Je ne sais pas si vous avez en tête une image préfabriquée lorsque l’on dit ‘’organiste’’, mais si c’est le cas, elle ne correspond probablement pas au gabarit physique de la Montréalaise Maria Gajraj. La jeune dame originaire d’Ottawa et de racines trinidadiennes, la vingtaine, menue et ultra souriante, détonne dans le corpus professionnel habituel des artistes qui maîtrisent le ‘’Roi des instruments’’. Maria se prépare à faire paraître un premier album, Exhale (titre pertinent dans le cas de l’orgue), sur lequel elle propose un voyage entre béatitude planante et minimalisme répétitif envoûtant, guidé par des compositions contemporaines issues de plumes féminines et non-binaires. Aussi bien dire un ovni musical qui vient gentiment (et utilement) bouleverser les a-prioris de la musique d’orgue.
Un répertoire signé de jeunes pousses telles George Rahi, Hania Rani et Esther-Ruth Teel, ainsi qu’une valeur sûre, Ann Southam dont l’extrait des Glass Houses ici transposé aux tuyaux est très convaincant.
Dans l’entretien qu’elle m’a accordé, Maria Gajraj m’a révélé que cet album et son répertoire représentaient un moment charnière de sa vie musicale, une sorte de redécouverte du plaisir de l’instrument, après un passage à vide.
C’est avec Exhale que je suis retombée en amour avec l’orgue
Ça ne faisait pourtant pas longtemps qu’elle s’y était mis! Depuis l’âge de 19 ans seulement. 19 ans? Un peu tard, non? Oui et non. Attendez, je récapitule son histoire.
Maria grandit dans un famille d’origine trinidadienne dans la région d’Ottawa. Elle apprend le piano, plusieurs années. Le côté ultra compétitif de la discipline ne l’attire guère, alors elle se destine à une carrière en ingénierie. Puis, une offre fortuite lui donne l’occasion de tâter de l’orgue dans une église d’Ottawa. Elle ne maîtrise pas tous les détails des pédales, des clapets et autres manivelles du grand Gargantua, mais elle sait jouer de la musique, et un clavier! Alors elle se lance et un jour où, dit-elle, le soleil perce à travers les magnifiques vitraux de l’endroit, elle se sent si bien qu’elle décide que c’est cela qu’elle veut faire dans la vie! Rien de surprenant là-dedans, c’est souvent comme ça que ça se passe avec des instruments de musique.
Elle se retrouve à McGill, mais traverse un moment d’incertitude. J’aime la musique des grands compositeurs, mais il y a quelque chose qui manque, une connexion intime qui ne s’exerce pas. ‘’Je ne me retrouve pas dans l’histoire de vie de ces hommes blancs d’un autre temps’’. Encore une fois, pas une critique qualitative, mais bien une sentiment de proximité culturelle qui fait que l’expérience n’est pas 100% authentique pour la jeune femme.
Arrive Chabe Castillo, de McGill, qui l’invite à enregistrer quelque chose sur l’orgue de facture Wolff de la salle Redpath, un très bel instrument de style classique français. Il lui demande ce qu’elle a envie de jouer. Et voilà que ça se place, les noms s’additionnent, partant de ses amours musicales personnelles et de ses valeurs qui l’amènent à privilégier les compositrices, les artistes non-binaires et les compositeurs non européens. Elle est d’ailleurs en pleine finale de Doctorat sur le répertoire d’orgue des Caraïbes, un pan entier qui demeure largement méconnu.
Un compositeur qui la fascine particulièrement : Edward Margetson, de St Kitts, qui après avoir émigré aux États-Unis en 1919, fera partie du mouvement de la Renaissance de Harlem! Si ce répertoire est difficile à trouver et surtout à écouter, Maria aimerait bien en enregistrer quelques perles dans un avenir proche.
Je lui demande néanmoins quel compositeur ‘’traditionnel’’ (Blanc, Européen) la touche plus que d’autres.. Seulement un? Messiaen! Ces couleurs fantastiques, ces rythmes! D’ailleurs, Maria n’est certainement pas détachée du monde européen de la musique car elle a pris la co-direction en janvier dernier de l’ensemble de musique ancienne Comtessa, dans lequel elle manie l’organetto, une version portative médiévale du grand frère d’églises. Elle aime beaucoup, dit-elle, la musique du Moyen-Âge.
Si vous cherchez son nom dans un moteur de recherche, vous risquez également de le voir associé à la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours dans le Vieux-Montréal, où elle est présentement attitrée comme organiste, et aussi peut-être à Sapphonix Collective, un projet qu’elle mène avec son amie Esther-Ruth Teel, et qui est une proposition inusitée d’événements présentant de la musique (deux orgues!) en combinaison avec d’autres arts (visuels, de performance, tatouage, etc.).
Pour toutes ces raisons, pour la bouffée d’air frais que Maria Gajraj propose d’apporter dans l’ordinaire de la pratique et de l’écoute de l’orgue comme instrument musical et pour des valeurs inclusives qui ne limitent jamais la qualité fondamentale des expériences esthétiques proposées, Maria Gajraj est un nom que vous devriez retenir car il risque de résonner de plus en plus sur la scène montréalaise (éventuellement canadienne, nord-américaine et plus), et surtout d’enrichir substantiellement le mode musical déjà riche la métropole culturelle.
Les répertoires des disparus la chanson québécoise d’expression française ne sont pas tous connus des générations qui leur succède. On connaît Félix Leclerc, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Sylvain Lelièvre, Gerry Boulet, Dédé Fortin ou Karl Tremblay, connaît-on vraiment leur répertoire ? C’est encore moins évident pour Lawrence Lepage ou Georges Dor. Voilà un programme qui mérite quelques explications de son concepteur, l’auteur, compositeur, interprète et circassien Louis-Dominique Lévesque, à la tête d’un groupe de musiciens en marche depuis 2009 et qui présente régulièrement un programme de chansons d’artistes disparus. Que je me souvienne se veut une transmission du legs chansonnier québécois, que l’on peut qualifier de spectacle mémoire. Alain Brunet l’a interviewé en amont de son concert prévu le samedi 31 mai à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts.
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Érick D’Orion est un artiste extrême qui prend son travail très au sérieux sans se prendre au sérieux. Humour absurde très contagieux ! Iconoclaste du noise, de l’électro, de l’improvisation libre et autres électrochocs, il est aussi commissaire d’œuvres sonores, un métier connexe qu’il exerce avec ouverture et enthousiasme depuis nombre d’années au FIMAV. Sa contribution est devenue essentielle, à tel point que même une version réduite du festival ne peut écarter ce dont il est responsable: le parcours d’installations sonores déployé à l’extérieur, soit la plus importante opération de médiation culturelle du FIMAV pour la population des Bois-Francs. Voilà pourquoi ce travail mérite d’être souligné et que PAN M 360 met en ligne cette interview d’Alain Brunet.
PAN M 360 : De quels autres parcours d’installations sonores t’es-tu inspiré depuis les débuts de ta participation au FIMAV en tant que commissaire d’œuvres ?
Érick D’Orion: Bien que notre parcours soit assez unique dans le milieu des festivals de musique, je me suis inspiré de certains événements et festivals où j’ai eu l’occasion de présenter mon travail d’installation ainsi que des concerts, principalement dans des contextes spécialisés en art audio et en art électronique. Le festival City Sonic en Belgique, auquel j’ai participé à trois reprises, constitue probablement l’inspiration la plus significative. D’ailleurs, pour 2026 ou 2027, je suis en démarche pour accueillir le travail d’un artiste français dont je suis le parcours depuis ma première participation à ce festival.Il convient également de mentionner que nous avons présenté deux œuvres du duo Scenocosme en 2019, artistes eux aussi rencontrés lors d’un de mes passages à City Sonic. Plus près de nous, le Mois Multi a également été une belle influence, puisque j’ai découvert les installations sonores dès la première édition de ce festival à Québec.
PAN M 360 : En tant qu’artiste du son (tu joues d’ailleurs avec le FIRE! la semaine prochaine) , comment situes-tu ton travail?
Érick D’Orion: Mon travail tangue vers une approche radicale du son, de l’expérience d’écoute. Je tente d’exprimer une énergie dynamique et j’aimerais qu’on retrouve l’esprit du free jazz dans ce que je fais. Fondamentalement, c’est du free jazz : l’émotion, l’expression, la joie et une certaine forme de spiritualité hors de l’ésotérisme!
PAN M 360 : Comment ce concept a-t-il progressé au FIMAV au fil des ans? Combien d’années exactement? Le budget a-t-il augmenté au fil du temps?
Érick D’Orion: J’en suis à ma quinzième programmation sur 16 éditions. La première année, 3 œuvres étaient proposées, dont une de mes créations. Par la suite, on m’a invité à prendre le poste de commissaire et j’ai présenté 4 œuvres. Le projet s’est développé au fil des années et le volet médiation est devenu hyper important avec, depuis 6 ans, plus de 40 visites scolaires annuellement. Le budget a pris de l’ampleur ce qui fait que maintenant, je peux programmer une dizaine d’œuvres avec des moyens pertinents afin d’accueillir correctement les artistes.
PAN M 360 : Comment se déroule le processus de sélection?
Érick D’Orion: Je reçois spontanément une trentaine de dossiers chaque année. Je préfère éviter de lancer des appels de dossiers, car je n’aime pas l’idée de faire travailler inutilement des artistes sur des projets conçus expressément pour notre festival, qui risquent au final de ne pas être retenus, simplement parce que la concurrence est trop forte. En réalité, je cherche à éviter la logique de compétition à tout prix.
Je privilégie plutôt une approche de terrain : je me déplace, je visite des expositions, et lorsque je suis en déplacement professionnel dans d’autres villes, je prends le temps d’aller voir ce qui se passe dans les centres d’artistes. Je discute aussi avec mes ami·es dans la communauté artistique, car oui, j’aime collaborer avec des gens que je connais — pas exclusivement, mais cela arrive souvent. Après tout, c’est un rôle qui repose sur une confiance réciproque.
PAN M 360 : Peux-tu décrire sommairement les œuvres et leurs créateur.trice.s sélectionné.e.s cette année? (la plus longue réponse à fournir!)
Érick D’Orion: Ah ! Cette année, le hasard fait bien les choses : une grande place est accordée à des artistes en début de carrière, dont plusieurs sont encore dans leur parcours universitaire !
Par exemple, Léa Boudreau — artiste et compositrice, lauréate d’un prix Opus l’an dernier — et Simon Chioini, tous deux en fin de maîtrise à l’Université de Montréal, nous présentent une œuvre in situ sur l’espace acoustique d’un lieu. Même chose pour le trio de Québec MMV2005, composé de finissants à la maîtrise en arts visuels à l’Université Laval, qui nous offriront une installation performative et évolutive, déployée toute la semaine — une œuvre vivante, en constante transformation.
Max Boutin, pour sa part, vient de terminer un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM. Il nous propose une installation qui explore l’univers du skateboard, entre culture urbaine et poésie du geste. Et enfin, Giuseppe Masia, lui aussi en fin de maîtrise à l’UQAM (son jury viendra d’ailleurs visiter ses œuvres pendant la semaine !), travaille le son en fabriquant des tourne-disques maison et en trafiquant des disques vinyles — un travail artisanal, brut, inventif.
Voilà pour la « filière scolaire ».
À cela s’ajoute le retour de Pascale Leblanc Lavigne, qui avait marqué les esprits en 2022 avec deux œuvres mémorables. Cette fois, elle revient avec une installation d’envergure, évoquant la chute de neige dans un certain chaos poétique. Le trio Théâtre Rude Ingénierie, de Québec, nous propose deux œuvres mécaniques à forte dimension théâtrale. Et pour couronner le tout, nous avons la visite d’un artiste majeur dans le champ de l’art audio : le Français Félix Blume. Grâce à un partenariat avec le centre d’artistes Avatar à Québec, nous présenterons deux œuvres de l’artiste, dont une en première mondiale, développée en résidence au mois d’avril.
PAN M 360 : Y a-t-il un ratio local / international dans le choix des œuvres?
Érick D’Orion: Il n’y a pas de ratio imposé, juste un désir d’avoir le plus possible des œuvres inédites sur le territoire.
PAN M 360: Cherches-tu une cohérence entre les œuvres lorsque tu les sélectionnes? Comment construis-tu le parcours?
Érick D’Orion: Je suis probablement un très mauvais commissaire — un imposteur parmi mes collègues ! La pratique curatoriale repose normalement sur une réflexion préalable : le ou la commissaire développe une pensée, puis sélectionne des œuvres en cohérence avec cette logique, tissant un fil conducteur qui va au-delà d’une simple thématique.
Moi, je fonctionne à l’instinct. Je me laisse guider par les rencontres, les élans, les intuitions. Le hasard s’impose, et, sans que ce soit volontaire, un sens émerge. Le sujet s’installe de lui-même, presque en douce. L’eau finit toujours par trouver son chemin, en quelque sorte.
Mais ça… ça reste entre nous !
PAN M 360 : Haha! du commissariat free jazz en quelque sorte. Et quels sont les critères de production pour des œuvres qui devront affronter les intempéries?
Érick D’Orion: C’était une considération importante qui devenait de plus en plus contraignante avec le temps dans ma sélection. Depuis quelques années, nous optons pour des œuvres qui peuvent être présentées dans des conteneurs que nous aménageons. Outre la protection des intempéries, nous sommes assurés d’une sécurité accrue en dehors des heures de diffusion puisque ça se ferme à clé.
PAN M 360 : Quelle a été la participation réelle de la population locale au fil du temps? Simple curiosité ou adhésion au concept?
Érick D’Orion: C’est un mélange de curiosité et de réelle adhésion au projet. Je suis présent sur le terrain pendant la majeure partie du festival, et je reconnais des visages d’année en année — des gens qui viennent me parler, prendre des nouvelles, me dire que le retour du parcours est toujours un bon signe. (Et pourtant, je n’habite même pas à Victoriaville !) Les groupes scolaires sont aussi un bel exemple de cette adhésion : les enfants se souviennent des œuvres des années précédentes, ils en parlent, ils les attendent. Certains bénévoles se sont même inscrits parce que le parcours leur a permis de découvrir le festival — c’est dire à quel point cette proposition rejoint les gens.
PAN M 360 : As-tu déjà songé à un musée permanent en plein air avec de telles installations sonores comme on peut en voir ailleurs?
Érick D’Orion: Musée, non. Mais quelques œuvres permanentes en partenariat avec la ville, ça serait franchement une réussite.
PAN M 360 : Comment peut-on envisager la pérennité de ces œuvres? Éphémères? Saisonnières? Permanentes? Ah! Je viens de répondre sans le vouloir à ta question!
PAN M 360 : Quel est l’avenir de ce parcours à Victo?
Érick D’Orion: L’avenir me permet de penser que ça va encore grossir. Me rendre à 15 œuvres et que ça dure 2 semaines est une idée que j’ai et qui trouve écho auprès de l’équipe.
PAN M 360: As-tu d’autres projets similaires dans ta besace, à présenter ailleurs?
Érick D’Orion: Oui, je serai à la tête d’une délégation d’artistes du Québec pour un événement majeur début 2026 en France. J’y programmerai 6 solos de musique expérimentales et 5 installations durant une semaine. Je ne peux nommer l’événement mais je tiendrai les afficionados de PAN M 360 au courant. Et je prépare quelque chose de gros d’ici 3 ans pour une exposition d’installations sonores ambulantes. À suivre….!
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Nous revoilà à passer le printemps, l’été et l’automne au Piknic Electronik ! Vu l’immensité de la programmation qui dure 5 mois au parc Jean-Drapeau, Alain Brunet a suggéré à Mathieu Constance, responsable de la programmation au Piknic, de l’interviewer mensuellement. Il sera question d’identifier et commenter ses principaux choix de mai, juin, juillet, août, septembre et octobre. Commençons par le commencement, le mois de mai !
PAN M 360: Commençons par l’ouverture ce week-end. La combientième au juste? Et comment se prépare-t-on à une telle ouverture? Infrastructures, accueil etc.?
Mathieu Constance: 23e édition! C’est incroyable quand on y pense. On travaille là-dessus depuis un bout déjà pour la pré-prod et le montage, et on a hâte d’accueillir les festivaliers de nouveau au parc Jean-Drapeau
PAN M 360 : Es-tu le seul à programmer la saison entière, sinon comment ça fonctionne?
Mathieu Constance: Notre équipe de prog compte 3 membres maintenant – et c’est partagé entre prog locale et internationale surtout. Mais nous discutons de tous les artistes que nous voulons présenter ensemble.
PAN M 360 : Côté programmation, peut-on parler d’un angle d’attaque cette année? Un genre ou un sous-genre de prédilection? Une tendance lourde? Un thème récurrent?
Mathieu Constance: On essaie de ne pas trop se donner de restrictions quand on commence. Bien sûr, on veut mettre de l’avant des sons émergents le plus possible et assurer une diversité sur tous nos lineups. Cette année, on retrouve beaucoup de premières performances à Montréal sur le lineup et on en est particulièrement fiers!
PAN M 360 : On y reviendra un peu plus en détail chaque mois, mais peux-tu nommer et présenter très brièvement tes 5 meilleures prises cette année?
Mathieu Constance: Je ne dirais pas qu’il y a des meilleurs en soi, mais j’ai particulièrement hâte de voir le premier headline de Nico de Andrea, le retour de Sally C, Bambii, le closing de Notion et… notre artiste surprise du 7 septembre.
PAN M 360 : Pour le premier week-end, tu as programmé 8 artistes le 18 mai et 6 le 19, ce qui constitue un vrai coup d’envoi. Comment as-tu imaginé la progression des deux scènes?
Mathieu Constance: Pour moi. ce premier week-end est particulièrement réussi vu qu’on y retrouve beaucoup de styles, l’ouverture se fait avec la house / afro house mélodique de STRYV, Chloé et Tommy sur le mainstage. Sur la 2e scène, Collection Disques Durs présente un lineup fort en tempo et énergie, qui en laisse pour tous les goûts.
Le lundi, on présente une légende du techno, Enrico Sangiuliano, avec une artiste locale qui ne nécéssite plus d’intro à ce stade, BitterCaress. Et la 2e scène, présentée par Club Sagacité, accueille Arthi, résidente de Rinse FM.
PAN M 360 : Quels sont les artistes clés ce week-end? Description et commentaire sur ton choix!
Mathieu Constance:
STRYV – compositeur de Move avec Adam Port qui a récolté plus de 500 millions de streams, oui 500 MILLIONS. C’est une track qui dicte l’été 2025, et une première performance à Montréal!
Lobsta B – ceux qui était là en 2023 savent que ce sera ludique, high energy et tout un party sur notre nouvelle 2e scène.
BitterCaress – Toujours un highlight, elle mettra l’ambiance parfaite pour la venue d’un des grands de la techno.
Arthi – Une saveur de UKG, dancehall et autres sera une autre belle première pour une artiste du UK qui commence a faire parler!
PAN M 360 : Le 25 mai, Fred Everything se livre à un marathon sur la scène Banque National! Mais encore? D’où vient cette idée?
Mathieu Constance: Fred est un incontournable de la scène montréalaise et célèbre son 30ème anniversaire de DJ, et le 20e de son label, Lazy Days Recordings. On voulait souligner le moment avec quelque chose de différent et spécial! Un marathon set de 5h sera, sans doutes, plein de surprises.
PAN M 360 : Autre must le 25?
Mathieu Constance: Boys Noize livra une performance inoubliable, c’est sûr. C’est son 2e passage chez nous et un artiste qu’on essaie de ravoir depuis la seconde qu’il est descendu de scène en 2022.
PAN M 360 : On se reparle dans la semaine du 26 pour le mois de juin! Le questionnaire sera plus court alors. :))
Pour son dernier concert de sa saison 2024-2025, l’Orchestre symphonique de Laval invite le public a une soirée de découvertes avec, dans ce programme essentiellement composé de musique romantique allemande la première symphonie de Johannes Brahms et deux œuvres qui sont peut interprétés: l’Ouverture Genoveva de Robert Schumann et le Concerto pour violoncelle de la compositrice française Marie Jaëll. Dirigé par le jeune chef Andrei Feher, l’OSL accueillera pour interpréter cette page de musique par Bryan Cheng, violoncelliste canadien qui s’est imposé comme l’un des jeunes artistes les plus captivants de la scène musicale classique. Alexandre Villemaire de PAN M 360 a pu s’entretenir avec lui avant le concert pour parler répertoire, interprétation et projets futurs.
PAN M 360 : Vous allez interpréter dans ce concert avec l’Orchestre symphonique de Laval, le Concerto pour violoncelle en fa majeur de Marie Jaëll, une compositrice française de la fin du XIXe siècle dont l’œuvre est peu connue ou jouée. Est-ce que cette œuvre a été une découverte pour vous et pourquoi?
Bryan Cheng : Oui, cela a été une véritable découverte. Je ne connaissais pas le concerto pour violoncelle de Marie Jaëll, ni même sa musique en général, avant ce projet, et j’ai été frappé par la grande qualité lyrique de sa voix. C’est aussi rafraîchissant de jouer un concerto historique pour violoncelle composé par une compositrice, car elles ont été largement sous-représentées au fil des siècles. C’est un véritable joyau caché du répertoire, avec quelque chose de profondément captivant à offrir.
PAN M 360 : Parlez-nous un peu de ce concerto. Comment est-il construit et quelles en sont les particularités au niveau de l’interprétation?
Bryan Cheng : Le concerto est en trois mouvements et suit une structure assez classique, mais il se distingue par une grande personnalité. Le premier mouvement a une intensité dramatique, avec des élans amples et des surprises harmoniques. Le deuxième est très lyrique, profondément introspectif – il évoque presque une scène d’opéra. Le dernier mouvement est à la fois exubérant et virtuose. L’interprétation du concerto demande de la finesse technique et aussi une réelle sensibilité émotionnelle. Ce n’est pas un concerto de démonstration : on a besoin d’une honnêteté et une richesse de couleurs.
PAN M 360 : Le programme du concert fait une belle part à la musique allemande avec, en plus du Concerto, l’Ouverture Genoveva de Schumann et la Symphonie no 1 de Brahms. De quelle manière le langage musical de Jaëll s’insère-t-il en complémentarité avec les deux autres œuvres du programme?
Bryan Cheng : Jaëll partage avec Schumann et Brahms une profondeur d’expression et une architecture solide. On sent dans son langage une affinité avec l’école germanique, mais enrichie d’une finesse harmonique qui évoque le raffinement français. Elle établit en quelque sorte un pont entre ces deux traditions. Son concerto, placé entre Schumann et Brahms, permet de percevoir à la fois les résonances communes et la singularité de sa voix.
PAN M 360 : Vous jouez sur un violoncelle Stradivarius « Bonjour » de 1696, prêté généreusement par la Banque d’instruments de musique du Conseil des Arts du Canada. Quelle relation entretenez-vous avec cet instrument?
Bryan Cheng : C’est un immense privilège de jouer sur ce violoncelle. Le « Bonjour » possède une voix puissante et d’une subtilité remarquable. Il a un caractère bien affirmé, mais il est aussi très réactif — on a vraiment l’impression de dialoguer avec un partenaire musical à part entière. Après sept années passées à jouer avec lui, une véritable complicité s’est installée. Cet instrument a façonné non seulement mon son, mais aussi ma manière de penser la musique.
PAN M 360 : La nature de l’instrument influence-t-elle votre manière d’interpréter les œuvres ou la façon dont vous les aborder?
Bryan Cheng : Oui, absolument. Chaque instrument vous pousse à repenser certains passages, à explorer de nouvelles couleurs, de nouvelles articulations. Avec le « Bonjour », je me surprends à écouter plus attentivement les voix intérieures, à rechercher des phrasés plus souples, une résonance plus profonde. Ce n’est pas un instrument qui se contente de reproduire ce qu’on lui demande : il nous pousse à aller plus loin.
PAN M 360 : Vous jouissez d’une carrière prolifique qui a commencé très jeune. Carnegie Hall à 14 ans, débuts à l’Elbphilharmonie à 20 ans avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, en plus de plusieurs distinctions et nominations, dont le Prix Yves Paternot, et deux nominations aux JUNOS. Quels sont les défis de démarrer une carrière quand on est encore adolescent ou jeune adulte et qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui dans la poursuite de votre carrière et de ce que vous voulez partager avec le public?
Bryan Cheng : Commencer jeune peut être à la fois exaltant et exigeant. On grandit en tant que personne en même temps qu’on évolue comme musicien, et trouver un équilibre n’est pas toujours simple. Je suis reconnaissant envers les mentors et les expériences qui m’ont permis de rester ancré. Aujourd’hui, ce qui me motive, c’est la connexion : à travers la musique, avec le public, avec les compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Je veux que chaque concert soit une rencontre vivante, un moment partagé de découverte.
PAN M 360 : Quels sont les prochains projets qui vous attendent?
Bryan Cheng : Cette année et la saison à venir s’annoncent riches en moments forts, avec plusieurs débuts très attendus aux côtés d’orchestres et de musiciens exceptionnels, dans des salles parmi les plus prestigieuses du monde. Je ferai notamment mes débuts avec le Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Sir András Schiff, au Carnegie Hall avec le pianiste Kirill Gerstein, au Concertgebouw d’Amsterdam avec l’Orchestre Philharmonique Janaček d’Ostrava, ainsi qu’avec la NDR Radiophilharmonie de Hanovre et le Musikkollegium Winterthur.
Au Canada, je me réjouis de jouer pour la première fois avec l’Orchestre symphonique de Québec et de retrouver l’Orchestre du Centre national des Arts à Ottawa pour la création mondiale d’une œuvre pour violoncelle et orchestre du compositeur canadien Samy Moussa.
Par ailleurs, je serai le musicien en résidence de Cecilia Concerts à Halifax pour la saison 2025-2026, où je proposerai trois programmes très variés en compagnie de certains de mes collaborateurs internationaux les plus proches.
Je poursuis toujours le développement de nouveaux projets et nouvelles collaborations, par exemple des enregistrements mettant en lumière des œuvres peu jouées — comme le concerto de Jaëll. Ce qui me passionne, c’est de continuer à bâtir des passerelles entre le répertoire familier et celui qui reste encore à découvrir.
crédit photo : Andrej Grilc
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Première participation au Stéréo Africa Festival, il est l’une des têtes d’affiche cette année et est connu pour ses concerts endiablés. Impossible de rester assis lorsque cet artiste pluridisciplinaire monte sur scène. Issu d’une famille d’artistes, la musique entre tôt dans sa vie et n’en sortira plus. Guitariste et chanteur, il manie les deux parfaitement. Il sera accompagné d’un full band composé de musiciens tout aussi talentueux que lui, dont certains ont participé aux soirées Jazz Up du festival quelques jours plus tôt. Notre journaliste Sandra Gasana l’a rencontré à quelques heures de son spectacle tant attendu à la Maison de la Culture Douta Seck.
Crédit photo et vidéographie: Cheikh Oumar Diallo
En 2017, Blair Thomson avait arrangé un premier programme symphonique avec le groupe montréalais Half Moon Run et l’OSM. Blair Thomson avait déjà arrangé pour (notamment) Michel Rivard et La Symphonie rapaillée, l’expérience avec HMR avait plus que concluante, le public et la critique s’étaient régalés. Printemps 2025, un second chapitre symphonique s’écrit peu après la sortie de l’EP Another Woman. Blair Thomson a raffiné le discours orchestral, encore plus en phase avec le célèbre band pop. Il y aura des tubes, il y aura des voix harmonisées, il y aura Devon Portielje, Conner Molander et Dylan Phillips, et il y aura l’OSM sous la direction d’Adam Johnson! L’architecte de tout ça nous en explique la construction avec PAN M 360. Alain Brunet a interviewé Blair Thomson avant qu’il se rende à la répétition générale, précédant le cycle Half Moon Run de 3 jours à la Maison symhonique.
Voilà un band californien jouissant d’un culte juste assez gros pour réjouir les mélomanes qui convergeront ce week-end au Festival international de musique actuelle de Victoriaville.
Sleepytime Gorilla Museum a suscité de l’intérêt auprès des fans de musique actuelle, après quoi une dizaine d’années de silence avant cette reconstitution.
Le groupe a réémergé avec Of the Last Human Being , un album hybride chaudement accueilli par sa base. L’expérience SGM implique une furieuse exécution en temps réel, offerte par artistes débridés qui chantent et jouent aussi de multiples instruments, qu’ils soient consacrés ou inventés.
On dit de SGM qu’il malaxe dans son bol le métal, le rock progressif, la musique classique/moderne/contemporaine et plus encore, le tout décliné dans une théâtralité contagieuse!
Alors parlons au guitariste, flûtiste et chanteur Nils Frykdahl, question de nous préparer au concert du samedi 17 mai à Victoriaville.
PAN M 360: Récemment, Sleepytime Gorilla Museum a repris du service après un long hiatus. Un album l’année dernière, de nouveaux concerts, de nouveaux projets… Pourquoi avez-vous reformé le collectif ?
Nils Frykdahl : Le long hiatus était un accident. Nous étions toujours sur le point de nous occuper de nos affaires inachevées, mais les diverses exigences de la vie… familles, aînés, enfants… nous ont conduits sur des côtes opposées et dans trois régions différentes de la Californie du Nord. La finalisation de l’album et du film nous a naturellement amenés à notre support préféré : la scène.
PAN M 360 : Prog, metal, grindcore, funk, jazz, musique classique contemporaine, art rock… Comment les genres et sous-genres musicaux ont-ils évolué au sein de ce grand groupe ?
Nils Frykdahl : Nous écoutons et apprécions toutes sortes de musique et tout cela nous traverse et émerge différemment d’une chanson à l’autre, chacun d’entre nous écrivant et aucun d’entre nous ne filtrant par genre.
PAN M 360 : Soyons plus précis : avant de les intégrer dans votre langage, quelles formes prenez-vous au métal ? Du prog ? Du funk ? Du jazz ? D’autres influences ?
Nils Frykdahl : L’application des principes de la polyrythmie africaine à la musique heavy a certainement été l’un des gestes fondateurs du groupe.Après avoir été initié à la polyrythmie par CK Ladzepko, pour qui elle doit être ressentie dans le corps, « elle doit sortir en dansant », et après avoir ressenti la coexistence de 2, 3 et 4, il était tout à fait naturel d’essayer d’étendre les nombres… 5 et 3 cohabitant si joyeusement dans Sleep is Wrong. Un geste sonore contrastant, que l’on retrouve dans certains classiques modernes, le free jazz et le métal extrême, est l’écrasement du rythme : trop rapide ou chaotique pour être vraiment ressenti comme une pulsation ou un motif. Il ne s’agit donc pas de rock&roll, mais de musique de médiation, principalement à des fins religieuses.
PAN M 360 : Comment êtes-vous perçus par les fans de chacun de ces genres ?
Nils Frykdahl : Il est certain que certains nous considèrent comme des monstres ou des travestis, mais il y a des gens ouverts d’esprit dans tous ces genres qui sont prêts à célébrer ce monde incroyable avec nous.
PAN M 360 : Vous adressez-vous principalement à un public intéressé par les formes de musique d’avant-garde ?
Nils Frykdahl : Non. Nous attirons des amateurs de sensations fortes de tous âges, dont certains n’écoutent pas, de leur propre aveu, de musique lourde ou d’avant-garde en général.Nous sommes toujours ravis d’amener des auditeurs improbables à la beauté de ces formes.
PAN M 360 : Comment attirez-vous les autres, le cas échéant ?
Nils Frykdahl : Il semble que les frontières entre les genres soient moins restrictives que jamais, les artistes et le public se déplaçant librement à travers le monde et les siècles.Le festival Big Ears de Knoxville (Tennessee), qui nous a accueillis l’année dernière, en est un excellent exemple.
PAN M 360 : L’écriture de vos œuvres est précise et rigoureuse, tout comme l’exécution.Pouvez-vous décrire la chaîne créative, de la composition à l’enregistrement et à la représentation publique ?
Nils Frykdahl : Les chansons commencent d’abord avec l’un d’entre nous, mais elles sont ensuite soumises à un processus intensif de répétitions, chaque musicien façonnant sa partie. Ce remaniement n’est jamais entièrement terminé, même après l’enregistrement, car l’affinage se poursuit pendant chaque répétition, que nous venons de terminer pendant quatre jours ici, dans le vieux Community Hall en bois de Woods Hole MA. Tout sera légèrement nouveau.
PAN M 360 : Êtes-vous adepte du collage hyperactif, comme l’était Zappa tout au long de sa carrière, ou Zorn à certains moments ?
Nils Frykdahl: Non. Nos chansons restent jalousement distinctes les unes des autres, parlant souvent de choses totalement disparates ou évoquant des émotions très spécifiques.
PAN M 360 : Votre intérêt pour le texte est important. Vous ne prévoyez pas de formes de chansons « normales » ; le texte et le chant (ou le growl) sont des matériaux parmi d’autres. Pourquoi intégrer le texte et les voix dans cette musique ? Quels sont les thèmes ou les approches littéraires qui les motivent ? Nous savons que vous vous êtes intéressé au dadaïsme.
Nils Frykdahl : Notre intérêt pour Dada réside dans son catalyseur en tant que défi positif à la police de la rectitude artistique, la séparation entre l’artifice et la sincérité, le sens et le non-sens, le théâtre et l’authenticité.L’interprétation de Dada comme nihilisme ne m’intéresse pas, c’est trop facile. Bien sûr, la vie peut être interprétée comme dépourvue de sens.Ouvre les yeux, salamandre.
La plupart des chansons commencent par des impulsions verbales qui façonnent le flux de la musique, mais parfois c’est l’inverse.
PAN M 360 : On vous a décrit comme un collectif.Comment maintenez-vous la cohésion et la motivation d’un tel collectif ?
Nils Frykdahl : Le plaisir que nous éprouvons à écouter les contributions souvent surprenantes des uns et des autres fait partie de ce qui nous a attirés les uns vers les autres, il y a tant d’années, car nous voulions travailler avec des gens que nous ne pouvions pas deviner. La cohésion est aujourd’hui maintenue par l’effort de nombreux voyages, mais c’est en soi quelque chose que beaucoup d’entre nous aiment.
PAN M 360 : Comment décririez-vous le processus de création des œuvres, les compositions, l’espace réservé à l’improvisation, l’appropriation du matériel par les interprètes et l’exécution ?
Nils Frykdahl : L’improvisation n’est généralement inscrite dans la musique que de manière assez limitée, mais le chaos inévitable du spectacle vivant permet de voir ce qui se passe lorsque nous sommes pris par surprise.
PAN M 360 : Quelle est la dynamique du leadership et de l’investissement personnel au sein du collectif ?
Nils Frykdahl : Nous contribuons tous selon nos inclinations. Certains sont plus enclins à préparer le petit-déjeuner, d’autres le dîner, d’autres encore les sauces…Cela inclut notre équipe :John Karr au son, Wind Beaver au merch, à la conduite et à la connaissance de la plupart des choses, et, nouveauté pour cette édition, Lyndsey aux lumières (bien qu’un passeport tardif puisse l’empêcher d’aller au Canada, hélas).
PAN M 360 : Comment maintenir une telle compagnie en 2025 ? Au quotidien, à moyen ou long terme ?
Nils Frykdahl : Par à-coups, et à l’aide de nouvelles machines de communication à longue distance.
PAN M 360 : Est-ce votre premier concert au Québec ?
Nils Frykdahl : Non. Nous avons déjà joué à Montréal au moins une ou deux fois, et beaucoup d’entre nous y étaient aussi dans le cadre d’autres projets.En fait, la chanson Greenless Wreath sur « In Glorious Times » a été commencée et en grande partie écrite sur le Mont Royal lors d’une promenade dans le vent changeant d’une superbe journée d’automne-hiver.
PAN M 360 : Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Nils Frykdahl : Élever nos voix dans des chants de louange ! Chez vous !
Dans la brume phosphorescente d’un rêve qui s’effrite, A Place to Bury Strangers revient à Montréal cette semaine – non pas en tant que groupe, mais comme une transmission d’une fréquence erronée où le shoegaze bruyant se dissout dans l’électricité pure. Leur nouvel album, Synthesizer, est une séance éclairée au néon où les fantômes analogiques luttent avec les démons numériques dans une cathédrale d’amplificateurs explosés. Chaque morceau est une synapse qui s’allume à l’envers, une faille dans le tissu sonore qui recâble votre système nerveux pour en faire un conduit pour leurs berceuses apocalyptiques. La guitare du fondateur du groupe, Oliver Ackermann, hurle comme un satellite mourant et son chant chantonne comme un fantôme pétrifié, mais maintenant, les synthétiseurs s’élèvent, serpents cybernétiques chuchotant et hurlant en code binaire.
La pochette de l’album Synthesizer de A Place to Bury Strangers n’est pas seulement une image, c’est un portail, un circuit imprimé déguisé en tache de Rorschach, vibrant de bruits latents. L’emballage de l’album peut être transformé en un instrument branché directement sur le système nerveux de l’album, une hallucination tactile où l’art se joue de vous. Il ne s’agit pas d’une hyperbole pour l’effet dramatique. Avec son entreprise de pédales, Death By Audio, Ackermann a en effet dessiné le schéma du synthétiseur utilisé sur l’album, au recto et au verso du gatefold de l’album, et avec de bonnes connaissances en soudure, vous pouvez vous aussi créer cette machine à bruit.
Avant leur passage à Montréal cette semaine, nous avons parlé avec Oliver du nouvel album, de la destruction et du fait de jouer chaque concert comme si c’était le dernier au monde, et de son amour pour les nouveaux sons, parfois impossibles à utiliser.
PAN M 360 : Vous avez votre société de pédales, Death By Audio, depuis presque aussi longtemps que vous faites de la musique avec A Place To Bury Strangers. Vous utilisez certaines de ces pédales et de ces équipements en tournée, alors est-ce que la société a toujours été en phase avec le groupe pour vous ?
Oliver Ackermann: Tout à fait. L’un des aspects les plus intéressants de cette société de pédales et du groupe, c’est qu’elle se concentre sur la recherche de ces sons et de ces bruits en permanence. Et c’est ce qui est si excitant, c’est de chercher ces choses pour découvrir « Oh, comment pouvons-nous les créer ? » et « Comment pouvons-nous en repousser les limites et créer cela d’un point de vue scientifique ? ». Et puis, du point de vue musical, on veut créer ces choses pour créer plus de musique. C’est ainsi que tout reste excitant. Ils se nourrissent l’un l’autre. Même les nouvelles technologies qui sortent constamment, on peut toujours s’enthousiasmer pour ces choses et essayer d’expérimenter. Le rythme de la technologie rend les choses si folles. Si vous vous lassez des circuits analogiques, ou même de la programmation numérique, c’est un tout autre monde qui s’ouvre à vous. J’adore ça.
PAN M 360 : Oui, et votre groupe est connu pour être le plus bruyant de New York et pour avoir ces murs intenses de bruit et de son, mais avez-vous déjà créé quelque chose et êtes-vous arrivé à un point où vous vous êtes dit : » Peut-être que c’est trop de bruit ou que c’est trop fou ?
Oliver Ackermann : Ça arrive tout le temps ! Il y a des pédales que je n’utiliserai pas, que nous avons créées et que nous vendons chez Death By Audio parce que je me dis que c’est trop fou pour cette partie. Mais c’est aussi basé sur vos préférences personnelles. Je peux toujours voir la valeur de ces choses pour quelqu’un d’autre et ce qu’est leur musique, tu vois ? C’est pour ça qu’on a créé ça, parce qu’on se dit : « Oh, c’est vraiment génial et je pense que le monde devrait avoir ça », mais ça va aussi dans l’autre sens. Je peux créer des choses qui sont peut-être même dangereuses ou qui ne semblent pas très bonnes pour les autres, mais que j’aime et que je peux utiliser.
PAN M 360 : En partant de cela, ce nouvel album, Synthesizer, l’album physique peut être transformé en synthétiseur. Pouvez-vous me dire comment vous avez eu cette idée et comment vous l’avez mise en œuvre ?
Oliver Ackermann : Je crois que c’était il y a une dizaine d’années. Je regardais des circuits imprimés et je me disais que c’était magnifique, comme de l’art. Je me suis alors dit qu’il fallait que ça devienne une pochette d’album un jour. Je n’avais même pas l’idée d’en faire quelque chose de constructible à l’époque. Et puis, nous avons construit tous ces synthétiseurs pour nous-mêmes afin de partir en tournée dans des étuis de guitare ou quelque chose comme ça, pour économiser le poids du coût des vols aériens. Nous avions donc un tas de synthétiseurs bizarres dans des étuis, et c’est alors que le déclic s’est produit : « Et si on pouvait construire un synthé à partir d’un circuit imprimé sur la pochette d’un album ? Et puis j’ai eu l’idée de faire jouer le synthé sur toutes les pistes de l’album. Il est donc possible de construire ce synthé bruyant et fou, et peu de gens ont un projet comme celui-ci qui sonne aussi mal (rires). Je pense que je voulais dépasser les limites de ce genre de choses.
PAN M 360 : Et n’importe qui peut le construire ? Est-ce qu’il faut savoir comment construire des synthétiseurs ?
Oliver Ackermann : C’est vraiment un projet avancé (rires), pour les gens qui aiment faire des soudures méticuleuses, et vous pouvez facilement souder ensemble tellement de choses qui ne devraient pas être connectées. Mais même si vous vous trompez, vous obtenez un synthétiseur personnalisé qui fonctionne un peu ! Je pense que j’ai même converti quelques personnes qui sont venues à Death By Audio de temps en temps et qui ont vu à quel point ce projet était excitant. C’est comme si vous traîniez avec vos amis, vous soudez un tas de choses ensemble pour faire du son et du bruit. Que voulez-vous faire de plus ?
PAN M 360 : Êtes-vous déjà en quelque sorte sur la prochaine chose aussi ? Je veux dire, depuis que l’album est sorti en octobre, êtes-vous déjà sur la trajectoire d’un autre album ou d’un EP ou quelque chose comme ça ?
Oliver Ackermann : Oui, tout à fait. J’ai une feuille de calcul où j’ai écrit ce que je pensais être 45 bonnes chansons ou quelque chose comme ça. Et puis nous avons commencé à réserver des concerts en avion, et nous avons commencé à réserver du temps de studio avec des amis qui sont ingénieurs dans différents endroits. Je pense que nous allons probablement écrire des chansons dans ces différents studios et capturer ces moments.
PAN M 360 : C’est une approche intéressante. Pensez-vous que l’espace ou l’essence de l’espace dans lequel vous décidez d’enregistrer se retrouve dans la chanson ou le disque ?
Oliver Ackermann : Je veux dire que toutes ces choses doivent l’influencer. Les microphones sonnent différemment et ces espaces, c’est ton corps dans ce moment bizarre qui essaie d’improviser et de ne pas se planter, mais peut-être qu’une erreur devient l’élément principal. L’espace dans lequel vous vous trouvez fait partie de cette expérience. Je veux dire, pensez aux samples dans les chansons et au fait qu’ils vous transportent dans un endroit. C’est une signature sonore. C’est comme si vous sentiez l’odeur de la salle de bain de votre grand-mère ou quelque chose du genre, et que vous y retourniez à coup sûr. Je pense que ce genre de choses doit se produire dans ces espaces. Un espace particulier va même créer une certaine magie. C’est ce qui fait l’intérêt de la musique : l’erreur humaine, le type d’espace, la bizarrerie et ces petites subtilités.
PAN M 360 : Que pensez-vous de l’IA dans la musique ? Nous sommes dans une période étrange où des groupes utilisant l’IA composent des chansons complètes.
Oliver Ackermann : Oui, je veux dire que la musique peut être aussi parfaite que l’IA le souhaite ou imparfaite. Je pense que je préfère faire le choix conscient de voir ou d’entendre de vraies personnes faire de la musique. J’ai toujours dit en plaisantant que nous (APTBS) n’avions pas à nous soucier de l’IA parce que notre musique est si terrible. C’est tout simplement ce que nous faisons.
PAN M 360 : Voir l’IA essayer de faire la musique de A Place To Bury Strangers serait assez hilarant.
Oliver Ackermann : Oui, j’ai l’impression qu’elle s’effondrerait et dirait : « Je ne sais pas pourquoi on fait ça maintenant ».
PAN M 360 : Est-ce que tu as toujours une guitare Frankenstein où il y a différentes pièces que tu as recollées après l’avoir cassée en concert ?
Oliver Ackermann : Toutes mes guitares sont comme ça (rires). J’en ai plusieurs, et en tournée, je voyage généralement avec cinq guitares et peut-être trois manches de guitare supplémentaires, et une boîte contenant toutes sortes de pièces détachées. Toutes ces choses sont lentement assemblées et tournent les unes autour des autres. Parfois, c’est un morceau de l’un à l’autre. En gros, il faut fabriquer autant de guitares fonctionnelles que possible chaque soir. Donc, vous savez, ces choses sont recollées.
Et avant que je ne commence à apporter toutes ces choses, je me souviens avoir cassé certaines de mes premières guitares lors de ces tournées. Alors on se démène. Comment puis-je réparer ça ? Certaines de ces guitares ont des morceaux de bois provenant de la forêt près de la salle de concert. Des choses comme ça, collées dedans et d’autres choses. Je pense que le fait de savoir que quand on casse quelque chose, on peut toujours le réparer est une sorte de sentiment cool et libérateur. Parce que je connais la peur d’avoir une guitare et de casser la tête et d’être totalement dévasté et écrasé. Alors ne pas avoir à s’inquiéter de ça, c’est un bon sentiment.
PAN M 360 : Vos concerts sont légendaires pour leur intensité et leurs moments de destruction. La dernière fois que vous êtes venus à Montréal, vous avez en quelque sorte poussé l’ampli dans la foule, et Sandra et John ont pris la batterie au milieu du plancher, et les gens ont jeté des morceaux de batterie… Êtes-vous toujours prêts à affronter ce chaos insensé et incontrôlé ?
Oliver Ackermann : Je veux dire que c’est le but pour moi, si possible. C’est dans ces moments-là que l’on s’amuse le plus en tant qu’interprète, quand les choses dérapent et deviennent un peu incontrôlables. Et c’est vraiment amusant. Je ressens exactement la même chose en tant que spectateur. Ce sont ces spectacles-là. C’est comme voir Monotonics en concert, où le batteur essaie de jouer de la batterie alors que des gens le soutiennent en l’air, etc. Dans tous ces cas, on se dit : « Wow, c’est un moment de folie ».
La musique ne me fait pas seulement sortir de ma zone de confort et tout ça, mais tu te fais aussi bousculer, tu cries et personne ne t’entend ou ils t’entendent, peu importe. Pour moi, ça me sort de la tête et c’est un peu comme si ce que tu voulais vraiment d’une expérience live, c’était de ne pas penser à tes pensées quotidiennes normales, tu sais ; les choses que tu as prévues, si tes vêtements sont propres ou quoi que ce soit qui te passe par la tête. Je suis sûr que c’est la même raison pour laquelle les gens aiment les sports extrêmes et toutes ces choses. C’est comme si, vous savez, vous êtes à ce genre de moment où ça passe ou ça casse.
PAN M 360 : Mais vous devez aussi être conscient, au milieu du chaos et parfois de la destruction, que vous, en tant qu’artiste, êtes en sécurité et qu’il en va de même pour le public ?
Oliver Ackermann: Nous ne cassons que les objets que nous apportons. Nous en sommes au moins conscients. Tu sais, j’ai vu d’autres personnes jeter des guitares dans la foule avec une sorte de colère bizarre et vicieuse ou quelque chose comme ça. Et je ne veux pas que quelqu’un soit blessé. Pour moi, l’un des concerts les plus géniaux auquel j’ai assisté était celui des Ramones. C’était une foule de tous âges. Tout le monde dansait le slam avec un grand sourire. Il y avait aussi des enfants et des gens qui se faisaient jeter en l’air partout. Et tu sais, c’est peut-être un souvenir gris dans ma tête, mais pour moi, c’était un moment de joie et d’excitation.
Avec nos spectacles, je n’essaie pas de blesser qui que ce soit ou de créer quelque chose comme ça, mais je pense qu’il y a des moments magnifiques qui peuvent être créés avec des lumières qui changent, qui se déplacent et qui font ces choses, et qui changent les perspectives sur la scène. Je pense que si vous pouvez attraper la guitare de la personne qui joue de la guitare, c’est comme briser la barrière de cet espace sacré de la musique et des choses, ou vous avez la chance de jouer de la batterie avec Sandra ou quelque chose comme ça. Ce genre de moments ou, tu sais, sortir un ampli et tu peux entendre cet ampli au-dessus de ta tête et il bouge et tu le passes à ton pote derrière toi ou quelque chose comme ça, c’est un genre de moment fou qui pourrait se produire.
Cela ne veut pas dire que nous ne nous jetons pas dans ce genre de situations potentiellement foireuses. Je saute tout le temps dans des mosh pits, je me fais pousser, je me fais taper sur la tête, etc. Et d’autres personnes ont une idée différente de ce qu’est le plaisir… ou quelqu’un me saute sur le dos ou, tu sais, essaie de t’arracher quelque chose des mains ou autre. Il faut juste, vous savez, suivre le courant dans ces situations. C’est pour cela que je le fais.
Réplique russe de l’avion supersonique français Concorde, le Tupolev Tu 144 fut surnommé Concordski à l’époque. Une artiste de France en a repris le sobriquet qui donne tout de suite le ton d’une atmosphère rétro-futuriste et légèrement décalée.
Un premier EP homonyme parut en 2023, Concordski revient cette année avec un deuxième EP électro-inquiétant, intitulé Salon des arts ménagers, qui traduit bien son amour des synthés analogiques et des séquences rythmiques.Six chansons où la voix de la chanteuse, rappelant parfois Catherine Ringer, se mêle à l’orgue, aux trompettes spatiales et à des synthés un peu glauques sur des trames légèrement dissonantes et toujours bien rythmées.
Avec sa poésie tissant des récits qu’elle veut plausibles, récits au cœur desquels les conflits sont souvent hors de portée, son univers a des relents d’une tragédie grecque modernisée, avec des personnages enchaînés à leurs destins.
Un tout bien atmosphérique, une plume parfois ironique qui nous emmène dans un hangar où on danse au rythme d’une fin du monde vintage, où l’angoisse chauffe comme les turbines. On a eu la chance de s’entretenir avec l’artiste et de lui poser quelques questions. Plongeon dans son univers bien à elle.
PAN M 360 : Tout d’abord je dois te demander d’où vient le titre Salon des arts ménagers? Est-ce une ironie de l’événement ayant existé?
Concordski: Franchement oui : il y a de l’ironie là-dedans c’est clair! C’est hyper désuet…et ce qui est désuet est charmant je trouve. Oui c’est en lien avec une espèce de foire de Paris du début du siècle qui présentait des tas d’améliorations pour le quotidien des ménages, pour lesquelles la cible était surtout les femmes. Le derrière de la pochette du disque est une photo que mon père a trouvé de son père à lui à ce salon…et je trouvais la photo trop belle, en plus de correspondre à mon univers un peu vieillot!
PAN M 360 : On entend parfois, notamment dans Azimuth, la pièce instrumentale qui ouvre le EP, des moments de dissonance. Avais-tu le souci d’une recherche atonale?
Concordski: Ah oui complètement! Alors j’adore ça quand c’est dissonant et ça me fait plaisir quand les gens le remarquent. En plus, il y a aussi des petits glitchs ici et là qui, je trouve, ajoutent à l’aspect inquiétant.
PAN M 360 : Quelles étaient tes inspirations au moment de la création de l’album?
Concordski: L’influence principale ça a été vraiment les sons de l’instrument que j’ai utilisé, le synthétiseur Prophet 5, à partir duquel tous les sons de l’album sont faits. Après, pour les paroles, c’est souvent inspiré de films que j’ai vus ou de personnes qui ont vraiment existées à qui j’ai voulu rendre hommage, souvent des êtres humains dépassés par leurs destins.
PAN M 360 : Tu abordes les thèmes de l’omniscience désabusée, d’un personnage masculin stylisé et accidenté, du sourire forcé de Nadia, du rêve américain effiloché : on ressent une certaine désillusion en parcourant l’œuvre. Dirais-tu que celle-ci a été un moteur de création?
Concordski: Ce sont des thèmes qui m’intéressent beaucoup. Le fait que les êtres humains sont tellement imparfaits et remplis de paradoxe…je trouve que les destins intéressants des gens qui ont eu un impact sur les autres par leurs choix…leur histoire…ont souvent fait face à de grandes désillusions et ça m’intéresse beaucoup. Ça m’attire beaucoup dans le cinéma aussi. Comme je suis une personne assez joyeuse dans la vie, c’est mon côté plus dark hihi!
PAN M 360 : Ton écriture a des teintes un peu morbides, notamment dans la description enfumée de L’incendie et dans le scénario mortel de Crime parfait; aimes-tu créer des ambiances un peu effrayantes?
Concordski: J’en crée..involontairement. J’en reviens à ce qui moi me fait vibrer : j’adore les films d’horreur. Je pense que c’est vraiment lié au paradoxe qu’on porte tous en nous…le fait d’être une personne plutôt joyeuse mais d’avoir quand même envie de mettre le feu parfois – ça ne veut pas dire qu’on le fait haha! Je n’ai pas envie de raconter des trucs fantastiques. Les films que j’aime c’est des trucs angoissants, qui font bouger des trucs en-dedans. C’est vraiment un intérêt pour le réel. PAN M 360 : Est-ce que toute la production synth est faite à partir de ton synthétiseur ou bien vous en avez rajouté en studio?
Concordski: J’ai tout enregistré chez moi avec le Prophet 5 et une boîte à rythmes qui s’appelle la TR707, notamment utilisée beaucoup par Madonna. On a ensuite fait un mix assez ciselé, surtout en appliquant un effet sur les sons pour les refroidir, mais les sons des synthés sont restés très proches de leurs sons originaux. PAN M 360 : Tu as travaillé avec Cyril Maudelonde à la production et au mix, était-ce quelqu’un avec qui tu étais déjà familière?
Concordski: On avait déjà passé un après-midi ensemble dans le cadre d’une résidence de co-création à Caen dans un studio qui s’appelle Télémac. Et à cette occasion, on s‘était trouvés ensemble pendant 1h à jammer dans le studio et je m’étais rendue compte que c’était quelqu’un de très compétent, premièrement, mais aussi un excellent musicien. J’ai vachement aimé notre contact et, comme je savais qu’il avait déjà fait de l’excellent travail avec d’autres artistes, je lui ai proposé spontanément de collaborer sur mon premier album. Ça me rassurait de pouvoir me reposer sur quelqu’un de connaissant pour pouvoir notamment faire l’enregistrement des voix. Je suis hyper contente du résultat.
PAN M 360 : Tu as une voix qui rappelle un peu, par moments, Catherine Ringer. Les Rita Mitsoukos t’ont-ils influencée musicalement?
Concordski: Alors forcément oui parce que je les ai écoutés beaucoup! Je les passe souvent quand j’ai le droit de mettre des vinyles dans les soirées hihi! J’ai une de mes amies également qui était très très fan d’eux et qui m’a emmenée plusieurs fois les voir en concert. J’adore la manière de Catherine de ne pas se prendre trop au sérieux quand elle chante…Elle est presque clownesque parfois sur scène… Elle s’amuse beaucoup avec sa voix et je trouve que c’est une excellente technicienne vocale. Pour autant, c’est très flatteur d’y être rapprochée, c’est forcément quelqu’un qui a participé à m’influencer.
PAN M 360 : Des spectacles prévus avec le projet? La suite des choses en 2025?
Concordski: Je vais me promener dans l’Ouest de la France, notamment au Beach Festival le 14 juin! Sinon je m’intéresse de plus en plus à la production pour mon prochain album alors je prépare de nouvelles folies !
Rien ne prédestinait la Montréalaise d’origine marocaine à s’installer à Dakar, au Sénégal. Mais la vie a fait en sorte qu’elle s’y installe d’abord pour un stage professionnalisant avant de bifurquer vers l’art et d’être parmi les fondateurs de ce grand rendez-vous musical du continent. Bien plus que des concerts, ce festival est un mouvement. Il rassemble de jeunes artistes provenant de toutes les régions du pays, des masterclass animés par des professionnels venant d’Afrique du Sud, des sessions Unplugged ou encore la Women Art Academy, dédiée entièrement aux femmes. Notre journaliste Sandra Gasana était sur place pour PAN M 360.
Crédit photo et vidéographie: Cheikh Oumar Diallo
L’oeuvre de feu Jean-Pierre Ferland, toutes périodes confondues, est interprété ce week-end, par le baryton Marc-Antoine d’Aragon dans une mise en scène de Judith Pelletier. Le chanteur et directeur artistique sera accompagné par 9 musiciens qui exploreront son œuvre, et pas les moindres: le claviériste Alain Leblanc, directeur musical des 30 dernières années de Ferland, l’excellente chanteuse Lynn Jodoin, qui fut choriste de Ferland pendant 20 ans, sans compter Elza d’Aragon, Francis Tétu, Antoine Rochefort, Nadia Monczak, Bojana Milinov, Annie Gadbois et Justine Fournier. Les réorchestrations d’Alain Leblanc comptent des chefs-d’œuvre oubliés, des classiques des albums Jaune et Soleil, le tout décliné en pot-pourri ou en chansons entières dont les incontournables Je reviens chez nous, Un peu plus loin et Une chance qu’on s’a.
Les représentations ont lieu ce samedi soir à Otterburn Park et dimanche après-midi à la Cinquième Salle de la PdA.
Marc-Antoine explique ici les fondements de ce spectacle hommage.
PAN M 360: Comment en es-tu venu à vouloir chanter le répertoire de JP Ferland, mort il y a exactement un an?
Marc-Antoine d’Aragon : J’écoute la musique de Ferland depuis l’enfance, alors que ma mère écoutait sa musique à tue-tête dans le salon et m’a emmené avec elle le voir en spectacle quelques fois. Quand j’ai commencé à jouer avec mon groupe Bohème il y a 8 ans, c’était une évidence que d’y inclure du Ferland. On faisait à tous nos spectacles les célèbres Une chance qu’on s’a et Un peu plus loin et on commençait à discuter de faire un spectacle complet qui lui serait dédié. Lorsqu’il est décédé l’an passé, ça a propulsé le projet, mais j’avais envie de faire ça avec plus de musiciens. J’ai tout de suite contacté mon amie Lynn Jodoin pour lui proposer de monter ça avec moi et c’était évident qu’on voulait travailler avec Alain Leblanc à la direction musicale, lui qui a été au côté de Ferland pendant plus de 25 ans..
PAN M 360 : Comment as-tu choisi le répertoire? Quelles périodes de Ferland as-tu choisies pour ce récital?
Marc-Antoine d’Aragon : J’adore les années 60 ! Il s’inspirait beaucoup de la tradition des grandes chansons de Brel, Piaf, Aznavour, où l’artiste était accompagné d’un orchestre. On a donc décidé de consacrer la première partie du spectacle à cette période là en revisitant plusieurs succès oubliés. Initialement, le spectacle durait plus de 4h ! On a dû couper plein de belles mélodies et de faire quelques Medley pour avoir une longueur de spectacle décente. En deuxième partie, on a décidé de consacrer 45 minutes aux trois albums emblématiques qui se sont succédés en de 1970 à 1974 : Jaune, Soleil, Les vierges du Québec. Qu’on fera en 3 medley successifs. Et ça allait de soi de refaire quelques pièces de l’album qui l’a relancé en 1995 : Écoute pas ça.
C’est sans conteste un chef d’oeuvre, qui a été mis en musique en bonne partie par Alain Leblanc qui a recréé tous les arrangements pour le spectacle.
PAN M 360 : JP a eu au moins trois grands cycles de création : la période chansonnier / chanson française, la période pop psychédélique (Jaune, Soleil, Les Vierges du Québec) et le folk-pop avec Écoute pas ça, L’amour c’est d’l’ouvrage), etc. Quel son cherches-tu là-dedans?
Marc-Antoine d’Aragon : On est souvent retourné à la base de ces albums pour retrouver le son qui en fait la renommée, tout en cherchant à actualiser certains titres à notre façon. D’ailleurs, Lynn et moi chantons en duo plusieurs titres, donc d’emblée ça procure une nouvelle couleur aux pièces.
PAN M 360 : Tu es allé aux sources de son accompagnement puisque tu travailles avec Alain Leblanc et Lynn Jodoin, piliers du groupe de Ferland pendant le dernier cycle de sa vie profession- nelle. Comment as-tu tissé des liens avec ces artistes, au point de les convaincre de t’accompagner?
Marc-Antoine d’Aragon :Je connais Lynn depuis quelques années alors qu’elle enseigne le chant à ma grande fille Elza. Elle est devenue une amie. Alain m’a entendu chanté sa pièce Une chance qu’on s’a avec mon groupe Bohème et a beaucoup aimé mon interprétation. Ça n’a pas pris beaucoup de temps pour qu’ils acceptent de faire ça avec moi. Je me sens tellement choyé d’être si bien entouré.
PAN M 360 : Tu seras accompagné par des musiciens qui exploreront l’œuvre de JPF, réorchestrée par Alain Leblanc : Elza d’Aragon, Francis Tétu, Antoine Rochefort, Nadia Monczak, Bojana Mili- nov, Annie Gadbois et Justine Fournier. Peux-tu nous justifier sommairement ces embauches et ce que tu cherches à projeter avec eux? As-tu monté ton groupe avec eux ou encore les as-tu simplement embauchés pour ensuite monter ton groupe?
Marc-Antoine d’Aragon : Annie et Antoine sont des proches collaborateurs d’Alain, les autres sont de bons amis avec un talent fou. Mais au delà de leurs capacités techniques, ce sont tous des êtres humains formidables. Alain, Lynn et moi avons discuté du son qu’on voulait donner mais aussi de l’ambiance de travail dans laquelle on désirait travailler. Dans un monde idéal on aurait été 15 sur scène, mais on a dû se restreindre pour limiter les coûts, et garder un show qui puisse se promener en tournée, éventuellement.
PAN M 360 : En tant que chanteur lyrique, comment le baryton que tu es s’adapte-t-il au répertoire populaire sans se dénaturer?
Marc-Antoine d’Aragon : C’est sûr que je ne peux pas renier complètement ma pâte vocale, mais j’apprends humblement à délaisser la grandiloquence, au profit de plus de simplicité. J’essaie de me connecter au texte, pour pratiquement le parler à certains moments. C’est un work in progress ! Je suis un éternel étudiant de la musique, et j’apprends beaucoup au côté de Lynn et Alain.
PAN M 360 : Ta technique vocale fut longtemps mise à profit dans le répertoire populaire… jusqu’à ce que la pop culture la dénigre dans les années 60. Comment redonner à cette forme « opérette » sa crédibilité?
Marc-Antoine d’Aragon : C’est un excellente question qui au coeur de mes préoccupations. J’ai d’ailleurs passé une partie de mon doctorat en chant à réfléchir à cette question. Car, j’aimerais beaucoup que les belles textures vocales que l’on entendait avant les années 70 en musique populaire reviennent. J’écris beaucoup de musique, de chansons, mais je n’ai rien sorti encore, entre autres car j’explore le type de son que je veux leur donner; mes inspirations sont vastes, j’adore le rock, le progressif, le folk et la musique classique.
PAN M 360 : Qu’en est-il de la mise en scène de Judith Pelletier?
Marc-Antoine d’Aragon : Judith m’a donné un coup de main avec la présentation des pièces, avec la conception de l’éclairage, de notre habillement, mais surtout de mon expression, de mon regard et de mon interprétation des pièces. C’est une formidable coach.
PAN M 360 : On a eu vent de Ferland symphonique, te voilà avec ton propre concept, d’autres pour- raient tenter de s’imposer. Comment tirer son épingle du jeu dans cette compétition à venir? Y aura-t-il une suite à ces deux concerts donnés ce week-end?
Marc-Antoined’Aragon : Pour l’instant, on est un peu obligé de mettre sur pause les projets de tournée de mon spectacle en 2026, pendant que leur gros projet part en tournée. Mais ce n’est que partie remise, la musique de Ferland mérite de continuer à vivre longtemps et je reste aux aguets pour saisir des opportunités de présenter sa musique au plus grand nombre !
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