Bien que Shaina Hayes figure depuis peu dans le panorama folk-country, elle a un son qui incorpore des éléments clés de ce qui a été créé dans ce domaine, au cours des dernières décennies. To Coax a Waltz, le premier album de Shaina Hayes, est une sorte de croisement de Dolly Parton, Julie Doiron et Joni Mitchell. Ses textes offrent une nouvelle perspective sur le monde débridé de l’amour, avec un décor champêtre et pittoresque comme inspiration cathartique. Nous nous sommes entretenus avec Shaina Hayes depuis sa maison de campagne de Shigawake, au Québec, pour en savoir plus sur sa formation musicale, ses méthodes agricoles et sur la façon dont elle équilibre son travail à la ferme et sa carrière musicale en plein essor.

PAN M 360 : Bonjour Shaina! Nos lecteurs ne savent pas grand-chose de toi. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours musical?

Shaina Hayes : J’ai grandi à Shigawake, une petite localité de la côte gaspésienne. Je n’ai pas vraiment eu accès à une formation musicale en bonne et due forme, mais chez moi, on a toujours aimé la musique. Il était rare qu’on ne sorte pas les guitares autour de la table, quand on avait de la visite. C’est ma famille et d’autres membres de la communauté qui a mis sur pied le premier festival de musique de Shigawake, qui a toujours lieu chaque année au mois d’août. 

J’ai quitté la région après le secondaire pour étudier le jazz vocal au collège Vanier, à Montréal.  Puis, j’ai passé quelques années à jouer dans divers groupes. Toutefois, les études et la compétitivité de la scène musicale m’ont finalement laissée perplexe et peu sûre de la façon de poursuivre ma carrière musicale.  C’est à ce moment-là que je me suis détournée de la musique pour me diriger vers l’agriculture.  J’espérais que la planification détaillée, le travail manuel et la simplicité de l’agriculture seraient une entreprise gratifiante et non créative. Donc, avant la réalisation de cet album, je n’avais pas fait de musique depuis près de sept ans.  Au cours de cette période, je suis devenue amoureuse de l’agriculture. Je me suis aussi rendu compte que mon désir le plus profond d’être agricultrice est, en fait, artistique. Une existence vouée à la création d’un paradis où poussent des légumes de toutes les formes, couleurs et saveurs, c’est indéniablement une existence créative! Au fur et à mesure que les saisons se terminaient et que je rentrais pour l’hiver, j’étais de plus en plus attirée vers l’écriture musicale. Parce que j’ai reconnu ce désir et que je crois en ma capacité à créer de belles choses tout le temps. Bref, c’est mon amour pour l’agriculture qui m’a ramenée à la musique et a stimulé la création de To Coax a Waltz.

PAN M 360 : Le village de Shigawake est donc une source d’inspiration pour ta musique?

Shaina Hayes : Oui, sans aucun doute.  C’est un endroit incroyablement beau : d’imposantes falaises rouges surplombant l’océan et des champs vallonnés…  Même lorsque je ne m’en inspire pas directement, j’aime à penser que Shigawake est ma principale référence de beauté.  Et en ce sens, mon village inspirera et guidera toujours mes décisions créatives.

PAN M 360 : Y a-t-il un thème central dans To Coax a Waltz? J’ai ressenti de la nostalgie en écoutant plusieurs des pièces.

Shaina Hayes : Le titre To Coax a Waltz est tiré de la chanson Honey Friend, qui a été la première à être enregistrée, pour l’album. C’est peut-être la chanson d’amour la plus gaie.  Le titre vient de la phrase « My stern heart beating a dutiful cue is learning to coax a waltz from all that I do ».  Cette phrase fait allusion à la façon dont la romance peut se répandre et vous donner envie de tomber amoureux de tout ce que vous faites. L’écriture de ces chansons et la création de cet album furent un exercice d’apprentissage visant à tomber amoureux de chaque émotion, de chaque étape et de chaque moment du parcours, apprendre à « amadouer une valse ». C’était, pour moi, le thème de l’album, mais il y est aussi question de deuil, de féminisme et de nostalgie.

PAN M 360 : C’est agréable d’entendre Thanya Iyer sur cet album. C’est une collaboratrice, depuis un certain temps?

Shaina Hayes : Oui, Thanya est une de mes amies les plus chères. Elle et moi faisons de la musique ensemble depuis que nous avons 17 ans, et nous continuons à collaborer dans nos projets respectifs. Je dois une grande partie de mon son et de ma confiance à son influence. Elle est aussi talentueuse qu’elle est gentille.

PAN M 360 : Tu es également agricultrice et horticultrice à plein temps (de manière saisonnière, je suppose). Comment conciliez-vous cela avec la transition vers la musique à plein temps?

Shaina Hayes : Comme je l’ai déjà dit, je cultive des légumes pour mon programme de paniers bio. Cela signifie que pendant l’hiver, j’ai beaucoup de temps libre et d’énergie à consacrer à ma musique. J’ai réussi à aménager mon emploi du temps, à la ferme, pour participer à un festival de temps en temps, mais j’essaie de faire le gros de mon travail d’écriture, d’enregistrement et d’interprétation l’automne, l’hiver et le printemps, quand ça se calme à la ferme.

PAN M 360 : Peux-tu nous citer certaines de tes influences?

Shaina Hayes : Blake Mills, Big Thief, Julia Jacklin, Andy Shauf… et bien sûr Dolly et Shania.

PAN M 360 : La vie à la ferme est-elle aussi une source d’inspiration pour tes textes?

Shaina Hayes : Absolument.  La plupart des tâches que j’effectue à la ferme peuvent être assez répétitives et sans intérêt (désherber, récolter, etc.), j’ai donc tendance à avoir beaucoup de temps pour laisser mon esprit vagabonder pendant que je travaille. C’est souvent à ce moment-là que j’ai mes premières idées de chansons. Les événements qui se produisent à la ferme ont également tendance à fournir beaucoup de matière pour des métaphores, comme le passage « you’re a soft slipping mud in my hands » de ma chanson Mud.

PAN M 360 : Faut-il être déprimé pour écrire une chanson triste ou heureux pour écrire une chanson joyeuse? La chanson est-elle meilleure si ce qu’elle raconte s’est réellement produit?

Shaina Hayes : Je ne le pense vraiment pas. Vouloir et pouvoir exprimer ce que l’on ressent, que l’on soit heureux ou triste, est un élément crucial de la compréhension de soi; c’est donc essentiel pour se construire une vie équilibrée et heureuse. Je crois que la clé d’une bonne chanson réside dans une perspective qui touche quelqu’un. Je crois aussi que c’est possible, que cela vous soit réellement arrivé ou non.

PAN M 360 : King tranche sur l’ambiance de l’album, selon moi. C’est une pièce enjouée, par opposition au folk éthéré des autres chansons. C’était ton intention?

Shaina Hayes : Oui, l’album a été réalisé par Francis Ledoux et David Marchand, deux des membres du groupe de noise-rock montréalais Zouz avec qui je chante aussi, à l’occasion. Zouz est l’un de mes groupes préférés et, bien que King ne soit pas aussi bruyante ou rock que ce que fait Zouz, j’avais bien précisé que ce morceau devait s’en rapprocher le plus. C’est différent du reste, mais j’ai vraiment pris du plaisir à faire cette pièce et j’espère aller davantage dans cette direction, à l’avenir.

PAN M 360 : Quelle chanson préfères-tu, sur l’album? Et pourquoi?Shaina Hayes : Ça fluctue beaucoup! Mais je pense que Mud a toujours été en tête de liste. Je crois que c’est elle qui correspond le plus fidèlement à mon style, et qu’elle met en valeur la musicalité géniale de David Marchand.

Sid Le Rock, alias pan/tone, alias Sidney Sheldon Thompson, se fait discret dans les médias. Pourtant, son importance dans le milieu électronique n’est plus à prouver. Il a sorti des albums dans des écuries indépendantes prestigieuses – Mute, Kompakt, Shitkatapult ou My Favorite Robot Record – et a collaboré avec des producteurs comme DJ Koze ou Gui Boratto. Il lance Invisible Nation, son huitième album studio, sur son étiquette Beachcoma. Les dix pistes prennent la forme d’un hommage à son héritage ancestral algonquin, qu’il hybride de sa palette électronique, directement inspirée de la scène DIY des années 1990 et qu’il cultive depuis vingt ans.


PAN M 360 : Vous êtes né à Toronto et vivez en Allemagne depuis presque deux décennies. Aujourd’hui, vous sortez un album électronique inspiré de votre héritage algonquin. Cela semble être un long voyage; que pouvez-vous me dire sur votre parcours en tant qu’artiste?

Sid Le Rock : Cela fait presque 20 ans que je suis en Allemagne, mais tout a vraiment commencé par hasard, grâce à un programme du gouvernement canadien qui nous a permis de venir en Europe et de vivre un échange culturel. J’ai gagné ce prix et, comme j’avais toujours voulu visiter l’Allemagne, j’ai fini par aller à Cologne, entre autres, parce que j’avais des relations de travail là-bas. À partir de ce moment, je suis tombé amoureux de la culture, du fait d’être dans un endroit différent du Canada, où, en tant que grand pays, les petits villages et les villes, d’où je viens, sont très éloignés de la grande ville voisine. Ici, en Allemagne, il y avait de grandes populations et un tout nouvel ensemble de valeurs et d’expressions culturelles différentes, qui étaient très profondes pour moi, alors j’ai décidé de m’installer à Cologne, de laisser ma marque ici, d’en tirer le meilleur parti et de voir ce qui se passe ensuite. J’ai réussi à gagner péniblement ma vie en tant qu’artiste. Ce qui aurait été encore plus difficile au Canada, vous savez.

PAN M 360 : Pourquoi pensez-vous qu’il était plus facile de gagner sa vie en tant qu’artiste en Allemagne?

Sid Le Rock : Les options étaient là, il y a plus de clubs, plus de festivals, donc j’avais plus d’avantages en tant que musicien à être ici en Europe, surtout avec la proximité de tous les autres pays. À cette époque, on appelait ça le « mouvement de masse vers Berlin », qui était encore très peu peuplé; beaucoup de musiciens ont choisi d’y aller parce que c’était moins cher pour nous de vivre. Aujourd’hui, je ressens un peu cette sensation de Berlin, je commence à ressentir un peu mon âge. C’est un peu un style de vie à la Peter Pan pour beaucoup d’entre nous, nous avons tous la quarantaine maintenant, mais nous agissons tous comme si nous avions 20 ans. Il y a un moment où l’on se dit « OK, j’ai besoin de me poser », et donc j’aime rester dans ma zone de confort et moins sortir dans les clubs et ce genre de choses, surtout avec la COVID et tout le reste.

PAN M 360 : Tu vas moins dans les clubs, pourtant on a l’impression que la dimension DJ de ta carrière prend de plus en plus d’importance. A-t-elle toujours eu la même place dans ta carrière?

Sid Le Rock : Dès le début de ma carrière, j’étais vraiment plus concentré sur la performance live, le DJing est venu après. J’aurais aimé que ça arrive plus tôt, car j’aime beaucoup ça! J’étais connu comme un gars du live et c’était un bon moyen de m’exprimer dans la musique, comme la musique enregistrée que je sortais. Cela me permettait de l’exprimer différemment dans une perspective live.

PAN M 360 : Peux-tu nous parler du concept de l’album et de son processus de création?

Sid Le Rock : À l’origine, le concept de l’album était un prix que j’ai reçu du gouvernement allemand, comme le Conseil culturel de la musique d’Allemagne. Dans le concept original du prix, je disais que je voulais aller au Canada, aller au pow-wow, entrer en contact avec beaucoup d’artistes qui sont dans ce domaine et incorporer ce style – ce son et plus d’une prise live –, utiliser ces enregistrements et ajouter ce que je fais. Mais comme nous étions enfermés, nous ne pouvions pas voyager et il y avait trop de restrictions. J’ai dû le faire du mieux que je pouvais : m’imaginer, réadapter le style de musique. Cet album aurait pu être quelque chose de complètement différent et je suis heureux du résultat.

PAN M 360 : J’ai cru comprendre que vous aviez eu plus de temps pour travailler sur cet album que sur les précédents. Cela m’amène à me demander si, étant donné que Berlin est toujours très occupé et que tant de choses se passent en même temps, vous avez parfois ressenti la pression de sortir des trucs?

Sid Le Rock : Cela a changé depuis le début de ma carrière. Dans le passé, je sortais un album, je tournais sur cet album pendant un an ou deux et, en tant que musicien de scène, je jouais toujours les mêmes chansons, ce qui me rendait un peu malade. C’est pourquoi je vous ai dit plus tôt que j’aurais aimé découvrir le DJing plus tôt; ça aurait été bien de faire des allers-retours. Ce n’est pas que je détestais ce que je faisais, c’est juste que les gens le voient dans votre visage quand vous jouez la même chanson encore et encore. Aujourd’hui, on dirait que tout est tellement plus rapide, qu’il y a tellement de promotion, que la qualité de la musique n’a pas vraiment d’importance, c’est la façon dont vous pouvez la promouvoir qui compte. Les services de streaming comme Spotify, quand ils disent que pour être pertinent aujourd’hui en tant qu’artiste, vous devez sortir des trucs toutes les semaines ou toutes les deux semaines, cela ne donne pas aux artistes le temps de respirer. On a l’impression d’avoir les mains liées ou d’avoir une horloge qui tourne, toujours préoccupé par le fait que les gens vont nous oublier. Je suis passé par cette étape, mais je pense que plus on vieillit, plus on est à l’aise avec le fait que ce qui est important, c’est d’être heureux. Dix ans plus tard, quand on réécoute sa musique, on peut se dire qu’on est content de l’avoir fait comme ça.

PAN M 360 : Comme vous êtes connu pour être un homme de scène. Avez-vous déjà pensé à faire un concert avec Invisible Nation?

Sid Le Rock : Tu veux dire du côté de la performance? Oui, vous pouvez imaginer un cercle de tambours, ce serait fantastique. Il faudrait que ce soit en Amérique du Nord, parce que c’est une grosse production à déplacer. Mais jouer quelques concerts ici et là, ce serait vraiment bien. Pour ce qui est de voyager en Europe, ce serait plutôt un one man show, comme d’habitude, mais la prochaine étape est de rendre la musique enregistrée plus fonctionnelle pour une performance live.

PAN M 360 : Compte tenu de la situation politique et socioéconomique des Premières Nations au Canada, le titre de votre album sonne comme une déclaration politique. Que pouvez-vous m’en dire?

Sid Le Rock : Je comprends tout à fait d’où ça vient, ce n’était vraiment pas l’impression que je voulais donner. Bien sûr, cela s’ajoute au fait que les autochtones portent toujours ce message inhérent quant à la mauvaise représentation et aux inégalités sociales qu’ils subissent. Donc, quand vous sortez un disque, cela peut donner l’impression que c’est un point de vue politique, mais en fait, c’était plus dans une perspective de rendre hommage à mon héritage, au son, à la culture. Et à quelque chose qui m’a toujours fasciné, depuis que j’ai grandi dans le nord de l’Ontario, où il était très courant d’avoir des pow-wow et des choses comme ça.

PAN M 360 : Oui, et à propos de cet héritage dont vous parlez, je me demandais quelle était votre relation avec la musique avant que vous ne décidiez de devenir un artiste?

Sid Le Rock : La musique a toujours occupé une place importante dans notre famille. Mon père qui jouait du violon ou de l’harmonica et ma mère était professeur de musique. J’étais trop occupé à jouer avec les enfants du quartier. Je n’ai donc pas vraiment profité de ces compétences à un jeune âge précoce, mais plus tard. Je me souviens même que mon père avait l’habitude de faire ces fêtes de 33 tours, où il invitait les enfants du quartier et où nous organisions des jeux où vous pouviez gagner un album de sa caisse de disques! J’y réfléchis et je me dis que c’est génial de donner une collection de disques à des enfants qui n’avaient probablement pas de platines. Au début de mon adolescence, je traînais avec des amis dans une petite ville où il n’y a pas grand-chose à faire, et nous étions tous influencés par le hip-hop et excités à l’idée de faire notre propre petit truc. Tout s’est mis en place, et j’ai ressenti cette étincelle non seulement en tant qu’auditeur, mais aussi en tant que personne souhaitant s’impliquer davantage dans le processus de création musicale.

PAN M 360 : Finalement cet album, en rejoignant tes racines, on dirait qu’il boucle une boucle?

Sid Le Rock : C’est presque comme une réflexion, ou comme un mal du pays que j’ai pour le Canada. J’essaie de retourner au Canada une fois par an pour rendre visite à mes proches; chaque fois je vois une différence majeure, plus de cheveux gris, plus de rides. Je pense que c’est un album qui parle de beaucoup de valeurs, comme un retour au Canada d’une certaine manière. Oui, un jour je vais rentrer à la maison, et puis je suppose qu’avec toute cette musique que j’ai créée, je peux promettre que je serai bientôt de retour à la maison.

Au fil des ans, Pierre Kwenders, musicien polyglotte né en République démocratique du Congo et établi à Montréal, s’est imposé comme un créateur de pointe et un architecte de la musique africaine et afro-fusion. Voici son nouvel album José Louis and the Paradox of Love, une entreprise qui a nécessité quatre ans de travail dans plusieurs villes et des collaborations avec Win Butler, King Britt, Ngabo, Sônge, anaiis, etc. Le titre de l’album ressemble à celui d’un film d’art et d’essai psychédélique. Et si on le juxtapose aux clips de Kwenders, c’est un peu le cas.

En mélangeant des histoires d’amour et des métaphores romantiques abstraites, Kwenders a créé son album le plus personnel à ce jour. Il lui donne d’ailleurs son nom de baptême, « José Louis ». Kwenders a quitté Kinshasa pour s’installer à Montréal en 2001; il est devenu un pilier de la scène montréalaise, adhérant à la chorale Afrika Intshiyetu et lançant la série de soirées Moonshine à Montréal, qui s’est peu à peu transformée en événement international.Pierre Kwenders sera en spectacle le vendredi 6 mai au Centre Phi. Nous avons discuté avec lui du moteur de création de José Louis and the Paradox of Love, de ses inspirateurs (notamment Papa Wemba de la République démocratique du Congo) et de ses projets.

PAN M 360 : Il y a beaucoup de romance dans ce nouvel album. Toutes ces histoires sont-elles tirées d’histoires vraies ou d’expériences personnelles? Une chanson est-elle meilleure si son propos est véridique?

Pierre Kwenders : Assurément. Toutes les histoires racontées ici sont dérivées de la vérité et rien que de la vérité. Qu’il s’agisse d’une expérience personnelle ou non, certaines d’entre elles m’ont certainement aidé à en apprendre davantage sur moi-même et sur mon environnement. Je pense qu’une chanson est meilleure quand elle peut parler directement à l’âme. Cela ne dépend pas toujours du fait que l’histoire se soit produite ou non.

PAN M 360 : Comment avez-vous décidé qui allait collaborer avec vous sur cet album? Vous avez Win Butler, Shabazz Palaces et King Britt?

Pierre Kwenders : Tendai Maraire a réalisé (et je lui adresse un grand merci) mon précédent album et, ensemble, nous avons pu créer un son. Je voulais aller plus loin et me fondre dans mon univers de DJ. Sur L.E.S. Liberté Égalité Sagacité, Tendai a demandé à King Britt de participer au jam et lorsque nous nous sommes réunis à La Nouvelle-Orléans pour travailler sur de la musique, Win a ajouté sa magie. Je crois que tout s’est passé de manière naturelle. La musique rapproche les gens!

PAN M 360 : Votre nom de scène vient de votre grand-père, n’est-ce pas? Et votre vrai nom est José Louis; pourquoi faites-vous référence à votre vrai nom dans le titre de l’album?

Pierre Kwenders : Pierre Kwenders était le nom de mon grand-père. Il n’y aurait pas de Pierre Kwenders sans José Louis ou vice versa. Pour moi, cet album est mon plus personnel, c’est l’histoire de José Louis que je raconte ici.

PAN M 360 : Vous chantez en cinq langues différentes, est-ce qu’une langue est plus facile à chanter et à écrire qu’une autre?

Pierre Kwenders : Le lingala, la plus belle langue du monde! Tout semble facile et onirique en lingala!

PAN M 360 : Vous avez composé et écrit cet album dans différentes villes du monde; y a-t-il un endroit précis qui vous a servi d’inspiration?

Pierre Kwenders : J’aime être toujours en dehors de ma zone de confort. Le fait de pouvoir voyager et enregistrer dans autant de villes m’aide à canaliser mon inspiration de manière différente à chaque fois. Il n’y a pas vraiment d’endroit précis.

PAN M 360 : L’ensemble de l’album est multigenre et très stratifié, mais Papa Wemba est vraiment un morceau étonnant et unique. De quoi parle-t-il? Une référence au film Papa Wemba?

Pierre Kwenders : C’est tout simplement mon hommage à l’un des plus grands qui aient jamais vécu. Papa Wemba était le roi de la rumba. Il a ouvert tant de portes aux artistes congolais et a inspiré des générations de ceux-ci. Je crois qu’il y a un peu de lui dans ce que je fais.

PAN M 360 : Oui, vous incarnez en quelque sorte le style « Papa Wemba », maintenant que j’y pense.

Pierre Kwenders : Je suis un enfant qui souhaite parfois être né au village Molokaï! (le village Molokaï était le « quartier général » de Papa Wemba à Kinshasa)

PAN M 360 : Et Church comporte un chœur complet, la chorale Afrika Intshiyetu dont vous faisiez partie il y a de nombreuses années. Comment était-ce de collaborer à nouveau avec eux?

Pierre Kwenders : Afrika Intshiyetu est la chorale où j’ai commencé à chanter. J’ai toujours rêvé de les avoir sur un de mes disques. Donc, les faire participer à Church est un rêve devenu réalité. La boucle est bouclée!

PAN M 360 : Comment les soirées Moonshine tiennent-elles le coup avec la pandémie?

Pierre Kwenders : Super! Nous avons parcouru le monde et joué dans de nouvelles villes comme Kinshasa, Bruxelles, Londres et Lisbonne. L’été s’annonce formidable : notre dernier mixtape SMS for Location Vol.4 est sélectionné en vue des prix Juno. Et le Vol. 5 est en cours de réalisation. Notre documentaire Zaire Space Program est à l’étape du montage. Puis, vous entendrez parler du Club Sagacité, un espace artistique et communautaire multidisciplinaire qui sera bientôt lancé. Disons simplement que je n’ai pas beaucoup dormi!

Stéphane Wrembel fait assurément partie de l’élite des guitaristes tributaires de l’immense Django Reinhardt (1910-1953), à qui l’on doit les fondements de la guitare jazz à l’ère moderne. 

Dans cette tradition djangologique, on pense aux grands musiciens tziganes que sont Stochelo Rosenberg, Biréli Lagrene, Tchavolo Schmitt et autres Angelo Debarre. Stéphane Wrembel lui, n’est pas issu du peuple rom. Il s’inscrit néanmoins dans cette lignée de super guitaristes initiée par le génie fondateur, mort prématurément à Fontainebleau.  

C’est d’ailleurs dans cette municipalité, située en périphérie parisienne, qu’est né Stéphane Wrembel il y a 48 ans. Transplanté à New York depuis deux décennies, le virtuose français a lancé 16 albums, dont cinq sous la bannière The Django Experiment. Fin jazzophile, le célébrissime  et controversé Woody Allen a déjà  accueilli certaines de ses compositions pour ses bandes originales

Interviewé par PAN M 360 avant son passage à la Salle Bourgie ce jeudi à 20 h, Stéphane Wrembel vient y jouer 17 Préludes de Django Reinhardt, que l’on peut entendre dans l’opus intitulé Django l’Impressionniste, sorti en 2019 sous étiquette Water Is Life.

PAN M 360 : Essayons d’abord de décrire  succinctement votre trajectoire?

STÉPHANE WREMBEL : Mon premier chemin se tourne vers les formes archétypales de la tradition musicale. Et donc j’étudie les deux grands archétypes :  la musique classique occidentale et le jazz.

PAN M 360 : Alors commençons par la musique classique!

STÉPHANE WREMBEL : Ce qu’on appelle la musique classique est né vers l’an 1000, avec Guido D’Arrezo qui avait inventé le solfège et l’écriture musicale. À partir de là, on a commencé à écrire les mélodies et étudier le contrepoint. Et là, ça a pris pas mal de temps à se développer. Les premières messes avec Guillaume de Machaut remontent aux années 1300.  Ensuite, on se trouve dans le contrepoint de la Renaissance, soit la fondation de l’harmonie. Le contrepoint est un cadre très précis, très puissant, à l’intérieur duquel il y a des choses qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Cette musique, il faut dire, était d’inspiration platonicienne car au Moyen-Âge et à la Renaissance, tout se fondait sur la pensée de Platon : saint Augustin, saint Thomas d’Aquin et Maître Eckhart étaient néoplatoniciens.

Vint J. S. Bach au 17e siècle. C’était plus qu’un créateur, il était possédé par quelque chose , il a mis au monde cette structure universelle. Lorsqu’on écoute du Bach, d’ailleurs, on sent quelque chose d’universel. Alors lorsqu’on étudie Bach, on étudie le contrepoint et l’harmonie. Et on ne peut pas réinventer l’harmonie, c’est une loi de la nature comme l’électricité ou la gravité. On a donc près mille ans d’histoire avant l’arrivée du jazz, à la fin du 19e siècle.

PAN M 360 : Alors nous sommes prêts pour une autre forme archétypale  nommée jazz?

STÉPHANE WREMBEL : Depuis 30 ans, je cherche à découvrir et maîtriser ce cadre. On ne sait pas trop comment a commencé le jazz, mais son arrivée correspond à l’époque de Nietzsche, qui nous faisait changer de paradigme en philosophie. Ce nouveau cadre n’appartient à personne et ne répond pas aux forces apolloniennes de la beauté, comme on l’observe chez  Platon. Le jazz répond plutôt à Dionysos, ce qui correspond essentiellement à la vie des êtres humains. Ces gens de La Nouvelle-Orléans l’ont mis au monde dans les bars, dans les bordels, dans la rue, la chaleur, l’alcool, la fête, la magie. Un train se mettait en marche à la naissance du jazz, un monde allait se dévoiler. La première étape, pour moi, fut d’apprendre ce cadre très sophistiqué, universel, qui n’appartient à personne.

PAN M 360 : Et que vient faire Django Reinhardt dans tout ça?

STÉPHANE WREMBEL :  En Europe, Django nous a montré comment ce cadre jazz  devait s’exprimer à travers une section de cordes : trois guitares, une contrebasse et un violon. Non seulement nous montrait-il ce cadre d’expression mais encore nous apprenait-t-il tous les codes de la guitare moderne : harmonie, technique et son. Tout est là! Selon moi, Django est le socle de la guitare moderne en jazz, son cadre est universel. En somme, mon  premier chemin est la recherche sur l’archétype du jazz et sur celui de la musique classique. Il faut donc maîtriser ces piliers et il y a de l’espace entre ceux-ci. Le problème du monde moderne, c’est qu’on remplit cet espace d’informations qui n’ont rien à faire là et qui ne permettent pas l’envol de la créativité. 

PAN M 360 : Il y a donc le cadre d’expression et votre propre expression?

STÉPHANE WREMBEL : En tant que musicien, je cherche les cadres pour comprendre les structures de ce que je joue. Plus on comprend les structures , mieux on peut s’en libérer, en fait, et accomplir une architecture meilleure. En tant qu’artiste, j’exprime ma vision des choses, tout doit ressortir, y compris mes influences. En tant qu’être humain, j’écoute de tout sans me préoccuper du genre.

PAN M 360 : Où se situe votre art?

STÉPHANE WREMBEL : Je me trouve donc sur deux chemins : un premier mène à la tradition, aux cadres décrits précédemment, et puis il y a le second chemin, celui de la composition, de ma voix originale. Et ça, c’est inclassable. Il faut  donc séparer l’artiste du cadre dans lequel il évolue. Car personne ne peut reproduire Django, chaque être humain est unique. En ce qui me concerne, ma musique n’est ni du jazz, ni du classique, ni du rock. C’est du Stéphane Wrembel. En général c’est ce que je présente avec mon groupe. Or, cette fois je suis en solo.

PAN M 360 : Et vous présentez un récital sous le thème Django l’impressionniste.

STÉPHANE WREMBEL : Oui. J’ai passé cinq ans à apprendre, transcrire et mémoriser les 17 Préludes de Django. J’ai essayé de comprendre comment ils fonctionnent et comment ils s’intégraient dans sa conception de l’harmonie. Les 17 Préludes existent désormais sur disque et sur scène, ils sont joués à la manière d’un récital classique, même s’il ne s’agit pas de musique classique. Ça, je suis le seul au monde à le faire, personne n’a encore pris le relais.

PAN M 360 : Parlez-nous de votre guitare, une pièce de collection!

STÉPHANE WREMBEL : Je joue ces Préludes sur une Selmer Busato construite en 1943, qui appartenait au frère de Django. Il y a un côté plus physique avec cet instrument, mais sa réponse sonore m’apparaît supérieure lorsqu’on le maîtrise.

PAN M 360 : Impressionnisme… le mot  renvoie à la musique des Debussy, Ravel, Fauré, Poulenc, Satie. Pour Django? 

STÉPHANE WREMBEL : Même si je ne suis pas fan du mot « impressionnisme » (et encore moins des étiquettes), il faut rappeler que Django est né en 1910 et qu’il a grandi avec la musique de Ravel et Debussy, qu’il écoutait probablement dans les parcs. Et puisqu’il était un génie de la musique, puisqu’il connaissait naturellement l’harmonie et que l’harmonie le connaissait, il avait probablement tout mémorisé et fait des rapprochements à la guitare. Et c’est ce qui a donné tout le 20e siècle de la guitare jazz.

PAN M 360 : Donc, Django est (aussi) tributaire de l’esthétique impressionniste française, comme le furent Duke Ellington et Bill Evans.

STÉPHANE WREMBEL : Les préludes de Django sont évocateurs de ces moments de l’histoire musicale, soit la France de la Belle époque et de l’impressionnisme. À travers ses Préludes, Django penche de ce côté. Pour moi, c’est un clin d’œil à cette époque, car Debussy et Ravel étaient aussi des maîtres pour Django. Et le choix du terme « impressionniste » offre aussi une image poétique de ce répertoire.

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Qu’ont en commun l’enfer, un chien hollywoodien nommé Mooch et la folie post-punk/no-wave? Vous donnez votre langue au chat? Il s’agit des sujets abordés sur Hell Stairs, premier microalbum de Celebrity Death Slot Machine (ou CDSM). Ce groupe originaire d’Atlanta – et qui a pour étiquette Mothland, de Montréal – est composé de membres anciens et actuels des formations Rose Hotel, Neighbor Lady, Material Girls et Mothers. D’un firmament bétonné et d’un désert de synthés émerge CDSM dans toute sa gloire, un ensemble hétéroclite de musiciens talentueux qui s’amusent à porter leur langage sonore aussi loin que possible. Leur son est propice au chaos, comme chez Bauhaus, Iceage, Viagra Boys ou The Birthday Party.

Hell Stairs est sombre et tordu : c’est l’album parfait pour effrayer votre famille, puis anéantir une discothèque. Le groupe donnera son premier spectacle à Montréal le 7 mai au Théâtre Plaza, dans le cadre du festival de trois jours DISTORSION avec Deerhoof, Fleece, Paul Jacobs – qui remplace Spaceface à cause de la COVID – et d’autres. CDSM fera la première partie du duo post-punk psychédélique britannique The KVB. PAN M 360 s’est entretenu avec CDSM avant sa prestation.


PAN M 360 : Comment a débuté CDSM et comment avez-vous dégoté le nom « Celebrity Death Slot Machine »?

CDSM : CDSM a commencé après un long été à créer des murailles de sons inintelligibles dans une pièce remplie de synthétiseurs. Les chansons de l’album proviennent de cet abîme; elles ont formé l’identité de Celebrity Death Slot Machine. C’est un amalgame d’une poignée de noms qui circulaient, mais comme nous écrivons toutes les chansons à trois et que les décès de célébrités se produisent trois à la fois… nous avons cru que ce nom correspondait au projet.

PAN M 360 : Les chansons de Hell Stairs sont-elles issues de jams, ou est-ce que l’un de vous a proposé des chansons presque complètes?

CDSM : Les chansons ont toutes été créées par Ben, Tyler et moi-même, puis notre claviériste et percussionniste Jack Blauvelt a réalisé les chansons. Jack a vraiment donné vie à tout.

PAN M 360 : D’où vient le thème de Hell Stairs? C’est quelqu’un qui fait une balade en enfer?

CDSM : Le titre de l’album et, sans doute, son thème est l’ascension. Lorsque la pandémie nous a pris nos emplois et que notre dernier projet musical a implosé, il y a eu des moments où nous nous sommes sentis au fond du baril. Nous ne pouvions que nous relever et nous sortir de la merde, regarder les haineux dans les yeux et les envoyer se faire foutre.

PAN M 360 : Les paroles de Hell Stairs donnent l’impression d’être un flux de conscience. Sont-elles plutôt méticuleusement créées? (je perçois de forts effluves de Nick Cave ou Bauhaus)

CDSM : Les paroles ont parfois été écrites à partir d’un courant de conscience, mais elles ont été élaborées au fur et à mesure que les chansons prenaient vie d’elles-mêmes. Nous avons été très inspirés par le vieux film Mooch Goes to Hollywood.

PAN M 360 : Votre groupe n’existe que depuis peu et, pourtant, vous avez fait la première partie d’Iceage et serez du festival DISTORSION en lever de rideau de The KVB. Êtes-vous tout simplement chanceux, ou alors vous savez des trucs que la plupart des gens ne savent pas?

CDSM : C’est agréable d’être reconnu par d’autres artistes talentueux qui ont du succès. Nous avons déjà eu l’occasion de partager la scène avec de très bons musiciens, mais nous avons tous créé et joué au sein d’autres formations, ensemble ou proches, pendant de nombreuses années. Donc, à ce stade-ci, nous pouvons assurer. Nos concerts et nos chansons parlent d’eux-mêmes. Nous avons travaillé très dur pour ces précieuses occasions, et nous devrons jouer avec des artistes talentueux.

PAN M 360 : Comment les chansons se transposent-elles sur scène?CDSM : Vous devrez l’entendre et le voir par vous-même! Nous planchons actuellement sur la suite de Hell Stairs et espérons présenter de nouvelles chansons lors de cette tournée et d’autres concerts, cet automne.

Montréalaise depuis 1992, la compositrice Ana Sokolović a acquis une notoriété internationale au fil de trois décennies pour le moins fructueuses, d’où la pertinence de sa nomination à titre de nouvelle directrice artistique de la Société de musique contemporaine du Québec. Elle sera à la barre de la SMCQ à compter de la prochaine saison qui démarrera en septembre.

À Belgrade où elle est née, Ana Sokolović avait d’abord étudié la composition auprès de Dušan Radić à Novi Sad et Zoran Erić, avant de migrer à Montréal et y terminer une maîtrise en composition auprès de José Evangelista à l’Université de Montréal au milieu des années 1990. Rapidement, son grand talent fut accueilli par la communauté montréalaise de la musique contemporaine, dont elle est aujourd’hui parmi les grands leaders conceptuels.

Au fil des trois dernières décennies, ses œuvres furent jouées par la SMCQ, l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+), le Quatuor Molinari, Esprit Orchestra, Turning Point Ensemble, le Quatuor Bozzini, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre du Centre national des Arts, l’Orchestre philharmonique de Belgrade, le Royal Opera House Covent Garden, l’Opera Philadelphia, le San Francisco Opera, l’Opéra de Perm, on en passe évidemment.

Quatrième compositrice d’opéras la plus jouée au monde au cours de la dernière décennie (2010-19), (selon Operabase), Ana Sokolović est devenue une référence. En 2020, la maison d’édition Boosey & Hawkes l’inscrivait à son prestigieux répertoire. En 2021, elle était nommée compositrice en résidence à l’Orchestre symphonique de Montréal, et ce pour trois saisons. En 2022, elle devenait titulaire de la première Chaire de recherche du Canada en création d’opéra à l’Université de Montréal où elle est professeure de composition. Au sommet de sa carrière, la nouvelle corde à son arc est la direction artistique de la SMCQ, vu le départ annoncé de Walter Boudreau il y a quelques mois.

Est-il besoin d’ajouter qu’Ana Sokolović aura beaucoup à faire pour mener à bien ce nouveau cycle des musiques contemporaines. Morcellement accru de l’offre, multiplication des ensembles et organismes dédiés, difficultés accrues du financement public, enjeux de diffusion sur les réseaux numériques, conquête de nouveaux publics.

PAN M 360 : Vous serez très bientôt à la barre d’une société pionnière dont l’actuelle direction artistique remonte à 1988. Gros mandat! Qu’en pensez-vous?

ANA SOKOLOVIĆ: Je ne remplace pas Walter Boudreau, je lui succède et il est pour moi une véritable inspiration. Si j’aurai une autre vision? Oui. Vous savez, Walter n’a pas exactement la vision qu’il avait lors de son entrée en fonctions, il a changé, je changerai aussi puisque la musique et l’art évoluent comme la société évolue. Si je suis là dans dix ans, j’espère ne pas avoir la même vision car je dois m’inspirer de la société dans la quelle nous sommes en ce moment-là.  

PAN M 360 : La musique contemporaine changera effectivement, comme elle a beaucoup changé pendant le long mandat de Walter Boudreau. 

ANA SOKOLOVIĆ : Exactement. Comme Walter, je me pose les mêmes questions. Nous, compositeurs et compositrices, sommes aussi musiciens , musiciennes et sommes également public. Alors nous voulons partager nos réflexions plus largement. Évidemment, j’aurai mes propres dadas, ma direction aura ses caractéristiques propres mais, de manière générale, on continuera dans les grandes lignes déjà entamées de la SMCQ, qui sont super : série hommage, portraits de compositeurs, le volet jeunesse sans oublier l’importance de Montréal/Nouvelles musiques (MNM). notre festival biennal d’envergure internationale. Pour l’instant, donc, ça reste comme ça et on verra par la suite si la société en veut davantage. On va suivre la tendance.

PAN M 360 : Les forces locales de la musique contemporaine ont changé considérablement depuis la fondation de la SMCQ en 1966, à l’époque des Serge Garant, Jean Papineau-Couture, Pierre Mercure, et autres Gilles Tremblay. Leur espace compositionnel était alors circonscrit dans la même veine que celle de leurs maîtres et collègues européens, on pense notamment à Pierre Boulez, Luciano Berio, Luigi Nono, Karlheinz Stockhausen, Mauricio Kagel. En 2022, la mouvance contemporaine s’est diversifiée considérablement, on l’observe à Montréal avec une diversité d’ensembles, organismes et sociétés de concert qui doivent partager le même marché et les mêmes fonds publics. Comment envisager l’avenir?

ANA SOKOLOVIĆ : Tant mieux s’il y a autre chose! Il y a plus de monde, plus d’artistes et plus de public, et c’est super que ce soit comme ça. Dans ce contexte, la SMCQ n’est pas seulement une maison de production, c’est une société qui ne s’affaire pas exclusivement à produire et présenter des concerts. Chacun, chaque groupe ou organisme a une particularité dans le milieu de la musique et la SMCQ doit partager avec ce milieu constitué de ces collègues et amis avec qui nous voulons travailler. Cela dit, nous aurons évidemment nos caractéristiques avec nos projets dont une grosse partie se fondera sur la recherche reliée à mon enseignement et ma chaire de recherche en création de musique contemporaine et opéra. Tout ça va ensemble et non en opposition. Nous pouvons compter sur un beau milieu de création artistique en général, au-delà de la musique qui y occupe une place énorme. Alors je compte maintenir d’excellentes relations avec le milieu de la musique contemporaine et le milieu artistique en général.

PAN M 360 : Comment situer la SMCQ dans l’écosystème de la musique contemporaine pour les années à venir? 

ANA SOKOLOVIĆ : Avant, il y eut l’école de Darmstadt après la Seconde Guerre mondiale, et la composition se positionnait esthétiquement autour de trois ou quatre grands noms. Maintenant, ce n’est plus comme ça. Partout dans le monde, il y a plusieurs tendances autour desquelles la création en musique contemporaine évolue. Je dirais même que Montréal est un de ces nouveaux Darmstadt de la musique contemporaine! On y observe l’interdisciplinarité, la pluridisciplinarité, une explosion de styles où chacun doit se trouver une niche pour exprimer par l’art ses amours, frustrations, préoccupations, enfin tout ce qui se vit. Bien sûr, il y a un morcellement et plus de choix esthétiques s’offrent à nous.

Les informations voyagent beaucoup plus facilement dans le monde, les styles se mélangent, il y a un grand apport des nouvelles technologies. Aujourd’hui, les instruments acoustiques continuent aussi de s’améliorer pendant que les nouvelles technologies s’ajoutent aux possibilités d’aujourd’hui. En composition, plusieurs techniques nouvelles sont désormais admises et adaptées au contexte contemporain. Des techniques d’ailleurs le sont aussi, certaines techniques vocales traditionnelles des Balkans, par exemple. Aujourd’hui, donc, on inclut plusieurs choses que l’on n’aurait pas permises autrefois dans la tradition classique occidentale. Alors nous sommes déjà dans cette ouverture et ce pluralisme pour nous exprimer avec les moyens d’aujourd’hui.

PAN M 360 : Il y a plus d’offre aujourd’hui : plus de bon.ne.s compositeurs,trices, plus de bons interprètes…

ANA SOKOLOVIĆ : C’est difficile à dire… Aujourd’hui, il y a beaucoup d’offres mais on ne sait pas qui va rester dans les répertoires de l’avenir. C’est comme ça, c’est une sorte de sélection naturelle et on n’a aucune idée de quelles œuvres passeront l’épreuve du temps. Il faut rappeler que J.S. Bach fut redécouvert presque par hasard, plusieurs décennies après sa mort. Peut-être que d’autres Bach ont existé et n’ont jamais été découverts. Mais aujourd’hui, l’accès est différent, beaucoup plus facile et plus global. 

PAN M 360 : Cette offre accrue implique forcément moins d’argent public pour chacun. 

ANA SOKOLOVIĆ : Vous savez ce que ça veut dire? S’il y a plus de demande en musique nouvelle, il faut faire tout en son pouvoir pour obtenir plus d’argent. Il faut trouver la place pour que tous les artistes puissent en bénéficier et donc faire en sorte que la tarte à partager soit plus grande. Il y a un besoin. Oui, on connaît le retrait progressif de la radio publique, le plafonnement et le déclin des subventions à la création. C’est un phénomène mondial, fort malheureusement. Alors on espère montrer que nous sommes importants, surtout pertinents, et obtenir la place qui nous revient. C’est mon souhait.

PAN M 360 : Le public sera-t-il au rendez-vous?

ANA SOKOLOVIĆ : Mon plus grand défi sera de rejoindre le public qui aime la musique classique et qui n’a pas accès à la musique contemporaine. En étant mieux en contact avec la musique d’aujourd’hui, le public pourra comprendre que la musique du passé demeure magnifique, mais que l’on peut explorer les parties contemporaines d’un musée, bien au-delà des œuvres connues des époques antérieures. Les compositeurs.trices d’aujourd’hui respirent le même air, mangent la même nourriture que les autres humains, et donc partagent la même réalité pour ensuite l’exprimer à travers la musique. Mon désir profond est donc de joindre le plus de monde possible. 

PAN M 360 : L’éducation du public ne sera-t-elle pas cruciale dans votre mandat?

ANA SOKOLOVIĆ : À ce titre, la formation du jeune public est super importante. Une des plus belles expériences de ma vie, d’ailleurs, fut de partager ma musique dans les écoles, la rencontre avec les jeunes culminait avec un grand concert à la Salle Pierre-Mercure complètement pleine. J’avais été accueillie par les jeunes comme une rock star! C’est un des plus beaux sentiments vécus au cours de ma carrière. Les jeunes étaient tous capables de comprendre ma musique, ils m’ont formulé les meilleures critiques que je n’ai jamais eues. Alors l’ouverture à la créativité, ça se cultive et c’est ce qui nous ennoblit et nous conduit à faire mieux ce qu’on fait. 

Dans de nombreux domaines, l’intelligence artificielle peut être vue comme une menace pour une majeure partie des métiers qui risquent d’être prochainement de plus en plus facilement remplaçables par des robots. Pour le meilleur et pour le pire… À travers cette ligne directrice à l’horizon, beaucoup y voient un futur dystopique sans retour en arrière possible, tandis que certains réussissent malgré tout à y voir un nouveau terrain de jeu et d’exploration, tant sur le plan technique que métaphysique. Présenté à la SAT pour la deuxième fois, le projet Empty Vessels de David Gardener (Montreal Life Support) et de Greg Debicki (Woulg), associe musique, robotique et intelligence artificielle de façon innovante, pour voir comment une IA robotisée pourrait habiter d’elle-même un concerto expérimental de violoncelle. Développé à partir des dernières recherches actuelles dans le domaine, un réseau de neurones artificiels se retrouve connecté en symbiose avec le violoncelle à travers quatre archets rotatifs, qui constituent le cœur lumineux visible de la machine. Même si cette dernière réussit à occuper l’espace et à remplacer l’humain sur scène, le spectacle Empty Vessels possède le potentiel de transformer la vision épeurante du vide nihiliste autodestructeur et inhumain en méditation féconde et organique sur la vacuité. À travers les lignes de codes, les artistes réussissent finalement à cacher à l’intérieur de leurs vaisseaux vides le souvenir sincère d’un enfant qui apprend naïvement, avec parfois un peu de maladresse, à apprivoiser son nouvel instrument.


PAN M 360 : David, tu réalises des sculptures cinétiques, sonores et lumineuses avec ton projet Montreal Life Support. Peux-tu nous parler de ton parcours?

Montreal Life Support : J’ai grandi au Royaume-Uni et j’ai travaillé comme ingénieur en conception pour des entreprises spécialisées en architecture expérientielle, et c’est là que j’ai développé mes compétences en matière d’électronique et d’ingénierie mécanique. J’ai ensuite établi ma propre pratique et j’ai commencé à créer des outils pour mes propres besoins en tant qu’artiste visuel et designer. J’ai déménagé à Montréal il y a environ cinq ans et je me suis rebaptisé Montreal Life Support. C’est une allusion au fait que la culture est en train de mourir au Royaume-Uni depuis un certain temps, les grandes entreprises poussent tous les artistes hors de Londres. Montréal est mon soutien de survie puisqu’il y a tellement de culture et de lieux de rencontre DIY ici.

PAN M 360 : Et toi Greg? Tu es celui qui se trouve derrière la programmation de l’algorithme. Voudrais-tu nous parler de ton parcours?

Woulg : J’ai étudié l’art des nouveaux médias à l’Alberta University of the Arts. J’étais intéressé par la conception d’installations interactives ou de performances de très longue durée, de 12 heures ou plus par exemple. À partir de là, je me suis intéressé au codage créatif et à ce genre de choses. Lorsque j’ai quitté l’école, je me suis rendu compte que les formes d’art qui m’intéressaient étaient beaucoup trop chères pour un budget ordinaire. Mais j’ai néanmoins continué à faire de la musique et c’est là qu’est allée la majeure partie de mon énergie pendant longtemps. Je fabrique beaucoup de plugiciels et d’interfaces pour mes performances musicales. C’est de là que vient la programmation artistique. Je m’intéresse beaucoup à la generative music, à l’IA et surtout aux réseaux neuronaux issus de la nouvelle vague de recherche en IA.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler un peu de la façon dont vous avez développé le projet?

Montreal Life Support : Je concevais et construisais les robots pour qu’ils puissent jouer du violoncelle. Les violoncelles sont construits pour des corps humains, ils ont une forme très incurvée, il n’y a pas de surface plane, il n’y a rien pour attacher quoi que ce soit. Une grande partie du développement a été consacrée à la recherche de solutions permettant de construire un robot capable de se comporter comme une entité organique. La plupart des robots fonctionnent sur deux ou trois axes de manière linéaire. Celui-ci a dû être construit entièrement à partir de zéro pour s’adapter au violoncelle. Il est toujours en développement, c’est actuellement la version 2.5.

Woulg : Il existe des IA pour générer des mélodies classiques, jazz ou pop. Nous voulions vraiment essayer de faire quelque chose qui ressemble plus à de la musique électronique expérimentale. Pour générer cela, il n’existe pas d’open source de musique électronique expérimentale pour violoncelle (rire). Nous avons généré un tas d’écritures et de progressions d’accords que nous aimions afin de pouvoir entraîner l’IA sur des choses qui étaient en accord avec nos préférences.

PAN M 360 : Est-ce que l’un d’entre vous sait bel et bien jouer du violoncelle?

Montreal Life Support : J’ai grandi en jouant du violoncelle. Il se distingue des autres instruments parce que vous pouvez jouer une infinité de notes. À cet égard, c’est très organique. Le fait de savoir comment jouer a aidé à développer le son propre à ce robot.

PAN M 360 : Une des premières questions qui vient à l’esprit quand on voit le spectacle est de savoir où est l’archet? Selon vous, commence-t-il au niveau du logiciel ou est-il à la fin de la structure robotique? Ou encore, l’ensemble de l’IA robotique est-elle considérée comme l’archet?

Montreal Life Support : Physiquement, il y a un petit archet rotatif sur chaque corde. La raison de cette particularité est de pouvoir jouer sur les quatre cordes en même temps. Avec un violoncelle normal, vous pouvez jouer une ou deux cordes à la fois. Nous voulions donc pouvoir jouer autant de notes que nous le souhaitions. Vous pouvez entendre la rotation du disque.

Woulg : Cela me rappelle le mellotron. Il y a une certaine spécificité sonore dans la rotation de l’archet. D’une certaine manière, cela ouvre des possibilités nouvelles et différentes de jouer du violoncelle et cela ferme les possibilités de jouer du violoncelle classique à la fois.

Montreal Life Support : Le titre Empty Vessels fait référence à l’absence de présence humaine. Le fait de retirer l’archet renvoie à ce sentiment de vacuité humaine. Il ne reste que l’instrument.

Woulg : L’archet est donc absent…

PAN M 360 : Pour l’instant, vous pouvez entendre le rythme mécanique discontinu de l’IA robotique. Comment le ressentez-vous?

Montreal Life Support : L’objectif est que cela se rapproche du son fluide du jeu d’un humain. Les archets sont en plastique, vous pouvez l’entendre dans le son également. Cela rend le son plus agressif. Le but est de jouer de belles mélodies à cordes.

Woulg : Dans cette version, nous aimions ce genre de sons mécaniques qui s’arrêtent et redémarrent. Conceptuellement, c’est une partie importante du projet. Parfois, ce type de raclement me fait penser au mouvement futuriste, où il y avait des bruits de trains et des raclements de métal.

PAN M 360 : L’IA robotique est-elle déjà capable de fonctionner de manière autonome?

Woulg : Pour l’instant, elle n’est pas autonome. Elle peut générer de la musique, des progressions d’accords et des rythmes. Ce qui est amusant en travaillant avec l’IA, c’est qu’en une fraction de seconde, on dispose de 10 000 heures de musique. La partie la plus difficile est de trouver les bons éléments. L’apprentissage des techniques de réseaux neuronaux et de leurs possibilités a modifié la musique que nous avons obtenue dans le cadre du projet. Nous n’en sommes pas encore au stade où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que la musique soit jouée en permanence. Nous espérons que cela sera possible dans la prochaine version.

PAN M 360 : Selon vous, qui joue du violoncelle? Vous ou l’IA robotique?

Woulg : Pour l’instant, je dirais que c’est un peu les deux. Dans une certaine mesure, nous allons devoir être l’interprète de ce que l’IA produit.

Crédit photo : Yankat Khatcha

De Nuits plurielles, paru en 2019, à Entre mes insomnies qui paraît ces jours-ci, il s’est écoulé environ mille et une nuits. Catherine Coutu et Bertrand Pouyet, tous deux nômes à part entière au sein du binôme Bronswick, en ont profité pour écrire des contes réalistes en s’inspirant des allégresses et aléas de leur existence ici-bas. Puis ils ont donné cours à la suite de leur mission artistique, c’est-à-dire faire de ces histoires des chansons, en leur créant des écrins électro-pop raffinés. À vue d’oreille, cette proposition a tout pour séduire le musicophile. Et si ce dernier s’y attarde le moindrement, il en tirera des bénéfices pas du tout marginaux. Résumons ainsi la patente : la musique, c’est faire du bien à autrui, mais également à soi. Pan M 360 a discuté de tout ça avec Bronswick.


Pan M 360 : Bravo pour votre nouvel album, Entre mes insomnies. Et mention spéciale à ce titre épatant! Votre musique est parfois mélancolique, mais généralement dénuée d’angoisse. Elle est aussi paisible, souvent plus méditative que dansante, en fait. Plus cérébrale que l’électro-pop « standard », sans être froide pour autant. C’est un beau créneau!

Bertrand : Merci beaucoup, on essaie de faire une pop qui peut coller à différentes humeurs.

Catherine : Yé! Oui on tombe parfois dans la mélancolie et dans la réflexion, sans nécessairement devenir complètement angoissés par les sujets. C’est vraiment ça! Je pense que ça reflète bien nos personnalités, qui sont extraverties sans être trop tonitruantes; on fait de la musique pour la nuit, mais pas nécessairement pour les gros partys, juste des nuits fun, planantes et libres!

Pan M 360 : Je voulais vous demander si le nom de votre duo avait plus à voir avec le groupe new wave rennais Complot Bronswick qu’avec le Nouveau-Brunswick, mais je me suis rendu compte qu’on vous avait déjà posé cette question il y a quelques années! Donc, j’ai appris que vous vous étiez inspirés du titre d’un film d’animation de l’ONF, L’affaire Bronswick, et que vous ne connaissiez pas Complet Bronswick à l’époque. Est-ce que cette coïncidence a piqué votre curiosité, quant à ce groupe? Vous pourriez être des cousins musicaux pas si lointains!

Bertrand : On est allé écouter Complot Bronswick, c’est très bon, mais c’est manifestement notre cousin énervé!

Catherine : J’aime beaucoup ce groupe! Je suis super fan de new wave même si, en effet, je ne connaissais pas le groupe avant la sélection de notre propre nom. On pourrait faire un featuring avec eux, ce serait drôle!

Pan M 360 : L’électro-pop actuelle peut s’avérer très référentielle, notamment au regard des formations pionnières des années 1980. Depuis Errances, votre premier microalbum paru en 2015, votre musique semble s’affranchir de plus en plus de ces influences, outre les rappels inévitables et occasionnels que suscitent certains passages. Est-ce que cet affranchissement s’opère naturellement ou consciemment?

Bertrand : Toute cette évolution s’est faite inconsciemment. On écoute énormément de musique de tous les styles. On est forcément encore influencés, mais on essaie de plus en plus de faire une musique qui nous correspond, sans réfléchir en termes de style. D’ailleurs, l’idée de styles musicaux a de moins en moins de sens, à mon avis. Tout le monde a accès à toutes sortes de musique; donc aussi bien pour les auditeurs que pour les créateurs, je pense que ce qui devient intéressant, c’est d’offrir quelque chose qui reflète la personnalité du band, et pas un cahier des charges précis et attendu.

Pan M 360 : Selon l’une de vos notices biographiques, c’est plutôt Catherine qui écrit les textes, tandis que Bertrand s’occupe de la machinerie. Est-ce que ça reflète toujours la réalité?

Bertrand : Depuis le début, on travaille de la même façon, je compose des pièces instrumentales, Catherine sélectionne celles qui lui parlent, puis nous trouvons ensemble la mélodie vocale et un thème. Ensuite, on écrit les paroles ensemble. C’est la première fois, pour nous deux, que nous arrivons à écrire avec une autre personne… et c’est vraiment vraiment le fun!

Catherine : Composer les textes avec Bert fait partie de mes moments préférés, chez Bronswick! Des fois c’est super facile, des fois ça ne se termine jamais! Mais ce sont toujours de belles soirées où on se creuse la tête en buvant quelques verres et en placotant, j’adore ça!

Pan M 360 : Lorsqu’on s’attarde le moindrement à vos textes, on constate qu’ils sont extrêmement soignés : vocabulaire juste et riche, aucun franglais. De plus, ils sont intemporels et universels en ce qu’ils ne comportent pas d’allusions culturelles, qu’il s’agisse de personnages, d’événements, de marques et ainsi de suite. C’est voulu?

Bertrand : On a toujours évité les textes trop anecdotiques, on essaie d’aborder des thèmes qui reflètent ce qu’on a vécu, mais à chaque fois en essayant d’y apporter une touche de poésie. Donc, on évite les références trop flagrantes. On veut que chaque auditeur puisse se faire sa propre lecture du morceau, et peut-être y trouver quelque chose qui fait écho à ses propres émotions et à son propre vécu.

Pan M 360 : Rayon matos, comme on dit, est-ce que vous puisez autant dans les synthés rétro que dans l’appareillage de pointe?

Bertrand : La première phase de composition est faite avec des plugiciels. Ensuite, quand on retravaille les morceaux, on y inclut des synthés rétro pour apporter un peu plus de grain. Bref, le meilleur des deux mondes !

Catherine : Je suis super fan de synthétiseurs analogiques et j’en ai quelques-uns! J’aimerais bien en jouer live d’ailleurs, mais ça prendrait un roadie et une grosse équipe de prod derrière nous!

Pan M 360 : Vous vous produirez en première partie de Charline Mignot, alias Vendredi sur Mer, le samedi 30 avril au Théâtre Fairmount. Ce sera un programme tout à fait cohérent, musicalement! Est-ce que vous l’avez déjà rencontrée?

Bertrand et Catherine : Ce sera notre première rencontre, mais on a très hâte, on trouve qu’il y a une parenté musicale. Ça va être une belle soirée!

Pan M 360 : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue, et longue vie à Bronswick!

Bertrand et Catherine : Merci Pan M 360!

Il y a Gus Engle, que connaissent peut-être les amateurs de planche à neige, puis il y a la musique de Gus Englehorn, qui nous rappelle les joies de l’enfance, quand on s’inventait des histoires fantastiques au fond des bois avec ses amis. Ancien surfeur des neiges professionnel, Gus Englehorn est désormais musicien à part entière. Il lance cette semaine Dungeon Master, un deuxième album bizarre et rafraîchissant de pop-rock avant-garage.

Ses textes semblent tirés de romans chimériques remplis de sorciers, de chevaux, d’araignées et de lieux surréalistes et inexpliqués. Dans une industrie musicale souvent insipide, Gus Englehorn prouve qu’on peut être qui on veut.

Dungeon Master est constellé de guitares sautillantes, de synthés étincelants, de glockenspiel et de batterie vaporeuse. Gus vous entraîne dans son odyssée sombre; il est très difficile de s’ennuyer en écoutant Dungeon Master, on a l’impression de participer à un jeu où l’on choisit sa propre saga.

Nous avons rencontré l’auteur-compositeur-interprète né en Alaska, et maintenant établi à Montréal, pour en savoir plus sur ses inspirations, son amour du merveilleux et sa conjointe, Estée Perda, qui joue de la batterie sur ses albums et dont on dit qu’elle joue comme une Moe Tucker (batteuse des Velvet Underground) qui aurait consommé de la sauge divinatoire.

PAN M 360 : Je n’avais jamais entendu un son comme le tien auparavant. J’aime beaucoup quand ça m’arrive, car j’interviewe des musiciens tout le temps. Quand tu écris tes chansons, est-ce que tu y intègres des cris ou de longs « ahhhhh »?

Gus Englehorn : C’est un peu comme si je jouais de la guitare et que je mettais des paroles libres par-dessus. La plupart des choses me viennent spontanément. Un exemple : Estée va faire une peinture et j’essaierai de la faire rire avec des paroles folles et d’autres trucs. Je ne pense pas avoir déjà « écrit » un long « ahhhh » (rires).

PAN M 360 : Donc, les paroles sont davantage axées sur ce que tu ressens en jouant de la guitare ou d’autres instruments?

Gus Englehorn : Oui, ça se passe de deux façons : soit j’écris une courte histoire et que je mets de la musique dessus, soit que je songe à de petites histoires pendant que je joue.

PAN M 360 : C’est de là que vient le titre Dungeon Master? Tu écris de petites histoires du type Donjons et Dragons?Gus Englehorn : J’ai toujours été passionné par la fantasy, comme les jeux vidéo, les livres et les films, mais le titre vient en fait d’un de mes concerts. Au moment où je lançais mon premier album, Death and Transfiguration, j’avais une version non terminée de la chanson The Gate, et un spectateur criait « Encore! » quand je l’ai jouée. Ce gars est venu me voir après et m’a dit « J’adore tes paroles, ça me rappelle un peu Donjons et Dragons. Tu es comme le Maître du donjon, là-haut, qui nous guide dans cette campagne folle ». Ça m’a donné une direction à prendre, celle de ce « Maître du donjon » qui vous guide de manière omnipotente, dans ces situations étranges!


PAN M 360 : Je pense que le titre de l’album a vraiment du sens. Et la chanson Exercise Your Demons ressemble beaucoup à l’histoire d’un nécromancien qui vous jette un sort.

Gus Englehorn : Oui, exactement. Je suppose que c’est l’ambiance que je voulais créer! (rires)

PAN M 360 : La pièce Terrible Horse m’a aussi vraiment marqué. Elle ressemble à un flux de conscience.

Gus Englehorn : C’est l’une de mes préférées, sur l’album. J’ai juste songé à un horrible cheval qui rue sur son maître, s’enfuit, puis s’abreuve à une rivière empoisonnée. Son âme quitte son corps de cheval, se retrouve en enfer et tente de s’échapper. C’est aussi l’histoire d’un fêtard, d’une personne qui a un problème d’alcool, qui boit dans une rivière empoisonnée et devient grossier. C’est une petite fable, je suppose. Beaucoup de chansons de cet album en sont, sans doute.

PAN M 360 : Tu étais un planchiste professionnel avant de devenir musicien. Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?

Gus Englehorn : J’ai commencé à jouer de la guitare à l’âge de 16 ans, il me semble. J’écrivais des chansons pendant mes années de planche à neige, j’ai toujours fait ça. Puis, oui, je pense que je songeais au jour où je serais trop vieux pour faire de la planche et que je me disais « Il faut que je fasse quelque chose, je ne veux pas juste me mettre en petite boule et mourir ». Alors j’ai continué à essayer d’écrire des chansons. Je ne savais toujours pas comment y arriver, quand ma carrière de surfeur des neiges a pris fin, même si j’avais essayé pendant des années. Il y a donc eu une période de trois ou quatre ans où j’ai vraiment essayé d’apprendre à écrire de la musique. Je me réveillais et j’essayais de faire une maquette ou quelque chose comme ça. Puis, j’ai créé mon premier album après avoir été fauché pendant trois ou quatre ans, sans travail.

PAN M 360 : Et quand tu essayais constamment d’écrire des chansons, de quoi t’inspirais-tu? D’autres musiques?

Gus Englehorn : Je pense que j’écris des chansons simplement pour stimuler mon imagination et être aussi créatif que possible. Ça vient donc en grande partie de ce désir d’explorer de nouvelles idées. Mais, il y a aussi l’influence des films et de différents mouvements artistiques comme le surréalisme et le mouvement dada. Et puis il y a des artistes comme les Pixies, Daniel Johnston, Leonard Cohen et mes expériences personnelles, je suppose.

PAN M 360 : Et ta conjointe, Estée, t’accompagne à la batterie. Comment cela a-t-il commencé?

Gus Englehorn : Nous étions ensemble depuis dix ans quand j’ai lancé mon premier album. Mon « groupe » était configuré différemment; nous jouions tous les deux de la guitare, nous avons essayé de jouer avec d’autres mais ça n’a jamais vraiment marché. Puis, finalement, Estée s’est mise à la batterie et ça a vraiment marché. Elle peut faire n’importe quoi. Elle est très douée en musique.

PAN M 360 : Est-ce qu’elle t’aide à écrire tes textes?

Gus Englehorn : Je les écris seul, mais avant d’entrer en studio, elle ajoute la batterie, nous faisons de petites démos et essayons tous les deux de trouver des arrangements différents. Mais, parfois c’est elle qui s’occupe de la plupart des lignes de basse et du glockenspiel.

PAN M 360 : Tu as vécu à de nombreux endroits : en Alaska, à Salt Lake City, à Hawaï. Dirais-tu que cela a influé sur ta trajectoire de musicien ou de créateur?

Gus Englehorn : Oui, je crois. Je pense que le simple fait d’être en Alaska a un effet sur notre cerveau. On a l’impression d’être caché du monde, et il y a beaucoup d’expressions particulières et d’individualité, beaucoup de personnages singuliers. Donc, on se sent libre de faire ce que l’on veut. Cela a influé sur mes idées, comme individu.

PAN M 360 : Avez-vous eu l’occasion de faire des concerts là-bas?Gus Englehorn : Nous avons joué l’été dernier dans mon patelin d’origine, un village de pêcheurs appelé Ninilchik. C’est une sorte de festival bluegrass qui s’appelle Salmon Fest. Les gens étaient plutôt sympas, même si certains semblaient un peu horrifiés! Les festivals en Alaska peuvent être assez déments. Durant le concert, il pleuvait à boire debout. À la fin, un tas de gens luttaient dans la boue! C’était assez fou, je crois que ce genre de trucs n’arrive qu’en Alaska!



Voilà un trésor national qui doit rutiler davantage, et la Société de musique contemporaine du Québec y a vu : sous le thème Brasier, un portrait est consacré ce dimanche,  15h,  salle Pierre-Mercure, à Linda Bouchard. Compositrice, orchestratrice, cheffe d’orchestre, professeure invitée, productrice, elle est parmi les Québécoises les plus en vue de la musique contemporaine.

Née en 1957 à Val d’Or, elle avait étudié la flûte à l’Université de Montréal , puis au Bennington College dans le sud-ouest du Vermont. Elle a vécu à New York de 1979 à 1990 où sa carrière a pris son envol. Elle y fut cheffe d’orchestre adjointe du New York Children’s Free Opera, en 1985-88;  elle y fut la fondatrice du groupe Abandon, 1987. 

Après ce long séjour dans la Grosse Pomme, elle fut cheffe d’orchestre invitée de l’Atelier de musique contemporaine de l’Université de Montréal, en 1990-92 ; elle fut la coordonnatrice artistique de FORUM 91 pour le Nouvel Ensemble Moderne, en 1991. 

Un nouveau cycle s’amorçait ensuite à Ottawa, où elle fut compositrice en résidence de l’Orchestre du Centre national des Arts, de 1993 à 1995. Puis elle a fréquenté l’Ouest canadien, d’abord en tant que directrice musicale du programme d’intégration des chansons du XXe siècle au Banff Centre for the Arts, en 1994.

En 1997, elle migrait vers San Francisco, elle y réside depuis avec mari et fils. Depuis son arrivée en Californie, elle a dirigé les San Francisco Contemporary Music Players, en février 1998 ; elle a également été cheffe d’orchestre invitée pour  le St. Luke’s Orchestra, l’American Dance Festival Orchestra, les San Francisco Contemporary Music Players, le New York New Music Ensemble et le New Music Consort.

En 2001, Bouchard fut invitée à participer au Stage d’informatique musicale de l’IRCAM à Paris, d’où son intérêt pour la manière dont nos pratiques artistiques traditionnelles sont traversées par les nouvelles technologies. En 2005, Bouchard a fondé New Experimental Music, Art and Production (NEXMAP), un organisme artistique à but non lucratif qui explore ce paysage artistique en évolution, elle en fut la  directrice artistique jusqu’en janvier 2016.  

Elle fut professeure invitée à l’UC Berkeley au printemps 2016. En 2017, on lui a décerné le prix Davidson de l’Orchestre symphonique de Victoria au Canada. Elle a également obtenu une bourse pluriannuelle du Conseil des Arts du Canada pour son projet Live Structures, qu’elle a fait évoluer  en partenariat avec Matralab de l’Université Concordia à Montréal.

Pour toutes ces raisons, un court entretien s’impose avec PAN M 360.  

PAN M 360 : Pourriez-vous nous donner des indices formels de vos œuvres qui soient « rythmés par la poésie des phénomènes naturels », comme l’indiquent vos profils biographiques?

LINDA BOUCHARD : Le rythme de l’eau qui frappe le quai au bord du lac, les huards qui s’interpellent la nuit, le vent qui souffle et qui fait chanter le rebord de ma fenêtre. Pourquoi pas y ajouter un violon et une harpe?

PAN M 360  : Vous travaillez en strates, en sédiments, pour ainsi créer des œuvres qui relèvent du « paysage sonore ».  Peut-on en savoir davantage sur les fondements formels de vos œuvres en général?

LINDA BOUCHARD : Dans un paysage il y a l’horizon, puis le ciel, et le contour des arbres au loin, le sol sous mes pieds. Déjà quatre strates de textures qui forment un paysage familier.  C’est comme ça que je compose.

PAN M 360 : Comment les formes ont-elles évolué au fil de votre carrière?

LINDA BOUCHARD : La forme collage et non la forme en développement est la façon dont j‘aime agencer les matériaux divers pour les contraster, pour les mettre en reliefs, pour montrer les différences.

PAN M 360 : Y a-t-il eu des points de rupture? Des tournants importants?

LINDA BOUCHARD : Je suis allée à NYC pour deux mois j’y suis restée 11 ans. Ce fut une visite importante.

PAN M 360 : Quels sont d’après vous les traits les plus singuliers de vos compositions, qui vous identifient d’emblée?

LINDA BOUCHARD : Ma musique est faite de couleurs, de textures, de rythme, de contrastes, elle est dense, elle bifurque. C’est une musique qui provoque parfois, qui bouleverse peut-être, qui questionne. Ce n’est pas une musique qu’on écoute avant d’aller s’endormir.  C’est une musique qu’il faut écouter, donc une musique de concert.

PAN M 360 : Quels sont les familles ou courants compositionnels auxquels vous vous identifiez spontanément?

LINDA BOUCHARD : J’aime toutes sortes de musiques, il y a des musiques pour toutes sortes d’occasions. Mais quand je vais au concert, je veux être mise au défi, je veux qu’on me propose une aventure sonore, qu’on m’amène là où je n’ai pas pensé aller, je veux être surprise.

PAN M 360 :  Quels sont les courants récents vous ayant marquée en tant que créatrice?

LINDA BOUCHARD : Les courants politiques m’ont énormément marqué depuis 2008. Quand j’étais dans la vingtaine, je ne savais même pas qui était au pouvoir. Je ne suivais pas du tout la politique ni ce qui se passait dans le monde.  Aujourd’hui, notre planète semble si petite et si fragile, nos voisins sont tout près et leur souffrance aussi. La pandémie nous a sensibilisés d’une certaine façon à notre profonde interdépendance. 

Au programme: cinq pièces emblématiques de son parcours prolifique nous font surfer sur toute une gamme d’émotions, de l’ardent Brasier au rafraichissant Liquid States, en passant par la création de Fracture faisant écho à la faille sismique. Permettant ainsi au public de découvrir une écriture colorée, dense et texturée d’où transpire l’énergie contagieuse de ses ports d’attache successifs. 

Pour en savoir davantage sur les œuvres via lesquelles on a fait un portrait de Linda Bouchard, c’est ici.

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Participants

Programme

Incontournable jazzman franco-québécois depuis les années 80, Prix Oscar-Peterson et donc consacré au sein de l’élite canadienne de la profession, le saxophoniste Yannick Rieu lance un nouvel album acoustique en formule quartette : dès ce week-end au Dièse Onze, la matière de Qui qu’en grogne prend forme sur scène, s’incarne à travers quatre complices en pleine interaction. 

PAN M 360 voulait en savoir davantage sur ce qui, d’entrée de jeu, ressemble à un retour du tenorman (et sopranoman!) aux sources du jazz moderne. Et qui, tout compte fait, ne l’est pas vraiment…

Voyons voir avec le principal intéressé!

PAN M 360 : Il y plus ou moins une douzaine d’années, tu ramenais dans ta musique l’héritage du jazz-fusion, tu ne cesses de repasser les époques du jazz et autres musiques dont le répertoire classique. Ça reprend de plus belle avec Qui qu’en grogne!

YANNICK RIEU : Pour moi il est important de savoir d’où viennent les choses. Moi le premier, quand j’ai écouté mes premiers albums de Charlie Parker, John Coltrane, Wayne Shorter, Josef Zawinul, je voulais savoir d’où venaient ces musiques qui datent maintenant de 60 à 75 ans. Ça m’a toujours intéressé de savoir d’où proviennent les choses, et pas seulement en musique. Qui qu’en grogne est une expression qui vient du Moyen-Âge, c’était aussi le nom du bateau que mon père a construit et à bord duquel j’ai pu naviguer, avec lui, sur le Saguenay et le Saint-Laurent pendant toute mon enfance et ma jeunesse. « Qui qu’en grogne » signifie grosso modo fais ce que dois, peu importe ce qui arrive après. 

PAN M 360 : Cette fois, qu’est-ce qui t’a mené à Qui qu’en grogne?

YANNICK RIEU : Cet album, c’est 45 ans de musique qui m’y ont mené, mais plus récemment, j’avais envie de retourner à une forme classique du jazz, soit le quartette acoustique : saxophone, piano, contrebasse, batterie. Mon expérience antérieure et mes autres projets impliquant l’électronique et les instruments électrifiés ont aussi influencé ce nouvel album. C’est que les choses ne sont pas coupées au couteau, tout ça se fond dans une proposition où les influences ne sont pas clairement identifiables. C’est d’ailleurs le signe des artistes des générations antérieures qui nous inspirent; on n’en identifie pas clairement les influences. 

PAN M 360 : Comment, selon toi, peut-on éviter ce piège?

YANNICK RIEU : En s’inspirant d’abord des meilleurs exemples, comme la musique de Coltrane. Celle-ci était marquée par tout ce qu’il écoutait, bien au-delà du jazz moderne de l’époque où il son art s’imposait – musique indienne, musique orientale, etc. Or, son travail n’était pas un patchwork, on ne pouvait pas directement en déterminer les influences. Pour ma part, plusieurs musiques ont maturé au fond de moi. Les exprimer dans ma musique, c’est un jeu de cache-cache. Qu’on puisse discerner clairement mes influences serait pour moi un échec artistique.Quoi qu’il en soit, on n’est pas fait d’un seul bloc, mais plutôt de plusieurs couches, d’émotions qui font partie de moi. Ce nouvel album se veut donc un panorama de ce que j’ai entendu et échangé au cours de ma vie, mais adapté précisément à ce projet. En surface, Qui qu’en grogne peut paraître un retour en arrière parce que j’opte pour une instrumentation classique du jazz, mais il n’en est rien. Pour moi, c’est un autre pas en avant… ou de côté.

PAN M 360 : L’inspiration est un mystère à bien des égards, on en convient, mais le compositeur a quand même des éléments de motivation pour arriver à ses fins. Qu’en est-il dans ton cas?

YANNICK RIEU : Que motive un compositeur? Tout. Un son , une émotion , plein de choses. Dans cet album, certains morceaux écrits il y a 20-25 ans ont été réharmonisés et réarrangés, je pense entre autres à Porta di Cinese, que j’avais composée quand je vivais en Italie. Je ne savais pas pour qui ou pourquoi j’écrivais ça. Ce n’est pas le cas de Qui qu’en grogne, car je savais exactement pour qui je l’écrivais, c’est à-dire pour les artistes de ce quartette. Je savais qu’ils allaient apporter une couleur subtile à ces morceaux. Autrement, ce peut être extrêmement simple, anodin; je pianote sur l’un ou l’autre de mes clavier, je joue du saxophone, émerge alors une combinaison d’accords ou encore une suite mélodique de trois ou quatre son. Lorsque ça m’accroche, je prends des notes et me dis qu’il y a peut-être quelque chose à faire avec ça. Pourquoi mon cerveau sélectionne ceci et non cela? Je ne peux l’expliquer.

PAN M 360 : Que justifie le choix de ton personnel dans ce nouveau contexte, cette instrumentation spécifique?

YANNICK RIEU : L’instrumentation consiste à trouver quelque chose d’intéressant à dire dans un contexte de quartette acoustique. C’est directement relié au choix des musiciens, je pense à Gentiane MG (piano), Louis-Vincent Hamel (batterie) et Guy Boisvert (contrebasse). Ces choix ont été fait en fonction de mes écoutes sur leur travail respectif. Louis-Vincent n’est pas très connu comme compositeur, mais il a déjà enregistré un album et j’observe que ses compositions sont extrêmement intéressantes, intelligentes. Il est cultivé, nous parlons régulièrement de littérature, ce raffinement et cette culture se manifestent indirectement dans son jeu. J’aime vraiment son énergie. Également, j’aime beaucoup l’approche de Gentiane, ses propositions harmoniques me semblent très fraîches dans l’ensemble, mélange de tradition et de choses plus récentes au niveau du piano, j’aime aussi la qualité de son accompagnement. 

PAN M 360 : Mais si tu essaies de circonscrire ce qui les caractérise, procèdes-tu à une analyse poussée de leur musique? 

YANNICK RIEU : Je travaille à l’instinct de manière générale, j’essaie de ne pas trop être analytique. J’aime les couleurs de ces musiciens, leur attitude dans la musique et avec les gens. Je l’ai déjà dit en interview, je ne vois pas de différence fondamentale entre la musique et la vie de tous les jours. Quand je rencontre des gens dont je sens qu’il n’y a pas de partage entre leur vie musicale et leur vie extra-musicale, ça m’interpelle.

PAN M 360 : Pour le concert lancement, cependant, le quartette sera différemment constitué. Peux-tu nous parler des collègues du week-end?

YANNICK RIEU : Le contrebassiste Alex Leblanc est un autre jeune musicien que je trouve très intéressant, excellent musicien avec une écoute très fine. Le pianiste Jonathan Cayer qui lui est plus proche de ma génération et avec qui j’ai joué pour un projet consacré à Coltrane. J’avais trouvé son jeu très rond, très mature, usant d’une approche à la fois classique et moderne, multi-orientée, délicate par ailleurs. On ne le voit pas souvent jouer, il vit plutôt de l’audiovisuel. 

PAN M 360 : Ce qui te fait le plus plaisir dans cet album? 

YANNICK RIEU : C’est l’interaction entre nous. L’instrumentation acoustique n’est pas le moteur principal de la chose, on ne réinvente pas la roue mais c’est quand même nous, et c’est quand mêmec’est moi. C’est comme regarder un arbre: de loin, les feuilles ont l’air uniformes alors qu’elles sont toutes différentes lorsqu’on s’en approche. Alors? Qui qu’en grogne! Fais ce que dois, peu importe ce qu’il en adviendra. Je fais ce que je crois pertinent, ce que je ressens. Ce que les gens en penseront, que veux-tu que j’y fasse?

L’album Qui qu’en grogne est mis en ligne sur toutes les plateformes dès le 29 avril.

Dates et lieux de diffusion du Generation Quartet de Yannick Rieu, sur 20 jours : 

29 avril : lancement au Dièse Onze, 4115A, rue Saint-Denis, Montréal 

30 avril : lancement au Dièse Onze, 4115A, rue Saint-Denis, Montréal 

7 mai : Café Morin, 42, rue Morin, Sainte -Adèle, QC 

Les autres dates et lieux :

15-21 mai : résidence de création à Orford Musique, Orford, QC 

17 juin : Dièse Onze, Montréal

1er juillet : Festival Québec Jazz en Juin, Québec 

17-21 juillet : résidence de création à Orford Musique, Orford, QC

5 août : Festival Orford Musique 2022, Orford 

24-30 octobre : résidence de création au Rocher de Palmer, Cenon, France 

Novembre : tournée en Europe 

Dans le contexte de sa programmation estivale, la première de son directeur musical Rafael Payare, l’Orchestre symphonique de Montréal dévoilait récemment la programmation de son intense festival de la mi-août, présenté pour une neuvième année, La Virée classique. Pas moins de 25 concerts sont prévus, dont le premier sera offert gratuitement aux mélomanes. La première véritable entrée en matière de maestro Payare, originaire du Vénézuela comme on le sait, sera consacrée aux Amériques.

Voilà, pour l’instant du moins, le signe le plus distinct du nouveau directeur musical de l’OSM.

« Nous investissons donc ce territoire vaste et merveilleux de compositeurs des Amériques ou ayant été marqués par les Amériques avant d’influencer leurs successeurs. Nous voulons représenter les trois Amériques », indique Rafael Payare, interviewé par PAN M 360 dans le contexte du lancement de la programmation estivale de l’OSM. »

« Nous voulons également illustrer l’influence de l’Amérique chez les compositeurs européens venus en Amérique, tel Anton Dvořák dont nous jouerons la symphonie du Nouveau Monde. Son oeuvre rejaillit encore aujourd’hui dans les musiques de films, comme ce fut le cas notamment dans certains arrangements des chansons de Frank Sinatra », indique en outre le chef d’orchestre.

Jusqu’à la fin du 19e siècle, on sait que la musique classique fut l’apanage de l’Europe mais les choses ont changé progressivement au cours du siècle suivant, avec l’émergence de compositeurs désormais mondialement reconnus tels George Gershwin, Astor Piazzolla, Duke Ellington, Alberto Ginastera, Heitor Villa-Lobos, Samuel Barber, Aaron Copland, Philip Glass ou Steve Reich. Inutile d’ajouter que ces visionnaires des Amériques figurent tous au programme de la prochaine Virée classique qui en accueillera plusieurs autres, moins connus internationalement, incluant de grands compositeurs canadiens tels Murray Shafer ou Jacques Hétu, parmi nos plus éminents.

L’américanité est donc un socle sur lequel s’appuie Rafael Payare pour s’imposer à Montréal et y faire sa marque à la suite de maestro Kent Nagano, qui a nettement moins misé sur cette portion du répertoire malgré ses origines nippo-californiennes.

« Nous sommes tous Américains, il y a beaucoup de rapprochements à faire entre nos cultures, nous devons tous partager ces musiques faisant partie d’un patrimoine commun », estime Payare.

Comment y parvenir d’abord?

« Avec ma collègue Marianne Perron, nous avons fait l’exercice de recenser et de choisir une foule de compositeurs, nous accordons une place importante à certains d’entre eux comme Astor Piazzolla ou Villa Lobos, parmi les plus connus du répertoire. »

L’OSM a puisé jusque dans le latin jazz du saxophoniste cubain Paquito D’Rivera, transplanté à New York depuis plusieurs décennies. Comme tant de jazzmen de haut niveau, D’Rivera s’est aussi penché sur la musique écrite sans pour autant négliger la saveur et les choix harmonico-rythmiques de son latin jazz. 

« Je crois qu’il viendra au concert! Ce sera la première canadienne de cette œuvre, ce concerto. La première américaine de son œuvre au programme a eu lieu en mars et il m’a dit alors qu’il se rendrait à Montréal pour l’exécution », annonce Rafael Payare.

Il citera également l’invitation de son ami et collègue, le trompettiste et compositeur Pacho Flores qui fut déjà le soliste invité de l’Orchestre symphonique de Laval sous la direction d’Alain Trudel.

« Nous jouions ensemble dans un quintette de cuivres à nos débuts professionnels. Nous étions même colocataires et nos routes se sont croisées par la suite. Vous verrez qu’il utilisera neuf différents instruments. C’est un musicien magnifique! »

Pour vous rendre compte de l’ampleur de cette triple quête américaine de la prochaine virée classique, voyez les noms en caractères gras, inscrits dans cette riche programmation incluant des interprètes de très haut niveau issus de la planète classique, mais aussi de la planète jazz (on pense au saxophoniste Branford Marsalis).

MERCREDI 10 AOÛT 

19 h 30 : ESPLANADE DU PARC OLYMPIQUE – PROGRAMMATION GRATUITE 

Aux couleurs des Amériques Orchestre symphonique de Montréal Rafael Payare, chef d’orchestre Natasha Kanapé Fontaine, autrice (Canada) Jeanine De Bique, soprano (Trinidad et Tobago) Pacho Flores, trompette (Vénézuela).

Dvořák, Symphonie no 9 en mi mineur, op. 95, « Du Nouveau Monde » : I. Adagio – Allegro (9 min)
Lecture (3 min)
Chant autochtone avec interprète(s) autochtone(s) (5 min) 

Paquito D’Rivera, Concerto Venezolano, pour trompette et orchestre (18 min)

Bernstein, West Side Story, danses symphoniques (20 min)

Musique vocale – œuvre à confirmer (5 min)

Evencio Castellanos, Santa Cruz de Pacairigua (17 min) 

VENDREDI 12 AOÛT 

18 h : THÉÂTRE MAISONNEUVE

Arein! Musique klezmer et littérature yiddish
Gabriel Paquin-Buki, clarinette, et Yoni Kaston, accordéon 

18 h 15 : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

Polyphonies baroques dans les cités d’or
Chœur de l’OSM
Andrew Megill, chef de chœur et direction
Elinor Frey, violoncelle, Sylvain Bergeron, théorbe, Luc Beauséjour, clavecin

Anonyme, Hanacpachap (3 min) 

Juan Gutiérrez de Padilla, Deus in adiutorium (3 min)

Juan de Araujo, Dixit Dominus (5 min)

Juan Gutiérrez de Padilla, Missa Ego flos campi (14 min)

Hernando Franco, Sancta Maria e yn il huicac (2 min)  

Hernando Franco, Dios itlaco nantzine (2 min) 

Manuel de Zumaya, Resuenen los clarines (6 min) 

Juan García de Zéspedes, Convidando esta la noche (3 min) 

Fabian Ximeno Pérez, Ay, galeguinos (4 min)  

Diego José de Salazar, ¡Salga el torillo hosquillo! (3 min) 

18 h 30 : MAISON SYMPHONIQUE

Rhapsodie américaine : du folklore à la légende Orchestre symphonique de Montréal

Rafael Payare, chef d’orchestre

Sergio Tiempo, piano

Jacques Hétu
Légendes, op. 76 (16 min)
Alexis le trotteur (4 min)
Le diable au bal (6 min)
La chasse-galerie (7 min) 

Gerswhin, Rhapsody in Blue (16 min) 

Márquez, Danzón no 2 (10 min) 

20 h : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE 

Branford Marsalis en quintette
Branford Marsalis, saxophone
Arin Sarkissian, flûte (Concours OSM 2020)
Antoine Malette-Chénier, harpe (Concours OSM)
Alexander Read, violin (Concours OSM 2013)
Julia Mirzoev, violon (Concours OSM 2016)
Rosemary Shaw, alto
Cameron Crozman, violoncelle (Concours OSM 2013)
Eric Chappell, contrebasse

Adolf Busch, Quintette pour saxophone alto et quatuor à cordes en mi bémol majeur, op. 34 (16 min) 

Villa-Lobos, Quarteto simbólico, W181, extrait (9 min) 

Debussy, Danse sacrée et danse profane (9 min) 

Ellen Taaffe Zwilich, Quintette pour saxophone alto et quatuor à cordes (17 min) 

20 h 15 : MAISON SYMPHONIQUE

James Ehnes et le Concerto pour violon de Korngold Orchestre symphonique de Montréal

Rafael Payare, chef d’orchestre

James Ehnes, violon 

Wagner, Siegfried-Idyll, poème symphonique, WWV 103 (18 min) 

Korngold, Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 (26 min) 

20 h : THÉÂTRE MAISONNEUVE 

Jeanine De Bique au pays des poètes

Jeanine De Bique, soprano

Esther Gonthier, piano

R. Strauss, Drei Lieder der Ophelia, op. 67 (8 min)

Wolf, Gretchen vor dem Andachtsbild der Mater Dolorosa [Gretchen devant la Mater Dolorosa] (7 min)

Wolf, Goethe-Lider (7 min)

Chansons folkloriques des Caraïbes (16 min)

SAMEDI 13 AOÛT

11 h : MAISON SYMPHONIQUE 

Les aventures de Tío Tigre

Orchestre symphonique de Montréal

Rafael Payare, chef d’orchestre

Avec la participation d’Hector Molina, cuatro 

11 h 15 : THÉÂTRE MAISONNEUVE 

Trios d’Amy Beach et Rebecca Clarke

Musique de chambre

Jean-Sébastien Roy, violon

Cameron Crozman, violoncelle

Philip Chiu, piano

Amy Beach, Trio avec piano en la mineur op. 150 (15 min) 

Rebecca Clarke, Trio avec piano (24 min) 

11 h 30 : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE 

Chopin en Amérique avec Sergio Tiempo

Sergio Tiempo, piano

Chopin, Sonate pour piano no 3 en si mineur, op. 58 (30 min)

Moisés Moleiro, Joropo (5 min) 

Piazzolla, Fuga y Misterio (arr. P. Ziegler et S. Tiempo, 5 min) 

Copland, Four Piano Blues (8 min) Villa-Lobos, A prole do Bebê no 1 [La famille du bébé], W140, extraits (8 min) 

Ginastera, Malambo, op. 7 (3 min) 

11 h 45 : STUDIO CLAUDE-LÉVEILLÉE

Quatre musiciens de l’ensemble Obiora

Musiciens de l’Ensemble Obiora 

Tanya Charles Iveniuk, violon

Ryan Truby, violon

Maxime Despax, alto

Valérie Despax, violoncelle

Gershwin, Lullaby (8 min) 

Florence Price, Quatuor à cordes en sol majeur (16 min)

Barber, Quatuor à cordes, op. 11 (18 min) 

12 h 45 : MAISON SYMPHONIQUE

Paysages musicaux avec Jeanine De Bique

Orchestre symphonique de Montréal

Rafael Payare, chef d’orchestre

Jeanine De Bique, soprano

Jean Coulthard, Introduction and Three Folksongs (11 min) 

Barber, Knoxville: Summer of 1915, op. 24 (16 min) 

Inocente Carreño, Margariteña (11 min)

13 h 30 : THÉÂTRE MAISONNEUVE

Bryan Cheng et Andrew Wan : Ravel en Amérique

Bryan Cheng, violoncelle

Andrew Wan, violon

Glass, Duos pour violon et violoncelle, tirés du Double Concerto (5 min)

Rebecca Clarke, Deux pièces pour violon et violoncelle (6 min) 

Mark O’Connor, Appalachia Waltz, pour violoncelle seul (4 min)

Mark Summer, Julie-O, pour violoncelle seul (5 min) 

14 h : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

 Sixtrum : 6 marimbas

Sixtrum, ensemble à percussion

João Catalão, marimba

Julien Grégoire, marimba

Philip Hornsey, marimba

Kristie Ibrahim, marimba

Huizi Wang, marimba 

Alexandre Lavoie, marimba 

Colin McPhee, Balinese Ceremonial Music, extrait (arr. P. Hornsey, 3 min)

Jennifer Higdon, Splendid Wood (11 min)

Éric Champagne, Onde de choc (12 min) 

Jordan Nobles, Still Life (6 min) 

Reich, 6 Marimbas (23 min) 

14 h 30 : STUDIO CLAUDE-LÉVEILLÉE 

Le cuatro : échos du Vénézuéla

Hector Molina, cuatro

Programme comprenant notamment des œuvres de Estévez, Molina et du répertoire vénézuelien.

15 h 30 : THÉÂTRE MAISONNEUVE 

Violon et piano : Dvořák, Still et Piazzolla
Hao Zhou, violon
Philip Chiu, piano  

Copland, Rodeo : IV. « Hoe-Down » (3 min) 

William Grant Still, Suite pour violon et piano (13 min)

Piazzolla, Libertango (5 min) 

Dvořák, Sonatine pour violon en sol majeur, op. 100 (18 min) 

William Kroll, Banjo and Fiddle (3 min) 

16 h : MAISON SYMPHONIQUE

L’Ensemble Obiora et Branford Marsalis Ensemble

Rafael Payare, chef d’orchestre

Branford Marsalis, saxophone (États-Unis)

George Walker, Lyric for Strings (7 min) 

Villa-Lobos, Fantaisie pour saxophone (11 min) 

Dvořák, Quatuor à cordes no 12 en fa majeur, op. 96, « Américain » (pour orchestre à cordes, 30 min) 

16 h 15 : STUDIO CLAUDE-LÉVEILLÉE 

Quatre bassons : ode aux Amériques

Quatuor de bassons de l’OSM

Stéphane Lévesque, basson

Mathieu Harel, basson

Martin Mangrum, basson

Michael Sundell, basson 

Eddie Mora, Trois bagatelles (5 min) 

Marjan Mozetich, Odes to the Americas (16 min)

Francisco Mignone, Quatro peças brasileiras (7 min)

Duke Ellington, In a Sentimental Mood (arr. A. Silvério, 5 min)

Gershwin, Trois préludes (arr. M. Sweeney, 7 min) 

16 h 30 : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE 

Pacho Flores avec cuivres et percussions

Ensemble de cuivres et percussion

Pacho Flores, direction et trompette

Paul Merkelo, trompette

Membres de l’OSM et lauréats du Concours OSM

Copland, Fanfare for the Common Man (3 min) 

Joan Tower, Fanfare for the Uncommon Woman, extrait (3 min) 

Pacho Flores, Musas y Resuello (10 min) 

Sarasate, Zigeunerweisen, op. 20 (10 min) 

Piazzolla, Escualo (4 min) 

Pacho Flores, Labios Vermelhos (5 min) 

17 h 45 : THÉÂTRE MAISONNEUVE 

Littératures autochtones en musique

Musique et littérature autochtone

Émilie Monnet, interprète des textes

Tara-Louise Montour, violon

Olga Gross, piano 

18 h : MAISON SYMPHONIQUE

Branford Marsalis et Jean-Willy Kunz en récital 

Récital Branford Marsalis, saxophone (États-Unis) Jean-Willy Kunz, orgue

Vierne, Les angélus, op. 57 (10 min) 

Piazzolla, Histoire du tango : II. « Café 1930 » (7 min)

Emma Lou Diemer, Fiesta (5 min) Pedro Iturralde, Pequeña Czarda (8 min) 

Gershwin, Rhapsody in Blue, extrait (5 min) 

Milhaud, Scaramouche, op. 165 (11 min) 

18 h : STUDIO CLAUDE-LÉVEILLÉE

Des Américains à Paris, au Caire et à Québec

Arin Sarkissian, flûte (lauréat du Concours OSM)

Marianne Dugal, violon

Victor Fournelle-Blain, violon et alto

Anna Burden, violoncelle

Jean-Pierre Guignon

Les Sauvages de Jean-Philippe Rameau avec des variations (5 min)

John Antes, Trio en ré mineur pour deux violons et violoncelle, op. 3, no 2 (14 min) 

Haydn, Quatuor avec flûte no 4 en sol majeur, op. 5, hob.II:1 : IV. Fantasia moderato (8 min) 

Mozart, Quatuor avec flûte no 1 en ré majeur, K. 285 (14 min) 

18 h 45 : THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

Soledad : hommage à Piazzolla

Sergio Tiempo, piano

Jonathan Goldman, bandonéon

James Ehnes, violon

Ananda Suddath, guitare électrique

Pablo Seid, contrebasse

Faye Lopez, danseuse

Bryant Lopez, danseur 

Piazzolla 

Fuga 9 (3 min) et/ou Escualo (4 min)

Les quatre saisons de Buenos Aires : III. « Otoño porteño » (6 min) 

Soledad (8 min) 

Concierto para quinteto (9 min) 

La Muerte del Angel (4 min) 

Adios Nonino (9 min) 

20 h : MAISON SYMPHONIQUE 

Bruce Liu interprète Rachmaninov Orchestre symphonique de Montréal Rafael Payare, chef d’orchestre Bruce Liu, piano

Schafer, Scorpius (9 min) 

Rachmaninov, Rhapsodie sur un thème de Paganini (22 min) 

Villa-Lobos, Bachianas brasileiras no 7 (26 min)

DIMANCHE 14 AOÛT 

13 H 30 : THÉÂTRE JEAN DUCEPPE 

Rafael Payare dirige l’Ensemble de la Virée

Ensemble de la Virée (ensemble constitué de 15 instrumentistes à cordes : lauréats du Concours OSM, CMIM, membres de l’OSM et de l’Ensemble Obiora et solistes invités)

Rafael Payare, chef d’orchestre

James Ehnes, violon 

Pacho Flores, trompette

Hector Molina, cuatro 

Miklós Rózsa, Concerto pour cordes, op. 17 : III. Allegro guisto (8 min) 

Gershwin, Lullaby (8 min) 

Ravel, Pièce en forme de Habanera (3 min)   

Paquito D’Rivera, La fleur de la Cayenne (4 min) 

Pacho Flores, Cantos y Revueltas pour trompette et cuatro (15 min) 

Vieuxtemps, Souvenirs d’Amérique, op. 17, pour violon et cordes (5 min) Musique traditionnelle québécoise (5 min) 

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