Se matérialisant sur scène tels des fantômes de l’ère Tumblr des années 2010, les membres du groupe d’emogaze Worry, basé à Québec, ont assurément l’allure qu’il faut. T-shirts de groupe noirs, corsets, bas résille et raies au milieu à perte de vue : chaque membre scrute la salle qui se remplit rapidement, le visage empreint d’une pointe de mélancolie. Au centre, l’auteur-compositeur et chanteur Kerry Samuels, penché sur son micro, la frange tombant sur les yeux.
Alliant les textures vastes du shoegaze à la spécificité intime de l’emo rock, Worry s’est taillé une petite place bien à lui dans le diagramme de Venn. Leur son grunge, légèrement mélodramatique, comporte une touche nostalgique et complice, juste ce qu’il faut pour rappeler l’époque des premières cigarettes et des chaussettes hautes American Apparel. La musique reste toutefois accessible et sincère, sans jamais s’attarder trop longtemps sur une influence particulière.


La voix de Samuel est claire, maîtrisée et puissante ; elle semble encore plus prête pour le studio lorsqu’il est rejoint par la co-chanteuse l i l a (alias Marianne Poirier). Ensemble, ils incarnent l’idéal platonicien du chant shoegaze, ce mélange parfait entre une touche de pleurnicherie et une expression sincère auquel on s’accroche tandis que l’instrumentale expansive tourbillonne autour de nous.
Le groupe est exceptionnellement bien rodé, veillant à ce que le déluge constant de guitares jangly et de batterie incarnée ne se transforme pas en bouillie. Les pauses d’un demi-temps et les bégaiements semblent naturels et inévitables. Grâce à des structures de morceaux proches de la pop, on sait toujours quand arrive le prochain break intense ou le moment vocal culminant. Chaque morceau est un grand huit : on voit ce qui nous attend, mais on ne peut nier le plaisir du voyage.











