emo / shoegaze

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

par Lyle Hendriks

Se matérialisant sur scène tels des fantômes de l’ère Tumblr des années 2010, les membres du groupe d’emogaze Worry, basé à Québec, ont assurément l’allure qu’il faut. T-shirts de groupe noirs, corsets, bas résille et raies au milieu à perte de vue : chaque membre scrute la salle qui se remplit rapidement, le visage empreint d’une pointe de mélancolie. Au centre, l’auteur-compositeur et chanteur Kerry Samuels, penché sur son micro, la frange tombant sur les yeux.

Alliant les textures vastes du shoegaze à la spécificité intime de l’emo rock, Worry s’est taillé une petite place bien à lui dans le diagramme de Venn. Leur son grunge, légèrement mélodramatique, comporte une touche nostalgique et complice, juste ce qu’il faut pour rappeler l’époque des premières cigarettes et des chaussettes hautes American Apparel. La musique reste toutefois accessible et sincère, sans jamais s’attarder trop longtemps sur une influence particulière.

La voix de Samuel est claire, maîtrisée et puissante ; elle semble encore plus prête pour le studio lorsqu’il est rejoint par la co-chanteuse l i l a (alias Marianne Poirier). Ensemble, ils incarnent l’idéal platonicien du chant shoegaze, ce mélange parfait entre une touche de pleurnicherie et une expression sincère auquel on s’accroche tandis que l’instrumentale expansive tourbillonne autour de nous.

Le groupe est exceptionnellement bien rodé, veillant à ce que le déluge constant de guitares jangly et de batterie incarnée ne se transforme pas en bouillie. Les pauses d’un demi-temps et les bégaiements semblent naturels et inévitables. Grâce à des structures de morceaux proches de la pop, on sait toujours quand arrive le prochain break intense ou le moment vocal culminant. Chaque morceau est un grand huit : on voit ce qui nous attend, mais on ne peut nier le plaisir du voyage.

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alt country / country-blues / country-rock

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

par Charly Blais

Le FME, c’est un marathon, pas un sprint, et on approchait du dernier kilomètre. J’ai traîné mon corps fatigué depuis le concert secret des SUUNS jusqu’à la scène principale pour le concert au coucher du soleil des Sadies. Malgré ma fatigue, dès que la guitare enjouée et la contrebasse au son guttural se sont mises à jouer, j’ai été attirée comme par un aimant vers l’avant de la scène.

Très vite, je me suis retourné et j’ai vu que je n’étais pas seul : derrière moi, la foule s’était multipliée au point de sembler rassembler toute la population de Rouyn-Noranda. Cela tombait à pic, puisque ce concert s’inscrivait dans le cadre des festivités gratuites organisées pour célébrer le centenaire de la ville.

La musique passait du rockabilly au surf rock, pour finir par une ambiance de saloon du désert. Le chanteur Travis Good était notre chef intrépide, ressemblant à un Kramer plus âgé et plus triste, vêtu de ses plus beaux habits du dimanche. Constatant que l’été touchait désormais à sa fin, il s’est lancé dans Another Season Again, dédiée à son frère et membre fondateur du groupe, Dallas Good, décédé en 2022, qui avait écrit cette chanson pour exprimer à quel point il détestait l’été.

Vers la fin, le groupe de Toronto a joué Ridge Runner Reel, un morceau country instrumental, endiablé, qui donne irrésistiblement envie de taper du pied et dont le rythme s’accélère de plus en plus jusqu’à ce que le public ait du mal à suivre.

Conclusion parfaite de mon week-end de festival, The Sadies m’ont fait quitter l’Abitibi-Témiscamingue à dos de cheval, avec une seule cellule cérébrale, deux pieds gauches et trois noms.

post-rock / shoegaze / slowcore

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

par Stephan Boissonneault

Réseaux sociaux

Ne nous voilons pas la face. J’étais complètement à bout dimanche en début de soirée, le dernier jour du FME. J’avais juste besoin de dormir, mais il y avait bien sûr encore des groupes à chroniquer. Je suis entré dans la salle plongée dans l’obscurité du 55, rue Dallaire, et je suis tombé par hasard sur un concert de Moiré, un groupe de grunge-gaze de six musiciens originaire de Malartic. Les riffs étaient lourds, mais discrets, pleins de bends de guitare d’un demi-ton ou d’un ton entier qui vous déstabilisent, et de fills de basse et de batterie assez nébuleux.

C’était un peu trop pour mon esprit fatigué, et dans d’autres circonstances, j’aurais peut-être apprécié. Cela rappelait Duster ou même Have A Nice Life, mais avec des paroles en français. Mais dès la quatrième chanson, avec ses sons lancinants, mes paupières sont devenues ridiculement lourdes, et j’ai commencé à me balancer, plongé dans un coma induit par la demi-sommeil. Le chant, composé de divers gémissements ou hurlements en français, semblait lui aussi très lancinant et ne faisait rien pour me sortir de ma sieste debout.

La scène baignait dans une lueur violette, et par moments, j’avais vraiment l’impression de rêver. Les voix étaient également assez en retrait dans le mixage, ce qui rendait difficile de comprendre ce qui était réellement chanté. L’accompagnement musical était toujours aussi lourd, comme une dalle de béton, et j’étais content de pouvoir enfin m’affranchir de son emprise. Peut-être que si j’avais vu Moiré, et que ça n’avait pas été le dernier jour de ce festival endiablé, j’aurais un peu plus apprécié le concert.

hardcore / sludge

FME 2026 I Double Truck, double violence

par Saleh Balfaqih
Par un après-midi de samedi ensoleillé, alors que je manquais cruellement de sommeil et que je luttais contre une migraine carabinée, j’ai eu l’occasion de voir Truck Violence sur scène.
Le groupe est une figure de proue de la scène hardcore montréalaise depuis quelques années et, ce jour-là, il devait se produire à deux reprises. Le premier concert a eu lieu en salle ; c’était une prestation plus calme, avec des enfants dans le public. Plus tard dans la soirée, ils ont donné un concert secret en plein air, devant une poutine ouverte 24 heures sur 24, et ils ont tout donné. Étrangement, après avoir enchaîné ces deux prestations de Truck Violence, je me suis senti revigoré.

Le chanteur Karsyn Henderson impose une présence saisissante ; il arpente la scène avec assurance, telle une figure de prédicateur baptiste du Sud en plein sermon. Il est à la fois intense et féroce, tout en laissant transparaître une certaine tendresse. Le meilleur exemple en est sans doute la rare accalmie des deux concerts — une sombre ballade folk au banjo — où il chante I like it here right now (J’aime être ici, en ce moment) sur le titre Guns Buried in the Front Yard, sa voix se brisant dans une inflexion empreinte de douleur.
Le guitariste Paul Lecours et le bassiste Chris Clegg forment un duo soudé, propulsant les morceaux avec une telle puissance qu’on a envie de démolir un mur à coups de masse. À d’autres moments, leurs riffs lourds et poisseux donnent l’impression de patauger dans du goudron épais. Le nouveau venu du groupe, le batteur Thomas Hart, a martelé ses fûts avec une force et une férocité explosives.
Ensemble, les mecs de Truck Violence constituent une force impossible à ignorer. La qualité reste constante d'un set à l'autre. Truck Violence est aussi une véritable forge : intense, percutante, avec de brefs répit. Quand ils sont lancés, rien ne les arrête. Qu'on le veuille ou non, on est emporté par le tourbillon.
Impossible de résister à l'envie de bouger.

Experimental / percussions / post-punk

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

par Stephan Boissonneault

Mek’Dr’Dr, le duo post-punk minimaliste bruxellois composé de Mien Heyvaert (chant, basse) et Sara De Wit (chant, percussions), remporte haut la main le titre du groupe le plus inventif du FME cette année.

Sans oublier que leur nom est tout simplement hilarant à essayer de prononcer : mik der der, MEK DUR DUR, Mek Dr. ? Alors que nous nous approchions du concert secret par une douce fin d’après-midi, les yeux encore embrumés par la gueule de bois et la perception voilée par le soleil, la musique de Mek’Dr’Dr, fantaisiste et pleine de vie, résonnait sur les remparts de la ville. Le duo flamand interprétait des morceaux tirés de son premier album, No Safer Place Than a Toilet Seat.

Les voix résonnaient, avec des harmonies vocales entre De Wit et Heyvaert qui rappelaient presque le style de Björk, accompagnées d’une ligne de basse entraînante, d’instruments et d’objets percussifs (littéralement n’importe quoi, comme une pelle, des morceaux de bois, des carillons ou un xylophone Fisher-Price) et d’une vieille boîte à rythmes qui décidait parfois de s’arrêter net.

L’ambiance générale de Mek’Dr’Dr est assez expérimentale, notamment en raison de la grande variété d’objets percussifs entre lesquels De Wit alterne. Par moments, le duo faisait penser à des dauphins, me rappelant les B-52’s, et à d’autres, il transcendait les genres, mais là encore, c’était toujours plein de vie et, faute d’un meilleur mot, de bonne humeur. Pour la dernière chanson, De Wit a soufflé dans une bouteille de bière et de vodka en rythme avec la boîte à rythmes et la basse. C’était la conclusion parfaite de ce set ingénieux.

punk / punk rock

FME 2026 I Thee Soreheads, neurochirurgiens de sous-sol

par Lyle Hendriks

La pénombre qui précède le début d’un concert peut sembler durer une éternité sous l’effet de certaines substances. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti alors qu’une foule impatiente attendait que Thee Soreheads montent sur scène, peu après minuit, lors de la soirée du samedi au FME. Au fur et à mesure que les minutes s’étiraient, nous guettions le moindre signe de la chanteuse Maria Jimenez et de sa joyeuse bande de punks. Fidèles à la tradition punk, ils nous ont fait attendre, laissant la foule et son impatience monter en puissance avant d’enfin entamer le premier d’une longue série de morceaux déjantés et endiablés.

Thee Soreheads enchaînent les morceaux à toute allure, avec un mélange de désinvolture et de précision. Contrairement à de nombreux groupes punk, ils ne noient pas leurs riffs et leurs mélodies dans un mur de fuzz totalement indistinct. Ici, tout trouve sa place : qu’il s’agisse d’un riff de basse rugissant et parfaitement synchronisé de Hugh Lapham, d’un nouveau fill audacieux à la batterie de Seyjii Schultz, des riffs écrasants et implacables de la guitariste Ally McPake, ou encore, bien sûr, des déclarations accrocheuses d’intentions violentes de Jimenez au chant.

Bénéficiantd’une formation théâtrale, Jimenez semble, sur scène, se glisser à la fois dans la peau d’un personnage et revêtir une armure. Ses paroles véhiculent des messages poignants sur l’objectivation des femmes, le consentement et l’agonie quotidienne de la vie de femme. Ses mots jaillissent sans pitié. Elle fixe du regard les hommes présents dans la salle, leur lançant des paroles de condamnation avec une clarté impitoyable, avant de s’effacer pour laisser le groupe se déchaîner dans une nouvelle explosion passionnée de rock’n’roll endiablé aux accents surf.

Thee Soreheads m’ont tout de suite parlé. Ils grattent une démangeaison profonde et lancinante avec une précision chirurgicale et une intensité frénétique. C’est une interprétation magistrale et ludique d’idées simples, qui raffine ce genre très apprécié pour en faire une solution puissante et pure que peu de gens peuvent ignorer.

post-grunge / rock alternatif / slowcore

FME 2026 : Moiré au 55 Dallaire

par Rédaction PAN M 360

Moiré est un groupe originaire de l’Abitibi-Témiscamingue qui compose et interprète des chansons originales en français. Né en 2019 sous une autre identité, le groupe a évolué au fil des années jusqu’à trouver une direction artistique qui lui ressemble pleinement. Aujourd’hui, Moiré assume un son plus affirmé, plus lourd, plus contrasté, où les mélodies rencontrent des textures sombres. Inspiré par le slowcore, le grunge, le shoegaze et le post-rock, le groupe construit sa musique autour d’harmonies de guitares, de dynamiques marquées et d’une recherche constante d’intensité. En 2024, le groupe lance un premier EP de six chansons, enregistré, mixé et masterisé par Emmanuel Audet. Dans la continuité de cette évolution artistique, Moiré retourne ensuite en studio pour enregistrer les pièces À l’ombre et Marée haute avec Emmanuel Audet, avant qu’elles ne soient mixées et masterisées par Julien Mineau.

Moiré is a group from Abitibi-Témiscamingue that composes and performs original songs in French. Born in 2019 under another identity, the group has evolved over the years until finding an artistic direction that fully resembles it. Today, Moiré assumes a more assertive sound, heavier, more contrasted, where the melodies meet dark textures. Inspired by slowcore, grunge, shoegaze and post-rock, the band builds its music around guitar harmonies, strong dynamics and a constant search for intensity. In 2024, the band launches a first EP of six songs, recorded, mixed and mastered by Emmanuel Audet. In the continuity of this artistic evolution, Moiré then returns to the studio to record the pieces À l’ombre and Marée haute with Emmanuel Audet, before they are mixed and mastered by Julien Mineau.

CE SPECTACLE EST GRATUIT!

Ce contenu provient du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue et est adapté par PAN M 360

country-rock / DJ set / punk rock

FME 2026 : Festivités du 100e à la scène principale

par Rédaction PAN M 360

Taxi Girls (22h30)

TAXI GIRLS est un groupe rock montréalais né au cœur d’une scène locale bouillonnante. Formé en 2022, le quatuor s’impose avec un son brut et fougueux, des refrains accrocheurs et des textes à la fois francs et malicieux, où l’attitude punk rencontre l’esprit rock’n’roll. Leurs chansons explorent la résilience, les révélations, le féminisme, la positivité corporelle, les droits humains et la beauté imparfaite du quotidien, portées par une énergie contagieuse et une signature résolument montréalaise.

TAXI GIRLS is a Montreal rock band born in the heart of a booming local scene. Formed in 2022, the quartet is imposing itself with a raw and fiery sound, catchy refrains and texts that are both frank and mischievous, where the punk attitude meets the rock’n’roll spirit. Their songs explore resilience, revelations, feminism, body positivity, human rights and the imperfect beauty of everyday life, carried by a contagious energy and a resolutely Montreal signature.

ÉrableRiemix (21h)

À mi-chemin entre le spectacle culinaire, la performance musicale et l’installation visuelle, ÉrableRiemix de soirée réunit sur scène des chefs, des DJ et des VJ qui créeront ensemble, en direct, une œuvre festive inspirée des saveurs du monde et du patrimoine québécois.

Halfway between culinary show, musical performance and visual installation, ÉrableRiemix de soirée brings together on stage chefs, DJs and VJ who will create together, live, a festive work inspired by the flavors of the world and Quebec’s heritage.

The Sadies (20h)

Polyvalents et imaginatifs, ils passent de l’astral psychédélisme aux bucoliques galvaudés et sautent du punk pop au garage-rock vertueux sans perdre leur élan ni leur maîtrise.

Versatile and imaginative, they skip from astral psychedelia to shuffling bucolics and leap from punkish pop to righteous garage-rock without losing momentum or mastery.

CE SPECTACLE EST GRATUIT!

Ce contenu provient du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue et de Bandcamp et est adapté par PAN M 360

emo / rock / shoegaze

FME 2026 : WORRY au 55 Dallaire

par Rédaction PAN M 360

WORRY est un groupe emo‑gaze originaire de Québec, formé en 2020. Le groupe capture l’essence de la nostalgie des petites villes à travers une musique chargée d’émotion. Ces derniers mois, ils ont sorti les singles “sweet winter”, “regret” et “pretty place 2 cry” en prélude à leur premier album, Positive Memory, prévu pour septembre 2026.

WORRY is an emo‐gaze group from Quebec City, formed in 2020. The band captures the essence of small town nostalgia through a music full of emotion. In recent months, they released the singles « sweet winter », « regret » and « pretty place 2 cry » as a prelude to their debut album, Positive Memory, scheduled for September 2026.

CE SPECTACLE EST GRATUIT!

Ce contenu provient du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue et est adapté par PAN M 360

hip-hop / R&B / rap français / soul/R&B

FME 2026 I Muhoza apporte la joie, purement et simplement

par Saleh Balfaqih

À la veille de la sortie de leur album, Prends soin de toi, j’ai eu la chance de tomber par hasard sur Muhoza, un rappeur camerouno-rwandais installé à Montréal, accompagné de son groupe de huit musiciens. Sa musique mêle le rap jazz à des éléments de R&B, créant ainsi un son à la fois dynamique et incroyablement fluide.

S’il fallait choisir un mot pour décrire leur prestation, ce serait « contagieuse ». Muhoza rappe avec clarté et intensité, tout en rayonnant d’une joie pure et authentique. Il virevolte sur scène, encourageant son groupe et leur tapant dans la main entre les morceaux. Son groupe lui rend cette énergie au centuple. Tout le monde a l’air sincèrement heureux d’être là.

Son bras droit, Carson [Alphonse], est présent sur presque tous les morceaux. Sa voix soul et ses enchaînements vocaux habiles complètent à merveille le rap de Muhoza, généralement sous la forme d’un refrain accrocheur ou d’un magnifique chœur. Les deux artistes se complètent sans forcer.

Not enough can be said about the rest of his band. Somaya, a Montreal-based singer, brings a softer vocal touch, while Bianka, the man who can’t seem to stop smiling, lays down tasteful guitar licks. Then there’s his saxophonist and flutist, Noah Tremblay-Mimouni, who weaves flourishes of jazz into the music. Each member brings something great to the table. 

Look, I can’t speak French. I have no idea what any of the songs are about. But if we’re going to challenge the age-old (corny) idea that music transcends language, there’s no better artist to make the case than Muhoza.

garage-punk / stoner-rock

FME 2026 I BALACLAVA: direct sur la cible

par Lyle Hendriks

BALACLAVA émerge de la foule. Les masques de fonction sont déjà enfilés, on se croirait tout droit sorti du film Heat. Ils se frayent un chemin à travers le sous-sol humide et brumeux et s’arment sur scène. Angus Davis met sa basse en bandoulière sur le dos. Steve Salerno prend place derrière sa batterie. Arif Hama et J. Malzone l’encadrent respectivement à la guitare et au synthé, puis c’est au tour du chanteur Dylan Joice de prendre le micro. Il fait craquer sa nuque et donne le signal.

Le groupe new-yorkais BALACLAVA est fulgurant, explosif et animé par une violence d’action redoutable. Des riffs de guitare trash résonnent dans ce petit espace, tandis que la batterie décalée et implacable de Salerno maintient l’ensemble de cette structure précaire. Joice se tord et s’enroule autour du micro, arrachant chaque syllabe jusqu’à s’effondrer, pour mieux se regonfler et exploser à nouveau.

Leur stoner rock grunge s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la soirée. Les aspérités et les changements rapides exigent une attention constante. Tous les membres du groupe transpirent à travers leurs cagoules d’hiver épaisses. Davis et Hama ont un moment de lucidité soudain au milieu de ce pandémonium, sortant une chorégraphie inattendue sur « Simon Steals a Lot » et « Love Bog » avant de revenir à leur déchaînement.

Malgré l’ambiance menaçante de BALACLAVA, ils mettent quand même l’ambiance. Impossible d’entendre ce que dit Joice entre les morceaux à cause de sa chaîne d’effets « radio transistor », mais il a l’air ravi d’être là. Et il ne fait aucun doute que le public est ravi de les accueillir. Tel une fête entre amis mise en bouteille, BALACLAVA débarque, l’ouvre et met le feu. On a l’impression que les choses pourraient basculer à tout moment. Quelque chose de déchaîné se profile à l’horizon.

indie rock / jangle pop / Psychedelia / rock psychédélique

FME 2026 I Corridor, un Ouroboros psychédélique de rock indépendant

par Stephan Boissonneault

Vendredi soir, Corridor, groupe phare de la scène indie rock montréalaise, a entraîné le public du Petit Théâtre dans un voyage endiablé d’introspection brumeuse. Le quatuor a enchaîné d’innombrables morceaux tirés de son dernier album, Mimi, créant des moments de son ininterrompu qui nous ont tous plongés dans une sorte d’isolement inquiétant. Si je devais trouver une comparaison, je dirais que c’était comme regarder directement le soleil de plein front et tout laisser aller. Des voix labyrinthiques et des répétitions de riffs sans fin, l’ouroboros se dévorant lui-même en temps réel.

Le quatuor, composé du chanteur et bassiste Dominic Berthiaume, du guitariste Julian Perreault, du guitariste et chanteur Jonathan Robert et du batteur Julien Bakvis, avec la participation sur scène du multi-instrumentiste Samuel Gougoux, n’a jamais été aussi soudé. Même pendant les moments véritablement chaotiques de bruit et de solo de guitare effréné, Berthiaume faisait un petit signe de tête à Robert, et le groupe reprenait tout en main.

Ce groupe existe depuis 11 ans, et ça se voit dans ses performances sur scène. Il faut saluer le travail visuel, réalisé, bien sûr, par le magicien de la projection en personne, Anthony Piazza. Pendant Jump Cut, par exemple, des images de saut en hauteur en athlétisme se sont mélangées à des billets de dollar et à un étrange examen de la vue. Ça collait parfaitement à l’ambiance de la chanson. La musique de Corridor a toujours été psychédélique, mais les effets visuels ont véritablement ouvert le troisième œil. Lorsque les lumières se sont rallumées, il y a eu ce silence particulier qui suit un concert qui vous prend aux tripes — quand les applaudissements tardent un peu trop à éclater parce que tout le monde est encore ailleurs. Corridor a trouvé le juste équilibre entre le chaos pur et le bonheur maîtrisé.

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