baroque / musique traditionnelle est-africaine

Concert au 9e : l’africanité de la chaconne

par Frédéric Cardin

Il y avait hier le premier concert de la série VoixMonde, menée par le percussionniste Ziya Tabassian. Une série qui nous mènera plus tard en Chine, en Amérique latine et dans l’univers juif du klezmer (avec le Montréalais Socalled). Hier à 17h dans le panorama Art déco du 9e étage du Centre Eaton, c’était l’africanité du Rwanda qui montait sur scène, avec le chanteur et instrumentiste Deo Munyakazi, interprète de l’inanga, un instrument traditionnel au coeur des traditions de ce petit pays de la régions des Grands Lacs africains. 

La particularité de la série VoixMonde, et aussi sa mission, c’est de permettre un dialogue entre les traditions savantes non européennes, et la musique classique occidentale. Ainsi, pour les besoins de ce dialogue, la violoniste Karin Cuellar et le violoncelliste baroque Kyran Assing se joignaient à Munyakazi, ainsi que Ziya Tabassian lui-même aux percussions. 

Dans un programme d’une heure, nous avons entendu des mélodies bellement déployées par la voix assurée de Munyakazi, qui s’accompagne élégamment avec son instrument à cordes pincées, dont le corps ressemble, un tant soit peu, à une planche de surf concave. Le son qui s’envole de cet instrument est d’une grande douceur, très velouté, mais doit parfois combattre désavantageusement la plus grande puissance de ses compagnons occidentaux, malgré l’amplification. Dans la dernière pièce, Ngwino urare, Munyakazi est sorti de sa réserve générale, en se levant et en enjoignant le public à chanter avec lui. Cette réserve était peut-être imposée par le lieu lui-même, car j’ai vu et entendu ce musicien ailleurs, et il sait faire lever le public avec passablement d’énergie. 

Le croisement entre tradition rwandaise et musique classique s’est fait via deux chaconnes de compositeurs relativement obscurs du baroque européen : Antonio Bertali (1605-1669) et Nicola Matteis (1650-1713). La raison de ce dialogue, historiquement plausible, est à chercher dans les origines de cette forme, initialement dansée dans les colonies espagnoles. Celles-ci étaient déjà un espace de syncrétisme entre les cultures espagnole, autochtones et surtout africaines, provenant de la traite exclavagiste. Évidemment, tout cela a été largement distillé dans le résultat final européen, mais le clin d’oeil a servi de justification suffisante pour permettre à Deo Munyakazi (et Ziya Tabassian aux percussions) de pouvoir s’intégrer au jeu musical des deux spécialistes du baroque (Cuellar et Assing). J’aurais bien aimé que l’inanga de Munyakazi y joue un plus grand rôle, cela dit. Il était très discret (et seulement présent dans la chaconne de Matteis). Un croisement poli, donc, mais néanmoins de beaux moments musicaux, surtout en ce qui concerne la violoniste Karin Cuellar, très bonne interprète de musique ancienne. À la basse continue, Assing, qu’on devine tout aussi bon, n’a pas eu beaucoup d’espace pour rayonner. Mais c’est la nature d’une bonne partie de la musique de cette époque pour le violoncelle. 

Finalement, nous avons eu droit à une rencontre agréable et respectueuse, un interculturalisme chic parfois touchant, et des mélodies de grande qualité (comme celle de la vidéo ci-haut). Un programme parfaitement calibré pour l’imposante aura du 9e étage.

période romantique

Brahms et Beethoven au 9e ciel

par Frédéric Cardin

Deux trios avec clarinette étaient offerts au 9e étage du Centre Eaton hier, à l’heure de l’apéro. La très belle série des concerts HausMusique, organisés par le violoncelliste Cameron Crozman et la pianiste Meagan Milatz, dans le riche environnement Art Déco du 9e étage du Centre Eaton de Montréal, se déploie depuis presque deux ans maintenant. Les concerts durent une heure et les programmes sont toujours invitants, soutenus par des interprètes de qualité.

Hier, l’étage était bien rempli pour l’interprétation d’un trio pour clarinette de jeunesse de Beethoven et d’un autre, un chef-d’œuvre de maturité, de Brahms. Crozman et Milatz ont été rejoints par le clarinettiste canadien James Campbell, une sommité mondiale, et un interprète sensible et aguerri. 

Nous avons été séduit par la pétillance bien articulée du Beethoven, encore imprégné de classicisme haydnien, mais dévoilant par épisodes presque spontanés des velléités expressives qui annoncent la maturité plus dramatique du compositeur. Beaucoup de vivacité chez les trois interprètes, avec un très bon sens de la dynamique et des contrastes expressifs. On a bien savouré la technique cristalline de Meagan Milatz au piano, même si dans une ou deux cascades de notes, l’artiste a peut-être un peu poussé l’urgence du débit au détriment de la netteté attendue. N’empêche, l’intensité du jeu collectif, aspergé de touches d’humour, inhérentes à la volonté du compositeur, a offert de beaux moments de plaisirs mélomanes. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC CAMERON CROZMAN AU SUJET DE CES TRIOS ET DE LA SÉRIE HAUSMUSIQUE

Suivait la pièce maîtresse, le Trio pour clarinette op. 114, le premier jalon dans la période dite du ‘’Brahms automnal’’, celle des derniers chefs-d’œuvre initiés par sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld. Ici, point de bouillonnement effervescent. Nous sommes complètement ailleurs. Les longues lignes langoureuses, imprégnées de spleen saisonnier, certes, mais aussi d’une lumière douce et tendre, nous font penser, comme dans les commentaires de James Campbell, à un novembre frisquet dont on se protège en tirant les rideaux, et en se blottissant au coin du feu avec un breuvage réconfortant. 

Très beaux dialogues entre le violoncelle et la clarinette, Crozman et Campbell y allant d’échanges généreux mais respectueux de l’esprit de la musique. Une grande complicité naturelle se manifeste entre ces interprètes. 

Un inspirant moment de musique, dans la magie d’un lieu unique et enchanteur. 

Le prochain concert de la série HausMusique, et dernier de la saison 25-26, aura lieu le 2 juin. Au programme : Ravel et Debussy. Crozman et Milatz recevront, cette fois, le violon solo de l’OSM, Andrew Wan. 

DÉTAILS ET BILLETS

On vous reparlera de HausMusique lors du dévoilement de la programmation de la saison 26-27. Restez connectés. 

Le Noël d’Andy Kim / The Andy Kim Christmas Charity Concert

par Rédaction PAN M 360

Le Centre National de Musique et Le 9e présenteront Le Noël d’Andy Kim le 6 décembre. 🎄

Animée au 9e, le superbe lieu de style Art déco au sommet du Centre Eaton de Montréal, la soirée verra se produire Andy Kim, Roch Voisine, The Box, Rêve, Gabriel Fredette, Vince Lemire, Alexe, Léa Jarry et Sarah Vanderzon !

Les fonds amassés lors de l’événement soutiendront les futurs programmes du Centre National de Musique à Montréal, ainsi que le programme de musicothérapie de la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

🎄

The National Music Centre and Le 9e will present The Andy Kim Christmas Charity Concert on December 6. 🎄

Hosted at Le 9e, the stunning Art Deco venue atop Montreal’s Eaton Centre, the night will feature performances by Andy Kim, Roch Voisine, The Box, Rêve, Gabriel Fredette, Vince Lemire, Alexe, Léa Jarry, and Sarah Vanderzon!

Proceeds from the event will support the National Music Centre’s future programs in Montreal, as well as The Montreal Children’s Hospital Foundation’s Music Therapy Program. 🎄

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