Fort probablement, Manu Katché est le batteur le mieux connu de France. Ses accompagnements de stars nationales et internationales, de Michel Jonasz à Sting et Peter Gabriel, sans compter les dizaines et les dizaines de collaborations prestigieuses, en font un invité de marque à Montréal. Vu son escale imminente au Studio TD, soit ce mercredi 12 mars, PAN M 360 vous propose cet entretien d’Alain Brunet avec le batteur étoile. 

PAN M 360 : Le dernier enregistrement de votre part, The Scope, remonte à 2019. C’est bien ça, n’est-ce pas ? 

Manu Katché : Tout à fait

PAN M 360 : Si vous repartez en tournée, cela annonce-t-il  un enregistrement à venir? Si oui, quel est le projet?

Manu Katché: Exactement, j’ai composé une dizaine de nouveaux morceaux , mais qui ne sont pas enregistrés pour l’instant. Cette tournée Québécoise, outre le fait de venir jouer dans ce pays pour lequel j’ai bcp de souvenirs et que j’apprécie beaucoup, cela va me permettre de tester et de faire évoluer ces nouveaux titres avec mon groupe en Live. Une fois en studio je pense que cela aura apporté un réel plus pour les enregistrer 

PAN M 360 : Avec qui tournez-vous dans le cycle actuel?

Manu Katché: Le même bassiste qui est déjà présent sur mon dernier album ainsi que sur scène, Jérôme Regard, tout comme le guitariste Patrick Manouguian, j’ai une nouvelle personne qui vient de nous rejoindre et qui tient la place de claviers et de trompettiste. Sebastian Studnitzky

PAN M 360 : Pourriez-vous SVP décrire sommairement vos collègues de tournée, leur parcours, leurs qualités d’interprètes et d’improvisateurs ?

Manu Katché: Pour le bassiste Jérôme Regard, il est aussi contrebassiste et prof de contrebasse. Ce qui me permet par rapport aux morceaux à jouer de pouvoir choisir un son précis délivré soit par sa basse électrique ou bien sa contrebasse. Il est, comme je l’ai mentionné, prof de contrebasse, ce qui en clair veut dire qu’il lit parfaitement la musique et me permet une fois les morceaux écrits de gagner bcp de temps en répétitions, car il lit la musique à vue.Il est issu du milieu jazz, avec donc cette ouverture harmonique liée au jazz et la facilité d’improviser. Le guitariste, Patrick, est issu du monde de la musique ‘mainstream”, tout comme moi, nous avons des codes assez similaires concernant l’accompagnement et proposant une palette sonore assez diverse.

PAN M 360 : Quel répertoire comptez-vous jouer à MTL? Vos compositions? Des reprises jazzifiées? Des standards?

Manu Katché: Uniquement mes propres compositions, des nouvelles comme je vous le disais au début de cette Itv, et peut être, mais cela n’est pas encore acté, deux reprises…

PAN M 360  : En tant que leader d’ensemble, que cherchez-vous à exprimer avec vos collègues ? 

Manu Katché: Le fait de jouer ensemble depuis pas mal de temps maintenant nous permet de prendre ensemble du plaisir et de pouvoir avec ce plaisir commun le faire passer au public présent. Ce qui compte à mon sens est l’interactivité avec le public, certainement la raison pour laquelle les musiciens ont besoin de se produire ‘Live”, source de ressenti énorme et unique.

PAN M 360: Les pièces récentes de votre répertoire puisent dans le groove, le jazz, la pop, les musiques afro-descendantes de Caraïbe ou d’Afrique, la musique traditionnelle d’Afrique de l’Ouest,ou même l’électro. Quelle serait votre propre description?

Manu Katché: Difficile de répondre à cette question, Proposant un répertoire instrumental pour l’ensemble de mon set, je dirais pop/jazzy-electro…

PAN M 360 : Vous avez été longtemps un accompagnateur 5 étoiles chez les plus réputés de la pop de création. Comment s’était fait la transition vers votre carrière solo, votre propre expression?

Manu Katché: J’ai été et reste sideman. J’apprécie beaucoup de pouvoir jouer et collaborer avec des artistes de styles différents. Il est vrai que depuis plus d’une dizaine d’années j’ai décidé, en parallèle, de monter un groupe et de faire de la scène avec. Le plaisir tout simplement de pouvoir jouer et interpréter ma propre musique, je pense que toutes ces collaborations dont j’ai fait partie, m’ont certainement donné l’envie d’être leader également. Je crois que ce n’est pas une transition dans ma carrière mais simplement une continuité. Mon  style de jeu de batterie , issu en partie de mes études classiques au conservatoire, fait partie de cette envie d’exprimer des choses musicales et mélodiques tout en étant batteur.

PAN M 360 : Quelles sont les musiques ayant modifié un tant soit peu votre trajectoire de musicien au cours de la dernière décennie?

Manu Katché: Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup de choses différentes. A part peut être le Metal, le reste me procure bcp de plaisir dès l’instant où la musique me touche. Cela peut aller du hip-hop au jazz tout en passant par la musique mainstream. J’évolue comme tout être humain, la musique que j’écoute me nourrit et me permet d’avancer culturellement. Les tendances sont présentes régulièrement et je trouve que cette nouvelle génération de musiciens proposent de très belles choses musicales à travers leurs projets.

PAN M 360 : Depuis la sortie de The Scope il y a six ans ce mois-ci, que s’est-il passé musicalement de votre côté?

Manu Katché: Rappelons nous malheureusement que nous avons dû subir deux années difficiles , vides à cause du covid. Dès que nous avons eu le “droit » de pouvoir circuler librement à nouveau, je suis parti en tournée mondiale avec Peter Gabriel, après avoir participé à l’album i/o. Juste avant cela, j’ai collaboré à l’album de Sting: The Bridge.

Aussi, jj’ai enregistré plusieurs albums de Jazz avec des artistes divers, Américains, Français , Belges… J’ai coréalisé trois albums pour Michel Jonasz – La Méouge, le Rhône, La Durance– Chanter le Blues et le tout dernier Soul en participant à chacune des tournées de ces albums et, plus récemment, le tout début de cette nouvelle tournée pour l’album Soul. J’ai composé un tout nouvel album personnel que j’enregistrerai bientôt. J’ai écrit et sorti mon deuxième livre #Beat  aux éditions Grasset.

PAN M 360 : Vous êtes aussi communicateur, vous avez fait beaucoup de télé, parfois sur des sujets culturels mais aussi des enjeux de société  sur le racisme et l’immigration (La Face Katché). Comment pouvez-vous résumer cette trajectoire de communicateur? 

Manu Katché: La face katché est un programme qui se trouve sur le Web “Yahoo.fr”, j’en suis très fier, car j’ai interviewé et continue à le faire, un bon nombre de personnalités issus de la diversité. Il me paraît important d’en parler et avant tout sans agressivité, ce qui, à mon sens, est une possibilité positive pour la compréhension sur la différence. comprendre d’où viennent certaines personnes, quelle a été leur enfance, comment ils ont dû se positionner simplement  pour arriver à vivre normalement, sans aigreur ni animosité et jalousie…. Nous avons, je pense, tous eu des enfances complexes ou difficiles pour certains, parfois dues à des familles violentes, incultes ou absentes. Le fait en plus d’avoir de manière visible ou pas un profil différent ne permet pas à certaines personnes de comprendre ou bien alors de juger…. J’essaye avec ce programme de mettre en lumière ces difficultés et différences pour que la compréhension et l’acceptation soient plus présentes.

PAN M 360 :Comment voyez-vous votre rôle  récent en tant qu’animateur?  

Manu Katché: Je ne vois rien de précis, je ne calcule rien, je fais simplement les choses qui me tiennent à coeur avec coeur!

PAN M 360 : Voyez-vous un lien entre votre carrière médiatique et votre carrière de musicien?Manu Katché: Il me semble que nous agissons avec notre personnalité. Il ne m’est pas possible de me dissocier pour un projet ou pour un autre, je serais en dysharmonie  et de fait pas moi même.  Je suis en phase avec mes intuitions, mon instinct et mes connaissances pour délivrer quelque chose de sincère et d’honnête. Il y a des musiciens qui ne prennent pas la parole, d’autres qui le feront, certains qui vont militer pour une cause, d’autres pas, peu importe. Savoir se situer, être à sa place avec respect pour l’autre sans jugement.

INFOS ET BILLETS

Au Studio TD le 12 mars

Au Palais Montcalm le 28 mars

Dirigé par la cheffe canadienne Janna Sailor, cette matinée met en lumière le talent, la diversité et la contribution des femmes à la musique classique à travers un programme constitué d’œuvres de la Torontoise afro-descendante Rachel McFarlane, l’Américaine d’origine indienne Reema Esmail, et de la pionnière américaine Amy Beach. Les voix des solistes invitées, Suzanne Taffot, soprano d’origine camerounaise, et Anuja Panditrao, chanteuse hindoustanie indienne, seront mises à contribution pour magnifier l’oeuvre de Reema Esmail. Aurez-vous deviné que ce programme s’inscrit dans le contexte du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, mais est présenté ce dimanche 2 mars à la salle Pierre-Mercure, 15h30. Pour en savoir davantage, Alain Brunet a interviewé Allison Migeon, directrice générale et cofondatrice d’OBIORA.

BILLETS ET INFOS ICI

Depuis près de deux décennies, le pianiste et compositeur helvète Nik Bärtsch et Ronin, son quartette de jazz futuriste, perfectionnent un solide mélange fondé sur la composition de structures contemporaines en composition et l’assomption d’un groove fondé sur des déphasages rythmiques, avec moins d’emphase sur de longues improvisations. Ses nombreux albums témoignent de cette singularité, et le pianiste et compositeur peut être qualifié de visionnaire pour avoir réalisé cette fusion parfaite. C’est pourquoi la visite de ce groupe est un must absolu pour les amateurs de petites formations de jazz contemporain. Dimanche soir au Gesù ! Pour PAN M 360, Alain Brunet a posé quelques questions à Nik Bärtsch alors qu’il était en tournée sur ce continent avant de participer au festival Montréal en lumière.

PAN M 360 : Au début des années 2000, votre ensemble est apparu comme un magnifique hybride entre le nouveau jazz et le post-minimalisme, proche du concept de déphasage de Steve Reich, mais il serait réducteur de le qualifier ainsi. Construisez-vous toujours sur les mêmes fondements ?

Nik Bärtsch: Oui, car nous avions déjà réuni d’autres ingrédients : la culture du groove. le jeu percussif et organique du groupe. Nous avons pavé notre propre chemin en mélangeant ces ingrédients et nous avons constamment évolué – d’une part moi en tant que compositeur curieux et conséquent et d’autre part le groupe en tant qu’organisme évolutif qui joue chaque semaine depuis 2004. Tous les lundis, nous donnons un concert dans mon club EXIL à Zurich.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous rappeler ces fondements ?

Nik Bärtsch : J’ai commencé par le boogie-woogie, le blues et le jazz, pour passer au latin et, via Gershwin, à la musique classique moderne comme Bartók, Stravinski, puis Reich, Ligeti, Feldman, et j’ai toujours été intéressé par les concepts rythmiques et l’instrumentation de groupe. J’ai donc développé une vision des stratégies rythmiques à travers tous les styles.

PAN M 360 : Pouvez-vous expliquer brièvement les principales étapes de l’évolution de votre langage musical à travers votre discographie depuis Ritual Groove Music ?

Nik Bärtsch : Nous avons commencé avec le groupe acoustique MOBILE. J’ai écrit une pièce de musique de chambre pour mon récital final à l’université de musique. Elle était influencée par Bartók, Reich et la musique rituelle japonaise. Auparavant, j’avais écrit des cycles de groove inspirés par Steve Coleman et Reich. C’est ainsi qu’est né le premier disque de MOBILE, RITUAL GROOVE MUSIC, que nous avons enregistré après un rituel musical en direct de 36 heures à Zurich, notre première performance dans cet esprit.

L’important était la combinaison d’un matériel composé et la liberté de travailler avec cette matière de manière modulaire pendant les parties minimales ouvertes de ce rituel musical, toujours en transformation. C’est ainsi que nous avons fait l’expérience fondamentale et fructueuse, en tant que groupe, des stratégies de groove, des rythmes imbriqués, des cycles polymétriques, des rythmes elliptiques, des champs d’échelle polaire et des harmonies structurelles – cela semble un peu intellectuel, mais c’était en fait une expérience très sensuelle qui a créé un nouveau son et une nouvelle façon de jouer pour le groupe. Cela a conduit à une évolution de 14 albums jusqu’à SPIN. Chaque album explore une certaine phase et chaque composition aborde une nouvelle idée musicale essentielle.

PAN M 360 : La notion d’improvisation est toujours présente dans votre musique, mais pas autant que nous pouvons l’observer. Où la voyez-vous dans votre métier ?

Nik Bärtsch : L’improvisation est très importante. J’ai toujours été présent dans cette musique en tant que partie d’un triangle avec la composition et l’interprétation. Mais improviser ne signifie pas nécessairement jouer en solo. Nous utilisons donc beaucoup de stratégies d’improvisation qui ne ressemblent pas à un solo. Par exemple, nous travaillons avec la liberté de mélange et de coloration instrumentale, les développements de notes fantômes – comme l’ajout de petites notes dans la dramaturgie d’un morceau – ou avec une voix libre dans le groupe en tant que « point de contexte ». Cela signifie que l’instrumentiste a pour rôle de se déplacer dans un contexte musical composé, comme un animal qui se cache dans son environnement : quand il bouge, on le voit, quand il ne bouge pas, on voit simplement l’image dans son ensemble. L’improvisation est aussi souvent utilisée dans notre musique de manière laconique, comme par exemple Duke Ellington qui a joué quelques notes ou lignes pour donner une certaine saveur à une partie.

PAN M 360 : Vous considérez-vous plus comme un compositeur que comme un interprète ou vice versa ? Cherchez-vous plutôt un équilibre parfait entre le jeu et l’imagination musicale ? Ou voyez-vous les choses différemment ?

Nik Bärtsch : La performance, c’est la vérité. La meilleure composition ne sonne pas si le groupe ou le contexte n’est pas bien choisi. Mon travail et le nôtre sont donc une combinaison des deux : J’ai l’ambition d’apporter une composition de haute qualité au groupe en répondant à la qualité du groupe ou de l’interprète. C’est pourquoi nous jouons si longtemps et chaque semaine ensemble. La performance est la composition et vice versa.

PAN M 360 : Diriez-vous que le rôle de vos collègues est plus proche de celui d’interprètes classiques ou de jazzmen ? Ou quelque part entre les deux ?

Nik Bärtsch : J’aspire à une troisième voie, combinant la liberté du monde du jazz et la précision de l’interprétation et de l’instrumentation du monde classique. C’est ainsi qu’a évolué ma façon modulaire de faire de la musique : une composition précise en relation avec la qualité des interprètes et des groupes.

PAN M 360 : Parlez-nous de votre équipe de musiciens, de leur rôle, de leur force, de ce qu’ils doivent faire pour votre construction artistique.

Nik Bärtsch : Tout d’abord, il est important de savoir que je joue avec le batteur Kaspar Rast depuis que nous sommes enfants. Nous avons commencé à faire de la musique (et à jouer au football dans la même équipe) quand j’avais dix ans et lui neuf. Son jeu de batterie a donc influencé ma façon d’écrire, notamment parce que je jouais aussi de la batterie quand j’étais enfant. Le joueur d’anches Sha, qui a dix ans de moins, est arrivé dans le groupe à l’âge de 19 ans. Il avait l’esprit frais et a développé sur la clarinette basse une forme de beat boxing percussif. Il était également un joueur de football passionné et ses connaissances en matière de jeu et d’esprit d’équipe étaient donc très développées par rapport à tous les artistes de jazz qui se concentraient principalement sur leur capacité à jouer en solo. C’est ainsi qu’est née une véritable équipe de travail. Cela signifie également que mes collègues me donnent un retour d’information précieux sur les compositions. Lorsque le bassiste a changé il y a six ans, nous avons trouvé en Jeremias Keller un musicien partageant les mêmes idées et possédant d’énormes qualités, y compris en tant que producteur. Il s’agit d’un véritable groupe de travail, sur le plan social, énergétique et esthétique. C’est très difficile à mettre en place à notre époque !

PAN M 360 : Nous ne devrions pas nous préoccuper de votre position stylistique, seul le résultat compte. Mais est-ce que vous vous adressez surtout aux aficionados du jazz à cause de l’instrumentation et de sa proposition rythmique ?

Nik Bärtsch : Nous voulons écouter la résonance du public. Il y a de l’intérêt de la part de scènes très diverses – c’est magnifique ! Nous avons aussi beaucoup d’adeptes du rock, de l’électronique ou de la musique spirituelle. Je ne me suis jamais intéressé aux styles lorsqu’ils étaient considérés comme des idéologies musicales. Je trouve intéressant d’inviter et de partager. J’essaie de créer une musique simple qui est complexe en profondeur lorsque l’on s’y plonge. Mais elle doit surtout vous offrir de l’énergie et de la concentration.

PAN M 360 : Spin, votre dernier enregistrement, est sorti l’année dernière. Pour vous, quelles sont les principales réalisations de ce projet spécifique ?

Nik Bärtsch : L’album montre le stade où se trouve le groupe : deux morceaux complètement nouveaux, une combinaison de nouveaux morceaux avec des morceaux plus anciens, deux morceaux très anciens dans des arrangements complètement nouveaux. Le disque montre donc d’abord le son et l’énergie du nouveau quartet avec le nouveau bassiste Jeremias Keller. Ensuite, il montre notre parcours. En avant vers les racines, en arrière vers l’avenir.

PAN M 360 : Votre groupe va-t-il jouer votre matériel récent à Montréal ?

Nik Bärtsch : Oui, nous avons joué presque tout l’album et la superbe pièce « A » du joueur d’anches Sha, qui se trouvait sur notre dernier album AWASE. L’ensemble du matériel a déjà évolué en live… Et bien sûr, nous avons des surprises pour vous !

PAN M 360 : De nombreux compositeurs ont besoin d’un groupe spécifique pour exprimer leur musique. Quand c’est fait par d’autres, ça ne marche pas très bien parce qu’ils ne perçoivent pas l’ambiance réelle, parce qu’ils n’ont qu’une compréhension intellectuelle de votre travail. Qu’en pensez-vous ?

Nik Bärtsch : C’est une question importante. En fait, toute nouvelle musique a besoin d’une telle compréhension. De même, à l’époque de Mozart et de Haydn, les ensembles travaillaient souvent plus longtemps ensemble pour un certain duc ou roi. Des ensembles capables de comprendre une certaine culture musicale sont essentiels pour faire sonner la musique. Penser qu’un chef-d’œuvre musical est une composition qui n’existe que sur le papier ou dans la tête est une négligence. C’est comme si vous vouliez vivre dans un plan d’architecte plutôt que dans une vraie maison. Bien sûr, un compositeur ou un architecte compétent doit être clair et aussi précis que possible pour le contexte, mais vous l’avez dit : sans l’ambiance, la culture, la compréhension, rien ne semble « juste ».

PAN M 360 : A propos de votre travail pour d’autres ensembles ou orchestres ?

Nik Bärtsch : J’ai écrit plusieurs pièces pour des groupes extérieurs, par exemple des œuvres de musique de chambre, souvent pour des ensembles de percussion, mais aussi quelques pièces pour orchestre complet. Bien qu’il s’agisse de la « même » musique, je dois m’adapter aux circonstances pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. Les ensembles les plus connus pour lesquels j’ai écrit sont par exemple Third Coast Percussion de Chicago, Bang On A Can de New York, Britten Sinfonia de Londres ou Basel Sinfonietta en Suisse.

PAN M 360 : A propos de votre travail pour d’autres ensembles ou orchestres ?

Nik Bärtsch : J’ai écrit plusieurs pièces pour des groupes extérieurs, par exemple des œuvres de musique de chambre, souvent pour des ensembles de percussion, mais aussi quelques pièces pour orchestre complet. Bien qu’il s’agisse de la « même » musique, je dois m’adapter aux circonstances pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. Les ensembles les plus connus pour lesquels j’ai écrit sont par exemple Third Coast Percussion de Chicago, Bang On A Can de New York, Britten Sinfonia de Londres ou Basel Sinfonietta en Suisse.

PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets ?

Nik Bärtsch : Me concentrer sur ceux en marche ! Trop de travail… J’ai également deux beaux projets de duo : un duo de piano avec la pianiste Tania Giannouli et un duo avec ma fille Ilva Eigus, qui est une violoniste extraordinaire, déjà une interprète plus accomplie que moi à seulement 17 ans !

INFOS + TICKETS HERE

Après une interprétation très captivante de sa pièce La grande accélération : Symphonie no. 12 à l’Oratoire Saint-Joseph, PAN M a eu la chance de s’entretenir avec Tim Brady et de l’interroger sur l’évolution de sa carrière, son processus d’écriture, ses préférences esthétiques, etc.

PAN M 360 : Lors de l’explication artistique que vous avez donnée au concert de M/NM, vous avez mentionné que l’inspiration/signification, du moins en partie, de « La Grande Accélération » provenait d’événements historiques et de leur tendance à se dérouler très rapidement. Avez-vous écrit cette pièce en pensant à notre époque actuelle, ou plutôt à l’histoire en général ?

Tim Brady : Lorsque j’ai commencé à écrire ce texte en 2018, je commençais tout juste à remarquer que la nature de notre société commençait à changer. D’une part, nous étions de plus en plus interconnectés grâce à Internet, les identités nationales semblaient moins importantes, la question du climat concernait tout le monde. D’autre part, les forces de droite commençaient à gagner en puissance – le Brexit a eu lieu, la première présidence Trump. Mon idée était donc que les choses changent – rapidement. Le titre original était « Parce que tout va changer », mais je suis ensuite tombé sur le terme La grande accélération (souvent définie comme 1950 – 1980 – quand il y a eu l’énorme croissance de la classe moyenne en Occident). Il m’a semblé que nous vivions une nouvelle grande accélération – l’histoire va vite. Et, pour l’instant, pas dans la bonne direction.

PAN M 360 : Je ne pense pas qu’il soit trop controversé de dire que beaucoup de vos œuvres contiennent des clins d’œil aux shredders et aux rockers d’autrefois. Y a-t-il des artistes rock que vous appréciez ces derniers temps ? Y en a-t-il que vous avez revisités ?

Tim Brady : Il y a tellement d’excellents musiciens sur YouTube – c’est là que le monde de la guitare a migré, loin de la radio ou de la diffusion en continu. Des gens comme Gutherie Govan, Matteo Mancuso, Julian Lage – ce sont de grands musiciens, et il y en a des centaines d’autres. Et les femmes commencent enfin à avoir un impact – il était temps ! Je ne suis pas du tout systématique en ce qui concerne l’écoute des musiciens – je regarde simplement ce qu’il y a sur YouTube quand j’ai envie d’un peu de guitare déchirée. Je laisse les algorithmes me surprendre.

PAN M 360 : Je crois savoir que vous avez passé une partie de votre carrière à Montréal, Toronto, Boston et Londres. À quoi ressemblait la poursuite d’une carrière artistique dans ces villes au cours des années 70 et 80 ? Y avait-il des aspects plus difficiles, ou plus faciles, que dans la musique d’aujourd’hui ?

Tim Brady : Les choses étaient très différentes, comme vous pouvez l’imaginer. L’esthétique musicale était beaucoup plus rigide. Il y avait une bonne et une mauvaise façon de composer. Les frontières musicales étaient très clairement définies – c’était du jazz, du classique, du blues, etc. Les compositeurs étaient beaucoup plus dogmatiques. Lorsque j’ai commencé à faire de la nouvelle musique de chambre pour guitare électrique (pas de jazz, de rock ou de blues) au début des années 80, beaucoup de gens ont été offensés, beaucoup n’ont pas compris. « Cela ne se fait tout simplement pas !

Les choses sont beaucoup, beaucoup plus ouvertes sur le plan esthétique. C’est une bonne chose, mais c’est aussi un défi. Avec autant d’options, comment l’artiste fait-il son choix ? Faire de l’art n’est jamais simple, quelle que soit l’époque. Mais peut-être n’est-ce pas une fatalité ?

Les changements techniques sont également importants. Presque tous les compositeurs/interprètes ont désormais accès à un studio multipiste dans leur ordinateur portable. Les échantillons sonnent bien. Il est possible de diffuser des choses via l’Internet. Cet après-midi, j’ai une répétition Zoom avec un groupe de Baltimore qui donne la première américaine de ma pièce « This one is broken in pieces : Symphonie n°11 ». Les défis spécifiques ont changé et continueront à changer. Mais faire de la musique et se concentrer sur la créativité ne sera jamais le travail le plus facile au monde, je pense.

PAN M 360 : Cent guitares électriques, c’est certainement un choix d’orchestration que l’on voit rarement. Quelles sont les autres combinaisons de sons ou d’instruments que vous aimez utiliser dans vos compositions ? Avez-vous des préférences personnelles ?

Tim Brady : J’aime beaucoup composer pour n’importe quel instrument. Chaque instrument a sa beauté et sa nature expressive. Mais si je regarde mon catalogue, les choses qui reviennent sans cesse sont : la guitare électrique (évidemment), la clarinette basse, le violon/alto, l’orchestre et la musique vocale. Curieusement, je n’ai presque plus écrit de musique pour piano solo depuis le début des années 1980 – ce n’est apparemment pas mon truc.

PAN M 360 : Est-il vrai que vous étiez en grande partie autodidacte jusqu’à la fin de votre adolescence ? Si oui, quels facteurs vous ont aidé à décider des informations ou des connaissances que vous recherchiez pendant cette période d’auto-apprentissage ? Où cherchiez-vous de nouvelles idées en ce qui concerne la guitare et l’écriture de chansons ?

Tim Brady : Oui, j’ai seulement appris à lire la musique à 19 ans, lorsque j’ai suivi mon premier cours d’« Introduction à la théorie musicale » au Collège Vanier (maintenant le cégep). Mais de 16 à 19 ans, j’apprenais à l’oreille autant que possible l’harmonie et les gammes. J’écoutais beaucoup de fusion, de jazz moderne, Debussy et Stravinsky, pour essayer de comprendre. Donc, au moment où j’ai commencé l’éducation musicale formelle, j’avais en fait une assez bonne oreille. Alors, quand le professeur a dit : « Voilà à quoi ressemble le son de la tonique à la sous-médiane plate », je me suis dit : « Oh, c’est juste de mi majeur à do majeur – je sais ça ». Une grande partie de ma formation en théorie musicale consistait simplement à apprendre les termes acceptés pour des choses que j’avais déjà dans mon oreille. J’avais tendance à obtenir des notes comme 98 % ou 100 % à mes examens théoriques, je ne vais pas mentir.

PAN M 360 : J’imagine qu’avec un catalogue de compositions aussi important que le vôtre, vous devez aussi avoir des techniques pour faire face au syndrome de la page blanche, ou des astuces pour être plus productif. Mettez-vous en œuvre quelque chose de particulier lorsque vous savez que vous devez écrire ?

Tim Brady : Je n’ai presque jamais le syndrome de la page blanche. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je pense que c’est en partie dû à ma nature : composer de la musique, c’est juste ce que je fais. Mais la plupart du temps, je passe aussi au moins 15 à 20 minutes à improviser à la guitare (parfois plus). Cela permet de garder les voies ouvertes : faire de la musique une activité quotidienne, ce qui évite d’avoir peur de se demander « Oh non ! Quelle sera la note suivante ? ». J’ai aussi récemment trouvé une citation de l’auteur français André Gide qui me semble très puissante : « Oui, tout a déjà été dit, mais personne n’écoutait. Il faut donc le redire ». Combien de notes Ab ou Fa# ont été composées au cours des mille dernières années ? Des millions, littéralement. Alors pourquoi recommencer ? Parce qu’il faut continuer à écouter.

PAN M 360 : Et enfin : quels sont vos lieux ou espaces préférés ? (Cela peut être passé ou présent !)

Tim Brady : Pour mes pièces spatiales déjantées, l’Oratoire Saint-Joseph fonctionne très bien ! Et le Complexe Desjardins est cool pour les événements plus « populaires » de 100 guitares. La meilleure salle de concert dans laquelle j’ai joué est probablement celle de Thunder Bay, en Ontario. Elle dispose d’une salle de 1 200 places incroyablement bien équipée ! Avec une guitare électrique et des effets, on peut en quelque sorte apporter sa propre « acoustique » avec soi, donc on est un peu moins dépendant du son de la pièce qu’avec un alto, par exemple. Pour la musique acoustique, la Salle Bourgie est géniale. J’y donne un concert le 4 juin avec le Warhol Dervish String Quartet, qui joue mes quatuors à cordes numéros 3, 4 et 5. Remarque : c’est une publicité éhontée pour ce concert !

La meilleure salle de concert est celle où les gens écoutent vraiment, où il y a ce sentiment de connexion entre le musicien et l’auditeur. Une bonne acoustique aide, mais la qualité de l’écoute est vraiment le but.


On affirme qu’il s’agit du premier marathon musical en ce bas monde consacré à la culture du vinyle et du DJing. Depuis 2011, Lexis mène les destinées de 24H VINYLE, l’événement est de retour à la SAT dans le contexte de la Nuit blanche à MTL. En marche depuis 2011, indéfectible défenseur de ce médium ayant survécu à l’épreuve du temps. L’événement est mis de l’avant par Music Is My Sanctuary sous la direction de Lexis, cet authentique marathon de 24 heures sans interruption rassemble des Djs rompus à la culture vinyle, si ce n’est que pour cette occasion très spéciale. Pas moins de 17 Djs  ont été invités à répandre leur science au plus grand plaisir des nuitards, du jazz au hip-hop en passant par la disco et les tendances lourdes de la musique électronique. Pour en savoir davantage sur cet événement gratuit, PAN M 360 a contacté Lexis, qui s’est prêté au jeu de nos questions.

PAN M 360 : 24 heures vinyles serait donc « le premier marathon musical au monde consacré à la culture du vinyle et du DJing ». Wow bravo ! Y a-t-il d’autres événements comparables?

Lexis : Depuis plusieurs années, il y a des soirées partout dans le monde qui se consacrent au vinyle en mode “vinyl only” mais généralement, ce sont des soirées qui durent 5 à 7 heures. C’est certain que l’idée de faire ça pendant une journée complète était un concept fort quand j’ai lancé ça en 2011, mais ce qui donne de la richesse à l’évènement, c’est l’aspect “marathon”, soit des DJ’s et styles musicaux qui se relaient et collaborent. 

PAN M 360 : De quelle manière, selon toi, la culture du vinyle a-t-elle évolué ces dernières années?

Lexis : Elle a vraiment beaucoup évolué, tant pour les gens qui achètent et écoutent des disques à la maison que les DJ’s qui en jouent dans leurs sets. Ce qui est hyper inspirant, c’est que la période de renaissance du vinyle a prouvé que c’est là pour rester, autant dans les magasins, labels et DJ’s que pour les amateurs de musique point.

PAN M 360 : Comment a évolué cette formule que tu as mise au point au fil du temps?

Lexis : Quand j’ai lancé cet événement dans mon studio personnel, l’emphase était plus sur la diffusion en ligne. Ensuite, tranquillement, j’ai voulu le faire vivre dans des lieux publics, de le faire voyager dans différentes villes pour explorer leur culture vinyle. Depuis quelques années, le focus est sur l’expérience devant public et la combinaison avec la foire de disques, alors que la portion streaming est devenue secondaire. 

PAN M 360 : Ta grande culture musicale te permet de varier les propositions. Pouvons-nous avoir un aperçu de cette édition de samedi à dimanche? Quels sont les styles et types de production que tu prévois mettre de l’avant?

Lexis : J’adapte toujours la programmation en fonction des particularités de la salle et des heures de passage de chaque DJ. Cette édition est divisée en deux parties: le samedi soir dans la salle principale est évidemment plus axée club / dancefloor , pouvant aller du disco au techno et house. La portion du dimanche est toujours plus éclectique, pouvant se promener du jazz, hip-hop, soul, reggae tout en concluant l’évènement sur un crescendo naturel pour les dernières heures du marathon.

PAN M 360 : Le vinyle est une sous-culture qui dure et qui durera, quoi qu’en pensent ses détracteurs. Pourquoi selon toi poursuit-on en ce sens?

Lexis : Je pense que le vinyle a sa raison d’être et mérite sa place tout comme les plateformes numériques. Ça ne devrait pas nécessairement être l’un ou l’autre. Il y a des côtés qu’on adore du vinyle et des côtés qui font chier aussi! 🙂 C’est lourd, ça prends de la place, c’est cher, etc. 

PAN M 360: Les avancées technologiques permettent une plus grande intelligibilité de l’enregistrement numérique. Le vinyle a-t-il connu aussi des avancées en ce sens? Meilleures cartouches? Meilleurs pressages? Éclaire-nous!

Lexis : Les standards de production, d’écoute et de performance avec vinyle sont relativement les mêmes depuis les années 80, ce qui est assez fascinant! La table tournante de prédilection du DJing (Technics SL-1200) est la même depuis maintenant 40 ans. C’est certain qu’il y a eu de petites améliorations des systèmes de son, mixer, cartouches, mais en général les standards ont survécu. 

PAN M 360 : Quels sont aujourd’hui les avantages pour un producteur de miser sur le vinyle comme médium de diffusion?

Lexis : Évidemment pour la qualité du son mais aussi pour les possibilités artistiques de l’objet et aussi pour créer un lien plus tangible. 

Samedi 1er mars – Espace SAT – de 20h à 8h

Le label La Rama présente:


Gene Tellem

Somebody3lse

Kris Guilty, Tazz

Le label Homegrown Harvest présente:

Doo (Patcool, DJ Frog, DJ Spence)

Moaad BKR

DJ Hermano

Dimanche 2 mars – Pavillon & Satosphère – de 8h à 20h

Dès 8h, la partie dominicale de 24H VINYLE  se hisse au dernier étage de la SAT, plus précisément au restaurant Pavillon. De 10h à 17h, une foire aux disques vinyles sera aménagée dans la Satosphère en collaboration avec Vinyl Caravan.

Le label 180g présente:


Poirier

Icky Magdala

DJ Raven

Cuisse

Le label Ferias présente:


Joe Toner

G L O W Z I

Aram

Silktits

Perte d’identité en 2014. Un autre voyage en 2015. Adieux au dancefloor en 2016. Working Class Woman en 2018. En groupe avec L’Oeil nu en 2020 pour l’album Renegade Breakdown, sans compter les nombreux enregistrements sous la bannière Essaie Pas, en tandem avec Pierre Guérineau tout au long de la décennie précédente. Et puis… à peu près rien  pendant deux ans. La pandémie l’avait presque mise hors de combat jusqu’à sa résurrection, d’abord en tant que DJ et puis de retour à la création avec un nouveau set live en marche depuis moins d’un an, dont la matière neuve est devenue un album lancé ce vendredi à la SAT : City of Clowns. Est-il besoin de préciser que les clowns ici évoqués incarnent les directions autoritaires et ultra-riches des dirigeants de ce monde en cette période sombre qui s’amorce pour l’humanité, mais aussi les résistants atypiques évoluant dans le monde de l’art.  Marie et son complice de toujours ayant coréalisé ce nouvel opus solo avec le collègue Soulwax, ont gracieusement accepté d’accorder à PAN M 360 cette interview dernière minute.

PAN M 360 : Pourquoi une si longue pause de musique originale?

Marie Davidson : En 2022, j’ai arrêté de faire de la musique. J’ai pris 8 mois de recul. Je me suis alors inscrite à un programme de naturopathie car je m’intéressais à la santé, et donc je  m’engageais sur un chemin complètement différent. Je n’ai pas poursuivi ces études, car j’ai voulu revenir à la musique. J’y suis revenue en tant que DJ, vraiment par hasard. Ça m’a donné envie de refaire de la musique. J’avais en banque plusieurs maquettes, notamment celles composées en 2021 pour la chorégraphe Dana Gingras, et j’ai  finalement recommencé à composer durant l’été 2022. J’avais alors une collection de pièces mais pas de ligne directrice, pas d’album. J’ai fait la chanson Fun Times et j’ai fait une maquette et demandé à Pierre de coréaliser la pièce avec moi. Et puisqu’il est un excellent coréalisateur, ça s’est très bien passé, à la suite de quoi nous avons décidé de réaliser ensemble cet album.

PAN M 360 : Mais pourquoi au juste, avais-tu arrêté de faire de la musique après Renegade Breakdown?

Marie Davidson : La pandémie et la période post-pandémie. J’ai trouvé ça très dur de ne pas pouvoir tourner avec le band (L’Oeil nu), puis j’ai pris conscience que les médias sociaux ont pris un grand essor pendant la pandémie et que ça allait rester  pour la présentation de la musique. Ce qui m’a menée à écrire là-dessus. On pourrait parler longtemps de ce cycle, dans lequel je suis passée par tous les états, dont celui de me considérer comme une has-been, de croire que ma carrière était finie. Finalement je me suis relevée, je me suis redécouverte à travers le DJisme, la production et le travail avec Pierre et Soulwax.

PAN M 360 : Et toi, Pierre, comment as-tu vécu cette période?

Pierre Guérineau : J’ai sorti un album pendant la pandémie, ensuite il y a eu le groupe et puis le doute. C’était omniprésent dans le monde de l’art, on ne savait pas ce qui allait se passer. Marie et moi nous questionnons sur la possibilité de continuer à faire de la musique. J’ai aussi considéré retourner aux études, je me suis inscrit dans un programme offert par le gouvernement du Québec pour apprendre la programmation informatique. Et finalement, le monde de la musique nous a invité de nouveau. On a reçu des offres…

Marie Davidson : Au début, je refusais de jouer live, car ça faisait un an et demi que je n’avais plus de carrière. On m’a plutôt suggéré des offres comme DJ. Ah DJ?  J’ai alors loué du matériel pour essayer. Et je suis tombée en amour avec les CDJ-3000 de Pioneer qui venait de remplacer le CDJ-2000. J’ai aimé cette technologie, j’aime l’écran tactile, les cue points, etc. Ça me rappelait un peu ce que je faisais avec le hardware. J’ai cultivé cet intérêt et je me suis mise à faire DJ de plus en plus.

Pierre Guérineau : J’ai continué aussi à faire de la production à côté, et quand Marie a eu envie de faire plus qu’une pièce ou deux mais vraiment un album, on s’y est mis à temps plein. Pendant ce temps, j’ai plein d’amis extrêmement talentueux qui ont été obligés de prendre des emplois de jour pour continuer (ou non) à faire leur art sans compromis. Malgré tout, cet épisode a été libérateur, en ce sens que je réalisais qu’autre chose était possible.  Mais je me suis rendu compte que cette avenue, soit travailler dans une compagnie de tech n’était pas un job pour moi. Mais en même temps, cette possibilité m’a donné une certaine légèreté lorsque je suis revenu à la musique, au plaisir de la création et à ce sentiment d’être privilégié de pouvoir en faire. Vivre modestement de son art mais pouvoir en vivre.

PAN M 360 : Effectivement, vivre de son art aujourd’hui est un luxe.

Marie Davidson : Je ne dirais pas que c’est un privilège, c’est une chance, mais ce n’est pas un luxe. Notre vie n’est pas luxueuse, nous avons un train de vie de la classe moyenne, on a cette chance. Mais on doit faire sa chance! Chaque artiste qui a survécu à la pandémie a dû faire face à cette situation, se questionner, se revirer de bord.

Pierre Guérineau : Dans une autre période, soit il y a 20 ans, ç’aurait été plus facile et plus payant.

PAN M 360 : Alors revenons au nouvel album. Du point de vue de la réalisation, quelle a été la façon de faire entre vous trois?

Pierre Guérineau : Marie avait le concept et les textes à la base et on poursuivait. On a fait une première version de l’album qu’on a envoyé à quelques amis. Dave et Stef, de l’étiquette Deewee, ont vraiment accroché. En fait, la manière dont ça fonctionne, c’est une maison, un lieu dans lequel on se retrouve, tout ce qui sort de leur label passe par leur studio. Donc il fallait qu’on aille sur place.

Marie Davidson : Moi je ne le savais pas quand je les ai contactés!

Pierre Guérineau : Alors nous sommes allés à Gand en Belgique, un petit bled pas très loin de Bruges. Vraiment un super studio avec beaucoup d’équipement. En tant que réalisateur j’ai un peu lâché prise et les ai laissé apporter leur touche. L’album était bien avancé lorsque nous avons travaillé avec eux mais la petite touche qu’ils ont apportée était le liant final.

Marie Davidson : Ils ont amené l’énergie qu’on n’avait plus car on travaillait sur cet album depuis un an et demi.

Pierre Guérineau : Oui ils avaient des oreilles fraîches et c’était super de pouvoir finaliser là-bas. Ce fut une super expérience pour nous.

PAN M 360 : Et donc, le show actuel se poursuit avec les nouvelles pièces.

Marie Davidson : Oui, c’est le show que je présente depuis l’été dernier.

Pierre Guérineau : La seule chose qu’on ajoute actuellement est la dimension visuelle du show. Du point de vue son, on est vraiment contents du show actuellement, et on travaille actuellement sur la lumière avec un  grand artiste, Nick Verstand, qui travaille avec le cinéma, le théâtre, des installations, des ensembles de musique comme des quatuors à cordes.

PAN M 360 : Lorsqu’on a écouté les nouvelles chansons dans ton actuel live set qui sera présenté à la SAT, on a reconnu tous les ingrédients de ta carrière, mais encore mieux canalisés, c’est-à-dire que tous les référents stylistiques de ton art étaient mieux soudés que jamais auparavant.

Marie Davidson : À vrai dire, je n’ai pas beaucoup pensé à ça lorsque j’ai fait les nouvelles chansons. Je voulais juste faire une musique excitante. J’ai essayé de me concentrer sur le propos et le feeling de ce qu’on avait fait en studio. Je ne voulais pas trop mettre l’emphase sur le jeu des références. Bien sûr, nous en avons parlé, ça sonne tel ou tel style… Mais si on compare à Renegade Breakdown où on faisait des références précises, où ça faisait partie de la démarche et des discussions créatives, c’était tout le contraire cette fois. Mais les influences sont là et le seront. En tant que DJ, je suis constamment exposée à la musique des autres aussi. Mais pour City of Clowns, le message importait d’abord et aussi l’énergie. Nous avons fait un album qui ne se veut pas trop introspectif et non plus trop sombre… parce qu’on vit dans une période sombre. Je préférais l’humour, l’excitation et la critique sociale, la réflexion sur le contexte.

PAN M 360 : Exact. En fait, tout ton art est une forme d’auto-réflexivité. À partir de ta propre condition et de l’environnement dans lequel tu vis, tu crées des œuvres. Alors, dans cette optique, que justifie le titre City of Clowns?

Marie Davidson : Le sous-texte de l’album pouvait être World of Clowns car on vit dans un monde de clowns, ces mauvais clowns de la politique, de la finance et de l’économie.

Pierre Guérineau : Et aussi dans  le monde de la musique…

Marie Davidson : C’est ce que j’allais dire. Dans la culture en général. Les influenceurs sont aussi des clowns. Mais il y aussi l’envers de la médaille, il y a d’autres types de clowns, tous les misfits de la société, les outsiders… je m’inclus là-dedans et aussi les gens avec qui je travaille. Je ne peux parler pour eux, mais il y a beaucoup d’humour à travers ça. On dit, en tout cas, que mes textes sont plutôt drôles. Je peux dire qu’il y a plus d’humour qu’avant, on a beaucoup ri en faisant cet album! À l’inverse du mauvais clown, il y a celui qui est là pour remettre en question le statu quo.

Pierre Guérineau : Oui, un peu à la manière du fou à l’époque des cours royales, le seul qui avait le droit de se moquer de l’autorité.

Marie Davidson : Mais si sa blague passait mal, cependant… oupse… on s’en débarrassait.

PAN M 360 : Force est de constater que ça n’a pas changé, du moins dans la période actuelle…

Marie Davidson : C’est ça!  L’idée est de montrer à quel point on est encore dans les hiérarchies injustes et de précarité chez les gens qui remettent  en question.

Pierre Guérineau : On aime aussi ce titre parce qu’il reste ouvert à interprétation.  En même temps, c’est aussi un clin d’œil à Montréal…

Marie Davidson : Mais ça c’est une farce, car Montréal est la ville du Cirque du Soleil et que Guy Laliberté est un clown lui-même…

Pierre Guérineau : Et voilà, le titre laisse libre à interprétation même si nous avons notre petite idée derrière.

PAN M 360 : Maintenant, si on choisit quelques chansons et on essaie d’en trouver le sens?

Marie Davidson : Sexy Clown parle de mon expérience de femme entertainer, soit musicienne, DJ, personnalité publique, entertainer du night-life et aussi  personnage de l’arrière-scène après les sets ou encore dans les studios. C’est pour ça que je dis entertainer et pas juste artiste. C’est une chanson humoristique sur mon expérience dans ce monde en tant que femme.

Demolition est une allusion au livre de Shoshana Zuboff, The Age of Surveillance Capitalism. J’ai choisi d’incarner les gens de la big tech qui possèdent cette industrie. J’incarne aussi la séduction dans leur manière et d’arriver à leurs fins. Je peux aussi parler de Unknowing, le closer de l’album qui est un peu plus proche de mes chansons antérieures à ce projet, le texte se fonde sur mon ressenti et sur l’affirmation de soi et la prise de responsabilité sur sa propre vie.

PAN M 360 : Donc  tout ça se trouve à la fois dans le divertissement, l’innovation et la posture critique. On réfléchit, on s’insurge mais on a aussi envie de rire et danser!

Marie Davidson : Je ne voulais faire un album lourd car on vit dans une époque lourde. Je voulais faire passer mon message et on a fait beaucoup d’efforts pour dépasser cette lourdeur. Une des pièces composées pendant le processus était trop lourde. Je l’utiliserai subséquemment, mais cette pièce n’avait pas sa place dans la progression de l’album.

Pierre Guérineau : Les meilleurs humoristes sont souvent de très bons philosophes, et c’est cet esprit qu’on a voulu communiquer. Être critique en illustrant l’absurdité. L’humour est une grande force pour comprendre ce côté sombre de la réalité, il permet de pouvoir alléger l’atmosphère et favoriser le dialogue.

Marie Davidson : L’humour est une excellente façon de cultiver l’esprit critique d’une manière inclusive et universelle.

CE VENDREDI 28 FÉVRIER À LA SAT INFOS ICI

À l’instar de toutes les manifestations urbaines qui illumineront Montréal ce week-end, la Nuit Blanche au Centre PHI sera de retour de samedi à dimanche, soit jusqu’à 3h du matin. Sous le thème Nuit POP, le Centre PHI y offrira moult activités et performances en temps réel, question de passer une nuit éclatée, sans pénombre. Concoctée de concert avec Pop Montréal, la sélection d’artistes s’annonce relevée: Raphë, Rosario Caméléon, La FHomme, Jashim, Teikirisi, les visuels de VIOV et plus encore. Pour en savoir davantage, PAN M 360 a causé à Renelle Desjardins Chiasson, directrice de la programmation au Centre PHI.

PAN M 360: Comment se sont déroulées les précédentes Nuits blanches au Centre PHI? Est-ce devenu une tradition annuelle, puisque vous reprenez le collier en 2025 ? Un public ciblé ou un public qui y fait escale un peu par hasard, au gré des impulsions nocturnes ?

Renelle Desjardins Chiasson: Jusqu’à présent, la Nuit blanche au Centre PHI a été une offre d’expérience culturelle gratuite et accessible à une clientèle variée, tels – étudiants, festivaliers, amateurs d’art, touristes, etc. En collaborant avec des partenaires locaux, l’événement ambitionne d’accueillir 2 000 visiteurs uniques, de se classer parmi les 5 rendez-vous phares de la Nuit Blanche à Montréal 2025.

PAN M 360: Quel est le parcours des nuitards s’ils décident de passer au Centre PHI entre autres activités nocturnes? 

Renelle Desjardins Chiasson: Le public peut se prendre une bouchée, nous aurons des churros, empanadas. Passez au PHI parmi d’autres destinations ou encore pour y rester toute la soirée parce que la programmation y est diversifiée. Il n’a pas de parcours spécifique mais il y a 3 offres de 21h à  3h: 3 installations avec performances dans la place publique, de la musique live et DJ set dans l’espace aux 1er et 2e étage, le public peut voir l’exposition  MIXTAPE de Jean-Marc Vallée jusqu’à minuit. La fête continue au rez-de-chaussée jusqu’à 3h.

PAN M 360 : Quel est ce concept de Nuit POP ? En quoi est-ce une nuit POP ?

Renelle Desjardins Chiasson: Chaque année, le groupe Spectra lance une thématique lors de l’ouverture de candidatures – pour la participation officielle à cette grande soirée culturelle.

Notre équipe se rallie alors en offrant une programmation en lien avec la thématique suggérée par Spectra. On explore donc le terme « pop »: musique pop, pop culture, pop art,  popping, pop de couleur, pop-up – son côté éphémère et hors de ses murs- , le son d’une bulle qui éclate et tout ce qu’évoque cette onomatopée.Nous avons procédé ainsi par le passé: en 2019, par exemple,  c’était « Le Futur » et on a présenté la soirée l’An/ demain;  en 2020 c’était « vert » nous avons présenté Simulation / Accélération.

 PAN M 360:  Vous avez travaillé en collaboration avec POP MTL ? Mais encore ?

Renelle Desjardins Chiasson: Pour la programmation musicale j’ai travaillé avec Daniel Seligman. Pour l’espace public, c’est un travail d’équipe avec notre équipe interne spécifiquement, cette année avec Clara Boulinguez, Hédi Rollet, Raphë, Maxime Lacoue, Émilie Heckmann, Sylvain Dumais et Vincent Lafrenière.

PAN M 360 : Peux-tu nous donner quelques mots sur chacune des performances artistiques au programme? 

  • Raphë + invités : artiste devenu incontournable de notre Nuit blanche. Très généreux dans son offre, se donne à fond. Iel pratique la performance d’art et l’art vidéo. À ne pas manquer tout au long de la soirée ! 
  • Rosario Caméléon: découverte ! L’artiste se décrit comme electroclash, sexy, ludique, grotesque, rebelle pop, + très chatte !
  • La FHomme : expérience DJ set polyrythmique, interculturel, nous démontrant la grande diversité des communautés à Montréal.
  • Jashim : artiste originaire de El Choko, Colombie, iel a une approche intéressante intégrant multimédia avec sa musique. Jashim conclut  sa performance en live. 
  • Uñas: DJ set – projet solo de Chris Vargas anciennement chanteur du duo PELADA.
  • Teikirisi:  DJ et productrice hondurienne — Le pays de ma maman où j’ai habité et où je suis allée à l’école! Elle a un goût sûr et une main de maître pour le mix. Elle mélange les sons vibrants et diversifiés de la diaspora latinx-américaine.
  • Les visuels de VIOV en collaboration avec Jaime Salgado:  oui Laura et Jaime, les deux de la communauté latinx, nous montrent leurs talents visuels dans les espaces et aussi pendant les performances musicales. Studio VIOV et Jaime m’ont été proposés par l’artiste JASHIM qui collabore avec Jaime sur la direction artistique de son projet. Belle découverte !

PAN M 360 : Le Centre PHI a une identité propre. Cela se reflète-t-il dans la Nuit Pop ?
Renelle Desjardins Chiasson:  Absolument !

PLUS D’INFOS ICI

Les notions de rencontre, de fraternité et d’amitié font partie des éléments essentiels dans la création d’œuvres musicales de même que dans l’exécution de celles-ci. C’est donc sous le signe de l’amitié que les Violons du Roy et leur directeur musical Jonathan Cohen se produiront le jeudi 27 février au Palais Montcalm de Québec et le vendredi 28 février à la Maison symphonique de Montréal, dans un concert qui réunira des œuvres de Mozart et de trois compositeurs qui l’on durablement marqué : Wilhelm Friedemann Bach, Carl Philipp Emmanuel Bach et Michael Haydn. C’est aussi le lien amical du jeune prodige de Salzbourg avec le clarinettiste Anton Stadler qui sera mis de l’avant avec une des dernières œuvres du compositeur, le Concerto pour clarinette en la majeur. Alexandre Villemaire s’est entretenu avec Jonathan Cohen pour discuter de ce concert qui, à l’image des figures musicales qu’elle réunit et de sa thématique, fera intervenir des solistes qui sont tous de grands amis des Violons du Roy.

PAN M 360 : La thématique du concert tourne autour du sentiment de l’amitié. Comment cette thématique s’est-elle présentée à vous et comment a-t-elle guidé le choix des compositeurs et des œuvres aux programmes?

Jonathan Cohen : On pourrait également parler de famille ! – deux des compositeurs sont des fils issus de la célèbre famille Bach et Michael Haydn est le frère de Joseph. Michael Haydn est un compositeur qui est largement sous-estimé. À son époque, il était très apprécié et Joseph pensait que la musique d’église de son frère était bien supérieure à la sienne. C.P.E Bach était quant à lui un compositeur très doué avec un style de composition très individualiste dont le nom est quelque peu sous-estimé aujourd’hui.

PAN M 360 : Les compositeurs qui sont présentés dans ce concert, Michael Haydn, Wilhelm Friedemann Bach, Carl Philip Emmanuel Bach sont des musiciens que Mozart tenait en haute estime. Est-ce que l’on retrouve des influences stylistiques de ces derniers dans l’œuvre de Mozart?

Jonathan Cohen : Mozart a dit « Bach est le père, nous sommes les enfants » – il faisait allusion à C.P.E Bach…. C.P.E Bach a développé un style unique et personnel appelé « style sensible » [Empfindsamkeit], car sa musique était axée sur le dramatisme des émotions. Il pensait que le rôle de la musique était d’affecter les émotions de l’auditeur, et disait lui-même « un musicien ne peut émouvoir les autres que s’il est lui-même ému ». Le style de C.P.E Bach se comprend mieux si l’on sait qu’il était le fils du très compétent J.S. Bach, dont la musique était imprégnée de profondeur intellectuelle et de dévotion religieuse.

PAN M 360 : La relation entre un compositeur et un soliste est également marquée dans le concert, notamment avec le Concerto pour clarinette de Mozart composé pour son ami et confrère franc-maçon, Anton Stadler. Comment cette relation a guidé l’écriture de ce concerto?

Jonathan Cohen : Mozart entretenait manifestement une relation joviale et amicale avec Stadler. Leur travail commun a permis de repousser les limites de la clarinette et de l’établir durablement comme un instrument régulier de l’orchestre. Mozart a donné à la clarinette de nombreux solos exceptionnels dans ses opéras, comme Parto, ma tu ben mio dans La Clemenza di Tito, Voi che sapete dans Les Noces de Figaro, Batti, batti o bel Masetto dans Don Giovanni, pour ne citer que quelques exemples. Il associe d’ailleurs le son de l’instrument à l’amour. Dans ce remarquable concerto pour clarinette, on a l’impression que la musique est toujours plaisante, amoureuse, pleine d’esprit et joviale. Au-delà de Mozart, les compositeurs (qui étaient eux-mêmes toujours des interprètes de leurs instruments) ont souvent collaboré étroitement avec des artistes particuliers.

PAN M 360 : On surnomme respectivement Wilhelm Friedemann et Carl Philip Emmanuel, le Bach de Hambourg et le Bach de Halle en référence aux villes où ils ont exercé leur métier. En quoi les deux frères Bach sont-ils différents dans leur approche à la musique? S’influençaient-ils mutuellement ou demeuraient-ils dans leur monde respectif?

Jonathan Cohen : Je ne sais pas dans quelle mesure ils se sont influencés l’un l’autre, bien que dans ce programme, la sinfonia de Wilhelm semble plus dans la lignée du Sturm un Drang [Tempête et passion] de CPE que ce qui est typique de son style. Il est clair qu’ils étaient tous deux des claviéristes exceptionnels : CPE a écrit le célèbre et influent Essai sur le véritable art de jouer des instruments à clavier et Wilhelm était un organiste et un professeur renommé. Wilhelm était le fils aîné de Bach et C.P.E était le deuxième fils aîné de Bach, nés du mariage de Johann Sebastian avec sa première femme, Maria Barbara.

PAN M 360 : La thématique de l’amitié est également présente sur la scène, notamment entre vous et les musiciens des Violons du Roy. Alors que l’ensemble célèbre ses 40 ans, vous célébrez en 2025 votre septième année comme directeur musical des Violons du Roy. Quels souvenirs avez-vous de la première fois que vous avez rencontré et dirigé l’ensemble?

Jonathan Cohen : Ma première collaboration avec Les Violons du Roy a eu lieu lors d’une tournée européenne au cours de laquelle nous avons interprété des symphonies et des concertos de Haydn avec Alexandre Tharaud. J’ai immédiatement ressenti une chaleureuse amitié musicale avec ce merveilleux ensemble québécois. Ils ont une expérience ancrée dans le répertoire baroque et classique et une véritable approche de musique de chambre de ce répertoire, ce qui me semble être l’élément le plus important de l’interprétation de cette musique. Chaque concert que nous donnons ensemble est comme une aventure ou une histoire qui prend un sens nouveau à chaque fois.

PAN M 360 : Que peut-on vous souhaiter à vous et aux musiciennes et musiciens de l’ensemble pour les prochaines années?

Jonathan Cohen : Nous pouvons être extrêmement reconnaissants de cette chance permanente de faire de la musique ensemble et j’espère que nous continuerons toujours à trouver la beauté ensemble dans la musique et entre collègues dynamiques et compétents.

BILLETS ET INFOS

Programme de l’après-midi ( Québec, jeudi, 27 février)

MICHAEL HAYDN (1737-1806)

Concerto pour alto et piano-forte en do majeur, MH 41

• Allegro moderato • Adagio
• Prestissimo

Solistes : Isaac Chalk alto
Mélisande McNabney piano-forte

CARL PHILIPP EMANUEL BACH (1714-1788)

Symphonie en mi bémol majeur, Wq. 179, H. 654

• Prestissimo • Larghetto
• Presto

WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756-1791)

Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622

• Allegro
• Adagio
• Rondo (Allegro)

Soliste : Stéphane Fontaine clarinette

Programme du soir (Québec, 27 février et Montréal, 28 février)

WILHELM FRIEDEMANN BACH (1710-1784)

Sinfonia pour cordes en fa majeur, Fk. 67

• Vivace
• Andante
• Allegro
• Menuetto I et II

MICHAEL HAYDN (1737-1806)

Concerto pour alto et piano-forte en do majeur, MH 41

• Allegro moderato • Adagio
• Prestissimo

Solistes : Isaac Chalk alto
Mélisande McNabney piano-forte

• PAUSE •

CARL PHILIPP EMANUEL BACH (1714-1788)

Symphonie en mi bémol majeur, Wq. 179, H. 654

• Prestissimo • Larghetto
• Presto

WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756-1791)

Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622

• Allegro
• Adagio
• Rondo (Allegro)

Soliste : Stéphane Fontaine clarinette

2001, A Space Odyssey, The Shining et Eyes Wide Shut du cinéaste Stanley Kubrick, ont marqué les esprits et c’est idem pour les musiques qui en ont magnifié les images, particulierement celles du grand compositeur hongrois György Ligeti… dont la majorité d’entre nous ne savons pas que ses musiques ont magnifié cette cinématographie. Voilà pourquoi la SMCQ a fait de cette thématique l’un de ses événements les plus fédérateurs, soit ce vendredi 28 février à la Maison symphonique. Ainsi, l’organiste Jean-Willy Kuntz, l’Orchestre symphonique de McGill et l’Ensemble à cordes de la SMCQ sous la direction de Alexis Hauser, joueront des pièces tirées des trames sonores de ces fameuses productions cinématographiques. Aussi au programme, on aura droit à une création orchestrale du jeune compositeur canadien Liam Ross Gibson, une commandée de la SMCQ. Alexey Shafirov jouera par ailleurs le Concerto pour piano no.2 de Prokofiev. Et l’on ne boudera pas sonn plaisir avec l’exécution de  Ainsi parlait Zarathoustra, célèbre poème symphonique de Richard Strauss dont le thème est le « trailor » de 2001, A Space Odissey.

Événement présenté dans le cadre de Festival Montréal/Nouvelles Musiques / 12e édition (2025) — Musique et images.

Participant·es

Concepteur·trices

Programme

Publicité panam

À noter que je me permettrai quelques jeux de mots d’oiseaux, fidèle à l’esprit de Clarence qui, en plus d’assurer la guitare et d’offrir sa voix angélique, gère aussi les réseaux sociaux de Birds of Prrrey. Aucun calembour ne lui échappe.

Le 7 février dernier, je me suis lancée dans une séance d’observation au sein de la volière qu’est le Taverne Tour, pour voir ce trio unique : Noelle à la batterie, Clarence à la guitare et Grace à la basse. Un féroce mélange de punk, d’alt-rock et de grunge, farci d’influences DIY des années 90. De leur présence scénique se dégage une sororité qui témoigne qu’elles sont bel et bien dans leur habitat naturel. « Loud music for big hearts », voilà ce qu’elles nous proposent.

J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec les membres de Birds of Prrrey à la suite de leur spectacle au Ministère où elles ouvraient pour Rough Francis et PRIORS. On a parlé d’amitié, de superstitions et de gars culottés qui ne se mêlent pas de leurs affaires. 

Et non, ce n’est pas une coquille…

PAN M 360 : On dit : « Prrrey ». Rrr, une consonne pour chacune des filles. Rrr, comme un rugissement. Rrr, comme dans Riot Grrrl. Est-ce que j’en oublie ?

Clarence : Un beau résumé ! Oui ! Je ne pense pas qu’on ait vraiment fait le lien entre les trois « r » et le nombre de personnes dans le groupe haha. On s’est principalement inspirées du genre musical Riot Grrrl parce que ça a été ce qui nous a liées au tout début, ce qui nous parlait le plus. On utilise les trois « r » en hommage à cette musique qui revendique, défend et laisse une place pour les émotions (surtout celles qui ne sont pas très “féminines”) des femmes.

Noelle : Longue vie à Liz Phair, Bratmobile, Bikini Kill, Le tigre et Slutever!

Grace : Le mouvement Riot Grrrl a vraiment eu une grande influence sur notre façon de jouer de la musique live.

PAN M 360 : Ce qui frappe en vous voyant sur scène, c’est la manière dont chacune a sa manière bien à elle de rayonner. Votre complémentarité est évidente. Quelle est la clé d’une complicité musicale aussi forte que la vôtre ?

Clarence : Avant même qu’on commence à faire de la musique, quand c’était encore une idée totalement comique et inatteignable, on a demandé à une de nos amies musiciennes, Julia, qui était, à ce moment-là, dans un de nos bands féminins préféré à Montréal Whoredrobe; quelle est la chose la plus importante quand on est dans un band? La réponse habituelle est qu’il faut pratiquer beaucoup, mais elle nous a dit: « You guys need to be friends. That’s the most important part ». Et c’est ce qu’on a fait. Oui, on fait de la musique ensemble, mais ce sera toujours plus important pour nous de cultiver notre amitié au-delà de jouer sur un stage. On se fait dire souvent que notre amitié se voit quand on fait un show et je pense que c’est le plus beau compliment, ça veut dire qu’on fait bien ça.

Noelle : Nous étions amies avant d’être un groupe. Je pense que nous sommes suffisamment matures pour résoudre les problèmes de manière saine chaque fois qu’un problème survient (il n’y en a pas vraiment, but you know…), et nous sommes très à l’aise l’une avec l’autre. Il n’y a que de l’amour ici et jamais de haine entre nous trois.

Grace : Nous sommes juste amies. Je ne pense pas que nous serions capables de performer ou de créer comme nous le faisons si nous ne l’étions pas.

PAN M 360 : Vous évoquez en entrevue vos rituels d’avant spectacle, notamment les superstitions très spécifiques de Grace. Quel est l’objet, ou le protocole qui possède le plus de pouvoir sur la réussite d’un show de Birds of Prrrey ? (Vous pouvez répondre à cette question en touchant du bois)

Clarence : Mmmm… Il faut que Grace ait ses bagues, il faut que Noelle fasse ses étirements et il faut que Noelle et Grace me disent de me calmer les nerfs hihihi.

Noelle : Ne pas « shout-out » notre amie Ivy avant de jouer notre chanson Doors. Sinon on la rate.

Grace : On doit faire un soundcheck avec certaines chansons et j’ai un certain pick avec lequel je vais jouer. En gros, tout ce qui n’est pas familier signifie malchance.

PAN M 360 : En peu de temps, à force de cumuler les bons shows, votre trio s’est imposé sur la scène musicale underground. Y a-t-il eu un moment précis où vous avez réalisé que les choses commençaient à décoller?

Clarence : Je pense qu’on ne le réalise toujours pas vraiment… On est toujours surprises et flattées par les demandes de shows qu’on reçoit (Tavern Tour, ouvrir pour SweetPill, ouvrir pour Sir Chloe, le Festivoix, etc.). On reçoit chaque occasion avec beaucoup de reconnaissance. Parfois le sentiment d’imposteur vient avec, mais on se dit que ce serait un trop gros prank venant de tous les gens qu’on a côtoyés s’ils haïssaient secrètement notre musique…

Noelle : LMAOO. Peut-être quand on a sorti notre EP. Il faisait une chaleur torride à La Sotterenea, mais les gens sont quand même restés pour nous. Tout le monde transpirait comme des fous.

Grace : C’était pour sûr quand les gens ont commencé à chanter nos chansons avec nous.

PAN M 360 : Énorme coup de cœur pour votre dernier EP sorti l’été dernier, Yet, we’re still growing in places. Il semble marquer une étape importante pour le groupe. Comment avez-vous abordé sa création, et en quoi reflète-t-il votre évolution depuis vos débuts ?

Clarence : Le début de la création de cet album est venu d’un parfait mélange entre nous qui voulions enregistrer plus de musique et notre bon ami Ben Rowland qui devait remettre un projet de 25 minutes pour sa classe d’électroacoustique à Concordia. On avait déjà collaboré sur False Hope (notre premier single) avec Matt Sagar et Ben et ça avait été une expérience tellement fun, c’était évident pour nous qu’on devait retravailler avec eux. La réfection de notre évolution est définitivement représentée par Training Wheels, la dernière chanson de notre EP, puisqu’on avait essayé de l’enregistrer 1 an avant, en même temps que False Hope, et on avait été incapable de jouer la chanson correctement. C’était tellement mauvais. Matt ne nous a jamais renvoyé le MP3 de cet enregistrement (thank god). Deux ans plus tard, c’est la chanson qu’on aime le plus jouer. Je pense aussi que notre processus très DIY nous représente bien en tant que groupe. Nous voulons toujours encourager les artistes montréalais et faire partie de cette communauté qui valorise les talents que possèdent les jeunes. Il y a tellement d’artistes prometteurs dans cette ville, c’est beau à voir.

Noelle : Je pense que la musique que nous faisons est en constante évolution. Même après la sortie de l’EP, nous changeons un peu la musique et continuons à ajouter des morceaux à nos chansons, une pratique à la fois. Nous avons commencé il y a environ deux ans. Ce n’est pas encore assez long pour connaître nos instruments. Pour moi, personnellement, j’ai l’impression que nos instruments sont comme une extension de nous-mêmes. Plus nous passons de temps avec eux, plus nous apprenons à les connaître et à les utiliser. J’ai hâte de découvrir de nouvelles façons de jouer de mon instrument et de créer de nouveaux sons cool.

Grace : Comme le titre du EP l’indique, c’est vraiment un testament sur nous qui grandissons ensemble, en tant que personnes, amies, et musiciennes. C’était une grande courbe d’apprentissage pour y parvenir, mais nous avons reçu une aide précieuse.

PAN M 360 : Les groupes entièrement féminins se font rares encore aujourd’hui. Dans A Man Invented Shoelaces, le premier titre de votre EP, on ressent votre esprit de résistance, votre envie de nommer les choses. Rencontrez-vous des défis liés à votre genre, que ce soit en studio ou sur scène?

Clarence : Oui. C’est étrange d’en parler parce que ce n’est pas purement et simplement de la misogynie, mais c’est juste assez bien déguisé pour nous mettre mal à l’aise. L’usage de mots qui, dans la bouche de certaines personnes, sonnent totalement corrects et, d’en la bouche d’autres, nous font sentir comme si le seul intérêt de notre groupe était notre diversité de genres. C’est démoralisant parfois, mais ça ne nous a jamais empêchées de crier, chanter et jouer encore plus fort. On le prend comme une source d’énergie, pas comme une ancre.

Noelle : OUI. Les hommes vont me dire comment jouer MON instrument ??? Like ferme-la et laisse-moi apprendre comment jouer par moi-même.

Grace : Heureusement, nous avons eu très peu de problèmes de discrimination directe, mais je pense que beaucoup de gens ont des préjugés dont ils ne sont même pas conscients jusqu’à ce qu’ils disent quelque chose de bizarre à voix haute, comme « nous voulons un groupe entièrement féminin pour ouvrir pour un concert entièrement masculin », etc.

PAN M 360 : Lors de votre performance au Taverne Tour, Clarence a lu un mot exprimant vos inquiétudes face au climat politique actuel. Avec l’élargissement de votre public, ressentez-vous le besoin d’affirmer davantage vos positions ?

Clarence : Je pense que ça a toujours fait partie de nos valeurs. Qu’il y ait 20 personnes dans une foule ou 300, notre position reste la même. Nous avons la parole, nous avons un micro et nous sommes bien conscientes de tout ce qui se passe au-delà du cadre de la salle dans laquelle nous jouons. C’est un sentiment du genre : « je sais ce qui se passe dans le monde et j’ai le privilège d’avoir un moyen de m’exprimer à ce sujet et peut-être d’aider d’une manière ou d’une autre, alors pourquoi devrais-je me censurer ? » La musique est importante, mais ce n’est pas tout.

Noelle : Bien sûr. Nous voulons parler au nom des personnes qui ne peuvent pas s’exprimer librement, qui ne sont pas autorisées à s’exprimer, qui ne sont pas prises au sérieux et/ou réduites au silence.

Grace : C’est à 100% notre travail de parler des problèmes actuels, comme tout le monde devrait le faire. Nous avons la chance de vivre dans une communauté tolérante où nous pouvons utiliser la scène pour parler de ce qui se passe dans le monde et montrer notre soutien.

PAN M 360 : Histoire que nous puissions faire un peu de visualisation pour vous. Y a-t-il une scène ou un festival où vous rêveriez de vous produire ?

Clarence : C’est drôle parce qu’à chaque fois qu’on nomme une scène ou un festival où on voudrait jouer, par hasard pur on se fait demander de jouer sur celle-ci (alors je vais viser haut). La grosse blague ce serait de faire Coachella, mais on est très loin d’y arriver haha. Pour le moment je pense qu’on serait prête à faire un plus gros stage comme le Club Soda ou le Mtelus, je pense que ça serait absolument malade.

Noelle : Osheaga lol.

Grace : South by South West!

crédit photo: vickibm

Pour clôturer le Mois de l’histoire des Noirs, Samba Touré, le guitariste malien de blues s’arrêtera à Montréal le temps d’une soirée pour nous présenter son plus récent opus « Baarakalew » paru en janvier 2025. Dans cet album, il donne la voix aux sans-voix afin de les sortir de l’ombre. Que ce soit les tailleurs, les soudeurs, les vendeurs d’eau dans les circulations, il leur rend hommage à travers sa musique, à défaut de pouvoir créer une fondation en leur nom. Celui qui retrace l’origine du blues à l’Afrique compare cela au « Weltaré », une manière de chanter sa douleur lorsque les mots nous manquent pour l’exprimer. Il sera au Club Balattou le 28 février, en formule trio avec lui à la guitare, un joueur de calebasse et un autre musicien qui jouera soit le ngoni, une guitare traiditionnelle ouest africaine, soit le tamani, cet instrument de percussion originaire d’Afrique de l’Ouest, selon le morceau. « Un trio dangereux », comme le dit si bien Samba Touré. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec lui à quelques jours du tant attendu concert montréalais.

En direct d’Allemagne, Elida Almeida s’est entretenue avec notre journaliste Sandra Gasana à quelques jours de son voyage pour les États-Unis, puis le Canada avec le Césaria Évora Orchestra. En effet, c’est en 2018 que la chanteuse capverdienne s’est faite proposer de joindre ce groupe mythique par son manager, une offre qu’elle ne pouvait refuser. Depuis lors, cette aventure lui a ouvert les portes des plus grandes scènes du monde, alors qu’elle contrinuait à travailler sur ses propres projets personnels en parallèle. Elle sera accompagnée pour l’occasion par Ceuzany, Lucibela et Teófilo Chantre et d’anciens membres du groupe de Césaria Évora le temps d’une soirée au Théâtre Maisonneuve, le 27 février. Mélancolie garantie.

Inscrivez-vous à l'infolettre