Décédé ce samedi 13 septembre à l’âge de 89 ans, alors que l’Orchestre national de jazz de Montréal (ONJ) lui réserve ce jeudi 18 un programme complet pour grand orchestre de jazz sous la gouverne de son ex-acolyte Jovino Santos Neto, Hermeto Pascoal doit désormais être considéré comme un génie absolu de la musique brésilienne. Paradoxalement, sa disparition pourrait contribuer à le faire connaître davantage et l’introduire au panthéon des plus grands musiciens de notre temps. En tout cas, PAN M 360 s’y applique !

D’un point de vue compositionnel, son corpus est tellement vaste qu’il dépasse tous ses contemporains, prédécesseurs et successeurs brésiliens les plus célèbres à l’exception peut-être du compositeur  Heitor Villa-Lobos (1887-1959). Affirmons ici que Hermeto Pascoal se trouve musicalement au-dessus des Tom Jobim, Joao Gilberto, Caetano Veloso, Marcos Valle, Gilberto Gil, Chico Buarque, Elis Regina, Chico Science, Tom Zé, Edu Lobo, Eumir Deodato, Joao Donato, Suba et autres Joyce Moreno. 

On fronce les sourcils? Grand bien vous fasse! Écoutez plutôt sa musique, une immersion qui pourrait durer des mois. Beurrons encore plus épais: ce corpus est aussi considérable, éclaté et et substantiel que ceux de Frank Zappa, John Zorn, Wayne Shorter, Sun Râ, Miles Davis, Duke Ellington.

Absolument inclassable, Hermeto fut erronément associé au jazz-fusion parce que  jadis invité avec ses musiciens de la première ligne, le percussionniste Airto Moreira et la chanteuse Flora Purim, pour participer aux séances d’enregistrement de l’album Live-Evil de Miles Davis. Après quoi Flora et Airto furent recrutés au sein du fameux groupe américain Return to Forever de feu Chick Corea, et Hermeto Pascoal retourna dans son laboratoire.

On écoute sa musique au fil du temps, on en conclut qu’il n’est pas exactement un musicien de jazz, néanmoins l’un des plus futés improvisateurs, doublé d’un des plus brillants compositeurs contemporains de l’hémisphère sud. 

Ses matériaux de création étaient innombrables: jazz moderne, musiques traditionnelles autochtones ou afro-brésiliennes, samba, bossa nova, musica popular brasileira, bruitisme, beatboxing avant l’heure,  invention d’instruments,  improvisation libre, musiques tonales, modales, atonales, sérielles, acoustiques, électriques ou électroniques, on en passe. Rien ne lui a échappé depuis ses débuts modestes en tant qu’accordéoniste quasi-traditionnel. 

Multi-instrumentiste de niveau inégalé, ce supravirtuose n’a jamais cherché la gloire mais plutôt la liberté totale d’une expression foisonnante, carrément géniale.

Ce jeudi à la Cinquième Salle de la PdA, nous n’aurons droit qu’à un tout petit fragment de son répertoire hallucinant, cette fois composé pour big band sous la direction de Jovino Santos Neto, que nous avons contacté dès son arrivée en sol montréalais.

PAN M 360 : Jovino, vous êtes Carioca mais vous avez déjà vécu à Montréal. Racontez-nous votre trajectoire du Brésil jusqu’en Amérique du Nord.

Jovino : Avant de me consacrer entièrement à la musique, j’étais biologiste, j’avais d’abord étudié la biologie à l’université à Rio quand j’avais 18 ans et puis je me suis retrouvé à Sainte-Anne-de-Bellevue au McDonald College, où étudiait le frère d’un ami. Je fus donc au Québec de 1974 à 1977. Ça fait 50 ans!  

PAN M 360 :  Vous êtes devenu musicien par la suite. En fait, vous étiez déjà musicien en même temps et vous avez choisi la musique. 

Jovino :  Même à Montréal, je jouais les claviers dans un groupe de musiciens d’ici avec qui j’ai joué les claviers pendant mon séjour. Nous étions influencés par Weather Report, Gentle Giant, le jazz rock et le prog.

PAN M 360 : Comment avez-vous joint le groupe d’Hermeto Pascoal après avoir quitté le Québec ? 

Jovino : Je suis rentré à Rio pour y continuer mes études de biologie et mes recherches sur la forêt. Je devais rejoindre l’Institut de recherche sur l’Amazonie à Manaus. J’étais donc à Rio pour l’obtention d’un soutien financier à mon travail scientifique. J’ai alors connu Hermeto parce qu’il était voisin de mes parents  dans le quartier Jabour – il s’y était installé après avoir vécu dans le  Nordeste, natif de Lagoa da Canoa, puis résidant de Recife. 

Un jour, je prends le risque de frapper à sa porte pour le saluer et lui confier mon admiration pour son œuvre, sa femme répond et me le présente. Il était seul dans sa salle de répétition, il jouait du piano électrique. Sans m’avoir entendu jouer, il  m’avait  invité à jouer avec lui le vendredi suivant, parce qu’il avait besoin d’un claviériste afin qu’il puisse jouer davantage la flûte et le saxophone. J’ai dit ok mais je ne peux pas être toujours là parce je devais poursuivre mes études de biologie. Il m’a dit :  pas de problème, tu joues avec moi pour le prochain concert, après tu t’en vas… 15 ans plus tard, j’étais toujours là!  Oui, j’avais passé mon examen, j’avais eu une offre pour travailler à Manaus et j’avais dit non, merci, je préfère rester à jouer avec cet albinos fou!

PAN M 360 : Comment était-ce de travailler auprès de lui ?

Jovino : C’était un régime quotidien de répétition : 5 jours par semaine, 6 heures par jour. Nous étions toujours là pour répéter chez Hermeto qui ne cessait d’écrire pour nous. Il était une source intarissable, l’eau n’a jamais cessé de jaillir du rocher.  Ce fut ainsi pendant une bonne dizaine d’années. Hermeto ne répétait pas avec nous aux répétitions, il faut dire. 

Il composait sans cesse, parfois devant un match de futebol à la télé, avec un cavaquinho en bandoulière. Nous avons tourné partout dans le monde avec ce groupe, beaucoup au Brésil. Je fus dans le groupe de 1977 à 1992, après quoi j’ai travaillé occasionnellement avec lui dans des projets spéciaux. Lorsqu’il est venu à Montréal en 1987 au festival de jazz, j’étais dans le groupe et je l’accompagnais dans ses interviews pour y servir d’interprète.

PAN M 360 : Ah oui?!!  J’avais alors interviewé Hermeto, c’était donc vous qui traduisiez!!!

Jovino : C’est exact! 

PAN M 360 : Wow! Et qu’avez-vous fait après votre long passage auprès d’Hermeto? 

Jovino : J’ai composé et joué entre autres pour Airto Moreira et Flora Purim, et aussi pour des musiciens américains. Il y a 32 ans, je me suis installé à Seattle aux États-Unis, où je vis toujours. J’y ai enseigné une bonne partie de ma carrière, en plus de jouer et composer. Je suis aujourd’hui musicien pigiste. Je suis quand même resté l’archiviste de l’œuvre de Hermeto,  si considérable et encore peu connue.  On n’en connaît qu’une fraction ! 

Dans une ou deux générations, le monde de la musique aura reconnu son génie. Il a travaillé dans toutes sortes de configurations orchestrales, d’instrumentations et contextes stylistiques. Tout ce que Hermeto a accompli survivra aux époques. Aujourd’hui, nous sommes encore trop collés sur la montagne, il nous faudra de la distance pour en saisir l’ampleur. 

PAN M 360 : Comment explique-t-on la relative confidentialité  d’un tel géant dans le monde de la musique?

Jovino : Hermeto n’a jamais cessé d’être créatif. Il nous donnait l’exemple de Herbie Hancock qui, selon lui, était  un musicien fantastique ayant eu beaucoup de succès avec certains morceaux dont il est devenu prisonnier. Parce son public ne cesse encore de les réclamer. Hermeto répétait qu’il n’aurait jamais ces grands succès qui seraient devenus sa prison. Il redoutait l’obligation de jouer sempiternellement ses tubes et d’arrêter d’innover. Et ce, toujours en connexion avec la nature. Hermeto fut le plus fervent environnementaliste des musiciens que j’ai côtoyés.

PAN M 360 : Ainsi à Montréal ce jeudi, nous aurons un éclairage très jazz du maître. 

Jovino :  Oui Ce que nous allons faire avec l’ONJ à la Cinquièmes salle de la Place des Arts n’est qu’une toute petite part de son œuvre.  Je ne crois pas qu’il était un musicien de jazz, il qualifiait lui-même sa musique d’universelle. Cela dit, nous travaillerons avec de 5 saxophones, 5 trompettes, 5 trombones, piano, basse, batterie, percussion, guitare, clavier. Je serai le chef d’orchestre et je  jouerai peut-être  aussi un morceau piano solo en hommage au maître qui vient de nous quitter.

PAN M 360: Cette synchronicité est quand même incroyable. La première fois qu’on joue la musique d’Hermeto à Montréal depuis une éternité et il meurt juste avant ce concert.

Jovino:  Oui!  Et partout où on connaît Hermeto Pascoal, on fait la vague en sa mémoire. Nous avons tellement besoin de sa musique dans ce terrible contexte mondial, pour en corriger la vibration.

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Le quatuor de saxophones Quasar poursuit ses collaborations internationales en s’associant au Trio Zukan, originaire du Pays Basque espagnol. Ce jeudi 18 septembre à 19h30, dans l’Espace Orange du Wilder. Quasar lance ainsi  sa saison montréalaise pour la saison 2025-2026, en codiffusion avec Le Vivier. Après une première rencontre concluante tenue en 2021 (Québec-Pays Basque), Quasar retrouve le Trio Zukan (percussions, accordéon et txistu)  dans le contexte du programme Chambre d’écoute. Ce programme propose “une rencontre approfondie des musiques nouvelles québécoises et basques dans un concert unique et immersif.” Marie-Chantal Leclair, saxophoniste soprano et directrice artistique de Quasar, nous en cause davantage.

PAN M 360: Racontez-nous votre relation avec le Trio Zukan:

Marie-Chantal Leclair: J’ai fait la connaissance du Trio Zukan dans le cadre d’une mission organisée par le CALQ en 2019 dans le Pays Basque espagnol. LeTrio Zukan s’y est imposé comme notre interlocuteur naturel. Comme nous, cet ensemble est complètement dédié à la musique contemporaine et plus spécifiquement au développement du répertoire et à l’exploration sonore. Un premier concert nous a réunis à l’automne 2022. Il fallait y tenir à ce projet pour accueillir des invités internationaux et pour voyager à l’étranger dans une époque pleine de contraintes et d’incertitudes où les frontières venaient tout juste d’être rouvertes. Mais ça en a valu la peine. La chimie a opéré et la mayonnaise a pris entre les deux ensembles et nous avons voulu que cela continue! Le Trio Zukan a une très forte présence scénique et une intensité de jeu qui se conjugue parfaitement avec celle de Quasar.

PAN M 360 : Peut-on repérer l’identité basque espagnole de ce trio à travers les œuvres qu’il défend sur scène ou en studio?
Marie-Chantal Leclair: L’instrumentation du Trio Zukan est profondément liée à l’identité basque, car elle inclut un txistu. Il s’agit d’un instrument traditionnel qui est une flûte qui se joue d’une main, l’autre main étant utilisée pour frapper un petit tambour. Cet instrument est un symbole de l’identité culturelle basque. Il est bien sûr utilisé pour la musique traditionnelle, mais aussi maintenant en musique contemporaine notamment sous l’impulsion de Zukan. Donc l’identité culturelle basque est au cœur du trio mais complètement transcendée dans sa musique. 

PAN M 360 : Plus spécifiquement, comment cette identité se manifeste dans les œuvres au programme, soit de Miguel Matamoro  et de  Ramon Lazkano?

Marie-Chantal Leclair: L’identité en musique est très difficile à définir et on peut rapidement tomber dans les clichés. Je dirais simplement qu’en parallèle à cette volonté d’affirmation identitaire du Pays Basque espagnol, il y a dans le domaine de la musique une liberté artistique qui transcende l’identité. Si on revient au txistu, c’est une belle image, car, oui il y a un rappel des racines, mais qui se déploie dans la modernité et qui dialogue avec le reste du monde. 

PAN M  360: En ouverture, l’œuvre  de la compositrice québécoise Chantale Laplante Chambre d’écoute 2, qui prête son titre au concert, sera présentée en création internationale. Que justifie le choix de cette œuvre de Chantale Laplante et de quelle manière cette œuvre s’inscrit-elle dans ce programme?

Marie-Chantal Leclair: Il y a longtemps que j’ai envie de travailler avec Chantale et que je suis son travail. J’admire son travail de l’écoute, le raffinement de son matériau, et comment elle sculpte le son dans l’espace et dans le temps. L’œuvre qu’elle présente est de type installation-concert. Cette œuvre a profondément influencé ma perception et mon approche des autres œuvres au programme. Et je pense que cela sera la même chose pour le public. Pour reprendre les mots de Chantal, elle a imaginé « un dispositif d’écoute englobant et dynamique pour nos corps écoutant ». J’ai hâte!

PAN M 360 : Idem pour les œuvres d’Émilie Girard-Charest, dont l’instrumentation inclut aussi  l’accordéon et le txistu, des instruments “traditionnels” ?

Marie-Chantal Leclair: Émilie est une proche une compositrice  proche de Quasar depuis plusieurs années. Nous avons présenté son quatuor Bestiaire à travers le monde. Lors de la première collaboration avec Zukan en 2021, nous lui avons commandé une œuvre pour nos deux ensembles. Les membres de Zukan ont été emballés par le travail d’Émilie et ont décidé de lui commander un trio que nous aurons l’occasion de découvrir au concert. Vous nommez l’accordéon comme étant un instrument traditionnel et oui c’en est un. Cependant, en Europe c’est aussi un instrument « classique » qui est très courant dans la musique contemporaine.

PAN M 360:: Plusieurs configurations orchestrales sont prévues au programme. Expliquez-nous!

Marie-Chantal Leclair: Le public aura droit à un large éventail de configurations et donc à une grande variété de couleurs et par le jeu des combinaisons et de l’orchestration. Seront présentées des œuvres en quintette (4 saxos et accordéon) avec électronique, quatuor de saxophones, trio (percussion, txistu, accordéon) et septuor (Quasar-Zukan). 

PAN M 360: Grosso modo, quelles seront les étapes suivantes de votre saison 2025-26, sur lesquelles nous reviendrons spécifiquement tout au long de la saison?Marie-Chantal Leclair: Les grands projets de la saison s’articulent autour d’une production musique-danse en partenariat avec le Mexique et de la 10e édition de la Série Électro. Dans les deux cas, des résidences de création réunissant compositeurs.trices et interprètes auront lieu à l’automne. On parle ici de neuf nouvelles œuvres écrites par des compositeurs et compositrices du Québec, du Canada et de l’étranger. Nous aurons aussi la chance de représenter notre concert « Cinq pièces liquides, Hommage à Vivier » dans le cadre du Conseil des arts de Montréal en tournée. Finalement, nous serons en tournée dans différentes provinces canadiennes à l’hiver 2026.

INFOS ET BILLETS ICI

Programme

  • Chantale LaplanteChambre d’écoute 2 , 2025 pour quatuor de saxophones SATB, accordéon et électronique  – création
  • Miguel MatamoroConcerto Grosso 2021 (**Commande par Trio Zukan) pour quatuor de saxophones (SATB), percussions, accordéon, txistu
  • Émilie Girard-CharestArtefaktuak , 2024 (Création canadienne) pour percussions, accordéon et txistu
  • Ramon Lazkano: Jalkin , 2012 (Création canadienne) pour quatuor de saxophones SATB
  • Émilie Girard-CharestQuantum Statistical Zero-Knowledge 2021 (**Commande de Quasar) pour quatuor de saxophones (SATB), percussions, accordéon, txistu

Artistes

La programmation 2025-2026 du Vivier, cet organisme qui chapeaute la plupart des organismes, artistes ou sociétés de concerts, démarre ce mardi 16 septembre avec le programme Bad Trip présenté par la formation Paramirabo, dont le directeur et flûtiste est aussi le directeur artistique du Vivier. À l’aube de cette saison au cours de laquelle on présentera une cinquantaine de programmes, Jeffrey Stonehouse nous parle de ce premier concert de Paramirabo et aussi de l’esprit incarnant cette longue et riche programmation du Vivier. Tout un trip en perspective!

INFOS SUR LA PROGRAMMATION DU VIVIER ICI

INFOS SUR LE PROGRAMME BAD TRIP DE PARAMIRABO, 16 SEPTEMBRE, ESPACE ORANGE DU WILDER, ICI

PAN M 360 : Y a-t-il un angle général à la programmation 2025-26, ou bien finalement c’est votre adaptation à l’actualité et à la disponibilité des projets auxquels on souscrit?

Jeffrey Stonehouse : La saison régulière, c’est vraiment axé sur les propositions qu’on reçoit de nos membres. On les insère alors dans une espèce de chevauchement qui a son sens, sa cohérence. Souvent, des projets individuels sont mis en dialogue avec d’autres. Mais en ce qui a trait à une plus grande stratégie de direction artistique, ce travail se trouve davantage dans la Semaine du Neuf – l’hiver prochain. 

PAN M 360 : Vous avez une cinquantaine de programmes où vous représentez les organismes d’une certaine façon en en diffusant les œuvres. Quelle est la proportion à l’intérieur de cette programmation courante où vous avez vraiment une direction artistique très claire dans les œuvres impliquées? 

Jeffrey Stonehouse :  Il y a des  co-commandes qui faites pour le Quatuor Bozzini, des œuvres de  Cassandra Miller, Zosha Di Castri et Taylor Brook. Dans ce cas, Le Vivier fut actif au niveau de la co-commande avec des partenaires – Time:Spans de New York et Soundstreams de Toronto.

PAN M 360 : De manière générale, toutefois, votre direction artistique s’exerce  dans le choix des œuvres diffusées, sans les avoir commandées.  

Jeffrey Stonehouse : La façon dont ça fonctionne, c’est par appel de projet; les ensembles et les artistes membres nous proposent des projets que l’on sélectionne ensuite. On agit soit à titre de codiffuseur, parfois à titre de collaborateur au projet, et soutient toujours la mise en vente du concert afin de renforcer notre milieu. 

PAN M 360 : Comment on peut parler de progression dans les dernières années, depuis que tu es à la direction artistique ? Comment vois-tu l’évolution récente ? 

Jeffrey Stonehouse : Je commence ma quatrième année. Une des choses dont je suis le plus fier, c’est notre soutien à la relève; nous avons tout un programme pour la relève, pensé comme un mentorat afin d’accompagner les premières autoproductions d’artistes qui ont terminé leur formation. Je suis également fier d’avoir instauré les cartes blanches au cours des dernières années

PAN M 360 : La Semaine du Neuf revient en mars prochain, c’est un peu votre point culminant, votre terrain de jeu par excellence en tant que directeur artistique.

Jeffrey Stonehouse :  C’est sûr que le festival demeure le plus grand terrain de jeu pour moi. On veut aussi y encourager une certaine réciprocité pour notre communauté locale à l’international. Les invitations qu’on fait durant le festival servent directement à bâtir des projets par la suite, comme par exemple ce qui vient de se passer au Festival Time:Spans à New York en août, on a pu y voir un focus Québec avec le Quatuor Bozzini, l’ensemble Sixtrum et No Hay Banda. Tout s’est d’ailleurs  très bien passé. Aussi cet automne, nous irons à Strasbourg avec une délégation locale. Qu’on accueille à la Semaine du Neuf des artistes internationaux et aussi des professionnels internationaux  donne l’occasion à ces derniers d’entendre nos artistes ici au Québec. Par la suite, ça peut faire de beaux projets.

En fait, les principaux partenaires étaient le festival TimeSpan et SoundStreams de Toronto.  Ici, le grand intérêt était que ce projet-là nous présentait avec une opportunité pour faire des liens, spécifiquement des liens un petit peu à travers un espèce de corridor nord-est, pour un peu renforcer les partenaires qui sont un peu plus près de nous.

PAN M 360 : Effectivement, Toronto et New York devraient être des incontournables pour nos musiques de créations, il y a une proximité géographique bien réelle.

Jeffrey Stonehouse : À Montréal, on a tendance à être un peu insulaire, un peu dans notre bulle. Et je trouve qu’on a beaucoup de chemin à faire pour s’ouvrir un peu plus à ce qui se passe à New York et à Toronto. Ce sont deux des grands centres qui sont très près de nous, mais avec qui, présentement, on a peu de dialogue.

PAN M 360 : Vous avez plus de dialogue avec l’Europe qu’avec l’Amérique, en fait. Tout à fait, surtout la France, d’ailleurs. Essentiellement la France, on peut comprendre.

Jeffrey Stonehouse : Des liens naturels aussi.

PAN M 360 : Il y a aussi une longue relation avec la musique contemporaine et le Québec, la musique contemporaine boulésienne, autrement, IRCAM, etc. Il y a toujours une relation. Alors, c’est un peu naturel, effectivement.

Jeffrey Stonehouse : Oui. Je trouve que c’est intéressant d’explorer et de continuer à faire ces collaborations-là, comme tu le mentionnes avec l’IRCAM, par exemple. Ça restera un partenaire très intéressant. Par exemple, d’ailleurs, on a un groupe de relève qui va être en résidence à l’IRCAM en début octobre.  

PAN M 360 : On commence donc la saison par un programme de Paramirabo, dont tu assumes toujours la direction.

Jeffrey Stonehouse : Oui, cette année c’est Paramirabo qui ouvre le bal. On célèbre les 15 ans de l’ensemble, donc c’est un gros coup d’envoi. On a invité le chef d’orchestre Guillaume Bourguignon, qui va nous diriger dans Professor Bad Trip de Fausto Romitelli, une œuvre qui fut écrite entre 1998 et 2000,  inspirée des écrits d’Henri Michaux sur ses trips de mescaline. Plusieurs sons évoquent la respiration,  les battements cardiaques réguliers, irréguliers, rapides ou lents. Le compositeur a imaginé ça à partir des effets des drogues hallucinogènes ou autres sur le corps. Romitelli se voyait un peu comme le badass de la musique contemporaine ! On y observe l’utilisation de techniques étendues, très intéressantes et très efficaces.  

PAN M 360 : Autre pièce au programme?

Jeffrey Stonehouse : Il y a aussi la création canadienne de Limit, de James O’Callaghan, qui vit entre Montréal et Berlin, un artiste avec qui nous avons collaboré de très près. Limit regroupait à l’origine deux ensembles autour de sa musique. C’est une pièce où l’instrumentarium ressemble à celle de Professor Bad Trip, à l’exception de ces deux clarinettes, dont la clarinette contrebasse jouée par Lori Freedman dans toute sa splendeur. Cette œuvre porte aussi des citations, elle rend hommage à la musique concrète de Pierre Schaeffer ou de Pierre Henry mais  aussi à la musique pop industrielle, on peut même penser à Depeche Mode.

PAN  M 360 :  Mise en scène? 

Jeffrey Stonehouse : Cédric Delorme-Bouchard assure la conception éclairage pour ainsi faire le pont sur le projet complet. Son travail est pour nous un coup de cœur, on a très hâte de présenter ce programme !

PAN M 360 : Autres recommandations?

Jeffrey Stonehouse : Il y en aurait plusieurs autres mais je voudrais mettre l’accent sur notre nouvelle série plus intime, présentée dans notre lieu de l’église Saint-Hilda, rue De Lorimier, entre Beaubien et Bellechasse. Le premier concert aura lieu le 7 octobre 2025, mettant en lumière le pianiste Joseph Houston. Venez explorer notre nouveau lieu, une vieille église anglicane où la vie religieuse cohabite avec nos pratiques.

PAN M 360 : D’ici juin 2026, nous reviendrons régulièrement sur la majorité absolue des concerts de cette énorme saison et…

Jeffrey Stonehouse :  S’il y a quelque chose qu’on peut peut-être retirer de cette saison à venir c’est la variété de la proposition et une forte présence de la diversité qui vient enrichir l’esthétique du milieu. C’était déjà très diversifié, mais il y a encore toujours de nouveaux éléments à proposer. 

Programme

Artistes

La SAT et Making Time, un festival de niche très prisé à Philadelphie, s’associent pour célébrer les 25 ans de cet événement tenu ce weekend à Philly et dont le complément montréalais se tiendra du samedi 27 septembre prochain, 22h, au lendemain dimanche 28, 6h. 

Au cours des dernières années, Making Time a présenté quelques soirées à la SAT par le passé, mais celle qui vient s’annonce beaucoup plus ambitieuse. Ainsi, les trois étages de la SAT seront mobilisés par une douzaine d’artistes renommés internationalement et autres découvertes locales. 

Plus précisément, on aura droit aux prestations de l’Irlandaise Maria Somerville (shoegaze), DJ Python, James K (deep house, électro latine), Djrum (avant-garde, classique contemporain), la Britannique aya (électro multi-genre) et l’Américain Dave P (multi-genre), le fondateur de Making Time. S’y produiront au rez-de-chaussée. L’Afro-Britannique SHERELLE (footwork, ghetto-tech, gabber etc.), la Montréalaise Honeydrip (dub, dancehall, dubstep) et le tandem local Zillas on Acid (death disco, dub, etc.) présenteront leur set sous le dôme. De plus, un nouvel espace lounge sera aménagé au deuxième étage, s’y produiront les artistes locaux CPR Annie, URA et Myfanwy. 

En toute collégialité. cette programmation a été conçue par Dave P, le cerveau américain de Making Time et Alexandre Auché, un cofondateur de PAN M 360 et haut gradé de la SAT à qui l’on doit cette programmation, se veut une célébration de son propre éclectisme : shoegaze, électro, hi-hop et techno de pointe. 

Pour en savoir davantage et se préparer à cette nuit entière de Making Time, PAN M 360 a causé avec Alexandre Auché. 

photo: Alex Auché et Dave P

PAN M 360 :  Making Time, donc. Qu’est-ce qui t’a mené à faire cette affaire-là? Fais-moi la genèse de ton rapport à Making Time.

Alexandre Auché : C’est Dave P qui est le directeur artistique des événements Making Time à Philadelphie, depuis 25 ans. 

PAN M 360 : Comment as-tu connu Dave P ? 

Alexandre Auché : Je l’ai connu par des amis sur des tournées,  je côtoie un peu le même milieu de la musique que le sien. On s’est croisés plusieurs fois à Barcelone, on s’est vus à New York, on s’est même vus à Coachella et j’ai fini par assister à son festival à Philadelphie. Je le considère comme un très bon ami et je crois qu’il a très bon goût en musique. Depuis 25 ans, Dave P offre ce genre de soirée mélange du live rock et DJs, il a toujours eu une culture du mélange.  Comme ses événements à Philadelphie fonctionnent super bien, il y a beaucoup d’artistes que j’ai déjà bookés à Montréal qu’il a pu faire à Philadelphie.

PAN M 360 :  Making Time est une signature, donc.

Alexandre Auché : Oui, Dave P a décidé d’en faire une version festival depuis 3 ans.  C’était plutôt une série auparavant, des événements qu’il organise dans des clubs, sous la bannière Making Time. Aussi, c’était même une émission de radio. Il a décidé de créer tout ça pour se faire plaisir, créer le festival de ses rêves, surtout en Amérique du Nord où c’est plus difficile d’avoir ce genre de line-up. Ça peut se rapprocher d’un Sonar ou d’un Primavera Sound, mais sans en avoir la taille. 

PAN M 360 : Un festival américain inspiré par l’Europe, donc?

Alexandre Auché : On peut dire mais… l’idée pour David P, c’était de mettre tous ses artistes préférés dans un site assez magique, soit le Fort Mifflin, situé au bord de  bord d’une rivière, tout près de l’aéroport de Philadelphie. Un site  magique,  magnifique. Il y a des salles voûtées en pierre à l’intérieur et des milieux humides autour. Outre les scènes extérieures, le festival Making Time y a aménagé un lounge expérimental de 200 places, des installations d’art visuel, espaces  restos, bars à vin nature, cocktails, etc.

PAN M 360 : Donc, ça t’a inspiré, et ultimement tu as décidé d’en faire un pendant montréalais, c’est ça ? 

Alexandre Auché : David P et moi-même avions travaillé ensemble sur trois événements avant celui-ci. Je les avais fait d’abord venir pour un projet sous le dôme, en février 2023. Il y avait Dave P, Priori et Claire Rousay, une musicienne de folk expérimental. C’était un chouette mélange. Après, je l’avais invité Dave P pour le Nouvel An pendant que la SAT était en travaux, puis il est revenu l’année dernière, en tant que DJ.  On avait alors parlé d’un événement plus important à la SAT sorte de mini festival dont l’objet était de reproduire à la SAT l’ambiance du festival de Philadelphie. 

PAN M 360 : Comment reproduire à Montréal l’ambiance du Making Time de Philadelphie?

Alexandre Auché : Ce qu’on a gardé de Philadelphie, c’est l’esprit de plusieurs salles avec des ambiances complémentaires : l’espace SAT au rez-de-chaussée, le dôme, et on va ouvrir aussi notre espace galerie SAT en tant que lounge avec installation vidéo, éclairages et fauteuils. Pour l’occasion, l’habillage visuel de la SAT sera assuré par Klip Collective, en collaboration avec Bloom studio. Klip Collective est une part très importante de Making Time à Philadelphie, ayant fait toutes les installations vidéo/éclairages du festival, tant sur les scènes extérieures que dans les salles du fort. C’est une partie super importante de l’événement. Pour adapter l’événement à la SAT, Klip Collective fera donc une collaboration avec Bloom Studio. 

PAN M 360 : Quelles sont tes meilleures prises d’après toi? M

Alexandre Auché :  Je te dirais pas mal tous, en fait. Je sais que c’est un peu générique, mais je suis vraiment hyper fier de cette programmation. On a eu quand même le choix de sélectionner pas mal d’artistes différents. On a gardé la crème de la crème de ce qu’on nous avait proposé. On a été très sélectifs, donc il y a une grande fierté d’avoir chaque artiste. Et c’est ça qui est chouette.  L’idée c’était vraiment de mélanger les genres. De pas être uniforme. On ne fait pas une soirée techno, on n’a fait pas une soirée drum & bass. On fait pas une soirée rock shoegaze. On a fait tout ça en même temps.

PAN M 360 : Quelques exemples?

Alexandre Auché : Maria Somerville a un peu retourné tout le monde, c’est un peu le renouveau shoegaze, avec tout ce que ça peut représenter aussi tout  ce qu’on a aimé à l’époque de cette scène anglaise. Luster, son nouvel album, a récolté des super critiques à l’international, c’est aussi le cas de James K aussi côté deep house, Friend est un magnifique album. Aya s’amène avec un set  live complètement fou! Je ne vais pas la comparer à Arca, mais il y a quelque chose de ça… Djrum,  c’est quand même un des artistes les plus intéressants en musique électronique, mixant le jazz hip-hop, dubstep ou même de musique contemporaine expérimentale, il est capable de faire du dancefloor comme du très pointu. La productrice britannique SHERELLE, c’est aussi excellent. 

PAN M 360 :  Ça commence en soirée samedi 22h, et ça se termine le lendemain, 6h. 

Alexandre Auché : En fait, on profite de cette nouvelle législation pour pouvoir poursuivre un peu plus le contexte. Mais la législation est-ce qu’elle est à chaque semaine, elle est toujours maintenant ou ? Oui il faut la demander. Il faut demander les dérogations. de temps en temps on obtient un samedi 24h. On le fait pour des projets vraiment spécifiques sur lesquels on a vraiment travaillé.  

PAN M 360 : Et vous avez vraiment travaillé sur ce Making Time version MTL!
Alexandre Auché : Je suis vraiment ultra content de la programmation! Je pense que c’est une des plus solides que j’ai pu sortir dans ma carrière depuis l’époque du MEG. Avec un événement comme celui-là, on pousse les gens à sortir un peu plus, à voir et entendre des choses qu’ils ne connaissent pas, à ressentir la vibe de cette nuit.

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À quelques jours du dévoilement final du Prix Polaris qui déterminera le 16 septembre l’album canadien par excellence de la dernière année, nous mettons en ligne cette interview de Lou-Adriane Cassidy, réalisée à la mi-juillet dans le tourbillon de son triomphe absolu sur les scènes francophones d’Amérique, très clairement au top de cette nouvelle vague d’artistes que certains qualifient d’âge d’or de cette culture, rien de moins. Puisque Lou-Adriane est parmi les 10 finalistes au Canada pour son album Journal d’un Loup-Garou, le sujet était incontournable et s’inscrit aujourd’hui parmi les facteurs importants de son rayonnement actuel. Les autres éléments de “sa conjoncture”, tout aussi importants, sont évidemment abordés dans cet entretien.

PAN M 360 : Puisque tu donnes des interviews sur tes deux derniers albums depuis leur sortie respectives à l’hiver et au printemps dernier, puisque je suis le 250e  à te parler de ton propre phénomène (je blague), on fera ça autrement : en causant d’abord de ta nomination dans la liste courte du Prix Polaris pour ensuite aller en profondeur sur ton œuvre récente.

D’abord, je te rappelle qu’un seul groupe/artiste s’exprimant en français dans son art a gagné le Polaris depuis sa fondation il y a 19 ans : Karkwa en 2010. Si tu gagnes cette année, tu seras la 2e. Mais… comme je l’ai souligné plusieurs fois, la coolitude canadienne n’est pas exactement du côté francophone par les temps qui courent. Normalement, tu devrais être une très sérieuse prétendante au prix. Alors si tu gagnes, c’est que la majorité des membres du “grand jury” auront saisi l’importance de ta contribution et la nouvelle vague francophone que tu incarnes. Ce serait alors un exploit historique. 

Lou-Adriane Cassidy : Oui, c’est fou! Ça fait se poser des questions quant au regard du Canada sur le Québec. Je me dis que parfois, ça crée une si vive réaction, que ce pourrait être vraiment dérangeant de gagner. Karkwa n’avait-il pas créé une controverse en gagnant à l’époque?

PAN M 360 : Il s’était quand même trouvé des gens du Rest of Canada qui avaient lâché quelque chose comme Who the fuck is Karkwa???

Lou-Adriane Cassidy: Le Polaris n’est pas un prix de popularité, je ne vois pas le lien… Oui, il y a la barrière de la langue et en même temps plusieurs artistes canadiens ont gagné dans d’autres langues que le français ou l’anglais, Jeremy Dutcher a gagné deux fois.

PAN M 360 : Jeremy Dutcher, Lido Pimienta, Pierre Kwenders, etc. Et… semble-t-il que l’expression linguistique qui représente 25% de la pop a gagné 5,25%  des Prix Polaris. Et ça n’a pas grand-chose à voir avec la qualité et ça a tout à voir avec les perceptions.

Lou-Adriane Cassidy : Je n’ai rien contre une victoire de la diversté, je suis absolument pour la diversité mais on peut se demander pourquoi on (francophones) n’est pas inclus.

PAN M 360 : Nous sommes les premiers à applaudir les victoires des artistes autochtones ou issus des communautés culturelles, le problème n’est pas là. Le problème réside dans notre quasi impossibilité de gagner depuis les débuts du prix. Ça nous en dit long sur la perception des non francophones canadiens qui votent sur tous les jurys du Polaris. Évidemment, ce n’est pas mal intentionné mais les résultats parlent d’eux-mêmes.

Lou-Adriane Cassidy : Mais la coolitude francophone a-t-elle déjà existé au Canada anglais?

PAN M 360 : Il y a déjà eu un intérêt chez certains. À l’époque où Pierre Elliott Trudeau était perçu comme cool (avant octobre 70), il y avait un intérêt pour la culture francophone. Chez les fans de prog anglo, par exemple, on était impressionné par Harmonium ou Cano. Mais… tu as raison de poser la question, car ça reste effectivement très mince. Vu notre historique des deux solitudes, plus tendu que détendu, quelque chose s’exprime inconsciemment, le processus de sélection du Prix Polaris n’y échappe pas. Je ne crois pas pour autant que ce soit délibéré. On en saura davantage le 16 septembre!

Passons donc à d’autres sujets. Tu as vécu déjà à Montréal?

Lou-Adriane Cassidy : J’y ai vécu 2 ans et je suis retournée à Québec où je suis installée. Je suis née dans le quartier Saint-Roch et je vis à Limoilou. J’avais quitté la ville parce que je voulais quitter le nid. Je suis chez moi à Québec, il y a moyen d’y vivre et de contribuer à cette communauté des artistes de ma ville tout en faisant le reste. Il y a moyen de s’arranger puis de rester ici. Puis moi, j’aime contribuer à ça aussi, au foisonnement de ma ville. 

PAN M 360 :  C’est très cool que tu sois de Québec… Enfin, il faut quand même se le répéter : c’est ton année! Ça n’arrive pas souvent dans une vie, un tel succès. Peut-être pourras-tu répéter cet exploit, impossible de le prédire. Mais déjà, d’y être parvenue, c’est déjà très gros.  L’avais-tu vu venir? Comment t’as vu la sauce monter? 

Lou-Adriane Cassidy : Ben non, je ne l’ai pas vu venir. Je ne pense pas qu’on puisse voir venir. Je l’avais vécu un peu de l’extérieur quand Darlène a lancé Hubert Lenoir. Je faisais partie de la tournée, c’était très intense. Je pense que c’était plus difficile que cette année parce que tout le monde était plus jeune. Hubert était très polarisant aussi, ça rendait les choses moins faciles à vivre.

PAN M 360 : Et cette fois?

Lou-Adriane Cassidy : Je ne m’attendais pas du tout à vivre ça. J’avais une carrière dont j’étais très fière, ça continuait de se développer. J’avais un public, je me sentais déjà très privilégiée, en fait. J’étais vraiment fière de l’album  Loup-Garou. J’avais des espoirs, bien sûr, on en a tout le temps. Mais je n’avais  pas osé aller jusque-là dans ma tête. C’est pourquoi je ne pense pas que ça se mesure ou que ça se calcule, ces choses-là. Dis-moi dis-moi  a passé à la radio commerciale… quand même beaucoup. Je ne pensais vraiment  pas que cette chanson aurait cet effet..

PAN M 360 : Dans la vaste majorité des cas, c’est la radio commerciale qui décide quoi diffuser. Mais parfois, comme ce fut le cas que Dis-moi, dis-moi, il arrive qu’une chanson « alternative » devienne un trop gros succès et déborde les critères, la FM est alors obligée d’embarquer. Belle victoire de la qualité sur la préfabrication!

Lou-Adriane Cassidy : Oui, vraiment. Et je suis vraiment heureuse de passer à la radio commerciale. On est les premiers à dire qu’il n’y a plus de diversité et d’ouverture dans les genres. Donc, si la radio commerciale commence à s’ouvrir un peu, je suis contente de faire partie de tout ça. Je suis très contente!  Je continue à faire ce que j’ai fait tout le temps depuis les 8 dernières années, des spectacles, des albums. 

Ce n’est donc pas un changement intérieur qui explique ce succès. En fait, je suis heureuse de vivre ça, que ça se produise à la radio commerciale. Parce que justement, j’ai vraiment fait ça en complet amour de la musique et de ce que je voulais faire. On a énormément travaillé et il y a quelque chose de très satisfaisant de vivre ça. Parce que ce n’est pas toujours le cas, en fait!  Alors pour moi, ce travail reste indépendant eet cette adéquation est une grande fierté pour moi. 

PAN M 360 : C’est naturel, c’est organique, effectivement. Tes amis Ariane Roy et Thierry Larose auraient pu avoir un impact. Que la sauce prenne plus pour l’un ou pour l’autre reste  un phénomène intangible, il n’y a pas des explications rationnelles à suggérer pour expliquer un tel succès. C’est une chance mais tu as fait ta chance, c’est pleinement mérité. Cela étant, tu as plus de succès populaire que tes meilleurs amis avec qui tu travailles. Alors, c’est sûr que ça crée une disparité, mais en même temps, il n’y a aucune explication à y avoir pour savoir pourquoi c’est toi et pas les autres.

Lou-Adriane Cassidy : Je trouve quand même qu’on s’élève aussi les uns les autres. Pour moi, il n’y a pas un écart si grand qui se crée. Je pense que là, c’est plus, mettons, grand public. Mais Ariane et Thierry ont des fans fidèles et nombreux. Ils ont de très belles carrières.

PAN M 360 : Il n’y a aucun doute là-dessus. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une différence entre une belle carrière et faire les plus grosses affiches des festivals. C’est quand même une autre coche mais ça n’a rien à voir avec la qualité.  On trippe autant sur Ariane Roy  et Thierry Larose que que sur ton travail, on ne voit pas de différences claires en termes de qualité. Grosso modo, vous êtes des artistes d’égale qualité. C’est très bien que vous mainteniez votre amitié dans ce contexte.

Lou-Adriane Cassidy : Oui, je les admire mille millions de fois! Mon succès, je pense qu’on y a contribué ensemble. On a construit beaucoup de choses ensemble. On a beaucoup appris ensemble. Pour moi, ce lien est très fort.

PAN M 360 :  Visiblement, tu traverses dans une période aussi d’intense création. Deux albums distincts en un seul trimestre!

Lou-Adriane  Cassidy : En fait, Loup-garou ne s’est pas fait rapidement,  ça a été une longue gestation. Quand on était en train de finir cet album, j’avais encore des chansons de Stéphane Lafleur qu’il m’avait envoyées au cours des dernières années – il m’avait déjà  écrit une chanson sur mon deuxième album, tous les deux avions vraiment aimé cette collaboration. Ça l’aidait, je pense, avec la création de son propre répertoire, car il  disait alors avoir du mal à écrire pour Avec pas d’casque à ce moment-là. Et il m’envoyait des chansons de temps en temps.

J’ai beaucoup d’admiration pour son talent, mais ça ne fittait pas avec Loup-Garou. J’ai alors commencé à écrire la chanson Adieu, est venu le projet de faire un album différent, en complète réaction au précédent.

L’idée était de faire un album où on n’aurait une courte durée de production et où tout le monde devrait jouer ensemble dans la même pièce. Je ne suis pas en train de dire que j’ai inventé quelque chose, mais on ne fait plus beaucoup ça.

PAN M 360 :  Des prises de son live pour l’album Triste animal, donc. 

Lou-Adriane Cassidy : Oui, tout le monde ensemble, avec les voix, les chœurs, tout ça. Il y a eu rien qui s’est enregistré par-dessus. C’était vraiment ça, joué et chanté dans le moment, pas d’altération. Ce processus-là, je le trouvais vraiment excitant et qui était vraiment différent de ce qu’on avait fait auparavant. J’ai booké le studio à l’automne 2024. J’avais trois chansons au départ et j’avais un album à la fin.  

Des fois, il est intéressant de tester un peu ses limites créatives, voir où on va quand on est poussé dans ses retranchements. J’ai d’ailleurs failli annuler le studio quelques jours avant parce qu’il manquait des textes. Je pense qu’il y a un petit côté masochiste là-dedans, c’est très inconfortable mais  la satisfaction d’arriver au bout est grande et valorisante. Qu’est-ce qui va se passer? Comment va-t-on y arriver? On a des angoisses, il y a des mystères et … les choses se passent. 

PAN M 360 : L’inspiration demeure un mystère…

Lou-Adriane Cassidy : De quelle manière est-ce canalisé? C’est mystérieux effectivement. Tu as besoin d’une impulsion. Après, tu peux développer le travail. Si tu n’as pas cette impulsion, ça peut devenir paniquant!

PAN M 360 : Et la suite des choses, au terme des grands festivals de l’été?

Lou-Adriane Cassidy : Un nouveau spectacle est prévu à l’automne. Ça va durer en  2025 et  en 2026.

PAN M 360 : Avec au programme, surtout un mélange des deux albums, c’est ça?

Lou-Adriane Cassidy : Oui, c’est ça, nouvelle mise en scène et tout et tout. Un mélange des deux albums et aussi des incontournables. J’ai réalisé récemment  que je pouvais compter sur un vrai répertoire, et ne pas avoir le choix de faire telle ou telle chanson en spectacle. Je suis comme passée de l’autre côté. 

NDLR : Alain Brunet a réalisé cette interview avec Lou-Adriane Cassidy à la mi-juillet. Nous avions alors causé du Polaris avec la nouvelle reine de l’indie pop francophone du Québec, entre autres sujets abordés dans cette interview ce qui justifie la mise en ligne de cet entretien deux mois après sa réalisation. Or, l’auteur de ces lignes ne savait pas à ce moment qu’il serait sélectionné sur le “grand jury” du Prix Polaris, qui déterminerait le gagnant final du fameux prix pancanadien. L’invitation à ce « grand jury » est ainsi venue APRÈS la réalisation de cette interview. Les propos tenus ici ne sont donc aucunement teintés par la participation de l’auteur au jury final du prix et ne constituent en aucun cas un indice des discussions menées au sein de ce jury, discussions secrètes qui ne pourront en aucun cas être rendues publiques.

La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) présente ici la portion automnale de sa saison 2025-2026 et maintient le cap visé par l’actuelle direction artistique qu’incarne le compositeur Simon Bertrand depuis que Walter Boudreau s’est retiré dans ses terres pour s’y consacrer exclusivement à la composition et que la compositrice Ana Sokolovic y a effectué un bref passage. Menée par la direction artistique de Simon Bertrand, l’expérience très concluante du festival Montréal/Nouvelles Musiques 2025 a donné un nouveau souffle à la SMCQ, qui propose une saison 25-26 axée sur le dialogue intergénérationnel, le renouvellement et la croissance de son public ainsi que sur l’assomption de son américanité.

PAN M 360: Le regard intergénérationnel sur la musique de création est le thème central de la 60e saison  de la SMCQ. Que justifie ce choix?

Simon Bertrand: Normalement, puisque nous sortons d’une année de festival M/NM, nous devrions être en saison hommage. Cependant, celle-ci fonctionne habituellement autour d’un seul compositeur. Or, comme c’est le 60e anniversaire de la fondation de la SMCQ, j’ai préféré rendre un hommage à l’ensemble des compositeurs qui ont marqué la SMCQ, mais aussi à ceux qui sont garants de son avenir.  Donc, il s’agit aussi  des compositeurs d’aujourd’hui et de demain, d’où cette idée d’un dialogue intergénérationnel entre plusieurs générations de créateurs, sorte de pont entre les générations qui, à mon avis, est indispensable et qui nous a souvent cruellement manqué. 

PAN M 360: Comment cela est-il décliné? Approche rétrospective?

Simon Bertrand: Ce que je voulais éviter, justement, était l’approche rétrospective avec une forte dose d’auto-congratulation pour un passé glorieux, ou une approche trop historique. 

Mon but est plutôt de faire dialoguer les œuvres, et de faire dialoguer leurs témoignages musicaux  et humains. Comme disait Varèse, « être moderne,  c’est être naturel, c’est être un interprète de l’esprit de son temps »  C’est aussi « simple » que ça ! ( sourire) 

PAN M 360 : Comment alors entrelarder les répertoires de six décennies? 

Simon Bertrand: 

Pour le concert du 30 octobre de temps fort intitulé « au chœur du Québec »,  le fil conducteur et bien sûr l’écriture pour chœur, mais avec des approches esthétiques extrêmement différentes les unes des autres. 

Dans le cas du premier concert montréalais le 15 novembre à la salle Claude-Champagne,  il s’agit d’une célébration du 60e de la SMCQ,  mais aussi du 75e de la Faculté de Musique de L’UdM.Or, il s’avère que plusieurs compositeurs ayant  joués un rôle important dans la SMCQ l’ont également fait pour la Faculté de Musique de l’Université de Montréal. C’est ainsi qu’on retrouve Garant,Tremblay, Sokolovic, Boudreau et une création commandée par la SMCQ au jeune compositeur Maxime Daigneault à ce programme. 

Les concerts de la 2e partie de saison après Noël  seront annoncés ultérieurement. On tentera justement de relever le défi de faire dialoguer plusieurs générations et approches esthétiques ensemble. Le programme complet sera annoncé bientôt, mais je peux déjà vous dire que nous aurons comme invité l’ensemble Éclat, l’Orchestre de l’Agora, l’Ensemble de la SMCQ, et aussi un concert de piano de musique québécoise avec Philippe Prudhomme et Louise Bessette, et que la saison sera parsemée de nombreuses créations commandées par la SMCQ spécialement pour son 60e anniversaire. Il est essentiel de continuer à passer des commandes aux compositeurs afin qu’ils puissent nous donner un précieux témoignage musical de notre époque, et c’est mon cheval de bataille à la SMCQ : faire travailler les compositeurs, et les servir le mieux possible.

PAN M 360 : Comment créer un dialogue intergénérationnel entre les compositeurs.trices , sachant que des esthétiques d’aujourd’hui se distancient de la musique contemporaine telle qu’on l’entendait dans les années 50, 60, 70 et 80?

Simon Bertrand: Dialogue ne veut pas dire mettre des œuvres ensemble qui disent la même chose, et de la même manière. Sinon cela serait trop monochrome. 

Il n’y a plus de grand courant esthétique, ou d’école de pensée dominante comme il y a eu dans les années 60 jusque dans les années 90 : les compositeurs ne ressentent plus le besoin de s’affilier un système ou un langage musical spécifique et aspirent à l’intégration, la fusion et à la synthèse, et ils ont des approches très singulières.

Je ne cherche donc pas à créer des liens de filiation, la musique contemporaine aujourd’hui est une merveilleuse tour de Babel avec une abondance de langage et d’approches différentes. Les compositeurs sont, plus que jamais, de merveilleux polyglottes !

PAN M 360: Jusqu’à une période récente, le public de la musique contemporaine vieillissait d’année en année, sans croître. Ce qui mène à cette question: les musiques de création sont-elles vraiment intergénérationnelles, au-delà de l’intérêt qu’y portent les jeunes compositeurs-trices et autres étudiant.e.s en musique ?

Simon Bertrand: Elles sont surtout, et plus que jamais, multidisciplinaires. Et c’est bien là que se trouve le filon pour développer le public c’est-à-dire en allant chercher le public des arts visuels, du cinéma, etc. Bref, trouver un public intéressé par d’autres formes d’art et à leur rencontre avec la musique de création. Aussi, comme la frontière entre musique instrumentale et musique électroacoustique ou la musique écrite et improvisée est de plus en plus fine, voire inexistante, cela ouvre aussi la porte à de nouveaux publics. 

PAN M 360 : Et voilà un premier signe de succès pour cette vision: particulièrement dans le contexte de M/NM 2025, un coup de barre a été donné avec pour résultat principal un accroissement de votre auditoire. Quel est votre nouveau public?

Simon Bertrand: Il est évident qu’une grande partie de notre public et notre communauté mais par ramification aussi les autres communautés artistiques, mais il ne faut pas sous-estimer le besoin et l’envie du public de découvrir des choses totalement inusitées et nouvelles et d’explorer des nouveaux mondes sonores : pendant M/NM 2025 , on a vu des gens aux concerts qu’on n’avait jamais vus avant, et je pense que la collaboration avec le milieu des arts visuels a beaucoup aidé. 

PAN M 360 : La SMCQ vient de présenter des œuvres de compositrices canadiennes en Colombie, soit à Manizales ou se tient le Festival Internacional de Música CiMa. Cherchez-vous désormais l’américanité?

Simon Bertrand: On a toujours pensé que la solution était de répéter le modèle européen au Québec, et de posséder par émulation de ce qui se fait là-bas par exemple à Darmstadt, au Domaine musical,  à l’IRCAM, etc.. Pour ma part, j’ai toujours eu des doutes sur cette approche. Je pense que la musique contemporaine européenne est une invention plutôt colonialiste, je ne pense pas que l’avenir de la musique de la création passe nécessairement uniquement par l’Europe mais bien par les autres continents. Et c’est l’impression que m’a laissé cet extraordinaire voyage en Colombie. Je pense qu’il faut commencer par s’interroger sur ce que nous avons à dire nous-mêmes avec nos propres manières de nous exprimer, c’est-à-dire qu’il nous faut une sorte d’introspection.

PAN M 360 : Cherchez-vous alors à vous distancier de l’influence dominante de l’Europe en musique contemporaine, dont les compositeurs québécois des deux premières générations ont été largement tributaires?

Simon Bertrand: Il n’est pas nécessaire de s’en distancer, cette influence s’est naturellement estompée avec le temps. Bien sûr les compositeurs connaissent la musique de Stockhausen de Messiaen, de Ligeti et autres gros « canons » du 20eme siècle, Et parfois même ils les assimilent à leur langage, mais sans ressentir le besoin d’une filiation directe avec une école de pensée ou à une école nationale. Mais n’est-ce pas là le reflet parfait du monde dans lequel nous vivons ? Il n’est pas anodin de voir que les créateurs recherchent plus que jamais la singularité dans un monde où on a si facilement accès à toute l’information. 

PAN M 360 : Quel sera le vecteur principal de votre développement à venir?
Simon Bertrand: M/NM 2027 sera consacré à la musique des Amériques, qu’elle vienne du Sud de la Patagonie jusqu’au Pôle Nord. Ce sera l’occasion de s’interroger sur ce que c’est que la musique des Amériques et l’américanité, malgré le monstre orange qui sévit en ce moment au sud de nos frontières. Donc, ça sera un bon moment pour développer nos connexions en Amérique du Sud, en Amérique centrale, aux États-Unis (quand même !)  et au Canada, et aussi de donner une place aux artistes autochtones.

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Le premier concert de Quasar fut donné en novembre 1994, soit il y a 30 ans, 31 dans deux mois. Au terme de sa saison 2024-25 et à l’aube de sa saison 2025-26, soit peu avant la rentrée montréalaise du quatuor de saxophones au Wilder, le 18 septembre aux côtés du trio basque Zukan, PAN M 360 a suggéré à ses membres une interview rétrospective, question de mettre en lumière cet ensemble excellent, porteur des musiques de création à travers le monde et promoteur de nos compositrices et compositeurs.

PAN M 360 : Le Quatuor Quasar célèbre ses 30 ans, cela s’est décliné en plusieurs événements marquants pour votre saison 24-25. Lesquels selons chacun.e d’entre vous ?

Marie-Chantal Leclair : Nous avons amorcé la saison 2024-25 avec une formidable tournée en Lituanie et en Suède à l’automne. Les retrouvailles avec le Stockholm Saxophone Quartet ici au Québec en Suède pour le Project Saxoctet furent mémorables. En fait, toute la saison a été fondée sur des échanges internationaux, soit avec la Suède (Saxoctet), la Lituanie (Automn Festival) et l’Allemagne (aDevantgarde Festival). Et surtout, 11 créations d’œuvres par des compositeurs du Québec, et des pays précédemment nommés. 11 créations qui représentent autant de rencontres marquantes avec des compositeurs et compositrices avec lesquels nous avons eu le plaisir de travailler.
Jean-Marc Bouchard: Ouf! Ce fut une saison bien remplie sous le signe de collaborations internationales.
Octobre 2024. D’abord une formidable tournée en Lituanie et en Suède en octobre ; rencontre avec des compositeur-trices, créations d’œuvres, rencontre avec de nouveaux publics, tout ça sous le signe de l’amitié et de la collaboration. En Suède, nous avons partagé la scène avec nos amis du Stockholm saxophone quartet avec le projet «Saxoctet». Quelques semaines plus tard, le projet «Saxoctet» se poursuivait au Québec avec une tournée de 3 concerts en commençant par la très belle salle Bourgie à Montréal et puis Chicoutimi et Québec.
Mars 2025: Tout ce qui m’épouvante…, cette production, qui s’est déroulée à l’Espace Bleu du Wilder était la reprise à Montréal du concert présenté en Lituanie en octobre. Trois œuvres fortes de compositeurs lituaniens et une d’une compositrice ukrainienne. Ce fut une rencontre artistique significative et marquante.

Mai 2025: Troisième rencontre internationale et non moins significative : Montréal-Munich. Six créations de trois compositeurs québécois et trois Bavarois. Gros programme comme on dit, mais combien enrichissant ! Et bonne nouvelle, ce programme nous le reprenons à Munich.

Juillet 2025: Trois grands projets de collaborations internationales, vingt-cinq concerts sur le territoire québécois sans compter les classes de maître, présentations de films. Bref une saison formidablement bien remplie.

PAN M 360 : 30 ans et le même alignement. On imagine aussi que l’amitié règne toujours!
Marie-Chantal Leclair : L’amitié, un attachement profond et même l’amour, je dirais!
Jean-Marc Bouchard: Gilles Vigneault disait qu’une « amitié qui prend fin c’est une amitié qui n’a jamais existé ». L’amitié c’est vivant, ça évolue sans cesse, ça s’adapte, ça demande de la générosité et de l’engagement. Oui, l’amitié règne toujours.
Mathieu Leclair: Oui, bien sûr, quelques discussions houleuses parfois, mais apparemment nous nous en sommes bien tirés. L’amitié et le plaisir de jouer ensemble priment et c’est sans doute ce qui fait qu’après 30 ans, nous sommes toujours ensemble.
André Leroux: L’amitié et l’esprit de famille se confondent et évoluent en se balançant l’un vers l’autre. Au final, malgré les divergences et les petits conflits, on s’en remet au sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand que chacun de nous et on se rappelle des raisons principales qui nous motivent.

PAN M 360 : Chacun.e d’entre vous pourrait-il livrer un témoignage de votre raison d’être en tant que quatuor?
Marie-Chantal Leclair : La création d’œuvres est notre moteur et cela l’a toujours été depuis le concert 1 en 1994. Notre processus s’est développé au fil du temps mais la mission n’a pas changé. Le travail d’exploration, de laboratoire, le tandem interprète-compositeur, cela est au cœur de notre démarche. Et ensuite, le partage avec le public, la scène, c’est aussi très important et cela donne le sens de tout ce travail.
Jean-Marc Bouchard: Notre raison d’être c’est un projet : créer un répertoire original pour notre ensemble en travaillant en étroite collaboration avec les compositeurs et compositrices de toutes générations, d’ici et d’ailleurs. Aller à la rencontre du public, offrir sans cesse le meilleur de nous-mêmes. Jouer de la musique! Créer une atmosphère qui fait voyager et qui redéfinit l’intention du compositeur d’une façon authentique . L’impression d’être soliste et en groupe donne une résultante puissante.

Mathieu Leclair: Chacun contribue à sa manière à faire avancer le projet, avec ses forces, ses aptitudes, son expertise. Je pense qu’il y a une certaine complémentarité entre les 4 membres du quatuor ce qui permet à tous d’y trouver sa place.

PAN M 360 : Rappelez-nous les premiers balbutiements de Quasar:
Marie-Chantal Leclair : Je me rappelle très bien de ce premier concert tenu le 26 novembre 1994, présenté par Codes d’accès au Monument National. Ce fut un moment déterminant, notre entrée sur la scène des musiques nouvelles montréalaises. Ça nous a donné un formidable élan. Notre participation au Concours-Festival Gaudeamus à Rotterdam en 1996 a aussi été important car il nous a ouvert sur le monde (ère pré-internet on se souviendra!). Dans la même veine, notre participation au Festival Présence à Paris en 1999 avec la SMCQ a été marquant et a marqué le début d’une longue et fructueuse collaboration avec la SMCQ, qui se poursuit d’ailleurs.
Jean-Marc Bouchard: Dès le cégep, j’ai été passionné pour le quatuor de saxophones, le son, la puissance, le caractère intime de cette formation. Ce fut comme un coup de foudre et j’adore toujours cette formation qui offre tellement de possibilités de timbres, de nuances, de couleurs etc…

Mathieu Leclair: Un projet de quatuor et une opportunité pour présenter un concert (avec Codes d’accès le 25 novembre 1994 au Monument National). Après, les choses se sont enchaînées, tranquillement au début pour finalement occuper pas mal de temps. Au fils des ans, on constate que la période des vacances d’été raccourcie.

PANM 360 : De quelle manière chacun.e d’entre vous a joint le quatuor ?
Marie-Chantal Leclair : C’est Jean-Marc (Bouchard) et moi qui avons initié le projet du quatuor, auquel Mathieu (Leclair) s’est naturellement joint. Comme André et Jean-Marc ont étudié en même temps, c’est à travers cette relation que Jean-Marc a recruté André (Leroux) si on peut dire.
Jean-Marc Bouchard: Marie-Chantal et moi avons formé un premier quatuor avec deux collègues d’université. La formation s’est transformée quand Mathieu est devenu membre du groupe. Et puis finalement, André s’est joint à nous pour le concert du 25 novembre 1994 en remplacement de notre ténor de l’époque. Nous sommes ensemble depuis lors! Ça fait maintenant 30 ans.
André Leroux: Jean-Marc et moi avions fait 5 ans de quatuor à St-Laurent et à l’UdM jusqu’en 1987 . On a développé des atomes crochus ayant même été colocs …On s’est revu autour d’une table de billard quelques années plus tard et je lui ai mentionné que jouer en 4te me manquait . Il m’a dit à la fin de la soirée que ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd …
Mathieu Leclair: Une histoire de famille, alors nous étions déjà pas mal proche moi, ma sœur (Marie-Chantal) et son chum (Jean-Marc). André s’est joint à nous pour le 1er concert et il est resté !

PAN M 360 : Histoire de famille! Conjoints, frère, sœur et André. Que dire de plus sur cette relation?
Marie-Chantal Leclair : Histoire de famille, certes, beaucoup de moments partagés, moments de joie, moments plus difficiles aussi, ça fait partie de la « game », mais toujours cette résilience, et des liens solides.
Jean-Marc Bouchard: On dit que les entreprises familiales sont celles qui perdurent. Ça semble se confirmer dans notre cas.
Mathieu Leclair: En fait, une histoire assez classique tant dans le milieu de la culture que le milieu des affaires (Steinberg, Ricardo Cuisine, Molson, les exemples sont nombreux au Québec !). Pourquoi changer une formule gagnante.
André Leroux: Résilience et acceptation de nos différences , comme dans toute bonne famille .

PAN M 360 : Quelles sont d’après chacun.e de vous vos qualités propres en tant qu’interprète au sein du quatuor ?
Marie-Chantal Leclair : Je pense être très engagée quand je joue. J’aime jouer! Aussi, j’ai un grand souci du détail, du respect de la partition. Je peux m’attarder longuement sur une fin de phrase, pour avoir le son parfait, travailler les attaques de groupe, les entrées. J’ai une écoute très attentive. Un peu maniaque…
Jean-Marc Bouchard: L’engagement sans condition. J’ai toujours en tête de faire mieux en me disant que si je fais mieux c’est l’ensemble qui fait mieux.

André Leroux: La polyvalence et ma qualité d’adaptation; ayant œuvré comme pigiste dans toutes les sphères musicales (ou presque…) , plusieurs réflexes au niveau de l’esthétique, du rythme et des contextes de scène semblent naturels comme un certain déjà vu.

Mathieu Leclair: Rigueur et travail. Pour arriver à présenter les différentes œuvres au programme s’est des qualités essentielles. Et le travail d’équipe.

PAN M 360: : Comment se vit la direction artistique et le choix des œuvres pour vos programmes? Une directrice artistique tranche au terme de remue-méninges? Comment ça se passe entre les membres et leur directrice artistique?
Marie-Chantal Leclair: Je suis officiellement la directrice artistique, je fais des choix, des propositions basées sur ce que je veux pour le quatuor mais basées aussi sur une volonté de servir la communauté des musiques nouvelles et d’y contribuer. J’essaie de développer une programmation stimulante pour la communauté et le public. Toutes ces décisions sont basées sur ma vie avec les autres membres du quatuor.
C’est ensemble que nous avons évolué esthétiquement, développé le son du groupe, et ses capacités techniques et expressives, et c’est ensemble que nous rencontrons les compositeurs et compositrices. Ceux-ci et celles-ci bien qu’ils ne font pas partie du quatuor font partie de notre expérience, de notre vécu. Pour moi, ça se passe bien, je laisse les autres répondre! Comme Jean-Marc (saxo baryton) est aussi mon conjoint, nous avons beaucoup de discussions artistiques, mettons que nous ramenons du travail à la maison… Ces échanges ont une grande influence sur mes choix artistiques.
Jean-Marc Bouchard: La directrice artistique, c’est Marie-Chantal, il n’y a pas de doute à ce sujet. Faire les choix artistiques c’est avoir des antennes, être toujours à l’affût, s’informer sans cesse. Ça demande des qualités très particulières et elle est douée en ce domaine. Outre la direction artistique, il y a la production, l’administration, l’organisation du travail, les communications. Bref tout le monde a de quoi s’occuper.
André Leroux: Tous les membres ont leur mot à dire par rapport aux pièces dans les programmes, mais la ou le directeur artistique de chaque programme tranche après une certaine consultation.
Mathieu Leclair: Nous avons une directrice artistique forte et on embarque dans le bateau. Après on rame tout le monde ensemble pour s’assurer d’arriver à bon port. Les projets artistiques sont audacieux et les compositeurs nous mettent souvent au défi. Je pense notamment à nos derniers projets tels que Chaleurs (Walter Boudreau), le théâtre musical de Thierry Tidrow, ou à des « classiques » tels que Licks & Brains (Klas Tortensson) ou Xas (Iannis Xenakis).

PAN M 360 : Peut-on parler de cycles dans l’évolution de Quasar sur 30 ans ?
Marie-Chantal Leclair: Oui, absolument! Cependant, le focus principal du quatuor a toujours été la musique nouvelle et la création. Quand nous avons commencé nous étions quatre très jeunes musiciens fraîchement diplômés avec beaucoup de détermination mais très peu d’expérience, forcément. Nos processus se sont beaucoup raffinés et en particulier en ce qui concerne l’accompagnement de la création.
Ceci a commencé au début des années 2000 avec la première édition de la série Électro où nous avons organisé une première série d’ateliers de recherche et création avec les compositeurs très en amont des concerts. Cela a marqué un tournant dans notre façon de travailler et cela s’applique maintenant à pratiquement tous les projets. Ateliers et résidences de création sont au cœur de notre pratique. Un autre cycle est celui du développement du volet international. Cela a débuté avec une première tournée en 2006 et comprend aussi depuis 2018 des coproductions, des co-commandes, des échanges et c’est très stimulant.

Jean-Marc Bouchard: Rien ne me vient à l’esprit à ce sujet. J’ai plutôt l’impression que les choses avancent inexorablement. Il y a toujours de nouvelles œuvres à jouer. On fait constamment la connaissance de nouvelles personnes. On visite de nouveaux pays. Bref on avance.

Mathieu Leclair: Je pense qu’il y a plutôt une évolution constante. Aujourd’hui nous avons plus de moyens et il est possible de prévoir des projets sur une plus longue période. Bien que ce ne soit pas nécessairement « plus facile » nous avons une expérience qui facilite la mise en place et la réalisation des projets. Que ce soient des projets d’envergure, avec d’autres artistes, les tournées …

André Leroux: Pouvez-vous répéter la question?

PAN M 360 : Quels sont d’après vous, les programmes marquants de votre histoire ?

Marie-Chantal Leclair: Licks & Brains, Chaleurs, Entre Nous, Ode au métal.
Jean-Marc Bouchard: L’intégrale du triptyque Licks & Brains, du compositeur suédois Klas Torstenson avec l’ensemble de la SMCQ et Walter Boudreau en 2003. Et tout récemment la création de Chaleurs de Walter Boudreau, œuvre colossale de 50 minutes créée le 26 février 2021 à la salle Pierre-Mercure de Montréal. Il y en a eu bien d’autres…

André Leroux: Klaus Torstenson/SMCQ pour l’immensité du défi qui nous a amené jusqu’au Conzert Geb d’Amsterdam, Bach à Zappa pour les voyages et la diversité des publics, Chaleurs de Boudreau pendant la pandémie…
Mathieu Leclair: Le premier concert au Monument National le 25 novembre 1994, le concert le plus stressant de ma vie. J’ai presque souhaité un accident de voiture en route vers la salle de concert pour l’éviter. Mon premier séjour en Europe pour le concours Gaudeamus à Rotterdam. Wow la gare d’Amsterdam. En bref: Électrochocs (24 janvier 2003 / début d’une série de concert qui dure toujours); De Bach à Zappa, notre classique, notre Broue; Chaleurs; Entre nous; nos collaborations avec le quatuor de saxophones de Stockholm, Licks & Brains avec l’ensemble de la SMCQ: Une alarme de feu à l’entracte juste avant la grosse partie avec tout l’ensemble. On est passé proche de ne pas jouer en concert cette œuvre sans doute marquante de ces 30 ans!
PAN M 360 : De quoi chacune et chacun d’entre vous êtes le plus fier.e.s d’avoir accompli dans ce quatuor?
Marie-Chantal Leclair: Ce qui me rend le plus fière, c’est le projet artistique que nous avons porté et réalisé. Le répertoire nouveau, porté par un processus collaboratif qui, je le pense très humblement, a inspiré d’autres à travailler de cette façon. Et finalement d’avoir contribué à positionner Montréal, le Québec comme un pôle créatif en musique de création à l’échelle internationale.
Jean-Marc Bouchard: Je suis fier qu’on soit encore là, les quatre mêmes personnes et toujours aussi engagé dans ce magnifique projet.

Mathieu Leclair: Construire un projet artistique dans la durée. Un projet qui a trouvé un écho tant à Montréal qu’à l’étranger.

André Leroux: D’inspirer les jeunes artistes à persévérer et à croire en leur propre voix, si marginale qu’elle soit .

PAN M 360: Et voilà! Votre 30e anniversaire marque les esprits mélomanes du Québec ! Grand merci pour votre excellence et votre engagement.

PROCHAIN CONCERT DE QUASAR, DIFFUSÉ PAR LE VIVIER AU WILDER, LE 18 SEPTEMBRE

@michaelbrun a fait vibrer Montréal dans le cadre d’OFF @piknicmtl avec une nouvelle escale de sa tournée Bayo! Le 22 août dernier, il nous a conviés à un rendez-vous unique où les sonorités haïtiennes, caribéennes et house se sont unies pour une soirée mémorable. Originaire d’Haïti, Michael Brun est un DJ et producteur reconnu sur la scène internationale. Depuis dix ans, il organise Bayo, un concert devenu incontournable dans plusieurs grandes villes nord-américaines. Pour marquer cette décennie de célébration musicale, il a choisi d’étendre sa tournée avec de nouvelles dates, dont un arrêt à Montréal. Keithy Antoine a profité de cette escale pour le connaître davantage, car nous avons la certitude qu’il reviendra sous peu.

Tallandskiinny est effectivement grande et effilée comme son pseudo l’indique. Excellente DJ , elle enchaîne afrobeats, bailefunk, afro-électro congolaise, beats haïtiens, soul, R&B, hip-hop, rien ne lui échappe ! Interviewée par Félicité Couëlle-Brunet à Palomosa, Tallandskiinny se présente et nous invite à plonger dans son trip qui ne fait que démarrer !

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Depuis un peu plus de 15 ans à la tête de la programmation du Festival d’Été de Québec, Louis Bellavance récidive avec un nouveau festival au concept jeune et rafraîchissant ayant élu domicile dans les quartiers de l’Université Laval: le festival FONO, qui aura lieu du 11 au 13 septembre. À sa deuxième édition et bien que s’adressant principalement aux jeunes étudiants, FONO peut aussi attirer les plus vieux et aussi les enfants. On a pris le temps de s’entretenir avec Louis Bellavance au quartier général de BLEUFEU pour en savoir plus sur la programmation de ce festival et l’ambiance à laquelle on peut s’attendre.

Cette interview a été réalisée dans le cadre d’un partenariat conclu avec la Vitrine Culturelle qui inscrit le festival FONO à son vaste agenda.

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PAN M 360 : De quelle manière avez-vous développé l’idée du festival FONO? Est-ce que l’idée s’est formée autour d’un élan précis?

Louis Bellavance : BLEUFEU avait envie de se diversifier, après St-Roch XP et le Tobogan, de manière à ce que notre portefeuille soit polyvalent et que chaque évènement soit différent, afin que nous puissions être capables d’entretenir le dialogue avec l’industrie. De cette manière, on a plus d’opportunités de rejoindre les artistes, peu importe le stade de leur carrière. Le festival FONO est notre petit dernier, et c’est qu’on avait besoin d’un autre événement à Québec pour accueillir des noms d’impact. On a cherché longtemps, des années en fait, jusqu’à ce qu’en concertation avec l’Université Laval, on découvre qu’elle avait l’espace et la volonté de dynamiser son campus et d’y accueillir un festival.

PAN M 360 : Comment définiriez-vous l’orientation artistique de FONO ?

Louis Bellavance : Le Festival FONO c’est le plus « classique » de nos produits dans notre portefeuille. C’est un festival qui est dans la mouvance de, si on peut reprendre l’alpha dans cette gamme, de Coachella, qui a généré des Osheaga sous la formule 3 jours. Donc c’est pas un festival niche de métal ou d’électro mais ça reste une programmation populaire, urbaine (pop, indie pop, indie rock, rock) et contemporaine (la nostalgie se limite à 15-20 ans en arrière pour FONO). On voulait donner un évènement aux 18-24.

PAN M 360 : Comme vous êtes à la tête de la programmation du FEQ depuis 2011, de quelle manière avez-vous distingué FONO?

Louis Bellavance : On a une orientation qui est beaucoup plus dirigée, par rapport au FEQ avc lequel on va le plus loin possible et dans toutes les directions haha! Les change-over sont beaucoup plus long (45 minutes) parce qu’on veut que les gens se promènent et voient les autres scènes autour puisqu’on a un périmètre classique/fermé, ce qu’on a pas au FEQ. FONO, c’est fait pour être en mouvement et il y a une grande attention portée à l’aspect événementiel. On veut que les gens de l’admission générale aient le traitement VIP : on construit des structures, des zones et des expériences qui seraient habituellement réservées et on les rend accessibles à tout le monde. La direction artistique c’est une grosse valise, le FEQ quand tu regardes ça, a peut avoir l’air de n’importe quoi (Mariah Carey avec Slipknot) avec de la contre-programmation ce qui fait qu’on a un mini festival, un parcours pour chaque personne et y’a pas de confusion possible puisqu’on a de super oppositions comme Rod Stewart et Alicia Cara haha!

PAN M 360 : Comment vous est venue cette passion pour la programmation musicale dans laquelle vous vous spécialisez depuis plus d’une vingtaine d’années?

Louis Bellavance : Ça va faire trente ans dans deux ans haha! Avant le FEQ, j’ai programmé à Montréal les Francos, les Nuits d’Afrique, le Festival International de Jazz et j’ai participé à créer le département de musique chez Stingray! Avant ça, étant natif de Rimouski, j’ai commencé au Festi Jazz là-bas à la fin des années 90. Ça restait un parcours assez « atypique » de se diriger dans la programmation musicale, il y avait seulement quelques personnes et organisations qui travaillaient là-dedans! J’ai toujours beaucoup aimé la musique, j’en fais moi-même et je viens d’une famille ou ça faisait de la business, alors je suis allé étudier en administration. Et mon père, qui était très mélomane, supportait l’administration du Festi Jazz alors j’y suis entré d’abord comme administrateur mais en chemin, on a perdu notre programmateur alors j’ai dû attraper la balle au bond et c’est ce qui m’a ouvert la porte de la programmation musicale. C’était le destin haha! Ensuite, je pense que c’est ma compréhension aigue de la partie business du mot show-business qui m’a permis de me démarquer.

PAM M 360 : Les choix de votre programmation cette 2e édition sont libres et inspirés :   LOUD, Qualité Motel mais aussi Kaya Hoax, Mint Simon et Been Stellar. Certains noms qu’on connaît donc et d’autres moins. Quel était votre mot d’ordre pour 2025?

Louis Bellavance : À FONO, on veut que tu sois excité par cette programmation, même si tu viens de New York ou de Paris. On va vraiment chercher des artistes qui ont une forte crédibilité dans leur niche mais qui sont pas nécessairement encore connus ici. Comme par exemple les Irlandais Amble, qui viennent de remplir un stade à Dublin et qui sont super populaires en Europe. On a aussi Alice Merton, c’est vraiment extraordinaire ce qu’elle fait mais c’est pas encore atterri complètement chez nous. J’ai vu Been Stellar dans un festival en Europe cet été et c’était extraordinaire, mais il n’y a pas beaucoup de gens qui parlent de leur venue à Québec haha! Donc c’est un peu audacieux si j’ose dire et c’est pour ça qu’on a aussi des valeurs sûres bien connues des Québécois pour sécuriser les gens dans leur achat. On équilibre la programmation entre têtes d’affiche, comme Alex Warren qui a vu sa chanson Ordinary devenir l’une des plus streamées de l’année, et découvertes ! 

PAN M 360 : Le festival a lieu sur le Campus de l’Université Laval mais on ne vise pas seulement la clientèle étudiante, n’est-ce pas?

Louis Bellavance : Oui, les lieux sont immenses et on a l’occasion d’y ramener les anciens diplômés, les étudiants, les étudiants internationaux aussi et bien sûr, les gens de Québec qui, par les ponts, peuvent venir redécouvrir et se réapproprier les magnifiques lieux du campus. Le défi pour cet événement, c’est que les étudiants se l’approprient mais en même temps, on veut que les gens qui sont pas de l’université se disent que c’est aussi pour eux. L’année dernière, mes enfants ont ADORÉ : ils m’ont dit que c’était leur festival préféré haha! Donc on y va sur les deux tableaux, en espérant toucher le plus de gens possible!

PAN M 360 : Êtes-vous déjà en train de cogiter la troisième édition?

Louis Bellavance : Oui absolument! On a des offres qui sont parties déjà vers des têtes d’affiche donc on est là l’année prochaine pour sûr! On est très emballés par ce projet-là, ça prend du temps mettre sur pied un festival, et en programmer plusieurs haha, mais c’est vraiment un gros et beau projet!

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE SUR LA PROGRAMMATION DE FONO, C’EST ICI !

Nouvelle sensation de la guitare acoustique, le Polonais Marcin Patrzałek remplira à craquer le Palais Montcalm pour une deuxième année consécutive. Le rendez-vous avec les mélomanes de Québec est prévu ce samedi 13 septembre prochain, dans le contexte de sa tournée Solo Dragon qui fait suite à l’album Dragon in Harmony paru en 2024.

Virtuose polystyles, il entrelarde ses interprétations en y mitraillant les octuples croches et autres prouesses techniques. Très accessible malgré sa vélocité extrême, son acuité percussive et son finger-picking d’enfer, ce musicien de 24 ans a pour objet de mener son auditoire sur une autoroute balisée d’un éclectisme vif et spectaculaire, néanmoins pavée de références archi-connues.

Les enregistrements et concerts de Marcin sont ainsi traversés par le flamenco nuevo, le métal (récemment avec le guitariste RJ Pasin), le grunge (Nirvana), le jazz (Miles Davis), la soul jazzy (Sade), la soul classique (Bill Withers), la musique classique moderne (Claude Debussy), la musique romantique (Bizet) ou le Great American Songbook (Cry Me A River). Il fait même dans l’indie pop, ayant enregistré avec les voix  de Delaney Bailey Hayato Sumino, Ichika Nito, et plus encore.

Un entretien s’impose!

PAN M 360 : Nous pouvons vous décrire comme un virtuose polystyles. Vous utilisez différentes techniques de jeu, vous avez construit votre propre technique. Très vaste univers! Comment l’avez-vous aménagé?

Marcin :  Ce que je fais techniquement, c’est un style très niche  C’est parfois très proche de la basse, je fais aussi plusieurs choses. Mais ce pourquoi je suis surtout connu, c’est ma manière percussive de jouer la guitare acoustique. Et c’est très niche, car la plupart des gens qui jouent de cette façon ne réussissent pas à déborder les cercles d’initiés. J’ai rapidement réalisé que si je restais bloqué dans ce cercle, je ne pourrais pas grandir en tant qu’artiste, alors je me suis intéressé à plusieurs styles musicaux, j’ai consenti à plusieurs collaborations. C’était un must car les gens écoutent peu de musique instrumentale, sinon de la musique classique ou de la musique de film. La guitare solo demeure une niche extrême.

PAN M 360 : Vous avez parlé d’une approche percussive de type finger-picking, on pense notamment à Michael Hedges, Tommy Emmanuel, Andy McKee, Adrian Legg, que vous avez certainement écoutés et observés attentivement.

Marcin : J’adore ces artistes que vous avez mentionnés. Michael Hedges est celui qui a le plus développé le côté percussif de la guitare acoustique, plusieurs ont ensuite développé cette approche, il y a d’ailleurs chez vous Antoine Dufour qui excelle dans ce style. Quand j’étais ado en Pologne, je regardais les meilleurs sur Youtube pendant que j’apprenais la guitare classique et les œuvres de Francisco Tarrega ou de Heitor Villa Lobos. J’appréciais mais j’avais le sentiment de me trouver dans un cercle restreint, même si je gagnais des compétitions nationales en Pologne ou même des compétitions internationales. J’avais aussi l’impression de devoir me concentrer sur des choses qui ne me semblaient pas artistiques, mais plutôt  mathématiques ou techniques. Je ne me voyais pas passer ma vie  à faire ça, d’autant plus que le répertoire de la guitare classique me semble très limité.

Et puis j’ai exploré le flamenco, des artistes comme Carlos Piñana et Yerai Cortés.  Carlos  Piñana, d’ailleurs, donnait des classes de maître en Pologne, je l’avais vu jouer  quand j’avais 12 ans ou 13 ans. J’étais alors habitué aux joueurs classiques et je découvrais ce musicien fier, bien dans son corps, vraiment cool. Je suis allé à un de ses ateliers, il a aimé mon jeu, il a vu un potentiel et m’a donné des partitions que j’ai ensuite apprises seul, en faisant des erreurs. Un an plus tard, je lui ai joué sa pièce Farruca à distance et il fut impressionné…

PAN M 360 : Très intéressant, car vous ne jouez pas avec une guitare flamenca et vous reprenez plusieurs éléments du jeu flamenco.

Marcin : C’était très différent de la guitare classique, ça s’approchait de la guitare électrique et c’était beaucoup plus percussif, voilà pourquoi j’aime. Mais je ne suis pas apologétique, je ne me réclame de personne. Cette façon de faire me semble académique.

PAN M 360 :Parlons donc de votre nouveau concert. Comment vous présenterez-vous sur scène le 13 septembre prochain  au Palais Montcalm ?

Marcin :  L’année dernière j’ai joué au Palais Montcalm c’était plein et c’était très bien, jen suis fier. Les choses ont progressé depuis, j’ai une équipe de production à mes côtés, mon organisation a plus de moyens. Je serai seul sur scène, avec un programme dont je suis  aussi très fier. Pour moi, l’idée est de donner le meilleur spectacle possible. Je veux être original mais il me faut aussi donner un spectacle au meilleur de mes capacités. 

PAN M 360 : Comment le programme est-il  construit ?

Marcin : Ce concert s’intitule Art of Guitar. J’y joue trois instruments différents. 

Il y a d’abord l’acoustique percussive, c’est l’objet principal, à laquelle j’ajoute l’électrique pour jouer des trucs plus lourds. Il y a aussi une partie cordes de nylon. Je n’y joue pas des reprises intactes de flamenco ou de classique, j’improvise plutôt à partir de deux morceaux: le premier est Capricho árabe de Tarrega suivi d’une séance d’improvisation et puis je joue un nouvel arrangement de l’Ave Maria de Schubert. Quand je joue la partie nylon de l’Ave Maria vous pouvez ressentir l’émotion qui gonfle dans la salle!

PAN M 360 : Quel est votre objectif premier en concert?

Marcin : Mon espoir est que vous puissiez dire en sortant du concert: « Je n’ai jamais entendu quelque chose comme ça avant ! »  Je croise les doigts.

BILLETS ET INFOS ICI


Le Festival Ripon Trad se tient du jeudi 11 au dimanche 14 septembre, au cœur même de son village qui, à l’évidence, est devenu l’épicentre de la musique trad dans la magnifique région de Petite-Nation. Fait notoire, les habitants de Ripon ouvrent les portes de leurs maisons et cours arrières aux festivaliers pour des concerts intimes, et ajoutent une variante singulière à la progammation de Ripon Trad sur sa scène principale. Ripon Trad est aussi OBNL constitué par la communauté locale et dont le leadership est assuré par les interviewés de PAN M 360. soit Martin Sabourin, président de l’OBNL et son fils Éloi Gagnon-Sabourin, directeur artistique de l’événement et aussi membre du groupe Le Diable à Cinq – avec ses frères Samuel et Félix, ainsi que du cousin André-Michel Dambremont et de l’ami d’enfance Rémi Pagé. Hormis Le Diable à Cinq, plusieurs formations de La Petite-Nation et autres artistes venus de l’extérieur se produisent cette année au 6e Ripon Trad : Arc en Son (réuni après une très longue pause), Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, le Trio Chant d’Elles, La Famille LeBlanc, Rose Latulipe ou Vishtèn sont parmi les artistes invités à Ripon Trad. On en parle !

INFOS ET BILLETS ICI

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Ce contenu résulte d’un partenariat avec La Vitrine culturelle dont voici le contenu annonçant la tenue de Ripon Trad

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