Sarah Rossy chérit ce projet depuis 8 ans. Assembler les pièces du puzzle, financer, trouver des appuis, peaufiner la production, recruter les interprètes, arranger, réaliser, enregistrer, mixer, présenter la matière de Lucid sur la scène du Ministère, un jeudi 25 septembre devant sa communauté élargie, sa famille, ses amis proches.

Sarah Rossy n’est pas banale. 

Pianiste de formation, chanteuse de formation, férue de classique moderne et de jazz moderne, en phase avec la pop orchestrale de son époque, la Montréalaise a interprété la plupart des titres de Lucid, un album rendu public le même soir, entourée de 10 musicien.e.s et choristes, parmi les plus compétents de leur génération à Montréal. 

À l’instar de sa collègue et amie Thanya Iyer, de surcroît choriste pour cette soirée magique, Sarah Rossy propose une ambitieuse, riche et vivifiante pop de chambre. Elle choisi ses teintes : jazz contemporain, improvisation libre, prog, avant-pop, synth-pop, vocalises du Levant (vu ses origines libanaises), Great American Songbook, bruitisme doux, le tout fondu dans un creuset  de virtuosité et de cohésion orchestrale. Superbe intégration ! 

Difficile de prévoir ce qu’il adviendra de ce projet discographique tout chaud, transcrit sur scène avec tant d’adresse. Professeure de chant et artiste, elle mène allègrement ses deux carrières de front et tente de  mener plus loin son art.

PAN M 360 : Un projet aussi ambitieux au début d’une carrière, c’est long à mener.  Si on remonte aux sources de sa production?

Sarah Rossy :  Une partie de l’album avait été réalisée de façon plus traditionnelle, soit en 2017.  Au cours des années suivantes, on a vraiment retravaillé, on a aussi fait beaucoup de production numérique. Ces nombreuses couches de studio nous ont pris beaucoup d’heures!

PAN M 360 : Vous avez donc travaillé pendant plusieurs années sur cet album, puis  tu as  poussé l’affaire plus loin avec un complice réalisateur.

Sarah Rossy : À la fin du processus, en 2023, j’ai décidé que je voulais vraiment terminer l’album. Je suis alors allée à New York, où j’ai un bon ami là-bas, le guitariste Jack Broza, devenu le coproducteur de l’album. On a travaillé ensemble dans son petit studio pendant quatre jours, et on a repassé ensemble toutes les couches de  ces  musiques, voix, guitare, percussion, électronique, etc. Je n’arrive même pas à les compter!   

PAN M 360 : Une entière communauté de musicien.ne.s vous a soutenue sur ce long chemin. Parlez-nous en !

Sarah Rossy : Oui, l’album présente quelques des musiciens de la formation originale avec qui j’avais quand j’avais commencé le travail :  Frédéric-Alexandre Michaud (violon), Victor De Coninck (alto) , Natalie Yergatian (batterie, percus)  et Jonathan Arsenault (basse). Ce sont tous des musiciens que j’ai rencontrés via l’université McGill ( Schulich School of Music), incroyables humains en provenance de partout au Canada -Gaspésie, Ottawa, Acadie,  Vancouver, etc.  Un groupe pancanadien, en quelque sorte. Chacun et chacune se sont impliqué.e.s avec des influences incroyables. J’ai vraiment choisi ceux avec qui j’ai travaillé  en fonction de leur personnalité et de leur cœur. Et puis ce groupe s’est arrêté jusqu’à ce que Jack Broza (guitare, basse, coréalisation) m’aide à conclure enfin.

PAN M 360 : On écoute votre musique, on comprend vite que vous avez des assises dans jazz et le classique moderne. Cela ne vous empêche pas de faire des chansons proches de la pop de chambre, d’être en phase avec votre époque. Alors, comment une musicienne éduquée crée-t-elle des chansons, entre musique de pointe et pop? 

Sarah Rossy : C’est une très bonne question. Je pense que cet album a vraiment été un défi, parce que les chansons que j’ai écrites, ce sont des chansons pop. Quand j’étudiais à l’époque, je ressentais  beaucoup de jugement sur ce que j’étais en train de créer. Vous savez, la façon académique peut être très cérébrale, ça vient moins du cœur.

PAN M 360 : Oui, les musiciens qui essaient de maîtriser parfaitement le passé, ne créent pas nécessairement quelque chose de neuf. 

Sarah Rossy : Exactement. Mais j’ai été vraiment reconnaissante d’avoir des mentors incroyables qui m’ont montré cette ouverture d’esprit, malgré être dans un espace académique. Des gens comme John Hollenbeck et Christine Jensen. Je suis tellement reconnaissante! Parce qu’ils m’ont montré que, oui, on n’est pas obligé de recréer ce qui s’est déjà passé – ce que j’aime aussi faire, d’ailleurs. Et oui, on peut avoir sa propre voix. Avoir des mentors fut la clé.  

PAN M 360 : Trouver l’équilibre entre l’émotion d’une chanson et la profondeur de la composition, effectivement, ce n’est pas évident dans ce contexte. Comment parvient-on à cet équilibre?

Sarah Rossy : Dans ce cas précis, ça m’a pris beaucoup de réflexion, de concentration,  une puissante connexion à mon cœur et non seulement à mon cerveau. 

PAN M 360 : En tant que chanteuse, avez-vous reçu une éducation classique?

Sarah Rossy : Je n’ai jamais étudié le chant classique. Au départ, j’étais pianiste. Et j’ai commencé à chanter pendant mes études de piano. 

PAN M 360 : Et vous êtes devenue prof. 

Sarah Rossy : J’enseigne la musique, surtout le chant, parfois l’histoire du jazz, parfois. Ce semestre, je donne quatre cours de chant. Parfois, j’enseigne l’histoire de la musique, l’appréciation de la musique, la littérature sur la musique…

PAN M 360 : Comment vouliez-vous transcrire cet enregistrement pour ce concert au Ministère?

Sarah Rossy : J’ai décidé de fair miroiter le processus de cet album. Ce fut un effort long, collaboratif, j’ai donc invité la formation originelle,  en partenariat avec mes plus récents collaborateurs – Tommy Crane (batterie), Claire Devlin (saxophone), Thanya Iyer (voix),  Ruiqi Wang (voix) et Corey Gulkin (voix). 

PAN M 360: Famille élargie !

Sarah Rossy: C’est incroyable! C’est un grand cercle de partage et de soutien créatif.  Donc 10 personnes sur scène.  On a travaillé dur toute la semaine pour adapter le matériel. On a laissé de l’espace dans les chansons, pour mieux respirer et pour improviser. L’intention derrière tout ça, c’est l’expression de notre amour et de notre dévouement pour la musique. Je suis tellement reconnaissante que ces merveilleux artistes aient fait le voyage pour moi, pour cette soirée.

PAN M 360 : Et nous voilà au sommet de quelque chose.

Sarah Rossy : C’est comme une cérémonie. Jusqu’à présent, cet album est le principal héritage de ma carrière.

PAN M 360 : cela signifie que vous êtes prête pour les prochaines étapes !

Sarah Rossy : J’ose l’espérer, oui. C’est mon bébé!

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous rend fière?

Sarah Rossy : Être allée au bout de mes idées, sans compromis. Et avoir fait partie de cette extraordinaire communauté d’artistes, tous si importants pour moi. Alors je crois avoir honoré le processus en les réunissant sur scène.

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Dan Seligman est fondateur et toujours directeur créatif de Pop Montréal, le principal hapenning automnal présenté à Montréal. Il dirige l’équipe ayant recruté les artistes et groupes prévus du mercredi 24 au dimanche 29 septembre. Comme c’est le cas chaque année, PAN M 360 lui a demandé d’identifier les 5 must quotidiens de sa direction artistique. Voilà les musts du vendredi 26 septembre!

TEKE::TEKE & Holy Fuck

« J’aime bien le programme réunissant Holy Fuck, qui fête ses 20 ans d’existence, et Teke:Teke. Les deux groupes se connaissent. Holy Fuck a remixé TEKE::TEKE, je pense qu’ils prévoient une collaboration ce vendredi , on pourra le constater sur scène. De Toronto, Holy Fuck est un groupe électronique et instrumental, ses musiciens aiment les bruits et les expériences, tandis que le groupe montréalais TEKE::TEKE mêle l’avant-rock à la citimusic japonaise et autre explorations contemporaines. »

Hanorah

« Voilà une des chanteuses que j’ai le plus appréciées pendant les sessions d’écoute de notre processus de sélection – son dernier EP, Closer Than Hell, révèle des chansons intenses. Hanorah à Sala Rossa, Hanorah propose un chant gospel néo-soul, folk ou même showgaze, le tout porté par une voix vraiment incroyable, puissante, très émotive et raffinée. Sans contredit un de mes choix de la soirée de vendredi. »

Poolgirl

« Poolgirl est un autre groupe montréalais que j’ai découvert récemment. Ces femmes évoluent dans ce monde DIY, riot grrl, punk, indie-rock, le matériel est intéressant, intelligent, imaginatif, à la fois cru et bien fait. Poolgirl enrichit la scène underground punk de Montréal, qui ne cesse de se régénérer. Poolgirl est sûrement parmi les meilleurs nouveaux de Montréal à courir les occasions de jouer. »

Seago

« Seago, c’est un autre artiste qui s’est démarqué lors de nos sessions d’écoute en préparation de notre programmation. L’artiste torontois créée des chansons très pop, synth-pop avec un peu de soul par moments. Il a sa manière de phraser, il a son affaire. » On lui doit l’EP, Lawn, en 2022. En 2023, son titre Cheapshot a cumulé plus de 1,9 million d’écoutes sur Spotify.

Jashim

Jashim est un·e artiste musical·e non binaire d’origine colombienne, basé·e à Montréal. Iel est associé au post-reggaeton, et s’intéresse aux cultures afro-colombiennes et autochtones, également aux sons latins, modernes et contemporains. Iel fusionne sa culture et les technologies récentes pour ainsi redéfinir le reggaeton à sa manière. Un.e artiste important.e de la scène émergente montréalaise.

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En spectacle le 27 Septembre à l’Escogriffe avec Wizaard, DAPHNE et Tom Leger dans le cadre de POP Montréal, Cure-Pipe ne fait pas dans la demi-mesure. Projet de l’auteur-compositeur-interprète Thomas Dakin, Cure-Pipe cherche à créer une expérience musicale totalement éclatée et prenante en alliant rock psychédélique, garage et hyperpop. Le résultat est souvent saisissant et authentique.

PANM360: Bonjour Thomas (Cure-Pipe), j’ai prêté oreille à votre dernier album que je qualifierais de décapant et rempli de moments surprenants.

Cure-Pipe: Merci beaucoup

PANM360: Qui sont tes acolytes pour ce projet et quel rôle jouent-ils respectivement?

Cure-Pipe: Habituellement, je travaille en mode ermite et j’aime utiliser tout mon temps pour bricoler des enregistrements alternatifs à la recherche de textures sonores uniques. Mais pour cet album j’ai d’abord construit des maquettes et je suis ensuite allé enregistrer en studio avec mon ami batteur Vincent Maltais-Bourgeois. Toutes les tracks de drums et bass on été enregistrées sur trois jours intensifs avec lui au studio madame wood à Montréal. Maintenant en spectacle live, l’équipage change de temps en temps mais certains membres sont toujours là, entre autres Ingrid, à la guitare rythmique et aux claviers, Carrier, en moog bass et Laurent à la basse. Les idées de base des chansons sont miennes mais en situation live le band prend des libertés créatives et on s’amuse à sortir un peu des sentiers battus.

PANM360: Quelles sont vos influences au niveau du rock psychédélique et garage ? Au niveau de l’hyper-pop ?

Cure-Pipe: Le mouvement neo-psych qui a pris de l’ampleur pendant mon adolescence dans les années 2010 m’a extrêmement influencé. Important de mentionner que la majorité de ces groupes sont, comme moi, d’abord influencés par le garage rock des années soixantes. Des groupes comme Ty Segall, Thee Oh Sees, King Gizzard, Mild High Club, Mac Demarco, Tame Impala, The Flaming Lips sont tous selon moi des piliers de la musique rock contemporaine. Ils conservent l’utilisation de vrais instruments pour faire vibrer les planches. Des performances live énergiques et dynamiques qui sont différentes à chaque fois me donnent, sans fautes, le goût de le faire à mon tour. Le côté hyper-pop serait plus associé à une sensibilité à la mélodie et aux tournures harmoniques ou à l’approche franche d’instrumentation pop. Des mélodies accrocheuses et assumées mises de l’avant et une esthétique colorée et allumée. La densité sonique du genre est quelque chose qui me rejoint aussi.

PANM360: Votre album s’intitule J’ai trouvé Jésus. Où était-il ? Pourquoi ce titre ? 

Cure-Pipe: Il était dans mon lit, avec mon meilleur ami mais surtout mon pot de biscuit à l’érable que j’avais ramassé.

PANM360: À quoi pouvons-nous nous attendre pour le spectacle du 27 septembre dans le cadre de POP MTL ? 
Cure-Pipe:
Des poils, du fuzz, des low pass filters, du fuzz, de la sueur, du sang peut-être ? Du fuzz, des mots en français puis de la désorganisation collective. On vient jouer beaucoup de nouvelles chansons et quelques-unes du dernier en plus de quelques vieilles chansons. Ça va être flyé, j’ai hâte de voir ce que les autres bands vont présenter aussi !

PANM360: On vous souhaite quoi pour cette année 2025-2026 ? 

Cure-Pipe: J’espère pouvoir finir mes projets d’albums qui sont en attente depuis quelque temps. Ensuite, je compte produire beaucoup de projets multimédias pour accompagner cette musique. Videoclips, visuels live, des sessions live. J’espère pouvoir faire quelques festivals l’été prochain et jouer à l’etranger pour promouvoir la nouvelle musique. Finalement, collaborer potentiellement avec d’autres artistes québécois qui m’inspirent.

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Notre collaborateur Simon ‘Polon’ Gervais est en compagnie de son bon ami Rémi Gauvin, leader et chanteur et parolier derrière le groupe Comment Debord. Il lance son projet solo lors d’un spectacle qui aura lieu dimanche dans le cadre de POP Montréal à La Sala Rossa, avec comme headliner Unessential Oils.

PANM360: Rémi, bonjour. 

Rémi Gauvin: Salut mon vieil ami, ça va bien? 

PANM360: Ça va très bien et toi, t’as passé un bel été?

Rémi Gauvin: Oui, super bel été, très occupé avec Comment Debord. On dit à la blague que c’est le ‘Comment Debord Never Ending Tour’, mais là, ça prend fin pour de vrai, notre tout dernier spectacle de la tournée, c’est ce vendredi, ce week-end. Donc après ça, ça va être la fin de ´monde autour’. On a eu la chance de le rouler à peu près deux ans, donc c’est assez rare qu’on roule un spectacle aussi longtemps que ça.

PANM360: Ça va se dérouler où ? 

Rémi Gauvin: C’est dans le coin de Gatineau pour un Oktoberfest. 

PANM360: Avec de la bière. 

Rémi Gauvin: Avec de la bière et avec Bon Enfant, donc c’est une belle manière de clore ça.

PANM360: Génial. Là, on est ici pour parler de ton projet solo, que je ne connais pas beaucoup parce qu’il n’y a rien qui est sorti à date, donc c’est un grand mystère. Premièrement, j’aimerais te poser la question, c’est quoi la motivation derrière ce désir de partir un projet solo ?

Rémi Gauvin: Ça fait déjà un bout que Comment Debord roule. C’est un espace qui est super nourrissant puis qui m’a formé comme musicien, clairement. Ça va faire quasiment dix ans que les premières élucubrations ont vu le jour cet automne. 

PANM360: À l’époque où ça s’appelait Phénix Leclerc.

Rémi Gauvin: Oui, et même avant ça, il n’y avait même pas de nom. Dans le sens où on était dans le sous-sol chez les parents d’Olivier à Boucherville, puis on jammait à trois à l’époque. Il y avait juste Étienne, Oli puis moi. Puis on a eu la chance de faire les Francouvertes, ça s’est bien passé. Après, on a sorti deux albums avec Audiogram, puis ça a super bien été. On a été surpris d’à quel point ça a été bien accueilli par le public puis on a fait beaucoup de shows à travers le Québec. C’est un projet qui fonctionne super bien et j’y mets tout mon cœur et mon âme. Mais je pense que j’avais besoin, après ça, de développer un espace à moi plus intime où je peux faire vraiment un peu ce que j’ai envie de faire à ma manière, puis de le faire en toute indépendance. Parce que la réalité, Comment Debord ; c’est vraiment un band. On prend des décisions de band. Puis oui, c’est moi qui chante la plupart des tounes, c’est moi qui écris les paroles, mais c’est vraiment un groupe. Puis il y a des trucs que j’avais envie d’aborder puis il y a des choses dans ma vie personnelle aussi qui ont provoqué l’idée d’écrire des chansons peut-être un peu plus intimes. Puis de revenir à ce qui est peut-être un peu mes premiers amours musicaux, c’est-à-dire un style plus folk, plus chansons, vraiment. Faire quelque chose de plus intime. C’est ça, j’avais comme envie de faire ça.

Puis ça fait une couple d’années que je travaille sur des tounes, fait que là, dans le fond, ça va être le premier spectacle. Je fais une première partie de Unessential Oils, qui est le projet de Warren Spicer, qui était avant dans Plants & Animals. Warren a réalisé nos deux albums avec Comment Debord. Puis je vais travailler avec lui aussi pour mon projet solo. Il va travailler sur les albums avec Étienne. Ça va être ses deux proches collaborateurs qui vont réaliser mon album. On est encore au début de ça, là. On n’est pas encore entré en studio. Mais bref, il m’a écrit à un moment donné, puis il était comme « Hey, c’est te tente-tu d’ouvrir pour Unessential Oils à POP Montréal.» Puis c’est vraiment une bonne manière de tester un peu des tounes, de tester ça devant des êtres humains. Puis j’ai décidé d’y aller vraiment, de me jeter un peu, comme ça, tout seul, guitare, solo. Ça fait que ça va faire au moins dix ans que je n’ai pas fait un spectacle solo.

C’est un honneur, puis c’est super excitant, puis c’est déstabilisant de faire ça, mais c’est dans une belle affaire qui s’en vient.

PANM360: Est-ce que c’est une façon de « level up » à l’intérieur pour toi ? 

Rémi Gauvin: (Rires) Ben, c’est un nouveau défi, tu sais, clairement. Puis tu sais, en pratiquant pour ces pièces-là, je l’aborde complètement différemment, dans le sens où… Ben, t’es tout nu, là, devant un public, à être comme ça, avec tes textes et ta guitare.

Il n’y a rien, tu sais. Je ne peux pas me cacher derrière un band, je ne peux pas me cacher derrière des « grooves » aussi. Tu sais, Comment Debord, c’est genre des « perks », c’est la « bass », la musique qui danse, c’est pas que ça, mais tu sais, il y a beaucoup de ça. Puis en spectacle, on met beaucoup l’accent là-dessus, parce que ça finit tout le temps par danser nos shows, puis c’est un gros « party ». Là, c’est complètement différent, j’y vais à l’essence pour ce premier show-là.  Je veux tester mes tounes pour voir si elles sont bonnes? Si tu es seul avec ta guitare, un public, puis des textes, c’est le meilleur test. C’est ça, mais j’suis assez confiant, puis j’suis super excité, j’ai bien hâte. Je suis content de la confiance que Warren porte en moi aussi pour ça, parce que c’est bien excitant. Je pratique chaque jour depuis un mois… 

PANM360: Donc là, tu seras tout seul sur scène, si on comprend bien.

Rémi Gauvin: Ouais, exactement, ça sera en formule dépouillée. 

PANM360: Sur ce show-là, ou même le projet, ça risque d’être cette optique-là, guitare-voix, plus simple, au niveau des pistes, comment vas-tu les monter ? 

Rémi Gauvin: Ah non, il va y avoir un band, je vais être accompagné de musiciens. Mais je veux vraiment mettre les textes de l’avant. Je pense que c’est ça, peut-être, la grosse différence. Les textes ont toujours été importants pour moi. Dans Comment Debord aussi, ça a toujours été central. Mais veux, veux pas, quand il y a sept musiciens sur chaque toune, que tout le monde chante, puis que tout le monde joue des instruments, ça fait que le texte est pas nécessairement de l’avant. Ça devient moins de la chanson. Tandis que là, c’est vraiment une approche folk, une approche chanson. J’ai envie de mettre ça de l’avant, j’ai envie de me mouiller un peu plus. 

Je pense qu’inconsciemment peut-être, étant nouveau dans ce milieu-là quand je suis arrivé, le fait de m’entourer d’un gros band, c’était sécurisant. Puis ça l’est toujours… C’est comme un sport d’équipe. Si tu fais une erreur, t’as le reste de l’équipe qui peuvent rattraper la balle au bond. Puis là, je me mets plus en danger, mais en même temps, c’est cette vulnérabilité-là qui m’intéresse. Puis je pense que c’est quelque chose, j’ai découvert aussi avec Warren, qui m’a donné beaucoup de confiance, même à travers les albums de Comment Debord, où j’ai vécu vraiment des moments magiques, des fois, quand je travaillais sur des tunes plus intimes, justement, comme je pense, mettons, à Plancher flottant, sur le dernier album, où c’était une tune vraiment plus folk, plus vulnérabilisante, puis Warren, il m’a encouragé à assumer ça puis à accuser un peu les imperfections, autant dans ma manière de chanter que d’interpréter, qu’il y ait quelque chose de beau dans l’imperfection, justement. Je pense que j’assume ça un peu plus dans mon projet. Puis au niveau des gens qui t’entourent pour ce projet-là, bon, t’as nommé Warren, t’as nommé Étienne, qui est ton partner in crime depuis longtemps, qui est le bassiste de Comment Debord. Est-ce que t’as d’autres noms à nommer qui vont être dans l’aventure?

Bien, j’ai plein d’idées, là. J’ai des prospects, j’ai des gens à qui j’ai demandé un peu, mais je veux pas trop me mouiller parce qu’on n’est pas rendus très loin. Mais je sais déjà qu’en studio, parce que je veux y aller vraiment comme une étape à la fois, je veux vraiment mettre les tounes de l’avant, puis je veux faire venir des musiciens pour chaque toune en me demandant qu’est-ce qui va relever la toune, qu’est-ce qui va faire du bien à la toune, qu’est-ce qui va la rendre meilleure. Je veux l’approcher vraiment comme ça, et non pas, ah, voilà, on est un band, il y a tous ces musiciens-là, puis là, on fait ça… ce qui est plus l’approche Comment Debord. Mais tu sais, déjà, j’ai demandé d’avoir un bon ami, puis un drummer que j’admire beaucoup, qui va venir en studio avec nous. On va commencer des sessions de studio au courant des prochains mois.
Puis il y a Pete Pételle, qui est batteur pour plusieurs groupes, entre autres avec Klo Pelgag. C’est un gars que j’ai découvert dans les dernières années, qui est vraiment un chouette type, un gars que j’aime beaucoup, beaucoup. Puis, bien, on l’a rencontré, parce qu’avec Comment Debord, on avait fait la tournée du Festif dans les écoles, puis on est allé à un moment donné dans Charlevoix avec Pete et Étienne, on était comme en formule réduite, puis on s’est vraiment super bien entendu. Puis à un moment donné, rapidement ça a été comme naturel, je lui ai demandé, « Hey, ça t’intéresse-tu de drummer sur certaines tounes.» Puis il est super motivé, j’ai envoyé mes démos, puis tout ça. Entre autres, il va y avoir Pete, mais il risque d’y avoir plein de monde aussi, à gauche, à droite, c’est pas clair encore, mais il va y avoir du monde.

PANM360: Dans les parages?

Rémi Gauvin: Il y a d’autres gens aussi intéressés. Je vais bien m’entourer, je suis chanceux, j’ai la parlotte facile, je suis capable de me faire des amis, puis de les inviter à venir jouer sur mon projet. 

PANM360: On a touché un peu à la différence qu’il va y avoir entre Comment Debord puis ton projet solo. On voit que l’accent va être vraiment plus mis sur la chanson, l’approche sur les textes, plutôt que d’avoir des gros solos, d’avoir des grosses envolées musicales dans le funk, disco, tout ça qu’on voyait avec Comment Debord. Ça me porte à poser la question au niveau des influences. On parle de quel genre d’influence, au niveau de qu’est-ce qu’on cherche à un peu puiser de l’inspiration? 

Rémi Gauvin: C’est sûr qu’il y a beaucoup de trucs folk. Je suis un fan invétéré de Bob Dylan, évidemment. Je tripe sur John Prine, je tripe sur JJ Cale. Vraiment des influences comme le folk, un peu de country aussi. Je tripe sur Townes Vincent. C’est sûr que ça, c’est des influences majeures. Je tripe sur Michael Hurley aussi.Je pense qu’il est décédé récemment, mais qui faisait une espèce de folk super touchant, super vraie. Ça, ce sont des influences. Au niveau de la musique québécoise, les textes, je pense que c’est un peu les mêmes influences que ce que j’avais dans le sens où je nomme tout le temps Stéphane Lafleur de Avec pas d’casque et Richard Desjardins. Ce sont des influences majeures. Au Québec, j’ai vraiment tripé sur Ariel Soucy aussi récemment, plus récemment sur la scène folk. Récemment, j’ai découvert un artiste qui s’appelle Ada Léa, qui est montréalaise. J’adore ce qu’elle fait. Vraiment, je trouve ça incroyable. Je tripe sur Big Thief. Ça m’amène à penser aussi à des influences au niveau du son plus indie. Moi, je viens de là aussi. Quand j’étais au secondaire, au Cégep, avec mes bons chums, on allait voir des shows d’indie à Montréal.

On partait de la Rive-du-Sud vers le Cégep. Je dirais Cégep-Université, début de la vingtaine, tout ça. Je viens de là et je pense que j’ai envie de retrouver ça dans les productions aussi, ce petit côté-là et le son de Montréal. 

PANM360: Le retour au indie montréalais peut-être ?

Rémi Gauvin: C’est ça aussi. Warren, c’est Plants and animals. C’est cette époque-là, c’est ce son-là. Il y a quelque chose naturellement qui me ramène à ça. Il y a beaucoup de musique des années 90 qui est populaire en ce moment aussi. Je suis retombé avec Pete dans Mazzy Star. C’est vraiment une influence. J’adore Mazzy Star. Sinon, pour revenir aux grands classiques montréalais, je suis aussi un grand fan de Léonard Cohen. C’est ça. Je dirais que ce sont peut-être les influences majeures. Ça tourne autour de ces artistes-là. 

PANM360: Pas trop de chansons françaises du type Brassens, Moustaki, Brel, Gainsbourg?

Rémi Gauvin: C’est sûr que ça, c’est des artistes que j’ai écouté à la corde. Dans le sens où c’est de la chanson, oui. Après, d’un point de vue esthétique, je ne pense pas tout à fait. Mais en même temps, de la chanson, ça reste de la chanson. C’est une contrainte créative vraiment intéressante de se dire qu’on met le texte de l’avant ; des refrains, des verses, un petit bridge. C’est un peu le genre de matière avec laquelle j’ai envie de travailler. Les chansons françaises, d’une certaine manière, oui, mais je pense que ce que je fais, c’est résolument québécois et ça va toujours l’être. En français, évidemment pour ce que j’écris. Récemment, j’ai quand même peut-être une idée d’un cover en anglais. En tout cas, quelque chose de montréalais, je me disais, peut-être que je peux me le permettre. On va voir. Oui, de la chanson. Je pense que c’est ça. La chanson, de la chanson folk, qui a des petites influences un peu country. Mais je ne pense pas que je vais faire du country, mais peut-être avoir une coupe de tounes un peu plus country. Ça se pourrait aussi.

PANM360: Puis en finissant, est-ce qu’il y a quelque chose que tu peux nous révéler sur ton projet solo ? Une petite nugget, d’un petit scoop ou un petit détail au niveau de quoi ça va parler ? Un des thèmes ? 

Rémi Gauvin: Bien, c’est sûr que j’ai envie de me permettre d’aller dans des zones plus intimes, plus sensibles. Puis c’est sûr que dans Comment Debord, je n’ai pas parlé beaucoup d’amour, mettons. Je pense que j’avais vraiment envie, quand j’ai commencé à faire de la musique, d’écrire sur autre chose. Je me faisais quasiment un point d’honneur d’aborder d’autres sujets. Puis je pense que la réalité me rattrape. (rires) Fait que finalement, j’en parle un petit peu plus. Peut-être que c’est inévitable. C’est peut-être une certaine maturité avec ça, je ne sais pas. Peut-être que finalement, je réalise que je ne suis pas mieux que tout le monde. Il faut bien aborder les vrais sujets comme l’amour, finalement.

PANM360: Et bien Rémi, on a bien hâte à dimanche. On va voir la première partie d’Unessential Oils. Ça va être un plaisir d’entendre ces nouvelles chansons-là.

Rémi Gauvin: Ça ne sera pas trop long. Je dois faire ça court pour que Patrick Lagacé soit content. 

PANM360: (Rires) ´Pas trop long les premières parties’. C’est tout un plaisir, mon cher ami. 

Rémi Gauvin: Merci beaucoup, mon ami. 

PANM360: Bye-bye.

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Dan Seligman est fondateur et toujours directeur créatif de Pop Montréal, le principal hapenning automnal présenté à Montréal. Il dirige l’équipe ayant recruté les artistes et groupes prévus du mercredi 24 au dimanche 29 septembre. Comme c’est le cas chaque année, PAN M 360 lui a demandé d’identifier les 5 must quotidiens de sa direction artistique. Voici les choix de jeudi !

Sarah Rossy

« Pour jeudi, Sarah Rossi serait mon choix numéro 1. Cette chanteuse montréalaise se trouve dans un monde musical comparable à celui de Thanya Iyer, c’est-à-dire très orchestral, exécuté par musiciens de très bon niveau, souvent issus du jazz et des musiques sérieuses. J’ai reçu à l’avance l’album qu’elle lance jeudi, j’ai été vraiment étonné. J’avais l’impression de découvrir une artiste de la trempe d’Annie Lennox, Goldfrapp, Kate Bush… , enfin ces chanteuses qui repoussent les limites de l’expression. Il y aura plusieurs personnes sur scène, un gros programme. »

Hanako


« J’aime beaucoup cette jeune chanteuse de Montréal que j’ai découverte cette année : Hanako. Ma fille de 16 ans me l’a fait découvrir et j’ai remarqué qu’elle avait appliqué au festival, alors je l’ai programmée! Elle fait dans le grunge, le folk ou la dream pop. Son premeir album My River Goblin (2022), a été enregistré par Ky Brooks. Elle a fait un EP en 2024, KakoBako, avec des références japonaises – ça fait partie de ses origines. Elle sortira un troisième album dans les mois qui viennent. »

Joseph Shabason

L’un de mes préférés ce jeudi, c’est Joseph Shabason, de Toronto. Il vient du monde du jazz, il est saxophoniste. Il a collaboré avec plusieurs bands importants, Destroyer, War on Drugs, etc. Il enregistre beaucoup, il présente plein de concepts intéressants, vraiment cool, souvent hypnotique. Un de ses albums relate expérience d’immigrant, issud’une famille juive installée Toronto. Il est vraiment très prolifique, il faut aller sur sa page Bandcamp!

Annie-Claude Deschesne

Je dois aussi choisir le spectacle solo d’Annie-Claude Deschênes. Je pense qu’elle est l’une des meilleurs artiste locales. Côté performance, il n’y a personne au pays qui fait ce qu’elle fait, une extraordinaire bête de scène. Quand j’ai vu et entendu son show, j’ai été conquis, et on l’a invitée pour notre showcase à South by Southwest. Elle a cette incroyable capacité de capter l’attention des gens et de transformer un spectacle rock en une performance extraordinaire, théâtrale, complètement déjantée. Je serai à ce show! Vraiment cool.

Surma

Dans le même programme qu’Annie-Claude il y a l’artiste Surma, de Lisbonne, Portugal. Il y a des touches world mais c’est un travail d’abord électronique de pointe, très solide et très raffiné, le jazz est aussi de la partie. Surma tourne beaucoup, surtout depuis ses albums alla et Antwerpen l’ont lancé sur le circuit international indie. Sa musique me semble très intéressante, je suis très curieux de voir ce qu’il en fera sur scène.

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La voix de Rachel Bobbitt possède la maîtrise d’une chanteuse de jazz chevronnée, tout en restant remarquablement unique. Elle chante avec authenticité, tissant des histoires intimes et des souvenirs de chez elle. Bien que son nouvel album, Swimming Towards the Sand, ne soit pas encore sorti dans son intégralité, les singles prometteurs sont riches et profonds.

Ses compositions évoquent des paysages visuels puissants, elles sont également soutenues par une production méticuleusement décorée d’échantillons vocaux hachés, de synthés expansifs et de sons de guitare rappelant les Smashing Pumpkins, mélangeant folk et jazz en un son singulier.

La voilà à Pop Montréal, où elle et son groupe feront battre le cœur émotionnel de ce nouveau matériel. En tant que l’une des musiciennes les plus prometteuses du Canada dans le contexte de la popularité croissante du folk, c’est un spectacle à ne pas manquer.

Dans cette interview, Bobbitt nous parle de ses influences, de ses souvenirs de son grand-père et de la confiance qu’elle partage avec son groupe.

PAN M 360 : Après sept ans passés à Toronto, quels souvenirs gardez-vous de votre enfance en Nouvelle-Écosse ?

Rachel Bobbitt : J’en garde un très bon souvenir. Je pense que c’est surtout parce que toute ma famille élargie vit également en Nouvelle-Écosse, et que beaucoup de mes souvenirs d’enfance là-bas sont liés à la maison de mes grands-parents, au lac ou aux baignades dans l’océan. Je mangeais du dulse, qui est essentiellement une algue que l’on fait sécher sur les rochers. Cela ne semble pas très appétissant, mais quand j’avais huit ans, c’était la meilleure chose au monde.

PAN M 360 : En parlant de famille, vous avez mentionné que vos grands-parents ont eu une influence importante sur votre musique et que votre grand-père était également musicien. Y a-t-il des chansons ou des mélodies qui vous rappellent encore son souvenir ?

Rachel Bobbitt : Oui, tout à fait. C’était le genre de musicien qui n’avait jamais pris de cours de sa vie, mais qui pouvait prendre n’importe quel instrument et en jouer. Il jouait tout le temps « You Are My Sunshine », et il savait jouer l’accordéon, le piano et la guitare. Il adorait Hank Snow, qui est également originaire de Nouvelle-Écosse, je crois, et d’autres artistes country traditionnels comme Hank Williams et la Carter Family. Ce genre de musique me rappelle toujours son jeu, son chant et sa musicalité en général. C’était très décontracté, très spontané. C’est drôle, car je ne suis pas sûre qu’il se considérait lui-même comme un musicien. Je pense que la musique était pour lui une forme d’expression naturelle. Il ne se considérait pas comme un musicien, mais plutôt comme quelqu’un qui disait : « Bon, il y a du monde, autant mettre de la musique ». Mais oui, beaucoup de ces anciens artistes country me rappellent son souvenir.

PAN M 360 : Avez-vous déjà eu l’occasion, en dehors de chanter avec lui, de jouer certains instruments avec lui, même si vous étiez très jeune ?

Rachel Bobbitt : Oui, tout à fait. Je me souviens… eh bien, c’était aussi le genre de musicien qui tapait sur tout ce qu’il jouait. C’était un musicien très bruyant. Quand ma sœur et moi avons commencé à apprendre la guitare, nous jouions avec lui. Il était très fier de nous et nous soutenait beaucoup, mais je me souviens que son conseil était toujours le même : « Donnez-vous à fond. » Je pense donc que chaque fois que nous jouions avec lui, c’était la sagesse qu’il nous transmettait : se donner à fond, y mettre toute son énergie et toute son attention. Je n’ai pas appris l’accordéon, mais j’ai vraiment envie de m’y mettre. C’est donc en quelque sorte mon projet pour l’année prochaine.

PAN M 360 : Parlons un peu de la production, puisque votre album vient de sortir. C’est un très bel album ; je l’ai écouté toute la matinée, et je l’ai trouvé très agréable, très émouvant. J’ai remarqué que vos chansons dégagent un sentiment d’intimité. Elles sont très personnelles, elles parlent de votre famille, par exemple. Comment cela se passe-t-il en studio lorsque vous travaillez avec des producteurs et des membres de votre groupe ? Comment gérez-vous la délégation et la confiance tout en préservant cette intégrité sensible ?

Rachel Bobbitt : Oui, honnêtement, je pense que pour moi, c’est juste une question d’être très exigeante quant aux personnes avec lesquelles je travaille et avec lesquelles j’enregistre. Le noyau dur du groupe avec lequel je travaille, c’est le même depuis ma deuxième année à l’université, donc ça fait six ans maintenant. Ce sont des personnes en qui j’ai une confiance profonde, et je les apprécie en tant qu’êtres humains. C’est donc un mélange parfait. Je peux leur donner une chanson et leur dire : « Appropriez-vous-la et jouez-la comme vous l’entendez », et ils créeront quelque chose que j’adore, car je les aime en tant que musiciens et je fais confiance à leur instinct.

De plus, chaque fois qu’il y a une chanson, ou peut-être une partie d’une chanson, qui est un peu plus personnelle ou intime, je les connais tellement bien. Nous avons fait des tournées ensemble, nous avons passé des semaines entières les uns avec les autres, et je pense que nous nous connaissons tellement bien qu’ils savent comment gérer cela avec beaucoup de respect. Ils sont très doués pour poser des questions si nécessaire, et pour prendre du recul si nécessaire. Ils sont tous très humbles et incroyables.

J’ai de la chance de travailler avec ces personnes, je n’ai pas besoin de trop réfléchir à ça. Je pense aussi que Justice, qui joue de la guitare, et Isaac, qui joue de la basse et déclenche certains samples, sont bien meilleurs que moi à leurs instruments. Donc pour moi, je me dis : « tout ce que vous trouverez pour le live sera mieux que ce que je pourrais imaginer ».

PAN M 360 : Donc, vous travaillez avec votre groupe lorsque vous préparez un concert, mais lorsque vous composez vos chansons, vous le faites seule ?

Rachel Bobbitt : Oui.

PAN M 360 : Lorsque vous composez seule, comment déterminez-vous qu’une chanson est terminée ?

Rachel Bobbitt : Je suis le genre de compositrice qui produit au fur et à mesure des maquettes. J’utilise donc Ableton et j’essaie de me rapprocher le plus possible de la version finale que j’imagine, avec un mixage et un enregistrement corrects, etc. J’essaie de m’en approcher le plus possible. J’ajoute donc tout un tas d’éléments différents : des boucles de batterie, j’enregistre toutes les couches, je fais tous les overdubs.

Je passe vraiment beaucoup de temps dans le monde de l’enregistrement, car j’ai parfois l’impression que je peux me permettre de jeter des éléments si je ne les aime pas immédiatement. Je pense donc qu’il est important pour moi d’aller au bout d’une chanson autant que possible, de lui donner vraiment une chance et de l’amener à son terme naturel, là où j’ai créé le monde dans lequel je veux qu’elle vive. Si, à ce stade, elle ne me touche toujours pas et ne m’attire toujours pas, alors soit je la jette, soit je continue à la retravailler et j’essaie de l’adapter avec des instruments différents.

Mais à un certain moment, pour ma tranquillité d’esprit, je dois considérer que ce n’est pas moi qui dis que c’est terminé et que c’est parfait. C’est simplement là où je sens que j’ai naturellement mis fin à ma relation avec la chanson, et je publie cette version. Peut-être que dans un autre monde, il y aurait 10 versions différentes, mais pour l’instant, dans ce monde, c’est celle-ci que je rends publique.

PAN M 360 : Eh bien, cela soulève tout un tas de nouvelles questions, mais revenons-en à l’interprétation de cette musique en live. Je ne savais pas que vous aviez fait la production à l’avance et travaillé sur la batterie et tout le reste, c’est impressionnant. Je suis sûr que Chris a beaucoup travaillé à Los Angeles, mais la production du dernier album est grandiose, précise, dynamique et riche. Comment procédez-vous pour arranger les chansons avec votre groupe lorsque vous allez les jouer en live ? Visez-vous la même précision qu’en studio ?

Rachel Bobbitt : Je réfléchis beaucoup à cette question, et je trouve que c’est vraiment quelque chose qui me préoccupe. La façon dont j’aborde cela actuellement avec le groupe consiste à essayer de trouver le cœur émotionnel de chaque chanson et à le laisser se propager vers l’extérieur. Il y a donc certaines chansons où j’ai l’impression que les lignes de synthés véhiculent beaucoup d’émotion, et il sera donc important de les ajouter au spectacle live.

Ou peut-être y a-t-il des samples qui interviennent à un certain moment et qui véhiculent le cœur émotionnel de la chanson, auquel cas nous les ajouterons pour qu’ils soient déclenchés. Mais il y a peut-être aussi certains éléments qui sont moins importants ou qui peuvent être adaptés différemment ; peut-être que les parties de synthés peuvent être jouées à la guitare ou vice versa. Je pense que le seul moyen pour moi de garder le cap est de revenir au message émotionnel et de m’en servir comme guide.

PAN M 360 : Je suis curieux de connaître certaines de vos influences. Vous avez mentionné dans une interview que Leonard Cohen avait beaucoup influencé les chœurs aériens, et on retrouve un peu cette atmosphère dans l’album. Mais on y trouve également des touches d’Americana et des voix qui me rappellent Jessica Pratt, Lomelda et Big Thief. Y a-t-il donc des influences que vous avez délibérément apportées avec vous en studio ?

Rachel Bobbitt : Vous avez mentionné Jessica Pratt, elle m’a clairement influencée. En fait, au moment où nous enregistrions l’album, peut-être un mois ou deux avant, elle venait de sortir Here in the Pitch. Avec Justice, qui m’avait accompagnée à Los Angeles pour enregistrer les instruments, nous passions notre temps à écouter cet album en boucle dans la voiture. Cela a donc eu une influence considérable ; j’adore la façon dont cet album est mixé, et j’adore sa voix, si envoûtante et magnifique.

Cela a vraiment eu une grande influence. Beach House a également beaucoup influencé l’album, d’autant plus que Chris a travaillé sur certains de mes albums préférés du groupe. C’était une référence commune pour nous deux. Yo La Tango a eu une grande influence sur certaines percussions et certains aspects plus oniriques. J’écoutais aussi beaucoup Sharon Van Etten à l’époqu, j’adore sa voix très présente et puissante. Il y a aussi Imogen Heap : ses harmonies sont vraiment magnifiques, et sa voix est très expressive, c’est vraiment beau. Donc oui, il y a tout un tas d’influences différentes qui couvrent tout le spectre.

PAN M 360 : C’est formidable d’entendre tout cela après avoir écouté l’album. C’est très inspirant. J’espère que les gens seront tout aussi enthousiastes à l’idée de l’écouter. Une dernière question : si vous pouviez jouer avec un artiste vivant aujourd’hui, qui choisiriez-vous ?

Rachel Bobbitt : Oh, c’est tellement difficile. Ce serait probablement The National. J’adore leur musique, et je trouve ça un peu égoïste parce que j’ai tellement envie de les voir en concert – je ne les ai jamais vus en live. Ça fait longtemps que c’est sur ma liste de choses à faire avant de mourir ; la prochaine fois qu’ils viendront à Toronto, j’y serai. Mais oui, je trouve leur musique tellement belle, tout comme celle de Bon Iver qui me touche profondément. Honnêtement, ces deux groupes figureraient sur ma liste des artistes pour lesquels j’aimerais faire la première partie.

PAN M 360 : Eh bien, c’est une musique formidable et je suis sûr que nous entendrons encore parler de vous. Merci d’avoir pris le temps de répondre à cette interview. J’ai hâte de voir le spectacle !

Alors que Rachel Bobbitt s’apprête à partager sa vision musicale complète, l’attente pour Swimming Towards the Sand continue de grandir. Les thèmes de l’album, à savoir le foyer, la mémoire et la collaboration de confiance, ne manqueront pas de trouver un écho profond dans un contexte live. Si vous avez manqué POP Montréal, les fans de Toronto pourront assister à cette convergence le 17 octobre au Monarch Tavern.

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L’autrice-compositrice-interprète et productrice américaine cultive des atmosphères denses et une versatilité qui l’ont menée à collaborer avec Dean Hurley (collaborateur de David Lynch), J.G Thirlwell (pionnier de la musique expérimentale industrielle), M83 et Former Ghosts. Invoquant les esprits électro-gothiques depuis bientôt 20 ans, elle s’inspire autant de la pop que du lo-fi et de la cold wave, dans un désir perpétuel de renouvellement et de curiosité artistique. Pour en savoir plus sur son parcours, je me suis entretenue quelque instants avec cette artiste non conventionnelle, qui souhaite donner vie à son propre univers.

Zola Jesus se produit ce jeudi 25 septembre à la Sala Rossa, 20h

PAN M 360 : De formation classique, vous vous êtes lancée dans une aventure pop avant-gardiste. Qu’est-ce qui vous attire dans ces paysages sonores non conventionnels et souvent sombres ?

Zola Jesus : C’est une bonne question, car j’aimerais bien le savoir moi aussi ! (haha) C’est une question que je me pose depuis longtemps. Ce n’est pas volontaire, ça c’est sûr ! Je suis juste submergée par les profondeurs de l’obscurité, en quelque sorte, ça a toujours été comme ça. Je pense que j’ai simplement besoin de comprendre les parties invisibles de moi-même, et cela transparaît dans ma musique. Parfois, j’essaie de « ne pas trop m’intéresser » à ces choses, car elles peuvent isoler ou aliéner, mais je ne peux pas m’en empêcher. Alors j’y reviens toujours.

PAN M 360 : Vous avez fait vos débuts avec des albums à l’ambient lo-fi (The Spoils, etc.), mettant en valeur votre voix puissante, puis vous avez évolué vers un son plus raffiné (Taiga, etc.). Vous pouvez aller partout avec votre production, de l’opéra à l’électro, vous semblez toujours à la recherche de quelque chose de différent. Qu’est-ce qui vous pousse à prendre une nouvelle direction ?  

Zola Jesus : Peut-être que je m’ennuie très facilement ! (haha) Quand je fais un album, je m’attache vraiment aux profondeurs de cette expérience, de ce son, de cette atmosphère. Et donc, quand je fais un nouvel album, j’ai presque envie de faire le contraire. J’ai fait le sombre… Et si je faisais quelque chose de clair et net ? Et puis je m’ennuie aussi de ça, alors je me dis : « OK, maintenant, je veux jouer avec les textures ! ». En gros, je passe d’un extrême à l’autre.
PAN M 360 : Que souhaitez-vous expérimenter dans ces directions ? Comment cette exploration des extrêmes influence-t-elle votre art ?

Zola Jesus : Eh bien, cela me motive énormément, car si je continue à faire toujours la même chose, je commence à m’ennuyer… alors je me dis « c’est facile pour moi, je peux le faire ». Quand je m’engage dans une autre direction, c’est un défi pour moi, car je dois apprendre une toute nouvelle façon de faire de la musique et de m’exprimer, une palette totalement nouvelle qui m’est inconnue. Cela me permet de rester vigilante et curieuse. J’aime me lancer des défis et sortir de ma zone de confort.
PAN M 360 : Vous êtes très passionnée par les arts visuels, d’où leur imbrication dans vos œuvres. Qu’est-ce qui lie ces deux éléments pour vous ?

Zola Jesus : Pour moi, j’ai toujours l’impression de créer des sons pour un espace, donc le son ne peut pas exister dans le vide. Et surtout grâce à ma formation en opéra, qui est une façon acoustique de chanter, j’ai besoin d’espace pour être entendue, donc pour moi, l’espace est très important. À quoi ressemble cet espace, quels sons émet-il, quelles odeurs dégage-t-il ? Comment se sent-on quand on s’y trouve ? Ainsi, lorsque je crée de la musique, je crée de la musique pour un espace, qu’il s’agisse simplement d’une atmosphère, d’une image ou même d’un bâtiment (haha). Cela peut être n’importe quoi. Il y a toujours quelque chose de visuel, d’immersif, associé au son. Par exemple, sur Arkhon, on avait vraiment l’impression d’être dans une grotte, une grotte préhistorique ancienne. Chacune des chansons explorait en quelque sorte son propre paysage à sa manière.
PAN M 360 : Vous vous intéressez particulièrement aux questions sociétales, spirituelles et émotionnelles, notamment sur Arkhon. Est-ce que cela fait partie de votre parcours d’essayer d’aider et guérir vos auditeurs ?
Zola Jesus :
Oui, c’est étrange, car ce n’était pas mon intention au départ, mais je pense que ma musique est naturellement très émouvante, elle parle de sentiments. Il y a aussi ce désir de créer des liens avec les autres. Je suis quelqu’un de très introverti, j’ai donc toujours envie de créer des liens avec les gens, mais même si cela me vient très naturellement, cela peut aussi être un défi. Pour moi, c’est aussi ma façon de me connecter à l’univers, à cette humanité qui nous relie tous, même à de parfaits inconnus. C’est pourquoi j’aime la musique, elle permet d’avoir une conversation avec le monde, avec l’humanité, et je pense que ma musique a aussi cette qualité « empathique ». Je veux préserver l’espace que je traverse, mais aussi le relier aux luttes et aux expériences universelles.
PAN M 360 : Quelles sont vos principales inspirations artistiques ? Trouvez-vous d’autres artistes avec lesquels vous vous identifiez, qui suivent un parcours similaire ?
Zola Jesus :
J’adore Maria Callas, c’est l’une de mes plus grandes idoles. Son dévouement à son art m’inspire énormément. Marina Abromovitch, une artiste de performance, et la façon dont elle distille ses propres expériences et sa culture tout en repoussant les limites de sa zone de confort, rendent son art très inspirant à mes yeux également. Sur le plan musical, je dirais que l’une de mes héroïnes est Diamanda Galas, qui est très intransigeante et qui a créé son propre univers avec sa musique : il n’y a personne d’autre comme elle.
PAN M 360 : Que recherchez-vous dans vos collaborations ? Je sais que la Canadienne Joanne Pollock est quelqu’un vers qui vous aimez revenir ?
Zola Jesus :
J’aime travailler avec des personnes que je respecte, comme Joanne, et qui peuvent me mettre au défi et me placer dans des contextes différents. C’est vraiment amusant pour moi, car je crée dans le vide, mon processus est tellement solitaire que les collaborations sont pour moi un moyen de grandir et d’essayer les processus et les idées créatives d’autres personnes, afin de me retrouver dans ces idées.
PAN M 360 : Qu’aimeriez-vous accomplir dans votre vie de créatrice ?
Zola Jesus :
Mon objectif ultime est de faire quelque chose comme écrire un opéra, afin de pouvoir exprimer toutes les différentes émotions et idées musicales qui ne cadrent pas vraiment avec un album pop ou rock.  J’aimerais aussi monter un spectacle très audiovisuel, car jusqu’à présent, je n’ai jamais pu me permettre de grands effets visuels dans ma carrière. J’ai toujours été très conservatrice à ce titre, car c’est tout ce que je peux me permettre.
PAN M 360 : Un petit mot pour les fans de Montréal avant votre passage cette semaine ?

Zola Jesus : J’ai hâte de revenir à Montréal ! J’y ai d’ailleurs vécu quelque temps, car mon mari y habitait depuis très longtemps, j’ai donc beaucoup d’amis là-bas. J’adore cette ville, si je pouvais m’y installer, je le ferais sans hésiter ! Je parle un peu français… mais pas très bien ! (haha)

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Dan Seligman est fondateur et toujours directeur créatif de Pop Montréal, le principal hapenning automnal présenté à Montréal. Il dirige l’équipe ayant recruté les artistes et groupes prévus du mercredi 24 au dimanche 29 septembre. Comme c’est le cas chaque année, PAN M 360 lui a demandé d’identifier les 5 must quotidiens de sa direction artistique. Les voilà!

Mùm

« La formation islandaise est certainement un must ce merdredi. Post-rock dans la lignée de Sigur Rós , mais aussi ambient et glitchy. Ça devrait calmer les esprits en cette période d’échauffement. »

Michel Pagliaro et invité.e.s

« Pag est un incontournable. J’étais intéressé par son show plus acoustique ces dernières années, en faisant quelque chose de plus intime. Mai… toutes ses chansons sont des hits, c’est un excellent performer et il incarne une part de l’histoire musicale montréalaise. »

Anas & Itran

« Montréalais d’origine marocaine, Anas Jellouf avait appliqué au festival, son nom d’artiste étaot alors Sidi Blue Moon. Il devait ouvrir pour cet autre artiste qui ne s’était pas présenté. Le groupe avait alors remanié son set et joué plus de musique traditionnelle gnawa. L’expérience se poursuit sous le nom Anas & Itran , qui mêle aussi d’autres influences comme le chaâbi et raï, et aussi des sons plus modernes comme l’afrobeat, le funk et la trance. C’est une fusion. »

Nora Kelly

« Le Nora Kelly Band vient du Mile-End. La frontwoman est une chanteuse de talent, pe crois. Elle fait dans le style alt country, avec slow burners, foot stompers, mais aussi space rock et plus encore. Elle joue à notre fête d’ouverture et plus tard au Quai des brumes. »

Thanya Iyer

« J’ai assisté au concert lancement de son Tide/Tied, au Centre Phi. Musique indienne, pop occientale, jazz, musique pop expérimentale, musique de chambre éthérée. Magnifique! Elle ne cesse de se renouveler, le niveau ne cesse de s’élever, Thanya Iyer est à devenir une artiste majeure de la scène montréalaise. »

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Honeydrip est l’une des artistes de musique électronique les plus en vue de Montréal, et ce depuis nombre d’années. Si ses sets DJ couvrent un large éventail de genres et d’influences, son style particulièrement dynamique se traduit dans ses propres créations musicales, soit par des morceaux que l’on a envie d’écouter entre 5 et 7 heures du matin. Elle fait partie de la culture underground depuis ses débuts il y a dix ans, et continue de se consacrer à cette scène malgré la demande internationale croissante à son endroit. C’est ainsi que Honeydrip s’est fait un nom, non seulement en créant une identité sonore unique, mais aussi en développant une communauté avec son public et ses pairs. Elle est devenue une DJ influente et une musicienne live innovante, mais aussi une pionnière dans l’organisation de conférences au sein du collectif féminin et queer MORPH, qu’elle a fondé.

Dans cette interview, Honeydrip nous parle de son prochain concert au Making Time XXV, de l’importance des salles DIY et de son dernier projet musical.

PAN M 360 : Vous rentrez de Philadelphie où vous étiez invitée au festival Making Time. Comment décririez-vous l’ambiance générale qui régnait à Fort Mifflin ? Y a-t-il eu des concerts qui se sont démarqués ?

Honeydrip : L’énergie était palpable ! Je pense que nous étions tous très heureux d’être là et de participer à cette expérience. J’ai rarement vécu un festival comme celui-ci, où je ne sais pas où aller parce que la musique est tellement bonne partout et tout le temps. Je n’ai pas pu assister à tous les concerts que je voulais voir, mais mes préférés ont été ceux d’Aya, Conducta et Al Wooton.

PAN M 360 : Pour Making Time XXV au S.A.T., vous allez jouer en live, c’est bien ça ?

Honeydrip : Oui ! C’est génial d’avoir eu l’occasion de mixer au festival Making Time à Philadelphie et maintenant de faire un live ici à Montréal.

PAN M 360 : Lors de votre dernière performance live au MUTEK, vous avez doublé les morceaux, c’est-à-dire que vous avez envoyé les stems vers des pédales d’effets en temps réel. Quel dispositifs musicaux apportez-vous sur scène cette fois-ci, et pouvez-vous décrire brièvement leur fonction ?

Honeydrip : Ma configuration live pour ce spectacle est pratiquement la même que celle que j’ai utilisée au MUTEK : Ableton Push, une table de mixage Venice et un ensemble de pédales. J’ai progressivement intégré de nouveaux éléments à mon set, mais je n’en ai pas encore créé un entièrement nouveau. Cela dit, j’aime beaucoup faire évoluer mes morceaux au fil du temps, car cela me permet de refléter où j’en suis musicalement aujourd’hui et de partager cette évolution constante avec le public.

PAN M 360 : En mars 2025, vous avez publié sur Instagram un message célébrant vos 10 ans de carrière en tant que DJ. Vous êtes passé des rythmes lo-fi fluides à la bass music, au dub et à la techno left-field. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Honeydrip : Ces derniers temps, je me suis intéressée au chant et je vais sortir un single le mois prochain qui marquera le début de cette nouvelle orientation. Je chantais et me produisais sur scène quand j’étais plus jeune, alors revisiter cette partie de moi-même, c’est comme renouer avec l’enfant qui sommeille en moi. Même avec ce changement, ma musique reste ancrée dans les sonorités caribéennes.
PAN M 360 : La musique que vous jouez en live et en tant que DJ est-elle la même que celle que vous écoutez au quotidien ? Quel est votre contexte préféré pour écouter cette musique ?
Honeydrip : J’aime plusieurs styles musicaux, donc je varie en fonction de mes envies. Je préfère écouter le genre de musique que je joue soit sur la piste de danse, soit seule chez moi où je peux bouger librement. Cela m’inspire vraiment à bouger.

PAN M 360 : Vous faites partie de la scène DIY montréalaise depuis le tout début de votre carrière de DJ et vous y êtes toujours très impliqué, comme en témoigne votre prestation à la Parquette le 11 octobre dernier. Selon vous, quelle est l’importance des espaces DIY dans l’écosystème musical, et avez-vous des idées pour assurer la pérennité de cette scène ?
Honeydrip : Je fais partie d’un collectif appelé MORPH Sound System, né du désir de voir davantage de femmes et de personnes queer s’intégrer à la culture des sound systems et, grâce à nos ateliers, leur donner les moyens de se réapproprier les espaces techniques qu’elles méritent. Le 11 octobre aura lieu notre première collecte de fonds, au cours de laquelle nous avons programmé des ateliers, des conférences, de la musique et bien d’autres choses encore. Je me produirai sur scène, mais j’animerai également un atelier interactif avec mon ami Rían Adamian sur le thème « Comment construire un haut-parleur ».

Je pense que Parquette est l’exemple parfait du pouvoir de l’underground et de la façon dont il représente les envies, les besoins, les désirs et les rêves de notre communauté. En menant des enquêtes et en participant activement à la culture DIY, ils ont déterminé ce dont Montréal avait le plus besoin et l’ont créé. Nous sommes donc honorés d’y organiser notre événement. La culture DIY et la culture Sound System vont de pair. Beaucoup de gens travaillent ensemble pour atteindre un objectif et tout le monde en profite, pas seulement ceux qui sont au sommet. On y trouve l’amour, l’amitié, un but et de la magie (sans vouloir paraître ringard). Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait, mais cela vaut la peine de continuer à vivre les moments spéciaux, réels et inspirants que m’apporte la scène DIY.

PAN M 360 : J’ai beaucoup aimé votre définition d’un système audio, où le son correspond aux haut-parleurs et le système à la communauté d’ingénieurs, de selectors et de publics qui gravitent autour du son. En gardant cette définition à l’esprit, quelle est votre vision d’un système audio parfait ?
Honeydrip : Je vais répondre à cette question en quelques mots clés : diversité, logiciel libre (open source), repousser les limites.
PAN M 360 : Pour ceux qui ne le savent pas, Making Time XXV au S.A.T. est une version condensée du festival qui se déroule à Philadelphie, où Honeydrip a joué samedi. Comment ça s’est passé ?
Honeydrip :
Tout s’est très bien passé ! Je jouais sur la scène Lot Radio, donc mon set a été diffusé en direct et sera bientôt mis en ligne pour ceux qui souhaitent le revoir. J’ai été invitée par House of Paurro, qui a acheté tout un tas d’oreilles de lapin et les a distribuées à ses amis et au public. Pendant mon set, j’ai donc moi aussi porté des oreilles de lapin, ce qui était amusant et mignon. La salle était pleine à craq

uer et le public très réceptif !

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Photo: Félix Bonnevie

Intouchable de la culture canadienne contemporaine, renommé mondialement depuis quatre décennies, Daniel Lanois pourrait être rassasié, s’en tenir à la gestion de son immense réputation. Ce serait mal le connaître: il préfère poursuivre en continu cette quête d’innovation et de transmission qu’il a toujours suivie. 

Multi-instrumentiste, maître réalisateur (U2, Emmylou Harris, Peter Gabriel, Neil Young, Bob Dylan, The Neville Brothers, etc), il se concentre aujourd’hui sur son art. Et son art revient parmi nous pour y faire état de ses progrès récents. Lancées en 2021, les chansons de l’album Heavy Sun pourraient constituer la plateforme pour le décollage de concerts qui s’annoncent inspirés au Québec, à commencer par celui présenté au Palais Montcalm, ce vendredi 3 octobre, 19h30.

Vu son gigantesque statut, Dan Lanois aurait aussi pu éviter les interviews, il en fut tout autrement car la conversation amicale qui suit nous en rappelle l’humilité et la bonhomie.

Daniel Lanois : Bonjour Alain (en français)

PAN M 360 : Bonjour Daniel, ça va ? 

Daniel Lanois : Oui, tout va bien. Je suis à Toronto. (en français)

PAN M 360 : Tu vis désormais à Toronto? 

Daniel Lanois : C’est un peu compliqué.  J’ai un studio à Toronto, une maison en Jamaïque et un autre lieu aux USA . 

PAN M 360 : Tu es beaucoup aux USA ces temps-ci?

Daniel Lanois : J’ai un seul agenda, où que je sois : essayer d’atteindre le plus haut niveau à travers ma musique et mes chansons. J’espère toujours que le contenu et l’émotion de cette musique puisse toucher les cœurs et peut-être changer un peu la vie des gens. C’est ma contribution au monde. Sinon je pourrais juste rester sur le patio à discuter… Mais je n’ai pas de temps pour patio, j’essaie encore de faire du mieux que je peux. 

PAN M 360 : Pour ton retour au Québec, tu seras avec Jim Wilson et Jermaine Holmes c’est un trio qui excelle dans le chant harmonisé et dans l’exécution de ton excellent  mélange de gospel, blues, folk-rock, americana façon Lanois, avec une touche de reggae. Le tout dans l’esprit de l’album Heavy Sun (2021) avec une touche de Rockets (2021) ?

Daniel Lanois : Tu m’enlèves  les mots de ma bouche!  Je vais boire mon café alors (rires). Il y aura tout ça et aussi, j’apporte sur scène tout un plateau électronique que j’utiliserai en plus de cette musique jouée avec mes musiciens. Je suis très excité, car nous faisons des choses en studio qui sont fascinantes mais qui ne sont pas présentées sur scène d’ordinaire, pas de la même manière en tout cas. C’est plus cher à produire en tournée, mais j’ai quand même pris la décision de le faire, car je veux faire évoluer mon show en y étalant quelques-unes de mes expériences électroniques. 

PAN M 360 : Peut-on en savoir davantage?

Daniel Lanois : Oui, absolument!  Ce gear sur scène, c’est un peu comme l’artiste dub jamaïcain Mad Professor qui peut  travailler avec un 8-pistes sur scène; tu as la basse, tu as le beat et tu ajoutes des choses. Avec mon gear je peux mixer sur place, mais plus que ça, je fais du dub j’ai mes échos préenregistrés, le groove est par exemple groove classique jamaïcain, j’ai des effets et des samples à y ajouter en temps réel.  J’organise moi-même les échos, les samples et les dubs sont les miens. 

Je prends des morceaux et les présente dans un contexte distinct. Chaque soir, différentes chansons sont diffusées. Parfois,  le dub va s’exprimer d’une certaine manière et je pourrai me dire alors : wow, je n’ai jamais ça avant ! On va donc s’amuser un peu avec l’électronique.

PAN M 360 : On l’a observé de nouveau depuis 2022 avec les albums sans paroles chantées (Player, Piano, Belladonna, Goodbye to Language, The Omni Series)  Tu as toujours été intéressé par l’électronique et la musique instrumentale, les pédales d’effets, les chambres d’écho, les procédés créatifs en studio. Dans plusieurs de tes productions,  pour d’autres artistes comme pour toi-même, il y a souvent cette attitude dub / ambient qui teinte l’instrumentation et l’expression americana.

Daniel Lanois : Oui c’est un domaine d’expertise chez moi. C’est ma dévotion à cette forme d’art, je suis donc très heureux d’apporter sur scène ces éléments électroniques. Je pense que ça sera divertissant pour tout le monde.

Et oui c’est une part importante de qui je suis comme tu l’as mentionné. 

J’ose croire être un réalisateur organique, et cela remonte à l’époque des productions ambient avec Eno. C’est très technologique, mais ça ne te vient pas à l’esprit quand tu entends cette musique. 

PAN M 360 : Effectivement, ça fait partie d’un tout. Holistique !

Daniel Lanois : J’aime ton mot tout parce que nous aimons les choses qui remplissent tout le corps. J’aime perpétuer ce que j’ai fait, tout en menant de nouvelles expériences. Explorer occupe une large part de ce que je fais, mais il faut être intelligent, c’est-à-dire ne pas juste faire des sons, des bruits. C’est-à-dire trouver cette posture utile où chacun y trouve son compte. 

PAN M 360 : Tu peux compter sur un  très grand répertoire. Matériel récent en priorité? Par exemple, si tu prends l’aspect électronique tu as récemment fait un bel  album fondé sur les claviers peut-être pourrais tu également  piger dans l’album Heavy Sun ?

Daniel Lanois : Je ne sais pas s’il faille s’attendre à quelque chose de précis. En tout cas,  j’aurai aussi avec moi mon pedal steel guitar, la même que j’ai depuis ma jeunesse. J’adore en jouer ! Il y aura sûrement de belles harmonies vocales car mes musiciens en sont vraiment capables – je pense entre autres à Silverado, une chanson que j’ai écrite pour mon frère.

Et puisque je serai  au Québec,  je ferai possiblement  Jolie Louise ou O Marie, une chanson de tabac. Tu sais, ces chansons bilingues  se sont rendues au sud des États-Unis, des musiciens de Nouvelle-Orléans ont fait leur propre version de Under A Stormy Sky, ce qui me réjouit et m’encourage à poursuivre dans cette veine. 

PAN M 360 : On ne s’étonne pas que le Deep South américain l’apprécie!

Daniel Lanois : Je vais d’ailleurs à Nashville très bientôt pour y joindre Emmylou Harris. Je compte faire avec elle notamment une version de May This Be Love de Jimi Hendrix. Avec Emmylou Harris, on célèbre l’album Wrecking Ball, Malcolm Burn est aussi avec nous sur scène, nous faisons quelques dates là-bas, dont le Ryman Auditorium.

PAN M 360 : Le répertoire est vaste, où que tu sois : la Jamaïque roots et dub, l’électronique et l’Amérique du Nord americana.

Daniel Lanois : Je peux apprécier l’étiquette americana, car je viens de cette musique des racines nord-américaines. Et j’assume ma responsabilité de créer de la musique du futur. C’est  un peu ce que tu as fait avec le journalisme en décidant de t’éloigner de ce que tu faisais auparavant.

PAN M 360 : Exact. L’âge n’est pas un argument pour cesser de changer. Aujourd’hui, par exemple, recommander de la musique devient plus difficile que de la critiquer. Ill faut comprendre où on s’en va et  on arrête de changer lorsqu’on meurt. Tu as 72 ans et tu cherches encore, n’est-ce pas ?

Daniel Lanois : Comme tu le dis justement, la critique vient facilement à l’esprit mais…  recommander et expliquer des musiques auxquelles tu crois et qui peuvent améliorer la vie d’une personn , c’est pour moi du meilleur journalisme. Il faut toujours rester imaginatif. Il faut encore explorer et penser aux possibilités qui s’offrent à soi. C’est pour ça que je suis encore là, j’imagine.

PAN M 360: Et, j’imagine, il faut faire autre chose dans la vie pour nourrir sa musique.

Daniel Lanois: Oui, j’ai d’autres activités créatives, je fais de la photo par exemple. Je suis aussi impliqué dans la cause environnementale, le problème du plastique  par exemple. Je travaille également sur des projets multidisciplinaires, notamment avec l’écrivaine Margaret Atwood.

PAN M 360 : Peut-on parler d’une tournée importante qui t’amène à Québec et Montréal ?

Daniel Lanois : Au moment où l’on se parle, nous avons fait une dizaine de dates en Ontario, petites villes très sympa d’ailleurs. Nous avons roulé plutôt que volé, parce que les avions ne se rendaient pas où nous allions. Nous avons ainsi vu du pays, des rythmes de vie, des fermes, la vitesse des villes…  Et bientôt, ce sera Québec et Montréal.

PAN M 360 : La plupart des artistes de ton âge et de ta stature gèrent leur propre legs musical jusqu’à leur mort. Ce n’est pas exactement ton cas!

Daniel Lanois : Nous avons déjà parlé de la responsabilité que nous avons pour les deux, à la fois l’héritage et les explorations. Tu restes chercheur et tant que cet intérêt reste vivant en toi, chaque jour est l’occasion d’une nouvelle découverte. Qu’est-ce qu’on peut faire de neuf aujourd’hui?

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À Montréal le dimanche 5 octobre, Théâtre Maisonneuve. Infos et billets ICI

Codes d’accès, organisme québécois se consacrant à la composition émergente et ce depuis 1985, ouvre sa saison 2025-2026 ce lundi 22 septembre à la Sala Rossa, soit avec un programme construit autour de la musique vocale. En première partie, la soprano et compositrice Rebecca Gray y offre un « récital d’œuvres aventureuses »pour voix seule, ceci incluant des pièces de compositeurs.trices renommé.e.s (Luciano Berio et Cathy Berberian) et deux composition de son cru. Plus précisément, la pièce WTFJane Eyre de Rebecca Gray se construit sur lien qu’elle alimente avec avec Charlotte Brontë et aussi avec son personnage fictif Jane. La compositrice montréalaise (originaire d’Ottawa) a aussi travaillé avec la dramaturge Sarah Danielle Pitman, dont c’est la première expérience opératique.

En deuxième partie de programme, de nouvelles œuvres d’un collectif de compositeur[trice]s et d’interprètes s’inspirent de l’œuvre vocale baroque Lagrime mie de Barbara Strozzi (1619-1677) afin d’y exprimer leur ressenti des réalité d’aujourd’hui, quatre siècles plus tard. Dialogues avec Lagrime mie réunit donc quatre compositeur[trice]s et sept interprètes émergents de la scène montréalaise. À travers la référence baroque, ces artistes émergents cherchent « la traduction de l’image poétique, la réaction, la déconstruction, voire la destruction de la pièce » explorabt ainsi « la tension entre espoir et désespoir qui traverse l’œuvre de Barbara Strozzi et résonne toujours avec force aujourd’hui. »

LUNDI 22 SEPTEMBRE, SALA ROSSA, 19H30, BILLETS ET INFOS ICI

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PROGRAMME

REBECCA GRAY

Rebecca Gray « WTF Jane Eyre » pour voix solo, 2019 (8’)

Luciano Berio « Sequenza III » pour voix seule, 1966 (8’)  

Cathy Berberian « Stripsody » pour voix seule, 1966 (7’)

Sarah Pitman et Rebecca Gray [titre à venir] pour voix seule, 2025 (8’)

LAGRIME MIE

Lily Koslow et Jules Bastin-Fontaine « Dialogues » pièce acousmatique, 2024 (18’)

Tom Lachance « Perché non isfogate il fier dolore » pour flûte, saxophone, synthétiseur, violon, violon alto et violoncelle, 2025 (10’)

Audréanne Filion « and so i hold myself back and swallow the cry of a darkened sobbing » pour saxophone, synthétiseurs, flûte alto et électroniques, 2025 (10’)

  • Alex Huyghebaert, flûte
  • Anne-Claude Hamel-Beauchamp, violon
  • Audréanne Filion, composition et violoncelle
  • Felix Gauthier, trompette
  • Jules Bastin-Fontaine, composition
  • Lily Koslow, composition et synthétiseur
  • Magali Gavazzi-April, violon alto
  • Thomas Gauthier-Lang, saxophone
  • Tom Lachance, composition

Ce 28 août 2025, Joseph Edgar a lancé The Songs of Parkton Miller Vol.1, un premier album anglophone après plus de 20 ans de carrière. Ayant grandi dans les deux langues, l’artist acadien se donne le droit de nous offrir aujourd’hui cet autre pan de sa culture. Il s’agit également d’un retour aux sources, les teintes country-folk-blues y portent son amour de la musique aussi ravivé par un voyage au Brésil. Le cœur est à l’avant-plan ! Pas de percussions bossa-nova ici ou de cuivres chauds, plutôt une envie de revenir à l’essentiel de ce qui procure le plaisir de jouer : avec simplicité et émotion.  On a pass avec lui quelques instants pour en savoir plus sur sa conception, ses inspirations et les collaborations ayant généré cet album singulier. Joseph Edgar y ouvre ainsi la voie à son alter ego, Parkton Miller.

PAN M 360 : Qui est Parkton Miller et pourquoi l’avoir immortalisé comme titre de l’album?

Joseph Edgar: J’ai grandi dans la ville de Moncton, dans un quartier qu’on appelait Parkton, sur la rue Miller. Et comme on était peut-être trois familles francophones sur une quarantaine de maisons, quand on jouait dehors avec les enfants du quartier, ça a commencé très tôt à développer mon vocabulaire anglophone. Et là, en sortant un album entièrement anglophone, je me disais « Ok mais ce serait quoi mon nom, en Anglais? ». J’ai même hésité à mettre Joseph Edgar de côté : j’avais comme besoin d’un alter-ego pour me donner le droit de faire cet album-là, uniquement en anglais. J’ai finalement décidé de prendre cet angle avec le titre.

PAN M 360 : Qu’est-ce que tu avais envie de partager sur cet album?

Joseph Edgar: Au départ, tout s’est passé de manière très très spontanée. C’est-à-dire que je suis allé quelques semaines au Brésil (haha) et tous les soirs j’allais voir des petits spectacles locaux où il y avait ces incroyables chanteurs et musiciens qui débordaient de passion pour leur art. Et qui, purement et simplement, loin des médias et des projecteurs, faisaient de la musique avec leur cœur. Quand je suis revenu du voyage, les chansons sont apparues et elles sont sorties en anglais, sans qu’elles soient guidées nécessairement par une envie spécifique de dire quelque chose mais plutôt par le sentiment de plaisir de jouer que je retrouvais au Brésil. Y’a une synchronicité aussi là-dedans où est-ce que, pour des raisons personnelles, j’ai passé beaucoup plus de temps au Nouveau-Brunswick dernièrement et je me retrouve à lancer cet album, inspiré par mes racines à Moncton, alors que je suis de retour dans la maison familiale. Au bout de la création, je me suis rendu compte que c’était vraiment un album de retour aux sources.

PAN M 360 : Je l’ai écouté et je l’aime beaucoup! Il y a ce sentiment d’intimité, de proximité sur l’album qui le rend d’autant plus authentique. Comment s’est passé l’enregistrement à la maison, de laquelle on entend parfois des sons ?

Joseph Edgar : Ça s’est déposé vraiment naïvement, j’enregistrais dans mon salon, je m’inspirais sur mon balcon et je trackais, parfois en plein milieu de la nuit haha, sur une petite guitare qui sonne pas trop fort pour pas réveiller ma blonde (haha). Ça a été un processus vraiment intime et tranquille et on a trouvé intéressant de laisser cette proximité-là à l’auditeur.

PAN M 360 : Comment s’est passé la conception de l’album avec tes collaborateurs?

Joseph Edgar: Ben, après la phase « tout seul, chez nous » (personne savait que j’étais en train de faire ça) je suis sorti de création et j’ai envoyé les démos à Ben Bouchard. Et ensuite à Jo, Jo Laf et Sunny Duval, parce que je me voyais faire ces chansons-là avec eux. Au début, je voulais qu’on rentre ça en studio et qu’on le refasse et qu’on applique pour une subvention et tout le tralala habituel mais tout le monde était comme « wow ces démos-là sont vraiment efficaces, on devrait se mettre ensemble et les peaufiner as is right now parce que sinon le temps va passer pis tu vas commencer à second-guesser » (ils me connaissent bien haha!). Comme l’essentiel était déjà là et que l’émotion traversait déjà, on voulait pas faire l’erreur de surproduire et de dénaturer les chansons. Au bout du compte, cet album-là a été une traduction de la vibe de laquelle j’avais été témoin au Brésil : celle de faire de la musique avec le cœur avec une approche épurée, près de son esprit initial.

PAN M 360 : Parle-nous un peu de tes collaborateurs, Benoit Bouchard et Sunny Duval, Jocelyn Gagné et Jonathan Lafrance?

Joseph Edgar : Jocelyn Gagné, je l’ai rencontré à Lafayette en Lousiane en 2010 via les Breastfeeders duquel Sunny faisait aussi partie. Jocelyn et moi on a vraiment connecté et, peu de temps après, il m’a contacté pour me dire que je devrais venir à Montréal faire un album. J’y suis allé, on a fait des démos pour ce qui est devenu l’album Interstice – lui était à la réalisation – et c’est là qu’on est devenus des meilleurs amis, des frères. Je l’aime d’amour, c’est un peu devenu mon complice #1 à Montréal, que ce soit personnel ou musical. Sunny, lui, on se rejoint dès qu’on peut, ici et là, à travers les projets quand on a la chance. C’est un autre de mes incontournables. Après ça Benoit Bouchard, ça doit faire depuis, eh boy 2018, que c’est lui qui assure tous les mixes de mes albums et qu’il participe aux arrangements. Finalement, Jo c’est mon boy, mon drummer depuis 6-7 ans et un vrai ami aussi. Ce sont tous des personnes sur qui je peux compter, qui m’ont vu crasher, remonter, etc ! C’est vraiment les personnes avec qui je partage le plus, à qui je me confie le plus : ma famille musicale!

PAN M 360 : On sent un certain retour aux racines country-folk, avais-tu plus envie d’aller là en ce moment ou encore ça a mijoté avec le temps?

Joseph Edgar : Y’a 7 chansons qui sont apparues à mon retour du voyage et ensuite je me suis souvenu qu’il y avait 2 chansons que j’avais enregistrées quelques années passées et que j’avais mises dans un tiroir en attendant le bon moment pour les sortir. Des fois, y’a des chansons qui apparaissent dans le cadre de l’écriture et que tu « flushes » parce que c’est pas le bon moment! Y’a aussi que j’avais fait l’expérience passée de mettre un titre anglo sur un album franco et je trouvais que ça fittait pas alors cette fois-là je voulais vraiment les regrouper en présentant une collection.

PAN M 360 : L’écriture en anglais te vient-elle de manière aussi fluide qu’en français?

Joseph Edgar : C’est important pour moi d’œuvrer en Français et de faire partie de ceux qui défendent la langue Française dans un milieu minoritaire mais à quelque part ça fait huit albums que je sors, plusieurs EP, tous en Français… Je me suis dit que j’avais le droit, maintenant, de faire un album en anglais puisque y’a aussi de l’anglais dans mon identité et dans mon expression. Je me suis donné une liberté que je ne me donnais pas avant. Au final, c’est la chanson qui décide de la langue qu’elle va prendre pour son expression, c’est vraiment ça qui me guide.

PAN M 360 : C’est ton neuvième album, le processus a-t-il évolué pour toi à travers le temps? En as-tu une vision différente maintenant?

Joseph Edgar : Je pense que des fois on peut en venir à se sentir un peu « pogné » avec la pression des labels. L’industrie qui a beaucoup changé, le marketing des réseaux… Au niveau personnel, on essaie de faire ce qu’on veut quand même au travers mais y’a souvent des contraintes. Et avec cet album-là, je reviens vraiment à ce pourquoi je faisais de la musique 20 ans passé..si c’est pas 30 ans passé avec mon premier groupe de musique 0 degré celsius dans les années 90. C’est directement relié à la vibe d’authenticité que j’ai ressentie au Brésil, qui m’a ramené au pourquoi je faisais de la musique. Et donc y’a comme une résistance parce que je l’ai fait exactement de la manière contraire à ce qu’on est supposé faire (haha) : je l’ai fait indépendamment via ma compagnie de production Cris du Goéland. Le cover, c’est une archive personnelle et j’ai lancé l’album sans tambours ni trompettes, je le laisse se déposer doucement dans les oreilles des gens.

PAN M 360 : Le graphisme de l’album, dont tu nous a parlé un peu, vient d’où?
Joseph Edgar:
C’est une photo qui a été prise de moi de manière improvisée, en revenant de L’Espace Public dans Hochelaga, au milieu de la nuit, par mon amie Lili de Grâce. C’était pendant la « blood red moon » du mois de février quand je venais tout juste d’arriver du Brésil et que je marchais back à la maison, c’est donc capturé au moment précis de ce contraste du retour. C’est une vraie photo de moi, où, encore une fois, on est proches de l’essentiel.

PAN M 360 : Qu’est-ce que tu mijotes pour la suite ?  Où est-ce qu’on peut t’attraper en show prochainement?

Joseph Edgar : Dans les dernières semaines, j’ai beaucoup joué dans le coin de Moncton mais je me promène un peu partout cet automne, Rimouski, Edmunston, que ce soit en formule band ou en show plus intime solo que j’apprécie beaucoup faire! Pour ce qui est des prochaines tunes, ben y’a 2 chansons dormantes que j’ai placées dans cet album-là mais j’en ai plein d’autres (haha)! Aussi, le fait d’avoir baptisé cet album-là comme un Vol.1, ça m’ouvre la porte à développer dans ce sens-là. J’aurai dorénavant une avenue pour ces chansons-là. J’aime laisser les choses arriver, je ne « chasse » pas les chansons… Je suis toujours surpris et rempli de gratitude quand y’en a qui apparaissent, mais ça sera certainement pas long que je vais m’y remettre. Même si pour le moment, je laisse cet album-là se déposer et prendre son espace.

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