Composé entièrement avec un instrument qu’il a lui-même conçu, le nouvel album de Graham Hudson-Jameson (Dr. Jekyll Project) a conduit ce dernier à se lancer dans la tâche difficile de fusionner une approche totalement expérimentale avec le style traditionnel du lied. Et bien, il a réussi.

Cet album doit être écouté dans son intégralité, et j’ajouterais même plusieurs fois. Si la première écoute peut être une expérience bouleversante, mêlant admiration et curiosité, les deuxième et troisième écoutes révèlent les dimensions imbriquées qui englobent ce sentiment puissant.

Dans un style électroacoustique typique, chaque chanson parvient à orchestrer des textures et des voix variées qui apparaissent et disparaissent dans une approche artyhmique, se rejoignant naturellement aux points de rupture d’un scénario global. 

Sur une poésie qui embrasse les désagréments du vieillissement, les confessions intimes de Gwyneth Hudson-Jameson sur ses peurs, ses aspirations et ses regrets sont amplifiées avec audace par les accents dramatiques que seule une chanteuse d’opéra aussi talentueuse qu’elle peut exécuter. D’une manière inattendue, son chant trouve toujours le ton juste pour accompagner ou contraster avec la musique. Tantôt larmoyante, tantôt fière et forte, elle vous emporte et vous fait vivre par procuration à travers sa voix.

Dans son ensemble, cet album regorge de sens. Graham et Gwyneth sont tous deux très expérimentés, et leur complicité en tant que frère et sœur crée une harmonie que l’on voit rarement chez les duos.

À l’approche du Festival Vibrations, j’ai discuté avec Graham, qui prépare son spectacle avec son instrument, le Lightbox, afin de mieux comprendre comment cette approche unique a vu le jour.

PAN M 360 : La métaphore centrale de l’album est la décoloration des couleurs pour décrire la transition de l’enfance à l’âge adulte. Pourriez-vous nous expliquer comment cette métaphore visuelle spécifique se traduit en son, tant dans votre composition vocale que dans les textures électroniques que vous créez ? 

Graham Hudson-Jameson : J’ai été inspiré par la métaphore visuelle des couleurs qui s’estompent, car j’ai lu un jour qu’avec l’âge, le cristallin de l’œil jaunit, rendant les couleurs moins vives. Je n’ai pas vérifié cette information, mais l’idée m’est restée en tête. La décoloration des couleurs reflète la perte de l’innocence enfantine, laissant progressivement place à une vision monochrome et blasée de la vie. Sur le plan sonore, j’ai abordé cette métaphore de manière assez littérale. Dans la première partie, les sons sont clairs et nets, et les voix expriment la liberté tout en décrivant le monde vibrant qui les entoure. Dans la deuxième partie, les couleurs et la musique commencent à s’estomper, avec des tempos plus rapides et des rythmes plus chaotiques. Dans la troisième partie, le son est presque entièrement choral, la plupart des voix tenant des notes soutenues et monotones, reflétant le monde monochrome de la vieillesse. Il y a également une section qui renvoie à l’enfance, mais le souvenir est fragmenté et déformé avant de revenir au présent.

. PAN M 360 : Le titre Autoportrait contient de nombreux morceaux, suggérant plusieurs autoportraits. Ces chansons sont-elles différentes facettes d’un même moi à différents moments, ou sont-elles les portraits d’individus différents, peut-être archétypaux, traversant ce passage universel ? 

Graham Hudson-Jameson : J’ai divisé l’autoportrait en trois parties distinctes afin de représenter les différentes étapes de la vie d’une personne. La première partie dépeint l’enfance, où tout va lentement et où le monde semble lumineux et fascinant. La deuxième partie représente l’âge adulte, où le temps passe à toute vitesse et où les beautés de la vie se confondent. La troisième partie dépeint la vieillesse, où tout est devenu monochrome et où la personne regarde en arrière avec nostalgie et un soupçon de regret de ne pas avoir profité pleinement de la vie. Ensemble, les trois parties racontent l’histoire d’un individu qui traverse ces étapes importantes.

PAN M 360 : Vous avez développé le concept de cet album dans le cadre du programme de licence Musiques Numériques. Pouvez-vous nous parler de la manière dont le mentorat vous a guidé tout au long de ce processus ? 

Graham Hudson-Jameson : J’ai commencé à réfléchir à des idées pour ce projet pendant que je suivais le cours de projet avec Ana Dall’Ara-Majek. Elle m’a aidé à développer le Lightbox, un instrument qui utilise des capteurs de lumière pour contrôler les paramètres sonores dans Max/MSP. Je suivais également un cours d’écriture avec Philippe Gareau, qui m’a aidé à comprendre les structures harmoniques et les voix chorales. Enfin, dans un cours d’histoire de la musique romantique avec François de Médicis, j’ai appris les structures de divers Lieder, qui ont grandement influencé mes idées musicales et mon approche narrative. 

PAN M 360 : Dans ce parcours d’apprentissage, y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé comprendre plus tôt dans vos études ? 

Graham Hudson-Jameson : Le plus difficile a été le codage dans Max/MSP. Je suivais le cours en même temps que j’écrivais l’album, et j’avais souvent des idées que je ne pouvais pas mettre en pratique immédiatement parce que je ne maîtrisais pas suffisamment le programme. Mais au fur et à mesure que le cours avançait, j’ai pu appliquer directement ce que j’apprenais à mon projet. Je regrette de ne pas avoir suivi ce cours plus tôt. 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a le plus inspiré ces dernières années pour continuer à créer ? 

Graham Hudson-Jameson : Je suis inspiré par les histoires et les structures narratives. J’adore écouter des histoires et les exprimer à travers ma musique. Je crois que raconter des histoires est une façon de créer des liens entre nous et de comprendre la condition humaine.

PAN M 360 : Bien que vous ayez étudié la musique électronique, vous êtes un compositeur brillant, et je pense que c’est ce qui ressort le plus de votre travail. Cela semble évident aujourd’hui, mais pourquoi avez-vous choisi de vous consacrer à la musique électronique ?

Graham Hudson-Jameson : J’ai suivi une formation classique au piano et étudié le jazz et la pop au cégep, mais j’ai toujours aimé expérimenter avec le timbre de mes instruments. Enfant, j’ouvrais le piano droit de ma famille, grattais les cordes et le remplissais de papier d’aluminium ou de chaussettes juste pour explorer de nouveaux sons. Au lycée, j’ai économisé pour acheter mon premier synthétiseur et je suis immédiatement tombé amoureux de la musique électronique. J’apprécie toujours autant la musique classique et chorale, mais j’ai aussi soif d’expérimentations timbrales. Pour ce projet, j’ai choisi de mélanger les deux univers afin de repousser les limites des genres musicaux.

PAN M 360 : Pour ce projet, vous avez choisi de travailler avec votre sœur Gwynneth, qui est une chanteuse d’opéra incroyable. Pouvez-vous nous raconter comment cela s’est passé ?

Graham Hudson-Jameson : J’ai grandi en apprenant la musique aux côtés de ma sœur, et nous sommes tous deux tombés amoureux de cet art. Elle s’est orientée vers la musique classique, tandis que j’ai exploré la musique expérimentale, et j’ai toujours pensé qu’il serait fascinant de combiner nos univers. Quand je lui ai proposé de se joindre à moi pour ce projet, elle a été enthousiasmée par l’idée, et c’est ainsi que nous avons commencé à collaborer !

PAN M 360 : La tradition du lied et la musique électronique live semblent être des pratiques complètement opposées, mais elles fonctionnent très bien ensemble. L’un de vous a-t-il dû adapter les techniques de sa pratique respective lors du processus de création de cette pièce ? 

Graham Hudson-Jameson : Un Lied est un chant allemand, notamment de la période romantique, généralement pour voix solo accompagnée au piano. Un cycle de Lied est une série de chants qui, ensemble, présentent une progression narrative ou thématique. Cette tradition a été lancée par Franz Schubert au XIXe siècle, et depuis lors, les compositeurs ont écrit des cycles de chansons dans de nombreuses langues et avec divers accompagnements, parfois uniquement au piano, parfois avec des cordes ou d’autres instruments. Mon approche du cycle de chansons est similaire. J’ai créé trois chansons destinées à être interprétées à la suite comme une seule œuvre musicale, mais j’ai choisi de les accompagner avec ma Lightbox plutôt qu’avec un piano. La principale adaptation concernait l’exécution. La musique électronique repose souvent sur l’improvisation et le temps libre, ce qui n’est pas toujours intuitif pour les chanteurs classiques. Nous avons beaucoup répété, et maintenant Gwynneth est capable de suivre mes indications sans difficulté.

PAN M 360 : Après avoir mené à bien cette exploration intense d’une transition fragile, où ce projet vous mène-t-il en tant qu’artiste ? Quel territoire émotionnel ou créatif souhaitez-vous explorer ensuite ? 

Graham Hudson-Jameson : Je suis très satisfait des résultats et fier du travail que j’ai accompli avec Gwynneth, mais ce projet n’aurait pas été possible sans le soutien de plusieurs autres personnes, notamment Ana Dall’Ara-Majek, Jules Argis, Dominic Thibault, Nicolas Bernier, Gaëtan Proulx, l’équipe Mosaïque et l’équipe LFO. Pour mon prochain projet, je prévois de me concentrer sur le développement d’un répertoire solo pour ma Lightbox. Bien que je ne sois pas encore certain des thèmes spécifiques, je souhaite explorer davantage la manipulation d’échantillons, la synthèse et la spatialisation à travers cet instrument.

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Du 16 au 18 octobre 2025, le 75e anniversaire de la Faculté de musique de l’Université de Montréal coïncide avec les 3 jours de la 3e édition du Festival Vibrations. Plus précisément:

Un colloque international sous le thème musique, diplomatie et propagande.

Une soirée de jeudi au Théâtre Outremont pour commémorer les 45 ans du Big Band de l’U de M.

Un vendredi électro avec les performances-lancements de deux productions – David Caulet et Graham Hudson-Jameson.

Un samedi symphonique avec l’OUM sous la direction de Mathieu Lussier.Voilè une excellente occasion de découvrir des compositeurs.trices et interprètes émergents de grande qualité! Professeure agrégée en musicologie et titulaire de la chaire de recherche du Canada en musique et politique, Marie-Hélène Benoit-Otis nous présente le colloque « Musique, diplomatie et propagande » et brosse le tableau du festival Vibrations à travers sa programmation.

En partenariat avec La Vitrine, PAN M 360 vous invite à découvrir ce festival universitaire ouvert au public mélomane.

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Dans ses dernières configurations orchestrales ayant marqué l’histoire du jazz, l’ensemble du célébrissime pianiste Oscar Peterson était constitué de feu le prodigieux contrebassiste danois Niels-Henning Ørsted Pedersen (NHOP), de feu le batteur anglais Martin Drew et du guitariste suédois Ulf Wakenius, qui participe au Oscar Peterson Centennial Quartet. L’objet essentiel de cet ensemble, est-il besoin de le rappeler, est de commémorer le centenaire du supravirtuose montréalais, disparu le 23 décembre 2007. 

Comme il l’a fait l’été dernier à la Maison symphonique de Montréal dans le contexte du Festival International de Jazz de Montréal, le guitariste Ulf Wakenius se produira le vendredi 24 octobre au Palais Montcalm. On pourra voir et écouter cet excellent guitariste aux côtés du superbe pianiste canadien (d’origine hongroise et tzigane) Robi Botos, du contrebassiste manitobain Mike Downes et du batteur montréalais Jim Doxas, d’ailleurs récipiendaire 2025 du Prix Oscar-Peterson décerné par le FIJM et remis en mains propres par notre Oliver Jones national.

Le profil biographique du Suédois Ulf Wakenius  nous rappelle qu’il est l’un des plus réputés guitaristes de jazz issu de Scandinavie. Sa réputation remonte aux années 80 avec la formation Guitars Unlimited. Puis vint son association avec le regretté Niels-Henning Ørsted Pedersen, fabuleux sideman d’Oscar Peterson, ils enregistrèrent ensemble Those Who Were (1996) et This Is All I Ask (1998). Wakenius fut à la tête du groupe Venture (1992), qui attira en son sein le batteur Jack DeJohnette, les saxophonistes Bill Evans (pas l’autre) et Bob Berg, le trompettiste  Randy Brecker, le pianiste Niels Lan Doky, les bassistes Chris Minh Doky et Lars Danielsson. Avec le pianiste Haakon Graf il a formé le groupe Graffiti, qui avait accueilli des musiciens américains de premier plan. Sa discographie est riche, compte plus d’une quinzaine d’albums en tant que leader (dont plusieurs opus sous étiquette Act) et encore plus en tant que sideman.

Hormis le fameux quartette d’Oscar Peterson, le guitariste fut aussi de l’aventure de Trail of Dreams avec le tandem OP et Michel Legrand (2000).  

En amont du concert de Québec, soit le vendredi 24 octobre au Palais Montcalm,  PAN M 360 a causé une bonne demi-heure à Ulf Wakenius, joint chez lui en Suède.

PAN M 360 : Nous sommes ravis de parler avec vous, chez vous. Où vivez-vous en Suède? 

Ulf Wakenius : À Göteborg.

PAN M 360 : Vous êtes venu jouer plusieurs mois au Canada, avant et après la mort d’OP. Vous êtes maintenant, vous êtes le seul membre vivant impliqué dans cet ensemble Oscar Peterson Centennial. Vous en êtes donc le membre le plus éminent!

Ulf Wakenius : Je commencerais par rappeler ceci : me joindre à l’ensemble d’Oscar Peterson fut la réalisation d’un rêve de guitariste. Un super honneur!  Pendant plus de 10 ans, je me suis retrouvé dans les souliers de mes idoles guitaristes ayant joué jadis avec OP, je pense à Joe Pass, Barney Kessel et Herb Ellis. J’ai pu vivre cette générosité et cette grandeur d’âme que notre Oscar montrait à nos côtés. Alors quand j’ai la chance de l’honorer en jouant sa musique, je le fais avec grand plaisir, et ce partout dans le monde. Plusieurs musiciens du Canada, des États-Unis ou d’Europe  ont eu l’honneur de jouer avec lui.

PAN M 360 : Des musiciens m’ont déjà confié qu’OP n’a pas toujours été le plus cool avec certains de ses sidemen. De votre côté ?

Ulf Wakenius : Peut-être mais… de mon temps, il était heureux, accueillant et calme avec ses collègues. Mon expérience avec lui était toujours super encourageante et suscitait la loyauté. Quand vous étiez admis dans ce groupe, c’était parce que vous pouviez jouer et vous aviez donc son respect. Et je dois répéter que Niels Henning et moi l’avons adoré. Ce fut l’expérience d’une vie que de jouer avec une telle légende. 

PAN M 360: Oui, un digne successeur de ses principales influences : Teddy Wilson, Nat King Cole (excellent pianiste avant de faire crooner), d’abord et avant tout Art Tatum. Près de deux décennies après la mort d’OP,  comment se sent-on d’être impliqué dans un groupe hommage aux côtés de musiciens canadiens plus jeunes que vous? 

Ulf Wakenius : Honnêtement, je peux jouer seulement des concerts hommages pour Oscar avec des musiciens comme ceux-ci sont exceptionnellement bons.

Mes amis canadiens sont fantastiques! C’est un pur plaisir que de jouer de la musique d’Oscar avec eux.

PAN M 360 : Les jazzmen canadiens et scandinaves ont certainement des affinités septentrionales!

Ulf Wakenius : Oui! Je me sens toujours un peu à la maison quand je suis au Canada. Bien sûr, la nature est très similaire. Les forêts, le froid, la neige… Et nous avons exporté quelques joueurs de hockey chez vous!

PAN M 360 : Exact! Nous avons de très bons. De la Suède, de la Finlande, du Danemark.

Ulf Wakenius : Je suis suédois, j’aime le hockey !

PAN M 360: Comment voyez-vous votre propre évolution à travers ces fantastiques expériences en tant que joueur de guitare? Qu’avez-vous appris ou quelles choses avez-vous changé en jouant avec OP? 

Ulf Wakenius: J’ai toujours été impressionné par son comportement sur scène, au-delà de sa virtuosité. Un des meilleurs hommes que j’aie rencontré dans ma vie. Il donnait vraiment tout pour le public, soir après soir. Donc, j’ai appris que vous donnez toujours 100%. Si OP pouvait le faire, nous le pouvions. C’était très inspirant! Chaque soir, il jouait magnifiquement. C’était tout simplement  merveilleux! 

PAN M 360 : Et comment cela s’est-il passé après son AVC qui avait affecté sa main gauche?  

Ulf Wakenius : Il avait dû, vous savez, réapprendre comment bouger sa main gauche. Et c’était aussi très courageux de sa part que d’explorer et trouver de nouveaux côtés de lui-même. Ainsi, Oscar était devenu plus tendre et plus lyrique. Ce qui l’a mené à écrire des pièces comme When Summer Comes , une de ses plus belles que l’on joue systématiquement dans nos concerts hommage. Je me souviens que nous nous étions produits  au Hollywood Bowl à Los Angeles et lorsqu’Oscar avait joué, chaque note refaisait l’histoire d’un demi-siècle de piano jazz. Sa touche était sublime ! Même après cette grave maladie, sa main gauche pouvait en faire beaucoup.

PAN M 360 : J’imagine qu’après son AVC ,  les liens se sont resserrés entre vous, ses musiciens et lui formiez une famille plus proche.

Ulf Wakenius : Oui. Une fois que vous étiez accepté, vous étiez dans la famille. Et il était exceptionnellement généreux, vous savez. On se retrouvait chez lui, à son domicile de Mississauga; pendant que sa femme cuisinait pour nous, et il nous racontait des histoires extraordinaires. Extrêmement généreux !

PAN M 360 : Sa fille Céline vous accompagne dans plusieurs concerts pour rendre hommage à son père. Elle était là aussi l’été dernier au concert de Montréal.

Ulf Wakenius : C’est vrai. Je suis allé partout dans le monde avec Céline. C’est une famille pour moi, vous savez.

PAN M 360 : Et dans cette famille, le pianiste doit être extrêmement doué car il doit évoquer OP sans l’imiter. Vous avez donc avec vous un pianiste hongrois et tzigane qui fut écouté par Oscar et qui apprit de lui : Robi Botos.

Ulf Wakenius : Donc, c’est crucial d’avoir un joueur fantastique pour rendre hommage à Oscar Peterson. Et Robie est fantastique, il a été repéré par Oscar pour cela. Il a ce swing d’Oscar, mais en même temps il est curieux et il peut faire autre chose au piano.

PAN M 360 :  Quelle est la relation avec ces gars de l’Oscar Peterson Centennial Quartet ?  

Ulf Wakenius: Ils sont exceptionnellement bons. Mike Downes est plus qu’un très bon joueur de basse, il a arrangé la pièce Trail of Dreams qu’on a jouée au Japon. Et Jim Doxas est plus qu’un joueur de section rythmique, il fait vraiment beaucoup de choses à la batterie, il est super.

PAN M 360 : Oui, et Jim a joué pendant de nombreuses années avec Oliver Jones, qui fut un émule d’Oscar Peterson,  élevé dans le même quartier et éduqué musicalement par Daisy Peterson-Sweeney.

Ulf Wakenius : Oui, Oliver Jones fut un merveilleux joueur.

PAN M 360: Comment gérez-vous les deux instruments harmoniques dans ce genre d’ensemble? Oscar a beaucoup joué avec des guitaristes depuis ses débuts. Mais en même temps, ce n’est pas toujours évident que d’avoir une guitare et un piano dans un quartette et maintenir le dialogue en temps réel entre ces deux instruments.

Ulf Wakenius : C’est vrai. Vous savez, cette question revient souvent. Et j’ai toujours eu cette réponse : C’est très facile, utilisez vos oreilles, jouez lorsque vous devez jouer, et aussi cesser au moment opportun. C’est juste une question d’écoute. 

PAN M 360 : Quel espace de jeu vous a-t-on accordé chez OP? 

Ulf Wakenius : Oscar a été extrêmement généreux.Il m’a laissé jouer beaucoup de solos, j’ai eu beaucoup d’espace pour m’exprimer. Je me pince en me rappelant tout ça. Ce fut fantastique. 

PAN M 360: Avez-vous changé le programme de l’été dernier pour le concert de Québec? 

Ulf Wakenius: Il y aura de nouvelles pièces, d’autres seront les mêmes, je ne veux pas révéler le programme! Disons que ce qui doit être toujours joué, ce sont deux morceaux :  Hymn to Freedom et When Summer Comes.  C’est tellement beau! J’adore aussi Cakewalk…. Et puis nous jouons différents morceaux de différentes époques.

PAN M 360 : Chose certaine, nous sommes très heureux de vous avoir de nouveau avec nous au Québec!

Ulf Wakenius : Oui, j’ai hâte, ça va être génial! 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous dire vos autres activités prochaines ?Ulf Wakenius : En bref, je joue ma musique partout dans le monde, avec différentes formations. Et je participerai à un autre hommage à Vienne, avec un ensemble européen avec des cordes et, bien sûr, du piano. Chaque fois que l’on me donne l’occasion de rendre hommage à Oscar, je le fais. Je suis donc un homme heureux!

En vue de la sortie de son album Symphonie publicitaire sous l’influence le 17 octobre, Alix Fernz m’a invité au Club Social un mercredi après-midi pour parler musique. Il s’est appliqué, avec passion, à décrire les thèmes de son travail et les influences qui ont fait de lui l’artiste qu’il est aujourd’hui.

Après une série d’albums avec son band Bloodskin Atopic, Alexandre Fournier a vécu une renaissance musicale pendant la pandémie, et en ressorti avec un projet solo: Alix Fernz. Son premier album, Bizou, fut l’apogée de son amour pour le post-punk. Alliant l’esprit d’artistes comme Gang of Four ou Gary Numan au côté plus glam et décontracté de figures comme Wyatt Shears ou Ariel Pink, l’album explore une authenticité sans retenue. Sa présence, son style et sa musique forment un tout soigneusement conçu, reflet d’une liberté punk tranchante qui flirte avec l’expérimental et insuffle une bouffée d’air à la scène alternative montréalaise.

PAN M 360: Quel est le statut de la musique punk au Québec aujourd’hui?

Alix Fernz : Le punk au Québec ça a grandi depuis que je suis arrivé à Montréal en 2019. À l’époque, c’était un peu mort, mais là, avec des groupes comme Béton Armé par exemple, on a comme un nouveau pilier du punk francophone à Montréal. Ils font un esti d’bon show. La scène musicale québécoise semble se réinventer constamment et le punk, ça ne va jamais die.

PAN M 360: Quelles sont les idées qui se cachent derrière le mouvement punk auquel tu t’identifies ?

Alix Fernz: C’est plus que la muz. Ça vient avec le mouvement collectif de communauté, l’aspect DIY aussi. Pour moi, c’est ça, le punk. Il y a une communauté qui est forte. Tout le monde fait peur, mais tout le monde est super gentil. Ça m’a toujours fasciné, ça. Quand j’étais plus jeune, j’allais voir des shows pis je voyais des street punks avec des mohawks pis des tattoos, pis j’étais comme: «Tabarnak, y font bein peur ». Souvent, y’a beaucoup d’abus de drogue, pis c’est des gens un peu spéciaux, excentriques, mais au final ils sont super sympathiques.

PAN M 360: Qu’est-ce qui rend les punks si attachants ?

Alix Fernz: Y a pas de façade. Y a personne qui essaie de se prouver. On fait nos affaires. On se supporte. T’sais, je dis pas que je fais partie de cette communauté-là à 100%, mais quand je vais à des événements, genre des shows à Van Horne, y a comme une énergie intense, mais ça ne va jamais dans la violence, jamais dans le chaos. C’est tout le temps dans le respect.

PAN M 360: Je me souviens de tes premiers albums avec Bloodskin Atopic, tu en avais sorti trois en une année, puis silence radio. Quelques années plus tard tu as sorti Bizou qui a une sonorité complètement différente, avec des influences plus de groupes post-punk comme Gang of Four. Peux-tu nous parler de cette transition?

Alix Fernz: J’avais fait un lancement avec Bloodskin Atopic et la COVID a frappé deux semaines après. Ça a été un gros « Fuck ». Mais la COVID, m’a donné le temps de découvrir des nouvelles influences pis de prendre le temps de refaire mon son. J’trouve qu’avant, avec Bloodskin, j’étais vraiment stiqué sur le garage psych, pis je me perdais un peu là-dedans. J’me mettais la guitare super haute, j’faisais les mêmes moves, j’voulais être ça. J’écoutais n’importe quoi quand j’étais jeune. J’écoutais genre des Top 40. Ce que mes parents écoutaient : du Kiss, du Rush, du bon dad rock. Après, j’ai découvert Gang of Four, j’ai écouté vraiment plus de post-punk, pis plus de bands de L.A. comme The Garden. J’ai aussi écouté beaucoup d’Ariel Pink, même si ça peut être un peu problématique. J’écoutais beaucoup plus de jazz, du Coltrane, plein d’affaires plus éclatées aussi. Je me suis dit « bon, je vais changer de nom, je vais repartir de quoi de nouveau ». Repartir à zéro comme du monde.

PAN M 360: Je me souviens de ton premier show en tant qu’Alix Fernz au Système. Tu étais seul dans la crowd en train de chanter sur de la musique électronique. Ce n’est pas juste le style qui a changé mais toute l’approche, et même l’esthétique. Peux-tu nous parler de ça?

Alix Fernz: Après la COVID, j’ai rencontré ma blonde d’aujourd’hui, Nora. Elle m’a inspiré énormément. J’ai commencé vraiment à triper sur le punk 70’s UK, en termes d’esthétique. J’ai commencé à m’habiller de même—je m’habille encore de même aujourd’hui—c’est ça qui m’a allumé.

C’qui m’a permis d’être vraiment 100% moi-même pis de faire un show qui a de l’énergie, c’était juste de dropper la guitare en show. Avant, avec Bloodskin, j’me cachais vraiment dans la guitare parce que j’étais stressé. J’joue de la guitare, mais j’suis pas un surdoué—j’suis capable en studio, mais en live j’étais tellement stressé. Le premier show d’Alix Fernz, c’était tout seul avec un backing track. Pis ça m’a tellement soulagé. Avec le vibe qu’il y avait, tous mes amis étaient là, pas de stage, down dans la crowd, j’étais comme, « OK, c’est ça.». J’ai fait des plus gros shows. J’ai eu un full band… Ouais, non, ça a juste vraiment décliqué. Pis maintenant, j’suis sur un stage, j’ai mon band, j’ai du gros fun. Pis j’fais des shows solo encore, j’essaie de pousser ça un peu plus.

PAN M 360: Parlons du prochain album Symphonie publicitaire sous influence, dont la sortie est prévue pour le 17 octobre prochain. Les titres sont particulièrement évocateurs. D’ailleurs, j’ai cherché 800 boul. Gouin sur une carte, et c’est l’adresse de la prison de Bordeaux ?

Alix Fernz: C’est un interlude après la chanson 2h15. La toune 2h15, ça parle d’un mec qui a attaqué tout le monde en dehors d’un bar pour aucune raison. Il s’est enfui. Je cherchais un nom pour un interlude. Qu’est-ce que ça pourrait être? On va mettre la prison de Bordeaux.

PAN M 360: Est-ce que l’album est composé de plusieurs histoires de ce genre qui s’entrelacent entre elles ?

Plus ou moins. Il est surtout composé de tounes que j’ai écrites pendant la période Bizou. Il y a même une toune, la dernière de l’album, Choc, qui est une reprise d’un vieux morceau de Bloodskin. L’album n’a pas nécessairement de fil conducteur évident, ni de liens directs entre les chansons. Mais quand je me mets à écrire les paroles et à composer, j’essaie toujours de construire un album qui a un thème, quelque chose à dire. Souvent sur des trucs que j’observe. J’essaie vraiment de faire ressortir ce côté un peu triste et négatif de la vie de party. Cette solitude que les gens traînent, mais qu’ils cachent derrière un « hop, la vie ! ».

PAN M 360: Qu’est-ce que tu veux dire par ce point de vue « négatif » ?

Alix Fernz: Pas négatif dans le sens où je juge, mais plutôt dans le sens où je voulais parler de ces choses dont les gens ne parlent généralement pas. Souvent, il y a beaucoup de façades ; le monde fait le party pour décrocher. Mais il y a ce côté un peu triste, parfois, des gens qui abusent, de substances, ce genre de choses. J’aimais mettre en lumière cet aspect pour montrer aux gens que ça arrive à bien plus de monde qu’on ne le pense. Après, il y a beaucoup de trucs que j’ai dramatisés. Des fois, au bar, je vais essayer de m’imaginer l’avant et l’après de cette personne-là: pourquoi elle s’est rendue là ? C’est du 50-50 parce que bâtir quelque chose à 100% à partir de rien, c’est tough.

PAN M 360: C’est une question que j’aime poser aux artistes — et surtout à toi, comme tu travailles à l’Esco. Selon toi, de quoi la scène alternative québécoise a-t-elle besoin pour mieux se porter ?

Alix Fernz: Il y a déjà eu du progrès. Avec les subventions, c’est plus facile pour des bands d’aller jouer ailleurs et d’avoir du soutien financier pour percer dans d’autres pays. Mais ils pourraient définitivement en avoir plus. Je sais que M pour Montréal en fait beaucoup, justement. Ils ont beaucoup de showcases dans plusieurs festivals à l’étranger. Moi j’en ai fait plein, comme au Great Escape au UK. Ils en font en Allemagne, partout en France, et même aux US—j’en avais fait un pour South by Southwest. C’est vraiment ça que je souhaite aux artistes d’ici, surtout aux francophones. On a juste pas assez de visibilité dans le monde. On reste un peu casés et enfermés au Québec. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais ce n’est pas suffisant. Faut se mettre sur la map !

PAN M 360: Est-ce que tu envisages de t’installer en Europe un jour ?

Alix Fernz: On verra. Pour l’instant, je vais surtout voir ce que mon deuxième album va m’apporter en termes de portée. Je sais que mes tounes jouent à la radio en France, c’est cool. Ça, c’est mon label qui me l’a dit.

Alix Fernz est un bijou de la scène locale, évoluant aux côtés d’autres bands québécois qui font bouger les choses — Population 2, Mulch, Béton Armé, entre autres. Notez bien la date du 17 octobre pour la sortie de son album, et surtout, ne manquez pas son spectacle du 8 novembre, où il présentera l’intégralité des chansons en live.

Photo: Aabid Yousef

Présentée en quatre langues par Chants libres, Paramirabo et le Vivier, unissant la musique, la poésie et l’image, Songs of the Drowning s’annonce une performance interdisciplinaire réalisée par Roozbeh Tabandeh, inspirée par les poèmes de Sandeep Bhagwati et les peintures de Khosro Berahmandi.  PAN M 360 s’entretient ici avec le compositeur, directeur artistique et « unificateur » des disciplines impliquées dans ce programme présenté au Wilder, ce mercredi 15 octobre.

INFOS ET BILLETS ICI

PAN M 360 : De quelle manière s’articule cette interdisciplinarité musique-poésie-peinture? 

Roozbeh Tabandeh: L’œuvre se situe à la jonction des poèmes de Sandeep Bhagwati et des peintures de Khosro Berahmandi. Elle invite les artistes participants à réfléchir aux thèmes abordés dans les poèmes de Sandeep et aux figures, textures et couleurs des peintures de Khosro, puis à exprimer leur compréhension à travers le prisme de leur discipline artistique. Comment créer un espace imaginaire qui invite à la contemplation sur les thèmes des poèmes tout en s’inspirant de l’univers visuel des peintures? À quoi ressemble cet espace d’un point de vue musical? Comment le perçoivent les scénographes et les artistes visuels? Et que propose cet espace au public à découvrir? Ce sont là les questions clés de ce projet.

PAN M 360 :  À travers la poésie de Sandeep Bhagwati, le fil conducteur de l’œuvre se décline en quatre langues. Comment impliquer quatre langues, allemand, l’anglais, français, farsi, dans une trame narrative? 

Roozbeh Tabandeh: La décision de présenter les poèmes en quatre langues contribue grandement à l’inclusivité et à la diversité linguistique de l’œuvre. L’allemand est la langue originale des poèmes et la langue maternelle du poète. Le farsi est ma langue maternelle, ainsi que celle de Khosro, Hadi et Haleh, trois artistes importants de cette œuvre. La première de l’œuvre aura lieu au Québec, où l’équipe artistique a vécu et créé pendant plusieurs années. Le français apparaît donc comme un choix évident. Et l’anglais rend l’œuvre accessible à un public plus large à travers le Canada et à l’échelle internationale. Cette œuvre soulève des questions importantes sur la condition des êtres humains (et non humains) à notre époque. Ces genres de thèmes sont largement inclusifs et les quatre langues utilisées symbolisent l’universalité de ces questions et préoccupations.

C’était également un grand défi, car certains thèmes abordés dans le poème sont profondément ancrés dans la culture et extrêmement difficiles à traduire. On dirait que certaines parties du poème ne veulent tout simplement pas être traduites! Nous avons donc dû faire preuve d’une extrême prudence et trouver un moyen de naviguer entre ces langues et les connotations culturelles qui leur sont associées. Cela nous rappelle que, bien que ces questions soient universelles et vastes, les perspectives pour y répondre sont extrêmement diversifiées et spécifiques à chaque culture.

PAN M 360: Ce cycle poétique de Sandeep serait une contemplation critique de la condition humaine à notre époque. Pouvez-vous nous donner d’autres éléments du contenu et de la forme de ces neuf textes?

Roozbeh Tabandeh: Sandeep a écrit ces neuf courts poèmes dans le contexte post-pandémique que nous avons tous vécu, alors que nous étions confrontés aux défis auxquels l’humanité est confrontée à notre époque: les guerres absurdes, les politiciens corrompus en lutte constante pour le pouvoir, la façon dont nous traitons nos espèces, les non-humains, notre environnement, notre planète… Nous vivons en effet une période troublée, et nous, en tant qu’artistes, ne pouvons pas simplement choisir de fermer les yeux, de «vivre une bonne vie» et de ne pas réagir aux réalités du monde dans lequel nous vivons. Cependant, cette œuvre n’est pas une constatation de la réalité. Il s’agit plutôt d’un espace de contemplation qui flotte au-dessus de la réalité et invite à une réflexion profonde.

Lorsque j’ai lu ces poèmes pour la première fois, je traversais moi aussi une période difficile de ma vie, confronté à des difficultés personnelles. Ces poèmes m’ont donc profondément touché, tant dans mon cœur que dans mon esprit. Et j’ai pensé que ce serait peut-être une bonne idée de mettre cela en scène, d’inviter d’autres artistes à réfléchir sur ces sujets, et enfin de le présenter au public.

En résumé, c’est autour du thème de la noyade que toutes les différentes lignes de réflexion se rejoignent dans cette œuvre. Mais on essaie fort de se distancier des connotations négatives de ce terme. Évidemment, on peut se noyer dans l’eau, mais on peut aussi se noyer dans ses pensées, ses souvenirs, sa vie quotidienne, même dans un morceau de musique! Il y a des noyades dont on ne survit pas, mais il existe aussi d’autres noyades auxquelles on survit, mais sans jamais rester inchangés. Il possède donc une qualité transformative et stimulante. Et c’est là notre objectif dans cette pièce: à travers neuf scènes, tout comme dans les poèmes, nous étendons la métaphore de la noyade (Sous toute forme) à plusieurs dimensions. La pièce ralentit le processus de noyade, le plaçant métaphoriquement sous la loupe de la contemplation. 

PAN M 360:  L’œuvre fusionne ces quatre langues avec la musique de Roozbeh Tabandeh, la vôtre, au aussi des œuvres vidéo de Hadi Jamali inspirées par les toiles de Khosro Berahmandi ainsi qu’une scénographie créée par la scénographe et architecte Haleh Vedadi et Roozbeh Tabandeh. Explications supplémentaires ?

Roozbeh Tabandeh: La musique est composée à partir des idées présentées dans chaque poème. Ensuite, la structure formelle de la musique et sa ligne temporelle définissent l’architecture de la pièce dans laquelle d’autres artistes commencent à créer leurs propres espaces. Le résultat est un espace imaginaire formé par le rassemblement de ces espaces individuels qui se superposent. Il s’agit en effet d’un univers complexe, à multiples couches.

PAN M 360:  Le spectacle est une coproduction réalisée sous la direction artistique de Roozbeh Tabandeh, en codiffusion avec Paramirabo, Chants Libres et Le Vivier. 

Pouvez-vous nous expliquer les choix et approches de votre composition (styles impliqués, instrumentation, arrangement, votre propre patte)?

Roozbeh Tabandeh: Songs of the Drowning est une longue composition de 70 minutes, ma plus longue écrite en plus de vingt ans de carrière. C’est également une conclusion aux idées que j’ai explorées dans plusieurs œuvres et installations au cours de la dernière décennie. Ainsi, outre la présentation de nouvelles compositions créées spécialement pour cette scène, je fais plusieurs références à mes propres compositions passées. Je fais également de nombreuses références aux œuvres de compositeurs importants du XXe siècle. 

Le mouvement de danse est un hommage évident à la musique de Stravinsky dans Le Sacre, qui a inspiré ma pièce par sa structure rythmique abrupte et les fortes qualités rituelles inhérentes à sa musique. Dans le contexte de cette œuvre, j’étends l’idée de « danser jusqu’à la mort » tirée du Sacre du printemps à celle de « danser en se noyant ». Ce qui est un aspect intéressant de cette pièce: ici, non seulement les sujets sont conscients de leur état de noyade et s’expriment à ce sujet, mais ils chantent et dansent même tout en se noyant.

La troisième scène commence par une forte référence à la musique de Brian Ferneyhough dans sa pièce Mnemosyne, où une flûte basse solo extrêmement complexe et détaillée flotte au-dessus d’une palette aplatie de longs gestes présentés dans le média préenregistré. L’idée d’une extrême complexité opposée à une extrême platitude me rappelle la peinture de Khosro, où l’on trouve parfois de grandes surfaces de couleur unie, comme un immense cercle rouge, et juste à côté, une zone recouverte d’une texture dense composée de lignes, de points et d’ornements extrêmement détaillés. J’ai ensuite mis cette idée en scène dans un contexte unique, avec un gros instrument de cloche spécialement conçu et fabriqué pour cette pièce, qui s’étend jusqu’à la grille avec des cloches installées au-dessus des têtes du public. Ainsi, l’espace scénique commence à partir de la scène, mais anime l’ensemble de l’architecture de la salle.

Dans cette œuvre, on trouve également d’autres références aux techniques de manipulation sonore du début de la musique concrète, ainsi qu’aux traditions de la musique noise, et remettant en question les frontières superficielles entre musique et bruit.

Il s’agit donc d’une large palette d’idées musicales regroupées en une seule pièce de 70 minutes.

PAN M 360 : Puisque vous travaillez avec d’autres matériaux créatifs au-delà de votre propre composition, qu’en est-il de votre direction artistique dans le contexte de cette œuvre interdisciplinaire?

Roozbeh Tabandeh: En tant que directeur artistique, mon rôle est de réunir. De canaliser le flux dans une direction particulière tout en offrant une liberté artistique aux artist.e.s participant.e.s. Je pense que les artistes devraient avoir le droit de présenter leurs propositions, même si je ne m’y identifie pas personnellement à certaines d’entre elles. Je ne pense pas que tout doive passer par mon regard dans un contexte collaboratif comme ceci. Au contraire, il serait contre-intuitif pour moi de faire des commentaires sur les peintures de Khosro Berahmandi par exemple: regarder un rectangle bleu et lui demander de le changer en cercle rouge parce que je le préfère ainsi! Car l’interdisciplinarité signifie également être placé entre plusieurs histoires de l’art, entre différentes conceptions artistiques issues de multiples perspectives. Je n’ai pas la même connaissance de l’histoire de la peinture que Khosro. De même, il n’a pas ma compréhension de la musique, ni l’expérience de Haleh et moi-même en matière de scénographie et d’architecture.

Ainsi, même si les artistes participants sont invités à exprimer leurs opinions et à réagir aux autres éléments présents dans l’œuvre, nous essayons d’aller au-delà des niveaux superficiels du brainstorming de base et accordons une très grande liberté d’expression artistique profonde dans plusieurs disciplines. C’est pourquoi je pense que cette œuvre n’est pas dialogique. Il s’agit d’un espace imaginaire formé à l’intersection de plusieurs monologues individuels, et mon rôle en tant que directeur artistique est de faciliter la coexistence de ces différentes voix.      

Tableau I

  • We, the Drowning … Are Witnesses
  • Chasing the Sparkle

Tableau II

  • A Scene That Heats Up on Every Side

Tableau III

  • Salty Waters Keep Spreading
  • Dance of the Drowning
  • Metamorphing Beasts

Tableau IV

  • They Will Envy … or Curse Us
  • Monuments Compressed Into Rock
  • Soundless Eternal Language

PAN M 360 : Pourriez-vous nous expliquer brièvement chaque tableau du programme? 

Roozbeh Tabandeh: Chaque tableau représente un poème ou un groupe de poèmes de Sandeep. C’est comme si nous réalisions une exposition avec un collage sonore et spatial à partir des fragments des poèmes, fusionnés avec les images issues des peintures de Khosro, et que nous les présentions dans un espace performatif où cohabitent sons, images, lumières, êtres humains et objets.

Le premier tableau est l’ouverture, avec un nombre réduit de musiciens. L’alto rejoint l’ensemble dans «Chasing the Sparkle». L’ensemble est placé aux extrémités de l’espace pour ce tableau et occupe un vaste espace. Ensuite, les musiciens se déplacent physiquement vers le centre pour le tableau II (A Scene That Heats Up on Every Side) afin de former un cercle concentré au milieu de la scène. Pendant ce tableau, l’instrument de cloches prolonge le son loin autour du plafond. Tableau III est une expérience musicale concentrée. Il n’y a aucun mouvement sur scène, aucune vidéo, aucun élément scénique ni changement d’éclairage. Ces 24 minutes présentent certaines des idées musicales les plus stimulantes de l’ensemble de l’œuvre. À grande échelle, le tableau IV constitue le point culminant de l’œuvre. Il englobe les moments les plus intenses de complexité sonore et spatiale de la pièce, tandis que tous les éléments mènent à un moment ultime de défragmentation qui s’achève par une coupure nette, où finalement tout et tous deviennent des «monuments comprimés dans la roche», observés du point de vue d’un observateur distant, après des millions d’années.

Sandeep Bhagwati (poésie)
Khosro Berahmandi (peinture)
Hadi Jamali (arts visuels numériques) 
Roozbeh Tabandeh (composition, scénographie)
Haleh Vedadi (scénographie)
Juan Mateo Barrera (conception éclairage)
Mélanie Léonard (cheffe d’orchestre)
Jeffrey Stonehouse (flûtes)
Gwénaëlle Ratouit (clarinettes)
Pamela D Reimer (piano)
Hubert Brizard (violon)
Viviana Gosselin (violoncelle)
Lyne Allard (alto)
Pierre-Alexandre Maranda (contrebasse)
Charles Chiovato Rambaldo (percussions)
Virginie Mongeau (soprano)
Gabrielle Cloutier (alto)
Alasdair Campbell (baryton)

PAN M 360 : Comment avez-vous réuni cette équipe considérable?

Roozbeh Tabandeh: Ce sont des artistes que je connais depuis longtemps. Khosro Berahmandi est le premier artiste que j’ai rencontré lorsque j’ai déménagé à Montréal en 2015, et nous avons noué une relation étroite depuis lors. J’ai rencontré Sandeep Bhagwati à Concordia, où j’ai étudié la composition musicale. Au cours des nombreuses années où j’ai étudié avec lui, j’ai travaillé avec lui, j’ai voyagé avec lui, et il reste l’une des personnes les plus influentes dans ma vie artistique. Je connais également Hadi depuis plusieurs années. Sa relation étroite avec Khosro a également été un atout important dans ce projet : les deux artistes visuels ont une compréhension et un respect profonds pour le travail de l’autre. J’ai rencontré Haleh pour la première fois en 1999 à l’école d’architecture en Iran. Nous avons grandi ensemble il y a 26 ans! Nous avons étudié l’architecture dans la même école, avons fondé notre bureau d’architecture qui a été actif pendant environ 15 ans, nous nous sommes mariés, puis avons immigré ensemble à Montréal, et travaillé sur plusieurs productions au fil des ans. Haleh et moi partageons une esthétique artistique extrêmement proche, ou du moins deux facettes complémentaires d’une même vision.

J’ai également une relation très particulière avec Paramirabo. Je suis ami avec la plupart de leurs musiciens et j’ai travaillé avec eux individuellement sur différents projets au cours des dix dernières années. Mais c’est mon premier projet avec l’ensemble au complet. Et ce n’est qu’un début, j’espère! Chants Libres est resté un autre partenaire du projet depuis la présentation d’une première version de l’œuvre dans le cadre de l’OperActuel 2024. Leur structure fluide permet à divers chanteur.euse.s de se joindre à eux et de participer à différentes productions, telles que Songs of the Drowning. Le Vivier nous accompagne depuis l’année dernière en tant qu’organisme hôte et nous avons développé une relation très positive et professionnelle au cours de la production de ce projet.

PAN M 360: Y aura-t-il un document audiovisuel tiré de cette performance?

Roozbeh Tabandeh: Effectivement, le concert et les répétitions seront documentés et mis à la disposition du public dans le futur.

Établi depuis 1989, l’orchestre de chambre de 15 interprètes fondé par Lorraine Vaillancourt sous la bannière Nouvel Ensemble Moderne (NEM) lance sa saison 2025-2026 sous la direction artistique et musicale de Jean-Michaël Lavoie, qui en est à sa deuxième saison à la barre du NEM. Deux programmes sont présentés en autant de soirs, soit les 15 et 16 octobreé Sous la direction partagée de Jean-Michaël Lavoie et de Lorraine Vaillancourt, le premier programme intitulé le NEM et la relève met en relief le compositeur renommé Brian Current et procède à trois créations des compositeurs.trices Christina Volpini, Tom Lachance et Francis Battah. Le second programme se consacre à l’accordéon à travers des oeuvres de Snezana Nesic et de Denis Gougeon, et le plat principal a de quoi étonner: l’exécution du Sacre du printemps d’Igor Stravinski, dans un arrangement pour orchestre de chambre signé François Vallières, altiste au sein du NEM. Voilà pourquoi PAN M 360 vous présente cette interview avec Jean-Michaël Lavoie.

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Du 9 au 13 octobre 2025, Les Rendez-vous ès Trad tiennent leur 34e édition dans la région de la Capitale Nationale. Une réunion automnale de 5 jours où les contes, les activités familiales, la chanson traditionnelle et la gigue se rencontrent pour petits et grands. Situé au magnifique Domaine des Maizerets, l’évènement est une parfaite occasion de jumeler activités et patrimoine vivant lors du long week-end de l’Action de Grâce. On a attrapé Cassandre Lambert-Pellerin, l’une des co-directrices de l’organisation, entre deux tornades de tâches pour en savoir un peu plus sur la programmation et l’ambiance qu’on peut vivre sur place durant le grand week-end.

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PAN M 360 : Quelle était l’idée à la base de la création du Festival És Trad?

Cassandre Lambert-Pellerin : Le Centre de valorisation du patrimoine vivant existe depuis 1981. Au départ, ça s’appelait  Les Danseries de Québec, car à l’Université Laval dans les années 70 il y avait un groupe de jeunes qui organisait des veillées de danse traditionnelle. Comme ils étaient tous étudiants en art, ils appréciaient aussi les contes et la musique alors ils ont commencé à réfléchir à un évènement qui en 1991 a vu le jour sous le nom de Contes et Violons.  L’idée ensuite de créer un moment fort durant l’année a continué à se renouveler et maintenant, ça donne un peu le coup d’envoi à notre saison ; durant l’année, on organise plein d’autres soirées de danse, de concerts, d’animations, de foires artisanales et de tournées scolaires. Donc voilà, l’idée était de perpétuer le mandat de départ en l’adaptant à la modernité.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui distingue votre événement des autres festivals de musique traditionnelle?

Cassandre Lambert-Pellerin : D’abord ce n’est pas juste de la musique, on a aussi beaucoup de danse et on a aussi le volet chanson! (haha) Ce qui nous distingue beaucoup des autres festivals, c’est qu’on n’a pas beaucoup de concerts, on a beaucoup d’activités! On sort de la logique typique du consommateur de culture passif, on n’est vraiment pas là-dedans. Le public est amené à participer et tout le monde est acteur.trice de sa culture en y venant. Dans les arts traditionnels, il y a cette idée et cette volonté de communauté qui est très très forte. On est tissés serrés comme on dit, alors on essaie d’insuffler cette mentalité. En plus de ça, on essaie de repousser un peu les formats qu’on voit dans les autres festivals, comme par exemple Les Trios Éphémères où on pige, dans les participants du festival, trois artistes qui ne se connaissent pas et vont créer quelque chose ensemble. On a aussi La Joute Chantée qui est comme un match d’improvisation, mais où les réponses aux demandes de l’arbitre sont des réponses musicales traditionnelles. Et le public va voter! C’est vraiment super le fun et ça ne se voit pas dans les autres festivals.

PAN M 360 : Ciblez-vous une clientèle particulière de la région de la Capitale-Nationale?

Cassandre Lambert-Pellerin : C’est sûr que les gens qui aiment déjà beaucoup le patrimoine vivant et les arts traditionnels on est contents de les accueillir mais on trouve toujours que c’est l’occasion d’aller chercher du nouveau public. On est basés au Domaine des Maizerets, qui est un superbe site et qui est dans un secteur résidentiel. Donc y’a des gens qui sont proches et qui ont l’habitude de fréquenter le domaine qui se rajoutent aussi puisque notre programmation est gratuite. Les enfants sont toujours les bienvenus, le patrimoine vivant c’est très intergénérationnel, et donc cette année, on a mis sur pied trois nouvelles activités pour eux, à dix heures le matin, vraiment pensées pour la famille. C’est très varié dans nos veillées : on a autant des gangs de l’université que de retraités! (haha)

PAN M 360 : À quoi peuvent s’attendre les personnes qui n’ont jamais assisté à l’évènement?

Cassandre Lambert-Pellerin : Ils vont rencontrer leurs futurs nouveaux meilleurs amis qu’ils ne connaissent pas encore! (haha) Je veux insister sur le fait que, même pour les activités de danse, c’est vraiment normal de venir seul. Les évènements sont faits pour que tout le monde puisse trouver un(e) partenaire sur place! Moi je me souviens, quand j’ai mis le pied au festival la première fois, une personne m’en a présenté une autre, qui a décidé de faire le tour pour me présenter tout le monde (haha)! C’est ça l’ambiance : une grande famille!

PAN M 360 : Quel genre d’installations retrouve-t-on sur le site?

Cassandre Lambert-Pellerin : On a un grand chapiteau, avec un immense plancher de bois pour danser. Le chapiteau est à l’arrière du bâtiment principal et comme c’est l’automne et qu’il fait pas chaud, on a un peu de chauffage. On a aussi quelques activités qui vont se dérouler dans la petite chapelle, dont un vernissage et une initiation à la sérigraphie, ainsi que le Chalet Lacroix où on fait les ateliers pour la famille, les apéros chantés et les jams de fin de soirée, où on joue de la musique jusqu’à tard.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu du site choisi pour accueillir les festivités?

Cassandre Lambert-Pellerin : C’est notre troisième année au Domaine des Maizerets et on est vraiment contents! L’activité qui conclut le festival chaque année, c’est une randonnée chantée en forêt, inspirée du temps où pour parcourir de longs trajets marchés, les gens chantaient. Auparavant on changeait de parc chaque année puis éventuellement on est venus au Domaine, où il arrivait déjà qu’on fasse des soirées de danse dans le bâtiment principal. C’est un endroit tellement majestueux avec ses grands arbres et la communauté avait déjà beaucoup d’affection pour le lieu alors on s’est dit qu’on allait les contacter pour établir le pignon sur rue du festival!

PAN M 360 : Quels sous-genres de musique peut-on retrouver durant le week-end?

Cassandre Lambert-Pellerin : Les deux spectacles qu’on a cette année, c’est Galant, tu perds ton temps, un quintette de musique traditionnelle québécoise chantée a cappella avec beaucoup d’harmonies qui est accompagné uniquement de percussions, et le duo Alexis Chartrand, qui est un violoniste baroque ayant grandi dans une famille traditionnelle qui présente un répertoire québécois tout en subtilité accompagné par l’Américain Nic Gareiss à la gigue, ou plutôt au flat-footing. C’est une danse percussive originaire des Appalaches, qui est beaucoup plus proche du sol. Ce qui fait que parfois, la gigue devient plus mélodique et le violon plus percussif donc c’est vraiment deux échanges supers intéressants, bien appuyés par les percussions, pour lesquels on a très très hâte et qui peuvent rafraîchir l’idée qu’on se fait de performances traditionnelles!

PAN M 360 : Pourquoi choisir le début de l’automne comme fenêtre de l’événement?

Cassandre Lambert-Pellerin : La musique trad c’est toute l’année! (haha) Des fois, les gens ont des idées un peu préconçues en disant : « Ah! La musique trad c’est bon pendant les fêtes! C’est bon à la Saint-Jean! » en visant ces moments très très précis comme étant ceux pour le patrimoine vivant mais nous on s’est implantés en plein milieu des deux, pour rappeler que y’a aucun mauvais moment. Aussi, dans la région de Québec, le calendrier des festivals est tellement bien rempli qu’on est contents d’avoir notre petite niche à l’automne, durant le long congé pendant lequel les gens sont libres.

PAN M 360 : Est-ce que l’équipe est déjà en train de penser à l’édition 2026?

Cassandre Lambert-Pellerin : On a plein de belles idées pour la prochaine édition qu’on accumule, des propositions d’invités et tout ça mais en même temps on pense aussi à ce qui va se passer en Janvier puisqu’on collabore également avec Kaléidoscopes, donc on a très hâte de pouvoir dévoiler tout ça. Mais forcément, comme on est deux codirectrices qui ont repris l’organisation il y a six ans et qu’on a une adjointe à temps très partiel qui nous aide un peu, on se prend d’avance pour organiser environ 300 activités par année! (haha)

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À l’occasion du Vibrations Festival 2025 — qui comprendra un symposium ainsi que plusieurs concerts — nous avons rencontré Joao Lenhari, directeur du Big Band de l’Université de Montréal. L’ensemble se produira au Théâtre Outremont le 16 octobre pour célébrer son quarante-cinquième anniversaire, avec étudiants et membres du département partageant la scène. Avant le concert, Joao Lenhari nous a parlé de sa vision pour l’avenir du Big Band, de quelques aspects de musicologie et de moments forts de sa carrière.

PAN M 360 : Le Big Band de l’UdeM est sous votre direction depuis 2023. Quels sont vos objectifs à long terme et à court terme pour l’ensemble ? Y a-t-il des réalisations dont vous êtes particulièrement fier depuis que vous avez pris la direction ?

Joao Lenhari : Bonne question. Ce que je peux dire, c’est que mon projet à long terme avec le Big Band de l’UdeM est de susciter de plus en plus l’intérêt des jeunes générations pour jouer dans un big band. Nous connaissons tous l’essor de l’intelligence artificielle dans la musique, et je valorise le savoir humain. Au niveau universitaire, je souhaite continuer le legs d’excellence de l’Université de Montréal.

Pour y parvenir, les objectifs à court terme sont essentiels. Mon objectif chaque année est d’aider les étudiants à se dépasser et à progresser ensemble. Le jazz est démocratique — nous interagissons toujours et nous confrontons à différentes perspectives musicales. Cependant, au sein d’un grand ensemble comme un big band, il faut se consacrer pleinement à l’atteinte du meilleur résultat musical possible. En procédant ainsi, je suis convaincu que tous les étudiants ayant fait partie du Big Band avec moi conserveront cette expérience tout au long de leur vie. C’est mon plus grand objectif en tant que professeur : préparer mes étudiants à réussir dans le monde professionnel et, surtout, leur apprendre à se comporter de manière appropriée et éthique.

Oui, il y a certaines réalisations dont je suis très fier depuis que j’ai pris la direction du Big Band : les concerts avec nos invités internationaux — de grands noms du jazz — et l’enregistrement du cinquième album du Big Band de l’UdeM. D’ailleurs, j’aimerais profiter de cette occasion pour annoncer que vous entendrez bientôt parler de cet album, qui rend hommage aux chanteuses de jazz. Il s’intitulera Intemporel Vol. II – Hommage à la Voix Féminine. Restez à l’affût: c’est notre cadeau surprise d’anniversaire pour le public.

PAN M 360 : Je vois qu’il y a de très belles pièces au programme, notamment des arrangements de Monk, Gil Evans et Benny Golson, ainsi que plusieurs compositeurs de l’époque de Tin Pan Alley. En tant que directeur et interprète de musique de big band, quelle est votre période préférée ? Avez‑vous des compositeurs favoris ?

Joao Lenhari : Je n’ai pas de période particulière que je préfère. Toutes les périodes sont importantes et contiennent des œuvres merveilleuses. Il convient de souligner que la plupart des arrangements que nous allons interpréter sont essentiels au développement musical des jeunes musiciens. Je les ai choisis précisément pour donner aux étudiants l’occasion d’explorer différents styles d’arrangement et les encourager à mener des recherches individuelles afin d’interpréter les pièces de la manière la plus cohérente possible. Grâce à mon expérience, je peux mettre en avant des éléments interprétatifs spécifiques à chaque époque — le vibrato, l’attaque, le mélange des sons, la fin des notes, le ressenti du temps, et bien d’autres aspects propres à chaque période.

Pour répondre brièvement à votre question : je n’ai pas de préférence pour une époque en particulier, mais je peux vous dire que je suis complètement passionné par Thad Jones !!!

PAN M 360 : Lorsqu’on évoque les styles musicaux brésiliens et leur influence sur le jazz, ce sont souvent la samba et la bossa nova des années 1960 qui sont citées. En tant que spécialiste à la fois du jazz et de la musique brésilienne, y a-t-il d’autres styles brésiliens que vous considérez comme importants dans le développement du jazz ? Y a-t-il des styles que vous pensez que le public devrait mieux connaître ?

Joao Lenhari : Comme tout le monde le sait, le Brésil est un pays immense, on peut donc dire qu’il y a plusieurs « Brésil » à l’intérieur du Brésil. Les styles qui ont obtenu la plus grande reconnaissance internationale ont été la samba — d’abord avec Carmen Miranda, durant la période de la politique américaine du « Good Neighbor » — puis la bossa nova, notamment grâce à l’album Getz/Gilberto et au concert de Carnegie Hall en 1962.

Je pense également que la musique de Milton Nascimento est extrêmement importante pour le développement du jazz moderne, notamment en raison de sa relation étroite avec Wayne Shorter. La musique d’Hermeto Pascoal, qualifiée de « musique universelle », a aussi eu une forte influence sur le jazz.

Quant aux styles musicaux, je crois que dès que l’on considère la musique comme quelque chose de divin et d’élevé — et pas seulement comme un produit commercial — chacun devrait ouvrir son esprit et écouter autant de styles que possible, en absorbant les éléments uniques de chacun. En fin de compte, la musique est infinie, et tout ce que nous pouvons absorber et apprécier est bénéfique pour tous.

PAN M 360 : En tant qu’arrangeur expérimenté, quelles sont selon vous les meilleures façons de devenir efficace et rapide dans l’écriture musicale ? Quelles compétences considérez-vous comme essentielles lorsqu’on écrit pour le cinéma ou la télévision ?

Joao Lenhari : Tout d’abord, il est essentiel d’écouter beaucoup de musique. Je crois que l’apprentissage de la musique devrait ressembler à l’apprentissage d’une nouvelle langue : on commence par apprendre les sons des mots, puis la construction des phrases, et enfin la manière d’organiser ces phrases pour former un texte. L’écriture d’un arrangement suit un processus similaire — d’abord, on entend un son dans notre esprit, ensuite on choisit les éléments que l’on souhaite inclure, et enfin on les organise.

J’aime dire que la théorie est un outil qui nous aide à exprimer de manière organisée ce que nous portons à l’intérieur. Mais ce qui importe réellement pour un arrangeur, c’est ce qu’il a en lui — sa créativité, sa capacité à faire ressentir des émotions avec un passage musical simple selon sa propre vision.

Je pense que cela répond également à la question concernant la musique pour le cinéma ou la télévision : il faut regarder la scène de nombreuses fois et ressentir l’émotion que l’on souhaite transmettre à travers la musique. La musique est présente partout, et en tant qu’arrangeur, j’aime mettre en valeur de petits détails parfois imperceptibles, mais qui font toute la différence.

PAN M 360 : Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que vous avez accompagné Roberto Carlos à plusieurs reprises. Il m’est venu à l’esprit que ceux qui connaissent moins la musique latino-américaine ne saisiraient peut-être pas l’énorme popularité de cet artiste au Brésil et dans l’Amérique latine hispanophone. Comment expliqueriez-vous son importance à quelqu’un qui ne connaît pas son travail ?

Joao Lenhari : Vous avez vraiment fait vos recherches sur moi ! Haha j’ai eu le grand plaisir et l’honneur de travailler avec Roberto depuis 2008. Ma dernière tournée avec lui a eu lieu à l’été 2024 aux États-Unis. Depuis, je n’ai pas pu coordonner mon emploi du temps ici à Montréal pour me rendre au Brésil pour les concerts.

Ce que je peux dire à propos de Roberto, c’est qu’il est tout simplement le plus grand chanteur de l’histoire de la musique populaire latino-américaine. On pourrait dire qu’il est le Frank Sinatra de l’Amérique latine — il a vendu plus de disques que les Beatles dans la région, ce qui est incroyable. J’ai eu le privilège de voyager dans plus de 25 pays avec lui et, grâce à ce travail, j’ai rencontré de nombreuses personnes, découvert la culture de différents endroits et beaucoup appris sur la musique traditionnelle de chaque pays.

Je peux citer notamment le concert en direct sur la mythique plage de Copacabana à Rio de Janeiro devant plus de 500 000 personnes, ainsi que le concert à Jérusalem en 2011 — ces deux concerts ont été très spéciaux pour moi.

La 24e édition de La Virée Trad se déroule du 10 au 12 octobre pour le dernier week-end de festivités de la saison. C’est à Carleton-Sur-Mer, en Gaspésie, que se déroulera cet événement servant de tremplin à la musique traditionnelle et honorant du coup notre mémoire musicale et culturelle. Petits et grands, locaux ou internationaux : tout le monde est bienvenu durant la fin de semaine où activités, conférences, spectacles et danse se relaieront entre mer et montagne. On a réussi à causer quelques instants avec son directeur, Samuel Téguel, afin d’en savoir un peu plus sur la programmation et les surprises auxquelles on peut s’attendre pour ce long congé festif.

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PAN M 360 : Qu’est-ce qui distingue La Virée Trad?
Samuel Téguel :
D’abord, la saison puisque La Virée a lieu la fin de semaine de l’Action de Grâce. C’est un des derniers festivals de la saison dans l’Est du Québec. Donc, dans un environnement automnal, ça rajoute à la singularité de l’événement. Ensuite, forcément la programmation: on se distingue des autres festivals où il y a uniquement de la chanson ou de la pop. Aussi, on offre beaucoup d’ateliers, que ce soit initiation à la gigue ou au violon, et les artistes y sont très accessibles. Enfin, l’ambiance! Il faut vraiment vivre le festival pour comprendre l’énergie humaine qui s’en dégage! C’est un lieu de fête, de rassemblement, et d’échange : entre la mémoire et aujourd’hui. La Grande Veillée en est le parfait exemple : si vous arrivez seul, vous repartirez clairement en ayant connu du monde!

PAN M 360 : Quel objectif ou mission aviez-vous en tête lors de la création du Festival?
Samuel Téguel 
: Initialement, l’idée était vraiment de prolonger la saison festive, tout en se basant sur les 4 pilliers : culturel, social, financier et environnemental. On ne voulait pas juste avoir un autre évènement qui allait venir s‘ajouter à la surabondance d’offres durant la haute saison. On voulait un évènement qui rassemble et qui nous ressemble. Et en y réfléchissant, on s’est vite rendu compte qu’il y avait un manque au niveau de la diffusion et du rayonnement de la musique et chanson traditionnelle.

PAN M 360 : Le festival existe depuis 2001, plus de 20 ans, avez-vous une grosse équipe pour coordonner tout ça?
Samuel Téguel :
J’aurais aimé vous répondre oui (haha)! En fait, l’équipe qui porte le projet est celle du diffuseur multidisciplinaire duquel je suis à la direction générale depuis 25 ans. C’est un diffuseur à double mandat : on opère une salle de spectacle à l’année et on pilote aussi le projet de La Virée Trad. Au cœur de tout ça, deux employés permanents. Ça vous donne une idée de la charge de travail pour deux personnes!

PAN M 360 : Vous avez fait grandir ce projet en région, dans le décor enchanteur de Carleton-Sur-Mer, était-ce un moyen pour vous de dynamiser l’offre culturelle gaspésienne?
Samuel Téguel :
Oui absolument! Et par les quatre piliers sur lequel la mission est basée, ce n’est pas seulement le milieu culturel qui jouit des retombés positives mais toutes les communautés : les producteurs bio-alimentaires et les artisans aussi puisqu’on met en place par la bande, le plus gros marché public dans l’Est du Québec. Vous pouvez remplir votre frigo avec de bonnes choses, embellir avec des créations originales et remplir vos oreilles d’héritage musical.


PAN M 360 : À quels sous-genres de musique peut-on s’attendre durant le week-end traditionnel?

Samuel Téguel : Cette année, on aura la chance d’accueillir des musiciens québécois, acadiens et belges. C’est une des éditions les plus relevés artistiquement : on aura l’occasion de voir et d’entendre Startijenn, qui viennent de la Bretagne et roulent leur bosse traditionnelle partout en Europe et en Asie depuis 30 ans. On aura également le projet Traverse ayant remporté le prix Opus du meilleur album traditionnel en 2024. On a également Gentilcorum, lauréat 2024 du Prix de musique folk canadienne. Au niveau du volet acadien, on accueille La famille Leblanc, constituée des deux parents et de leurs trois filles qui ont récemment joué au Festival Interceltique de l’Orient en Europe . On a très hâte également de présenter La Sporée, une compagnie de danse contemporaine présentant le spectacle L’écho des racines, où la gigue et le flamenco se mélangent. Enfin, on aura pour clore la soirée du samedi le passage assez spécial et toujours très apprécié de DJ DaOve, le projet de Dâvi Simard où il passe dans le tordeur électro toutes sortes de morceaux folkloriques québécois et acadiens récents en ayant toujours comme intention de faire honneur à la pièce originale. Ça dresse un petit portrait de la diversité de la programmation à laquelle on peut s’attendre!

PAN M 360 : Visez-vous plus particulièrement une catégorie de public avec cet événement?
Samuel Téguel :
Je vous dirais que l’essence du trad est de rejoindre un public intergénérationnel. Il y a peu de musiques qui génèrent un tel engouement autant chez les ados que chez les personnes de 80 ans et plus. Durant La Grande Veillée dont je vous parlais tantôt, on a de plus en plus de jeunes qui participent et sur le plancher de danse, on retrouve les petits, les parents dans la trentaine ou la quarantaine et les grand-parents encore fringants qui viennent danser un set carré. Ça donne un beau mélange insolite qu’on retrouve rarement ailleurs! D’un autre côté, on se ramasse avec un public venant des quatre coins du Québec, des États-Unis et de l’Europe aussi! On a un panel de festivaliers très très large!


PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi l’automne comme période d’activité?

Samuel Téguel : Bien on voulait prolonger la saison touristique et comme il y a déjà un maximum d’événements l’été et durant la fête du travail, on a pensé au week-end de l’Action de Grâce parce que la communauté scolaire tombe en congé et comme c’est un long week-end, les gens ont la liberté de se déplacer.

PAN M 360 : Êtes-vous déjà en train de cuver la sélection de 2026?

Samuel Téguel : Oui un petit peu quand même! (haha) L’année prochaine ce sera le 25e anniversaire du festival alors on travaille à vous préparer une autre belle édition, mais je ne peux pas vous donner trop d’indices encore.

INFOS ET BILLETS DE LA VIRÉE TRAD ICI

Tama est le dernier album de Kabey Konaté, cet artiste originaire du Burkina Faso mais qui a grandi en Côte d’Ivoire. Installé au Québec depuis 2017, il a collaboré avec de grands noms du reggae à Montréal pour venir à bout de ce projet. Entre autres, il a travaillé avec Ons Barnat, une sommité dans le milieu reggae à Montréal mais également Sol-Etienne Labess qui l’accompagnera à la batterie lors de son spectacle du 11 octobre au Club Balattou. Sandra Gasana s’est entretenue avec Kabey à quelques jours de son spectacle tant attendu.





À l’occasion de son 20e anniversaire, Voces Boreales et l’organiste Henry Webb proposent un programme ambitieux, présenté le samedi 18 octobre à l’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Sous la direction artistique du chef de chœur et arrangeur Andrew Gray, qui a aimablement répondu aux questions de PAN M 360, ce programme proposera « un voyage musical mêlant quête de paix et d’humanité »… « Un concert qui plonge au cœur de la quête de sens, d’amour et de beauté absolue. »

Fondée en 2006, la chorale d’élite Voces Boreales est devenue un pilier de l’écosystème musical canadien. Deux décennies plus tard, Voces Boreales a cumulé une série de collaborations audacieuses et contemporaines, notamment avec la chanteuse Karen Young, la poétesse Hélène Dorion, le Quatuor Bozzini, le quatuor de saxophones Quasar et autres BradyWorks.

Célébrons donc la saison du 20e anniversaire de la chorale avec ce premier programme, qui justifie la réalisation de cette interview.


PAN M 360 :  Quelles sont, selon vous, les principales réalisations de Voces Boreales, 20 ans après sa création ?

Andrew Gray : Je pense que l’une de nos principales réussites (outre le fait d’être toujours là après deux décennies, ce qui n’est pas une mince affaire compte tenu des difficultés constantes pour obtenir un soutien financier) est d’être restés pertinents tant sur le plan artistique que culturel, tout en développant notre mission. Sur le plan artistique, nous continuons à soutenir les artistes émergents de multiples façons (qu’il s’agisse de chanteurs, de compositeurs ou de chefs d’orchestre), nous maintenons un programme de sensibilisation et d’éducation culturelle à travers des ateliers et des classes de maître, et nous donnons des concerts en dehors de la métropole (Dorval, Pointe Claire, Repentigny, Valleyfield, La Prairie, Laval, Joliette, etc.). Depuis deux décennies, nous avons donné la priorité aux chanteurs montréalais, en les aidant à développer leurs compétences et leur expérience au sein de l’ensemble, ce qui leur permet souvent de se lancer dans une belle carrière solo. Cela reflète tout à fait le parcours que j’ai moi-même suivi en tant que chanteur, puis en tant que chef d’orchestre.

Nous sommes également particulièrement fiers d’avoir pu maintenir l’activité et même développer l’organisation pendant la pandémie grâce à une conception intelligente des projets et à des performances innovantes. De nombreuses autres organisations ont dû réduire considérablement leurs activités, voire fermer leurs portes pendant la même période. Les branches de ces projets continuent à se développer pour les années à venir.

Une autre réalisation – qui, espérons-le, se poursuivra longtemps (!) – est notre programmation de répertoire canadien, qui nous permet de commander régulièrement de nouvelles œuvres à des compositeurs canadiens et québécois et de créer de nombreuses œuvres contemporaines qui n’ont jamais été chantées auparavant au Canada, au Québec ou à Montréal.

Voces Boreales est désormais une composante reconnue et acceptée de la « fabrique culturelle », avec un nombre croissant de collaborations avec de grandes organisations artistiques (par exemple, collaboration avec la SMCQ 2024, avec le CIOC 2025).

PAN M 360 : D’une manière générale, comment cela se traduit-il dans le choix des œuvres et la
préparation de l’ensemble pour votre 20e anniversaire ?

Andrew Gray : L’une des beautés de la musique contemporaine réside dans le fait qu’elle naît et respire en temps réel, au cours de notre vie. La plupart des œuvres que nous explorons ont été composées récemment ou de mémoire d’homme (à quelques exceptions près, bien sûr). C’est pourquoi, pour cette 20e saison, j’ai tenu à choisir des thèmes vastes et inclusifs, afin d’inclure non seulement des œuvres que je souhaitais présenter depuis longtemps, mais aussi des thèmes susceptibles d’émouvoir et de toucher l’humanité tout entière. 

Friede auf Erden (Paix sur terre) de Schönberg, l’un des chefs-d’œuvre choraux les plus ambitieux du XXe siècle, est une œuvre que je souhaitais présenter depuis longtemps. Elle occupe une place centrale autour de laquelle s’articule le reste du programme. Je n’ai pas assez de temps ni d’espace ici pour décrire tous les éléments incroyables de cette pièce de 8 minutes, mais je me contenterai de dire qu’elle est absolument incontournable, tant pour les chanteurs que pour le public. Les œuvres qui l’entourent abordent des thèmes qui nous touchent tous : la naissance, l’enfance, la famille, la mort, le pardon, la rédemption et l’amour. L’ampleur dramatique, émotionnelle et dynamique de ces œuvres nous transporte de moments très calmes, relaxants et reposants à des expériences extrêmement puissantes et culminantes, reflétant parfaitement la richesse des expériences humaines qui nous unissent.

Notre existence dans le monde naturel et le partage de cette planète sont un autre thème commun à tous. Ici, à Montréal, le fleuve Saint-Laurent revêt une importance considérable, tant sur le plan physique qu’historique et culturel. Ma famille et moi vivons sur ses rives et, comme la plupart des Québécois, nous l’avons exploré tout au long de son parcours, tant vers l’ouest jusqu’aux Grands Lacs et au-delà, que vers l’est jusqu’à l’océan. La trilogie Sea Dreams de Peter Anthony Togni résume magnifiquement l’importance et la grandeur des grands plans d’eau, et lui commander un quatrième mouvement spécifiquement consacré au fleuve Saint-Laurent semblait être le point de départ idéal. Des pièces d’autres compositeurs canadiens ainsi que des œuvres du monde entier mettront à nouveau en valeur la virtuosité du groupe, rendront hommage à ses origines d’il y a 20 ans (avec une œuvre scandinave importante) et nous aideront à explorer ce thème central fédérateur. 

PAN M 360 : Pourriez-vous nous parler un peu de votre partenariat avec le Concours international d’orgue du Canada ?

Andrew Gray : Notre collaboration avec le CIOC s’est faite de manière très organique (pardonnez le jeu de mots !) et a débuté avec la programmation de deux œuvres chorales exceptionnelles qui nécessitent un orgue : Seek Him that maketh the seven stars de Jonathan Dove et Mother and Child de Sir John Tavener. Afin d’intégrer ces pièces dans un programme autrement a cappella, il était évident que la première étape consistait à discuter avec Jean Willy-Kunz, directeur artistique du CIOC. Nous avons ensuite invité Henry Webb, un jeune organiste très talentueux, à collaborer avec nous sur ce projet. Le CIOC nous a été d’une aide précieuse tout au long du processus et nous a aidés à organiser l’accès à l’église et à ses deux orgues jumeaux (un à chaque extrémité) que Henry utilisera à merveille, en les jouant tous les deux à partir d’une seule console.

PAN M 360 : Plus précisément, examinons le programme du 18 octobre : pourriez-vous commenter brièvement le choix de chaque œuvre du programme et nous parler des défis que pose leur interprétation ?
Andrew Gray :
Arnold Schönberg (1874-1951) Friede auf Erden

Voir ci-dessus et ceci:

Il s’agit d’une œuvre qui, comme Schönberg l’a lui-même déclaré plus tard dans sa vie, a été écrite à une époque où il croyait que la « paix » était un objectif réalisable. Désabusé par les réalités de la guerre, cette œuvre représente aujourd’hui l’exigence absolue pour nous tous de continuer à croire en la paix et à lutter pour elle, à l’échelle mondiale, internationale et envers nos voisins dans les rues de nos propres villes. Et tout ce qui se passe actuellement dans le monde renforce l’importance de ce message, de ce thème, de la pertinence de ce programme.


Sir John Tavener (1944-2013) Mother and Child

– La paix commence à la maison, dans l’amour du regard d’une mère. Elle est omniprésente et toujours guide. La musique de Tavener incarne le mystique, l’impressionnant, l’éternel et fait référence à l’ancien mot sanskrit signifiant « celui d’où tout vient et vers lequel tout retourne ».


Ramona Luengen (née en 1959) O süsses Licht

Une merveilleuse compositrice canadienne s’inspire des anciens chants grégoriens et les combine à son propre style contemporain pour mettre en musique des textes d’Edith Stein. Stein et sa sœur sont mortes à Auschwitz. Pour œuvrer en faveur d’une paix durable, il faut se souvenir des leçons du passé.


Alexander L’Estrange (né en 1972) Le Prophète

Le poète libano-américain Kahlil Gibran croyait en l’unité de la religion, accueillait chez lui des personnes de toutes confessions et a écrit sur la condition humaine dans son ouvrage Le Prophète. Lorsque j’ai appris que mon bon ami (je suis le parrain de son plus jeune fils) et compositeur de renom Alexander L’Estrange avait mis en musique certaines parties des textes pour un ensemble a cappella, j’ai su que cela conviendrait parfaitement à ce programme. Sa musique est magnifique, incroyablement sensible au texte et très accessible. Ce sera également la première représentation canadienne. 
Florence B. Price (1887-1953) Adoration

Une courte œuvre pour orgue, dans un style calme et méditatif, est incluse afin de créer un moment de calme et de réflexion tranquille. Découverte il y a seulement 15 ans dans l’Illinois parmi d’autres œuvres perdues (elle a été écrite en 1951), cette pièce évoque une dévotion sacrée qui reflète la nature de la foi profonde du compositeur. L’écoute de cette œuvre permettra de réfléchir aux thèmes présentés au cours de la soirée et d’apprécier les sons des orgues Casavant.


Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010) Veni Sancte Spiritus, op. 61

Cette mise en musique implacablement paisible du texte « Come Holy Spirit » est une méditation musicale. Une prière douce mais répétitive et insistante qui comprend des phrases telles que : « Guéris nos blessures et nos douleurs, adoucis ce qui est dur et obstiné, réchauffe nos cœurs froids et rigides, guide tous ceux qui sont égarés ». Il me semble que ces sentiments sont aussi importants aujourd’hui qu’ils l’ont toujours été et qu’ils nous montrent le chemin vers la paix.

Slava Morotow Psaume 70
Le compositeur canadien Slava Morotow était l’invité vedette de l’un de nos ateliers de composition pour compositeurs émergents. Son esquisse d’une adaptation du Psaume 70 a ensuite été achevée et nous en donnerons la première représentation lors du concert. Au cœur du psaume se trouve une supplication pour que soient arrêtés ceux qui souhaitent nous faire du mal. 

Jonathan Dove (1959 – ) Seek Him that Maketh the Seven Stars

Cherchez celui qui… transforme l’ombre de la mort en matinée. Oui, les ténèbres brillent comme le jour, la nuit est lumière autour de moi. 

Le thème de la lumière, et plus particulièrement celui de la lumière des étoiles, est une source d’inspiration inépuisable pour les compositeurs et constitue un autre thème fédérateur pour tous. L’hymne commence par une image musicale du ciel nocturne, un motif d’orgue répété représentant des étoiles scintillantes qui amène le chœur à se demander qui les a créées. Le refrain « Cherchez-le » commence par un désir dévotionnel, mais se transforme finalement en une danse joyeuse, pour finir dans la sérénité. C’est un message d’unité et d’espoir. 

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L’industrie musicale est dominée par le désir d’indépendance, qui se reflète dans le nombre toujours croissant d’artistes solo. Il est extrêmement rafraîchissant de voir un groupe dans sa forme la plus authentique, fondé sur des goûts communs et la collaboration. Il existe une alchimie indéniable entre les membres de Wolf Alice, qui sont ensemble depuis plus de dix ans maintenant. Leur performance était très aboutie, mais laissait place à l’improvisation et permettait aux membres du groupe d’être simplement des amis jouant leur musique. S’il y a une chose pour laquelle Wolf Alice mérite d’être félicité, c’est bien le pouvoir et l’emprise qu’il exerce sur une salle. Il y avait une intimité confortable entre le public et la scène du Théâtre Beanfield, le groupe ayant invité une fan à monter sur scène pour chanter « Safe From Heartbreak ». C’était très touchant, car ce n’est pas courant. La fan a simplement demandé si elle pouvait le faire et le groupe a répondu : « Oui, pourquoi pas ». Le set était un beau mélange de chansons issues de leur dernier album, The Clearing, et de vieux classiques, avec des niveaux d’énergie variés, allant des hymnes rock comme « Play The Greatest Hits » et « Formidable Cool », pendant lesquels la chanteuse Ellie Rowsell crie dans un mégaphone et rampe sur scène en secouant ses cheveux, à des morceaux plus lents comme « Play It Out ».

La scène était décorée d’un rideau scintillant et d’une boule disco, créant une ambiance glam rock intemporelle qui correspondait bien au son de leur dernier album. Ellie était vêtue d’un justaucorps rétro et de bottes montant jusqu’aux genoux, et elle a adopté une posture imposante pendant la majeure partie du concert. Elle est une véritable force de la nature et confirme sa place de femme du rock. Le bassiste Theo Ellis a également contribué à enflammer la foule, en agitant les bras à l’avant de la scène, il dégage lui aussi une énergie de leader. PAN M 360 a rencontré les membres du groupe Wolf Alice avant le concert pour discuter des influences et du processus créatif derrière l’album The Clearing.

PAN M 360 : L’album a un son très intemporel et épuré. Associé à l’esthétique générale, on dirait qu’il pourrait sortir tout droit des années 70. Diriez-vous qu’il s’inspire spécifiquement de cette période ?

Theo Ellis: Je pense que nous avons été inspirés par les années 70, oui, et certainement par certains albums clés sortis au cours de cette décennie. Nous avons adoré All Things Must Pass de George Harrison. Nous avons dit à plusieurs reprises que nous aimions certaines parties du catalogue de Fleetwood Mac. Nous aimons le son et le fait qu’il n’y ait pas trop d’éléments ; la chanson ressort tout simplement. Nous aimons aussi Alex G, nous aimons Haim. Beaucoup de choses modernes aussi.

PAN M 360 : Comparé à vos albums précédents, celui-ci est beaucoup plus épuré sur le plan sonore, avec moins d’éléments. Était-ce quelque chose que vous aviez décidé de faire ?

Theo Ellis : Oui, c’est quelque chose que nous voulions essayer. Je pense que souvent, pour rendre les choses passionnantes et vivantes en studio, il faut faire quelque chose de nouveau. Et oui, je pense qu’il y a une certaine façon d’enregistrer avec laquelle nous sommes à l’aise, et essayer de voir à quel point nous pouvons améliorer la chanson en utilisant moins d’éléments était une contrainte passionnante pour nous. Et je pense que ce principe vous ramène aux années 70, car elles s’appuient davantage sur la partie rudimentaire du travail.

PAN M 360 : Comment vos goûts musicaux ont-ils évolué depuis Blue Weekend ?

Theo Ellis : J’ai beaucoup apprécié les instruments acoustiques juste après Blue Weekend. J’ai commencé à écouter beaucoup John Prine et Townes Van Zandt.

PAN M 360 : Lorsque vous composez, pensez-vous davantage à la place qu’occupera une chanson dans l’album ou à la façon dont elle sera interprétée en concert ?

Ellie Rowsell : Je pense qu’auparavant, nous ne pensions qu’à l’album, mais cette fois-ci, j’ai beaucoup plus réfléchi à la version live. Nous voulions vraiment éviter d’inclure trop d’éléments que nous ne pourrions pas reproduire en concert.

PAN M 360 : Y a-t-il des influences non musicales qui ont contribué à la création de l’univers de l’album ? Des films, des villes, des odeurs, des tissus, etc.

Theo Ellis : Je suppose que « All That Jazz » de Bob Fosse revient sans cesse dans le clip de « Bloom Baby Bloom ». C’est un mélange d’éléments très naturels, comme une promenade dans les bois, mais aussi des paillettes.

Joel Amey : Je ne porte que des jeans en denim bleu depuis huit mois. Pour le dernier album, j’avais l’impression de repasser des costumes en permanence. J’ai décidé que ce serait notre album denim, notre phase denim.

Photos par Elizabeth Dovolis

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