de l’orchestre autour d’elles. Un concert marquant!
Alexis Ruel
La musique des Schumann à l’honneur
La scène de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts a été transformée en petite salle intime pour accommoder un court récital de musique de chambre. Des gradins avaient été installés sur la scène pour l’occasion. Charles Richard-Hamelin au piano, Bomsori au violon et Dominique Beauséjour-Ostiguy ont interprété Trois romances pour violon et piano et le Trio pour piano et cordes no. 3, de Clara et Robert Schumann, respectivement. Le public est transporté vers 1850, alors que Robert est de plus en plus malade et que Clara met fin à sa carrière de compositrice. Malgré cette prémisse tragique, il y a beaucoup de lumière, de tendresse et de vie dans les pièces au programme.
L’acoustique n’était malheureusement pas optimale, faisant en sorte que les sons étaient quelque peu étouffés. Les nuances n’étaient pas perdues pour autant : les passages les plus doux et les pizzicati les plus subtils atteignaient tout de même les oreilles du public. Les pièces interprétées sont déjà bien connues, mais l’interprétation qu’en ont fait les trois musiciens était si époustouflante et sensible qu’on les écoutait comme si c’était la première fois. Les Romances et le Trio sont des pièces complexes musicalement, et les interprètes ont su illustrer tous les changements de ton, toute l’énergie et toutes les couleurs que recèlent ces œuvres. Les musiciens ont un talent exceptionnel, et les écouter est particulièrement captivant.
Elena Mandolini
Un éclatant Payare accompagne un Alstaedt introspectif
Crédit photo : Antoine Saito
C’est une Maison symphonique pratiquement remplie qu’avait devait lui Rafael Payare pour diriger les Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski avec le violoncelliste Nicolas Alstaedt et la Symphonie no 4 « Italienne » de Mendelssohn. Et ce, quelques heures à peine après avoir dirigé un concert avec le pianiste Francesco Piemontesi.
Pour les Variations sur un thème rococo, le soliste invité Nicolas Alstaedt a livré une performance d’une grande virtuosité et d’une grande vélocité, donnant à chacune des sept variations un caractère différent et nuancé. Là où nous avons été décontenancés – hormis les quelques sonneries de cellulaires qui se sont fait entendre -, c’est dans la profonde intériorité du jeu d’Alstaedt. Quand il joue, ce dernier entre dans un monde qui est le sien où il respire et exulte physiquement la musique : c’est une qualité en soi, à condition d’en garder le contrôle. Nous avons en effet eu l’impression à un moment donné que le soliste avait oublié qu’il y a avait un orchestre avec lui.
En contraste avec le lyrisme de Tchaïkovski s’en est suivi une symphonie de Mendelssohn tout à fait éclatante où Payare a su donner vie aux caractères et aux images de l’Italie que le compositeur a peinte dans sa musique. Le soleil de Toscane, la jovialité et la bonne humeur des Italiens et leur grande foi religieuse, les festivités de village, tous ces éléments étaient transposés sur scène par un Payare qui dansait presque sur le podium! Plus que la musique elle-même et la direction du chef vénézuélien, ce qui était beau à observer était le regard et le sourire des musiciens sur scène alors Payare prenait chacune des sections pour les entraîner dans l’histoire et dans son énergie : une énergie qui ne passe pas inaperçue et qui transparaît chez le public à en juger par le tonnerre d’applaudissements qui a suivi.
Alexandre Villemaire
Matthias Maute, flûtiste, directeur artistique, chef d’orchestre et fondateur de l’Ensemble Caprice, se produisait à l’Esplanade tranquille devant une foule attentive dans le cadre d’un concert à thème en formation réduite: flûtes et cordes anciennes, tambour sur cadre et derbouka. On sentait clairement l’influence orientale sur la musique européenne à l’époque de la Renaissance, alors que l’Europe devenait le centre de la création musicale, c’était l’occasion de se plonger dans ce métissage d’une époque lointaine, métissage parfaitement maîtrisé au plus grand plaisir des mélomanes présents et attentifs pour la plupart.
Concert d’ouverture de la Virée classique : précision et intensité au rendez-vous
par Rédaction PAN M 360
Le coup d’envoi de la dixième édition de la Virée classique, le festival de la musique classique présenté par l’Orchestre symphonique de Montréal, a été donné mercredi soir avec un concert donné sur l’Esplanade du Parc olympique. C’est avec une précision remarquable que Rafael Payare et l’orchestre ont transporté le public à travers différents airs d’opéras célèbres et encore plus. L’animation de la soirée a été assurée par Magalie Lépine-Blondeau, la porte-parole de la Virée classique. Tous ensemble, ils nous ont offert un concert remarquable, accessible et fort agréable.
Bomsori, violon. Crédit photo : Antoine Saito
Le public voyage jusqu’à la charmante Séville, avec des extraits du Barbier de Séville de Rossini, puis la même chose avec la célèbre Carmen de George Bizet. La Carmen Fantaisie, par Franz Waxman pour violon et orchestre, interprétée avec brio et virtuosité par la violoniste solo Bomsori, présente nombre de défis techniques qu’elle a su surmonter avec aisance. La pièce vient s’insérer entre les deux extraits d’opéra et fait écho aux airs chantés par la mezzo-soprano invitée, Isabel Leonard. Cette dernière charme la foule avec son timbre chaleureux et sa théâtralité. La clarté remarquable des paroles chantées, tant en italien qu’en français, est à féliciter, tandis que son jeu d’acteur communique efficacement la complexité émotive des personnages qu’elle incarne.
Isabel Leonard, mezzo-soprano. Crédit photo : Antoine Saito
Les Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski changent décidément de ton. On sort de l’opéra pour entrer dans un style plus figuratif, voire descriptif, qui évoque le passage à travers les halls d’un musée ou d’un salon. Il en émane une noblesse et majesté qui s’impose dès le premier thème, très connu, qui structure l’œuvre. La performance de la section de cuivres est à saluer pour sa précision et sa clarté. L’orchestre réservait une dernière surprise au public, avec en rappel la célébrissime Chevauchée des Walkyries de Wagner. Son interprétation exemplaire en fait le clou du spectacle.
La technique et la réalisation derrière le concert étaient impressionnantes. On applaudit la justesse des timbres à travers l’amplification, ainsi que le travail fascinant des caméras dans l’orchestre, offrant une perspective différente des musiciens. Petit bémol, la sensibilité de certains micros sur scène faisait en sorte que l’on entendait distinctement les pages tourner, les chaises craquer, et les archets tomber. C’est cependant cette même subtilité dans la captation qui permet d’entendre les plus douces nuances de l’orchestre, même à plusieurs mètres de la scène. Les inconvénients sont vite oubliés après tout ça!
Malgré ce détail mineur, ce concert a su être à la fois si enivrant et divertissant. Les airs étaient familiers et les thèmes déjà connus, mais l’interprétation était si exceptionnelle et précise qu’il nous semblait redécouvrir ces classiques. C’est dans cet aspect que l’Orchestre a réellement brillé. Il a su communiquer tout l’amour que lui est son chef ont pour la musique.
La Virée classique s’annonce être particulièrement vibrante!