La saxophoniste de jazz d’origine chilienne Melissa Aldana sera à Montréal le mercredi 26 novembre, à l’invitation du Big Band de l’Université de Montréal, à la Salle Claude Champagne. Cette figure montante du jazz contemporain, nominée aux Prix Grammy, est comparée au grand Wayne Shorter par plusieurs chroniqueurs de musique. Michel Labrecque a échangé avec le directeur du Big Band, le trompettiste et professeur João Lenhari pour PAN M 360. Il y a le concert mais aussi une masterclass gratuite et ouverte à tout le monde le jeudi 27 novembre.
Interviews
Tamboréal se prépare à faire vibrer Montréal le 28 novembre prochain à la Sala Rosa pour célébrer son premier anniversaire, aux côtés de Forro Rasta Paix. Mais cette première année n’a pas été de tout repos puisque ce groupe de percussionnistes a déjà participé aux Syli d’or en début d’année, au festival Nuits d’Afrique ainsi qu’au festival de la bière de Montréal. Ils seront 18 sur scène, munis de toutes sortes de percussions pour nous offrir une soirée carnavalesque que les Brésiliens attendent avec impatience. Son fondateur, Carlos Henrique Feitosa, qui est professeur de musique, parachutiste, percussionniste de Flavia Nascimento et Thaynara Perí entre autres, nous parle de la naissance du groupe et de la discipline que ça prend pour gérer ses différentes carrières. Sandra Gasana lui a parlé pour PAN M 360, à quelques jours du concert.
Le concert Peace du Soweto Gospel Choir a été primé aux prix Grammy et Emmy, des dizaines de superstars on fait appel à leurs services, bref voilà une des plus puissantes machines de chant choral sur cette petite planète. Présenté partout dans le monde, ce spectacle du chœur sud-africain fait escale à Québec le 3 décembre prochain. Fondé en 2002, ce chœur est devenu une institution magnifiant le pouvoir fédérateur de la musique gospel, très important dans la partie méridionale du continent africain. L’ouverture d’esprit et l’adaptabilité du Soweto Gospel Choir l’a mené aux plus hautes sphères du showbiz international.
PAN M 360 : Quel est votre rôle dans la chœur du gospel de Soweto ?
Bongani Ncube : Je suis chanteur et je suis l’administrateur du choeur. Je remplis également les fonctions de directeur musical au besoin.
PAN M 360 : Le Soweto Gospel Choir est une authentique institution en Afrique du Sud, et ce depuis plusieurs décennies. Où sommes-nous en 2025 ? Pouvez-vous m’expliquer dans quel cycle se trouve le chœur ?
Bongani Ncube : En fait, nous sommes toujours très impliqués sur la scène musicale nationale et aussi internationale. En plus de nos propres concerts, nous collaborons avec d’autres artistes de renom. Nous donnons aussi des classes de maîtres, des ateliers de formation. Nous collaborons avec d’autres institutions en Afrique du Sud, où nous pouvons transmettre nos connaissances et expériences acquises depuis tant d’années. Mais notre mandat principal demeure le chant choral et la musique.
PAN M 360 : Vous avez été impliqué avec tant d’artistes! Peut-on mentionner ceux et celles qui vous viennent spontanément à l’esprit?
Bongani Ncube : Peter Gabriel, Angelique Kidjo, John Legend, Bono et U2, Kate Bush, Robert Plant, Aretha Franklin, Céline Dion, Leonard Cohen, Pharrell Williams… la liste est vraiment longue!
PAN M 360 : Vos projet de collaboration les plus importants de la plus récente période?
Bongani Ncube : Le premier que je peux souligner, c’est celui avec Angélique Kidjo. Elle est notre amie. Elle est très cool!
Nous avons aussi travaillé avec le producteur américain Latroit (Détroit, Michigan) et le DJ australien Groove Terminator, deux figures très connues dans le milieu électronique. Nous avons collaboré avec eux pour un projet intitulé History of House, dont l’objet est de souligner les racines africaines de la house.
PAN M 360 : Aussi, j’ai repéré quelques sons afrobeats de votre côté!
Bongani Ncube : Certainement! Nous avons collaboré notamment avec Burna Boy! Notamment en 2025, nous avons sorti le single Dodorima avec Mr Dutch et Raybekah.
PAN M 360 : Pan-africain et mondial!
Bongani Ncube : Merci, merci, nous sommes reconnaissants, nous sommes encore sur la bonne voie. Nous en tirons une grande fierté.
PAN M 360 : Votre tournée est très intense, vous avez tourné tout l’automne en Amérique du Nord.
Bongani Ncube : Nous jouons jusqu’à la période de Noël. Oui, nous sommes très occupés avec notre nouveau spectacle de notre album Hope (2022). Ce spectacle incarne la paix et l’espoir, on peut aussi intituler ce spectacle Peace. Plusieurs chansons de cet album sont interprétées. Ce spectacle est aussi un rappel d’où nous sommes en tant qu’un pays et en tant que nation. Ce rappel est exprimé sous forme de chants et aussi de danses, véhicules par excellence pour amener la paix entre les humains. Ces musiques constituent aussi une thérapie de guérison. Nous sommes aussi des guérisseurs!
PAN M 360 : Et la forme elle-même sur scène? A cappella? Avec accompagnement?
Bongani Ncube : C’est un hybride. C’est la combinaison d’un chœur et de musiciens.
Nous utilisons les instruments traditionnels, comme les djembés, les trompes africaines, le cajon espagnol, etc. Il y a aussi un pianiste/claviériste. Pleines sonorités!
PAN M 360 : Combien êtes-vous?
Bongani Ncube : Nous sommes plus de 20 sur scène.
PAN M 360 : Offrez-vous aussi vos grands succès à vos fans?
Bongani Ncube : Le matériel récent est le plus pertinent pour nous mais les gens veulent toujours entendre certains de nos classiques. Nous intercalons donc quelques-unes de ces vieilles chansons qui nous ont fait grandir. Et qui résonnent encore chez les gens!
PAN M 360 : On en déduit que le Soweto Gospel Choir a toujours son pouvoir d’influence.
Bongani Ncube : Le message d’un choeur gospel d’Afrique du Sud, un pays surtout chrétien, est puissant et il est facile à partager. Nous l’avons partagé depuis longtemps et il n’a pas perdu son pouvoir. La musique évolue, mais le message reste le même et fait partie de notre héritage culturel. Le gospel sud-africain est aussi réparateur pour les peuples qui y ont souffert comme vous le savez. Le gospel a joué un rôle important dans nos luttes de libération, le gospel fut aussi encouragé par le révérend Desmond Tutu, une figure marquante de notre libération de l’apartheid.
PAN M 360 : Certains airs sont aussi indémodables.
Bongani Ncube : Effectivement. Certaines chansons ne meurent jamais. Elles adoptent des contours différents avec le temps, mais l’essence reste la même.
PAN M 360 : Quittez-vous l’Amérique du Nord bientôt?
Bongani Ncube : À la fin de l’année. Après nous rentrons à Johannesburg, là où vivent la plupart de nos artistes.
PAN M 360 : L’Afrique du Sud vit des perturbations socio-politiques depuis un moment. Quelle est votre perception?
Bongani Ncube : Il y a toujours des efforts pour améliorer le pays. Il y a beaucoup d’instabilité politique, mais j’observe que ça n’a pas vraiment changé la façon dont les gens envisagent l’avenir. Les gens ont développé une résistance et une résilience dans toutes les cultures et peuples qui constituent l’Afrique du Sud. Quoi qu’il advienne, nous continuerons de chanter.
Un des derniers rendez-vous culturels de l’année 2025 en ce qui concerne la communauté brésilienne de Montréal est bien ce double-anniversaire entre les groupes Forró Rasta Paix et Tamboréal. Alors que le premier fêtera son 2ème anniversaire, le deuxième soufflera sa toute première bougie. Pour l’occasion, nous avons rencontré le fondateur de Forró Rasta Paix, Fabio Stilben, qui nous raconte la genèse du groupe mais surtout, l’histoire du forró et ses multiples déclinaisons. Il prend le temps de remonter aux fondateurs du forró, tels que Luis Gonzaga, et ses nombreux disciples. Fabio est un « carioca », nom donné aux natifs de Rio de Janeiro mais il a toujours été fasciné par le forró, qui tire ses origines du nordeste brésilien. Après plusieurs années à jouer et chanter dans divers groupes à Montréal, une rencontre au marché Jean Talon va changer le cours de sa carrière musicale. Sandra Gasana s’est entretenue avec lui pour PAN M 360, à quelques jours du concert tant attendu par les mélomanes brésiliens.
Le prochain programme des Violons du Roy met de l’avant le talent de ses interprètes, dont certains deviennent solistes dans ce contexte. Sous la direction de Jonathan Cohen, les concertos pour violon de l’Opus 3 reconfirmeront la créativité du chef et la personnalité unique de l’orchestre. Directeur artistique et codirecteur général des Violons du Roy, Laurent Patenaude nous raconte et nous explique la mise en œuvre d’un tel programme présenté le mercredi 19 novembre au Palais Montcalm et le samedi 22 à la Salle Bourgie.
PAN M 360 : Pouvez-vous d’abord nous justifier ce choix de présenter la majorité des Concertos pour violon opus 3 d’Antonio Vivaldi :
Laurent Patenaude : Sauf les Quatre Saisons, ces Concertos de l’opus 3 ont rendu Vivaldi célèbre. À l’époque baroque, même plus que les Quatre Saisons. Ce fut vraiment très important en Europe, ça a été réimprimé plusieurs fois. Bach était d’ailleurs tombé en admiration devant ces œuvres qu’il avait transcrites.
PAN M 360 : Effectivement, Bach s’inspirait (aussi) de Vivaldi, et ce dernier avait une carrière plus importante que Bach de son vivant, en termes de notoriété.
Laurent Patenaude : Je pense que oui. Il a voyagé plus que Bach, ses œuvres ont été mieux connues de son vivant. Oui, il était plus célèbre à l’époque. L’édition et la réédition de ses œuvres ont été beaucoup plus importantes que celles de Bach dont une grande partie de l’œuvre fut éditée après sa mort.
PAN M 360 : Et puis il est disparu dans l’oubli jusqu’à ce que Mendelssohn le ressorte des boules à mites au siècle suivant.
Laurent Patenaude : Bach, c’était plus complexe, mais finalement…
PAN M 360 : Finalement, c’est JSB le maître absolu.
Laurent Patenaude : Il n’y a pas de doute!
PAN M 360 : Ce qui n’enlève rien à Vivaldi, célébré cette semaine par Les Violons du Roy.
Laurent Patenaude : En plus d’être parmi les œuvres les mieux connues de Vivaldi, elles sont vraiment magnifiquement écrites. Pour les cordes, ça « sonne tout seul »! C’est vraiment le travail d’un violoniste, c’est très idiomatique. Même les parties les plus virtuoses tombent bien dans les doigts. Il y a quelque chose de très naturel, ça fait vraiment briller des instruments à cordes. Je trouve que ça magnifie les cordes.
PAN M 360 : Quels sont les défis de l’interprétation?
Laurent Patenaude : Les instrumentistes ont peut-être plus de place que chez Bach pour s’exprimer, pour ajouter des ornements, pour avoir un petit côté, un petit peu plus fantaisie. C’est plus difficile de mettre la fantaisie chez Bach, parce que c’est tellement complet! Alors que Vivaldi laisse plus de place aux interprètes. Il leur faut être un peu plus créatifs.
PAN M 360 : Il y a donc plus de liberté accordée dans la partition.
Laurent Patenaude : Oui. Légèrement.
PAN M 360 : En général, la musique écrite du corpus classique n’accorde pas énormément de liberté à l’interprétation, mais comme on le constate chez Vivaldi on peut percevoir des différences de contraintes. Des compositeurs sont plus contraignants que d’autres.
Laurent Patenaude : Absolument. Mais bon, puisque cette musique de Vivaldi est un peu plus simple harmoniquement, il faut y mettre quelque chose. Sinon, c’est sûr que si on joue la partition sans rien ajouter, ça peut être un petit peu simplet par moments. Mais je pense que Vivaldi invite à cette liberté.
PAN M 360 : Ainsi, chaque exécution devient unique.
Laurent Patenaude : Oui, certainement. Les interprètes peuvent ainsi ajouter des ornements, des arpèges, et ça devient vraiment magnifique. Ce qui est le fun aussi avec ces concertons, c’est qu’on a toutes sortes de combinaisons : à un, à deux, à quatre violons, d’autres avec les violoncelles. Les musiciens s’échangent donc les rôles de soliste.
PAN M 360 : On imagine que Les Violons du Roy ont joué ces œuvres maintes et maintes fois, n’est-ce pas?
Laurent Patenaude : On a déjà joué ces concertos, mais ça fait peut-être une douzaine d’années qu’on n’a pas construit un programme du genre. C’est quand même agréable aussi de découvrir les musiciens de l’orchestre qu’on entend moins souvent comme solistes. Ça amène sa couleur aussi.
PAN M 360 : Et comment les solistes sont ils choisis?
Laurent Patenaude : Au départ, j’ai fait un petit sondage. J’ai demandé qui aimerait jouer quoi. Évidemment, tout le monde ne peut pas jouer le même concerto mais on a quand même tenu compte des préférences de nos gens. Après ça, on a essayé d’assembler quelque chose qui se tient, et qui donne une place à chacun chacune. Évidemment, des interprètes de l’orchestre ne feront pas de solo, on est allés avec ceux qui le pouvaient et le souhaitaient.
PAN M 360 : Le programme nous indique que les concertos ne sont pas joués dans l’ordre originel.
Laurent Patenaude: On les a faites en fonction de la complexité, de l’harmonie, et des tonalités. Nous avons prévu l’alternance entre quatre violons solos, un violon solo, deux violons solos. On a essayé de faire quelque chose de varié. Je pense que ça donne un menu très agréable pour l’auditeur. Aussi une variété de couleurs orchestrales. Chaque concerto dure 9-10 minutes. Donc, on est vraiment dans un espèce de buffet Vivaldi. On peut avoir un concerto en ré majeur, très heureux, un autre en sol mineur sera un peu plus torturé…
PAN M 360 : Vous ne jouez pas les 12 concertos, par ailleurs. Ce n’est pas l’intégrale.
Laurent Patenaude : Presque… en fait 9 sur 12 quand même. Ceux qui n’ont pas été retenus parce que ce n’était pas le choix de nos interprètes. Ensuite, nous avons fait en sorte que ce soit équilibré. C’est sûr qu’on a mis les concertos les plus célèbres, les plus attrayants aussi.
PAN M 360 : Parlons des solistes!
Laurent Patenaude : Cinq violonistes femmes et deux violoncellistes hommes seront mis sur la sellette. Katia Poplyansky, une de nos deux violons solo (Pascale Giguère revient progressivement après avoir eu des ennuis de santé), elle un peu plus l’habitude de briller. Et puis, les autres, Noëlla Bouchard, Pascale Gagnon, Michelle Seto, Angélique Duguay. Les violoncellistes sont Raphaël Dubé et Benoît Loiselle. Certains de ces interprètes sont avec nous depuis longtemps comme Noëlla (1995) et Michelle (1992),Angélique Duguay (1996), d’autres sont arrivés plus tard, Pascale Gagnon (2001), Katia (2024). À un violon, Katia Poplyansky, Pascale Gagnon et Angélique Duguay font des concertos à un seul soliste, après quoi les combinaisons utilisent 2 ou 4 solistes, ce qui implique aussi Michelle et Noëlla. Benoît Loiselle et Raphaël Dubé s’échangent les solos de violoncelle. Tout le monde est occupé!
PAN M 360 : Beau jeu de personnalités en perspective!
Laurent Patenaude : Chacune et chacun a sa couleur. Chacune et chacun ont une grande discipline et peuvent très bien se fondre dans une section de l’orchestre. Mais quand on leur donne le plancher, ils/elles le prennent et s’expriment avec toute la verve nécessaire.
PAN M 360 : Et les autres interprètes jouent en équipe, il va sans dire!
Laurent Patenaude : Absolument. Il y a une belle solidarité. Quand les interprètes sont moins habitués à les jouer solo, on sent que tout le monde dans l’orchestre est derrière eux. On est ensemble là-dedans. Dans ce genre de programme, on voit vraiment la cohésion de l’orchestre. Il y a une certaine fierté à faire briller notre monde! De plus, ça redynamise l’orchestre.
PAN M 360 : Un tel défi, c’est sûrement bon pour la santé des Violons du Roy!
Laurent Patenaude : Ça permet aux gens de se donner et d’éviter le pilote automatique. Ça crée des liens intéressants, je dirais, avec le public. À Québec comme à Montréal, ça renforce le sentiment de proximité.
PROGRAMME
ANTONIO VIVALDI
• Concerto pour quatre violons et violoncelle en ré majeur, op. 3 n° 1, RV 549
• Concerto pour violon en la mineur, op. 3, n° 6, RV 356
• Concerto pour deux violons et violoncelle en sol mineur, op. 3 n° 2, RV 578
• Concerto pour violon en sol majeur, op. 3 n° 3, RV 310
• Concerto pour quatre violons en mi mineur, op 3. n° 4, RV 550
• Concerto pour deux violons en la mineur, op. 3 n° 8, RV 522
• Concerto pour violon en ré majeur, op. 3 n° 9, RV 230
• Concerto pour deux violons et violoncelle en ré mineur, op. 3 n° 11, RV 565
• Concerto pour quatre violons et violoncelle en si mineur, op. 3 n° 10, RV 580
Florent Vollant est sans conteste l’artiste autochtone ayant le plus marqué les francophones d’Amérique, toutes époques confondues. Cette année 2025 est celle de la récolte des honneurs pour l’auteur compositeur et interprète innu : Innu, un film documentaire sur sa vie et son œuvre à travers la transhumance forcée de sa nation, le tout coiffé de son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens – ce lundi 17 novembre à L’Espace Saint-Denis. Il rejoint ainsi le groupe sélect des plus grands créateurs de chansons au pays, de Gilles Vigneault à Leonard Cohen. Jamais un autochtone du Québec n’a obtenu une telle reconnaissance.
PAN M 360 : Bonjour Florent, toutes mes félicitations ! Être intronisé au Panthéon des auteurs-compositeurs canadien, soit aux côtés de Anne Murray, de Bruce Cockburn, de Claude Dubois, de Claude Léveillé, de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault, Harmonium, Jean-Pierre Ferland, Joni Mitchell, Leonard Cohen, Luc Plamondon, Michel Rivard, Neil Young, Robbie Robertson, Oscar Peterson.
Florent Vollant : Il y en a beaucoup?
PAN M 360 : Un peu plus d’une soixantaine, toutes époques confondues. Enfin, ce qui est sûr, c’est que pour nous, les francophones d’Amérique, c’est toi, l’artiste autochtone qui a eu le plus d’impact sur notre vie, il n’y a personne d’autre que toi. Dans le Canada anglais, ce pourrait être Robbie Robertson (The Band) dont la mère était issue des nations Cayuga et Mohawk, soit dans la Réserve Six Nations de Grand River. Mais auprès des francophones, l’artiste autochtone qui a eu le plus d’impact, c’est toi.
Florent Vollant : Oui. Merci. J’en suis conscient mais je ne sais pas comment l’expliquer.
PAN M 360 : Cette explication n’est pas une préoccupation, j’imagine.
Florent Vollant : Non, je ne pense pas à ça tant que ça. Je n’essaie pas de démystifier l’affaire, c’est juste qu’on m’a choisi, on me dit que je suis talentueux dans ce domaine-là. Je dis OK. Mais j’ai dit oui, moi je vais y aller.
PAN M 360 : Qui sera là pour t’accueillir?
Florent Vollant : Je ne sais pas… enfin… je sais qu’il y en a un dans la gang, c’est Richard Séguin.
PAN M 360 : Ça ne m’étonne pas, Richard Séguin a été parmi les premiers à reconnaître ton importance, à saisir parfaitement qui tu étais et ce que tu as accompli.
Florent Vollant : Autrement, si tout ça me permet de jaser avec des gens comme toi avec qui je ne parle pas si souvent, tant mieux, il me faut y aller. En tout cas, il y a une reconnaissance, je l’accepte.
PAN M 360 : Disons que tu n’étais pas en manque d’honneurs, tu es plutôt d’un naturel humble!
Florent Vollant: J’apprends à accepter tranquillement, pas vite, ça va bien.
PAN M 360 : C’est quand même beau que tu puisses accepter. Tu as vécu de dures épreuves les dernières années avec ton AVC et ses séquelles. On dirait que tu reprends toujours du mieux. Ton débit est très clair, tes idées sont claires.
Florent Vollant : Oui. J’ai des amis autour de moi, ma famille évidemment, qui m’incitent à continuer. Alors je ne reste pas là à rien faire! Il ne faut pas que je reste assis à ne rien faire. Il faut que je m’occupe d’améliorer ma condition, il faut que je bouge, il faut que je chante, sinon je me détériore.
PAN M 360 : Tu es encore capable de chanter, on veut encore t’écouter, on veut savoir ta création. Dans l’état dans lequel tu te trouves, il y a encore une place pour toi dans la création. On a encore besoin de toi!
Florent Vollant : Je suis lent de nature, vraiment lent. Et donc avec la paralysie de ma jambe et de mon bras, je suis encore plus lent. Ça fait quasiment mon affaire, haha!
PAN M 360 : Mais ta condition s’améliore quand même! Et lorsqu’on atteint la fin de la soixantaine, on vieillit très vite si on n’est plus actif. On se met à penser mou.
Florent Vollant : Oui, c’est ça, j’en m’en suis aperçu. Si je ne bouge pas, je régresse. Je ne veux pas aller là.
PAN M 360 : On connaît ta trajectoire depuis Kashtin dans les années 80, on connaît des albums solos, on sait que tu as fait un des plus beaux albums de Noël de notre histoire discographique. Mais on a peu parlé avec toi des valeurs autochtones, de ce qui constitue ta pensée et ta sensibilité. Personnellement, je crois qu’il faille tirer de grandes leçons de la pensée et de la sensibilité autochtones. Et aussi de l’avenir vu par les autochtones.
Florent Vollant : On me questionne là-dessus pour que je trouve des réponses. Mais je ne suis pas un philosophe ou un politologue… Ce qui m’intéresse, c’est que les peuples puissent s’émanciper. Vérité & réconciliation, ça ne fait pas chez depuis le début de la semaine! J’ai appris il y a plus de 30 ans. Toute ma vie professionnelle, j’ai vécu avec cette idée de réconciliation. Je l’ai souhaitée et je la souhaite encore. J’ai des amis partout à l’extérieur de la nation innue, j’apprends encore, j’échange et je reste ouvert.
PAN M 360 : L’émancipation des Premiers Peuples demeure fondamental. Au Québec on parle du peuple inuit des Abénaquis, Algonquins, Attikameks, Cris, Wendat, Innus, Inuit, Wolastoqiyik (Malécites), Micmacs, Mohawks (Kanien’kehà:ka), Naskapis. Où te situes-tu à ce titre?
Florent Vollant : On me montre des choses, on m’envoie encore des informations politiques sur les autochtones. Oui, on est différents et nous sommes fiers de cette différence, mais je ne pense pas qu’on soit plus fort que n’importe qui. La différence nous fait grandir. J’apprends de mes amis québécois, j’apprends de mon ami Richard Séguin et mes amis apprennent de moi et mes semblables autochtones. On n’a pas de temps à perdre avec les guerres, il y en a beaucoup trop.
PAN M 360 : Je crois sincèrement que l’on doive reconnaître à parts égales les trois peuples fondateurs du Canada : les Premiers Peuples, les Anglos et les Francos. Ces trois nations doivent s’écouter et accepter le droit de chaque nation à l’autodétermination.
Florent Vollant : Oui. S’écouter et vivre ensemble. Ne pas empêcher l’autre de vivre. Aider l’autre à grandir. Je pense que c’est comme ça qu’on aura un avenir pour nos enfants.
PAN M 360 : S’il y a un respect mutuel et une reconnaissance de l’autonomie de chacun, le mélange et la fusion égalitaire des peuples est envisageable. Plus c’est égal, plus c’est harmonieux, plus ça finit par se mélanger.
Florent Vollant : Et plus ça se complète. Ma musique, par exemple, a été chantée en innu par des Québécois. Des francophones qui chantent en Innu, des filles, des gars, des groupes, j’apprécie. Ça me touche. La musique permet ces expériences.
PAN M 360 : Absolument. Ça change de l’ancienne dynamique. Si les droits d’un peuple sont bafoués, comme ça a été pour les peuples indigènes depuis la colonisation européenne, ça ne peut pas marcher.
Florent Vollant : Si un peuple grandit en nuisant à ses voisins, ce peuple grandit mal. On ne peut détruire les autres pour qu’on puisse grandir. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il me semble qu’on devrait passer à autre chose. En tout cas, il ne faut pas oublier ça et faire de la place à ceux qui suivent. Moi, je suis conscient de la nouvelle génération qui s’en vient, plus ouverte aux communications, plus ouverte à Internet. Les jeunes ont un téléphone au bout de leurs mains, ce changement les rend plus mondiaux.
PAN M 360 : Exactement. Les plus jeunes sont beaucoup plus proches de la planète entière que d’un seul territoire dans lequel ils ont grandi.
Florent Vollant : C’est ce que j’ai découvert et c’est ce que je découvre. Ça fait-il en sorte que nous sommes devenus des humains meilleurs ? Je ne sais pas. Mais les jeunes qui s’en viennent posent de bonnes questions. Ils connaissent leur culture, ils savent ce qu’est un Atikamekw, ils peuvent même en apprendre à leurs parents.
PAN M 360 : On observe aujourd’hui une diversité très impressionnante d’artistes autochtones dans tous les genres musicaux, de la soprano innue Élisabeth St-Gelais au chanteur et compositeur visionnaire Jeremy Dutcher. On le voit aussi à Maliotenam, où vous avez aussi du hip-hop.
Florent Vollant : Oui, la musique a changé beaucoup. Maintenant, on a accès à toutes sortes de musiques, on le voit chez les jeunes. Ce n’est qu’un début, tout est possible.
PAN M 360 : Si on revient à ta musique, tu roules toujours sur ton dernier album sorti en 2024, Tshitatau?
Florent Vollant: Oui, c’est ça.
PAN M 360 : Es-tu en train d’en préparer un autre ?
Florent Vollant : Non, pas encore, j’avais des choses à finir. Je vais finir tranquillement ce que j’ai à faire, puis je me mettrai sur un autre projet. J’y vais un par un, il faut y aller tranquillement. Un de mes bras ne peut pas jouer de la guitare comme je souhaiterais qu’il joue. Il me reste la voix, quand même. Il faut juste trouver quelqu’un à la guitare, à côté de moi. J’ai des amis, de bons amis qui sont prêts à travailler avec moi, comme Éric Poirier.
PAN M 360 : Il y avait aussi Réjean Bouchard qui était un acolyte précieux, et qui est mort prématurément.
Florent Vollant : C’est vraiment triste. Il était un excellent musicien et une excellente personne. Il venait travailler au studio Makusham, chez moi. C’était un pilier. Quand il est parti, ça a été un gros coup.C’est lui qui joue la basse sur mon dernier album. On a voyagé ensemble. On est allés dans le Sud, dans le Nord, dans l’Ouest. On est allés partout ensemble.
PAN M 360 : Tu travailles plus avec ton fils Mathieu McKenzie et votre entourage de Maliotenam?
Florent Vollant : On a construit le studio Makusham y a plus de 25 ans, les murs insonorisés, le plancher, tout ça. On a rajouté des espaces avec les années. On a eu toutes sortes de projets pour les adultes, pour les aînés, pour les filles, pour les enfants. Vraiment, c’est un endroit pour créer. J’y suis souvent et des fois je n’y dis pas un mot, je suis là pour observer en silence. Des fois, on me demande ce que je fais là. Je réponds que je suis là pour applaudir! (rires)
PAN M 360 : Tu nourris de ce qui s’y passe !
Florent Vollant : Des fois j’applaudis, des fois je n’applaudis pas pantoute. Des fois, je ne m’en mêle pas, des fois je m’en mêle. Des fois on me demande, des fois on ne me demande pas, des fois c’est correct. Quand c’est mon tour, je prends plus de place. Je peux chanter, je peux bouger, je peux écouter. J’ai encore de bonnes oreilles.
PAN M 360 : Je te crois sur parole! Il te faut continuer.
Florent Vollant : On vient me voir et on me dit « Hey, toi, tu n’as pas le droit d’arrêter.»
PAN M 360 : Ils ont raison! Pas question pour toi d’arrêter. On n’arrête pas. Des gens comme toi ne doivent arrêter que lorsqu’ils meurent.
Florent Vollant : C’est exactement ce qu’ils m’ont fait comprendre. Si je veux vivre encore un bout, je dois travailler et c’est le travail que je connais. C’est ce que je sais faire, c’est ce je dois faire.
Le programme Songe d’une nuit andalouse sera présenté au National le samedi 15 novembre dans le cadre du Festival du Monde Arabe. Il s’agit du concert de la Chorale Asala, sous la direction de Ghada Harb, une musicienne syrienne qui s’est installée à Ottawa depuis deux ans. Michel Labrecque s’est entretenu avec cette artiste chevronnée, sur son parcours et sur le concert qu’elle dirigera à Montréal.
PAN M 360: Bonjour Ghada, vous êtes peu connue chez nous à l’extérieur des communautés arabes, pourriez-vous nous décrire votre parcours musical en Syrie?
Ghada Harb: J’ai été diplômée en musique classique de l’Institut Supérieur de musique de Damas. Par la suite, j’ai enseigné à cet institut en chant choral, en opéra, entre autres.
PAN M 360: Quand vous parlez de musique classique, vous parlez de classique arabe ou de musique classique occidentale?
Ghada Harb: Absolument occidentale. J’ai chanté dans de nombreux opéras connus en Syrie et ailleurs. Je suis d’abord une musicienne classique qui, par la suite, s’est intéressée à la musique arabe.
PAN M 360: Vous vous êtes aussi fait connaître en Syrie en osant quelque chose: créer une chorale entièrement féminine qui s’appelle la Chorale Gardenia.
Ghada Harb: Cette chorale a reçu de nombreux prix dans le monde arabe. Nous avons chanté dans de nombreux festivals, entre autres à Dubai et nous avons fait des concerts pour des organisations internationales comme l’UNICEF.
Nous avons commencé en chantant du classique, puis nous avons évolué : nous avons chanté de la musique arabe, mais aussi Abba et les Bee Gees, en plus de la musique soufi.
PAN M 360: Par la suite, vous n’en n’aviez pas fini avec les chorales !
Ghada Harb: J’ai entrepris un grand projet de chorale dont le thème était: « la paix avec les voix ». Cet ensemble portait le nom de Harmonie, en arabe. Nous étions plus de trois-cents membres, de toutes les parties de la Syrie. Comme le pays était en guerre, nous voulions illustrer le désir de paix et de cohésion sociale. Mais c’était très compliqué de nous réunir.
PAN M 360: Ça ne devait pas être facile d’être une artiste dans ces années de guerre en Syrie?
Ghada Harb: C’était effectivement très difficile. Et j’ai fini par faire le choix difficile de chercher à émigrer. D’abord et avant tout pour mes enfants, ma famille. J’ai été choisie par le Canada, grâce à un programme d’immigration destiné aux artistes. Il m’a fallu me séparer de mes ami-e-s choristes et musiciens, de mes étudiants,etc. Et je suis débarquée à Ottawa en 2023, pour me refaire une vie.
PAN M 360: Et c’est comme ça qu’est née la Chorale Asawa, qu’on entendra au Festival du monde arabe.
Ghada Harb : Oui, Asala veut dire « origines ». Ce sont des gens originaires de différents pays arabes. Vingt personnes, hommes et femmes. Nous chantons des Mouachahat, ces chants basés sur des poèmes arabes classiques de l’Andalousie (la partie sud de l’Espagne où ont vécu longtemps les Maures), ce sont des mélodies belles et complexes, accompagnées de percussions, de clavier, de flûtes et de oud. Nous avons six musiciens qui nous accompagnent.
PAN M 360: Qu’allons-nous entendre ce samedi au Festival du Monde arabe?
Ghada Harb : Vous entendrez des Mouachahat, mais aussi d’autres mélanges. Nous allons aussi rendre un hommage à Ziad Rahbani, un grand compositeur libanais qui est mort en juillet. C’est le fils de Fayrouz, la très célèbre chanteuse libanaise. Vous entendrez de la musique libanaise, jordanienne et palestinienne entre autres. La musique andalouse est un mélange de musique européenne et arabe. C’est tellement lié que c’est indissociable.
PAN M 360: Maintenant que la Syrie change et que la guerre est terminée, songeriez vous à y retourner?
Ghada Harb: Pas du tout. Je pense que la situation est encore très instable et que, pour une artiste, il n’y a absolument rien de sûr. J’ai décidé de refaire ma vie ici et je crée des projets petit à petit. On verra bien. Mais j’ai toujours une pensée pour mes ami.e.s en Syrie et je leur souhaite le meilleur. PAN M 360: Merci beaucoup et bonne chance à vous!
https://www.facebook.com/festivaldumondearabe/videos/songe-dune-nuit-andalousechorale-asala-sous-la-direction-de-ghada-harb-samedi-15/782491578015281/Helvète d’origine amazigh (kabyle algérienne), Flèche Love, Amina Cadelli de son vrai nom, use de son corps, de ses tripes et de sa sensibilité pour transcender musicalement l’idée de guérison, d’ailleurs le titre d’un album dont la version sur scène achève un long cycle de représentations, où « un corps et une parole provoquent des sensations, des émotions, des images fulgurantes ». Très solide intellectuellement, ce qui enrichit sa singularité artistique, Flèche Love mène une quête artistique des plus ambitieuses, on ne s’étonne pas de son rayonnement international, à commencer par la francophonie. La revoilà à Montréal, un vendredi soir au Théâtre Plaza, dans le contexte du Coup de cœur francophone.
Il y a une certaine beauté dans la contestation, encore plus lorsqu’elle s’exprime en musique. Comme un cri du cœur qui s’étend sur une longueur de trois minutes et cinquante-deux secondes. Entrecoupé de basses cassantes produites par Eius Echo (Dominic Walther-Battista), survolé par la voix d’Alexine Morine, alias Xela Edna, les propositions du tandem nous partagent ce cri d’un “quelque chose qui les dérange ».
On peut l’entendre dans la chanson Anti-guérison, comme ce sera le cas sur un nouvel album en pré-production. Ce petit quelque chose, c’est beaucoup de choses, en réalité: le patriarcat et toutes ses structures de domination, les relations amoureuses, les nouvelles technologies, les douleurs personnelles, leur place à l’intérieur de toutes ces entités, et notamment celle au sein du monde de l’industrie musicale québécoise.
Entre envie de se fondre et de se distancier en pleine finalisation d’un nouvel album, le duo montréalais a finalement décidé d’être unapologetic, sans excuses ni remords, avec le profond désir de finalement s’exposer pleinement au monde.
Sur un fond électro-pop, Xela Edna et Eius Echo se sont frayé une place dans leur ville d’origine. Depuis la sortie du simple Ultraviolet en 2019, ils ont continué à évoluer sur la scène, se démarquant par une poésie rythmée sur des fonds électroacoustiques, une voix modulée par auto-tune, une esthétique minimaliste et des performances énergétiques.
Mais qui est Xela Edna ? En tant qu’entité artistique unique, elle reste un personnage qu’Alexine considère comme “ un alter ego, une sorte de personnage de scène que j’ai créés, bien que ce soit une partie de moi, avec des traits exagérés, portant mon histoire.”, bien qu’accompagnée de Dominic, en acolyte. Et cet alter ego a été construit à travers une relation amicale et professionnelle de longue date, s’inspirant notamment de la toute première connexion: le sport compétitif. Un contexte qui leur a appris beaucoup, notamment le dévouement.
Elle raconte: “On s’est rencontrés dans un contexte sportif, dans des compétitions de patinage de vitesse, en fait. Et je pense que ça nous a appris plusieurs choses qui nous servent maintenant dans la musique… Évoluer dans l’industrie de la musique n’est pas quelque chose de particulièrement facile : il faut de la persévérance et de la détermination… Et puis on bouge tellement sur scène, on produit aussi énormément, donc, pour moi, c’est un travail que je ressens comme très mental et très physique, un peu comme un sport, où il faut s’accrocher pour atteindre nos objectifs.”
Si évoluer dans le monde de la musique n’est effectivement pas quelque chose d’aisé, l’univers qu’ils ont créé, et continue de créer, se démarque au sein du monde de la musique québécoise: comme un petit quelque chose de plus brute et dramatique, comme un cri perçant les rues calmes montréalaises.
“On essaye de créer un univers qui est assez cinématique et maximaliste, mais en même temps intense, dramatique et un peu obscur… On essaye de partager un peu tous les sentiments un peu sombres que tu ressens dans la vie quotidienne, mais en les accentuant, et en les théâtralisant… C’est là que le personnage ressort. On essaye d’extérioriser le méchant… C’est d’ailleurs pour ça qu’on danse beaucoup sur scène, on bouge, on court, on essaye de sortir toutes ces émotions par la performance”, explique Alexine.
Ces émotions fortes, transparentes d’une certaine intensité, et d’une certaine colère, se sont véritablement cristallisées à la suite du concours des Francouvertes. Participants à l’édition 2022, ils se sont rendus jusqu’en demi-finale, faisant face à autant de critiques, que de bons commentaires.
“L’aspect de colère, soulève notre interviewée, est vraiment venu dans la production de notre nouvel album. Après les Francouvertes, on a quand même été déçus, et l’on est partis avec un sentiment de pousser plus loin, de dépasser nos limites, et de s’assumer dans notre style. (…) Durant les Francouvertes, on a réalisé que notre musique ne fittait pas forcément avec les standards de ce que ce festival représente, et l’on avait quand même le goût de briser ces codes… ça s’est quand même bien passé pour nous, on s’est presque rendus en finale, les gens aimaient notre proposition, mais beaucoup de personnes disaient que ça détonnait beaucoup…
“ On a eu des personnes qui sont venues nous remercier de présenter ce type de musique dans ce concours, mais aussi beaucoup de mauvais commentaires… Ça nous a fait réaliser notre place dans la scène québécoise, et ça nous a poussés à être plus nous-mêmes, à trouver notre son, et à assumer nos influences… Ne pas juste vouloir plaire. Nous écoutons de la musique de partout dans le monde et c’est ce que nous voulons partager, être nous-mêmes et montrer ce qui nous inspire.”
Naviguant entre la pop et l’électronique, leur musique peut être “difficilement classifiable”. Sorte de jonction entre mainstream musical et underground. Mais cette pluralité d’influences est très certainement ce qui fait la force du tandem. Cette possibilité de rejoindre plusieurs publics, et de tendre la main de chaque côté du spectre musical.
“Et définitivement, on a une place ici, et il faut juste qu’on se la donne… On vient d’ici, on chante en français, et en anglais… on est inspirés par la vie et la musique ici, et il y a des personnes qui aiment cette musique là et qui veulent l’écouter. Le public est là, c’est plus à l’industrie qui doit s’ouvrir à ce style de musique (…) Il faut qu’il y ait des artistes qui ouvrent cette porte au sein de l’industrie musicale… Et je pense que le fait qu’on soit entre la pop et l’électronique, justement, ça peut nous permettre d’être un pont entre les différents publics ”, pense Alexine.
Profondément montréalais, avec des inspirations qui viennent d’ici et d’autre part, telles que
Marie Davidson, FKA twigs, Oklou, Moderat, Sophie, Burial, Rosalia…, le duo rêve de grandeur.
“Marie Davidson, soulève Alexine, c’est vraiment une de nos plus grandes inspirations, et on est vraiment fiers qu’elle vienne de Montréal… Durant la réalisation de notre album, on a beaucoup écouté ses compositions, pour se motiver, se mettre dans un bon head space… Être comparé à elle, c’est un immense honneur pour nous…”
Inutile d’ajouter que rêver de grandeur est aussi celui de percer à l’étranger: « Je pense qu’il faille qu’on s’exporte hors de Montréal, aussi. On rêve grand et on n’a pas peur d’aller plus loin… On aime ce qu’on fait, ce qu’on propose, on a un certain souci du détail, et l’on veut apporter quelque chose de nouveau, on est passionnés.. On aimerait bien rejoindre le public européen, même américain, même si, avec ce qu’il se passe, c’est un peu plus compliqué en ce moment…”
Cette envie de grandeur, et d’être “profondément eux-mêmes”, ce sont des choses qu’ils ont inscrites dans la production de leur nouvel album qui sortira en 2026.
Si leurs compositions étaient auparavant signées “Xela Edna & Eius Echo”, Dominic Walther-Battista convient “avoir enterré Eius Echo”, pour désormais s’intégrer pleinement au sein du projet Xela Edna. Il sera maintenant coproducteur à part entière. Composant les musiques à deux, ce changement de structure s’explique notamment par le processus créatif de leur nouvel album, dont l’histoire se façonne autour du personnage d’Alex, Xela Edna.
“Ce nouvel album, indique cette dernière, est un peu plus une collaboration qu’un duo… La trame narrative tourne beaucoup autour de mon histoire, j’ai écrit toutes les paroles, et c’est beaucoup plus personnel… Mais Dominic reste une partie essentielle du projet, et c’est pour ça qu’il est maintenant signé comme collaborateur/producteur dans l’album qui s’en vient (…) Si l’album aborde plusieurs sujets différents, c’est surtout celui d’être née en l’an 2000, c’est le rapport avec les nouvelles technologies, c’est ce que ça fait d’être né dans cette société en plein changement, avec des écrans dans les mains, les réseaux sociaux… Ça parle de mon enfance, de mon adolescence, de mon expérience en tant que femme au sein de tout ça, aussi… C’est beaucoup de choses, mais c’est aussi très conceptuel, et on aimerait la garder aussi un peu de mystère autour de cet album, avant qu’on le sorte…”
Et si cette production de leur nouvel album prend quasiment tout leur temps, leur laissant peu de moments pour consommer de la musique, ils continuent à jouer dans plusieurs événements, et notamment le 14 novembre au Théâtre Plaza, dans le contexte du Coup de cœur francophone. Un spectacle à ne pas manquer, pour quiconque souhaite découvrir la relève synth-pop montréalaise.
Au téléphone, Virginie B. me répond assise sur son sofa, dans son studio de musique montréalais. À l’approche de son spectacle donné au Coup de cœur francophone, ce vendredi 14 novembre au Théâtre Plaza, je l’imagine me causer dans une pièce colorée, avec de multiples affiches accrochées sur les murs, des bibelots un peu décalés placés par-ci par-là, des instruments de musique à proximité, le tout dans une esthétique maximaliste à la croisée des inspirations.
Bien que cette image soit le fruit de mon imagination et soit certainement éloignée de la réalité, c’est ce qui me vient à l’esprit quand je pense à Virginie B: une artiste avec une esthétique musicale et visuelle over the top, qui transpire d’exubérance.
Avec ses inspirations venues tout droit du Japon, de la culture du jeu vidéo, mais aussi du drag, de Montréal ou encore de la France, on ne peut qu’imaginer la complexité de son univers, qui, pourtant, se veut aussi un point de rencontre pour tous et toutes, de chaque sensibilités.
Cette musique, qu’elle dit « porter très très proche de son cœur », en ajoutant qu’elle est profondément ancrée dans un univers qu’elle a patiemment construit au fil des ans et des réflexions, semble avoir atteint son apogée récemment, particulièrement pendant l’élaboration de son album Astral 2000.
En observant et comparant son œuvre, on peut ainsi y voir une sorte de scission: Un avant/après Astral 2000, qui exprime une certaine culture queer réincarnée, une féminité décomplexée, et un jeu / lâcher-prise (presque) enfantin.
“Il y avait, pose-t-elle, plus de douceur et de retenue dans mes anciennes compositions… Avec un point de vue extérieur, j’ai réalisé que je me retenais beaucoup, j’essayais aussi beaucoup de “faire”, ou encore d’atteindre un certain idéal, une vision claire, mais toujours avec beaucoup trop de contrôle… Quand je suis rentrée au studio pour la composition d’Astral 2000, j’ai décidé de changer mes anciens patterns, et de créer comme ça me venait. Si Insula (2022) était beaucoup basé sur d’anciennes productions, pour Astral 2000, c’était vraiment au jour le jour, sans rien sous la main (…) On a vraiment expérimenté, et j’ai eu tellement de fun! “
L’artiste montréalaise, qui vient d’être nominée pour le titre de « Révélation de l’année » par l’ADISQ, a su se développer au fil des ans. Elle y est parvenu tant sur le plan musical qu’en ce qui concerne son identité. Ce personnage qu’elle a su créer est selon ses propres mots “Une partie du portrait… Une exacerbation de certains de ses traits.”, qu’elle a finalement pu dévoiler au monde, sans retenue. En naviguant entre les sous-genres de la pop, tels que l’hyperpop ou encore l’art pop, elle s’en approprie les codes, tant musicalement qu’esthétiquement. Elle se les approprie aussi dans son corps, et dans sa façon de se présenter au monde sur scène.
“ Si on me croise dans la rue, soulève Virginie B, on ne saura pas forcément qui je suis, parce que je ne suis pas tout le temps en personnage de scène, mais ce persona reste un véhicule de mon désir pour l’exubérance, de mon droit à être too much, et ça, c’est qui est important pour moi… Je me sens beaucoup plus libre, grâce à ce personnage. (…) L’hyper Pop c’est de la pop très méta, et ce personnage, ce visuel, c’est une performance très consciente d’elle même, dans un sens… C’est de l’hyper performativité, et c’est mon hommage au drag et à son extravagance.”
Cette sensibilité tournée vers le drag, la féminité exacerbée, ou encore l’extravagance, s’est aussi construite à travers les multiples rencontres et collaborations qui ont traversé sa vie. Si Virginie B a pu, durant un temps, travailler de façon plus solitaire, ce sont ses échanges avec d’autres artistes qui lui ont permis de façonner ses compositions actuelles.
“On est quatre créatrices à réfléchir sur l’aspect visuel, depuis Astral 2000… Durant la création de l’album, j’ai compris que ce projet ne pouvait plus être centré que sur moi, il fallait que ce soit un effort commun, pour véritablement créer un monde, en collectivité, avec des inspirations qui venaient de différentes personnes (…) Pour ainsi lui donner une plus grande portée”, explique notre interviewée.
Ces créatrices, Rosalie Bordeleau, Louane Williams et Andy Jon, l’ont beaucoup aidée dans la création d’Astral 2000. Et être entourée de femme, c’est aussi un désir qui a émergé de sa propre histoire, et de ses expériences en tant que femme artiste dans l’industrie musicale.
“M’entourer de femmes, croit Virgine B, c’est aussi suivre cette quête féminine que je poursuis depuis plusieurs années… Pouvoir comprendre ma féminité, comment elle s’exprime, comment vivre avec elle dans cette société, et comment, créativement, elle peut m’affecter… J’ai eu besoin de m’entourer de personnes qui avaient un vécu et des sensibilités similaires aux miens, des femmes, des personnes queers, tout en incluant aussi mon partenaire de production, Louis Jeay-Beaulieu, qui est un homme… Mais, pour nous, l’aspect visuel est devenu crucial : il faut mettre de l’avant la femme, mais aussi l’identité queer. ”
Écouter Virginie B, mais aussi faire l’expérience de ses spectacles, c’est quelque chose qui nous plonge directement dans cet hommage à la femme et à la culture queer. Si certains semblent être dérangés par cette représentation des corps, Virginie B nous dit pourtant être parfois “amusé” de ces réactions. Dans une industrie musicale encore largement dominée par les hommes, notamment au Québec, son œuvre semble effectivement pousser les limites des anciens codes de la musique, et notamment de la représentation de la femme. C’est très certainement aussi pour ça qu’elle se démarque tant. Mais cette envie de provoquer est pourtant aussi marquée par le désir de continuer à évoluer dans l’industrie québécoise, avec l’assurance qu’un public curieux existe un peu partout, même là où on s’y attendait le moins.
“La scène électronique, croit Virginie B, ne s’est pas encore totalement développée au Québec, et je ne parle pas juste de Montréal, mais vraiment de l’entièreté du Québec… Il y a une curiosité au Québec d’entendre de nouvelles choses, mais certaines musiques (notamment la mienne), sont moins relayées sur les médias populaires…. Les gens sont moins exposés au type de musique que je fais, et c’est sur qu’en festival, parfois, je sens le décalage… Un spectacle d’Astral 2000, c’est de l’électronique, de l’art-pop, c’est excentrique, et ça peut déranger… Et c’est correct… Ça m’est arrivé beaucoup, de voir des personnes un peu déstabilisées par ma musique au début, mais ça m’est aussi arrivé beaucoup que ces mêmes personnes viennent me voir à la fin du spectacle pour me dire qu’il-elles ont adoré…”
Féminité, inclusivité, drag, queerness, hyperpop, art-pop, collaboration, extravagance,
lâcher-prise, jeu vidéo… Tellement de choses dites sur Virginie B et son univers bien particulier, et qui continuent de s’étendre à travers le Québec, et le monde. Entre ses rêves de collaborations avec des artistes comme Bonnie Banane ou encore Yelle, et la suite de ses projets, elle finit par me dire qu’elle « continue à naviguer sur la vie d’Astral 2000 », mais qu’elle « est déjà sur la préproduction de nouveaux morceaux. » Ces nouvelles compositions seront d’ailleurs probablement jouées en exclusivité lors du concert du 14 novembre, dans le cadre de Coup de cœur francophone..
Et si la performance est quelque chose, qui, très jeune, lui “ a apporté beaucoup de bonheur”, on se doute bien que cette joie sera insufflée dans ces prochains spectacles, et toutes ses prochaines compositions. Et on a bien hâte d’ y assister en personne, pour finalement faire l’expérience du phénomène Virginie B.
Présenté samedi par Codes d’Accès, un organisme dont l’objet est de faire mousser le travail de nos compositeurs.trices émergent.e.s, le programme électroacoustique Troubles et méandres présente “ des artistes innovants dont les œuvres brouillent les pistes des conventions musicales et de performance”. Pour celles et ceux ayant répondu à l’appel, PAN M 360 met ici leurs réponses en ligne et leur souhaite une longue et fructueuse carrière de création ! Voici Maxime Gordon, qui présente à l’Espace Bleu du Wilder la pièce Retrieving Currents, for loud speaker array.
PAN M 360: C’est l’occasion de vous rendre plus visible, présentez-vous !
Maxime Gordon : Je suis productrice musicale et artiste sonore basée à Montréal. Depuis 2015, je crée et interprète de la musique électronique expérimentale sous le nom de Bénédicte. Ma pratique s’est étendue à l’art sonore spatial en 2017 lors d’un stage au Spatial Sound Institute de Budapest. Depuis, j’ai joué et présenté mon travail à travers l’Amérique du Nord et l’Europe, notamment au MUTEK, au CTM et à Akousma. Sa musique a été publiée chez Blueberry Records (New York) et Casual Chain (Montréal).
PAN M 360 : Présentez votre œuvre au programme : le titre, l’objet, le contenu, la forme, les référents stylistiques, l’instrumentation, les interprètes (s’il y a), l’exécution live, l’angle d’attaque
Maxime Gordon : Retrieving Currents est une œuvre d’art sonore spatiale sur la mémoire. Dans cette pièce, j’assemble des enregistrements réalisés sur le terrain dans des paysages qui ont une importance personnelle pour moi et j’explore l’eau comme lieu de mémoire personnelle. Chaque lieu, lié à un souvenir précis, a été revisité, ce qui m’a permis de réécouter, de ressentir à nouveau et d’habiter de nouveau ces lieux. L’œuvre est entièrement constituée de ces sons enregistrés, qui ont ensuite été spatialisés, superposés et modifiés numériquement pour former une exploration du lieu et de la mémoire. Les enregistrements ont été réalisés à Montréal, Toronto et Trois-Pistoles. Les souvenirs remontent à 4, 13 et 24 ans.
PAN M 360 : En quoi êtes-vous lié à ce programme dont le titre Troubles et méandres semble suggérer un thème? Ou encore à l’organisme Codes d’Accès? Ou encore à une cohorte émergente de la scène des musiques de création?
Maxime Gordon : J’ai été artiste en résidence pour Codes d’Accès et prim, et je présente en première l’œuvre que j’ai créée pendant cette résidence. Ce fut une expérience formidable qui m’a permis de me plonger pour la première fois dans l’enregistrement sur le terrain, d’utiliser de nouveaux équipements d’enregistrement et de travailler dans un studio professionnel.
PAN M 360 : Vos prochains projets ou événements?
Maxime Gordon : Je travaille actuellement sur mon prochain album Bénédicte.
Présenté samedi par Codes d’Accès, un organisme dont l’objet est de faire mousser le travail de nos compositeurs.trices émergent.e.s, le programme électroacoustique Troubles et méandres présente “ des artistes innovants dont les œuvres brouillent les pistes des conventions musicales et de performance”. Pour celles et ceux ayant répondu à l’appel, PAN M 360 met ici leurs réponses en ligne et leur souhaite une longue et fructueuse carrière de création !
Voici donc Alexandre Sasset-Blouin, qui présente samedi au Wilder (Espace Bleu) Permutations– pour quintette de consoles sans-entrée (no-input).
PAN M 360 : Le but étant de vous faire connaître et vous rendre plus visible, présentez-vous!
Alexandre Sasset-Blouin: Je suis compositeur, artiste sonore et interprète originaire de Montréal. Je suis nouvellement bachelier en musiques numériques à l’Université de Montréal, où je poursuis actuellement une maîtrise en composition et création sonore, sous la direction de Nicolas Bernier.
Ma pratique s’articule autour de quelques concepts centraux : l’amplification, l’alliance entre technologies actuelles et désuètes, la pensée systémique, ainsi que les mouvements bruitiste et maker. Dernièrement je m’oriente particulièrement vers la performance, mais j’ai aussi travaillé dans le domaine de l’art sonore et de l’installation.
Mes travaux misent sur mes capacités de créateur DIY, l’utilisation d’instruments et d’outils analogues ou numériques faits sur mesure. Grâce à ces connaissances techniques, je conçois des systèmes chaotiques et instables qui mettent en valeur la tension entre l’interprète et son instrument. J’applique également ces compétences dans mes fonctions professionnelles, en fabriquant des outils et dispositifs pour divers artistes. J’ai notamment passé la dernière année au sein de l’équipe de 14 Lieux, le studio de création de l’artiste Martin Messier.
Enfin, dans le cadre de ma maîtrise, mon projet de recherche porte sur la partition textuelle et graphique en musique bruitiste. Il vise à élaborer une méthodologie de notation favorisant la répétition, la conservation et la recréation de ce type d’œuvre.
PAN M 360 : Présentez votre œuvre au programme : le titre, l’objet, le contenu, la forme, les référents stylistiques, l’instrumentation, les interprètes (s’il y a), l’exécution live, l’angle d’attaque.
Alexandre Sasset-Blouin: Permutations est une œuvre pour ensemble de consoles sans-entrée, écrite à l’hiver 2024 dans le cadre de mes études de baccalauréat. Cet instrument, fondamental pour ma pratique, est le résultat du détournement d’un élément clé de la chaîne électroacoustique: la console de mixage. La technique du no-input (sans-entrée), notamment popularisée par l’artiste japonais Toshimaru Nakamura, consiste à réinjecter les sorties d’une console ou d’une chaîne d’amplification dans ses propres entrées. Cela crée une boucle d’amplification infinie et produit des résultats chaotiques et inattendus.
L’œuvre cherche à organiser ces instruments imprévisibles dans une structure rigide et répétable, rappelant la musique sur partition traditionnelle. Chaque interprète occupe un espace timbral distinct, et l’œuvre se construit autour d’un mouvement simple répété, avec un échange des rôles à chaque itération.
PAN M 360 : En quoi êtes-vous lié à ce programme dont le titre Troubles et méandressemble suggérer un thème? Ou encore à l’organisme Codes d’Accès? Ou encore à une cohorte émergente de la scène des musiques de création?
Alexandre Sasset-Blouin: Troubles et Méandres évoque pour moi un sentiment de dérive, une incertitude qui s’accorde avec les intentions et l’instrumentation de ma pièce. L’organisme codes d’accès offre une opportunité exceptionnelle pour les artistes de la relève de réaliser leurs premiers projets dans le domaine de la musique et de l’art sonore. La possibilité de réaliser un projet en dehors du cadre académique, dans un environnement favorable à l’expérimentation et au développement artistique et professionnel est une passerelle vers une carrière d’artiste établi.
PAN M 360 : Vos prochains projets ou événements?
Alexandre Sasset-Blouin: Je n’ai pas de dates de prévu à l’heure actuelle, mais je travaille actuellement sur un projet de performance live audiovisuelle, projet intitulé pliq avec mon collègue Jean-Philippe Jullin. Le projet propose des performances intenses qui réunissent nos intérêts pour la musique bruitiste, la distorsion et la musique de dancefloor déconstruite et décousue, s’inspirant de la musique à base de breaks, de la techno et de la bass music. La première performance, intitulée Fixate, a été présentée le 6 novembre dernier au Conservatoire de musique de Montréal, lors de l’événement Soundwich, en collaboration avec Akousma.