Un 15 juin aux Francos : Anatole, Dumas, Fuudge

par Théo Reinhardt

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Anatole l’impassible

Crédit photo: Théo Reinhardt

À 19h sur la scène Siriusxm, Anatole et sa bande ont allégé les esprits le temps de quelques chansons. Lui et ses cinq musiciens, tous assis sur des chaises ou des tabourets, ont visé une performance libre et décomplexée. Anatole était ainsi présenté sous une lumière authentique et claire, ce qui lui a permis de faire briller les petits détails. 

Anatole, alias Alexandre Martel, cherche à ralentir la cadence. Il converse avec le public entre ses chansons, question d’amoindrir la distance entre scène et parterre. On se regarde dans les yeux et, pour une rare fois, on peut sentir que ça connecte. L’air est léger, les corps relaxés, c’est un moment bienvenu de ressourcement dans la folie des Francos.

Ce contexte n’a toutefois pas empêché Anatole et sa bande de faire de la musique captivante. Debout ou assis, l’auteur-compositeur-interprète et réalisateur (Hubert Lenoir, Lou-Adriane Cassidy, Thierry Larose, Alex Burger, Lumière) se dandine et s’active, comme si ses chansons éveillaient une bête en lui dont il ne peut s’extirper. Tantôt frénétique, tantôt calme, son interprétation semble provenir d’une profondeur insondable qui jette un voile attrayant de mystère. À un moment, Anatole se lève nonchalamment et dégaine un solo de guitare qu’il filtre  dans un talkbox. Surprise mystifiante pour le public, qui n’avait pas encore repéré le petit tube de plastique accroché à l’un des micros.

Il était plaisant de voir Anatole enfin sous la  lumière, alors qu’il semble plus souvent opérer dans l’ombre. Il reste évasif malgré sa portée et son implication dans une multitude de projets. Le temps d’un concert, on a peut-être pu accéder à une des réelles formes de son existence. C’est la preuve que, parfois et encore, la solution se trouve dans la retenue, dans la sobriété, dans l’essentiel.

Dumas le rassembleur

Crédit photo: Benoit Rousseau

À 20h, devant la scène Loto-Québec, le parterre était rempli d’un public qui traversait les générations. Il était l’heure pour l’habitué Dumas de se présenter le temps d’un retour en arrière vers son second album Le cours des jours. Il est toujours agréable de voir des musiciens aguerris présenter un spectacle bien huilé. On sait que ça marche. Et avec un travail d’éclairage palpitant, les yeux pouvaient être autant ravis que les oreilles. 

Dumas et son profil fascinant, c’est-à-dire à la fois sincère, banal et spectaculaire, un peu drôle aussi (peut-être sans le vouloir), mais toujours bienveillant, a vite charmé le public. Avec des « attention à vous! » dirigés vers la foule, des « Merci Montréal! » et des « To the bridge! » qui se répétaient, le personnage s’est vite trouvé à l’aise et communicatif. Toujours en train de bouger sur la scène, de gauche à droite, mettant un pied sur les moniteurs pour saluer la foule, on voyait bien qu’il se faisait plaisir. 

Les musiciens aussi. Chacun a eu ses moments pour briller, surtout lors de la longue et entraînante Le désir comme tel, morceau d’une dizaine de minutes. Le clou du spectacle, 

Vers la fin, Dumas raconte ses débuts en tant qu’artiste, et comment il a été aidé par d’autres, plus établis.  Faisant désormais partie de ces autres plus établis, et ayant envie de redonner au suivant, il invite Émile Bourgault.  Avec Dumas, ce jeune auteur-compositeur-interprète qu’on a pu voir sur la scène Hydro-Québec le 9 juin, chantera l’hymne pop-rock Les secretsi. Une belle surprise qui témoigne d’une gentillesse de la part de l’artiste, et qui fera sans doute un beau souvenir pour l’invité.

Fuudge les écraseurs

À 22h sur la scène Sirius xm, le groupe montréalais arrive comme une tonne de briques et envoie écraser le son dans l’air. Ces quatre musiciens, qui en sont à leur troisième Francos, s’inspirent du grunge, du noise et de la musique psychédélique. Le chanteur grogne, crie et beugle, la basse enveloppe tout de son ton râpeux, les percussions courent frénétiquement au son épais des toms, et la guitare lead déchire avec sa voix criarde. Des harmonies vocales, des mélodies sombres qu’on fait exprès de ne pas toujours rendre consonantes, des solos cuisants, le tout rehaussé par des tons planants de synthés en arrière-plan… Fuudge livre sa musique sur un plateau d’argent écorché, et le public a faim. Au devant de la foule, on voit une petite  tempête de corps qui se déchargent au rythme des distorsions. « Ta yeule, toute va ben » crient les membres du groupe lors de leur chanson du même titre, et ils ont raison. Ça parlait peu, et tout allait bien.

Alors si vous cherchez du lourd, optez pour  Fuudge. Si vous cherchez un dessert, tenez-vous en loin.

Un 14 juin aux Francos: Loud, Pierre de Maere, thaïs, Vendôme, Juliette Armanet, Zaho de Sagazan

par Rédaction PAN M 360

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Loud et sa bande au sommet des Francos

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Après Fouki il y a quelques jours, Loud était le deuxième rappeur québécois à assurer la grande scène de l’édition 2023 des Francos, mercredi soir. Avec l’aisance qu’on lui connaît, l’artiste de 35 ans a offert une prestation impeccable deplus d’une heure et demie, entouré d’invités extraordinaires dont entre autres le pionner du rap kéb, Sans Pression, son partenaire de longue date, Lary Kidd, ainsi que le collectif mythique Muzion. 

Loud a débuté et terminé la soirée avec les meilleurs titres issus de son dernier opus, Aucune promesse. Entre-temps, le rappeur a offert une excellente sélection de ses meilleurs succès tirés de tous ses projets, allant même puiser dans le catalogue de Loud Lary Adjust (LLA), son ancien collectif qu’il formait avec Lary Kidd et Adjust. Au grand plaisir de la foule, Lary Kidd s’est joint à Loud pour interpréter certains titres de LLA comme XOXO, leur morceau le plus populaire. Avec la présence sur scène du producteur Adjust pendant tout le spectacle, les trois membres de Loud Lary Adjust étaient ainsi réunis et un sentiment de nostalgie s’est immédiatement emparé de la place des Festivals.

Tout au long, Loud s’est fait un malin plaisir à accueillir des invités sur scène. « C’est important de rendre hommage aux O.G et au futur du rap québécois », a-t-il dit avant d’annoncer l’entrée de Sans Pression. Par la suite, le public a aussi eu le droit au passage de Souldia, Connaisseur Ticaso, Muzion, Lost, Raccoon et même 20some. L’un des moments forts de la soirée est sans aucun doute l’interprétation de On My life par Loud, Lary Kidd et 20some. L’énergie était à son comble et les trois hommes étaient en parfaite symbiose avec la foule. Sans réelle surprise, c’est lorsque les premières notes de Toutes les femmes savent danser se sont faites entendre que les gens présents se sont faits bruyants. 

Visuellement, la prestation de Loud était superbe. À plusieurs reprises, l’immense écran derrière le rappeur était sollicité pour projeter des vidéoclips et même des paroles. À quelques reprises, le Québécois s’est amené au bout de la scène où se retrouverait une plateforme élévatrice, imposant davantage sa dominance sur le rap kéb. Une chose est certaine, Loud a prouvé encore une fois qu’il est dans une classe à part dans son domaine, et ce devant des dizaines de millers de personnes. 

Jacob Langlois-Pelletier

Pierre de Maere, excentrique et assumé

Crédit photo: Victor Diaz-Lamich

L’intrigant auteur-compositeur-interprète belge, Pierre de Maere était en ville aux Francos, mercredi soir. Devenu connu grâce à son titre Un jour je marierai un ange, l’artiste de 22 ans propose une pop planante teinté d’électro. Ce qui le démarque et qui lui a permis son ascension fulgurante au cours de la dernière année, c’est sans aucun doute son univers flamboyant, sa voix et sa capacité à s’aventurer dans les aigus.

D’entrée de jeu, l’excentricité sur scène du jeune homme est frappant et assumée. Sur scène, Pierre de Maere donne tout, absolument tout. Vêtu d’un complet rouge, le jeune prodige se déhanche et danse de manière atypique, non sans rappeler un certain Stromae. À plusieurs reprises, il se dit être essoufflé et en profite pour reprendre son souffle en remerciant les différents membres de son équipe. Pendant le spectacle, il a chanté son premier album Regarde-moi dans sa presque totalité. Outre certains problèmes de voix, le résultat était très fidèle à l’enregistrement. Impossible à nier, Pierre de Maere propose quelque chose de différent et d’intéressant musicalement. Il sera à surveiller!

Jacob Langlois-Pelletier

thaïs termine sa semaine incroyable aux Francos en beauté

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Crédit photo: Jacob Langlois-Pelletier

Après deux premières parties et une participation à La Traversée, l’autrice-compositrice-interprète thaïs a conclu sa semaine de brillante façon lors du spectacle-vitrine, mercredi soir. Fidèle à son habitude, la Québécoise a offert une prestation tout en douceur d’une trentaine de minutes aux gens amassés devant la scène Silo Brasseur de Montréal. Visiblement habitée par sa musique, thaïs se laissait emporter par son œuvre et dansait sur ses arrangements électro-pop. Accompagnée de Jay Essiambre à la batterie, elle a proposé des versions davantage texturées de ses titres les plus populaires tels que Tout est parfait et La nuit te ressemble. Le public a d’ailleurs eu le droit à plusieurs envolées instrumentales de sa part. Sur scène, son énergie est contagieuse, ce qui rend l’univers de la chanteuse extrêmement accessible. Difficile de mieux demander pour bien débuter sa soirée aux Francos,

Jacob Langlois-Pelletier

Vendôme s’amuse sur la scène SiriusXM!

Si on en juge par la grandeur de la foule, le premier album de Vendôme, La Fable de la grenouille dorée, a fait de nombreux adeptes. Défini par le groupe comme du « folk-métal-légende », cet album est appréciable de plus belle sur scène, lorsque les chansons sont jouées entre deux ou trois blagues de la part des gars de Vendôme qui ont visiblement du plaisir à jouer ensemble, et à jouer pour leur public. 

Le groupe a offert une performance forte en énergie, mais proposant tout de même quelques instants de douceur. Un moment particulièrement marquant fût lorsque le batteur prit la place du guitariste Tom Chicoine (qui arborait une fausse barbe et une perruque – on apprendra plus tard que c’était pour dissimuler le fait qu’il s’agissait en fait de La Faune) pour interpréter une ballade avec Marc-Antoine, le frontman du groupe. Après avoir réclamé à la foule de « se fermer la gueule, mais gentiment », les deux garçons ont interprété 03.04.19, permettant au public de reposer leur tête, qui devait commencer à être douloureuse avec tout ce headbanging.

Arielle Caron

Triomphe de Juliette Armanet, parfaite construction hexagonale

crédit photo: Victor Diaz-Lamich

Comme l’indique le titre de son album sorti en 2021, Juliette Armanet brûle effectivement le feu. Le brasier est bien pris aux planches dès la première mesure! D’origine française en majorité absolue, le public ayant rempli le MTELUS est gagné d’avance et n’a cesse de se pâmer devant un spectacle huilé au quart de tour. Au piano, au centre de la scène, du haut des escaliers,  carrément dans la foule lorsqu’elle enlace ses fans ravis ou même du haut de la loge d’où elle entonne quelques fréquences, la star sait comment fonctionne la variété française. Parfaitement.

L’identité et la tradition de la pop hexagonale y sont respectées jusque dans les moindres détails: chanson “classique”, euro-disco, funky-jazzy, nostalgie à profusion malgré de (très) légères actualisations. Le verbe est bien ciselé, les thèmes sont d’actualité, la voix haut perchée, les poses évocatrices, la mise en scène rigoureuse et efficace, la construction par-faite…car il s’agit là d’une construction en  bonne et due forme, aussi brillante soit-elle. 

Un iota de France Gall par ici, une larme de Laurent Voulzy par là, un soupçon de François Feldman, un chouia de Barbara et ainsi de suite. À l’évidence, Juliette Armanet  s’inscrit dans une tradition de chanson/variété hexagonale, elle  a certes beaucoup réfléchi à l’érection de son personnage composite.

Et ce au grand plaisir de son public, essentiellement blanc et français, public ayant intégré ses référents et qui les déguste de nouveau. 

Alain Brunet

Zaho de Sagazan:  premier choc au QC

crédit photo : Alain Brunet

Notre interview en témoigne, nous avons été séduits par les enregistrements et propos de cette Zaho de Sagazan, qui a fait boum chez les francos festivaliers. Sur l’Esplanade de la Place des Arts, elle a conquis autant les Kebs de souche que les Français venus à sa découverte. La matière de son seul album a largement suffi à mettre sur le cul. Certes tributaire de la chanson française-française, particulièrement brellienne et stromaëienne, cette songwriter et performer a trouvé l’équilibre idéal entre synthwave, krautrock et chanson dite à texte. 

Elle tout pour elle, cette plus qu’étonnante jeune femme de 23 ans. Naturellement douée pour les planches, cette voix de contralto impose le silence sur les scènes lorsque seule au clavier, et elle a tôt fait de nous aspirer dans le beat synthétique d’une redoutable binarité, non sans rappeler la pop synthétique allemande des années 70 (Kraftwerk, etc.) , mais aussi des variétés multi-générationnelles de pop synthétique dédiées au plancher de danse, de Depeche Mode à  Indochine en passant par Com Truise et Kavinsky. 

Les synthés modulaires sont actionnés par ses comparses inspirés, pendant qu’elle pilote son puissant vaisseau de séduction. Ce n’est qu’un début !  On pourra dire qu’on était là lorsque le premier choc eut lieu en Amérique francophone.

Alain Brunet

Un 13 juin aux Francos: Thierry Larose, Ariane Roy

par Rédaction PAN M 360

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Crédit photo page d’accueil: Benoît Rousseau

Thierry Larose, une des têtes d’affiche de la relève indie québécoise, a occupé la scène d’un Club Soda bien rempli ce mardi soir. Il était attendu par une foule de jeunes avides d’entendre la matière de son récent album Sprint! en concert. Ce qui faisait office de lancement du nouveau projet s’est d’ailleurs révélé être un événement encore plus excitant pour l’artiste, puisque quelques heures plus tôt, Sprint! était dévoilé parmi les 40 albums de la longue liste Polaris 2023. De quoi être fier. 

L’énergie était donc haute pour les heureux élus sur scène, mais ils ont tout de même su rester mesurés. Le public, lui, n’avait pas cette contrainte. Il faut dire que Thierry Larose est adoré par les temps qui courent. C’est qu’il  va chercher quelque chose de libérateur et de profond chez les gens, ses textes font ressortir la lumière cachée et rendre les regards pétillants. En regardant autour, du milieu du parterre au Club Soda, on a vu des sourires, des gens qui s’essuyaient les yeux, d’autres qui dansaient, qui levaient les bras, qui se laissaient emporter par la musique. Pour avoir vu Thierry Larose deux fois au Club Soda, je peux dire que son public est parmi les plus bruyants et passionnés. Une expérience tout à fait énergisante !

Sur la scène, le tout est bien préparé, avec de la place pour de bons moments improvisés. Le groupe en concert de Thierry Larose est d’ailleurs bien impressionnant: avec Lou-Adriane Cassidy au clavier et à la guitare acoustique, Anatole à la guitare et Charles-Antoine Olivier de Blesse à la batterie, on a envie de prêter attention à  tous les membres, car ils jouent tous bien, et surtout bien ensemble. Des conversations de guitare entre Larose et Anatole, des intros de chansons qui laissent deviner ce qui s’en vient, des élans percussifs de Charles-Antoine Olivier entre les chansons… En bref, ces artistes sur scène ont une bonne chimie, se parlent près des oreilles et rient souvent, pour des raisons qu’on prend plaisir à deviner. 

Malgré le lancement de Sprint! Les chansons de Cantalou, le premier album, se sont frayées un chemin dans le programme. À voir la foule chanter les chansons, on ne se demande pas pourquoi. Il semble bien s’agir d’un classique moderne pour cette petite niche de l’auditorat. Les chansons de Cantalou se prêtent aussi mieux à des élans rock, et permettent au groupe de nous montrer ce dont  il est capable en termes de lourdeur du son. Larose, lui, est modeste sur scène, il parle peu et doucement lorsqu’il le fait. On comprend qu’il préfère laisser la musique parler pour elle-même, pendant que Lou-Adriane Cassidy et Anatole volent souvent la vedette côté intensité. 

C’est donc un album bien lancé par Larose, et encore mieux reçu par le public. Voilà un artiste qui creuse très bien son sillon dans la musique locale, et qui semble déjà laisser des traces pour les autres après lui.

Théo Reinhardt

Ariane Roy illumine la scène Loto-Québec

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

La performance d’Ariane Roy sur scène Loto-Québec hier soir a permis aux adeptes de Médium Plaisir d’apprécier des versions réarrangées des chansons de cet opus, mettant grandement en valeur ses musiciens. Elle a notamment quitté la scène alors que son guitariste préparait le public à une interprétation grandiose de Ce n’est pas de la chance avec un solo de guitare envoûtant. La chanteuse a également laissé son micro de côté et s’est assise par terre en plein milieu de Je me réveille pour faire briller son claviériste.

La chanteuse nous réservait quelques surprises : Valence s’est brièvement présenté sur scène pour interpréter la collaboration Charlie, et le public s’est réjoui d’écouter en primeur une chanson à paraître sur un prochain album qui s’annonce très prometteur. On a également eu droit à une reprise extravagante de Souvent longtemps énormément de Diane Tell.En outre, la performance a été interrompue par la remise à Ariane du Prix Félix-Leclerc, qui récompense les jeunes auteurs-compositeurs-interprètes francophones. Dans ce contexte, Ariane et ses musiciens sont restés devant public avant le rappel et ont ainsi clôturé leur performance avec Fille à porter. Enfin presque: ils se sont ensuite réunis à l’avant de la scène pour interpréter Éli a cappella, y intégrant des harmonies à couper le souffle.

Arielle Caron

Un 12 juin aux Francos: Arthur H

par Alain Brunet

Depuis déjà trois décennies, Arthur H revient régulièrement à Montréal. On aurait pu se lasser de sa voix cendrée et graveleuse,  de ses envolées de fausset, de son humour absurde parfaitement maîtrisé,  de son verbe tendre ou coriace, de son propos saignant ou bien cuit, de ses capacités à improviser devant public et modifier le cours des choses devant nous.

Eh non, on ne s’est pas lassé. Encore en 2023, chaque rencontre avec Arthur H a son lot d’étonnement, de surprise, de magie, de rires et de grâce.

Au Studio TD (XYZ), il se présente en quartette un lundi soir des Francos, lui au clavier et mélodica, son collègue de toujours Nicolas Repac aux guitares, Pierre Lebourgeois au violoncelle pizzicato et arco, Raphaël Séguinier aux percussions. 

Le répertoire est entamé en toute souplesse par de parfaits complices, nous avons ici affaire à un maître dans l’art de nous faire voyager dans les humeurs humaines, dans les enjeux existentiels « âprement exquis », dans La vie comme l’indique le titre de son tout récent album et dont il présentera plusieurs titres en persillant le tout de  classiques, dont L’Autre côté de la lune (Dark Side of the Moon, clin d’oeil à Pink Floyd) , Adieu tristesse,  La boxeuse amoureuse, la Caissière du Super, L’étoile et autres La plus triste des chansons.

Le prisme d’Arthur H est poétique, adapté à la forme chanson, excellent communicateur. Il annonce à ses fans hilares qu’il vient à MTL pour la première fois, il se plaindra plus tard d’un « grand problème » à Montréal d’une pénurie locale de ukulélés, enfouis jadis au fond de l’océan avec le naufrage du Titanic (qui a coulélé, on s’en doute bien), il évoquera ce roi de France (Emmanuel Macron) que les Français haïssent « pour le plaisir » et cette reine de France qu’on adore, soit Brigitte Fontaine (« mystérieuse guerrière », « funambule préférée » qui fut d’ailleurs une grande amie de son défunt père Jacques), et ainsi de suite. 

Près de deux heures de croisière aux teintes africaines, jazz, latines, classiques impressionnistes, pop psychédélique ou funky disco, le tout enchaîné sans efforts apparents, en toute volupté. Toujours brillant, toujours inspiré, toujours coulant, « smooth operator » devant l’Éternel, Arthur H a encore à dire, à chanter et à jouer.

UN 10 JUIN AUX FRANCOS: PHILIPPE B, LUJIPEKA, GAB BOUCHARD, ISABELLE BOULAY

par Rédaction PAN M 360

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crédits photos: Victor Diaz-Lamich

Philippe B ravit le studio TD

Samedi soir, 20h. La scène du studio TD est décorée d’un piano à queue, de quelques guitares, de claviers, et de petites concoctions lumineuses ressemblant à des lampes de sel. Dépouillé, simple, mais efficace. C’était un premier concert en six ans pour l’auteur-compositeur-interprète émérite Philippe B, qui vient tout juste de sortir son sixième album Nouvelle administration. Alors, à quoi pouvait-on s’attendre de ce grand retour? C’est ce que l’artiste a lui-même exploré de manière humoristique sur scène entre ses chansons. Allait-il revenir avec un projet techno? Un album instrumental au piano? Que pouvait-il bien faire pendant six ans? Finalement, nous l’avions sous les yeux: on se rend bien vite à l’évidence que le nouveau Philippe B est le même que le vieux, mais avec plus d’années et un enfant sous son aile. Alors « l’artiste préféré de ton artiste préféré » débute la performance avec la chanson titre de son nouvel album, et s’ensuit près de quatre-vingt-dix minutes de moments ravissants, touchants et bouleversants. On le savait déjà, mais voir les textes à tout raser de Philippe B prendre vie devant nos yeux leur accorde le double du poids, même si la livraison est des plus humbles. Avec deux musiciennes et choristes à la basse et aux claviers/synthétiseurs, tous les éléments nécessaires à la magie sont présents, et on a même droit à des surprises, comme un jam (« ou boeuf, comme ils disent en France », dit Philippe B) pour la chanson California Girl. Spectacle frappant, spectacle rare, spectacle mesuré.

Théo Reinhardt

Lujipeka enflamme le Club Soda

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Cette année, la programmation des Francos propose un bon nombre de rappeurs français et Lucas Taupin, plus connu sous le nom de Lujipeka, est assurément le plus captivant du groupe. Lors du premier samedi de l’édition 2023 du festival, l’ancien membre de Columbine, le collectif Rennais dorénavant inactif qui a connu son lot de son succès de 2014 à 2019, a offert une prestation impeccable au Club Soda. « Luji » a su transporter le public au sein de son univers déjanté et de ses différentes énergies, passant de sons très chargés teintés de pop à d’autres plus légers et introspectifs. Sur scène, l’artiste de 27 ans se démarque grâce à son énergie contagieuse, ses paroles atypiques et son excellente technique.

Le rappeur a débuté en force en interprétant son morceau Éclipse. Alors que le public avait les yeux rivés sur la scène et attendait son entrée, il a eu la grande surprise de voir qu’il débutait sa prestation directement dans la foule. Depuis son départ de Columbine il y a près de quatre ans, Lujipeka a déjà fait paraître trois EPs et son album Montagnes Russes. Il a connu une ascension fulgurante au cours de la dernière année. 

Tout au long de la soirée, le Rennais a proposé un heureux mélange de titres tirés de ses projets solos et les plus grands succès de Columbine tels que Pierre, feuille, papier, ciseaux et Chambre 112, au grand plaisir des gens amassés au Club Soda. Afin d’interpréter leur collaboration Victor Osimhen, la vedette a accueilli sur scène son confrère BEN plg qui venait tout juste de se produire sur la Scène Desjardins dans le cadre des Francos. Lujipeka a conclu sa superbe soirée avec Pas à ma place, son morceau solo le plus populaire à ce jour. Tout au long, la foule a chantonné les paroles du rappeur français, et il est évident que sa musique, autant en tant que membre de Columbine qu’en solo, a su traverser l’Atlantique et charmer le Québec! 

Jacob Langlois-Pelletier

Gab Bouchard transporte la scène Hydro-Québec

À 23h30, c’est l’invité surprise Gab Bouchard qui est attendu par une immense foule de jeunes exaltés. Une prestance scénique, une voix puissante, des musiciens impressionnants, tout était au rendez-vous pour le concert de Grafignes, l’album récent de cet auteur-compositeur-interprète. Les moments doux et lourds s’alternent, l’album étant maintenant bien connu, la foule chante les chansons, et les musiciens se font plaisir à eux et à ceux qui les regardent en s’emportant par voie de leurs instruments. S’il y a un bémol à ce spectacle, c’est bien les niveaux débalancés du son. Trop de basse pour peu de claviers, une guitare lead qu’il fallait chanter pour se la faire entendre, et une voix souvent difficile à distinguer. Mais bon, peut-être ne faut-il pas y être en tant que musicien pointilleux… c’est la joie des festivals, après tout! Les chansons ont été jouées, les ondes sonores envoyées, reçues, et converties en chaleur. Lumineux et revigorant.

Théo Reinhardt

Isabelle Boulay: ne plus rien se refuser

Lorsqu’elle a complété son cycle de chanson consacré à Alain Bashung, Isabelle Boulay s’est enquise à ses fans: “M’aimez vous encore” ? 

C’est dire l’inquiétude légitime de la chanteuse populaire face à ce changement à son répertoire. Ça passe ou ça casse ? 

Entre Luc Plamondon et Jean Fauque, entre Daniel DeShaime et  Alain Bashung, il y a effectivement plus qu’un océan. La distance culturelle est beaucoup plus considérable entre Paris et Montréal qu’entre Bâton Rouge et Matane. Il y avait là pour la chanteuse populaire le risque de créer un schisme malencontreux. Petit risque, somme toute. Car Isabelle Boulay a donné samedi soir le meilleur récital qu’il m’ait été donné d’observer depuis son émergence il y a plus de 3 décennies.

Au Théâtre Maisonneuve, on a certes vu une part de la foule un tantinet perplexe, mais on a vu une autre part de la foule ravie, expressive. Le public d’Isabelle Boulay est plus composite que jamais il ne l’a été: celui de la première ligne, celui qui a aimé la chanteuse de variétés, férue de chanson keb, de country keb, de chanson cajun et autres variantes de l’americana francophone. Samedi soir, on avait affaire à un accompagnement d’exception, plus rock en certains moments, plus compétent sur toute la ligne – Philippe Turcotte (claviers et direction), Olivier Laroche (guitare), Alex Kirouac (batterie), Frédéric Beauséjour (basse et contrebasse), et un gros merci à Jocelyn Tellier (guitares), que l’on peut qualifier de musicien central au sein de cette formation.

Lors d’une séance en studio, je me souviens avoir conversé sur ce paradoxe avec un des principaux réalisateurs de ses albums, nul autre que Benjamin Biolay. Ensemble, nous déplorions discrètement qu’Isabelle n’exprime l’étendue réelle de ses goûts à travers son répertoire. 

Encore aujourd’hui, Isabelle Boulay n’a rien renié de ce qu’elle a accompli une vie durant. Côté Bashung, elle s’est approprié la portion la plus américaine de son répertoire, sauf La nuit je mens, une des plus belles du répertoire bashungien (sinon la plus belle) qu’elle a enrobé d’une réelle américanité. 

En somme, elle assume pleinement son parcours dont la France occupe une part congrue, et ça ne fait certes pas de tort à l’isolationnisme culturel keb franco, dominant et déplorable depuis un demi-siècle. Au tournant de la cinquantaine, Isabelle Boulay a décidé de ne plus rien se refuser et ainsi bonifier une offre chansonnière témoignant de la pleine assomption de ses goûts. Celles et ceux qui s’en plaindront sont d’ores et déjà remplacés par de nouveaux arrivants, contribuant à ce lustre inhérent aux grands interprètes de la chanson francophone.

Alain Brunet

UN 9 JUIN AUX FRANCOS: ÉMILE BOURGAULT, LES CHATONS, BLESSE

par Théo Reinhardt

PAN M 360 se pointe dans les recoins des Francos, et s’affaire à témoigner de concerts évidents ou moins évidents pour le public francophile. Suivez notre couverture !

Émile Bourgault – 18h

L’auteur-compositeur-interprète qui a remporté il y a quelques mois le concours Ma première Place des Arts a foulé la scène Hydro-Québec et a rapidement fait entrer la foule dans son univers. Une aisance scénique, un charisme, une sauce indie-pop et rock accrocheuse qui se prête parfois même au country, combinée à des textes subtils qu’on devine sombres, cela accorde un caractère magnétique au jeune artiste. La courte prestation s’est terminée sur une note rassembleuse, alors que, tout juste avant la pluie, un dernier refrain de vocables a fait chanter le public le temps de quelques mesures jouissives.

Les Chatons – 18h30

Suite à Émile Bourgault, Les Chatons, lauréats du même concours dans la catégorie groupe,  ont présenté la lourdeur de leur son. Débarqués nonchalamment sur scène, tous vêtus de noir avec un petit châle sur lequel on pouvait voir un visage de chat dessiné, les quatre musiciens ont vite su hérisser leur poil et montrer leur crocs: du métal rapide, virevoltant, et agréablement accessible venait bousculer les tympans de la foule, alors que le chanteur déclamait habilement des paroles absurdes et humoristiques. Leur énergie était assez contagieuse pour faire tomber la pluie… mais ces chatons n’ont pas peur de l’eau. L’heureuse surprise de la performance était une reprise de Mentir de Marie-Mai, version encore plus métallique. Un choix judicieux qui mêlait parfaitement les conditions. Ces chatons sont définitivement à surveiller.

Blesse – 22h

Les trois garçons de Blesse semblaient fébriles, mais décontractés en arrivant sur la scène Sirius XM. L’air était frais, mais la pop-rock bruyante et triturée du groupe qui fêtait sa première année d’existence a su réchauffer le public, qui était garni à en surprendre agréablement. Il est clair que plusieurs personnes attendaient depuis longtemps de voir ces garçons jouer sur scène. Entre leurs chansons, Blesse en profitait pour s’assumer, pour communiquer qu’ils étaient un nouveau groupe et qu’ils laissaient derrière eux l’histoire cahoteuse de leur précédent. C’était un beau moment, et on voyait que plus le spectacle avançait, plus le trio se déchaînait sur scène. L’autrice-compositrice-interprète Sophia Bel a partagé l’espace le temps de l’énergique Creusercreuser, et une interlude pour chanter les 26 ans de Charles-Antoine Olivier est venue attendrir l’atmosphère. Un bel anniversaire pour ce groupe, et un spectacle qui démarre l’été du bon pied pour ces trois amis qui sont certainement là pour rester.

Guhn Twei, Lockeur, Fumigènes – Traxide (Montréal) – 6 juin 2023

par Patrice Caron

Motivé par un bouche à oreille élogieux envers la tête d’affiche, j’ai ignoré le doux chant du « Netflix & Chill » du mardi soir pour enfin mettre les pieds dans cette légendaire salle « alternative » qui multiplie les bons coups ces derniers temps. Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler l’adresse ou même le quartier où elle se trouve, ask a punk comme le Traxide aime le répéter.

C’est presque à l’heure annoncée que Fumigènes s’amène sur scène et le quatuor de nu-métalcore (avec une bonne dose d’emo) originaire de Québec présente un court et intense set qui met de l’ambiance pour la soirée qui s’amorce. Visiblement encore à apprivoiser le fait de jouer devant un public, la camaraderie entre les membres du groupe et la proximité avec les gens présents nous font vite oublier certaines maladresses et la musique finit par primer sur le reste. Sans trop être des habitudes alimentaires de l’auteur de ces lignes, on peut quand même constater la compétence des musiciens et par la réaction des danseurs, de la justesse de la proposition. La suite s’annonce intéressante pour Fumigènes.

Formé pour l’occasion, Lockeur amorce son premier concert à vie sans s’annoncer et la décharge n’en est que plus surprenante. Avec un tas de machines comme section rythmique, le trio offre un doom/sludge/noise/death qui me met un sourire qui s’étire tout au long de la courte prestation qui ne provoque aucune ruée de danseurs au devant de la scène mais qui laissera un souvenir indélébile aux oreilles présentes. Espérons que la formation persiste et qu’on puisse les réentendre.

Pour la première date de sa tournée, et malgré sa journée à se déplacer pour y être, le groupe originaire de Rouyn-Noranda, mené par le déterminé Simon Turcotte, prend d’assaut la scène du Traxide avec une intensité à son maximum. Balançant sans pitié son hardcore-métal extrêmement en « criss », c’est complètement sonnés qu’on en arrive déjà à la dernière chanson de cette trop courte performance. Le propos est porté par la même rage, avec la Fonderie Horne comme principale cible et métaphore quant à sa vision de l’avenir. Il faut dire que Turcotte est malheureusement bien placé pour critiquer la présence néfaste de l’entreprise pour y avoir travaillé et habité dans l’ombre des tristement célèbres cheminées de la Fonderie, un cancer a failli lui couter la vie et il a dû se faire amputer d’une jambe pour y survivre. Terminant la soirée avec l’évocation du cas d’un enfant de 7 ans de son quartier également victime d’un cancer, la dernière salve de rage met un dernier poing sur la tempe du Traxide, et le silence qui s’ensuit n’est troublé que par le chant lancinant de l’acouphène que partage le public à la sortie de ce triplé de décibels modulés.

Caprice et ArtChoral au service de la Messe en si mineur de JS Bach

par Alain Brunet

Vendredi soir à la Maison symphonique, Matthias Maute dirigeait une œuvre phare de JS Bach, l’éternelle  Messe en si mineur. Synthèse de sa contribution colossale à la musique occidentale, cette Messe en si mineur nous fait entrer dans un autre espace temps, particulièrement lorsque s’expriment les instruments d’époque sous la direction d’un maître.

Fondé par le flûtiste à bec et chevronné maestro, l’Ensemble Caprice atteint un sommet de respectabilité depuis sa fondation, trois décennies plus tôt. S’inscrivant dans le grand renouveau baroque à l’époque de sa fondation, Caprice est toujours mené par Matthias Maute, très grand spécialiste des périodes baroque et ancienne, doublé d’un communicateur drôle et subtil. C’est aussi le cas de son complément naturel, l’Ensemble ArtChoral dont Matthias Maute assure la direction artistique et confère à la Messe en si mineur un rôle plus que central, atteignant ainsi un équilibre remarquable entre les forces réunies.

Une cinquantaine d’artistes étaient rassemblés sur la scène de la Maison symphonique (comme ils le seront ce dimanche au Palais Montcalm à Québec), choristes et instrumentistes constituant des entités de taille égale ou presque, sans compter les quatre solistes requis pour l’exécution. Tous établis au Canada, les solistes n’ont pas failli à la tâche, on retiendra le talent du haute-contre William Duffy, Californien transplanté  à Montréal, et on dira grand bien de la soprano Janelle Lucyk, du ténor Benjamin Butterfield et du baryton Dion Mazerolle, sans compter la part réservée au cor baroque joué par  Louis-Philippe Marsolais (Pentaèdre, OM), accueilli en « roi », non sans humour par le maestro. 

La Messe en si mineur se veut une œuvre synthèse, suprême assemblage de JSB à la fin de sa vie, dont la dernière version fut complétée en 1749. Pas plus du tiers de cet assemblage était constitué de pièces spécialement conçues pour la fameuse Messe en si mineur. Bach n’en était pas à ses premiers « mashups », procédé courant de l’époque baroque dont il fut le plus grand génie.

Crédit photo : Tam Tam Lan Truong

POUR INFOS ET BILLETS DU CONCERT PRÉSENTÉ CE DIMANCHE, 19H, AU PALAIS MONTCALM, C’EST ICI

Bartok, Stravinski et Prokofiev selon Hannu Lintu et l’OSM

par Alain Brunet

Fin 2019, le maestro finlandais Hannu Lintu s’était démarqué en tant que chef invité, la direction artistique de l’OSM le ramenait cette semaine (mardi et mercredi)  à la Maison symphonique pour un programme aucunement scandinave  mais plutôt  hongrois et russe: Stravinski, Bartók et Prokofiev.

La première œuvre au programme, la Symphonie d’instruments à vent, se veut un hommage de Stavinski à Debussy, superbement exécutée avec les couleurs orchestrales circonscrites par Hannu Hintu. Après quoi deux maîtres pianistes issus de deux générations, mais dont l’un a déjà prodigué de précieux enseignements à l’autre, se sont donné la répartie dans le Concerto pour deux pianos, percussions  et orchestre de Bartok. Les solistes invités n’étaient pas piqués des vers:  de retour à Montréal après y avoir épaté la galerie à quelques reprises depuis 2019, le brillantissime Russe Daniil Trifonov, ainsi que l’Arménien Sergei Babayan, sans conteste l’un des grands maîtres du piano classique que l’on a eu maintes fois l’occasion d’admirer à Montréal. 

Une autre paire de solistes, cette fois issus de l’OSM, a  participé à ce dialogue complexe et anguleux signé Bartok: le timbalier solo Andrei Malashenko et le percussionniste Serge Desgagnés. On a beau être fan fini du compositeur hongrois, on n’est pas certain d’apprécier cette œuvre au plus haut point, Car une ambiguïté demeure : son exécution n’est-elle pas tributaire des consignes définies par la partition? Pour maestro Hintu et l’OSM, en tout cas, l’équilibre entre les forces y est extrêmement difficile à atteindre, ce qui donne l’impression parfois que l’orchestre et les percussions amoindrissent le jeu de ces pianistes pourtant géniaux, assurément issus de l’élite mondiale. 

Ce problème d’intelligibilité sonore ne serait-il donc pas lié à la direction d’orchestre et l’exécution de ses interprètes mais bien d’un problème conceptuel ? Poser la question… On aura presque préféré le rappel étonnamment long des solistes invités, soit la Barcarolle de la Suite pour deux pianos no 1, opus 5, de Rachmaninov – que Babayan et  Trifonov ont joué récemment ensemble dans d’autres programmes dirigés par  Hannu Lintu.Le plat de résistance n’aura donc pas été celui prévu d’entrée de jeu mais bien les extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev, joués après l’entracte. Sauf quelques rares extraits un peu  moins inspirés, cet assemblage réduit du fameux ballet aura été magnifiquement dirigé et exécuté.  Celles et ceux qui n’y étaient pas présents pourront en apprécier le travail sur mezzo.tv à compter du 3 juin prochain.

Glass sans Glass

par Alain Brunet

Trop âgé et physiquement diminué, le célébrissime compositeur new-yorkais Philip Glass ne reviendra probablement plus jamais jouer à Montréal. Ces dernières années, on  a pu le voir sur scène une dernière fois à l’OSM sous la direction de Kent Nagano et à l’automne 2019 avec son fameux Ensemble lors de la projection simultanée du film Koyaanisquatsi.  

Sa présence sur scène fait désormais partie du passé, il faudra s’y faire.

Michael Riesman, directeur musical de son fameux ensemble depuis des temps immémoriaux, a repris le flambeau. L’orchestre de Philip Glass survit à son initiateur, et c’est ce qu’on a pu observer mercredi à la Salle Bourgie. 

Le programme était intéressant, surtout pour l’exécution d’une œuvre de jeunesse dont la partition disparue a été redécouverte en 2017 : Music in Eight Parts (1970) donne un aperçu de son travail avant que ses œuvres emblématiques ne s’imposent internationalement. Cette œuvre fait état d’un travail encore plus minimaliste, plus dénudé, moins axé sur ses fameuses circonvolutions d’arpèges et autres constructions harmoniques livrées en vrilles, un procédé de Glass ayant marqué les musiciens des générations subséquentes à la sienne, bien au-delà des cercles mélomanes.

Les autres œuvres au programme ont été choisies avec circonspection. Les fans ont eu droit à Rubric et Façades de l’album Glassworks, un de ses plus connus, et aussi un extrait probant de Koyaanisqatsi.  Hormis cette curiosité sortie des boules à mites (Music in Eight Parts), les œuvres les plus intéressantes de ce concert ont été exécutées en seconde partie de programme, tirées de ses opéras, Rescue de Satyagraha, Funeral of Amenhotep III d’Akhnaten et l’Act III de The Photographer, sans compter un extrait pour le moins éloquent d’Einstein on the Beach, joué en rappel.

Les opéras et performances multimédias de Glass, il faut encore le rappeler, sont au centre de son œuvre,  sinon en constituent la partie congrue mais…. puisque ces travaux n’ont été présentés que par des compagnies d’opéra, un public relativement restreint y a eu accès. 

Servie en formule sextuor (claviers électroniques, saxophones, flûtes, voix) , cette musique de chambre est huilée au quart de tour vu le long historique de ses exécutions. Seule la sonorisation, parfois laborieuse à la Salle Bourgie pour des musiques amplifiées, fut un tantinet critiquable mais pas assez irritante pour s’en formaliser.

CRÉDIT PHOTO: PIERRE LANGLOIS

Bonne fête Piknic Electronik Montréal

par Elsa Fortant

Lorsque je me suis installée à Montréal il y a 9 ans ou presque, le Piknic est l’un des premiers événements culturels auxquels j’ai participé.

Déjà, sans jamais avoir mis les pieds au Québec, depuis le vieux continent, j’avais entendu parlé de l’Igloofest et du Piknic. Habituée des festivals de musique à l’européenne comme Dour (Belgique) et qui accueillent plus de 25 000 festivaliers par jour (sur 4 jours, avec camping); j’étais curieuse de découvrir de nouvelles façons d’apprécier la musique et de faire la fête. Un festival de musiques électroniques urbain, accessible en métro, le dimanche soir dans un cadre idyllique ? Oui.

Autant dire qu’il y a 9 ans, lors de mon premier Piknic, je n’ai pas été déçue. Le soleil radieux sur le Calder (pour les intimes, alias la sculpture des Trois disques de l’Artise Alexander Calder) l’imprenable vue sur le fleuve et la « skyline », l’ambiance festive avec les « buckets » d’alcool (on n’a pas ça en France)… le Piknic est un de mes meilleurs souvenirs de nouvelle arrivante.

Puis, les années ont passé, l’institution a du déménager quelques mètres plus loin et le public a grossi, grossi. C’est devenu une grosse machine, la qualité sonore et événementielle n’était selon moi plus au rendez-vous. J’ai fini par ne plus m’y rendre.

Pourtant, après plusieurs années d’absence, ce 21 mai dernier, je savais qu’il fallait que j’y sois. Pourquoi ? Pour deux raisons : premièrement, l’événement avait lieu sur le site historique du Piknic, celui que j’ai découvert il y a 9 ans, sous le Calder. Deuxièmement, la programmation était bien trop incroyable pour la manquer puisque DVS1 est un de mes DJ préférés et Isabel Soto, qui a ouvert pour lui, est une des DJ locales les plus en vue du moment. Tous les deux ont joué d’excellents sets et se sont adaptés au contexte diurne, moins évident pour la techno sombre et hypnotique qu’ils ont l’habitude de jouer. La progression offerte par le DJ Minnesotain était parfaitement maîtrisée et ajustée au glissement du jour vers la nuit, et je peux vous dire qu’à 21h, ça groovait sévère. Bien joué au Piknic d’avoir laissé DVS1 jouer un set de plus de 3h, une temporalité qui lui a permis de montrer l’étendue de son talent, autant dans la sélection des morceaux que dans ses transitions – sa technique est extrêmement fluide (il joue sur vinyle, chapeau) et c’est particulièrement appréciable pour les danseurs et danseuses qui peuvent se lâcher sans devoir s’arrêter toutes les 30 secondes comme avec les structures plus classiques montée/drop.

La scénographie était simple mais très efficace. Il faut dire que le cadre du Parc Jean-Drapeau fait son effet et la météo était parfaite. Une fois le soleil couché, les stroboscopes ont pris le relai, éclairant l’impressionnante statue, trônant au milieu de la piste de danse, tantôt de rouge, tantôt de bleu.

Si la scène principale était placée sous le signe de la techno, celle du boisé proposait une ambiance house/tech-house avec Louie Vega, The Neighbors et Andrea de Tour. L’aménagement du site est bien pensé, avec un espace food trucks (bien garni) et plusieurs espaces « chill » avec des hamacs ou de quoi s’assoir. Le seul petit hic ? Au pic de la soirée, vers 20h, les files d’attente étaient encore bien longues, malgré les trèèès nombreuses toilettes et bars disponibles. Je ne sais pas combien de milliers de festivaliers Piknic a accueilli, mais il y a là encore plusieurs ajustements à faire.

On est (presque) tristes que le retour sous le Calder ne soit pas pour la saison complète !

Ceci dit, 9 ans plus tard, le retour exceptionnel du Piknic au site originel pour souligner les 20 ans du festival m’a permis de renouer avec celui-ci.

Image: DVS1 par Piknic Electronik Montréal

Laura Krieg et Renonce prouvent que la Darkwave francophone est bien vivante

par Max Seaton

Jeudi soir dernier, un événement plutôt rare a eu lieu au Bar Le Ritz : Un concert darkwave presque 100 % francophone. Les deux têtes d’affiche, la reine locale du genre, Laura Krieg, et le nouveau groupe post-punk/industriel Renonce, qui lançait son premier album, Ombre, étant deux projets qui privilégient le langage surréaliste et sombre de Rimbaud et Baudelaire dans leur musique. J’étais donc très heureux de me rendre au Ritz (une salle que je n’aime pas particulièrement d’habitude) après un délicieux dîner avec de bons amis dans un excellent petit restaurant indien près de la salle à Parc-Extension. Je suis arrivé vers 20h30, heureux de me réchauffer les fesses après avoir marché un moment dans le vent froid de cette soirée de printemps encore froide, juste à temps pour saluer quelques uns de mes amis dans la foule grandissante, se déplaçant vers l’avant, quelques instants avant que le spectacle ne commence.

Visages maquillés, cheveux exagérément laqués, vêtements new-wave/glam androgynes rappelant le style de la marque emblématique du début des années 80 Parachute, Laura Krieg et son acolyte musical habituel, le vétéran de la scène post-punk Johny Couteau, sont arrivés sur scène sous une vague d’applaudissements enthousiastes de la part des spectateurs curieux qui se sont rapidement rassemblés devant le duo. La performance commence fort avec une boîte à rythmes et des synthés extrêmement accrocheurs sur lesquels Johny joue des lignes de basse minimales, mécaniques et très efficaces, ainsi que des percussions épiques sur un drum pad, tandis que Laura chante de manière décontractée, mais toujours enivrante, et joue de temps en temps de la guitare. Les fans du groupe, comme moi, auront reconnu plusieurs morceaux de leur répertoire tels que « Tout s’effondre, tout va bien », « Angst », et « Fin du travail, vie magique ».

Laura Krieg Shredding / Stephan Boissonneault, PAN M 360

« Fin du travail, vie magique » / Laura Krieg

Pendant près d’une demi-heure, le duo de Laura Krieg a réussi à faire bouger un public qui semblait un peu figé au début, grâce à de nouveaux morceaux que je n’avais jamais entendus auparavant et qui avaient une influence plus italo-disco, voire presque euro-pop, que j’espère entendre sur un nouvel album très prochainement.

Après un petit entracte d’une vingtaine de minutes, c’est au tour de Renonce de prendre d’assaut les oreilles du public avec ses sonorités darkwave à saveur industrielle. Fondé en 2021, le projet solo de Frédéric Nogarede, qui a notamment joué avec le groupe Adam Strangler il y a quelques années, célébrait la sortie de son premier album, Ombre. Comme c’était la première fois que je voyais Renonce en concert, je ne savais pas à quoi m’attendre. A ma grande surprise, le musicien est monté sur scène accompagné de deux autres musiciens, un guitariste et un batteur, ce qui m’a énormément plu car on voit de plus en plus de musiciens solos qui se contentent de chanter sur des backing tracks joués sur un laptop.

Renonce @ Bar Le Ritz

Le groupe a pu livrer une prestation très énergique, enchaînant des chansons industrielles lourdes de manière quasi-continue, entrecoupées d’impressionnants paysages sonores instrumentaux construits sur un ensemble de synthétiseurs analogiques étalés sur une table devant le chanteur. La batterie, très puissante et serrée, sonnait presque comme une machine et la guitare utilisait, entre autres, le feedback de manière très habile. Le chant, quant à lui, passait parfois de la douceur et de l’introspection à un cri aigu rappelant Nivek Ogre du groupe industriel classique Skinny Puppy. Un autre aspect sympathique était l’utilisation de projections sur le mur derrière le trio, ce qui a grandement contribué à l’ambiance de la performance.

Une belle soirée qui m’a conforté dans l’idée que la scène alternative francophone montréalaise est en plein essor et qu’elle s’est très bien remise de ses malheurs pandémiques des dernières années.

Photos by Stephan Boissonneault

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