Présenté par la Société de musique contemporaine du Québec, le concert de ce dimanche 25 mai à la Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours se veut un  » vibrant hommage consacré à la compositrice vancouveroise Jocelyn Morlock, disparue prématurément en 2023 dans un programme émouvant construit autour de sa mémoire, avec des œuvres de Samy MoussaRita Ueda et Tanya Tagaq. »

Simon Bertrand, compositeur et directeur artistique de la SMCQ, explique ses choix.

 

« Figure de proue de la musique de concert au Canada, lauréate de nombreux prix dont un prix Juno pour sa pièce My Name is Amanda Todd, dédiée à la mémoire de cette jeune étudiante victime de harcèlement, feue Jocelyn Morlock (1969-2023) fut une compositrice marquante, en témoigne « un catalogue d’œuvres puissante alliant légèreté et profondeur dans un langage musical très lyrique et personnel ».

PAN M 360: En quoi leurs œuvres se rapprochent-elles de celles de la disparue?

Simon Bertrand: Ce concert a été conçu comme une sorte de rituel en mémoire de Jocelyn Morlock. Les œuvres de Moussa et de Ueda ont étées commandées par la SMCQ avec le demande spécifique d’être « in memoriam » Jocelyn Morlock, chose rendue facile car ces deux compositeurs admiraient l’œuvre de celle-ci, tout comme c’est le cas de Luis Ramirez. Pour ce qui est de la puissante pièce de Tanya Tagaq, il s’agissait de la recherche d’un effet dramatique car l’œuvre est très perturbante. Car tout cela est un hommage à la vie, à la mort, à la lumière et aux ténèbres. 

PAN M 360: Pourquoi et comment Jocelyn Morlock a-t-elle marqué les esprits?

Simon Bertrand:  Par sa musique, à la fois simple et complexe, techniquement ou émotionnellement, et par son témoignage humaniste, notamment avec sa pièce iconique My name is amanda Todd  et par son caractère généreux et empathique envers le milieu musical.

PAN M 360 : Quelles sont ses œuvres les plus importantes?

Simon Bertrand: « My name is Amanda Todd », justement mais aussi Exaudi, qui est au programme du concert de dimanche et qu’elle considérait comme une de ses meilleures pièces. 

PAN M 360: Pourquoi avoir intitulé ce programme Aurore solennelle?

Simon Bertrand: Le thème des trois portraits de compositrices de la saison, en marge du festival MNM,  ( Saariaho, Lizée, Morlock) était les aurores boréales en lien avec ce que nous avons vécu en 2024. 

Les deux œuvres de Morlock au programme sont The uses of solitude, pour flûte, harpe et alto, et le poignant Exaudi pour violoncelle solo et chœur. La première est une des toutes dernières œuvres de la compositrice. Elle est présentée en première québécoise par le Trio Kalysta (Lara Deutsch, flûte; Marina Thibeault, alto; Emily Belvedere, harpe). La seconde pièce est interprétée par la soliste Chloé Dominguez, violoncelle solo de l’Ensemble de la SMCQ et quelques chanteurs de l’ensemble Voces Boreales dirigé par Andrew Gray.

Ce concert sera dédié à la cause de la santé mentale chez les musiciens.

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi Exaudi et The Uses of Solitude dans ce programme? 

Simon  Bertrand: Exaudi est une œuvre bouleversante et une très grande réussite, autant au niveau de l’écriture vocale que de la partie de violoncelle solo. The Uses of Solitude est une des dernières, sinon la dernière œuvre qu’elle a composé, et se veut une réflexion sur la solitude qu’a pu engendrer la pandémie de Covid-19, qui a engendré beaucoup de souffrance dans le milieu musical et des arts de la scène en général. 

PAN M 360:  Au-delà de la description ci-haut, que peut-on ajouter sur les formes de chaque œuvre des compositeurs invités à ce programme hommage?

Simon Bertrand: Samy a composé une œuvre qui est un chant très simple pour hautbois solo qui dégage mélancolie et solitude. Cela devient presque un personnage dans le contexte de ce concert, ou il y a de plus en plus de musiciens sur scène. Puis, le trio Kalysta joue deux œuvres et peu à peu on se dirige vers la musique vocale, le hautbois devient cor anglais et les cordes se mêlent au rituel dans l’œuvre de Ueda, qui est bouleversante et magique à la fois. Le point culminant est Exaudi de Morlock, suivi du retour du chant initial du hautbois solo de Moussa. C’est un peu une sorte de dramaturgie musicale en hommage à Jocelyn. 

Participant·es

Lara Deutsch, flûte; Marina Thibeault, alto; Emily Belvedere, harpe

Programme

Samy Moussa

Création

hautbois

Luis Ramirez

flûte, alto et harpe

Jocelyn Morlock

Première (Québec)

flûte, alto et harpe

Tanya Tagaq

Arr. Jacob Garchik

quatuor à cordes

Rita Ueda

Création

cor anglais, quatuor à cordes et ensemble vocal

Jocelyn Morlock

violoncelle et ensemble vocal (9)

BILLETS ET INFOS

Cette semaine au Festival Classica, le violoniste, chef d’orchestre et compositeur Guy Braunstein présente aux publics québécois une audacieuse réinvention du dernier album studio des Beatles avec la première nord-américaine de son Abbey Road Concerto. Conçue pour violon solo et orchestre, cette œuvre repense les morceaux de l’album Abbey Road sous la forme d’un concerto, délaissant la nostalgie au profit de la transformation. Interprété par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières sous la direction d’Alain Trudel, le concerto propose une relecture saisissante de chansons emblématiques telles que « Come Together » et « Here Comes the Sun », filtrées à travers le langage symphonique distinctif de Braunstein.

PAN M 360 : Bonjour, Maestro Braunstein. Est-ce un bon moment pour parler ?

Guy Braunstein : Ça l’était… jusqu’à ce que vous m’appeliez “Maestro”. Appelez-moi simplement Guy. Ma mère y tient beaucoup.

PAN M 360 : Très bien, Guy. Vous devez être très enthousiaste à l’idée de la première nord-américaine de votre Abbey Road Concerto. Nous le sommes tous, en tout cas.

Guy Braunstein : C’est clair.

PAN M 360 : Combien de fois avez-vous joué ce concerto jusqu’à présent ?

Guy Braunstein : Une dizaine de fois, peut-être plus. Dans plusieurs pays. Je l’ai aussi enregistré pour un CD, donc oui — il a déjà pas mal voyagé.

PAN M 360 : Et comment le public a-t-il réagi ?

Guy Braunstein : Les gens deviennent fous. J’ai fait beaucoup de transcriptions — Tchaïkovski, Dvořák, de l’opéra — mais là, c’est autre chose. Le public réagit d’une façon complètement différente par rapport à un concerto pour violon classique. C’est une toute autre expérience.

PAN M 360 : Vous avez dit que ce n’est pas juste un arrangement, mais un vrai concerto. Comment cela a-t-il commencé ?

Guy Braunstein : Totalement par hasard. Il y a environ six ans, mon fils — il avait six ans à l’époque — a attrapé la Beatlemania. Il a découvert les Beatles et est devenu obsédé. Il me demandait sans cesse de lui jouer leurs chansons au violon.

PAN M 360 : Vous avez donc commencé par quelques esquisses ?

Guy Braunstein : Exactement. J’ai fait quelques pièces courtes, pour le plaisir. Et puis la pandémie est arrivée, j’ai eu beaucoup de temps. Je me suis dit : “Pourquoi ne pas faire un vrai arrangement d’un morceau des Beatles, avec accompagnement au piano ?” J’ai commencé à écouter leurs derniers albums, et quand je suis arrivé à Abbey Road, j’ai eu un problème : j’aimais tout. Impossible de choisir.

PAN M 360 : Alors, qu’avez-vous fait ?

Guy Braunstein : Je me suis dit : “Tant pis — je prends tout l’album, bon sang.” Et j’ai commencé à écrire un vrai concerto pour violon solo et orchestre.

PAN M 360 : Abbey Road a déjà une certaine architecture symphonique. Est-ce que ça a influencé votre décision ?

Guy Braunstein : Bien sûr. Ce n’était pas seulement parce que j’aimais la musique. J’adore aussi Led Zeppelin, mais je ne peux rien faire de leur musique au violon. Abbey Road, par contre — je pouvais entendre comment cela pouvait fonctionner en version orchestrale. Il y avait tellement de possibilités.

PAN M 360 : Comment avez-vous abordé l’arrangement de l’album ? Quel a été votre processus ?

Guy Braunstein : Normalement, je commence par une partition orchestrale complète, puis je fais une réduction pour piano. Mais cette fois, j’ai commencé au piano — en jouant les morceaux, en explorant les textures. Ensuite, j’ai orchestré. J’avais un plan, mais je l’ai constamment révisé.

Par exemple, j’ai ajouté un trombone basse pour imiter les lignes de basse puissantes de Paul McCartney. Rien d’autre ne pouvait remplacer ce son. Le tromboniste basse va être bien occupé ce soir.**

PAN M 360 : La première partie du concert inclut aussi d’autres arrangements de chansons des Beatles, non ?

Guy Braunstein : Oui, c’est exact. Je ne les ai pas encore entendus.

PAN M 360 : Vous n’êtes pas le premier à orchestrer la musique des Beatles — qu’est-ce qui distingue votre approche ?

Guy Braunstein : Je sais que je ne suis pas le premier. Des gens ont arrangé leurs chansons dès leur époque. Mais moi, je l’ai fait dans une démarche purement classique. Certains chefs d’orchestre m’ont même dit que c’est plus classique que Rhapsody in Blue. Ce n’est pas une pièce crossover — c’est un concerto.

Et je vais vous confier un secret : la partie de violon est atrocement difficile. Il y a deux ans, j’ai joué les concertos de Sibelius, Abbey Road et Tchaïkovski trois semaines d’affilée. Sibelius et Tchaïkovski sont durs, mais Abbey Road l’était encore plus.**

PAN M 360 : Le fait de travailler d’aussi près sur cette musique a-t-il changé votre rapport à elle ?

Guy Braunstein : J’ai grandi à Tel Aviv dans les années 70. Tout arrivait en Israël avec dix ans de retard, donc j’ai grandi avec les Beatles — les vinyles, la radio. C’était déjà dans mon ADN musical. Mais quand on creuse quelque chose à ce point, on le redécouvre toujours.

PAN M 360 : J’imagine que vous avez remarqué des détails qui vous avaient échappé ?

Guy Braunstein : Absolument. Après la première exécution symphonique, j’ai enregistré le concerto et je suis retourné en studio. J’ai fait beaucoup de révisions. La technologie peut aider à imaginer certaines choses, mais elle ne remplace pas des musiciens réels qui jouent. J’ai eu la chance de pouvoir affiner la partition après l’avoir entendue en vrai — c’est exactement ce que faisaient les compositeurs classiques.

PAN M 360 : J’ai lu le livre de Geoff Emerick — il parle des expériences en studio des Beatles, comme la découverte du synthétiseur Moog par George Harrison sur Abbey Road. Cette richesse de texture orchestrale, c’était un son totalement nouveau à l’époque.

Guy Braunstein : Oui — et c’est cette curiosité qui les rendait géniaux. J’ai vu un peu du documentaire Get Back de Peter Jackson, ainsi que le biopic de Bernstein avec Bradley Cooper. Deux musiciens très différents, mais avec le même feu sacré : une curiosité prête à exploser. C’est ce qui distingue les bons musiciens des grands. Ils ont toujours faim. Les Beatles auraient pu rester dans leur zone de confort, à faire des tubes comme I Want to Hold Your Hand, mais ils ont repoussé les limites. Ils auraient pu faire fortune en se répétant, mais ils ont choisi d’évoluer. C’est pour ça qu’ils restent le groupe pop le plus fascinant de tous les temps.

PAN M 360 : Et c’est ce qui rend votre concerto si rafraîchissant — il offre une nouvelle façon d’écouter quelque chose que l’on pensait déjà bien connaître.

Guy Braunstein : Espérons que le public le ressente ainsi ce soir.

PAN M 360 : J’imagine que l’orchestre apprécie aussi ce changement de rythme ?

Guy Braunstein : On pourrait croire que c’est une pause après Stravinsky, mais non — ils vont transpirer ce soir. C’est du boulot.

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Cette année, le Festival des Saveurs interculturelles de Saint-Michel s’associe avec le Forum social mondial des intersections (FSMI) pour sa quatrième édition. En effet, toute une journée y est consacrée, alors que des spectacles, des animations et plusieurs activités se tiendront au Parc François-Perrault du 30 mai au 1er juin 2025. L’organisme derrière ce rendez-vous bi-annuel est À portée de mains, un organisme de développement social à travers l’art et la culture. Son directeur Alban Maréchal s’est entretenu avec notre journaliste Sandra Gasana pour lui en dire plus sur cette quatrième édition.

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L’album Hayti Lives, le sixième de Vox Sambou a été lancé il y a quelques semaines, mais Vox Sambou était toujours en déplacement à l’étranger. Qu’à cela ne tienne, nous avons finalement contacté cet artiste et travailleur, associé à l’excellent groupe composite Nomadic Massive et aussi auteur-compositeur-interprète solo de Montréal et originaire de Limbé, municipalité plantée près du Cap-Haïtien dans le nord de l’île.  Conversation écrite avec un incontournable de la culture afro-descendante de Montréal.

PAN M 360 : Hayti Lives est un projet à la fois poétique et activiste. Comment une posture critique ou même militante peut-elle devenir de l’art en 2025?

Vox Sambou: En tant que musicien, je me sens toujours guidé par les mots intemporels de l’excellente musicienne Nina Simone « Le devoir d’un artiste, en ce qui me concerne, est de refléter l’époque dans laquelle il vit. Je pense que cela s’applique aux peintres, aux sculpteurs, aux poètes, aux musiciens… Pour moi, c’est un choix personnel. Mais j’ai choisi de refléter mon époque et les situations dans lesquelles je me trouve. C’est, à mes yeux, mon devoir. »

PAN M 360 : Il y a tellement à dire sur Hayti actuellement, aux prises avec une incroyable malédiction sociale, économique ou politique. Quels sont les thèmes retenus dans tes nouvelles chansons?

Vox Sambou: Dans mes nouvelles chansons du projet Hayti Lives, j’aborde les thèmes de l’amour, l’unité et la résistance. Ce n’est pas une malédiction qui frappe Haïti, mais une injustice persistante. Je t’écris ces mots depuis Limbé, nord d’Haïti où je vois de l’espoir dans les visages des marchandes, des professeurs et des jeunes écoliers. La réalité quotidienne est une leçon de résilience. L’article de Michel Vastel, paru en 2003, révèle une vérité méconnue : l’Initiative d’Ottawa sur Haïti montre le rôle actif de certains États, dont le Canada et la France, dans la déstabilisation politique du pays. La France, surtout, refuse de rembourser la rançon de l’indépendance, une dette imposée à Haïti pour avoir osé se libérer. Voilà la vraie tragédie.

PAN M 360 : Peut-on choisir 3 à 5 chansons et en décrire plus précisément le choix du sujet et la démarche poétique?

Vox Sambou: 

Eritaj
:Cette chanson est une déclaration d’identité et de mémoire. À travers les mots “Istwa nou, memwa nou se zam nou pou’n pa peri”, je veux insister sur le fait que l’héritage haïtien, son histoire, sa culture, sa résistance est une arme puissante contre l’effacement. C’est un sujet qui est ancré dans une démarche de transmission intergénérationnelle et de réaffirmation des racines africaines d’Haïti. J’ai utilisé des rythmes issus de la tradition orale.

Sergo : 
Sergo rend hommage à ma mère et à toutes ces femmes haïtiennes dans l’histoire du pays. Ces femmes sont des piliers de l’économie, de l’éducation et de la résistance, depuis l’indépendance en 1804 jusqu’à aujourd’hui. Le nom Sergo est un symbole de dignité, de courage et de force. Avec mes musiciens, j’ai pu travailler sur les rythmes de percussions petro, des influences congolaises et le hip-hop. Mon désir le plus cher est de célébrer la mémoire vivante de ces femmes à travers une énergie musicale en constante élévation

Kriminèl: Cette chanson est née d’un sentiment d’urgence face à la situation d’instabilité persistante en Haïti. Elle dénonce la violence imposée par la communauté internationale, mais surtout, elle appelle à la conscience collective et à la résistance citoyenne. J’interpelle la population à se réveiller. Ma démarche s’appuie sur la répétition et l’intensité rythmique des percussions haïtiennes (notamment les rythmes petro), amplifiées par des influences congolaises, du hip-hop et de l’afrobeat pour créer cette chanson

Voyaje: Cette chanson puise son inspiration en 2017 à Helsinki World Music Festival lorsque j’ai fait la première partie de Calypso Rose, icône de la musique de Trinidad et Tobago. C’est une chanson qui évoque le voyage identitaire, celui des enfants de la diaspora africaine qui cherchent à se reconnecter à leurs racines. 

PAN M 360 : Étant francophone et ayant déjà passé du temps en Haïti, je comprends partiellement le créole (la langue d’expression de cet album sauf exceptions en français), mais j’aimerais savoir si tu as des modèles poétiques en littérature créole.

Vox Sambou: Depuis mon plus jeune âge, à Limbé en Haïti, j’ai toujours été baigné dans la littérature haïtienne. Ceux qui m’ont le plus influencé sont Oswald Durand et Frankétienne. Le premier, poète du XIXe siècle, a donné à la langue haïtienne ses lettres de noblesse avec des textes comme Choucoune, célébrant l’amour et la culture populaire. Frankétienne, écrivain prolifique du XXe siècle, fondateur du spiralisme, mêle poésie, chaos et révolte pour exprimer la complexité de l’âme haïtienne. Ces deux poètes nourrissent mon écriture et mon engagement artistique.

PAN M 360 : Comment tu peux rendre le créole haïtien attractif aux non créolophones?

Vox Sambou: La langue haïtienne est déjà profondément riche et attirante. Pour moi, la meilleure façon de la rendre plus accessible est par la musique, un langage universel. À travers mes chansons, j’utilise la langue haïtienne pour interpeller nos sociétés, éveiller les consciences, élever notre humanité et partager l’amour.

PAN M 360 : Afin que les non créoles puissent s’instruire davantage sur la créolophonie en chanson, peux-tu nous parler de ta démarche en tant qu’auteur de chansons?

Vox Sambou: En tant qu’artiste, je ne m’impose pas un style ni une langue précise. Par exemple, le refrain de la chanson Goumen (« se battre ») m’est d’abord venu en langue portugaise ; j’ai simplement choisi de le traduire en langue haïtienne guidée par l’inspiration, le rythme et le message, tout en respectant les sonorités et les langues qui m’habitent.

PAN M 360 : Comment fais-tu la distinction entre ton travail solo et ton travail en collectif, surtout avec Nomadic Massive? Où sont les différences, les distinctions, les choix stylistiques?

Vox Sambou: Nomadic Massive demeure l’une de mes grandes écoles de vie. De 2004 à 2017, j’y ai vécu et partagé des moments extraordinaires d’apprentissage, de scène et de fraternité artistique. Ce collectif m’a permis de développer une conscience musicale et politique forte. Le projet Vox Sambou, quant à lui, est plus personnel : il puise dans la musique traditionnelle haïtienne, avec un style moins centré sur le hip-hop et davantage orienté vers la fusion des rythmes afro-descendants. C’est un espace plus intime, de réflexion et de connexion directe avec mes racines.

PAN M 360 : Plusieurs musicien.ne.s ont contribué à cet album. Peux-tu nous expliquer le processus de recrutement?

Vox Sambou : Pour ce projet, j’ai commencé par travailler les bases musicales avec le batteur et percussionniste canado-congolais Lionel Kizaba, avant d’inviter les autres membres de mon groupe. Ma démarche est organique.

PAN M 360 : Qui est le noyau de tes collaborateurs.trices?  En studio? Sur scène? 

Vox Sambou: Depuis plus de 15 ans, je travaille avec une équipe fidèle et talentueuse. En studio comme sur scène, mon noyau reste presque le même. David Ryshpan (claviers), Jean-Daniel Thibeault-Desbiens (batterie), Diégal Léger (basse), Rommel Ribeiro (guitare), Rémi Cormier (trompette), Malika Tirolien (voix), Ronald Nazaire (percussions), Frank O Sullivan (guitare) et Lionel Kizaba (percussionniste et batteur) sont mes collaborateurs proches. Avec eux, j’ai construit une complicité musicale et humaine qui nourrit la cohérence artistique de tous mes projets.

PAN M 360 : Qui a fait les arrangements et la réalisation? Que cherchiez-vous?

Vox Sambou: J’ai composé et travaillé les structures de base des morceaux moi-même, en laissant place à l’intuition et à l’âme des rythmes. Par la suite, Rémi Cormier et Modibo Keita ont apporté leur touche sur certaines sections de cuivres, Malika Tirolien, quant à elle, a signé des arrangements marquants de clavier et de guitare, notamment sur la chanson Kriminèl. Je cherche à donner au projet une richesse sonore qui respecte à la fois mes racines et mes intentions musicales.

PAN M 360 : L’objet musical de cet album, dit-on, est une rencontre entre les Antilles (surtout Haïti) et l’Afrique centrale (surtout Congo) : pourquoi donc?

Vox Sambou: Je souhaite honorer notre héritage culturel. Cet album invite les enfants de la diaspora à se réapproprier leurs racines à travers le pouvoir unificateur de l’art. Je crois sincèrement que l’art est le seul pont capable de reconnecter la jeunesse africaine dispersée à sa terre d’origine et, ainsi, lui offrir la paix!

PAN M 360 : Les choix stylistiques sont éclectiques : rythmes rara, vaudou, dancehall, afrobeat,  soukouss, rap kreyol, afro-jazz, etc.… Quelle serait ta propre description? 

Vox Sambou: Je fais de la musique traditionnelle haïtienne fusionnée avec le jazz et le hip-hop

PAN M 360 : Tu choisis une approche instrumentale, très peu d’électronique dans ce travail de prime abord? Question de goût, tout simplement? Peux-tu nous décrire ton jardin musical? Ce qui te fait le plus vibrer?

Vox Sambou: J’ai toujours été attiré par une approche instrumentale organique. Ce qui me fait vibrer, ce sont les tambours, les voix humaines, les souffles de cuivres, les rythmes enracinés. Mon jardin musical, c’est la terre d’Haïti, nourrie des échos d’Afrique, de la Caraïbe et des rues de Montréal. C’est un espace où se rencontrent tradition et innovation, où chaque son porte une histoire, un cri, une mémoire vivante. Je cherche avant tout à créer du lien, à faire vibrer l’humain.

PAN M 360 : Quels sont tes prochains projets, solo ou autres? Spectacles et autres?

Vox Sambou : Le 17 mai, nous avons lancé  l’album Hayti Lives à São Paulo, une étape importante de ce nouveau projet. En juin, nous poursuivrons avec des concerts à Rio de Janeiro, puis nous allons partir pour une série de dates en Europe. Cet été, nous serons également en tournée dans l’ouest du Canada. Que ce soit au Canada ou à l’étranger, chaque performance est une occasion de créer du lien, de porter nos messages et de célébrer la richesse des cultures afro-descendantes.

Le chef Francis Choinière a eu envie de célébrer la fin de la dixième saison d’existence de l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes (OPCM) avec le Graal de tout chef et orchestre qui se respecte : une symphonie de Mahler. Dans ce cas-ci, la Deuxième, intitulée Résurrection, et qui sera donnée à la Maison symphonique de Montréal le samedi 24 mai à 19h30. 

J’en ai discuté avec le chef qui, malgré une expérience qui s’étoffe d’année en année, demeure encore dans la catégorie des ‘’jeunes’’ artistes. Sera-t-il un jour vieux ce garçon? Haha. 

Mahler, Symphonie Résurrection, dirigée par Leonard Bernstein

Depuis maintenant 8 ans, Exposé Noir est un courant constant de la scène underground montréalaise, façonnant discrètement des espaces où la musique, les visuels et la communauté se rejoignent. Nous nous sommes entretenus avec M, l’un des deux organisateurs principaux du projet, pour parler de ses débuts, de leur approche curatoriale et de la façon dont ils ont navigué dans les marées changeantes du paysage local de la musique électronique.

PAN M 360 : Exposé Noir fait partie de l’underground montréalais depuis près d’une décennie. Pourriez-vous nous ramener à ses débuts ? Quel est l’élément qui vous a poussé à créer et de quel type d’espace rêviez-vous à l’époque ? Revenons au début. Quelle a été l’étincelle et quel type d’espace essayions-nous de créer ?

M : Le projet a débuté en 2017. Ce n’était pas mon idée, mais celle de mon coorganisateur, qui est venu avec ce concept très inspiré par la culture underground en Europe quʼil ne voyait pas nécessairement ici à Montréal, où il prend la musique électronique mais fait infuser différentes couches d’art visuel et de design pour une expérience plus intentionnellement curatée. De A à Z, du moment où vous arrivez à l’espace, en passant par le type d’artistes que vous réservez. Donc, oui, je dirais que c’est un peu né de cela, comme « ok, voici quelque chose que nous nʼavons pas nécessairement à grande échelle et qu’il serait cool d’importer « .

Nous nous sommes rencontrés par hasard. Il nʼavait aucune expérience en matière d’organisation, mais il avait une vision de ce qu’il voulait faire et, après être venu à une fête de loft que j’avais organisée, il m’a contacté et m’a demandé si j’aimais la techno. J’adore la techno. Nous ne nous connaissions pas du tout, mais nous avons commencé à nous rencontrer et nous avons eu beaucoup de chance pour notre premier événement. Les étoiles se sont alignées. Grâce à une connexion mutuelle, nous avons eu accès à la Fonderie Darling, qui est en fait assez difficile à réserver, et nous avons eu un DJ qui n’est pas nécessairement notre style aujourd’hui, mais qui à l’époque était davantage underground, Amelie Lens. Elle est aujourd’hui l’un des plus grands noms de la musique techno, et nous l’avons eue au bon moment, quand elle était très populaire, mais pas encore inabordable ou trop commerciale. Les choses se sont bien mises en place, et c’était vraiment un gros bordel, mais finalement nous nous en sommes sortis et nous nous sommes dit : « Ok, c’est cool. Quelle est la suite ? Depuis lors, les opportunités se sont alignées et nous avons continué, définissant notre approche au cours du processus.

PAN M 360 : C’est très élaboré. Et cela s’inscrit parfaitement dans le cadre de la deuxième question : Au fil des ans, comment avez-vous vu évoluer la scène techno et la musique électronique expérimentale à Montréal ? Comme lorsque tu parlais avec ce DJ, c’était intéressant au départ, mais tu cherchais peut-être quelque chose d’autre. Exposé Noir s’est-il toujours développé parallèlement à ces changements, ou parfois contre eux ?

M : Je pense vraiment que cʼest à 100 % à côté. Il faudrait que je réfléchisse bien pour trouver comment nous sommes allés à l’encontre des changements. Je dirais plutôt que nous en avons fait partie. Au début, nous étions des débutants, mais maintenant nous faisons partie d’une sorte de vague d’organisateurs. Dans ma tête, je suis toujours ce nouvel organisateur, mais les gens commencent à venir me demander conseil, comme des promoteurs qui ont dix ans de moins que vous, et vous réalisez que vousʼêtes un ancien maintenant. Cela se passe vraiment sans qu’on s’en rende compte. J’ai vu la scène évoluer de façon très positive – je dirais même qu’elle n’a connu que des aspects positifs. Il y a peut-être des aspects qui ont empiré, mais cʼest plus universel, par exemple, l’influence des médias sociaux et des grandes entreprises technologiques sur la façon dont nous consommons l’information et sur la nature de l’information consommée, et comment cela façonne la culture de certaines façons.

J’ai vu la scène se professionnaliser de manière très positive, non pas dans le sens où elle est devenue plus commerciale, mais au sens où des choses comme la sécurité et le partage d’informations entre les organisateurs ont changé de manière spectaculaire. Auparavant, il y avait beaucoup de contrôle et les gens s’en sortaient en faisant toutes sortes de choses. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de transparence et de coopération. Je travaille toujours avec d’autres organisateurs qui font des soirées disco et des soirées bass music, complètement différentes. Mais nous savons tous que nous travaillons dans le même but. Jʼai donc vu les choses prendre une direction vraiment positive. Bien sûr, il y a toujours moyen de s’améliorer, mais pour moi, la tendance est positive.

PAN M 360 : Les programmations d’Exposé Noir ont toujours trouvé un équilibre délicat entre les artistes locaux et internationaux. Quelle est votre approche de la programmation et quels types de conversations espérez-vous ouvrir entre ces différentes communautés ?

M : Oui, cʼest une excellente question. Je veux dire, je pense qu’une perspective peut-être plus critique de nos événements qui est parfois soulevée, et qui me semble valable, est le fait que nous sommes très orientés vers les artistes internationaux. La plupart de nos soirées sont au moins à moitié ou majoritairement locales, mais elles finissent parfois par être plus internationales, comme celle-ci.

La plupart de nos soirées sont au moins à moitié ou majoritairement locales, mais elles finissent parfois par être plus internationales, comme celle-ci. Mon point de vue est quʼil ne sʼagit pas seulement de quantité, mais aussi dʼoffrir un plateau de grande qualité aux artistes. Cʼest un aspect important de ce que nous essayons de faire. Nous ne nous contentons pas d’engager nos amis tout le temps, nous essayons de trouver l’occasion parfaite d’engager quelqu’un d’une manière qui nous enthousiasme vraiment. Plutôt que de présenter un concert de plus, nous essayons de créer le meilleur plateau possible pour que les artistes puissent se rencontrer et jouer avec d’autres artistes extraordinaires du monde entier. Nous voyons souvent des gens citer nos soirées comme l’une de leurs réalisations sur leur profil, ce qui les aide à obtenir d’autres concerts.

PAN M 360 : Les quatre jours à venir ressemblent à la fois à une expansion et à un aboutissement. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce pas audacieux maintenant, avec l’expérience du Belvédère, même si vous l’avez déjà fait auparavant ? Et comment cet événement reflète-t-il votre situation actuelle et celle d’Exposé Noir ?

M : Nous avons une équipe vraiment formidable ! Certaines personnes sont plus centrales et d’autres sont plus indirectement impliquées, mais au fond, il n’y a que deux personnes. Nous avons une dynamique où l’un de nous sera le rêveur irréaliste, et l’autre sera comme : « Ok, non, revenons à la réalité.ˮ Il s’agit souvent d’une poussée et d’une traction, et nous nous relayons.

Cette fois, c’était mon partenaire qui devenait dingue, et il y avait le festival Wire à New York qui amenait beaucoup d’artistes extraordinaires dans la région. Lorsqu’un certain nombre d’artistes se joignent à l’événement, d’autres artistes le voient et se disent : « Oh, je veux jouer à cette fête ! Au début, c’était un rêve, puis on s’est dit : « D’accord, nous nous sommes enfoncés dans ce trou. Comment pouvons-nous nous en sortir ?

PAN M 360 : La représentation, la diversité et les espaces plus sûrs ont toujours fait partie de votre ADN. Au-delà des mots à la mode, comment gérez-vous personnellement ces questions lorsque vous construisez des espaces qui sont vraiment accueillants et transformateurs ?

M : Je pense que cʼest une très bonne question parce que ces concepts peuvent être une arme à double tranchant dans la mesure où ils peuvent être symbolisés. C’est ce qui se passe dans certaines organisations, comme la Fierté par exemple. Elles constituent aujourd’hui l’establishment à Montréal, et même si leur mandat est censé représenter la diversité, elles intimident les petites organisations et groupes au sein de ces communautés. Nous sommes heureux parce que lorsque vous regardez les données de nos réservations, un pourcentage énorme est constitué de minorités de genre ou de minorités raciales, comme une majorité. Mais cela nʼest jamais au premier plan de nos objectifs. Ce qui me semble le plus important, c’est de mettre en lumière les contributions de ces différentes communautés. Nous nous intéressons aux contributions extraordinaires des artistes noirs d’une certaine région ou de d’artistes homosexuels d’autres régions et nous leur accordons de l’espace sur la plateforme.

Nous voulons aussi que notre vie ne soit pas ennuyeuse. On voit de plus en plus de promoteurs dépassés – ce sont six Blancs avec la même coupe de cheveux et portant des T-shirts noirs, comme je le fais en ce moment. Nous devons donc être conscients que nous ne sommes pas toujours des experts en la matière. Et quand on est ouvert à tout ce qui se passe de cool, comme les folles soirées Mamba Negra au Brésil ou les Mjunta à Berlin, le simple fait d’être au courant de ce qui se passe de génial va nous inspirer en tant que programmateurs et nous rendre la vie beaucoup plus facile.

PAN M 360 : Les espaces que vous avez fréquentés – comme les « âmes industrielles brutes » du Belvédère – semblent toujours profondément liés à l’expérience que vous créez. Comment voyez-vous la relation entre l’environnement physique, le son et l’énergie collective de la foule ?

M : Personnellement, j’ai toujours considéré l’espace comme l’une des principales têtes d’affiche. Dans la fiction, il y a une perspective intéressante où vous pouvez considérer des objets inanimés ou des choses comme le vent ou un lieu comme un personnage. Je trouve cela très intéressant, de penser à l’espace comme ayant presque sa propre agence. Vous pouvez le considérer comme un autre artiste dans votre programmation. Cʼest quelque chose qui attire les gens, mais cʼest aussi quelque chose qui encadre votre travail. Par exemple, lorsque nous utilisons de nouveaux lieux, ce que nous cherchons souvent à faire, cʼest un tout nouveau puzzle. Cela nous oblige à repenser le flux des choses. Mais si l’on prend un lieu existant comme le centre scientifique, on se dit :  » D’accord, nous l’avons déjà fait plusieurs fois, mais comment passer à l’étape suivante ? Il y a toujours de nouveaux défis et de nouvelles occasions avec chaque espace, et évidemment, nous prenons l’aspect visuel très au sérieux, alors nous faisons un effort énorme pour trouver de nouveaux lieux. Cela prend beaucoup plus de temps qu’on ne le pense.

PAN M 360 : Au-delà de la piste de danse, Exposé Noir est devenu un point de rencontre pour une communauté plus vaste d’artistes, d’activistes et de rêveurs. Comment voyez-vous votre rôle, non seulement en tant qu’organisateur, mais aussi en tant que travailleur culturel soutenant les écosystèmes et les voix locales ?

M : Il est très important de garder cela en tête. Un festival comme celui-ci compte au moins 50 ou 60 personnes sur la liste de paie et un bon noyau de 30 personnes qui travaillent pour nous chaque mois. Nous sommes devenus en quelque sorte un employeur, ce qui est assez fou, et je pense que cet aspect est souvent négligé. Il y a donc un phénomène économique très intéressant qui se produit lorsque des personnes ont des difficultés à obtenir un emploi de 9 à 5, mais ont des compétences extraordinaires à mettre à profit.

Pour ce qui est de la culture, honnêtement, je n’en ai aucune idée, car il y a une sorte d’approche délibérément distante. Il ne sʼagit pas dʼessayer de vous donner une certaine image ou de promouvoir un certain look. J’aime aller à mes soirées et voir des gens de tous les horizons. Je vois de jeunes artistes, des sexagénaires qui s’amusent, de jeunes professionnels qui se lâchent. Je pense que la culture générale est vraiment cool – et nous sommes honorés d’en faire partie – et sa partie nocturne fournit un espace vraiment incroyable pour que les gens soient davantage eux-mêmes, ou du moins explorent d’autres parties d’eux-mêmes. Si nous parvenons à offrir ce type d’espace, je dirais que j’en suis très reconnaissant.

PAN M 360 : Mener un projet indépendant et communautaire aussi longtemps n’est pas une mince affaire. Nous en sommes tous conscients. Quelles ont été les leçons les plus difficiles ou les moments de doute auxquels vous avez été confronté au fil des ans, et qu’est-ce qui vous permet de continuer à avancer ?

M : Il y a certainement beaucoup de défis à relever, et nous sommes constamment en train de plaisanter ou de parler sérieusement de lancer la serviette, ou quoi que ce soit d’autre. C’est toujours notre dernière année de fonctionnement à plein régime, et je ne sais pas ce que 2026 nous réserve. Nous ne fermons pas la porte, mais il est certain que les aspects sanitaires et financiers ont été difficiles à gérer. Cʼest difficile pour nos relations. Pour un événement comme celui-ci, non seulement je suis ici pendant quatre jours, mais je suis aussi ici des semaines avant, à travailler sans relâche, et toutes les relations amicales ou amoureuses ne sont pas compatibles avec cela. Nous avons la chance d’avoir des partenaires qui le sont, mais cela n’a pas toujours été le cas. Il y a donc un coût personnel, et même sur le plan financier, les gens voient un grand événement et supposent que nous roulons sur l’or, mais en réalité, nous nous en sortons à peine. Du côté positif, nous essayons de faire de nos événements des espaces plus sains pour nous-mêmes et pour notre personnel, où le bien-être est au centre. Nous planifions mieux les choses, proposons des expressos et des fruits de bonne qualité afin de prendre davantage soin de nous-mêmes et de notre équipe. Mais en fin de compte, on ne peut affirmer que ce soit viable pour toujours.

À un moment donné, cʼest comme si nous avions fait notre temps, que nous avons préparé la place à d’autres. On laisse un vide et on laisse d’autres personnes le combler. Je me souviens que vous avez également mentionné les fêtes de jour, qui sont une option, en particulier à mesure que nous vieillissons. Les fêtes de jour sont formidables et s’inscrivent dans une vision plus large de la culture nocturne que je soutiens pleinement. Je pense que nous devrions créer un mot différent pour désigner la vie nocturne, qui inclurait les fêtes de jour, car elles font partie de la même culture. J’adorerais que du vendredi au lundi matin, on puisse sortir à n’importe quelle heure et que les fêtes soient géniales. Vous pouvez y aller sobrement, vous pouvez dormir, vous pouvez rester debout toute la nuit. Cʼest ce que jʼaimerais voir.

PAN M 360 : Les éditions précédentes se sont également ouvertes aux installations artistiques. Comme lors de l’édition précédente au Belvédère. Quelles conversations espérez-vous susciter en réunissant musique, arts visuels et nouvelles technologies dans un même espace ?

M : Je ne sais pas dans quelle mesure nous nous intéressons aux nouvelles technologies. Je dirais que nous sommes presque un peu vieux jeu dans notre approche. Tout ce que nous faisons aurait pu être fait dans les années 90. Nousʼne sommes certainement pas si originaux ou peut-être même pas si innovants d’une certaine manière. Certaines choses sont tout simplement intemporelles. Par exemple, nous n’utilisons presque jamais de projections visuelles. Ce ne sont que nos goûts personnels. À moins quʼil y ait une installation vraiment spécifique – par exemple, lorsque nous avons organisé notre événement de trois jours l’année dernière, nous avions une exposition de photos de Sven Marquardt. Ensuite, il y a eu un live set de MMSI avec des visuels de Deograph sur des rideaux de boucherie, et c’était en quelque sorte innovant. Mais en général, nous travaillons avec un tas de machines à brouillard et un tas de lumières que nous construisons et concevons en interne. Ce sont juste des équipements qui fonctionnent, des choses que vous pouvez faire vous-même et créer cet effet élaboré et impressionnant avec des coûts minimes.

Ce genre d’aspect multidisciplinaire a toujours été important pour nous depuis le début. Comme je le disais, nous avons fait un défilé vraiment incroyable avec un jeune designer, Jesse Colucci, qui dirige Process Visual, avec le Festival international du film sur lʼart, et avec Cinema Erotica. C’était très amusant de créer quelque chose de vraiment inattendu pour les gens, qu’ils ne voient pas souvent dans les événements de musique électronique. Nous avons la chance de pouvoir organiser des événements auxquels les gens viendront de toute façon, parce que cʼest la fête, cʼest ce qui se passe. Les gens sortent. Ils nʼont pas nécessairement ce privilège dans le monde du cinéma et des arts visuels. Il est difficile de réunir plus de 100 personnes dans une galerie. Nous sommes donc en mesure de les exposer à des photographies vintage en noir et blanc ou à un film expérimental de mauvaise qualité. Bien sûr, lorsque nous faisons ce genre de choses, j’éprouve une certaine nervosité. Est-ce que cela va avoir du sens ? Est-ce que ça va marcher ? Vousʼfaites un acte de foi, mais si vous trouvez des gens vraiment talentueux, vous pouvez leur faire confiance – ilsʼauront la mission et ils feront bien les choses.

PAN M 360 : En regardant vers l’avenir, qu’il s’agisse ou non d’un tournant pour Exposé Noir, quels sont les questions, les rêves, les défis qui vous animent encore ? Y a-t-il de nouveaux territoires que vous avez envie d’explorer ?

M : Certainement, nousʼessayons toujours de changer les choses pour ne pas nous lasser du projet, et nous nous lançons toujours des défis. Il y a un certain côté sisyphéen à cela : notre équipe s’améliore et nous devenons plus expérimentés, mais l’événement lui-même devient plus complexe. Cʼest un tapis roulant qui accélère sans cesse. Nous ne voulons pas être des gens qui font toujours la même chose avec une fête. Nous voulons rendre notre dernière année aussi spéciale que possible, de sorte quʼà la fin, nous aurons créé des souvenirs et des sentiments forts qui se perpétueront à l’avenir.

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Le violoniste Sergey et la pianiste Lusine Khachatryan, frère et sœur, mènent chacun carrières de soliste à l’échelle internationale et se retrouvent sporadiquement en duo pour y interpréter des œuvres du grand répertoire et intégrer à leurs programmes des œuvres arméniennes modernes ou contemporaines. Issus d’une famille de musiciens d’Erevan où ils sont nés, Sergey et Lusine tiennent immanquablement à faire découvrir et savourer les œuvres des meilleurs compositeurs de leur nation, il sera question cette fois d’Arno Babajanian (1921-1983), qui fut aussi un pianiste de très haut niveau.

Rappelons au demeurant que Sergey Khachatryan a remporté le Premier Prix du VIIIe Concours international Jean Sibelius à Helsinki en 2000, et le Grand Prix du Concours Reine Elisabeth à Bruxelles en 2005.Quant à Lusine Khachatryan, elle est lauréate du Concours International de Piano à « Città di Ostra» (Italie 2023).Inutile de souligner que toustes deux se sont produit.e.s sur les plus grandes scènes d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Avant leur passage attendu du tandem à Montréal, soit ce dimanche à la Salle Pierre-Mercure dans un programme mis de l’avant par Pro Musica, Lusine Khachatryan répond aux questions d’Alain Brunet pour PAN M 360.

PAN M 360: Vous avez choisi d’interpréter une œuvre d’Arno Babadjanian. Vous avez également enregistré des œuvres de Komitas, d’Eduard Bagdasarian, d’Aram Khatchaturyan et d’autres encore, j’imagine. Pourquoi celle-ci, en ce dimanche à Montréal ?

Lusine Khachatryan: Nous avons décidé de créer un programme composé de deux sonates de Beethoven et deux sonates du 20ème siècle. La Sonate pour violon et piano d´Arno Babadjanian est une fantastique sonate, pour nous est une des meilleures sonates du 20ème siècle. Les compositions de ces trois génies sont influencées par leur origines, mais finalement toutes ces œuvres d´art deviennent universelles à travers le langage musical. Langage qui défie toute frontière.

PAN M 360 : Y a-t-il un danger pour vos carrières respectives si votre réputation est exclusivement liée à votre identité arménienne ? Cherchez-vous un équilibre entre l’Arménien qui est en vous et votre capacité à interpréter l’ensemble du répertoire ?

Lusine Khachatryan: En effet nous sommes arméniens, cela fait partie de notre identité. Mais en tant qu’artistes, le langage musical est notre façon de communiquer avec le monde et c’est un langage qui est universel.

PAN M 360: On peut aussi deviner qu’il existe une grande et solide tradition d’interprétation et de haute virtuosité du côté arménien, comme Sergei Babayan (classique) ou Tigran Hamasyan (jazz). Une source d’inspiration ?

Lusine Khachatryan: Oui, c’est vrai. Il a beaucoup de merveilleux musiciens et artistes arméniens. On pourrait en nommer indéfiniment. Personnellement, je m’inspire énormément des compositeurs et aussi d’autres formats comme le théâtre et la peinture par exemple. C’est ainsi que mon projet de piano – théâtre est né. En m’inspirant pour créer quelque chose de nouveau, pas seulement musicalement mais aussi visuellement. 

PAN M 360: Retournez-vous régulièrement à Erevan ? Quelle est, selon vous, l’ambiance après les récentes souffrances du peuple arménien dans le Haut-Karabagh (Artsakh) ?

Lusine Khachatryan: Nous voyageons en Arménie tous les ans, pour rendre visite à notre famille, à nos amis et pour jouer en concert. Cette année, nous aurons l’occasion de jouer, même deux fois, en tant que solistes. Après la perte d’Artsakh, l’ambiance en Arménie était profondément triste. Nous sommes toujours très inquiets des attaques constantes de la part de l’Azerbaïdjan à la République d’Arménie. Ce qui est également inquiétant, c’est la propagande qui continue à s’exercer contre les Arméniens : l’idée de l’Azerbaïdjan de l’ouest, le déni de l’identité arménienne, la propagande dans les écoles. Tout cela est extrêmement inquiétant. La relation entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, pays qui jusqu’à aujourd’hui continue de nier le génocide arménien. Il y a beaucoup de chemin à faire vers la paix, et pour l’instant, la situation n’est pas très prometteuse. 

PAN M 360 : Quelle importance accordez-vous à votre travail en duo par rapport à vos carrières en solo ?

Lusine Khachatryan: Travailler en duo avec mon frère a ouvert beaucoup d’horizons pour moi, musicalement et personnellement. C’est une collaboration d’une grande valeur pour moi. Un espace familier où je me sens en sécurité, libre et très appréciée. Il règne entre nous une ambiance non compétitive, nous évoluons dans une zone qui n’est pas minée par l’ambition individuelle. Nos personnalités sont très différentes mais nos valeurs musicales sont très similaires, d’où le rôle et l’influence musicale de nos parents.

Artistiquement parlant, la musique est toujours notre première priorité. Ni notre carrière, ni notre persona. C’est toujours la musique qui doit prendre la parole, qui doit être la protagoniste. Bien sûr, cette mentalité, cette manière d’aborder la musique et l’interprétation a un côté positif mais comporte aussi beaucoup d’inconvénients dans le monde actuel. Un monde tellement concentré sur l’individualisme.

M 360: Quels ont été vos professeurs les plus influents ? Les plus grands interprètes de piano et de violon ?

Lusine Khachatryan: Notre première et principale influence ont été nos parents. Tous les deux sont musiciens, pianistes formidables. Par après nous avons beaucoup appris de nos professeurs au conservatoire: professeur Sontraud Speidel et professeur Dr. Saule Tatubaeva dans mon cas. Sergey a étudié avec plusieurs professeurs mais le professeur qui a vraiment marqué son apprentissage en tant que violoniste est Josef Rissin. 

PAN M 360: Avez-vous des compositeurs ou des œuvres préférés dans le répertoire classique ou contemporain ?

Lusine Khachatryan: Je suis devenue pianiste grâce à Chopin. Je considérais mon âme sœur dans le monde musical. Maintenant mes préférences et mon goût musical ont un peu changé. Je m’intéresse beaucoup et je suis très inspirée par les impressionnistes et la musique du 20 et du 21e siècle. Les compositeurs contemporains sont aussi très intéressants. L’année dernière, par exemple, j’ai joué la première à Paris d’une œuvre composée par Sona Talian In A-Mur. Pouvoir travailler avec elle et participer à la naissance et à la création de cette pièce m’a beaucoup inspirée.

PAN M 360: Comment avez-vous mis en place le programme de Montréal ?

Lusine Khachatryan: Nous voulions présenter deux époques contrastantes, deux ambiances. La première sonate de Beethoven et la sonate de Debussy ont plus en commun que la Sonate n.4 de Beethoven par exemple. La quatrième sonate de Beethoven est pleine de désespoir, d’inquiétude et de turbulence. Elle peut être comparable à la sonate de Babadjanian qui transmet un certain esprit tragique et combattant. 

La première sonate de Beethoven et la sonate de Debussy par contre se caractérisent par une certaine légèreté et insouciance. Elles se caractérisent toutes les deux par cet élément flottant, presque céleste. Debussy a composé la sonate juste avant sa mort, et elle transmet loin du tragique un sentiment presque de joie. Peut-être l’anticipation de la séparation du monde physique et matériel. 

Si notre programme devait être un tableau, ce serait un tableau de Vermeer pour moi. Avec des motifs plus obscurs, les ombres et puis des couleurs pleines de lumière qui éblouit le regard.

PROGRAMME

LUDWIG VAN BEETHOVEN, Sonate pour violon et piano No. 1 en ré majeur, op.12

LUDWIG VAN BEETHOVEN, Sonate pour violon et piano No. 4 en la mineur, op.23

-ENTRACTE-

CLAUDE DEBUSSY, Sonate pour violon et piano en sol mineur

ARNO BABADJANIAN, Sonate pour violon et piano en si bémol mineur

Durée : 90 minutes avec entracte

Je ne sais pas si vous avez en tête une image préfabriquée lorsque l’on dit ‘’organiste’’, mais si c’est le cas, elle ne correspond probablement pas au gabarit physique de la Montréalaise Maria Gajraj. La jeune dame originaire d’Ottawa et de racines trinidadiennes, la vingtaine, menue et ultra souriante, détonne dans le corpus professionnel habituel des artistes qui maîtrisent le ‘’Roi des instruments’’. Maria se prépare à faire paraître un premier album, Exhale (titre pertinent dans le cas de l’orgue), sur lequel elle propose un voyage entre béatitude planante et minimalisme répétitif envoûtant, guidé par des compositions contemporaines issues de plumes féminines et non-binaires. Aussi bien dire un ovni musical qui vient gentiment (et utilement) bouleverser les a-prioris de la musique d’orgue. 

Un répertoire signé de jeunes pousses telles George Rahi, Hania Rani et Esther-Ruth Teel, ainsi qu’une valeur sûre, Ann Southam dont l’extrait des Glass Houses ici transposé aux tuyaux est très convaincant. 

LISEZ MA CRITIQUE DE L’ALBUM EXHALE

Dans l’entretien qu’elle m’a accordé, Maria Gajraj m’a révélé que cet album et son répertoire représentaient un moment charnière de sa vie musicale, une sorte de redécouverte du plaisir de l’instrument, après un passage à vide. 

C’est avec Exhale que je suis retombée en amour avec l’orgue

Ça ne faisait pourtant pas longtemps qu’elle s’y était mis! Depuis l’âge de 19 ans seulement. 19 ans? Un peu tard, non? Oui et non. Attendez, je récapitule son histoire.

Maria grandit dans un famille d’origine trinidadienne dans la région d’Ottawa. Elle apprend le piano, plusieurs années. Le côté ultra compétitif de la discipline ne l’attire guère, alors elle se destine à une carrière en ingénierie. Puis, une offre fortuite lui donne l’occasion de tâter de l’orgue dans une église d’Ottawa. Elle ne maîtrise pas tous les détails des pédales, des clapets et autres manivelles du grand Gargantua, mais elle sait jouer de la musique, et un clavier! Alors elle se lance et un jour où, dit-elle, le soleil perce à travers les magnifiques vitraux de l’endroit, elle se sent si bien qu’elle décide que c’est cela qu’elle veut faire dans la vie! Rien de surprenant là-dedans, c’est souvent comme ça que ça se passe avec des instruments de musique. 

Elle se retrouve à McGill, mais traverse un moment d’incertitude. J’aime la musique des grands compositeurs, mais il y a quelque chose qui manque, une connexion intime qui ne s’exerce pas. ‘’Je ne me retrouve pas dans l’histoire de vie de ces hommes blancs d’un autre temps’’. Encore une fois, pas une critique qualitative, mais bien une sentiment de proximité culturelle qui fait que l’expérience n’est pas 100% authentique pour la jeune femme. 

Arrive Chabe Castillo, de McGill, qui l’invite à enregistrer quelque chose sur l’orgue de facture Wolff de la salle Redpath, un très bel instrument de style classique français. Il lui demande ce qu’elle a envie de jouer. Et voilà que ça se place, les noms s’additionnent, partant de ses amours musicales personnelles et de ses valeurs qui l’amènent à privilégier les compositrices, les artistes non-binaires et les compositeurs non européens. Elle est d’ailleurs en pleine finale de Doctorat sur le répertoire d’orgue des Caraïbes, un pan entier qui demeure largement méconnu. 

Un compositeur qui la fascine particulièrement : Edward Margetson, de St Kitts, qui après avoir émigré aux États-Unis en 1919, fera partie du mouvement de la Renaissance de Harlem! Si ce répertoire est difficile à trouver et surtout à écouter, Maria aimerait bien en enregistrer quelques perles dans un avenir proche.

Je lui demande néanmoins quel compositeur ‘’traditionnel’’ (Blanc, Européen) la touche plus que d’autres.. Seulement un? Messiaen! Ces couleurs fantastiques, ces rythmes! D’ailleurs, Maria n’est certainement pas détachée du monde européen de la musique car elle a pris la co-direction en janvier dernier de l’ensemble de musique ancienne Comtessa, dans lequel elle manie l’organetto, une version portative médiévale du grand frère d’églises. Elle aime beaucoup, dit-elle, la musique du Moyen-Âge. 

Si vous cherchez son nom dans un moteur de recherche, vous risquez également de le voir associé à la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours dans le Vieux-Montréal, où elle est présentement attitrée comme organiste, et aussi peut-être à Sapphonix Collective, un projet qu’elle mène avec son amie Esther-Ruth Teel, et qui est une proposition inusitée d’événements présentant de la musique (deux orgues!) en combinaison avec d’autres arts (visuels, de performance, tatouage, etc.). 

Pour toutes ces raisons, pour la bouffée d’air frais que Maria Gajraj propose d’apporter dans l’ordinaire de la pratique et de l’écoute de l’orgue comme instrument musical et pour des valeurs inclusives qui ne limitent jamais la qualité fondamentale des expériences esthétiques proposées, Maria Gajraj est un nom que vous devriez retenir car il risque de résonner de plus en plus sur la scène montréalaise (éventuellement canadienne, nord-américaine et plus), et surtout d’enrichir substantiellement le mode musical déjà riche la métropole culturelle. 

Les répertoires des disparus la chanson québécoise d’expression française ne sont pas tous connus des générations qui leur succède. On connaît Félix Leclerc, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Sylvain Lelièvre, Gerry Boulet, Dédé Fortin ou Karl Tremblay, connaît-on vraiment leur répertoire ? C’est encore moins évident pour Lawrence Lepage ou Georges Dor. Voilà un programme qui mérite quelques explications de son concepteur, l’auteur, compositeur, interprète et circassien Louis-Dominique Lévesque, à la tête d’un groupe de musiciens en marche depuis 2009 et qui présente régulièrement un programme de chansons d’artistes disparus. Que je me souvienne se veut une transmission du legs chansonnier québécois, que l’on peut qualifier de spectacle mémoire. Alain Brunet l’a interviewé en amont de son concert prévu le samedi 31 mai à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts.

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Érick D’Orion est un artiste extrême qui prend son travail très au sérieux sans se prendre au sérieux. Humour absurde très contagieux ! Iconoclaste du noise, de l’électro, de l’improvisation libre et autres électrochocs, il est aussi commissaire d’œuvres sonores, un métier connexe qu’il exerce avec ouverture et enthousiasme depuis nombre d’années au FIMAV. Sa contribution est devenue essentielle, à tel point que même une version réduite du festival ne peut écarter ce dont il est responsable: le parcours d’installations sonores déployé à l’extérieur, soit la plus importante opération de médiation culturelle du FIMAV pour la population des Bois-Francs. Voilà pourquoi ce travail mérite d’être souligné et que PAN M 360 met en ligne cette interview d’Alain Brunet. 

PAN M 360 : De quels autres parcours d’installations sonores t’es-tu inspiré depuis les débuts de ta participation au FIMAV en tant que commissaire d’œuvres ?

Érick D’Orion: Bien que notre parcours soit assez unique dans le milieu des festivals de musique, je me suis inspiré de certains événements et festivals où j’ai eu l’occasion de présenter mon travail d’installation ainsi que des concerts, principalement dans des contextes spécialisés en art audio et en art électronique. Le festival City Sonic en Belgique, auquel j’ai participé à trois reprises, constitue probablement l’inspiration la plus significative. D’ailleurs, pour 2026 ou 2027, je suis en démarche pour accueillir le travail d’un artiste français dont je suis le parcours depuis ma première participation à ce festival.Il convient également de mentionner que nous avons présenté deux œuvres du duo Scenocosme en 2019, artistes eux aussi rencontrés lors d’un de mes passages à City Sonic. Plus près de nous, le Mois Multi a également été une belle influence, puisque j’ai découvert les installations sonores dès la première édition de ce festival à Québec.

PAN M 360 : En tant qu’artiste du son (tu joues d’ailleurs avec le FIRE! la semaine prochaine) , comment situes-tu ton travail?

Érick D’Orion: Mon travail tangue vers une approche radicale du son, de l’expérience d’écoute. Je tente d’exprimer une énergie dynamique et j’aimerais qu’on retrouve l’esprit du free jazz dans ce que je fais. Fondamentalement, c’est du free jazz : l’émotion, l’expression, la joie et une certaine forme de spiritualité hors de l’ésotérisme!

PAN M 360 : Comment ce concept a-t-il progressé au FIMAV au fil des ans? Combien d’années exactement? Le budget a-t-il augmenté au fil du temps?

Érick D’Orion: J’en suis à ma quinzième programmation sur 16 éditions. La première année, 3 œuvres étaient proposées, dont une de mes créations. Par la suite, on m’a invité à prendre le poste de commissaire et j’ai présenté 4 œuvres. Le projet s’est développé au fil des années et le volet médiation est devenu hyper important avec, depuis 6 ans, plus de 40 visites scolaires annuellement. Le budget a pris de l’ampleur ce qui fait que maintenant, je peux programmer une dizaine d’œuvres avec des moyens pertinents afin d’accueillir correctement les artistes.

PAN M 360 : Comment se déroule le processus de sélection?

Érick D’Orion: Je reçois spontanément une trentaine de dossiers chaque année. Je préfère éviter de lancer des appels de dossiers, car je n’aime pas l’idée de faire travailler inutilement des artistes sur des projets conçus expressément pour notre festival, qui risquent au final de ne pas être retenus, simplement parce que la concurrence est trop forte. En réalité, je cherche à éviter la logique de compétition à tout prix.

Je privilégie plutôt une approche de terrain : je me déplace, je visite des expositions, et lorsque je suis en déplacement professionnel dans d’autres villes, je prends le temps d’aller voir ce qui se passe dans les centres d’artistes. Je discute aussi avec mes ami·es dans la communauté artistique, car oui, j’aime collaborer avec des gens que je connais — pas exclusivement, mais cela arrive souvent. Après tout, c’est un rôle qui repose sur une confiance réciproque.

PAN M 360 : Peux-tu décrire sommairement les œuvres et leurs créateur.trice.s  sélectionné.e.s cette année? (la plus longue réponse à fournir!)

Érick D’Orion:  Ah ! Cette année, le hasard fait bien les choses : une grande place est accordée à des artistes en début de carrière, dont plusieurs sont encore dans leur parcours universitaire !

Par exemple, Léa Boudreau — artiste et compositrice, lauréate d’un prix Opus l’an dernier — et Simon Chioini, tous deux en fin de maîtrise à l’Université de Montréal, nous présentent une œuvre in situ sur l’espace acoustique d’un lieu.
Même chose pour le trio de Québec MMV2005, composé de finissants à la maîtrise en arts visuels à l’Université Laval, qui nous offriront une installation performative et évolutive, déployée toute la semaine — une œuvre vivante, en constante transformation.

Max Boutin, pour sa part, vient de terminer un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM. Il nous propose une installation qui explore l’univers du skateboard, entre culture urbaine et poésie du geste.
Et enfin, Giuseppe Masia, lui aussi en fin de maîtrise à l’UQAM (son jury viendra d’ailleurs visiter ses œuvres pendant la semaine !), travaille le son en fabriquant des tourne-disques maison et en trafiquant des disques vinyles — un travail artisanal, brut, inventif.

Voilà pour la « filière scolaire ».

À cela s’ajoute le retour de Pascale Leblanc Lavigne, qui avait marqué les esprits en 2022 avec deux œuvres mémorables. Cette fois, elle revient avec une installation d’envergure, évoquant la chute de neige dans un certain chaos poétique.
Le trio Théâtre Rude Ingénierie, de Québec, nous propose deux œuvres mécaniques à forte dimension théâtrale.
Et pour couronner le tout, nous avons la visite d’un artiste majeur dans le champ de l’art audio : le Français Félix Blume. Grâce à un partenariat avec le centre d’artistes Avatar à Québec, nous présenterons deux œuvres de l’artiste, dont une en première mondiale, développée en résidence au mois d’avril.

PAN M 360 : Y a-t-il un ratio local / international dans le choix des œuvres?

Érick D’Orion: Il n’y a pas de ratio imposé, juste un désir d’avoir le plus possible des œuvres inédites sur le territoire.

PAN M 360: Cherches-tu une cohérence entre les œuvres lorsque tu les sélectionnes? Comment construis-tu le parcours?

Érick D’Orion:  Je suis probablement un très mauvais commissaire — un imposteur parmi mes collègues ! La pratique curatoriale repose normalement sur une réflexion préalable : le ou la commissaire développe une pensée, puis sélectionne des œuvres en cohérence avec cette logique, tissant un fil conducteur qui va au-delà d’une simple thématique.

Moi, je fonctionne à l’instinct. Je me laisse guider par les rencontres, les élans, les intuitions. Le hasard s’impose, et, sans que ce soit volontaire, un sens émerge. Le sujet s’installe de lui-même, presque en douce. L’eau finit toujours par trouver son chemin, en quelque sorte.

Mais ça… ça reste entre nous !

PAN M 360 : Haha! du commissariat  free jazz en quelque sorte. Et quels sont les critères de production pour des œuvres qui devront affronter les intempéries?

Érick D’Orion: C’était une considération importante qui devenait de plus en plus contraignante avec le temps dans ma sélection. Depuis quelques années, nous optons pour des œuvres qui peuvent être présentées dans des conteneurs que nous aménageons. Outre la protection des intempéries, nous sommes assurés d’une sécurité accrue en dehors des heures de diffusion puisque ça se ferme à clé. 

PAN M 360 : Quelle a été la participation réelle de la population locale au fil du temps? Simple curiosité ou adhésion au concept?

Érick D’Orion: C’est un mélange de curiosité et de réelle adhésion au projet.
Je suis présent sur le terrain pendant la majeure partie du festival, et je reconnais des visages d’année en année — des gens qui viennent me parler, prendre des nouvelles, me dire que le retour du parcours est toujours un bon signe. (Et pourtant, je n’habite même pas à Victoriaville !) Les groupes scolaires sont aussi un bel exemple de cette adhésion : les enfants se souviennent des œuvres des années précédentes, ils en parlent, ils les attendent.
Certains bénévoles se sont même inscrits parce que le parcours leur a permis de découvrir le festival — c’est dire à quel point cette proposition rejoint les gens.

PAN M 360 : As-tu déjà songé à un musée permanent en plein air avec de telles installations  sonores comme on peut en voir ailleurs? 

Érick D’Orion: Musée, non. Mais quelques œuvres permanentes en partenariat avec la ville, ça serait franchement une réussite.

PAN M 360 : Comment peut-on envisager la pérennité de ces œuvres? Éphémères? Saisonnières? Permanentes? Ah! Je viens de répondre sans le vouloir à ta question!

PAN M 360 : Quel est l’avenir de ce parcours à Victo?  

Érick D’Orion: L’avenir me permet de penser que ça va encore grossir. Me rendre à 15 œuvres et que ça dure 2 semaines est une idée que j’ai et qui trouve écho auprès de l’équipe.

PAN M 360: As-tu d’autres projets similaires dans ta besace, à présenter ailleurs?

Érick D’Orion: Oui, je serai à la tête d’une délégation d’artistes du Québec pour un événement majeur début 2026 en France. J’y programmerai 6 solos de musique expérimentales et 5 installations durant une semaine. Je ne peux nommer l’événement mais je tiendrai les afficionados de PAN M 360 au courant. Et je prépare quelque chose de gros d’ici 3 ans pour une exposition d’installations sonores ambulantes. À suivre….!

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Nous revoilà à passer le printemps, l’été et l’automne au Piknic Electronik !  Vu l’immensité de la programmation qui dure 5 mois au parc Jean-Drapeau, Alain Brunet a suggéré à Mathieu Constance, responsable de la programmation au Piknic, de l’interviewer mensuellement. Il sera question d’identifier et commenter ses principaux choix de mai, juin, juillet, août, septembre et octobre. Commençons par le commencement, le mois de mai !

PAN M 360: Commençons par l’ouverture ce week-end. La combientième au juste? Et comment se prépare-t-on à une telle ouverture? Infrastructures, accueil etc.?

Mathieu Constance: 23e édition! C’est incroyable quand on y pense. On travaille là-dessus depuis un bout déjà pour la pré-prod et le montage, et on a hâte d’accueillir les festivaliers de nouveau au parc Jean-Drapeau

PAN M 360 : Es-tu le seul à programmer la saison entière, sinon comment ça fonctionne?

Mathieu Constance: Notre équipe de prog compte 3 membres maintenant – et c’est partagé entre prog locale et internationale surtout. Mais nous discutons de tous les artistes que nous voulons présenter ensemble.

PAN M 360 : Côté programmation, peut-on parler d’un angle d’attaque cette année? Un genre ou un sous-genre de prédilection? Une tendance lourde? Un thème récurrent? 

Mathieu Constance: On essaie de ne pas trop se donner de restrictions quand on commence. Bien sûr, on veut mettre de l’avant des sons émergents le plus possible et assurer une diversité sur tous nos lineups. Cette année, on retrouve beaucoup de premières performances à Montréal sur le lineup et on en est particulièrement fiers!

PAN M 360 : On y reviendra un peu plus en détail chaque mois, mais peux-tu  nommer et présenter très brièvement tes 5 meilleures prises cette année?

Mathieu Constance: Je ne dirais pas qu’il y a des meilleurs en soi, mais j’ai particulièrement hâte de voir le premier headline de Nico de Andrea, le retour de Sally C, Bambii, le closing de Notion et… notre artiste surprise du 7 septembre.

PAN M 360 : Pour le premier week-end, tu as programmé 8 artistes le 18 mai et 6 le 19, ce qui constitue un vrai coup d’envoi. Comment as-tu imaginé la progression des deux scènes?

Mathieu Constance: Pour moi. ce premier week-end est particulièrement réussi vu qu’on y retrouve beaucoup de styles, l’ouverture se fait avec la house / afro house mélodique de STRYV, Chloé et Tommy sur le mainstage. Sur la 2e scène, Collection Disques Durs présente un lineup fort en tempo et énergie, qui en laisse pour tous les goûts. 

Le lundi, on présente une légende du techno, Enrico Sangiuliano, avec une artiste locale qui ne nécéssite plus d’intro à ce stade, BitterCaress. Et la 2e scène, présentée par Club Sagacité, accueille Arthi, résidente de Rinse FM.

PAN M 360 : Quels sont les artistes clés ce week-end?  Description et commentaire sur ton choix!

Mathieu Constance:

STRYV – compositeur de Move avec Adam Port qui a récolté plus de 500 millions de streams, oui 500 MILLIONS. C’est une track qui dicte  l’été 2025, et une première performance à Montréal!

Lobsta B – ceux qui était là en 2023 savent que ce sera ludique, high energy et tout un party sur notre nouvelle 2e scène.

BitterCaress – Toujours un highlight, elle mettra l’ambiance parfaite pour la venue d’un des grands de la techno.

Arthi – Une saveur de UKG, dancehall et autres sera une autre belle première pour une artiste du UK qui commence a faire parler!

PAN M 360 : Le 25 mai, Fred Everything se livre à un marathon sur la scène Banque National! Mais encore? D’où vient cette idée? 

Mathieu Constance: Fred est un incontournable de la scène montréalaise et célèbre son 30ème anniversaire de DJ, et le 20e de son label, Lazy Days Recordings. On voulait souligner le moment avec quelque chose de différent et spécial! Un marathon set de 5h sera, sans doutes, plein de surprises.

PAN M 360 : Autre must le 25?

Mathieu Constance: Boys Noize livra une performance inoubliable, c’est sûr. C’est son 2e passage chez nous et un artiste qu’on essaie de ravoir depuis la seconde qu’il est descendu de scène en 2022.

PAN M 360  : On se reparle dans la semaine du 26 pour le mois de juin! Le questionnaire sera plus court alors. :))

BILLETS ET INFOS

Pour son dernier concert de sa saison 2024-2025, l’Orchestre symphonique de Laval invite le public a une soirée de découvertes avec, dans ce programme essentiellement composé de musique romantique allemande la première symphonie de Johannes Brahms et deux œuvres qui sont peut interprétés: l’Ouverture Genoveva de Robert Schumann et le Concerto pour violoncelle de la compositrice française Marie Jaëll. Dirigé par le jeune chef Andrei Feher, l’OSL accueillera pour interpréter cette page de musique par Bryan Cheng, violoncelliste canadien qui s’est imposé comme l’un des jeunes artistes les plus captivants de la scène musicale classique. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a pu s’entretenir avec lui avant le concert pour parler répertoire, interprétation et projets futurs.

PAN M 360 : Vous allez interpréter dans ce concert avec l’Orchestre symphonique de Laval, le Concerto pour violoncelle en fa majeur de Marie Jaëll, une compositrice française de la fin du XIXe siècle dont l’œuvre est peu connue ou jouée. Est-ce que cette œuvre a été une découverte pour vous et pourquoi?

Bryan Cheng : Oui, cela a été une véritable découverte. Je ne connaissais pas le concerto pour violoncelle de Marie Jaëll, ni même sa musique en général, avant ce projet, et j’ai été frappé par la grande qualité lyrique de sa voix. C’est aussi rafraîchissant de jouer un concerto historique pour violoncelle composé par une compositrice, car elles ont été largement sous-représentées au fil des siècles. C’est un véritable joyau caché du répertoire, avec quelque chose de profondément captivant à offrir.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de ce concerto. Comment est-il construit et quelles en sont les particularités au niveau de l’interprétation?

Bryan Cheng : Le concerto est en trois mouvements et suit une structure assez classique, mais il se distingue par une grande personnalité. Le premier mouvement a une intensité dramatique, avec des élans amples et des surprises harmoniques. Le deuxième est très lyrique, profondément introspectif – il évoque presque une scène d’opéra. Le dernier mouvement est à la fois exubérant et virtuose. L’interprétation du concerto demande de la finesse technique et aussi une réelle sensibilité émotionnelle. Ce n’est pas un concerto de démonstration : on a besoin d’une honnêteté et une richesse de couleurs.

PAN M 360 : Le programme du concert fait une belle part à  la musique allemande avec, en plus du Concerto, l’Ouverture Genoveva de Schumann et la Symphonie no 1 de Brahms. De quelle manière le langage musical de Jaëll s’insère-t-il en complémentarité avec les deux autres œuvres du programme?

Bryan Cheng : Jaëll partage avec Schumann et Brahms une profondeur d’expression et une architecture solide. On sent dans son langage une affinité avec l’école germanique, mais enrichie d’une finesse harmonique qui évoque le raffinement français. Elle établit en quelque sorte un pont entre ces deux traditions. Son concerto, placé entre Schumann et Brahms, permet de percevoir à la fois les résonances communes et la singularité de sa voix.

PAN M 360 : Vous jouez sur un violoncelle Stradivarius « Bonjour » de 1696, prêté généreusement par la Banque d’instruments de musique du Conseil des Arts du Canada. Quelle relation entretenez-vous avec cet instrument?

Bryan Cheng : C’est un immense privilège de jouer sur ce violoncelle. Le « Bonjour » possède une voix puissante et d’une subtilité remarquable. Il a un caractère bien affirmé, mais il est aussi très réactif — on a vraiment l’impression de dialoguer avec un partenaire musical à part entière. Après sept années passées à jouer avec lui, une véritable complicité s’est installée. Cet instrument a façonné non seulement mon son, mais aussi ma manière de penser la musique.

PAN M 360 : La nature de l’instrument influence-t-elle votre manière d’interpréter les œuvres ou la façon dont vous les aborder?

Bryan Cheng : Oui, absolument. Chaque instrument vous pousse à repenser certains passages, à explorer de nouvelles couleurs, de nouvelles articulations. Avec le « Bonjour », je me surprends à écouter plus attentivement les voix intérieures, à rechercher des phrasés plus souples, une résonance plus profonde. Ce n’est pas un instrument qui se contente de reproduire ce qu’on lui demande : il nous pousse à aller plus loin.

PAN M 360 : Vous jouissez d’une carrière prolifique qui a commencé très jeune. Carnegie Hall à 14 ans, débuts à l’Elbphilharmonie à 20 ans avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, en plus de plusieurs distinctions et nominations, dont le Prix Yves Paternot, et deux nominations aux JUNOS. Quels sont les défis de démarrer une carrière quand on est encore adolescent ou jeune adulte et qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui dans la poursuite de votre carrière et de ce que vous voulez partager avec le public?

Bryan Cheng : Commencer jeune peut être à la fois exaltant et exigeant. On grandit en tant que personne en même temps qu’on évolue comme musicien, et trouver un équilibre n’est pas toujours simple. Je suis reconnaissant envers les mentors et les expériences qui m’ont permis de rester ancré. Aujourd’hui, ce qui me motive, c’est la connexion : à travers la musique, avec le public, avec les compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Je veux que chaque concert soit une rencontre vivante, un moment partagé de découverte.

PAN M 360 : Quels sont les prochains projets qui vous attendent?

Bryan Cheng : Cette année et la saison à venir s’annoncent riches en moments forts, avec plusieurs débuts très attendus aux côtés d’orchestres et de musiciens exceptionnels, dans des salles parmi les plus prestigieuses du monde. Je ferai notamment mes débuts avec le Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Sir András Schiff, au Carnegie Hall avec le pianiste Kirill Gerstein, au Concertgebouw d’Amsterdam avec l’Orchestre Philharmonique Janaček d’Ostrava, ainsi qu’avec la NDR Radiophilharmonie de Hanovre et le Musikkollegium Winterthur.

Au Canada, je me réjouis de jouer pour la première fois avec l’Orchestre symphonique de Québec et de retrouver l’Orchestre du Centre national des Arts à Ottawa pour la création mondiale d’une œuvre pour violoncelle et orchestre du compositeur canadien Samy Moussa.

Par ailleurs, je serai le musicien en résidence de Cecilia Concerts à Halifax pour la saison 2025-2026, où je proposerai trois programmes très variés en compagnie de certains de mes collaborateurs internationaux les plus proches.

Je poursuis toujours le développement de nouveaux projets et nouvelles collaborations, par exemple des enregistrements mettant en lumière des œuvres peu jouées — comme le concerto de Jaëll. Ce qui me passionne, c’est de continuer à bâtir des passerelles entre le répertoire familier et celui qui reste encore à découvrir.

crédit photo : Andrej Grilc

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