L’album Apostrophe et l’enregistrement public Roxy & Elsewhere, parmi les joyaux de Frank Zappa, ont été rendus publics en 1974, d’où les célébrations sur scène de leur cinquantenaire par fiston Dweezil et son excellent groupe constitué exclusivement de virtuoses issus de la génération suivante à celle de l’illustre et génial paternel. Et on fait durer le plaisir en 2025! Des escales à Montréal et à Québec, fin avril, justifient sans conteste cette interview réalisée par Réjean Beaucage, certes le plus fervent zappophile de la communauté d’experts regroupés au sein de PAN M 360.

Voici d’abord le préambule à l’interview vidéo ci-dessous.

Après une trentaine de concerts à l’automne 2024 et encore une quinzaine en janvier, Dweezil Zappa reprend la route en avril pour présenter une vingtaine de dates de la tournée Rox(postroph)y, dont cellesThéâtre Maisonneuve et du Palais Montcalm.

Les dates de janvier, surtout dans l’est des États-Unis, ont donné une nouvelle couleur au programme préparé pour la tournée. « Il y a sans doute plus d’humour que jamais, parce que nous avons quitté la ville quand tout était en feu, et on ne savait pas du tout si les membres du groupe auraient des problèmes avec leur maison… Tout semblait irréel, et l’humour est devenu un antidote naturel pour évacuer le stress. »

Le groupe qui l’accompagne cette fois-ci est le plus petit qu’il a formé depuis le début de l’aventure Zappa Plays Zappa en 2006. On y trouve Scheila Gonzalez, qui est dans le groupe depuis le tout début (sax, flûte, claviers, voix, etc.), Kurt Morgan (basse), Ryan Brown (batterie), Bobby Victor (claviers) et Zach Tabori (guitare, batterie, voix). Ce dernier a une histoire assez surprenante :

« En effet, explique Dweezil, il a découvert la musique de mon père en voyant mon groupe jouer Punky’s Whips sur Youtube alors qu’il n’avait que 12 ans ! Quand j’ai lancé ce projet, en 2006, le but était de toucher une nouvelle génération de musiciens qui pourraient être inspirés par cette musique et peut-être la jouer un jour. Zach est certainement dans cette catégorie et il est maintenant dans le groupe. » L’histoire ressemble à celle de nombre de musiciens qui ont pu jouer dans l’une ou l’autre des formations de Frank Zappa, comme Steve Vai ou Ike Willis.

« C’est vrai, commente Dweezil, mais c’est quand même spécial parce que ce n’est pas la musique originale de Frank qui l’a inspirée, mais plutôt ma version de cette musique. Par la suite, bien sûr, il a découvert le corpus original. Punky’s Whips est certainement l’un des moments forts de notre spectacle. »

La tournée Rox(postroph)y célèbre la sortie, en 1974, de deux albums de Frank Zappa parmi ses plus populaires : Apostrophe (‘) et Roxy & Elswhere, mais le programme ne se limite pas aux 19 pièces que l’on trouve sur ces derniers, comme le montrent bien les listes que l’on peut consulter. Outre les reprises amusantes, comme Frank aimait souvent en placer dans ses propres concerts (on note par exemple Gary Newman ou Bon Jovi, et même quelques notes de Led Zeppelin, entre autres), Dweezil nous présente aussi une Lost Zappa Song , retrouvée dans la mémoire de son oncle Midget, qui l’a apprise du compositeur en 1971, à l’époque où il était cloué à un fauteuil roulant après avoir été jeté dans la fosse d’orchestre par un spectateur débile au Rainbow, à Londres.

« Mon père ne l’a jamais enregistrée, mais mon oncle s’en souvenait et il a pu me l’apprendre. Comme à l’époque mon père travaillait sur la musique des Waka/Jawaka (1972) et The Grand Wazoo (1972), j’ai décidé d’en faire un arrangement dans ce style. Je vais jouer cet arrangement avec le Metropole Orkest lors d’une soirée consacrée à ma musique et à celle de mon père, le 1er juin prochain [au Muziekgebouw d’Eindhoven], aux Pays-Bas. On ne peut pas jouer cet arrangement à six, bien sûr, mais on travaille toujours sur la pièce et je pense qu’on aura quelque chose de solide lorsque la présentera à Montréal et à Québec. »

Souhaitons que les partitions préparées pour le concert du Metropole Orkest puissent trouver un jour leur chemin jusque chez nous!

Tout le monde a entendu parler de la bisbille qui a éclaté au sein des enfants Zappa suite au décès de leur mère Gail en 2015 et, en particulier, des problèmes juridiques que le petit frère Ahmet faisaient peser sur Dweezil, cherchant même apparemment à l’empêcher d’utiliser le nom Zappa ! Mais il avait accès à l’époque à du matériel ayant appartenu à Frank ; qu’en est-il aujourd’hui?

« J’avais un accès relativement limité à l’équipement à l’époque, et maintenant j’ai encore quelques guitares. Durant cette tournée, j’utilise la « Roxy SG », la même qu’il utilisait aussi sur Apostrophe (‘), et aussi la Les Paul qu’il a utilisé sur Shut Up’n Play Yer Guitar. Pour le reste, j’ai découvert des façons de recréer ses sonorités sans avoir à recourir à l’équipement original. Il s’est aussi fait faire sur mesure une guitare signature qui semble très performante, un modèle Lynx de chez Shabat Guitars.

Au sein de la famille, les tensions se sont peut-être un peu dissipées depuis que le catalogue de Frank, incluant les enregistrements inédits que recèlent encore ses célèbres voûtes, a été vendu à Universal Music Group, qui fait même la publicité des concerts de Dweezil dans une infolettre dédiée à l’actualité zappaïenne.

« Ça se limite pas mal à ça, précise Dweezil. Ce serait certainement positif la relation avec Universal se développait, mais pour le moment ce n’est pas le cas. »

Dweezil pense peut-être à célébrer les cinquantenaires d’autres albums de Frank (Zoot Allures en 2026 ? In New York en 2028 ?), mais il veut mesurer l’appétit du public pour le projet avec lequel il tourne actuellement, et sans doute travailler un peu sur des projets personnels. On l’a effleuré plus tôt, Dweezil fait aussi à l’occasion sa propre musique, ce qui inclut, par exemple, la pièce What the Hell Was I Thinking?, sur laquelle il a commencé à travailler en 1989 ! Une espèce d’opus maximus d’une durée de 75 minutes sur laquelle plus d’une quarantaine de grands guitaristes ont enregistré des solos jusqu’à maintenant! Au fil du temps, il a eu des problèmes avec l’évolution de la technologie, mais la pièce est en développement.

« J’espère pouvoir la terminer pour la fin de cette année et ce sera en version Dolby Atmos, pour une écoute immersive. »

À suivre!

Au Théâtre Maisonneuve, 21 avril, 20h. Billets ICI

Au Palais Montcalm le 25 avril, 19h30. Billets ICI

JACO arrive peut-être tard dans le décor mais ce Plan F, un titre sciemment autodérisoire pour ses 38 ans, pourrait être l’amorce d’un grand feu d’artifice. Chose certaine, ce flamboyant late bloomer est habité par une volonté ferme de réussir son Plan F. Il maîtrise à l’évidence les codes de la synth-pop et sait écrire de la rime solide, et il le fait dans un québécois de bon aloi que tout francophone sur Terre est capable de kiffer.

Son profil biographique nous indique qu’il a enregistré l’EP Vies et presque mort d’un chérubin en collaboration avec sept musiciens classiques, pour ensuite négocier un virage pop aux accents housy et dance par moments, avec un premier EP homonyme (Jacques Rousseau, en 2014), puis s’inscrit à l’École nationale de la chanson de Granby. 

Artiste queer parfaitement assumé, JACO s’annonce comme une créature magnétique, aussi sensuelle que futée, soucieuse de la forme et du fond. Avant de traverser l’Atlantique puisqu’il travaille fort à s’implanter dans le marché français, JACO nous accorde cette généreuse interview menée par Alain Brunet pour PAN M 360.

PAN M 360 : Salut JACO, faisons connaissance! Pourquoi, d’abord, as-tu choisi le pseudo ?

JACO: En fait, JACO c’est un peu un pied de nez au passé pour deux raisons. Mon nom légal est Jacques. Jeune, ma marraine avait utilisé de manière affectueuse le surnom Jaco devant mon père qui était plutôt rigide et l’avait reprise de façon plutôt sévère : son nom c’est Jacques, pas Jaco. Elle avait donc cessé de m’appeler comme ça. Ensuite, à l’école secondaire, j’avais vécu de l’intimidation auprès d’un groupe de jeunes qui s’amusait à chantonner Jaco… Jaco… Perso, j’aime bien ce diminutif.  Pour moi, ça évoque quelque chose de plutôt candide et joyeux. À l’âge adulte je me le suis donc réapproprié et c’est devenu mon surnom le plus commun auprès de toustes.    

PAN M 360: Comment es-tu venu à la pop? Autodidacte? Éduqué en musique?  

JACO: Jeune, j’affectionnais particulièrement ce style.  J’écoutais religieusement le 6à6 à CKOI 96,9, ma première peine de cœur était auprès de Nick Carter des Backstreet Boys. On a aussi retrouvé une lettre que j’avais écrite à la «fée du destin» où je lui disais que plus tard je serais un chanteur dance très populaire.  

J’ai par contre eu l’élan d’apprivoiser plusieurs autres styles musicaux, avec comme favoris la chanson française, l’opéra, la musique classique plutôt cinématographique (Danny Elfman, Philip Glass)…

J’ai effectué mes études post secondaires en théâtre, mais j’ai rapidement commencé à chanter.  J’ai eu un court parcours comme interprète après mes études, mais rapidement j’ai eu besoin d’écrire mes propres textes.  J’ai collaboré avec plusieurs musiciens formés pour mettre au monde en collaboration mes premières inspirations de chansons, pendant que moi j’étais autodidacte.  

Puis, un jour j’ai saisi que si je voulais vraiment comprendre mes élans créatifs, savoir les communiquer et devenir maître à bord de ma création, je devais faire mes devoirs.  C’est ainsi que je suis retourné sur les bancs d’école à l’École nationale de la chanson et juste après, j’ai fait naître mon projet JACO. 

PAN M 360: La chanson Moi te définit-elle ou encore s’agit-il d’un personnage virtuel qui se raconte? Le narrateur de la chanson a 33 ans. Et toi?

JACO: Cette chanson, je l’ai écrite à mon pupitre de l’ENC.  Elle correspond à un témoignage sincère de l’époque.  En cours d’écriture, on nous avait suggéré qu’afin de créer une chanson qui a un certain impact, du sens, il est parfois bon d’oser dévoiler quelque chose d’intime à propos de soi, quelque chose que l’on aimerait, même, garder pour soi. J’ai donc donné la parole à cette part de moi qui, à 33 ans à l’époque, avait besoin de faire sortir cette confession. Me rappeler d’être moi, d’être fidèle à qui je suis, d’être seulement moi (dans le sens que je me suffis à moi-même quand je suis dans mon cœur plutôt que dans mon égo) c’est quelque chose qui est toujours d’actualité et qui me permet de garder le cap qui m’est cher.  

PAN M 360 : Pourquoi le titre Plan F a-t-il été retenu pour cet album?

JACO: Encore une fois, le titre est tiré de la chanson MOI.  Le plan A est devenu plan B, puis de B c’est passé à C, D, E…F*CK, je vais me rendre jusqu’où dans l’alphabet? 

Ce n’était donc pas mon plan de sortir mon 1er album à 38 ans, mais ce PLAN F parle d’un parcours de maturation, de résilience, de persévérance. Aujourd’hui, je suis vraiment reconnaissant de ne pas avoir connu le succès tant espéré auparavant.  Je suis content d’avoir mûri, d’avoir guéri des trucs.  Maintenant, j’axe davantage ma création au service de quelque chose de plus grand que ma petite personne et je suis tellement mieux avec moi.  

PAN M 360 : Comment as-tu gagné ta vie jusqu’à maintenant?

JACO: J’ai été serveur dans les restos pendant plus de 10 ans (le seul boulot que j’arrivais à garder, car c’est en lien avec les gens… et ce n’est pas trop routinier dû à cette multitude de rencontres.)  J’ai été prof de méditation.  Depuis 2 ans maintenant, mon unique métier est la chanson et j’y suis pleinement investi.  

PAN M 360 : Quels sont tes objectifs de carrière? Marché keb franco ou toute la francophonie?

JACO: Mon objectif principal est de partager mon art sur les grandes scènes de la francophonie, avec des scénographies permettant aux gens de rêver grand, de se sentir grands. 

PAN M 360 : Quels ont été tes modèles en tant que parolier? Quelle langue vises-tu? Joual international? Mélange de français normatif et de langue locale? On ressent les influences (et citations) d’Europe mais aussi du QC. Comment dessines-tu ta propre identité culturelle?

JACO: Dans mon parcours, Plamondon m’a marqué bien sûr, avec Starmania, puis son travail avec Dufresne. Orelsan m’a beaucoup parlé aussi, dans sa capacité de parler de lui de manière désarmante de sincérité, souvent avec une bonne dose d’autodérision.  Il ose dire des choses que l’on garde habituellement pour soi justement, exposer ses travers.  Son langage est familier, mais tourné de manière vraiment fine je trouve.  

J’ai à cœur de m’assurer de bien me faire comprendre par l’auditoire qui m’écoute.  Dans les derniers temps, ma vie oscillait entre la France et le QC donc on y retrouve les 2.  Je planifie de passer la majeure partie de ma vie en France dans les prochaines années, donc naturellement je vais sûrement utiliser un langage qui m’assure d’être compris de toustes là-bas, tout en restant le plus naturel avec qui je suis dans l’instant.  

Mon identité n’est pas profondément patriotique ou géopolitique, elle s’appuie davantage sur des valeurs universelles.  

PAN M 360 : En tant que musicien, qui t’a vraiment marqué ? Quelles sont tes influences les plus récentes?

JACO: Tellement d’inspirations variées : Mitsou, Diane Dufresne, Vigneault, Pauline Julien, Claude Léveillé, Supertramp, Juliette Gréco, The Doors, Pink Floyd, La Callas, Jane Birkin, Thomas Fersen, Joe Dassin, Dalida, Abba, Mylène Farmer, les chorales de chants religieux…

J’ai beaucoup de difficulté à répondre à la question de qui je m’inspire récemment parce que je suis surtout dans une démarche où je fais de mon mieux pour être à l’écoute de ce qui veut vivre de l’intérieur vers l’extérieur, riche de tout ce qui a constitué mon bagage musical. Je m’amuse à combiner mon amour de la pop accrocheuse avec mes influences moins conventionnelles….

Je ne suis pas celui qui arrive en studio avec des refs d’artistes du moment en disant que j’aimerais que mon projet partage certaines sonorités.  

PAN M 360 : En tant que producteur/réalisateur?

JACO: Max Martin est à la barre de tellement de hits que je considère comme des joyaux de composition malgré le fait qu’ils soient on ne peut plus mainstream, haha.   

PAN M 360 : Que cherches-tu dans une chanson pop? Équilibre entre la musique et les mots? Prééminence de la musique?

JACO: Des verres d’oreille grâce à de riches mélodies, qui progresse, de l’émotion, une rythmique accrocheuse aussi . De la forme et du fond.  De l’impact.  Je pense que la pop est un véhicule formidable pour rassembler et pour passer des messages.  

PAN M 360 : Raconte-nous une séance de travail en studio ayant marqué cet album.

JACO: Plutôt qu’une séance studio en particulier, j’ai l’élan de partager que c’est un album qui s’est fait dans la joie et dans une complicité vraiment heureuse avec le réalisateur Arthur Bourdon-Durocher.  Nous avons créé tous les arrangements ensemble et je n’aurais pas pu demander mieux comme alliance.  On a ri énormément, il y eu un beau flow dans la création, beaucoup de jeu.  Je suis vraiment heureux d’en être rendu dans une collaboration musicale où je me sens compris, capable d’exprimer ce que je désire tout en étant capable de laisser de l’espace de création à l’autre, être ouvert tout en étant connecté à ce qui m’apparaît juste.  Le but de tout ça au final, quand j’écoute mes chansons, c’est que mon kid intérieur jubile, haha.  

PAN M 360 : Présente-nous ton équipe et tes principaux acolytes en studio.

JACO: Alors, ça a été Arthur tel que mentionné plus haut.  Ensuite, il y a eu Pascal Shefteshy (qui a justement était assistant de NK.F sur les albums d’Orelsan, Angèle, Zaho de Sagazan, etc.)  Avec lui aussi, super belle connexion humaine, et beaucoup de rire dans un travail méticuleux.    

PAN M 360 : On dit que tes shows très dynamiques pourraient même l’emporter sur tes enregistrements. Qu’en penses-tu? 

JACO: C’est un sacré défi de réussir à infuser autant d’énergie sur enregistrement que sur scène, lorsque la scène est notre lieu d’expression le plus exalté.  Quand je fais mes voix à la maison (j’enregistre plus souvent qu’autrement mes voix en solo dans mon studio maison), je gesticule beaucoup, je mets le son fort dans mes oreilles et je m’imagine que je chante ma chanson à qqun.ne pour recréer ce sentiment de don de soi, d’expression large.  D’ailleurs pour la suite des choses pour moi, je veux trouver la manière d’être encore plus brut dans mes enregistrements, pas trop lisse.  

PAN M 360 : Qui t’accompagne sur scène?

JACO: Pour mes dernières dates (tournée en France, concert à Paris et lancement à Montréal, j’étais solo. Quand on est seul et qu’il y un aspect performatif dans notre répertoire (danse, une certaine théâtralité) il y a une obligation de constamment être connecté avec le public, dans un dialogue constant, et j’aime cette contrainte. Je trouve qu’elle ramène à l’essentiel de ce qui est important sur scène pour moi, donner au public. 

PAN M 360: On m’explique que tu pars en Europe. Mais encore? Tournée? Démarchage professionnel?

JACO: En fait, j’ai passé 8 mois en France dans la dernière année et demie et là, j’ai obtenu mon passeport talent qui me permet de rester sur de longues périodes. À mon dernier passage, j’ai fait un concert solo aux Étoiles à Paris qui a été produit par la boîte TS3 (Thierry Suc, manager de Mylène Farmer et producteur de spectacle associés à plusieurs artistes formidables).  Après m’avoir vu sur scène, ils ont confirmé leur volonté de m’aider à me rendre là où je souhaite me rendre (les fameuses grandes scènes). J’entre particulièrement en résonance avec la scène musicale européenne francophone. Des projets électro pop comme le mien là-bas sont très bienvenus et tous les artistes plus actuels dont j’admire le travail se retrouvent là-bas.  

PAN M 360 : Que souhaites-tu apporter au paysage sonore keb avec cet album?

JACO: Une bonne dose d’énergie positive, un encouragement à s’assumer pleinement, et si je peux en inspirer certains.nes à ne pas lâcher et à poursuivre leurs rêves, j’en suis ravi.  

Formé de Yannick Nanette et Thierry Jaccard, l’un Mauricien, l’autre Suisse, ce duo, qui s’est rencontré par hasard lors d’un jam dans un bar de Suisse, poursuit son aventure même treize ans plus tard sous le nom de scène The TWO. C’est d’ailleurs ce que signifie le nom donné à leur plus récent album Sadela, en créole mauricien. Ce qui ressort d’emblée de ces deux artistes, c’est leur complicité flagrante et leur connexion humaine, sans artifices. Prônant une créolité dans leur version du blues mais également dans leur mode de vie, ils encouragent le métissage des cultures et refusent d’être enfermés dans des tiroirs ou des étiquettes. Puisqu’après tout, vous les trouverez dans plusieurs à la fois : dans le tiroir blues, dans celui du jazz, ou encore de la soul. Citant Edouard Glissant à plusieurs reprises, le binôme s’auto-qualifie de « philosophes du dimanche » et c’est de ces discussions que naissent leurs chansons, principalement écrites par Yannick.

Le duo, qui est ensuite devenu trio, puis quartet avec le temps et selon les circonstances, sera au Club Balattou en formule trio (ou quartet, je vous garde le suspense) ce dimanche 20 avril, à 21h. Notre journaliste Sandra Gasana a pu s’entretenir avec eux avant leur concert à Maskinongé.

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Enfant, il jouait au hockey bottine avec les frères Fred et Nicolas Pellerin, dans ce village de Mauricie devenu mythique pour la synergie créatrice qu’on y observe. Benoît Pinette (Tire le Coyote) et sa compagne Émilie Perreault vivent dans le secteur, sans compter d’autres artistes talentueux tels le pianiste Jérôme Beaulieu, le batteur Kevin Warren, on en passe. Avec ses potes de Saint-Élie-de-Caxton, dont certains sont célèbres comme on le sait, Jeannot Bournival a été au centre de multiples ensembles et projets de studio qui lui ont valu une reconnaissance et un respect à l’échelle québécoise. Multi-instrumentiste, compositeur, improvisateur, réalisateur d’albums, homme à tout faire de la musique versé dans le trad mais aussi le jazz contemporain, le rock, l’americana en général, et plus encore, genre la photo. Il est à se demander si cette façon de phraser et de raconter à la Fred Pellerin ne contient pas des molécules de Jeannot… et vice versa. Chose certaine, Jeannot Bournival est un pilier créatif de Saint-Élie-de-Caxton, ayant travaillé avec tous ses protagonistes. Confiture printemps comète moustache molle, un album illustrant en toute cohérence le monde apparemment éclaté, est le met principal de son nouveau spectacle Western Paillettes qu’il présente au Lion d’Or le vendredi 18 avril. Ce qui justifie cet entretien convivial avec Alain Brunet pour PAN M 360.

BILLETS ET INFOS ICI

Ça y est, la programmation de la saison prochaine à l’OSM est rendue publique. PAN M 360 était sur place lorsque les haut gradés de l’organisation ont dévoilé le contenu d’une programmation méticuleusement concoctée. En voici les principales citations!

Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l’OSM : cap sur l’accessibilité

Mélanie : C’est la première saison que j’annonce en tant que chef de la direction, donc je suis particulièrement excitée aujourd’hui. Le mot d’ordre pour la saison qu’on annonce, c’est vraiment l’accessibilité. Moi, je voulais que l’accessibilité soit la plus grande possible aux concerts. On sait qu’on est dans une période difficile, moralement, économiquement, pour toute la population.

Donc, on veut que les gens puissent avoir accès à la musique. Donc, on a réduit les prix de plusieurs de nos billets. Ce qu’on a décidé de faire, c’est que 20 % de tous les billets dans la salle, à chaque concert, seront disponibles à 30 $.  Et quand les gens vont acheter quatre billets, ils auront 25 % de rabais sur ce 30 $. Donc, c’est une accessibilité intéressante à tous.

Et pour les jeunes de 35 ans et moins, ce tarif de 30 $ est disponible pour 75 % des sièges dans la salle. Donc, les gens de 35 ans et moins vont pouvoir avoir accès à une grande partie de la salle pour venir participer au concert.  

La dernière saison, j’ai commencé à développer des liens entre le public et les musiciens. J’essaie aussi de mettre en valeur les musiciens de façon individuelle. Je veux que les gens reconnaissent un musicien qu’ils croisent « Ah, ça c’est André, ça c’est Sébastien ». Je veux que les gens établissent aussi des liens avec les musiciens.

Donc, de plus en plus, vous allez voir ça. Vous le voyez dans la vidéo qu’on a faite, vous allez le voir aussi pendant la saison. Et dans la brochure. Les pages centrales de notre brochure, d’ailleurs, c’est la photo de tous les musiciens avec leurs noms pour que les gens puissent associer des noms aux visages qu’ils voient.

Rafael Payare, chef principal et directeur musical de l’OSM, et Marianne Perron, Directrice principale, Secteur artistique de l’OSM et  : plus de deux ans de préparation

Marianne : Ça nous fait très très plaisir d’être avec vous aujourd’hui. Vous savez, concevoir, réaliser une une saison, c’est un travail de deux ans. Alors ce n’est pas sans fébrilité, mais surtout avec grand plaisir nous vous partageons ce qu’on a essayé de concocter pendant tous ces mois. Alors Rafael, quels sont les éléments que vous aviez en tête quand vous avez travaillé avec l’équipe à la construction de la saison?  

Rafael : Je suis vraiment content de partager notre prochaine saison. Je dirais même que c’est plus de deux ans de préparation. On suit un chemin avec de petits détours ici et là. Comme toujours, on va commencer avec le concert d’ouverture, la Damnation de Faust, donc un concert dédié à Berlioz en version concert avec les solistes. Nous continuerons notre chemin avec Chostakovitch (7e symphonie Leningrad ) et Mahler(5e et 9e symphonies).  Il y aura d’autres symphonies de Chostakovitch qu’on mettra plus tard au programme, on en parlera  un autre moment.

Sur le programme d’immersion orchestrale 

Marianne : Et d’ailleurs on aura notre programme d’immersion orchestrale. On a une quinzaine d’étudiants des meilleures écoles de Montréal qui viennent passer la semaine avec nous, qui se joignent aux musiciens de l’OSM, donc c’est vraiment une formation.  

Rafael  : Oui, et c’est bien, parce que c’est un programme qui a tellement d’importance pour les musiciens qui vont y venir. C’est très intensif et je suis vraiment content de poursuivre avec ce programme. 

Sur les programmes que retient Rafael 

Rafael : Aussi, on fera  Les noces de Figaro  et on continuera notre apprentissage de Mozart.  On pourra voir qu’il y a un parcours avec l’orchestre… notamment  sur ce qu’on peut faire avec la dramaturgie des œuvres. On l’a déjà fait avec Mendelssohn, qu’on parlait d’un petit mélange de théâtre, un effet de dramaturgie, d’éclairages, quelque chose de différent. Et on va finir avec le Wagner (Wagner et la légende de l’anneau) , parce que le son de cet orchestre avec Wagner, c’est incroyable.  

Pour continuer notre chemin, il y a d’autres choses quand même, qu’on va continuer avec des compositeurs comme Richard Strauss avec Ainsi parlait Zarathoustra, et aussi, on peut parler en même temps de nos compositeurs canadiens, les créations mondiales à venir. Moi, je suis vraiment content d’avoir la chance de parcourir des compositions d’ici, dont celles de Denis Gougeon et Samy Moussa.

Il y aura aussi les autres chefs d’orchestre (Kent Nagano, Leonard Slatkin, Lucie Leguay, Jacques Lacombe, Anja Bihlmaier, Barbara Hannigan, Simone Young, Elim Chan, etc.) . Et je suis vraiment content parce que pour moi, c’est vraiment important de connaître et entendre les voix de notre temps. Petit à petit,  je me plonge un petit peu plus dans les différentes voix canadiennes, québécoises et montréalaises pour savoir quelles sont les voix de l’heure à présenter.

Marianne : D’ailleurs, depuis vos débuts à l’OSM, Rafael, vous avez toujours fait une grande place aux familles musicales québécoise et canadienne, et vous avez incité des chefs invités à intégrer à leurs programmes des œuvres canadiennes,  notamment une œuvre de Michael Colgrass dirigée par Leonard Slatkin et de Cassandra Miller avec Elim Chan.

Jimmy Lopez, compositeur péruvien en résidence 

Rafael : On peut parler aussi de la nomination de Jimmy Lopez comme compositeur en résidence. Ses œuvres seront dirigées par un autre chef et par moi-même dans un programme incluant aussi une œuvre de Billy Childs pour saxophone et orchestre. On jouera des pièces déjà écrites et on prévoit une composition pour la saison suivante. Cette résidence se fait en partenariat avec l’Orchestre de San Diego. 

Je suis vraiment, vraiment, vraiment content que Jimmy ait accepté d’être notre compositeur en résidence parce qu’il a une vaste palette, son parcours est très intéressant. Péruvien, il a résidé en Norvège et en Finlande, il vit en Californie. Et il connaît très, très bien la couleur de notre orchestre. Il ajoute beaucoup de couleurs et rythmes orchestraux. 

Dans ses mélanges, il y a ce qu’on adore de la musique française, de l’impressionnisme, mais ce n’est qu’une facette, il a une voix très, très, très intéressante. La commande de l’OSM sera consacrée au papillon monarque, dont la boucle migratoire du Canada en Amérique centrale, nécessite six générations. 

Et il y a comme le monde que c’est un peu compliqué à ce moment, c’est une belle manière de parler d’un thème comme l’immigration et les mutations des migrants en cours de route.  Et c’est une belle manière de le faire et puisque j’adore ce que fait Jimmy.

Marianne : Concernant Jimmy Lopez, effectivement, on a déjà joué de lui une œuvre  pour piano et orchestre, et puis, donc, l’année prochaine, l’oeuvre intitulée Aino sera dirigée par Thomas Netopil, et puis l’oeuvre que vous dirigez s’intitule Perù Negro et sera présentée dans un programme assez original qui comprend également Diaspora, concerto pour saxophone et orchestre de Billy Childs, ainsi que la Symphonie no 4 de Mahler.

Et Jimmy Lopez sera présent à Montréal à deux occasions pendant la saison, c’est très agréable de pouvoir échanger et d’avoir accès directement aux compositeurs, de voir un petit peu, ça nous permet de rentrer dans leur univers. C’est une résidence de deux ans, et un peu, c’est l’idée de prendre le temps de connaître quelqu’un, de découvrir son univers, et de pouvoir échanger.

Programmes éclatés  et Temps des Fêtes

Marianne :  Pour les  apéros, on poursuit les concerts éclatés, donc un autre type de format, c’est-à-dire plutôt un petit peu plus tard en soirée, 20h30, un concert d’environ une heure, qui est suivi par une soirée festive, puis qui est vraiment conçue en fonction du programme précédent, donc on aura une soirée comme ça, notamment dirigée par Dina Gilbert, autour de l’Halloween, et puis Raphaël dirigera également ses concerts, de même que Barbara Hannigan. Donc, on est toujours dans le répertoire, on est également dans l’exploration, mais justement, c’est une façon de vivre la musique un peu différemment dans nos salles. Les concerts sont bien appréciés, on l’a vécu récemment, justement, avec Fantasia. Alors on poursuit aussi l’année prochaine, je dirais, une série de musiques de films et de jeux vidéo, avec ou sans projection, donc dans ce sens, on va célébrer les 25 ans du premier film de Harry Potter, donc avec des concerts sans projection, seulement la musique de films, et on sait à quel point c’est extraordinaire. Il y aura également 2001, l’Odyssée d’espace, donc pour nous, c’est important aussi d’aller présenter quelques grands classiques du répertoire cinématographique, donc 2001 en fait partie.

Pour le Temps des Fêtes, nous avons comme d’habitude deux programmes, un avec vous, Le Messie de Haendel avec Rafael, c’est une tradition que l’OSM avait pendant de très nombreuses années, on le présentait à chaque année, et puis on a décidé d’alterner avec d’autres œuvres.  Kent Nagano reviendra aussi avec Fred Pellerin, on se rappelle que ça devait être une trilogie, on est rendu à sept productions autour de Fred Pellerin. 

La série pop se poursuit, nous aurons trois productions, dont une avec le groupe acadien Salesbarbes qui sera dirigée par Dina Gilbert, et puis nous aurons également une soirée vraiment spéciale,  qui suscitera  beaucoup de curiosités, avec François Pérusse.

Artistes québécois et internationaux, la relation se poursuit

Rafael : L’orchestre continue sa relation avec Bernard Labadie et Jacques Lacombe, c’est magnifique de les avoir. Aussi, il y a des artistes qui viendront avec moi comme (le pianiste) Bronfman, (la violoniste) Simone Lamsma,  (le pianiste) Emanuel Ax, (la soprano) Anna Prohaska ou  les soliste du concert d’ouverture consacré à Berlioz, ou encore (l’oudiste) Joseph Tawadros –  venu l’été dernier au Stade olympique et que je ne pourrais pas diriger cette fois, malheureusement. C’est important pour nous de faire découvrir ces artistes au public montréalais. 

Dina Gilbert, désormais cheffe associée à l’OSM

Marianne : Dina Gilbert elle reflète bien plusieurs attributs de l’OSM, la curiosité, l’ouverture, le dynamisme, et puis ça fait des années qu’on travaille avec elle, alors on a eu envie d’amorcer notre relation avec elle en tant que cheffe associée.

Dina :  Donc c’est ça, c’est un très grand privilège pour moi de me dire qu’il y a une quinzaine d’années, j’ai travaillé la billetterie de l’OSM pour devenir plus tard chef assistante et continuer cette magnifique collaboration en dirigeant plusieurs concerts, notamment celui donné à l’aéroport. On fait  toutes sortes de moutures différentes avec l’orchestre, c’est aujourd’hui un grand privilège de continuer à apprendre, à mieux connaître cet orchestre et ses musiciens qui font en sorte que chaque concert devient précieux.

Donc dans la prochaine saison, justement, je vais avoir le privilège de pouvoir diriger du temps dans les concerts éclatés, de pouvoir faire aussi un concert dans les apéros avec Philippe Audrey Larrue Saint-Jacques. J’ai très hâte, d’ailleurs, de pouvoir présenter une pièce de Camille Pépin, une compositrice française que je connais depuis longtemps ou encore avec le saxophoniste Jason Xu. Donc que cette relation avec l’OSM  se matérialise davantage, c’est vraiment un grand plaisir. Je remercie l’orchestre pour cette magnifique occasion. 

Pour Rafael, Montréal c’est chez lui

Nous avons déjà commencé à planifier les saisons 26-27 et 27-28, mais il y a  d’ici là un chemin qu’on peut faire ensemble. Je suis d’ailleurs très ému par la manière dont la ville m’a adopté. Je m’y sens vraiment chez moi.

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Critique Love, alias Antoine Binette-Mercier, nous apparaît dans une épopée sombre et menaçante: l’album Critique Love, dont le premier extrait Bone White Dust circule déjà depuis un moment, accompagné d’une vidéo apocalyptique de Jimmy Genest Pettigrew. Seules les voix angéliques et éthérées de Lisa Kathryn Iwanycki et Frannie Holder apportent lumière et légèreté salvatrices. 

Un album hypnotique, film noir aux subtiles teintes électro et aux arrangements de violons et de flûtes bien ficelés, un album qui fait monter la tension et nous transporte dans des années 60-70 embrumées de gaz lacrymogène. Avec sa voix profonde parlée/chuchotée, il rappelle parfois les voix graves de Gainsbourg ou Cohen… en scaphandrier. Les percussions jouent un rôle phare tout au long de l’opus et les voix féminines s’illustrent par le contraste de leur douceur, nous libérant de cette lourdeur atmosphérique qui nous remplit d’un lent et sûr sentiment d’angoisse. 

Marilyn Bouchard a fait la rencontre d’Antoine, qui signe également la réalisation et les arrangements. Pour PAN M 360, notre collaboratrice l’a interviewé après son Show de salon montréalais , donné le 15 avril … dans un salon pour de vrai.


PAN M 360:  Quelles ont été tes inspirations lors de la création de l’album?

Antoine Binette-Mercier: L’univers surréaliste m’intéresse beaucoup et j’avais envie de faire un projet rock, au caractère très « années 60-70 ». J’ai beaucoup écouté Lee Hazlewood et aussi Jonny Greenwood. Je me suis aussi beaucoup intéressé à la composition orchestrale et au chromatisme. Aller chercher des harmonies qui grafignent, qui vont vers Bernard Herrmann. On vit dans un monde diatonique, j’avais envie de dissonance, dans un contexte qui est doux et qui est romanesque. La musique apparaît en premier, toujours, les textes ensuite.

PAN M 360: D’où viens-tu, musicalement parlant? Parle-nous un peu de ton évolution.

Antoine Binette-Mercier: Je suis en train de terminer ma maîtrise en composition musicale sur une approche moderne de la musique romantique et post-romantique, marquée par l’ultra-chromatisme. Si tu écoutes du Mahler ou du Wagner, le chromatisme est tellement poussé que t’es même plus dans le système tonal, c’est limite atonal. Aussi, j’ai beaucoup trop écouté Pink Floyd dans ma jeunesse haha! Un peu de Rush aussi..Gentle Giant. Je suis pas trop fan de la musique masturbatoire où on se perd dans l’intellectuel du truc…tout doit partir de l’émotion.

PAN M 360:  Ces compositions couvrent quelle durée de création?

Antoine Binette-Mercier: Hey je suis mal à l’aise mais je l’ai fait en dix ans haha! Ça a commencé que mon grand ami Julien Sagot (Karkwa) voulait donner un coup de volant avec son deuxième album Valse 333 et il m’a fait vraiment confiance et il m’a dit : « Hey on le fait ensemble! » J’ai donc embarqué à la coréalisation et pendant un an, on a travaillé son album dans une direction qu’on a défriché ensemble. On a essayé de défaire les frontières (y’aura pas de kick sur le 1 ou de snare sur le 2-4, etc). Et quand on a fini le processus, c’est là que j’ai eu l’ambition de me lancer dans cette création-là, de pousser tout ça plus loin.

PAN M 360: Ta musique est très cinématographique : est-ce que tu t’inspires de films, d’images, de peintures?

Antoine Binette-Mercier: Oui absolument! Les films d’Hitchcock et de Tarantino ont été des inspirations importantes dans le projet. Je m’intéresse aussi beaucoup à Salvador Dali. Le surréalisme, pour moi il est proche.

PAN M 360: D’où vient le nom de ton projet Critique Love ?

Antoine Binette-Mercier: Le nom du projet vient justement de « paranoïa critique », qui est une technique d’inspiration basée sur l’utilisation du subconscient dans la création élaborée par Dali.


PAN M 360: On voit que tu n’as pas peur d’aller vers des atmosphères plus sombres, est-ce un aspect qui nourrit beaucoup ta création?

Antoine Binette-Mercier: C’est une poésie qui est noire , où j’avais envie de traiter des sujets plus difficiles. J’aime ça, travailler des thèmes qui sont aux frontières du bonheur et du désespoir. De trouver et de travailler cette fine ligne qui sépare les deux mondes. C’est beau et torturé à la fois, avec une touche apocalyptique. J’aime toucher la corde sensible et avoir le sentiment que c’est l’apocalypse mais avec sérénité, avec le sourire. J’aime trouver l’espèce de point précis qui coupe.

PAN M 360:  L’apport des percussions ressort comme un des liants principaux de l’album. Était-ce un choix de les mettre en lumière?
Antoine Binette-Mercier: À la base, je suis percussionniste, j’ai étudié là-dedans. Et quand j’ai composé l’album, j’avais les squelettes de mes chansons et le premier collaborateur extérieur qui s’est joint a été Robbie Kuster. J’avais enregistré les drums moi-même et j’avais une idée assez claire à ce moment-là mais ses drums étaient tellement bons et j’étais tellement impressionné que ça a comme…poussé la prod à un autre niveau. Ça a donné le cue comme quoi la basse pourrait faire ça, les cordes pourraient aller là, etc… C’était important pour moi que rien ne soit standard…y’a tellement de musique qui se fait en ce moment, je voulais que ma musique soit pertinente.

PAN M 360:  On ressent parfois des influences frôlant Sigùr Ros, est-ce que ce sont des artistes que tu écoutes?

Antoine Binette-Mercier: J’en ai écouté beaucoup aux environs de 2008-2010.

PAN M 360: D’un autre côté, des influences des années 60-70 et du vieil opéra sont aussi présentes, avec la texture de la guitare à la Nancy Sinatra, est-ce un autre monde qui a participé à te forger musicalement?

Antoine Binette-Mercier: Oui complètement! Lee Hazlewood, le compositeur de Nancy Sinatra, pour moi c’est une influence majeure. Je l’ai beaucoup écouté. J’ai écouté aussi beaucoup Nino Rota, Ennio Morricone et tous les western-spaghettis!

PAN M 360: On a l’impression que tes chansons nous emmènent dans une épopée. Est-ce que tu le vois/conçois comme tel?
Antoine Binette-Mercier : Je vois chacune de mes chansons comme une sculpture, où j’enlève le superflu et où j’affine, à chaque étape, en essayant de trouver des solutions à des énigmes d’arrangement. J’ai besoin de trouver des choses, souvent en en enlevant d’autres. C’est mon épopée à moi mais ça peut donner la teinte d’aventure haha!

PAN M 360: Quelle est la suite pour 2025?

Antoine Binette-Mercier: Comme avant et Edge’s Line sont les prochains extraits à sortir, on les sort tous les deux en même temps. Ils seront également accompagnés par des visuels de Jimmy Pettigrew. Il y a également un spectacle qui s’en vient au Madame Wood le 26 mai.

Autrefois connue sous le pseudo ZIGAZ, Charlie Gagnon adopte aujourd’hui une nouvelle identité artistique avec son projet Charlie Juste. Notre collaboratrice Arielle Taillon-Desgroseillers a pris le temps de discuter avec elle afin d’en apprendre davantage sur Aquamarine, sa toute nouvelle chanson qui paraît le 15 avril.

PAN M 360 : Tu as commencé ta carrière sous le nom de ZIGAZ. Qu’est-ce qui t’a motivée à adopter le nom de Charlie Juste ? Qu’est-ce que ce changement représente pour toi ?

Charlie Juste : Ce qui m’a motivé à changer de nom, c’est vraiment mes études en musique des deux dernières qui m’ont permis de prendre un step back entre mon dernier EP avec ZIGAZ, Némésis, puis mes prochains projets. J’ai pris une pause parce que déjà, c’était beaucoup, c’était une charge de travail énorme, mais aussi parce que j’en avais besoin. Je me posais plusieurs questions sur mon identité artistique. ZIGAZ,  c’est un choix que j’ai fait jeune, impulsivement, puis j’ai pas pris le temps de m’asseoir et de me demander qu’est-ce que j’ai envie de projeter. Je voulais un nom qui était proche de moi, je voulais quelque chose qui me représentait parce que justement, c’est ce que j’ai décortiqué: je ne veux pas jouer de la musique ou faire de la musique sous le nom d’un personnage. Ma musique est tellement proche de ma vie, de ce que je pense, de ce que je ressens et j’ai pas envie de rentrer dans un rôle, ce que je pense que ZIGAZ m’obligeait à faire dans un certain sens. C’était juste une nécessité d’être complètement moi, authentique et vulnérable à qui  je suis vraiment. 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a inspirée pour écrire Aquamarine ?

Charlie Juste : C’est premièrement un défi que je me suis lancé d’aller chercher des sujets qui n’étaient pas sous le thème de l’amour, mais plutôt à propos de moi, de mes blessures, de mon passé. Deuxièmement, c’est mon petit frère. J’ai beaucoup pensé à lui en écrivant cette chanson-là. Je me suis rappelée certaines blessures que moi j’ai vécues et à quel point  je ferais tout pour que ça ne se répète pas chez lui. C’est également une conversation avec tous les gens qui sont très près de moi, mais aussi avec moi-même. J’ai voulu guérir l’enfant qui vit en moi. Aussi, dans la nécessité d’être pleinement moi-même, je pense que c’était important que cette chanson parte de la base et je pense que Aquamarine, c’est ça. 

PAN M 360 : Peux-tu nous raconter comment s’est passée la création d’Aquamarine ?

Charlie Juste : La création d’Aquamarine s’est faite dans la petite chambre de mon meilleur ami d’enfance, Shawn De Leemans. C’est lui qui a fait toute l’orchestration de cette chanson. Ça s’est créé ensemble, j’avais des idées, je voulais incorporer un peu plus le parler, la poésie dans mes chansons et le développement est tellement venu à nous organiquement. Honnêtement, on avait la maquette en une soirée, mais après ça le développement a pris presque deux ans parce qu’on avait une idée assez précise en tête et on voulait vraiment s’y rendre. Aussi, considérant qu’on est indépendant, on n’a pas nécessairement les mêmes ressources que d’autres artistes, ça nous a donc pris plus de temps, mais on a réussi et on est vraiment content d’avoir réalisé Aquamarine comme on l’avait entendu dans nos têtes. 

PAN M 360 : As-tu une routine ou des rituels quand tu écris ? 

Charlie Juste : La seule routine/rituel que j’ai quand j’écris, c’est que j’ai besoin d’être dans un safe space avec des gens que j’aime, c’est tout. C’est dans ces moments-là que je ressens la liberté de pouvoir essayer et tester ce que je veux. 

PAN M 360 : Est-ce que la sortie d’Aquamarine annonce un projet plus large, comme un album ou un EP ?

Charlie Juste : Oui ça annonce un projet plus large, un EP qui s’appelle Velours et acide. Toutes les maquettes sont là, il s’agit juste de travailler là-dessus cet été, de le peaufiner. C’est ma principale mission de l’été !

PAN M 360 : Quelles sont tes influences en ce moment ? Y a-t-il des chansons ou des artistes qui t’ont particulièrement marqué pendant la création d’Aquamarine ?

Charlie Juste : Il y a une partie de moi qui aime dire que ma musique est influencée par la musique que ma mère écoutait. Quand j’étais petite, ma mère faisait le ménage le dimanche en écoutant des CD de musique québécoise et je pense qu’il y a beaucoup de ma musique qui fait référence à ça. La musique québécoise a tellement grandi à l’intérieur de moi et c’est quelque chose avec lequel j’ai full reconnecté dans les dernières années. En général, Charlie Juste et Aquamarine sont beaucoup influencés par Les Colocs, Offenbach, Vulgaire Machins, Fred Fortin, Jean Leloup, Luce Dufault et même Nanette Workman. 

PAN M 360 : Plusieurs artistes québécois.es francophones font le choix de chanter en anglais pour rejoindre un plus grand public. Pourquoi as-tu décidé de faire de la musique en français ?

Charlie Juste : Je pense que je ne pouvais pas faire autrement, parce que la langue française c’est ma langue maternelle, elle est tellement chargée pour moi. Chargée d’inspiration, de souvenir, de références et c’est ce que je veux qui transparaisse dans ma musique, même au détriment de perdre un public anglophone. 

PAN M 360 : Comment navigues-tu la scène musicale québécoise ? As-tu l’impression d’y trouver ta place, ou de devoir encore la construire ?

Charlie Juste : J’ai définitivement l’impression de devoir encore construire ma place dans la scène québécoise, mais Charlie Juste c’est un commencement, c’est une nouvelle proposition qui est vraiment ancrée et réfléchie. Je pense que ma musique va avoir une place dans la scène musicale québécoise. On dirait que je suis à un endroit dans ma vie où tout est plus aligné, tout est plus clair dans ma tête, s’agit juste de prendre le temps et de me la faire cette place-là. 

PAN M 360 : Quels sont tes projets pour 2025 ? Charlie Juste : Terminer mon EP, créer encore plus de musique et continuer à écouter ma petite voix. Me faire confiance. C’est souvent mon intuition qui m’amène à créer des choses qui me ressemblent vraiment.

Au début de l’année, Ingrid St-Pierre nous a offert un nouvel EP Cinq chansons au piano droit » où elle réinterprète cinq des pièces de son répertoire tout en simplicité et en finesse, dans un souci de retour à l’essentiel. Un album senti et épuré, orné de délicats arrangements et magnifiquement interprété par l’artiste, qui nous fait redécouvrir ses pièces sous un autre angle. À la fois rempli de douceur et de légèreté, bien qu’effleurant des thèmes parfois un peu plus lourds, l’EP est un voyage introspectif et touchant où les silences prennent leur pleine mesure. On doit les arrangements subtils à Joseph Marchand, qui a coréalisé l’album avec sensibilité.

En parallèle, l’autrice-compositrice-interprète nous gâte avec  Ingrid St-Pierre : Seule au piano, un spectacle solo qu’elle a imaginé pour l’occasion. Elle y revisite librement ses chansons dans leur expression pure et originelle, dénuées d’artifices afin de mieux en apprécier les détails, à l’image de l’album. 

Marilyn Bouchard a pu l’attraper juste avant sa rentrée montréalaise à l’Usine C, ce 16 avril,  pour lui poser quelques questions.

PAN M 360: Dirais-tu que cet album épuré est né d’une envie d’un retour à la simplicité, à l’essentiel?

Ingrid St-Pierre: C’était  l’envie de désapprendre les chansons. De retourner à leurs essences. De laisser le minuscule prendre toute la place. De magnifier les silences. De rendre immense une note de piano. Un bruissement de vêtement, une volée d’outardes dans l’automne dehors et le vent dans le magnolia.

PAN M 360: Que voulais-tu partager avec cet EP?

Ingrid St-Pierre : L’expression simple d’une chanson. Le premier élan, et l’essence.

PAN M 360: Est-ce que ça t’a permis de te réapproprier ton répertoire « autrement »?

Ingrid St-Pierre: Le fait de créer un spectacle solo m’a donné l’occasion de retourner dans mes maquettes de chansons avant d’entrer en studio. De renouer avec ce qu’elles étaient avant.

PAN M 360: Pourquoi as-tu choisi précisément ces 5 chansons ?

Ingrid St-Pierre: J’ai longuement hésité jusqu’à la dernière minute. J’avais envie de tout réinterpréter, mais il fallait faire des choix. J’avais envie de voir comment j’allais me réapproprier ces histoires-là. Comment elles allaient vivre piano/voix.

PAN M 360: C’est un album très intime. Dirais-tu que ta vie créative et ta vie intime sont parallèles?

Ingrid St-Pierre : Ma vie intime nourrit certainement ma vie créative. Plus je suis à fleur de peau,  plus je me révèle, plus je suis chamboulée, mieux j’écris. C’est en étant chamboulée que j’arrive à écrire.

PAN M 360: Comment ton rapport à ton instrument, au piano, a évolué durant ta carrière?

Ingrid St-Pierre: Je suis une autodidacte, j’ai une petite formation de base. J’ai appris à forger mon identité artistique et pianistique en jonglant avec mes limites techniques.  Je dois avouer que je suis moi-même souvent beaucoup plus émue par un.e  musicien.ne qui me transmet des émotions plutôt que de grands défis techniques.

PAN M 360: Quelles sont tes inspirations musicales, en ce moment?

Ingrid St-Pierre: J’écoute vraiment de tout ! Beaucoup de musiques instrumentales ces derniers temps.

PAN M 360: Qu’est-ce qui t’inspire, quand vient le temps de réfléchir à de nouvelles pièces, ou d’en repenser des anciennes?

Ingrid St-Pierre: J’aime m’inspirer des moments ordinaires. J’aime mettre à la loupe les fragments du quotidien.

PAN M 360: Tu adoptes parfois des teintes électro et dansantes (comme dans Sac Banane avec Heartstreets), parfois des teintes plus mélancoliques. On a l’impression qu’avec chacun de tes albums, tu es dans une recherche différente. Est-ce une manière pour toi de te réinventer?

Ingrid St-Pierre: J’adore les collaborations improbables. Je ne pense pas que je me cherche artistiquement, mais je me donne toute la liberté d’exister. J’embrasse chaque élan musical qui m’anime. Libre d’être, je me sens plus vraie.

PAN M 360: Ce qui m’emmène à : où as-tu envie d’aller pour ton prochain album?

Ingrid St-Pierre: C’est encore une surprise ! J’attends de voir ce que les nouvelles chansons m’inspireront !à

CONCERT À L’USINE C: BILLETS ET INFOS ICI

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La saison 2024-2025 de l’ONJM se termine avec la jeune étoile montante de la clarinette Virginia MacDonald, qui interprète la Starbirth Suite de Jean-Nicolas Trottier, une création mondiale écrite pour la jazzwoman torontoise.

La clarinettiste lauréate d’un Juno est sans conteste une virtuose de la clarinette de sa génération. Reconnue pour ses grandes compétences, sa fluidité, son timbre et son excellent phrasé en tant qu’improvisatrice, elle est devenue une soliste attrayante pour des projets ambitieux comme cette Starbirth Suite, un titre qui correspond parfaitement à son statut actuel.

Virginia MacDonald est actuellement très active en tant que chef d’orchestre, sidewoman ou compositrice. Elle joue dans le monde entier et représente fièrement la nouvelle scène jazz canadienne.

En 2020, Virginia a remporté le premier prix de l’International Clarinetist Corona Competition, dont les juges étaient Anat Cohen, Victor Goines, Ken Peplowski et Doreen Ketchens. Elle a récemment été choisie comme l’une des trois finalistes du prix 2024 Breakthrough Jazz Artist Award de la Toronto Art Foundation. Elle a également reçu le prix Stingray Rising Star en 2019 et a été nommée parmi les trois finalistes du prix Emerging Jazz Artist Award de la Toronto Arts Foundation en 2021. En 2023, elle a été choisie pour être la tête d’affiche de la célébration du 50e anniversaire de l’International Clarinet Association au ClarinetFest de Denver, au Colorado.

Virginia a enregistré et s’est produite avec des artistes de renom tels que Kirk Lightsey, Geoffrey Keezer, Ira Coleman, Michael Dease, Dick Oatts, Joe Magnarelli, Harold Mabern, Bruce Barth, Derrick Gardner, Rodney Whitaker, Xavier Davis, Quincy Davis, Rudresh Mahanthappa, Bill Cunliffe, Randy Napoleon, Jon Gordon, (son père) Kirk MacDonald, Pat Labarbera, Neil Swainson, Terry Clarke.

Virginia is a member of the Canadian Jazz Collective, a seven-piece ensemble of award-winning and established Canadian jazz musicians. She appeared on the Canadian Jazz Collective’s debut album “Septology”, which was nominated for a Juno Award for Jazz Album of the Year in 2024.

Virginia a participé à l’album de Caity Gyorgy « Now Pronouncing », récompensé par un Juno en 2022, et à son successeur « Featuring », récompensé par un Juno en 2023. Elle a récemment collaboré avec le tromboniste Michael Dease, lauréat d’un Grammy Award, et a participé à son album « The Other Shoe : The Music of Gregg Hill » (2023) et « Found in Space : The Music of Gregg Hill ». Sa composition « Up High, Down Low » figure sur l’album « Swing Low » de Michael Dease, sorti en 2023. Virginia a participé à plus de vingt albums en tant que sidewoman.

Le premier album de Virginia sortira en 2025 sur Cellar Live. Elle y présentera des compositions originales pour son quartet composé de vétérans du jazz tels que l’Américain Geoffrey Keezer au piano ou l’Américain Ira Coleman à la basse, ainsi que des voix de sa génération, le batteur new-yorkais Curtis Nowosad et la chanteuse française Laura Anglade.

C’est pourquoi notre collaboratrice PAN M 360, Mona Boulay, lui a posé quelques questions avant sa venue à Montréal – samedi 19 avril, 20h, Place des Arts, Cinquième Salle.

PAN M 360 : Starbirth est une pièce écrite par Jean-Nicolas Trottier spécialement pour vous. Comment cette rencontre artistique s’est-elle produite et comment avez-vous été impliqué (si tant est que vous l’ayez été) dans le processus de création de cette œuvre ?

Virginia MacDonald : Avant de rencontrer Jean-Nicolas, j’ai été présentée à Jacques Laurin par un ami et collègue commun, le merveilleux pianiste cubain Rafael Zaldivar. Nous avons parlé de la possibilité de collaborer un jour, et ce projet est né de cette conversation. Lorsque Jean-Nicolas m’a proposé l’idée d’écrire une suite pour moi, j’ai été très honoré et j’ai accepté. Je connaissais son écriture, et son mentor Joe Sullivan a beaucoup travaillé avec mon père Kirk MacDonald. Je voulais qu’il ait toute latitude pour conceptualiser la musique, c’est pourquoi je ne l’ai guidé que sur quelques petits détails techniques. Je suis très heureux du résultat de cette suite et j’ai hâte de la présenter.


PAN M 360 : La clarinette est un instrument qui a joué un rôle important dans les débuts du jazz et qui a été négligé dans le monde du jazz moderne après la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu quelques exceptions, mais plus récemment, de nombreux clarinettistes l’ont remise au goût du jour. Quelles sont les inspirations qui vous ont conduit sur la voie de la clarinette de jazz ?
Virginia MacDonald: The clarinet has had a very interesting role in the lineage of this music. It was such an integral instrument within the realm of early jazz, but for what could be any number of reasons (inadequate microphone technology, the saxophone being the louder instrument of the two and allowing for easier projection over a loud rhythm section, etc.) it fell out of favour from the bebop era and onwards. 

J’ai commencé à jouer de la clarinette à l’âge de sept ans – mon père est saxophoniste de jazz et je plaisante toujours en disant que je ne voulais pas jouer du même instrument que lui, mais en réalité, lorsque j’ai vu la clarinette pour la première fois, mes yeux se sont illuminés et j’en suis tombé amoureux. Ce n’est que lorsque j’ai été plus âgé et que j’ai commencé à fréquenter le lycée que j’ai réalisé que la lignée de l’instrument dans cette musique s’était arrêtée à un moment donné. Il y avait bien sûr des exceptions notables. Mon clarinettiste préféré, Jimmy Giuffre, utilisait l’instrument d’une manière qui, je crois, était incroyablement en avance sur son temps. Je pouvais aussi m’inspirer de musiciens modernes comme Anat Cohen et Paquito D’Rivera. Mais pour l’essentiel, je me tournais vers des musiciens qui jouaient du saxophone ou de la trompette, des pianistes ou des chanteurs, et j’essayais d’imiter ce qu’ils faisaient à ma façon. J’avais vraiment l’impression que la clarinette était un instrument méconnu et que les gens devaient lui donner une chance et l’entendre dans un contexte plus moderne pour comprendre ce dont elle était capable.

PAN M 360 : Après avoir participé à de nombreux albums d’autres artistes, vous vous apprêtez à sortir votre propre album en 2025. Êtes-vous plus enthousiaste à l’idée de sortir votre propre projet que de collaborer avec d’autres artistes ?
Virginia MacDonald : Tout au long de ma carrière, j’ai eu l’occasion de travailler énormément en tant qu’accompagnatrice, et j’ai eu la chance de jouer avec des musiciens qui ont été mes héros personnels et mes sources d’inspiration. Je ne pense pas que j’aurais les connaissances et l’expérience que j’ai aujourd’hui si je m’étais uniquement concentré sur mes propres projets. On apprend beaucoup en travaillant avec d’autres musiciens et en essayant d’interpréter et de jouer leur musique au maximum de ses capacités. Mais il y a aussi une grande liberté et un sentiment d’accomplissement dans le fait d’écrire sa propre musique et de la voir aboutir. J’ai l’impression d’être arrivé à un point où j’apprécie vraiment l’équilibre entre la participation aux projets des autres et la concentration sur ma propre musique.

PAN M 360 : Comment avez-vous procédé pour composer ce nouvel album ?

Virginia MacDonald : Cet album est un pot-pourri de musiques que j’ai écrites au cours des dix dernières années environ, et j’ai vraiment l’impression qu’il reflète ce que j’ai vécu à différents moments au cours de cette décennie. J’ai la chance que certains de mes musiciens préférés aient accepté de collaborer avec moi sur ce projet, notamment Geoffrey Keezer au piano, Ira Coleman à la basse, Curtis Nowosad à la batterie et Laura Anglade au chant. Pour moi, la création de cette musique est toujours le fruit d’un effort commun et je suis très attaché à l’idée que « le tout est plus grand que la somme de ses parties ».

PAN M 360 : Vous avez eu la chance de vous produire au Canada, aux États-Unis et en Europe. Y a-t-il un lieu, une scène ou un festival qui vous a le plus marqué ?

Virginia MacDonald:  As of now, I spend over half of the year on the road and I’m constantly travelling from city to city. It doesn’t lose it’s novelty if you can keep that sense of curiosity and wonder. I love going to new places, and I try to make the most of wherever I am. Performing in India was incredibly special to me…I don’t know, I love it all.

PAN M 360: As well as being an incredible musician, you also give master classes and workshops. How do these two aspects of your career (musician and teacher) co-exist? 

Virginia MacDonald : Les deux sont très liés. Je dois beaucoup à mes mentors, et j’ai eu (et j’ai toujours) beaucoup de chance d’en avoir eu d’excellents. Il ne fait aucun doute qu’être musicien n’est pas un chemin facile ou direct. Nous avons tous besoin d’être guidés, quel que soit le stade auquel nous nous trouvons. « L’éducation musicale, à son niveau le plus élevé, est réciproque – on reçoit ce que l’on donne et on donne ce que l’on reçoit, si l’on est ouvert à ces deux possibilités. Il y a quelque chose à apprendre des jeunes musiciens et de l’esprit et de la vitalité qu’ils possèdent, et il y a beaucoup à apprendre de nos aînés et de leur ténacité, de leur expérience de la vie et de leur sagesse. J’aime enseigner parce que j’ai l’impression que la poursuite de l’apprentissage et de l’amélioration dans tout ce que nous faisons est si excitante et infinie… et fait partie intégrante de l’être humain. Il est passionnant de partager ce sentiment, à la fois en tant qu’élève de la musique et de l’autre côté en tant que mentor.

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ARTISTS

DIRECTION: Jean-Nicolas Trottier

SOLISTE INVITÉE: Virginia MacDonald, clarinette

SAXOPHONES: Jean-Pierre Zanella, Samuel Blais, André Leroux, Frank Lozano, Alexandre Côté

TROMPETTES: Jocelyn Couture, Aron Doyle, David Carbonneau, Bill Mahar

TROMBONES: David Grott, Édouard Touchette, David Martin, Jean-Sébastien Vachon

PIANO: Marianne Trudel

CONTREBASSE: Rémi-Jean Leblanc

BATTERIE: Kevin Warren

à

Les saxophonistes et jazzmen Yannick Rieu et Lionel Belmondo se fréquentent musicalement depuis les années 90, période pendant laquelle Rieu vivait en France et a maintes fois partagé la scène avec son collègue français. Cette amitié indéfectible culmine ce mercredi 16 avril à la salle André-Mathieu, alors qu’un sextette de jazz partagera la scène avec l’Orchestre symphonique de Laval. Présentées en première mondiale, les œuvres au programme ont été composées par Rieu et Belmondo, inspirées de Johannes Brahms, Maurice Ravel et Lili Boulanger. À la veille de ces créations, les deux solistes s’entretiennent avec Alain Brunet sur PAN M 360.

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Programme

Œuvres pour sextet de jazz et orchestre basées sur Brahms, Ravel et Boulanger

1ère partie (40 min)

1. Lines (Yannick Rieu)
2. Menuet en ut dièse mineur (Maurice Ravel)
3. Nocturne (Lili Boulanger)
4. Passacaille (Maurice Ravel)

Entracte (20 min)

2ème partie (35 min)

1. Africa Brahms (Yannick Rieu)
2. Ballade sur le nom de Maurice Ravel (Lionel Belmondo)
3. Embrahms-moi (Yannick Rieu)
4. Estebania-Pharaon (Lionel Belmondo-Yannick Rieu)
5. La couleur de l’eau (Lionel Belmondo)
6. Nostalgie (Yannick Rieu)
7. Ritournelle (Yannick Rieu)

Artistes

Orchestre symphonique de Laval

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Daniel Bartholomew Poyser

Chef d’orchestre 

Lex French

Trompette

Jonathan Cayer

piano

Rémi-Jean LeBlanc

contrebasse

Louis-Vincent Hamel

batterie

Louise Forestier, octogénaire lumineuse et figure mythique de la culture québécoise, pourrait couler des jours tranquilles dans son douillet condo jouxtant le parc Laurier. Or, la dame ne carbure pas au sentiment du devoir accompli, elle a encore cette envie de mettre au défi  toutes ses capacités cognitives et créatives. Visiblement, elle ne tient rien pour acquis. 

Ce qu’elle a accompli avec le compositeur Louis Dufort est un exploit d’ouverture et d’innovation, preuve de pérennité artistique si on en alimente la flamme et la fleur. 

Associé au monde électroacoustique et au festival Akousma dont il est le directeur artistique, Louis Dufort courait le risque d’enrober un album  suranné. Louise Forestier aurait pu faire rire d’elle pour les mêmes raisons. Ensemble, ils ont plutôt choisi de foncer.

Vieille corneille s’avère un enregistrement excellent et n’a rien, strictement rien d’un dilemme cornélien. Cet album survivra au temps et comptera parmi les principaux de la discographie de Louise. PAN M 360 l’a souligné à grands traits, ce qui justifie cette longue conversation entre Louise Forestier, Louis Dufort et Alain Brunet.

PAN M 360 : c’est vraiment un travail à deux ce projet. L’un.e sans l’autre, ça n’aurait jamais donné un tel résultat. Ce n’est pas exactement un producteur/compositeur qui est au service de Louise Forestier.

Louis Dufort : Absolument. Mais c’est quand même Louise qui a toujours été la force motrice, créatrice du projet. C’est elle qui l’a initiée. C’est elle qui est venue me chercher. C’était ma directrice artistique jusqu’à un certain point. C’est toujours elle qui a eu le dernier mot sur tout. Sauf qu’elle disait oui à tout essentiellement haha!

Louise Forestier : Si il y avait eu un conflit, ça n’aurait pas marché. En création, si à un moment donné, ça tire la couverture, c’est que ça ne marche plus.

PAN M 360 : On sent néanmoins une certaine autonomie créatrice de chaque côté.

Louis Dufort : Jusqu’à un certain point, le processus créatif était essentiellement jusqu’à un certain point dans ma cour. C’est-à-dire que j’ai proposé des maquettes à Louise, Louise a choisi quel texte y poser, puis elle est venue enregistrer ses mélodies sur les maquettes. Il  fallait alors que je termine la composition. C’était donc  sur des échafaudages. Louise venait me porter sa voix et puis on ajustait. 

PAN M 360 : Plusieurs allers-retours?

Louis Dufort : Non. Une seule rencontre pour chacune des pièces. Puis les voix c’était des one takers, il y a eu plusieurs prises de son, mais les formes longues et achevées résultaient d’une seule prise.  

Louise Forestier : Louis m’a donné des tapis volants pour y poser mes textes.  Je l’appelais, je lui disais, ça c’est un peu long ou ceci est de telle autre manière. On créait une charpente musicale et on y posait le texte et les voix.

Louis Dufort : À partir de là, je poursuivais la construction. Fallait que je me dépatouille. J’avais quelque chose qui était établi, fixé, autour duquel je devais construire et ornementer, transformer les timings, conserver la pureté de la voix de Louise.

Donc, oui, elle était, je la considérais comme une directrice artistique, mais elle était aussi la muse jusqu’à un certain point. J’ai pénétré dans son univers, dans ses mots, dans ses textes, dans sa sensibilité au-delà du texte. Une approche globale.

PAN M 360 : Ce n’était pas évident de faire l’alliage. Deux mondes très différents au départ!

Louis Dufort : J’ai eu des moments de grand doute. Je ne savais pas par où prendre ça, parce que ce n’est pas de la pop. Il n’y a pas de refrain nécessairement, mais en même temps, je voulais que ce soit une musique qui s’écoute. Je ne voulais pas  que ce soit de la virtuosité acousmatique. Je voulais vraiment servir le projet. Je pense que ça donne un résultat hybride, quand même super intéressant.

PAN M 360 : Si on se résume, Louis proposait une maquette sur laquelle Louise posait son texte.

Louis Dufort : Ce que je remettais à Louise était squelettique. J’ajoutais par la suite des moods, des ambiances, des séquences recomposées. Pour moi, tout ça était de la musique, il fallait s’ajuster à son interprétation. Elle-même, sa voix et ses mots, représentaient un instrument dans cette musique. Sans elle, la composition ne pouvait suffire, ne pouvait être achevée.

PAN M 360 : Il est vrai que Louise a un timbre, une façon de phraser parfaitement identifiable dès les premières mesures. Louise, tu as une voix naturellement riche et belle. Bon on a observé de petits écarts de justesse que très peu remarqueront, et il valait probablement mieux conserver tout ça si la vibe était bonne.

Louise Forestier :  Je pense qu’on en a corrigé deux qui m’énervaient vraiment. J’aurais pu tous les corriger mais non, c’est mieux de garder les aspérités.

Louis Dufort : Pour moi, le close-making de Louise, d’avoir l’approche, d’avoir les sons doux aussi fort que les sons forts pour avoir quelque chose où on entend toute l’entre gorge. C’est très présent.

PAN M 360 : Ce qui est aussi avantageux chez Louis, c’est qu’il n’est pas un pur académicien. Il vient de la pop, du hip-hop, de la soul/R&B, de la techno, de la house. Il comprend les codes des musiques populaires et donc il peut créer des hybrides concluants. Ce proje t s’inspire à la fois de formes pop et électroacoustiques.

Louis Dufort : Je pouvais vouloir plusieurs choses. C’est un drôle d’hybride, des trucs fin 70, des claps, puis un groove housy, un autre plus modal avec un rythme presque ravélien. On peut se retrouver aussi très près de la musique minimaliste américaine. Ou encore de la musique spectrale. Et puis du drone et de l’ambient. Ça peut être diaphane ou ça peut-être monumental.Oui, mais ça se conclut dans l’infini, dans le passage à d’autres dimensions. Louise a trouvé le terme parfait pour définir ce travail : un oratorio électro.C’est vraiment un truc à écouter du début à la fin, parce que c’est vraiment très interrelié, parce que c’est vraiment le récit. 

PAN M 360 : Il y a une forme de diffraction autobiographique, mais en même temps, il  y a aussi des réflexions qui sont sur la conjoncture actuelle, quand tu t’exprimes sur l’avenir, notamment sur le transhumanisme.  

Louise Forestier : Oui c’est fou ce qu’on soit rendus là.  

PAN M 360 : Tu en parleras dans ton prochain album! Mais revenons au processus de création. La banque de sons de Louis, par exemple.

Louis Dufort : Au fil des années, j’ai fait beaucoup de musique…J’ai déjà acheté beaucoup d’instruments. Ça vient de là ou encore je fais de l’échantillonnage aussi, comme tant d’artistes. Je ne suis pas différent des autres artistes, je n’ai pas non plus les moyens de me payer un orchestre symphonique. Mais j’ai besoin d’un accord majeur, fait que, tu sais, je vais aller chercher l’accord majeur dans une pièce de Mahler ou de Berlioz et je les transforme complètement.  

Mais, je te dirais que 80% des sons, c’est de la synthèse que je fais.

PAN M 360 : Tu as filtré complètement.  

Louis Dufort : J’ai aussi utilisé un logiciel de synthèse dynamique, qui me permet notamment de changer la temporalité d’un son de son domaine fréquentiel. Par exemple, un son qui dure 30 millisecondes, je peux le faire durer 2 minutes. C’est une forme de  synthèse granulaire, initiée jadis par les pionniers, de Pierre Schaeffer à Stockhausen à Barry Truax. C’est parfait pour la corneille!

PAN M 360 : Justement, parlons des textes de Vieille Corneille. Comme tu l’as raconté au lancement, tu avais été interpellée par une vraie corneille de ton jardin avec qui tu as carrément dialogué. Ce fut le point de départ d’un processus d’écriture et puis…

Louise Forestier : Quand j’ai rencontré Louis, mes textes étaient faits, sauf deux nouveaux. J’avais d’abord écrit plus d’une cinquantaine de pages. Puis j’ai élagué, purifié. J’ai enlevé ce qui était redondant, ce que je répétais sans m’en apercevoir quand je l’ai écrit. J’ai élagué, élagué, élagué, sans vraiment savoir ce que ça allait devenir.Je savais que ce n’était pas de la chanson. Je ne voulais pas écrire des chansons. Vieille corneille est d’ailleurs celle qui est la plus écrite sous la forme chanson.

PAN M 360 : Mais il y a quand même beaucoup de mots consonants, des fins de phrases qui peuvent être perçues comme des rimes.

Louise Forestier : On ne peut pas se déprogrammer. On ne peut arracher 60 ans de fréquentation avec la chanson. 

PAN M 360 : Ce n’était pas des rimes comme des chansons, mais ça rime souvent. 

Louise Forestier : C’est vrai. Je n’ai pas voulu m’en aller dans une abstraction intellectuelle. Je ne voulais pas ça mais je ne savais pas vers quoi ça irait.

Louis Dufort : Il faut aussi rappeler que la première pièce, elle l’avait faite avec Michel Rivard.. 

Louise Forestier :  Oui, il y a la guitare de Michel Rivard. J’avais commencé quelque chose. J’avais suivi le conseil de Dany Laferrière : si tu as peur, tu n’écris pas. Mais ce n’est pas si facile d’enlever la peur, ça ne part jamais au complet. Quand tu ne sais pas où tu t’en vas, c’est comme si tu conduisais les yeux fermés. J’y ai été pareil, parce que je n’ai plus rien à perdre. J’ai enregistré guitare-voix, très sagement, mon fils a fait la prise de son. Je ne savais même pas qu’il serait là! Entre-temps, Pierre-Alexandre Bouchard, qui est un ami et aussi  membre du conseil d’administration d’Akousma, me parle de Louis Dufort dont les trames musicales m’avaient vraiment séduite dans le cadre des spectacles de (la danseuse et chorégraphe) Marie Chouinard.

Louis Dufort : La pièce titre est pour moi un pivot, j’ai fait de la synthèse granulaire avec la guitare de Michel Rivard, j’ai repris la mélodie vocale fixée auparavant. J’ai pondu quelque chose de très différent, j’ai envoyé ça à Louise et elle a vraiment trippé. Elle a compris le sens de la chanson, ça a tout de suite cliqué. Tranquillement, on est allé dans l’univers plus ouvert de la corneille. Un trip à trois pour la première toune où là, les gens se mélangent, ce qui  nous a donné la caution pour aller plus loin à deux.

PAN M 360 : Les genres se mélangent et même les sous-genres  électroniques se mélangent dans la mesure où tu as ajouté du beat en certains moments. Tu utilises ça dans tes œuvres ambient, ça arrive qu’on en a, mais des fois c’est complètement atonal ou beaucoup plus proche du sillon de la musique concrète, donc beaucoup plus proche des sons bruts qui n’ont rien à voir avec des hauteurs musicales prédéterminées, mais là, il y a les deux. 

Louis Dufort : On voit que pour servir le texte et aussi servir Louise, c’est-à-dire qu’on ne pouvait pas aller complètement dans un univers de musique abstraite. Ce que j’ai trouvé passionnant pour moi, c’est que ne sachant pas où je m’en allais, j’écoutais les pistes, je les parlais, et tout à coup, tu vas te mettre à chanter. Au final, c’est un mélange des deux mais je ne  la savais pas à avance  

Louise Forestier : J’ai dû beaucoup écouter les enregistrements, car c’était la première fois que je faisais cet exercice. Là je choisissais de  chanter et là je ne chanterais plus, il  y avait des bouts trop longs, j’appelais Louis, et il me coupait ça.

Le soir-même, j’avais ma nouvelle version, c’était magnifique, ça allait vite. Après, des écoutes, des écoutes, des écoutes,  après avoir parlé, parlé, parlé,  ça a fini par se chanter tout seul.

PAN M 360 : Vous avez fait ça pendant cinq ans? 

Louise Forestier : Moi oui. Louis est arrivé deux ans et demi après le départ.

Louis Dufort : J’étais quand même très occupé. C’est sûr, c’est impossible de faire ça à temps complet. Et il faut dire que j’avais besoin de recul pour voir où ça allait. Au début, c’était un trip à deux, underground, puis à un moment donné, un label a été intéressé (LABE ), puis un disque allait sortir, un échéancier de production, tout ça, puis… Mais il ne fallait plus se tromper. C’était un peu naïf ou candide de ma part de penser que j’étais pour faire un disque underground avec Louise. Aujourd’hui, je suis content pour Louise, je suis content que le disque soit sorti. 

PAN M 360 : Aucun de vous deux n’a fait des projets  comme ça, on peut comprendre la nécessité d’avoir du recul.

Louise Forestier : On s’était serré la main, il m’a dit « Moi, je n’ai jamais fait ça ». J’ai répliqué: « Moi non plus, avec un musicien comme toi, je n’ai jamais fait ça ». 

PAN M 360 : On ne connaît pas de projet intergénérationnel de ce type. Ceux qu’on connaît, enfin les plus célèbres, restent sur le terrain de la pop ou de la chanson : Liza Minnelli avec les Pet Shop Boys, Jeanne Moreau avec Étienne Daho, Lady Gaga avec Tony Bennett, etc.

Louis Dufort : C’est vrai mais on ne faisait pas ça pour créer un exemple de fusion intergénérationnelle qui fonctionne.On a eu des bonnes discussions, des fois, après les sessions d’enregistrement, on clashait un peu, tu sais. Moi, quand j’ai lu Je m’appelle Je ou Les mots maudits», je me suis dit « Ah oui, vraiment, on va aller là, alors que  je pensais à des textes peut-être un peu plus flyés et moins directs. Je me suis dit « OK, il faut que je mette ça en musique. »  

PAN M 360 : Il y a plusieurs angles dans tes textes. Il y a les mots maudits que les jeunes progressistes s’interdisent de prononcer, il y a la vieillesse. Le nostalgie de la séduction, le déclin de la sensualité, la précarité de l’environnement, et ainsi de suite jusqu’au futur improbable des êtres humains en voie de mutation technologique.

Louise Forestier : Je ne me suis pas censurée de quoi que ce soit. La chanson L’Île flottante, par exemple, parle des changements climatiques. Ça me perturbe énormément. Je trouve que c’est un grand danger. Et puis on vient de perdre 15-20 ans…  

PAN M 360: Il y a au moins une bonne nouvelle, c’est que toi aussi. Louise, tu viens de perdre 15-20 ans avec la sortie de ce projet!

On la connaît depuis toujours comme la moitié blonde de son duo Les Sœurs Boulay » avec Mélanie, mais ça faisait depuis 2018 qu’on avait pas entendu Stéphanie en solo, alors qu’elle nous avait présenté son premier souffle individuel,  Ce que je te donne ne disparait pas. Elle revient cette année avec un nouvel album introspectif et sans filtres: Est-ce que quelqu’un me voit? 

Elle y explore les thèmes de l’amour, de son rôle de femme et de la définition du bonheur, pour ne nommer que ceux-la. Avec des teintes résolument pop dans ses arrangements, mélangeant les synthés et des lignes de basse bien définies à la guitare intemporelle, l’album nous emmène sur les rives de l’acceptation de soi, de l’envie de prendre sa place, du besoin de libération mais aussi de l’attente et de la patience, un des moteurs de l’album.

Réalisé par Alexandre Martel, complice de longue date, les 10 pièces furent d’abord esquissées lors d’une pré-production assez concise en studio où l’attention au détail de son collaborateur aura permis de trouver la direction sonore de celles-ci.

Fait saillant pour elle dans cet album : elle voulait sortir de sa zone de confort et se mettre à son propre diapason, en se prouvant qu’elle pouvait aussi faire les choses toute seule, sans avoir à s’appuyer sur quiconque. Marilyn Bouchard  a recueilli ses réflexions sur ce nouveau chapitre qui s’entame. 

PAN M 360: De quel besoin, dirais-tu , est né cet album? Quel feu a nourri sa création?

Stéphanie Boulay: Je venais de me séparer et en même temps, j’étais dans le processus  d’un diagnostic de neuro-divergence. Alors c’était une période où j’avais besoin de faire le point, à la fois sur ce que les autres/la société attendent de moi qu’au niveau de ce que moi j’attends de moi-même. J’avais besoin de m’assumer dans ce que je suis. J’étais chez moi toute seule avec mon chien et, comme mon rapport à l’écriture est très honnête, c’est tout ce qu’il me restait pour me rattacher à cette phase-là. J’ai eu besoin d’écrire. Et je me suis rendue compte que ça a toujours été ma bouée au final, l’écriture.

PAN M 360: Quelques chansons assez mélancoliques sur l’album,  Si l’essentiel c’est d’être aimé, Est-ce que quelqu’un me voit? , J’aurai pas d’enfants  et La nuit dure depuis trop longtemps  : avais-tu un surplus de tristesse à évacuer? Est-ce un album guérison?

Stéphanie Boulay: Définitivement. C’est un album guérison, un album reconstruction. J’avais besoin de dire le vrai et pas juste le beau, le négatif aussi, pour y faire face, pour m’en libérer. D’abord pour moi, un peu égoïstement, mais aussi pour les autres qui passent par des émotions similaires.

PAN M 360: De quelle manière as-tu voulu pousser plus loin la recherche amorcée dans  Ce que je te donne ne disparaît pas, paru en 2018?

Stéphanie Boulay: Tout d’abord, j’ai développé plusieurs nouvelles aptitudes dans le cadre de la création de cet album. J’ai fait de la recherche d’archives, à la fois vidéo et audio. J’ai aussi appris le montage et la photographie avec Alex Martel. Au niveau de la conception dans Ce que je te donne ne disparaît pas, on était vraiment dans une recherche de vibe, alors que pour celui-ci il y avait une attention particulière portée au choix et à la texture des sons. Alexandre est quelqu’un de très précis, de très minutieux, et on pouvait passer une heure à écouter un son. J’ai tout écrit et ensuite, on s’est enfermés en gang dans un chalet pendant 6 jours. Pendant la conception j’écoutais beaucoup de pop américaine, à la fois parce que j’en avais envie et ça me faisait du bien mais parce que j’avais envie que cet album-là soit plus pop. 

PAN M 360: Contrairement à ton premier album solo, on ne retrouve pas de collaboration sur celui-ci, est-ce parce qu’il est plus intime, plus personnel?

Stéphanie Boulay: Oui, définitivement. Aussi, puisque je viens d’un duo et que toute ma vie j’ai eu d’autres personnes pour me supporter, c’était vraiment important pour moi de me prouver que je pouvais faire les choses par moi-même. L’envie était forte par moments d’envoyer le matériel à d’autres personnes ou de recueillir des avis, parce que c’est ma zone de confort, mais j’ai voulu en sortir pour me donner le droit de prendre mon propre pouls. Il y a bien des choses sur cet album-là que je n’aurais même pas dites à mes amies, parce que j’aurais été gênée ou j’aurais eu honte, et  je ne voulais pas d’autocensure.

PAN M 360: Tu fais de la musique depuis toujours avec Mélanie en tant que l’une des sœurs Boulay, alors comment c’est de se dissocier de « ton autre moitié » et de vraiment mettre l’attention sur ton individualité musicale? Est-ce que ça te donne plus de liberté ou certains droits?

Stéphanie Boulay: Oui complètement! Il y a un certain registre plus cru ou tranchant que moi j’ai et que je ne me serais pas nécessairement sentie à l’aise d’exploiter aux côtés de ma sœur, vu que j’aurais voulu la protéger. Je suis une personne très bouillonnante, voire sans filtres, et je n’aurais pas voulu que ça puisse avoir de répercussions sur les autres. Je me garde une petite gêne, finalement, lorsque ce n’est pas solo. Aussi, on travaille beaucoup dans le compromis et là, il n’y en avait aucun à faire.

PAN M 360:  De quelle manière Alexandre Martel et toi avez trouvé la direction de l’album ? Il y a une belle exploration des synthés dans les arrangements, était-ce une direction 80’s recherchée?

Stéphanie Boulay: On avait déjà trouvé durant le pré-prod que les synthés étaient une direction qu’on voulait prendre sur l’album, mais ça a vraiment été avec l’apport de ma claviériste Camille Gélinas que tout ça s’est défini. Elle a tellement de sons cools, c’est une vraie fan de gear et on s’accompagne musicalement depuis longtemps alors c’est pas le biai de Camille que les synthés de l’album se sont mis en place.

PAN M 360: J’ai vraiment aimé découvrir Ces photos de moi qui apportait une touche sensuelle et surprenante à l’album, bien qu’en restant au diapason de l’œuvre. Serait-ce un aspect de toi que tu te permets moins d’explorer ou de nous partager?

Stéphanie Boulay: C’est une chanson qui me fait encore un peu peur, même si elle est sortie. Mais oui c’est un angle de ma personne que j’expose moins souvent et avec lequel j’ai encore un certain degré d’inconfort, mais qui est là. Tout comme sa partition vocale où j’utilise plus la voix de tête. C’est une des chansons sur l’album où on a figé la partition de basse durant la pré-prod et ensuite, tout le reste s‘est conçu autour. Je la vois un peu comme l’ovni de l’album hihi!

PAN  M 360: Les notions de patience et d’attente reviennent beaucoup tout au long de l’album. Dirais-tu que c’est le moteur de l’album? 

Stéphanie Boulay: La patience, oui. La résilience aussi. La capacité à accepter que tout n’est pas parfait dans le moment, et d’apprivoiser cet inconfort. Quelqu’un m’a dit : « Le bonheur, c’est d’avoir de bonnes heures ». Je trouve que c’est une belle manière de voir ça et que ça le rend peut-être plus simple.

PAN M 360: Qu’est-ce que tu planifies pour la suite de 2025?

Stéphanie Boulay: J’ai une tournée de spectacles planifiée qui se met en branle le 17 avril jusqu’en 2026. J’ai très hâte de donner vie à ces chansons-là sur scène avec ma gang.

PAN M 360: As-tu l’impression d’être parvenue à prendre ton espace, à exister à ta pleine mesure, à ce que « quelqu’un te voie » avec cet album?

Stéphanie Boulay: Totalement. Parce que je vais mieux, je suis plus solide. Cet album m’a permis de laisser-aller certaines choses et de m’en réapproprier d’autres.

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