Le 18 février dernier, la scène internationale du oud et la scène musicale de Montréal ont perdu un musicien exceptionnel : Nazih Borish. Mort foudroyé, ce dernier avait encore la jeune quarantaine. L’artiste d’origine syrienne, né en 1982, était arrivé au Québec dans la foulée de la guerre civile dans son pays et l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés. On se rappelle que certains imbéciles qui sévissent sur les réseaux sociaux avaient crié au risque ‘’d’apporter des bombes ici’’. Il n’y a jamais eu de bombe, mais au contraire des gens comme Nazih Borish, qui ont illuminé notre pays d’hiver d’une chaleur humaine et d’un talent créatif hors du commun. J’ai parlé de Nazih Borish avec Frédéric Léotar, cofondateur et directeur général du Centre des Musiciens du monde, qui l’a bien connu. Il nous parle de l’art de Nazih et de la beauté humble de cet homme qui parlait et s’exprimait essentiellement dans le silence des mots et l’émotion de la musique. 

PanM360 : Bonjour Frédéric. Merci d’être là. Tu as bien connu Nazih Borish n’est-ce pas? À quand remonte votre première rencontre?

Frédéric Léotar : Quelque part en 2014. C’était au moment où la création du Centre des Musiciens du Monde était dans l’air. Nazih a été une inspiration très forte pour cette création. Pourquoi? Parce qu’ en 2014, Nazih venait tout juste d’arriver. Il ne parlait ni français ni anglais. Je conversais avec lui à travers un traducteur. J’avais devant moi cet artiste magnifique, déraciné par la guerre, un talent exceptionnel. Il n’avait aucun réseau, aucun moyen d’entrer en contact avec la communauté musicale d’ici. Et en fait, dès ce moment, pour moi, le Centre des Musiciens du Monde, c’est exactement pour des Nazih qu’on l’a fait. 

Dans chacune de mes interventions lors du processus de création, Nazih était là. Je veux dire, dans ma tête et dans les exemples que je donnais. Il a été l’inspiration de notre mission. 

PanM360 : Il est reconnu comme l’un des grands oudistes de sa génération dans le monde entier. Le plus extraordinaire, c’est qu’il était autodidacte?

Frédéric Léotar : Oui, absolument. En arriver à une telle maîtrise sans avoir suivi l’enseignement d’un maître expérimenté, c’est une rareté exceptionnelle. Je pense que c’est la raison pour laquelle il a développé un style aussi personnel et unique. Il passait d’un style à l’autre. Des maqams traditionnels au flamenco, le jazz, le classique, etc. Il avait cette capacité folle de changer d’un à l’autre sans effort et en maîtrisant entièrement l’esprit souhaité. Et à Montréal, ça lui a permis de rencontrer pleins de musiciens avec qui il a collaboré. Finalement, il dépassait une culture particulière, même si, évidemment, la musique classique arabe restait le soubassement à partir duquel il inventait toutes ses mélodies.

PanM360 : Quel a été son impact sur la scène montréalaise?

Frédéric Léotar : Nous on l’avait un peu pris sous notre aile, pour les raisons évoquées plus tôt. Il a joué avec l’OSM, au Festival du Monde Arabe, au Upstairs, avec plein d’artistes de tous les genres. Il faisait partie des grands artistes de la métropole. Cela dit, il restait encore à découvrir pour le grand public. C’était encore une plante en croissance, malgré sa maîtrise. 

PanM360 : Et il a quand même réussi à vivre de son art, et maintenir une grande carrière internationale…

Frédéric Léotar : Oui. Il jouait tout le temps, tout le temps. Tous les jours. Il respirait la musique. Il se baladait toujours avec son passeport parce qu’il pouvait recevoir un coup de fil à n’importe quel moment et il voulait être capable de partir sur un appel. Un vrai troubadour prêt au voyage, quelles que soient les conditions. On l’appelait d’un pays du Golfe et on lui payait l’avion, l’hôtel, tout et tout. Pour un concert. Il avait des dizaines de milliers d’abonnés sur ses réseaux sociaux. 

LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM ROOTS OF STRINGS DE NAZIH BORISH

PanM360 : Un homme de peu de mots, aussi, si j’ai bien compris…

Frédéric Léotar : Je me souviens de certaines fois où des journalistes voulaient l’interviewer sur la situation en Syrie. Lui, il n’était pas très à l’aise pour parler de tout ça. C’était presque un taiseux, en fait, Nazih. En effet, il parlait peu. Sa langue, c’était le oud. Moi, Nazih, j’avais l’impression que c’était comme un ami avec lequel on n’a pas besoin de beaucoup parler. Nazih, c’était une âme. On n’a pas trop envie de parler de choses matérielles avec un artiste de ce calibre-là. Quand il jouait, tout le monde se taisait. Le silence était bon avec Nazih. Le silence entre nous était bon, et le silence qu’il provoquait quand il jouait était bon aussi. 

PanM360 : De beaux souvenirs?

Frédéric Léotar : Je me souviens, une fois, on était sur scène, ça devait être à Saint-Jean-sur-Richelieu. Pendant la répétition, quand je rentre, il me jette un regard et puis il commence à jouer la musique du parrain. Il était ouvert, et connaissait tellement de choses. Il avait un répertoire qu’on ne soupçonne pas en le voyant. 

PanM360 : Qu’est-ce qui vous manquera le plus de Nazih?

Frédéric Léotar :  Nazih, c’était une âme. On n’a pas trop envie de parler de choses matérielles avec un artiste de ce calibre-là. Quand il jouait, tout le monde se taisait. Il avait cette aura. Donc, moi, je dirais que c’est ça qui va nous manquer le plus. C’est ça qui va me manquer le plus.

Il était aussi d’une immense humilité. Il ne prétendait rien du tout. Il ne mettait jamais de l’avant son savoir. S’il jouait avec quelqu’un qui jouait plus fort que lui, il laissait faire. Et puis il partait après, tranquillement, sans faire d’esclandre. 

PanM360 : Comment comptez-vous conserver la mémoire de Nazih au Centre?

Frédéric Léotar : On a plein, plein de vidéos, des photos. On en a plein depuis le début. On le voit changer au fil des années, comme nous, comme le Centre. Je ne sais pas comment on va faire pour garder cette trace, cet héritage, cette âme, à la fois si subtile et importante dans le centre. On verra. 

PanM360 : En attendant, il laisse quand même plusieurs belles traces sous forme d’un album….

Frédéric Léotar : Oui, l’album Roots of Strings, sous étiquette Analekta en collaboration avec le Centre des Musiciens du Monde. Et on préparait la suite, Andalusyria, son projet avec Gabriel Evangelista. Mais on n’a pas eu le temps. Cela dit, une captation live au Centre existe sur le web. C’est au moins ça.

PanM360 : On va lui rendre hommage, et PanM360 ainsi que tous ceux et celles qui l’ont connu offrent bien entendu leurs plus sincères sympathies a sa famille, une femme et deux jeunes enfants, entre autres…

Frédéric Léotar : Oui, on pense fort à eux.

Dans le contexte de la Journée internatonionale des droits des femmes, Arion Orchestre baroque vous promet autant de larmes de bonheur que de tristesse, et parfois les deux à la fois, au cours de ce programme construit autour du nom de Marie, incontournable s’il en est.

Marie comme la mère du Christ au pied de la croix dans l’émouvante cantate Il pianto di Maria de Giuseppe Battista Ferrandini, mais aussi comme dans le prénom de deux compositrices du XVIIIe siècle qui ont laissé leur marque à l’opéra – Grimani et Agnesi.

Pour ce programme, Arion accueille … évidemment des femmes de grand talent: la contralto Anthea Pichanick et la cheffe et claveciniste Marie van Rhijn, invitée par PAN M 360 pour nous donner un avant-goût des deux représentations prévues samedi 7 mars, 19h30, et dimanche 8 mars à 14h30. Alexandre Villemaire a interviewé Marie en visio, afin qu’elle nous cause de… Marie.

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PROGRAMME

Antonio Vivaldi (1678–1741)
Cantate Cessate, omai cessate, RV 684
Concerto en ré mineur pour cordes et basse continue, RV 129, « Madrigalesco »
Maria Margherita Grimani (fl. 1713–1715)
Cantate Pallade e Marte (extraits)

Entracte

Maria Teresa Agnesi (1720–1795)
Serenata Ulisse in Campania (extraits)
Giovanni Battista Ferrandini (1709–1791)
Cantate Il pianto di Maria

ARTISTES EN VEDETTE :

Anthea Pichanick

Contralto

Marie van Rhijn

Clavecin et direction

Mouvements a pour objet d’aménager en temps réel un espace de dialogue entre le jeu de l’instrumentiste et la contribution texturale de l’électronique. « La présence sensible de l’artiste face à l’ubiquité du son multidiffusé flottant autour de l’auditeur, offre de multiples formes de dialogue, de juxtaposition ou de conflit », pose-t-on d’entrée de jeu. Plus précisément, les interprètes de l’ensemble bordelais Proxima Centauri s’apprêtent à converser avec l’électroacoustique pour en étoffer la présence et en augmenter la visibilité.  Cette rencontre entre musiques instrumentales et électroacoustique est prévue ce vendredi 6 mars à l’Espace Orange de l’édifice Wilder. La saxophoniste Marie-Bernadette Charrier et l’électroacousticien Christophe Havel répondent aux questions de  PAN M 360.

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PAN M 360 :  Vous êtes des habitués de Montréal, n’est-ce pas?

Christophe Havel : Oui, nous y sommes venus plusieurs fois.

Marie-Bernadette Charrier : Oui, trois ou quatre fois.

PAN M 360 : Vous êtes dans le réseau du Vivier depuis un moment, donc.

Christophe Havel : Nous avons fait un projet important avec Paramirabo en 2024

Marie-Bernadette Charrier : Nous étions venus auparavant, en 2021 pour travailler avec l’Ensemble contemporain de Montréal.

PAN M 360 : ECM + n’existe plus, malheureusement. Enfin… Passons à votre nouveau programme, Mouvement , présenté le vendredi 6 mars. Et donc, ça s’inscrit dans le contexte thématique de cette Semaine du neuf : le mouvement et le geste associés à la création sonore. Vous n’y faites pas exception, bien sûr.

Marie-Bernadette Charrier :  Dans notre saison musicale Proxima Centauri, on a toujours une sorte de thématique annuelle qui oriente un petit peu les commandes  d’œuvres  aux  compositeurs.trice. On peut déborder parfois, parce que quand les projets sont repris ça ne s’arrête pas à une année thématique. Mais c’est un nouvel élan. On pensait au mouvement, et quand ils nous ont proposé ça, ça tombait bien.

Après quoi, ça a été des commandes faites pour cette soirée-là. Donc, après, le mouvement, c’est vraiment… Ce n’est pas uniquement, je dirais, un mouvement où les musiciens bougent sur scène, c’est un mouvement dans toutes les dimensions possibles. Je dirais même un deuxième degré. 

Il est dommage que la compositrice, Giulia Lorusso, dont l’œuvre devait être créée lors de cette soirée, n’est pas bien en ce moment et a dû annuler. On reporte en 2027…Elle avait travaillé sur l’idée du mouvement et aussi sur le thème de l’eau car en Europe, cela devient un vrai problème. Par exemple, dans le sud de l’Espagne, il y a des endroits devenus très désertiques où les fleuves n’ont plus d’eau.  Enfin… les compositeurs ont pris possession de cette thématique à leur manière et l’ont travaillée dans leurs nouvelles œuvres. 

PAN M 360 : Si vous le voulez bien, parcourons le programme.

Corie Rose Soumah DEAD TALES, spurred , 2026 (10′) pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique (Commande du Vivier pour Proxima Centauri)  – création.

Christophe Havel :  Commande du Vivier, Dead Tales est une pièce fondée sur un long mouvement de caisse claire. Ce long roulement est progressivement accompagnéi par l’électronique. Donc, il y a une forme acccumulative, progressive,  sorte de drone qui s’amplifie et qui va conduire toute la pièce. Donc, il y a une démarche très électronique dans cette pièce, avec un mouvement très, très linéaire.

Marie-Bernadette Charrier :  Mais qui s’amplifie, où il y a une complexité qui se rajoute petit à petit au niveau interne du son. C’est-à-dire qu’il y a une rythmique qui se met en route.

Christophe Havel : La texture s’enrichit progressivement, une forme linéaire, très droite.

Marie-Bernatette Charrier : À l’intérieur de laquelle il y a des superpositions de polyrythmie et l’électronique s’y rajoute, Un groove s’installe.  

Brendan Champeaux Away , 2026 (10′) pour piano, percussion et électronique (Commande de Proxima Centauri avec l’aide à l’écriture d’œuvre musicale originale du ministère de la Culture)  – création

Marie-Bernadette Charrier : Brendan est un jeune compositeur qui a fini le CNSM de Paris (Conservatoire national Supérieur de Musique) , ça fait un ou deux ans. Il est actuellement en résidence à Madrid pour l’année. Il est en plein dans cette œuvre.

Christophe Havel : C’est une commande qu’on lui a passée,  pour duo piano et timbale assorti d’électronique. Et donc, je serai  surscène pour jouer avec eux, c’est un jeu en direct du traitement des sons qui proviennent en temps réel de la timbale et du piano. Et l’un, en fait, il travaille beaucoup sur le mouvement du son et l’échange qu’il y a entre des sons captés sur la timbale, réinjectés par des transducteurs dans le piano, et des sons captés dans le piano, réinjectés dans la timbale. Donc, les deux s’entremêlent à travers un jeu en direct que je vais contrôler. Le filtrage est très harmonique, permettant de créer des accords.

Marie-Bernadette Charrier: Ça frôle parfois le larsen.

Christophe Havel : Il a une pensée très électronique, en fait. Vraiment, tout est basé sur ce jeu avec ces sonorités électroniques qui sont tirées de la timbale et du piano.  C’est très écrit, en fait, même sur les gestes. Parfois, il utilise un peu le système d’écriture de microphonie de Stockhausen. C’est très précis. Là où il y a une part dans le jeu en direct, c’est que le système acoustique peut être très instable.  Et donc, en fonction du jeu du timbalier, je dois contrôler différemment les niveaux des filtres, pareil avec le piano. Il faut donc en permanence ajuster l’équilibre de l’ensemble.

Demian Rudel Rey : Nemorensis 2026 (12′) pour saxophone ténor, électronique et vidéo (Commande pour Proxima Centauri)  – création

Christophe Havel : Il est argentin et vit en France. Il a fini ses études au CNSM de Lyon il y a quelques années et il est resté en France. Il a déjà composé pour nous deux pièces, qu’on a faites avec tout l’ensemble. Et là, en fait, c’est une commande que lui a passée Marie-Bé  pour saxophone (ténor) solo et électronique avec vidéo. 

Marie-Bernadette Charrier : C’est un saxophone ténor un peu hybridé. C’est-à-dire qu’en fait, il faut peut-être spécifier que Demian est un compositeur et aussi un gamer. À un  moment de sa vie, il était joueur professionnel de jeux vidéo, c’est-à-dire qu’il faisait des concours et tout ça. Et il a eu une hésitation entre la composition ou le jeu vidéo. Dans ses œuvres, c’est très empreint de l’univers manga et la culture japonaise. Donc, il est quand même un peu barré là-dedans, très barré même. Et du coup, le travail du ténor, ça a été aussi de sortir, d’y intégrer, en fait, différentes sortes de jeux. En fait, j’ai dû travailler avec un luthier où on a fabriqué tout un support d’appeaux, dont un installé à l’intérieur de l’instrument. Ça impose une dextérité, je dois jouer du saxophone et des appeaux. 

Raphaèle Biston : Ombres, 2022 (10’) pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique – création canadienne)

Marie-Bernadette Charrier: Ça a été une commande de Radio France au Festival Présence, on l’a créée en 22. Là on est  complètement dans un autre contexte que celui de la pièce précédente. Ça va être la rupture totale! Ici le mouvement, il est fait dans le son. Ça s’appelle Ombre et donc, ça joue beaucoup entre l’instrumentiste et les sons électroniques. Et on ne sait plus trop entre l’instrumentiste et l’électronique qui produit le mélange.

Christophe Havel : Il y a l’idée d’hybridation chez elle, mais une hybridation entre l’électronique et l’instrumental, qui est faite justement par le mélange, par la superposition des deux, qui crée une sorte de halo, mais dans quelque chose d’incertain. On ne sait pas toujours vraiment qui fait quoi. Et donc, ça, c’est quelque chose qu’elle recherche beaucoup.

Là, il n’y a pas de traitement direct. Tout est préenregistré, c’est simplement la diffusion que je travaille dans le temps réel. Tout se joue dans l’équilibrage entre le direct et l’enregistré. Cela consiste en la manière d’envelopper l’ensemble avec ce double électronique. Des fois, on le sait clairement, mais elle ne reste pas toujours dans cette position-là. La compositrice travaille là-dessus.

Marie-Bernadette Charrier : Le travail repose sur la balance avant la diffusion, c’est-à-dire qu’il y a un gros travail sur l’équilibre entre les sons qui sont diffusés et le son réel. Il y a plein de choses qui se passent d’un instrument  à l’autre. Donc  il faut qu’on règle la diffusion instrumentistes-électronique au niveau du public, afin que l’on ait l’impression que c’est le même instrument qui circule d’un poste à l’autre.

Arturo Fuentes : La Cité du son (12’), pour flûte, saxophone, piano, percussion et électronique – création canadienne (Commande de Proxima Centauri).

Marie-Bernadette Charrier: L’œuvre d’Arturo Fuentes , compositeur mexicain vivant à Vienne, porte sur le mouvement de collecte des villes. Il a construit sa pièce à partir d’enregistrements sonores réalisés à Bordeaux et Mexico. Et on retrouve vraiment les bruits de la rue au quotidien. On constate que les bruits de Mexico écrasent souvent ceux de Bordeaux, les deux villes étant très différentes. Les villes européennes sont quand même plus calmes, il faut dire. 

Christophe Havel : Donc deux cités du son avec les identités de ces villes qui sont très marquées tout au long de cette pièce. Et là, le compositeur a imaginé un système un peu particulier, c’est-à-dire qu’il met à disposition tout un ensemble de son. Plusieurs sons sont ainsi déclenchés en même temps, des fichiers audio préenregistrés se superposent, à moi de réaliser en direct le mixage de ces différentes sources sonores pour faire évoluer l’ambiance. Le rapport avec les instrumentistes et aussi la partie électronique changent à chaque fois.  ll n’y a donc pas des consignes aussi claires cette fois-ci.  

Marie-Bernadette Charrier :  Il s’est inspiré du poète mexicain Octavio Paz quand il dit « la musique invente le silence, et l’architecture invente l’espace » Et c’est vraiment ça, c’est-à-dire qu’il te permet des choses : dans ta diffusion tu vas provoquer l’espace qui va être un peu différent d’une salle à l’autre, d’une acoustique à l’autre.

Christophe Havel : Le contexte n’est jamais le même et donc le paysage sonore n’est jamais le même non plus.   

PAN M 360 : Quel est le background de vos instrumentistes?

Marie-Bernadette Charrier : On est tous classiques. Le cursus normal des instrumentistes de haut niveau. Après, il y a des sensibilités propres à chacun. Certains pratiquent l’improvisation mais pas forcément jazz. C’est plus dans des formes ouvertes, pas forcément écrites mais des mélanges d’époques musicales, ou encore dans la combinaison de l’interprétation et de la composition pour certains.

Christophe Havel : Marie-Bé et moi-même somme de la vieille génération de Proxima Centauri, nous sommes les membres fondateurs. L’ensemble s’est renouvelé, nous avons une pianiste et un percussionniste trentenaires, qui ont d’abord un parcours artistique mais qui ont des parcours différents. Chose sûre, nous travaillons tous à travailler sur la création, avec les compositeurs.

Marie-Bernadette : Et aussi en admettant l’électronique qui n’existait pas en musique de chambre lorsque nous avons débuté. Nous avions envie de monter un ensemble stable comme un groupe de rock. Pendant longtemps, nous avons travaillé avec les mêmes musiciens. Ça va faire bientôt 35 ans qu’on existe, certains ont ressenti une certaine fatigue au bout de 30 ans de métier. Mais nous avons fonctionné ensemble pendant très longtemps ensemble ce qui n’est pas anodin. 

ARTISTES

PROXIMA CENTAURI

MARIE-BERNADETTE CHARRIER 

(saxophone)

SYLVAIN MILLEPIED 

(flûte)

JULIEN PELLEGRINI 

(percussion)

GWENAËLLE PELLEGRINI 

(piano)

CHRISTOPHE HAVEL 

(électronique)

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Samedi soir prochain, 7 mars, un des joyaux de la Semaine du Neuf sera présenté au Studio-Théâtre de l’Édifice Wilder : la performance multidisciplinaire Hide to Show par l’ensemble belge (flamand) Nadar, imaginée par le compositeur allemand Micheal Biel. Cette œuvre explore l’hyperréalité, la solitude, la visibilité et la synchronicité à l’ère numérique. 

Hide to Show, soit cacher pour montrer, est une réflexion artistique visant à illustrer comment nous nous synchronisons avec les autres humains tout en nous dissimulant. Qui plus est, il s’agit d’une évocation de nos comportements dans les réseaux sociaux et de nos propres utilisations d’avatars pour mieux nous dissimuler afin de nous exprimer sans réserve.

Ainsi, 8 musicien·nes sont filmé.e.s en temps réel, de la préparation en coulisses à la performance sur scène, s’instaure un jeu subtil qui modifie la perception de l’auditoire, à savoir ce qui est joué pour vrai devant nous et ce qui ne l’est pas. Métaphore de notre époque, Hide to Show est ici expliqué par le directeur artistique de l’ensemble Nadar, le violoncelliste Pieter Matthynssens.

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PAN M 360 : La direction artistique de la Semaine du Neuf nous a présenté votre programme Hide to Show comme étant un gros coup de coeur, sinon LE coup de coeur de ce festival.

Pieter Matthynssens : Je ne savais pas qu’il avait souligné notre programme à ce point, j’en suis heureux! Nous l’avions rencontré il y a deux ans à Strasbourg, je crois. Il m’avait dit avoir été impressionné par cette œuvre que je pourrais qualifier de « composition scénique ».  Nous sommes très excités à l’idée de venir présenter notre œuvre au Québec. Nous faisons au moins trois dates, nous tenions à donner au moins trois représentations au Québec ( à Saguenay et Gatineau), pour des raisons d’empreinte écologique.

PAN M 360 : Cette œuvre a été conçue par le compositeur allemand Michael Beil. Rappelez-nous la démarche.

Pieter Matthynssens : Cette œuvre a été conçue pendant le confinement de la COVID. Nous avions dû en reporter l’exécution, ce qui nous a finalement été bénéfique car nous avons pu étudier et retravailler l’œuvre . La première avait donc eu lieu en 2021.

PAN M 360 : Et Nadar est un ensemble belge flamand.

Pieter Matthynssens : Oui absolument. Nous sommes tous flamands, subventionnés par le gouvernement flamand. Je suis basé à Sint-Niklaas, dans le Nord de la Belgique.

PAN M 360 :  Parlons Le geste, le mouvements, les costumes, la scénographie font partie du matériel de création sonore. Pourriez-vous nous en dire davantage?

Pieter Matthynssens :  Hide to Show est ce que j’aime nommer une composition scénique de Michael Beil. Toute sa vie,  le compositeur a travaillé avec des vidéos en live. Pour Hide to Show, il a envisagé tous les différents paramètres de ce spectacle. C’est-à-dire qu’il était le compositeur de toutes les notes et les sons sont composés par Michael Beil, mais il a aussi créé tout la programmation de la vidéo.  Plus précisément il se trouve des  caméras sur scène à filmer et enregistrer l’action en temps réel. 

De plus, il a créé le décor et les costumes. La scène est répartie en six chambres à l’intérieur desquelles les musiciens s’exécutent, isolés les uns des autres. Les artistes peuvent aussi être séparés de l’audience par des jalousies (stores vénitiens) qui deviennent des écrans de projection lorsqu’ils sont fermés. On y projette des musiciens en train de jouer et on ne peut déterminer alors si leur intervention a été enregistrée ou s’ils jouent en temps réel. Le compositeur institue alors un jeu virtuose entre les interprètes qui jouent et les enregistrements vidéo de leur jeu. Cette conception de Michael Beil est brillante à tel point que vous ne savez plus ce qui est joué pour de vrai devant vous.

PAN M 360 :  Il s’agit donc d’un dialogue entre scénographie, costume, mouvement et aussi de l’interprétation.  Vous êtes le violoncelliste de l’ensemble, il y a aussi la flûte, la clarinette, le saxophone, la percussion, le violon, les claviers. Et l’électronique?

Pieter Matthynssens :  Oui,  la plupart du temps. Cela provient d’une bande magnétique pré-produite. Pour ce Michael Beil a puisé dans le matériel sonore de Hatsune Miku,  chanteuse virtuelle japonaise devenue célèbre au point où elle s’est produite lors de concerts virtuels sur scène sous la forme d’une projection holographique (3D). Sa Danse du poireau (Leek Dance) devint immensément populaire sur YouTube et les fans commencèrent à en mettre en ligne leurs propres  imitations. Cette danse devint un point de départ pour le travail électronique de Michael Beil, ce qui devrait séduire les fans de l’anime japonais dont il reconnaîtront les traits et les détails. Cette performance fait aussi références aux années 90, mais aussi à la pop américaine (Beach Boys, entre autres) et aussi à la scène acid de Belgique. Michael Beil  a d’ailleurs imaginé cette pièce avant que les années 90  reviennent à la mode. 

PAN M 360 : Et pourquoi créer ces isoloirs sur scène?

Pieter Matthynssens : D’une certaine manière, c’est une pièce très coronavirus parce que nous étions tous isolés. Il évoque donc ces manières virtuelles de répéter pendant la pandémie, qui sont devenus ici un mode de création.   

PAN M 360 : Comment voyez-vous  la relation avec les joueurs et ce qu’ils doivent faire en tant qu’acteurs?  Quels sont les défis de l’interprétation ?

Pieter Matthynssens :  Je crois qu’on peut y arriver parce qu’on travaille depuis longtemps avec Michael Beil,  soit depuis 2012. Il avait alors composé une pièce de 10 minutes.  Et puis il s’était dit « OK, je suis  arrivé à la frontière de ce que je peux demander d’un musicien. »  Nous avions alors rétorqué :« Vraiment?  On peut faire plus ! » Puis il avait composé pour nous une œuvre de 30 minutes et nous avions alors répliqué :  «  OK, nous pouvons atteindre le prochain niveau suivant . »  Il a finalement dit « Ok, maintenant je vais vraiment composer tout ce que j’ai imaginé, tout ce que je peux faire avec un interprète, je vais alors composer une pièce de 70 minutes .» 

PAN M 360 : Il y a quand même des limites aux capacités humaines, non?

Pieter Matthynssens : Je pense que la chose la plus importante dans le travail de Michael Beil, c’est que nous restons des musiciens. Oui, nous devons poser des gestes d’acteurs mais  ces gestes restent toujours connectés à la musique.  Parce que nous devons les poser en temps réel sans qu’ils ressentent une sorte d’imposture. Le geste d’acteur devient alors musical, et il fait partie d’un vocabulaire très précis à exécuter à l’instar de la matière purement musicale. Le geste est vraiment conçu comme la musique d’une partition, que nous devons exécuter en temps.  Ce que nous, musiciens, pouvons très bien accomplir. 

Nous pouvons vraiment atteindre un très haut degré de précision, chaque mouvement que nous faisons est enregistré par les caméras, alors si nous faisons un erreur elle paraît dans l’enregistrement, ce qui nous impose une très grande précision. La difficulté de l’interprétation, donc,  repose principalement sur la combinaison simultanée du jeu musical et du geste. À telle mesure, je dois faire ceci, pour ensuite m’arrêter et reprendre mon instrument à telle autre mesure, effectuer une danse plus loin, chanter à l’unisson encore plus loin.

PAN M 360 : Difficile, donc d’interpréter tout ça?

Pieter Matthynssens : Oui, cela peut sembler facile de prime abord, mais c’est de la musique complexe, chromatique, qui exploite les demi-tons à souhait, qui pose les thèmes dans différentes tonalités. Pendant 70 minutes, nos cerveaux fonctionnent à la manière d’un ordinateur procédant à une surmultiplication du traitement de données. Aussitôt que la pièce commence, nous devons l’exécuter par cœur, sans partition. Nous avons récolté beaucoup de succès avec cette pièce, nous savons désormais la jouer sans failles. Nous pouvons maintenant l’incarner fort bien car nous l’avons totalement intégrée, il y a en nous une « mémoire musculaire » qui permet une juste interprétation.

PAN M 360 : Les notes de programme nous expliquent que ce spectacle aborde les thèmes  de l’hyperréalité, de la solitude et de la synchronicité avec des humains qu’on ne voit pas, qui sont observés ou qui choisissent de devenir invisibles, etc.

Pieter Matthynssens : Le cœur du propos, c’est l’idée d’être exposé ou de ne pas l’être. Savoir  se comporter quand la caméra tourne et quand elle ne tourne pas, bien que ce soit impossible au bout du compte.  Michael Beil nous demande d’agir comme si on était à la maison. 

PAN M 360 : Pourquoi donc? Quel est selon vous le sens premier de cette œuvre? Peut-être n’y en a-t-il pas et que cette question n’est pas pertinente. Alors?Pieter Matthynssens : Il faudrait poser la question au compositeur! J’y vois personnellement la tension entre une performance sur scène et une performance enregistrée. Sur la pertinence aujourd’hui d’un concert donné en temps réel. Les promoteurs de concerts nous demandent toujours de leur faire parvenir une vidéo de nos spectacles. Mais la magie disparaît  lorsqu’on ne visionne que l’enregistrement de notre exécution, aussi soigneusement monté soit-il. Si vous êtes sur place, vous réalisez que les caméras qui nous enregistrent ont une signification. Le public essaie alors de discerner la « vraie » performance en temps réel de ses enregistrements.  Cela devient difficile pour les spectateurs de croire que tout cela est exécuté pour de vrai, devant eux.  La question est posée par Michael Beil : jusqu’à quel point pouvons-nous gérer le faux?

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NDLR: Cette interview a été réalisée à l’automne 2025 pour ce programme alors présenté à la Sala Rossa. Vu que le même programme s’inscrit dans la Semaine du Neuf, soit vendredi 6 mars, 18h, à l’Espace Orange de l’édifice Wilder, PAN M 360 vous offre l’occasion de visionner cette interview si ce n’est pas déjà fait.

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Un lac-à-l’épaule corporatif complètement déjanté où une animatrice sur les stéroîdes anime l’événement comme un TED Talk halluciné, sur fond de musique contemporaine pour percussions qui pige autant dans l’abstraction que dans la muzak industrielle ou la comédie musicale tellement off-Broadway qu’elle a probablement besoin d’un passeport.

Ça effleure à peine l’idée de ce qu’est Quigital : Corporate Retreat de l’ensemble Architek et de la soprano Sarah Albu. Ajoutez à cela des spectateurs (vous) qui feront partie du show en tant qu’employés de la multinationale Quigital, avec carte d’accès, courriel professionnel et tout le barda d’un fidèle salarié qui tentera de devenir meilleur, en ne sachant pas que son emploi est en jeu avant la fin du spectacle.

Aie aie aie, mais qu’est-ce qui a piqué le compositeur et concepteur Eliot Britton et l’amener à se lancer dans une telle aventure? Critiquer la culture corporative, le capitalisme de surveillance, ou juste avoir du fun? Un peu tout ça en fait. J’ai rencontré Eliot, Ben Duinker de Architek et Sarah Albu pour parler de ce spectacle intriguant et potentiellement fascinant. 

Le spectacle a été écrit par Eliot Britton, Patrick Hart, David Arbez et Kevin McPhillips. La mise en scène et dramaturgie sont de Marie-Josée Chartier.

L’entrevue est bilingue français/anglais


Programme

QUIGITALCORPORATE RETREAT (2023)
Une production de Architek percussion en codiffusion avec Le Vivier et Innovations en concert.

Artistes

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Parmi les chouchous du rock scandinave au Québec, The Flower Kings demeurent dans le peloton de tête. Pour le vendredi 13 mars, date de l’escale, il est facile de prévoir un Palais Montcalm bien garni pour y accueillir le quintette suédois, précédé du multi-instrumentiste et chanteur californien Neil Morse, ce dernier lié à cette mouvance prog qui fédère tant de fans québécois. Pour cette occasion qui s’annonce très spéciale chez les fans de Québec, PAN M 360 a été mis en relation avec le leader, guitariste et chanteur des Flower Kings. Roine Stolt a été joint chez lui à Uppsala, municipalité située à 60km de Stockholm, là où est né et où habite toujours ce musicien de 69 ans… qui n’a que faire des étiquettes stylistiques qu’on tente de lui coller. À lire !

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PAN M 360 : Nous connaissons Flower Kings depuis longtemps. Vous avez 14 albums studio, 5 enregistrements publics. Donc c’est une énorme contribution dans la mouvance prog ou même jazz-rock.

Roine Stolt : Je pense que le rock progressif n’est pas nécessairement la bonne expression pour nous désigner… C’est rock, mais pour le reste, je ne sais pas toujours comment en dire davantage. Dans mon esprit, quand les gens parlent du rock progressif, vous commencez à penser à King Crimson, Yes, des groupes de ce type ou même de Frank Zappa. En tout cas ne suis pas allé en musique pour y jouer du rock progressif. J’y suis allé pour jouer la musique que j’aimais. J’aime King Crimson, mais j’aime aussi ABBA , The Beatles, Elton John, la pop. Enfin, toutes les bonnes musiques me conviennent.

PAN M 360 : Pas de souci, on ne trébuche pas dans les fleurs du tapis. Parlons plutôt de Love, votre plus récent album de 12 chansons. Love, ça a quelque chose à voir avec la conjoncture actuelle? Où cela fait-il référence à ce qui s’est passé dans votre vie ?

Roine Stolt : Pour de nombreuses raisons, en fait. Je dirais que ce n’est pas exactement un Love romantique, si vous comprenez ce que je veux dire. C’est plutôt l’amour que nous ressentons pour le planète, pour nos enfants, pour notre animal de compagnie. C’est le point de départ pour ça. Comme le disaient Burt Bacharach et Hal David ce que le monde a besoin maintenant, c’est de l’amour, What the World Needs Now Is Love… sweet love. Je pense que c’était le bon moment pour intituler un album Love. Et j’ai une bonne idée pour le titre du prochain album. Ça sera probablement le début d’une trilogie.

PAN M 360 : Mais encore?

Roine Stolt : D’ordinaire, je ne suis pas vraiment enclin au concept mais à mon âge, on pense beaucoup. On se réveille tôt le matin, le cerveau commence à tourner, à imaginer ce qu’on vivra aujourd’hui, à son travail au studio, à sa famille, aux nouvelles, à l’état du monde, tout ça. C’est pourquoi le texte d’une chanson devient plus important, enfin beaucoup plus que lorsque j’ai fondé ce groupe il y a 35 ans. La musique était alors le point principal. C’est un développement personnel. Bien sûr, la musique a changé aussi.

PAN M 360 : De quelle façon ?

Roine Stolt : Je pense notamment aux solos de guitare qui me semblaient très cool. Je me demande aujourd’hui si une nouvelle chanson a vraiment besoin d’un solo de guitare.

PAN M 360 : Vous avez une approche space rock avec la guitare, les solos ne sont jamais chargés, pas de motifs super complexes, pas de rapidité extrême, pas de shredding. La musicalité l’emporte sur la performance technique.

Roine Stolt : Oui, et pour ma part, le point de départ était probablement la blues, j’étais alors très influencé par B.B. King, Dwayne Allman et particulièrement Jimi Hendrix. Je me considérais d’abord comme un joueur de blues, mais avec des ambitions orchestrales. PAN PAN M 360 : Parfois, la guitare jouée dans The Flower Kings se rapproche du space rock à la David Gilmour (Pink Floyd).

Roine Stolt : Il a eu probablement le même point de départ. La mélodie et le tone de la guitare plutôt qu’un jeu compliqué. Ce choix, en ce qui me concerne, ne signifie pas que j’aime exclusivement cette esthétique. J’aime aussi les guitaristes comme Allan Holdsworth, qui fut une grande influence. Mais je n’ai jamais essayé de jouer comme lui, il était unique mais il jouait au-delà de mes capacités techniques.

PAN M 350 : On peut comprendre, Holdsworth (1946-2017) fut l’un des plus grands de cette génération. Et votre chemin est différent du sien, car vous êtes davantage auteur, compositeur, concepteur orchestral.

Roine Stolt : Oui et je reste ouvert. Je crois toujours que mon type de guitare peut s’adapter au concept de musique progressive, space rock ou rock orchestral. Au sein des Flower Kings, il y a toujours de l’improvisation du côté des guitares et des claviers.

PAN M 360 : Comment, au fait, avez-vous réussi à maintenir le noyau des Flower Kings pendant si longtemps? Vous avez dû exercer une sorte de magnétisme avec vos amis pour maintenir cette famille unie, n’est-ce pas?

Roine Stolt : Oui, probablement. C’est probablement plus facile de voir cela de l’extérieur, mais c’est probablement vrai. Nous avons encore le sentiment d’apprendre et d’évoluer, même si nous sommes tous vieux.

PAN M 360 : Qu’avez-vous appris récemment? Pour vous en tout cas, l’esthétique l’emporte sur la technique.

Roine Stolt : Oui, effectivement. J’ai passé un peu plus de temps à réfléchir aux arrangements et à la réalisation des chansons. Je réfléchis comme s’il s’agissait d’œuvres orchestrales, avec des cordes, des bois, des cuivres, des percussions. Il y a sur scène de la guitare, des claviers, de la basse, du chant, de la trompette. Les arrangements orchestraux se trouvent aussi dans les claviers. J’ose croire que nous sommes différents des autres groupes avec notre approche orchestrale.

PAN M 360 : On pourrait qualifier votre approche de « rock de chambre ».

Roine Stolt : Oui, c’est vrai, ce peut être une bonne façon d’expliquer ce que nous faisons.

PAN M 360 : Cela vous arrive-t-il d’inviter des sections supplémentaires, un quatuor à cordes, par exemple?

Roine Stolt : Non. Toutefois, je peux dire que c’est un rêve que j’ai eu à un moment de ma vie. Je pense encore que ça serait vraiment sympa de faire quelque chose du genre.

PAN M 360 : vous avez joué de nombreuses fois en Amérique du Nord, au Canada, et au Québec qui est un marché idéal pour votre genre de musique. Car nous sommes des gens du Nord comme vous l’êtes. On peut même suggérer que les mouvances prog rock, space rock ou autres extrapolations ont toujours bien fonctionné dans les contrées nordiques, en Scandinavie comme au Canada.

Roine Stolt : C’est vrai. Je pense que même des groupes comme Genesis, Gentle Giant, King Crimson, Emerson Lake & Palmer ou le groupe canadien Rush ont soulevé beaucoup d’intérêt chez vous comme chez nous. La première fois que nous avons tourné en Amérique du Nord, nous nous sommes produits à Québec, dans un lieu appelé le D’Auteuil. J’y ai même joué à Québec avec les groupes Kaipa et Agents of Mercy. Quant aux Flower Kings, ils sont venus plusieurs fois au Québec. Nous y sommes venus il n’y a pas très longtemps, je m’y suis aussi produit en tant que bassiste au sein du groupe de Steve Hackett.

PAN M 360 : Jouerez-vous à Québec un mélange de tous vos succès précédents ou des chansons qui ont plu à votre public ?

Roine Stolt : Nous jouerons plusieurs titres de l’album Love. Parce que nous en aimons les chansons et nous aimons les jouer. Vous savez, c’est un défi que d’apprendre de nouvelles chansons. Bien sûr, nous en ferons quelques-unes jouées il y a longtemps, cela pourrait remonter jusqu’à l’album Stardust We Are. Mais nous n’allons pas strictement nous en tenir aux succès.

PAN M 360 : Il existe toujours une tension entre ce que les artistes veulent exprimer de neuf et les attentes de leur public.

Roine Stolt : Oui , d’ailleurs, j’écoute actuellement beaucoup de folk européen, du Nord mais aussi des régions méditerranéennes. de la musique pour accordéon, pour violon… À mon sens, l’évolution se poursuit. J’ai mis beaucoup de temps pour développer ces musiques, je mets encore du temps pour formuler musicalement ce que j’aime aujourd’hui.

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ATMA Classique, le plus important label indépendant en musique classique au Canada, vient d’être acquis par le groupe GFN Productions, soit  Nicholas Choinière, Gabriel Felcarek et le chef d’orchestre Francis Choinière.

GFN Productions fut fondé en 2018, l’entreprise présente annuellement plus de 100 concerts symphoniques à travers le Canada. ATMA Classique, pour sa part, dispose d’un répertoire de 780 albums jusqu’à ce jour. Fondé par Johanne Goyette en 1994, le label a été ensuite vendu en 2020 à Guillaume Lombard et les Éditions Ad Litteram, maison mère d’ATMA jusqu’à cette acquisition.

La maison mère, Les Éditions Ad Litteram, ainsi que les entreprises Studio Esplanade et Livetoune ont été aussi acquises par GFN Productions, qui compte laisser l’équipe actuelle en place. Il va sans dire, ces jeunes entrepreneurs souhaitent faire rayonner davantage ATMA Classique, notamment par leur expertise de mise en marché et de marketing.

Le nouveau directeur général d’ATMA, Nicholas Choinière a répondu aux questions de PAN M 360 le jour même du dévoilement de cette acquisition importante, qui aura un impact majeur dans l’écosystème musical québécois et canadien.

Boucler un après-midi de semaine avec des chants anciens entonnés par deux spécialistes de ce répertoire qui s’accompagnent au luth et au violon, pourquoi pas ? Parce que!

Dans la série des concerts présentés à la salle Le 9e, ArtChoral présente le duo Ménestrel, qui se présentera au dernier étage du Centre Eaton ce mardi, 17h, avec un nouvel album homonyme sous label Leaf Music.

Ménestrel a été cofondé par Janelle Lucyk et Kerry Bursey, qui mêlent répertoire ancien et traditions folkloriques orales du Canada. Au-delà des lieux traditionnels, Ménestrel s’engage à apporter la magie transformatrice de la musique dans des endroits inattendus.

Chanteuse à la voix « angélique », violoniste et productrice, Janelle Lucyk fait partie d’une nouvelle génération d’artistes spécialisés dans ce répertoire. Janelle est la directrice artistique de Ménestrel qui produit de la musique tirée du répertoire ancien et des traditions folkloriques oralement transmises. Elle est directrice artistique de Musique Royale (est. 1985), qui présente des spectacles dans des espaces historiques à travers la Nouvelle-Écosse. Dans le cas qui nous occupe, Janelle est aussi directrice de la nouvelle série ArtChoral à la salle Art éco Le 9e Grande Salle, récemment rouverte pour le plus grand plaisir des citoyens de MTL et plus encore.

Kerry Bursey est un ténor et un instrumentiste à cordes pincées, dont la voix est appréciée pour sa “qualité lumineuse”. Il est l’un des rares ténors de ce type à s’auto-accompagner au luth. À la veille du concert de Ménestrel présenté au 9e, Kerry et Janelle répondent aux questions de PAN M 360.

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PAN M 360 : Parlez-nous des fondements du projet, vos motivations originelles. Le programme comprend des extraits de l’album Ménestrel, enregistré avec Leaf Music.

Kerry Bursey: Avec Ménestrel, on s’amuse à faire revivre toutes sortes de chansons, parfois certaines qui font déjà parti du canon classique (les lute songs de John Dowland, les monodies de Monteverdi et Frescobaldi, chansons de Josquin Desprez), parfois certaines qui ont été oubliées suite à leur parution d’époque et puis déterrées dans des recueils poussiéreux (chansons de Binchois, airs de cour de Guédron, Ballard), des chansons folkloriques anciennes devenue banales mais qu’on revisite et recontextualise (À la claire fontaine, En montant la rivière – collection Ernest Gagnon) et d’autres inconnues du grand public mais qui semblent à la première écoute avoir été avec nous depuis tout ce temps (The Outlandish Knight, Fear An Bhata, Robin Hood & the Peddler – collection Helen Creighton).

On ne fait pas de discrimination entre ce qui est savant et ce qui est populaire. Notre but est de rendre accessible cette musique et de faire oublier à notre auditoire dans quelle époque on se trouve. En fouillant dans le passé, on retrouve une sagesse incroyable et intemporelle et ça nous tient à cœur de garder certaines chansons littéralement en vie.

PAN M 360: Comment avez-vous choisi ce répertoire constitué de chant lyrique classique (baroque ou musique ancienne) et de chants traditionnels francophones ou anglophones?

Kerry Bursey : C’est venu assez naturellement pour nous que de combiner ces deux univers, classique et traditionnel. Ce qu’on appelle la musique ancienne, pour nous, ce n’est pas uniquement de la musique écrite mais également de la musique transmise oralement. Beaucoup de mélodies de nos chants traditionnels canadiens proviennent de ce répertoire plus classique dans la vieille Europe, parfois tirés carrément de recueil d’airs de cour baroque.

C’est intéressant de voir comment les mélodies survivent et mutent au fil des siècles. Et quand l’écrit finit par devenir oral comme nos airs québécois, ça finit par se transformer, sorte de téléphone arabe. Parfois, par exemple, une mélodie folklorique finit par être réécrite par un compositeur qui compose un thème et variation au-dessus d’une basse répétée.

Niveau folklore, on s’intéresse surtout au Québec et à la Nouvelle-Écosse, donc évidemment cela nous amène à la musique classique de la France et de l’Angleterre, là où le luth a brillé. Il faut dire que le luth s’est également rendu au Canada, même s’il n’a pas survécu aussi longtemps. En fait, on s’intéresse à ces sons dignes d’intérêt qui ont été oubliés.

PAN M 360: Comment l’enregistrement a-t-il été conçu? Racontez les séances d’enregistrement, le son recherché

Kerry Bursey : L’enregistrement a eu lieu à Lunenburg en Nouvelle-Écosse, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans la 2e plus vieille église protestante au Canada (St John’s Anglican Church). Lunenburg et cette église sont des lieux phares pour ce duo car c’est là que Ménestrel a donné son tout premier concert en 2019 et continue d’y en donner plusieurs fois par année, dont un Messie de Haendel annuel en décembre, en formule réduite (chœur de 12 voix, 1 par partie chez les instruments).

C’est également le siège de Musique Royale (dirigée par Janelle), qui propose chaque année un programme musical très riche. Cette église est un lieu très spécial, un pilier culturel et spirituel pour de nombreux Néo-Écossais.

L’enregistrement a été réalisé par Jeremy van Slyke de Leaf Music. Il y a un aspect presque ‘’live’’ à l’enregistrement qui réussit à aller chercher la spontanéité de Ménestrel en concert. Cet album est un peu comme une sélection de ce qu’on considère comme les ‘’tubes’’ de notre répertoire, un survol des différents styles qu’on a abordé au fil des années.

PAN M 360 : Comment avez-vous conçu la transposition sur scène par rapport à l’enregistrement?

Kerry Bursey: Se produire en concert est ce à quoi Ménestrel a l’habitude de faire. Beaucoup d’artistes font des albums et ensuite se produisent sur scène. Pour Ménestrel, c’est plutôt l’inverse. On a donné beaucoup de concerts depuis 2019, on a fait le tour du Canada plusieurs fois (en 2024 seulement, on a joué dans chaque province et territoire, quand même!) et donné des concerts en Europe.

PAN M 360: Parlez-nous de votre relation professionnelle et artistique

Kerry Bursey: Nous nous sommes rencontrés en Nouvelle-Écosse en 2019 et nous n’avons jamais cessé de faire de la musique ensemble depuis, pas seulement dans le contexte de Ménestrel mais également avec plusieurs groupes importants de la scène de musique ancienne au Canada, en passant par pas mal tous les festivals et séries spécialisées. Une cohésion musicale s’est rapidement créée entre nous et nous avons pu développer un répertoire qui est à la base était surtout du domaine plus savant et écrit (chansons baroques et de la renaissance avec luth) mais graduellement notre intérêt vers la musique ancienne s’est aussi porté à la tradition orale et les musiques folkloriques anciennes.

Tous deux à la base des instrumentistes classiques s’étant intéressés à la voix, notamment par le chant choral et d’ensemble, cela a contribué à développer notre son et à nous distinguer des projets vocaux plus lyriques du milieu classique.

Notre façon de chanter ne s’ancre pas seulement dans le bel canto opératique. Un autre élément unique du luth (et des cordes pincées en général), c’est la faculté de s’accompagner en chantant, pratique qui s’est perdue dans le milieu classique mais qui était bien importante, même à l’époque baroque mais qui dans le milieu de la musique traditionnelle est resté bien en vie.

Janelle Lucyk :  Kerry et moi nous sommes rencontrés en 2019 et depuis, nous avons beaucoup collaboré ensemble, avec Ménestrel et avec de nombreux autres groupes. Nous parvenons à trouver un équilibre délicat entre la recherche d’un son similaire et suffisamment de divergences et de priorités différentes pour nous compléter artistiquement. Une fois que vous aurez entendu la magnifique voix de Kerry Bursey, vous aurez vous aussi envie de collaborer avec lui !

PAN M 360 : Comment vous présentez-vous sur scène? Vous vous accompagnez vous-même?

Kerry Bursey: Nous sommes tous deux chanteur.euse.s et instrumentistes donc on assurera nous même cela. Même quand je chante, je joue du luth. Janelle intervient souvent au violon pour harmoniser ou faire des introductions/interludes lorsqu’elle ne chante pas. Je crois que ça vient un peu avec l’image qu’on se fait du ménestrel, c’est qu’il ne pas seulement chanteur, il joue un instrument aussi, souvent le luth, qui fut quand même l’instrument par excellence pendant près de 400 ans pour accompagner la chanson.

PAN M 360 : Comment doit-on évoquer le rôle du ménestrel en 2026? Évocation historique ou encore redéfinition d’un rôle encore pertinent dans l’imaginaire musical?

Janelle Lucyk : Alors que le monde a évolué, nous continuons à nous tourner vers la musique pour nous divertir et nous réconforter. Le rôle du ménestrel demeure, et la musique continue de combler un besoin émotionnel, social et spirituel qu’aucune autre forme d’art ne peut satisfaire. Mais seulement si la tentative est sincère. Nous continuons à rechercher des expériences authentiques, à travers les voyages, la gastronomie, la musique… Tout ce qui élargit notre palette variée pour découvrir quelque chose de nouveau, mais la musique peut certainement combler un vide immense sans avoir à voyager loin. Bref. Mais pourquoi cette musique ? Eh bien, ces chansons anciennes ne resteront vivantes que tant qu’elles nous parleront et auront de la valeur à nos yeux. Mais nos sentiments humains n’ont pas beaucoup changé en 400 ans, même si notre langue a évolué. L’essence de ces chansons a donc un grand pouvoir émotionnel, si nous parvenons à faire le pont entre les siècles passés. Pour l’instant, nous sommes là pour les jouer.

Kerry Bursey:  Au sens large, je crois que le terme ménestrel convient bien à notre approche. On y va surtout avec la connotation imagée qu’on se fait aujourd’hui d’un ménestrel, un musicien ambulant et polyvalent, qui voyage de cour en cour et de village en village pour y partager des mélodies et des histoires, peu importe le style ou l’instrument utilisé. Il y a quelque chose de libre dans l’approche du ménestrel, une dualité de l’aspect savant mais aussi de divertissement, puisant dans l’écrit et l’oral. On veut aller chercher le meilleur de ces deux mondes et explorer la jonction qui peut unir ces deux approches – un heureux mélange de classique et de populaire – même si on évolue dans un créneau ancien qui respecte la tradition. On essaie de récréer l’expérience d’une chanson – sans être trop à cheval sur la musicologie – en se dissociant des tendances musicales d’aujourd’hui tout en rendant cette musique accessible pour offrir un son intemporel.

PAN M 360 : Quelle sera la suite des choses pour Ménestrel?

Kerry Bursey: La suite sera pour nous de continuer à creuser dans notre répertoire et peaufiner notre son et notre mission. Pour quelque chose d’un peu différent, nous avons notamment une tournée en trio avec Vincent Lauzer dans le cadre de Prairie Debut qui nous mènera dans l’Ouest canadien avec un programme bien ludique d’arrangements anciens de chansons modernes. Nous avons aussi des concerts en duo un peu partout au Canada prévus pour les prochaines années. Allez jeter un coup d’œil à notre agenda en ligne !

Il se trouve aujourd’hui une génération montante de mélomanes qui carburent à ce swing faste et luxuriant, conçu au siècle précédent soit des années 30 aux années 60. Laufey est probalement la mieux connue, mais il existe toute une frange de chanteuses néo swing et la Canadienne Caity Gyorgy se présente comme la plus célèbre actuellement, en témoigne déjà un bosquet de trophées Junos remportés depuis le début de cette décennie. Basée actuellement à Calgary, la chanteuse, autrice et compositrice a étudié à l’université McGill d’où sa carrière a rapidement décollé.

Au Palais Montcalm le 12 mars prochain, Caity Gyorgy partagera un programme double avec la chanteuse française Gabi Hartman qui fait aussi dans un rétro inspiré d’autres référents que le Great American Songbook. Voilà un programme idéal pour l’auditoire de Québec rompu à cette tendance!

Voilà pourquoi PAN M 360 a voulu recueillir les propos de Caity Gyorgy à ce titre.

PAN M 360 : Vous avez enregistré cinq albums depuis 2019. Que présenterez-vous à Québec? Dans quelle configuration?

Caity Gyorgy : Je serai avec mon quartette à Québec. J’aime ce groupe de musiciens merveilleux. Pour la matière, je jouerai surtout la matière de mon dernier album Hello! How Are You? qui a gagné le Juno de l’album jazz vocal en 2025. Et nous avons un tas de nouveaux arrangements pour le quartette. Et parce que j’aime beaucoup la musique classique, j’ai commencé à faire ces arrangements de standards inspiré de musiques classiques. Par exemple, la chanson Baubles, Bangles and Beads de George Forrest et Robert Wright, écrite en 1953 pour le musical Kismet, vient en fait du deuxième mouvement du quatuor à cordes n° 2 en ré majeur du compositeur russe Alexandre Borodine. Ce processus est fascinant!

PAN M 360 : Vous pigez régulièrement dans le le Great American Songbook, ce qui est tout à fait normal pour votre approche.

Caity Gyorgy : Oui mais je les ai réarrangées pour être fraîches et nouvelles, qui s’ajoutent à mes propres chansons originales.

PAN M 360 : Mark Limacher a signé les arrangements de votre récent album « with strings », sera-t-il avec vous sur scène à Québec?

Caity Gyorgy : Oui! Et il est un pianiste fantastique. Je dis toujours qu’il sonne comme un orchestre quand il joue et s’accompagne. Il possède un incroyable sens mélodique et harmonique. C’est très facile pour moi de jouer et de composer avec lui, et c’est pourquoi nous avons fait tout ce travail en duo, en quartette ou en formation avec cordes.

PAN M 360 : Son travail vous aide certainement à mener à bien votre matériel original.

Caity Gyorgy : Oui! Il me permet aussi de me concentrer sur les textes de mes chansons, car je suis passionnée par le travail de parolière. Ses mélodies et harmonies me jettent ce défi unique, je n’ai pas à m’inquiéter de la qualité musicale. Avant de venir à Québec, Mark et moi espérons trouver quelques heures pour continuer à écrire ensemble des arrangements supplémentaires pour notre passage à Québec.

PAN M 360 : Quel sera donc le répertoire présenté à Québec?

Caity Gyorgy : Je veux quand même garder la surprise mais je vous dirais que je fais typiquement environ 70% de standards et 30% de mon propre matériel. Et j’essaie de tout mélanger afin que les gens pensent que mes propres chansons se confondent aux standards de Cole Porter, Frank Loesser, Jerome Kern, etc. Au début de notre collaboration, pour notre premier album Mark Limacher et moi nous étions concentrés sur la musique de Jerome Kern , nous avions adoré découvrir ses manières de façonner la mélodie et l’harmonie. Pour notre deuxième album, nous nous étions concentrés sur Frank Loesser, moins connu que Jérôme Kern mais dont le lyrisme est tout simplement impeccable. Ses textes sont si intelligents et souvent drôles. Mark et moi avons pousuivi nos recherches sur les grands auteurs et compositeurs américains, nous venons tout juste d’enregistrer du matériel consacré à l’œuvre de Cole Porter, très différente de Jerome Kern ou Frank Loesser. Nous avons d’ailleurs débusqué quelques chansons intéressantes et pas très souvent jouées, comme You Irritate Me So que j’adore. Nous pourrions peut-être en interpréter à Québec!

PAN M 360 : Quand on écoute votre matériel original, on peut fermer les yeux et penser que c’aurait pu être composé en 1935, 1942, 1955… Les choix harmoniques, les arrangements, l’esthétique de l’orchestre, c’est très proche de l’esthétique du jazz vocal plus ou moins au milieu du siècle précédent.

Caity Gyorgy : Absolument. Quand Mark et moi créons, nous sommes inspiré par les grands arrangeurs tels Don Costa qui avait beaucoup travaillé avec Eydie Gormé, une de mes chanteuses préférées. Aussi par Nelson Riddle, Pete Rugolo, Gordon Jenkins, Henry Mancini, Conrad Salinger, Neal Hefti, etc.

PAN M 360 : En quelque sorte, vous êtes devenue une authentique spécialiste de cette période!

Caity Gyorgy : Pas autant que Mark, qui aime ces musiques depuis l’enfance et qui m’a menée à aussi tomber en amour avec l’art de l’arrangement. Je me souviens avoir écouté des enregistrements quand j’étais, vous savez, 17, 18 ans, de Ella Fitzgerald et autres grandes chanteuses, m’être consacrée entièrement à la recherche vocale. Aujourd’hui, je me trouve plus attirée par l’arrangement. C’est tellement fascinant!

PAN M 360 : Il est d’autant plus fascinant de voir une chanteuse de 27 ans revisiter un répertoire qui correspond à celui de vos grands-parents et ainsi attirer une nouvelle génération de mélomanes. Et vous n’êtes pas la seule à travailler ainsi, n’est-ce pas?

Caity Gyorgy : Laufey a gagné un Grammy, il y en a d’autres qui travaillent ainsi comme Stella Cole qui rappelle Judy Garland et qui fut virale sur TikTok. Par TikTok et Instagram, des enfants, adolescents et jeunes adultes ont découvert ce style. Les médias traditionnels n’y sont pour rien.

PAN M 360 : Et pourquoi ces jeunes ont-il embarqué?

Caity Gyorgy : Ces orchestres ne sont-ils pas encore merveilleux ? La bonne musique reste de la bonne musique, peu importe l’épque de sa conception, peu importe si elle est jouée à la radio ou pas. C’est devenu une forme classique. Je sais bien que les médias sociaux ont beaucoup de défauts, ils ont néanmoins l’avantage de pouvoir lancer de nouvelles tendances, dont celle-ci qui n’a jamais vraiment disparu. .

PAN M 360 : Voilà un signe des temps!

Caity Gyorgy : Exact, nous traversons une période où la musique baroque, la musique romantique ou pré-moderne reviennent à la charge. Pour ma part, continuer à écrire des chansons originales est la preuve que je ne suis pas à 100% dans le passé. Et avec le récente album en particulier, l’album With Strings, nous avons fait un gros effort pour être nous-mêmes, tout de même originaux.

Et le feed-back au sujet de mes textes me semble toujours intéressant parce que les gens aiment vraiment certaines de ces chansons que je trouve incroyablement déprimantes et qui peuvent être difficiles pour moi de chanter à cause des événements réels qui y sont liés, comme la fin d’une relation amoureuse au terme de plusieurs années d’union. J’ai réalisé que les humains partagent des expériences tout en les ressentant personnellement et en racontant les choses d’une manière considérée comme universelle. Et donc intemporelle.

C’est ainsi que le public se rapproche de l’artiste, en liant ses propres traumatismes à des thèmes qui les évoquent dans les chansons. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire.

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La percussionniste Krystina Marcoux en rêve depuis une douzaine d’années. La création qu’elle s’apprête à présenter au public du festival La semaine du Neuf du Vivier, le jeudi 5 mars 2026 à l’Espace orange du Wilder à Montréal, sera tout sauf banale. Du moins c’est la promesse que le spectacle Speak No Words/Le silence des mots nous offre. Je dis spectacle à escient car c’est bien plus qu’un concert au sens traditionnel. Avec une technologie de pointe permettant la traduction des gestes des musiciens en musique et même en jeux de lumières, en plus de l’interprétation sur instruments acoustiques ‘’normaux’’, Speak No Words/Le silence des mots nous annonce une soirée ou l’improvisation autant sonore que gestuelle sera reine, avec des renforts de groove entraînant et même un peu de Bach déconstruit. Wow. La proposition est extrêmement intrigante, et attrayante pour n’importe quel mélomane atteint de curiosité auditive (et plus). J’ai parlé de cette création avec la principale intéressée, et conceptrice, Krystina Marcoux.

DÉTAILS ET BILLETS

PROGRAMMATION COMPLÈTE DE LA SEMAINE DU NEUF

Ta da da daaaam! Le plus célèbre riff de Beethoven retentira une fois de plus à la Maison symphonique: le vendredi 6 mars prochain, l’ensemble Caprice jouera la fameuse 5e symphonie du compositeur, et se joindra à l’ensemble ArtChoral pour l’interprétation de la Grande Messe en do Op. 67 ainsi que le Ave verum corpus K618 de Mozart. Ce répertoire n’est aucunement baroque, mais ces « aventuriers » du baroque et de la musique ancienne en feront des versions très différentes des habituels orchestres symphoniques. Chef des deux ensembles, Matthias Maute explique le menu à PAN M 360.

BILLETS ET INFOS ICI

  • Œuvres
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Grande messe en do mineur, K. 427
  • Ludwig van Beethoven, La Symphonie no 5 en do mineur, op. 67
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Ave verum corpus, K. 618
  • Artistes
  • Chef d’orchestre
  • Matthias Maute
  • Sopranos
  • Janelle Lucyk
  • Myriam Leblanc
  • Ténor
  • Philippe Gagné
  • Basse
  • William Kraushaar
  • Chœur
  • Ensemble ArtChoral
  • Production
  • Production / DiffusionEnsemble Caprice

Le Festival Classica présentera sa 16ᵉ programmation du 22 mai au 14 juin 2026. De L’Heptade symphonique aux Concertos pour piano de Beethoven, Classica propose plus d’une vingtaine de programmes exécutés par des artistes québécois pour la plupart. Expression d’une direction artistique totalement assumée, Classica 2026 suggère une programmation hybride où se côtoient les musiques instrumentales ou lyriques issues du répertoire classique, mais aussi de nouvelles expériences au domaine de la pop-rock symphonique, des musiques du monde ou du concert jeunesse.

« Dès sa création, le Festival Classica s’est défini comme un espace de partage dédié à toutes les musiques dites classiques dans des configurations multiples, issues d’époques, de provenances et de courants variés. Avec cette 16e édition, le Festival incarne plus que jamais sa mission : offrir une programmation fédératrice guidée par le souci constant de la qualité » , souligne Marc Boucher par voie de communiqué.

Mais encore ?

Le directeur général et fondateur du Festival Classica donne ici un avant-goût de sa programmation lancée cette semaine, sous le thème Des concerts dans vos cordes. Concerts assumés !

INFOS ET BILLETS ICI



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