Voyager, le plus récent album de Boubé, fera l’objet d’un lancement ce samedi 29 mars, au Club Balattou. En effet, ce virtuose de la guitare électrique mêle rock et blues désertique, comme lui seul parvient à le faire. Pour l’occasion, il sera accompagné par ses musiciens de longue date, et prévoit quelques surprises pour les spectateurs. Finaliste aux Syli d’or en 2024, ce tremplin lui a permis d’enregistrer cet album, qui a été composé au Niger. En français, en anglais et en tamasheq, parfois les trois dans la même chanson, il nous fait voyager musicalement dans diverses régions d’Afrique, notamment l’Afrique du Nord. Il compte d’ailleurs défendre cet album en Afrique et ailleurs. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec lui, à quelques jours de son spectacle tant attendu.
Interviews
Le Couleur a marqué la francophonie d’Amérique et la pop francophone tout court. Fondé sur le groove, la synth-pop, l’euro-disco, la house et autres saveurs idéales pour le plancher de danse, l’ensemble montréalais a oeuvré plus d’une quinzaine d’années sur les scènes du monde avant d’annoncer une pause indéterminée et passer à d’autres expressions et projets individuels. Mais avant de fermer les lumières, plusieurs concerts sont prévus d’ici la fin de la saison chaude, et le premier show à l’agenda est le dernier concert montréalais, prévu ce vendredi 28 mars à la SAT. Laurence Giroux-Do en cause avec Alain Brunet pour PAN M 360.
Bella White est une auteure-compositrice-interprète un peu plus récente sur la scène country et bluegrass, mais son influence se fait rapidement sentir. Originaire de Calgary, en Alberta, elle a sorti son premier album complet, Just Like Leaving, en 2020 et l’album suivant, Among Other Things, en 2023. Bella a grandi au son du bluegrass, joué par son père à la maison, qui faisait toujours partie d’un groupe de bluegrass. Elle utilise sa voix saisissante pour faire place à une musique bluegrass country traditionnelle, plus simple et apaisante, qui chronique les moments de la vie.
Bella aime aussi donner sa propre tournure aux standards de la country avec son EP de reprises de singles Five For Silver, comme « Concrete and Barbed Wire », de Lucinda Williams, ou d’auteurs-compositeurs plus contemporains, comme Jeff Tweedy (de Wilco). Nous nous sommes entretenus avec Bella avant son concert au Petit Campus le 29 mars.
PAN M 360 : Pour les lecteurs qui n’ont aucune idée de qui vous êtes, qui est Bella White ? Comment êtes-vous arrivée à la musique ?
Bella White : Je suis née à Calgary (Alberta), au Canada, dans une famille très musicienne. Mes deux parents m’ont transmis leur amour de la musique. Je me sens très chanceuse d’avoir été encouragée à jouer et d’avoir suivi cette voie toute ma vie.
PAN M 360 : J’adore votre reprise de « Unknown Legend ». Pouvez-vous nous parler de la façon dont Neil Young a inspiré votre écriture ? Ou de quelqu’un d’autre ?
Bella White : J’aime beaucoup Neil Young. J’ai toujours été une très grande fan. Je ne vois pas en quoi il a inspiré mon écriture, mais je pense que le fait de l’avoir absorbé au fil des ans m’a permis d’apprécier cet art.
PAN M 360 : En tant qu’Albertain (je suis originaire d’Edmonton), pensez-vous que ce genre d’influence folk-country bluegrass vient de votre éducation ? Peut-être à cause des Rocheuses et du ciel ouvert ?
Bella White : Les Rocheuses à ciel ouvert ont certainement influencé mon amour pour la musique. Je pense que c’est mon père qui m’a fait apprécier la musique country folk Bluegrass. Il a grandi à Lynchburg, en Virginie, et a toujours joué ce genre de musique.
PAN M 360 : Prévoyez-vous une nouvelle sortie ou travaillez-vous sur quelque chose pour 2025 ?
Bella White : Oui, je le suis ! Je suis entrée en studio cet hiver et j’ai enregistré un troisième album que je suis très excitée de partager !
PAN M 360 : Quand vous avez commencé, avez-vous mis du temps à trouver cette touche de country dans votre voix ?
Bella White : Je pense que cela m’est venu assez naturellement puisque c’est la country et le bluegrass qui m’ont appris à chanter.
PAN M 360 : Avez-vous l’impression que vos disques sont tous liés, qu’ils viennent du même endroit, qu’ils poursuivent la même histoire et les mêmes thèmes ou qu’ils sont complètement différents et pourquoi ?
Bella White : Je pense qu’ils sont tous différents. Je les ai tous écrits à des moments différents de ma vie, et ils ont capturé des moments différents pour moi. Je suppose qu’ils sont probablement liés d’une manière ou d’une autre, et peut-être qu’ils poursuivent l’histoire de ma vie en général, mais j’aime penser qu’ils sont différents.
PAN M 360 : Est-ce que vous vous asseyez et prenez le temps d’écrire des chansons, ou est-ce que c’est un processus plus long ?
Bella White : Il y a vraiment deux façons de faire ! Parfois, c’est plus structuré, et parfois, c’est plus libre.
PAN M 360 : Allez-vous venir avec un groupe pour votre spectacle à Montréal ? À quoi les gens peuvent-ils s’attendre ?
Bella White : Je serai accompagnée d’un trio ! Sam Gelband joue de la batterie et Gina Leslie de la basse. J’adore jouer avec eux et nous avons hâte d’être à Montréal !
Les extraits Love Outta Luck, The Willow et Better This Way ont précédé la sortie de l’album homonyme du groupe The Damn Truth sous étiquette Spectra Musique. Réalisé par le mythique producteur Bob Rock (Mötley Crue, The Offspring, Bon Jovi, Metallica), ce quatrième opus relance la formation montréalaise sur les routes du rock. À la veille du coup d’envoi au MTelus, soit ce mercredi 26 mars, le batteur Dave Traina s’entretiet avec Alain Brunet pour nous en expliquer davantage sur les motivations récentes du groupe, son allégeance au classic rock et au hard rock, et bien sûr sur l’encadrement du mentor Bob Rock qui a aussi travaillé sur l’album précédent de The Damn Truth, Now or Nowhere. Contenu exclusif sur PAN M 360!
Il s’appelle Moulaye Dicko, mais on le connaît sous celui de Dicko Fils. En quelque 20 années de carrière, le musicien burkinabè, joueur de kora et de n’goni, a produit douze albums, dont le tout récent La route. Une vedette dans son pays natal (le Burkina Faso) et dans une large partie de l’Afrique de l’Ouest, l’artiste a néanmoins dû emprunter le chemin de l’exil et s’installer à Montréal. Car, voyez-vous, l’homme, plutôt timide, n’a quand même pas froid aux yeux et s’est investi depuis 2016 dans une cause humaniste, celle de combattre certaines traditions ancestrales comme les mariages forcés des jeunes filles, l’excision, et le refus d’éduquer les filles pour les confiner au rôle de femme de maison. Cet engagement courageux dans une société encore très attachée à ces coutumes lui a valu des problèmes avec des opposants. Des problèmes suffisamment graves pour l’obliger à s’installer sous des cieux certes plus froids, mais aussi plus cléments pour ce genre de militantisme.
C’est donc à Montréal que Dicko Fils à finaliser la construction de La route, le douzième album de sa carrière. Un album qui poursuit dans la même voie que les précédents, c’est-à-dire celle d’une adaptation des rythmes, couleurs instrumentales et particularités mélodiques de la musique traditionnelle peule à la modernité. Tant à travers la cohabitation des instruments traditionnels et modernes (guitares, batterie, lutherie électronique), il y a également l’apport de facettes stylistiques importées d’autres genres musicaux qui permettent un arrimage conséquent de la musique de Dicko avec celle d’autres stars de la musique ouest-africaine. On peut penser à Salif Keita et Oumou Sangaré. Là encore, selon Dicko, cette modernisation n’a pas toujours été facile. Certains lui ont reproché de ‘’gâter’’ la tradition peule. Mais il a poursuivi son chemin, accumulant sur celui-ci des dividendes appréciables comme l’appréciation et l’admiration d’une nouvelle génération de musiciens peuls qui sillonnent désormais dans les traces laissées derrière lui.
Quand je lui demande de dresser un bilan de sa carrière, de ces 20 années de musique et des résultats dont il est fier, il me dit que c’est le message de paix entre les peuples qui a été entendu par des milliers et des milliers de ses compatriotes qui lui font penser qu’il y a lieu d’être positif. Mais, tout de même, il a dû s’exiler. Le combat ne peut pas encore s’arrêter, et ce combat il affirme être prêt à le mener à partir d’ici, désormais.
Lors du concert de lancement donné au Balattou le 8 mars 2025, de nombreux représentants de festivals étaient présents avec pour résultat que Dicko a des engagements pour la prochaine saison de Québec à Hamilton, en passant par Ottawa et Halifax (et Montréal bien sûr).
Je lui demande comment s’est passé sa relocalisation. Il ne ment pas : ç’a été difficile. D’ailleurs, il était en tournée quand des menaces sérieuses lui ont été proférées. L’exil a donc été très subit, sans trop de réflexion ni de préparation. Mais Dicko avait déjà un bon réseau au Québec. Montréal est depuis longtemps une ville visitée par l’artiste lors de ses nombreuses tournées. Nuits d’Afrique et d’autres amis lui ont permis d’atterrir relativement en douceur. Il ne fait pas de doute que l’accueil positif qu’il a reçu l’aide à amortir le choc et à se concentrer sur la poursuite de sa mission et de sa carrière (les deux sont intimement liées désormais).
La route est donc en partie balisée par une certaine montréalitude, et ce pour notre plus grande fierté, car il s’agit d’un album d’Afro pop bien mené, bellement produit et qui a toutes les qualités requises pour se démarquer sur les scènes où Dicko Fils se présentera.
Déjà, confirme-t-il, il a reçu des appels d’ailleurs dans le monde pour aller le présenter en concert. La route est droit devant, pas en arrière.
Événement culturel majeur du printemps musical qui rythme la métropole, le Concours musical international de Montréal (CMIM) accueillera du 25 mai au 6 juin vingt-quatre artistes lyriques exceptionnels pour son édition de 2025 qui est dédiée à la voix. À travers ces différentes éditions consacrées au violon et au piano, le CMIM contribue, tant par son identité que par son ancrage dans le milieu culturel montréalais et à l’international, au dynamisme culturel de Montréal et au lancement de carrières d’artistes internationaux de la nouvelle génération. En plus du rayonnement, c’est plus de 160 000 $ en prix et bourses qui seront remis aux différents lauréats et gagnants des prix spéciaux de l’édition de Voix 2025. Alors que les préparatifs en vue de ces deux intenses semaines de compétition sont en branle, Alexandre Villemaire, collaborateur pour PAN M 360, a discuté avec Shira Gilbert, directrice artistique du CMIM, au sujet des différents aspects de cette édition du concours.
Cette entrevue a été réalisée en français et en anglais.
Découvrez les 24 concurrents et concurrentes de Voix 2025 ICI
Pour plus d’informations, rendez-vous sur https://concoursmontreal.ca/fr/voix-2025/
crédit photo : Tam Photography
Rose Cousins devrait figurer sur votre radar si ce n’est déjà fait. Cette talentueuse auteure-compositrice-interprète et multi-instrumentiste originaire de l’Île-du-Prince-Édouard (aujourd’hui installée à Halifax) a remporté plusieurs prix JUNOS et ses chansons cinématographiques ont été diffusées dans de nombreuses émissions télévisées.
Elle s’est également fait connaître pour son interprétation dépouillée de « I Would Die 4 U » de Prince, mais avec son dernier album, Conditions of Love : Vol. 1, Rose Cousins a complètement revigoré son son. Mettant le piano, son premier instrument, à l’avant-plan comme instrument principal de ce nouveau lot de chansons, Rose a livré 10 belles chansons, ses communions et ses réminiscences sur le sujet audacieux de l’amour. Avant sa tournée pancanadienne Conditions of Love Tour (qui comprend un spectacle à la Sala Rossa le 7 avril), Rose a eu le temps de discuter de l’abandon des chansons, de son amour de la nature, du piano et de la photographie.
PAN M 360 : J’ai donc écouté Conditions of Love : Volume One. Je l’ai vraiment apprécié. C’est un excellent album pour se promener à Montréal. Et je voulais juste vous demander si vous trouviez que votre écriture était comme une expérience cathartique, pour libérer des choses, ou pour raconter une histoire plus large.
Rose Cousins : Je pense que les deux. Je veux dire, c’est sûr que l’écriture a toujours été et sera toujours cathartique pour moi, c’est sûr. Je pense que c’est peut-être plus large dans la mesure où je chante, j’espère, vous savez, des choses non spécifiques, enfin, spécifiques à moi, mais pas que vous sachiez nécessairement. J’espère donc que quelqu’un pourra l’écouter et se dire « Oh, tu me connais aussi » et qu’il y aura une porte d’entrée pour lui aussi.
PAN M 360 : Des idées vagues sur l’expérience humaine que les gens peuvent comprendre ?
Rose Cousins : Je pense que c’est le rôle de la musique. Nous essayons de trouver des moyens, même en dehors de la musique, de nous rapprocher les uns des autres. Et la musique est l’instigatrice d’une connexion plus profonde pour moi et, je suppose, pour tous ceux qui viennent me voir, mais aussi pour tous ceux qui écoutent de la musique. Je veux dire, vous savez, vous entrez dans la salle d’un groupe que vous aimez tant, et quelle est la chose que vous obtenez d’eux ? Ce n’est pas nécessairement les choses spécifiques qu’ils disent dans leurs paroles, mais ça peut être un sentiment qu’ils créent.
Il peut s’agir d’une nostalgie qu’ils évoquent dans votre propre expérience. Peut-être que les gens vivent une expérience côte à côte. Ils se rencontrent peut-être lors d’un spectacle. Je pense que c’est à la fois spécifique et non spécifique. Si la chanson peut, une fois qu’elle est sortie, faire son propre travail, ce n’est pas à moi d’organiser une expérience.
PAN M 360 : Oui, une fois que la chanson est sortie, c’est comme si elle ne t’appartenait plus.
Rose Cousins : Je pense que oui. Il y a un abandon qui doit se produire parce que la façon dont quelqu’un interprète une chanson n’est pas nécessairement la même que celle dont je l’ai écrite. Et cela n’a pas d’importance. Si elle les touche et leur apporte quelque chose, alors le travail est fait.
PAN M 360 : L’une des chansons qui m’a le plus touchée est « Forget Me Not ». J’adore toutes les références poétiques à la nature, comme les cornouillers, les lilas et les pissenlits. Trouvez-vous que la nature se glisse toujours dans vos compositions ?
Rose Cousins: Oui, je pense que ça a toujours été là quelque part. Mais il y a une ligne de fond sur ce disque, celle du monde naturel : la lune dans « Borrowed Light », toutes les fleurs, les arbres et les plantes dans « Forget Me Not », et le loup dans « Wolf and Man ». Je pense que c’est parce que j’ai écrit ce disque pendant la période de la pandémie que j’ai eu une communion plus profonde avec la nature.
J’ai un chien. Je me promenais tout le temps et je me trouvais au même endroit où les saisons changeaient, au même endroit où, normalement, je n’aurais fait que courir, faire des tournées et tout le reste. J’avais une communion différente, plus profonde, avec les saisons, en particulier le printemps et l’été. Je voyais et j’identifiais des plantes, ou bien on me montrait des plantes ou des arbres dont je n’aurais pas pensé à connaître le nom auparavant, mais je me disais « whoa ». C’est comme si je regardais, je regardais tout cela prendre vie, puis mourir, puis prendre vie, puis mourir. Donc, oui, le monde naturel fait partie intégrante de cet album. J’ai grandi dans l’Île-du-Prince-Édouard, à courir près de l’océan et dans les bois. Et je pense que c’est une sorte de retour à cela.
PAN M 360 : Le piano a toujours été présent dans votre musique, mais en tant qu’instrument d’accompagnement, parfois en arrière-plan. Mais dans cet album, il est au premier plan dès le début. Qu’est-ce qui vous a poussé à lui donner plus d’importance en tant qu’instrument principal ?
Rose Cousins : Le piano est mon premier instrument, celui que j’aime le plus et celui qui, au début de ma carrière, était le plus difficile à transporter. Je ne l’ai donc pas fait. Je jouais simplement de la guitare, et l’ami avec lequel j’ai coproduit cet album, Joshua Van Tassel, qui est mon batteur depuis longtemps, vivait à Toronto. Il est originaire de Nouvelle-Écosse. Il est retourné en Nouvelle-Écosse en 2022 et m’a envoyé chercher un piano pour lui. Piano, que j’ai complètement évité pendant tout le temps où j’ai vécu ici parce qu’ils ont des pianos à 80 000 dollars, n’est-ce pas ? Je ne peux pas aller dans ce magasin.
Je suis allé essayer ce piano pour lui, puis j’ai été dans la salle d’exposition et j’ai vu un vieux piano à queue d’occasion. Je leur ai demandé : « Qu’est-ce qu’il y a avec ce piano ? Il était réservé, mais j’ai toujours voulu un piano complet, alors j’ai dit : « Pouvez-vous me mettre sur la liste des vieux pianos sympas ? » C’était un jeudi, et le lundi, ils m’ont appelé. Ils m’ont dit : « Le piano est disponible ». J’y suis allé et ils l’ont installé dans une salle de récital. J’ai passé quelques heures avec lui et j’ai fait une dépression existentielle complète : « Puis-je m’offrir ce piano ? Est-ce que je mérite d’avoir ce piano ? Ce qui est ridicule, parce que quand j’ai dit ça à mes amis qui essayaient de m’aider à prendre une décision, ils m’ont dit : « Tu joues du piano pour gagner ta vie. »
PAN M 360 : C’est vrai, c’était votre premier instrument après tout.
Rose Cousins : Oui. C’est comme une communion très spéciale qui se produit entre moi et le piano. Et j’ai l’impression que mes sentiments s’expriment sous la forme la plus pure qui soit. Et oui, une fois que j’ai eu ce piano chez moi, je me suis dit : « C’est ça. Je veux enregistrer mon disque sur ce piano, dans cette maison, avec Josh. Et oui, c’est un peu comme ça que c’est né.

PAN M 360 : Quel type de piano ? Puisqu’il est utilisé, a-t-il une histoire ?
Rose Cousins : C’est un Baldwin de 1967 et l’homme qui l’a déposé, qui me l’a vendu, m’a dit qu’il avait été joué par une femme de l’Orchestre symphonique de Cincinnati. Il a donc certainement des kilomètres à son actif !
PAN M 360 : Le titre de l’album est Conditions of Love : Vol. 1. Y aura-t-il un deuxième volume ? Avez-vous des projets ?
Rose Cousins : Il s’agit plutôt de l’infinité de volumes qui peuvent exister sur ce sujet, n’est-ce pas ? Je veux dire que ce n’est pas un sujet sur lequel on pourrait écrire tous les volumes. Est-ce le début d’une exploration pour moi ? Est-ce l’exploration continue que je fais depuis que j’écris et que je joue ? Je pense que tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent pourrait faire l’objet d’un volume, mais je le vois vraiment comme le sujet sans fin sur lequel nous écrivons tous. Nous essayons tous de comprendre comment naviguer dans l’amour dans toutes ses conditions.
PAN M 360 : Avez-vous des passions non musicales en dehors de la musique qui influencent votre art ?
Rose Cousins : Oui, la photographie. Je fais de la photographie analogique, donc des films et des polaroïds, des 35 mils et des polaroïds. Pour l’illustration de cet album, j’ai travaillé avec une photographe nommée Lindsay Duncan, qui est une merveilleuse collaboratrice. Elle vit à Toronto. Nous avions, enfin, j’avais une vision très spécifique de ce que je voulais faire, et elle a été formidable. Donc, chaque chanson a sa propre photo dans le vinyle de luxe, les singles qui sont sortis, ils ont tous une photo de moi. La plupart d’entre elles me représentent en train de fuir la scène, mais moi dans ce costume rose dans la scène. Le costume rose représente ou symbolise l’amour.
Photos by Lindsay Duncan
Depuis qu’il préside aux destinées de l’Ensemble ArtChoral (anciennement Arts-Québec), le chef et directeur artistique Matthias Maute a entrepris un projet ambitieux: réunir dans une série discographique le répertoire choral a capella de la Renaissance à aujourd’hui. Une épopée qui couvre plus de six siècles de styles musicaux. Avec déjà sept volumes parus sur les onze projetés, le collaborateur pour PAN M 360 Frédéric Cardin, s’est entretenu avec Matthias Maute pour parler de l’avancement du projet dans la foulée des plus récentes parutions du catalogue, les volumes Baroque I et Moderne.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer une série sur l’histoire du chant choral, de la Renaissance à aujourd’hui?
Matthias Maute: Tout a commencé pendant la pandémie : plus de concerts, plus de public… mais toujours de la musique ! On s’est dit : si on ne peut pas chanter en direct, chantons pour l’Histoire. Résultat ? Une bibliothèque numérique du répertoire a cappella, de la Renaissance à aujourd’hui. Un voyage musical à travers le temps, sans masque et sans quarantaine !
PAN M 360 : Sur quels critères vous êtes-vous appuyé pour faire le choix du répertoire, qui est tellement immense?
Matthias Maute : J’ai suivi mon oreille et mon cœur : il fallait cette étincelle magique, ces œuvres qui nous transportent et nous font vivre une expérience unique. En gros, si ça me donne des frissons ou l’envie de chanter sous la douche, c’était un bon candidat ! Mais pas question de se limiter au coup de cœur : on a aussi plongé dans les recherches pour dénicher des pièces qui incarnent vraiment leur époque et leur style. Résultat ? Un répertoire qui raconte une histoire, pas juste une suite de belles mélodies !
PAN M 360 : Vous avez divisé le Baroque en deux volumes, bien sûr à cause de la durée de cette période. Mais on peut également parler de deux champs stylistiques différents représentés par ces deux volumes. Comment pourriez-vous décrire la différence fondamentale entre ces deux Baroques?
Matthias Maute : Le XVIIe siècle, c’est le Baroque en pleine effervescence : les compositeurs explorent, expérimentent, se lancent dans de nouvelles formes et jouent avec les surprises musicales. Un vrai laboratoire d’idées ! Le XVIIIe siècle, lui, marque un Baroque plus mûr, plus structuré, où l’équilibre et la maîtrise prennent le dessus. On passe de l’exploration à l’accomplissement, avec des œuvres plus longues, pleines de tensions et de contrastes maîtrisés. En gros, si le XVIIe est l’esprit libre et aventureux, le XVIIIe est le génie qui affine son art !
PAN M 360 : Dans Moderne, vous avez manifestement fait le choix de ne pas visiter le répertoire d’avant-garde/expérimental et atonal. Pourquoi?
Matthias Maute : Cette bibliothèque digitale s’adresse aux millions de choristes à travers le monde. On voulait donc un répertoire exigeant, mais chantable ! L’avant-garde atonale, aussi fascinante soit-elle, reste l’apanage de quelques ensembles spécialisés. Et puis, soyons honnêtes : aujourd’hui, la grande majorité des compositions chorales restent tonales, parce que les compositeurs savent bien que peu de chœurs veulent – ou peuvent – se lancer dans l’atonal pur et dur !
PAN M 360 : On dit que la série s’étalera sur 11 volumes. Sept sont sortis jusqu’à maintenant. Doit-on prévoir un volume Contemporain? Mais encore, quels seront les autres thèmes?
Matthias Maute : Il y aura des surprises, mais ce n’est pas encore le moment de tout révéler ! Ce que je peux dire, c’est qu’un des prochains volumes sera entièrement consacré aux œuvres de deux compositeurs montréalais : Jaap Nico Hamburger… et moi-même ! J’ai bien hâte de partager ça avec vous !
PAN M 360 : Quelles pièces regrettez-vous le plus de ne pas avoir pu inclure dans les volumes parus?
Matthias Maute : Tout ce que j’aurais aimé enregistrer, mais qui n’a pas trouvé sa place sur disque, a fini par prendre vie en concert ! Autant dire que je suis comblé. Avec une seule exception : la musique d’Ana Sokolović… mais ce n’est qu’une question de temps, puisqu’on la chantera bientôt lors d’un concert à la Maison symphonique !
PAN M 360 : Quel bilan faites-vous de votre arrivée à la direction de ce qui s’appelait (pendant longtemps) l’Ensemble vocal Arts-Québec?
Matthias Maute : Ma rencontre avec les chanteurs a été une véritable révélation. Les projets multiples, stimulants, ont fait naître des résultats qui m’enthousiasment toujours. Chaque fois que je me retrouve devant le chœur, mon cœur bat plus vite – j’adore la façon dont ils chantent. La voix, c’est un langage qui touche au plus profond de nous-mêmes. Si je devais faire un bilan, ce serait ça : beaucoup de gens ont été touchés par la magie de la voix humaine. Moi aussi, j’en fais partie. Et je crois que même les choristes ne sont pas en reste !
La Béninoise Angélique Kidjo figure assurément parmi les mégastars de l’Afrique, et fort probablement celle de sa génération ayant acquis la plus grande notoriété en Amérique du Nord où elle vit depuis nombre d’années. Cette réputation s’est rendue jusqu’aux yeux et aux oreilles du compositeur Philip Glass, pionnier et pilier du minimalisme américain aux côtés des Steve Reich et Terry Riley. Une décennie plus tôt, Glass composait une œuvre en trois mouvements, Ifé, trois chants Yorùbá, consacrée à la chanteuse africaine, avec livret en langue yoruba. L’œuvre a été exécutée depuis, l’Orchestre symphonique de Montréal prend ici le relais sous la direction de la cheffe suisse-australienne Elena Schwarz. Avant quoi, la volubile Angélique se prête à cet entretien avec Alain Brunet qui lui parle sporadiquement depuis les années 90.
PAN M 360 : Quelle fut la motivation d’interpréter une telle œuvre?
Angélique Kidjo : Le directeur artistique du London Philharmonic, Timothy Walker, m’avait suggéré de chanter avec un orchestre symphonique. Il avait fumé quoi? Il a rencontré alors mon prof de chant et me dit qu’il va réfléchir. Une année plus tard, le London Philharmonic vient jouer au Lincoln Center et me recontacte en me disant qu’un compositeur devrait écrire pour moi. Il me donne en exemple Philip Glass, que je connais personnellement. Nous prenons rendez-vous avec Philip qui nous invite chez lui et accepte. « Pas de problème, dit Philip en me regardant: “ Angélique, tu choisis le sujet, tu m’écris trois textes et je t’écris une oeuvre .” Alors j’ai écrit trois textes qui racontent la création de l’univers selon les Yorubas. Je l’écris et je la traduis en français comme en anglais en disant à Phillip que cette langue est très tonale. Il ne dit rien et me revient un an plus tard en me fournissant une musique piano-voix. Je me dis alors « Comment il a fait ? »
PAN M 360 : Et comment donc?
Angélique Kidjo : Lorsque nous nous sommes rencontrés aux premières répétition, je lui ai demandé et il m’a regardée avec un sourire diablotin en me disant : « Tu ne connais pas tout sur moi, Angélique…J’ai étudié la phonétique! » Et il me fournit alors le manuscrit de l’œuvre en écriture phonétique. Et c’est là que tout a vraiment commencé. L’Orchestre philharmonique du Luxembourg a d’abord commandé l’œuvre. Philip était sur place. Il expliquait alors aux journalistes que lui et moi avions construit un pont sur lequel on n’avait pas encore commencé à marcher.
PAN M 360 : Et pourquoi choisir le yoruba plutôt que le fon, ta langue maternelle?
Angélique Kidjo : Mais je parle les deux. On parle quatre langues au Bénin. La mythologie de la création du monde chez les Yorubas est la même que celle des Fons. On me l’a aussi racontée en yoruba, parce que des gens de ma famille étaient de descendance yoruba – du côté de mon grand-père maternel dont les aïeux furent des esclaves yorubas à Bahia au Brésil pour ensuite retourner en Afrique. Avant la colonisation, les royaumes yoruba et fon se sont fait la guerre et des prisonniers ont vécu chez nous comme chez eux. C’est pourquoi, d’ailleurs, que tu dois parler plusieurs langues en Afrique, sinon tu ne peux pas bouger! Je suis donc issue de ce métissage et puisque j’ai une certaine facilité avec les langues, j’ai choisi le yoruba. En fait, je n’ai pas choisi cette langue rationnellement. Lorsque l’inspiration me vient avec une langue, j’écris dans cette langue.
PAN M 360 : Et de quelle manière cet opéra a-t-il été conçu par Philip Glass pour une artiste africaine ?
Angélique Kidjo : Philip reste toujours Philip. Ce qui est incroyable chez lui, c’est sa souplesse et sa capacité d’adaptation. Dire que sa musique est répétitive est réducteur. Il va où la musique le mène, il peut s’adapter aux nombre de mesures que suggère un air ou un texte. L’œuvre commence par un premier mouvement, le dieu suprême Olodumare qui envoie le dieu tutélaire des artistes Obatala et Oduduwa, le dieu de la logique, afin de construire le monde. Il leur donne un sac, un coq et du vin de palme en leur disant de ne boire qu’une fois la tâche accomplie. Obatala n’écoute pas cette consigne et devient saoul, Oduduwa doit le traîner là où il va. Oduduwa se retrouve devant une étendue d’eau à l’infini. Olodumare lui dit alors de vider le sac et mettre le coq sur le contenu du sac, de la poussière noire, de manière à ce que le coq éparpille le tout et crée là terre ferme. Ainsi naissent les continents et Yemanja, la déesse de la mer qui n’a pas été prévenue de céder son territoire, se met en colère et fait appel à d’autres divinités afin de créer un monde autour de cette terre nouvelle. C’est donc le deuxième mouvement. Le troisième mouvement met en scène le dieu Osumare, deux serpents qui s’entrelacent pour tenir la Terre afin qu’elle ne tombe pas, et donc ce dieu mâle-femelle tient la Terre et y garantit la fécondité. Ce récit s’inscrit progressivement dans la musique de Philip.
PAN M 360 :Point de vue formel, Philip Glass s’est-il inspiré de mélodies
Angélique Kidjo : Il s’est inspiré phonétiquement de la musique de la langue pour composer cette œuvre, tout en restant lui-même.
PAN M 360 : Cette œuvre a été faite il y a une décennie. Vous l’avez interprétée maintes fois?
Angélique Kidjo : Oui, d’ailleurs, on vient de la faire à Manchester, début février, avec le chef Robert Ames. Jusque là, je n’ai été dirigée que par des hommes et, pour la première fois, une femme dirigera à Montréal :Elena Schwarz. C’est un rêve qui se réalise!
PAN M 360 : De la part d’une artiste féministe qui s’est construite à partir de l’Afrique, puis en Europe et en Amérique du Nord, ça tombe sous le sens!
Angélique Kidjo : Oui, absolument. Je suis une féministe pragmatique, je travaille avec les hommes, j’ai grandi avec 7 frères et mon père aussi a construit la femme que je suis. Il existe beaucoup d’hommes qui veulent des égales à leurs côtés, mon père voyait ma mère comme son égale et elle avait autant de pouvoir que mon père. Ma fille est aussi élevée comme ça, elle est indépendante et responsable. Et cette fois je travaillerai avec une femme cheffe.
PAN M 360 : Philip Glass a-t-il fait autre chose pour toi?
Angélique Kidjo : Sa 12e symphonie, Logia, a été composée pour les 100 ans du Los Angeles Philharmonic, et il me voulait pour soliste du 3e mouvement pour voix et orgue. Il m’avait alors appelée pour me dire qu’il m’avait poussé sous le bus en rigolant. Je lui ai dit It’s okay with me! (rires)
PAN M 360 : Alors fin prête pour Montréal?
Angélique Kidjo : Je ne tiens jamais rien pour acquis. Tant que ce n’est pas fini, plein de choses peuvent se produire…
PAN M 360 : Projets?
Angélique Kidjo : J’espère revenir très bientôt pour la sortie mon nouvel album prévu en août.
PAN M 360: À très bientôt, donc !
Angélique Kidjo: Oui !
Angélique Kidjo et l’OSM ce mercredi 19 mars, 19h30, Maison symphonique. Billets et infos ici
Artistes
Orchestre symphonique de Montréal
Elena Schwarz, cheffe d’orchestre
Angélique Kidjo, chant
Œuvres
Leoš Janáček, La petite renarde rusée, Suite (arr. C. Mackerras, 22)
Philip Glass, Ifé, trois chants Yorùbá (20 minutes)
Entracte (20 min)
Ludwig van Beethoven, Symphonie no 6 en fa majeur, op. 68, « Pastorale » (39 minutes)
Artistes
Orchestre symphonique de Montréal
Elena Schwarz, cheffe d’orchestre
Angélique Kidjo, chant
Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, présentateur
Œuvres
Ludwig van Beethoven, Symphonie no 6 en fa majeur, op. 68, « Pastorale » (39 min)
Philip Glass, Ifé, trois chants Yorùbá (20 min)
Concert sans entracte
Stradivatango, né de la complicité musicale entre Stéphane Tétreault et Denis Plante, explore un équilibre subtil entre tradition et réinvention. Porté par la sonorité profonde du violoncelle et les murmures envoûtants du bandonéon, l’album déploie une expressivité saisissante, entre vertige et grâce.
PAN M 360 : Stradivatango fusionne des influences baroques et tango d’une manière unique. Qu’est-ce qui vous a attiré vers cette combinaison, et comment avez-vous, avec Denis Plante, façonné l’identité musicale de l’album ?
Stéphane Tétreault : Stradivatango est né de notre fascination pour la rencontre entre le baroque et le tango. Le tango, comme la musique baroque, exige une maîtrise du phrasé et de l’ornementation, mais aussi une liberté d’interprétation. Avec Denis Plante, nous avons façonné un son qui respecte cette spontanéité, où le bandonéon et le violoncelle dialoguent comme des danseurs suspendus entre vertige et grâce. Chaque pièce de l’album s’inscrit dans cette dualité entre tradition et réinvention.
PAN M 360 : Le violoncelle et le bandonéon ont des timbres très distincts. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans leur dialogue, et comment avez-vous abordé l’équilibre entre ces deux instruments ?
Stéphane Tétreault : Le violoncelle et le bandonéon ont des personnalités très contrastées : l’un chante avec profondeur et lyrisme, l’autre murmure avec une mélancolie presque résignée. Ce contraste est précisément ce qui rend leur dialogue fascinant. Comme dans une danse, l’équilibre repose sur une écoute mutuelle : parfois l’un mène, parfois l’autre, et parfois ils se fondent en une seule voix.
PAN M 360 : Le tango est une musique très expressive, souvent chargée d’intensité et de passion. Quels aspects du genre résonnent le plus en vous, et comment les exprimez-vous à travers votre jeu ?
Stéphane Tétreault : Le tango me touche par sa théâtralité et son intensité émotionnelle. C’est une musique qui porte en elle une nostalgie indomptable, une tension entre la douleur et l’exaltation. Mon jeu cherche à traduire cette expressivité, en sculptant chaque phrase avec le souffle du tango, en jouant sur les silences, les accents et les couleurs pour faire ressentir cette dualité entre élégance et fureur.
PAN M 360 : Denis Plante a structuré Stradivatango comme une suite baroque. Avez-vous abordé cette œuvre avec une sensibilité « historiquement informée » ou avez-vous préféré une approche plus moderne ?
Stéphane Tétreault : Stradivatango s’inspire des structures baroques tout en embrassant pleinement l’âme du tango. Chaque pièce explore une esthétique où les danses anciennes se réinventent à travers le prisme du bandonéon et du violoncelle. Tout en incorporant des éléments d’une pratique historiquement informée, j’ai cherché à capturer l’essence expressive du tango, en intégrant sa liberté rythmique et son intensité dramatique dans un cadre qui rappelle la sophistication et l’élan des suites baroques.
PAN M 360 : Votre Stradivarius Comtesse de Stainlein est un instrument exceptionnel. Comment sa sonorité influence-t-elle votre interprétation du tango par rapport à d’autres styles que vous avez explorés ?
Stéphane Tétreault : Ma Comtesse enrichit le tango d’une profondeur sonore unique. Son timbre chaleureux et sa résonance m’ouvrent un vaste champ d’expressions, allant de la délicatesse des harmonies impressionnistes de Cobián à la fougue dramatique de Piazzolla. Elle insuffle au tango une ampleur presque orchestrale à la musique de Denis Plante, où chaque note devient une histoire à part entière.
PAN M 360 : Y a-t-il un passage ou un moment précis sur l’album qui a une signification particulière pour vous ? Si oui, pourquoi ?
Stéphane Tétreault : Un moment marquant pour moi est Le prince écarlate, un hommage à Vivaldi qui illustre parfaitement la fusion entre baroque et tango. Son écriture vertigineuse évoque les traits violonistiques vivaldiens tout en conservant la tension dramatique du tango. Il incarne l’essence de Stradivatango : une conversation entre deux époques, portée par la virtuosité et l’émotion.
PAN M 360 : Que souhaitez-vous que les auditeurs retiennent de Stradivatango ? Y a-t-il une émotion, une histoire ou une atmosphère spécifique que vous aimeriez leur faire ressentir ?
Stéphane Tétreault : J’aimerais que les auditeurs ressentent cette alchimie entre le passé et le présent, entre la sophistication baroque et l’intensité du tango. Plus qu’un simple album, Stradivatango est une immersion dans un univers où chaque note est une histoire, où la musique danse sur un fil tendu entre nostalgie et passion.
Considéré comme « l’un des ensembles américains les plus importants pratiquant une musique véritablement expérimentale » (I Care If You Listen), l’ensemble TAK, basé à New York, s’arrêtera à Montréal le dimanche 16 mars pour clôturer la troisième édition de La Semaine du Neuf. Les musiciens de l’ensemble TAK partageront la scène avec la mezzo-soprano Kristin Hoff qui interprétera Love Songs d’Ana Sokolovic avant de présenter en première canadienne l’œuvre de Taylor Brook, Star Maker Fragments. Inspirée du roman Star Maker d’Olaf Stapledon paru en 1937, cette œuvre mixte (instrumentale et électronque) promet d’être un voyage musical et philosophique à travers l’espace et les sons. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a posé quelques questions à Laura Cocks, directrice et flûtiste de l’ensemble TAK, à propos de cette performance à venir.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui a déclenché cette collaboration entre Taylor Brook et le TAK Ensemble sur Star Maker Fragments ?
Laura Cocks : TAK travaille avec Brook depuis le tout début. Après avoir collaboré à une représentation de son œuvre Ecstatic Music pour notre tout premier concert en 2013, nous avons été très reconnaissants de poursuivre et d’approfondir notre relation de travail avec Taylor au cours des 12 dernières années. C’est une personne et un musicien extrêmement réfléchi, et l’opportunité de créer de la musique avec eux est profondément intéressante et expressive, tout en étant à la fois précise et claire – c’est la combinaison ultime. Après notre première collaboration en 2013, nous avons travaillé sur plusieurs autres œuvres avec Taylor, ce qui a donné lieu à un album-portrait de son œuvre en 2016 (Ecstatic Music), à la représentation de plusieurs itérations d’une œuvre théâtrale avec TELE-violet, c’est en 2019 que nous avons commencé à travailler sur Star Maker Fragments. Taylor avait une nouvelle idée pour une pièce, et quand Taylor a une idée, nous l’écoutons tous. Nous trouvons ses créations réfléchies de mondes entiers absolument irrésistibles et cette puissance expressive finement réglée est devenue une partie essentielle du langage musical et de l’identité de TAK au cours des 12 dernières années. Nous avons été immédiatement frappés par la façon dont Taylor fait tourner des mondes de sons et de structures, et nous sommes ravis de partager bientôt cette collaboration avec vous tous.
PAN M 360 : L’œuvre est basée sur le roman de science-fiction Star Maker (1937) d’Olaf Stapledon. Quels sont les thèmes sous-jacents du roman et comment sont-ils exprimés dans la musique ?
Laura Cocks : Le roman met en scène un narrateur humain qui est transporté hors de son corps et qui devient un observateur désincarné voyageant à travers l’espace et le temps. Brook rend de manière évocatrice les descriptions de sociétés imaginaires de Stapledon avec ses lignes microtonales et transcendantes. Critiquant implicitement la montée de l’autoritarisme mondial, tant dans la musique que dans le texte, Brook se délecte de l’optique empathique et pacifiste de Stapledon. Le texte de l’œuvre reste d’actualité, bien qu’il ait été écrit il y a près de cent ans. Lorsque le narrateur rencontre d’autres êtres et décrit leurs sociétés, nous entendons de nombreux échos du consentement tacite et de la sublimation en fascisme à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui.
PAN M 360 : Connaissiez-vous le roman de Stapledon avant de créer cette pièce ? Qu’est-ce qui vous a frappé dans son écriture ?
Laura Cocks : Personnellement, je ne le connaissais pas, mais d’autres membres du groupe le connaissaient. C’était une joie de découvrir cette œuvre à la fois musicalement et textuellement. Il y a une touche presque anthropologique dans la façon dont Stapledon décrit les pratiques et les modalités de relations de diverses sociétés.
PAN M 360 : L’expérimentation joue un rôle fondamental dans l’identité et la pratique artistique du TAK Ensemble. Je suppose que c’est également le cas pour Star Maker Fragments. Quel type d’expérimentation entre en jeu dans l’élaboration du produit définitif et comment s’articule-t-elle avec les idées du compositeur ?
Laura Cocks : Lorsque Taylor a commencé à travailler sur Star Maker Fragments, il a partagé avec nous de nombreux fichiers sonores provenant de diverses sources – sons de lasers, de la NASA, etc. – et nous avons expérimenté sur chacun de nos instruments la meilleure façon de recréer ces sons, de trouver des parallèles et des sons dans les conversations que Taylor tissait dans l’œuvre à la fois dans sa composition notée et dans la partie électronique. L’œuvre est conçue comme une pièce quasi impossible et de nombreuses expérimentations ont été menées pour créer l’électronique avec laquelle l’ensemble joue en concert. Il y a plusieurs versions de chaque membre de TAK dans la partie électronique et, à chaque écoute, j’entends une nouvelle façon de voir le monde et l’extérieur du monde, comme nous y invite l’imagination absolument brillante et l’orchestration minutieuse de Taylor.
PAN M 360 : Après votre passage à Montréal pour la Semaine du Neuf, quels sont vos prochains concerts et projets ?
Laura Cocks : TAK travaille avec de nombreux étudiants compositeurs cette saison et a créé près de 40 œuvres étudiantes. À notre retour de Montréal, nous serons en résidence au Peabody Institute à l’Université de New York et au Graduate Center et nous terminerons notre saison par un concert d’œuvres pour TAK de Christian Quiñones, Aliayta Foon-Dancoes, Jessie Marino et Bethany Younge. Nous attendons avec impatience la deuxième édition de notre festival, SWOONFEST, en septembre (avec Yarn/Wire, RAGE THORMBONES, Gushes, Nursalim Yadi Anugerah, Las Mariquitas, Qiujian Levi Lu et Victoria Cheah) et la sortie de notre nouvel album avec des œuvres d’Eric Wubbels, Tyshawn Sorey, Bethany Younge, Lewis Nielson et Golnaz Shariatzadeh. Nous sommes actuellement en train de travailler sur des commandes qui nous enthousiasment avec Qiujiang Levi Lu, Victoria Cheah, Golnaz Shariatzadeh, Ann Cleare et Hannah Kendall.
photo: Joanna (Asia) Mieleszko
L’ancrage de cette production se trouve dans le poème bilingue de l’auteur et performeur Kaie Kellough, qui évoque les thèmes de la langue et de l’appartenance à un lieu, une culture. Le programme explore les styles de cinq compositeurs-trices multidisciplinaires d’exception: Eliot Britton, Nicole Lizée, Derek Charke, Luna Pearl Woolf et Bret Higgins. Sur scène, on parle d’un alliage entre lyrisme, groove et textures exploratoires et aussi d’un dialogue entre les instrumentistes et le récitant. Mais encore ? Alain Brunet a posé quelques questions à la violoncelliste Andrea Stewart et au contrebassiste Thibault Bertin-Maghit, de collectif9.
PAN M 360: « collectif9 et Architek Percussion mènent une réflexion poétique sur l’identité et l’appartenance, à travers les mots et les sons ». Que motive cette réflexion sur l’identité et l’appartenance en 2025?
Andrea Stewart (collectif9) : Lorsque nous avons conçu ce spectacle (de 2016 à 2018), nous voulions créer un espace de rencontre qui accueillerait des artistes, des membres de la communauté et des mélomanes de tous genres. L’idée était que nous arrivions tous quelque part avec nos propres histoires et expériences, et que nous pouvions tous apprendre de celles-ci – des nôtres et de celles des autres. De 2016, quand nous nous sommes lancés dans ce projet en 2025, cette réflexion était toujours d’actualité. Le mouvement et la migration, ainsi que les émotions qui les accompagnent, sont des sujets très humains. Nous avons été inspirés par le sentiment d’aventure, de solitude, d’acceptation qui accompagne nos mouvements, et par la manière dont cela peut être lié à la fois aux personnes et au territoire, aux voyages physiques et émotionnels. Le concept est à la fois abstrait et clair, ce qui le rend propice à une exploration artistique. La structure du spectacle en tient compte : des mouvements et des sections des différentes pièces sont entrelacés tout au long du programme, soulignant les différentes perspectives et contextes de chaque compositeur-rice et de leur langage. Le texte est le point de départ commun, et il se développe différemment selon les mains qui le manient.
PAN M 360: Vous avez choisi d’ancrer cette réflexion à travers un texte de l’auteur bilingue Kaie Kellough, réputé pour ses liens avec les musiques de création?
Thibault Bertin-Maghit (collectif9) : En effet, nous avons approché Kaie assez tôt dans le processus de création du spectacle. On connaissait son travail littéraire et aussi sa pratique comme performer dans le monde de la musique de création. Le thème qu’on voulait explorer recoupait les sujets souvent abordés par Kaie, ce choix s’est donc imposé très naturellement. Aussi, le fait qu’il écrive autant en anglais qu’en français était important pour nous pour pouvoir intégrer la dualité de la langue dans l’ADN du spectacle.
PAN M 360 : Comment ce texte devient-il le liant de l’exécution des œuvres au programme?
Thibault Bertin-Maghit : Les 5 pièces au programme ont toutes été commandées spécifiquement pour ce spectacle et chaque compositeur-trice a défini son rapport au texte pour sa pièce. Le texte reçoit donc toutes sortes de traitements: déclamé, chanté, scandé, pré-enregistré, altéré électroniquement. On le retrouve aussi à l’écran, intégré dans les projections vidéo.
PAN M 360 : Comment les œuvres choisies pour ce programme correspondent-elles à sa thématique?
Thibault Bertin-Maghit : Notre idée était de mettre côte à côte les approches de chacun des compositeur-trice-s par rapport à notre sujet pour apprécier d’autant plus leurs visions et leurs langages contrastants. Chez Woolf par exemple, la thématique a mené à la création d’univers à saveurs folkloriques inventées, alors que chez Lizée, la notion de lieu d’appartenance se matérialise dans des symboles issus de la culture populaire, que ce soit des jeux de société, des émissions TV ou des bonbons.
PAN M 360 : Comment avez-vous imaginé d’abord ce programme à deux ensembles?
Andrea Stewart : Nos deux ensembles existent depuis à peu près la même période (collectif9 depuis 2011 et Architek Percussion depuis 2012), mais notre amitié existait déjà avant cela. Nous avons toujours eu une approche artistique similaire – collectif9 étant un ensemble à cordes qui aimait le groove et Architek étant un quatuor de percussions multidimensionnel – et nous avions déjà discuté d’une collaboration à plusieurs reprises sans trouver comment ça pourrait vraiment se concrétiser. Lorsque le Conseil des arts du Canada a annoncé son programme Nouveau chapitre en 2016, offrant un financement exceptionnel pour de grands projets, il nous a semblé que c’était le moment de rêver, et nous l’avons fait. Si nous imaginons que la musique est le reflet de nos expériences, l’idée de parcourir la musique de cinq compositeurs stylistiquement différents semblait tout à fait pertinente à l’expérience de la vie elle-même, et nous étions tous tournés vers le monde, désireux de voir et de ressentir les expériences des autres. Ce fut une période très stimulante lorsque notre projet a commencé à prendre véritablement racine, et quand l’opportunité de financement nous a permis d’élargir le champ de notre imagination.
PAN M 360 : Quel est l’historique de la collaboration entre Collectif9 et Architek Percussion, deux ensembles en pleine ascension au Canada?
Andrea Stewart : Quelque part, mon jardin est notre première collaboration. La beauté d’une collaboration, quelle qu’elle soit, est qu’elle reste avec vous et que l’idée de développement est toujours présente. C’était un projet énorme à entreprendre en 2016. Nous avons beaucoup appris jusqu’à la première en 2018 et nous avons continué à développer notre vision du spectacle lorsque nous l’avons emmené en tournée à travers le Canada en 2018-19. Nous voici en 2025, et nous continuons à faire des ajustements, à clarifier des idées, à trouver de nouvelles voies. J’espère que nous aurons toujours l’impression d’être en pleine ascension si nous continuons à vouloir apprendre et changer.
PAN M 360 : Quelles sont les forces spécifiques à chacun de ces ensembles dans le contexte de ce programme?
Thibault Bertin-Maghit : Pour ce qui est de collectif9, je pense que notre force réside dans notre capacité à bouger ensemble, à respirer ensemble, et c’est d’autant plus important dans un contexte où le matériel musical est dense. On a besoin de cette fluidité et de cette unité pour rendre le tout cohérent.
Andrea Stewart : En ce qui concerne nos collègues d’Architek, ils sont totalement dévoués à l’idée du travail collectif. Ils arrivent avec une telle énergie et une telle attention pour le projet en cours qu’il devient très inspirant de travailler avec des collaborateurs prêts à s’immerger totalement dans la musique (et dans un projet), et c’est tellement évident avec Architek.
PAN M 360 : Comment avez-vous prévu arrimer les deux ensembles à travers ce répertoire?
Andrea Stewart : Tout le répertoire a été écrit pour les deux ensembles, et comme c’est nous qui avons commandé les œuvres, certains compositeurs ont pensé spécifiquement à nous lorsqu’ils ont écrit la musique. En ce sens, les deux ensembles sont très liés. Le tout devient un très grand ensemble de musique de chambre, et la complicité entre les individus en témoigne.
Q : Plus précisément, parlons de ces œuvres et des configurations orchestrales qui y sont sous-tendues. Pourriez-vous SVP nous en dire davantage sur les œuvres au programme?
* Luna Pearl Woolf: But I Digress… (2018) – 19 min
* Bret Higgins: among, within, beneath, atop (2018) – 8 min
* Derek Charke: the world is itself a cargo carried (2018) – 15 min
* Eliot Britton: Backyard Blocks (2018) – 17 min
* Nicole Lizée: Folk Noir/Canadiana (2018) – 14 min
Thibault Bertin-Maghit La pièce de Luna est constituée de 9 mouvements très courts. Chacun est très ciselé, très travaillé et nous amène dans un lieu géographique imaginaire.
La pièce de Brett reflète son univers jazz avec une ambiance plus feutrée et un peu d’improvisation.
La pièce de Derek est celle la plus chargée d’adrénaline du programme avec les parties les plus lourdes et groovy du spectacle.
Eliot, quant à lui, nous a donné un matériel plus ouvert dans lequel chacun de nous a des zones pour ornementer et varier les textures sonores. On est ici dans des sphères parfois plus pop/groove, avec aussi des cues électroniques.
Finalement, Nicole, nous a servi son désormais traditionnel cocktail de glitch, déphasages, instruments inusités, bande électronique, le tout synchronisé sur un film de sa concoction, rempli de référence pop des dernières décennies.
Je ne pourrais pas parler des artistes derrière le spectacle sans mentionner la collaboration de Myriam Boucher. Elle a conçu les projections vidéo pour le spectacle, utilisant ses propres images ainsi que des illustrations de Melissa Di Menna et Julien Bakvis, elles-mêmes inspirées du poème de Kaie. L’univers visuel qui en résulte est souvent aquatique et poétique, et donne une grande place à la nature; l’élément, s’il en est un, qui nous unis toutes et tous.
PAN M 360 : Eliot Britton (Toronto), Nicole Lizée (Montréal), Derek Charke (Vallée d’Annapolis), Luna Pearl Woolf (Montréal) et Bret Higgins (Toronto) : tous ces artistes sont anglophones, y compris l’auteur Kaie Kellough. Doit-on en déduire que la réflexion sur l’identité et l’appartenance résulte d’une réflexion anglo-canadienne dans le cas qui nous occupe? Ou encore cette sélection d’artistes relève-t-elle du hasard?
Andrea Stewart : C’est l’une des raisons pour lesquelles il est intéressant de revenir à un spectacle créé il y a tant d’années : nous réalisons qu’il y a toujours plus à faire pour créer une image artistique plus complète des ressentis de notre société. Je crois que nous pouvons dire que cette réflexion est vraie pour les locuteurs de toutes les langues à travers le pays. C’est la réflexion que nous avons lorsque nous trouvons nos communautés, où qu’elles soient, ou lorsque nous nous attachons à un territoire particulier.
La langue des membres de l’équipe créative de Quelque part, mon jardin peut être considérée comme un portrait instantané de l’état d’esprit de l’ensemble à l’époque : en tant qu’ensemble majoritairement francophones en 2016 – lorsque nous avons commencé à travailler sur ce projet – collaborer avec des artistes anglophones nous a semblé être un lien important à établir. Depuis 2016, notre identité culturelle, sociétale et linguistique en tant qu’ensemble est devenue plus complexe, et cela a un impact sur nos choix artistiques. Il est important de regarder en arrière et de voir ce que nous avons pu manquer, et ce que nous aimerions voir à l’avenir.
PAN M 360 : Dans ce contexte d’incertitude croissante sur les souverainetés canadienne et québécoise face à un géant américain très clairement impérialiste qui veut redessiner la carte de ce continent, y a-t-il lieu d’inscrire un tel programme dans ce contexte? Est-il pertinent de lier cette réflexion sur l’identité et l’appartenance à la géopolitique actuelle?
Thibault Bertin-Maghit : Je pense que ce spectacle met de l’avant notre désir de transversalité, notre besoin de mettre nos différences côte à côte. La différence nous enrichit, nous ouvre les yeux sur d’autres visions du monde plus qu’elle nous intimide ou nous effraie. Les réalités migratoires d’il y a 7 ans sont toujours d’actualité et le futur va nécessiter notre mobilisation et notre unité pour combattre la division et le repli sur soi. Dans ce sens, ce spectacle est certainement un appel à se rassembler pour faire face ensemble aux défis qui nous attendent.