Près d’une décennie d’absence en Amérique francophone et … Thomas Fersen s’amène enfin au Palais Montcalm, le 11 juin prochain, dans le contexte d’une petite tournée québécoise. L’an dernier, l’artiste parisien lançait Le choix de la Reine , ambitieuse réinterprétation de 19 chansons de son cru, arrangées par Clément Ducol et interprétées de concert avec les percussionnistes du trio SR9.

Ainsi, tout le bestiaire de ses chansons s’agite dans une nouvelle vie devant public, Les malheurs du lion, le chat botté, La chauve-souris, Les Papillons ou Mon chien partageront la scène avec Louise, Jour de l’An, Dugenou et autres Blasé.  Le répertoire de ses classiques est entrelardé de monologues, une pratique théâtrale mise en œuvre au cours des dernières années.

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PAN M 360 : Bonjour Thomas, vous ne me voyez pas dans cette communication mais je vous indique vous avoir parlé à plusieurs reprises, mais il y a longtemps.  La première fois que j’ai fait une interview avec vous, c’était aux FrancoFolies de La Rochelle,  en 1993. 

Thomas Fersen : Quel est votre nom ?

PAN M 360 : Alain Brunet.

Thomas Fersen : Ah, Alain, bien sûr! Quel dommage que je ne te voie pas. Qu’es-tu devenu?

PAN M 360 : J’ai toujours continué à chroniquer de la musique, mais j’ai varié le tir. Des plus jeunes collègues avaient exprimé le désir de t’interviewer, j’ai donc cédé ma place pour que d’autres scribes te découvrent… et te couvrent haha ! Et on n’a qu’une vie, tant de musiques à écouter, sans renier son passé. Me revoilà d’ailleurs en train de te parler, j’en suis ravi.

Thomas Fersen : Moi aussi!  Comme toi, je n’ai pas arrêté depuis.

PAN M 360 :  Tu es beaucoup venu au Québec jusqu’au début des années 2010, moins par la suite.

Thomas Fersen : Ça fait neuf ans que je ne suis pas venu, en fait. Je pense que ça s’est étiolé sur le temps ainsi parce que, petit à petit, mon travail a suscité moins d’intérêt chez vous je pense. Le public a changé et, surtout, le secteur de la musique a changé. À un certain stade, on m’a proposé de venir seul et de répéter avec d’autres musiciens. C’était aussi un peu de ma faute de ne plus venir, car cette proposition ne me plaisait pas. Aussi, les délais entre les sorties d’albums se sont considérablement allongés. En fait, le dernier album de chansons originales est sorti en 2019.

PAN M 360 : Le Choix de la reine, un album de relectures avec une orchestration particulière, est sorti en 2025. Pourquoi un délai aussi long?

Thomas Fersen : Parce que j’ai participé à d’autres projets, deux pièces de théâtre entre autres. Et oui, j’ai fait un album, mais pas de chansons originales, sauf une seule, un morceau réarrangé par Clément Bucol, sorti l’an dernier, et qui a donc donné lieu à un spectacle uniquement avec des percussionnistes, puisqu’il s’agit d’un disque enregistré avec un trio de percussionnistes. C’est avec ce trio que je vais au Québec en juin.

PAN M 360 : J’ai écouté SR9, un trio lyonnais si j’ai bien compris.

Thomas Fersen : Oui, enfin, ils ont fait le Conservatoire National Supérieur (CNSM) de Lyon, mais ils ne sont pas tous d’origine lyonnaise. Voilà, et maintenant ils vivent à Lyon, je crois. Et Clément Ducol, compositeur et arrangeur, s’est chargé des arrangements. Il est le compagnon de Camille.

PAN M 360 :  Ah oui?! Elle a signé l’excellente bande originale du film Emilia Perez de Jacques Audiard. Très talentueuse! Mais revenons à son compagnon.

Thomas Fersen : C’est un très bon musicien! Clément est lui-même issu du CNSM de Lyon, où étudia la percussion avant de s’orienter vers la composition. Il est un peu plus âgé que le trio SR9, mais c’est là qu’il en a rencontré les interprètes. Il y a deux ans, il m’a proposé d’enregistrer un album avec eux et l’idée m’a séduit, d’autant plus que cet album marquait en quelque sorte l’anniversaire de mon premier opus, sorti 32 ans plus tôt. J’avais deux ans de retard pour le 30e anniversaire, mais ce n’était pas grave et  j’ai pensé que c’était une bonne idée.

Et surtout, je me sentais pleinement à ma place, je veux dire, dans cet environnement de percussions harmoniques, composé principalement de claviers, vibraphone, glockenspiel, marimba, xylophone. J’ai immédiatement senti que les vibrations allaient amplifier la dimension onirique de mes chansons, leur réalisme également. Et cela semblait tout à fait favorable à un projet commun.

J’ai tout de suite senti que les vibrations allaient augmenter le fantastique de mes chansons, et l’irréalité de mes chansons. C’était tout à fait favorable à un projet ensemble, voilà. Et puis entre-temps, j’ai eu ces expériences de monologue, de théâtre, donc j’ai mélangé ces monologues avec les chansons de mon répertoire pour ce nouveau spectacle. Ces monologues sont donc accompagnés de musique de mon répertoire, tout cela constitue un panorama de ce que j’ai accompli depuis la sortie de mon premier album, en juillet 1993 lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois.

PAN M 360 : Il est vrai que les arrangements s’accordent parfaitement avec ton répertoire.  Vaste rétrospective, quand même 19 chansons sur cet album!

Thomas Fersen :  Clément Ducol a fait le choix, d’ailleurs. Parce que je ne voulais rien lui imposer. Je voulais qu’il s’oriente vers ce qui l’inspirait, et je ne voulais pas le forcer à quoi que ce soit. Je pense que c’était ce qu’il fallait; pour tirer le meilleur de quelqu’un, il faut le laisser faire ce qu’il a envie de faire. Il se trouve qu’il connaissait mon répertoire, il était étudiant lorsqu’il a découvert mes chansons qu’il a beaucoup écoutées. Pour ce projet, il a entrepris de rechercher toutes ces chansons du début de ma carrière. Ce que j’ai trouvé pertinent, car il y en avait que je ne chantais plus, comme Les tours d’horloge ou Au Café de la Paix. Il en a composé d’autres qui ne figurent pas sur l’album, mais qui sont jouées en spectacle.

Avec Vincent Frèrebeau (du label Tôt ou tard), qui m’avait fait enregistrer mon premier disque et avec qui je souhaitais fêter cet anniversaire, nous avons constaté qu’il était plus pertinent de fouiller le début de mon répertoire plutôt que le récent.  Réenregistrer les vieilles chansons donnerait plus de caractère à ce projet.

PAN M 360 : C’est une forme de classicisation de Thomas Fersen.

Thomas Fersen : On m’a dit récemment que j’étais très classique, je ne savais pas si c’était péjoratif ou non. Finalement, non. La classicisation n’est pas entendue comme une consécration à plus long terme que celle qui se produit après 3, 4 ou 5 ans de sortie d’un album. Dès l’instant où l’on commence à réinterpréter son propre répertoire, on peut parler d’une forme de classicisation, non pas au sens péjoratif mais au sens de la pérennité. Et c’est pourquoi j’ai beaucoup aimé cette orchestration : pour moi, il ne s’agissait pas d’un regard tourné vers le passé et la nostalgie, mais plutôt vers l’avenir. Il m’importait donc que ce projet implique une grande part de création.

PAN M 360 : Les goûts musicaux évoluent, les chansons peuvent aussi porter ce qui nous plaît maintenant et non autrefois.

Thomas Fersen : Oui. Je suis de plus en plus attiré par ce genre d’écriture, rigoureuse et classique, moins proche du rock que j’aimais dans ma jeunesse. Il faut explorer d’autres horizons, c’est ce que je comptais faire avec Clément, j’étais donc très enthousiaste à l’idée de ce projet.

PAN M 360 : C’est réussi!  Il n’y a pas eu d’extensions harmoniques, mais en même temps, tous les effets percussifs et les harmoniques des notes elles-mêmes créent une atmosphère nouvelle, et tu as tout à fait raison de croire que cette réinterprétation est créative et actuelle. On ne peut absolument pas conclure à un projet nostalgique ou empoussiéré.

Thomas Fersen : Ce n’est pas un métier ennuyeux! Le pire pour moi serait d’être gardien de musée à mon âge (63 ans), un job de vieux…

PAN M 360 : Absolument! Il y a toujours un risque à gérer platement son patrimoine lorsqu’on atteint la soixantaine. Je parle donc à quelqu’un de bien vivant sur le plan créatif, qui s’intéresse aussi à une plus grande complexité musicale.

Thomas Fersen :  Clément Ducol, d’ailleurs , eu un tout autre itinéraire que le mien. Il était fasciné par les autodidactes qui créaient des choses, ce qui était mon cas. Et moi, de mon côté, j’ai toujours regardé sans aucune distance, sans aucune hauteur, les gens qui au contraire de moi étaient allés dans des formations plus classiques. J’avais beaucoup de respect pour ça, et j’en ai encore beaucoup aujourd’hui. Ma femme, d’ailleurs, est violoniste classique, elle m’a fait découvrir un tas de choses. C’est aussi elle qui m’aide à aller dans cette direction. C’est elle qui m’a parlé de Clément que je connaissais de réputation. En tant que violoniste, elle connaissait son répertoire et elle avait déjà eu l’occasion d’apprécier son écriture. Elle m’a fait découvrir et m’a poussé vers lui. Et ça m’a vite emballé.  

PAN M 360 :  Et donc, tes goûts se sont diversifiés. Tu as découvert non seulement à travers ta conjointe et à travers d’autres intérêts. C’est sûr que lorsqu’on dépasse la quarantaine ou la cinquantaine, on ne peut toujours écouter la même chose.

Thomas Fersen : Oui, ça correspond aussi à mon âge. Le rock ne me surprend plus… Quand on vieillit, on va vers plus de raffinement, moins d’instinct, moins de brutalité. On est plus dans la délicatesse, je pense.  Et puisque j’ai toujours ma curiosité enfantine, je suis naturellement attiré vers autre chose.

PAN M 360 : Que s’est-il passé côté théâtre?

Thomas Fersen : En fait, je n’ai pas fait de musique de théâtre, mais il se trouve qu’au cours de mes spectacles des vingt dernières années, j’ai commencé à dire des chansons et non les chanter, comme des petits sketchs de trois ou quatre minutes, récités en vers. J’ai fait ça de plus en plus, à tel point que j’ai fait à peu près 300 spectacles tout seul, où je m’accompagnais au piano pour les chansons que je pouvais dire plutôt que chanter,  les incarner autrement… Enfin, c’était un seul personnage qui parle et qui chante, sorte de petite comédie musicale pour un seul personnage. Petit à petit, on m’a demandé  si un jour les monologues de ces spectacles seraient publiés.

Pendant la pandémie, j’ai collecté ces monologues pour voir si ça constituait un ensemble. J’ai alors voulu écrire la biographie de mon personnage pour créer un lien entre tous ces textes dont le tout me semblait un peu hétéroclite. Écrire la biographie de mon personnage de chansons en lui prêtant beaucoup de ma vraie biographie, ça m’a beaucoup amusé.

Donc, j’ai écrit la biographie en vers de mon personnage de chanson, ce qui a donné lieu à au spectacle Dieu sur Terre. Et à partir de là, j’en ai fait une adaptation pour le théâtre. Et j’ai donc travaillé avec le metteur en scène Benjamin Lazar. Et donc, il y avait ces textes, et puis quelques chansons de mon répertoire qui s’inscrivaient dans cette narration, et puis des musiques de mon répertoire qui venaient aussi accompagner ces monologues récités en vers. C’est ce qu’on entend, d’ailleurs, dans l’album Le choix de la reine, toutes les parties parlées sont issues de ce spectacle et du livre – la biographie du personnage.

J’ai continué après, j’ai écrit un deuxième livre qui va sortir au Seuil, intitulé Comme on quitte un imperméable. C’est toujours mon personnage de chanson, mais cette fois-ci il va faire un voyage initiatique au Mexique, il va passer, malgré lui, des rites de passage, en fréquentant la mort, le danger, l’inconnu, etc. Mais ça, c’est un autre projet, c’est un autre projet sur lequel je travaille en ce moment, et c’est pour dire que, c’était ça le théâtre dont je parle, sorte de concert narratif.Et là, je suis en train de récidiver, faire un autre.

PAN M 360 : Prolongement de ton expression, si on comprend bien.

Thomas Fersen : Exact. Et alors, c’est intéressant pour moi parce que c’est aussi un circuit qui s’élargit, un public qui s’élargit, qui va vers un autre goût, d’autre envie, et puis qui correspond à ce que je veux bien aussi, puisque moi, j’aime de plus en plus la langue, la narration, précision dans la narration, des goûts de mon âge. Oui, mais en même temps, on peut garder l’intérêt sur tout ce qui se fait de plus récent. Là, je suis avec le trio SR9. Pour le prochain spectacle, il y aura aussi trois musiciens. Mais il y a de moins en moins, ce côté pop qui pouvait teinter mes albums dans les années 2000.  

PAN M 360 : Et les prochaines chansons seront-elles enregistrées dans le même contexte avec le même trio?  Ou serait-ce complètement différent ?

Thomas Fersen : Je ne sais pas. En fait, pour l’instant, j’ai écrit des chansons originales pour mon prochain spectacle (pas celui présenté au Québec), mais je ne sais pas si elles seront enregistrées dans le disque. Ce prochain spectacle sera créé à Avignon cet été. Mais celui auquel tu vas assister, c’est quand même de la chanson. Ça reste quand même narratif, mais ce n’est pas du théâtre, alors que ce que je vais faire après, ce sera complètement différent.

La différence la plus importante, c’est que quand on fait un tour de chant, on s’adresse au public directement. lors que quand on fait du théâtre, et c’est-à-dire qu’on fait front au public, alors que quand on fait du théâtre, c’est le contraire : le public vient (mentalement) sur scène. Ce qui est fondamental, c’est cette inversion.  Ça m’amuse beaucoup.  Pour moi, ce fut un renouvellement vraiment frais et très enrichissant qui m’a appris beaucoup de choses.

PAN M 360 : Et pour la suite des choses? Si tu fais plus de théâtre que de chansons, prévois-tu un document audiovisuel ?Thomas Fersen : C’est à la fois le problème et la vertu du théâtre. C’est du spectacle vivant, il faut venir voir, c’est un moment de communion. On n’est pas tout seul. C’est ce qui est fondamental, c’est ce qui est le rôle du théâtre et du spectacle vivant. On n’est pas la même personne quand on est seul chez soi que lorsqu’une autre personne entre dans la pièce. On se transforme alors et on ne perçoit pas les choses de la même façon. C’est tout l’intérêt du spectacle vivant.

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Avec le Concours musical international de Montréal au tournant, une vingtaine de jeunes concurrents violonistes convergeront vers la métropole pour présenter leur talent et leur musicalité au public montréalais. Comme dans tout concours, un jury international aura la lourde tâche de départager chacun de ces jeunes musiciens de la nouvelle génération pour les faire avancer. Composé des figures marquantes du monde violonistique Ju-Young Baek, Glenn Dicterow, Simin Ganatra, Yuzuko Horigome, Régis Pasquier, Barry Shiffman et Pavel Vernikov, le jury est placé pour cette édition 2026 sous la présidence de la violoniste originaire de Montréal Lucie Robert.

Encensée par la critique pour son lyrisme expressif et la justesse impeccable de son jeu, elle est également une pédagogue très sollicitée, professeure à la Manhattan School of Music depuis 1988, où elle a reçu en 2023 la plus haute distinction accordée par cette institution d’enseignement, soit la President’s Medal for Distinguished Service et membre de nombreux concours internationaux pour violon dans le monde. À l’aube du début du concours, le collaborateur pour PAN M 360, Alexandre Villemaire, s’est entretenu avec elle pour aborder notamment son rôle de présidente de jury et ce qui attend les concurrents au courant des deux prochaines semaines.

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PAN M 360 : La dernière fois que vous êtes venue à Montréal comme membre du jury pour le Concours musical international de Montréal, c’était en 2023. Vous revenez cette année au Concours 2026 – édition Violon, mais comme présidente du jury cette fois-ci. Comment appréhendez-vous cette nouvelle tâche, ce nouveau rôle qui vous incombe ?

Lucie Robert : C’est une grande responsabilité et j’ai été tellement heureuse et honorée qu’on me l’ait demandé, il y a de ça deux ans maintenant. Comme présidente du jury, il y a énormément de travail qui se fait en amont du concours. Je veux toutefois souligner l’importance de l’équipe. Et, quand on a une équipe comme Shira Gilbert et Chantal Poulin, c’est un travail qui se fait dans le plus grand des plaisirs.

PAN M 360 : En quoi consiste votre rôle en tant que présidente du jury ?

Lucie Robert :  Quand on m’a demandé d’être présidente, j’ai pris quelques décisions et effectué quelques changements en collaboration avec la direction du Concours. Le premier concernait l’étape de présélection des candidats. C’est une étape très importante parce que, naturellement, ce n’est pas le même jury que celui de la finale. Les demandes de candidatures pour les concours internationaux en violon sont très nombreuses et Montréal est, avec le concours d’Indianapolis, parmi les plus grandes compétitions musicales reconnues. Cette année, avec le nombre d’applications qui ont été reçues, environ 250, vous pouvez vous imaginer que pour se rendre à vingt-quatre concurrents, c’est une tâche énorme. J’ai donc suggéré de faire deux rondes de présélection. Trois juges internationaux ont écouté tous les enregistrements des candidats. Ils en ont retenu 72 : ensuite, trois autres juges ont écouté cette première sélection pour en arriver à 24, en plus d’une sélection de quelques jeunes qui seront inscrits sur une liste d’attente.

Un autre élément était très important pour moi, je ne voulais pas que le jury de sélection voit les noms des jeunes ni le pays. Ils avaient seulement l’âge de la personne. Nous avons fait également des changements en ce qui concerne le système de notation. Dans les concours internationaux, certains utilisent un pointage de 1 à 9, avec quelques variantes. J’ai vu toutes sortes de façons de juger. Pour les concours internationaux, maintenant, on opte plus pour une évaluation avec les affirmations « Oui », « Peut-être » et « Non ». À Montréal, nous avons éliminé les points complètement. C’est ainsi que le jury international évaluera les 24 concurrents pour ne retenir que 10 demi-finalistes avec des nombres limités de cotes « Oui » et de « Peut-être » qui peuvent être attribuées. Mes résultats seront scellés et ne seront utilisés que pour départager si nécessaire.

Un des grands rôles de la présidence, c’est aussi de choisir le jury international. Je voulais de grandes sommités, évidemment des gens de plusieurs pays différents, mais aussi qui ont eu dans leur carrière, ou qui, dans leur carrière, représentent différents aspects du monde violonistique. Finalement, j’ai suggéré de scinder la Finale en deux parties. En général, nous avons toujours six finalistes. Trois qui jouaient un premier soir et les trois autres le lendemain. Après discussions avec Shira Gilbert, nous avons décidé cette année que 5 finalistes seront retenus : ils ou elles devront interpréter un concerto de Mozart parmi les numéros 1, 2, 3 et 4. En plus du concerto de Mozart, qui n’est pas très long, ces 5 finalistes devront être prêts, au cas où ils ou elles seraient un des 3 grands finalistes retenus pour la Grande finale le lendemain, à présenter un concerto majeur pour violon de leur choix, toujours avec l’Orchestre symphonique de Montréal, l’orchestre officiel du Concours. C’est ça la vraie vie professionnelle! Durant toutes les étapes du concours, voir aussi comment les concurrents et concurrentes décident de construire leur programme sera vraiment intéressant : le jury observera comment ils réfléchissent et comment ils peuvent se promouvoir avec ce qu’ils sentent qu’ils jouent le mieux.

PAN M 360 : Quels sont les éléments que vous et vos collègues allez analyser et rechercher chez les jeunes concurrents et concurrentes qui vont défiler devant vous ?

Lucie Robert : Si je peux parler pour moi, ce qui est le plus important, c’est l’interprétation, le caractère, le personnage du violoniste, leur personnalité musicale, leur voix individuelle. Je dois me faire transporter ! J’aimerais que les jeunes qui viennent à Montréal et qui lisent notre interview voient que le concours, ce n’est pas un test. Je souhaite qu’ils se présentent sur scène avec une volonté profonde de jouer pour leur public, qu’ils démontrent leur désir d’être sur scène. Je souhaite que le public soit complètement enthousiaste avec certains, parce que c’est ça faire une carrière : on doit penser au public.

PAN M 360 : Quel regard portez-vous sur ce qui caractérise aujourd’hui les jeunes violonistes de la nouvelle génération et les défis auxquels ils sont confrontés dans le monde professionnel qui est celui d’aujourd’hui, celui de 2026 et du XXIᵉ siècle ?

Lucie Robert :  Je suis toujours impressionnée par la manière dont ces jeunes arrivent à gérer leur horaire pour un jour, jouer à Tokyo et le lendemain à New York avec un concerto différent. C’est incroyable ! Ça demande beaucoup et, il faut le dire, le niveau technique de nos jeunes actuellement, il est incroyablement élevé. Le problème, par contre, est que souvent ça devient la chose la plus importante, alors que ce n’est pas forcément le cas. Je suis convaincue que maintenant, avec tous nos problèmes au niveau politique et nos enjeux sociaux, il faut retourner à l’âme de la musique.

Je dis toujours à mes élèves qu’on est tellement privilégiés de faire ce qu’on fait. Il ne faut jamais oublier qu’en fait, souvent c’est le violon qui nous a choisis. On ne peut pas vivre sans notre instrument. C’est vraiment une vocation. On travaille toujours beaucoup et on ne peut pas s’imaginer faire autre chose. Par contre, il ne faut pas oublier pourquoi on aime la musique. J’aime toujours dire que la musique, c’est un langage. C’est un langage d’expression et d’idée. Alors, il ne s’agit pas uniquement de bien jouer. Il ne faut jamais arrêter d’apprendre. Il faut toujours essayer de mieux comprendre ce qu’un compositeur veut et comment nous, en tant qu’interprètes, on se sent dans ces différentes œuvres. La technique doit être au service de la musique. Comme mon grand professeur Josef Gringold disait, la main gauche, c’est comme l’artisan, il faut maîtriser et posséder notre technique. Mais la main droite, c’est l’artiste.

Johnny Jewel, Misstress Barbara, Matias Aguayo, Ambassade, PAURRO, Kaitlyn Aurelia Smith, Flore en b2b avec Nahasah, Jacques Greeene en b2b avec Martin Bootyspoon sont parmi les artistes prévus à l’événement Futurs Antérieurs, les 5 et 6 juin prochains à la Société des arts technologiques. Trois décennies de SAT ont mené à cette expertise qui consiste à lier la recherche de pointe en numérique à la jouissance pure de la musique et de l’immersion audiovisuelle. Programmateur principal de cet événement à la fois commémoratif du passé et annonciateur de l’avenir, Alexandre Auché nous explique Futurs Antérieurs, qui met en lumière cette grande maturité acquise par l’équipe de la SAT.

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PAN M 360 : Cette programmation est donc à la fois un regard sur le passé de la SAT et sa vision de l’avenir? Sinon quelle est la motivation première de cet événement?

Alexandre Auché : Oui, mais sans vouloir faire un événement nostalgique. L’idée de Futurs Antérieurs, c’était plutôt de montrer comment certaines esthétiques et cultures électroniques qui ont marqué la SAT continuent d’évoluer aujourd’hui. On voulait surtout créer un événement qui ressemble vraiment à la SAT, avec un mélange de musique, d’expérimentation, d’immersif et de culture club.

PAN M 360 : Quels étaient les objectifs de la programmation?

Alexandre Auché :  L’objectif principal, c’était de construire une vraie expérience sur les trois étages de la SAT. Que les gens puissent passer d’un espace à un autre, d’une ambiance à une autre, tout en gardant une cohérence globale.

On voulait mélanger live, DJ sets, projets audiovisuels et installations, mais aussi proposer quelques moments plus exclusifs avec des artistes qui viennent présenter de nouveaux projets ou albums, comme Kaitlyn Aurelia Smith, Ambassade ou Hyd.

PAN M 360 : C’est quand même un événement massif, avec deux douzaines de performances sur scène?

Alexandre Auché : Oui, clairement. On active pratiquement tout le bâtiment en même temps, ce qui est assez rare à la SAT. Exceptionnellement, il y aura trois salles ouvertes en parallèle : l’Espace SAT, la Satosphère et la Galerie SAT.

Le défi, c’était surtout de garder une cohérence entre les différents espaces. Chaque étage a sa propre énergie et son identité, mais tout est pensé pour que le public vive ça comme un parcours fluide, pas juste comme une succession de shows.

PAN M 360 : Quel est l’équilibre entre découvertes et valeurs sûres?

Alexandre Auché : Il y a des artistes qui ont déjà une vraie histoire dans les musiques électroniques, comme Misstress Barbara, Johnny Jewel ou Matias Aguayo, mais ce qui nous intéressait surtout, c’était de les faire cohabiter avec des projets plus récents ou plus inattendus.

Le festival repose beaucoup sur cette idée d’équilibre entre héritage et nouvelles formes, sans cloisonner les styles ou les formats.

PAN M 360 : Quelles sont les proportions locales et internationales?

Alexandre Auché : C’était important pour nous que la scène montréalaise soit vraiment présente. Montréal a une scène électronique et expérimentale extrêmement forte, donc on ne voulait pas qu’elle soit juste “autour” des artistes internationaux.

On a même dédié toute une scène aux artistes locaux dans la Galerie SAT, avec des projets qui représentent différentes facettes de la scène actuelle, autant plus club qu’expérimentale.

PAN M 360: Quelles sont les pépites du 5 juin?

Alexandre Auché :

Johnny Jewel

Johnny Jewel a une approche très cinématographique de la musique et du visuel. Son live A/V risque vraiment de transformer l’espace et de créer quelque chose d’assez hypnotique.

Misstress Barbara

Misstress Barbara est une figure importante de la scène montréalaise et internationale depuis des décennies. Le fait qu’elle célèbre aussi ses 30 ans de carrière pendant les 30 ans de la SAT crée un beau parallèle.

Matias Aguayo

Matias Aguayo apporte toujours quelque chose de très vivant et imprévisible. Il y a une liberté dans ses sets qui fonctionne particulièrement bien dans un contexte comme celui de la SAT.

Ambassade

Ambassade développe un travail très fort entre son, image et narration visuelle. C’est exactement le genre de projet hybride qui fait sens dans Futurs Antérieurs.

PAURRO

PAURRO représente très bien cette nouvelle génération d’artistes qui naviguent entre ambient, expérimentation et musique électronique dancefloor. Son passage dans le dôme risque d’être un vrai moment suspendu.

PAN M 360 : Quelles sont les pépites du 6 juin?

Alexandre Auché :

Kaitlyn Aurelia Smith

Kaitlyn Aurelia Smith crée des lives très organiques et sensoriels. Il y a quelque chose d’à la fois très apaisant et très riche dans sa manière de construire le son.

Flore b2b Nahash

Flore pousse depuis longtemps une vision très ouverte des musiques électroniques, entre bass music et expérimentations rythmiques. Son approche correspond parfaitement à l’esprit du festival. Nahash est un artiste franco/montréalais qui vient de sortir un album sur le label de Flore.

Jacques Greene b2b Martyn Bootyspoon

Le back-to-back entre Jacques Greene et Martyn Bootyspoon dans la Satosphère risque d’être un des gros moments du week-end. Ils ont des approches différentes du club, mais justement très complémentaires.

PAN M 360 : Comment avez-vous pensé le visuel?

Alexandre Auché : Le visuel n’a jamais été pensé comme un simple décor. On voulait vraiment que les installations, les lumières et les contenus immersifs participent à l’expérience globale du festival. Chaque espace possède sa propre ambiance visuelle.

Le collectif Aube va transformer l’Espace SAT avec des installations lumineuses, tandis que Skeletron.tv proposera une installation cathodique dans la Galerie SAT. Dans le dôme, les performances seront accompagnées par les univers visuels de BunBun, Alex Vlair, SULFATION et al11z, avec du VJing immersif en 360°.

PAN M 360 : Qu’en sera-t-il de cette masterclass avec Flore? Qui participe?

Alexandre Auché : La masterclass avec Flore permet aussi d’ajouter un côté plus échange et transmission au festival, ce qui fait partie de l’ADN de la SAT depuis longtemps. Ça s’adresse autant aux artistes émergents qu’aux gens curieux de comprendre les processus créatifs liés aux musiques électroniques et aux pratiques audiovisuelles.

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Elle a 22 ans. Elle est Haïtienne. Elle habite à Montréal depuis 2020. Et depuis le 1er mai 2026, elle a sorti son tout premier single « Bye Bye » sous le label Général Walky Productions. De son vrai nom Dorlèan Saadaèlle, Shady a d’abord commencé à chanter à l’église en Haïti puis plus tard à Montréal. Mais c’est l’appel de la musique zouk et konpa qui l’a poussée à lancer son projet solo, elle qui en écoutait beaucoup durant la pandémie. Après avoir fait partie de plusieurs groupes haïtiens en tant que choriste et chanteuse, elle a pu apprendre de toutes ces expériences et a également bénéficié de l’accompagnement de Poppy Duverne, un grand pianiste dont j’avais parlé il y a quelques années, lors du Festival afropolitain nomade de 2024. Shady est donc en de bonnes mains et a su s’entourer de professionnels pour lancer sa carrière. Sandra Gasana a pu échanger avec Shady pour en savoir un peu plus sur son parcours pour PAN M 360.







En avril dernier, l’ultime Gala Dynastie se consacrant aux communautés afro-descendantes du Québec, honorait notre estimée collaboratrice Keithy Antoine dans la catégorie « Le choix du public / Dynastie Médias ». Entrepreneure, intervieweuse, animatrice, artiste engagée, mère de deux jeunes adultes très prometteurs, on en passe et des meilleures, la Québécoise et Montréalaise d’origine haïtienne, notre Keithy Antoine, est une naturelle de la communication, doublée d’un esprit créateur. Clairement un modèle à suivre pour ses contemporain.e.s et aussi pour les générations montantes à MTL et au QC ! C’est exactement pourquoi PAN M 360 n’a pas hésité une seconde à la recruter en janvier 2024 afin qu’elle chemine et brille avec notre communauté interculturelle qui en est encore au petit matin de son cheminement. Alain Brunet a ainsi conversé avec Keithy afin que la grande famille des usager.e.s PAN M 360 en sachent davantage sur sa personne… et restent scotchés à toutes ses interventions sur notre plateforme.

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AU SUJET DU GALA DYNASTIE, C’EST ICI

Une décennie plus tôt, le Quatuor Molinari présentait l’intégrale des 15 quatuors à cordes de Dmitri Chostakovitch, les plus célèbres composés au 20e siècle. Au printemps 2025, année du 50e anniversaire de la mort du grand compositeur russe, une annulation de dernière minute avait forcé l’ensemble montréalais à reporter ce marathon dans une nouvelle configuration avec l’arrivée de l’altiste Cynthia Blanchon au sein du Molinaro, aux côtés du violoncelliste Pierre-Alain Bouvrette, du violoniste Antoine Bareil et de la directrice artistique et premier violon Olga Ranzenhofer, qui nous communique ici toute son excitation avant l’exécution d’un travail colossal.

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Le chorégraphe et directeur artistique des Grands Ballets Canadiens de Montréal, Ivan Cavallari, s’apprête à commettre un crime de lèse-majesté. Le Lac, titre de sa prochaine création, présentée du 28 mai au 7 juin 2026 dans la grande Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, est en effet une transformation assez audacieuse du classique parmi les Classiques en ballet : le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Qu’y a-t-il en effet de plus emblématique du ballet romantique, féérique et magique avec tutus, pointes, malédiction, princes, animaux parlants et méchants sorciers, que ce chef-d’œuvre russe du 19e siècle?

Réalisme magique pour remplacer magie féérique

Dans cette nouvelle lecture, Cavallari transpose l’histoire d’un royaume typique de conte de fées vers un monde certes contemporain, mais habité néanmoins par l’esprit du réalisme magique. Ce mouvement artistique apparu au début du 20e siècle, d’abord dans l’art visuel, s’est étendu ensuite en littérature et a donné des chefs-d’œuvre tels Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Le principe est simple : dans une trame narrative réaliste, des éléments fantastiques apparaissent. Est-ce du rêve, de l’illusion, une véritable porosité de la réalité avec le monde surnaturel? On ne répond jamais vraiment à la question, car l’essence de la démarche est plutôt de servir l’exploration psychologique des personnages, ainsi qu’une réflexion sur la société contemporaine. 

Bref, la ‘’magie’’ devient un outil symbolique très utile, mais finalement presque secondaire face à l’objectif fondamental de l’œuvre qui est plutôt de creuser certaines questions actuelles. 

C’est ici, donc, que la démarche de Cavallari prendra tout son sens, du moins, c’est l’intention. 

Le Royaume féérique de l’histoire d’origine devient ici un plateau de tournage pour une pub de parfum. Odette, le cygne blanc à l’origine, est ici une jeune danseuse sortie de l’école, qui vient bousculer l’équipe déjà présente et surtout Odile, l’égérie actuelle du parfum Vertige Noir, le ‘’cygne noir’’. Odette devra se battre pour devenir le visage du futur nouveau grand vendeur : le Cygne Blanc. Le monde de la mode et du luxe sert donc ici de prétexte à une critique des codes rigides imposant une vision du corps, de la beauté, des relations personnelles, etc., mais aussi les relations malsaines qui viennent avec, la jalousie, l’envie et, finalement, l’effacement de l’identité. 

La ligne directrice identifiée par Cavallari est la force d’Odette, qui doit retrouver son humanité (lire : son identité propre, au-delà des clichés et des normes qui lui sont imposées), et s’imposer à travers un univers de plus en plus étouffant.

Dans le Lac des Cygnes, le méchant sorcier Rothbart est l’antagoniste principal. Cette fois, Cavallari en a fait une trinité, car, dit-il, c’est un nombre puissamment symbolique dans la religion chrétienne et que le Mal peut s’y insinuer. Les trois personnages ainsi convoqués dans le synopsis, et qui apparaîtront et disparaîtront plusieurs fois dans cette nouvelle version, peuvent être associés aux ‘’designers’’ d’origine : Tchaïkovski, Marius Petipa, Lev Ivanov. ‘’Ça peut aussi être Armani, Versace et Ivan Cavallari!’’. Bref, les trois entités multiplient les forces qui étouffent la personnalité d’Odette, et au final, feront de sa victoire un accomplissement encore plus retentissant. C’est du moins l’objectif. Reste à voir si cela fonctionnera comme voulu. Un risque pleinement assumé par le chorégraphe. 

Tchaikovsky remplace Tchaikovsky

L’autre aspect intéressant dans la relecture d’Ivan Cavallari est sa décision de toucher à la musique de Tchaïkovski. Trame mémorable, puissante, et indéfectiblement associée à ce ballet, voire à tous les ballets! Or, le chorégraphe montréalais a décidé d’amputer une partie de la partition d’origine pour la remplacer par une autre musique puissamment personnelle, émotionnelle, du même compositeur : sa Sixième symphonie, ‘’Pathétique’’. Pourquoi?

Il y a beaucoup de musiques de ‘’divertissement’’ dans le ballet. Par exemple,  j’ai éliminé toute la partie des princesses qui se présentent d’un peu partout pour séduire le Prince et le marier. Dans le contexte du Lac, version actualisée, j’ai trouvé que nous n’avions plus besoin de cette danse russe, danse napolitaine, etc.  Je voulais compenser pour une musique qui est profondément liée à la mort. Cette symphonie a été terminée quelques jours avant que Tchaïkovski ne meurt. Il y a une puissance incommensurable dans la partition. Et je trouve que cela colle symboliquement avec le parcours d’Odette, pour qui la transformation est comme la mort avant une nouvelle vie. 

Une idée franchement intéressante, avouons-le. En fin de compte, pour Ivan Cavallari, l’actualisation, sous forme de réalisme magique, de ce conte musical et dansé est l’occasion de livrer un message : celui qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des princes et des princesses pour montrer un personnage qui a de la noblesse. C’est ce combat intérieur pour l’authenticité, la vérité et la dignité, avec toutes ses résonances en nous-mêmes (spectateurs) que Cavallari a souhaité illustrer en faisant le pari de transformer assez radicalement, et pour la première fois au monde, une histoire que l’on s’était trop habitué a penser intouchable. 

Rendez-vous à la salle Wilfrid-Pelletier pour juger si ça le fait ou pas. 

INFOS ET BILLET POUR LE LAC

Ce vendredi 22 mai, le chœur Capella Regalis présente un programme d’œuvres profanes et sacrées pour chœur, orgue, piano et percussions, dont plusieurs sont tirées de leur album Songs of the Sea, sorti en juin 2025. Nous vous invitons à vous laisser porter par le rythme de ces morceaux lyriques, « un voyage musical allant du chant grégorien aux chants de marins », comme le résume le programme officiel du prochain festival Classica. Ce chœur de classe mondiale jouit d’une renommée internationale, et son fondateur, Paul Halley, a remporté plusieurs prix pour son travail, dont de prestigieux Grammys. Dans le cadre de Classica, nous avons rencontré son fils – chanteur, percussionniste et chef de chœur – à Halifax pour en savoir plus sur le programme présenté à Boucherville, plus précisément dans la charmante église Sainte-Famille.

BILLET & INFOS ICI

PAN M 360 : Nous sommes en compagnie de Nick Halley, percussionniste et chef de chœur des Cappella Regalis Choirs de Halifax, une affaire de famille : son père, Paul Halley, est aux claviers (orgue et piano), tandis que sa sœur Vanessa est la chef de chœur principale et PDG de cette formation établie dans les Maritimes. À l’origine, c’était une chorale d’hommes et de garçons et… Nick, pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé ensuite ?

Nick Halley : Je dirais simplement deux choses. La première, c’est que la chorale va désormais être composée d’hommes, de garçons et de filles, car nous avons créé une chorale de filles il y a plusieurs années et nous emmenons en tournée des membres de la chorale de filles, des membres de la chorale de garçons et des membres de la section masculine, la section masculine professionnelle. Et pendant la deuxième partie du concert, ma sœur Vanessa dirigera et je jouerai des percussions. Mais pendant la première partie, c’est moi qui dirige.

PAN M 360 : D’accord, donc vous vous partagez la direction.

Nick Halley : Exactement. Et Paul, notre père, est toujours en train de jouer du piano ou de l’orgue.

PAN M 360 : Oui, je crois savoir que votre père a fondé cette chorale et que vous avez pris le relais.

Nick Halley : C’est exact. Ma sœur et moi avons tous deux grandi en chantant dans une chorale fondée par mon père aux États-Unis. En fait, elle a chanté dans la chorale de la cathédrale de New York, où mon père était directeur musical à St. John the Divine. C’est donc dans nos gènes. C’est une pente glissante.

PAN M 360 : Et quand vous étiez aux États-Unis, étiez-vous citoyens américains ou Canadiens vivant à New York à l’époque ?

Nick Halley : Nous sommes nés de parents canadiens vivant à New York. Je suis donc citoyen américain et canadien. Je viens d’ailleurs de rentrer de là-bas, où j’avais du travail et d’autres choses à faire, dans ce pays de fous en ce moment. Et je suis très heureux d’être de retour ici à Halifax et de venir à Montréal !

PAN M 360 : Oui ! Halifax est une ville magnifique, avec une communauté formidable, d’excellents restaurants, de superbes sites touristiques, et l’océan y est tout simplement magique. J’y suis allé. J’ai vraiment adoré Halifax et la Nouvelle-Écosse en général.

Nick Halley : Je suis tout à fait d’accord !

PAN M 360 : Vous allez donc vous produire au Festival Classica. Vous allez ouvrir ce festival le premier soir, avec le programme intitulé Chants marins et hymnes sacrés, et vous allez vous produire à Boucherville, dans la charmante église Sainte-Famille. Je suppose que ce programme a un rapport avec l’album de la chorale, Songs of the Sea, sorti il y a exactement un an. N’est-ce pas ?

Nick Halley : Exactement.

PAN M 360 : And this album was recorded by men and boys, which is different from the ensemble touring this spring.

Nick Halley : Yes. So the girls choir is a new addition. And that recording we made with just the men and boys choir because the girls were then singing other stuff and the men and boys had learned some sea songs. But now the girls have learned the sea songs too. And so, we’ll take them on tour.

PAN M 360 : Bon, ça va être un peu différent. Enfin, pas si « un peu » que ça, car il y aura une nette différence due à la présence féminine, qui est désormais très importante dans cette chorale, si j’ai bien compris.

Nick Halley : C’est exact. C’est donc désormais une chorale mixte. On chantera peut-être des morceaux où seules les filles chantent, d’autres où seuls les garçons chantent, juste pour varier les plaisirs et que ça reste intéressant pour tout le monde. Mais ils connaissent tous les morceaux. Et tous les chanteurs se nourrissent vraiment les uns des autres. Même sur quelques morceaux, je ne pourrai probablement pas résister à l’envie de faire chanter Vanessa. Ma sœur, c’est une magnifique chanteuse. Elle chantera en alto. Et puis, notre chef de chœur en formation, Hillary, sera en tournée avec nous. Je vais donc probablement la faire chanter. Quand il y a de belles voix dans la pièce, c’est difficile de résister à l’envie de les faire chanter. Elles reprendront donc certaines parties d’alto ou nous aideront sur ces parties. Et puis, les hommes chantent ténor et basse. Et je chante aussi. Je chante ténor avec la chorale.

PAN M 360 : Et comment avez-vous constitué cet album Songs of the Sea ?

Nick Halley : Merci pour cette question ! Ça a été tout un processus. Il y a tellement de superbes chansons que j’aurais aimé interpréter. J’ai donc été tenté d’intituler cet album Songs of the Sea 1, Volume 1. Mais je pense qu’à un moment donné, on sortira simplement le Volume 2, peut-être le 3, le 4… Je veux dire, on pourrait continuer encore et encore.

Il existe des recueils de chants marins de cette région du monde, des Maritimes, en particulier de la Nouvelle-Écosse, qui ont été compilés par Helen Creighton : la collection Creighton. Ce ne sont que des chansons folkloriques. Ce ne sont pas toutes des « Chants de la mer ». Mais bon, il y en a tellement, tellement de chansons là-dedans. Et donc, on a juste choisi quelques-unes de nos préférées. Des chansons de Terre-Neuve, quelques-unes d’Angleterre, puis une ou deux de Nouvelle-Écosse. Et puis c’est mon père qui s’est occupé de la plupart des arrangements. J’ai aussi fait quelques arrangements. On arrangeait une chanson, on l’apprenait à la chorale, puis on l’enregistrait. On n’avait pas beaucoup de temps. À l’époque, on ne partait en tournée qu’une fois l’album enregistré. C’est donc agréable aujourd’hui de pouvoir les interpréter en live.

PAN M 360 : Toutes ces chansons des Maritimes ont des racines irlandaises, écossaises et anglaises.

Nick Halley : C’est vrai. Si ça vient de Terre-Neuve, ça a une sonorité irlandaise. Si ça vient du Cap-Breton, ça sonne écossais. Et puis il y a une touche d’anglais qui s’y mêle. Je veux dire, il y a, par exemple, « The Leaving of Liverpool », qui, bien sûr, pour nous, fait référence à Liverpool, en Nouvelle-Écosse. Mais ça vient probablement d’Angleterre.

PAN M 360 : Oui, c’est toujours très présent dans votre propre répertoire de chansons dans cette région du Canada.

Nick Halley : C’est vrai. Ça semble tout naturel de chanter cette musique ici. Je veux dire, je suis à deux pas de l’Atlantique Nord, de l’océan. Donc, ça nous semblait vraiment approprié de chanter ces chansons dans la brume de Halifax.

PAN M 360 : C’est de la musique populaire. C’est du folklore, de la musique traditionnelle. Et vous avez également une formation de musiciens et de chanteurs classiques. C’est donc une rencontre entre l’héritage classique et l’héritage folklorique ou traditionnel.

Nick Halley : C’est tout à fait ça. Et c’est très captivant. C’est un beau mariage quand ça fonctionne bien.

PAN M 360 : Oui. Il faut reconnaître que c’est difficile à réaliser, je veux dire, de conserver les qualités du chant folklorique tout en interprétant avec des techniques d’opéra. Il faut donc trouver un juste milieu entre les deux.

Nick Halley : Les jeunes gens, les enfants, ont une capacité naturelle à le faire. Mon travail consiste donc simplement à ne pas tout gâcher ! Parce qu’ils vont raconter l’histoire de la même manière qu’une personne le ferait dans un pub en Irlande, où c’est juste : « Bon, c’est l’heure de chanter. » Et puis on les écoute et on raconte une histoire. Le premier morceau de cet album est Petty Harbour Bate Skiff, c’est une histoire très triste de Terre-Neuve. Mais il faut simplement s’y plonger et raconter cette histoire. Je pense que c’est dans l’arrangement que nos compétences sont vraiment mises à l’épreuve. Car il faut que cela reste intéressant pour nous tous, y compris l’auditeur, sans pour autant perdre le caractère de l’œuvre. Et je pense que, selon mon opinion impartiale, mon père, Paul, est un peu un génie dans ce domaine. Les arrangements sont donc assez magnifiques.

PAN M 360 : Votre père écrit donc la plupart des arrangements pour la chorale ?

Nick Halley : Oui, dans ce cas précis. Et nous interpréterons même certaines de ses compositions, tout à fait récentes, surtout en deuxième partie. En première partie du concert, consacrée aux hymnes sacrés, nous chanterons également une de ses œuvres que j’adore, qui se limite au chœur et à l’orgue et s’inscrit pleinement dans la tradition classique. Mais la deuxième partie, avec les chants folkloriques, repose en grande partie sur ses arrangements. Tout s’articule en quelque sorte autour de cela. J’ai arrangé une chanson écossaise intitulée « Sky Boat » ; je joue des percussions et lui joue du piano. C’est inhabituel, je m’en rends compte, car j’ai grandi avec ce son, celui du piano et de l’orgue, du piano et de l’orgue à tuyaux. On a donc la qualité percussive du piano, mais l’instrument à vent qu’est l’orgue. Et il y a quelque chose de magique dans cette combinaison du piano et de l’orgue avec le chœur. Mais le piano et l’orgue doivent être accordés l’un à l’autre. C’est donc toujours un défi intéressant, car très peu de gens le font. D’habitude, on chante avec un piano ou un orgue.

PAN M 360 : Vous choisissez donc des morceaux de ce dernier album, mais aussi dans votre vaste répertoire

Nick Halley : C’est exact. Tout au long de l’année, nous avons interprété tous ces morceaux, notamment les hymnes sacrés qui font partie du programme. Il s’agit simplement de faire une sélection parmi les offices et les concerts que nous avons donnés au cours de l’année.

PAN M 360 : La chorale part-elle souvent en tournée ? Au Canada et dans le monde entier ?

Nick Halley : Nous n’avons pas beaucoup voyagé avec cette chorale, mais nous avons fait de nombreuses tournées dans les Maritimes. En tant que percussionniste, j’ai voyagé partout, mais pas la chorale. Et j’ai toujours dit que, même quand je pars quelque part, même si je vais en Europe, je veux quand même faire une tournée en Nouvelle-Écosse, parce que c’est un endroit incroyable pour se produire. Cela dit, nous avons toujours voulu aller à Montréal et essayer d’aller jusqu’à Toronto. Et cette fois, nous le faisons enfin !

PAN M 360 : C’est donc très, très excitant pour nous, mélomanes, de vous accueillir pour la première fois au Festival Classica, de profiter de cette chorale et aussi de l’expérience vocale des Maritimes, que nous connaissons davantage, comme nous l’avons dit, pour le folklore et la musique traditionnelle, mais pas pour cette approche, qui est un excellent mélange entre musique classique et musique populaire.

Nick Halley : Oh, merci ! Nous sommes ravis de partager cela avec vous.

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Mezghena de Montréal est une association dédiée à la musique arabo-andalouse. Ce style nord-africain s’était développé à l’origine pendant les 8 siècles d’occupation musulmane dans la péninsule ibérique, particulièrement en Andalousie (Al-Andalus) , et a ensuite poursuivi son évolution au Maghreb après la chute de Grenade en 1492 et l’expulsion des populations mauresques.

Quelques siècles plus tard, les vagues d’émigration maghrébine en Occident ont fait naître des pratiques de la musique arabo-andalouse, dont la grande région de Montréal qui compte l’association Mesghena Montréal, fondée en 2014 et dont le grand orchestre se produit depuis 2016.

Ce dixième anniversaire sera commémoré lors d’un concert spécial donné le samedi 23 mai, 18h30, à la salle Désilets du Collège Marie-Victorin. Pour en savoir davantage sur Mesghena Montréal, PAN M 360 propose cet entretien avec Sidali Mohand Arab, chef principal et directeur artistique de cet orchestre singulier.

INFOS ET BILLETS ICI

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE SUR MEZGHENA DE MONTRÉAL, C’EST ICI

Elle Barbara allie art performance, danse, théâtre, musique et procède à une diffraction du contexte actuel selon sa vision d’artiste trans, de surcroît figure incontournable de l’underground montréalais. Présentée au Théâtre Outremont, cette soirée unique du vendredi 22 mai se veut le retour en grande pompe d’Elle Barbara sur scène, qui donne suite à un opus sorti récemment, Word On The Street. Autoproduction pur jus comme l’album qui en constitue la matière principale, A One Man Show est la bannière de cet événement transdisciplinaire, spectacle où la variété la plus consensuelle se frotte aux plus étranges contours de l’avant-garde et aussi à une posture critique : refus des biais genrés, raciaux ou consuméristes, dénonciation de la misère matérielle des esprits créateurs, invitation à la substance à travers la fête et le divertissement. Pour PAN M 360, Elle Barbara en explique les tenants et aboutissants dans cet entretien mené par Alain Brunet.

VISIONNEZ CETTE INTERVIEW !

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Ce groupe porte bien son nom puisque les concerts décrits par Johnny Shango, le leader du groupe, ont l’impression d’être de vraies expériences ! Après avoir joué avec plusieurs groupes rock, funk, punk et jazz, il est prêt à lancer son propre projet qui mélange l’univers de la musique et du cinéma des années 70, avec des costumes extravagants. Johnny Shango est chanteur, guitariste, tromboniste et danseur et sera accompagné par plusieurs musiciens qui ont cheminé avec lui au fil des années, notamment lorsqu’il était dans le groupe Colectivo. Influencé par des artistes comme James Brown, Red Hot Chili Peppers ou encore Lenny Kravitz, Johnny Shango défend fièrement son projet qu’il qualifie d’inclassable. D’ailleurs, les festivals ont parfois de la difficulté à les catégoriser dans un style en particulier puisqu’ils touchent justement à plusieurs styles. Pour leur concert du 5 juin au Turbo Haüs, VSE nous prépare une soirée éclectique, durant laquelle il faudra mettre tous les problèmes de côté et s’éclater. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenu avec Johnny Shango pour PAN M 360.







Quiconque s’y connaît en rock progressif connaît l’importance du batteur anglais Bill Bruford, notamment au sein des formations les plus mémorables de King Crimson (Larks Tongues In Aspic, Red, Discipline, Beat, Three of A Perfect Pair), mais aussi avec Yes, UK, Genesis, Gong, sans oublier tous ces autres projets aux accents jazz qui ont ravi même les mélomanes les plus exigeants — Earthworks en est un excellent exemple. Aujourd’hui âgé de 77 ans (au 17 mai), Bill Bruford n’a jamais cessé de jouer de la batterie et revient au Québec dans un cadre purement jazz, au sein du trio mené par le guitariste britannique Pete Roth. Le 30 mai au Palais Montcalm et le 29 mai au Club Soda, cet ensemble partagera l’affiche avec le groupe mené par le guitariste Mark Lettieri, membre éminent de Snarky Puppy. Comme il est de loin le musicien le plus célèbre de ce double concert, PAN M 360 s’entretient ici avec Bill Bruford, un homme des plus courtois, généreux de ses mots… comme de ses rythmes !
PAN M 360 : J’ai 68 ans, donc je vous connais depuis mon adolescence. J’ai commencé à écouter votre musique quand j’avais 14 ans, à peu près.

Bill Bruford : Ouah. Ça fait un sacré bout de temps !

PAN M 360 : Oui, et ne vous inquiétez pas, on ne va pas passer en revue toute votre carrière.

Bill Bruford : Merci ! Vous savez quelles sont la question la plus effrayante pour un musicien ?

PAN M 360 : Non.

Bill Bruford : Je vais te le dire : « Alors dis-moi, Bill, comment as-tu commencé ? »… Ça veut dire que je vais passer environ deux heures à essayer de raconter toute ma carrière à quelqu’un, alors que tout est déjà en ligne de toute façon.

PAN M 360 : Pas de problème, je ne suis pas du tout nostalgique, mais je respecte votre immense carrière et j’apprécie toujours votre jeu. Bien sûr, on te connaît surtout pour l’âge d’or du rock progressif, mais il y a autre chose. Earthworks, par exemple, a vu le jour au milieu des années 80, je crois. Vous vous êtes donc toujours intéressé à la musique d’improvisation et aux formes jazz, ainsi qu’aux fusions entre le jazz et votre propre parcours, sans oublier vos autres centres d’intérêt musicaux.

Bill Bruford : C’est tout à fait vrai. J’ai grandi avec le jazz. Et je suis en quelque sorte tombé dans le rock. Vous savez, à Londres en 1968, n’importe quel jeune homme de 18 ans environ, plein de fougue, se serait tourné vers le rock, qui est bien plus excitant. Je veux dire, d’un côté, il y avait Jimi Hendrix. Et de l’autre, il y avait ce jazz très politique qui ne plaisait pas beaucoup à la plupart des gens. Donc, vous savez, naturellement, naturellement, les gens comme moi ont été attirés par le rock.

Même si, quand on a commencé, oui, je pense, vous savez, j’étais vraiment un mordu de jazz. Je pensais donc qu’on allait être un groupe de jazz ou que l’on pourrait peut-être en devenir un. Je ne savais pas vraiment. On peut donc m’entendre jouer avec détermination, en essayant de jouer du jazz sur l’album de la première année.

PAN M 360 : Oui, c’est vrai. Mais en même temps, vous n’êtes pas vraiment un batteur de jazz, car votre jeu a toujours eu une forte touche rock, même si c’était du jazz d’une certaine manière. J’ai raison ?

Bill Bruford : Oui. Je suis un peu un métis de la musique, j’ai un pied dans chaque camp. J’adore le jazz et j’adore le rock, et je déteste les deux autant l’un que l’autre. Je me retrouve en quelque sorte au milieu. Je ne sais pas pourquoi. Je pensais que j’aimerais m’exprimer clairement et m’articuler clairement, en particulier à la batterie. Et si, au fond d’une salle de 20 000 places, tu joues trop de notes, tu vas simplement te perdre dans un vacarme de bruits parasites. Alors mieux vaut être clair. Et c’est quelque chose qui n’est pas primordial dans le jazz. Dans l’ensemble, le jazz aime l’ambiguïté. Était-ce ça ? Était-ce ça ? Serait-ce ça ? Oh, il a joué une fausse note. Non, pas du tout. Le pianiste a rendu ça agréable maintenant avec de jolis accords en arrière-plan. Est-ce un rythme binaire ou ternaire ? Je ne sais pas. Ça pourrait être les deux en même temps. Ce genre de choses se produit dans le jazz, et c’est pour ça que j’adore le jazz. Mais on ne peut pas faire ça sur une scène de rock.

Il est donc clair que les gens comme moi ont beaucoup d’influences. Et dans un trio comme le Pete Roth Trio dont je fais partie actuellement, tout cela peut être mis à profit au moment opportun. Ce n’est pas un problème, car on ne joue pas devant un public immense. On préfère les petites salles si possible.

PAN M 360 : Quand j’écoute les enregistrements de Pete Roth d’avant votre arrivée, la musique est différente. Le son de la guitare était plus net, puis il a pris plus de saturation dans les accords, l’approche texturale a changé, et ça s’accorde très bien avec votre jeu.

Bill Bruford : Bien. Je suis content que vous le pensiez. Je ne vais pas essayer de décrire le travail de Pete, ce qu’il fait ou pourquoi il fait ces choix. Il se pointe, tout simplement, et on joue ensemble. On ne passe pas des heures à parler du son et de ce genre de choses, du niveau où tu en es. Je ne suis pas très doué pour décrire le travail des autres. Je peux décrire le mien, bien sûr.

PAN M 360 : Je vois, mais en même temps, les nouvelles relations musicales modifient le son des musiciens. Il y a donc une évolution dans ce travail collectif avec le trio de Pete Roth. J’ai vu que Mike Pratt était l’ancien bassiste, mais j’ai lu dans le programme au Québec que Stefan Redtenbacher serait à la basse ?

Bill Bruford : Malheureusement, Mike a dû subir une opération de l’épaule. Eh bien, nous espérons qu’il sera bientôt de retour. Pendant sa convalescence, Stefan fait un travail formidable et sera avec nous au Québec. Nous n’avons joué ensemble que deux ou trois fois, mais je peux dire que Stefan fait un excellent travail. C’est nouveau, c’est passionnant pour nous. Je ne pense pas que quoi que ce soit dans ce qu’on appelle le jazz ou la musique instrumentale puisse être ennuyeux, surtout avec seulement trois personnes sur scène.

PAN M 360 : Vos fans savent sans doute que vous êtes aussi batteur de jazz et que vous jouez dans un trio, ce qui est totalement différent de ce que vous faisiez avec King Crimson ou Yes, par exemple.

Bill Bruford : Oui, ça ne me dérange pas du tout aujourd’hui. Nous faisons beaucoup de relations presse et de relations publiques. Nous expliquons aux gens ce que nous proposons. Nous avons des agents et d’autres personnes qui s’occupent de leur expliquer les choses. Je pense que l’important, c’est que les auditeurs, après avoir assisté pendant de nombreuses années à des concerts où je jouais et à ceux des groupes que j’ai dirigés, en sont venus à me faire confiance. Dans l’ensemble, ils ont le sentiment que s’ils voient le nom de Bill Bruford sur l’affiche, que ce soit en tant que leader ou en tant que musicien accompagnateur, il ne perdra pas son temps à leur proposer quelque chose qui n’est pas intéressant, ou du moins intéressant, et quelque chose de passionnant. Je pense que les gens en sont venus à me faire confiance pour ça. J’ai donc produit des artistes comme Alan Holdsworth, Jeff Berlin, Django Bates, Ian Ballamy, David Torn et d’autres. Ces artistes étaient tous présents sur la scène musicale, mais le public québécois ne les connaissait peut-être pas bien, surtout à l’époque où j’ai réussi à les faire venir au Québec.

PAN M 36 : Oui, je me souviens quand vous êtes venu avec Django Bates à la fin des années 80 et au début des années 90. J’adore Django Bates, c’est un excellent musicien et un compositeur prolifique.

Bill Bruford : Oui, il est formidable ! Je me souviens d’un concert en plein air au Festival de jazz de Montréal. Bon, je suis allé souvent au Québec, alors certains de ces concerts deviennent un peu flous : je ne me souviens plus très bien avec qui je jouais, quand, ni ce que je jouais. Mais l’essentiel, c’est que les gens peuvent compter sur moi pour leur proposer quelque chose d’intéressant, je pense.

PAN M 360 : Bien sûr, bien sûr. Et puis, il y a une chose très intéressante dans votre jeu et votre évolution en tant que musicien sur le long terme : ce n’est jamais trop chargé, mais en même temps, c’est puissant. Vous n’essayez donc pas de jouer un set chargé comme le feraient certains batteurs de jazz fusion. Ça reste très clair, mais c’est aussi différent du minimalisme de certains batteurs de swing jazz ou de jazz moderne. Vous vous situez donc quelque part entre les deux, je dirais.

Bill Bruford : Ouais, je pense aussi. Quelque part entre les deux, c’est ça. Comme on dit trop jazz pour le rock et trop rock pour le jazz.

PAN M 360 : Ou assez pour les deux !

Bill Bruford : Oui, ou assez pour les deux. Je veux dire, je pense que souvent, les gens comme moi se demandent : « Qu’est-ce qu’on peut apporter ici avec une batterie ? » Il y a bien sûr beaucoup de batteurs brillants. Alors comment puis-je, beaucoup de gens jouent bien mieux que moi, surtout les jeunes. Alors qu’est-ce que je peux apporter ici ? Eh bien, une chose que je rechercherais, c’est la différenciation. Comment puis-je me démarquer ? Dans quel contexte puis-je faire les choses différemment ? Ou, de manière intéressante, d’une façon à laquelle d’autres n’ont peut-être pas pensé ? C’est en partie ce que je fais sur scène, je pense : j’essaie de trouver des façons intéressantes de faire les choses qui ne soient pas nécessairement les mêmes que celles du voisin. Et je ne peux certainement pas rivaliser avec ces jeunes batteurs rapides d’aujourd’hui qui sont formidables.

J’adore leur façon de jouer de la batterie, sauf que pour moi maintenant, surtout à mon âge avancé d’environ 30 ans – je plaisante. C’est que… je ne peux pas… Qu’est-ce que je veux alors? Qu’est-ce que je recherche ici ? Du caractère, je recherche du caractère dans le jeu plutôt qu’une virtuosité particulière. Ouais, être nous-mêmes.

PAN M 360 : Et il y a toujours une possibilité de montrer que l’on est unique.

Bill Bruford : Oh oui, je pense que c’est tout à fait ça. J’aime faire ça si possible et montrer d’autres façons dont les gens pourraient faire les choses. Parce que j’ai en quelque sorte trouvé ma propre voie après de nombreuses années à exercer ce métier.

PAN M 360 : Oui. Parfois, l’expérience du musicien prend le pas sur ses compétences techniques. C’est donc ça, l’expérience ; c’est là que réside toute sa beauté.

Bill Bruford : Oui, je pense que c’est tout à fait ça. Je suis un musicien autodidacte, et de nos jours, beaucoup de grands batteurs suivent des formations techniques fantastiques, surtout en Amérique du Nord. Et c’est pourquoi je dois faire attention. Enfin, pas faire attention, mais je ne vais pas me précipiter vers la technique juste pour épater les gens avec des prouesses techniques. Je ne veux épater personne avec une multitude de notes. Je veux épater les gens avec des notes soigneusement placées.

PAN M 360 : Eh bien, c’est très bien dit. Et comme vous l’avez dit, il y a tellement de batteurs fantastiques aujourd’hui. C’est un peu comme les sports olympiques, vous voyez ? Oui. Vous savez, Jesse Owens était le plus rapide dans les années 30, mais aujourd’hui, il y en a des dizaines de milliers qui courent plus vite que lui.

Bill Bruford : Bien sûr. Si tu confonds le sport et l’athlétisme avec la musique ou une forme d’art, alors tu es dans de beaux draps. La batterie, c’est bien plus que simplement acquérir un jeu plus rapide.

PAN M 360 : Je me souviens que quand j’étais adolescent ou jeune adulte et que je me lançais dans le journalisme musical, tous mes amis s’intéressaient aux concerts, etc. Et finalement, à l’époque, on pouvait citer quelques batteurs dans le rock, quelques autres dans le jazz, et ça représentait plus ou moins entre 30 et 50 personnes. Aujourd’hui, le même exercice vous amène à… des milliers ! Donc, ce n’est pas forcément pertinent d’y penser aujourd’hui.

Bill Bruford : Oui, et il y a aussi deux types de batteurs. Il y a ceux qui passent beaucoup de temps sur YouTube, qui donnent peut-être des cours de batterie et qui travaillent beaucoup depuis chez eux. C’est ce qu’on pourrait appeler les batteurs casaniers, et ils peuvent atteindre des niveaux techniques fantastiques. Mais il y a d’autres batteurs, et je fais partie de ce deuxième groupe, qui s’intéressent davantage à ce que ça fait de jouer avec d’autres personnes.

Je n’ai donc aucun intérêt particulier à écouter un batteur ou une batteuse jouer seul(e) dans sa chambre. Je m’intéresse davantage à ce que cette personne fait lorsqu’elle est sur scène avec d’autres personnes, devant un public, avec une musique qu’elle ne maîtrise pas entièrement. C’est ça… C’est ce qui m’intéresse le plus.

PAN M 360 : Et c’est exactement ce que vous allez refaire au Québec ! Je sais aussi que vous donnerez une causerie pendant votre séjour à Québec. À guichets fermés, d’ailleurs.

Bill Bruford : Tout à fait, il y aura une sorte d’interview prévue devant public.

PAN M 360 : Oui, avec Nicolas Houle, le principal programmateur du Palais Montcalm, qui s’y connaît vraiment bien. C’est un ancien journaliste qui a travaillé pour la presse de qualité à Québec. Il va donc sûrement vous poser de très bonnes questions !

Bill Bruford : D’accord ! Et on va aussi donner d’autres concerts, 5 ou 6 je crois. On sera à Montréal le 29 mai et au Palais Montcalm le lendemain soir.

PAN M 360 : Côté enregistrement, ça a l’air génial. J’ai vu des vidéos où vous jouez avec ce trio, mais je n’ai trouvé aucun album.

Bill Bruford : C’est vrai. Nous n’en avons pas encore fait, mais nous sommes en train d’en enregistrer un, qui devrait sortir en octobre.

PAN M 360 : Excellent, merci beaucoup pour cette interview généreuse et riche.

Bill Bruford : Merci beaucoup à vous aussi. À bientôt !

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