À l’image de la Pangée, supercontinent qui regroupait presque toutes les terres émergées de notre planète il y a plus de 300 millions d’années avant de se scinder en plusieurs continents distincts, PANGEA DE FUTURA réunit les territoires émergés et émergents de nos musiques exploratoires.

Les plaques tectoniques sont à l’œuvre, le guitariste et compositeur montréalais Eric Quach donne un nouvel aperçu de ce projet ambitieux s’inscrivant parmi ses nombreuses initiatives sous le pseudo This Quiet Army. 

Sans faire de bruit hors des salles où il se produit, ce musicien est à se tailler une réputation internationale dans les réseaux qu’il investit, ce qui inclut celui de ladite « musique actuelle », une expression toujours chère au festival de Victoriaville qui la met de l’avant pour une 38e année consécutive dans les Bois-Francs.

Puisqu’il est à devenir un incontournable des musiques exploratoires de culture post-rock, PAN M 360 veut en savoir plus long sur l’ambitieux projet Pangea de Futura.

PAN M 360 : Y a-t-il à ajouter sur la métaphore de la Pangée?

ERIC QUACH : C’était lorsque j’avais créé la fiche technique pour les configurations possibles sur scène pour le concert à La Sala Rossa et que j’avais séparé les trois formations à l’aide de couleurs découpées, qu’Eric Craven s’est exclamé: « Ça me rappelle la Pangée! », et Véronique Janosy d’y répondre: « Nous sommes le super-continent! » et c’est ainsi que plusieurs GIFs et vidéos de la Pangée se sont enchaînés pour valider l’idée de ce groupe-concept qui n’avait pas encore joué une note ensemble. Mais comme la Pangée, à travers le fil du temps, ce projet est de nature évolutive et exploratoire, tout simplement.

“PANGEA DE FUTURA est la créature du guitariste ERIC QUACH, mieux connu sous son pseudo Thisquietarmy (qui a ravi les amateurs de rock bruitiste au FIMAV 2021 en duo avec Michel « Away » Langevin). Celui-ci s’est entouré des membres de trois formations expérimentales de la métropole : Some Became Hollow Tubes, Black Givre et BLD.”

PAN M 360 : Quels sont tes liens avec ces trois formations?

ÉRIC QUACH : Je joue évidemment dans SBHT avec Aidan depuis 2017, nous nous sommes rencontrés lorsque nous partagions la même affiche, soit avec sa formation Exhaust, Please Don’t Put Charles On The Money ou 1-Speed-Bike/OSB en solo (2009-2016). Avec Sam/Black Givre, j’avais déjà collaboré avec lui pour une performance dans un contexte multidisciplinaire du festival Ibrida Pluri au Eastern Bloc (2017) et on se connaissait déjà en s’échangeant nos disques dans le cadre du Salon du disque et des arts underground du festival Under The Snow. Quant à BLD, les membres Charly et Reüel étaient dans la formation Squalor dont j’ai également collaboré sur disque et en live (2014-2015), de plus ils m’ont également accompagné comme musiciens de scène pour mes concerts Thisquietarmy en format « full band » (2017-2018). Neb joue également avec eux en tant que Maggot Breeder, avec qui j’ai partagé l’affiche plusieurs fois depuis 2007; de même Véro joue dans Darkwinds et Delorca avec qui j’ai partagé l’affiche (2018-2019). Avec Eric Craven, nous étions en contact depuis 2014, on s’échangeait également de disques et j’ai surtout admiré son jeu dans Hanged Up et un des albums de Silver Mt. Zion, mais nous avons toujours manqué de temps pour collaborer ensemble.

“SBHT, c’est QUACH et le batteur AIDAN GIRT de Godspeed You! Black Emperor en mode post-rock bourdonnant. SAMUEL BOBONY, d’Avec le Soleil Sortant de sa Bouche se produit depuis plusieurs années en solo batterie-électroniques sous le nom Black Givre. Quant au quintette BLD, il réunit une ligne de cuivres (REÜEL ORDOÑEZ, le tromboniste le plus psychédélique du Québec, plus les trompettistes VÉRONIQUE JANOSY et NEBOYSHA RAKIC) aux claviers de CHARLES BUSSIÈRES (Charly Buss d’En Fer) et à la batterie d’ERIC CRAVEN de Hrsta.”

PAN M 360 : Comment as-tu recruté les musiciens de ces formations?

ERIC QUACH : Ce n’était pas tant un recrutement qu’une idée de monter un spectacle avec ces trois formations en plein hiver de Janvier (2019). À Montréal, il y a normalement un temps mort après la période des fêtes lorsque la ville n’est pas sur-saturée de concerts et de groupes en tournée. C’est aussi à ce moment-là, si nous ne sommes pas adeptes aux sports d’hiver, que nous sommes plus disponibles à tenter des expériences en laboratoire. Il est vrai que j’ai peut-être choisi les formations dont je connaissais déjà et dont je respectais déjà le travail, donc j’imaginais déjà une bonne complicité avec tous les membres de ces formations.

L’idée de faire un set en collaboration après nos trois sets respectifs était également motivée par mon expérience avec Hypnodrone Ensemble, un collectif de musiciens que j’ai cofondé avec Aidan Baker (Nadja) à Berlin là où il réside. Cette ville est devenue mon deuxième chez moi, je prends souvent le temps de m’y arrêter en tournée, et je m’y suis créé un bon réseau d’amis et de musiciens. Avec Aidan Baker, l’idée est partie d’une fascination du projet multi-batterie des Boredoms fusionné avec l’inspiration musicale dont puise notre collectif qui est composé d’expatrié de plusieurs pays vivant à Berlin, est beaucoup plus issue d’un emprunt à leur pays de résidence, soit le Krautrock. Ce groupe a toujours eu une énergie excitante car nous avions toujours au moins trois batteurs qui jouent avec nous sur scène; le groupe a su bâtir une réputation locale qui est très motivante au projet. Je m’y pose souvent pour quelques semaines à la fois car il fait bon d’y vivre, mais aussi pour contribuer à ce projet qui existe déjà depuis 2014. Lorsque je suis revenu de tournée à la fin de l’automne 2018, ce collectif me manquait de ce côté de l’océan, donc je me suis dit que l’expérience de la Pangée, également avec trois batteurs, serait peut-être un moyen de me faire revivre cette même énergie.

PAN M 360 : Comment as-tu travaillé avec ces musiciens?

ERIC QUACH : Avec mon tout premier groupe Destroyalldreamers, on se rencontrait deux fois par semaine pendant cinq ans pour un résultat de deux albums parus, car nous ne cessions de structurer les morceaux et de les pratiquer jusqu’à la limite de nos capacités. C’était un rythme de travail normal tout à fait normal pour un groupe typique.

Cependant je trouvais qu’il y a eu tant d’idées qui n’ont pas pu se concrétiser car elle n’existait que le temps du jam et la magie se perdait à chaque fois qu’on essayait de les apprivoiser. Depuis cette formation, j’essaye de tout enregistrer, que ce soit en solo ou avec un collaborateur. Je préfère passer à l’action plutôt que de gaspiller du temps à la réflexion de la création, à la discussion d’un concept philosophique, à l’analyse de ce qu’il devrait être ou de ce qu’il sera. Le but c’est de s’installer, d’improviser et de capter le résultat qui sera ce qu’il sera. Les résultats sont souvent surprenants car il y a souvent de l’alchimie improbable dès les premiers moments et conséquemment. Dans mon cas, la fusion de l’improvisation avec mon style de guitare électrique « drone » est un élément clé dans cette recette, où beaucoup de sonorités peuvent s’y greffer assez facilement. Par la suite, il y a la possibilité de travailler les enregistrements en post jam, de choisir les bons bouts, de les modifier, les manipuler en des morceaux concrets qui existeront sous une forme finale quelconque.

Avec ces musiciens de la Pangée, c’est pareil, même que l’application de cette philosophie est d’autant plus entamée. J’initie peut-être beaucoup de projets et même certaines idées de base en création, mais je laisse ces événements déclencheurs prendre leur cours de façon organique. Je préfère la voie intuitive et improvisée, et j’essaye plutôt d’inspirer la confiance aux autres pour qu’ils puissent également contribuer à leur plein potentiel au projet. Je défie les autres de s’y lancer et d’être libre de leur choix d’expression sonore, d’y apporter leurs idées, d’y aller avec son intuition, de prendre des risques – le but étant d’atteindre ce moment où tout clique ensemble et de garder cette invraisemblance en jeu le plus longtemps possible, jusqu’à ce que ça aboutisse. Il est rare que je veuille dicter à quelqu’un quoi jouer, car moi-même, je ne fonctionne pas ainsi. Dans Pangea De Futura, comme dans beaucoup de collaborations, je ne prépare pas de riffs et je n’emmène pas de compositions pré-établies sur la table.

PAN M 360 : Quel est  la structure de la composition et la latitude laissée à chacun pour l’exécution live?

ERIC QUACH : C’est très libre comme processus. Chacun pourrait, à tout instant, proposer une structure, une atmosphère, un point de départ, un point de repère, des indices, pour que les morceaux soient assez différents l’un des autres. Tout le monde est très ouvert aux suggestions et aux idées différentes, il n’y a pas de leadership du point de vue de la composition ou de l’exécution. Seulement quelqu’un qui, de temps en temps, fera le tri des suggestions et des souhaits de chacun, ainsi que le tri des enregistrements et de la façon de présenter le résultat pour qu’on puisse tous réécouter le dénouement du projet sur une base commune, avec des repères identifiés. Il pourrait y avoir un travail d’arrangement, de décortication, d’intellectualisation des sonorités pour déterminer quels genres de structures on pourrait reprendre en live.

Nous pourrions par exemple décider de commencer un morceau de façon très brusque et foudroyante, avec les trois batteries et les cors extra-déchaînés pour ensuite déconstruire le chaos et se poser sur les nappes de synthés et de guitares bourdonnantes, pour ensuite rebâtir le morceau de façon intuitive et l’emmener ailleurs. Ou bien l’inverse, une montée atmosphérique très lente où chacun s’octroie beaucoup plus d’espace, avec les batteries qui entrent progressivement et qui transportent le tout vers une destination quelconque. Bref, peu importe la forme de la structure, nous y allons plutôt à l’instinct, aux réactions face à ce que l’autre joue. Certains pourraient avoir tendance à se prêter plus au risque de s’exprimer avec son instrument de façon plus prononcée, alors que d’autres écoutent et attendent le bon moment de s’y plonger. 

PAN M 360 : Quelles sont les consignes données aux musiciens pour l’exécution? 

ERIC QUACH : Aucune, je fais confiance à tout le monde: j’ai choisi les ingrédients qui viennent avec leurs qualités et leur défauts, et je laisse le tout mijoter. Je dirais simplement de s’écouter et de laisser la place aux autres, mais on le sait déjà car nous sommes tous très à l’aise avec l’improvisation.

À vrai dire, nous n’avons pas encore parlé de ce que Pangea De Futura devrait être. Nous n’avons pas encore fait assez d’exercices ensemble à ce jour pour définir notre identité sonore. Ça prendra plusieurs essais en répétition, en live, en enregistrement pour commencer à analyser les résultats. Il pourrait y avoir de la concrétisation, autant en groupe, qu’au niveau individuel, lorsque nous écoutons ce que nous faisions – par exemple, qu’un musicien se dit « peut-être que je devrais en faire moins, peut-être que je devrais être moins timide, peut-être que je pourrais prendre les devants à tel moment opportun, etc. ». Il est aussi très facile de s’y perdre sur le moment, au point de ne pas savoir ce qu’il en est. Le but n’est pas de jouer quelque chose de trop précis et pré-planifié, simplement d’explorer ce que ça peut donner comme résultat, peu importe le résultat. 

Après, on pourrait aussi se demander si les notes dissonantes sont acceptables ou pas, si Pangea est un groupe qui devrait sonner plus ou moins harmonieux, si les mélodies sont valorisées ou être à éviter, si les crescendos sont trop clichés ou pas, si on recherche de la polyrythmie à tout prix, des rythmes plus rock, plus groovy, ou free jazz, si la musique devrait être plus accessible ou non. À priori, toutes les réponses sont bonnes. 

PAN M 360 : Quelle est la part d’improvisation dans ce concept?

ERIC QUACH : Improvisation totale dans un sens, surtout à nos débuts. L’ajustement des balises se fait à chaque fois qu’on retente l’exercice. Nous nous familiarisons avec le jeu de chacun avec chaque expérience. Je crois que nous sommes sur la bonne voie mais nous sommes encore loin d’avoir atteint le niveau où nous sommes confiant que nous sommes capables d’assurer à chaque fois. Mais peut-être qu’au final, ce n’est pas le but non plus. 

Depuis ses débuts en 2019, l’ensemble a travaillé sporadiquement, pandémie oblige. Gageons qu’il piaffe d’impatience de monter sur nos planches! 

PAN M 360 : L’enregistrement de la Sala Rossa, No More Fucking Pipelines Leave It In The Fucking Ground, est-il le seul disponible pour l’instant sur Bandcamp ? 

ERIC QUACH : Sur Bandcamp, oui. D’ailleurs, nous ne l’avons que mis sur Bandcamp pour la visibilité – en fait, nous préférons grandement la vidéo live avec le même audio que nous avions mis sur Youtube ou notre page Facebook, qui a été généreusement filmé par Roxane De Koninck en sa quasi-totalité. Nous avons enregistré le concert avec quelques enregistreuses portables, que j’ai mixé en parallèle avec le montage vidéo où j’ai dû ajouter quelques scènes là où il manquait des images. Le seul autre concert était à La Vitrola pour le Suoni Per Il Popolo de la même année 2019, que nous n’avons pas documenté.

Nous devions enregistrer ensemble au printemps 2020, mais nous n’avions pu entamer une partie de la production qu’à l’hiver dernier, soit 18 mois plus tard, et ce, limité par de petits groupes de musiciens à la fois. En enregistrant les trois batteurs en même temps, Charly et moi-même avons pu créer le squelette des maquettes et par la suite, enregistrer les cors et plus de guitare. Le but était de finir la production de cet album pour le présenter au FIMAV, et il est en train de se finaliser, mais ça ne nous laisse pas le temps de trouver un plan pour le diffuser. Il y aura peut-être une surprise sur notre table de « merch », une édition limitée FIMAV, un aperçu de l’album, un extrait en ligne… Bref, à une semaine du concert, c’est encore en déroulement à cette heure.

Nous prévoyons déjà retourner en studio cette année, un souhait étant d’aller enregistrer avec Radwan Moumneh à Hotel2tango, mais il se peut aussi que nous choisissons une autre voie moins contraignante que la pression du studio professionnel, voire plus relaxe et plus expérimentale comme processus d’enregistrement. La démocratisation à ce sujet est également en cours, à suivre.

PAN M 360 : Quel est le plan de match pour le concert du FIMAV?

ERIC QUACH : À Montréal, les concerts de musique improvisés ou avant-gardistes sont sous forme d’actions courtes et succinctes, souvent d’une durée qui se situe entre 20 et 40 minutes car au-delà de ça, le public perd intérêt, et il faut aussi laisser du temps aux autres groupes sur l’affiche. Nous sommes donc plutôt habitués à ce format, de présenter des performances de façon succinctes et de laisser le public sur sa faim. Le FIMAV, au contraire, ne présente que des têtes d’affiche en exclusivité, donc il attire plutôt un public dévoué qui vient souvent de l’extérieur de la ville, et celui-ci s’attend à des performances de longue durée. 

Le plan de match est encore en discussion. En vérité, nous nous rencontrons tous ensemble que 2 jours avant le concert, pour discuter de la forme finale de la performance et l’essayer pour déterminer ce qui sera envisageable pour le concert. Nous partageons souvent des idées sur la messagerie du groupe à ce sujet; tout est encore hypothétique et le sera jusqu’à la dernière seconde. C’est comme si on s’entraînait mentalement pour un marathon.

L’inquiétude serait plutôt de ne pas trop traîner, de ne pas partir en flèche, de conserver notre endurance, de ne pas atteindre l’apogée trop tôt. Pour un set de plus de 70 minutes d’improvisation, nous sommes tous d’accord que ça demandera beaucoup de retenue de la part de chacun; il ne faut pas s’y lancer, s’y perdre et recommencer ça 4 ou 5 fois. Nous avons songé à laisser la place à des duos ou des trios au milieu du set, avant de tous revenir jouer ensemble. Nous avons aussi songé à élaborer une partie très ambient et atmosphérique pour laisser souffler les batteurs. Nous avons également parlé d’emmener du renfort à notre arsenal créatif. De plus, avec l’album presque terminé, nous avons également une bonne idée de notre potentiel, de notre son, ainsi que nos capacités et de nos limites. 

Enfin, nous ne voyons pas le concert du FIMAV comme l’aboutissement de notre projet, mais plutôt comme une étape dans son évolution, et nous remercions le FIMAV de nous présenter à cette 38e édition.

PAN M 360 : Comment peux-tu situer ce projet ambitieux parmi tes nombreux projets? Que t’apporte-t-il? Qu’apporte-t-il à ton œuvre?

ERIC QUACH : Il est difficile pour moi de prendre du recul sur tout ce qui a été accompli lors des 20 dernières années en tant qu’artiste, car je me nourris de projets pour « rester en vie » et lorsqu’il y en a un qui termine, je passe au suivant. D’ailleurs, je jongle souvent avec plusieurs projets à la fois, donc je n’ai pas trop le temps d’observer son impact une fois aboutie. Malgré la pandémie, le capitalisme interne en moi ne cesse de prévaloir, non pas parce que je veuille constamment produire de la nouvelle matière à tout prix, mais parce que je ne laisse pas beaucoup d’opportunité de création, de collaboration, de performance ou de voyage s’échapper, par peur que tout ne s’arrête un jour. (En fait, tout s’est arrêté pendant deux ans, on y était proche).

Je me trouve chanceux d’avoir eu la capacité de pouvoir m’investir en solo pendant des années pour avoir accompli une œuvre qui est déjà surprenante, autant avec mes nombreuses parutions que mes tournées à travers le monde. Je me retrouve ainsi dans une position modeste, dans le contexte de cet espace niche de création de la musique expérimentale, où mes propositions suscitent de plus en plus d’intérêt.

Pangea De Futura n’est pas qu’un autre projet de plus. Chaque projet comme chaque rencontre représente une complicité unique avec des artistes exceptionnels. Ces partenariats, qui s’ajoutent à mon empreinte prolifique, valident aussi mes choix de carrière dans un contexte qui est strictement lié à l’art dans son intégrité, en dehors des médias, des critiques ou des institutions. Il représente aussi l’anti-projet solo, l’autre côté de l’extrême de créer seul, l’anti-thèse de la misanthropie et donc une communauté unie de pairs qui échangent des idées, qui se soutiennent, qui bâtissent une entité encore à définir. Ce projet est encore à ses débuts, donc il y a encore beaucoup de possibilités, et il pourrait y avoir encore beaucoup de chemin à parcourir. Le terrain inconnu est ce qu’il y a de plus fascinant à explorer, et on espère pouvoir voir comment les morceaux de la Pangée se disperseront sur la carte du monde.

C’est l’un des véritables successeurs du grand saxophoniste Peter Brötzmann, mais en 2022, on ne peut pas vraiment le qualifier de successeur à 57 ans! En fait, c’est un véritable leader international de l’improvisation libre et de la composition d’avant-garde, au-delà du free-jazz. Mats Olof Gustafsson est un saxophoniste né en 1964 à Umeå, en Suède. Depuis le début de sa carrière internationale, au milieu des années 80, il a ajouté la clarinette, les claviers et l’électronique à sa boîte à outils.

Mats Gustafsson est connu pour son style explosif. Nous avons pu constater son talent dans de nombreux contextes, avec des artistes comme Gunter Christmann, Peter Brötzmann, Joe McPhee, Paul Lovens, Barry Guy, Derek Bailey, Hamid Drake, Michael Zerang, Ken Vandermark, Magnus Broo, Otomo Yoshihide, Jim O’Rourke, Thomas Lehn, Evan Parker, Misha Mengelberg, Zu, The Ex, Sonic Youth, Merzbow, Fire! ou The Thing.

Gustaffson parle aussi admirablement bien de son métier. PAN M 360 partage ses commentaires avant ses performances au FIMAV ce week-end. Samedi, il partagera la scène avec Rob Mazurek et David Grubbs, puis formera un puissant duo avec Colin Stetson.

Tout d’abord, quelques questions sur le concert en trio :

« Tous trois ont fait avancer la scène musicale expérimentale de Chicago dans les années 1990 : MATS GUSTAFSSON avec plusieurs groupes de free-jazz et en tant que membre du Tentet de Peter Brötzmann, lors de son séjour aux États-Unis; DAVID GRUBBS au début du mouvement post-rock dans Gastr del Sol, son duo avec Jim O’Rourke; ROB MAZUREK dans une approche multistylistique sous diverses itérations de son projet Chicago Underground. »

PAN M 360 : Pouvez-vous nous rappeler ce qui vous a conduit à David Grubbs, avec qui vous avez enregistré le duo Off Road? Comment avez-vous construit cette relation musicale?

MATS GUSTAFFSON : Nous nous sommes rencontrés à Chicago au milieu des années 90 par l’intermédiaire de mes bons amis John Corbett et Jim O`Rourke. Nous avons immédiatement commencé à travailler et à traîner ensemble. J’ai joué avec Gast et d’autres choses avec David, sur ses disques solos jusqu’à ce que nous décidions d’enregistrer Apertura, notre premier duo, suivi d’une tournée suédoise et des enregistrements de Off Road. Ce n’est pas encore fini!

PAN M 360 : À propos de Rob Mazurek, le 3e interprète de ce concert à Victoriaville, même question : comment vous êtes-vous rencontrés? Comment avez-vous joué ensemble? Qu’est-ce qui a déjà été construit ou qu’est-ce qui va l’être?

MATS GUSTAFFSON : Il y a aussi le lien avec Chicago. C’est important. Chicago débordait d’énergie et de créativité au milieu et à la fin des années 90. Et c’est toujours le cas. Mais cette période se distingue. Nous avons joué quelques trucs ad hoc et nous avons continué à nous rencontrer dans toutes sortes d’endroits, ailleurs dans le monde. Et quand l’occasion s’est présentée de jouer en trio, nous avons sauté dessus! La pandémie a freiné tous les projets, mais nous redémarrons. Tout est ouvert.

« Ils ont travaillé de nombreuses fois ensemble, mais jamais tous les trois en même temps, étonnamment. C’est-à-dire jusqu’en mai 2019. Ils ont sauté sur la proposition du journaliste John Corbett de jouer en trio pour un engagement de deux jours au club The Underflow à Athènes, en Grèce. » 

PAN M 360 : Ce trio est-il une étape importante pour trois d’entre vous? Comment pourriez-vous décrire ce qui s’est passé en Grèce?

MATS GUSTAFFSON : Aucun mot ne peut décrire ces choses. C’était de la pure créativité et du pur partage. Aussi simple que cela. Quand l’alchimie fonctionne, tant sur le plan musical que social… Qu’est-ce qu’on peut faire? Juste suivre le courant. Ce trio est très important pour moi, c’est sûr!

« The Underflow : une musique actuelle qui explore une large gamme de dynamiques, à la croisée de l’acoustique, de l’électrique et de l’électronique. »

PAN M 360 : Sinon, que pouvez-vous ajouter pour nous faire comprendre le langage élaboré entre vous?

MATS GUSTAFFSON : Ayez une écoute ouverte et vous serez récompensé. Il y a de tout et de rien là-dedans. Comme cela devrait toujours être. Toutes les possibilités. Toutes les règles. Toutes les non-règles. Toutes les perspectives. Nous apportons toutes nos expériences au mélange. Et lorsque les gens sont prêts à partager, le public le ressent. Écoutez librement. Pensez librement. Agissez librement, c’est aussi simple que cela.

« Ils s’approprient le nom de la salle, et leur premier album, issu de ces concerts, sort début 2020, suivi d’un second enregistré juste avant la première vague de confinement. Ces albums témoignent de la riche histoire entre ces trois maîtres. »

PAN M 360 : Pouvez-vous voir la progression entre les premières séances live et les deux séances d’enregistrement suivantes?

MATS GUSTAFFSON : Je peux entendre quelque chose. Qu’est-ce que c’est?  Je n’en ai aucune idée.  Une progression?  Je n’en ai aucune idée. Un développement? Je n’en ai aucune idée. Nous avançons. Nous faisons face au passé, à nos expériences, individuellement et collectivement. Et nous partageons. Quand c’est vrai… Quelque chose se passe. On peut appeler ça comme on veut. Mais nous voulons le partager sur scène. Et avec le public. De nouvelles choses se produiront. Et encore, et encore, et encore.

PAN M 360 : Le concert de Victoriaville offrira-t-il de nouvelles choses après ce qui a été réalisé? Est-ce que ce sera à peu près la même chose ou même plus?

MATS GUSTAFSSON : Espérons que de nouvelles choses surgiront! Je suis presque persuadé, puisque nous avons attendu deux ans pour jouer de nouveau ensemble, que ce sera une explosion jamais entendue auparavant. Suivie de quelques implosions de mauvais goût! Et si nous survivons à cela, nous essayerons de jouer quelque chose de complètement différent à la fin du concert. Soyez sur vos gardes!

Deuxièmement, quelques questions sur votre duo avec Colin Stetson :

« Deux géants du saxophone vont partager la scène, combinant leurs approches diamétralement opposées et pourtant totalement complémentaires. COLIN STETSON a développé une technique très originale au saxophone basse où il subvocalise tout en jouant de son instrument (sa voix étant amplifiée par un transducteur). En solo, il privilégie les notes longues, multiphoniques, en boucle, qui tissent des ambiances incroyables. Avec d’autres musiciens, il peut devenir fébrile et percutant, comme notre public a pu l’entendre en 2017 avec la performance de son groupe Ex Eye. »

PAN M 360 : Avec Colin Stetson, que nous connaissons bien à Montréal, que recherchez-vous?

MATS GUSTAFFSON : Il s’agit de partage, aussi bien en trio qu’avec ce duo. Je n’en peux plus d’attendre. Tout est ouvert : saxophones et électronique, wham-bam thank you mam! J’attends avec impatience ce qui va arriver, ce qui peut arriver. Et j’attends avec impatience le moment suivant. Tout le temps.

« STETSON et GUSTAFSSON ont joué en duo pour la première fois à Vancouver en 2011, une performance relatée sur leur seul album, Stones (2012). Ils ont croisé le saxo quelques fois depuis, approfondissant leur relation musicale. »

PAN M 360 : Gardons cette question au programme : « Où en est cette relation onze ans plus tard? Vous devrez être là pour le découvrir. »

MATS GUSTAFFSON : Exactement. Il faut être là pour comprendre. Nous allons utiliser tout ce qui s’est passé depuis onze ans sur scène. Ensemble, dans une expérience de partage. La seule vraie différence, cette fois-ci, est que nous utiliserons aussi des éléments électroniques. L’album Stones est acoustique. Ce sera différent.

PAN M 360 : Les deux approches sont distinctes, pouvez-vous voir où et comment elles se rejoignent en duo?

MATS GUSTAFSSON : Le partage. Et le partage! Si nous partageons, le public le saura.

PAN M 360 : Avez-vous des projets d’enregistrement? D’autres concerts?

MATS GUSTAFFSON : Oh, oui. Il faut que les enregistrements se fassent. Et il y en aura. Tout est en cours de planification. La prochaine étape consiste à inviter Colin à être soliste dans ma prochaine grande œuvre de composition, Hidros 9, qui sera créée le 1er octobre 2022 à Varsovie, en Pologne. Colin sera soliste aux côtés de Hedvid Mollestad, Anders Nyqvist et Per åke Holmlander, en interaction avec Dieb13 et Jerome Noetinger et un ensemble de chambre de 18 musiciens. Ce sera fou!

Élève surdouée, elle est devenue compositrice exceptionnelle, redoutable improvisatrice, guitare héroïne de l’avant-jazz et de ses zones périphériques. L’Américaine Mary Halvorson a acquis la réputation des pointures de ladite musique actuelle.

En témoigne une discographie, soit plus d’une cinquantaine de de collaborations et une douzaine d’albums à titre de leader. Elle cumule les éloges et les honneurs avec le trio Thumbscrew et ses autres ensembles, elle a obtenu la prestigieuse bourse MacArthur. Un de ses récents projets inclut une rarissime collaboration du quasi mythique Robert Wyatt, c’est dire son pouvoir attractif.

On la connaît au FIMAV depuis ses premiers concerts donnés dans les ensembles d’Anthony Braxton, qui fut son professeur à l’université Wesleyenne (Connecticut). Elle a, par la suite, offert plusieurs performances dans les Bois-Francs et celle qui vient se consacrer à ses deux plus récents projets, Amaryllis & Belladonna, sous étiquette Nonesuch, qui ont d’ores et déjà ravi la critique internationale.

Bien qu’elle fusse d’abord associée au jazz contemporain, même si le son de sa guitare s’inscrit dans la tradition jazzistique, sa musique s’avère aujourd’hui post-genre car elle inclut une vaste palette stylistique, du songwriting consonant de l’indie folk à la musique contemporaine atonale.

Au faîte de ses possibilités, la musicienne de 41 ans nous cause généreusement de ce diptyque dont elle vient défendre la matière dans les Bois-Francs, ce samedi 21 mai, 22h, au Colisée de Victoriaville.

« Amaryllis & Belladonna  » est son projet le plus ambitieux à ce jour, et il met en valeur ses talents de compositeur.

PAN M 360 : Êtes-vous d’accord avec ces notes dans le programme du Festival international de musique actuelle de Victoriaville ? 

MARY HALVORSON : En termes d’envergure, il est vrai que c’est le plus grand projet pour lequel j’ai écrit, avec dix musiciens lorsque Amaryllis et Belladonna sont combinés. C’était un défi nouveau et intense pour moi, d’écrire pour un quatuor à cordes plus un tout nouveau sextuor, et c’est définitivement une composition lourde, bien qu’il y ait aussi beaucoup d’improvisation. J’ai beaucoup de chance de jouer avec tous ces merveilleux musiciens et de pouvoir me produire au Festival de Victoriaville cette année.

PAN M 360 : Vous avez été à la tête de tant de projets… Avez-vous des réalisations préférées ? Qu’est-ce qui vous a rendu vraiment fier en tant que leader / compositeur ? Peut-être ne pensez-vous pas en ces termes.

MARY HALVORSON : Je ne pense pas vraiment en ces termes. J’aime me mettre au défi d’explorer de nouveaux mondes musicaux, et de ne pas faire le même disque encore et encore. Chaque projet est unique et j’essaie de m’immerger complètement dans ce qui se passe actuellement – dans ce cas, Amaryllis et Belladonna.

PAN M 360 : Les peintures sur les pages web de votre double projet sont assez belles. Pouvez-vous commenter leur choix ?

MARY HALVORSON : Les peintures ont été réalisées par le musicien et artiste DM Stith, quelqu’un que je respecte et admire beaucoup. Son concept pour les peintures était basé sur l’idée de la fleur vénéneuse Amaryllis Belladonna. Je voulais que les tableaux expriment cette dualité : quelque chose de beau et de vénéneux à la fois. J’avais de grands espoirs pour les dessins et il a réussi à les dépasser !

 » Le concert sera divisé en deux parties. Belladonna est un ensemble de six compositions pour guitare électrique et quatuor à cordes. Elle s’associera à un ensemble américain très réputé, le MIVOS QUARTET. « 

PAN M 360 : Pourriez-vous expliquer les aspects cruciaux de ces compositions pour guitare + 4tet de cordes ? Que cherchiez-vous principalement dans ce domaine spécifique ?

MARY HALVORSON : J’ai toujours aimé le son de la musique pour quatuor à cordes. Quand elle est bien faite, elle sonne comme un instrument énorme, une force. J’ai envisagé d’écrire pour un quatuor à cordes seul (sans guitare), mais finalement, je voulais faire partie de ce son et j’ai fini par m’y inscrire. De plus, je pense que la guitare avec un quatuor à cordes est un son magnifique, qui n’a pas été suffisamment exploré.

PAN M 360 : Comment se passe le mariage entre une guitare amplifiée et un quatuor acoustique ? Comment avez-vous développé cette relation avec le Mivos Quartet, excellent ensemble sans aucun doute ?

MARY HALVORSON : J’admire le Mivos Quartet depuis longtemps et je l’ai entendu jouer dans de nombreux contextes différents. L’une des choses qui m’ont attirée chez eux, outre leur excellence musicale, c’est leur ouverture d’esprit et leur capacité à jouer de manière fluide à travers tant de styles différents de musique moderne. J’ai senti qu’ils avaient compris ce que j’essayais de faire dès la première minute de la première répétition – ils ont tout de suite été à la hauteur.

PAN M 360 : De votre point de vue, y a-t-il une narration du 1er au 6ème morceau ? Quels sont les liens entre eux ?

MARY HALVORSON : En théorie, l’ordre des compositions peut être modifié ; en d’autres termes, les morceaux ne doivent pas nécessairement être joués dans l’ordre de l’album, et ils ne le seront peut-être pas ce samedi, je n’en suis pas encore sûre. Les morceaux s’additionnent pour créer un récit, et lorsque j’ai composé la musique, j’ai certainement pensé à la façon dont les morceaux contrastent et se complètent pour créer un ensemble plus vaste. Pourtant, l’ordre peut changer légèrement d’une représentation à l’autre. J’ai cependant certains morceaux avec lesquels j’aime commencer et terminer.

PAN M 360 : Comment décrire votre propre évolution en tant que guitariste ces dernières années ?  Aussi en tant que soliste/improvisatrice ? Comment avez-vous travaillé sur l’aspect textural de la guitare, le son, les pédales, etc.

MARY HALVORSON : C’est l’objectif de toute une vie de devenir meilleur à la guitare, d’améliorer ma technique, mon oreille et mon aisance sur l’instrument, et d’élargir le champ de ce que je peux exprimer et communiquer. J’ai entendu un jour Bill Frisell décrire ce processus comme le fait d’ébrécher un bloc de bois, et je m’y suis vraiment identifiée. Il est difficile de déterminer avec précision sa propre évolution, car elle est presque toujours progressive, mais je m’efforce constamment de m’améliorer, et pendant la pandémie, j’ai eu plus de temps que d’habitude pour m’asseoir avec l’instrument, réfléchir à mes faiblesses et à ce que je veux améliorer. Ce type de pratique est probablement ce sur quoi je travaille le plus, et le développement de la texture, des pédales, de l’improvisation se fait davantage pendant les concerts, les sessions, etc.

Amaryllis est son nouveau sextet d’improvisateurs, qui interprète ici ses compositions, dont certaines incluent également le MIVOS QUARTET. Ce qui signifie qu’il y aura dix musiciens sur scène à un moment donné. La musique d’HALVORSON n’a jamais atteint une telle ampleur auparavant ! « 

PAN M 360 : Patricia Brennan (vibraphone), Nick Dunston (basse), Tomas Fujiwara (batterie), Jacob Garchik (trombone) et Adam O’Farrill (trompette) jouent également sur le disque et se produiront au FIMAV.  Il y a donc une approche spécifique avec ce line-up. Pouvez-vous expliquer ce qui vous a conduit à cet ensemble ?

MARY HALVORSON : J’avais un engagement d’un week-end à l’été 2020, au Brooklyn Stone (aujourd’hui disparu). Je voulais faire quelque chose de complètement nouveau pour ces représentations, et j’ai pensé aux musiciens du sextet, curieuse de savoir à quoi ressemblerait ce regroupement de joueurs. Ce sextet est une combinaison d’anciens et de nouveaux amis : tous des musiciens et des improvisateurs incroyables que j’admire beaucoup, et dont je savais qu’ils exécuteraient la musique avec à la fois précision et témérité. J’ai écrit un tas de musique pour ces concerts de Brooklyn Stone, et comme la plupart des événements de cette année-là, ils ont fini par être annulés. Mais à ce moment-là, j’étais tellement excité par la musique et le groupe que j’ai continué, en me disant que je finirais par y arriver. 

PAN M 360 : Bien sûr, l’aspect rythmique d’Amaryllis est plus lié au jazz, toute l’esthétique de ce disque est du jazz de chambre. Pouvez-vous décrire brièvement le cœur de ces compositions ?

MARY HALVORSON : Je ne pensais pas spécifiquement au jazz lorsque j’ai écrit ces compositions – ni à aucun autre genre d’ailleurs – j’entendais simplement les sons des différents musiciens dans ma tête et j’essayais d’imaginer une musique qui fonctionnerait pour cette combinaison, indépendamment du style. J’écris souvent de manière intuitive et improvisée, sans réfléchir et en voyant ce qui sort, en essayant d’exprimer l’humeur ou l’énergie que je ressens sur le moment. Il n’y avait pas de concerts quand j’ai écrit cette musique, donc une partie de ce qui m’a fait tenir pendant cette période était la joie d’écrire des compositions pour ces groupes, et d’imaginer à quoi la musique pourrait ressembler. Cela m’a donné quelque chose à attendre avec impatience.

PAN M 360 : Envisagez-vous d’enregistrer à nouveau avec cet ensemble ?

MARY HALVORSON : Je n’ai pas encore réfléchi à l’avenir et je n’ai pas encore de projet précis, mais j’ai déjà écrit de la nouvelle musique pour le sextuor et je dirais qu’il est probable que j’enregistre à nouveau.

PAN M 360: Où se situe la dualité d’Amaryllis & Belladonna

MARY HALVORSON : J’aimais l’idée d’avoir deux projets qui peuvent exister séparément ou ensemble. La musique est différente mais il y a des points où elle se chevauche. Il n’est pas toujours possible, d’un point de vue logistique et financier, de se produire avec un groupe de dix musiciens, et je suis reconnaissant de l’occasion qui m’est donnée. Il y aura aussi des moments où je me produirai avec le sextet seul, ou juste avec le Mivos Quartet. Mais lorsque c’est possible, le tentet peut se réunir pour une performance à grande échelle.

PAN M 360 : En ce qui concerne votre précédent projet, Artlessly Falling avec Code Girl, comment avez-vous pu convaincre Robert Wyatt de chanter sur quelques morceaux ? Un tour de force !!

MARY HALVORSON : Faire chanter Robert Wyatt sur Artlessly Falling était un rêve devenu réalité. Je suis une fanatique de Robert Wyatt depuis mes vingt ans et il est l’un de mes héros musicaux. Je suis également en contact avec lui depuis de nombreuses années, échangeant de la musique et des e-mails périodiquement. J’ai donc tout simplement demandé s’il était intéressé. Je n’arrive toujours pas à croire qu’il a dit oui ! Travailler avec lui a été une expérience incroyable, tout comme le fait d’avoir la chance de composer de la musique spécialement pour lui. Non seulement il est l’un de mes musiciens préférés de tous les temps, mais c’est aussi une personne merveilleuse, un plaisir de travailler avec lui, et il a vraiment donné vie à ces chansons.

MARY HALVORSON IS PERFORMING AT FIMAV , ON SATURDY MAY 21TH, COLISÉE DES BOIS-FRANCS

Un seul interprète se produit devant un seul mélomane. Les deux protagonistes de ce concert intime sont assis face à face, à deux mètres de distance : chacun se regarde d’abord silencieusement, les yeux dans les yeux, pendant une minute. Par la suite, l’interprète s’exécute pendant 10 à 12 minutes, et on conclut par une deuxième minute de silence.  Voilà le concert  immersif le plus intime, le plus fusionnel qui soit.

The Artist is Present de Marina Abramovic et les 1:1 Concerts en Allemagne ont visiblement marqué la pianiste Élizabeth Pion et la violoncelliste Agnès Langlois fondatrices du  Festival Unisson. Cette première édition a été présentée à l’Église Sacré-Coeur de McMasterville du 6 au 30 août 2020. Une vingtaine de jeunes musicien.ne.s y furent moblilisé.e.s. 

Le festival Unisson a pris du gallon depuis deux ans, tant et si bien qu’il se déplace cette semaine au Musée des beaux-arts de Montréal, soit du mercredi  18 au  dimanche 22 mai, de 9 h 45 à 16 h 45. Chacun inspiré d’une œuvre du MBMAM, ces concerts en tête-à-tête se tiendront dans les salles Mirage et Aventure , « lieux mystères » de la Salle Bourgie. 

À la manière d’un piano joué à 4 mains, Élizabeth Pion et Agnès Langlois répondent aux questions de PAN M 360 et nous en apprennent davantage sur leur concept.

PAN M 360 : Parlez-nous d’abord de votre première inspiration, soit The Artist is Present et les 1:1 Concerts .

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : C’est un ami violoniste, Hugo Berreni, qui nous a parlé des 1:1 Concerts en Allemagne. Nous avons trouvé l’idée du récital en tête-à-tête absolument merveilleuse, qui plus est étant donné les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvions. En effet, toutes les salles de concert étaient fermées au Québec en raison de la pandémie: les jeunes musicien.ne.s n’avaient donc aucune plateforme pour se faire entendre et continuer de pratiquer leur art. D’apprendre l’existence d’une telle initiative a représenté pour nous une lueur d’espoir.

De plus, nous admirions depuis longtemps le travail de Marina Abramovic. Quand nous avons appris que les 1:1 Concerts étaient inspirés de son travail, nous avons accroché encore plus. Il s’agit d’une artiste réfléchie, osée, radicale, dont le travail a une grande portée. Sa pratique artistique touche au spirituel, à une qualité de présence, et met l’accent sur l’expérience humaine, notamment l’expérience par le corps. La lecture de son mémoire Walk Through Walls avait eu un grand impact sur nous. Tous les ingrédients étaient donc réunis afin que notre désir de créer une initiative musicale semblable au Québec soit allumé! 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a menées à cette proposition très spéciale?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION :C’était à l’été 2020, en juillet plus précisément. C’est un projet qui est né de circonstances exceptionnelles: nous étions en pleine pandémie, et j’ai (Élisabeth) décidé de revenir au Québec pendant six mois, puisque la Guildhall School of Music & Drama où j’étudie a fermé temporairement. Comme expliqué précédemment, nous avons entendu parler des 1:1 Concerts en Allemagne via un ami, et avons eu envie de faire une différence dans notre milieu ici, au Québec. Tout s’est passé très vite: nous avons discuté ensemble au téléphone, et quelques semaines plus tard, le Festival débutait déjà, à raison de quatre jours par semaine. Nous n’avions, sincèrement, aucune idée de ce dans quoi nous nous embarquions. Nous n’avions pas d’expérience de gestion, de publicité… Nous avons dû apprendre au fur et à mesure, en nous épaulant, en demandant conseil, en apprenant de façon autodidacte. 

Il est important de dire que nous avions besoin de nous raccrocher à quelque chose aussi. C’était une période très sombre pour les artisan.e.s de la scène. Le monde musical était quasiment éteint. Ce projet a donné un sens à ce que nous faisions comme interprètes, puisque nous jouions dans le festival en plus de l’organiser. Donner une plateforme à nos collègues était également extrêmement important pour nous. La communauté artistique est un écosystème et sa santé dépend du bon vouloir des membres qui la constituent. Nous croyons en la force immense du collectif, lorsqu’elle souligne les particularités et les talents de chaque personne en son sein, et notre festival semblait être l’occasion de créer une structure dans laquelle un tel système peut exister.

PAN M 360 : Comment avez-vous convaincu vos collègues d’y participer?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION :Nous n’avons pas vraiment eu besoin de les convaincre, à notre grande surprise! Nous avons été en fait très étonnées de l’enthousiasme que les artistes que nous avions abordé.e.s ont démontré suite à notre proposition. Ils ont sauté à pieds joints avec nous dans cette aventure, croyant en la valeur du concept proposé et célébrant l’initiative que nous mettions sur la table, celle de poursuivre la vie de scène malgré la pandémie, d’une façon certes différente mais qui perpétuait l’existence de l’art. Définitivement, l’appétit que les musicien.ne.s ont démontré envers notre projet a été l’une des plus importantes clés dans la mise sur pied de notre festival.

PAN M 360: Quelle fut la réponse du public à McMasterville?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION :Le public a extrêmement bien réagi! Sincèrement, la force des témoignages que nous avons reçus nous a fait croire encore davantage au concept d’Unisson. Ce qui fût difficile, ce fût d’attirer le public, de le convaincre de venir tenter l’expérience. Certaines personnes nous ont fait part de leurs craintes, de leurs peurs. Plusieurs se sentaient mal à l’aise ou timides de fixer un.e inconnu.e dans les yeux, d’être seul.e face à l’artiste. Cette peur est tout à fait légitime et normale. Ce que nous pouvons vous dire, tout particulièrement si vous avez certaines craintes, c’est que toutes les personnes qui ont finalement osé tenter l’expérience ont beaucoup apprécié leur moment. Plusieurs sont même revenu.e.s pour notre deuxième édition en 2021. Cela nous fait chaud au cœur, puisque nous réalisons être en train de construire un réel rapport avec notre auditoire qui s’inscrit dans la durée. Il s’agit certes d’une expérience inhabituelle, mais… qui n’ose rien n’a rien! Osez! 

« Il va comme suit: un.e musicien.ne mystère rencontre un.e auditeur.trice pour une expérience immersive d’une durée de quinze minutes. L’auditeur.trice et le.la musicien.ne sont assis.es face à face, à deux mètres de distance, et se regardent dans les yeux pour une minute de silence. Par la suite, le.la musicien.ne joue une sélection d’œuvres  pour une durée totale de 10 à 12 minutes. Ce moment musical est suivi d’une autre minute de silence, yeux dans les yeux, en communion. Cette formule crée un moment magique tant pour l’interprète que pour le.la spectateur.trice. »

PAN M 360 : Pourriez-vous nous expliquer le comment et le pourquoi de ce protocole face à face?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION :Il s’agit, a priori, de la formule proposée par les 1:1 Concerts en Allemagne. Le deux mètres était strictement imposé en raison des mesures sanitaires, mais cette distance – qui est en fait une proximité – permet par la même occasion la création d’une bulle entre les deux personnes. Elles se retrouvent dans un même espace d’écoute. 

Ce que nous avons ajouté à la formule des 1:1 Concerts, c’est l’utilisation d’un sablier pour chaque minute de silence. Également, lors de la première et de la deuxième édition du festival, le.la musicien.ne choisissait son répertoire dans une banque musicale préparée au préalable, suite au regard avec l’auditeur.trice. Nous souhaitions donc que l’artiste adapte son répertoire selon le contact ressenti avec la personne en face de lui.elle.

Le face à face est une configuration forte: la rencontre de deux points de vue, de deux vulnérabilités, y est inévitable et surprenante.

« Le Festival Unisson est un festival de musique classique présentant des concerts variés dans une formule innovante. Il met à l’avant-plan des artistes émergent.e.s de la scène montréalaise et canadienne. Notre mission est de sortir de la formule des concerts traditionnels et de remettre l’humain au centre de l’expérience. »

PAN M 360 : « Remettre l’humain au centre de l’expérience » : pourriez-vous élaborer sur cette idée centrale?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : Nous avons le désir que l’expérience de concert soit pour chacun.e une expérience humaine, c’est-à-dire personnelle. Nous souhaitons que l’expérience du concert soit faite sur un pied d’égalité, entre deux humains égaux, qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre l’artiste, trop souvent déifié.e., et l’auditeur.trice, trop souvent contraint.e à admirer l’autre. Nous souhaitons que l’expérience soit celle de deux êtres, de deux présences qui se rencontrent. L’un.e a une histoire à raconter. L’autre l’écoute, et en l’écoutant, crée l’histoire avec lui.elle. C’est donc grâce aux deux partis que le concert prend forme. Une écoute active, c’est une écoute vivante, c’est une écoute dans tout ce qu’elle peut avoir de fondamentalement humain. C’est un format qui nous rapproche du conte, du mythe, d’un rapport immédiat et primaire avec les sons – un contact amplifié et intime.

C’est une toute autre approche que la grande salle de concert – qui est aussi merveilleuse à sa manière. Dans ce cas, nous pourrions dire: le concert au centre de l’expérience, les humains autour. Il y a un aspect de l’écoute des auditeur.trice.s qui relève donc de la périphérie. Unisson souhaite les mettre au centre du cercle.

PAN M 360 :  Le choix d’un concert devant une personne unique est-elle la réponse à ce besoin de revenir au centre de l’expérience?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : C’est l’une des réponses possibles, mais pas la seule. Il y a de multiples façons de faire du concert une expérience humaine qui valorise l’apport des deux parties, de la personne qui joue et de la personne qui écoute. La position de l’auditeur.trice est beaucoup plus complexe  et intéressante que celle d’un simple ‘’vase recevant’’. La qualité d’écoute de l’auditeur.trice a une influence sur la performance de l’artiste, et vice versa. C’est un dialogue. C’est une offrande de la part de l’artiste, certes, mais l’offrande est aussi d’y prêter une oreille attentive.

PAN M 360  : Sinon, prévoyez-vous d’autres façons d’y parvenir dans vos expériences à venir?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : C’est à voir! Nous avons beaucoup d’idées, mais nous prenons le temps de les développer afin qu’elles deviennent des expériences stimulantes et intéressantes pour le public.

« Nous souhaitons promouvoir la création en musique classique et la collaboration entre différentes disciplines artistiques. »

PAN M 360 : Quelles sont les autres disciplines impliquées ? Dans le cas qui nous occupe, quelle est la relation entre la musique et le MBAM?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : Dans ce cas-ci, nous avons voulu mettre en relation des œuvres d’art visuel avec la musique. La musique agit donc en réaction au visionnement de ces œuvres. Le Musée des beaux-arts de Montréal est idéal pour mener à cœur ce projet. Sa collection d’œuvres est absolument magnifique. La Salle Bourgie, quant à elle, est devenue l’une des salles incontournables à Montréal, notamment de par la richesse, la qualité et la variété de sa programmation. Il y a donc un historique musical fort relié au Musée, de par la présence de cette splendide salle à ses côtés. 

Nous trouvons également intéressant de mettre en relation diverses formes d’art, de façon à ce qu’elles se nourrissent plutôt qu’elles ne s’annulent. 

« Nous nous engageons à être un vecteur de diversité et à présenter une pluralité de discours musicaux. »

PAN M 360 : Dans le contexte des concerts présentés au MBAM, quelle sera cette diversité de discours?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : Nous avons choisi cinq compositeur.trice.s dont le style compositionnel est très personnel. Vous pouvez d’ailleurs visiter notre page Facebook www.facebook.com/festivalunisson afin de lire les réponses aux questions que nous avons posées aux cinq compositeur.trice.s, afin d’en apprendre davantage sur leur parcours. Nous voulions mettre de l’avant des voix uniques. La représentation est également importante pour nous, alors nous voulions entendre des voix issues de tous genres et sexes. Nous sommes fermement convaincues que cette diversité offre une richesse musicale d’une grande valeur et nous souhaitons que notre Festival donne une plateforme à toustes ces individus.

La diversité dans les choix des instruments était également essentielle pour nous: les compositeur.trice.s ont donc choisi dix instruments complètement différents, aux sonorités uniques. Certains d’entre eux sont rarement entendus seuls, alors l’expérience n’en est que davantage intéressante.

PAN M 360 : Quelles seront les œuvres impliquées?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : Ah, ça, c’est la surprise! Ce que nous pouvons vous dire, c’est que chaque programme musical est centré autour d’une des dix compositions qui ont été créées spécialement pour cette édition 2022 du Festival Unisson. Chaque composition est inspirée d’une œuvre visuelle issue du Musée des Beaux-Arts de Montréal, et le reste du programme musical est constitué d’œuvres déjà écrites – elles peuvent être baroque, classique, contemporaine, moderne, etc – également inspirées de l’œuvre visuelle choisie. Chaque court concert a donc une trame narrative singulière.

Q : Qui seront les interprètes?

AGNÈS LANGLOIS & ÉLIZABETH PION : Il s’agit de dix jeunes musicien.ne.s professionnelles qui évoluent à travers le milieu montréalais depuis plusieurs années: Matthias Soly-Letarte, percussionniste, Roxanne Sicard, violoniste, Geneviève Ackerman, shakuhachiste, Daniel Anez, ondiste, Bruno Gauthier-Bellemare, guitariste, Sebastian Gonzalez Mora, altiste, Agnès Langlois, violoncelliste, Jocelyn Lafond, organiste, Dominique Poirier, accordéoniste, Antonin Bourgault, saxophoniste. 

PROGRAMME DU FESTIVAL UNISSON

 Les 10 interprètes :

  • Daniel Añez, ondes Martenot
  • Geneviève Ackerman, shakuhachi
  • Antonin Bourgault, saxophone
  • Bruno Gauthier-Bellerose, guitare
  • Sebastian Gonzalez Mora, alto
  • Jocelyn Lafond, orgue
  • Agnès Langlois, violoncelle
  • Dominique Poirier, accordéon
  • Matthias Soly-Letarte, percussions
  • Roxanne Sicard, violon

Les 5 compositeurs.trices ont chacun.e écrit deux œuvres pour instrument solo inspirées par des œuvres d’art visuel exposées au MBAM :

  • Geneviève Ackerman
  • Patrick Giguère
  • Émilie Girard-Charest
  • Pierre-Luc Lecours
  • Corie Rose Soumah

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Dans le cadre de la finale des Francouvertes 2022, Marc-André Dupaul, alias Hôte, tentera de conquérir le public du Club Soda le 16 mai prochain.

Natif de Saint-Pie, l’artiste de 31 ans explore dans l’électronique et la pop. Auparavant, Marc-André Dupaul était membre d’un groupe Folk. Dans les dernières années, Hôte a vu plusieurs de ses amis participer aux Francouvertes. « Je voulais faire ce concours, ça semblait être un évènement qui fait partie du parcours de tout artiste montréalais », indique-t-il.

En novembre 2020, il lance Lune en Verseau, un court album de cinq chansons qui s’inscrit dans la pop indé. Dans ce microalbum, le chanteur utilise sa voix comme un instrument, la modifie et la transforme avec aise. Aussi, Hôte y est accompagné de quatre musiciens, dont le guitariste Ludovic Leblond.

Créées en 1995, Les Francouvertes ont pour but de faire briller les artistes issues de la francophonie canadienne et des communautés autochtones. Lors de chaque spectacle, les performances sont évaluées par le jury et le public. Au terme du concours, de nombreuses récompenses sont remises, dont une bourse de 10 000 $ attribuée à l’artiste gagnant. Par le passé, de nombreux artistes et formations de renom tels que Loco Locass, les Cowboys Fringants et Philippe Brach ont participé à cette aventure.

Quelques jours avant la finale, Pan M 360 a parlé avec Hôte de son expérience aux Francouvertes.

PAN M 360 : Nous sommes à trois jours de la finale; comment vous sentez-vous en ce moment?

HÔTE : Je suis dans des montagnes russes émotionnelles. Ce qui me met le plus de stress, c’est les autres choses que j’ai à faire autour des Francouvertes. Hôte, c’est un gros projet et j’ai plein de projets qui arrivent avec ça dans la même semaine que la finale. Ça demande beaucoup d’organisation de ma part et ma crainte est de m’éparpiller là-dedans. Lundi, je sais que la seule chose à faire sera d’être présent et de donner mon maximum. J’ai vraiment hâte de clore le spectacle au Club Soda. Sans rien enlever à la salle du Lion d’Or, je pense que le Club Soda est mieux pour mon style musical. J’ai vraiment hâte.

PAN M 360 : Qu’est-ce que représente pour vous d’être en finale?

HÔTE : C’est une énorme surprise. Je me suis inscrit l’année passée et j’ai été refusé. Lorsque je me suis inscrit cette année, je n’avais aucune attente et je me disais que si j’étais encore refusé c’était que le concours n’était tout simplement pas fait pour un projet musical comme le mien. Depuis le début des Francouvertes, je me fais continuellement surprendre. Je me sens choyé de pouvoir partager la scène avec des artistes exceptionnels et de nouveaux amis. Ce sont les seules personnes qui comprennent le stress que l’on vit lors de cette expérience.

PAN M 360 : Qu’avez-vous le plus apprécié de votre parcours aux Francouvertes?

HÔTE : C’est super comme artiste de sortir de la pandémie et d’avoir accès à tous ces spectacles-là et tous les talents qui y participent. J’aimais tellement ça que j’ai essayé d’assister à tous les spectacles des Francouvertes. La COVID-19 a freiné mon élan et j’ai dû regarder quelques spectacles en diffusion en ligne. Pour moi, c’est une expérience qui a été extrêmement formatrice.

PAN M 360 : Au point de vue musical, qu’est-ce que vous souhaitez explorer?

HÔTE : Avant Hôte, j’avais un projet folk. Quand je l’ai terminé, j’avais l’envie et l’énergie pour créer quelque chose de plus déjanté. Je voulais explorer de nouvelles sonorités. De ce fait, j’ai mis de côté la guitare classique et j’ai créé un univers de sons et d’effets sonores. Je vais bientôt sortir un deuxième microalbum qui est la suite du dernier. Avec ce projet, j’ai l’impression que je vais au bout de cet univers-là. J’ai envie de recommencer à composer. J’ai toujours l’impression qu’il y a deux manières différentes de créer de la musique. Certaines compositions partent de la tête et d’autres du cœur. Hôte, c’est né dans ma tête. J’ai besoin de reconnecter avec un instrument comme la guitare. C’est vraiment plus instinctif et intuitif. J’ai un certain besoin de créer de la musique qui vient de mes émotions. Je suis vraiment content de ce que j’ai accompli avec Hôte, mais j’ai besoin de me rapprocher de mes émotions à travers la musique.

PAN M 360 : Si vous remportez l’édition 2022 des Francouvertes, qu’allez-vous faire avec la bourse de 10 000 $?

HÔTE : C’est certain que j’aimerais enregistrer un album et inclure plus de gens dans la création. J’aimerais inclure plus de mes musiciens, mais ça prend plus de temps d’entraînement pour faire ça. Avec ce montant d’argent, je trouverais du temps de résidence et de création avec mes musiciens pour ensuite aller en studio pour enregistrer quelque chose qui les inclut davantage. Je suis vraiment chanceux d’avoir ces musiciens-là avec moi et je veux qu’ils sentent qu’ils apportent quelque chose à mes projets.

Photo : Jaime Antonio Luna


Lors de la finale de la 26e édition des Francouvertes lundi soir, la formation musicale montréalaise Rau Ze se produira en tant que finaliste au Club Soda.

Depuis son arrivée à Montréal il y a quatre ans, Rose Perron participe à de nombreuses prestations dans les bars. Au départ, Rau Ze est un duo formé de Rose au chant et de Félix Paul aux claviers. Lors des performances aux Francouvertes, le duo est accompagné d’Henri Bouchard à la basse, de Juan Espitia à la batterie, de Jeremy Leon au saxophone ainsi que de Violet Hébert à la trompette. Le collectif propose un son qui mélange la soul, le jazz et la danse. « La souplesse de la voix de Rose et notre complicité sur scène nous permet de nous distinguer », indique le claviériste.

Créées en 1995, Les Francouvertes ont pour but de faire briller les artistes issues de la francophonie canadienne et des communautés autochtones. Lors de chaque spectacle, les performances sont évaluées par le jury et le public. Au terme du concours, de nombreuses récompenses sont remises, dont une bourse de 10 000 $ attribuée à l’artiste gagnant. Par le passé, de nombreux artistes et formations de renom tels que Loco Locass, les Cowboys Fringants et Philippe Brach ont participé à cette aventure.

À quelques jours de la finale, Pan M 360 a discuté avec Rose Perron et Félix Paul afin d’en savoir plus sur leurs aventures aux Francouvertes.

PAN M 360 : Nous sommes à trois jours de la finale; quels sont vos états d’âme en ce moment?

ROSE PERRON : Je n’ai pas vraiment de voix et ça m’angoisse un peu. Cependant, je devrais être correct pour la finale. Depuis le début des Francouvertes il y a trois mois, on est dans un esprit d’attaque continuelle. Que l’on gagne ou pas, le tout va être terminé dans une semaine. Ça va faire du bien. L’expérience a été chargée, on ne s’attendait pas à ça. J’ai commencé l’aventure accompagnée de l’une de mes meilleures amies, Arianne Belly. Elle n’a pas fait les demi-finales. Elle était blessée et je n’étais pas en mesure d’être là pour elle. Les trois derniers mois ont été très durs.

PAN M 360 : Qu’est-ce que représente pour vous d’être en finale?

RAU ZE : De s’être rendu en finale, ça veut dire qu’il est possible pour nous de gagner notre vie grâce à notre art. Les Francouvertes ont été une énorme vitrine pour notre musique. Il y a quatre ans, je (Rose) me suis installé à Montréal. Depuis mon arrivée, on fait des prestations et on roule notre bosse. De voir des festivals nous approcher, c’est incroyable. Tu travailles extrêmement fort, et ce pendant plusieurs années pour des moments comme ça. Ça fait vraiment du bien d’avoir une certaine reconnaissance envers notre art. Après toutes nos performances dans des bars, ça fait chaud au cœur quand les gens viennent nous parler et nous dire qu’ils aiment notre musique,

PAN M 360 : Que retenez-vous de votre expérience à ce concours?

RAU ZE : C’est vraiment beau d’avoir été capable de développer des liens et de nouvelles amitiés avec les autres artistes des Francouvertes. Par exemple, on est devenue vraiment proche d’Hôte. C’est vraiment beau que ce soit arrivé. Pendant les spectacles, tous les participants se regardaient pis se disaient que c’était tellement beau ce que l’on était en train de vivre. C’est une belle coïncidence d’avoir tous été ensemble à ce concours-là au même moment.

PAN M 360 : Au point de vue musical, qu’est-ce que vous souhaitez explorer?

RAU ZE : Après les Francouvertes, notre été est rempli. C’est certain que l’on souhaite entrer en studio prochainement et enregistrer nos chansons. Avec la production en studio, nos chansons vont être plus complètes. C’est sûr que ça va sonner moins Jazz que lors de nos performances. Ça devait être un peu plus R&B, soul et hip-hop. Aussi, on va essayer de trouver une esthétique propre à nous qui va nous permettre de nous démarquer.

PAN M 360 : Si vous remportez l’édition 2022 des Francouvertes, qu’allez-vous faire avec la bourse de 10 000$ ?

RAU ZE : C’est sûr qu’on voudrait enregistrer un projet. 10 000 $ ça part vite et on devra faire attention à bien le dépenser. On a demandé à des gens combien ça coûtait d’enregistrer un album en studio. On nous a répondu que c’était aux alentours de 35 000 $ pour un album. Pour commencer, je pense qu’on va enregistrer à la maison pour bien utilisé notre 10 000 $ et gagner en expérience.

Photo : Jaime Antonio Luna


Le 16 mai prochain, l’auteur-compositeur-interprète Émile Bourgault foulera la scène du Club Soda lors de la finale de la 26e édition des Francouvertes.

Originaire de la Rive-Sud de Montréal, Émile joue de la guitare et chante depuis l’âge de onze ans. De par son aisance sur scène et sa voix douce, le jeune homme de 17 ans se distingue de ses pairs. En juin 2021, il a sorti Nous aurons toujours le ciel, un microalbum de six chansons dont Pauvre & malheureux, un titre pop-rock senti.

Peu importe le résultat de la finale, il ne ressort que du positif de son parcours aux Francouvertes. « Ça fait extrêmement chaud au cœur de recevoir les commentaires des gens lors des spectacles », dit-il tout sourire, en montrant les papiers des évaluations du public qu’il garde précieusement.

Créées en 1995, Les Francouvertes ont pour but de faire briller les artistes issues de la francophonie canadienne et des communautés autochtones. Lors de chaque spectacle, les performances sont évaluées par le jury et le public. Au terme du concours, de nombreuses récompenses sont remises, dont une bourse de 10 000 $ attribuée à l’artiste gagnant. Par le passé, de nombreux artistes et formations de renom tels que Loco Locass, les Cowboys Fringants et Philippe Brach ont participé à cette aventure. Quelques jours avant la finale, Pan M 360 s’est entretenu avec Émile Bourgault.


PAN M 360 : Nous sommes à trois jours de la finale; comment vous sentez-vous en ce moment?

ÉMILE BOURGAULT : Je te dirais que je suis assez stressé. Les deux premières étapes des Francouvertes, soit les préliminaires et les demi-finales, ça a été gros pour moi. La finale m’apporte un certain stress parce que l’aspect compétitif des Francouvertes joue parfois dans notre tête. Par contre, j’essaye de m’en détacher le plus possible. Ensuite, le fait de vous produire au Club Soda ajoute une pression supplémentaire. Je veux donner mon maximum à la finale, je suis vraiment crinqué. J’ai à la fois hâte de faire le spectacle, mais aussi hâte d’avoir terminé cette aventure. Somme toute, je suis dans un état d’esprit sain et ce stress va me permettre de me surpasser lors de la finale.

PAN M 360 : Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être en finale?

ÉMILE BOURGAULT : Je te mentirais si je disais que je m’y attendais. Au départ, je ne pensais même pas que j’allais être pris pour le concours. En raison de mon jeune âge, ça a été une grande réussite pour moi d’être sélectionné. Lors de mon inscription, je n’avais pas vraiment d’attentes. C’est une fierté pour moi d’avoir été en mesure de ne pas trop me faire d’attente par rapport aux résultats tout au long de mon parcours aux Francos. Mes seules attentes concernaient mes propres performances sur scène. Je retiens que du positif de cette expérience-là.

Aussi, de voir des gens qui aiment ce que je fais et avoir l’appréciation du public, ça m’a donné énormément de confiance. La plupart du temps, les commentaires que l’on reçoit proviennent des réseaux sociaux et on a de la misère à sentir que c’est vrai. De voir les gens dans la salle, de recevoir des commentaires en personnes des juges, c’est incroyable. Le contact humain est tellement important quand on reçoit des commentaires.

PAN M 360 : Pourquoi vous êtes-vous inscrits aux Francouvertes?

ÉMILE BOURGAULT : À la base, c’est un concours que je suivais en tant que fan de musique francophone et émergente. J’ai toujours trouvé que les Francouvertes étaient bien organisées et que c’était vraiment bien. C’est certain que j’avais une certaine distance avec le concours, car l’âge moyen des participants est plus élevé que la mienne. Je viens de sortir du secondaire et je n’ai pas autant d’expérience musicale comparée à la plupart des participants. De ce fait, c’est un concours qui m’attirait, mais que je ne croyais pas accessible pour moi. Finalement, je me suis trompé. C’est la preuve que quand on croit en ce que l’on fait et que l’on est vrai à travers notre art, tout peut arriver.

PAN M 360 : Depuis le début de votre parcours aux Francouvertes, quel a été votre moment le plus marquant?

ÉMILE BOURGAULT : C’est probablement ma première performance au Cabaret Lion d’Or, lors des préliminaires. Je n’étais pas satisfait de ce que j’avais livré. Je me sentais comme si j’avais raté ma chance et que ça n’avait vraiment pas bien été. Après le spectacle, mes musiciens et moi sommes allés dans un bar. C’est à ce moment-là qu’on a appris que j’avais terminé en deuxième position au palmarès et que j’allais avoir une deuxième chance lors des demi-finales. Cette nouvelle m’a complètement rallumé et m’a permis de ne pas m’éteindre.

Sinon, tous les moments en coulisses et les rencontres que j’ai faites lors des Francouvertes sont vraiment importants pour moi. J’ai découvert des artistes talentueux et ça m’a permis de voir de nouvelles manières d’interpréter et de créer. J’ai eu un gros coup de cœur pour Charlotte Broussault. J’admire sa facilité à créer un moment avec le public. C’est quelque chose qui me fascine et qui m’intéresse.

PAN M 360 : Au point de vue musical, qu’est-ce que vous souhaitez explorer?

ÉMILE BOURGAULT : Compte tenu de mon jeune âge et de mon inexpérience, je crois que mon projet a besoin de se trouver. J’ai besoin d’explorer et de découvrir musicalement. Peu importe le dénouement de la finale, je pense que je vais me laisser le temps pour me permettre de me développer un univers propre à moi et dans lequel je me sens bien pour créer. Je suis encore à l’étape de me trouver musicalement et je n’ai pas nécessairement d’échéancier ou de but précis. Pour l’instant, j’ai juste le goût de faire des spectacles, de travailler avec d’autres d’artistes et d’y aller tranquillement.

PAN M 360 : Si vous remportez l’édition 2022 des Francouvertes, qu’allez-vous faire avec la bourse de 10 000 $?

ÉMILE BOURGAULT : Je pense que je prendrais les 10 000 $ et je les mettrais sous mon oreiller pour bien réfléchir. Pour vrai, j’essayerais de m’entourer adéquatement avant de prendre des décisions avec cette somme. 10 000 $, c’est beaucoup et il est possible de faire énormément de projets avec ça. Je n’ai pas de projet précis en tête, mais c’est sûr que je ne refuserais pas ça. C’est sûr que je voudrais sûrement faire un album. Il restera à voir si les chansons arriveront à ce moment-là.

Photo : Frédérique Ménard-Aubin


La COVID a eu un impact très négatif chez les artistes de la musique classique, particulièrement ceux dont le pain et le beurre se trouvent en bonne partie à l’étranger.  Alors? Il faut relancer l’offre locale pour faire travailler instrumentistes, chanteuses, chanteurs, compositrices, compositeurs. 

Très sensible au problème, le baryton Marc Boucher va de l’avant pour améliorer le sort de ses collègues. Il s’affirme aujourd’hui parmi les développeurs clés de la grande famille classique au Québec.

Toujours à la barre du Festival Classica , qu’il a fondé et dont il assure la direction artistique, le chanteur et organisateur commente ici l’annonce d’une division lyrique mise en place par son festival, soit le Nouvel Opéra Métropolitain prévu en 2023.

Cette annonce vient avec celle des 22 programmes de la 12e présentation de cet événement annuel de musique classique présenté sur la Rive-Sud, soit du 27 mai au 19 juin prochains.

Fondé en 2011 par le baryton Marc Boucher, le désormais incontournable Festival Classica a pour mission de « promouvoir un espace public qui provoque la rencontre entre la musique classique au sens large, les artistes, la relève musicale et la population, tout en priorisant l’embauche prépondérante d’artistes québécois et canadiens ». 

PAN M 360 : Pendant la COVID, la fermeture des marchés internationaux a causé un tort considérable aux artistes dont le modèle d’affaires repose sur les embauches internationales. Leur situation était déjà précaire, ça va de mal en pis… Quelle est votre perception?

MARC BOUCHER : Dans le monde de l’opéra en général, ça ne va pas bien. Les maisons ferment, le modèle est à revoir. Prenons Bastille à Paris, on a embauché Alexander Neef pour rallier les troupes, bref chaque nation, chaque marché veut rallier les troupes pour faire travailler son talent. Or, notre talent travaille beaucoup à l’étranger, et plusieurs artistes voudraient travailler davantage sur le marché local. C’est pour ça qu’on va créer des occasions. 

PAN M 360 :  Au-delà du bien fondé de cette initiative qu’est le Nouvel Opéra Métropolitain, quels en sont les avantages probants? 

MARC BOUCHER :  Nous voyons cette initiative comme une contribution à l’écosystème de l’art lyrique, qui honore notre double mandat, artistique et communautaire. Ainsi, nous voulons ajouter à l’offre lyrique au Québec en contribuant à l’embauche des chanteuses et chanteurs, considérant que nous avons actuellement le plus bel assemblage de belle génération montante et communauté établie d’artistes lyriques. À mon sens, il n’y a jamais eu autant de talent lyrique au Québec. À partir du moment où on accepte ces jeunes artistes dans nos facultés de musique et conservatoires, on doit en tant que société leur donner l’espoir de gagner leur vie dans leur domaine.  Ce qui n’est pas le cas présentement… De plus, nos aspirations artistiques contribuent au redémarrage, sinon à la mise à niveau de l’activité lyrique au Québec.  

PAN M 360 : Et quelles sont ces aspirations artistiques? 

MARC BOUCHER : La direction adoptée par le Nouvel  Opéra Métropolitain sera axée principalement sur le répertoire français d’opéra et d’opérette. On a tendance à l’oublier, l’opérette a connu de grands jours au Québec à une autre époque, y participait  alors un mélange de chanteurs et de comédiens.  Si on s’entend que Montréal est la ville la plus importante en Amérique du Nord, on a des acteurs tels Benoît Brière, Gildor Roy, Stéphane Rousseau qui peuvent chanter et s’inscrire dans des productions lyriques impliquant des chanteurs et chanteuses. 

C’est pourquoi nous croyons beaucoup au répertoire français et aussi nous croyons à l’opéra en anglais parce qu’il y a plein de choses à faire, notamment Haendel dans le baroque ou Britten dans la musique classique moderne. C’est pourquoi nous voulons ramener les troupes locales, interprètes, compositeurs orchestres, sur un horizon de trois ans. Ces économies d’échelle permettent la réalisation de projets très intéressants. Et tout ça passe aussi par une bonne salle. À Montréal, on sait que la salle Wilfrid-Pelletier n’est pas la meilleure qui soit, et que la ville mérite sa salle d’opéra de 1500 places où nous pourrions volontiers présenter nos propres productions.  C’est un besoin urgent! 

PAN M 360 : Mais Classica se déploie surtout sur la Rive-Sud, alors comment voyez-vous les choses?

MARC BOUCHER : Nous avons aussi un projet qui chemine en parallèle à celui du Nouvel Opéra Métropolitain, qui serait une salle de concert acoustique et non une salle multi-fonctionnelle. Nous visons une jauge de 870 places, nous avons déjà les plans et cette salle  qui pourrait voir le jour d’ici trois ans.   Au printemps dernier, d’ailleurs, nous avons présenté La Clémence de Titus de Mozart, l’expérience vécue y fut époustouflante parce que le public était à proximité des visages et des voix et des instrumentistes desquels ils pouvait s’imprégner. Nous pensons donc que l’opéra, dans des dimensions humaines, doit revenir en force dans le Grand Montréal. 

PAN M 360 : La première phase du Nouvel Opéra Métropolitain est échelonnée sur trois ans. Quels sont les projets sur la table?

MARC BOUCHER :  Voici:

* En 2023, les prochains projets seront mis de l’avant : une opérette de Jules Massenet qu’on a oubliée pendant 100 ans qui s’intitule L’adorable belle boule, comédie désopilante avec mise en scène de François Racine, costumes et une scénographie crée en phase avec les arts numériques d’aujourd’hui. C’est un incontournable, et les arts numériques offrent des possibilités absolument incroyables. Nous prévoyons un beau succès. 

* Ensuite il y aura Miguela,  testament lyrique de Théodore Dubois, un opéra redécouvert  récemment dans des voûtes de la Bibliothèque nationale de France. Nous travaillons là-dessus depuis plus de trois années.

* Nous proposerons également une création, sa musique sera composée par le Montréalais Airat Ichmouratov et le livret sera écrit par Bertrand Laverdure, inspiré de L’Homme qui rit de Victor Hugo. La distribution comprendra entre autres Jean-François Lapointe, Hugo Laporte, Florence Bourget. 

* Pour 2024, une œuvre est en préparation, impliquant le compositeur montréalais Jaap Nico Hamburger, qui portera sur la vie de Sarah Bernhardt, venue plusieurs fois sur scène à Montréal entre 1880 et 1917. On y met en parallèle deux périodes dont la similitude est ahurissante, soit le début du 20e siècle et le début de ce siècle pendant lequel les droites populistes s’affolent un peu partout. Incarnée par Marie-Nicole Lemieux, Sarah Bernhardt se présente comme une femme affranchie avec des amours fluides et une posture de libre penseuse qui n’a pas la langue dans sa poche. On mettra ça en parallèle avec un autre opéra assez troublant, Der Kaiser von Atlantis du compositeur Viktor Ullman, écrit dans le camp de concentration de Theresienstadt.  Il s’agit d’une œuvre  satirique sur le pouvoir de la mort, à la fois loufoque et terrifiante.

* Un opéra de Jean-Philippe Rameau sur instruments d’époque, est aussi prévu en 2024, on pense à Karina Gauvin et plusieurs autres pour la distribution.

* Pour 2025, nous avons acquis les droits du grand écrivain québécois Jacques Ferron pour la conception et la création de l’opéra Tinamer de Portenqueu.

PAN M 360 : On ne passera pas en revue les 22 programmes du prochain Festival Classica, mais pourriez-vous nous donner un aperçu de ses lignes directrices?

MARC BOUCHER : J’aime travailler sur ces thématiques, et ce sera cette année une édition italienne, qui nous mènera de Claudio Monteverdi à Ennio Morricone.  Autour de ce thème, j’ai voulu offrir une programmation cohérente avec une ligne directrice autour de la musique italienne, dont voici quelques exemples:

* Le concert Il était une fois Morricone sera dirigé par le violoniste Alexandre Da Costa et implique la chanteuse Florence K dans le répertoire d’Ennio Morricone.

* On interprétera aussi des œuvres de Nino Rota au festival, un autre grand compositeur associé au cinéma italien.

* Côtés baroque et classique, on fera les œuvres mystiques que sont les Vêpres de la Vierge de Monteverdi,  pas moins de cinq Stabat Mater soit de Pergolesi, Boccherini, Sances, Scarlatti et Vivaldi. 

* On découvrira en outre le compositeur peu connu et presque contemporain Alfredo Casella, un post-romantique très éclaté. 

* Nous ferons bien sûr Les Quatre Saisons de Vivaldi avec Arion Orchestre Baroque, cette fois sous la direction de la violoniste fançaise Florence Malgloire.

* Et puis, je me suis fait un petit plaisir avec Les Quatre Saisons recomposées par le post-minimaliste Max Richter,  interprétées dans ce contexte par le violoniste Marc Djokic et l’Orchestre de chambre de la Montérégie.
* Stori, le concert de clôture, mettra en relief la pianiste Élizabeth Pion, le violoncelliste Stéphane Tétrault et l’Orchestre symphonique de Laval dirigé par Alain Trudel.

En 2018, trois musiciens – Tom Dowse (guitare), Lewis Maynard (basse) et Nick Buxton (batterie) – qui s’étaient côtoyés dans différents groupes du sud de Londres ont entrepris de créer un son noise-punk et post-hardcore plus lourd, à la manière d’At The Drive-In ou des Deftones. Après des mois à peaufiner leur son, qui s’est avéré post-punk mélodique, le trio avait besoin d’une figure de proue. Tom a suggéré Florence Shaw, une consœur étudiante en arts visuels, même si elle n’avait aucune expérience musicale. Une fois convaincue, Florence est arrivée avec des cahiers de poèmes cut-up, des listes d’épicerie, des trucs écrits sur ses vieux dessins et des réflexions notées après avoir vu des pubs à la télé. Elle s’est ensuite mise à amalgamer et réciter tout ça pendant que les gars jouaient. Cette méthode très spontanée allait devenir un élément crucial du son de Dry Cleaning, qu’on allait entendre sur quelques microalbums et un premier album complet, New Long Leg, plébiscité à sa sortie en 2021.

« J’étais dans le bus pour aller chez Lewis, où nous devions répéter, et je n’avais toujours pas décidé ce que j’allais faire, se souvient Florence; je pense que j’ai fini par déclamer mes trucs parce que ça me semblait très accessible. Et c’était une bonne façon de faire. J’étais assez attachée aux choses que j’avais écrites, à l’époque. Et je me suis dit que c’était une façon très directe de les présenter. »

Les chansons de Florence Shaw ressemblent à des flux de conscience; il s’agit presque de poésie rythmique, alors que des murailles sonores sombres ou parfois joyeuses jaillissent des haut-parleurs. On pourrait comparer Dry Cleaning à des groupes comme Wire ou The Fall au féminin. Or, avec ses récits de dissociation, d’évasion, de rêverie, d’amours compliquées, de colère et ainsi de suite, Florence Shaw sert de liant à Dry Cleaning et à sa réussite. Chose dont elle se réjouit, même si ça l’a toujours terrifiée.

Nous nous sommes entretenus avec Florence Shaw avant le premier spectacle de Dry Cleaning à Montréal, ce vendredi 13 mai au Théâtre Fairmount. Il a été question de son approche singulière quant aux paroles, de son obsession des petits objets, de sa phase emo (pas terminée, de son propre aveu) et de ce qui fait que les spectateurs ont parfois peur d’elle.

PAN M 360 : C’est drôle, quand j’ai entendu New Long Leg pour la première fois, je me suis dit « Je ne pourrai pas voir ce groupe avant plusieurs années à cause de la pandémie », mais vous serez là dans une semaine.

Florence Shaw : Je sais! Tout a changé assez rapidement, n’est-ce pas? C’est encore très étrange, nous pensions vraiment que nous allions être coincés au Royaume-Uni pendant des années. Mais ça n’a duré qu’un an et demi.

PAN M 360 : Et j’ai lu quelque part que vous plaisantiez sur le fait que vous seriez probablement en tournée jusqu’en 2025?

Florence Shaw : Je pense que c’est un peu comme ça que les choses se présentent. Ce sera assez intense. Nous voulons en quelque sorte rattraper le temps perdu. Il y a tellement d’endroits où nous n’avons jamais joué. Comme cette tournée européenne que nous venons de terminer; nous jouions pour la première fois dans la plupart de ces pays, même si c’est juste à côté. C’est bizarre.

PAN M 360 : Vous êtes la figure de proue du groupe. Et les gens chantent vos textes très personnels en chœur. Est-ce que ça vous paraît bizarre? Surtout que c’est encore tout nouveau pour vous?

Florence Shaw : Ce sentiment continue d’être incroyable! Je ne savais pas vraiment si ça allait arriver. Parce qu’il n’y a pas souvent de mélodies qui accompagnent les paroles. Donc, c’est assez difficile à retenir. Malgré cela, il y a toujours des centaines de personnes qui entonnent les paroles, chaque soir. Et c’est toujours fou; je ne m’attendais pas à ce lien inouï avec les gens! (rires) Ça semble un peu mielleux… et ça l’est! Mais je ne pourrais décrire ça autrement, le fait de me sentir très liée à des personnes que je n’avais jamais rencontrées.

PAN M 360 : Comment vous mettez-vous dans l’ambiance, en concert?

Florence Shaw : Bonne question. Je suis encore en train d’apprendre tout ça. Souvent, je demeure assez silencieuse avant les concerts. Je ne suis pas vraiment du genre à traîner et à raconter des blagues. J’ai toujours besoin d’une demi-heure pour moi, pour penser à ce que je veux faire. Et je suppose qu’il faut se fixer un objectif pour la prestation, même si c’est assez minime. Ou réfléchir à ce qu’on peut avoir envie de penser pendant qu’on est sur scène. Ou penser à où on est et à d’où viennent les spectateurs, des choses comme ça. J’aime penser à ça; si je ne le fais pas, j’ai trop de mal à être là. C’est comme une expérience extracorporelle. Et j’aime me sentir présente quand on joue.

PAN M 360 : Pour certaines de ces chansons, j’ai l’impression que vous entrez dans une sorte de transe sur scène?

Florence Shaw : J’aime bien créer un lien avec le public, si je le peux. Même si c’est temporaire, j’aime avoir une relation avec le public. Et c’est étrange quand on ne le fait pas. Donc j’ai tendance à regarder la foule pendant la majeure partie du spectacle, ce qui fait parfois peur aux gens.

PAN M 360 : Vous faites peur aux spectateurs? Les gens ont dit ça?

Florence Shaw : Oui, j’ai déjà lu ça. On a dit que je fixais les gens. Ce qui semble assez intense. Mais, en fait, je cherche à établir une sorte de lien avec les gens. Plutôt que d’essayer de les effrayer! Peut-être suis-je plus intense que je ne le réalise, parfois. Il y a très peu de filtres, ma voix est directe. C’est un monologue, je suppose. Puis, il n’y a pas de mélodies qui servent de support. Comme c’est très inusité, une partie du public trouve ça assez intense. J’essaie aussi d’apporter un peu d’humour à ce que je fais. C’est sérieux, en quelque sorte, mais c’est tempéré par une joie enfantine. Je me vois un peu comme un clown, parfois. Pas du genre à renverser des seaux d’eau, mais un clown qui fait de la comédie sérieuse!

PAN M 360 : Votre album New Long Leg est beaucoup plus nuancé et peaufiné que vos microalbums. Diriez-vous que c’est dû, en partie, au travail du réalisateur John Parish? Et pourquoi avez-vous décidé de collaborer avec lui?

Florence Shaw : Nous avons approché quelques personnes pour discuter de la réalisation de l’album. Car c’était une expérience complètement nouvelle. Nous avions tous enregistré des trucs auparavant, mais pas à ce niveau. Donc nous tâtonnions un peu dans le noir, en nous demandant avec qui nous devions travailler. Nous avons contacté beaucoup de gens. Or, John a répondu tout de suite en disant qu’il était très enthousiaste, qu’il aimait vraiment les microalbums et avait noté plein de choses sur nos démos. Nous avons toujours essayé de suivre notre intuition. C’était très positif, donc. Il ne voulait pas qu’on se rencontre pour voir s’il se passerait quelque chose, il a tout de suite dit « Oui, je veux vraiment faire ça ».

PAN M 360 : Wow, il n’y a pas eu de tergiversations avec lui?

Florence Shaw : Non, nous admirons son travail, notamment les albums d’Aldous Harding. C’est particulier avec sa musique, j’ai l’impression que l’on entend toujours l’endroit où ça se passe, c’est au premier plan, le son n’est pas poli, il est plutôt intime. De plus, John est très patient. Nous pouvions faire plusieurs prises d’une seule phrase, avant d’avoir la bonne. Il avait la patience pour chaque syllabe!

PAN M 360 : Il y a un passage de la chanson Strong Feelings que j’adore, « Just an emo dead stuff collector, things come to the brain ». Ça résume parfaitement une partie de ma vie. Cette phase emo que tout le monde a traversée, j’en suis sûr. Êtes-vous passée par cette phase, où vous vous habilliez tout en noir, style « goth »?

Florence Shaw : Absolument! (rires) J’avais l’habitude de traîner dans les greniers et d’écouter The Cure, j’ai vraiment vécu tout ça très intensément. Du moins quand j’étais adolescente. Je suis encore un peu emo, pour être franche. Ça ne m’a pas totalement quitté. À l’époque, je me faisais de petites collections de trucs, des morceaux de bois ou des fragments d’os, des choses que l’on finit parfois par collectionner, surtout quand on est adolescent. C’est une petite habitude qu’on les gens, parfois, de s’accrocher à des vestiges naturels. Oui, j’ai songé à ça.

PAN M 360 : Avez-vous toujours des petits fragments d’os ou des collections autour de votre maison?

Florence Shaw : Ce qui m’intéresse beaucoup plus ces derniers temps – et je collectionne des tas de choses –, ce sont des petites choses, souvent des miniatures. J’ai beaucoup de petits animaux en plastique ou en verre, des trucs comme ça, tout ce qui est vraiment minuscule, peu importe ce que c’est. Une petite table, un petit modèle de souris ou même des graines ou des choses comme ça!

PAN M 360 : Est-ce que vous les disposez de manière à créer des petites scènes ou est-ce que tout est éparpillé?

Florence Shaw : J’aime bien les disposer avec beaucoup de soin. Je peux être très casanière! (rires) j’aime bien organiser les choses. Et déplacer des petites choses et créer des petits dioramas et d’autres avec des petits objets. C’est une vraie passion pour moi. Les objets dialoguent un peu, n’est-ce pas? C’est ce que j’aime. Comme créer des petites paires, de petits groupes de choses qui signifient quelque chose de nouveau parce qu’elles sont ensemble. J’ai l’air complètement folle là, non?

PAN M 360 : Non, je crois que vous êtes simplement vous-même.

Florence Shaw : Absolument.

PAN M 360 : Dry Cleaning a souvent été comparé à The Fall, à cause du spoken-word.  Y a-t-il d’autres artistes qui ont été aussi influents pour vous? John Cooper Clarke? Baxter Dury? Sleaford Mods? La pièce The Gift des Velvet Underground?

Florence Shaw : C’est drôle, j’avais l’habitude de penser « Oh non, je n’ai pas écouté beaucoup de musique parlée », mais en fait, en grandissant, je me souviens de ce morceau de Death In Vegas appelé Hands Around My Throat, où une femme parle sur fond de musique vraiment inquiétante. J’étais obsédée par ça quand j’avais 12 ans. Et puis il y a Grace Jones. Et ma mère écoutait beaucoup The Last Poets quand j’étais petite. Elle avait tous leurs vinyles, ça s’est infiltré dans ma conscience : parler était une façon de faire de la musique. C’était évident pour moi.

PAN M 360 : Vos parents étaient-ils aussi très musicaux quand vous étiez petite?

Florence Shaw : Mon père jouait et chantait dans un groupe. Il a aussi joué de la batterie dans d’autres groupes. C’est un très bon guitariste et il joue de l’harmonica. Il y avait beaucoup d’instruments à la maison. Alors il nous « recrutait » parfois, mon frère et moi, pour faire des chœurs lors d’enregistrements et des trucs comme ça. Des trucs très amusants! Pas pour nous faire bosser. Il nous apprenait des petits bouts de clavier et des choses comme ça. Donc oui, j’ai fait ça quand j’étais enfant, mais j’ai toujours eu l’impression que c’était juste pour le plaisir. Je n’ai jamais cru que ça pouvait devenir une carrière. Le dessin et l’art ont toujours été ce que je voulais faire comme travail.

PAN M 360 : Pensez-vous que cette formation en arts visuels vous donne une façon plus abstraite de regarder le monde?

Florence Shaw : Je pense qu’une formation en arts, quelle qu’en soit votre expérience, vous apprend à observer, ou du moins à exercer votre sens de l’observation. Que ce soit par quelque chose de vraiment direct comme le dessin, l’écoute, une meilleure écoute ou simplement la photographie. Peut-être simplement en enregistrant des trucs et en notant ce qui vous entoure, dans le monde tel qu’il se présente. Cela a certainement exercé ma capacité, comme un entraînement quotidien. J’adore regarder les gens, c’est important pour moi… Je me promènerais volontiers toute la journée dans un quartier, juste pour prendre des photos ou noter des choses. Et c’est ce que je trouve le plus inspirant. Si vous êtes intéressé par ce genre de choses, ce sera vraiment favorisé par les arts visuels.

PAN M 360 : Dry Cleaning, ce n’est pas optimal quand on cherche de l’information sur un groupe qui porte ce nom! Pourquoi l’avez-vous choisi?

Florence Shaw : En effet, c’est totalement impossible à trouver sur Google! (rires) Les gars l’ont trouvé avant que je ne les rejoigne, alors qu’ils ne faisaient que jammer. Je me souviens que le nom m’a incité à les rejoindre parce que je l’ai toujours aimé. Je crois que c’est Tom qui en a eu l’idée. Vous savez ce que c’est, ces histoires d’origine. Il est impossible de se rappeler ou de retracer tout ça. On croit que c’était Tom, toutefois. Puis, au fond, ils voulaient opter pour quelque chose d’omniprésent. Au Royaume-Uni, du moins, peut-être dans le monde entier ou dans certaines parties du monde, il y a tellement de nettoyeurs à sec, il y en a absolument partout. L’enseigne dit toujours juste « Nettoyage à sec ». On voit ça un peu partout. Et c’est vraiment banal.

PAN M 360 : Oui, il y en a partout. Ici à Montréal, on dit tout simplement « Nettoyeur ».

Florence Shaw : Ah oui, ce doit être l’équivalent! (rires)

Une semaine après la sortie de son titre Fallen Star, le rappeur canadien Boslen a lancé sa tournée Gonzo au Newspeak, vendredi dernier.

Né à Chilliwack en Colombie-Britannique, Boslen qualifie sa musique d’« inspirante et débordante d’énergie ». En 2018, le jeune Canadien quitte l’école et s’installe à Vancouver. C’est à ce moment qu’il crée ses deux premières mixtapes, Motionless et Motionless II. Depuis ce temps, Boslen roule sa bosse et ne cesse de grandir musicalement.  

Sur étiquette Capitol Records en 2021, il lance DUSK to DAWN, un projet de 12 chansons. Dans cet album, Boslen navigue avec aisance entre la trap, la pop, le punk, le rock et bien sûr le rap. De par ses flows diversifiés, sa voix enrobante, ses paroles percutantes et son univers déjanté, Boslen semble posséder tous les atouts pour connaître du succès dans le monde du rap. Depuis sa sortie, DUSK to DAWN cumule un peu plus de 17 millions d’écoutes en ligne.

Le 29 avril dernier, le rappeur canadien a sorti, en collaboration avec le producteur Y2K, le titre Fallen Star, un morceau étincelant et puissant. Ce printemps, le rappeur de 23 ans lancera son projet Gonzo. Après s’être percé le tympan droit lors de l’enregistrement de sa chanson Levels, Boslen souhaite approcher la création musicale différemment. « Dorénavant, j’entends moins les basses fréquences. De ce fait, je dois me fier encore plus sur ma base mélodique et tourner cela à mon avantage », dit-il.

Vendredi dernier, Boslen a donné le coup d’envoi de sa tournée au Newspeak, à Montréal. Au cours de ce périple, le rappeur se produira dans six villes canadiennes, dont Toronto et Vancouver, pour ensuite s’envoler vers Europe pour quatre spectacles. « J’adore la culture montréalaise et j’ai extrêmement hâte au show », nous a-t-il indiqué avant le spectacle, le sourire aux lèvres. Pour en savoir plus sur son passage à Montréal et son prochain projet Gonzo, Pan M 360 s’est entretenu avec lui.


PAN M 360 : Comment décrivez-vous votre musique?

BOSLEN : Je dirais que j’explore plusieurs genres musicaux. Je veux que mes chansons inspirent mes auditeurs. Par le passé, ma musique parlait beaucoup de vulnérabilité et du désir de s’échapper. Maintenant, avec mon prochain projet Gonzo, je souhaite que mes morceaux soient remplis d’énergie et traversent le « quatrième mur » entre les auditeurs et moi. Je veux mieux comprendre et maîtriser le pouvoir d’influence et d’inspiration que ma musique peut avoir. Dorénavant, la plupart des choix de mots et d’instrumentales que je fais ont pour but d’inspirer et d’être le plus authentique possible. Je souhaite que les gens voient que je suis une vraie personne, que ce n’est pas seulement un masque. Ceci est extrêmement important pour m’assurer qu’après ma mort, j’ai laissé un héritage inspirant pour les gens qui m’écoutent.

PAN M 360 : Quelles sont vos influences musicales?

BOSLEN : Honnêtement, mes influences varient chaque jour. Depuis quelque temps, j’écoute beaucoup de Baby Keem, Naomi Wild et Sebastian Reynoso. Ça peut paraître étrange, mais ce sont souvent les artistes méconnus ou qui commencent à être connus comme moi qui m’inspirent le plus. Je suis extrêmement compétitif, non pas dans le sens que je souhaite à tout prix avoir plus de succès qu’eux, mais plus que je me demande pourquoi je ne suis pas aussi talentueux qu’eux, alors que nous sommes au même stade dans notre carrière. Ça me pousse à travailler fort et à me surpasser.

PAN M 360 : En quoi la création de Gonzo a été différente de celle de votre dernier album, DUSK to DAWN?

BOSLEN : Pour la création de DUSK to DAWN, j’étais accompagné de Justsayin. Il a joué le rôle de producteur exécutif pour tout l’album. Au début de la pandémie, la seule chose que nous avions et pouvions faire était d’enregistrer dans mon studio. On est restés enfermés jour et nuit à l’intérieur du studio. C’est de là que le concept du projet est venu. Tout au long de la création, c’était moi qui donnais tout ce que j’avais avec une seule et unique personne. Nous avions tous les deux la même vision et nous poussions dans la même direction.

Dans le cas de Gonzo, j’étais beaucoup plus indépendant. Lors de mon séjour de deux mois à Los Angeles, j’ai rencontré de nombreux beatmakers à qui je n’avais jamais parlé, puis j’ai travaillé avec eux. À chaque rencontre, j’ai dû expliquer ma vision artistique et ce que je recherchais. Cette fois-ci, c’était moi qui décidais ce que je voulais; j’indiquais aux producteurs musicaux ce qui me manquait. C’était une expérience extrêmement différente. Ça m’a appris à être plus efficace et habile avec mes mots. De plus, j’ai aussi appris à ne pas perdre mon temps lorsque je crée.

PAN M 360 : Comment est né Fallen Star, votre collaboration avec le producteur musical Y2K?

BOSLEN : Il y a quatre mois, j’étais à Los Angeles et je l’ai rencontré pour la première fois. Y2K, c’est un peu comme les magiciens que l’on voit dans les dessins animés, ceux qui mélangent les éléments les plus inusités et qui produisent un résultat parfait. Il est tellement rapide et efficace. Je peux dire un seul mot ou bruit comme « dah » et il est en mesure de transformer le tout en une chanson. C’est un génie musical. Je le respecte énormément et je m’estime chanceux d’avoir travaillé avec lui. Lors de notre deuxième séance d’enregistrement, on a fait trois ou quatre chansons et il m’a joué la mélodie de Fallen Star. Je lui ai demandé de la refaire jouer à plusieurs reprises. La phrase « Found myself just looking for the stars » m’est venue à l’esprit. À partir de ça, nous avons continué à bâtir la chanson et sommes arrivés au résultat final.

PAN M 360 : Dans l’une de vos récentes publications Instagram concernant Fallen Star, vous avez dit que « le monde a besoin d’entendre plus de ce genre de musique ». Que vouliez-vous dire?

BOSLEN : L’autre jour, j’ai eu une bonne conversation avec une personne qui m’inspire énormément et elle me disait la même chose. Elle me raconte que les musiques d’aujourd’hui se ressemblent énormément et que ce n’est pas inspirant pour les auditeurs. Évidemment, c’est très subjectif et je respecte ceux qui aiment écouter ce genre de musique. J’essaie de créer des chansons qui ressemblent à celles de Kid Cudi, Kanye West, The Weeknd et Post Malone. Ce sont tous des artistes qui se soucient des détails et je trouve ça extrêmement important. J’essaye de faire de la musique inspirante et intemporelle.

PAN M 360 : Quelle est l’importance des clips musicaux dans votre processus créatif?

BOSLEN : Pour moi, c’est primordial pour un artiste de donner une représentation visuelle de son art. À plus forte raison parce que nous passons devant nos écrans. C’est nécessaire de fournir un support visuel aux auditeurs, pour leur permettre d’être transportés dans notre monde plus facilement. C’est presque de la triche, tellement c’est efficace pour rapprocher l’artiste et ses fans. De plus, si c’ est exécuté avec brio, les clips vont bien vieillir et inspirer les générations futures.

PAN M 360 : Pourquoi était-il important pour vous d’être en tournée au Canada?

BOSLEN : C’était la chose la plus importante pour moi. Il était dans mes priorités de redonner quelque chose aux Canadiens et de rencontrer mes auditeurs. Faire des spectacles, c’est vraiment différent des réseaux sociaux. C’est plaisant d’avoir un certain nombre de J’aime et de commentaires, mais c’est important pour moi de donner mon art directement aux gens. Je veux leur faire vivre une expérience et démontrer pourquoi je crée de la musique. Avec cette tournée, je veux redonner aux gens et créer des « fans du premier jour ». C’est grâce à ça que je serai capable de remplir des arénas, un jour.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec Montréal?

BOSLEN : C’est une ville superbe. J’adore la culture montréalaise et le style vestimentaire des gens. Ils s’habillent différemment de chez moi, à Vancouver. J’adore et admire ça. La première fois que je suis venu à Montréal, j’ai regardé les panneaux d’arrêts et je ne comprenais pas pourquoi il n’était pas écrit « STOP ». Je trouvais ça drôle. Je ne parle pas couramment le français, tout ce que je suis capable de dire c’est « Bonjour » et « Est-ce que je peux aller à la toilette? »! De plus, la vie nocturne est incroyable à Montréal.

PAN M 360 : Quelle est la collaboration dont vous rêvez?

BOSLEN : Ce serait assurément Kid Cudi, et je sais que ça va arriver. Il a littéralement sauvé ma vie. Quand j’étais adolescent et que je me cherchais, je n’avais personne à qui parler. Sa musique m’a sauvé et m’a permis de traverser plusieurs moments difficiles. Cudi a vraiment créé un lien avec ses auditeurs. Il abordait des sujets qui me touchaient réellement, au lieu de parler d’autos, de femmes et d’argent. Les jeunes ont besoin de ça. Quand j’ai grandi, je n’ai pas toujours eu la présence d’une figure paternelle et la musique de Kid Cudi a été là pour moi, quand j’en ai eu besoin.

Intitulé Planète Bonheur, ce micro-festival propose une exploration de la guitare électrique dans un contexte de musique contemporaine. Lundi 9 mai, 19h30, Édifice Wilder, un premier programme mettra en vedette le guitariste et compositeur belge François Couvreur, le quatuor teotwawki et le compositeur montréalais Kevin O’Neil. Le mardi 10 mai, également à 19h30, un second programme présentera le quartette de guitares Instruments of Happiness sous la gouverne de Tim Brady. On y interpétera notamment trois œuvres de création. 

PAN M 360 : Les Instruments du bonheur seraient donc en train de conquérir une exoplanète ?

TIM BRADY : Nous allons essayer…

Q : Vous célébrez la guitare électrique comme vecteur de musique contemporaine. On observe de plus en plus de musiciens et d’ensembles qui le font. Comment évaluez-vous cet impact dans le milieu de la musique exploratoire ?

TIM BRADY : La guitare électrique est un instrument jeune – elle n’a été officiellement inventée qu’en 1932. Et c’est un instrument typiquement nord-américain, assez différent de la guitare classique européenne, que ce soit au niveau de la technique, du répertoire ou de la culture.  Elle continue donc à se développer – elle a commencé dans le jazz, puis le blues, le rock n’ roll, la country, le rock progressif, puis la musique expérimentale, et maintenant les compositeurs de la tradition de la musique notée découvrent les ressources sonores étonnantes qu’elle peut offrir.  Avec quelques pédales et un bon ampli, c’est un mini-orchestre.

Cette transformation et cette évolution semblent prouver la chose suivante : en art, rien n’est statique. L’orchestre classique européen (que j’adore) est victime de traditions étroites et d’un répertoire très limité.  Il ne peut pas vraiment grandir et s’adapter à l’époque. Ils essaient, mais c’est un peu comme une « cheville carrée dans un trou rond » – l’orchestre s’intéresse surtout au passé, pas à l’avenir…  J’espère que la guitare électrique pourra éviter ce problème d’être « coincée dans le temps », que nous cessons d’essayer de trouver de nouvelles idées artistiques.  Depuis au moins 90 ans, l’instrument et sa musique n’ont cessé d’évoluer, et la musique de chambre pour guitare électrique n’est qu’un domaine de plus à découvrir avec l’instrument.

PAN M 360 : Quel est le contexte de la mise en place de ce micro-festival ?

TIM BRADY : Il s’agit d’un projet quelque peu informel. Oui, il a fallu plusieurs mois pour le mettre sur pied, mais c’est une combinaison de la nécessité de Covid (quelques concerts annulés plus tôt dans l’année) et d’une rencontre fortuite avec deux jeunes guitaristes internationaux – François Couvreur (Belgique) et Felipe Alarcon (Chili) – qui a permis de le réaliser.  C’était un peu spontané et inattendu. Mais pour seulement 2 concerts, en packs dans une gamme étonnante d’idées artistiques et de nouveaux travaux. 

Instruments du Bonheur travaille sur plusieurs autres grands projets – un concert à la Salle Bourgie, un autre événement 100 guitares, un opéra in situ – il y aura donc toujours de la nouvelle musique à écouter pour les amateurs de guitare à Montréal.  Mais nous ne voulons pas nous attacher à un format de festival chaque année.  Montréal a assez de festivals !

Il mettra en vedette le guitariste et compositeur belge François Couvreur, le quatuor teotwawki et le compositeur montréalais Kevin O’Neil. Dans ce premier concert, Couvreur fera un survol de la création européenne pour guitare électrique solo en interprétant des œuvres de Fausto Romitelli, de Michel Fourgon et de Jean-Yves Colman, complétées par une création du compositeur canadien Andrew Noseworthy. 

PAN M 360 : Peut-on en savoir davantage sur cette œuvre et de son compositeur/ interprète ?

TIM BRADY :Andrew Noseworthy est originaire d’une petite ville du Labrador et a fini par étudier la musique contemporaine et la guitare à New York et à Londres (ON). Je le connais depuis 10 ans, depuis l’époque où il était étudiant.  Il est très drôle et décontracté, mais très sérieux lorsqu’il s’agit de créer de la bonne musique avec une guitare électrique. Ces dernières années, il est devenu le guitariste de chambre le plus demandé à Toronto, un artiste qui va avoir un impact.

PAN M 360 : Quel est l’équipement impliqué?

TIM BRADY: Nous pourrions parler de matériel pendant des heures (en fait, nous le faisons parfois !).  Mais notre spectacle fait appel à des configurations très modestes : distorsion overdrive, pédale de volume, harmoniseur, delay, peut-être une pédale d’effet, puis un slide et un e-bow pour élargir la palette sonore.  Dans le morceau d’Amy Brandon, nous utilisons des archets de violon, des râpes à fromage et des bols à dessert ! – mais c’est un peu une exception.

PAN M 360 : Comment avez-vous choisi François Couvreur?

TIM BRADY : Le guitariste et compositeur chilien Felipe Alarcon nous a mis en contact, via ZOOM. François avait des idées intéressantes, il a son propre ensemble à Liège (Ensemble Hopper), et il est TRES porté sur la musique de chambre.  Il voulait présenter un éventail de musique européenne – ce qui est un excellent équilibre car nous ne faisons presque jamais de musique européenne (rien contre, c’est juste que ça ne s’est pas produit). De plus, il joue en solo pour son set – ce qui est un contraste agréable avec les deux quatuors du reste du festival.

Le quatuor teotwawki présentera ensuite la musique pour guitare solo et quatuor de guitares électriques du montréalais Kevin O’Neil.

PAN M 360 : Présentez-nous Kevin O’Neil:

TIM BRADY : Kevin O’neil est un guitariste compositeur émergent qui a travaillé plusieurs fois avec nous dans le cadre du projet 100 guitares.  Il adore la guitare électrique, et veut explorer la musique drone et ambiante.  La guitare électrique est PARFAITE pour cela !  Il a donc travaillé avec son nouveau quartet pour créer son propre son.  Une idée géniale.

PAN M 360 : Mainteannt, quelles sont les signes distinctifs de votre quatuor de guitares électriques? 

TIM BRADY : Nous utilisons l’amplificateur comme partie INHÉRENTE du son, çachange tout. N’importe quel son peut être fort, n’importe quel son peut être doux. Cela nous donne une gamme dynamique et un choix de timbres qui sont vraiment inégalés. Un mini-orchestre. Et notre fil électrique signifie que nous sommes intimement liés à l’électronique.  L’électronique n’est pas quelque chose que nous ajoutons plus tard, c’est ce que nous faisons.

Culturellement, nous sommes issus de la tradition auditive – jazz, blues, rock – qui n’a que peu ou pas de rapport avec la musique de chambre ou la tradition classique.  L’expression personnelle est essentielle – nous ne voulons pas entendre « une guitare électrique en train d’être jouée » – nous voulons l’entendre jouée par Charlie Christian, BB King, Jimi Hendrix, Eric Clapton, John McLaughlin, ou n’importe lequel de ces jeunes musiciens étonnants sur Youtube.

C’est donc une danse étrange et merveilleuse que d’essayer de prendre cet instrument solo nord-américain hautement idiosyncrasique, issu de l’improvisation, et de le faire passer à travers le « filtre » de la musique de chambre écrite.  Cela donne lieu à des résultats tout à fait inattendus et remarquables, que vous pourrez entendre les 9 et 10 mai ! 

PAN M 360 : Qui sont les interprètes?

TIM BRADY: Dans le programme du 10 mai, le quatuor formé de moi-même, Jonathan Barriault, Simon Duchesne et Francis Brunet-Turcotte interprétera des œuvres de François Couvreur et du compositeur chilien Felipe Alarcon ainsi que cinq autres pièces (œuvres commandées) qui exploreront la diversité de styles et de visions de la création musicale contemporaine pour guitares électriques, en visitant l’électroacoustique, le minimalisme, la musique actuelle, l’improvisation, la musique de chambre et la micro tonalité.

PAN M 360 : Cette configuration de votre quartette de guitares électriques a acquis une belle maturité. Que pensez-vous de ce band aujourd’hui ?

TIM BRADY : IoH existe depuis 8 ans maintenant, donc nous savons comment travailler ensemble.  Nous connaissons nos forces et nos faiblesses, et savons comment tirer le meilleur parti de notre temps de répétition. Nous essayons toujours de donner à l’auditeur la performance la plus passionnée et expressive possible – pleine de détails musicaux et de surprises.   De plus, nous racontons des blagues stupides, je me plains à nouveau d’être si vieux par rapport aux trois autres, nous rions, parlons de pédales pendant une minute, puis nous nous remettons au travail.

PAN M 360 : Pouvez-vous en dire davantage sur chacune des œuvres au programme?

TIM BRADY : Parmi ces pièces, il y aura celles des trois compositrices canadiennes Corie Rose Soumah (QC/NYC), Ida Toninato (QC) et Amy Brandon (NS) qui explorent avec leurs créations la beauté et la fragilité du son de l’instrument. Il y aura celles de François Couvreur (Belgique) et Felipe Alarcon (Chili) nous plongeant dans une musique de chambre aux timbres transparents et vibrants. Enfin, nous découvrirons celles de Jose Segura (Québec) et Robert Davidson (Australie) proposant des œuvres très idiomatiques et robustes, pleines d’énergie et de rythme.

PAN M 360 : Qu’impliquent ces œuvres pour les interprètes?

TIM BRADY : Il y a beaucoup de travail pour s’assurer que les idées du compositeur soient vraiment bien conçues et mises en place pour l’instrument.  Nous devons travailler en étroite collaboration avec les compositeurs, car c’est un instrument un peu particulier – cet ampli, toutes ces pédales ! De plus, les écoles de musique passent encore tout leur temps à enseigner aux compositeurs comment écrire pour le violon et la clarinette… il y a donc généralement une courbe d’apprentissage abrupte, et beaucoup de collaboration.  Les quatre guitaristes adoptent une approche très « pratique », au sens propre comme au sens figuré !

Nouvel album pour Instruments of Happiness :  Slow, Quiet Music in Search of Electric Happiness 

L’événement Planète bonheur sera aussi l’occasion de célébrer la parution d’un nouveau CD pour Instruments of Happiness: Slow, Quiet Music in Search of Electric Happiness (Redshift Records).  Ce projet qui regroupe quatre compositeurs canadiens autour du thème de la musique lente et tranquille fût originalement présente en février 2020 à l’Église le Gesù à Montréal. Le CD inclut des œuvres de Louise Campbell, Rose Bolton, Andrew Noseworthy et Andrew Staniland.

PAN M 360 : Rappelez-nous l’événement de février 2020, qui constitue la matière de cet album.

TIM BRADY : Le CD est la musique de notre dernier grand concert pré-Covid – 15 février 20120.  C’était un événement en son “surround” à l’Église du Gesù.  Le public était entouré par les 4 guitares, et nous avons joué une musique lente et calme conçue pour le temps de réverbération de 7 secondes de l’église. C’était assez magique.

PAN M 360 : Parlez-nous de chaque œuvre au programme et de leurs créateurs.trices.

TIM BRADY : Chaque compositeur a un parcours différent dans la musique : Louise Campbell est clarinettiste et enseignante de la musique, Rose Bolton joue de la musique de violon irlandaise et fait de l’électronique et des musiques de film.  Andrew Noseworthy est un guitariste émergent de Labrador/Toronto et Andrew Stanliand est un ancien guitariste de jazz devenu professeur de composition. Chaque morceau de l’album a une « vibe » différente mais ils nous aident tous à constituer ce  projet de « musique lente et calme à la recherche du bonheur électrique ».

PAN M 360 : Comment voyez-vous les qualités studio de ces œuvres?

TIM BRADY : Je travaille avec le même ingénieur du son depuis 33 ans – nous avons essayé tous les micros dans toutes les positions. Nous avons maintenant une bonne idée de la façon d’obtenir un son riche, détaillé et expressif de la guitare électrique solo et du quartette. J’ai toujours été intéressé par le son enregistré – il semble être une extension très naturelle de la guitare électrique.  Si l’on prend la peine d’enregistrer un son, autant le faire bien.

PAN M 360 : Dans ce contexte, donc, les Instruments du bonheur cherchent la quiétude et une certaine lenteur… Et quoi de plus?


TIM BRADY: De quoi d’autre avez-vous besoin ?

POUR ASSISTER AU 1ER PROGRAMME DE PLANÈTE BONHEUR (LUNDI), C’EST ICI

POUR ASSISTER AU SECOND PROGRAMME DE PLANÈTE BONHEUR (MARDI), C’EST ICI

Onze ans après la parution d’un premier album, l’autrice-compositrice-interprète Sarah MK ressurgit et lance Wax & Gold.

Sarah MK a d’ailleurs inauguré son nouveau répertoire devant la communauté soul / R&B de Montréal, au Ministère le 27 avril dernier. Dans la foule, la chanteuse a reconnu des visages familiers, dont de nombreuses et nombreux fans de ses performances au Jello Bar et au Bar Le Piano Rouge au cours des années précédentes. « Ce spectacle m’a replongée dans le passé. C’était un retour aux sources pour moi », soulève-t-elle d’entrée.

Coréalisé par MK et le multi-instrumentiste et compositeur Christopher Cargnello, Wax & Gold se veut un mélange de sonorités R&B et soul des années 70 et 90. « Cargnello est une personne musicalement intéressante et sensible. J’ai adoré réaliser avec lui », dit-elle. Lors de la création de son projet, Sarah MK s’est inspirée d’artistes tels D’Angelo, Erykah Badu et Donny Hathaway. D’ailleurs, le premier titre du projet, Late Nights Early Mornings « est un hommage à la musique de D’Angelo », indique MK. Écrit en grande partie en 2018, l’album comprend dix chansons dont Pancakes For Suppers, un titre teinté d’humour et Find the words, un merveilleux duo avec Clerel, révélation soul de Montréal.

Depuis la parution de son premier album Worth it, Sarah MK a œuvré comme choriste pour plusieurs artistes de la scène du rap keb dont Dead Obies, la Brown Family, KNLO et Dubmatique. Titulaire d’un baccalauréat en chant jazz à l’Université de Montréal, la chanteuse est aussi professeure de musique à l’élémentaire, au sein de groupes d’adaptation scolaire.

Pan M 360 a discuté avec elle de Wax & Gold.

PAN M 360 : Comment avez-vous eu l’idée de créer Wax & Gold?

Sarah MK : En 2018, j’ai amorcé la conception de l’album dans ma chambre. J’ai commencé à mettre des idées sur papier et créer des bases musicales sur Logic. Cette année-là, je chantais une fois par mois accompagnée de mon groupe, au bar Upstairs. J’avais écrit plusieurs nouvelles chansons, mais j’ai finalement décidé de laisser tomber tout ce que j’avais commencé. C’est après ça que j’ai commencé l’écriture des chansons pour l’album. À partir de ce moment, mon groupe et moi nous sommes mis à répéter de nouvelles chansons. Ensuite, nous sommes allés en studio. Notre idée première, c’était d’avoir une base musicale enregistrée en studio. Ainsi, nos pistes de guitare, de batterie et de basse ont été enregistrées en studio dans la même salle en seulement une ou deux tentatives. En postproduction, on a décidé de ne pas mélanger les prises et de ne pas trop faire de montage pour rendre le tout parfait. On voulait que ça demeure le plus organique possible. C’est certain qu’on a ajouté à l’ordinateur quelques sons, mais on a essayé de se limiter le plus possible. En raison de la pandémie, le processus a été vraiment plus long que prévu.

PAN M 360 : Que représente le concept de Wax & Gold?

Sarah MK : Le concept représente le processus de création en art. Quand l’art est en cours de création, une sorte de dark wax se construit autour pour arriver au produit final. C’est un concept qui relève de la philosophie éthiopienne, et mon père est éthiopien. Malheureusement, je n’ai pas vraiment pu explorer cette culture lorsque j’étais jeune, car mon père est décédé lorsque j’étais toute petite. Au cours des dernières années, j’ai été en mesure de renouer avec ma famille éthiopienne et je me suis reconnue en eux et leur façon de penser.

Aussi, Wax & Gold ça signifie qu’il y a toujours deux côtés à une histoire. En général, c’est de cette manière que les Éthiopiens voient la vie et absorbent chaque histoire. Je me suis inspirée de ça pour créer l’album. Parfois, la thématique et mes paroles sont plus tristes, mais la musique est plus joyeuse. Dans la musique éthiopienne, il a souvent des sous-entendus dans les textes. Je me suis également inspirée de ça dans mes chansons. Pancakes For Suppers en est un bon exemple de chansons dans laquelle il y a deux interprétations possibles.C’est comme ça que je me suis appropriée ce concept.

PAN M 360 : Avec Christopher Cargnello, vous avez coréalisé votre projet. Que cette position vous a permis artistiquement?

Sarah MK : Cette position permet d’acquérir une indépendance musicale. Ça me permet de prendre des décisions artistiques. Par exemple, je peux choisir les accords que je veux. Avant, je travaillais plus souvent avec des beatmakers. De ce fait, on me présentait une production musicale et j’en écrivais les paroles. C’est une dynamique que j’aime, mais c’est clair que c’est plus limité artistiquement que de construire une chanson de toute pièce. Le fait d’avoir coréalisé cet album, c’était aussi une super répète pour mes spectacles. Lors de mon lancement d’album mercredi, j’étais beaucoup plus à l’aise lorsque j’interprétais mes chansons, car j’ai été impliquée dans la création du début à la fin.

À l’avenir, j’aimerais continuer à coréaliser mes projets. Cependant, j’aime beaucoup travailler avec des beatmakers, j’ai même un projet réalisé de cette manière qui va sortir bientôt. C’est vraiment différent d’être impliquée au niveau de la réalisation de ses propres projets. Peut-être qu’un jour je m’attaquerai à la pleine production d’un projet, mais je souhaite demeurer en coréalisation pour le moment.

PAN M 360 : Comment la collaboration Find the words avec Clerel est-elle née?

Sarah MK : Par le passé, Clerel s’est présenté à quelques reprises lors de mes spectacles de reprises dans un bar. Il s’assoyait en arrière et il m’écoutait. À ce moment-là, je ne le connaissais pas. Un jour, un de mes amis a mis en ligne une vidéo de lui au piano et une personne au chant. L’homme interprétait What’s Going On de Marvin Gaye. J’ai demandé le nom du chanteur et il m’a dit qu’il se nommait Clerel. Je n’avais jamais entendu quelqu’un chanter comme lui à Montréal. À partir de ce moment, j’ai commencé à faire des liens et me rendre compte que Clerel était celui qui venait lors de mes spectacles. J’ai communiqué avec lui et je suis tout de suite devenu fan de sa voix, son interprétation et la manière dont il phrase ses chansons. Il est un artiste incroyable. Lors de l’écriture de Find the words avec Christopher Cargnello et Judith Little, Cargnello a lancé l’idée d’y ajouter Clerel. Je l’ai contacté et la chanson est née.

PAN M 360 : Quels éléments de votre baccalauréat en chant jazz à l’Université de Montréal vous ont aidé lors de la création de votre dernier album?

Sarah MK : Je pense que mes cours de théorie de jazz m’ont beaucoup aidé pour ce projet. J’ai beaucoup aimé le cours donné par le professeur Luc Beaugrand. Ses cours m’ont permis de m’entraîner à faire des progressions d’accords adéquates. Ils m’ont aussi appris à aborder une mélodie. Ce bagage théorique m’a permis de pouvoir m’asseoir au piano et être en mesure de créer des compositions intéressantes. Aussi, la professeure de chant d’Hélène Martel m’a laissée être moi-même, car j’étais toujours la fille plus R&B du programme. Au niveau de l’interprétation, j’approche donc mes chansons comme des chansons jazz. Lors des spectacles, je songe les phrases et je ne reste pas toujours dans les mêmes rythmiques que l’on retrouve sur l’album. Les connaissances que j’ai acquises au cours de ces années d’études ont permis à mon album d’être organique et que chacune des chansons respirent, comme le jazz.

PAN M 360 : À la toute fin, la chanson Ready vient clore le projet. Pour quelles aventures êtes-vous prêtes?

Sarah MK : Je suis prête pour la suite, autant dans ma vie professionnelle que personnelle. Tout au long de l’album, je me pose des questions concernant mes relations interpersonnelles. Dans Hey Richard, je me demande si j’ai été une bonne amie tandis que sur Goodbye, je me suis sentie trahie par quelqu’un. Maintenant, j’accepte et j’assume le bon et le mauvais, le Wax & Gold de toutes les situations. Je suis prête à tout prendre. Vous allez entendre parler de moi davantage comme artiste solo!

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