Pat Metheny, Pat-la-mitaine comme l’avait surnommé mon ami Henri un soir de tempête de neige où nous étions trois pelés et deux tondus venus l’entendre avec son groupe au El Casino, c’est un son, instantanément reconnaissable, un timbre d’une clarté presque trop brillante, c’est aussi un style, tout aussi personnel, aux envolées vertigineuses à la recherche de la note paroxystique, une musique dont les constructions élaborées ont sans cesse gagné en complexité avec les années, tout en demeurant foncièrement la même, comme sa coiffure ébouriffée et ses t-shirts rayés. Voici qu’après quelques années de silence il nous propose un nouvel album qui est sans doute son plus ambitieux. S’inspirant des productions de Creed Taylor sur son étiquette CTI dans les années 70 qui mettaient à profit les orchestrations de Don Sebesky mêlant jazz et grand orchestre, il nous sert du Metheny « with strings » à grand déploiement. Et il n’a pas lésiné sur les moyens. Il a fait appel à deux arrangeurs top niveau pour les partitions et à un orchestre rompu aux enregistrements de bandes sonores hollywoodiennes. Le résultat : une musique encore plus dense et touffue où les cordes servent d’écrin à Pat et ses musiciens qui brillent de tous leurs feux. Tout y est, comme au cinéma : de l’action, du drame et des moments tendres. En prime, il y a même MeShell Ndegeocello qui chante une balade douce-amère. Il a vraiment mis le paquet. Sur le coup, on en a plein les oreilles, mais après, étrangement, comme pour certains films, on a le sentiment qu’il ne nous en reste rien.
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