Virtuose de l’orgue, l’Américain Cameron Carpenter est de retour au Palais Montcalm ! En 2024, il s’était produit à l’occasion du 10e anniversaire de son orgue, proposant un programme mémorable comprenant les Variations Goldberg de J. S. Bach et Les tableaux d’une exposition de Moussorgski. Le 25 avril prochain, il interprétera sa propre bande originale du fameux film muet Le Fantôme de l’Opéra, inspiré du roman de Gaston Leroux. À Québec, il jouera pendant la projection du film dans sa version restaurée avec sous-titres en français. 

Cameron Carpenter est un artiste très particulier : il a développé non seulement une maîtrise et une virtuosité éblouissantes de son instrument, mais aussi un talent indéniable de compositeur et d’arrangeur. Qui plus est, son répertoire d’interprète englobe la musique classique, mais aussi de grands morceaux issus d’autres styles, d’Astor Piazzolla à Burt Bacharach. Et son attitude rock, son look atypique (pour un musicien dit classique) ou sa manière fantaisiste de se produire sur scène ajoutent à la touche finale. 

Joint en pleine tournée, il a répondu aux questions de PAN M 360 et nous a livré de superbes réponses !

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PAN M 360 : Lorsque ce film fut présenté en 1925, un siècle, il était accompagné de musiques jouées en temps réel. Au cours de ce siècle, j’imagine que de nombreux morceaux ont été joués en direct, et je suppose également que vous avez effectué des recherches et que certaines d’entre elles ont peut-être influencé votre propre composition.

Cameron Carpenter : La musique jouée en direct a toujours fait partie intégrante du cinéma muet depuis ses débuts, sous des formes plus ou moins sophistiquées selon l’époque et le lieu. Dans les petites salles, on utilisait un piano – ou, parfois, l’étrange « Photoplayer », une combinaison primitive d’orgue, de piano et d’instruments à percussion apparue avant le développement de l’orgue de cinéma. Dans les grandes salles, on a d’abord eu recours à la musique orchestrale, jusqu’à ce qu’elle soit largement remplacée par l’orgue de cinéma, plus efficace (et moins coûteux), principalement tel qu’il a été développé par Wurlitzer.
PAN M 360 : Pourriez-vous nous donner quelques éléments permettant de mieux comprendre votre partition ? Comment l’avez-vous élaborée, en gros ? Y a-t-il une part d’improvisation ?  

Cameron Carpenter : La partition comprend à la fois des éléments composés et des éléments improvisés. 

PAN M 360 : Tous ceux qui suivent votre carrière savent que vous êtes véritablement en train de révolutionner l’art de l’orgue et la composition pour cet instrument. Dans ce programme présenté au Palais Montcalm, quels sont les éléments nouveaux ou inattendus que vous proposez ? 

Cameron Carpenter : Cela dépendrait des attentes propres à chacun. En général, le cinéma muet est intéressant en partie parce qu’il met en parallèle ce qui est familier (le cinéma) et ce qui est inconnu ou nouveau (la musique en direct, et une musique inédite, jouée en direct pour accompagner le film). Même si tout le monde ou presque a vaguement conscience de l’existence du cinéma muet, relativement peu de gens en ont une expérience contemporaine.
PAN M 360 : L’orgue s’accorde parfaitement avec Le Fantôme de l’Opéra. Il a également été utilisé dans de nombreux films d’horreur, de vampires et fantastiques, au point d’être devenu une sorte de cliché. Je suis sûr que vous souhaitez éviter tout cliché ; pouvons-nous donc nous attendre à une approche totalement différente de votre part ?

Cameron Carpenter : Pas forcément. Les clichés peuvent être très utiles, et ce n’est après tout qu’un procédé esthétique parmi d’autres. De toute façon, il est notoirement difficile de s’entendre sur ce qu’est réellement un cliché en musique. Nous vivons, après tout, à une époque où la musique de Florence Price, Ludovico Einaudi et Hans Zimmer attire un public étonnamment vaste.
PAN M 360 : Du génie absolu que fut J. S. Bach à Astor Piazzolla, en passant par Moussorgski ou même Burt Bacharach, votre univers musical est très vaste !  Vous avez une formation et un parcours classiques, mais vous vous situez ailleurs, dans cet espace où tous les genres musicaux vous inspirent. Pouvez-vous décrire les moments clés (ou les périodes) de votre vie artistique qui vous ont distingué des musiciens classiques, et qui ont fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui en tant que musicien, arrangeur et compositeur ?  

Cameron Carpenter : On ne le devinerait peut-être pas de l’extérieur, mais je suis un musicien résolument classique et, à bien des égards, une personne plutôt conservatrice dans l’âme. Toute ma formation a été rigoureusement classique. Je suis davantage influencé par ma propre condition de musicien, c’est-à-dire avoir dû tracer un parcours atypique avec un instrument traditionnel. Car, contrairement à la plupart des organistes, je n’occupe aucun poste dans une église, dans l’enseignement ou encore au sein d’un orchestre.
PAN M 360 : En ce qui concerne la perception de votre travail, avez-vous souffert de l’approche « fondamentaliste » de la critique musicale classique ou l’avez-vous toujours ignorée ? 

Cameron Carpenter : Ni l’un ni l’autre, mais pas par force de caractère ou par conviction personnelle. Il s’avère simplement qu’au-delà d’un certain niveau de réussite professionnelle – ou, du moins, d’activité –, cela n’a plus une grande importance. Le besoin d’exprimer une opinion négative, souvent condescendante, n’est généralement lié qu’à une insécurité personnelle, et je crois que la critique musicale a joué un rôle déterminant dans l’évolution d’une carrière pour les dernières fois dans les années 1920 et 1930. 

PAN M 360 : De nos jours, l’orgue connaît un véritable renouveau, et vous en êtes l’un des principaux acteurs – on pense également à Anna Lapwood, Olivier Latry, Ben Bloor, Thierry Escaich, Paul Jacobs, etc. Comment expliquez-vous ce regain d’intérêt ? 

Cameron Carpenter : Il ne s’agit pas d’un retour en force, car l’orgue ne renoue pas avec une période antérieure de son histoire. C’est une nouvelle ère, due en grande partie à la popularisation de l’orgue numérique, ce qui a rendu cet instrument plus accessible à un plus grand nombre de personnes. Statistiquement, on constate également qu’il y a plus de gens que jamais qui étudient la musique classique en général et qui la pratiquent à un niveau plus élevé – tout comme il y a plus d’habitants sur la planète que jamais auparavant. Ce n’est vraiment pas si compliqué.
PAN M 360 : À l’origine, l’orgue avait notamment été conçu pour reproduire le son de petits ou grands ensembles. Aujourd’hui, en 2026, les claviers numériques ou analogiques, voire les logiciels de musique, permettent également de reproduire des œuvres orchestrales. Quel est le nouveau rôle (ou la nouvelle identité) de l’orgue ? 

Cameron Carpenter : Il faut trouver un équilibre entre l’idée d’une « renaissance » de l’orgue et la réalité conjointe selon laquelle tout relève désormais d’une niche : soit on joue principalement de la musique populaire pour un large public, au grand dam de la communauté des organistes (Anna Lapwood), soit on joue de la musique classique pour orgue destinée à cette communauté, au grand désintérêt de tous les autres. Le monde est devenu un endroit étrangement compartimenté. Je ne suis pas sûr qu’il soit possible de prédire quoi que ce soit dans un tel environnement. 

Quant à l’orgue, il existe depuis plus de 2 600 ans et reste impassible, distant, et comme toujours, une simple machine. Il n’a pas besoin de discours creux sur « l’âme de l’orgue », le « roi des instruments », etc. – tout cela n’est que du marketing. L’existence future de l’orgue était déjà assurée sous forme numérique bien avant l’avènement de l’informatique numérique, car l’orgue est lui-même un système d’information fonctionnant en binaire. Les notes sont activées ou désactivées – les registres sont activés ou désactivés – la touche est enfoncée à fond, ou pas du tout. Binaire. Il préfigure l’orgue numérique.
PAN M 360 : L’orgue n’est manifestement pas un instrument statique, et vous incarnez parfaitement son évolution. En 2014, vous avez créé l’International Touring Organ (ITO), un orgue numérique fabriqué sur mesure. Pouvez-vous expliquer à votre public en quoi cet instrument se distingue des autres et comment il a évolué (ou non) depuis une dizaine d’années ?

Cameron Carpenter : Cet orgue n’existe plus depuis 2021. S’il existait encore, je continuerais à en jouer. La Covid a détruit cet orgue, d’abord financièrement, puis – alors que l’on tentait en vain de le mettre à l’abri et de le sauver – physiquement. Je suis sur le point d’annoncer l’acquisition d’un nouvel orgue.

PAN M 360 : Quelles sont les prochaines étapes pour votre instrument ? Et pour vous, en tant que musicien ? En tant que compositeur ? Quels sont vos prochains projets après cette tournée ?

Cameron Carpenter : J’espère m’épanouir davantage en tant que personne, et pas seulement en tant que musicien.

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Le Big Band de l’Université de Montréal accueillera le pianiste cubano-canadien Hilario Durán, ce jeudi, le 26 mars, à 19 h 30, à la Salle Claude Champagne de la Faculté de musique de l’UdeM.

Hilario Durán est un pianiste virtuose, mais également un compositeur et arrangeur primé.

Au cours de sa longue carrière, il a joué avec Dizzy Gillespie, Chucho Valdés, Arturo Sandoval  et Paquito D’Rivera, entre autres musiciens. Notre collaborateur Michel Labrecque a discuté de ce concert très prometteur avec Hilario Durán sous la gouverne du trompettiste Joâo Lenhari, directeur du Big Band. 

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PAN M 360: Hilario Duran, vous avez enregistré autant en solo qu’en Big Band et dans beaucoup d’autres configurations. Comment décririez-vous la musique que vous faites? 

Hilario Duran:  C’est du jazz cubain ou afro-cubain, mais j’ai aussi des influences classiques, sud-américaines et caribéennes. Je m’intéresse à tellement de genres, j’adore mélanger les traditions avec les harmonies modernes. 

PAN M 360: Votre dernier album s’intitule Cry Me a River, il est paru en 2023, et c’est un album de big band, est-ce une forme de composition que vous appréciez beaucoup? J’imagine qu’on l’entendra en partie lors du concert de jeudi. 

Hilario Duran:  Oui, un groupe de 18 musiciens à Toronto, où j’habite depuis 30 ans. Ce groupe est constitué autant de musiciens latino-américains que d’origine canadienne. J’adore faire des arrangements pour grands ensembles. Mon ami le saxophoniste Paquito D’Rivera a aussi collaboré à ce disque. On y trouve des standards comme Night In Tunisia de Dizzy Gillespie et aussi des compositions originales. 

PAN M 360: Joâo Lenhari, que représente pour vous la venue de Hilario Durán avec votre Big Band; peut-on parler d’un privilège?

Joâo Lenhari: Nous sommes très excités d’accueillir Hilario, c’est un grand pianiste, mais également un grand arrangeur. C’est très bien pour Montréal, ville de grande diversité, de s’ouvrir à des musiques variées. À la Faculté de musique, nous avons déjà un programme de musique du monde, dirigé par le cubain Julian Gutierrez. Ce sera pour nos étudiants un grand défi, car les arrangements de Hilario sont vraiment savants.

PAN M 360: En quoi la préparation d’un concert comme celui-ci est-elle exigeante?

Joâo Lenhari: Nos jeunes musiciens travaillent très fort. En plus des arrangements, il y a tout le feeling et la particularité du jazz cubain, qui n’est pas facile à assimiler pour des gens du Nord. Personnellement, je veux préparer mes étudiants non seulement au jazz, mais leur ouvrir l’esprit et les oreilles sur plein de musiques, afin qu’ils puissent jouer où leur vie les mènera. 

PAN M 360: Hilario Durán, vous pouvez collaborer avec beaucoup de musiciens célèbres, qu’est-ce que ça représente pour vous de jouer avec des musiciens étudiants?

Hilario Durán: C’est toujours intéressant de transmettre mon savoir. C’est très agréable de collaborer avec des musiciens brésiliens comme Joâo Lenhari. Les Brésiliens et les Cubains ont des cultures musicales tellement riches. Nous allons passer une soirée fantastique. 

PAN M 360: Et qu’allons-nous entendre ce jeudi soir, à la Salle Claude Champagne ?

Hilario Durán: Il y aura beaucoup de matériel de mon récent album, Cry Me A River. Vous entendrez trois compositions de mon compatriote Chucho Valdés, arrangées pour big band par moi-même. Nous jouerons également Angelica, une pièce de feu Emiliano Salvador et de José Miguel Ceruto. 

Joâo Lenhari:  Je recommande à tout le monde d’écouter Cry Me a River avant de venir au concert. Ça vous plongera dans l’atmosphère. Mais vous entendrez aussi un grand pianiste improvisateur, de niveau mondial, Hilario Durán !  Notez aussi qu’il y aura une classe de maître gratuite avec lui, le mercredi 25 mars à 17 heures, à la Salle Serge-Garant. Si vous jouez du piano, vous devriez y assister. 

PAN M 360:  Merci à vous deux ! Rendez-vous à la Salle Claude Champagne à 19:30, le 26 mars, pour le concert du Big Band avec Hilario Durán.

Depuis 1995, les Francouvertes constituent l’événement par excellence pour découvrir les nouveaux talents musicaux d’ici. Axé sur la diversité francophone et autochtone, le concours vitrine a participé à l’éclosion de plusieurs artistes de la relève et est devenu un incontournable de la scène émergente. Les Francouvertes se déroulent du 9 mars au 11 mai 2026 pour présenter sur scène les propositions les plus originales et créatives du moment. 

La sélection 2026 compte 21 participant.e.s qui évolueront jusqu’à la finale du Club Soda où les porte-paroles Stéphanie Boulay et Ariane Roy se produiront. Comme c’est le 30e anniversaire, ce sera aussi l’occasion de redécouvrir des artistes méticuleusement choisis des programmations des trois dernières décennies tels que Fanny Bloom et Mon Doux Saigneur. On s’est entretenu avec la directrice et fondatrice, Sylvie Courtemanche, afin d’en savoir un peu plus sur les surprises de cette année.

Cette interview est réalisée en partenariat avec La Vitrine

CETTE SEMAINE EN RONDE PRÉLIMINAIRE AUX FRANCOUVERTES – ET TOUTE LA PROGRAMMATION


PAN M 360 : Pour les gens qui ne sont pas familiers avec les Francouvertes, comment résumeriez-vous l’expérience?

Sylvie Courtemanche : C’est un concours vitrine de musique francophone et autochtone, où 21 artistes de la relève (formation ou solo) se produisent devant jury et public, qui se partagent les votes. Il y a un beau mélange entre des artistes qui viennent littéralement d’apparaître et d’autres qui sont présents dans la scène émergente depuis un certain temps. Pour les artistes et aussi pour nous, c’est l’aspect vitrine qui est le plus important puisqu’il offre une belle visibilité pour nos participants, à la fois dans les médias et auprès des gens de l’industrie qui suivent l’évènement. Ça leur permet d’avoir des contacts humains avec des acteurs pertinents, de trouver des partenaires potentiels et d’avoir un début de couverture de presse. Pour ce qui est de l’aspect « concours » on essaie vraiment de remettre des prix à tous les paliers, pas juste aux 3 finalistes.

PAN M 360 : Comment se passe la sélection des artistes de l’édition?

Sylvie Courtemanche : Les dossiers envoyés sont tous écoutés par un minimum de 7 personnes (cette année on en a reçu 292) afin de sélectionner les participants(es). On se base sur la créativité, l’originalité, la maturité de la proposition et la qualité de l’interprétation. Ensuite, les 21 sélectionnés entrent dans le processus du concours, qui comporte différents paliers pour lesquels le jury est différent chaque fois. La marque de commerce des Francouvertes c’est d’être ouvert à la diversité musicale alors notre cadre, c’est de ne pas en avoir! Tout le monde est bienvenu et on accepte autant les propositions éclatées que plus commerciales. Notre ligne directrice si on veut, c’est de trouver des propositions artistiques qui se démarquent.

PAN M 360 : Quels sont les artistes invités cette année?

Sylvie Courtemanche : On aime vraiment, chaque année, réinviter des ex-participants dans un autre contexte, pour ouvrir la soirée. Ça permet de prendre des nouvelles et de continuer à les soutenir après leur passage. On a par exemple Mon Doux Saigneur, un retour dans le temps de Kulcha Connection, une nouvelle formation de Polémil Bazar, le Karlof Orchestra, Fanny Bloom en solo… On a également nos porte-paroles qui sont cette année Stéphanie Boulay et Ariane Roy, qui se produiront sur la scène lors de la grande finale du 11 mai.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de différent, par rapport aux autres éditions?

Sylvie Courtemanche : Et bien comme c’est le 30e anniversaire, on a essayé de monter une programmation, étalée sur dix soirs, un peu rétrospective de l’événement. On a été piger dans les trois dernières décennies de programmation et on a même réussi à recréer des formations l’espace d’une soirée! C’est vraiment sympathique et ça donne l’occasion de redécouvrir tous ces artistes!
De plus, on s’est dit que ce serait intéressant de faire une journée de « Rencontres Pro », avec des thématiques qui rejoignent la diffusion de la musique émergente et les initiatives pertinentes. On aura des gens du Phoque OFF, Klô Pelgag, un coaching qui sera là pour les artistes et ça culminera avec un spectacle gratuit de Violett Pi accompagné d’une artiste qui sera bientôt dévoilée!


PAN M 360 : À quel type de public s’adresse l’événement ?

Sylvie Courtemanche : On a un mix de public de gens de l’industrie, de gens qui suivent la scène émergente et fréquentent des salles alternatives, et de l’entourage que chaque artiste emmène aussi de leur côté. On se retrouve avec des amis et des cousins autant qu’avec des tantes, et des grand-parents haha! Il y a tout de même une plus grande tendance vers le 25-35 mais il y a vraiment une belle répartition des groupes d’âge dans la salle. Le seul critère, c’est d’être friand de découvertes musicales! C’est complet presque tous les soirs alors le public est au rendez-vous et on se fait beaucoup dire qu’il y a une belle variété musicale!

PAN M 360 : Quels genres musicaux peut-on s’attendre à retrouver cette année?

Sylvie Courtemanche : Il y a un petit peu plus de R&B cette année que par le passé, on sent une vague inspirée de Rau Ze. On a également de la pop, de l’électro et du rap… même si ça commence à être de plus en plus difficile de catégoriser les genres à l’intérieur d’une case unique haha! Pour les curieux(ses), j’invite les gens à se rendre sur le site des Francouvertes où il est possible d’écouter un extrait musical de chaque participant.e

PAN M 360 : D’où est partie cette belle mission de mettre en lumière la nouveauté musicale?

Sylvie Courtemanche : Ça vient d’un organisme qui s’appelait « Faites de la musique », qui était dans Hochelaga-Maisonneuve et qui avait une petite salle de spectacle, une boîte noire de formule cabaret près du marché. Cet organisme-là a créé les Francouvertes à l’époque en réaction au principal concours qui existait, L’Empire des futures stars (CKOI FM). 

C’était un concours qui avait comme principal critère l’aspect commercial des projets soumis et dans lequel il y avait plusieurs règles et conditions très strictes qui liaient les artistes envers des compagnies de production ou des étiquettes. Le désir d’une plateforme pour donner de la visibilité aux nouvelles propositions musicales de manière plus libre est apparu, un événement où les critères seraient plutôt axés sur la qualité et la créativité de la proposition artistique.

PAN M 360 : De quelle manière réussissez-vous à financer l’événement?

Sylvie Courtemanche : Récemment, on a mis sur pied une campagne de sociofinancement pour essayer d’aller chercher un 30 000$ qui est déjà bien budgété dans l’édition actuelle, vraiment pour consolider et finaliser tout ce qui est en cours. Ça va également nous permettre de respirer en continuant nos démarches pour d’autres types de financement si on veut pouvoir revenir avec une autre édition sans devoir couper d’importantes choses déjà mises en place, comme les capsules vidéo des 21 participants qui leur sont remises. Il y a d’ailleurs des « cadeaux » que les gens peuvent avoir en échange de leur contribution, comme des billets pour La Noce, Le Festif ou Coup de Cœur Francophone et même une œuvre d’art de Marc Séguin! Il est possible de contribuer via le site https://laruchequebec.com/fr/projets/30-ans-de-francouvertes

PAN M 360 : Comment voyez-vous les Francouvertes évoluer dans l’avenir?


Sylvie Courtemanche :
Dans les dernières années, on a vu l’arrivée des langues autochtones, la modification de certaines règles pour permettre l’accueil de formations comme Dead Obies et on a commencé à développer l’avenue de la diffusion en ligne (la série des ex, les capsules des 21).

Également, on a lancé un nouveau site web qui va devenir une plateforme où on va maximiser l’aspect découvrabilité et en profiter pour archiver tout notre contenu. On aimerait vraiment que ça puisse devenir un endroit de référence autant pour les participants que pour les gens de l’industrie et pouvoir utiliser ce site-là pour pérenniser les Francouvertes. Ça va nous permettre aussi de créer du contenu plus actuel, en prenant des nouvelles des artistes et en les diffusant sur notre plateforme pour garder un lien avec eux et continuer à les aider au-delà de leur passage.

On est solides malgré la fragilité financière et l’équipe qui se renouvelle constamment : on cherche vraiment à consolider ce qu’on a, puisqu’on a une formule gagnante!

Les Francouvertes se tiennent jusqu’au 11 mai 2026.

Ce contenu a été réalisé en partenariat avec La Vitrine qui relaie toutes les informations concernant les Francouvertes.

Le chanteur, balafoniste et guitariste originaire de la Guinée-Bissau, Kimi Djabaté, a grandi dans un village musical. En effet, son village natal de Tabato est une bourgade ou la plupart des habitants vivent de la musique et sont griots de génération en génération. L’artiste qui est désormais basé à Lisbonne, a sorti l’album Dindin en 2023, album dont j’ai dit le plus grand bien ici-même sur ce site. 

CRITIQUE DE DINDIN, ALBUM DE KIMI DJABATÉ

Le 2 avril 2026, Kimi Djabaté donnera un concert au club Balattou à Montréal, une première pour l’artiste dans notre ville, qui y a été invité par la chanteuse Maritza (qui lui a demandé de l’accompagner dans son propre événement le 1er avril au Lion d’Or). Pour sa soirée au Balattou, on nous dit même que Daby Touré sera avec Kimi sur scène! Une soirée à laquelle j’ai personnellement très hâte. J’ai parlé avec Kimi de sa jeunesse consacrée totalement à la musique, à sa venue dans la métropole, à sa collaboration avec Madonna, et plein d’autres choses. 

Merci à Jacob Edgar de Cumbancha/Putumayo qui a servi d’interprète, car l’entrevue s’est déroulée en portugais. 

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT DE KIMI DJABATÉ AU BALATTOU LE 2 AVRIL 2026

PanM360 : Bonjour Kimi. C’est une première à Montréal. Mais êtes-vous déjà venu au Canada?

Kimi Djabaté : Une fois, à Edmonton, pour un seul concert. 

PanM360 : Vous avez grandi dans un petit village de la Guinée-Bissau qui s’appelle Tabato, une village de musiciens (griots). Tout le monde y joue de la musique… Vous n’aviez presque pas le choix…

Kimi Djabaté : C’est vrai que Tabato est un village de griots. C’est un peu la destinée, l’obligation sociale, de ses habitants de jouer de la musique. J’ai été entouré de musique toute ma jeunesse. Les griots sont tenus d’apprendre au moins un instrument et de raconter des histoires avec leur musique. Moi, c’est la balafon (sorte de xylophone traditionnel d’Afrique de l’Ouest) qui a été ma passion dès le début. 

Quand j’avais cinq à huit ans, mes parents m’emmenaient jouer dans des cérémonies de mariage, par exemple. Je suis devenu une sorte de sensation locale, on me trouvait très mignon avec mon instrument que je maîtrisais plutôt bien. Et puis, les commandes se sont multipliées. Parfois, je trouvais ça difficile. On me levait dans la nuit pour voyager et aller jouer. J’apportais des revenus à ma famille, de cette façon, vous comprenez. Moi, parfois, j’avais envie d’être un enfant comme les autres. Je n’ai jamais appris à jouer au foot (soccer)…

PanM360 : Une histoire comme celle de Mozart… Avez-vous déjà eu envie d’arrêter?

Kimi Djabaté : Non, jamais. Néanmoins, à l’adolescence environ, je me suis mis à écouter Africa 1, une station de radio du Gabon. Là, il y avait un programme diffusé toutes semaine, de 2h à 4h du matin, et j’y ai découvert toutes sortes d’autres musiques. J’utilisais mon argent pour aller m’acheter des piles pour l’appareil radio, et pouvoir écouter mon émission! Là, ma passion s’est remise à grandir encore. Mais, non, je n’ai jamais vraiment pensé à ne pas faire de la musique. 

PanM360 : Vous êtes griot de la Guinée-Bissau. Ici à Montréal, nous avons plusieurs griots originaires du Mali, ou du Sénégal. Y a-t-il des différences importantes entre les traditions de ces différents pays?

Kimi Djabaté : Pas vraiment. Toute la culture des griot provient de l’ancien empire mandingue (ou Empire du Mali), qui englobait toute la région à l’époque du Moyen-Âge européen. Ce sont les forces coloniales qui ont par la suite divisé tout cet ensemble en divers pays et apporté de nouvelles langues. Pour le reste, les sources, les codes, demeurent les mêmes. En fait, nous parlons encore fréquemment la même langue d’origine, le mandingue. C’est d’ailleurs la langue de Touré (Lamine), le directeur et propriétaire/fondateur du Balattou!

PanM360 : Lors de ce concert, vous jouerez surtout Dindin?

Kimi Djabaté : Oui, surtout, mais aussi quelques chansons des albums précédents. Daby Touré qui est basé à Montréal viendra aussi sur scène avec moi. C’est un grand honneur. Nous jouerons aussi un concert à Toronto. Et puis, nous jouerons êut-être aussi quelques nouvelle chansons, que nous aurons peut-être eu le temps de travailler à Montréal, car j’y serai pendant quelques semaines. 

PanM360 : Parlez-moi de votre collaboration avec Madonna…

Kimi Djabaté : C’est à travers des amis mutuels que nous nous sommes rencontrés. Madonna a passé un peu de temps à Lisbonne. On s’est rencontré dans un concert privé pour des amis français. Elle est une grande fan de musiques africaines. Par la suite, j’ai été invité à ses fêtes d’anniversaires, et puis elle m’a demadé de jouer une pièce sur son album Madame X. Ça s’appelle Ciao Bella. Je chante, et Madonna fait les chœurs derrière moi!

PanM360 : On a très hâte de vous voir à Montréal et au Québec pour la première fois.

Kimi Djabaté : Moi aussi j’ai hâte d’y être. Ça me fait penser que, il y a de nombreuses années, un Québécois est venu étudier le balafon dans notre village! Il s’appelait Sylvain Panneton. Il a même enregistré une cassette. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Si jamais il peut venir, ce serait très chouette. 

PanM360 : Le message est lancé! Merci. 

ALBUM CASSETTE DE SYLVAIN PANNETON

Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous concluons avec Geneviève Ackerman qui  présente Rimes défaites par le Sphinx pour voix soprano et alto, et  deux guitares en intonation naturelle, 2026 (25’) 

« Rimes défaites par le Sphinx » est un projet de chansons en « intonation juste » pour deux  voix et deux guitares à intonation juste (selon la conception de Simon Martin). Lorsque nous  écoutons des sons (les sons de la musique, les sons de la vie), nous les entendons à travers le prisme de la culture. Peut-être par des chansons (forme trop connue!) chantées dans un  tempérament inhabituel bien qu’enivrant?”

Geneviève Ackerman, composition et voix 

● Florence Tremblay, voix 

● Alexandre Éthier, guitare 

● Francis Brunet-Turcotte, guitare 

BILLETS ET INFOS

PAN M 360 : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la  composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant. 

Geneviève Ackerman: Chaque jour de cette étrange vie, je tente moi-même de me rappeler qui je suis! Alors tentons l’exercice, une fois encore : je ne viens pas d’une famille de musiciens, et l’on n’écoutait pas de musique lorsque j’étais enfant. La venue de la musique dans ma vie est un grand mystère. Mais voilà que du plus loin que je me souvienne, il y avait des sons qui jouaient dans mon esprit, et qui tournaient inlassablement en boucles toujours variées. 

J’ai suivi une formation musicale classique. À l’âge de 18 ans, excédée par les contraintes de cet univers-là, j’ai l’ai quitté. Plusieurs années plus tard, hantée malgré moi par les muses, j’y suis revenu, non comme interprète, mais comme compositrice. Depuis ce retour à la musique, j’ai proprement voué ma vie aux muses, et elles me tiennent pieds et poings liés. Je compose depuis maintenant presque dix ans, et c’est devenu le cœur, l’essence même de ma réalité. Je compose de la musique de concert, de la musique pour le cinéma (expérimental), pour le théâtre, des installations, pour la danse, et je joue moi-même de

de temps en temps, avec ma voix. Je m’intéresse particulièrement à la rencontre entre la poésie, la voix et la musique. 

PAN M 360 : On connaît les travaux de Harry Partch (1901-1974) et consorts sur l’intonation juste et l’approche microtonale – 60 ans avant Angine de Poitrine haha! Cette fois, il s’agit de chansons. Comment s’y prend-on pour  composer et écrire des chansons en intonation juste? 

Geneviève Ackerman : Harry Partch est à vrai dire mon maître à penser! Lui-même a composé de nombreuses chansons, et sa musique est inséparablement liée aux inflexions propres à la voix parlée et chantée. Cette musique a le don de m’émerveiller au plus haut point! 

Une chanson composée selon « l’intonation juste », c’est tout simplement une chanson, mais qui cache derrière elle une horde de calculs mathématiques soigneusement cachés. Si tout se passe bien, on ne se rendra compte de rien, seulement… une certaine magie ineffable peut-être, comme une nuée impalpable, se lèvera, légère, au milieu de l’assistance. 

PAN M 360 : Plus précisément, quel sera le travail des guitares et de la voix? 

Geneviève Ackerman : Tous les modes exprimés par les guitares et les voix sont en intonation juste. Les guitaristes jouent sur des guitares spécialisées aux frettes asymétriques, et cela demande une certaine adaptation par rapport à leurs habitudes de jeu. Pour les voix, l’effort est plus exigeant, puisqu’il s’agit de reconstruire le solfège sur une gamme de 22 notes par octave (plutôt que 12), 22 notes inégales, dont chaque intervalle est singulier et très précis. À mon plus grand étonnement, ce travail a été plus aisé que prévu. Lorsqu’on chante un intervalle juste, le son s’aligne de manière tout à fait perceptible. En faisant confiance à ce phénomène acoustique, autrement dit, en faisant confiance à notre oreille et à notre ressenti, on trouve de solides repères. 

PAN M 360 : Je reprends votre question : comment libérer notre oreille du trop connu, en se laissant  porter par le charme de l’inconnu? 

Geneviève Ackerman: Eh bien, si j’ai bien fait mon travail… il n’y aura qu’à venir entendre cette nouvelle musique! Le voyage entre le familier et l’inconnu fait partie de sa réalité interne, de son expérience esthétique.

PAN M 360 : Un auditeur.trice ne sachant pas qu’il s’agit de chansons interprétées avec des guitares à intonation juste se rendra-t-il compte de la différence? 

Geneviève Ackerman: Je souhaite que les auditeurs ne se rendent compte de rien. Qu’ils se laissent porter tout simplement par l’immédiateté de leurs sens, qu’ils laissent leur esprit voyager à plaisir au lieu intime de leurs songes. 

PAN M 360 : Quel est d’après vous votre contribution au langage microtonal à travers ce projet  spécifique? 

Geneviève Ackerman : La plupart du temps, la microtonalité est utilisée dans des contextes musicaux déjà complexes, ce qui rend cette microtonalité difficile à entendre, puisqu’il se passe souvent trop d’évènements sonores pour qu’on puisse vraiment s’y attarder. Dans ces chansons, je tente d’y aller au plus simple, pour qu’on puisse prendre réellement le temps de savourer chaque intervalle, chaque accord, chaque modulation. Cela vaut aussi pour les musiciens; cette musique prouve qu’il est tout à fait possible de travailler l’intonation juste à l’oreille. Cela me paraît essentiel. La musique, il faut d’abord que les musiciens puissent l’entendre eux-même, avant de pouvoir la rendre aux auditeurs. 

PAN M 360 : Pouvez-vous élaborer sur le thème de ces chansons, « Rimes défaites dans le Sphinx »?  De quelle manière cela devient un prisme pour vos textes de chansons? 

Geneviève Ackerman : Les paroles des chansons ont été écrites par le poète Frédérik Dufour, avec qui je collabore depuis de nombreuses années. C’est un magicien. La musique a été composée d’abord, puis je lui ai donné carte blanche (ou presque!). Je dois avouer que le titre du cycle est une sorte d’ovni : « Rimes défaites par le Sphinx ». Ces mots ensemble me désarçonnent de manière euphorique. C’est un peu la sensation que j’aimerais offrir aux auditeurs. Les textes, eux, sont thématiquement libres. Des algues sous l’eau, une vieille blessure, une étoile vue en rêve, une lune qui revient, une femme qui s’en va… 

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Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous  poursuivons avec Emmanuel Lacob Lacopo  et ses 2 œuvres au programme: Home et  I Never Want To See That Day .

“Home, pour guitare classique, électronique et voix, est une œuvre intimiste qui explore la vulnérabilité à travers la forme musicale et une conception sonore expérimentale inspirée de l’éducation musicale rock et pop du compositeur-interprète Emmanuel Lacopo. I Never Want To See That Day  est une œuvre de chambre à grande échelle pour guitare électrique, électronique, cordes, saxophone ténor et batterie. Inspirée par Godspeed You! Black Emperor et Julius Eastman, elle construit des textures évolutives et des mélodies lyriques avec une guitare traitée en direct qui façonne l’ensemble.”

BILLETS ET INFOS

PAN M 360: Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant. 

Emmanuel Jacob Lacopo: Je suis guitariste et compositeur basé à Montréal. J’ai commencé à jouer de la guitare à l’âge de six ans grâce à l’aide de mon frère et de mon beau-frère, et mes premières influences musicales sont venues du fait d’écouter et de jouer dans des groupes de rock et de métal pendant mon adolescence. Même avant de vraiment comprendre l’instrument, j’écrivais déjà de la musique; la composition a donc toujours fait naturellement partie de ma relation à la musique depuis le tout début. 

Lorsque j’ai découvert la guitare classique, je suis immédiatement tombé amoureux de l’instrument et j’ai décidé de poursuivre la musique sérieusement. Cependant, au cours de mes études, j’ai commencé à me sentir créativement limité par les attentes traditionnelles entourant la guitare, et pendant un certain temps j’ai même envisagé de m’en éloigner. 

Un tournant est survenu lorsque j’ai reçu une bourse complète pour poursuivre une maîtrise à l’Université Yale. Mon professeur Ben Verdery m’y a encouragé à me reconnecter avec mes racines musicales et à explorer l’instrument plus librement, notamment en écrivant ma propre musique. J’ai également eu la chance d’assister à des cours de composition, ce qui a grandement élargi ma compréhension du son et de la forme musicale. 

Je suis ensuite revenu à Montréal pour entreprendre un doctorat en musique avec Steven Cowan à l’Université McGill. Ma recherche doctorale explorait de nouvelles possibilités pour la musique classique au XXIe siècle en combinant la guitare classique avec des accordages alternatifs, l’électronique et des techniques contemporaines de production. 

Depuis, plusieurs de mes œuvres ont été publiées chez Productions d’Oz, j’ai reçu de nouvelles commandes et je continue de développer des projets qui brouillent les frontières entre composition et interprétation. Cette année, je sortirai également un nouvel album, Dreamscapes & Our Modern Contradictions, avec Watch That Ends the Night Records. J’ai aussi été sélectionné pour la cohorte Pôle Relève avec Le Vivier avec mon projet d’ensemble de dix musiciens Il Buio, ce qui me permettra de développer et de présenter ma musique à sa plus grande échelle jusqu’à présent. 

PAN M 360 : Home serait un « œuvre intimiste qui explore la vulnérabilité à travers la forme musicale » . Comment cela se décline-t-il via la guitare et l’approche électronique? En quoi votre culture rock/pop est-elle mise à contribution dans cette œuvre? Pouvez-vous nous en fournir quelques éléments de structure et de jeu? 

Emmanuel Jacob Lacopo: Home est une pièce qui m’a poussé plus loin hors de ma zone de confort que tout ce que j’avais écrit. Elle combine guitare, électronique, improvisation et voix. Ce sont tous des éléments que j’avais toujours voulu explorer mais que je n’avais jamais pleinement intégrés dans une seule œuvre. Dans la préparation de la pièce, j’ai même commencé à prendre des cours de chant afin que la voix puisse devenir une partie organique du langage musical, plutôt qu’un simple élément ajouté.

La pièce navigue entre plusieurs univers: des moments de guitare écrite qui s’appuient sur la virtuosité de la tradition classique, des sections qui laissent place à l’improvisation avec l’électronique, et des passages où la voix apparaît d’une manière plus proche de ce que l’on pourrait entendre dans un contexte de groupe. À bien des égards, elle reflète les environnements musicaux dans lesquels j’ai grandi, où jouer de la musique avec des amis signifiait souvent expérimenter librement avec le son, les pédales et les textures. 

Mon parcours dans le rock et le pop se retrouve particulièrement dans la configuration électronique et l’utilisation des pédales. La pièce intègre du looping et des textures superposées pouvant évoluer en temps réel, créant de petits « micro-loops » indéterminés qui changent en fonction de la manipulation des pédales pendant l’exécution. Ce type d’environnement sonore est courant dans la musique ambient ou post-rock, et j’étais intéressé par l’idée d’apporter cette sensibilité à une œuvre composée pour guitare classique. 

Sur le plan structurel, la pièce alterne entre des moments plus fragiles et intimes et de plus vastes paysages sonores créés par l’électronique. Ce contraste entre vulnérabilité et expansion est central dans l’idée de l’œuvre : la guitare et la voix restent très exposées par moments, tandis que l’électronique permet au son de se déployer et de créer autour d’elles une atmosphère plus immersive. 

PAN M 360 : Pour « I Never Want To See That Day », quel est le lien entre le post-rock de GY!BE et l’approche de feu le compositeur afro-américain Julius Eastman (1940-1990) dans ce contexte? 

Emmanuel Jacob Lacopo: I Never Want To See That Day est probablement mon projet de composition le plus ambitieux à ce jour. L’un de mes objectifs initiaux était de créer un vaste paysage sonore, presque anthémique, inspiré par la musique de Godspeed You! Black Emperor. Leur musique construit souvent une intensité émotionnelle à travers des structures longues et des accumulations progressives de son. J’étais intéressé par la traduction de cette approche dans un contexte d’ensemble en combinant le duo emblématique de guitare électrique saturée et de batterie avec des cordes classiques et un saxophone, créant un univers sonore à la fois orchestral et ancré dans le langage du post-rock. 

La deuxième influence majeure vient du travail de Julius Eastman. En 2023, j’ai sorti un album réimaginant sa musique pour guitare, et lors de la préparation de mon arrangement de Gay Guerrilla, j’ai passé beaucoup de temps à étudier son langage compositionnel. L’idée de « organic music » de Eastman, où les idées musicales apparaissent, se transforment et disparaissent progressivement sans frontières claires, a fortement influencé ma manière d’aborder la forme dans cette pièce. 

Dans I Never Want To See That Day, une grande partie de la musique se déploie à travers une propulsion rythmique continue construite sur des motifs répétés de noires et de croches, tandis que différentes idées instrumentales s’accumulent et se dissolvent progressivement. Certains éléments sont également laissés ouverts aux interprètes, permettant à la structure de rester fluide. En ce sens, la pièce se situe à l’intersection de ces deux influences: l’énergie lente et cumulative du post-rock et l’approche organique d’Eastman envers la forme musicale.

PAN M 360 : Pourquoi une telle instrumentation en octuor? Quel sera le rôle de l’électronique là-dedans? Travaillez-vous sur la saturation post-rock dans ce contexte, un peu comme le fait Godspeed? Quels sont les défis de l’interprétation collective et aussi de l’interprétation individuelle? 

Emmanuel Jacob Lacopo:  Mon objectif avec cette instrumentation était de créer un son massif. Ces derniers temps, j’ai été très attiré par le timbre et la puissance de plusieurs violoncelles, donc avoir trois d’entre eux dans l’ensemble est devenu un élément clé de l’identité sonore de la pièce. Cette profondeur dans le registre grave crée une sorte de poids et de résonance qui s’accorde naturellement avec l’esthétique que je souhaitais explorer, fortement inspirée par le post-rock et des groupes comme Godspeed. En même temps, je voulais fusionner cet univers sonore avec les couleurs et la précision de la musique de chambre classique. 

L’électronique joue un rôle central dans ce mélange. Dans l’ensemble, la guitare est le seul instrument utilisant de l’électronique en direct, tandis que le reste reste acoustique, ce qui crée un contraste intéressant entre ces deux mondes. L’outil principal est un pitch-shifting delay qui transforme les arpèges et les lignes mélodiques de la guitare en une sorte de mur sonore en évolution, agissant comme un fond harmonique et textural sur lequel les autres instruments peuvent interagir. 

L’un des principaux défis pour l’interprétation de la pièce est l’énergie collective. La musique doit sembler cathartique et portée par l’élan, un peu comme dans un concert de post-rock, plutôt que rigide ou mécaniquement précise. Bien sûr, l’ensemble doit rester synchronisé, mais l’interprétation dépend du maintien d’une sensation de propulsion et d’intensité, quelque chose que la batterie aide à soutenir. 

L’équilibre de l’ensemble est également un défi constant, surtout avec des textures aussi denses. Au final, une performance réussie dépend de l’écoute attentive des musiciens entre eux et de la manière dont ils façonnent le son ensemble, pour que la pièce paraisse unifiée et immersive.

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Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous commençons par Alexandre Amat et sa pièce  Tracé, Fossile pour violon et violoncelle, 2023 (12’)

« Tracé, Fossile est inspirée par la lente minéralisation d’une matière organique. Par une métamorphose graduelle depuis les sons fluides jusqu’aux textures rugueuses, cette pièce est conçue comme le résumé d’un procédé de fossilisation s’étendant sur plusieurs ères géologiques. À travers l’augmentation progressive de la densité et la raréfaction graduelle du mouvement, à la fois temporel et physique, « Tracé, Fossile » constitue une réflexion, voire une méditation, sur le devenir de la matière.

Alexandre Amat, composition

  • Paul Ballesta, violon
  • Audréanne Filion, violoncelle

BILLETS ET INFOS

PAN M 360  : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant.

Alexandre Amat : Je suis compositeur de musique instrumentale, actuellement étudiant au doctorat en composition et création sonore à l’Université de Montréal. Corniste de formation, j’ai suivi un parcours musical classique dans plusieurs conservatoires de l’ouest de la France, depuis mon enfance jusqu’à l’obtention de mon prix d’interprétation en 2011. J’ai ensuite suivi le cursus de musicologie à l’Université de Bordeaux, avant de me diriger vers la composition instrumentale en intégrant la classe de Jean-Louis Agobet au conservatoire de Bordeaux. Après l’obtention de mon prix de composition, j’ai décidé de poursuivre mes études à l’Université de Montréal, d’abord en maîtrise avec François-Hugues Leclair, puis au doctorat sous la direction de Jimmie LeBlanc.

Je crois que plusieurs chemins m’ont mené à la composition. Je pourrais citer mon intérêt pour l’interprétation de la musique contemporaine depuis l’adolescence ; ma pratique de l’improvisation libre, au cor et au synthétiseur analogique ; enfin, sans doute un goût particulier pour l’imaginaire, l’exploration, l’inattendu, qui m’a conduit à m’intéresser aux pratiques artistiques contemporaines, et aux musiques expérimentales au sens large.

Depuis une dizaine d’années, j’ai écrit plus d’une trentaine d’œuvres presque exclusivement instrumentales, et j’ai collaboré avec plusieurs ensembles, principalement en France et au Canada, comme l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, l’Ensemble PTYX, l’Ensemble Prisme ou le Quatuor Cobalt. Cette dernière année, j’ai notamment collaboré avec Sixtrum pour leur dernier spectacle Espace d’interactions #1, avec Stick & Bow dans une commande réalisée conjointement par Orford Musique et la SMCQ, avant de présenter plus récemment ma pièce Zone pour guitare électrique et bandonéon au dernier concert annuel du Vivier Interuniversitaire.

PAN M 360 : Au sujet de votre pièce, comment la « lente minéralisation d’une matière organique » est-elle évoquée dans votre pièce?

Alexandre Amat: L’idée de processus, de transformation, d’états transitoires m’intéresse beaucoup. Dans ma pratique de la composition, j’envisage systématiquement le son comme une matière qui évolue, se déploie ou se dégrade à travers le temps. Dans le son d’un instrument comme dans la nature, rien n’est immuable : la croissance d’un arbre, le tracé d’une rivière, la forme d’un continent, chaque chose se transforme constamment en suivant une échelle temporelle qui lui est propre. Mon rapport à l’écriture musicale tend, en quelque sorte, à m’inspirer des phénomènes naturels, géologiques et physiques en envisageant la forme musicale comme une métamorphose continue entre des états sonores, des textures de qualités différentes. Cette manière d’envisager la composition s’inspire de la musique drone et du spectralisme, mais également du travail du sculpteur Giuseppe Penone sur les matériaux naturels.

La trajectoire de Tracé, Fossile est construite par l’articulation de deux processus parallèles : une réduction progressive du mouvement et une augmentation progressive de la densité sonore. La pièce débute par des figures dynamiques aux trajectoires énergétiques mobiles, instables, aux comportements imprévisibles évoquant une certaine forme d’organicité et de fluidité, avant de se diriger progressivement vers un état statique et granuleux, comme si le son devenait solide, s’asséchait, se fossilisait au fil du temps. Cette trajectoire impacte la matière sonore mais s’incarne également dans la corporalité des interprètes, dont les mouvements se réduisent et ralentissent progressivement.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous donner des indications sur la structure musicale, le choix de l’instrumentation et le jeu souhaité pour les cordes?

Alexandre Amat: J’ai conçu la pièce comme un duo pour violon et violoncelle qui évite toute logique de dialogue et d’interactions que l’on retrouve généralement dans l’écriture pour deux instruments. J’ai souhaité les traiter comme un seul organisme sonore dense et fusionné, comme une sorte de « super-instrument à cordes », en jouant sur le rapprochement des timbres et de légers décalages temporels entre les voix par le biais de techniques d’écriture proches du canon.

Mon écriture est fondée sur une approche tactile du jeu instrumental, et investit particulièrement l’idée de contact : toute la structure de la pièce est indissociable des variations progressives de pression, de position, de vitesse, d’amplitude, de direction et de mouvement de l’archet et de la main gauche sur les cordes. Cette pièce explore en particulier certaines positions d’archet extrêmes, depuis des positions très hautes sur la touche jusqu’à différentes positions derrière le chevalet. Enfin, une légère scordatura au violon me permet d’explorer une harmonie microtonale dans une section formée par un jeu d’alternance entre des cordes à vide et des harmoniques naturelles.

PAN M 360: De quelle manière reliez-vous cette œuvre à votre signature compositionnelle? Où la situez-vous?

Alexandre Amat :Tracé, Fossile est une pièce que je considère assez représentative de mon langage musical tel qu’il a évolué depuis mon arrivée à Montréal : l’exploration de la dimension bruitée du son instrumental de manière lente, continue, contemplative et presque minimale constitue une direction esthétique que je poursuis dans de nombreuses pièces récentes. 

Elle a également une place assez importante dans mon parcours créatif. Il s’agit de la première pièce que j’ai composé dans le cadre de mon doctorat, et il me semble qu’elle synthétise une grande partie de mes préoccupations musicales, conceptuelles et poétiques actuelles : l’appréhension du son en termes de matières, de textures, de sensations, de contacts, de transformations et d’échelles temporelles, et la recherche d’une expérience d’écoute immersive, analogue à certaines formes de connexions sensibles que nous expérimentons parfois avec notre environnement naturel.

site internet Alexandre Amat

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Le 20 mars, l’album Metamorphose du trio formé de Amir Amiri au santour, Sarah Pagé (de Land of Kush entre autres) à la harpe et de Shawn Mativetsky aux tablas, est lancé sur toutes les plateformes. Trois instruments qui, traditionnellement, ne devraient pas vraiment jouer ensemble. Non seulement pour des raisons historiques et culturelles, mais aussi techniques : le santour est diatonique et est pensé pour la musique persane très appuyée sur les quarts de tons. Et la harpe, elle, joue en tempérament égal, classique européen. La microtonalité, elle n’est pas calibrée pour ça. Les tablas eux sont assez polyvalents, en tant que percussions, mais leurs possibilités rythmiques peuvent être largement sous-utilisées en dehors de la complexité des constructions en culture musicale hindoustanie. Et pourtant, les trois artistes, chacun au sommet de son art, ont réussi à créer un dialogue novateur, aussi bien informé par leurs racines respectives que par leur amour de la découverte et de l’innovation. J’ai rencontré Amir Amiri et Sarah Pagé.

PanM360 : Bonjour. Comment vous est venue l’idée de jouer ensemble avec ces trois instruments provenant de traditions différentes?

Amir Amiri : Je travaillais avec Barbara Scales de Latitude 45 Arts (boîte de promo basée à Montréal) et un jour elle m’a dit ‘’Tu devrais rencontrer ce gars, Shawn Mativetsky, il joue des tablas’’. Et puis je côtoyais un peu Sarah dans Land of Kush aussi. 

Sarah Pagé : Oui, en effet. On se parlait de nos instruments, on comparait nos méthodes d’accordage, on échangeait toutes sortes d’idées. Et puis, je connaissais aussi Shawn, qui joue partout! Finalement, on s’est dit, on devrait faire quelque chose ensemble. 

Amir Amiri : Au début, j’avais des doutes. ‘’Un santour et une harpe? Vraiment?’’ Mais Sarah est tellement bonne. Finalement ça marche parfaitement.

PanM360 : Comment arrivez-vous à coordonner votre travail? À écrire les compositions?

Amir Amiri : C’est un travail très collaboratif, très collectif. La première fois qu’on s’est rencontrés, j’avais une mélodie, Sarah a rapidement compris et formé la progression harmonique, et Shawn a ajouté toutes ses ornementations. On avait la première pièce, la première aussi sur l’album, Yaravan (qui veut dire ensemble). 

Sarah Pagé : Chaque pièce a été écrite selon sa propre dynamique. Par exemple, pour Metamorphosis, j’ai proposé une structure harmonique, Amir a renchérit avec une mélodie parfaitement adaptée, puis Shawn a proposé de développer cette mélodie en laissant tomber une double croche chaque fois qu’on relançait le cycle, ce qui me forçait à adapter le progression harmonique sous-jacente, et Amir devait configurer sa mélodie. On se stimulait mutuellement. 

Je pense qu’on a été en mesure de faire ça, et avec beaucoup de rapidité, parce que nous sommes trois artistes expérimentés. Chacun peut dire ‘’voici ce que je peux faire, voici ce que je peux apporter à partir d’ici’’, et ainsi de suite. Et le rôle de Shawn est exceptionnel. C’est un joueur de tablas. Les joueurs de tablas sont des mathématiciens fantastiques. Shawn est capable de créer très rapidement des structures rythmiques incroyables. Moi et Amir on doit adapter rapidement notre jeu, pour que ça ait du sens, mais c’est ça qui est excitant. 

Amir Amiri : J’ai travaillé et joué dans toutes sortes de projets, et tous très bons, mais celui-ci, j’en suis particulièrement fier. C’est une relation non seulement égalitaire, mais aussi très authentique. Aucun de nous trois ne laisse derrière quelque chose pour ‘’fitter’’ dans le band. C’est comme si nous arrivions à fusionner sans aucun effort, en restant exactement qui nous sommes, et partageant ce qu’on trouve naturel de partager. Et ça donne une symbiose intuitive. 

PanM360 : Comment arrivez-vous à ‘’accorder’’ ensemble des instruments aussi différents, en termes harmoniques, que le santour et la harpe? 

Amir Amiri : J’ai un santour spécial. Il peut moduler. C’est un facteur de Vancouver qui l’a fait. Néanmoins, s’accorder entre Sarah et moi, ça demeure un défi!

Sarah Pagé : Amir m’a montré comment calibrer un accordeur pour que je puisse accorder ma harpe avec la microtonalité. Mais ça prend pas mal de travail. Et d’ajustement. Quand on joue des quarts de tons, l’instrument commence à se comporter différemment! Cela dit, il faut que je m’adapte souvent car certaines pièces sont écrites en tempérament égal (classique occidental). Finalement, j’ai développé une technique de jeu qui, dans la microtonalité, traite la ligne mélodique de façon harmonique, et, avec l’incroyable qualité résonante de la harpe (qui n’existe dans aucun chez autre instrument arabe ou persan), ça finit par donner quelque chose de totalement unique, qui sonne bien! Ironiquement, quand je joue avec Amir, c’est lui qui semble être faux, alors que, techniquement, c’est moi qui est à côté! Haha. 

Amir Amiri : Ce que nous faisons ensemble, c’est comme rien d’autre sur la scène musicale internationale, d’après ce que j’en sais. 

PanM360 : Le plaisir de l’exploration…

Amir Amiri : Oui, et je pense que le fait de vivre au Canada y est pour quelque chose. Je m’explique. Je pense que la culture est en partie définie par l’espace géographique dans lequel elle habite et se déploie. Ici, il y a tellement d’espace, qu’on ressent cette vastitude. Et dans mon cas, j’en ressens une grande liberté, et aussi le courage de m’asseoir à côté d’une harpe, et d’arriver à créer quelque chose de beau et cohérent. 

Là d’où je viens (culturellement), tout vient de la nécessité ou de la culture. La nécessité, c’est de faire de l’argent. La culture est très définie. Ici, on sent une ouverture à l’exploration. Et puisqu’il y a tellement de bons artistes, qui pensent eux aussi de cette façon, on y va et on se laisse porter par l’inspiration et la créativité. 

Je veux ajouter à quel point Sarah a été indispensable pour le côté production de l’album. Elle a apporté toute son expérience et les gens qu’elle connaît dans le milieu, les meilleurs. Moi je ne connaissais rien à cela!

Sarah Pagé : Je remercie toute la communauté de Montréal, qui est tellement riche en talents. J’ai joué dans un paquet de projets, dans toutes sortes de formations, ce qui fait qu’à un moment donné, je connais pas mal de monde. Pour moi, la production a beaucoup à voir avec la composition. En production, il s’agit de choisir la partie, ou le geste, le plus important pour chaque moment. Comme en peinture : le peintre tente, par ses touches, ses gestes, ses couleurs, sa matière, de contrôler le regard du spectateur, de le forcer à s’attarder sur tel détail plutôt que tel autre. C’est la même chose en production, et aussi en composition. 

PanM360 : Quel héritage souhaitez-vous que cet album laisse, quel effet sur le public?

Sarah Pagé : J’espère que ça stimulera le plaisir de la curiosité chez les gens. Le plaisir de la diversité des expériences qui se parlent. 

Amir Amiri : Oui, la curiosité. Aussi le principe de la conversation. Quand la conversation s’arrête, les problèmes commencent. Nous trois, traditionnellement, nous ne devrions pas jouer ensemble. Mais nous le faisons, et je pense que ça marche. Ça prend beaucoup de maturité musicale et professionnelle pour arriver à cela. Il y a 15 ans, je ne pense pas que j’aurais réussi à fonctionner aussi bien dans cette collaboration. Maintenant oui. Je pense que c’était le bon moment, et que notre conversation musicale peut être une métaphore positive. Pas du genre Est-Ouest, ou de grands concepts. Juste des individus ensemble. J’ai vu Sarah, Sarah m’a vu, nous avons vu Shawn, et on a eu envie de se parler. Et ça donne quelque chose qui, je souhaite, est inspirant. 

J’espère que les gens percevrons cette réflexion, qu’il sentirons ce témoignage et le fait qu’on eut avoir un pied dans la tradition tout en regardant vers le futur. C’est une réflexion sur le lieu, artistique, mental, psychologique, ou on se trouve en ce moment. C’est un témoignage de Montréal, ville tellement fertile en créativité, ville qui donne le goût de se parler, de collaborer et de créer de la culture. 

Et puis j’espère pouvoir jouer dans tous les petits clubs en Europe dans une longue tournée. Lol.

PanM360 : On vous le souhaite!

Des dates de concerts sont en voie d’être confirmées, dont un lancement à Montréal. Restez branchés. 


Le 60ᵉ anniversaire de la SMCQ se poursuit sous le thème Dialogues intergénérationnels, cette fois avec l’Orchestre de l’Agora. Prévu ce samedi 21 mars 21h30 à la Salle Pierre-Mercure, ce programme Des classiques aux créations se veut un dialogue optimal entre créations et classiques conçus sur le territoire québécois. Les classiques sont de  Jacques Hétu et Claude Vivier, les créations sont de Alexandre David et Maggie Ayotte (commande de l’Orchestre de l’Agora). L’exécution de ce programme compte les solistes Marina Thibeault (alto), Thomas Beard violoncelle) et Noémie Caron-Marcotte (flûte), et ce sous la direction du chef invité Benoît Gauthier. Profitons de cette occasion pour s’enquérir de la carrière de ce jeune maestro issu de la Côte-Nord et diplômé du prestigieux Curtis Institute of Music à Philadelphie.

BILLETS ET INFOS ICI

VISIONNEZ L’INTERVIEW CI-DESSOUS !

Événement présenté dans le cadre de Série Hommage / 60 ans de la SMCQ: Dialogue intergénérationnel.

Participant·es

Programme

Le prochain Festival de Lanaudière se tiendra du 3 juillet au 2 août prochains, on y présentera 11 programmes au magnifique Amphithéâtre Fernand-Lindsay, 5 programmes dans les églises de la région, 5 autres programmes hors les murs, sans compter plusieurs activités gratuites.

INFOS ET BILLETS ICI

Avant de visionner l’interview de Renaud Loranger, directeur artistique du festival, vous pouvez parcourir les programmes de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay:

Concert d’ouverture : Gala de la Terre : Nicolas Ellis dirige Le sacre du printemps

Samedi 4 juillet, 19h30, Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora, Chants de gorge inuit par Lydia Etok et Nina Segalowitz, oeuvres de Claude Champagne, Ravel avec la soprano Julie Fuchs !

Samedi 11 juillet, 19 h: Les Arts florissants par William Christie et Les Arts Florissants, Marc-Antoine Charpentier au programme

Avi Avital et I MusiciDimanche 12 juillet, 16 h: le mandoliniste et compositeur Avi Avital aux côtés de l’ensemble I Musici de Montréal.

Vendredi 17 juillet à 20 h: Charles Richard-Hamelin avec l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Clemens Schuldt  avec le thème Légendes nordiques

Samedi 18 juillet, 19 h: Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal pour la  dixième symphonie  de Dmitri Chostakovitch, Sans compter la violoncelliste, Alisa Weilerstein  pour le concerto de Gabriela Ortiz
Vendredi 24 juillet, 20h, Bernard Labadie et Les Violons du Roy au service de Mozart, avec la participation de la soprano Hanna-Elisabeth Müller.  

Samedi 25 juillet,19 h: l’OSM reçoit le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef Stéphane Denève .

Dimanche 26 juillet,16 h: l’Orchestre Métropolitain  Yannick Nézet-Séguin, l’Orchestre métropolitain et la magnifique violoniste Veronika Eberle, de retour au Festival.

Vendredi 31 juillet, 20 h, Une vie de héros de Richard Strauss selon Rafael Payare et l’OSM, sans compter les Nuits d’été chantées par Marie-Nicole Lemieux.Samedi 1er août ,19 h: le pianiste montréalais Bruce Liu joue deux concertos consécutifs avec l’OSM et Rafael Payare.

Macbeth par Nézet-SéguinDimanche 2 août, 19 h: version concertante de l’opéra Macbeth de Verdi par l’Orchestre Métropolitain et Yannick-Nézet Séguin.

If the answer is “not so well,” then you’re part of roughly half of Canadian adults who report sleep troubles and feel unrested. And if you’re having trouble focusing on this sentence, I wouldn’t blame you: research shows that insufficient and poor‑quality sleep have a significant impact on health, particularly on attention and concentration. As someone with a sleep disorder herself, Claire Kenway relates to this on a personal level, but she also understands it through a more critical lens. Is it really her own circadian rhythm that needs to change, or is this growing national health issue symptomatic of something much larger?

Between Dreams was an opportunity for Claire Kenway and Patrick Trudeau, who share the same sleep disorder, to dive into this problem through a simple and optimistic appeal: how can we sleep better? After several weeks of residency at the S.A.T., their initial intuition has taken shape as an immersive film showing for a whole month starting March 12th, as well as a eight‑hour performance on april 10th.

In this interview, Kenway talks about these two different formats and their objectives, but also unveils the research that went behind this project, and the “sleep architecture” which she used to create and spatialize the music.

Need a quick nap? Between Dreams is showing now until the 11th of April. On the 10th of April, Claire will be accompanied by the Bionic Harpist for a 8hr concert that goes through all the cycles of sleep. Blankets and pyjamas are highly encouraged!

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In Faded Sepia est le premier album du Trio Garibaldi. On y réunit des œuvres des compositeurs.trices Lowell Liebermann, Dorothy Chang et Stephen Chatman, sans compter une évocation de Duke Ellington à travers des arrangements originaux signés Yuri Kuriyama. Et donc un répertoire moderne ou contemporain assorti d’une ouverture au jazz ellingtonien. Fondé en 2022 en Colombie Britannique à l’initiative de feue Frances Heinsheimer Wainwright pour la Coast Recital Society de Sechelt (Colombie-Britannique), le Trio Garibaldi réunit la violoniste alto Marina Thibeault, le clarinettiste Jose Franch-Ballester et le pianiste David Fung, tous trois liés à l’Université de la Colombie-Britannique au moment de sa création. Le trio doit son nom au parc national du mont Garibaldi, et son instrumentation atypique pour la musique de chambre est un argument pour explorer le répertoire moderne et aussi des oeuvres inédites mises au point avec des compositeurs.trices.

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