Est-il besoin de souligner que les arts que maîtrisent aujourd’hui les Premières Nations dépassent de loin l’expression de leur patrimone ancestral ou de leur adaptation moderne à l’esthétique americana, plus précisément, country, folk ou rock. Des artistes de tous genres émergent et brillent, le chant lyrique n’y fait pas exception. 

C’est pourquoi PAN M 360 accorde ici une place importante à la soprano innue Élisabeth St-Gelais, soliste invitée par les Violons du Roy sous la direction de Jonathan Cohen, soit pour l’interprétation de trois arias du compositeur allemand de la période baroque, Christoph Willibald von Gluck (1714-1787). 

Comme l’a déjà souligné le respecté et non moins estimé Florent Vollant à un Gala de l’ADISQ (lorsque fut inaugurée une catégorie autochtone), cette artiste n’a pas été invitée à ce programme prestigieux par rectitude politique, mais bien parce qu’elle est tout simplement excellente !

Elisabeth St-Gelais mène aujourd’hui une carrière internationale, voyez son parcours à tout le moins éloquent : 

Innue de la communauté de Pessamit (près de Baie-Comeau),  élevée en majeure partie au Saguenay, elle est titulaire d’une maîtrise de l’Université McGill – programme « Voice and Opera ». Son grand talent lui valut d’être la grande gagnante de la prestigieuse compétition Wirth Vocal Prize ainsi que du premier prix des 19 à 30 ans au Concours du Canada CANIMEX 2022. En 2023, elle remportait le Prix d’Europe au Conservatoire de Musique de Montréal. La même année, elle gagnait aussi le premier prix ainsi que le prix du public au Canadian Opera Company Centre Stage Competition, à Toronto. Nommée Révélation Radio-Canada Classique pour la saison 2023-2024, elle était sélectionnée en 2024  pour les régionaux du Met Laffont Opera Competition où elle raflait l’Encouragement Award. Engagée et responsable, chanteuse siège également  au conseil d’administration du Conseil québécois de la musique depuis avril 2023.  

PAN M 360 : Vous êtes un fleuron de la modernité autochtone, dont l’expression artistique est beaucoup plus diversifiée que ne le croient les gens. Bravo !

Elisabeth St-Gelais :  C’est formidable de vous l’entendre dire! Si vous saviez à quel point, pour un artiste autochtone, ça fait plaisir.

PAN M 360 : Vous avez fait une formation classique occidentale, et on vous connaît pour votre interprétation classique, mais vous êtes aussi très enracinée et engagée dans votre culture ancestrale.

Elisabeth St-Gelais :  Absolument. Donc moi, ma formation, en fait, moi, ce que je veux faire, puis je pense que les gens peuvent devenir un peu mêlés avec mon objectif. Cet objectif est très simple : être une chanteuse lyrique.

À travers ça, je suis une représentante des Premières Nations, des Métis et des Inuits du Canada, et donc les premiers peuples du Canada. J’ai une tribune, que je suis un peu connue dans le milieu de la musique classique. Si j’atteins mes objectifs et que ma carrière progresse, peut-être que mon rôle de représentante sera un peu plus évident.

PAN M 360 : Comme n’importe quel artiste du monde qui excelle dans le chant lyrique, vous ne vous limitez pas à votre culture, rien de plus normal. 

Elisabeth St-Gelais : Absolument.

PAN M 360 :  Forcément, vous devez maîtriser le grand répertoire. Et s’il y a des compositeurs autochtones, tant mieux. La renaissance de la culture autochtone est loin d’être terminée! Nous sommes encore à l’âge d’or du phénomène.

Elisabeth St-Gelais : Exactement. Et comme il se trouve de plus en plus de compositeurs.trices autochtones qui ont de plus en plus d’occasions de s’exprimer  aussi, les collaborations sont envisagées à plus grande envergure. À l’ère de la vérité et de la réconciliation, les Autochtones s’émancipent dans toutes les sphères de la société actuelle. Donc c’est vraiment maintenant qu’on peut voir tout le potentiel des artistes autochtones. 

PAN M 360 : Parlons de votre invitation chez Les Violons du Roy pour ce grand concert d’ouverture, à Québec comme à Montréal, sous la direction de Jonathan Cohen. Gros contrat!

Élisabeth St-Gelais : Oui en effet!

PAN M 360 : Dans ce programme, vous interprétez trois arias de Gluck, soit les arias WQ40, WQ45 et WQ44. Parlez-nous en!

Élisabeth St-Gelais :  Bien sûr. J’ai d’abord eu des discussions avec Laurent Patenaude (codirecteur général et responsable de l’administration artistique des Violons du Roy), pour choisir le répertoire baroque pour moi qui fait davantage dans le romantique, car cet orchestre est spécialisé (surtout) dans cette période 

On est donc allé avec Gluck, on a trouvé des extraits de trois opéras différents:  Iphigénie en Aulide (WQ 40), Armide (WQ 45) et Alceste (WQ 44). Donc on aura l’interprétation de trois personnages forts à des moments charnières de chaque opéra.

PAN M 360 : Comment la préparation s’est-elle passée?

Elisabeth St-Gelais : Je reviens d’une répétition des Violons du Roy  et j’ai été très impressionnée par l’ensemble et son chef extraordinaire, Jonathan Cohen. C’est sûr qu’après la répétition d’aujourd’hui, ça me donne encore plus d’inspiration. L’orchestre est extraordinaire. C’est une chance pour moi d’approfondir mon langage musical, de jouer avec des interprètes de ce niveau, puis avec ce calibre de chef-là comme M. Cohen. Oui, et le chant baroque est quand même différent du chant du 19e siècle. 

PAN M 360 : La technique vocale est différente lorsqu’il s’agit de musique baroque. Expliquez-nous vos ajustements.

Élisabeth St-Gelais : Il y a plusieurs approches possibles, en fait. Nous sommes ici dans une approche un petit peu plus intellectuelle que d’ordinaire en ce qui me concerne, mais c’est quand même extrêmement passionné.  ça m’a vraiment inspirée. 

PAN M 360 : Hormis l’encadrement du chef Jonathan Cohen, avez-vous avez travaillé avec d’autres personnes pour vous adapter au chant baroque ?

Elisabeth St-Gelais : Oui, notamment avec Alexandre Dratwicki, directeur du Palazzetto Bru Zane à Venise, qui collabore régulièrement au Domaine Forget de Charlevoix. J’ai aussi travaillé avec ma coach Louise Pelletier et mon professeur de chant Stefano Algieri. 

PAN M 360 : C’est quand même tout un mandat, trois arias de cette teneur. Gros contrat!

Elisabeth St-Gelais : Pas juste gros, surtout beau !

PAN M 360 : Projets à venir? 

Elisabeth St-Gelais :  Le mois d’octobre est très occupé! Il y aura le Festival Stella Musica le 17 octobre, à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Il y aura ensuite l’ouverture de la saison de l’Orchestre de l’Agora, un récital au Théâtre du Lac-Brome avec Louise Pelletier, puis je partirai un moment à Berlin.

PAN M 360 : Les chanteuses lyriques, ça voyage!Elisabeth St-Gelais : Oui!

Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm, jeudi 9 octobre, 19h30. Infos et billets ICI.

Maison symphonique, vendredi 10 octobre, 19h30. Infos et billets ICI

Programme

J.-B. LULLY

Suite Le bourgeois gentilhomme

C.W. GLUCK

• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)

A. VIVALDI

Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401

J.S. BACH

Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068

Concert d’ouverture des Violons du Roy

PROGRAMME

J.-B. LULLY

Suite Le bourgeois gentilhomme

C.W. GLUCK

• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)

A. VIVALDI

Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401

J.S. BACH

Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068

SOLISTES

Elisabeth St-Gelais, soprano

Cameron Crozman, violoncelle

CHEF

Jonathan Cohen

Derrière les concepts méticuleusement calculés de Liew Niyomkarn se cache une sensibilité profonde et poétique aux histoires et aux relations qui façonnent le son. Cette approche affective a nourri des collaborations avec des artistes du monde entier, tissant des imaginaires dispersés en récits humains expansifs qui jouent sur les frontières entre réalité et fantaisie. Figure établie dans le monde des arts, sa prochaine performance à Montréal est à ne pas manquer. Alors qu’elle se prépare pour sa collaboration avec Anne F. Jacques dans le cadre de Flux, Liew Niyomkarn a pris le temps de réfléchir à son parcours et de partager les éléments qui rendent sa pratique si unique.

PAN M 360 : Vous faites partie du collectif A.Hop avec Anne F. Jacques, avec qui vous allez collaborer ce lundi. Pouvez-vous nous dire comment cette collaboration est née et comment vous vous êtes préparés pour le spectacle ?
Liew Niyomkarn : Anne-F est l’une de mes artistes sonores préférées, et j’ai toujours voulu jouer avec elle. De plus, j’étais ravi que nous fassions partie du même collectif ! Je savais depuis longtemps que je serais à Montréal cette fois-ci, alors je l’ai contactée. La préparation est assez organique et simple : nous nous sommes envoyé nos idées et nos sons pour faire connaissance, et nous utiliserons certains des sons d’Anne-F comme marqueurs temporels, comme nous le faisons dans certaines partitions d’A.Hop.

PAN M 360 : Vous avez sorti des albums avec Chinabot, un collectif qui présente de la musique alternative venue d’Asie. On entend beaucoup parler de Bruxelles comme d’un centre créatif pour ce type d’art, avec des écoles comme Ars, mais j’aimerais mieux comprendre l’écosystème des artistes et collectifs expérimentaux en Thaïlande, car on en entend peu parler. Quels sont les artistes et collectifs en Thaïlande, ou en Asie, qui vous ont influencé en tant qu’artiste aujourd’hui ?
Liew Niyomkarn :
À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’artistes expérimentaux en Thaïlande, mais la plupart de la scène artistique était concentrée autour de Bangkok et Chiang Mai. J’admirais le duo pop Stylish Nonsense, le label Small Room et la galerie WTF (Wonderful Thai Friendship) : c’étaient mes lieux de prédilection lorsque je vivais là-bas. Après avoir quitté Bangkok il y a plus de dix ans, la scène s’est vraiment épanouie et regorge désormais d’espaces gérés par des artistes. Il y a tellement d’artistes et de musiciens talentueux en Thaïlande. Aujourd’hui, vous pouvez découvrir des lieux comme Speedy Grandma, N22, Storage Gallery, la salle de concert Noise House et Jam Café. Il existe également une communauté underground queer florissante, NonNonNon, pour n’en citer que quelques-uns. La ville n’a jamais cessé d’offrir des choses amusantes et passionnantes !

PAN M 360 : Yuri Landman crée des instruments qui se concentrent sur la création de timbres inédits, mais ses instruments élargissent également les possibilités d’interaction. Pourquoi avez-vous choisi d’utiliser ses instruments pour cet album, et qu’apportent-ils à votre pratique ?
Liew Niyomkarn : J’ai eu une série de réunions intensives avec Yuri il y a quelques années. Nous avons principalement approfondi la physique fondamentale (son domaine de prédilection), les accordages et les séries harmoniques. Il maîtrise vraiment très bien tous ces sujets. Pour lui, les mathématiques fonctionnent presque comme un pilote automatique : il s’exprime en mathématiques, ce que je n’arrive toujours pas à comprendre complètement. Mais j’ai fini par accepter la division de l’harmonie sur les instruments à cordes, et nous avons même commencé à en fabriquer quelques-uns afin que je puisse mieux comprendre.
Nous nous sommes inspirés du système harmonique de Glenn Branca comme base, et Yuri a élaboré sa propre adaptation. Ce que j’aime dans cette approche, c’est que plus vous proposez d’options, plus vous êtes poussé à vous fier à vos oreilles et à votre intuition pour décider ce que vous voulez, ou quel son vous parle vraiment. Pour moi, c’est toujours passionnant d’apprendre la théorie, mais en fin de compte, je me fie à mes oreilles et à mes sentiments.

PAN M 360 : Votre pratique musicale est clairement étroitement liée à l’espace physique, avec des collaborations à travers le monde et des combinaisons d’enregistrements sur le terrain qui imaginent de nouveaux mondes sans limites. À l’inverse, ce que nous voyons dans les médias, c’est que là où les frontières ne sont pas délimitées, par exemple à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, il existe un potentiel de conflit. Pensez-vous qu’il soit possible pour l’humanité d’exister sans frontières, dans un état de paix ?
Facultatif : Comment, dans cette musique sans limites, consolidez-vous différents acteurs, différents États ?

Liew Niyomkarn : Oui, si ceux qui détiennent le pouvoir cessaient d’utiliser les frontières comme des armes, l’humanité pourrait déjà vivre sans elles.
[ réponse A ] pour la musique, je ne suis pas sûr de les rassembler intentionnellement. Je laisse simplement la musique faire ressortir différents états, qui finissent par se heurter, se chevaucher et se démêler d’eux-mêmes, ou du moins j’espère que c’est ainsi que cela est perçu.

PAN M 360 : Étant basée à Bruxelles, Bangkok et Los Angeles, vous avez une perspective unique sur ces trois cultures distinctes. Pouvez-vous nous donner votre avis sur la notion collective de division entre les cultures orientales et occidentales ?
Facultatif : Comment interpréteriez-vous ces différences d’un point de vue musical ?

Liew Niyomkarn : Je ne suis pas sûr qu’il existe vraiment une telle division. Je pense que la culture a tendance à s’adapter pour assurer la survie de l’humanité — nous trouvons inévitablement des moyens d’aller de l’avant. Ce sont de grandes villes avec un large éventail d’environnements multiculturels. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je suis presque sûr que l’ambiance de ces villes se retrouve dans ma musique.

PAN M 360 : Les villes mentionnées ci-dessus sont des zones urbaines très denses et des mégapoles, mais votre musique, en revanche, semble complètement détachée de ces paysages urbains. Elle est non seulement composée de manière minimaliste, mais intègre également des éléments d’enregistrements sur le terrain provenant de ce qui ressemble à une jungle dans « feels like liquidity », et parle des étoiles dans « comet of curiosity ». Pouvez-vous me parler de cette dichotomie entre les espaces extérieurs et intérieurs que vous occupez entre la vie et la musique ?
Liew Niyomkarn : L’un des avantages de l’utilisation du son et de la musique comme moyen d’expression est qu’ils contournent la pensée rationnelle et suscitent une sorte de fantaisie. La science et la physique fondamentale sont pour moi un bon moyen de m’évader psychologiquement. Utiliser des enregistrements sur le terrain est pour moi non seulement un moyen de préserver la mémoire, mais aussi de construire des récits simples, dans lesquels j’espère que nous pourrions vivre comme alternatives au monde réel.

PAN M 360 : Glenn Branca et Sonic Youth figurent parmi les influences de votre dernier album, « In All Possible Places at Once ». Le mouvement No Wave, qui relie largement ces deux artistes, s’est en partie inspiré de l’avant-garde américaine des débuts, que je retrouve dans votre musique. Mais au-delà de cela, les textures sonores de ces albums sont presque en contradiction avec votre combinaison douce de cordes pincées et d’environnements délicatement introspectifs. Vous avez mentionné les accordages et les formes compositionnelles, mais qu’est-ce qui vous inspire conceptuellement chez des artistes comme Glenn Branca et Sonic Youth ?
Liew Niyomkarn : J’aime le fait qu’ils traitent le son comme une force spatiale et matérielle. Ils explorent la texture, la dissonance et la résonance pour créer des environnements immersifs plutôt que de simples mélodies, et ils embrassent les chevauchements et le chaos qui surgissent lorsque les couches sonores interagissent.

PAN M 360 : Vous avez travaillé sur des films, des promenades sonores, des pièces de théâtre et même certaines de vos propres installations. En quoi votre pratique de la performance live diffère-t-elle de vos autres pratiques sonores, et en quoi sont-elles similaires ?
Liew Niyomkarn : J’adore la performance live parce qu’elle réveille vraiment votre horloge interne d’une manière qu’aucune autre forme ne peut égaler. Ce qui se recoupe pour moi, c’est le sens de l’espace, l’environnement et les collaborations qui en découlent.

PAN M 360 : Une dernière question : qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus sur le plan artistique en ce moment ? Y a-t-il un projet spécifique qui vous inspire particulièrement ?
Liew Niyomkarn : Je suis en train d’écrire une partition pour Savant Flanuer, que nous jouerons à Send+Receive dans quelques semaines, et je prépare une collaboration avec trois artistes thaïlandais pour le festival Ghost 2568 à Bangkok. Je fais principalement des recherches sur la notation musicale et je souhaite écrire davantage de partitions, créer une exposition et étendre mon travail à une installation sonore.

LUNDI 6 OCTOBRE, SALA ROSSA, 19H30. INFOS + BILLETS ICI

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Évoluant aux côtés du pianiste Chris Illingworth et du batteur John Scott, Nick Blacka est le contrebassiste du trio britannique GoGo Penguin. Depuis 2012, on doit à ce trio de Manchester 7 albums studio, 2 EP, 3 enregistrements publics, une mise en nomination en 2014 dans la liste courte du Mercury Prize.

On ne parle vraiment pas d’un groupe émergent sur la banquise du jazz en proie aux changements climatiques, encore moins un cri de ralliement pour l’équipe de Sidney Crosby !

Au cours de la décennie précédente, GoGo Penguin avait été identifié parmi les trios phares de cette nouvelle esthétique, certes associée au jazz, mais aussi au math rock, au prog ou à l’élecro de pointe.

Ces trios acoustiques (ou presque) ont en commun la primauté du travail collectif, et une approche plus ténue des expressions individuelles. Une tendance, assurément.

En juin dernier, l’album Necessary Fictions était mis en marché, on se doute bien que sa matière constitue le plat principal de la tournée québécoise et canadienne du groupe, dont le Palais Montcalm sera une escale importante, le jeudi 16 octobre. 

Et c’est pourquoi PAN M 360 a été mis en relation avec Nick Blacka pour l’interview que voici :

PAN M 360 : Commençons par votre nouvel album, Necessairy Fictions. Qu’est-ce qui a été accompli si on fait une chronologie de votre évolution discographique?   

Nick Blacka : V2.0,  notre 2e album, avait été nommé pour le Mercury Prize. C’est alors qu’on a commencé à porter plus d’attention à ce que nous faisions. Et puis nous avons signé chez Blue Note, chez qui on a fait les albums Man Made Object, A Humdrum Star et GoGo Penguin (homonyme). Deux autres albums suivirent chez XXIM Records, dont le tout dernier. Ça a été un long voyage… même si la vie est courte!

PAN M 360 : Oui, la vie passe très vite, mais c’est un très bon achat d’enregistrer 9 albums, 9 collections de nouveaux morceaux, et ça continue. 

Nick Blacka : Comme la vie, n’est-ce pas ? Vous vous regardez en photo plusieurs années après sa prise, et vous réalisez avoir vieilli.  Nous disons toujours que chacun de nos albums est un instantané, un polaroid de qui vous étiez à une période précise. L’idée de d’un nouvel  album est donc de rester fidèles nous-mêmes, honnêtes et ouverts par rapport à ce que nous sommes devenus.

PAN M 360 : Il y a effectivement danger de se trouver prisonnier de son image et faire du sur-place comme c’est si souvent le cas dans la musique.

Nick Blacka: Exact, et donc nous ne nous inquiétez pas trop de ce que le monde extérieur pense de nous. Il faut encore et toujours  prendre des risques. Nous voulons ainsi explorer de nouveaux territoires.

PAN M 360 : Et quels sont ces nouveaux territoires, dans le cas qui nous occupe?

Nick Blacka :  Nous avions toujours utilisé un peu d’électronique et des synthétiseurs, mais  je pense qu’il y en a plus sur le nouvel album. Depuis longtemps, toutefois, l’usage de ces machines nous a amenés à penser différemment la composition.

PAN M 360 : Pouvons-nous être plus précis sur certains exemples  Notre lectorat est  aussi intéressé à connaître les paramètres de vos compositions.

Nick Blacka : Un bon exemple serait une pièce du nouvel album,  What We Are and What We’re Meant to Be. L’influence électronique y est très nette :  la basse très lourde provient d’un synthétiseur. Puis on joue les instruments acoustiques par-dessus, mais c’est très proche de la musique de danse. Seules quelques pièces de cet album portent ce genre d’idées, je pense aussi à Naga Ghost. 

PAN M 360: L’influence électro vous a donc menés à en jouer en plus de l’évoquer acoustiquement.

Nick Blacka: Par le passé, on a souvent évoqué les formes de la musique de danse, que l’on exprimait  avec nos instruments acoustiques. Maintenant, on essaie parfois d’utiliser les synthétiseurs, même si  la basse et la batterie restent au cœur de ce que nous faisons.

PAN M 360 : Beaucoup de mélomanes qui aiment la musique d’improvisation et les nouveaux types d’hybridation du jazz et d’autres styles connaissent Gogo Penguin et apprécient votre musique. Votre succès est aussi attribuable à la tendance dont vous êtes issus : petits ensembles de jazz cohésifs, très solides rythmiquement, et moins portés sur les solos. 

Nick Blacka :  Comme vous dites. Mais il y a des moments où nous improvisons, bien sûr, et surtout en live, les choses changent. Il y a bien sûr des solos de basse, de piano ou de batterie, mais c’est lorsque ça sert la musique, plutôt que chaque pièce.

PAN M 360 : Et, juste avant l’émergence de votre génération, il y avait eu des précédents.

Nick Blacka : Quand j’étais ado, je fus influencé par des groupes comme Portishead (trip-hop) ou Ronnie Size Reprazent (drum’n’bass).  Ces groupes, entre autres, prenaient des échantillons de contrebasse ou de batterie, c’était vraiment inspirant. Et nous y revenons toujours. Personnellement, j’ai étudié le jazz à l’école, j’ai fait mon diplôme en jazz, j’ai appris de tous ces styles différents, et je suis devenu très enthousiaste par l’idée de jouer du bebop et des standards. Mais il y a eu un moment où c’était cool de faire autre chose et nous sommes restés fidèles à nos notre intérêt pour de nouvelles fusions. 

PAN M 360 : On peut quand même parler d’une tendance : dans les années 2010, on a vu plusieurs groupes du genre émerger au Royaume-Uni -Get the Blessing, Neil Cowley Trio,  The Comet Is Coming, Sons of Kemet, etc. Maintenant, on peut le voir ailleurs en Europe et aussi  en Amérique du Nord. La suite?

Nick Blacka: Je  pense que la façon dont nous jouons et composons est juste en phase avec la culture musicale de notre époque. Nous venons de ce bouillon de culture. À Manchester, notre ville, les styles de musique sont nombreux et dynamiques sur la scène locale, il y a forcément des mélanges qui se produisent. Vu la difficulté de financer tout ça, une attitude DIY s’est développée. Alors on n’hésite pas à mettre des choses en commun. 

Les deux choses qui ressortent toujours de Manchester sont le football et la musique. Pour une ville pas aussi grande que Londres, Manchester a beaucoup apporté  musicalement. Peut-être parce qu’il y pleut beaucoup… je ne sais pas. Tout le monde veut faire de la musique ici!

PAN M 360 : Chose certaine, le travail d’équipe l’emporte sur tout en ce qui vous concerne!

Nick Blacka : C’est plus  qu’un travail d’équipe, c’est aussi la joie d’être dans un groupe. Chacun a sa force,  chacun contribue, ça ne se fait pas seul. C’est la beauté de tout ça. Chacun d’entre nous pourrait faire des carrières solo mais nous préférons rester au sein de ce groupe. C’est grand, ce sentiment de musiciens qui travaillent ensemble.  C’est ce que nous ressentons, en tout cas.

PAN M 360 : Peu importe la forme que cela peut prendre!

Nick Blacka : Oui, nous sommes arrivés à ce point que nous ne nous  inquiétons plus si c’est du jazz ou autre chose. Nous faisons de la musique, nous essayons d’écrire des morceaux, et nous souhaitons que ça résonne émotionnellement. C’est notre point focal.  

PAN M 360 : Comment cela se passe-t-il au quotidien?

Nick Blacka : La musique est surtout écrite par Chris et moi qui vivons à Manchester. Nous faisons beaucoup de travail de développement ensemble.  John est à Londres, et il vient travailler avec nous pour des sessions de travail intensives. Nous passons donc une bonne partie de notre vie ensemble, nous évoluons ensemble. Ces vies communes se trouvent forcément dans notre musique. 

Oui, oui. Si vous demandez à quelqu’un dans le monde, les deux choses qu’ils diront sur Manchester sont la musique ou le football. Ce sont les deux choses. Pour une ville qui n’est pas aussi grande que Londres, l’histoire et l’héritage de la ville et ce qu’elle a apporté en termes de musique est considérable. Peut-être parce qu’il y pleut beaucoup… je ne sais pas. Tout le monde veut faire de la musique ici!

PAN M 360 : Et comment tout ça peut-il résister à l’usure du temps?Nick Blacka : Nous sommes plus âgés,  nous sommes au milieu de nos vies  mais, nous sommes toujours à nous demander ce qui est à venir.  Nous cherchons toujours à avancer dans l’authenticité et le désir de communiquer quelque chose de personnel,  sans avoir ce défi de tout changer.  

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Si vous avez visionné à la télé les funérailles nationales du grand sociologue Guy Rocher, vous avez  aussi vu et écouté le Quatuor Molinari, dont PAN M 360 couvre les activités musicales depuis les débuts de la plateforme. Les mélomanes seront encore  toujours au rendez-vous de cet ensemble excellent qui amorce le mardi 7 octobre sa saison 2025-26. Avec Olga Ranzenhofer, nous parcourons ce premier programme sous la bannière Passages, constitué des œuvres de Bartók, Chostakovitch et Boucourechliev. Nous parlons en outre de la nouvelle membre du quatuor, l’altiste Cynthia Blanchon et nous posons un regard sur la nouvelle saison qui s’amorce.

PAN M 360: Commençons par le renouveau. Vous atteignez la parité avec l’arrivée de l’altiste Cynthia Blanchon. Bravo! Pourquoi l’avez-vous choisie précisément? Quels sont ses atouts?

Olga Ranzenhofer: C’est à la suite de l’audition de plusieurs altistes que nous avons choisi Cynthia. Sa riche sonorité, son sens aigu du phrasé, sa grande musicalité et bien sûr sa grande maîtrise technique de l’alto nous ont convaincus qu’elle était l’altiste que nous recherchions. Elle possède aussi une grande expérience de musique de chambre.

C’est un grand bonheur pour moi d’avoir une autre femme dans le quatuor. L’atmosphère de travail est enjouée et on a tous beaucoup de plaisir à travailler ensemble. La venue de Cynthia donne un nouvel élan au Quatuor.

PAN M 360:  Pourquoi jouer un mardi en ouverture de saison?

Olga Ranzenhofer: Habituellement, nos concerts sont le vendredi soir, mais avec la venue de notre nouvelle altiste, on a dû changer car Cynthia était dans l’impossibilité de faire le concert à la date que nous avions prévue le faire. C’est aussi simple que cela! Les autres concerts seront de nouveau le vendredi soir.

PAN M 360: : Nous reviendrons plusieurs fois cette saison sur vos programmes 2025-26, mais peut-on parler d’un angle général pour cette 29e saison?

Olgan Ranzenhofer: Nous maintenons notre mandat de jouer les grandes œuvres des 20e et 21e siècles et de créer de nouvelles œuvres depuis nos débuts et cette saison n’y déroge pas! Notre premier concert présente des œuvres de deux des plus importants compositeurs pour quatuor du 20e siècle, Béla Bartók et Dimitri Chostakovitch qui ont écrit pas moins de 21 quatuors à eux seuls! C’est essentiel pour un quatuor de jouer ces œuvres, car elles sont à la base du répertoire du quatuor à cordes.

Nous devions jouer l’intégrale des quatuors de Chostakovitch en mai dernier mais les concerts ont dû malheureusement être annulés à la dernière minute. Nous sommes très heureux d’annoncer que nous ferons cette intégrale avec Cynthia en mai prochain. Nous avons aussi deux belles créations cet automne; Denis Dion a écrit Coin Darling pour nous, œuvre en hommage à Guido Molinari et nous créerons le premier quatuor de Blair Thomson Internesses en décembre. On va aussi terminer notre intégrale des quatuors de Philip Glass en février et les enregistrer pour ATMA.  Donc, continuité et nouveautés sont au menu de notre 29e saison.

PAN M 360: Le premier concert de la saison de votre série Vingtième et plus est intitulé Passages . Pourquoi?

Olga Ranzenhofer: Plusieurs raisons motivent ce titre. Premièrement il y a le passage du flambeau à notre nouvelle altiste. Deuxièmement, le 1er quatuor de Bartók représente le passage du post-romantisme au chemin de la modernité et les trois mouvements de ce quatuor forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. Enfin, la création en 1953 du 4e quatuor de Chostakovitch ouvre la voie à une plus grande liberté artistique avec la mort de Staline.

PAN M 360: : Parlez-nous du défi que pose le 4e quatuor de Chostakovitch, écrit pendant le régime stalinien et créé après la mort de Staline en 1953. Quels en sont les particularités? Comment l’avez-vous préparé cette fois?

Olga Ranzenhofer: Ce 4e quatuor a été joué lors du tout premier concert du Molinari en novembre 1997. Je joue ce quatuor depuis presque 30 ans maintenant et j’y découvre toujours quelque chose de nouveau. C’est le signe d’un vrai chef-d’œuvre! Bien sûr, on change notre interprétation au cours des années et c’est cela qui est extraordinaire avec la musique vivante. Elle se renouvelle toujours. La structure de ce quatuor est très classique tant par ses quatre mouvements que par la forme interne de ses mouvements. Le second mouvement est un petit chef-d’œuvre en soi avec son très touchant thème intime qui contraste avec le premier mouvement si orchestral. Le dernier mouvement est particulièrement incroyable avec sa longue montée en intensité. C’est toujours un grand bonheur de jouer cette œuvre.

PAN M 360 : Même question pour le 1er quatuor, opus 7, de Béla Bartók, « dont les trois mouvements forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. »

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor nous fait parcourir toute une panoplie d’émotions. Les soupirs de désespoir du début se transforment au cours de l’œuvre en un retour à la vie puis à une joie de vivre avec des rythmes dansants. Les quatuors de Bartók représentent toujours un grand défi car tout est imbriqué et dépend de ce qui précède. L’œuvre est en accelerando constant,  il faut bien doser les tempos et les intensités pour pouvoir se rendre au bout de l’œuvre!

PAN M 360:  Pour compléter le programme, le Quatuor III du compositeur bulgare (naturalisé français) André Boucourechliev (1925-1997), œuvre écrite pour le Concours international de quatuors à cordes d’Évian de 1995. Pourquoi ce choix? Quelles en sont les particularités? De quelle façon l’abordez-vous?

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor est très intéressant. Boucourechliev, qui était aussi musicologue et écrivain, a composé une trentaine d’œuvres. Ces trois quatuors offrent de grands défis aux musiciens car nous devons être plus que des interprètes… nous participons à plusieurs moments à la composition de l‘œuvre. Boucourechliev a créé des sections «ouvertes» dans lesquelles les musiciens doivent prendre des décisions quant au matériel à jouer, à l’ordre dans lequel le jouer, choisir les intensités et les vitesses. Tout cela doit se faire non pas par hasard, mais par une écoute attentive des autres voix et en suivant un fil conducteur. Nous créons une nouvelle œuvre chaque fois que l’on joue ce quatuor.

J’invite les mélomanes à écouter l’épisode intitulé «Passages» de notre balado «Le studio du Quatuor Molinari». L’animateur Jean Portugais accueille Cynthia Blanchon pour une entrevue et il présente les œuvres au programme du concert de mardi le 7 octobre.

PAN M 360: Comment l’expérience du Quatuor Molinari (et de votre fille Odile Portugais, soprano) a-t-elle été vécue aux funérailles nationales du sociologue Guy Rocher? Rappelez-nous vos choix d’interprétation!  

Olga Ranzenhofer: Guy Rocher était un grand bâtisseur du Québec moderne. Il était aussi un grand mélomane et un fidèle du Quatuor Molinari. À 98 ans, il venait encore à nos concerts!  Mon mari Jean Portugais l’a bien connu à l’Université de Montréal et nous avons été très touchés d’avoir été invités à le voir aux soins palliatifs au mois d’août. 

J’ai apporté mon violon et j’ai joué du Bach, du Handël et du Massenet pour lui. Suite à son décès, sa fille Anne-Marie m’a appelée pour demander au Quatuor Molinari de jouer lors de l’Hommage national en son honneur.

Nous avons choisi de jouer le premier mouvement du magnifique Quatuor no 2 du compositeur québécois Jacques Hétu et le premier mouvement du 1er quatuor de Chostakovitch, deux œuvres propices au recueillement. Une des pièces que j’avais jouée pour M. Rocher était Lascia ch’io pianga de Handël, qui est un air pour soprano. La famille voulait cette œuvre, alors on a demandé à Odile de la faire avec nous. On nous a aussi demandé de jouer la chanson connue de tous Adieu Monsieur le professeur, alors mon collègue Antoine Bareil a fait un arrangement pour voix et quatuor. Cela a été un moment très touchant à la toute fin de la cérémonie lorsque l’Ensemble vocal Katimavik, dirigé par Frédéric Vogel, a chanté le refrain et invité la foule à se joindre à nous.  

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Avec son look éclatant de couleurs vives et de formes parfois improbables, façon Émilie dans un Paris fantasmagorique et alternatif quelque part entre Yves Saint-Laurent et l’esthétique du film le Cinquième élément, l’États-unienne Sophie Grey commence de plus en plus à faire parler d’elle sur la scène pop. Elle a ouvert pour Sting et Shaggy, mais prend désormais les rênes de sa propre destinée musicale avec la tournée Retro Electro, également le titre de son plus récent album. C’est après des études en piano classique que la très jeune dame s’est laissée emporter par la musique des années 1980, son aisance mélodique, ses rythmes simples et accrocheurs et sa théâtralité visuelle hyper expressive. Ce qu’elle offre avec Retro Electro est une revisite respectueuse mais pas pasticheuse de la musique pop des années 1980, avec toute la panoplie des gestes et tics de cette esthétique archi typée, mais en utilisant la richesse de la lutherie électronique contemporaine pour lui donner un petit ‘’oumpf’’ supplémentaire. C’est parfaitement adapté au mouvement rétrofuturiste qui s’anime un peu partout au cinéma, en littérature et en arts visuels. Avant sa prestation au Bar Le Ritz PDB à Montréal le 12 octobre prochain (son seul arrêt au Canada!), j’ai eu le plaisir de converser avec l’artiste qui, Ô belle surprise, parle également un français tout à fait exquis (une courte partie de l’entrevue). Voici cette entrevue : 

DÉTAILS ET BILLET POUR LE CONCERT DE SOPHIE GREY AU BAL LE RITZ PDB À MONTRÉAL, LE 12 OCTOBRE 2025. 

Le batteur et compositeur Andrew Cyrille se destinait à de hautes études en chimie et avait finalement opté pour la chimie des sons et de la musique improvisée. D’origine haïtienne, l’octogénaire est parmi ces grands musiciens américains ayant vécu la transition du jazz moderne au jazz contemporain. On l’a entendu aux côtés du saxophoniste Coleman Hawkins à ses débuts, puis dans la formation du pianiste Cecil Taylor. Plus tard, il fut associé au saxophoniste David Murray, des pianistes John Hicks et Marilyn Crispell, tant d’autres. Ce samedi à La Chapelle / Scènes contemporaines, il assure la deuxième partie d’un programme dans le contexte du festival FLUX, présenté conjointement par Le Vivier. Nous l’avons joint à New York plus tôt cette semaine en voici la conversation transcrite pour le lectorat de PAN M 360.

PAN M 360 : Vous vous êtes produit à plusieurs reprises à Montréal par le passé, vous venez cette fois dans un autre contexte. Peut-être pourriez-vous nous expliquer sommairement ce projet solo, nous dire comment il a été construit ? 

Andrew Cyrille : C’est construit sur des compositions originales et aussi sur des concepts qui viennent d’autres artistes.  J’exprime ma musique à travers le médium de la percussion.

PAN M 360 : Et si nous essayons d’être plus précis, pouvez-vous nous donner des exemples de ces expériences, ou de votre relation avec vos compositions en tant que percussionniste ? 

Andrew Cyrille : Oui, bien, j’ai fait quelque chose il y a de ça plusieurs années sur un album intitulé What About, ça a quelque chose à voir avec essayer de donner un exemple de la naissance, les premières respirations, les premiers sons qui peuvent être communiqués à d’autres êtres humains. Une autre  sur What About se concentrait sur les cadres des tambours , ceci incluant des overdubs de sifflets ou flutes. Une autre pièce avait été enregistrée avec Gene Lee et Jimmy Lyons sur l’album Nuba et je joue la pièce Nuba que j’ai conçue et dans laquelle je fais un solo de percussion en hommage à Art Blakey et Max Roach, comme le Seven for Max que j’ai déjà enregistré. Si je vous donne tous les exemples, je ne vais pas tous les jouer! 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter ce projet spécifique  prévu à Montréal ? 

Andrew Cyrille : Je viens seul. Et j’ai donné des consignes au festival Flux pour assembler la batterie qui me conviendra. J’ai photographié mes instruments et fait parvenir les images aux organisateurs de FLUX.

PAN  M 360 : Vous avez toujours été impliqué dans les nouvelles formes de jazz, en tant que batteur, interprète, compositeur ou leader.  Et quelle est la place du concert solo dans tout ça?

Andrew Cyrille : J’ai fait beaucoup de solos de percussions tout au long de ma carrière et je dirais que le solo est aussi inclus dans une composition de jazz pour n’importe quel ensemble. Je viens d’ailleurs de présenter un concert solo dans un club de la région de New York.  

PAN M 360 : Donc ça a toujours changé, vous avez pu affiner votre approche et aller plus loin. 

Andrew Cyrille : Quelles que soient les compositions en jazz, c’est ce que nous faisons à l’intérieur de ces compositions : les rendre différentes. En d’autres termes, pour nous prendre une pièce et la transformer en y ajoutant de nouveaux ingrédients. Nous partons d’une composition et nous la transformons avec nos propres influx.

PAN M 360 : Vos origines haïtiennes rejaillissent-elles dans votre musique ? L’héritage rythmique d’Haïti est si riche!  

Andrew Cyrille : Je suis né aux États-Unis de parents haïtiens. Il y a des réminiscences de la culture haïtienne dans mon jeu, mais c’est plutôt inconscient.  Le fait est que mon éducation musicale a été reçue aux États-Unis, dans des écoles de musique comme Juilliard, et ça a fait ce que je suis. Bien sûr, les musiciens de partout dans le monde avec qui j’ai joué ont aussi contribué à forger ma personnalité musicale. J’ai appris à travers tout ça pour ainsi devenir ce que je suis.

PAN M 360 : Vous êtes resté connecté à la musique.

Andrew Cyrille : Le truc avec  la musique, c’est que vous ne voyez pas les notes, vous ne goûtez pas les notes, vous ne les mettez pas dans votre poche. Vous ressentez les notes, et c’est une connexion spirituelle. Si vous trouvez un dénominateur et une façon de communiquer avec d’autres êtres humains quels que soient les vêtements qu’ils portent ou la nourriture qu’ils mangent, vous pouvez alors faire de la musique.

PAN M 360 : Êtes-vous impliqué dans beaucoup d’ensembles ou encore vous concentrez-vous sur votre projet solo?

Andrew Cyrille : Je me concentre sur ce que les gens me demande de faire. Je viens, par exemple, de jouer avec le trio du  pianiste David Virelles, d’origine cubaine et qui vit à New York avec le contrebassiste Reggie Workman, ou encore avec le groupe du  pianiste Adegoke Steve Colson. Il n’y a pas de plan précis dans mes collaborations, il y a plutôt des des possibilités, des occasions.  Il y a aussi mon propre quartet qui  s’est produit récemment au Village Vanguard, avec Bill Frisell,  guitare, David Virelles, piano et Ben Street, contrebasse. J’y retournerai bientôt avec un ensemble composé notamment de Joe Lovano, saxophone et Dave Douglas, trompette. De plus, j’enseigne à The New School.Pour moi, cela fonctionne ainsi: je ne peux vraiment que gérer le présent, essayer de m’améliorer au présent et rester en vie (créative). Oui, je pense à ce qui peut advenir dans le futur. Mais pour moi lorsque le futur s’avère, c’est le présent. Et c’est ce qui compte pour moi. 

PAN M 360 : Les souvenirs sont-ils importants pour vous?  Vous avez une longue et riche carrière mais vous êtes toujours actif.

Andrew Cyrille :  Vous savez, il y a des choses dans le passé que je peux me rappeler, des expériences qui m’ont spirituellement fait grandir. Par exemple,  j’ai eu l’opportunité de jouer avec Coleman Hawkins pour son album The Hawk Relaxes. J’avais alors 21 ans quand j’ai fait ça, et je n’avais rencontré Coleman Hawkins auparavant, et j’ai eu une date d’enregistrement avec lui, et qui était-ce? Ron Carter était à la basse, et Kenny Burrell à la guitare, Ronel Bright au piano. Je Sarah Vaughan. Ce fut  la seule fois où nous avons joué ensemble,  Coleman Hawkins m’a accepté et nous avons joué sa musique. 

PAN M 360 : Coleman Hawkins était déjà vieux à cette époque, mais il avait une réputation d’un homme très ouvert, ce n’était pas le cas pour la majorité de ses collègues de sa génération.

Andrew Cyrille : Une personne avec qui j’ai passé des moments phénoménaux et qui m’a appris beaucoup de choses, c’était la grande pianiste Mary Lou Williams.  J’étais alors étudiant à Juilliard et Mary Lou m’avait appris d’autres dimensions de la musique, notamment en me faisant chanter des patterns mélodiques du jazz moderne avant de les jouer. J’avais appris à ne pas avoir peur de ma voix et à faire ce qu’elle m’avait prescrit.

PAN M 360 : Un peu comme dans la musique classique indienne, où l’on dit les ragas de vive voix avant de les jouer.

Andrew Cyrille :  Beaucoup de choses sur cette planète sont interreliées.

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Cordâme n’est pas un groupe comme les autres. Les membres varient selon le projet, mais il y a un noyau dur qui reste. Parmi ce noyau, nous avons Jean-Félix Mailloux qui s’est entretenu avec Keithy Antoine pour décrire la particularité du groupe et ce qu’ils préparent pour MUZ. Pour l’occasion, ils ont notamment invité Ziya Tabassian, qui a déjà participé à leurs projets dans le passé mais qui a accepté de refaire l’exercice. Une soirée qui s’annonce riche en sonorités, avec pour trame narrative le fleuve.

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Originaire du Rwanda, Umurutasaté est née en Ethiopie, a vécu en Libye avant d’arriver au Québec il y a 28 ans. Après un séjour au Brésil en 2005, elle réalisait que la musique ferait partie intégrante de sa vie mais il aura fallu presque 15 ans pour concrétiser ce rêve. Après une pandémie, et une crise de la quarantaine, elle lâche sa job de 9h à 5h pour se consacrer entièrement à ses trois passions: la musique, le journalisme et l’enseignement du français. Sa passion journalistique se vit d’ailleurs au sein de PAN M 360, où elle brille en tant que coéditrice et chroniqueuse. Et c’est au sujet de sa musique, un mélange de rythmes d’Afrique de l’Est et d’Amérique latine, que notre estimée collègue a échangé avec Keithy Antoine, à quelques jours du concert du 4 octobre au Studio TD.

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Récemment arrivé au Québec, et originaire de la République du Congo, Hendry Massamba est percussionniste de base. Il chante principalement pour les personnes qui n’ont pas de voix et dont les réalités ne sont pas toujours évidentes. Il sera accompagné de musiciens bien établis tel que Donald Dogbo à la batterie pour son premier spectacle en tant qu’artiste. Il avait déjà participé à MUZ en tant que percussionniste mais cette fois-ci sera toute autre. Keithy Antoine a pu lui poser quelques questions sur son parcours artistique alors qu’il s’apprête à jouer le samedi 4 octobre au Studio TD.

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Son nom peut sembler intriguant à prime abord, il signifie « la poilue » en espagnol mais il est inspiré d’une vidéo dans laquelle une femme chantait sa pilosité. Et c’est ce mot que l’artiste a choisi pour son nom de scène. Québéco-Colombienne, Lapelúda embrasse ses deux racines dans sa musique. Elle vient de lancer un tout nouvel album Entre cielo y tierra et s’apprête à nous livrer un spectacle à son image, dans lequel elle a rajouté une chanson en français traduite d’une de ses compositions en espagnol. Elle en parle avec Keithy Antoine lors de cet échange, à quelques jours de son spectacle du samedi 4 octobre au Studio TD.

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Nora Toutain en est à sa deuxième participation à MUZ et pour l’occasion, elle sera accompagnée de ses fidèles collaborateurs à la batterie, à la guitare et à la basse. Franco-marocaine, elle a trois albums à son actif et souhaite poursuivre son introspection musicale et s’ouvrir à de nouveaux horizons. D’ailleurs, elle se sent plus à l’aise d’explorer des chansons en français, chose qu’elle ne faisait pas dans le passé. Keithy Antoine a pu échanger avec elle pour en savoir plus sur son parcours et ce qu’elle nous prépare pour le samedi 4 octobre au Studio TD.

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Raíz Viva est un groupe qui s’est fait connaitre notamment lors du concours des Syli d’Or. Depuis lors, on les voit partout, avec leur musique qui puise dans les racines afrocolombiennes mais également autochtones. Ils sont plusieurs à jouer différents instruments traditionnels, à chanter et à transmettre leur passion pour leur culture colombienne et le métissage que cela comporte. Nicolas, l’un des membres, a échangé avec Keithy Antoine pour PAN M 360 et a même partagé une surprise qu’il y aura le samedi 4 octobre au Studio TD. À ne pas manquer.

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