Le lancement de la saison 2025-26 de la salle Bourgie vient tout juste d’être fait, et s’annonce particulièrement relevé. Il faut dire que ce sera la 15e de la désormais vénérable institution, créée grâce à une collaboration exemplaire entre le Musée des Beaux-Arts de Montréal et le philanthrope Pierre Bourgie. Après le règne marquant d’Isolde Lagacé, c’est depuis quatre ans maintenant, la patte d’Oliver Godin, directeur artistique, et de Caroline Louis, directrice générale, qui trace la destinée d’une programmation annuelle toujours haute en couleurs et en qualité. 

J’ai jasé vite vite avec les deux infatigables mélomanes d’un aperçu de la saison à venir, et de leurs coups de cœur (un exercice toujours impossiblement difficile). 

À savoir ce qu’ils ont appris de leurs années de programmation pour la salle Bourgie, Olivier répond rapidement que le public montréalais est extraordinaire. ‘’C’est un public qui nous suit dans nos choix et les tournants qu’on veut donner à la salle’’. Il mentionne aussi la polyvalence de la salle, qui permet plusieurs configurations, mais aussi des rencontres privilégiées, et intimes, avec de très grands noms internationaux et locaux. 

La bonne nouvelle, c’est que les jeunes sont aussi présents.’’On dit toujours que la musique classique c’est pour des têtes grises, mais nous avons une jauge de moins de 34 ans qui est en augmentation, et ça fait plaisir à voir. Bien sûr, nous aimons de tout coeur nos têtes grises, elles constituent le centre de notre public, mais c’est inspirant de voir que nos stratégies d’acquisition d’un autre public porte ses fruits’’, dit Olivier Godin. Caroline Louis précise que depuis trois ans, cette portion de spectateurs a doublé et dépasse désormais, en moyenne, les 15% de l’auditoire. Un chiffre plus qu’honorable considérant qu’il s’agit souvent de répertoire plus niché en musique classique.

Voilà qui réchauffe bien l’atmosphère. Pour la saison comme telle, inutile de dresser ici une longue liste d’épicerie, surtout que les détails sont disponible sur le site de la salle, mais il suffit de mentionner la poursuite de l’intégrale des lieder de Schubert avec (tenez-vous bien!), Wolfgang Holzmair dans ce qui sera l’un de ses derniers récitals avant la retraite, Anne-Sofie von Otter, l’étoile montante Andrè Schuen, Samuel Hasselhorn, l’exceptionnelle Victoire Bunel, et plusieurs autres. Une forte concentration piano sera mise de l’avant avec les visites de Leif Ove Andsnes, une résidence de Kristian Bezuidenhout, l’explosive Beatrice Rana, une intégrale Prokofiev avec David Jalbert, la Québécoise Élizabeth Pion, le retour attendu de Vikingur Olafsson dans Bach, Beethoven et Schubert, Alexandre Tharaud, une trop rare apparition de Dang Thai Son, le spectaculaire Fazil Say, et tellement plus encore, dont un événement qui promet d’être mémorable : la rencontre entre Marc-André Hamelin et Charles Richard-Hamelin! 

Des violonistes à foison (Christian Tetzlaff, Jinjoo Cho, Andrew Wan, Tabea Zimmermann (alto)), du violoncelle, de la flûte de la guitare, etc. En musique d’aujourd’hui, quelques belles prises, comme l’excellent ensemble vocal new yorkais Roomful of Teeth avec du répertoire signé Missy Mazzoli et Caroline Shaw, entre autres. Aussi, le Duo Étrange (c’est son nom) formé de la soprano Vanessa Croome et de la violoncelliste Sahara von Hattenberger avec une création de Nicole Lizée. Les habitués sont toujours là : les Violons du Roy, les Idées heureuses, Arion Orchestre Baroque etc. Soulignons la venue de Collectif9, le très innovant ensemble à cordes montréalais qui nous fera voyager dans les diverses itérations de la Passacaille, de Frescobaldi à Ligeti. 

‘’C’est très important pour nous de donner une tribune aux artistes d’ici. Ils constituent la moitié de notre programmation’’ – Olivier Godin

Le jazz (Jazzlab Orchestra, l’incontournable Taurey Butler et son Charlie Brown Christmas, François Bourassa en duo avec Marie-Josée Simard, l’ensemble Cordâme et son très beau spectacle Fabula Femina, le Kate Wyatt Quartet, une pianiste parmi les meilleures au Canada actuellement, et montréalaise, un hommage à Pat Metheny) et les musiques du monde (Zal Sissokho et sa poétique kora ouest-africaine qui rencontrera le jazz, la musique yiddish du Likht Ensemble et de compositeurs tués ou qui ont survécu à l’Holocauste, une rencontre unique entre la vénérable Alanis Obomsawin, 92 ans, et le double récipiendaire Polaris Jeremy Dutcher, en version piano-voix intime) sont toujours au rendez-vous, bien entendu, sans oublier les incontournables visites des musiciens et musiciennes de l’OSM et de l’OM, puis, dans un esprit plus aventureux, deux concetrts qui combineront musique et danse moderne. 

‘’Nous programmons avec bonheur des valeurs sûres, mais nous aimons aussi provoquer des rencontres, essayer des choses et, peut-être, agir comme précurseur, en fusionnant des mondes’’ – Olivier Godin

J’en oublie des tonnes, alors plongez avidement dans la brochure maintenant disponible.

Avant de terminer l’entrevue, je n’ai pu m’empêcher de poser quelques questions bien vaches aux deux passionnés. 

Votre moment le plus émotif en perspective? Olivier Godin : ‘’Moi je dirais le récital d’André Shuen. Ce sera sa première fois à Montréal et c’est un jeune baryton avec une intériorité extraordinaire. Il va mélanger des lieder de Schubert et des lieder de Mahler, sur des textes d’une beauté émouvante de plusieurs poètes, textes qu’on pourra suivre au-dessus de l’interprète.Ce sera un voyage très touchant, assurément’’.

Caroline Louis : ‘’C’est tellement difficile, mais je ne peux manquer d’évoquer le dernier concert de Wolfgang Holzmair, qui fera le Voyage d’hiver de Schubert. 

J’en ai ajouté une couche : votre moment le plus surprenant? Olivier : ‘’Peut-être le concert d’improvisations sur claviers (piano, clavecin, orgue) d’Ilya Poletaev, qui jouera spontanément sur des images de tout le dernier siècle choisies par le directeur du FIFA (Festival international du film sur l’art de Montréal). Cinéma, caméras de surveillance, images de la NASA et créations d’IA, tout un ensemble qui dresse un portrait large et éclaté d’un siècle d’images.’’

Caroline : ‘’Le concert de Fazil Say, qui fera les Goldberg en jumelage avec ses propres compositions.’’

Il ne reste plus qu’à se rendre jusqu’à la salle de la rue Sherbrooke ouest.

Consultez la brochure en ligne

Consultez la liste des concerts sur le site de la salle Bourgie

Tango Boréal, à qui l’on doit les Lettres de Chopin, proposent une nouvelle création au Festival Classica, soit un opéra de chambre puisant dans les mélodies de Maurice Ravel et Claude Debussy avec un livret écrit par Denis Plante. La trame dramatique de La fille aux cheveux de lin nous mène à Paris, fin du 19e siècle, en plein bouillonnement culturel. On se trouve alors à la butte Montmartre, dans un atelier où Rose aide son frère peintre s’appliquant à restituer un tableau, jusqu’à l’arrivée soudaine d’une mystérieuse fille aux cheveux de lin. Marc Boucher explique sommairement le concept à Alain Brunet pour PAN M 360.

BILLETS ET INFOS

Stradivatango réunit Stéphane Tétreault, virtuose consacré du violoncelle (un Stradivarius dans le cas qui l’occupe), et le bandonéoniste Denis Plante, illustre représentant de la mouvance tango nuevo au Canada, soit dans la lignée des Astor Piazolla, Juan José Mosalini et autres Richard Galliano. Le répertoire de Stradivatango est constitué de classiques du tango argentin ainsi que d’œuvres originales conçues pour le duo. On voit ici une fusion concluante entre tango moderne et musique de chambre de tradition classique. Un album homonyme a été lancé récemment par le tandem sous étiquette Atma Classique. Le concert de Stradivatango est prévu le 31 mai.

BILLETS ET INFOS ICI

Du 23 mai au 15 juin, le Festival Classica présente 21 programmes distincts sous le thème Le classique sans limite. Le premier programme est consacré à une version symphonique des Beatles à travers différent travaux. Marc Boucher, excellent baryton désireux de donner du travail au milieu classique et aussi celui du chant lyrique, a fondé Classica et dirige toujours l’événement. Voici le sixième fragment d’une longue interview réalisée par Alain Brunet, visant à décortiquer la programmation 2025 du festival Classica. François Dompierre est un créateur clé de la musique québécoise, tant pour ses oeuvres instrumentales que pour ses musiques de film et de télé. Avec l’Orchestre FILMharmonique et l’Ensemble ArtChoral, sous la direction de Francis Choinière, il présente de nouveau son Requiem très applaudi à sa création encore récente, en plus des Diableries et Maxime. L’Orchestre FILMharmonique, l’Ensemble ArtChoral, le violoniste Guillaume Villeneuve, la soprano Myriam Leblanc, le ténor Andrew Haji et le baryton Geoffroy Salvas seront tous au service de cet Hommage symphonique à François Dompierre, le 30 mai prochain.

BILLETS ET INFOS

Programme


François Dompierre (1943 –    )  

Maxime 

Diableries 


Entracte 


Requiem

Du 23 mai au 15 juin, le Festival Classica présente 21 programmes distincts sous le thème Le classique sans limite. Le premier programme est consacré à une version symphonique des Beatles à travers différent travaux. Marc Boucher, excellent baryton désireux de donner du travail au milieu classique et aussi celui du chant lyrique, a fondé Classica et dirige toujours l’événement. Voici le cinquième fragment d’une longue interview réalisée par Alain Brunet, visant à décortiquer la programmation 2025 du festival Classica. Ad Lucem est un riche programme r(Britten, Glinka, Bruch, Pigovat, Pärt) mettant en lumière le talent et la maîtrise de l’altiste Elvira Misbakhova et de la pianiste Meagan Milatz. Prévu le 29 mai !

BILLETS ET INFOS ICI

Programme


Mikhail Glinka
 (1804-1857)

Sonate pour alto et piano en ré mineur

Allegro moderato


Boris Pigovat
  (1953-    )

“Magnificat”  de Boticelli pour alto et piano


Benjamin Britten
  (1913-1976)

Élégie pour alto seul

Kelly-Marie Murphy  (1964-    )

Ad Lucem pour alto et piano (première mondiale)


Arvo Pärt
  (1935 –    ), arr. Lars Anders Tomter (1959 –    )

Fratres 


Benjamin Britten 

Lachrymae pour alto et piano, op. 48


Max Bruch (1838-1920),
  arr. Alan Arnold (1932-2019)

Kol Nidrei pour alto et piano, op. 47 

Le pianiste Julian Gutierrez Vinardell dirigera l’Ensemble de musique du monde de l’Université de Montréal, lors d’un concert gratuit à la Salle Claude Champagne de la Faculté de musique, le jeudi 1er mai. On y entendra également l’Ensemble de Tango et des étudiants en musique classique. Un programme intrigant et prometteur! D’origine cubaine et Montréalais d’adoption, Julian Gutierrez Vinardell est aussi professeur invité à la Faculté de Musique de l’Université de Montréal, décortique les différents mouvements de ce concert en compagnie de notre collaborateur Michel Labrecque.

PAN M 360 :  Julian, avant de discuter de ce concert, rappelez-nous un peu votre parcours. En plus d’être professeur, vous entretenez une carrière de musicien jazz assez prolifique.

Julian Gutierrez Vinardell : À Cuba, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait Mezcla, un mélange de rock et d’afro-cubain, qui a tourné beaucoup à l’étranger, dans les années 90. Et c’est lors d’un de ces voyages, que j’ai décidé de m’installer au Québec, en 2001. J’ai fait un baccalauréat en musique à l’Université de Sherbrooke, puis par la suite, une maîtrise et un doctorat à l’Université Laval à Québec.

PAN M 360 : Et c’est comme ça que vous êtes passé de Cubain à « Cubécois »?

Julian Gutierrez Vinardell: C’est exactement ça ! (rires) J’ai intégré le groupe de salsa de l’Estrie Habana Café, qui tourne toujours aujourd’hui et dont je fais maintenant les arrangements. Parallèlement, j’ai aussi une carrière solo de jazz latin, avec trois albums et un autre à venir. Ce n’est pas toujours évident de percer, mais j’adore ça. Et j’enseigne le piano jazz à l’Université de Montréal sous de multiples formes.

PAN M 360 : Et c’est à ce titre que vous aller diriger l’Ensemble de musique du monde, ce jeudi 1er mai. 

Julian Gutierrez Vinardell : Nous allons présenter du jazz, de la rumba, de la cumbia et des styles cubains. Les étudiants sont très motivés. C’est une chose d’apprendre la musique, mais le plus difficile pour eux, c’est d’apprivoiser le son latin authentique des instruments. J’essaie de les guider du mieux que je peux. 

Cette année, il y a une particularité dans ce concert: ça fait longtemps que je souhaite impliquer des étudiants de musique classique avec nous. Enfin, j’ai réussi! Un quatuor à cordes nous accompagnera sur deux pièces, Round Midnight de Thelonious Monk et Footprints de Wayne Shorter. Avec un arrangement afro-cubain, ça va être super l’fun!

PAN M 360 : Et en première partie du concert, on entendra aussi l’Ensemble de tango de l’UdeM.

Julian Gutierrez Vinardell : Cet ensemble est dirigé par Amichai Ben Shalev et comprend dix musicien.ne.s. C’est un groupe totalement différent du nôtre. Ils vont jouer entre autres du Astor Piazzolla. Ce qui est vraiment bien, c’est que ce mélange ouvre les oreilles des étudiants et des spectateurs à toutes sortes de musiques. 

PAN M 360 : Du côté de l’Ensemble de musique du monde, on entendra quoi? 

Julian Gutierrez Vinardell : Nous irons du compositeur mexicain Ramon Ortega Contraras à la jeune chanteuse cubaine Dayme Arocena en passant par les plus traditionnels comme Richard Egues et Roberto Baute Sagarra. On entendra aussi deux de mes compositions, Me Encanta Quererteet Rayo de Luz.

PAN M 360 : Ce concert sera présenté dans le cadre du programme de majeure en jazz et musique du monde de l’Université. Bon concert à vous et à vos étudiants! C’est le 1er mai à 19:30 à la Salle Claude Champagne. 

Julian Gutierrez Vinardell: Merci beaucoup ! Et à très bientôt! 

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Transplantée à New York où sa carrière progresse au même titre que ses études supérieures à l’Université Columbia, la compositrice et commissaire artistitique Corie Rose Soumah est retour chez elle à Montréal pour s’y produire une deuxième fois depuis le début 2025, puisqu’elle y fut invitée dans le contexte de Montréal/Nouvelles Musiques, alors que l’ensemble vocal Ekmeles a interprété sa musique – visionnez l’interview de Frédéric Cardin. La revoilà pour cette invitation du Vivier, alors que ses œuvres seront mises en évidence avec celles de ses collègues d’Hypercube. Puisque PAN M 360 a cette artiste en haute estime, Alain Brunet vous propose cet autre entretien, cette fois en amont du programme présenté à la Salle Bleue de l’édifice Wilder, ce mercredi 30 avril: Aptitudes Matérielles.

« Corie Rose Soumah invite les artistes sonores de Hypercube, Erin Rogers, Antoine Goudreau et Antonin Bourgault pour un concert où se rencontrent nouvelles technologies, arts visuels et spatialisation sonore. »

PAN M 360: Comment êtes-vous entrée en relation artistique avec Hypercube?

Corie Rose Soumah: J’ai eu la chance de collaborer avec Hypercube pour la première fois en 2022 durant la saison 2021-2022 de Columbia Composers, une organisation étudiante développant une série de concerts professionnels ayant lieu à New York. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le potentiel riche et la qualité incroyable d’improvisation et d’interprétation que chaque membre de l’ensemble  (Erin Rogers, Andrea Lodges, Jay Sorce et Chris Graham) apporte à sa manière très personnelle. La collaboration a abouti à l’écriture de ma pièce “SPINNING, TOUCHED, UNDREAMT; SNOW-”, qui explore plusieurs palettes sonores entre sons acoustiques et synthétiseurs analogues. Depuis, l’ensemble a fait voyagé la pièce dans plusieurs salles de concert aux États-Unis et un projet d’enregistrement d’album de cette dernière est en cours. Dans le cadre du concert “Aptitudes matérielles”, je souhaitais apporter cette sensibilité sonore new yorkaise à la scène montréalaise, tout en y entremêlant la richesse artistique unique de Montréal. 

PAN M 360 : Quelles sont vos affinités professionnelles avec vos trois collègues, Erin Rogers, Antoine Goudreau et Antonin Bourgault?

Corie Rose Soumah: En tant que saxophoniste, Erin Rogers est membre de Hypercube et est également une compositrice et improvisatrice accomplie. En plus d’avoir travaillé avec elle sur SPINNING, j’ai eu le privilège ces dernières années de l’entendre jouer en concert à plusieurs reprises, au travers de multiples esthétiques variées. Le concert présentera une nouvelle pièce écrite par Erin pour l’ensemble et électronique.

J’ai découvert le travail d’Antoine Goudreau plus récemment, à la fin de 2023. J’ai été frappé par son usage créatif de la technologie dans son processus artistique ainsi que la particularité sonore qui en découle, une touche très unique à lui. Son travail représente pour moi un bel exemple de la richesse montréalaise présente dans la nouvelle génération de créateurs.trices. Je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de lui commander une nouvelle pièce mixte pour Hypercube.

Quant à Antonin Bourgault, nous avons tous les deux étudié au Conservatoire de musique de Montréal en 2015. Antonin a été l’un des premiers étudiants à jouer ma musique et depuis nous avons eu l’occasion de collaborer sur de nouvelles pièces, dont une création qui aura lieu lors de ce concert. Il est également un compositeur et improvisateur doué, jouant dans les salles expérimentales de Montréal. Je lui dois en grande partie mon aisance et ma maîtrise de l’écriture pour saxophone grâce à tous ses conseils et son souci du détail.

« Cette convergence de deux métropoles au formidable dynamisme créatif, New York et Montréal, offre un prétexte idéal pour la rencontre entre nouvelles technologies, arts visuels, théâtralité et spatialisation sonore. »

PAN M 360:  On sait que vous étudiez actuellement à Columbia, les notes de programme nous parlent d’une convergence New-York/Montréal, mais encore? Parle-t-on en fait de New York où vous étudiez actuellement et Hypercube de Montréal?

Corie Rose Soumah: Mon intérêt dans ce projet était de créer des relations entre des artistes de New York et de Montréal, deux villes qui me tiennent grandement à cœur. Le projet a d’abord commencé par un atelier extensif sur plusieurs jours avec Hypercube à New York, invitant Antoine et Antonin à participer en personne. Le concert à Montréal est l’aboutissement de cette recherche sonore initiale et présentera, ce mercredi, trois nouvelles pièces ainsi que deux œuvres composées en 2020 et 2022. 

La scène montréalaise est, selon moi, l’une des scènes musicales les plus riches d’Amérique du Nord, tout comme celle de New York. On trouve de tous les styles et un écosystème de musique expérimentale très fort. Certaines directions artistiques new yorkaises amplifient déjà les ressemblances entre ces deux métropoles en invitant des ensembles montréalais établis dans de grands festivals de musiques nouvelles, tels que TIME:SPANS. Je souhaitais dans le cadre de Aptitudes matérielles inviter New York à Montréal et rendre cette musique accessible à un autre public. 

PAN M 360 : Puisqu’il est question de Columbia, comment avez-vous vécu les menaces de la présidence actuelle sur votre université? Préférez-vous ne pas en parler au cas où vous seriez victime de répression? Sentez-vous bien à l’aise avec cette question.

Corie Rose Soumah: Je ne me prononcerai pas sur cette question.

« Mettant en scène instruments analogiques et une myriade de paysages graphiques et acousmatiques, le programme du concert convoque des univers pluriels représentatifs de la diversité sonore contemporaine. »

PAN M 360 : Pourriez-vous circonscrire le fil conducteur de ce programme via son esthétique et le choix des outils d’expression, si l’on s’en tient à la description officielle des notes de programme?

Corie Rose Soumah: Cette idée d’aptitudes matérielles est de démontrer la capacité des artistes impliqué.es à manipuler les matériaux riches en textures et gestes. La programmation du concert s’appuie entièrement sur des musiques mixtes ou électroacoustiques. L’un des avantages de la salle bleue à l’Agora de la danse est la possibilité de créer une disposition scénique différente du concert classique Ce sera le cas ce mercredi, où huit haut-parleurs seront placés autour des spectateurs.trices et l’ensemble sera situé au milieu de la salle, offrant une expérience totalement immersive.

Chaque pièce emploie des nouvelles technologies et des mouvements de spatialisation propres à elle, comme la transformation de sons par des traitements en temps réel ou encore des instruments analogiques construits spécialement pour l’occasion. La plupart des pièces utilisent également des éléments de notations à l’extérieur de la notation classique, soit des partitions graphiques ou hybrides, invitant les interprètes à développer des matériaux sous improvisations guidées. C’est le cas avec le travail d’Antoine qui utilise une partition défilante en plus d’éléments électroniques. 

Il était également important pour moi de démanteler cette division stricte entre compositeur et interprète. Il y a cette fâcheuse tendance à croire qu’une fois qu’on se spécialise dans une pratique artistique de composition, que l’on n’a pas les capacités d’être un.e excellent.e interprète – ce qui est complètement faux bien sûr! Tous les membres de ce projet travaillent au travers de ces deux pratiques. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi de présenter le travail compositionnel d’Antoine et d’Erin en plus de leurs pratiques d’interprétation. 

PAN M 360:  Pourriez-vous SVP nous donner un aperçu sommaire de chaque œuvre au programme?  

Corie Rose Soumah:

  • Antonin BourgaultMydriase <–> Myosis , 2020 (7’28 ») : une pièce acousmatique qui sera diffusée sur huit haut-parleurs entourant les auditeurs et auditrices. La pièce s’intéresse à l’évolution de différents lieux fictifs au travers de multiples effets de profondeur.
  • Antoine Goudreau: Fidelity in the Age of Plausibility2025 (8′ – création, composée pour Hypercube): une composition co-orchestrée avec Hypercube explorant des états de copies, de simulacrum, de dérivés, de sérialisation en échange d’approximations et d’exactitudes.
  • Corie Rose Soumah: Limpidités VI2025 (8′ – création, composée pour Antonin Bourgault et Erin Rogers) : cette création met l’accent sur l’expertise improvisatrice des deux saxophonistes. Basée sur une miniature qui été écrite pour Antonin en 2022, cette nouvelle pièce présente la cohabitation de deux saxophones sous des sonorités en constante expansion. La pièce utilise également des instruments coquillages, soit des plaques en plexiglass avec des transducers qui font vibrer ces dernières, cohabitant avec les sons complexes des saxophones.
  • Erin Rogers: Mirror to Fire2025 (10′ – création, composée pour Hypercube): inspirée par la deuxième chanson de l’album « Add Violence » de Nine Inch Nails, la pièce s’intéresse à la façon dont cette chanson reflète la profonde division politique et l’isolement croissant que nous vivons présentement dans notre société.
  • Corie Rose SoumahSPINNING, TOUCHED, UNDREAMT; SNOW- , 2022 (16′ – composée pour Hypercube): née d’une collaboration entre Hypercube et moi, “SPINNING…” s’intéresse à la complexité trouvée dans la condition de la femme, au travers de rêve et attentes falsifiées. La pièce mélange sons acoustiques et sons de synthétiseurs analogues qui ont été manipulés et transformés sous différentes approches techniques.

PAN M 360 : Pourriez-vous nous présenter l’ensemble consacré à l’exécution de ces œuvres et comment les interprètes sont-ils sollicités pour chaque exécution?

Corie Rose Soumah:

  • CORIE ROSE SOUMAH : commissaire artistique, compositrice et créatrice d’instruments analogiques, deux pièces seront présentées dans le cadre du concert.
  • ERIN ROGERS : saxophoniste de Hypercube, compositrice et improvisatrice, elle interprétera la pièce d’Antoine Goudreau, sa nouvelle composition et deux de mes pièces.
  • ANTOINE GOUDREAU : compositeur et interprète de musique expérimental, il présentera une nouvelle pièce mixte pour Hypercube, tout en travaillant la spatialisation d’éléments électroniques à la console de mixage.
  • ANTONIN BOURGAULT : saxophoniste, compositeur et improvisateur, il interprètera ma nouvelle composition et diffusera sa pièce acousmatique.
  • CHRIS GRAHAM : percussionniste de Hypercube, il interprétera trois des pièces durant le concert.
  • ANDREA LODGE : pianiste de Hypercube, elle interprétera trois des pièces durant le concert.
  • JAY SORCE : guitariste de Hypercube,  il interprétera trois des pièces durant le concert.

PAN M 360 : Vos projets à venir?

Corie Rose Soumah: De mon côté, des premières au Darmstadt Summer Course, TIME:SPANS festival ainsi qu’au festival Gaudeamus, en collaboration avec l’International Contemporary Ensemble et le quatuor Bozzini font partie de ma liste d’évènements à venir. Mon collaborateur Antoine s’envolera à Bali dans le cadre d’une résidence afin d’entamer une recherche sur la microtonalité auprès de luthiers balinais. On peut retrouver Antonin régulièrement à la casa del popo ou la  Sala Rossa. Finalement, Hypercube fait partie de la liste des artistes invités au Queens New Music Festival qui aura lieu le 18 mai 2025. 

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Du 23 mai au 15 juin, le Festival Classica présente 21 programmes distincts sous le thème Le classique sans limite. Le premier programme est consacré à une version symphonique des Beatles à travers différent travaux. Marc Boucher, excellent baryton désireux de donner du travail au milieu classique et aussi celui du chant lyrique, a fondé Classica et dirige toujours l’événement. Voici le quatrième fragment d’une longue interview réalisée par Alain Brunet, visant à décortiquer la programmation 2025 du festival Classica. On parle ici du programme Valses d’amour, piloté par l’Ensemble ArtChoral et construit autour de Brahms sous la direction de Mathias Maute. Lundi 28 mai !

Antoine Corriveau a 40 ans et survole toujours la nuit. Près de 5 années séparent la sortie de cet Oiseau de Nuit et Pissenlit, aussi sous étiquette Secret City Records et qui marquait alors un changement substantiel de sa facture orchestrale. Des concerts marquants précédèrent et succédèrent la sortie de Pissenlit et puis…

Au terme de transhumances existentielles, voire dépressives, l’artiste a fini par s’extirper de la pénombre et redémarrer le moteur de sa création, pour ainsi inviter une quinzaine de musiciennes et musiciens issus de différents horizons, évoluant pour la plupart au champ gauche de la culture montréalaise –  Stéphane Bergeron (batterie et co-réalisation), Marc-André Landry (basse), Simon Angell (guitare, saxophone), Sheenah Ko et François Lafontaine (claviers et synthétiseurs), Cherry Lena, VioleTT Pi, Rose Perron (voix), Taurey Butler (piano), Éveline Grégoire-Rousseau (harpe), Pietro Amato (cor), Émilie Fortin (trompette), Kalun Leung (trombone), Laurie Torres (piano), Mat Vezio (batterie), Ariel Comtois (saxophone).

Pour la sortie de ce cinquième album studio, Antoine Corriveau accorde cette interview à PAN M 360, menée par Alain Brunet.

PAN M 360:  Cet album  s’inscrit vraiment d’un changement déjà observé en 2019, peu avant la sortie de l’album Pissenlit (2020). Tu avais alors commencé à travailler avec Simon Angell (Thus Owls), Stéphane Bergeron (Karkwa), Pietro Amato (Bell Orchestre). Cette fois,  ils sont toujours là mais une quinzaine de musicien.ne.s ont collaboré à Oiseau de nuit.  Depuis cinq ou six ans, donc, on observe que ta culture musicale a vraiment changé.

Antoine Corriveau: Tu as raison.  Pendant la pandémie, mon ami Marc-André Landry avait  créé un petit groupe d’écoute quand on ne pouvait pas sortir de chez soi, le confinement était à son plus intense. Un de nous sélectionnait deux albums qu’on écoutait ensemble via What’sApp, puis on commentait ce qu’on écoutait. Ça m’a fait découvrir beaucoup de choses.

PAN M 360: J’observe dans ton profil biographique que vos découvertes étaient assez poussées, par exemple Makaya McCraven et Georgia Ann Muldrow.

Antoine Corriveau: Je les ai découverts là-dedans, en effet 

PAN M 360 : Je suis de ceux qui croient que le cadre musical, les arrangements, la réalisation, font la différence entre une chanson générique et une chanson musicalement visionnaire. Il y a plein de monde qui peut pondre de bonnes mélodies et de bonnes progressions d’accords, c’est un univers limité alors que le reste d’une chanson tient d’une créativité infinie. Et toi, Antoine, tu as bien compris ça c’est-à-dire que ta musique a évolué depuis le début. 

Antoine Corriveau: Je trouve quand même que cette approche est  dangereuse, parce qu’il est facile justement de tourner le dos à l’idée qu’une chanson doit se tenir dans sa plus simple expression. J’ai mon propre studio, c’est pour moi devenu facile de tomber dans l’arrangement, dans la production. Ça peut être facile des fois, je trouve, de faire un trip de production lorsqu’il n’y a pas de chanson derrière, ipas de texte qui se tient, il n’y a pas de musique qui se tient, il n’y a pas de progression (d’accords) qui se peut.

PAN M 360: Effectivement, il faut trouver l’équilibre, il faut éviter le dogmatisme, il faut que ça se tienne. Une chanson qui ne se tient pas ne peut compter sur un bel enrobage.

Antoine Corriveau: Ben c’est ça, je vous dirais que l’arrangement ne se peut pas si la chanson s’effondre en cours de route. C’est ben excitant mais…

PAN M 360: Quel fut le noyau créatif au centre de l’album?

Antoine Corriveau: C’est beaucoup moi et Stéphane Bergeron, qui a coréalisé. Ça fait dix ans qu’on joue ensemble. Dans les dernières années, il s’est mis à jouer beaucoup avec l’enregistrement, ajout des pédales, usage des compresseurs,  production de beats. Il me disait, envoie-moi des affaires, puis il gossait de son bord. Je l’ai alors impliqué parce qu’il travaillait beaucoup sur mes chansons. Au cours des dernières années, il a énormément évolué, il continue de chercher de nouvelles affaires. On a fait des trucs ensemble, on a fait de quoi de cool avec ce nouvel album. 

PAN M 360: Méthode de travail pour Oiseau de nuit ?

Antoine Corriveau: Une subvention du Conseil des arts et des lettres m’a permis d’inviter plein de monde en studio que j’enregistrais afin de me créer de la matière au début du processus. 

Au départ, j’avais envie de faire un disque de samples, j’avais mis la main sur une collection de vinyles. J’ai commencé à m’amuser avec ça mais mais je me suis senti un peu limité, n’étant pas un vrai beatmaker.  Je  me suis dit que ce serait peut-être cool de faire mes propres samples sur mesure; un accord une tonalité enregistré me permettait de poursuivre avec des instrumentistes et chanteurs.

Puis il fallait réutiliser ces enregistrements dans les chansons. Après ça, on enregistrait avec Stéphane, Simon et  Marc-André Landry, avec qui on a aussi enregistré une semaine de jams. Plusieurs chansons sont nées de ces séances où j’arrivais avec un riff autour duquel on a construit.

PAN M 360: Plusieurs anglophones ont travaillé, ce n’est pas strictement la famille indie-keb, il y a aussi mélange interculturel et multi-genres dont le hip-hop instrumental et le jazz qui sont très importants dans le résultat final.

Antoine Corriveau: Ouais, ça traduit un peu mes habitudes d’écoute des dernières années.

PAN M 360: Passons en revue quelques chansons d’Oiseau de nuit. On commence par Suzo, qui construit sur un motif de piano. C’est une déclamation proche du rap ou du slam, c’est à peine chanté.

Antoine Corriveau: Oui, la première portion de la chanson se rapproche des productions de rap. J’aimais l’économie de moyens, de choisir au plus trois ou quatre éléments. Ça a été un défi, tu sais; des fois, j’ai des chansons extrêmement touffues avec des gros arrangements, mais des fois aussi il s’agit d’assumer des parties assez minimalistes; au lieu d’ajouter il faut couper. C’était un peu ma petite fierté sur ce disque-là au niveau de l’arrangement, on le voit dans cette chanson. 

PAN M 360: Parlons du texte de Suzo. On se retrouve à Palerme, Suzo est le personnage dont tu fais le récit.

Antoine Corriveau:  Ce personnage m’est venu en tête un matin, je ne sais pas exactement pourquoi. Ça n’allait pas super bien dans ma vie, j’étais dans un genre de crise existentielle. Je m’imaginais fuir dans un autre pays, avec  l’idée d’effacer ma vie et en provoquer le recommencement à zéro.

PAN M 360: Un jardin est très influencé par le jazz. 

Antoine Corriveau: Oui, c’est ça. C’est une chanson où j’ai pigé ces mots dans un livre, des fois, je fais ça pour m’aider à écrire. Cette fois, ça m’a mené à mes souvenirs d’enfance parce qu’on avait un gros jardin chez nous. Dans l’ordre des chansons, d’ailleurs, il y a quelque chose de chronologique. Suzo était  une espèce de mise en place de ce qui vous attend, puis là, je pars avec la chanson qui traite peut-être un peu plus de mon enfance, de souvenirs d’enfance. Musicalement, j’avais envie justement de quelque chose de plus, vraiment plus doux que Suzo et finalement le groove de drum et de contrebasse est proche du jazz, notamment Makaya McCrevin. Ça s’entend. Puis, il y a un très long solo de guitare de Simon dans cette chanson-là. C’est drôle parce que Simon et moi sommes guitaristes, et on trouve ça parfois « boring », la guitare. Puis là, quand il a enregistré ce solo, on enlevait une pédale d’effet, à chaque nouvelle prise. Finalement, c’est le son complètement clean qu’on voulait, super naturel.

PAN M 360: Effectivement, il y a des moments « roots » comme celui-là, même si cet album est très produit dans l’ensemble. Et on observe beaucoup d’impro !

Antoine Corriveau: Comme j’enregistre beaucoup d’improvisation, c’est présent, même s’il y a beaucoup de traitement et de collage des sons. Quelque chose de profondément instinctif et humain.

PAN M 360: dans Moscow Mule, il est question de répression, ET ça ne va pas bien pour le narrateur !

Antoine Corriveau: Non, ça ne va pas bien. (rires) 

 Ben, ça, c’est un jam. Toute la première portion de la chanson, c’est l’enregistrement original du jam. J’ai juste commencé à jouer un riff de guitare, le band est embarqué, puis on a tenu ça pendant un bout. J’aimais beaucoup, beaucoup cette énergie.

Oui, j’ai écrit cette espèce de récit en ne sachant pas trop ce que j’écrivais. Mais j’avais beaucoup de plaisir ! J’écrivais cette narration,  j’avais des idées, ça sortait, je ne me cassais pas la tête avec ce dont je parlais. Une amie à qui j’ai fait lire la première version  m’a dit « On dirait que dans ce texte que tu racontes à quel point tu peux te mentir dans ta vie mais pas en art. » J’ai trouvé ça extraordinaire comme commentaire,  ça m’a permis de finir l’écriture du texte. C’est une chanson où il y a beaucoup d’idées qui font écho à des choses que j’ai vécues pour de vrai, notamment un personnage de la Côte ouest américaine. Après quoi, je parle de traverser vers l’Est et j’ai effectivement  vécu un moment dans l’Est américain. Je cherchais quelque chose, je n’allais pas bien et je roulais pour aller mieux. Fait qu’il y a plein d’éléments vrais et d’autres qui se mettent au service de l’histoire, qui mettent de la viande autour de l’os.

PAN M 360: Et ce titre?

Antoine Corriveau: J’avais le mot mule en tête et suis tombé sur un article racontant qu’un bar San Francisco avait retiré le mot « Moscow » dans sa liste de drinks,  en soutien à l’Ukraine. Alors là je me suis imaginé qu’arriver dans un bar et commander un Moscow Mule, comme s’agissait d’un mot de passe pour accéder au sous-sol où quelque chose se passait. Underground, un peu caché, ce qui correspondait à cette idée : ce qu’on dévoile de soi et ce qu’on cache. 

PAN M 360:  Pastorale , ça part d’un riff de blues et puis ça devient orchestral.

Antoine Corriveau: Oui, un grand jam qui a duré 30 minutes et que j’ai resserré, resserré, resserré jusqu’à en faire 9. C’est super bouillonnant et c’est tout le temps le même riff. C’est simple et ça dure 9 minutes pendant lesquelles il se passe quand même beaucoup de choses. Il y a quelque chose d’unique  et de beau dans cette affaire un peu cacophonique, ambitieuse aussi.

PAN M 360: Lorsqu’on pense à Pastorale, on pense à la symphonie no 6 de Beethoven, la Pastorale, ce qui n’a rien à voir avec cette chanson.

Antoine Corriveau: Pastorale est un mot auquel j’ai pensé il y a peut-être deux ans, que je trouvais qu’il était beau, je l’ai même envisagé comme titre d’album. Puis j’ai fait des recherches et la première association était la religion et le chant choral, un truc qui avait rapport avec ma jeunesse. Et puis il y a cette notion de campagne ou de nature avant l’intervention humaine. Que serait-elle si elle n’était pas altérée par la société humaine. Que serait-on sans altération sociale ? Des animaux sauvages ?   

PAN M 360: Et ainsi de suite. On ne fera pas la revue complète mais on a déjà une excellente idée du projet.

Antoine Corriveau: Cet album est un mélange de vies imaginées  et de réels souvenirs. Des fois, j’ai même l’impression que mes souvenirs appartiennent à d’autres, et je franchis cette limite entre fantasme et réalité et tout se mélange.

Dans le cadre de la soirée SAT × EAF, ce vendredi 25 avril, l’artiste torontois SlowPitchSound propose une approche unique du platinisme (turntablism), mêlant écologie profonde et imagination de science-fiction. Connu pour avoir inventé le terme sci-fi turntablism, leur travail fusionne les techniques classiques de DJ avec l’échantillonnage en direct, les enregistrements sur le terrain et la narration improvisée pour créer des paysages sonores expansifs et cinématiques. Avec des sets qui ressemblent à des voyages dans des dimensions parallèles, SlowPitchSound imagine des performances immersives où le son et l’image se mélangent lentement, guidés par l’intuition, la nature et une profonde curiosité pour l’inconnu.

PAN M 360 : Vous avez inventé le terme « sci-fi turntablism » pour décrire votre travail. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie pour vous, tant sur le plan sonore que conceptuel ?

SlowPitchSound : La racine est le platinisme, mais ça va beaucoup plus loin. Les interactions avec d’autres objets sonores sont influencées par les techniques qui ont été pratiquées sur une platine. J’imagine d’autres mondes et d’autres réalités lorsque je crée, ce qui me permet de m’éloigner plus facilement des contraintes habituelles qui surgissent lorsque l’on pense en termes de genres musicaux. J’espère que cela a du sens.

PAN M 360 : Vos performances intègrent souvent des enregistrements de terrain et des échantillonnages en temps réel. Qu’est-ce qui vous attire dans ces textures et comment décidez-vous des sons à intégrer dans un set ?

SlowPitchSound : J’aime que les enregistrements sur le terrain contiennent généralement beaucoup d’autres sons qui ne sont pas nécessairement ceux que vous essayez d’enregistrer au départ. Il y a une imprévisibilité qui se produit sur le terrain et qui m’inspire : je l’entends d’une manière légèrement différente à chaque écoute. J’essaie de ne pas trop réfléchir aux sons que j’utilise, car j’aime être surpris par ce qui peut leur arriver.

PAN M 360 : Il y a un fort sentiment de mouvement et de progression dans votre travail. Considérez-vous vos concerts comme des voyages ? Comment abordez-vous la construction d’arcs émotionnels ou spatiaux à travers le son ?

SlowPitchSound : Absolument ! J’adore faire un bon voyage. Mes débuts de dj dans les bars m’ont permis de développer cette idée d’ajouter des arcs dans mes sets. À l’époque, je voulais être créatif avec mon mixage, cela me permettait de rester sur mes gardes et c’était amusant à faire. La grande différence aujourd’hui, c’est que je crée ma propre musique en direct et que mon équipement est beaucoup plus intégré à mes émotions, ce qui me permet de m’exprimer plus facilement.

PAN M 360 : Comment votre relation avec les tables tournantes a-t-elle évolué au fil des ans ? Qu’est-ce que vous découvrez aujourd’hui sur cet instrument que vous ne découvriez pas auparavant ?

SlowPitchSound : Il ne m’intimide plus du tout. Nous sommes devenus d’excellents partenaires 🙂 Honnêtement, c’est une relation merveilleuse, que l’on apprend à connaître plus profondément avec le temps. J’ai l’impression d’être moins un instrument aujourd’hui et d’être plus intuitif ou instinctif.

PAN M 360 : La nature et la fiction spéculative sont des thèmes récurrents dans votre musique. Y a-t-il des livres, des films ou des expériences de vie spécifiques qui ont façonné cette partie de votre vision artistique ?

SlowPitchSound : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été un penseur hors des sentiers battus. J’ai toujours été émerveillé par la magie de la nature et par les choses inconnues de l’univers profond. Je suis sûr que c’est la raison pour laquelle je suis si attiré par tout ce qui touche à la science-fiction ou au fantastique. Une émission qui m’a particulièrement marqué lorsque j’étais enfant s’appelait The Twilight Zone (Au-delà du réel). C’était une émission de télévision en noir et blanc, et chaque épisode était tellement imaginatif avec certaines des réalités les plus bizarres. Cela m’a vraiment ouvert le cerveau.

PAN M 360 : Vos visuels sont souvent minimaux, abstraits ou atmosphériques. Comment abordez-vous la dimension visuelle de vos performances et comment la voyez-vous interagir avec votre son ?

SlowPitchSound : Les visuels ne sont que la cerise sur le gâteau, une version très peu sucrée. Il y a tellement de petits détails dans mon son, beaucoup pour nourrir l’imagination, alors j’aime juste ajouter des images subtiles et lentes pour l’atmosphère. Quelque chose qui nous place dans une autre réalité, mais qui ne nous submerge pas.

PAN M 360 : L’improvisation semble être au cœur de votre processus scénique. Que signifie l’improvisation pour vous et comment vous préparez-vous à quelque chose qui doit rester imprévisible ?

SlowPitchSound : Quelques points ressortent. Pour moi, il s’agit d’apprendre à écouter et à pratiquer. La façon dont je me prépare à réagir aux sons et aux pensées qui me parviennent, qu’ils viennent de moi ou d’autrui, consiste à m’entraîner constamment à de nombreux niveaux. Je comparerais cela à l’apprentissage d’une langue : plus on connaît de mots, meilleures sont les conversations et celles-ci sont généralement imprévisibles.

PAN M 360 : Vous avez parlé de votre passion pour l’environnement et de la création d’œuvres significatives et inspirantes. Comment cette conscience écologique façonne-t-elle votre pratique du son, et quel rôle pensez-vous que les artistes peuvent jouer pour approfondir notre lien avec le monde naturel ?

SlowPitchSound : Il me semble que nous humains, en tant qu’espèce, sommes très déconnectés de la nature de nos jours, alors en tant qu’artistes, tout ce que nous pouvons faire pour sensibiliser les gens vaut la peine d’être fait. L’art reste un outil puissant et, collectivement, nous pouvons absolument faire la différence. J’aime à dire « faites partie de la voix de la nature ». C’est l’une des raisons pour lesquelles j’inclus beaucoup de sons de la nature dans mon travail, afin que la nature puisse avoir l’occasion de toucher les autres.

PAN M 360 : Quels sont les outils – analogiques ou numériques – dont vous vous servez dans votre installation ? Avez-vous construit ou personnalisé quelque chose qui vous semble essentiel pour vos performances ?

SlowPitchSound : J’utilise une platine, une table de mixage, un échantillonneur et un pad Korg Kaoss pour les boucles et les effets. Ma dernière personnalisation a consisté à presser un vinyle qui contient un tas de sons et d’échantillons de mon cru pour jouer en direct.

PAN M 360 : Quel conseil donneriez-vous aux artistes émergents qui explorent des voies expérimentales ou transdisciplinaires dans le domaine du son ?

SlowPitchSound : Essayez d’oublier ce que vous savez de la musique et concentrez-vous sur la pratique des choses qui vous font du bien sur l’instrument de musique de votre choix. Plus vous les explorerez, plus vous aurez confiance en vous.

PAN M 360 : Montréal a une riche histoire en matière de son expérimental et de performance. Quelle est votre expérience de la ville, que ce soit en tant que collaborateur, membre du public ou simplement en tant qu’esprit ?

SlowPitchSound : J’adore passer du temps à Montréal, surtout pendant les saisons chaudes 🙂 Il y a une telle énergie, et j’adore flâner dans les ruelles. Au fil des ans, je me suis fait de grands amis dans le milieu expérimental. J’ai assisté à des spectacles extraordinaires et j’en ai aussi joué, notamment à Mutek quelques fois, j’ai présenté au Centre PHI et j’ai récemment joué dans un nouveau festival expérimental très cool appelé Flux. Je serai de retour pour jouer au 25e anniversaire de Suoni Per Il Popolo, le 27 juin.

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Les soirées Ultrasons commencent ce jeudi pour se conclure vendredi soir. En plus des deux œuvres installatives qui se tiendront dans deux locaux de la Faculté de musique de l’Université de Montréal, ce sont les œuvres de 18 étudiant·es qui seront présentées à la Salle Claude-Champagne à partir de 19h30. Nous avons eu l’occasion de poser quelques questions à quelqu’un des étudiants à propos de leurs œuvres, de même que sur leur influence et leur parcours et leur identité artistique.

PAN M 360 : Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a incité à entreprendre des études en musique à l’Université de Montréal?

Matisse Charbonneau : N’étant pas issu d’un milieu musical, mon parcours est atypique : j’ai commencé à apprendre la théorie à l’université, à 23 ans. En 2022, après avoir acheté Ableton 11, j’ai compris que ce logiciel deviendrait mon outil principal. L’université m’a ouvert des portes et m’aide aujourd’hui à orienter ma pensée artistique.

Nicolas Bourgeois : Mon parcours musical commence par une formation en piano classique. Je développe un intérêt pour l’interprétation et, peu à peu, pour la création sonore. Plus tard, j’entreprends des études en psychologie en m’intéressant aux études de genre et aux théories queers. Dans un contexte de pandémie, j’ai interrompu mon cheminement universitaire pour revenir à une pratique artistique incarnée et engagée. En ligne, je découvre des œuvres numériques hétéroclites et des artistes qui œuvrent à l’intersection de l’art sonore et des technologies interactives. Cette exploration m’a mené à la musique numérique, un domaine où je peux articuler mes préoccupations sensibles à travers le son, le corps, et la performance. C’est dans cette perspective que j’ai choisi de poursuivre mes études en musique à l’Université de Montréal.

Z Neto Vinheiras : J’ai commencé par étudier la musique classique – ce n’était pas ma tasse de thé – mais j’ai continué toujours à jouer du piano, toujours en improvisant. J’ai fait des études en arts plastiques (sculpture) et un peu de cinéma et j’ai repris plus tard des études en musique acousmatique, après avoir déménagé en Belgique. Venir étudier à l’UdeM était une surprise. J’ai reçu une bourse pour un programme d’échanges sans trop savoir ce qui se faisait ici. Je l’ai vu comme une opportunité d’aller ailleurs, de voir l’autre côté de l’océan ce qui s’y faisait. Je suis très content·e avec ce que j’ai trouvé.

PAN M 360 : Quelle a été votre premier contact avec le monde des musiques numériques?

Matisse Charbonneau : Ma découverte du Dubstep à l’âge de 17 ans.

Nicolas Bourgeois : Je cible la découverte de musiciennes électroniques telles que SOPHIE et Arca comme mon point d’entrée dans les musiques numériques. Leurs compositions abrasives constituées de sons méticuleux m’ont donné envie d’ouvrir à mon tour une station audionumérique pour découvrir les mondes possibles de sculpter avec le son comme unique matière.

Z Neto Vinheiras : C’était en 2017 quand j’ai commencé mes études en sculpture. Une amie a découvert cette « époustouflante » façon de faire de la musique. On était tous deux sidérés par ce nouveau monde que j’ai continué à explorer sans avoir aucune idée ou même désir nécessairement de me rendre là où je suis maintenant.

PAN M 360 : Parlez de l’œuvre que vous allez présenter. Qu’est-ce qui vous a inspiré dans sa composition?

Matisse Charbonneau : Actuellement, des enfants, des familles, des milliers d’Ukrainiens et de Russes meurent dans une guerre politique totalement absurde. J’ai l’impression que nous nous désensibilisons, car le conflit semble toujours lointain. Pourtant, il est grave et concerne des sites sensibles comme Tchernobyl. Si des obus venaient à frapper cette zone protégée, les conséquences pourraient être catastrophiques pour nous tous. Je me sens impuissant face à cette situation, et j’ai ressenti le besoin de crier à travers ma musique. « Крик душі » (Kryk Dushi) signifie « Cri de l’âme » en ukrainien, une expression qui reflète profondément mon état intérieur.

Nicolas Bourgeois : À cette édition des Ultrasons, je présenterai une performance où des données corporelles de ma collaboratrice et moi sont captées en temps réel et interprétées par des algorithmes musicaux. Ces analyses prennent la forme d’une pièce électroacoustique évolutive et où le corps est à la fois un déclencheur, un instrument et un médium. Concrètement, je porte un dispositif de gants électroniques qui captent mes mouvements et transmettent ces données en temps réel à un système de traitement sonore. Ces signaux physiologiques sont traités par un ensemble d’algorithmes que j’ai conçu pour transformer le geste chorégraphique en geste musical.

L’œuvre s’inscrit dans une recherche sur les liens entre le corps, l’intimité et la technologie, dans une perspective queer et féministe. Nous sommes inspiré·es par les façons dont le son peut rendre audibles des états corporels souvent invisibles ou tus. Le dispositif agit comme un traducteur, un révélateur de l’espace entre nos deux corps, tout en laissant une part à l’aléatoire, à l’émotion et à l’erreur.

Z Neto Vinheiras : « here now all over again » est une performance semi-improvisée qui joue sur le feedback et un peu sur la psychoacoustique dans un système simple avec 2 guitares électriques, 2 amplificateurs, une station de no-input et quelques pédales d’effet. Je voulais continuer à explorer le phénomène de feedback, ce qui m’a toujours fasciné depuis que j’ai découvert la musique d’Eliane Radigue. C’est une manière de produire le son qu’on évite normalement, mais en prenant un point de vue, ou un point d’écoute plus créatif que destructif, on est amené à un type d’écoute très spécial: très lent, actif, très vigilant et très doux. Ça me « force » à ralentir, à être vraiment présent·e et à utiliser l’écoute comme instrument. Le fait que ce soit une approche aussi précaire aussi, qu’on peut presque le faire n’importe où et comment avec les outils les plus basiques et accessibles, me donne une flexibilité intéressante à explorer dans ma pratique et dans le style de vie que j’ai. 

La musique de Nina Garcia et l’infâme album (que j’aime beaucoup) « Metal Machine Music » de Lou Reed et son dernier « Hudson River Meditations » m’ont certainement inspiré à utiliser la guitare électrique – un instrument que je ne maîtrise pas -, dans cette improvisation de feedback.

PAN M 360 : Qu’est-ce que le médium de la composition en musique numérique vous permet d’exprimer?

Matisse Charbonneau : La musique me permet d’exprimer des émotions profondes, à travers des sons qui me transportent ailleurs, me surprennent, me donnent des frissons. Elle me fait réfléchir, en touchant quelque chose d’intime, de personnel, qui résonne en moi d’une manière unique.

Nicolas Bourgeois : Je me concentre principalement sur l’élaboration d’interfaces sensibles qui captent des données de l’environnement (gestuelles, physiologiques ou spatiales) et traduisent ces informations en compositions musicales et numériques. Ainsi, mon travail sonore n’est pas fixé: il existe un moment de coprésence entre le corps, le dispositif et l’espace performatif. Ces possibilités créatives incarnées me forcent à m’interroger sur mon rapport avec mon corps queer lorsque celui-ci est détecté avec des composantes électroniques qui produisent du son. Quelles transformations émergent lors de l’utilisation d’un dispositif sensible pour réaliser une composition sonore en temps réel ?

Z Neto Vinheiras : En ce moment je ne fais pas trop de composition ou de musique numérique. J’essaie de m’éloigner le plus possible des écrans et je suis plus attiré par une approche physique et in situ de la performance improvisée, avec des instruments et/ou des objets. Si l’on peut appeler cela de la « composition en temps réel », l’improvisation me permet d’aller dans un état de présence profonde et de me sentir connecté à l’écoute et à l’environnement. Il n’y a pas de performeurs·ses ou de public, mais un écosystème vif, actif et activé par l’écoute. J’aime beaucoup jouer avec les éléments de risque et de surprise et rester curieux·se. Comme on dit : « whatever happens, happens! » Je trouve ça très spécial.

PAN M 360 : Comment qualifieriez-vous votre style musical et esthétique?

Matisse Charbonneau : Je suis convaincu que mon son est brut et violent, porteur d’une énergie instable et mystique qui le rend unique et intense. Je ne me situe dans aucun cadre ni genre ; je puise ici et là des éléments, me permettant de naviguer librement entre plusieurs univers. Avec un peu de prétention, j’aimerais qu’un jour on puisse dire : “J’écoute PIERRU.”

Nicolas Bourgeois : Je qualifie mon style d’hybride. Il s’inscrit à la croisée de la musique électroacoustique, de l’art sonore et de la performance, en mobilisant des outils numériques sensibles pour créer des œuvres affectives, politiques et ancrées dans le corps. Autrement, je puise de l’inspiration à partir d’imageries et de concepts liés à des pratiques BDSM. De toutes mes œuvres émane une vulnérabilité révélée, amplifiée, transformée.

Z Neto Vinheiras : Un mélange de noise, de drone et bien sûr d’improvisation

Consultez le programme du jeudi 24 avril et du vendredi 25 avril.

crédit photo : Nina Gibelin Souchon

Le 26 avril prochain, des instruments indonésiens de gamelan envahiront la Salle Claude Champagne, de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Depuis des décennies, en fait, on y enseigne le gamelan, une pratique orchestrale de Bali et de Java qui séduisait déjà les mélomanes occidentaux aux débuts de la modernité. Et ce concert est gratuit ! Notre collaborateur Michel Labrecque en a discuté avec un autre collaborateur de PAN M 360, Laurent Bellemare, que l’on connaît pour sa connaissance profonde du rock métal, des musiques électroacoustiques, actuelles et… indonésiennes ! De surcroît, Laurent est chargé de cours dédié au gamelan et l’un des organisateurs de cette soirée. 

Le gamelan est une musique très particulière et très complexe, issue de plusieurs régions de l’Indonésie. Pensez d’abord à des instruments de percussions, mais avec un aspect mélodique. Des gongs, des métallophones, des xylophones, des carillons, mais avec une structure et des rythmes très spécifiques. Le gamelan a été créé principalement à Java et Bali, il remonte à au moins deux millénaires et a fortement impressionné le compositeur français Claude Debussy à la fin du 19e siècle. 

« J’ai un intérêt pour les musiques inhabituelles et j’ai découvert le gamelan à Université de Montréal, puis je suis allé étudier à Bali un an », raconte Laurent Bellemare, qui est tombé inconditionnellement amoureux de ce style musical. Il est membre depuis dix ans de L’ensemble Giri Kedaton, un orchestre en résidence à l’université de Montréal, signifie « montagne royale » en langue indonésienne. 

Laurent est également chargé de cours pour les ateliers de musique gamelan, qui rassemblent des musiciens curieux de ce style, à titre d’un cours par session. « Souvent mes étudiants viennent du classique ou du jazz, ils sont curieux de découvrir ce genre, qui défie bien des conventions musicales ». 

Mais comment donc l’Université de Montréal s’est-elle intéressée au gamelan? Tout commence avec l’Exposition universelle de Vancouver de 1986 : l’Indonésie offre alors des instruments traditionnels au Canada, dans une forme de diplomatie culturelle destinée à mettre en valeur la culture du pays. L’Université de Montréal  et l’Université Simon Fraser de Vancouver en sont les principales bénéficiaires. Les deux institutions obtiennent des instruments différents.

Laurent Bellemare peut vous parler de cela pendant des heures. Il a fait sa thèse de maîtrise sur ce sujet. « C’est le regretté compositeur et professeur José Evangelista qui s’est intéressé à ce style musical et qui a fait en sorte que l’Université de Montréal reçoive son lot d’instruments ».

À quoi aurons-nous droit lors du concert de ce samedi 26 avril? « Ce sera un mélange de pièces apprises par mes étudiants et de celles de l’Orchestre Giri Kedaton, sans oublier la danse, qui est une composante essentielle du gamelan », nous dit Laurent Bellemare. « Vous aurez droit à un festival de rythmes flamboyants, parfois beaucoup plus lents, en plus de danse avec des masques et beaucoup de couleurs ».

Il faut noter que, parmi les artistes, on retrouve un mélange d’Indonésiens expatriés chez nous et de Québécois passionnés par le style. « Il y a des gens comme la chorégraphe et danseuse Komang Swijani qui se sont reconnectés à leur culture d’origine grâce à nos activités », raconte Laurent. 

Le 26 avril, à 19h30, nous entendrons autant des pièces traditionnelles datant de 1925 ou 1950 qu’à une composition contemporaine du montréalais Olivier Schoeser. 

Malgré ses traditions millénaires, le gamelan n’arrête pas de se transformer. « Il y a un attachement aux traditions, mais vous trouverez aussi des musiciens actuels ont une approche contemporaine radicale », nous dit Laurent Bellemare, qui mentionne qu’un de ses amis compositeur marie le gamelan à l’électronique. Pourquoi pas?

Ce samedi 26 avril, à la Salle Claude Champagne, ce sera une chouette occasion de s’initier ou de se rebrancher au gamelan, cette musique unique qui figure au patrimoine culturel de l’Unesco.

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