Il est 5 heures du matin dans l’antre du club Nowhere, au cœur du Chinatown montréalais. Derrière les platines, une silhouette ne lâche pas le public du regard. Alors que la ville commence doucement à frémir sous le froid, BitterCaress étire le temps.

Ce soir-là, elle ne joue pas seulement un set ; elle livre une narration de trois heures et demie, naviguant entre la techno mentale et des envolées trance inattendues. À la fin du set, une clubbeuse lui tend un papier griffonné d’impressions prises sur le vif, orné d’un dessin d’escargot. Un souvenir tangible, rare, à l’image de cette artiste qui refuse les barrières de la scène « Instagrammable » pour lui préférer l’authenticité de la sueur et du partage.

Entre gestion marketing le jour et techno trippy la nuit, l’ancienne protagoniste du collectif Octov entame maintenant un nouveau chapitre en Europe, après des années d’apprentissage et de partage à Montréal.

Rencontre avec une artiste qui transforme le burn-out en moteur créatif et les dancefloors en espaces de connexion. BitterCaress sera aux platines pour Igloofest ce vendredi 30 janvier 2026. Un rendez-vous sous le signe de la techno et de l’hypnose sonore.


PAN M 360: On sent chez toi une approche très structurée de la musique. D’où vient cette relation avec le son ?
BitterCaress:
Mes parents sont de grands aficionados de musique classique et de jazz, mon père faisait de la flûte traversière. Alors mon frère et moi avons été au conservatoire assez tôt. De mes 4 à 15 ans, j’ai fait du solfège, du chant, du piano… J’ai toujours eu une approche très scolaire, presque classico-classique. J’aimais déchiffrer des partitions, les interpréter comme on lirait un recueil de poèmes. Je ne composais pas, mais je prenais un plaisir immense à jouer.

Avant de dompter les logiciels de production, c’est sur les ivoires d’un piano et dans les partitions classiques que Camille a fait ses armes. Un héritage familial qui a forgé sa rigueur et qui la sert bien dans l’univers numérique.

PAN M 360: Comment passe-t-on du piano de conservatoire au DJing techno ?
BitterCaress:
Avec le DJing, j’ai découvert une autre dimension de l’interprétation. Ce n’est pas seulement mixer deux tracks, c’est créer un son complètement différent en mêlant les fréquences. Il y a un côté créatif que beaucoup de gens ignorent, pensant que c’est juste du « press and play ». »
Camille a déjà été l’une des têtes chercheuses de l’un des collectifs les plus respectés de Montréal : Octov. C’est là, dans l’effervescence des entrepôts industriels, qu’elle a appris les rouages de la culture club.
PAN M 360: Ton parcours est indissociable d’Octov. Comment ce collectif a-t-il façonné l’artiste que tu es aujourd’hui ?
BitterCaress:
J’ai rejoint Octov fin 2017, au moment où le collectif se professionnalisait. Je m’occupais des partenariats et de la communication. C’est là que j’ai compris l’envers du décor : la mécanique du budgeting, la réalité du marché, comment transformer une salle nue en temple de la techno. Ce sont des passionnés qui m’ont transmis tout leur savoir. Après mes études à Concordia, j’ai commencé à mixer et ils m’ont proposé de devenir résidente. C’était une famille. »
PAN M 360: Tu joues d’ailleurs pour eux à Igloofest. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
BitterCaress:
C’est un retour aux sources. J’ai quitté le collectif fin 2023 pour prendre mon projet en main, pour être ma propre entité, mais on est resté en super bons termes. Jouer sur la scène Octov à Igloofest, c’est boucler la boucle.
BitterCaress ne fait pas de la techno pour le simple plaisir du bruit. Son son est une exploration méticuleuse, souvent comparée aux scènes scandinaves les plus pointues.
PANM360: Comment décrirais-tu l’évolution de ton identité sonore ?
BitterCaress:
Ma direction artistique s’est affinée. Je joue une techno qui se rapproche de ce qui se fait à Copenhague ou en Suède : une fast techno un peu trippy, trancy, mais très texturée. Le sound-design est au cœur de tout. J’aime quand les sons sont sculptés, qu’on y entend presque des bruits de la nature, des intros très longues et atmosphériques avant que le kick ne s’installe. C’est hypnotique.

Durant la pandémie, Camille lance son propre label. Un projet qui, loin d’être une simple plateforme de sortie, devient un outil philanthropique au service de causes qui lui tiennent à cœur.
PAN M 360: Ton label avait une mission très précise. Pourquoi avoir choisi ce modèle caritatif ?
BitterCaress:
C’était un besoin de donner du sens. Tous les bénéfices allaient à des associations, que ce soit pour la cause animale ou humaine. Pour nos événements, j’ajoutais systématiquement un dollar au prix du billet pour ces causes. C’est gratifiant, mais c’est aussi épuisant. On était seulement deux avec mon partenaire à tout gérer. Aujourd’hui, le label est en pause car je veux réfléchir à un format qui ait plus d’impact.
Le passage à la production n’a pas été un long fleuve tranquille. C’est paradoxalement au plus bas que Camille a trouvé sa véritable voix créative.
PAN M 360: Tu as traversé un burn-out l’an dernier. C’est à ce moment-là que tu as réellement « dompté » le logiciel ?
BitterCaress:
Exactement. Avant, j’essayais mais rien ne venait. J’étais brûlée par le travail et la vie. Le seul truc qui me faisait du bien, c’était d’ouvrir Ableton. C’est devenu ma béquille. Aujourd’hui, je n’utilise aucun instrument externe. Pas de synthés, pas de drum machines… ça m’ennuie dès qu’il y a des branchements ! Je veux exploiter 100% du logiciel avec ma souris, ma tête et mes oreilles. C’est devenu un automatisme, une hygiène de vie.
PAN M 360: La track Exit The Loop est l’acte de naissance de Bittercaress en tant que productrice. Construite durant sa convalescence créative, elle incarne cette techno mentale et galopante.
BitterCaress:
C’est une track qui me ressemble, née du besoin de sortir d’un cycle épuisant pour retrouver l’essentiel : le mouvement.
Immigrée au Canada à 18 ans, Camille a récemment choisi l’Espagne pour entamer une nouvelle décennie. Un exil motivé par le besoin de ralentir et de se reconnecter à ses racines européennes.
PAN M 360: Qu’est-ce que Madrid t’apporte que Montréal ne pouvait plus t’offrir ?
BitterCaress:
Je voulais profiter de l’Europe et me rapprocher de ma famille. À Madrid, le rythme est « lent délibérément ». On ne grinde pas pour le plaisir de grinder. Il y a un art de vivre, un respect du temps pour soi qui est vital pour un artiste. L’Espagne a une économie dynamique en ce moment, mais les gens savent encore s’arrêter pour profiter. C’est ce climat de sérénité qui me permet aujourd’hui de me consacrer pleinement à ma musique. »
PAN M 360: Comment vois-tu ton avenir en Espagne ?
BitterCaress:
La voie est libre, je n’ai pas de projet d’enfant immédiat, pas de job qui me retient. Je veux voir comment la scène locale fonctionne, créer des connexions. J’ai plein de tracks qui « font dodo » sur mon ordi et qui sont prêtes à être sorties. Madrid, c’est mon nouveau cocon pour les faire éclore.

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Pour Igloofest 2026, Mathieu Constance est de nouveau à la barre de la programmation des 4 week-ends consécutifs à vivre au Quai Jacques-Cartier jusqu’au 7 février. Partenaire médiatique d’Igloofest, PAN M 360 présente chaque semaine de l’événement les recommandations artistiques de son architecte principal, soit un choix prioritaire par programme. 

PAN M 360 :  Nous en sommes au week-end 3 ! Nous sommes le 29 janvier.

Mathieu Constance:  Hamza, pour le 29 janvier. Ce show-là, on a réussi à le faire hors Piknic, il y a quelques années. Hamza, c’est peut-être un des plus gros rappeurs français au monde en ce moment. De pouvoir le produire à Igloo, je pense que ça va être quelque chose de vraiment spécial et aussi quelque chose d’une ampleur qu’on ne voit pas nécessairement  chaque année.  Un incontournable, c’est clair.

PAN M 360: Et qui  chapeaute un très gros week-end. Très bonne prise !

Mathieu Constance: Ça va être une soirée hip-hop ! High Klassified, Manaré, Yaya Labae…  

PAN M 360: Le vendredi 30 janvier maintenant,

Mathieu Constance: L’incontournable là, ça doit être A-Trak. C’est incroyable d’avoir DJ Snake au programme, un artiste que je veux depuis vraiment longtemps!

Et en tant que  Montréalais, pouvoir produire A-Trak dans un tel contexte sachant qui il est et toutes les accolades qu’il a reçues, c’est vraiment spécial. Tout l’impact qu’il a eu, qu’il ait gagné le DMC Championship à 15 ans, qu’il ait mis les gens autour de lui sur la carte, qu’il ait toujours  travaillé fort depuis ses débuts soit plus ou moins une trentaine d’années (depuis son adolescence)  de carrière. J’ai vraiment hâte aussi de voir ce qu’il va faire  dans ce contexte peut-être moins conventionnel, en tout cas différent  pour ce qu’il ferait normalement. Il y aura des choses attendues et d’autres insoupçonnées, je suis sûr que ça va être très bon!  Et puis c’est sûr que ça donnera le ton à la soirée,  quelque chose de glorieux et spécial.

PAN M 360:  Le 31 maintenant.Mathieu Constance:  Lost Frequencies est un must.  On l’a fait à Québec il y a deux ans, cette performance nous avait vraiment impressionnés, on a essayé de voir comment on pourrait le ramener à Igloofest, cette fois à Montréal,  et  comment on le produirait sur la grosse scène. Ça fait que les étoiles se sont alignées,  ce sera une de nos soirées plus mélodiques, plus  vocales, plus progressives en termes de son. Des saveurs un peu pop, en fait. J’ai très hâte de voir ce que Lost Frequencies fera sur cette scène.

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Avant même de commencer l’entrevue, Marie Davidson glisse nonchalamment qu’elle était tout juste en appel avec nulle autre que l’autrice de The Age of Surveillance Capitalism, Shoshana Zuboff.

Elle évoque un nouveau projet en collaboration avec elle ainsi qu’une conférence à venir à Harvard. Si ça vous semble loin de la scène musicale, ce n’est qu’en apparence. Marie Davidson n’a de cesse d’en repousser les limites. Les écrits de Shoshana traversent le plus récent album de la musicienne, notamment avec le titreValidations Weight qui porte une critique brute et inquiétante de la technocratie.  J’ai l’ai écouté en boucle tout au long de l’année, en me demandant « Que s’est-il passé pendant les deux années de silence de Marie Davidson ? »

Nous en saurons davantage le 7 février prochain sous le dôme de la Satosphère... et aussi dans le texte qui suit.

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PAN M 360 : Ces temps-ci, ton discours aborde beaucoup les implications politiques et sociales de la technoscience. Peux-tu nous en parler ?

Marie Davidson : Je suis très engagée en art. Surtout par rapport à l’impact que ça a sur nos vies. Au début, c’était plus un malaise que je ressentais qu’une réflexion. Progressivement, les médias sociaux sont entrés dans nos vies. Au début, pour les artistes c’était surtout pour relayer de l’information, des albums, des concerts, des tournées. C’est vraiment avec la pandémie que ça est devenu problématique pour moi lorsqu’on ne pouvait plus faire de tournées, ni de promotions. La promotion de la musique est devenue intrinsèquement liée à nos profils de médias sociaux. La pression est devenue très forte pour se représenter. J’étais en conflit avec ça.

À la fin de 2021, j’ai même pensé quitter ma carrière. Je me suis retirée pendant plusieurs mois et j’ai appliqué à l’école. J’étais sur le point de retourner aux études, avant de comprendre que la musique occupait toujours une place centrale dans ma vie. Il m’a toutefois fallu prendre du recul et repenser ce que signifiait, pour moi, être artiste en 2024.

PAN M 360 : Comment est-ce que tu as réussi à reprendre le contrôle à partir de là ?

Marie Davidson : J’ai dû faire la part des choses et accepter que si je voulais continuer à avoir une carrière dans le milieu de la musique, je n’aurais pas le choix d’utiliser les médias sociaux, mais que je le ferais selon mes termes. Il fallait que je sente que j’avais un contrôle sur ma vie et mes choix, sans tomber dans la pression de suivre les guidelines que les plateformes nous imposent. Le nombre de publications par semaine, les formats, la manière de présenter le contenu pour maximiser la visibilité et les vues.

Je me représente comme je veux. Et je refuse de le faire sous pression, que ce soit celle des labels, des entités, des promoteurs ou des festivals. Je ne fais pas de publicité pour des tierces parties. Je publie à ma manière, quand je veux, comme je veux.

Ça a demandé beaucoup d’introspection pour ne pas compromettre mon art ni mon identité publique.

Marie Davidson : Ensuite, j’ai lu The Age of Surveillance Capitalism, et j’ai réalisé que ce n’était pas seulement une question de musique ou d’industrie musicale. Ça touche tous les secteurs. On est réduits à une forme d’esclavage vis-à-vis des compagnies qui offrent des services, que ce soit Google, Meta ou toutes les technologies dites intelligentes.

Chaque service a ses propres termes et conditions. On ne les lit pas. On clique sur « accepter ». C’est fait pour être illisible. Mais il faut comprendre ce que ça implique. En partageant nos données personnelles, on vend une partie de notre authenticité et de notre pouvoir décisionnel. Ces données sont revendues à des tiers. Les compagnies savent beaucoup plus de choses sur nous qu’on ne l’imagine.

Peu à peu, on perd notre capacité à prendre des décisions. Tout est formulé pour nous. La publicité est ciblée. En acceptant ça, on sacrifie notre pouvoir décisionnel, nos goûts, notre esprit critique. Et ensuite, ça se propage à tous les niveaux. On est manipulés dans nos opinions politiques, notre manière de penser, de voter, de juger les autres.

Il y a énormément de violence en ligne, beaucoup de logique d’opposition. On oppose des groupes, des identités, des produits. Les conflits politiques sont exacerbés par la vie en ligne. Même l’information qu’on consomme et qu’on régurgite est de plus en plus formatée. Ce qui m’inquiétait le plus en écrivant l’album, c’est la perte de notre capacité à formuler nos propres opinions et à cultiver l’esprit critique.

Pour moi, c’est extrêmement alarmant. Voilà, c’était un survol des raisons qui m’ont poussée à écrire cet album. J’en parlais avec Shoshana juste avant. On a toutes les deux ce besoin de rendre ce sujet accessible et de dépasser le cadre académique ou le cercle intello fermé. 

L’AVENIR

PAN M 360 : C’est paradoxal, parce que pour que ce discours devienne mainstream, il faut passer par les médias sociaux.

Marie Davidson : Oui, absolument. Il faut aussi trouver des manières plus ludiques, plus playful, de présenter un contenu qui fait réfléchir. C’est dans ce contexte que j’ai travaillé avec un ami artiste, Christopher Royal King, un musicien avec qui j’ai déjà collaboré. Il travaille beaucoup avec l’intelligence artificielle, notamment à travers un projet qui s’appelle Total Emotional Awareness sur Instagram. Ensemble, on a créé du contenu généré par l’IA pour Instagram et YouTube, mais de manière critique.

On utilisait mon image, des vidéos de moi, mais aussi des images politiques et des visuels trouvés en ligne. L’idée, c’était de détourner ces outils pour accompagner la campagne de l’album City of Clowns. Trouver une twist, autant visuelle que dans les paroles, pour que le message passe sans être trop lourd. Je ne suis pas une artiste pop, mais certaines chansons jouent à la radio. C’est déjà beaucoup.

PAN M 360 : Il y a aussi ce mouvement autour des dumbphones. The New Yorker parlait récemment de ça comme d’un trend pour 2026, presque comme un nouveau symbole de statut.

Marie Davidson : J’aime ça, c’est encourageant. Je ne sais pas quel âge tu as, mais je pense que ça va venir des gens plus jeunes que moi. Le pire, c’est pour les Gen Z. Moi, personnellement, ça va, j’ai trouvé ma balance là-dedans, avec le travail de conscientisation que j’ai fait. Mais je suis inquiète pour les gens en général. Je suis attristée aussi pour la qualité de vie médiocre de ma génération, et d’une génération en dessous. Parce que ça affecte vraiment le moral des gens. Par curiosité, tu te situe où là dedans ?

PAN M 360 : J’ai eu Facebook à 13 ans. Je m’en défais lentement.

Marie Davidson : Wow, c’est fou, ça c’est fou. Moi, j’ai eu Facebook à 23. Mes amis l’avaient vraiment avant moi. J’ai été protégée pendant mon enfance. 

PARCOURS

PAN M 360 : Quand tu as commencé la musique à 19 ans, c’était pour ton projet avec Les Momies de Palerme, non ?

Marie Davidson : Exact. J’ai quitté l’école pour faire de la musique.

PAN M 360 : C’est drôle, j’en parle parce que je porte justement un t-shirt des Momies de Palerme.

Marie Davidson et les Momies de Palerme

Marie Davidson : Tu me niaises. Je le reconnais. C’est une artiste qui s’appelle Jessie qui a fait ça. Wow !

PAN M 360 : Je l’ai trouvé dans une vente de garage. À l’époque de Momies de Palermes, comment les réseaux entre musiciens fonctionnaient pour aller voir des shows ?

Marie Davidson : Les posters et le bouche-à-oreille. Les cafés, les bars, les magasins de disques. Des e-mails aussi. Facebook est arrivé tranquillement autour de 2008, 2009, mais je ne suivais pas vraiment. Ce n’est qu’en 2011 que j’ai créé un compte, uniquement pour savoir ce qui se passait. En 2012, quand j’ai sorti mon premier EP solo sur Bandcamp, j’ai compris le pouvoir des médias sociaux. C’est là que ma carrière internationale a vraiment commencé. J’ai vécu la transition complète. Le « avant » et le «après»

PAN M 360 : Certains lieux mettent des autocollants sur les caméras pour empêcher les photos. Tu serais pour ça à tes concerts ?

Marie Davidson : Personnellement, je m’en fous. Dans un contexte de club immersif, comme à Berlin ou au Berghain, je suis totalement pour. Pas de photos, on lâche prise. Par contre, dans la vie en général, je crois surtout à la liberté individuelle. Moi, je suis pour l’usage créatif. Ce à quoi je m’oppose, c’est la prise de possession de nos données, le contrôle exercé par les grandes plateformes. Le problème, ce n’est pas le médium, c’est le capitalisme qui l’encadre.

AU DÔMESICLE

PAN M 360 : Parlons de la S.A.T. Est-ce que tu prépares quelque chose de particulier pour ton set DJ?

Marie Davidson : Un DJ set, pour moi, c’est toujours nouveau. Le DJing me permet plus de spontanéité. Je joue un peu de ma musique, mais surtout celle des autres. C’est le plaisir de partager, de faire danser. Mes sets sont fun, énergiques, pas trop sérieux. C’est vraiment important pour moi. C’est toujours ça que je vise. Le live, c’est plus dense. C’est fun aussi, mais peut-être un peu plus challengeant. Tu viendras te présenter. Je t’ai vue, donc je sais à quoi tu ressembles. Tu viendras dire bonjour si on se croise.

PAN M 360 : Je vais mettre mon chandail des Momies de Palerme.

Finalement, nous avons peu parlé de musique pendant cette entrevue, mais avec Marie Davidson, parler de concepts, c’est parler de son art. Elle incarne ses idées à travers tout ce qu’elle fait. Tout se confond avec lucidité dans son univers.  Pour y plonger, je recommande vivement de lire cette entrevue réalisée par Alain Brunet dans les jours qui ont suivi sa dernière sortie d’album.

Le nouveau Directeur artistique du Festival Accès Asie, Ziya Tabassian, avait envie que le Festival se déploie toute l’année afin d’affermir les liens avec la communauté montréalaise. Il a donc eu l’idée de proposer une série de rencontres pluridisciplinaires, une à la fin de chaque mois d’hiver, soit janvier, février et mars. Ça s’appelle Cabaret Confluences. Au programme, comme un véritable cabaret, un mélange riche et diversifié de musique, de danse, de poésie, de performance, de théâtre. Tout cela porté bien entendu par plusieurs artistes pour la plupart basés à Montréal. Les Cabarets seront donc une parfaite occasion de découvrir la remarquable richesse artistique qui bouillonne dans le cœur de la métropole québécoise. J’en ai discuté avec lui.

INFORMATIONS ET BILLETS

Horaire et programmation : 

28 janvier 2026 – Cabaret Confluences 1

La soirée bilingue met en scène un duo de danse contemporaine théâtrale par Léa Tremblay Fong et Taylor Yeung, une performance de musique improvisée par Fahmid Nibesh, une lecture poétique de Kama La Mackerel et des chansons persanes interprétées par Naghmeh Shafiei. Dona-Bella Kassab, MC et artiste multidisciplinaire, assure la cohésion entre les performances.

Ouverture des portes à 19h. Spectacle à 20h.

@ La Sala Rossa, 4848 Boul. Saint-Laurent, Montréal

25 février 2026 – Cabaret Confluences 2

Le Cabaret Confluences #2 explore la diversité artistique et culturelle à travers danse, comédie stand-up, musique, poésie et performance.

La soirée bilingue réunit des artistes multidisciplinaires : Janelle Hacault, danseuse et chorégraphe contemporaine d’origine filipinx/franco-canadienne, cache cache (poésie, littérature et musique ambiante électronique), Ran Wang et Xuan Lucie Liu (duo de musique chinoise), Rinre, jeune danseuse japonaise installée à Montréal, et Dona-Bella Kassab assurera le rôle de maître de cérémonie.

Ouverture des portes à 19h. Spectacle à 20h.

@ Toscadura, 4388 Boul. Saint-Laurent, Montréal

25 mars 2026 – Cabaret Confluences 3

Le Cabaret Confluences #3 présente Amineh Sharifi avec un extrait de J’ai perdu ma langue, pièce bilingue français-persan explorant l’identité et la langue.

Suivi du trio mêlant poésie et musique composé de Claudia Chan Tak, Géraldine Leong Sang et Nay Theam.

Sasha Ashwini, danseuse Bharatanatyam, propose une exploration de l’identité et des questions décoloniales.

LiKouri, chanteuse née au Canada, dont la mère est d’origine indienne adoptée par une famille libanaise, partagera ses créations musicales.

Enfin, Dona-Bella Kassab, MC et artiste multidisciplinaire engagée, clôturera la soirée.

Ouverture des portes à 19h. Spectacle à 20h.

@ La Sala Rossa, 4848 Boul. Saint-Laurent, Montréal

Au cœur de l’hiver, Taverne Tour nous rappelle que la sève coule encore dans les racines et que la vie continue sous terre. 3 jours, 16 salles, plus de 85 artistes. C’est un rendez-vous annuel des alternos, venus du monde entier pour partager une chose : de la bonne musique autour d’une bière. Bon, d’accord, peut-être deux. Pendant ces trois jours, tous les secrets les mieux gardés de Montréal peuvent être dévoilés ; il suffit de savoir où chercher.

C’est pourquoi PAN M 360 a contacté l’équipe de Taverne Tour afin de prendre le pouls de sa programmation 2026. Tout comme ses programmateurs, la programmation de cette année est intense et éclectique.

Également du label Mothland sans compter leur mandat de programmation au FME, Jean-Philippe Bourgeois et Philippe Larocque ont réuni pour Taverne Tour un large éventail de musiques alternatives d’ici et d’ailleurs. Cette année, ils sont également accompagnés de Rose Cormier (Mulch), qui détient les clés d’une scène punk DIY florissante.

Inutile de dire qu’il y en a pour tous les goûts.

À la suite de cette interview, nous avons créé une compilation qui regroupe certains de leurs morceaux préférés et leurs influences. Afin de soutenir les artistes, nous vous recommandons également de consulter cette liste d’écoute Bandcamp.


Jean-Philippe Bourgeois

Protomartyr

Je sais que c’est un gros band, ce n’est pas vraiment une découverte, mais bon, c’est quand même une anecdote que j’ai par rapport au groupe. En 2016, quand je me suis marié, mon meilleur ami a offert à ma femme et moi comme cadeau d’aller voir The Fall deux soirs de suite à New York. Trois semaines avant le départ pour notre voyage, le décès de Mark E. Smith, le chanteur de The Fall, a été annoncé. Finalement, on s’est ramassés à Hudson, New York, au festival Basilica Soundscape. Puis, c’était la première fois que je vais à Protomartyr. Je trouvais que c’était le groupe parfait pour célébrer la vie du roi de l’anti-performance qui était Mark E. Smith. Donc, ça, c’est mon anecdote Protomartyr.


FACS

« C’est le groupe fondé par Brian Case. La première fois que j’ai entendu le travail de Brian Case, c’était sur un album qui s’appelle Turn the Lights Out du groupe The Ponys. Il jouait la guitare là-dessus. Ensuite, il a fondé un groupe qui s’appelle Disappears. Leur cinquième album, Irreal, est encore aujourd’hui un de mes albums préférés de tous les temps. Puis, leur nouveau groupe s’appelle FACS. Je pense que c’est cool de dire que leur dernier album, Wish Defense, sorti l’an dernier, est le dernier album sur lequel Steve Albini a travaillé avant sa mort. Donc, c’est quand même un cool fact. C’est un des meilleurs bands live ever. Ils créent des sons incroyables, puis des moods très inquiétants, toujours. »


Meghan Dowlen

« J’ai rencontré Meghan en 2017. Elle vient d’Atlanta, en Georgie. Elle jouait dans un groupe qui s’appelait Material Girls à l’époque, un groupe avec qui j’ai commencé à travailler. Donc, c’est devenu une très bonne amie. C’est de la pop de performance. »


Les Freaks de Montréal

Formé en 1971, le groupe mythique Aut’Chose, mené par Lucien Francoeur, a bouleversé l’univers musical québécois avec trois albums fracassants publiés entre 1974 et 1976. Leur musique alliait une poésie de ruelle, crue et réelle, à une rocaille sophistiquée et cinglante.

C’est cet héritage que Les Freaks de Montréal font revivre, poursuivant la relecture et la transmission de l’œuvre de Francoeur. Le collectif réunit des membres de VoïvodGrimSkunkGroovy Aardvark et Tricky Woo.

Leur concert est un succès assuré. L’an dernier, lors de leur grand retour à la FME, ils ont performé aux côtés d’une relève alternative montréalaise de premier plan, dont Population IIAlix Fernz et Rose Cormier de Mulch. C’est cette même formule qu’ils réitéreront sur la scène de la Taverne Tour.

Au-delà du spectacle, le projet est ainsi devenu un symbole puissant d’échange intergénérationnel et témoigne de la résilience de la scène alternative.


Hélène Barbier

« Hélène Barbier vient de sortir son troisième album fin novembre 2025. Il n’y a personne qui fait de la musique comme Hélène. Je pense qu’elle a un son complètement unique. »


Rose Cormier

Durex

« C’est tout simplement un excellent groupe de punk, un punk rapide et frontal. La chanteuse joue en sous-vêtements, le groupe est composé de personnes non binaires, et à chaque fois, c’est un show incroyable. C’est celui sur lequel j’ai le moins de choses à dire, mais il est complètement fou. »

« Durex joue à la Sottenerea lors du lancement d’un jeu vidéo créé par un ami. C’est un jeu qui se déroule sur la scène locale, dans différentes salles de la rue Saint-Laurent. Le jeu vidéo en question est un jeu narratif. On s’y promène à travers différentes salles de Montréal et il se passe des choses pendant les concerts. On y retrouve des groupes de punk comme H.R.T., des bands qui ont soit déjà joué au festival. Il y a aussi une DJ qui sera présente au concert, qu’on pourrait mentionner, qui s’appelle Korea Town Acid.« 


Bonnie Trash

« C’est un groupe de l’Ontario qui fait du doom post-rock très lourd. C’est très sombre, très gloomy. »


Faze

« C’est mon groupe préféré. Ils font du hardcore punk très énergique, mais avec une dimension disco. C’est comme du hardcore punk qui danse, parfois avec un trombone. Ça fait très hardcore skater des années 90, avec beaucoup de délai et d’écho dans la voix. Ça rock énormément. À chaque fois que je les vois, c’est le meilleur show. Ça n’a aucun sens à quel point c’est bon. »


Garden of Love

« Garden of Love joue avec Mystery Lights au Ministère le vendredi. Garden of Love est aussi un groupe montréalais. C’est un peu comme un rendez-vous auquel tu ne devrais pas aller, mais auquel tu vas quand même. C’est vraiment la vibe de leur album. À chaque fois que l’album pourrait être joyeux, nostalgique ou coming of age, il devient aussi très anguleux et dépressif. Je l’ai écouté tantôt en mangeant. »


CEASE

« CEASE est un groupe de Hamilton, en Ontario. Ses artistes font du power violence et du grind très agressif. On a joué avec eux en Ontario l’an dernier avec Mulch. Ils jouent environ quinze minutes, et la chanteuse est vraiment en colère. Elle se jette par terre sur scène, c’est très intense. »


Ben Vallée

« Sinon, il y a aussi Ben Vallée qui joue au Botte et Whisky. C’est un musicien country, un ami aussi. Il y a un membre de mon groupe qui joue dans son band. C’est du gros old country, vraiment pas du new country. On est plus proche de Pete Seeger. C’est le genre de personne qui devient trop bon trop vite à quelque chose, et tu te dis juste « fuck, il est vraiment bon ».


Camilla Sparksss

« Camilla Sparksss, qui fait de l’électro. Elle vient d’Ottawa et habite maintenant en Suisse. Elle ouvre la soirée. Elle fait une électro assez actuelle, dans des vibes à la Marie Davidson et ce genre d’esthétique. D’ailleurs, elle joue avec Annie-Claude Deschênes et Kap Bambino. Elle est en train de vraiment exploser en Europe et elle n’est presque jamais revenue jouer au Canada. C’est une vraie petite pépite de programmation, comme dirait Marilyne Lacombe à la barre de Mothland et du TaverneTour. Chaque fois qu’on en parle à des gens de l’industrie et qu’on dit qu’on programme Camilla Sparksss, ils trouvent ça génial, mais le public la connaît peu. C’est un peu le scénario parfait. »


Philippe Larocque

Nuha Ruby Ra

« Nuha Ruby Ra joue à deux reprises. Elle se produira d’abord dans le cadre du spectacle de lancement du jeu vidéo présenté en début de festival, puis le samedi aux côtés de Lydia Lunch et Marc Hurtado pour un programme de reprises de Suicide. Sa musique navigue entre l’électro et des influences no-wave et punk, avec une approche provocatrice et excentrique. Je l’ai découverte par le biais d’échanges de playlists avec Jessica Winter, entre scènes montréalaise et londonienne. Depuis, son projet n’a cessé de prendre de l’ampleur, avec deux EP parus, un album à venir cette année et des diffusions remarquées, notamment à la BBC. C’est un projet que j’attends avec beaucoup d’enthousiasme sur scène. »


Jessica93

« Jessica93 est un artiste solo basé à Paris, reconnu pour ses performances construites en direct à l’aide de loopers, de boîtes à rythmes, de guitare et de basse. Chaque pièce se développe progressivement, dans une logique de montée en intensité très efficace en concert. Bien établi en France, il a récemment lancé un nouvel album sur Born Bad Records, son premier en plusieurs années, comprenant également des chansons en français. Il est déjà venu au Canada en 2019 pour une tournée, et ce retour est particulièrement attendu pour un projet que je suis depuis longtemps. »


Emma Beko

« Emma Beko est une artiste établie à Montréal, dont la présence au festival prend une valeur particulière. Elle devait participer à l’édition annulée durant la pandémie, remplacée à l’époque par une séance vidéo. Ce concert marque donc son véritable retour sur scène dans ce contexte du Taverne Tour, avec du nouveau matériel. Son plus récent disque, conçu comme un album concept, est remarquable et illustre bien l’ouverture du festival, capable d’embrasser autant le hip-hop que des propositions plus folk. »


Super Duty Tough Work

« Originaire de Winnipeg et désormais basé à Hamilton, Super Duty Tough Work propose un hip-hop ancré dans une esthétique old school, enrichie de touches jazz. Il a collaboré avec plusieurs figures importantes de la scène hip-hop canadienne et s’est déjà produit dans des contextes marquants comme le FME. Sur scène, il alterne entre ses propres morceaux et des clins d’œil assumés aux années 1990, convoquant des références comme Wu-Tang Clan, Notorious B.I.G., Nas ou A Tribe Called Quest. Il partagera la scène avec Emma Beko lors d’une soirée spécialement dédiée au hip-hop. »


Yolande Laroche

« Basée à Ottawa, Yolande Laroche présente un projet solo à la croisée de l’électro-pop et de la chanson, avec une forte dimension performative et théâtrale. Ayant fait partie de plusieurs groupes, dont Orchidae et Pony Girl, elle développe sur scène un univers visuel marqué par des costumes et des masques. Bien que peu de matériel solo soit encore publié, son projet prend toute son ampleur en concert. Sa prestation s’inscrit dans un showcase co-présenté par Also Cool, réunissant des artistes de Toronto, Montréal et Ottawa, et favorisant le dialogue entre ces scènes. »


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Le Vivier présentera bientôt son festival annuel La Semaine du Neuf, soit du 27 février au 15 mars 2026. Ce qui, en fait représente plus de deux semaines d’activités quotidennes – rappelons que le titre de l’événement s’inspire des Événements du Neuf, jadis présentés mensuellement par des compositeurs.trices de la scène contemporaine de MTL.

Les programmes seront déclinés à  l’Édifice Wilder, au CIRMMT de l’École Schulich (Université McGill) et à La Chapelle Scènes Contemporaines. Parcourue de concerts, événements pluridisciplianires, installations sonores et rencontres professionnelles, la Semaine du Neuf mettra de l’avant le thème Musique & Mouvement. 

On souhaite ainsi explorer la physicalité du son à travers le  geste du musicien, le corps des danseurs.euses ou des vibration dans l’espace émanant de l’œuvre.

Ainsi, la musique s’incarnera et deviendra mouvement.  On l’observera avec la collaboration entre la chorégraphe Ula Sickle et l’ensemble bruxellois Ictus dans Holding Present. La physicalité de la musique sera évoquée dans Le Souffle des Corps, avec cinq créations issues d’une résidence du quatuor de saxophones Quasar avec la Escuela Superior de Música y Danza de Monterrey. Le corps de l’interprète deviendra le moteur même de la création sonore via  l’ensemble lovemusic et son spectacle Protest Of The Physical. Du Vivant et le duo Nous perçons les oreilles annoncent une rencontre « ébouriffante » entre improvisation et expression corporelle. 

Également au menu, mentionnons la performance pluridisciplinaire Hide To Show de l’ensemble belge Nadar , la rencontre du  McGill Contemporary Music Ensemble et de l’ensemble suisse Contrechamps et aussi d’Architek Percussion dans le contexte de Kino-Sonique, triptyque dont un des objets est l’exploitation de technologies détournées et d’avatars numériques. L’ensemble français Proxima Centauri présentera Mouvements, un programme double mettra en relief le groupe d’improvisation Limules aux côtés de No Hay Banda et de l’artiste colombienne Ana María Romano.

Plus encore? PAN M 360 s’apprête à fournir à son audience un maximum d’interview et comptes-rendus de concerts, avant et pendant La Semaine du Neuf. Jeffrey Stonehouse, directeur artistique du Vivier, aussi flûtiste et directeur de l’ensemble Paramirabo, nous prépare à vivre l’expérience et explique davantage le comment et le pourquoi de cette programmation.

PAN M 360 : Parlons en premier lieu de l’esprit et la thématique de cette programmation

Jeffrey Stonehouse : J’ai voulu qu’on explore les liens entre la musique et le mouvement. La musique et le geste des corps en mouvement dans la musique. Ces propositions sont à la fois des mariages entre la danse et la musique contemporaine ou des réflexions sur l’effet de la gestuelle sur ce qu’on écoute. Donc, il y aura toujours des corps en mouvement, des images en mouvement. 

C’est aussi un mélange de rencontres entre la chorégraphie et la musique de création, comme c’est le cas, par exemple, dans les concerts de Quasar qui conclut une collaboration très ambitieuse avec l’École supérieure de musique et de danse de Monterrey (Mexique). Ou encore dans  la proposition de l’ensemble Ictus  dans  le contexte d’un de nos programmes centraux.

Et avec l’ensemble Ictus, la proposition Holding Present est vraiment une rencontre entre la danse et la musique où le musicien est danseur, le danseur est musicien. Et en fait, c’est une nouvelle façon de créer ensemble où on ne sent pas vraiment les frontières entre les disciplines, ce sont des fondus enchaînés entre les disciplines.

PAN M 360 : Depuis l’opéra, un acte multidisciplinaire pour présenter le spectacle total au 19e siècle, ces expériences se multiplient et se diversifient.

Jeffrey Stonehouse : Et 150 ans plus tard, on observe toutes sortes de variantes! Il y a beaucoup plus de possibilités avec la culture numérique, avec l’évolution de la danse, l’évolution du cinéma, etc. Oui, la technologie aussi nous amène à plein d’autres  de choix. et je trouvais ça intéressant aussi qu’on explore des propositions où la technologie du geste ou le mouvement d’un geste, le mouvement d’un musicien est une réaction vraiment concrète au niveau sonore.

Ce qui est le cas, par exemple, dans la composition de Megumi Masaki qu’on reçoit, qui est faite comme toute une série de commandes d’œuvres qui sont toutes conçues  sur du motion sensor. Donc, c’est des gants ou un suit que l’interprète porte qui déclenche ou qui interagit avec un dispositif électronique. Ou encore la proposition de Stick & Bow et Paramirabo en collaboration avec Lazy Log ou dans ce cas-là où c’est vraiment un dispositif, une caméra spéciale qui fragmente plusieurs sections sur la scène et accorde un traitement spécifique à chacune de ces sections.

PAN M 360 : Comme tu le dis si bien, l’univers numérique nous permet aujourd’hui beaucoup plus d’interactions et l’ajout de l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses premiers balbutiement dans cet univers infini de possibilités.

Mamoudou Condé est le gérant de la troupe de renommée internationale les Ballets Africains. Il est originaire de Siguiri, en Guinée, tout comme Keïta Fodéba, le fondateur et chorégraphe. Aujourd’hui, Mamoudou parcourt le monde avec ses 35 artistes pour faire rayonner l’Afrique à travers la danse, la musique et l’art du récit. Pour le 40ème anniversaire des Nuits d’Afrique, ils seront de retour au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts pour souligner cette date charnière aux côtés du fondateur et président du Festival international des Nuits d’Afrique Lamine Touré, lui-même un ancien des Ballets Africains. Alors qu’ils sont déjà sur la route avec plusieurs dates aux États-Unis, la formation travaille déjà sur des projets de plus grande envergure telle qu’une tournée panafricaine dans les 55 pays d’Afrique, ce à quoi ils ajouteraient le Brésil et la Colombie. Sandra Gasana s’est entretenue avec Mamoudou Condé pour PAN M 360.






À l’aube de son cinquième anniversaire de fondation (saison 21-22), l’ensemble Obiora franchit une nouvelle étape de son existence en nommant un premier chef ‘’régulier’’. Daniel Bartholomew-Poyser portera le titre de ‘’Chef invité principal’’ et donnera son premier concert à ce titre (il en a donné d’autres par le passé, mais simplement en tant qu’invité) le 31 janvier à Montréal. Bartholomew-Poyser vient également, il y a quelques mois, d’être nommé Directeur musical de l’Orchestre national des jeunes du Canada. Natif de Montréal mais ayant grandi à Calgary, le chef dirigera lors de ce concert a la salle Pierre-Mercure, un programme éclectique constitué d’une symphonie de Haydn, une courte pièce du coloriste Jacques Ibert, le séduisant Pulcinella de Stravinsky et deux oeuvres contemporaines qui témoignent de la mission de l’orchestre : une pièce de l’excellente États-unienne Caroline Shaw et une création du Canadien d’origine iranienne Saman Shahi,Then the sky was amber pour alto et orchestre. J’ai discuté de cette nomination et du concert à venir avec la Co-fondatrice, Directrice générale et artistique Allison Migeon. 

PAN M 360 : Bonjour. Quelle est la signification du titre de ‘’Chef invité principal’’ octroyé à Daniel Bartholomew-Poyser?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Nous avons toujours eu à cœur de travailler avec beaucoup de chefs (issus de la diversité), pour la bonne raison que nous aimons la possibilité d’en faire connaître le plus grand nombre possible. Mais avec le temps, nous constatons un désavantage avec cette méthode : c’est plus difficile de fabriquer un son cohérent pour l’ensemble. Nous avons trouvé cette formule, qui nous assure une présence régulière, mais pas exclusive, de daniel pour les trois prochaines années, à raison d’un concert par année, en plus d’activités de représentation et d’une présence dans la communauté.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a convaincu dans la candidature de Daniel Bartholomew-Poyser?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Sa compréhension de la mission de l’orchestre, sa vision du développement et son expérience pertinente ailleurs. Il voit très bien où aller, et ça va nous amener ailleurs que ce qu’on envisageait tout en demeurant très complémentaire. 

PAN M 360 : Par exemple?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Il a à coeur de conjuguer l’interprétation de répertoire niche, basé sur la diversité (compositeurs-trices et interprètes d’origine non-européenne blanche, femmes) avec du répertoire plus ‘’traditionnel’’, mais pas nécessairement ultra connu. Par exemple la Symphonie no 1 de Haydn que l’on jouera le 31 janvier. Sa toute première! C’est rare qu’on la joue en concert.

PAN M 360 : Sa présence aura également l’avantage de mettre un visage régulier sur l’orchestre.

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : En effet. Il a très envie de s’investir dans la communauté et d’entrer en contact avec les Montréalais-es.

PAN M 360 : Il est natif de Montréal, mais a grandi à Calgary. C’est un retour à la maison pour lui. Ça a joué dans vos décisions respectives?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : C’est un plus, en effet. Quand on a su, ça a donné un sens encore plus important. Lui aussi est très emballé et touché par l’idée de revenir à Montréal régulièrement. 

PAN M 360 : Le 31 janvier, vous jouerez Haydn, Ibert, Stravinsky, Caroline Shaw et une création de Saman Shahi. Quel est le fil conducteur qui relie les éléments de ce programme?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : L’idée de Daniel est de montrer à quel point l’orchestre est capable d’exceller dans tous les styles, autant le colorisme de Stravinsky et d’Ibert, le classicisme formel et très européen traditionnel de Haydn, que le langage moderne accessible de Shaw et de Shahi. Il veut montrer que Obiora est un orchestre très complet, et que nous pouvons jouer de la nouveauté, inspirée de la diversité, sans mettre la grande tradition à la poubelle. 

PAN M 360 : Parlez-moi justement de cette création de Saman Shahi, un concerto pour alto intitulé Then the sky was amber. 

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Saman s’est inspiré de la force de la nature, particulièrement des manifestations météorologiques qui construisent les tempêtes. On y entend les jeux de couleurs changeant dans le ciel et tout ce qui mène à l’orage. 

PAN M 360 : Quel type de projet aimeriez-vous réaliser dans les années à venir?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Nous aimerions faire un enregistrement. Nous avons beaucoup de demandes à ce sujet.

PAN M 360 : On vous le souhaite de tout coeur. Merci!

Le Montréalais Caleb Rimtobaye, alias Afrotronix, est l’un des afro futuristes musicaux les plus emblématiques du moment. Depuis 2017, d’abord avec l’album initial Nomadix, puis en 2019 son successeur Saotronix, il a dressé la table d’un style symbiotique entre la modernité électronique et les racines de l’Afrique du nord, principalement celles du Tchad, son pays natal. Il revient maintenant après quelques années de hiatus avec le troisième opus de son parcours, KÖD, qui veut dire tam-tam en langue saar. Les tam-tams étaient utilisés longtemps avant internet, le téléphone ou même le télégraphe pour communiquer rapidement et à distance selon des codes rythmiques précis. En fusionnant des enregistrements terrains et la magie synthétique d’un studio montréalais, Afrotronix vient de concocter un alambic particulièrement relevé, à la fois hommage à la riche ancestralité du génie africain et utilisation pertinente de la de la lutherie numérique contemporaine. 

Le mariage réussi entre Montréal, le Québec, le Canada, et l’Afrique, c’est aussi la source d’une réflexion socio-économique de Caleb, qui évoque l’absence de notre pays sur le continent noir. La Chine y est, la Russie (et pas toujours pour de bonnes raisons), mais pas le Canada. Pourtant, l’Afrique est un continent jeune, fort et dynamique. Il y a des collaborations fructueuses à y développer. Ce que l’artiste émotionnellement métissé entre les deux espaces contribue d’ailleurs à faire avec un représentant nigérian à Montréal qui cherche à stimuler les activités québécoises de l’autre côté de l’océan chez nous cousins africains. 

J’ai parlé avec l’artiste de tout cela mais surtout de cet album, du Tchad ainsi que de la magnifique facture visuelle des clips vidéo associés aux pièces de KÖD. 

Le créateur de contenu PAN M 360, Z Neto Vinheiras, a eu une conversation très agréable avec le producteur et DJ britannique Lucas Hunter, alias Luca Lozano K, et son collègue chinois Michael Ho, également connu sous le nom de Mr Ho, dirigeants du label Klasse Wrecks basé à Hong Kong, un label aux multiples facettes qui combine son, visuels, design et affinités autour de la scène musicale électronique et de la culture rave. Invités au Dômesicle par La Rama Records, ils se produiront ce samedi 24 janvier au SAT. Soirée klassy en perspective !

BILLETS ET INFORMATIONS ICI

PAN M 360 : Pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement et nous parler de vos différentes pratiques ?

Lucas Hunter : Je m’appelle Lucas Hunter, alias Luca Lozano, nom que j’utilise lorsque j’enregistre de la musique et que je voyage en tant que DJ. Je fais partie du duo qui dirige Klasse Wrecks, le label discographique né à Berlin il y a environ 10 ans et que je continue à diriger depuis le Royaume-Uni, tandis que Michael est basé à Hong Kong. Nous sortons des disques, beaucoup de fanzines, nous publions également nos propres livres ; nous produisons de la musique et sommes DJ, sous la bannière générale de Klasse Wrecks, mais aussi en tant qu’artistes indépendants. 

Michael Ho : Je m’appelle Michael Ho, je suis l’autre moitié de Klasse Wrecks. Je produis de la musique et je suis DJ sous le nom de Mr. Ho, et je pense que Lucas a expliqué le reste !

PAN M 360 : Comment votre collaboration a-t-elle commencé ?

Michael Ho : Nous nous sommes rencontrés à Berlin alors que nous étions DJ, nous avions beaucoup d’amis communs. À l’époque, nous travaillions sous différents pseudonymes, dans différents projets, et je pense que nous commencions à nous lasser un peu de tout cela. Lucas a eu l’idée de créer un label et m’a demandé de le rejoindre.

PAN M 360 : Klasse Wrecks n’est pas seulement un label musical ; chaque projet est soigné dans les moindres détails, tout comme les illustrations, et comme vous l’avez dit, vous produisez également des fanzines, des livres et des vêtements. Était-ce déjà dans vos projets lorsque vous avez commencé, ou est-ce quelque chose qui s’est développé progressivement dans le cadre de vos autres activités en tant qu’artistes visuels ?

Lucas Hunter : Au départ, c’était un label très simple : nous ne faisions que sortir des disques. Le graphisme et l’aspect visuel ont toujours occupé une place importante, car j’ai toujours fait du graphisme et je suis un grand fan de certains designs et graphismes. Nous avions une petite équipe à Berlin, dont le seul objectif était de sortir des disques, et c’est ce que nous avons fait pendant un certain temps. Puis nous avons commencé à produire des cassettes, notamment une série intitulée Graffiti Tapes, en collaboration avec des graffeurs qui font également de la musique. Je pense que c’était la première fois que nous sortions du cadre habituel d’un label, et cela a marqué le début d’une diversification.

C’était également très intéressant de travailler sur les visuels, car nous voulions intégrer les œuvres des artistes, montrer l’histoire de leur travail et présenter leur musique. C’est alors qu’est née l’idée des zines. Le premier était une archive des logos de labels de musique que nous avons réalisée. Il a eu tellement de succès que nous avons décidé de poursuivre la série et de la développer. Et cela a vraiment évolué, KFAX a désormais sa propre identité même s’il fait partie de Klasse Wrecks ; les gens connaissent KFAX, mais ne connaissent peut-être pas Klasse Wrecks. Donc oui, cela a commencé comme un simple projet musical pour nous, en tant qu’artistes, mais cela s’est transformé en quelque chose de plus grand.

PAN M 360 : En tant que propriétaires du label, que souhaitez-vous partager avec votre public/communauté ?

Michael Ho : Musicalement, nous sortons simplement les morceaux que nous aimons. Nous essayons de ne pas suivre les tendances ; cela peut sembler cliché, mais nous choisissons vraiment ce que nous aimons plutôt que ce qui pourrait se vendre. Nous sortons les morceaux d’artistes qui, selon nous, méritent d’être écoutés. Beaucoup d’entre eux en sont à leur premier ou deuxième album. Beaucoup d’entre eux finissent par devenir assez connus et c’est un honneur qu’ils nous aient choisis pour leur premier album. Je pense que c’est parce que les goûts du label sont assez éclectiques, très personnels, basés sur l’amitié et des passions communes. La plupart des gens avec qui nous travaillons ont un certain degré de connexion personnelle.

PAN M 360 : Quel est votre lien avec La Rama ?

Lucas Hunter : Je mixais à Bogotá, en Colombie, et je me souviens que Kris Guilty, qui dirige La Rama, est arrivé au club ou au dîner tout droit sorti de la jungle, et je me suis dit « oh, ce type est génial, qui est-il ? », vous voyez, il est arrivé à la fête super détendu, tout droit sorti de la nature sauvage. Nous sommes restés en contact depuis, nous avons passé un très bon moment à Bogotá. Depuis, j’ai réalisé quelques illustrations pour son label et je suis allé le voir lorsque je me suis rendu à Montréal, ce qui m’est arrivé plusieurs fois. Ce qu’il fait est assez similaire à ce que nous faisons, il a une approche assez similaire de la musique et du type de musique qu’il souhaite produire, avec sa femme et ses amis, plutôt au niveau local. Nous logerons chez lui et sa famille pendant notre séjour et nous collaborerons sur un petit projet de t-shirts. Je ne sais pas depuis combien de temps nous nous connaissons, mais cela fait probablement moins de 10 ans, donc ce sera une belle réunion.

PAN M 360 : Et quel est le rôle du DJ pour vous ? Comment pensez-vous qu’il ait évolué au fil des ans ?

Lucas Hunter : Cela occupe une place tellement importante dans ma personnalité et mon identité, nous le faisons depuis plus de 20 ans maintenant – les premières soirées où j’ai été DJ remontent à 1999-2000 – que le rôle de DJ représente aujourd’hui la moitié de ma vie. Si vous parlez du rôle d’un DJ en public, lors d’une soirée, cela signifie différentes choses. Je suis un grand fan des DJ qui parviennent à apporter leur touche personnelle et leurs goûts musicaux à la soirée, tout en gardant à l’esprit qu’ils sont là pour rendre service et faire en sorte que la soirée soit la plus réussie possible. Cela peut parfois prêter à confusion, car certains DJ imposent trop leurs goûts et leur style aux gens et ignorent l’ambiance de la soirée. Je pense que le rôle du DJ est d’être très sensible à ce qui se passe dans la soirée, à ce que les gens recherchent, à ce qui fonctionne, à ce qu’il peut répéter, sans aller trop loin dans une direction. La frontière est mince entre faire du bon travail et laisser son ego prendre le dessus. Donc oui, il faut tempérer son ego et contribuer à créer une bonne ambiance.

Michael Ho: Yeah, I agree with everything he says. It has changed a lot since I started out, it was much more about like “oh listen to this kind of music I have to play”, you know, much more ego driven. You have to weave that balance. Now it’s much more about doing your best to create an atmosphere in the room with your taste. It’s your job to find new music – not necessarily new but unheard – to present to people. There’s some sort of responsibility to the people who make the music. I like to play a lot of old music but I also make the point to play new music because being a producer myself, I would like that others play my music too, you know, contributing to the whole environment.

PAN M 360 : Oui, tu écoutes et mixes principalement de la musique ancienne qui a été oubliée. Te considères-tu comme nostalgique ? Es-tu déçu par ce qui est produit actuellement ou par la façon dont cela est consommé ?

Michael Ho : Je ne suis pas du tout déçu, il y a tout le temps de la bonne musique, c’est peut-être juste qu’il y en a tellement qu’il faut chercher un peu plus… En ce qui concerne la nostalgie, je pense que je fais référence à beaucoup de choses. Nous avons grandi à une certaine époque, c’est pourquoi Klasse Wrecks n’est pas seulement de la musique, c’est aussi des livres, des vêtements… Nous y sommes sensibles, la musique n’est qu’une partie de toute une histoire et chaque histoire nous évoque un sentiment différent, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui ; même si nous jouons de la musique nouvelle, il y a toujours une référence à une certaine époque qui nous enthousiasme.

Lucas Hunter : Oui, je suis vraiment nostalgique. La musique que nous avons écoutée pendant notre adolescence résonne toujours en nous, elle nous accompagne pour toujours. Pour moi, c’est comme un refuge que je me suis construit. Quand j’écoute trop de nouvelles musiques, je commence à remettre en question mes propres choix et ce que nous devrions faire avec le label, et j’ai réalisé au fil des ans que le plus simple pour moi était d’ignorer un peu ce qui se passe, donc je ne m’intéresse pas trop aux nouveautés, car cela m’affecte généralement d’une manière qui nuit à la création et à la sortie de musique. Certaines de mes musiques préférées datent des années 80, 90, 2000… Je pense que c’est à cette époque que la musique EDM était la plus créative. Il y a toujours de bonnes choses, mais c’est en quelque sorte une méthode de survie pour moi que d’éviter ce qui se passe. C’est une question d’ego et d’infériorité, et je serais tout simplement trop affecté par ce qui se passe.

PAN M 360 : La culture rave a profondément changé depuis ses débuts dans les années 90, et vous en avez fait l’expérience personnellement. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Michael Ho : Je ne pense pas qu’il soit possible de faire revivre certaines époques. Le temps passe, il serait vain de vouloir faire revivre une époque révolue. La technologie a changé, la communication entre nous aussi… mais je peux dire que je me sens très chanceux d’avoir vécu cette époque. C’était assez spécial de ne pas avoir toutes les informations. Il fallait vraiment tout découvrir, il fallait vraiment faire appel à son imagination. Imaginons que j’entende un morceau que j’aime et que je veuille le recréer, il n’y a pas de vidéo pour vous montrer comment faire, vous devez donc créer quelque chose à partir de vos souvenirs, qui sont déjà assez flous.

Lucas Hunter : Oui, je suis d’accord avec Michael, il serait vain d’essayer de reproduire une rave house des années 90. Cela appartenait à cette époque. Mais nous vivons encore des moments aussi bons qu’avant. Il y a beaucoup de pessimisme autour des soirées d’aujourd’hui, mais nous voyageons tout le temps à travers le monde et on peut avoir un aperçu de ce que l’on ressentait à l’époque. Et on voit beaucoup, même dans les grandes soirées commerciales et les grands événements, qu’ils appliquent une politique interdisant les téléphones et les photos. C’est un peu l’esprit, il est toujours là. Nous atteignons un niveau de saturation et de surpopulation des réseaux sociaux dans les clubs et je pense que les gens commencent à s’en lasser, cela touche lentement à sa fin. Au final, les gens veulent juste aller en boîte et danser, et je ne pense pas que cela changera jamais. Cela souffre parfois à cause de l’économie, du Covid et d’autres facteurs, mais il n’y a aucun risque que cela disparaisse. C’est bien de changer et de s’adapter.

PAN M 360 : Qu’avez-vous écouté récemment ?

Michael Ho : Tout un tas de choses que je n’écoute pas d’habitude… La musique country… Je n’y connais rien. Il y a quelque chose de vraiment sympa dans la façon dont elle est enregistrée, dans les éléments qui sont importants, comme la voix, parce qu’elle est très présente. C’est très intéressant parce que c’est très différent de ce à quoi je suis habitué.

Lucas Hunter : Pareil en fait, j’écoute beaucoup de musique à la guitare, plutôt du rock conventionnel ou de l’indie, pas de la musique électronique ; j’écoute donc beaucoup les B-52 et j’apprécie vraiment leur univers ; et je redécouvre un groupe appelé A.R.E Weapons, qui existait au début des années 2000 et qui a sorti un album chez Rough Trade à New York. Ils ont une discographie vraiment cool qui ressemble un peu à Suicide, Nico ou Velvet Underground. Mais oui, j’ai vraiment pris plaisir à écouter des trucs complètement différents de ce que nous faisons.

PAN M 360 : Super ! Merci beaucoup d’avoir pris le temps de discuter avec nous, et j’espère que vous apprécierez Montréal !

LH & MH : Merci !

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À Montréal, la techno a ses temples, ses rites et ses prêtresses discrètes. Kris Tin fait partie de celles qui n’ont pas besoin d’en faire trop pour imposer leur présence. Ce qu’on pourra constater ce vendredi 23 janvier sur la scène principale d’Igloofest.

Comptable le jour, actrice à l’occasion, DJ la nuit, elle navigue entre les mondes avec précision, avant de tout lâcher derrière les platines.

Née de parents libanais ayant fui la guerre dans les années 90, elle grandit à Cartierville-Ahuntsic, au cœur d’une communauté multiculturelle. Loin des excès et de la fête permanente, Kris Tin se décrit d’abord comme quelqu’un qui sort peu. Mais à l’université, alors qu’elle étudie en finance, la techno s’impose dans sa vie, d’abord en tant que consommatrice réservée, puis en tant que DJ émergente.

« J’aime la techno parce que quand ça devient répétitif, j’entre dans une transe. Je ne pense plus à rien. Pour moi, c’est une forme de méditation. »

La répétition comme échappatoire, la loop comme espace mental : cette vision guide encore aujourd’hui son approche du DJing. Elle découvre les clubs, s’immerge dans la scène, et développe rapidement une obsession pour les platines.

« J’étais au début de la vingtaine, encore aux études. Vers 2014, je suis devenue complètement obsédée par le DJing. Tout est allé très vite : mon premier gig en 2015 au Salon Daomé, ensuite le Stereo Bar… puis l’Igloofest. »

Une ascension fulgurante, presque trop rapide. Le vrai choc arrive lorsqu’on lui propose d’ouvrir pour Carl Cox.

« À la base, c’était la petite scène qu’on m’avait proposée. Puis à la dernière minute on m’a dit : “Finalement, tu ouvres sur la scène principale pour Carl Cox, ça te va ? .” J’ai dit oui tout de suite… mais intérieurement, j’étais en panique totale. »

Sur scène, l’adrénaline et le stress s’accouplent. Mais Kris Tin fait le choix de ralentir intérieurement et de se souvenir d’être là.

« Je me suis dit : prends le temps d’absorber ce que tu vis. Deux heures de set, ça passe hyper vite quand tu es sur l’adrénaline. J’ai mis deux ou trois semaines à redescendre après. Carl Cox et son manager étaient incroyables, vraiment gentils. Et jouer devant 10 000 personnes, après seulement un an de pratique, c’était surréel.  »

Ce moment devient un point de bascule dans sa carrière. Pas seulement de façon symbolique, mais aussi en terme de méthodologie.

« Ça fait clairement partie de mon top 5. C’est là que j’ai appris à gérer mon stress, à comprendre ce que ça veut dire faire l’ouverture d’un programme. J’ai analysé des dizaines de sets d’opening pendant plusieurs semaines. C’est probablement celui que j’ai le plus préparé. »

Si cette première expérience à lgloofest fait partie de ces top expériences, voyager affine ensuite son regard sur les scènes électroniques. À Los Angeles, elle découvre une culture warehouse encore profondément underground. Mais jouer au Liban reste une expérience à part, celle qu’elle partage être aussi dans son top 5.

« (…) Mais c’est sûr que jouer dans son propre pays aussi, il n’y a rien qui équivaut à ça. La scène électronique underground au Liban est incroyablement développée. Jouer là-bas, c’est une fierté partagée. Moi de représenter le Liban à l’international, eux de me voir revenir jouer pour eux. »

En parlant de méthodologie, cette rigueur qui lui est propre se retrouve aussi dans sa conception très précise de l’opening set, un art qui, selon-elle, est souvent sous-estimé.

« Un bon opening, c’est comprendre pour qui tu ouvres.

Tu étudies un peu ces sets, tu regardes ce qu’ils jouent en général. Après, tu regardes l’heure, l’énergie, le contexte. est-ce que c’est un opening de jour ? de soir, d’après-midi

?

Tu construis quelque chose de progressif. Si tu arrives trop fort, tu as raté ton rôle.

Je laisse toujours une marge de BPM avec le headliner, environ 4 ou 5 bpm de moins. Ton but, c’est d’inviter les gens à entrer doucement dans la soirée, sinon, ça sonne one note. »

À Montréal, Kris Tin développe un amour pour le Stereo, qui devient un un lieu fondateur pour elle, et pour sa pratique artistique. La bas, elle y développe une passion particulière pour les longs sets, rares dans une industrie obsédée par l’efficacité.

Résidente depuis quelques années, elle y a mis les pas en tant que Dj pour la première fois en 2017, et y performe tous les deux à trois mois.

« Le Stereo, c’était mon endroit de thérapie. Un endroit où je pouvais me sentir chez moi. Les téléphones sont bannis, les employés sont les mêmes depuis des années. Il n’y a pas de distraction. C’est pour ça qu’on l’appelle “The Temple”.

Et tu sais, jouer longtemps, c’est un art. Tu peux créer un monde, une bulle. Avec un set d’une heure, le public n’a pas le temps de rentrer complètement dans ton univers. C’est le genre de choses que t’offre le stereo, tu peux y faire des sets de quatre heures. et vraiment t’y perdre complètement. »

En 2022, elle lance Playground Filth, un collectif pensé comme une réponse directe aux line-ups homogènes, avec des artistes 100% locaux. Le collectif expérimente, notamment avec une sober rave devenue culte.

« On voulait promouvoir les DJs locaux avec une vraie diversité. Beaucoup de personnes queer, des femmes, des hommes. C’était non négociable. On a fait une rave de 7h à 6h du matin dans un Boustan. Les gens pouvaient danser, manger du shawarma, entrer et sortir librement. C’était gratuit, sécuritaire, sobre et hyper populaire. On a même rallongé la rave de plusieurs heures, à cause de la popularité.

Mais pour la suite, on a décidé de prendre une autre direction, on va essayer de retourner aux racines, mais je veux garder ce projet un peu secret pour l’instant… »

Cette conscience politique se reflète aussi dans ses propres choix d’invitations professionnelles.

« Avant d’accepter un gig, je regarde s’il y a d’autres femmes sur le line-up. Je ne veux pas être là juste pour cocher une case. »

Mais même avec l’expérience, le DJing reste une pratique à risque, ou les erreurs arrivent mêmes aux plus expérimentés.

« J’ai déjà arrêté la mauvaise platine en plein set, Et c’était durant mon set de Carl Cox.

. Une autre fois, mes écouteurs ont lâché pendant une quinzaine de minutes. l y a aussi un autre classique. Les CDJs ont arrêté d’être linkés. Donc normalement, tu mets un USB sur un CDJ. Toutes les CDJs peuvent lire ta playlist. Et là, ça a juste arrêté de fonctionner. Ce soir-là, J’ai dû jouer avec 3 CDJs qui ne sont pas linkés. Et ça, c’était aussi un défi. Parce que tu joues avec les mêmes playlists. Sauf qu’il faille te rappeler quelle track tu as jouée. Depuis, j’ai toujours trois USB en soutien, au cas ou. »

Mais malgré ces quelques erreurs, l’avenir s’écrit maintenant. Après une pause forcée à cause d’une opération qui lui a valu une année de pause, Kris Tin prépare un virage décisif.

« Je vais sortir mes productions cette année. J’ai une tournée européenne qui s’en vient, aussi. Mon objectif, c’est de vivre de la musique. La musique c’est ma passion. En termes de production, je produis un peu tout. J’ai fait du hard, j’ai fait de l’industriel, j’ai fait du progressif, même du métal. Mais récemment, je reviens à la techno 90-2000. Répétitive, loopy, traditionnelle. Celle qui te fait entrer en transe. »

Pas de surjeu, pour Kris Tin. Juste la répétition mélodique, la trance temporelle, et l’amour des origines de la musique techno.

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Né dans le nord ontarien de mère francophone et de père anglophone (d’origine norvégienne), le Montréalais Leif Vollebekk est de cette communauté de songwriters intemporels, pour qui les formes classiques et consonantes s’inspirent des meilleurs de l’histoire. Pour notre interviewé, on pense d’abord Bob Dylan et Leonard Cohen, mais aussi à une touche de Paul Simon, une larme de Billy Joel, un soupçon de Chris Rea et bien plus encore…

L’auteur, compositeur et chanteur a choisi de poser sa pierre à un édifice d’une esthétique parfaitement connue du grand public. Leif Vollebekk poursuit le cycle de Revelation, album paru en septembre 2024 et dont la matière attire encore les audiences du monde. Au tour du Palais Montcalm de l’accueillir le 5 février à l’instar de ses fans de Québec. Avant quoi, nous converserons dans les deux langues pendant une bonne heure, et voici la version succincte, partiellement traduite, de cette conversation plus que sympathique.

PAN M 360 : Tu es originaire de l’Ontario, tu es à Montréal depuis quand même pas mal de temps… Résumons le parcours! 

Leif Vollebekk : Depuis 2010.

PAN M 360 : Je connais ton travail. Je connais aussi tes  deux principales influences, Leonard Cohen et Bob Dylan. 

Leif Vollebekk : Exactement. Ce sont les grands.

PAN M 360 : Tu as grandi là-dedans, mais tu ne viens absolument pas de cette génération, puisque tu es né en 1985. Tu as vu Cohen live?  Bob Dylan live aussi? 

Leif Vollebekk : Oui, j’ai vu les deux sur scène. 

PAN M 360 : T’as vu le dernier show de Leonard Cohen? 

Leif Vollebekk : Oui, je l’ai vu à Ottawa et j’ai été ébloui! Il avait une présence de scène tellement généreuse!

PAN M 360 : Le dernier album est sorti  il y a 16 mois  et tu as une belle discographie à défendre : 5 albums et 2 EP. Au Québec, ton bilinguisme t’a permis de t’implanter dans les 2 solitudes : les francophones et les anglophones te connaissent bien. On peut dire que tu es un vrai Montréalais! De plus, ton répertoire est très accessible.

Leif Vollebekk :  J’ai toujours voulu garde une saveur pop dans le mix.  

PAN M 360 : Malgré ton bilinguisme exemplaire, tu ne chantes pas en français. Pourquoi

Leif Vollebekk :  Écrire en français est pour moi assez difficile. Lorsque je lis les textes chantés par Louis-Jean Cormier ou Charlotte Cardin,  je suis intimidé car je n’ai pas cette facilité d’écrire des paroles de chansons en français. Je ne me suis pas aventuré dans cette direction mais peut-être qu’un jour, j’aimerais le faire. En anglais, j’écris avec exactitude, il n’y a pas de différence entre ce que je ressens et ce que j’écris. 

PAN M 360 :  Rare sont les artistes ayant une maîtrise parfaite de l’anglais et du français.

Leif Vollebekk :  Tu sais, les accords,  l’instrumentation… c’est américain. 

PAN M 360 :  Oui. Ton travail s’appuie sur l’esthétique americana et la pop de chambre sobrement arrangée. Au fil du temps, ta facture générale est devenue de plus en plus raffinée. Voilà l’évolution d’un musicien qui dure!

Leif Vollebekk : Ah bien, merci!  

PAN M 360 : J’ajouterai que ton travail est très ancré dans la tradition du folk nord-américain. Pas de noise, pas de dissonances,  pas d’accords complexes, rien de bizarre.

Leif Vollebekk : Tu sais, au début de ma carrière, j’essayais des affaires plus compliquées, des extensions harmoniques, des accords que je ne pouvais même pas nommer, vraiment étranges. Puis, j’ai réalisé que c’était juste pour moi,  que personne n’était touché par ces éléments de mes chansons. Like, nobody cared. J’ai réalisé que je le faisais juste pour prouver à moi-même que j’étais capable de faire des accords bizarres. Mais que, tu sais, toutes les grandes chansons, c’est juste four chords and the truth , you know?  

PAN M 360 : Tu as raison mais il y a des exceptions : Joni Mitchell, par exemple, c’est beaucoup plus évolué harmoniquement que Bob Dylan et Leonard Cohen. Enfin… à partir de l’album Court and Spark et tout ce qui suivit.

Leif Vollebekk : Oui, mais les chansons de Joni Mitchell que tout le monde chante,  ce sont les plus simples de la période précédente, à trois accords. Si tu veux que le public chante, il faut que l’harmonie et la mélodie soient simples. Ça ne devrait peut-être pas être le cas, car la complexité est appréciée et valorisée dans d’autres formes d’art.

PAN M 360 :  Il y a une forme d’anti-intellectualisme dans la musique pop en général. C’est ainsi depuis un siècle, cette culture de la simplicité est incrustée dans l’imaginaire collectif. L’industrie de la musique chantée est extrêmement conservatrice pour tout ce qui a du succès. De génération en génération, les publics deviennent conservateurs sans le savoir. 

Leif Vollebekk : Oui, intéressant. J’imagine que c’est ça, mais je dirais aussi que les grandes mélodies du répertoire classique, de  Bach ou Beethoven, sont aussi construites sur des accords simples.

PAN M 360 : On pourrait en discuter longtemps! De manière générale, tu as raison pour les périodes baroque, classique et romantique… mais après? C’est autre chose. Parlons alors de l’évolution de ton travail.

Leif Vollebekk : Au début, j’étais obsédé par Bob Dylan, je me cherchais et puis j’ai fini par trouver le concept. Je ne sais pas d’où c’est venu mais je crois encore devoir être capable de jouer une chanson en solo acoustique à la guitare. Sinon, pour moi, ce n’est pas une chanson. 

PAN M 360 : À partir de là, que s’est-il produit?

Leif Vollebekk :  Après avoir tenté la complexité, j’ai enregistré des choses simples pour que l’émotion ressorte davantage. Au début du processus, mes enregistrements étaient trop secs, ascétiques. Je me suis mis à imaginer des chansons plus arrangées.  J’ai alors compris que je devais mieux réaliser ces enregistrements, sans vraiment savoir que je pouvais être réalisateur de mes chansons.

Au premier album, j’avais un petit budget de 10000$, j’avais enregistré aux studios Breakglass, je n’avais même pas pensé au mixage final, qui fut réalisé sur place le dernier jour des séances. Je ne connaissais donc pas les règles d’une production. J’ai dû passer des nuits pour finir les arrangements. Au bout du compte, je croyais que ce serait chaleureux et ce ne l’était pas. J’ai compris qu’on est tellement dans sa tête quand on enregistre qu’on ne sait pas vraiment comment ça sonne.

PAN M 360 : Par la suite?

Leif Vollebeck : J’ai voulu aller plus loin, notamment en travaillant avec du matériel analogique et des bandes magnétiques, zéro numérique. J’ai alors identifié un autre défaut dans mon travail, c’est-à-dire exécuter mes chansons trop rapidement parce que je me sentais trop pressé vu mes petits budgets de production. Pour le 2e album North Americana, j’étais totalement imprégné de Bob  Dylan, je voulais que cet album soit un peu plus exigeant pour l’écoute et que l’auditeur puisse aussi se concentrer davantage sur le texte. Tt puis j’ai vu The Killers à Osheaga. Ce fut pour moi une révélation, un de mes bands préférés notamment pour les textes. En quittant le show, je me suis dit « Too bad you don’t make that kind of music ». C’était weird,  car j’étais alors coincé dans un schéma  minimaliste, ascétique, puriste, centré sur la voix et le texte, zéro pop. Je ne savais plus pourquoi je voulais faire ça.

Puis là, je me suis dit : « Au prochain album, figure out what’s wrong. Et là, j’ai décidé de m’embaucher moi-même comme réalisateur. J’ai réservé le studio, on a fait les tests de son, j’ai passé une journée entière à évaluer le son que je désirais pour chaque instrument. Le jour suivant, je suis entré en studio avec mon chapeau d’artiste.

Puis, j’ai juste passé une journée à être critique du son. Et on a mis des microphones partout. Le lendemain, après que tous les sons étaient exactement comme je voulais, comme producteur, le lendemain, je suis rentré comme artiste. L’artiste n’avait pas le droit d’être stressé par l’argent, il devait juste jouer. Et on a joué  sept jours d’affilée avec un excellent band. Contrairement à l’album précédent, les tempos avaient plutôt ralenti!

PAN M 360 : Changer de rôle dans ta tête avait donc été bénéfique.

Leif Vollebekk : Et c’est comme ça que j’ai fait les enregistrements qui ont suivi : Twin Solitude, New Ways et Revelation.

PAN M 360 : Et donc depuis, le vrai son de Leif se trouve dans ces albums.

Leif Vollebekk :  En tout cas, je me sens plus proche de ces chansons. Il y a quand même eu une progression. Par exemple, j’ai étudié le synthétiseur et les kick drum pour l’enregistrement de Twin Solitude. J’ai ajouté un peu de distorsion çà et là.

PAN M 360 : Et où en es-tu aujourd’hui? 

Leif Vollebekk : À un moment donné, je n’ai plus eu envie d’être technique du tout. J’étais allé trop loin. Avec le dernier album (Revelation)  j’ai fait tout ce que je voulais accomplir en termes de son. J’ai même pu embaucher le batteur légendaire Jim Keltner, au légendaire studio Sunset Sound ! La surprise? Contrairement aux autres batteurs, il essayait de suivre le texte en jouant plutôt que de s’en tenir strictement à la partition. Je lui ai  alors demandé si d’autres rares batteurs faisaient comme lui, il a répondu qu’il en avait déjà causé à son buddy Ringo Starr et ce dernier lui a dit qu’il faisait de même! Et il m’a raconté tant d’anecdotes savoureuses.

PAN M 360 : Tout ça est passionnant, mais il faut se rendre au concert du Palais Montcalm! Tu te présenteras en petite formation :  toi au chant, guitare et piano, Robbie Kuster à la batterie, Michael Felber à la basse, Parker Shper, claviers. 

Leif Vollebekk : C’est le band de Montréal avec qui je tourne depuis un moment déjà. Depuis que l’album est sorti, ça change toujours. J’essaie de garder ça ouvert, les chansons peuvent s’allonger, se transformer selon le contexte.

PAN M 360 : Vous jouez la matière de ce concert depuis l’automne 2024? 

Leif Vollebekk : Ça fait à peu près un an et demi. On a tourné un peu partout au pays, aussi aux États-Unis à deux reprises. On fait quelques dates au Québec cet hiver et puis on part en Europe, en février, semble-t-il qu’il y a de la demande au Portugal, en Espagne, en France et en Angleterre. Puis les shows devraient se terminer au printemps.

PAN M 360 : Et après?

Leif Vollebekk : Bonne question!

PAN M 360 : Toute la vie pour y répondre!

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