Fruit d’une collaboration étroite entre le duo d’interprète Sawtooth et le compositeur Charles Quevillon, Le Baptême du Haut-Parleur est un techno-opéra qui mêle musique, théâtre, marionnettes et électronique afin d’interroger notre rôle de consommateur dans une société capitaliste et notre attachement aux objets technologiques, dont la fabrication exploite notre Terre. 

Le public aura l’occasion de découvrir cet opéra audacieux à l’Espace Orange | Édifice Wilder le 13 mars prochain. Dans ce contexte, Judith Hamel a échangé avec la soprano Sarah Albu, membre de Sawtooth, et le compositeur et performeur Charles Quevillon. Une conversation qui a donné lieu à des réflexions très actuelles sur la place de l’artiste dans un monde capitaliste, ainsi que sur leur démarche artistique ancrée dans la collaboration et le soutien mutuel.

PANM360 : Pour commencer, l’élément central de Le Baptême du Haut-Parleur est cet humain-objet, le haut-parleur. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cet objet comme personnage central de l’opéra ? Et pourquoi avoir opté pour le modèle Genelec 8020D en particulier ? 

Sarah: J’ai approché Charles avec le projet de créer une œuvre pour mon duo Sawtooth avec l’accordéoniste Matti Pulkki. Matti et moi aimons beaucoup le cinéma. Nous avons donc commencé par le thème de la logique des rêves, telle que nous la voyons dans nos rêves et inspirée par son utilisation dans les films. On partage tous les 3 une fascination pour la relation entre l’humain et la technologie. C’est Charles qui nous est revenu avec cette idée de faire un rituel de Baptême pour un objet de notre quotidien, le haut-parleur. Nos discussions au début du projet tournaient beaucoup autour de nos attachements à nos objets technologiques et de comment ces objets sont partie intégrante de nos pratiques artistiques. 

Charles: L’idée de départ est née de mon intérêt pour les liens entre les objets technologiques que j’utilise en musique et la spiritualité, le sacré et les rituels. Le haut-parleur est pour moi un objet profane, présent quotidiennement dans mes oreilles, mes écouteurs, mon ordinateur. L’idée était donc d’imaginer ce que pourrait être un haut-parleur sacré et d’explorer les thématiques qui en découlent. Par exemple, l’acte I fait écho aux vidéos d’unboxing sur YouTube, une sorte de baptême technologique dans notre société moderne. 
J’ai choisi de baptiser le Genelec 8020D, car Genelec est une marque de haut-parleurs finlandaise très reconnue en Finlande, où je vis. De plus, j’ai opté pour ce modèle en raison de son design en châssis d’aluminium arrondi, de son poids proche de celui d’un nouveau-né, mais surtout parce que ce sont les haut-parleurs que j’avais dans mon studio. 


PANM360 : L’opéra a été créé en collaboration entre votre duo d’interprètes Sawtooth et le compositeur Charles Quevillon. Quelle place l’amitié et la collaboration ont-elles eue dans ce processus ? Quels ont été les principaux défis rencontrés au fil de son élaboration? 

Charles: On forme une équipe d’enfer, je crois. Une véritable synergie s’est créée au cours des trois workshops où nous avons conçu la pièce ensemble. Ensuite, entre ces sessions, j’ai passé beaucoup de temps à écrire la partition et à travailler sur l’électronique, la vidéo et la mise en scène, tout en maintenant un échange régulier avec Sarah et Matti.

L’acte 3 a été pour moi le plus difficile ; c’était une pièce du puzzle qui a nécessité de nombreux questionnements avant de trouver sa place. Cet acte marque une rupture dans la relation entre la « mère » et son haut-parleur, et je voulais y trouver un équilibre entre une critique du cadre consumériste et l’expression de l’amour et de l’enchantement qu’une technologie comme le haut-parleur peut susciter. 

Sarah: J’adore travailler avec Charles et avec Matti et j’étais très contente de nous réunir pour entreprendre ce projet! Le processus à été très collaboratif tout le long et ça continue de l’être; non seulement pendant les périodes de travail mais aussi entre. Je crois qu’on s’est parlés au moins une fois par mois depuis 2022, des fois beaucoup plus. Le défi principal était la distance: on vit dans 3 villes différentes. Donc la pièce a évolué à travers multiples périodes de travail intensives « en présentiel », avec entre-temps des discussions en cours, des petits messages et images envoyés, des messages vocaux et des partages de matière d’inspiration. La pièce est faite avec beaucoup d’amour et beaucoup d’humour aussi et je crois que le public peut le ressentir. Il y a plusieurs éléments clés qui ont commencé dans des moments de niaiserie en répétition qui ont fini par s’intégrer dans l’œuvre finale.


PANM360 : Le Baptême du Haut-Parleur a été créé à Helsinki à l’été 2024, et joué en décembre dernier à Montréal. Pour cette deuxième performance ici, y aura-t-il des éléments différents ?
Charles: Nous avons retiré certains éléments qui alourdissaient la pièce, tant sur le plan dramatique que technique. Nous avons également modifié la fin, qui est maintenant un peu plus percutante que dans la version d’Helsinki. Il y a aussi des différences culturelles, notamment en ce qui concerne la marque de haut-parleurs Genelec. En Finlande, ils sont omniprésents, tandis qu’ici, ils sont moins connus du grand public. Nous avons donc pris le temps de mieux contextualiser la marque. 

Sarah: Il y avait aussi une version de 20 minutes que nous avons présentée au festival ONSOUND du Sound Symposium à St. John’s, Terre-Neuve en juillet 2023. La pièce a beaucoup changée et beaucoup évoluée depuis, à chaque fois on change des petites choses. Pour le 13 mars nous travaillons dans un espace très large qui nous donne plus de place pour le mouvement et la mise en scène. Il y aura aussi Charles qui manipule la marionnette géante, qui était immobile en décembre.

PANM360 : Dans une entrevue avec Le Vivier, vous parlez d’une réconciliation avec le monde capitaliste dans lequel nous vivons et travaillons. Cette réconciliation est-elle une forme d’acceptation de la société de consommation ou une manière de la questionner ? 

Sarah: En fait, j’ai eu beaucoup de mal à utiliser le mot « réconciliation » dans ce contexte, car j’ai l’impression qu’il s’agit d’une déclaration très audacieuse. Il y a une partie de moi qui regrette d’avoir dit ça, car je ne veux pas donner l’idée que notre projet est une célébration de la société de la consommation. Mais c’est quelque chose que Charles avait dit dans une entrevue précédente et qui m’a vraiment fait réfléchir à ce que nous exprimions. La trame narrative de l’opéra est complexe ; pour moi, il y a un fil conducteur qui critique la surconsommation dans la société contemporaine, mais il y a aussi une histoire d’amour et d’enchantement, une phase d’engouement, puis une prise de conscience progressive du bagage complexe que porte cet objet, après que mon personnage ait développé un attachement à l’objet et lui ait déclaré son amour. Il ne s’agit donc pas d’une condamnation stricte ni d’une reddition au capitalisme, mais d’une réflexion sur l’attachement.

Charles: Quand je pense à certains objets naturels, comme une roche, je pense à leur naissance, à leurs origines ; il y a quelque chose de noble, d’enchanteur, presque magique, qui les relie naturellement à la spiritualité. En revanche, quand je pense à un haut-parleur, il m’est difficile de ne pas voir tout le processus d’industrialisation et de consommation qui l’entoure. Cela rend sans doute plus compliqué d’éprouver un amour inconditionnel pour la technologie. Pour moi, cette pièce est une manière de surmonter cette dissonance cognitive, de réfléchir à ma relation avec le haut-parleur au-delà de son statut d’objet de consommation.


PANM360 : Selon vous, l’artiste peut-il réellement s’en extraire, ou est-il inévitablement pris dans ce système ? 

Charles: Je trouve personnellement difficile de faire de la musique en dehors du cadre de la consommation. Je crois qu’il est possible de s’en extraire, mais pour moi, ce n’est pas une nécessité. Mon objectif est plutôt de réfléchir, de poser la question et d’en prendre conscience.

Autrefois, disons avant la Renaissance, l’art était principalement lié aux institutions religieuses. Aujourd’hui, en tant que pratique institutionnalisée dans les musées, les concerts et les festivals, il est profondément ancré dans le capitalisme. C’est une tension que je ressens chaque jour lorsque je me lance dans un projet. Étant donné que c’est mon métier, une de mes principales motivation pour faire de la musique, en toute honnêteté, est de gagner ma vie. Je réussis la plupart du temps à mettre ces considérations de côté, mais elles reviennent toujours et façonnent mon travail. Il existe bien de meilleurs moyens de satisfaire ce besoin, et je serais profondément malheureux si c’était la seule chose qui comptait ! Mes plus grandes satisfactions n’ont rien à voir avec l’argent : elles viennent des collaborations avec les musiciens, des émotions partagées avec le public et des défis artistiques et logistiques liés à la création d’œuvres d’envergure, comme cet opéra.

La relation entre la consommation et ma pratique musicale va bien au-delà du haut-parleur et des objets qui m’entourent ; c’est d’ailleurs l’un des axes que j’explore dans ma thèse de doctorat en cours d’écriture.

Sarah: En tant qu’artiste vivant dans une ville, je trouve ça difficile d’imaginer comment je pourrais m’extraire complètement et continuer de créer. Est-ce qu’une personne seule peut s’en extraire ? Il y a beaucoup d’art excellent qui existe en dehors des structures capitalistes et plein de belles initiatives et groupes qui travaillent de manière anticapitaliste. Comme Charles, pour moi le but c’est de réfléchir, de rester critique dans mon travail et de faire l’effort d’être gentil avec les autres humains et les proches non-humains dans ma vie quotidienne. Et aussi de pouvoir continuer de faire des projets qui m’inspirent avec des collaborateur.ice.s qui résonnent avec moi, de pouvoir partager des moments de suspension en dehors de la vie quotidienne avec un public. J’ai l’impression qu’il existe un mythe selon lequel les artistes doivent exister séparément du reste de la société et vivre en quelque sorte d’air, de raisins secs et de morale. Notre travail fait partie de la société, même si nous le critiquons, et nous pouvons choisir de travailler pour des choses auxquelles nous croyons, mais pour continuer à créer de l’art, nous avons besoin de certains soutiens. Nous avons aussi tous besoin de communauté, de soutien mutuel.

PANM360 : En plus d’être chanteuse expérimentale, vous travaillez également sur des projets de musique folklorique et de tricot ! Comment vos différentes pratiques artistiques s’allient-elles ? Est-ce que ces projets sont séparés, ou y trouvez-vous des intersections, que ce soit dans l’esprit, la musicalité, ou l’approche de la technologie et de la tradition ?
Sarah: Parfois, les projets sont séparés sur le plan matériel, mais il y a toujours une sorte d’inspiration qui passe d’une forme à l’autre. Parfois, j’aborde le tricot ou le filage comme une performance ou une méditation plutôt qu’une action nécessaire à la fabrication d’un vêtement. Les arts textiles me relient au passé et à mes ancêtres et m’aident à honorer le travail des femmes d’autrefois et de toutes les personnes qui n’étaient pas ou ne sont toujours pas considérées comme des artistes parce que leur travail manuel n’est pas valorisé de la même manière que le « grand art ». J’aime l’intersection de l’artisanat et du « DIY » et le mélange des formes. 
Mon intérêt pour la musique traditionnelle est né d’un besoin similaire : de me relier au passé et à une expérience communautaire de faire de la musique. J’ai commencé à me familiariser avec les différents styles de chant folklorique de la région d’où est originaire la famille de mon père (ex-Yougoslavie) et j’ai été tellement émue et inspirée que je n’ai pas pu empêcher ces textures vocales de s’infiltrer dans certains de mes autres projets. Ces textures me semblaient si familières, même si je n’ai pas grandi dans ces traditions. De plus, il existe des liens historiques très forts entre le travail textile et le chant communautaire et traditionnel. Dans mon parcours, j’ai réalisé des projets où le son, la performance et les arts textiles étaient mélangés et d’autres où ils étaient séparés. Parfois, j’aime simplement m’asseoir et tricoter une chaussette ou chanter une chanson que je connais sans avoir besoin d’innover de manière évidente. Dans l’ensemble, je trouve qu’il est très enrichissant de se connecter à des pratiques anciennes lorsque je fais un travail nouveau ou d’avant-garde. Cela m’aide à me rappeler que rien n’est vraiment nouveau et que ce n’est pas grave, c’est l’énergie, l’esprit, l’intention, la connexion qui comptent avant tout.


PANM360 : Après cette performance, qu’est-ce qui s’en vient pour vous? Où peut-on suivre votre travail?

Charles: Je termine mon doctorat sur la Représentation Sacrée des Technologies Musicales dans le Théâtre Musical Instrumental. Mon site web : charlesquevillon.com et mon Instagram : @charles_quevillon. 

Sarah: Je travaille petit à petit un projet d’album solo et je vais pouvoir y donner plus de focus maintenant ! J’ai hâte ! Côté performance c’est un peu plus relaxe pour un bout, je me prépare pour des concerts avec le quatuor Balkanique Sava (dir. Dina Cindrić) en mai et un nouveau projet avec Sam Shalabi et un ensemble de feu pour le festival Suoni per il Popolo en juin. En juillet et août j’ai le grand privilège de chanter des reprises de la pièce Il Teatro Rosso de Steven Takasugi, créée en février avec No Hay Banda, dans des festivals en Allemagne et à New York. Entretemps, des enregistrements avec les ensembles No Hay Banda, AC/CC et Phth. http://www.sarahalbu.com instagram: @sopranoise

crédit photo: Maija Tammy

Publicité panam

Le 13 mars, le Big Band de l’Université de Montréal présentera un concert dédié à la voix féminine en collaboration avec le programme de chant jazz. Au programme : onze arrangements de pièces très diversifiées, allant de Billie Holiday à Tom Jobim, en passant par…John Coltrane !

Notre collaborateur Michel Labrecque a discuté de ce concert, qui sera présenté à la Salle Claude Champagne, en compagnie d’une des six interprètes vocales, Juliette Oudni, étudiante de première année en chant jazz et du Brésilien João Lenhari, directeur musical du Big Band de l’Université de Montréal depuis 2023.

PANM360 : Comment est arrivée cette idée de créer un concert de Big Band qui met en valeur la voix féminine ? 
Juliette:
C’est le résultat d’une collaboration entre le programme de chant interprétation jazz et le Big Band. Les six interprètes choisies, Marie-Ève Lambert, Marie-Ève Caron, Margaux Devez, Maude Brodeur, Gabrielle Nessel et moi-même, avons eu carte blanche pour le choix des morceaux. Et c’est João Lenhari qui a fait tous les arrangements originaux. Pour ma part, la pièce que j’ai choisie pour interpréter en solo est la chanson brésilienne Madalena. J’interprèterai une autre en duo et il y a aura une pièce a cappella à six voix.

João : D’abord, j’adore le Big Band et ses énormes possibilités. Cette année, nous avons décidé de privilégier la voix féminine et, pourquoi pas, faire ce concert en mars, le mois dédié aux droits des femmes ? Par la suite, j’ai écouté de multiples versions des chansons choisies par les filles en passant ça par le filtre du Big Band. Chacune des six interprètes a un timbre de voix différent, donc il faut en tenir compte, il faut des arrangements sur mesure. Ce sera aussi un concert féminin dans la mesure où cinq des vingt musiciens sont des filles. Imaginez, la moitié de notre section trompette est féminine, c’est vraiment cool. 

PANM360 : Le choix des pièces est vraiment très large, on passe de Cole Porter à Tom Jobim, on se retrouve dans des époques différentes. Comment s’est effectué votre choix de morceaux à interpréter ?

Juliette: Il faut dire qu’on est de très bonnes amies, nous chantons souvent ensemble et donc on a pu en discuter aisément. On nous a proposé différents formats de concerts et on a privilégié celui qui permettait des duos davantage qu’uniquement des solos, en plus d’une interprétation à six voix. C’est davantage un défi pour la collaboration, le mélange des voix. Et vous verrez le résultat le jeudi 13 mars. 

PANM360 : Ce qui m’intrigue le plus dans votre choix de musique, c’est la décision d’opter pour faire une pièce a capella avec un morceau de John Coltrane qui est purement instrumental. 

Juliette : Notre choix s’est arrêté sur la balade Central Park West de John Coltrane, qui est effectivement une chanson sans paroles. C’est donc ma collègue Gabrielle Nesset qui a composé les paroles et nous avons envoyé ça à João. 

João : J’ai cherché longtemps et j’ai fini par trouver une version chantée par une voix masculine en solo. Donc, faire un arrangement pour six voix était un vrai défi. Trouver des couleurs, des harmonies, sans instrumentation. Mais au total, je suis vraiment content et les filles ont travaillé fort. 

PANM360 :Au total, on entendra dix morceaux chantés en plus d’une pièce instrumentale pour le Big Band. En plus de ce qu’on a déjà évoqué, à quoi s’attendre ?

João: Pour moi, la grande nouveauté, ce sont les arrangements inédits de toutes ces pièces pour un format Big Band. Du jamais entendu. 

Juliette : Aussi, la diversité du répertoire : du gospel, du jazz, de la samba et j’en passe. Avec des timbres de voix tellement différents, du plutôt grave au très aigu. J’ai très hâte d’être sur scène et vraiment un grand merci à João pour ces formidables arrangements.

PANM360 : Je rappelle que le concert se déroulera le 13 mars à la Salle Claude Champagne de la faculté de Musique de l’Université de Montréal. En terminant, racontez-nous ce que vous faites, musicalement, en dehors de l’Université de Montréal.

Juliette: En plus des études, je suis membre d’un sextette qui s’appelle Junon et qui mélange chanson francophone, soul et jazz.

João: Je suis trompettiste, j’ai un quartette, mon propre big band et je joue au sein de nombreux groupes montréalais, notamment le Julian Gutierrez project, le groupe de mon compatriote Manoel Viera ainsi qu’une multitude d’autres. 
PANM360 : Merci à vous deux, obrigado

Programme attendu à la Semaine du Neuf,  la formation montréalaise Paramirabo est aussi une rencontre internationale avec Musikfabrik, parmi les ensembles phares des musiques de création en Allemagne. Le programme commun met de l’avant le travail des compositeur-ices Gordon Williamson, Chris Paul Harman, Paul Frehner, Juliet Palmer, Dylan Lardelli, sans compter des œuvres de feue Pauline Oliveros et Rodney Sharman. Dans ce contexte, les membres de  Musikfabrik ont cette fois été constitués en trio: hautbois/cor anglais, cor, contrebasse. Cette rencontre promet “ une palette sonore sombre et riche…une expérience avant-gardiste, fidèle à la mission des deux ensembles d’explorer les nouveaux langages de la musique contemporaine.” Sous la direction du flûtiste Jeffrey Stonehouse, Paramirabo est ici représenté par la pianiste Pamela Reimer, interviewée par Frédéric Cardin pour PAN M 360.

PAN M 360 : Musikfabrik est un ensemble légendaire en musique d’aujourd’hui. Comment anticipez-vous cette rencontre avec trois de ses membres?

Pamela Reimer: Nous anticipons une collaboration joyeuse ! Partage, apprentissage, expérimentation, ré-création. 

PAN M 360: Comment avez-vous construit le programme? Pourquoi avoir choisi les compositeurs et compositrices présents ?

Pamela Reimer: C’est le compositeur Canadien Gordon Williamson, maintenant basé à Hanovre, qui a proposé cette collaboration entre Musikfabrik et Paramirabo.  Essentiellement, c’est deux concerts pour le prix d’un !  Trois membres de l’ensemble Musikfabrik sont en tournée au Canada avec les œuvres de Dylan Lardelli, un compositeur néo-zélandais/maori, de la compositrice canadienne Juliet Palmer et de Gordon Williamson. Paramirabo va rejoindre aussi  le trio pour l’œuvre de Pauline Oliveros, conçue pour une instrumentation ouverte, et le duo pour cor anglais et piano du Vancouvérois Rodney Sharman. Paramirabo va bientôt partir en Europe, et nous avons choisi quelques pièces de notre répertoire de tournée.

Peter Veale, cor anglais, Musikfabrik

PAN M 360 : Les styles représentés sont assez différents. Y a-t-il un fil conducteur qui traverse la programmation?

Pamela Reimer: Pas vraiment !  C’est un festin de musique de partout, pour tous les goûts.

PAN M 360: Il y aura 5 créations sur les 8 pièces interprétées le 11 mars. Quelques détails intéressants à propos de chacune d’elles avant de plonger dans leur écoute lors du concert?

Pamela Reimer:

JULIET PALMER: L’œuvre blur of lichens est dédiée à son grand-père, qui était amateur de lichen et presque aveugle. L’œuvre interroge les limites floues.

DYLAN LARDELLI : The Giving Sea est une évocation spirituelle de l’océan, toujours en évolution, toujours en transformation avec ses éléments de profondeur, densité, mouvement et séparation

GORDON WILLIAMSON : Odd Throuple – une référence au :

1. dicton anglais Odd Couple, mais au lieu de deux il y en a trois !

2. Le trio d’instruments rarement entendus ensembles : hautbois, contrebasse et cor

PAUL FREHNER: Un pont sanguin – une méditation sur le ‘pont’ entre nous – les êtres-humains sur la terre – et le monde ‘après l’horizon’.  La pianiste joue du synthétiseur, et la percussionniste, les cencerros (les sonnailles) – à la recherche des sons qui évoquent les pluies de météores

CHRIS PAUL HARMAN: Francisez-moi – un hommage aux compositeurs anciens français, et aux grands écrivains et poètes français, avec quelques surprises !

Paramirabo reconnaît la générosité de Paul Frehner et de Chris Paul Harman pour leurs cadeaux musicaux !

PAN M 360 : Que dire à propos de la pièce de Pauline Oliveros, l’une des grandes figures de l’avant-garde de la 2e moitié du 20e siècle?

Pamela Reimer: Les musiciens de Musikfabrik ont proposé cette pièce, une œuvre sans notation traditionnelle, et plutôt des instructions, typique de Oliveros et sa célèbre philosophie deep listening.  Chaque interprète choisit une seule hauteur, et devrait l’aborder d’autant de façons possibles. Approche et départ, toujours différent. Court ou long, fort ou doux, dramatique ou méditatif, question ou réponse. Chaque itération est unique. 

BILLETS & PLUS D’INFOS

Programme

Pauline Oliveros: Approaches and Departures, Appearances and Disappearances for solo, duo or ensemble (1994)
Juliet Palmer: blur of lichens* (2025) – 10′
Dylan Lardelli: The Giving Sea* (2025) – 10′
Gordon Williamson: Odd Throuple*  (2025) – 10′

*Entracte*

Rodney Sharman: Remembering John Cage (2019) – 4′
Paul Frehner:  Un pont sanguin*  (2025)  – 10′
Chris Paul Harman:  Francisez-moi* (2025) 20′
Frédéric Lebel: Si le Temps, l’Espace (2022)

*Création

Publicité panam

Dédiée à l’exploration du chant lyrique et de l’opéra dans le contexte actuel, la compagnie Chants libres pilote notamment un Laboratoire lyrik, les artistes y explorent ici les concepts de présence et d’absence. Présenté à La Chapelle Scènes Contemporaines ce mercredi 12 mars, dans le contexte de la Semaine du Neuf, ce projet de recherche-création réunit le scénographe Cédric Delorme-Bouchard, la comédienne Jennyfer Desbiens, la violoncelliste Audréanne Filion, la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau et le compositeur Frédéric Le Bel, dans un triptyque pour voix, violoncelle et électronique. La dramaturgie de cette œuvre puise ici dans la voix, le son, le mouvement des corps et la lumière. Des métamorphoses s’opèrent, l’immersion est imminente. Avant quoi la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau, de surcroît la directrice artistique de Chants Libres, nous en explique les tenants et aboutissants.

PAN M 360  : Parlez-nous svp du laboratoire lyrik, expliquez-nous ses fondements et son lien avec cette production présentée à la Semaine du Neuf.

Marie-Annick Béliveau: Lorsque j’ai pris la direction artistique de la compagnie à l’été 2022, il me semblait important d’assurer la mission de Chants Libres pour la recherche-création lyrique. Je la décline en trois volets : créer du nouveau répertoire, explorer de nouvelles formes, mais aussi chercher de nouveaux processus de création. 

C’est justement dans le but de nous donner des occasions de chercher de nouveaux processus de création lyrique que j’ai décidé d’organiser des laboratoires lyriks: des événements de création qui mobilisent des moyens plus modestes, circonscrits dans le temps, qui s’échelonnent sur quelques jours seulement et qui nous permettent de tester des idées, des propositions, sans avoir pour objectif d’aboutir à la production d’un nouveau spectacle. 

Produire un spectacle lyrique est une grande opération, qui s’échelonne souvent sur deux ou trois ans,  qui mobilise d’importants moyens techniques, financiers, humains. Et donc, lorsque nous travaillons à ces nouvelles créations, nous sommes toujours plus ou moins en « mode solution », nous cherchons ce qui va marcher. Les laboratoires lyriks sont l’occasion d’essayer des formules, dans le contenu et dans la forme, sans chercher de solution. Le processus y est plus intéressant que le résultat final. 

C’est ce que nous présentons le mercredi 12 mars, c’est le fruit du travail d’une petite équipe de 5 personnes, de plusieurs conversations, partages d’idées, brainstorming et une trentaine d’heures de travail en studio.

PAN M 360:  : « Dans ce nouveau laboratoire lyrik de Chants Libres, les artistes explorent les concepts de présence et d’absence ». Mais encore ?

Marie-Annick Béliveau : Le laboratoire lyrik 03, celui qui sera présenté à la chapelle mercredi prochain, est en fait l’aboutissement d’une conversation. Frédéric LeBel m’a proposé un jour une idée de laboratoire, pour lequel il composerait de la musique pour voix, violoncelle et électro. Son idée était de faire entendre tour à tour la voix et le violoncelle live et/ou enregistré, et de jouer avec traitement et spatialisation pour créer l’ambiguïté, d’où viennent les sons qu’on entend?

J’ai alors pensé faire appel à Cédric Delorme-Bouchard, j’avais vu deux de ses créations justement dans lesquelles il réussissait à créer une dramaturgie en jouant avec les corps qu’on voit, ceux qu’on devine, ceux qui disparaissent. Nous sommes trois interprètes sur scène, qui est sonore? qui ne l’est pas? Pourquoi chante-elle? Pourquoi ne chante-elle pas alors qu’on l’entend?

PAN M 360: Quels sont les autres projets de Chants libres avec ce Laboratoire lyric ?

Marie-Annick Béliveau: Quelles seront les suites du Laboratoire lyrik 03? Je suis persuadée que nous allons tous sortir un peu transformés par l’expérience. Ce qui m’intéresse, c’est de proposer aux artistes et aux spectateurs d’imaginer créer un nouveau spectacle lyrique à partir de nouveaux paradigmes, par exemple sans histoire, ou sans partition, ou dans l’intergénéricité, dans le décloisonnement. Mettre dans la marmite des ingrédients inusités, inhabituels. Comment ces efforts de recherche-création influenceront-ils nos prochaines productions? Difficile à dire, il s’agit surtout de développer une posture.

PAN M 360 : Pouvez-vous élaborer davantage sur cette question de présence et d’absence?

Marie-Annick Béliveau: Frédéric a composé un duo pour voix et violoncelle que nous faisons trois fois, dans trois combinaisons différentes. Cédric a créé une dramaturgie à partir de nos trois corps, des éclairages qui les révèlent ou les dissimulent, et des regards que nous posons aussi les unes sur les autres. Selon qui on voit ou entend, mais aussi qui on ne voit pas qui regarde les autres et qui est regardé, il se crée des relations, des complicités, des rivalités, des jeux de domination et de soumission. 

J’ai toujours trouvé fascinant comment, pour une chanteuse, son corps sur la scène, soit-il immobile devant le piano ou en train de jouer une scène des Noces de Figaro, le corps de la chanteuse, du chanteur est très présent, le spectateur regarde l’artiste autant qu’il l’écoute, son visage, son regard, comment elle se déplace. Il l’écoute même quand elle ne chante pas. Au départ j’aimais beaucoup cette idée qu’on me voit et qu’on entende ma voix mais que je ne chante pas, et qu’on m’entende mais qu’on voit Jennyfer, et qu’on puisse se demander si c’est elle ou moi qui chante, ou qu’on attende qu’elle chante à son tour. 

Je vais vous faire sourire, mais j’adore le moment dans le Sempre Libera de la Traviata de Verdi, quand Violetta chante seule chez elle, et que tout-à-coup on entend Alfredo chanter dehors… absent mais tellement présent! Cette idée de Verdi est d’une efficacité redoutable. On attend qu’il revienne, et non! Rideau!

PAN M 360 : De quelle manière le public est-il impliqué dans ce processus?

Marie-Annick Béliveau: Le public fait partie de l’équation quand on fait du travail de création, du travail exploratoire. Je suis peut-être plus sensible à cela du fait que je suis une interprète. Souvent on travaille en studio, on essaie des trucs, on teste, on fait des choix, mais je sais que toutes les idées, si bonnes soient-elles dans le studio, demeurent des hypothèses tant qu’elles ne sont pas présentées devant un public. Et c’est d’ailleurs souvent seulement après avoir chanté devant un public qu’on peut dire ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui fonctionnera et ce qui devra être abandonné. 

Je suis d’ailleurs certaine que c’est jeudi que je pourrai vraiment vous dire quel était l’intérêt de ce laboratoire lyrik, nous allons le saisir quand le public sera dans la salle. 

Et je suis heureuse de pouvoir convier les spectateurs à venir partager ces moments d’exploration avec nous, d’avoir un public audacieux, qui vient voir et entendre l’art lyrique de création dans une phase de développement.

PAN M 360 : De quelle façon  s’est développé ce projet avec le scénographe Cédric Delorme-Bouchard, la comédienne Jennyfer Desbiens, la violoncelliste Audréanne Filion, le compositeur Frédéric LeBel et vous-même ?

Marie-Annick Béliveau: Nous avons d’abord eu une rencontre, une conversation, pour faire connaissance, pour parler de ces idées d’absence, de présence, de ce qui construit la dramaturgie. Aussi de l’idée de faire un spectacle lyrique sans texte, sans trame narrative au départ.  Ensuite nous avons lu les premières versions de la partition de Frédéric, Cédric et Jennyfer ont imaginé comment on pouvait la transposer en mouvement, en déplacement. 

Ce qui est fascinant, c’est que dans le studio sous les néons sans électronique ni micro, on saisissait très bien que Frédéric « entendait » tout le traitement sonore dans sa tête, et Cédric « voyait » la scénographie et les éclairages aussi dans sa tête. Ils nous les décrivaient, mais ça demeurait très abstrait. 

PAN M 360: Voix, violoncelle, électronique. Comment cette œuvre a-t-elle été construite? 

Marie-Annick Béliveau: Je ne peux pas me prononcer sur la démarche compositionnelle de Frédéric, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a au départ un dialogue entre la voix et le violoncelle. Mais le moment où Audréanne et moi relevons un vrai défi, c’est quand, pour répéter une deuxième fois la pièce, nous échangeons nos parties. Audréanne joue la partie vocale, je chante la partie de violoncelle, c’est assez périlleux. Nous devons « interpréter » la partition pour jouer ce qui est écrit mais surtout trouver comment nous imiter, et à tout le moins faire entendre l’échange. La partie électronique est un amalgame d’enregistrement et de traitement direct, et le tout est spatialisé. 

PAN M 360 : Que justifie le choix d’un triptyque?

Marie-Annick Béliveau: Plusieurs éléments nous ont incité à faire trois versions de la même pièce, d’abord cette question d’échange des parties, puis assez simplement parce que nous sommes trois interprètes, donc chacune reçoit sa part d’attention. 

PAN M 360 : Où situez-vous cette production dans votre saison de Chants libres?

Marie-Annick Béliveau: Par un concours de circonstances, nous avons 3 créations en moins de 11 mois c’est vraiment une année très intense pour nous. Ces projets de création sont ou ont été en chantier depuis 12, 24 mois et plus. Mais ce projet de laboratoire lyrik, ce projet de rencontre entre Frédéric et Cédric me tenait à cœur et la proposition du Vivier d’être à la chapelle dans la programmation de la Semaine du Neuf était une belle occasion. 

PAN M 360: Ce concert s’inscrit dans un vent de renouveau de la compagnie Chants libres. Quelques mots sur votre mandat encore récent de votre direction artistique?  

Marie-Annick Béliveau : Un vent de renouveau, certes, mais il est très important pour moi et pour Pauline Vaillancourt (que je remplace)  de demeurer fidèles et loyales au mandat de la compagnie. Quand Pauline a fondé Chants Libres en 1990, il était presque impossible pour un compositeur de trouver le moyen de créer un opéra au Québec.  La situation a changé, ici et ailleurs, les grandes maisons d’opéra se font un devoir de commander du nouveau répertoire, de présenter du répertoire contemporain, et j’en suis vraiment très heureuse. 

Le mandat de Chants Libres est bien sûr de produire de nouvelles œuvres, mais surtout il est primordial pour moi d’axer nos activités sur la recherche-création. 

La danse et le théâtre ont connu, au cours des dernières décennies, d’importantes avancées dans leur façon de se définir. Les arts de la scène voient les propositions inter-artistiques se multiplier, les frontières entre les disciplines deviennent poreuses. Cette scène multi génère un public nouveau, qui n’est pas un public de théâtre ou de danse, mais avant tout un public de création, qui carbure aux propositions singulières, dynamiques, inédites. Je pense que le théâtre lyrique de création a sa place dans cette mouvance. C’est dans cette direction que je veux faire évoluer Chants Libres. 

PAN M 360:  : Quelle est la réaction du public depuis votre arrivée en poste? De quelle manière la relation avec le public évolue-t-elle sous votre direction encore récente?

Marie-Annick Béliveau: La saison 24-25 est la première que je peux dire mienne, dans laquelle Chants Libres présente des projets que j’ai pilotés. Il est un peu tôt pour mesurer comment le public apprécie la direction que je donne à la compagnie. Toutefois, je pense que tant les spectateurs que le milieu en général ont remarqué que tous les projets présentés cette saison ou annoncés pour la prochaine sont des co-productions. L’opéra et le théâtre lyrique sont des formes multi ou interdisciplinaires, qui se prêtent facilement au jeu de la création collective, et c’est naturel pour moi, et même nécessaire, de développer des projets en collaboration avec des artistes du théâtre, de la danse, de la musique populaire, de la musique du monde, des arts numériques. Nous mettons nos compétences, nos ressources, nos publics et nos références en commun. Ça me rend très heureuse, et ça rend lumineux  l’avenir de Chants Libres. 

INFOS & BILLETS ICI

Publicité panam

Que ferez-vous le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes ?  Léa Dieghi, notre rédactrice de PAN M 360, va certainement danser à WOMEN OF THE INDUSTRY, aux côtés de Regularfantasy.  Pas vous ? Peut-être que vous devriez, vous ne le regretteriez pas… Et si vous ne connaissez ni l’une ni l’autre, c’est le moment de vous renseigner sur elles !  « Qui n’aime pas la musique ? » a répondu l’artiste Regularfantasy, alias Olivia Meek, lorsque Léa lui a demandé quand sa passion pour la musique avait commencé.

Née sur l’île de Vancouver et maintenant installée à Montréal – qu’elle appelle affectueusement le  » paradis francophone de Peter Pan  » – la DJ et productrice électronique a connu une véritable ascension au cours des dernières années. Entre ses collaborations avec des producteurs et artistes incroyablement talentueux comme Francis Latreille (aka Priori), Cecile Believe et Kristian North, la fondation de son propre label Plush Records aux côtés de D. Tiffany, et de multiples sorties de singles sur des labels canadiens et internationaux (Mood Hut, Heart to Heart, Pear, pour n’en nommer que quelques-uns), elle a continué à tracer son chemin musical.

En apportant à la scène électronique une atmosphère housy, techy, mais aussi groovy et sexy, elle est devenue une force zestée dans l’industrie. Artiste aux influences multiples (pop, R&B, rock et disco), Olivia Meek s’est finalement orientée vers le DJing et la production de musique électronique. Mais ce n’est pas seulement sa musique qui est source de plaisir, c’est aussi sa personnalité pétillante. 

Créant de nouveaux mondes sonores à chaque fois que la magie musicale opère – tant avec les artistes qu’avec le public – nous avons eu la chance de la rencontrer, entre deux voyages, avant sa performance avec le collectif Women of the Industry ce week-end. Dans cette interview, nous allons nous plonger dans son parcours musical et aussi aborder les enjeux féministes de sa pratique.

PAN M 360 : Commençons par l’essentiel – le point de départ – pour en savoir un peu plus sur vous. Quand cette passion pour la musique a-t-elle commencé ?

Regularfantasy: I’ve always had a passion for music. Apparently my first concert was when I was four years old. It was The Barenaked Ladies (a 90s Canadian rock band) and I danced in my chair before taking a nap. Music was always around me in terms of pop culture, and later it became a way to connect with people. My mum loved music and concerts, and we had tons of homemade tapes and CDs – back in the day. As a kid/teenager I took singing lessons, played piano, violin, marimbas & bongos, xylophone, flute, musical saw, sang in a choir, joined an R&B band, played triangle in a concert band and took guitar lessons. I was always drawn to music, but it never really clicked. Then I started jamming with people – playing guitar, drums, bass or keyboard – and recording covers. Sometimes I would play live at DIY events. I think what really got me was the community – the people, the friendships, the connections, the memories. It was more fun than video games, homework, sports or whatever else teenagers were doing.

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi de produire et d’interpréter de la musique électronique ? Qu’aimez-vous dans cette musique ?

Regularfantasy: J’avais un ami dont le frère aîné était DJ. Il a mis sur mon iPod des éditions disco que son frère avait faites, et j’ai été époustouflé. C’était à l’époque où MGMT et Chromeo sont devenus célèbres, et j’aimais déjà beaucoup les Bee Gees.  En même temps, j’allais toujours à la salle de sport et je cherchais de la bonne musique d’entraînement parce qu’on y passait de terribles remixes d’Avril Lavigne datant des années 2000 (ce qui semble bien, je sais, mais croyez-moi, ce n’était pas le cas). L’idée d’une musique qui fait danser et s’amuser les gens me fascinait. Puis mon ami a acheté des platines et j’ai commencé à écouter de la musique de danse, et je me suis dit… c’est ça. Je ne peux pas l’expliquer entièrement, mais quelque chose dans la musique électronique me parlait.

PAN M 360 : Comment décririez-vous votre musique ? Et quel type d’énergie cherchez-vous à créer dans vos représentations ?

Regularfantasy: Je ne pense pas pouvoir décrire ma musique, mais si je devais le faire, je dirais qu’elle est house, techy, vocale et trippante. Dans mes sets de DJ, je cherche à créer une ambiance entraînante, groovy, sexy et légèrement psychédélique. J’aime mélanger les genres d’une manière déroutante, mais aussi complètement erronée. Et bien sûr, j’adore les bons vieux bangers. J’aime que mes sets soient amusants mais aussi un peu introspectifs.

PAN M 360 : Il semble que les collaborations aient toujours été importantes pour vous, même à Vancouver. Pouvez-vous nous parler de vos expériences de collaboration avec d’autres artistes, collectifs, labels et albums ?

Regularfantasy: J’adore collaborer – avec d’autres artistes, producteurs, artistes visuels, photographes et labels. J’aime créer de nouveaux mondes avec les gens ; cela me passionne vraiment. Mais pour construire ces mondes musicaux, il faut de l’amitié, une communauté, une synergie et de bonnes idées. Il faut être enthousiaste à l’idée de faire quelque chose ensemble. C’est ce qui donne tout son sens à la collaboration.

PAN M 360:  Puisque vous vous produisez à la conférence Women of the Industry le 8 mars, avez-vous des idées sur l’aspect politique de la musique électronique, en particulier sur le rôle des femmes dans ce milieu ?

Regularfantasy: Je veux juste créer un espace amusant et fruité, où les gens puissent danser. J’adore voir les filles et les garçons devant, en train de danser à tout rompre. Mon objectif est que chacun passe un bon moment, se sente à l’aise, soit vu et, qui sait, soit même challengé. Voilà ma mission.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler de vos prochaines sorties et de vos prochains concerts ? On dirait que vous avez beaucoup bougé ces derniers temps !

Regularfantasy: Mon prochain spectacle a lieu ce samedi pour les Femmes de l’industrie ! Pour ce qui est des sorties, j’en ai beaucoup en chantier. Je termine un EP avec Spray et je travaille sur quelques projets avec le Montréalais Priori-nous avons un EP d’édition qui sortira en mars et nous nous préparons à des sorties plus longues et plus officielles.  Je collabore également avec Cecile Believe sur quelques titres qui seront bientôt dévoilés. Et bien sûr, je travaille avec Kristian North sur notre deuxième EP pour Rendezvous. Il y a beaucoup de choses à préparer, et la plupart d’entre elles sont presque terminées. Restez à l’écoute !

PAN M 360 :  Avez-vous une histoire amusante, absurde ou folle à raconter à propos d’un spectacle ou d’une représentation, qu’il s’agisse d’un spectacle auquel vous avez participé ou d’un spectacle auquel vous avez joué ?

Regularfantasy : Une nuit, je suis allée à un after-party au milieu des montagnes à Ibiza, s’y trouvait une chèvre qui disait : « Ils ont dit que c’était tout près. Ils ont dit qu’il n’y avait que cinc minues de route. » !!!

BILLETS ET PLUS D’INFOS ICI

LISEZ L’INTERVIEW WOMEN IN THE INDUSTRY

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, notre collaboratrice Léa Dieghi s’est entretenue avec le collectif Women of the Industry, événement où Regularfantasy, Karaba, Ekitwanda et Duchess se produiront ce samedi. Le spectacle comprendra un mélange de performances de DJ, de projets VJ et d’actes burlesques, offrant des performances sensuelles et pleines d’énergie tout au long de la nuit, le tout dirigé, bien sûr, par des femmes. En fournissant des informations clés sur leur organisation, ainsi que sur le rôle des femmes dans l’industrie de la musique, nous allons plonger ensemble dans leur vision du monde actuel en tant qu’artistes au féminin.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre organisation ? Quand a-t-elle été créée et quelles sont les figures clés de votre collectif ?

Women of the Industry:Women of the Industry a commencé il y a quatre ans, sous l’impulsion d’une de nos membres, Elisa. Elle souhaitait organiser un événement le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, pour célébrer et soutenir les femmes de l’industrie de la nuit. L’année suivante, Elisa, que ses amies surnommaient Zaza, a approché Catherine et Margaux, créatrices du PeachClub, pour les aider à organiser la première édition complète. Cette version met à l’honneur une programmation exclusivement féminine composée de DJs, de performeuses de burlesque et de commerçants locaux, faisant de l’événement une véritable célébration du rôle des femmes dans la scène parisienne. Elle est coproduite chaque année avec Moment Factory depuis deux ans.

PAN M 360 :Votre concept tourne autour du rôle des femmes dans l’industrie de la musique électronique, n’est-ce pas ? Quelle est la genèse de cette idée ?

Women of the Industry: La réalité de la place des femmes dans l’industrie de la vie nocturne est, pour le moins, problématique. Un rapide coup d’œil sur notre page Instagram (@womenoftheindustry) révèle des statistiques éloquentes sur l’écart persistant entre les hommes et les femmes. Par exemple, à l’échelle mondiale, seulement 30 % des réservations de festivals étaient faites par des femmes, contre 58,5 % par des hommes. En 2023, aux États-Unis, seuls 6,5 % des producteurs de musique étaient des femmes, et l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes reste de l’ordre de 20 %, même les femmes de haut rang gagnant moins que leurs homologues masculins pour le même travail.  Lorsque l’on considère ces statistiques et le climat politique général, on comprend pourquoi nous estimons qu’il est essentiel de créer des événements qui amplifient la voix des femmes et leur donnent l’espace qu’elles méritent.

PAN M 360:  Quels sont les spectacles prévus pour cette édition ? Quel type d’atmosphère souhaitez-vous créer ?

Women of the industry: Comme l’année dernière, nous collaborerons avec Arabesque Burlesque, une école de burlesque bilingue basée à Montréal qui adopte une approche féministe inclusive et intersectionnelle dans sa programmation. Ils offriront des performances sensuelles et pleines d’énergie tout au long de la soirée, y compris des gogo-danseurs et des numéros burlesques en solo et en duo. Ces performances seront rehaussées par un projet VJ révolutionnaire créé par l’équipe d’innovation de Moment Factory, dirigée – bien sûr – par une femme. Ce projet combine la technologie de l’intelligence artificielle avec la création et la projection d’images en temps réel, immergeant les fêtards dans une atmosphère visuellement stupéfiante où les artistes et le public se mélangent de manière transparente. Notre objectif est de créer une expérience inoubliable sur le dancefloor, qui soit à la fois immersive, inclusive et électrique.

PAN M 360:  Quelle est votre vision à long terme pour les femmes de l’industrie ? Qu’espérez-vous réaliser ?

Women of the Industry : Au fond, l’objectif des Femmes de l’industrie est de donner aux femmes une plateforme, de les aider à nouer des liens, à créer de nouvelles opportunités et à atteindre leur plein potentiel dans cette industrie et au-delà. Pour rester au courant de ce qui se passe, nous vous encourageons à suivre PeachClub (@tastethepeach) et Elisa (@turnt) sur Instagram. N’oubliez pas non plus de suivre la merveilleuse Regularfantasy, sur Instagram, mais aussi sur Bandcamp, Spotify et Soundcloud.

BILLETS ET PLUS D’INFOS ICI

LISEZ L’INTERVIEW DE REGULARFANTASY

Imaginée par la conteuse et librettiste abénakise Nicole O’Bomsawin et la compositrice Alejandra Odgers, Nanatasis pagaie sur les vastes réservoirs de trois légendes traditionnelles abénakises. S’y déroulent les récits de la Grand-mère Marmotte, les aventures épiques de Klosk8ba, garçon devenu homme, homme devenu héros. Création du monde à partir du premier son d’un hochet. Orignal géant et redoutable (Moz) que Klosk8ba réduit à sa taille d’objet usuel d’aujourd’hui. Hiver sans fin qui fait enfin place au printemps. Voilà les thèmes de trois légendes réunies dans cette œuvre commandée par Musique 3 Femmes, en coproduction avec l’ensemble de percussions Sixtrum et dirigée par le metteur en scène et scénographe métis Troy Hourie. Onze musiciens et quatre marionnettistes donnent vie au concept, le samedi 8 mars et le dimanche 9 au Théâtre Outremont. Dans le contexte de La Semaine du Neuf, la mezzo-soprano Kristin Hoff et  la compositrice Alejandra Odgers accordent une interview à Alexandre Villemaire pour PAN M 360. L’œuvre fut présentée en collaboration avec Le Vivier en mai 2024, la revoilà dans le contexte de la Semaine du Neuf

PAN M 360 : Nanatasis est un projet commandé par Musique 3 Femmes, la compagnie que vous dirigez avec la compositrice Luna Pearl Woolf et co-fondée en 2018 avec Suzanne Rigden et Jennifer Szeto. Pour qui ne connaît pas votre organisme, quelle est sa mission et qu’est-ce qui vous a incité à le fonder?

Kristin Hoff : Le projet M3F est né d’un désir de voir les femmes occuper davantage de postes de direction dans l’opéra. De voir les femmes prendre plus de place dans les rôles de créatrices d’opéra, de metteures en scène, de cheffes d’orchestre, de directrices de compagnie. Nous avons axé notre travail sur la création avec le prix bisannuel de commande et de développement, le Mécénat Musica Prix 3 Femmes. Cela signifie que c’est en soutenant les créateurs d’opéra – compositrices et librettistes – que nous avons eu le plus d’impact. Si nous voulions faire entendre des voix féminines dans l’opéra, c’est en partie parce que nous voulions entendre des histoires écrites par des femmes, où les femmes peuvent également être au centre de ces histoires, au lieu d’être victimes ou secondaires par rapport aux hommes, comme c’est souvent le cas dans l’opéra traditionnel. 

Cela dit, d’une manière plus générale, il nous tient vraiment à cœur d’apporter de nouvelles histoires sur les scènes d’opéra, de soutenir des voix qui n’ont pas encore été entendues sous cette forme. C’est pourquoi nous avons ouvert notre prix MMP3F à des candidats non binaires, et nous avons également ouvert une catégorie BIPOC, afin de nous assurer que nous soutenons également des voix culturellement diverses.

PAN M 360 : Que raconte Nanatasis?

Kristin Hoff : Créé par la conteuse et librettiste abénakise Nicole O’Bomsawin et la compositrice Alejandra Odgers, Nanatasis nous entraîne dans un voyage à travers trois légendes traditionnelles abénakises, grâce aux récits de la sage Grand-mère Marmotte et aux aventures passionnantes de Klosk8ba, un garçon devenu homme et héros. Ces légendes nous racontent l’histoire de la création du monde, à partir du premier son d’un hochet, un moz [orignal] géant et terrifiant que Klosk8ba réduit à sa taille d’objet usuel d’aujourd’hui, et celle d’un hiver sans fin qui fait place au printemps.

PAN M 360 : Alejandra, comment cette collaboration avec Nicole O’Bomsawin a-t-elle commencé?

Alejandra Odgers : En 2007, pendant mes études de doctorat j’avais décidé de composer une pièce basée sur des chants des indigènes de mon pays d’origine, le Mexique. C’était le printemps, et j’étais dans une étape de recherche de textes quand j’ai décidé d’aller manger à une cabane à sucre. J’ai entendu qu’à la Maison des peuples autochtones au Mont St-Hilaire on y offrait un repas aux saveurs amérindiennes et qu’il y avait une femme abénakise qui présentait une animation avec des chants et des danses. Aimant les cultures de partout dans le monde, il n’en fallait pas plus pour me convaincre que c’était l’endroit où je voulais aller. Et cette femme abénakise était Nicole. Je suis tombée amoureuse de sa culture, de ses chants et j’ai fini par lui demander si elle acceptait que j’enregistre ses chants pour pouvoir composer une pièce pour orchestre symphonique avec eux. Généreuse comme elle est, elle a accepté et cela a été le début d’une amitié et d’une collaboration qui dure depuis 18 ans et qui a permis la naissance d’au moins quatre de mes œuvres.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui a guidé votre inspiration et votre choix de l’instrumentation qui fait essentiellement appel à un ensemble de percussions et flûtes?

Alejandra Odgers : Lors de la longue entrevue que j’ai faite à Nicole en 2007, j’ai appris que les Abénakis utilisaient comme instruments le hochet, le tambour, des bâtons de bois et aussi parfois la flûte. Alors, quand le temps de penser à l’instrumentation de l’opéra est arrivé, le choix était déjà fait : Instruments de percussion et flûte. J’ai décidé d’avoir quatre percussionnistes afin d’avoir un musicien dans chaque coin de la scène, et avoir un effet quadriphonique qui en même temps représentait les quatre points cardinaux. 

PAN M 360 : Avez conçu la musique comme une trame narrative unique ou bien chacune des trois légendes porte-t-elle une signature musicale particulière?

Alejandra Odgers : En fait, c’est un peu les deux. Il s’agit de trois légendes qui pourraient être indépendantes. Mais, pour l’écriture du livret et pour la composition on a créé des fils conducteurs qui créaient un lien entre les trois légendes. Du côté de l’instrumentation, bien qu’il s’agît toujours de quatre percussionnistes et la flûte, chaque légende à « sa couleur ». Pour la légende de la création, l’instrument principal est le hochet; pour celle de Moz, les tambours (en bois et des peaux) et pour Pebon et Niben les percussions de métal.

PAN M 360. : Une première présentation d’extraits de Nanatasis a eu lieu le 30 mai 2024 à la Salle Bourgie dans le cadre d’un concert honorant les autres lauréates de l’appel d’œuvres que vous aviez lancées en 2022 et leur création (Je suis fille de la fille, Analía Llugdar & Emné Nasereddine ; Raccoon Opera (Rebecca Gray & Rachel Gray). Y a-t-il des différences entre ce moment et la représentation du 8 mars et comment l’œuvre a-t-elle gagné en maturité ?

Kristin Hoff : Le spectacle de Bourgie nous a permis de présenter une seule légende dans une version essentiellement musicale. Quelques marionnettes étaient également présentes lors du spectacle, ainsi que des vidéos et des éclairages. Il s’agit ici de la version intégrale – la vraie. Les trois légendes sont présentées sur une scène magnifique avec un plancher peint, des écrans en peau d’animal, l’île des Abénaquis, avec toutes les marionnettes, les costumes, les danses traditionnelles abénaquises, les ombres chinoises, la conception vidéo et une mise en scène complète – le spectacle complet avec tout ce qu’il y a de plus beau et de plus beau !

Alejandra Odgers : Aussi, depuis la présentation de l’année passée, on a peaufiné le fil narratif qui parcourt les trois légendes. Et du côté musical, on sent que les chanteurs se sont approprié leurs personnages et les musiciens connaissent vraiment la musique, les légendes. Tout est plus cohérent.

PAN M 360 : À partir de quel moment l’idée s’est présentée d’impliquer dans le concert le Festival de Castelliers?

Kristin Hoff : J’ai rencontré Louise Lapointe, directrice artistique de Casteliers, il y a environ 18 mois, alors que nous collaborions à un projet de résidence pour d’autres créateurs. Je lui ai parlé du projet sur lequel nous travaillions, un opéra de marionnettes qui mettrait en scène trois légendes abénaquises et qui serait notre première incursion dans le domaine de l’opéra de marionnettes. Elle a été séduite par l’idée et m’a demandé de lui envoyer plus de détails. Le reste appartient à l’histoire !

PAN M 360 : Kristin, en tant qu’interprète dans l’opéra, mais aussi en tant que directrice de production de celui-ci, que retenez-vous comme expérience humaine dans le processus de création de cette œuvre avec les divers intervenants?

Kristin Hoff : Ce fut une belle occasion de partage à bien des égards. N’étant pas une organisation autochtone, M3F a abordé ce projet avec beaucoup d’humilité. Mais Nicole O’Bomsawin a ouvert sa culture et ses histoires pour que nous puissions tous y pénétrer et y prendre part. Elle pense que c’est la meilleure façon de les comprendre, de les connaître et de les aimer. Cette générosité est très particulière. Je lui suis profondément reconnaissante, ainsi qu’aux populations indigènes qui ont contribué à la réalisation de ce projet et qui l’ont partagé de cette manière.

PAN M 360 : Et vous Alejandra, que retenez-vous comme expérience humaine dans le processus de création de cette œuvre avec les divers intervenants?

Alejandra Odgers : Je crois que peu de choses me touchent plus que de voir comment des gens qui viennent d’origines diverses, et parlent différentes langues peuvent travailler ensemble et donner le mieux d’eux-mêmes pour créer ensemble quelque chose de beau. Dans ce cas-ci, les légendes abénakises. C’est incroyable le nombre de personnes impliquées dans un projet comme celui-ci qui se voulait « un petit opéra de chambre ». Collaboration, partage, entraide, ouverture, écoute, patience et respect (des points de vue et des rythmes d’autrui) étaient de mise. Arriver à le faire, dans un projet de longue haleine comme celui-ci, c’est du bonheur et me donne de l’espoir dans le monde compliqué où nous habitons aujourd’hui. 

Publicité panam

Si vous ne le savez pas encore, ce qui est malheureusement fort possible vu la sous-diffusion chronique des musiques de création dans la sphère médiatique, le superbe quatuor de saxophones Quasar commémore 30 ans d’existence. Reconnu mondialement pour sa haute virtuosité et pour son inclination aux œuvres de notre temps dans le réseau des expressions contemporaines en musique, Quasar est un membre actif du Vivier. On comprendra pourquoi  Quasar a l’insigne honneur de présenter le concert d’ouverture à la troisième Semaine du Neuf, ce samedi 8 mars. Pour ce, Alain Brunet a interviewé l’excellente saxophoniste Marie-Chantal Leclair, directrice artistique de Quasar.

BILLETS ET INFOS ICI

PAN M 360 : Ce programme  présente en première nord-américaine trois œuvres lituaniennes, contrastées et fortes en évocations: Calligrammes (Kristupas Bubnelis), Trauma (Mykolas Natalevičius) et Azaya (Egidija Medekšaitė).  Pourquoi ces choix lituaniens? Un thème?

Marie-Chantal Leclair: En octobre 2024, Quasar a présenté trois concerts en Lituanie. L’un de ces concerts avait lieu à Vilnius, dans le cadre du Festival d’automne organisé par l’Association des compositeurs lituaniens.  Le Festival a commandé à notre intention trois pièces aux compositeurs Kristupas Bubnelis et Mykolas Natalevičius et à la compositrice Egidija Medekšaitė. Nous avons eu la chance de travailler avec eux et elle sur place avant de les créer en concert. Nous avons découvert trois univers musicaux singuliers et inspirés que nous présentons maintenant à Montréal, convaincus de l’importance de faire entendre les voix de ces trois artistes. 

Le thème du festival « Global issues, Theories of Survival » faisait référence aux grands enjeux planétaires, géopolitiques, climatiques et technologiques, qui bousculent et fragilisent notre monde. Comment ces enjeux résonnent-ils dans les œuvres des compositeurs, dans le monde de la musique et dans la façon dont le public la reçoit ? C’est sous ce thème que les deux compositeurs et la compositrice ont imaginé leur pièce, chacun se l’appropriant à sa façon. J’ai voulu partager  ces œuvres avec notre public montréalais mais j’ai aussi voulu partager ce thème et la réflexion qui l’accompagne, persuadée qu’ici aussi (à plus de 6000 km de Vilnius), il résonne, et que ces préoccupations sont aussi les nôtres. 

PAN M 360:  « Le quatuor de saxophones Quasar poursuit ses collaborations internationales et aborde avec sensibilité les grands enjeux de notre monde », annonce le programme officiel du Vivier. Qu’entendez-vous par les grands enjeux  de notre monde? On sait qu’il y en a pas mal ces jours-ci!

Marie-Chantal Leclair : Les enjeux sont climatiques, économiques, technologiques, socio-politiques, à la fois locaux et internationaux. Nous les abordons avec beaucoup d’humilité. En fait nous tendons une perche, proposons un moment de réflexion, nous essayons de créer une occasion. Le titre du concert réfère à nos peurs devant ces « défis planétaires », devant l’ampleur de la menace. Nous espérons qu’ensemble, nous pourrons mieux les affronter, ou à tout le moins se retrouver dans un espace de dialogue et de solidarité, porteur de sens et d’espoir. 

PAN M 360: « Le titre Tout ce qui m’épouvante est tiré d’un poème de Guillaume Apollinaire, dont certains extraits sont récités dans la pièce de Kristupas Bubnelis. Cette citation évoque nos peurs, nos terreurs, dans ce monde de défis mondiaux, mais aussi le pouvoir salvateur et nécessaire de l’art. » Inutile d’ajouter que ce thème arrive à point nommé dans le contexte global mais… peut-on savoir ce qui vous a incité à qualifier ce programme prévu à la Semaine du Neuf?

Marie-Chantal Leclair : Je suis intéressée par l’aspect poétique du titre, son pouvoir d’évocation (c’est un extrait du poème d’Apollinaire) et en même avec son lien brutal avec une réalité non moins brutale.  « Tout ce qui m’épouvante » nous renvoie à la fois à l’intime et à la situation extérieure. Les musiciens, les artistes ne sont pas déconnectés du monde, nous ne vivons pas dans des bulles. Même sans faire de nos œuvres des manifestes, nous sommes touchés, affectés comme tous les autres citoyens et citoyennes. La salle de concert n’est pas imperméable au monde extérieur, même si l’art peut être un refuge, un espace de liberté. On ne peut pas faire comme si de rien n’était, autant créer un espace ouvert aux échanges. 

Quelques mois après le Festival de Vilnius, alors que nous sentons la pression continuer de monter, nous nous posons nous aussi aujourd’hui les questions suivante :

Quelle est l’influence des grands enjeux planétaires sur la musique des compositeurs d’aujourd’hui? 

Peut-on, doit-on en faire abstraction? 

Nous divisent-ils, ou nous unissent-ils? 

Comment ces enjeux résonnent-ils dans les œuvres des compositeurs, dans le monde de la musique et dans la façon dont le public reçoit la musique. 

Le 11 mars, d’ailleurs,  une table ronde réunissant différents artistes de la Semaine du Neuf abordera ces questions. 

PAN M 360: Au fil du temps, Quasar a tissé des liens avec plusieurs réseaux d’artistes à l’étranger. Comment évaluez-vous l’importance de ces réseaux  dans  l’édifice de vos réalisations?

Marie-Chantal Leclair: C’est un impact majeur pour nous et aussi je l’espère pour notre communauté. Ça remonte à loin, notre première tournée internationale a eu lieu en 2006, et ça a pris une importance grandissante avec le temps. Ce qui m’intéresse c’est le dialogue artistique et humain, l’échange. Nous avons la chance de côtoyer une grande communauté d’artistes, interprètes, compositeurs, commissaires, etc. un peu partout dans le monde. Ils ont beaucoup nourri notre démarche artistique mais toujours en résonance et en dialogue avec notre forte appartenance au milieu montréalais et québécois des musiques nouvelles qui est d’une très grande vitalité créative. Tous ces contacts influencent notre vision du monde dans sa globalité. L’étranger devient un ami pour toujours.

PAN M 360:  Pourriez-vous développer brièvement sur chacune de ces 3 œuvres « fortes en évocation »? Un mot sur leurs compositeurs.trices? La nature et les enjeux de ces 3 œuvres?
Mykolas / Trauma : Librement inspiré du phénomène du syndrome post-traumatique, cette pièce est une succession de moment de détente et de montées de tension, de consonances et dissonances, symbolisant une douleur croissante vers une possible guérison appuyé par un continuum de sonorité très soutenues, intenses, riches et complexes. 

Kristupas / Calligrammes : Un flux poétique et musical débridé, impétueux, virtuosité et contrastes extrêmes. Toute une « ride ».

Egidija / Asaya: Musique avec bande électronique fondée sur des drones évoquant le bourdonnement des abeilles. Peu à peu les sonorités harmonieuses se transforment en chaos. Un geste fort, direct, coup de poing.  Avec une vidéo, créée par Lukas Miceika, dont les images évoquent le moteur du drone Predator.

Une quatrième pièce du compositeur lituanien Vykintas Baltakas est au programme, c’est une œuvre plus ancienne que nous avons créée suite à une rencontre inattendue avec le compositeur au Festival de Witten (Allemagne). Inspirée de l’oiseau mythique le phénix, qui renaît de ses cendres de façon cyclique, j’aime croire qu’elle symbolise notre capacité à renaître en tant qu’humanité. 

PAN M 360: S’ajoute l’œuvre The Saxophone Quartet/While Flying Up, de la compositrice ukrainienne Alla Zagaykevych, coup de cœur du quatuor, qui rend hommage à la lutte du peuple ukrainien. Nous sommes toujours en Europe de l’Est et on sait ce qui vient de se produire à Washington avec cette humiliation/embuscade du président Zelinsky. Alors comment voyez-vous cette œuvre dans le contexte? Et quelles sont les caractéristiques principales et les enjeux d’interprétation de cette œuvre?
Marie-Chantal Leclair: Nous avons rencontré Alla dans le cadre de sa résidence au Vivier en 2022, soit au début de la guerre. Ce fut une très belle rencontre artistique et humaine. C’est une grande artiste et une femme d’un courage extraordinaire. Après sa résidence à Montréal, elle est retourné à Kiev où elle continue sa vie d’artiste et de pédagogue. Porter la voix des artistes ukrainiens, c’est rendre hommage à la qualité de leur art et aussi une façon de les humaniser, de leur donner une place dans le monde, de porter leur voix. 

C’est une pièce d’une très grande sensibilité avec une écriture très raffinée et affirmée. C’est une pièce faite de milliers de détails et chacun a son importance. La pièce demande une grande maîtrise des nuances douces, des attaques, l’exploitation des sons multiphoniques très délicats. Chaque son a sa place, son rôle et cela requiert une très grande concentration. 

PAN M 360: Votre 30e anniversaire est émaillé de plusieurs concerts dont celui-ci

« Pour célébrer ses 30 ans, Quasar propose une version spéciale anniversaire de son concert De Bach à Zappa, célébrant trois décennies de créations au cours desquelles Quasar a marqué le paysage musical d’ici et d’ailleurs. Toujours éclectique, énergique, et festive, cette nouvelle mouture d’un concert ayant conquis les publics de tous genres (de Havre-Saint-Pierre à Moscou!) accorde une place de choix à de nouvelles œuvres québécoises créées par Quasar : Rouge, de Jean Derome et le théâtre musical de Michel Smith, Squat au Quat »… Pourriez-vous élaborer sur ce programme et son actualisation?

Marie-Chantal Leclair: Le programme De Bach à Zappa roule depuis 20 ans et la formule fonctionne toujours auprès du public et nous avons toujours un grand plaisir à le présenter ! On commence avec Bach, on finit avec Zappa et entre les deux, on voyage entre les époques et les styles musicaux. Entre Bach et Zappa, les œuvres peuvent changer mais l’objectif est toujours de faire découvrir au public les multiples facettes du saxophone en choisissant toujours des œuvres que nous estimons être de la plus grande qualité peu importe les styles ou époques. C’est un programme vivant, pas figé, qui évolue et se transforme avec nous tout en gardant son essence. 

L’intégration de répertoire contemporain et plus particulièrement de contenu québécois original a toujours fait partie du projet  De Bach à Zappa. Ce programme nous a permis d’aller à la rencontre de publics diversifiés ici mais aussi à l’étranger et pour nous c’est important de nous adresser aussi au grand public en dehors des concerts des diffuseurs spécialisés et festivals spécialisés en musique nouvelle. C’est complémentaire. 

Cette année, c’est la première fois que nous intégrons le théâtre musical de Michel Smith. On se fait plaisir et je pense qu’on fait aussi et surtout plaisir au public. C’est une œuvre formidable, drôle, colorée et hors-norme, à l’instar de son créateur. Autour d’une musique profondément originale se trame une histoire pas claire en quatre protagonistes qui travaillent à se rendre quelque part en surmontant quelques embûches…!

PAN M 360: Quel est le liant entre  Bach, Chick Corea, Frank Zappa, Will Gregory, Jean Derome et Glazounov?

Marie-Chantal Leclair: Ce sont tous d’excellents compositeurs dont nous adorons jouer les pièces!

PAN M 360:  Plus que jamais, Quasar semble revisiter le jazz moderne ou contemporain. Quel est votre lien avec le jazz?
Marie-Chantal Leclair: Notre lien avec le jazz est libre et sans prétention. Il faut dire que le jazz d’avant-garde, le free, partagent des choses avec les musiques contemporaines. Les genres musicaux ne sont pas cloisonnés. Il faut aussi dire aussi que l’improvisation fait partie de la pratique de Quasar depuis très longtemps, et c’est donc un terrain commun (même si avec des codes et une tradition différente) avec le jazz. Finalement, il faut mentionner qu’il y a tout un répertoire pour quatuor de saxophones qui flirte avec les esthétiques jazz, et nous ne boudons pas notre plaisir quand l’occasion se présente. Je prends pour exemple Facing Death  de Louis Andriessen, véritable hommage à Charlie Parker que nous avons endisqué.

André Leroux en parallèle avec son travail avec Quasar est un grand interprète virtuose et improvisateur de jazz. Sa proximité avec la communauté du jazz a facilité des rencontres et des échanges c’est certain. Je pense ici en particulier à notre collaboration avec François Bourassa avec lequel nous venons de mettre sur pieds un nouveau programme de concert Autour de Chick Corea et pour lequel François a composé et arrangé de nouvelles pièces pour ce quintette, Quasar-Rass. 

PAN M 360:  Pourriez-vous commenter brièvement chaque œuvre au programme du 6 mars?

Johann Sebastian Bach : L’Art de la Fugue

Michel Smith : Squat au quat

Chick Corea : Children’s Song

Frank Zappa : Peaches En Regalia

Will Gregory : High life

Jean Derome :(Rouge)

Alexandre Glazounov  : Quatuor op. 108  

  • Bach : l’art de la fugue, chef-d’œuvre incontournable du grand maître baroque, que nous jouons depuis 30 ans et vers lequel nous retournons toujours. 
  • Glazounov : Probablement l’unique grande œuvre romantique écrite pour quatuor de saxophones, une exception qui faut vraiment le détour, et fait résonner le quatuor de façon inédite. 
  • Chick Corea : Œuvre originalement écrite pour piano solo, de facture assez classique, une série de courtes pièces inspirées du monde de l’enfance et que nous intercalons à différents moments du programme. Des petits bijoux. 
  • Jean Derome: une pièce formidable composée à partir d’une seule gamme qui part de la note la plus grave du baryton, jusqu’à la plus haute du soprano sans jamais se répéter. Il faut être 4 pour la jouer dans son entier et cela a valeur de symbole de solidarité et de la nécessité d’être ensemble pour réaliser des choses. Un savant mélange de mélodies (chant d’amour, chant de guerre) avec des moments d’improvisation, le tout avec la touche unique de Jean. 
  • Will Gregory : Inspirée de la musique sud-africaine, cette pièce est une ode à la joie, au soleil, irrésistible. 
  • Michel Smith : Voir plus haut (De Bach à Zappa), pièce qui faisait partie du concert « J’men’sax » lauréat d’un prix Opus concert de l’année. 

Le quatuor de saxophones Quasar est constitué de Marie-Chantal Leclair (soprano), Mathieu Leclair (alto), André Leroux (ténor), Jean-Marc Bouchard (baryton). L’automne dernier, Quasar a lancé Chaleurs, pièce de l’illustre Walter Boudreau.

Publicité panam

Le dimanche 9 mars à la Maison symphonique, l’Orchestre philharmonique et Choeur des mélomanes convie le public à un voyage astronomique et méditatif qui le transportera jusqu’aux confins du cosmos et dans la vitalité du monde terrestre et de l’âme humaine. Dans un programme mettant en relief tant l’orchestre que les choristes du chœur, le jeune et dynamique chef Francis Choinière dirigera Les Planètes de Gustav Holst et le Gloria de Karl Jenkins, deux œuvres stylistiquement à l’opposé, mais marqué par une grande énergie, une vitalité et des contrastes. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a pu en discuter avec le maestro.

PAN M 360 : Vous proposez pour ce concert deux œuvres qui mettent en évidence à la fois l’orchestre et le chœur avec des langages musicaux variés, mais extrêmement imagés. Qu’est-ce qui vous a mené à choisir ces deux œuvres et pourquoi?

Françis Choinière : La connexion entre Les Planètes de Gustav Holst et le Gloria de John Jenkins est dans l’utilisation de l’orchestration, de l’énergie rythmique et des textures musicales pour transmettre des thèmes cosmiques / spirituels, bien que dans des contextes différents.

Holst et Jenkins utilisent tous deux le rythme comme un moyen de faire avancer la musique. Dans Les Planètes, l’intensité rythmique est une caractéristique majeure, en particulier dans des mouvements comme « Mars » où des rythmes syncopés et implacables animent toute la pièce. Dans le Gloria de Jenkins, la structure rythmique est également puissante, en particulier dans les sections énergiques qui reflètent la nature du texte (Gloria). 

PAN M 360 : La suite Les Planètes de Holst est une œuvre marquante du répertoire qui a inspiré énormément de compositeurs de musique de film, comme John Williams dans Star Wars notamment. Quels sont les éléments de langage que le public pourrait reconnaître?

Françis Choinière : L’orchestration et l’harmonie de Holst a une grande influence sur John Williams, ainsi que le développement de motifs. Dans Les Planètes, les cuivres sont souvent utilisés pour créer des effets majestueux et puissants, notamment dans le mouvement « Mars, le Porteur de guerre ». Cette utilisation du cuivre pour souligner la grandeur ou la menace est quelque chose que l’on retrouve dans la musique de film de John Williams, notamment dans Star Wars, où les cuivres jouent un rôle majeur pour souligner l’héroïsme ou la confrontation.

Holst a créé des motifs mémorables pour chaque mouvement de Les Planètes, chaque planète étant représentée par un thème distinct. Les couleurs mystiques de « Neptune » ont une grande influence sur la musique plus mystérieuse de l’espace! 

PAN M 360 : Entre la trame sonore de Star Wars et Les Planètes, quelle est l’œuvre que vous avez entendue en premier? 

Françis Choinière : J’ai entendu la musique de Star Wars en premier! Holst est venue un peu plus tard dans mon écoute ! 

PAN M 360 : La période pendant laquelle Les Planètes a été composée est intéressante, car, elle été écrite entre 1914 et 1917, en pleine Première Guerre mondiale. Est-ce que le contexte social et géopolitique de l’époque a eu une influence sur le processus de l’écriture de Holst ou dans la musique même?

Françis Choinière : Le plus évident dans Les Planètes est l’influence directe de la guerre dans le mouvement « Mars, le Porteur de guerre ». Il y a aussi potentiellement un souhait pour la paix à travers des moments de contemplation avec « Venus » et « Saturne ». 

PAN M 360 : Parlez- nous un peu de Karl Jenkins pour celles et ceux qui ne seront pas familiers avec son œuvre. Qui est-il et où se positionne-t-il dans la musique des XXe et XXIe siècles? 

Françis Choinière : J’ai moi-même découvert son œuvre The Armed Man: A Mass for Peace, qui me fascinait à un très jeune âge. Karl Jenkins est un compositeur dont la carrière est marquée par une fusion de genres musicaux variés, allant du jazz au classique en passant par la musique du monde. Il est particulièrement reconnu pour sa musique chorale et orchestrale.

PAN M 360 : Son Gloria que l’OPCM va interpréter est dans un registre esthétique complètement différent si on compare avec la première partie du concert. Il y a des influences musicales multiples, on pourrait même dire multiculturelles à cause, entre autres, de l’effectif aux percussions et une portée universelle en lien avec son propos. Que vouliez-vous exprimer avec ce contraste stylistique?

Françis Choinière : Karl Jenkins a souvent été influencé par diverses traditions musicales, y compris celles du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique, ce qui donne à son œuvre une dimension mondiale. Il a également exploré l’utilisation de textes sacrés et mystiques issus de diverses traditions religieuses, ce qui renforce la dimension universelle de sa musique.

PAN M 360 : L’œuvre comporte-t-elle des défis particuliers tant pour l’orchestre que pour le chœur?

Françis Choinière : Le Gloria contient des changements de tempo et de rythme fréquents. Ces changements sont parfois subtils, parfois plus abrupts, et il est essentiel que le chœur et l’orchestre réagissent de manière fluide et cohérente. Il y aussi plusieurs styles différents à exécuter dans cette pièce, que ce soit les passages lyriques du 2e et 4e mouvement, ou les grandes parties très cuivrées du 1er et 5e mouvement qui demande une intonation parfaite avec les cuivres, et une bonne balance avec le chœur. 

PAN M 360 : Un mot rapidement pour mentionner des éléments de vos actualités personnelles. Vous avez lancé il y a deux semaines votre premier album de compositions originales intitulé Réflexions. Qu’avez-vous voulu exprimer avec ces pièces?

Françis Choinière : Chaque pièce dans l’album exprime une partie de ma vie, que ce soit « Renaissance », qui reprend un thème de mon enfance, ou « Coup de foudre », qui peint un moment spécial dans ma vie. C’est la première fois que je partage cette partie plus personnelle à travers la musique, non seulement avec mes compositions, mais aussi en tant que pianiste interprète.

PAN M 360 : Quels sont les prochains projets qui vous attendent vous et vos ensembles?

Françis Choinière : Pour l’Orchestre FILMharmonique nous serons en tournée avec le concert Bond Symphonique de mai à juin 2025 dans plusieurs villes du Québec et du Canada.  En août 2025 nous présenterons un concert autour de l’univers cinématique de Marvel (MCU) et en septembre, dans le cadre de notre série L’univers symphonique du cinéma, nous rendrons hommage à l’œuvre de John Williams.
Nous confluerons notre saison à l’OPCM le 24 mai à 19h30 à la Maison symphonique avec la Symphonie no 2 « Résurrection » de Gustav Mahler avant de nous plonger dans le répertoire de la prochaine saison qui sera annoncée très bientôt!

La transhumance de Sirine Hassani n’est peut-être pas épique… mais pas loin! Née en France de parents amazighs algériens, débarquée à Rimouski à l’âge de 18 ans, aujourd’hui établie à Québec, elle pratique un très solide rap francophone. Le propos est aux antipodes du small talk, s’incarne sous le pseudo Sensei H. La sensibilité extrême et la lucidité frappante de Sirine sont ses meilleures alliées et, elle vous le dira dans ce qui suit, elles peuvent aussi devenir ses pires ennemies. Les alliées de Sirinie servent ici son talent évident d’autrice et de rappeuse, incarné sous le pseudo Sensei H, adoptée par la scène rap de Québec, sans compter ses apparitions pour le moins concluantes aux Francouvertes de 2024.Capable d’explorer les tréfonds de son être bon gré mal gré, elle en fait du rap. Son premier album lancé fin 2024: La mort du troisième couplet. Ce qu’elle explique en long et en large dans cet entretien vidéo avec Alain Brunet pour PAN M 360, dans le contexte de son escale montréalaise imminente, le 21 mars prochain au Centre PHI.

Publicité panam

Du 8 au 16 mars, soit pour une troisième année consécutive, Groupe le Vivier présente La Semaine du Neuf. Le plus important diffuseur québécois des musiques de création lance son événement, ce samedi 8 mars: 13 programmes (dont une installation) présenteront 25 créations, sans compter les autres œuvres inscrites. Axée principalement sur la production locale cette année, cette Semaine du Neuf a pour objet de catalyser notre ouverture et notre curiosité  de mélomanes à l’endroit de la composition et de l’interprétation des musiques de création, instrumentales, électroniques, audiovisuelles, immersives ou destinées au bon vieux concert.

Avant le grand démarrage prévu ce 8 mars, le directeur artistique du Vivier a été interviewé par Alain Brunet pour PAN M 360. Jeffrey Stonehouse nous cause ici des publics courtisés par Le Vivier et commente sa programmation, concert par concert.

Publicité panam

PAN M 360 : Depuis quelques années, on observe que le public du Vivier est très varié, multigénérationnel, éclectique. Le résultat d’un travail conscient?

Jeffrey Stonehouse : Nous travaillons très fort sur la diversification de notre auditoire, nous tenons à créer des contextes propices à une résonance avec de nouveaux publics. Nous souhaitons  évidemment continuer à le faire avec la Semaine du Neuf. 

PAN M 360 : Comment faire pour satisfaire tous les publics qui peuvent s’intéresser à la communauté du Vivier?

Jeffrey Stonehouse :  Il n’y a pas un seul public au Vivier. C’est aussi varié que les gens qu’on croise dans le métro. On souhaite que la programmation, il s’agit bien sûr d’un souhait, représente la diversité de notre ville. C’est un développement, c’est un croisement entre public spécialisé, grand public et jeune public/famille. 

PAN M 360 : De quelle manière le grand public peut-il être attiré par une telle programmation? 

Jeffrey Stonehouse : Je crois personnellement qu’il existe des gens ouverts partout dans la société, ce sont pour moi des fans cachés – profs de cégep, fans de théâtre expérimental, spectateurs en quête d’expériences plus intenses, etc. Pour embarquer dans la Semaine du Neuf, ça prend une ouverture ! Les expériences y sont complètement différentes d’un soir à l’autre, de l’immersion audiovisuelle, à l’acousmatique en passant par le théâtre de marionnettes, le tout ancré dans de nouvelles compositions.

PAN M 360 : Quel est le liant de cette programmation de la troisième Semaine du Neuf ?

Jeffrey Stonehouse : C’est une programmation entièrement fondée sur la création. Nous présentons 25 créations cette année. Ce qui nous mène dans plusieurs salles emblématiques de la ville, en tout une douzaine de programmes et une installation de Jean-François Laporte qui nous permet de découvrir le nouveau lieu du Vivier. Le liant de ce festival se trouve dans toutes les facettes de la musique de création. Le ciment, c’est le neuf, le nouveau.

PAN M 360 : Allons-y du commentaire de la direction artistique pour chacun des programmes. Alors avec l’installation Spirituel de Totem Contemporain sous la direction de Jean-François Laporte : 

Jeffrey Stonehouse : L’Espace Sainte-Hilda (6341 Av. De Lorimier près de Beaubien) est une église anglicane que Le Vivier partage avec la communauté. Spirituel, l’installation de Jean-François Laporte qui y est actuellement présentée, met ce lieu en valeur. Jean-François a créé cette installation en utilisant des bols, sa lutherie permet une expérience hyper méditative. Le public n’y sent pas le temps passer, c’est une expérience tout en subtilité de Jean-François Laporte.

Nanatasis, présenté ce samedi et ce dimanche PM au théâtre Outremont :

Jeffrey Stonehouse : Ce programme réunit trois femmes, l’opéra porte un texte de l’artiste abénakise Nicole O’Bomsawin et les musiques d’Alejandra Odgers. Cette programmation est faite en collaboration avec le festival international de Casteliers, consacré aux marionnettes. Cet opéra s’inspire de trois légendes abénakises, c’est une proposition jeune public ou famille, qui intègre des musiques de création. C’est bien sûr une jonction entre musiques de création et traditions autochtones. Nous trouvons en ce sens que les créations sont toujours intéressantes, notamment pour le jeune public.

Tout ce qui m’épouvante, le programme proposé par le quatuor de saxophones Quasar :

Jeffrey Stonehouse : Quasar a assemblé tout un concept de création autour de compositeurs lituaniens. Il y a aussi une oeuvre qui me touche particulièrement, de la compositrice ukrainienne Alla ZagaykevychThe Saxophone Quartet/While Flying Up ) qui a passé plusieurs mois en résidence au Vivier. Je suis heureux de voir qu’il y a encore une résonance de son passage à Montréal, surtout dans l’actuel contexte géopolitique. Je crois que ce statement est important.

Musiques et recherches : Vous avez dit acousmatique? :

Jeffrey Stonehouse : Ce programme d’Annette Vande Gorne et  de Julien Guillamat se veut un concert marathon de musiques (surtout) belges. Ce concert entièrement acousmatique résulte d’une collaboration entre Robert Normandeau et Annette Vande Gorne, ce programme est ainsi présenté au MMR et ses 64 enceintes acoustiques. La pièce centrale au programme est celle d’Annette, Vox Alia, un cycle réparti en cinq parties construites autour de la voix comme vecteur émotionnel. De Julien Guillamat, il y aura aussi la pièce Altitudes et le 2e mouvement de sa Symphonie de l’étang. Je souligne aussi qu’une œuvre de la compositrice montréalaise Ana Dall’Ara-Majek, soit Xylocopa Ransjecka.

Architectures sonores, immatérielles ou autres,  un programme présenté de concert avec Akousma et son directeur artistique, Louis Dufort :

Jeffrey Stonehouse : Nous faisons un premier essai à Longueuil pour ce projet en résidence à la Maison de la culture Michel-Robidas. Ce programme est porté principalement par Martin Bédard. Voilà une autre proposition acousmatique illustrant la richesse et la diversité purement électroacoustiques. Ce projet est développé par Martin depuis un moment, ce projet a incubé dans ce lieu à Longueuil. Pourquoi ce programme? J’adore la musique de Martin, c’est une occasion de mettre son travail en évidence dans le cadre de la Semaine du Neuf. 

Paramirabo et Musikfabrik, une des rencontres internationales :

Jeffrey Stonehouse : Les points de rencontre entre la communauté montréalaise et l’internationale sont parmi les facteurs intéressants du festival. L’édition 2025 est plus locale, cependant, l’emphase sur une programmation internationale se veut plutôt cyclique.Néanmoins, le concert du 11 mars en est un bel exemple de collaboration locale-internationale. Paramirabo y reçoit l’ensemble allemand Musikfabrik, soit un trio sous le leadership du hautboïste Peter Veale. Essentiellement, il s’agit d’un plateau double où chaque ensemble présente ses parties et où tout le monde se rejoint par la suite. Des pièces en création de Paul Frehner et Chris Paul Harman seront assurées par Paramirabo, celles de Dylan Lardelli et Gordon Williamson le seront par Musikfabrik. Il y aura quelques moments de rencontre entre les deux ensembles, dont un s’inspirant d’une improvisation de Pauline Oliveros impliquant tous les musiciens, sous le thème des approches et des départs. Il y aura aussi une pièce du Canadien Rodney Sharman, pour cor anglais et piano jouet joué par Peter Veale et la pianiste Pamela Reimer.

à

Chants libres |  Laboratoire lyric (03) : la voix lumineuse :

Jeffrey Stonehouse : La compagnie Chants libres a mis sur pied le Laboratoire lyric, un espace d’exploration et de création  pour le chant lyrique. Cette fois, il s’agit d’un travail autour du compositeur Frédéric Lebel avec la participation du scénographe Cédric Delorme Bouchard, de la performer Jennyfer Desbiens et de la violoncelliste Audréanne Filion. Il s’agit d’un triptyque alliant la voix, le violoncelle et l’électronique avec une dramaturgie assurée par la conception d’éclairages.  Quel en sera le ciment? Je le saurai comme le public, au moment de la représentation.

Le Baptême du haut-parleur : Sawtooth et Charles Quevillon :

Jeffrey Stonehouse : La soprano Sarah Albu et l’accordéoniste Matti Pulkki ont formé le duo Sawtooth. Cette proposition est pour moi un coup de cœur, il s’agit d’un techno opéra interrogeant notre lien avec la technologie, particulièrement à travers la personnification du haut-parleur incarnant la technologie dans nos sociétés. Aujourd’hui basé en Finlande, le compositeur et performeur montréalais Charles Quevillon a réalisé un travail assez approfondi avec la danse au cours de sa carrière, sa proposition de ce programme est hautement performante. J’ai vraiment hâte que le public la découvre!

Effusione d’Amicizia, du Quatuor Bozzini :

Jeffrey Stonehouse : Mon intérêt principal dans ce programme sera une une composition de la Torontoise Linda Catlin Smith, qui fut une étudiante de Morton Feldman. Cette œuvre se déroule dans un espace tout en douceur, en détente. On peut parler d’une expression minimaliste en ce sens. Deux autres  créations de Michael Oesterle et Martin Arnold. La démarche de ce dernier repose sur les musiques anciennes et traditionnelles qui viennent s’entremêler dans musique de création bien d’aujourd’hui, plutôt psychédélique. Quant à Oesterle, c’est la suite d’une longue collaboration avec le Bozzini.

Bradyworks : deux guitares, deux générations :

Jeffrey Stonehouse : Deux générations de guitaristes électriques se rencontrent. Tim Brady invite Matthew Warren Ruth à partager le programme. Dans les deux cas, on parle du double chapeau entre interprètes et compositeurs. 

Collectif9 et Architek Percussion : Quelque part, mon jardin

Jeffrey Stonehouse : On doit d’abord souligner le prix Opus de son directeur artistique Thibault Bertin-Maghit. Ce projet-ci s’insère dans l’esthétique de Collectif9, qui s’intéresse beaucoup à ce qui se trouve aux frontières des disciplines. Toute l’expérience de Quelque part, mon jardin s’inspire du texte de Kaie Kellough avec une vidéo de Myriam Boucher et Nicole Lizée, des illustrations de Julien Bakvis et Melissa Di Menna. C’est une expérience hautement visuelle, on y passe du lyrisme à une forme de groove à travers les mots de Kaie Kellough.

TAK Ensemble: Star Maker / Love Songs – Ana Sokolovic par Kristin Hoff

Jeffrey Stonehouse : Pour  Love Songs, on a trois femmes dont la mezzo-soprano Kritstin Hoff, qui interprète une œuvre énorme de la Montréalaise Ana Sokolovic. Dans le même programme, le TAK Ensemble de New York jouera une œuvre inspirée du roman Star Maker d’Olaf Stapledon, on est invité à suivre l’évolution de la nature humaine à partir du cosmos. Il s’agit d’un langage musical en suspension, qui flotte à travers une approche microtonale. C’est quelque chose qui vibre. On est très content de présenter cette pièce. 

PAN M 360: Comment trouver l’équilibre entre  la trame dramatique de cette programmation et les dispos des artistes ?

Jeffrey Stonehouse : On doit trouver le moyen d’atteindre l’équilibre. La logistique rend parfois les choses impossibles mais conclure avec TAK était un choix conscient et volontaire. Notre proposition se conclut dans l’immersion, tout ça constitue un très beau parcours pour le public.

En 2014, James Bay se hissait au sommet des palmarès et brillait à l’international avec ses succès Let it Go et Hold Back the River, deux titres issus de son premier projet en carrière Chaos and the Calm. 10 ans plus tard, la vedette britannique continue à charmer avec son folk rock et ses mélodies accrocheuses à la guitare; l’excellent Changes All The Time, son quatrième opus paru en octobre dernier, en est la énième preuve.

Dans sa plus récente offrande, Bay se montre positif, touchant et plus vrai que jamais. « Avec Changes All the Time, j’ai essayé de montrer un côté plus vulnérable de ma personne. J’ai de la difficulté avec le changement et cela a toujours été difficile pour moi d’en parler. Cet album m’a permis de le faire », nous a-t-il expliqué.

Alors que James Bay était de passage à Montréal pour l’enregistrement de Star Académie, Pan M 360 s’est entretenu avec lui pour jaser de la création de son plus récent projet, les dix ans de son tout premier long jeu, son amour pour le public montréalais et bien plus!

Dans le cadre de sa tournée Up All Night, l’artiste britannique sera de retour à Montréal le 28 mai prochain au MTELUS. Pour acheter vos billets, c’est juste ici!

Crédit photo: Gregg Stewart

Inscrivez-vous à l'infolettre