En effet, Carminda Mac Lorin est « bassiste, chanteuse, rêveuse, engagée et travaille sur un projet solo urbain du monde à l’horizon ». C’est ainsi qu’elle se décrit sur sa page Instagram. Mais dans le cadre du Festival des saveurs interculturelles de Saint-Michel, elle coordonne le Forum Social Mondial des Intersections (FSMI) tout en figurant dans la programmation de la journée de clôture le dimanche 1er juin comme bassiste et chanteuse, accompagnée par le groupe SolidGround. Pour l’occasion, elle nous prépare deux morceaux qui s’intègrent bien à la thématique du forum. Elle a pris le temps d’échanger avec Sandra Gasana pour PAN M 360, entre deux activités du FSMI.

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À la croisée des musiques électroniques, de la performance en direct et des arts visuels, Hakeem Lapointe – sous le nom d’Amselysen – développe une pratique artistique où la texture sonore devient matière à penser, à ressentir, à transformer. Dans le cas qui nous occupe explorer cette fantaisie, soit la quête du parfum idéal d’un tueur en série, rien de moins.

Inspiré par une écoute attentive du monde, le projet puise autant dans la poésie de l’enregistrement terrain que dans les esthétiques déconstruites d’artistes comme celle d’Oneohtrix Point Never, pour ainsi composer des œuvres où la frontière entre composition et environnement se brouille. Artiste et commissaire dans cette édition de EAF x SAT x Tropisme, Amselysen porte plusieurs chapeaux, naviguant entre la scène et la curation avec une approche résolument expérimentale. Chaque performance devient un terrain d’exploration : un espace vivant où les sons captés, transformés, réinterprétés prennent forme dans l’instant.

À l’approche de ce programme pensé comme une expérience immersive et sensorielle (samedi 31 mai à la Société des arts technologiques – SAT) , Amselysen a partagé quelques réflexions sur le parcours artistique, les influences conceptuelles, la relation à la scène, et la vision des musiques hors format. Pour PAN M 360, Félicité Couëlle-Brunet a interviewé Amselysen et réalisé le montage vidéo qui suit.

INFOS ET BILLETS

VERSION COURTE

Le Festival Classica propose une rencontre originale avec le violoncelle, décliné quatre fois et exclusivement au féminin, le mercredi 4 juin à l’église Sainte Famille de Boucherville. Un quatuor de cet instrument donc, mené par les violoncellistes Chloé Dominguez, Justine Lefebvre, Noémie Raymond et Kateryna Bragina. Ceux et celles qui jouent de cet instrument aiment se réunir. À preuve ces nombreux ensembles de 12 violoncelles (je pense à ceux du Philharmonique de Berlin, entre autres) et leurs albums respectifs qui ont souvent atteint les sommets des palmarès classiques. Ici, ce seront quatre des meilleures interprètes québécoises actuelles qui offriront un programme en hommage à l’instrument, mais aussi à quelques compositrices telles Isabella Leonarda, Nadia Boulanger, Hildegarde de Bingen et même Charlotte Cardin! Quelques mâles (on les imagine bienveillants) se mêlent à la liste (Piazzolla, Debussy, Monteverdi…). J’ai parlé de tout cela avec la rayonnante Chloé Dominguez. 

Le choeur LDV Les P’tits Da Vinci, ainsi que l’Orchestre symphonique Joseph-François Perrault ouvriront le bal lors de la 1ère journée du Festival des saveurs interculturelles de Saint-Michel. Également au programme ce soir-là : une table-ronde sur la littérature et une soirée cinéma en plein air. Bref, tout ce qu’il faut pour entamer les festivités du bon pied. Christian Toussaint, chargé de concertation Espace culture de Vivre Saint-Michel en santé, en parle plus en détails avec notre journaliste Sandra Gasana.

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Le 29 mai, à L’Église presbytérienne St. Andrew’s de Saint-Lambert a lieu le concert Ad Lucem réunissant l’altiste Elvira Mishbakova et la pianiste Meagan Milatz. Un projet sur l’espoir en ces temps difficiles et sur la musique comme vecteur d’apaisement dans ce monde chaotique. 

Originaire de Russie et présentement altiste solo à l’Orchestre Métropolitain, Elvira Misbakhova évoque ici avec Judith Hamel de PAN M 360, les coulisses de ce concert, les choix musicaux et le lien qui l’unit à sa partenaire de scène. 

PAN M 360 : Lors de ce concert, vous jouerez en duo avec la pianiste Meagan Milatz avec qui vous avez déjà souvent partagé la scène. Qu’est-ce qui vous unit musicalement? Qu’est-ce qui rend cette collaboration spéciale pour vous?

Elvira Mishbakova : La joie que nous partageons quand on joue ensemble est immense ! Je pense que si les musicien/e/s ne discutent pas beaucoup pendant leur répétition, c’est très bien, parce que tout se passe dans la conversation musicale, les regards et les écoutes. On se comprend instantanément, nos réflexes, nos réactions, nos commentaires sont toujours en accord ! Quand le travail est basé sur la confiance, l’ouverture d’esprit et la flexibilité musicale, tout va bien.

PAN M 360 : Dans vos notes de programme, vous décrivez ce concert comme une réflexion sur l’espoir en des temps difficiles. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette idée? 

Elvira Mishbakova : J’ai choisi le répertoire qui résonne beaucoup avec l’espoir et les lumières. Quand les gens viennent aux concerts, je crois qu’ils veulent partir avec des impressions différentes, des émotions, une appréciation, peut-être même avec un certain apprentissage, mais aussi ils viennent aux événements, aux concerts pour relaxer, pour se détacher de leur réalité, pour plonger dans un moment de réflexion, peut-être trouver la paix, et le calme… ou simplement ils sont guidés par leur curiosité et leur admiration pour la musique classique et ce magnifique Festival Classica ! Notre idée de ce concert est de partager ces moments de réflexion, les moments de paix et de calme, les moments d’espoir, parce que la musique a ce pouvoir rare ! Elle nous guérit, elle nous unit, elle nous console et elle nous élève vers l’avenir, même dans les moments difficiles.

PAN M 360 : Le programme de ce concert couvre plusieurs siècles et styles très différents, allant du romantisme russe de Glinka à la musique contemporaine de Kelly-Marie Murphy. Qu’est-ce qui relie toutes ces œuvres entre elles?

Elvira Mishbakova : La lumière dans ses différents états. J’ai essayé de trouver le reflet de la lumière dans chaque œuvre. Parfois, la lumière est pure, comme dans le Magnificat de Pigovat, parfois, la lumière est intérieure et sombre, comme dans la pièce de Britten Élégie pour alto seul, ou alors c’est un phare dans l’obscurité, on peut le voir dans la pièce de Arvo Part Fratres, ou simplement, c’est un espoir pour le pardon dans Kol Nidrei de Max Bruch. La lumière est différente, mais elle est toujours là pour nous ! Si le public pouvait imaginer ça ou chercher avec nous leur vision de la lumière dans chaque pièce, ça nous rendrait très heureuses.

PAN M 360 : La pièce Ad Lucem de Kelly-Marie Murphy sera créée en première mondiale. Comment cette œuvre est-elle arrivée à vous?

Elvira Mishbakova : En fait, c’est une première québécoise ! Quand j’ai eu l’idée de ce projet Ad lucem (avec l’enregistrement d’un album),  j’ai tout de suite pensé à faire une commande d’œuvre à une compositrice canadienne, et comme j’admire énormément la musique de Kelly-Marie Murphy, je lui ai proposé d’écrire une pièce pour alto et piano qui s’appellera Ad lucem et elle a accepté avec un grand enthousiasme ! Meagan et moi, nous avons très hâte de la présenter à notre concert au Festival Classica.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter un peu plus sur Ad Lucem? Qu’est-ce que le public pourra entendre, ressentir?  

Elvira Mishbakova : Le répertoire est très varié, il y aura des pièces d’époque classique, romantique, post-romantique, moderne et contemporaine, le choix pour tous les goûts ! Le public va entendre les œuvres originales écrites pour alto et piano, mais aussi des arrangements que d’autres altistes ont faits pour élargir notre répertoire.  Il faut dire que l’alto, comme instrument soliste, prend de plus en plus la place devant la scène! Je suis très heureuse de jouer de cet instrument, qui est le plus proche de la voix humaine. Meagan et moi, nous avons très hâte de partager ce concert.  J’espère que les gens vont apprécier ce choix de répertoire, qui est rempli avec des émotions fortes et profondes.

crédit photo : Sasha Onyschenko

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C’est ainsi qu’il a décidé de nommer son plus récent album afro-dancehall paru en 2024 et qu’il continue à défendre encore aujourd’hui. Originaire de Guadeloupe, Aldo Guizmo n’en est pas à sa première participation au Festival des Saveurs interculturelles de Saint-Michel. En effet, il y était l’année dernière, mais cette année, il sera accompagné du groupe SolidGround, avec lequel il a collaboré à plusieurs reprises. Cet artiste d’inspiration afrocaribéenne est également rassembleur culturel, ingénieur en informatique et animateur radio. Un morceau de son récent opus « Touchy » a connu beaucoup de succès alors que les opportunités ne cessent de se multiplier pour ce vocaliste. Il sera sur plusieurs scènes cet été, alors ne manquez pas l’occasion de le voir ce dimanche. Notre journaliste Sandra Gasana l’a interviewé à quelques jours de sa performance tant attendue, alors qu’il sortait d’un studio de répétition.

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Dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA) , les compagnies Carte Blanche et Chants Libres se sont associées avec le Quatuor Bozzini afin de présenter une adaptation d’Hiroshima, mon amour  en opéra contemporain en première mondiale à l’Usine C. Un hommage lyrique créatif qui ravive nos souvenirs : du film, de leurs événements et de la mémoire. Suivant la forme d’une production cinématographique, le spectacle met en scène Yamato Brault-Hori, Marie-Annick Béliveau et Ellen Wieser qui nous livrent, sur un plateau habillés de tulles de projection surdimensionnées, la poésie d’amour et de mort de Marguerite Duras en brouillant les codes et les frontières entre les médias, en même temps qu’entre le passé et le présent. Sur les partitions délicatement dissonantes de Rosa Lind se déploient les huit musicien(nes) et l’histoire d’amour intemporelle en musique. On a eu la chance de poser quelques questions à Christian Lapointe et Rosa Lind.

PAN M 360 : Comment avez-vous trouvé la direction musicale de l’opéra ?

Rosa Lind : Le texte me fournit l’inspiration musicale. L’émotion des mots, des lignes, me guide tout au long du processus.
PAN M 360 : Était-ce particulier pour vous de composer un opéra pour l’adaptation d’un film?
Rosa Lind
: J’ADORE les films ! Je m’étais déjà penchée sur l’adaptation des  » Ailes du désir  » pour un quatuor à cordes, mais un opéra est tellement amusant parce qu’on peut aussi travailler avec la voix humaine, qui est totalement appropriée pour cette histoire très humaine.
PAN M 360 : Est-ce que la trame sonore du film originale a eu une influence sur votre manière d’entendre l’histoire?
Rosa Lind : En fait, lorsque je travaille sur quelque chose, j’ai besoin de m’isoler complètement, et je n’écoute donc pas d’autres compositeurs pendant le processus. Lorsque j’ai revu le film pour l’opéra, je l’ai regardé sans le son pour vraiment m’imprégner du texte et de la magnificence des images afin que ma propre définition et mes propres sentiments puissent émerger.
PAN M 360 : Parallèlement au magnifique quatuor Bozzini, qu’est-ce qui a guidé votre choix d’instruments?

Rosa Lind : J’ai choisi la harpe en raison de sa tessiture (6 octaves), de sa clarté dans les notes les plus aiguës et de la profondeur de ses basses. En tant que pianiste, je pense souvent à la musique de manière pianistique. (rires) J’ai opté pour la clarinette en raison de la richesse du son, comme une liqueur de miel. Enfin, j’ai opté pour la flûte traversière en raison de sa forte connotation japonaise.

PAN M 360 : Pourquoi avoir décidé d’adapter Hiroshima mon amour en opéra en 2025?

Christian Lapointe : J’avais envie de montrer les événements oubliés, ceux racontés par le film et celui du film en soi, dans un contexte de nucléarisation du monde sans précédent.
PAN M 360 : D’où t’es venue l’idée d’ajouter le personnage de Marguerite Duras et de la faire vivre aux côtés de ses propres protagonistes?
Christian Lapointe : Au FTA en 2013, j’avais présenté un montage des textes de Marguerite Duras « L’homme atlantique » et « La maladie de la mort » où j’avais déjà commencé à explorer ça. J’ai donc voulu mettre en scène l’écriture elle-même, tout en faisant un clin d’œil.

PAN M 360 : Comment s’est fait le choix de la compositrice et du quatuor Bozzini?

Christian Lapointe: Rosa est une grande amie à moi et on avait envie de faire un opéra ensemble, alors elle m’a proposé le film et ça a été une évidence. Ensuite, le quatuor Bozzini est connu partout dans le monde et on sait qu’il peut être « flyé », et eux connaissaient déjà le travail de Rosa aussi, alors ça nous donnait une opportunité de mettre tout ce beau monde-là ensemble.

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi les projections surdimensionnées pour donner vie aux images?

Christian Lapointe: Je voulais jouer sur la mémoire et l’oubli, pour jouer à se souvenir du film. Le soldat allemand qui brûle la pellicule, le processus de création du film sur scène, Marguerite Duras incarnée, ce sont toutes des représentations de l’oubli de celui-ci, que les projections géantes viennent rappeler.

Pour commémorer le 50e anniversaire de la mort de l’immense compositeur russe Dimitri Chostakovitch, le Quatuor Molinari présente l’intégrale des 15 quatuors à cordes du compositeur russe, comme l’avait fait l’ensemble montréalais, d’ailleurs en 2015. soit à l’occasion des 40 ans de la disparition de Chostakovitch. Ainsi cycle complet des quatuors sera joué en trois soirées consécutives, à raison de cinq quatuors par concert. Les programmes sont présentés les jeudi 29, vendredi 30 et samedi 31 mai, 19h30, au Conservatoire de Musique de Montréal. Directrice artistique, fondatrice et premier violon du Quatuor Molinari, Olga Ranzenhofer nous parle de ce grand défi à relever pour les interprètes de son ensemble. Alain Brunet a réalisé l’interview pour PAN M 360.

OR, ON APPRENAIT LE MERCREDI 28 MAI QUE L’ALTISTE FRÉDÉRIC LAMBERT ÉPROUVAIT DES ENNUIS DE SANTÉ, CE QUI OBLIGE LE QUATUOR MOLINARI À REPORTER À UNE DATE ULTÉRIEURE CE CYCLE DES 15 QUATUORS.

INFOS ET BILLETS

BALADOS SUR LES QUATUORS CHOSTAKOVITCH ANIMÉS PAR JEAN PORTUGAIS POUR LE STUDIO MOLINARI ICI

Composée en 1988, oubliée par son compositeur submergé de travail, débusquée longtemps plus tard et joué par le quatuor de saxophones Quasar: en création le 26 février 2021 à la Salle Pierre-Mercure dans le cadre du Festival Montréal/Nouvelles Musiques.

Un an plus tard, Chaleurs fut présentée pour la première fois devant public à l’Espace Orange du Wilder dans le cadre de la Saison montréalaise de Quasar, en co-diffusion avec Le Vivier. L’enregistrement de ces séances de jeu, ainsi que le film et le documentaire qui l’accompagnent, inscrivent aujourd’hui Chaleurs parmi les incontournables de la musique contemporaine.

Chaleurs est aussi une expérience immersive mise en scène par Maxime Genois et son équipe. Cet enregistrement public fit l’objet d’une captation et constitua le second d’un triptyque de films d’arts de Quasar consacrés à des créations canadiennes. Chaleurs s’inscrit dans un grand cycle d’œuvres de Walter Boudreau intitulé le Cercle Gnostique et évoque certaines particularités du cosmos. La pièce se déploie sur près de 50 minutes et requiert une virtuosité extrême.

L’enregistrement audio fut rendu public en novembre 2024. Pour conclure la saison 30e anniversaire de Quasar, PAN M 360 a réuni les saxophonistes Marie-Chantal Leclair (soprano) et Jean-Marc Bouchard (baryton) auxquels se joignent le compositeur Walter Boudreau. Menée par Alain Brunet, voilà une interview costaude à conserver dans les archives du patrimoine culturel québécois.

Sol-Étienne Labesse baigne dans la musique depuis l’adolescence, avant de devenir batteur pour le groupe Kulcha Connection, puis Deya avant de cofonder SolidGround, un collectif de reggae qui accompagne plusieurs artistes locaux et internationaux. Un peu à l’image des groupes de reggae en Jamaïque qui jouent pendant plusieurs heures accompagnant parfois une vingtaine d’artistes, SolidGround veut surtout promouvoir le reggae, et pas nécessairement un artiste en particulier. Ils prônent un esprit de partage et d’échanges entre artistes. Ils seront au Festival des Saveurs ce dimanche 1er juin lors de la journée consacrée au Forum Social Mondial des Intersections, avant de poursuivre avec un calendrier chargé cet été. Ils seront notamment au Festival de Reggae de Trois Rivières mais également au Festival d’été de Québec, et à Montréal pour quelques dates. Sandra Gasana s’est entretenue avec Sol-Étienne, en direct du studio de répétition du collectif.

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Innovations en concert, dirigé de façon inspirante par Isak Goldschneider depuis une quinzaine d’années (d’abord avec Cassandra Miller, puis seul depuis 2014), offre aux mélomanes avisé.e.s et curieu.x.ses des trésors d’expériences musicales à chacune de ses saisons. La version 24-25 se terminera le 30 juin avec une autre trouvaille qui promet des instants de grâce contemporaine : la combinaison d’une oeuvre de Maxim Shalygin, compositeur post-minimaliste ukraino-néerlandais (Angel, pour violon et violoncelle, en création québécoise), et une autre du Montréalais Olivier Alary, vaste fresque de quelque 40 minutes pour 12 guitares lap steel. Oui, douze lap steel! Une soirée qui promet d’être fascinante à l’église Saint-Denis, sur Laurier est, à Montréal. J’ai discuté avec Oliver et Isak des œuvres au programme et d’autres choses. 

Olivier Alary, rappelez-nous votre parcours qui vous a mené des études en architecture à la musique puis à Montréal

C’est un parcours assez sinueux, ponctué de bifurcations, mais qui s’est construit de manière organique. J’ai d’abord étudié l’architecture, ce qui m’a permis de développer une sensibilité à la structure, à l’espace et à la forme — des notions qui, avec le temps, ont trouvé un écho naturel dans ma manière d’aborder la musique.

Assez rapidement, j’ai ressenti le besoin de me tourner vers le sonore. Cela m’a conduit à Londres, où j’ai étudié l’art sonore à l’université Middlesex. Cette période a été fondatrice : j’y ai découvert une approche très libre et expérimentale du son, à la croisée de la musique, de l’installation et de l’art contemporain.

En 2000, j’ai sorti un premier album sous le pseudonyme Ensemble sur le label Rephlex, fondé par Aphex Twin. Ce disque a attiré l’attention de Björk, avec qui j’ai eu la chance de collaborer sur plusieurs projets, notamment sur son album Medúlla. Cette rencontre a marqué un tournant, me donnant accès à des contextes de création très variés, entre musique expérimentale, pop avant-gardiste et collaborations multidisciplinaires avec Doug Aitken et Nick Knight.

Après Londres, j’ai passé quelque temps à New York, avant de m’installer à Montréal, où j’ai trouvé un environnement particulièrement propice pour approfondir ma pratique. C’est là, après quelques albums sortis sur le label FatCat Records que j’ai véritablement plongé dans la musique de film, un domaine dans lequel j’ai évolué pendant près de quinze ans. J’ai composé pour une soixantaine de films, principalement des documentaires et des fictions d’auteur, en collaborant avec des cinéastes aux univers très divers. Cette expérience m’a permis d’explorer en profondeur le lien entre musique et narration, entre son et image.

Après cette longue période de pratique professionnelle, j’ai ressenti le besoin de revenir aux fondements de la composition instrumentale. C’est dans cette optique que j’ai entrepris une maîtrise en composition à l’Université de Montréal, afin de mieux articuler mes connaissances techniques et d’explorer de nouvelles pistes de création. C’est dans ce cadre que j’ai développé des pièces instrumentales acoustiques, prenant comme point de départ la traduction en écriture des techniques et processus que j’ai élaborés en studio depuis plus de vingt ans. Ce travail m’a permis d’ouvrir un dialogue entre l’univers électronique que j’avais cultivé et l’écriture orchestrale, en cherchant à transposer des gestes de production, de montage et de traitement du son dans un langage purement instrumental. Vestiges s’inscrit dans la lignée de ces recherches.

Et finalement, je suis resté. Montréal s’est imposée comme un lieu d’ancrage, à la fois artistique et personnel. La ville dispose d’un vivier exceptionnel de musiciens, formés dans quatre universités et un conservatoire, ce qui favorise des collaborations de très haut niveau. Et puis, j’y ai rencontré ma conjointe, et nous avons eu deux enfants. Aujourd’hui, même si mon parcours peut sembler un peu éclaté, chaque étape a nourri la suivante, et l’ensemble forme une trajectoire cohérente qui continue d’évoluer.

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT ANGEL ET VESTIGES

Quels modèles (compositeurs, styles musicaux) ont façonné votre personnalité musicale?

Ma personnalité musicale s’est construite à travers un large éventail d’influences, souvent portées par des artistes qui aiment repousser les limites, que ce soit en musique, au cinéma ou dans les arts visuels. Côté cinéma, des réalisateurs comme David Lynch, David Cronenberg ou Andrei Tarkovsky m’ont profondément marqué par leur univers singulier et souvent déstabilisant. Dans les arts plastiques, je pense particulièrement à des figures comme César, Jean Tinguely ou Niki de Saint-Phalle, dont les œuvres questionnent la matière et le mouvement, ainsi qu’à Hans Bellmer et Gerhard Richter, qui explorent la forme et la perception d’une manière radicale.

Sur le plan musical, j’ai été fortement influencé par le Krautrock avec des groupes comme Can, Neu! ou Kraftwerk. Leur capacité à mêler rythmes hypnotiques, textures électroniques et improvisations a nourri mon goût pour l’expérimentation sonore. J’ai aussi une grande admiration pour le free jazz psychédélique de Sun Ra ou Pharoah Sanders, qui offrent une énergie et une liberté d’expression incroyables.

Le rock indépendant, notamment avec des groupes comme Sonic Youth ou My Bloody Valentine, m’a montré comment le bruit, la texture et les couches sonores pouvaient devenir des éléments expressifs à part entière.

Par ailleurs, la musique électroacoustique — notamment les œuvres de Bernard Parmegiani et Luc Ferrari — a profondément influencé mon approche de la composition, en m’apprenant à sculpter le son et à créer des espaces sonores riches à partir de détails subtils.

J’ai également été inspiré par la musique contemporaine du XXe siècle, avec des compositeurs comme György Ligeti, Gérard Grisey ou Luciano Berio, qui explorent la matière sonore avec une grande finesse. Le minimalisme américain, représenté par Steve Reich, David Lang ou Julia Wolfe, ainsi que le minimalisme spirituel d’Arvo Pärt et John Tavener, ont aussi marqué ma sensibilité par leur capacité à construire des émotions puissantes à travers la répétition et la simplicité.

Enfin, la chanson pop avant-gardiste, avec des artistes comme Björk — avec qui j’ai eu la chance de collaborer — mais aussi Velvet Underground, Robert Wyatt, Chico Buarque et Brigitte Fontaine, a toujours été une source d’inspiration, mêlant innovation musicale et poésie.

Au-delà des styles ou des noms, ce qui m’anime vraiment, c’est cette volonté constante de dépasser les conventions, de créer des ponts entre différents langages et médiums, et de chercher une musique qui puisse à la fois interroger, surprendre et émouvoir.

Alary a collaboré avec des artistes tels que Björk, Nick Knight, Cat Power et Doug Aitken, et a publié sa musique sur des labels comme Rephlex, Fatcat Records, 130701 et LINE. Il a également signé la musique de plus de cinquante films, plusieurs ayant été primés dans des festivals prestigieux tels que Cannes, Sundance ou Venise.

Comment percevez-vous la différence entre composer pour des artistes pop et pour des artistes associés à la musique contemporaine stricte?

Je perçois la composition pour des artistes pop et pour des artistes associés à la musique contemporaine stricte comme deux approches différentes mais profondément complémentaires. Ce ne sont pas pour moi des mondes séparés, mais plutôt des espaces de création qui dialoguent constamment et s’enrichissent mutuellement.

La musique pop, par sa nature souvent plus directe et accessible, offre un cadre où l’on peut jouer avec des formats plus courts, des structures plus claires et une immédiateté émotionnelle qui touche rapidement l’auditeur. Elle permet aussi d’explorer des sonorités plus électroniques ou des textures qui, bien que plus simples en apparence, demandent une grande précision et sensibilité pour garder leur impact.

À l’inverse, la musique contemporaine stricte ouvre un champ de recherche où l’on peut expérimenter librement avec des formes plus complexes, des techniques avancées, et une abstraction qui pousse à questionner la matière sonore, le temps et la perception. C’est un univers où la rigueur et la profondeur cohabitent avec l’innovation, ce qui me permet de développer des pièces instrumentales très travaillées, comme Vestiges, qui m’ont demandé plus de dix ans de recherche.

Ce qui est intéressant, c’est que ces deux univers fonctionnent pour moi comme des vases communicants. Les expériences acquises dans la musique contemporaine me donnent des outils pour enrichir mes compositions pop, en apportant plus de subtilité, d’originalité et de densité. Et inversement, le travail sur des formats pop plus immédiats stimule ma créativité et me pousse à simplifier, à être plus direct, tout en gardant une richesse expressive.

Dans mon expérience en musique de film, cette capacité à naviguer entre des registres très variés est essentielle. Selon le genre du film — qu’il s’agisse de suspense, d’horreur ou de drame — il faut souvent faire le pont entre une musique accessible, qui soutient l’émotion narrative, et des textures plus expérimentales qui créent des ambiances particulières et inédites. Cela m’a permis de développer une grande flexibilité et une ouverture d’esprit qui nourrissent aussi bien mes projets personnels que mes collaborations.

En résumé, plutôt que de voir la composition pop et contemporaine comme deux disciplines distinctes, je les considère comme deux pôles d’un même continuum créatif. Cette oscillation entre rigueur et immédiateté, entre expérimentation et émotion, me permet de faire évoluer sans cesse mon écriture et d’affiner une voix artistique personnelle, capable de traverser différents styles et publics.

Vestiges pour 12 lap steel. Pourquoi 12? Pourquoi des lap steel? Qu’est-ce qui vous attire dans cet instrument?

J’ai choisi d’utiliser douze guitares lap steel dans Vestiges parce que c’est un instrument qui m’a fasciné depuis une quinzaine d’années, notamment dans le cadre de la musique de film et de mes projets personnels. Ce qui m’attire particulièrement dans la lap steel, c’est sa texture sonore unique, surtout quand on joue avec des trémolos et un slide posé directement sur les cordes. Ce son a quelque chose de très vocal, presque comme une voix humaine, ce qui lui confère une expressivité très particulière.

Par ailleurs, la lap steel est souvent perçue comme un instrument limité, avec des connotations très marquées — notamment country ou western — ce qui peut être réducteur. Mon intention était justement de casser ces clichés, d’explorer ses potentialités au-delà de ces styles, pour offrir une musique totalement différente, plus éloignée de ces genres traditionnels.

J’ai aussi été intéressé par le fait que la tessiture de la lap steel est assez proche de celle d’une chorale, allant des graves aux aigus, ce qui m’a naturellement amené à imaginer des conduites de voix similaires, avec des registres allant de la basse au soprano.

Pourquoi douze guitares ? Parce qu’une guitare possède six cordes, et que la chorale choisie comporte six registres de voix. En doublant cela — soit deux fois six — on obtient douze instruments, ce qui sonne beaucoup mieux et surtout, cela offre une richesse harmonique et une profondeur sonore plus grande. Ce dispositif permet aussi de jouer pleinement sur la spatialisation du son, en répartissant les guitares dans l’espace pour créer une immersion acoustique très intéressante.

Enfin, je savais que travailler avec cet instrument dans une forme longue serait un vrai défi, mais cette limite même m’a stimulé : je voulais voir si je pouvais construire une pièce solide et cohérente autour de cette sonorité singulière.

Vestiges est une œuvre unique, fruit de dix années de recherche

Le message, ou le discours, l’idée maîtresse derrière Vestiges?

L’idée maîtresse derrière Vestiges est liée à une réflexion sur les traces que laissent certaines formes culturelles, spirituelles ou sociales en transformation. J’ai l’impression que nous vivons une période de transition, où certains repères traditionnels – qu’ils soient liés à la religion, à la structure familiale ou à des cadres sociétaux plus larges – évoluent ou perdent peu à peu leur place centrale dans nos vies.

Avec cette pièce, j’ai voulu évoquer ces transformations, en imaginant une sorte de requiem pour ces formes anciennes, et plus spécifiquement pour les traditions vocales et liturgiques issues de diverses spiritualités. Vestiges est une tentative de convoquer ces voix du passé, non pas pour les figer dans une posture nostalgique, mais pour les faire résonner autrement – dans une perspective sensible, presque médiumnique. Les douze guitares lap steel deviennent alors comme des relais, des passeurs de mémoire sonore, permettant à ces formes de réapparaître sous une nouvelle lumière.

D’ailleurs, ce qui ajoutera une dimension encore plus poignante à la performance, c’est le fait qu’elle soit présentée à l’église Saint-Denis – un lieu à l’architecture magnifique, chargé d’histoire, mais qui commence lui aussi, très concrètement, à devenir un vestige architectural. Ce contexte résonne parfaitement avec le propos de l’œuvre.

Sur le plan musical, Vestiges s’inspire de différentes formes de musique polyphonique vocale, comme les madrigaux, les chorales, la musique liturgique orthodoxe et la psalmodie gaélique

Isak, parlez-moi de Maxim Shalygin. Qui est-il ?

Maxim Shalygin est un compositeur ukraino-néerlandais qui vit aux Pays-Bas depuis 2010. Comme Olivier, il a beaucoup d’expérience dans l’écriture de musique pour des contextes en dehors de la scène de concert, comme le cinéma, la danse ou le théâtre – ce qui explique peut-être, à mon avis, pourquoi leurs œuvres partagent une certaine atmosphère : une approche similaire de l’espace, du son, de l’intériorité.

Qu’est-ce qui vous attire dans sa musique ? Pourquoi avoir choisi de jouer cette pièce (Angel) à ce moment ?

La nature introspective de la musique de Shalygin et sa capacité à évoquer des paysages émotionnels profonds résonnent fortement avec moi. Angel, composé en 2020 pendant le bouleversement mondial de la pandémie de COVID-19, réfléchit à la relation de l’humanité avec la nature et à la fragilité de l’existence – on peut l’écouter comme une méditation sur les traumatismes historiques. Jouer cette œuvre aujourd’hui me semble tout à fait opportun, au vu de ce que nous vivons actuellement dans le monde.

Comment décrire l’univers sonore de Angel ? Peut-on le rapprocher d’autres styles qu’on connaît déjà ?

Angel offre à ses auditeurs une interaction délicate entre le violon et le violoncelle : un paysage sonore méditatif et éthéré. L’œuvre s’inspire de la Sonate pour violon et violoncelle de Maurice Ravel, composée un siècle plus tôt, à la suite de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe espagnole. Comme chez Ravel, la mélodie est au cœur de l’expression chez Shalygin, ce qui donne lieu à une œuvre que je trouve à la fois intemporelle et profondément humaine.

D’autres informations pertinentes à mentionner ?

Il est intéressant de souligner les croisements de sens entre Angel et Vestiges d’Olivier, une composition de 42 minutes pour douze guitares lap steel amplifiées et diffusion électronique. Il y a dans la vocalité spectrale de Vestiges – cette chorale fantomatique d’échos et de réverbérations flottant entre mémoire et oubli – quelque chose que je trouve très « shalyginien ». Chaque guitare, jouée avec des techniques étendues et peu conventionnelles, devient un canal pour des fragments sonores, comme des échos de voix oubliées : cela évoque peut-être un autre grand chef-d’œuvre ukrainien [Shadows of Forgotten Ancestors de Sergueï Paradjanov].

Vestiges s’appuie sur des principes structurels empruntés aux madrigaux, à la liturgie orthodoxe, aux psaumes gaéliques et aux chorals, pour construire une architecture sonore enracinée dans le passé tout en évitant la nostalgie. Cette immédiateté émotionnelle et cette attention portée à la mémoire me rappellent fortement le travail de Shalygin ; c’est, pour moi, un bel exemple d’évolution musicale convergente.

Je suis très reconnaissant, dans ce projet, d’avoir l’occasion de m’engager avec des œuvres qui nous bousculent musicalement et qui nous poussent à réfléchir sur la mémoire et la nature éphémère de l’existence. Pour moi, la musique – et l’art en général – est une manière d’entrer en dialogue avec ces questions, avec les grands enjeux de la vie.

Interprètes 

Angel de Maxim Shalygin : 

Adrianne Munden-Dixon, violon

Audreanne Filion, violoncelle

Vestiges de Olivier Alary : 

Jonathan Barriault ; Nicolas Caloia ; Steven Cowan ; Simon Duchesne ; Ben Grossman ; Marc-André Labelle ; Dominic Marion ; Pierre-Yves Martel ; Matt Murphy ; Jean René ; Pascal Richard ; Julien Sandiford – guitares lap steel

Isak Goldschneider, direction musicale

Ce dimanche, Fred Everything occupera la scène du début à la fin, ne jouant que des morceaux auxquels il a participé à l’enregistrement. Loin d’être un simple DJ set, c’est l’occasion d’assister à l’aboutissement du travail de toute une vie – ce qui, avec plus de 250 sorties à son nom et plus de 100 sorties sur son label Lazy Days, est une sacrée caisse de résonance. Ayant produit, remixé et collaboré à divers genres de musique électronique, son approche improvisée des platines peut nous emmener dans n’importe quelle direction.

La durabilité de Fred Everything est à étudier. Au cours des trois dernières décennies, ses contributions à la musique électronique en tant que producteur, DJ et fondateur de Lazy Days Records ont cimenté sa réputation d’artiste non seulement éclectique, mais aussi constant. Avec un spectacle à Mutek l’été dernier, une nomination aux Junos pour l’album électronique de l’année il y a quelques mois à peine, et maintenant un marathon du Piknic, Fred Everything continue de récolter les fruits de son authenticité.

Curieux d’en savoir plus sur l’esprit qui se cache derrière ce tour de force, Fred Everything a bien voulu partager avec nous une partie de son histoire – ou de l’Histoire, si l’on considère son œuvre monumentale. Il nous parle ici de sa préparation pour le set de dimanche, de ses débuts modestes, de son approche pérenne et de son intérêt récent pour le mentorat.

PAN M 360 : Vous allez fêter les 30 ans de votre premier album et les 25 ans de Lazy Days. C’est un grand moment, comment vous sentez-vous ?

Fred Everything : Génial ! Passer en revue toute la musique pour mon set, c’est vraiment un processus un peu introspectif et émotionnel. Il y a des choses qui ont passé l’épreuve du temps et d’autres que je ferais différemment, mais tout cela fait partie du voyage qui m’a mené là où je suis, alors je suis là pour l’accepter !

PAN M 360 : C’est un véritable exploit de jouer aussi longtemps, mais si j’ai bien compris, c’est quelque chose que vous faites régulièrement au Salon Daomé. Qu’est-ce qu’un set prolongé vous permet de faire que vous ne pouvez pas faire dans un créneau horaire normal ?

Fred Everything : Pour ma génération de DJs et les DJs qui m’ont précédé, c’est un processus normal. Nous nous sommes habitués à jouer du début à la fin dans une salle. Accueillir les gens, créer l’ambiance, essayer différentes choses au cours de la soirée, et la meilleure partie, renvoyer les gens chez eux avec quelque chose dont ils se souviendront.

PAN M 360 : Vous avez parlé de longs mélanges et de mixage créatif – arrivez-vous à un set comme celui de Piknic avec un plan strict, ou préférez-vous lire l’énergie et improviser ?

Fred Everything : Je n’ai jamais joué un set planifié. Cela va au-delà de mes convictions en tant que DJ. Nous sommes là pour offrir une expérience basée sur des moments et des humeurs. Cela dit, j’ai préparé pour dimanche un set spécial qui ne comprend que de la musique à laquelle j’ai participé. Que ce soit en tant qu’A&R pour Lazy Days avec différents artistes du label, ou mes propres productions, collaborations, remixes ou même si c’est quelqu’un qui a remixé une de mes chansons. J’ai une idée de l’ambiance que je veux créer au début, au milieu et à la fin de mon set, mais cela peut aussi changer !

PAN M 360 : Il semble que la musique électronique ait toujours été au cœur de votre exploration musicale. J’ai lu quelque part que même au tout début, vous vous êtes procuré un SH101 et un TR909 pour jouer dans les raves. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a attiré vers ce médium ?

Fred Everything : J’achète des instruments depuis que j’ai pu légalement travailler pendant l’été au lycée. J’ai fait la vaisselle pour acheter mon premier synthétiseur. Le 101 et le 909 ont été achetés pour ma propre production. Ils étaient très bon marché à l’époque, environ 300$ pour les deux – j’ai toujours mon 101 rouge original que j’ai acheté il y a 35 ans. J’ai toujours été fasciné par les sons électroniques, même lorsque j’étais enfant. Les boîtes à rythmes, les synthétiseurs et les vocoders attiraient instantanément mon attention lorsqu’ils passaient à la radio. Je pense que dès mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu travailler avec des machines. J’ai également fait partie de la première vague de raves à Québec, ce qui m’a permis de jouer en direct avec mes instruments à l’époque.

PAN M 360 : Fred Everything est connu pour faire un peu de tout. C’est d’autant plus impressionnant que vous exercez votre métier depuis plus de 30 ans. Mais c’est peut-être là le secret… Qu’est-ce qui, selon vous, a nourri votre curiosité créative pendant toutes ces années ?

Fred Everything : La musique est comme une force que j’ai en moi. Même lorsque je suis désillusionné, je trouve toujours la force de continuer. Je l’ai choisi, mais il m’a aussi choisi. L’une des choses qui me poussent à continuer, c’est aussi de savoir que j’ai encore des choses à exprimer et de la musique à découvrir, ancienne et nouvelle. Cela ne s’arrêtera jamais complètement.

PAN M 360 : Votre dernier album, Love, Care, Kindness and Hope, qui a été nommé pour un prix JUNO cette année, est sorti en vinyle. Vous avez toujours entretenu un lien avec les formats physiques. Quel rôle le vinyle joue-t-il encore aujourd’hui dans votre processus de création et d’écoute ?

Fred Everything : Comme tout ce que je fais, il est également sorti en version numérique, mais il était important d’avoir un objet à tenir, comme un testament de cet ensemble de travaux. Beaucoup de gens aiment encore le vinyle. À la maison, j’écoute presque exclusivement des disques et j’aime continuer à en acheter et à en écouter autant que possible. C’est de là que je viens. J’aimerais pouvoir presser tout ce que je fais sur vinyle, mais c’est un peu difficile à réaliser de nos jours.

PAN M 360 : En plus d’être producteur et DJ, j’ai remarqué que vous êtes également très actif en tant que mentor, avec une forte présence sur des plateformes telles que Puremix, Station Clip, IO Music Academy, et Echio.co. Sans dévoiler toute la sauce, quel genre de conseil ou d’orientation donnez-vous aux jeunes artistes ?

Fred Everything : Bien que je n’aie jamais été un bon élève dans ma jeunesse, j’ai toujours été intéressé par le partage de mes connaissances. Pendant la pandémie, j’ai commencé à le faire davantage en ligne et j’ai reçu des demandes de mentorat privé, ce que j’ai fait par intermittence au cours des dernières années. La plupart du temps, j’essaie de partager une approche plus philosophique de la création musicale plutôt que de répéter les interminables tutoriels techniques qui sont déjà en ligne. Je donne un cours sur le remixage mercredi prochain, le 28 mai, ici à Montréal, à la Station Clip.

PAN M 360 : Vous avez passé du temps dans des villes comme San Francisco et Londres, mais Montréal semble exercer une attraction durable. Qu’est-ce qui fait que vous êtes toujours ancré à Montréal ?

Fred Everything : J’ai vécu à Londres peu de temps après 1999 et à San Francisco pendant 8 ans jusqu’à il y a 10 ans. J’adore voyager, mais le meilleur moment est toujours de rentrer à la maison. J’ai eu des hauts et des bas avec cette ville dans le passé, mais nous nous sommes totalement réconciliés et je pense que même avec tous ses défauts, Montréal reste l’une des meilleures villes du monde !

PAN M 360 : Enfin, Lazy Days fête ses 20 ans cette année – tout d’abord, félicitations. Quels sont vos espoirs pour le prochain chapitre du label ? Y a-t-il de nouvelles directions, de nouveaux artistes ou de nouveaux formats que vous êtes impatient d’explorer ?

Fred Everything : Merci ! Il y a beaucoup de choses à venir qui m’enthousiasment, comme un nouvel album que j’ai fait avec mon vieil ami et partenaire musical Atjazz. Je suis également heureux de continuer à sortir la musique de nombreux amis talentueux sur le label et, je l’espère, de découvrir de nouveaux talents en chemin !

Sources

Profil de l’artiste MUTEK

Puremix

Resident AdvisorOm records

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