Présentée en 2006 par le Festival du monde arabe de Montréal dans une première mouture, la création Les Possédés en version 2022, a pour objet de « libérer les pulsions dionysiaques de la transe » par la musique électronique et différentes pratiques musicales, traditionnelles, sacrées ou classiques, du Levant et de l’Afrique du Nord.

La grande chanteuse de jazz oriental Lena Chamamyan (Arménie, Syrie), l’excellent chanteur féru de tarab Ahmad Azrak (Syrie), le chanteur et musicien gnawa Fourat Koyo (Maroc, Québec) iront à la rencontre de leurs collègues et directeurs artistiques, soit l’oudiste et multi-instrumentiste Mohamed Masmoudi (Tunisie, Québec) et le producteur et compositeur électronique Hello Psychaleppo (Syrie, Turquie). 

Voilà un puissant bouillon de culture en perspective, dont l’issue sera connue ce samedi au Théâtre Maisonneuve. Pour ce, Samer Saem Eldahr alias Hello Psychaleppo nous entretenait il y a quelques jours des enjeux créatifs de cette rencontre inédite.

PAN M 360 : Où sommes-nous en train de vous joindre ?

SAMER SAEM ELDAHR :
Je suis actuellement en Turquie. Lorsque nous nous sommes parlés en 2016, soit lors de mon premier passage au FMA, je vivais dans le Minnesota avec ma femme. Or, il y a deux ans, j’ai déménagé en Turquie; comme mes parents sont âgés, je voulais être près d’eux. À cause de la guerre, j’avais quitté la Syrie en 2012 pour le Liban jusqu’en 2015, puis j’ai déménagé aux États-Unis. Depuis 2019-2020, notre famille est à nouveau réunie, cette fois en Turquie- je vis actuellement à Mersin, pas très loin de la frontière syrienne. J’ai beaucoup d’amis ici! La nourriture est très similaire à celle de la Syrie et je peux parler ma langue (arabe),  tout le monde peut me comprendre dans cette région. Je m’y sens presque comme chez moi.

PAN M 360 : Que pensez-vous de la vie en Turquie aujourd’hui ?

SAMER SAEM ELDAHR :
Vous savez, je me trouve toujours dans mon studio, donc je ne me mêle pas vraiment des questions politiques de la région. Cela me convient pour l’instant mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas d’opinion sur ce qui s’y passe. Bien sûr je n’arrête pas non plus de m’interroger sur qui je suis en 2022, sur mon identité.

PAN M 360 : Paradoxe intéressant : lorsqu’on assume totalement son identité, c’est le point de départ pour la perdre en partie et devenir citoyen du monde à travers son travail créatif.  Alors qu’avez-vous créé au cours des dernières années ?

SAMER SAEM ELDAHR :
Toyour, mon dernier album complet, date de 2017. Et puis en 2020,  j’ai sorti le micro-album Jismal. Rien depuis mais,  je compte vraiment revenir en force en 2023. Je collabore déjà  avec différents artistes de Jordanie, d’Égypte, de Palestine et plus encore. J’explore aussi le DJing et j’ai beaucoup de bon matériel à partager – musiques originales, mashups, etc. Je souhaite que ce style de vie puisse continuer de cette façon. 

PAN M 360 : Vous coréalisez donc Les Possédés, spectacle multigenres conçu autour de la thématique de la transe, considéré par la direction artistique du FMA comme son principal projet musical cette année.

SAMER SAEM ELDAHR
: Ce fut une surprise pour moi lorsque le FMA m’a contacté pour cette création incluant la grande Lena Chamamyan, dont le jazz oriental est renommé internationalement. Il y a aussi Ahmad Azrak, magnifique chanteur de Tarab, dont l’objet est la quête de l’extase. La transe, en quelque sorte. Il y a aussi Mohamed Masmoudi, proche du jazz et également enraciné dans la tradition nord-africaine et moyen-orientale. Puis il y a Fourat Koyo, énergique chanteur et instrumentiste gnawa aussi enclin aux musiques de transe. Et il y a moi-même, un musicien/producteur purement électronique, et enfin il y a moi-même, sans compter les instrumentistes accompagnateurs.

PAN M 360 : Le fait même que vous soyez un artiste de la musique électronique et que vous dirigiez ce projet est en soi remarquable! Cela signifie que la musique électronique se trouve désormais partout sur Terre, le Maghreb et le Levant n’y faisant pas exception.

SAMER SAEM ELDAHR :
Exactement. Et c’est ce qui a été au cœur de ma recherche, au cœur de ma musique et de ses liens avec les musiques traditionnelles ou classiques. Comment puis-je l’utiliser avec nos outils modernes ? Il faut rappeler que cette quête de modernité existait en Orient bien avant l’arrivée de la musique électronique. Depuis les années 6o, les artistes légendaires de ma culture ont utilisé des instruments amplifiés,  guitares électriques, synthétiseurs, etc. Ils étaient vraiment à la page! Et… je  ne sais pas ce qui s’est passé à un moment donné. 

PAN M 360 : Plusieurs excellents artistes sont ainsi réunis dans Les Possédés. Peut-on savoir ce qui va se passer ? Comment en assurer la cohérence en tant que co-directeur musical, l’autre étant Mohamed  Masmoudi ?

SAMER SAEM ELDAHR : Au-delà de ma connaissance des nouvelles technologies, ma tâche est de rassembler ces mondes musicaux et de célébrer l’esthétique de la musique arabe, ses phrases mélodiques, ses rythmes, ses sonorités et puis d’y maintenir également l’esthétique de la musique électronique. Tout ça se fonde sur les racines et se construit avec les moyens actuels. C’est très excitant pour moi parce que je n’avais jamais travaillé auparavant avec des chanteurs d’un tel niveau. Toutefois, j’ai auparavant chanté avec de grands rappeurs, j’ai également fait beaucoup d’échantillonnage de musique instrumentale ou de chansons traditionnelles arabes, mais je n’avais pas vraiment travaillé d’une tlle manière avec des artistes de la voix. Jusqu’à présent, c’est absolument merveilleux! 

PAN M 360 : Comment cela s’est-il passé entre les artistes jusqu’à maintenant ?

SAMER SAEM ELDAHR : J’ai envoyé les trames des morceaux et les progressions d’accords aux artistes, puis on se retrouve cette semaine à Montréal pour jammer le tout en collectif. Avec tous les chanteurs, il y aura un joueur de banjo, un joueur de guitare slide, un pianiste, un violoncelliste, un bassiste, un percussionniste. Ensemble, nous avons quelques compositions inédites en chantier. La base de ces compositions est électronique, mais les parties traditionnelles y sont aussi fondamentales. Donc, vous avez les deux approches différentes avec d’excellents interprètes. 
PAN M 360 : Sur le plan théorique, tout ça est séduisant mais… comment cela se passe-t-il quand il s’agit de mélanger la musique gnawa et le tarab, par exemple ? Comment superposeriez-vous ces styles, cultures et générations ?

SAMER SAEM ELDAHR : La partie la plus difficile consiste en la sélection des chansons et la façon de présenter chaque artiste dans un tout cohérent. Nous pouvons donc commencer par une grande introduction et construire ensuite avec les différents solistes. Certains auront des séquences spéciales en petits groupes ou en duos, tout le monde peut se trouver ensuite sur scène. Nous avons également mélangé certaines chansons et, parfois, nous changeons de rôle dans leur exécution – en chantant le refrain de la chanson de quelqu’un d’autre, par exemple. Ce sera vraiment un melting-pot d’idées, d’expériences et d’arrangements, le tout précisé pendant les répétitions.

PAN M 360 : Vous répétez donc à Montréal pendant quelques jours avant le spectacle ?

SAMER SAEM ELDAHR : Oui, nous répétons toute la semaine.

PAN M 360 : Devriez-vous enregistrer ce projet très spécial ?

SAMER SAEM ELDAHR :
Je le souhaite parce que nous avons construit une très belle relation entre les artistes. Donc je pense que cette belle collaboration peut se poursuivre sous différentes formes. Vous savez, je sens qu’il y a beaucoup de potentiel dans ce concept, tout ce monde réuni est tellement heureux de ce qui se passe. Sincèrement, je sens que nous allons tous au bon endroit même si nous ne savons pas exactement ce qui va se produire sur  scène. Je suis confiant ! Ça ne peut pas mal se passer parce que nous sommes tous bons dans ce que nous faisons. Beaucoup de plaisir en perspective!

DANS LE CADRE DU FMA, LE SPECTACLE LES POSSÉDÉS, NOUVELLE MOUTURE, EST PRÉSENTÉ SAMEDI, 20H, AU THÉÂTRE MAISONNEUVE. POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI

L’excentrique Alice Bro n’en est qu’à deux chansons de publiées, mais ça ne l’empêche pas d’être invitée à jouer au Coup de cœur francophone. Elle prévoit faire vivre une grande expérience aux personnes qui iront la voir en spectacle le 12 novembre prochain. Lorsque les douze coups de minuit sonneront, ce sera sa fête! Elle prépare une soirée digne de son nom, remplie de célébrations. PAN M 360 s’est entretenu avec elle, afin d’en savoir plus sur sa jeune carrière musicale.

PAN M 360 : Peux-tu te présenter brièvement?

ALICE BRO : Bonjour! Je m’appelle Alice. Je fais du blues grivois depuis ma tendre jeunesse. Je dirais que je suis une musicienne malgré moi. Je flirte entre l’humour et la musique, sans cesse.

PAN M 360 : Tu m’as dit que tu fais de la musique depuis que tu es jeune. À quoi ressemble ton parcours?

ALICE BRO : La première fois que j’ai touché à une guitare, c’était vers huit ou neuf ans. C’est devenu vite un genre d’obsession, une passion. J’appelais mes cousins pour qu’ils me disent comment jouer certaines tounes. Après ça, c’était un peu mon moyen de vivre mes émotions en tant qu’ado subissant une crise existentielle.

PAN M 360 : As-tu des inspirations musicales? Tantôt tu parlais d’humour; en as-tu en musique aussi?

ALICE BRO : Oui c’est sûr, j’ai plein d’influences musicales. Pendant longtemps j’ai écouté Mononc’ Serge. Parfois, il allait beaucoup dans la vulgarité, mais il y avait un côté humoristique vraiment présent dans sa musique. Ensuite, il y a de grands auteurs-compositeurs folk québécois qui m’ont passionnée, comme Richard Desjardins. Côté humour, j’ai toujours eu le cœur grand ouvert pour les Denis Drolet et leurs absurdités!

PAN M 360 : Selon mes recherches, j’ai l’impression que ta présence est plus en spectacle que sur les plateformes d’écoute en continu. Ai-je raison? Prévois-tu publier ta musique sur ces sites?

ALICE BRO : J’ai fait beaucoup de spectacles et je me suis rendu compte à quel point c’est épuisant. C’est vraiment valorisant de m’impliquer sur les plateformes, parce que c’est là que les gens vont voir ce que tu fais. Ma prochaine étape, c’est Spotify et iTune. Les deux chansons les plus solides que j’ai, soit La pisse de chien et Loner, s’en viennent bientôt sur les plateformes, ça c’est sûr.

PAN M 360 : As-tu une date de sortie en tête?

ALICE BRO : Je pense que ça va être un p’tit cadeau de Noël, en plein creux de l’hiver, quand tout le monde n’en peut plus de la neige!

PAN M 360 : As-tu un EP ou un album qui est en cours de confection?

ALICE BRO : En ce moment, je vais utiliser les vidéoclips que j’ai, donc les deux premiers trucs qui vont sortir seront ceux-là. J’aimerais m’affilier, j’ai un contact dans mon entourage qui aimerait vraiment m’aider à faire mon premier EP. Évidemment, je regarde un peu les subventions pour m’aider là-dedans. Mais il y aura assurément un EP au cours de la prochaine année.

PAN M 360 : À quoi devrions-nous nous attendre pour ta prestation au Coup de cœur francophone, le 12 novembre?

ALICE BRO : Je te dirais trois mots : le chaos festif. J’aimerais que ce soit très festif, mais aussi très vrai. On entame novembre avec la dépression saisonnière, je pense qu’on a tous besoin de fêter un peu, de nous aider à faire passer la déprime.

PAN M 360 : Merci beaucoup Alice!

Photo : emaa Viie (photo_gueva).

ALICE BRO SE PRODUIRA AU QUAI DES BRUMES AVEC MYCÉLIUM, LE SAMEDI 12 NOVEMBRE À 21 H. INFO ET BILLETS ICI!

Selon Wikipédia, le « nüshu (…) était un système d’écriture exclusivement utilisé par les femmes du district de Jiangyong, dans la province du Hunan en Chine ». Ici au Québec, Nüshu est un quatuor qu’on pourrait qualifier librement de math-punk (on en discute ci-dessous!), formé de Lydia Champagne à la batterie et au piano, de Jessica Pion à la basse et au chant, de Jerry Lee Boucher à la guitare et à la machinerie, ainsi que de Jean-Philippe Fréchette – alias Navet Confit, artisan clé du rock indé québécois – à la guitare. Après un microalbum homonyme (2014) et un autre intitulé Topless communiste (2016), Nüshu a fait paraître en 2019 Sexe étranger, son premier album en bonne et due. Les musicophiles qui ne craignent pas de se faire décrasser la trompe d’Eustache peuvent se réjouir, car ils auront droit à de la nouvelle musique de Nüshu en 2023. Pan M 360 a pu discuter de tout ça avec le très occupé et aimable Jean-Philippe Fréchette.



Pan M 360 : Nüshu existe depuis 2014 ou dans les alentours. Tu n’en as pas toujours été membre. Selon mes sources, ton arrivée date de 2019, n’est-ce pas?

Jean-Philippe Fréchette : L’album Sexe étranger date de 2019, mais ça fait environ cinq ans que je suis dans le groupe. Il y avait eu des changements de personnel, la chanteuse (NDLR : Nathalie Gélinas) et le batteur (NDLR : Charles Roy) sont allés vers d’autres projets. Jessica Pion et Jerry sont restés. Les nouveaux, c’est-à-dire Lydia et moi, nous connaissions déjà; ça fait presque vingt ans qu’on joue ensemble dans Navet Confit. Nous avions envie de faire partie d’un groupe de création, puisque notre collaboration était plutôt axée sur l’accompagnement. Donc, tout ça a convergé vers Nüshu, qui comble notre besoin de créer ensemble.

Pan M 360 : Toujours selon mes sources (votre page Facebook!), vous allez nous jouer du nouveau stock, le 10 au soir.

Jean-Philippe Fréchette : Oui, nous sommes presque prêts à enregistrer un nouvel album, on a un studio de réservé en janvier. Environ la moitié du répertoire du concert de jeudi sera du nouveau stock. Sinon, on pigera un peu dans Sexe étranger et dans le corpus précédant mon arrivée dans Nüshu.

Pan M 360 : Un nouvel album au programme, donc! Vous avez mis en musique le poème Filles-commandos bandées de Josée Yvon, sur l’album Sexe étranger. Peut-on s’attendre à d’autres pièces semblables sur le prochain album?

Jean-Philippe Fréchette : Rien de semblable n’est prévu. Par contre, on tente d’obtenir une participation très bizarre dont je ne peux pas trop parler!

Pan M 360 : On devra patienter! Au point de vue de la catégorisation, trouves-tu que l’étiquette « math-punk » ou « prog-punk » pourrait correspondre à ce que fait Nüshu? La fougue, le « je-m’en-crissisme » dans ta yeule, conjugués à plein de changements de tempo et à des progressions d’accords math-prog.

Jean-Philippe Fréchette : Il y a des pièces beaucoup plus simples, mais des pièces assez complexes aussi. L’appellation « math », pour notre musique, ferait sans doute fâcher les fans de Dream Theater, bien qu’on trouve des mesures avec changements de rythme bizarres. On aime se mettre des embûches pour rester réveillés, on peut se dire « À chaque deux ou trois mesures, on coupe un demi-temps ». Par conséquent, chaque musicien est occupé dans sa tête et ne peut taper du pied, parce que c’est très irrégulier. Ainsi, on ne tombe pas sur le pilote automatique. Bien que, après un certain temps, on finit par assimiler tout ça. C’est une volonté de nous surprendre nous-mêmes!

Pan M 360 : On entend même de la guitare frippienne (période Discipline) dans Où est le temps.

Jean-Philippe Fréchette : Je ne connais pas tellement le prog, en fait je n’en écoute presque pas. Peut-être que Jerry écoute du prog en cachette! Les membres du groupe écoutent de la musique très différente. Certains tripent sur la musique très noise, sans rythmes ou tonalités. Pour moi, c’est comme un lavage d’oreilles, parce que je fais beaucoup de mixes qui doivent être rythmés et bien sonner. Donc, quand j’arrive chez moi, je n’ai pas le goût d’écouter de musique comme celle-là.

Écouter des albums abstraits, plus texturés que musicaux, c’est une façon de me réinitialiser le cerveau. À titre d’exemple, on s’est fait une soirée récemment où il y avait autant du Belle and Sebastian que de métal. C’est très normal pour nous que tout ça cohabite, dans les mêmes oreilles et les mêmes cerveaux. Récemment, je faisais un album de folk super-doux avec Larche, puis en même temps je recevais des bandes maîtresses de Saint-Martyr, auparavant les Martyrs de marde (NDLR : formation punk-free-jazz). Je travaille avec Crabe, en studio, et je fais des trucs ambient pour le théâtre. C’est ce qui me sauve, c’est ce qui fait que j’aime toujours faire ce métier. C’est toujours différent, très varié et ça me fait vraiment du bien.

Pan M 360 : Ça s’entend dans votre musique. Je reviens brièvement à l’album Discipline de King Crimson. C’était la deuxième incarnation du groupe; Robert Fripp était évidemment toujours là, mais Adrian Belew s’était ajouté. Comme il avait collaboré avec les Talking Heads, entre autres, le son de King Crimson est devenu plus funky et new-wave.

Jean-Philippe Fréchette : Il y aura de ça sur le prochain album, des rythmiques pas nécessairement disco, mais très sautillantes et dansantes, à la Talking Heads. Sur de la musique très froide et neutre, en même temps.

Pan M 360 : Si Nüshu pouvait collaborer avec Thurston Moore ou Stephen Malkmus, quel serait son choix?

Jean-Philippe Fréchette : Je crois que Nüshu irait davantage avec Thurston Moore ou Kim Gordon. Personnellement, j’irais vers Stephen Malkmus parce que c’est l’un de mes auteurs-compositeurs préférés à vie. Quand j’ai découvert Pavement, tellement d’affaires se sont ouvertes dans mon cerveau, musicalement. Cela a défini ce que j’aime de la musique. Et c’est encore le cas avec ses albums solos aujourd’hui. Cela dit, j’ai une collection « plus plus » d’albums de Sonic Youth et tous les projets solos de ses membres.

Pan M 360 : Merci beaucoup de ton temps, Jean-Philippe, je ne te retiens pas plus longtemps. J’imagine que vous êtes en répétition.

Jean-Philippe Fréchette : Toutes sortes d’affaires en même temps!

Pan M 360 : Bon concert à Coup de cœur francophone et bonne continuation dans tes nombreux projets!

Photo : archives personnelles de Nüshu.

NÜSHU SERA AU QUAI DES BRUNES AVEC EMBO/PHLÉBITE LE JEUDI 10 NOVEMBRE, POUR COUP DE CŒUR FRANCOPHONE. BILLETS ET INFO ICI.

Lancée sous étiquette Atma Classique, l’intégrale québécoise des Mélodies de Jules Massenet (1842-1912) pour voix et piano s’avère sans conteste une contribution inédite à l’univers discographique. Ces 333 mélodies sont ainsi réunies pour la toute première fois dans un même coffret de treize albums. 

Permettons-nous d’insister, il s’agit ici d’un précédent dans l’histoire de l’enregistrement, qui fera écho partout sur la planète classique.

La pandémie a été le moment propice pour réaliser la partie congrue de cette vaste opération amorcée au printemps 2017, sous l’impulsion de Jacques Hétu, spécialiste de la mélodie française, et du baryton Marc Boucher, directeur artistique et fondateur du festival Classica.

Les 333 mélodies de Massenet pour voix et piano ont été réunies au terme de nombreuses et rigoureuses recherches. Leur production a été financée par les mécènes Jacques Marchand, Marie-Christine Tremblay et Marie-Paule Laurans. Les cachets d’artistes ont été payés par Guillaume Lombart et l’étiquette Atma Classique, dont il a fait l’acquisition en 2020. En tout, on a ici affaire à un montage financier de 350 000 $, rien de moins!

Par ordre alphabétique, y chantent ou y jouent Anna-Sophie Neher , Antoine Bareil, Antoine Bélanger, Antonio Figueroa, David Jacques, Emmanuel Hasler, Éric Laporte, Florence Bourget, Frédéric Antoun, Hugo Laporte, Jean Marchand, Jean-François Lapointe, Joé Lampron-Dandonneau, Julie Boulianne, Karina Gauvin, Magali Simard-Galdès, Marc Boucher, Marie-Ève Pelletier, Marie-Nicole Lemieux, Michèle Losier, Olivier Godin, Sophie Naubert, Stéphane Tétreault et Valérie Milot.

Ce projet titanesque est ici raconté, non sans fierté, par Marc Boucher, qui en a assuré la direction artistique. 


PAN M 360 : Comment situer ce projet dans l’histoire de l’enregistrement?

MARC BOUCHER : C’est à mon sens le plus important projet en mélodie française dans le monde entier. On ne parle pas ici de lieder allemands, car Schubert en avait écrit environ 600. En mélodie française, Massenet est celui qui en a écrit le plus. 

PAN M 360 : Pourquoi personne ne s’était encore attaqué au corpus des mélodies de Massenet pour piano et voix?

MARC BOUCHER : Pour la somme de travail que ça représente en termes d’années. Nos recherches ne sont même pas terminées! Ce qui en fait le plus grand projet lyrique d’enregistrement au Canada : les treize albums totalisent quinze heures de musique, ce qui équivaut à une tétralogie de Wagner. Jusqu’à nouvel ordre, je ne connais pas de tétralogie canadienne!

PAN M 360 : Dans quelles circonstances ce projet a-t-il été initié?

MARC BOUCHER : Au printemps 2017, je rencontre le critique Jacques Hétu (ne pas confondre avec feu le compositeur), spécialiste du répertoire lyrique français et notre plus grand connaisseur du répertoire de Massenet, avec qui j’échange deux ou trois fois par an, afin de passer à travers les dernières productions du répertoire lyrique. À ce moment-là, on vient de sortir l’intégrale de Fauré, on pense au prochain projet. Jacques me dit alors « Pourquoi ne pas faire Massenet ? ». Cela représente alors 280 mélodies connues. Moi, Massenet, ça ne me dit rien, mais j’accepte de regarder de plus près. 

PAN M 360 : Comment avez-vous orchestré la recherche?

MARC BOUCHER : J’avais des recueils de mélodies chez moi, nous sommes allés voir dans International Music Score Library Project (IMSLP) et dans la Bibliothèque nationale de France (BnF) . Or, durant la même période est sorti le Catalogue général des œuvres/Massenet, par Mary Dibbern et Hervé Oléon. On regarde ça et on constate l’existence de 280 mélodies. On se dit que ça a l’air intéressant. On fouille et on part là-dedans. 

PAN M 360 : Partir là-dedans signifie également partir à la recherche de financement!

MARC BOUCHER : Effectivement, on se demande alors comment financer un tel projet. Je me retrouve ensuite aux Îles de la Madeleine et un mécène important de la musique classique, Jacques Marchand, qui siège aussi au conseil d’administration du festival Classica. Il vient alors manger à la maison avec son épouse, Marie-Christine Tremblay, et puis je lui parle de ce projet qui exige pas mal d’argent et, notamment, l’achat d’un piano Érard de l’époque de Massenet, soit la période romantique française. Un piano avec les cordes droites parallèles et non croisées, accordé au diapason de l’époque, soit 435 Hz, la norme française du milieu du 19e siècle jusqu’aux années 20. C’est un prérequis de ce projet, et ce piano pourrait aussi servir régulièrement au festival Classica. Bref, grâce à nos mécènes, nous pourrons acquérir un piano Érard, modèle 1854, acheté et restauré chez Nebout & Hamm à Paris.

PAN M 360 : Pour que l’intégrale ici mise en lumière regroupe 333 mélodies, les recherches ont dû être poursuivies!

MARC BOUCHER : Des milliers d’heures de recherches seront nécessaires à la bonne marche de ce projet. Non seulement à la BnF et l’IMSLP; nous sommes allés jusque dans les bibliothèques américaines, dans les fonds privés, chez Sotheby’s ou même chez le chef d’orchestre Richard Bonynge, bref partout où on s’intéresse à Massenet. Ainsi, on réalise que 31 mélodies n’avaient jamais été enregistrées, parmi lesquelles treize dont on ne connaissait pas l’existence! Nous passerons trois ans à faire ces recherches, vraiment un parcours archéologique. Nous serons éberlués de voir le nombre de partitions de Massenet en circulation dans les répertoires publics et les collections privées. D’ailleurs, au-delà des 333 partitions, nous en avons identifié d’autres dans des collections privées ou des successions qui demeurent inaccessibles pour l’instant.

PAN M 360 : Il fallait ensuite concrétiser ces recherches, puis en planifier l’interprétation, l’enregistrement et la production.

MARC BOUCHER : La maison de disques Atma classique, alors la propriété de Johanne Goyette, est approchée. Après trois ans de recherches, on arrive au moment où il faut commencer à sélectionner les chanteurs.euses et les pianistes. Je travaille avec le pianiste Olivier Godin depuis 2005, nous sommes vraiment des partenaires, nous avons fait ensemble les intégrales de Poulenc et de Fauré, les mélodies de Théodore Dubois, etc. Dans ma tête, je me dis que je dois le convaincre d’être le seul pianiste qui jouera les 333 mélodies. Au début, je lui dis qu’ils seraient plusieurs, puis je finis par lui dire qu’il serait seul et, conséquemment, le seul grand spécialiste dans le monde à connaître tout le corpus de Massenet. Finalement ça se passe, nous devons alors recruter les chanteuses et chanteurs, pendant que je dois étudier toutes les partitions et évaluer si les textes sont pour les hommes ou les femmes, ainsi que leur tessiture. Il me faudra faire la direction artistique auprès des interprètes : diction, prononciation, accent d’époque, etc.

PAN M 360 : La mise en chantier de ces enregistrements coïncide avec les années de pandémie. Avantage paradoxal?

MARC BOUCHER : La plupart des stars du projet me font confiance, après quoi c’est le casse-tête de les avoir en studio. Un agenda de 80 jours d’enregistrement est envisagé. Et là, coup de bol, tous les chanteurs et chanteuses auxquels on pensait n’ont plus de travail, à cause de la pandémie, voilà pourquoi les treize albums ont été enregistrés en moins de 18 mois. N’eût été la pandémie, ç’aurait été impossible de le faire dans des délais raisonnables. 

PAN M 360 : Atma Classique a aussi joué un rôle important dans cet immense chantier. De quelle façon?

MARC BOUCHER : Guillaume Lombart, qui a racheté Atma Classique en cours de route, arrive en scène et ajoute du financement au projet, en payant les cachets d’artistes. Avec ce que Classica, les mécènes et Atma ont mis, ça totalise 350 000 $. On devient alors une bouée de sauvetage pour la quinzaine d’artistes qui ne peuvent plus travailler pendant la pandémie. Et, pendant que les enregistrements ont lieu, on découvre encore de nouvelles partitions! On dépense même quelques milliers de dollars pour en acquérir. L’altiste François Vallières, qui est aussi un arrangeur et un copiste extraordinaire, nous rend la tâche plus facile en ce sens.

PAN M 360 : Invariablement, les coffrets de disques incluent d’ambitieux livrets, ce qui est le cas de celui-ci.

MARC BOUCHER : Le livret fait plus de 360 pages, un travail piloté par Jacques Hétu autour d’une dizaine d’auteurs dont Jean-Christophe Branger qui est LE spécialiste de Massenet dans le monde, l’animatrice (retraitée) de la SRC Sylvia L’Écuyer, etc. Chaque mélodie est ainsi commentée par ces auteurs.trices, leur travail s’est poursuivi jusqu’au printemps dernier.

PAN M 360 : Puisque les mélodies de Massenet ne vous « disaient rien » d’entrée de jeu, force est de constater que votre perception de ce corpus a radicalement changé! Comment cela s’est-il produit? 

MARC BOUCHER : Au début du projet, j’avais les mêmes préjugés que tout le monde à l’endroit de Massenet. Ce que j’avais dit d’abord à Jacques Hétu : c’est sucré cette affaire-là, ça vieillit mal, c’est cucul… Cinq ans plus tard, je crois au contraire que Jules Massenet est le plus grand compositeur de mélodie française de cette école qui commence plus ou moins par Berlioz. Massenet est le plus grand à mon sens, parce qu’il avait cette capacité de traduire en musique les textes qu’il avait sous la main, avec une facilité et une créativité étonnantes. Malheureusement, Massenet n’a pas eu accès à la plus grande cohorte de poètes français fin 19e et début 20e, impressionnistes, symbolistes, parnassiens ou surréalistes, contrairement à Fauré qui était entouré des plus célèbres. Massenet était plus en marge et travaillait avec des poètes plus ou moins mineurs. Il a tout de même fait des chefs-d’œuvre musicaux avec ces textes. Sur les 333 mélodies de Massenet, j’en ai trouvé entre cinq et dix moyennes ou faibles. C’est d’une telle puissance musicale! Et ça en fait oublier la relative faiblesse de certains textes. D’autant plus que Massenet connaissait vraiment la prosodie française. C’est d’une facture rigoureuse, parfaite. Un résultat franchement fabuleux !

Au cœur de la vaste tradosphère québécoise navigue le trio É.T.É, formé d’Élisabeth Giroux (violoncelle, chant et chœurs), d’Élisabeth Moquin (violon, chant, chœurs, podorythmie et guimbarde) et de Thierry Clouette (guitare, bouzouki irlandais, banjo, chant, chœurs, podorythmie, basse et synthétiseur). Pour faire suite aux albums Le boire des minuits (2017) et Les quatre roses (2019), ces trois musiciens aux curriculum vitae bien garnis lancent ces jours-ci Sur ces eaux, un recueil où cohabitent dix chansons et morceaux instrumentaux, dégotés dans le répertoire ou originaux. À l’écoute de leur musique, on constate que les deux Élisabeth et leur Thierry sont de hardis créateurs; en discutant avec Élisabeth Moquin, on comprend mieux pourquoi.

Pan M 360 : Bonjour Élisabeth! Votre nouvel album Sur ces eaux sort le vendredi 4 novembre?

Élisabeth Moquin : Oui, en numérique le 4 novembre et en « physique » le 8!

Pan M 360 : Le jour de votre prestation à Coup de cœur francophone, au Lion d’Or! J’ai eu le bonheur d’écouter Sur ces eaux en avant-lancement. Du très beau boulot! Avez-vous collaboré de nouveau avec Marc Maziade?

Élisabeth Moquin : Non, pas cette fois-ci; on a réalisé l’album entre nous, à trois. Ce que nous avons toujours fait, d’ailleurs. Pour le deuxième album, Marc nous avait donné un coup de main à la préproduction, sous forme de conseils et idées.

Pan M 360 : Votre musique est riche en textures et en partitions étoffées.

Élisabeth Moquin : En fait, nous n’utilisons pas de partitions. On s’assoit et on crée tous les trois ensemble, on y va à l’oreille et selon ce qu’on ressent. Donc, personne n’arrive avec des partitions. C’est plus long comme processus, sauf que tout le monde est content. Il y a de chacun de nous dans les pièces.

Pan M 360 : C’est sans doute ce qui confère une qualité picturale à votre musique, dans les coloris et les images qu’elle évoque. Est-ce que vous visualisez les histoires que vous racontez de cette manière?

Élisabeth Moquin : Oui, on fonctionne beaucoup au moyen d’images dans notre tête. Quand on discute ou qu’on fait des arrangements, il arrive souvent qu’on se dise des trucs comme « Ah oui, là je vois un kayak qui descend des rapides, mais au ralenti! ». Donc, l’ambiance de la pièce reflétera ça. Cette façon de faire nous aide. Oui, notre musique comporte plusieurs couches et différents textes, mais il y a des moments qui sont assez cinématographiques, assez poussés, donc loin du trad conventionnel.

Pan M 360 : Un peu comme une trame sonore, donc. Quand il s’agit de pièces du répertoire, faites-vous les arrangements à trois?

Élisabeth Moquin : Oui, toujours tous les trois assis ensemble. Il y a évidemment de la recherche qui se fait, dans le répertoire, avant d’entamer la création. On a chacun nos forces, c’est ce qui fait la beauté de notre trio. On propose des chansons, puis on convient d’une orientation : plus calme, classique, rock’n’roll, funk, techno ou complètement trad, par exemple.

Pan M 360 : Qu’en est-il de vos compositions originales? Tout le monde met la main à la pâte?

Élisabeth Moquin : Nos compos sont un peu plus explorées. En fait, c’est moi qui compose, autant les chansons que les pièces instrumentales. Il y a souvent des pièces qui sont plus en mode mineur, il y a plus de possibilités de couleurs dans les accords. Je compose en fonction du son d’É.T.É, dans l’optique des textures qu’on veut aller chercher.

Pan M 360 : Vous interprétez des pièces du répertoire traditionnel québécois et acadien. Faites-vous beaucoup de recherche pour en dégoter des plus rares, des moins interprétées?

Élisabeth Moquin : Oui, on tente toujours de trouver des pièces jamais ou peu jouées. Mais compte tenu du nombre de formations trad, beaucoup de collectes ont été faites. Il y a donc de fortes probabilités qu’on fasse des pièces qui ont déjà été reprises par Galant, tu perds ton temps, Les Charbonniers de l’Enfer ou d’autres. Notre objectif devient alors de modeler la pièce à notre image, d’en modifier les arrangements pour qu’elle corresponde à notre son.  


Pan M 360 : Sur votre nouvel album, vous interprétez une chanson qui s’appelle L’étoile du nord. Les Batinses, un groupe trad de Québec, en faisait une variante intitulée Anticosti, sur leur album L’autre monde paru en 2002.

Élisabeth Moquin : Oui, c’est une pièce qui a été interprétée quelques fois. Belle Émilie aussi, qui peut aussi s’intituler Le galant à la claire épée. Pour l’album Sur ces eaux, la thématique est aquatique, donc des marins qui partent à la guerre ou qui s’éloignent de leurs bien-aimées. La beauté des pièces du répertoire traditionnel, c’est qu’il s’agit d’une matière brute qu’on peut modeler à notre manière. C’est l’un des éléments qui rend le trad si intéressant.

Pan M 360 : En effet. Combien de variantes d’une pièce semblable peut-il exister, en France, en Acadie ou Québec?

Élisabeth Moquin : Ça peut être infini! Parce qu’il n’y a pas de consensus entre les groupes et que, comme on veut faire des versions distinctes, on donne des titres différents aux chansons.

Pan M 360 : Je me rappelle d’avoir vu et entendu Gabriel Yacoub ici, au Québec, dans les années 1990. Il interprétait des chansons que des musiciens trad avaient déjà reprises ici.

Élisabeth Moquin : Malicorne, son ancien groupe, a été assez influent ici. Même dans nos trucs à nous, il y a des choses qui s’inspirent de Malicorne, parce que Thierry (NDLR : Clouette, membre du trio) a été admirateur de ce groupe pendant plusieurs années. C’est l’une des nombreuses influences qui déteignent sur notre musique.

Pan M 360 : À quoi peut-on s’attendre le 8 novembre à Coup de cœur francophone? Y aura-t-il des invités sur scène avec vous?

Élisabeth Moquin : Oui, il y aura Véronique Plasse et Louis Gloutnez, qui ont joué respectivement du violon et du bodhran sur l’album.

Pan M 360 : Merci beaucoup Élisabeth, bon concert et longue vie à Sur ces eaux!

Élisabeth Moquin : Merci, on vient tout juste de terminer notre dernière répétition, la mise en scène est prête!

Photo : Camille Gladu-Drouin.

Afrobeats, un style composite dont Yemi Alade est l’une des grandes prêtresses, est aujourd’hui un mot-clé dans le lexique de la pop mondialisée. 

Dominante sur les planchers de danse, la tendance afrobeats désigne l’actualisation de styles issus de la frange anglophone d’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire highlife, juju, hiplife ou afrobeat, genres musicaux du Nigeria et du Ghana auxquels on intègre reggaeton, dancehall, R&B, soul et hip-hop. 

Au-delà de la mouvance afrobeats, la Nigeriane Yemi Alade s’impose sans conteste parmi les superstars de l’Afrique noire au féminin, elle se trouve dans le peloton de tête que forment Tiwa Savage, Aya Nakamura, Asa, Sha Sha, Moonchild Sanelly et autres Simi.

En juillet dernier, Yemi Alade était invitée pour clore en grand le festival Nuits d’Afrique, mais la lenteur proverbiale des douanes canadiennes pour admettre les artistes non occidentaux a causé le report malheureux de ce concert. Cette fois, les visas ont été accordés à temps, Yemi Alade et son groupe rempliront le M TELUS, ce jeudi 10 novembre.

Encore mieux, PAN M 360 a obtenu une interview avec la chanteuse, jointe à Paris avant de faire la grande traversée. 

PAN M 360: Vous débarquez  finalement à Montréal. Nous devions vous interviewer l’été dernier, et rien ne s’est passé à cause de ce que nous savons. Les choses s’arrangent enfin !

YEMI ALADE:  Oui, nous pouvons tous en rire maintenant !

PAN M 360:  Depuis cinq ans, beaucoup de choses se sont passées de votre côté. Votre ascension est énorme. Vous êtes aujourd’hui  l’une des principales stars de l’Afrique Alors comment vivez-vous cela ?

YEMI ALADE : J’essaie de tout prendre avec grâce, vous savez, comme ça vient. Je n’essaie pas de trop penser à cela, je me concentre sur le moment présent. Ça évite la pression inutile, celle qui nuit.

PAN M 360 : Où êtes-vous basée principalement ?

YEMI ALADE : Je suis basée là où se trouve le pognon ! (rires)

PAN M 360 : Blague à part, y a-t-il un endroit particulier d’où tout démarre ?

YEMI ALADE : Aujourd’hui, je ne peux vraiment dire qu’il y a un endroit particulier. Mais j’ai trouvé un moyen de ressentir que les villes où je travaille se transforment en maison. Des villes comme Paris où je suis capable de me poser quand je passe trop de temps dans mes bagages.


PAN M 360 : Ces dernières années, vous êtes devenu une superstar africaine, ambassadrice de votre culture et en même temps un citoyenne du monde parce que vous adhérez à de nombreuses tendances musicales et cultures de l’extérieur et de l’intérieur de l’Afrique ?

YEMI ALADE : Oui, on peut le dire. Grâce à Dieu, je suis vraiment heureuse d’être en vie à cette époque où le style afrobeats reçoit tant d’amour.  


PAN M 360 :  À l’évidence, vous êtes l’une des leaders de l’Afrobeats. Cela témoigne aussi des aller-retours entre l’Afrique et les Amériques parce que l’afrobeats a quelque chose à voir avec la cumbia colombienne, le reggaeton latino ou même le dancehall jamaïcain. Et  tout cela est africain, n’est-ce pas ?

YEMI ALADE
: Oui ! L’afrobeats s’est trouvé sur un chemin qui mène au bon endroit et je suis juste heureuse qu’il soit arrivé là où il est. On ne peut pas dire où sera la prochaine étape, mais le voyage est déjà remarquable, Chacun d’entre nous qui sommes les pionniers, chanteurs, beatmakers, musiciens, fans, apprécions tous ce voyage. Nous devons le prendre étape par étape et regarder vers où ça se dirige. En tout cas, nous pouvons dire maintenant que l’afrobeat est mondial en ce moment et que nous apprécions tout l’amour qu’il reçoit.

PAN M 360 : Comment voyez-vous votre propre contribution à la mouvance afrobeats? 

YEMI ALADE : Oui. Eh bien, je dirais que dès le départ, la chose la plus importante pour moi a toujours été de rester originale, être moi-même. Et surtout, surtout avec le temps, j’ai réalisé que beaucoup de gens m’aiment et me respectent, surtout à cause de mon amour apologétique pour l’Afrique. Et je reçois de tout cœur tout l’amour qui vient avec ça. Ce que je dois faire alors c’est de rester originale dans ma musique, mes vidéos, mes spectacles, mes vêtements, etc.. Tout ce que vous pouvez voir et entendre de moi, c’est l’Afrique.
 

PAN M 360 : Effectivement, votre identité est totalement africaine. Vous êtes une ambassadrice, non seulement du Nigeria, mais de tout le continent. Mais en même temps, elle est internationale, ce qui est magnifique.

YEMI ALADE :
Exactement.

PAN M 360: Le Nigeria  est un pays difficile, mais en même temps, très excitant. Il s’y passe beaucoup de choses là-bas. Mais il se passe aussi beaucoup de choses difficiles. Comment voyez-vous le pays ?

YEMI ALADE: C’est, ce n’est pas un très bon moment pour le Nigéria. L’économie doit encore rebondir depuis la COVID et les récentes inondations. Et bien sûr, les pays du tiers monde sont ceux qui souffrent le plus. De ça, même si le monde entier en général souffre. Il y a beaucoup de désespoir au Nigéria en ce moment. Comment tout cela va-t-il se terminer ? Je n’en sais rien. Mais notre espoir est aussi que lors des prochaines élections en 2023, c’est-à-dire l’année prochaine. Je prie pour que nos votes comptent réellement au point que nous obtenions le bon leader pour nous sortir de ce bordel. 

 
PAN M 360 : Et puisque vous êtes une figure publique tant admirée dans votre pays, quelle est votre responsabilité dans le contexte ?.

YEMI ALADE :
Le plus que je puisse faire pour le moment, c’est de prêter ma voix, là où elle est nécessaire pour les gens qui ont besoin de mon aide. Personnellement, j’attends juste un pays et un gouvernement meilleurs, au-delà de ce que je peux faire moi-même. Je ne peux vraiment contrôler que ma musique. Mais je ne peux pas contrôler ce que les destinataires ressentent. Quant à la responsabilité dans  le contexte repose sur les épaules de tant de personnes.

PAN M 360 : Si nous revenons à la musique elle-même, quelles sont vos principales étapes ? Ce que vous avez réalisé en studio avec votre groupe récemment ?

YEMI ALADE
: Je suis totalement impliquée dans cette expérience en constante évolution, parce que j’apprends en cours de route, tout comme eux. En ce qui concerne le son, je n’aime pas être mise dans une boîte. Par exemple, cette année je ne suis vraiment pas retenue de montrer mon amour pour la musique dancehall. Je me suis lâchée! Et j’ai transmis cette énergie à mon groupe.

PAN M 360 : Il n’y a donc pas que de l’afrobeats dans votre musique, il y a du dancehall comme vous dites. Il y a aussi l’Afrobeat de Fela Kuti, le juju de King Sunny Adé, beaucoup de styles en fait.

YEMI ALADE :
Oui, c’est vrai.

PAN M 360 : Et vous venez avec combien de musiciens à Montréal ?

YEMI ALADE:
Selon le contexte, ça peut monter jusqu’à 13, mais je viens à Montréal avec un  groupe de 7 personnes cette fois-ci : claviers, percussions, machines, guitare, basse, etc. Nous y travaillons depuis quelques semaines maintenant parce que j’ai créé un morceau spécial pour le spectacle de Montréal. 

PAN M 360 : C’est très sympa de votre part ! Vous faites cela partout où vous êtes invitée ? 

YEMI ALADE :
Non, pas tout le temps. Je le fais surtout lors de mes concerts en solo. Mais cette fois-ci. Je devais juste faire quelque chose de différent. J’ai eu l’impression, d’après cette conversation, que je suis ce que je ressens. C’est comme ça que je me sens en ce moment.

PAN M 360 : Vous savez, la ville est très ouverte à la musique africaine.

YEMI ALADE :
Fantastique. Je vais être au bon endroit au bon moment !

PAN M 360 : Ce concert à Montréal fait-il partie de la tournée nord-américaine ?

YEMI ALADE :
Non, je vais faire ce spectacle et revenir ensuite. Parce que j’ai des engagements dans d’autres pays que j’ai déjà acceptés. Normalement quand je viens au Canada, nous allons toujours dans plusieurs villes. Vous savez, j’ai aussi tourné une de mes vidéos à Toronto aussi. Mais cette fois, ce ne sera pas une tournée, malheureusement. Je serai de retour.

PAN M 360 : Vous apparaissez dans Black Is King, ce film réalisé et produit par Beyoncé. Comment s’est passée cette expérience d’apparaître dans un film très important présentant la nouvelle culture africaine et afro-descendante ?

YEMI ALADE :
Comme vous pouvez le deviner, c’est un rêve devenu réalité. C’est encore un souvenir vivant dans ma tête. Pouvoir rencontrer Beyoncé personnellement, et même être sur l’album lui-même, c’est une chose que je ne prenais pas pour acquise. En grandissant, j’ai écouté sa musique,  je me souviens avoir appris d’elle certaines choses qui m’ont aidé à devenir l’artiste que je suis aujourd’hui. Et pour moi, recevoir un courriel et un appel téléphonique de son équipe à la mienne, ça a vraiment été très important pour moi. Cela montre qu’à notre époque, si vous continuez à donner le meilleur de vous-même, votre travail parlera pour vous. Et c’est exactement comme ça que j’ai défini ce moment. 


PAN M 360 : Beyoncé a probablement senti que, au-delà de votre culture afrobeats, vous aviez aussi une très forte culture r&b et hip hop, n’est-ce pas ?

YEMI ALADE : Oui, je pense d’ailleurs que les personnes qui ont été choisies pour faire partie de ce travail ont été soigneusement sélectionnées. Et vous savez, si vous observez son équipe de très près, vous pouvez voir qu’ils font beaucoup de recherches, alors oui, ne soyez pas surpris s’ils détenaient toutes les informations nécessaires sur moi avant même que je n’arrive.

PAN M 360 : Depuis qu’elle a fait ce film, d’ailleurs, il y a beaucoup d’afrobeats et de créateurs impliqués dans ses propres productions !

YEMI ALADE : Oui, nous faisons tous partie de ce rêve, beaucoup de bonnes choses se sont alors produites. Une bénédiction !

PAN M 360 : Ainsi, vous intégrez  à votre monde ouest-africain  la musique du monde occidental, ou afro-occidental.

YEMI ALADE : Exact. J’aime dire qu’en matière de musique, la musique représente un monde à part. Il n’y a pas de frontières dans ce monde et je m’abreuve à ce puits sans fin pour mon inspiration. Petite, déjà, je rappais pendant que les chansons jouaient à la radio. Cet intérêt pour la musique internationale remonte à ma plus tendre enfance.

PAN M 360 :  À l’occasion, vous êtes aussi impliqué avec des rappeurs français. Votre ouverture ne se limite pas aux Amériques, donc.

YEMI ALADE : Oh oui. A un moment donné, j’ai décidé de faire des versions françaises et je m’amusais ! Depuis, il y a un lien d’amour fort entre moi et le monde francophone.

PAN M 360 : La France a toujours été ouverte à la musique africaine depuis au moins 50 ans. Alors comme ça continue avec vous, notamment.

YEMI ALADE : Oui, je sais qu’il y a en France une profonde appréciation des cultures d’origine africaine.

PAN M 360 : Au fait, vous êtes-vous déjà produite en Jamaïque ?

YEMI ALADE : Malheureusement, je n’ai jamais chanté en Jamaïque, mais j’y suis allée en vacances. Et je m’y sentais exactement comme chez moi. Pour ce qui est des Caraïbes, j’ai eu l’occasion de me produire à la Barbade il y a environ un mois. 

PAN M 360 : À court terme, quelles sont les prochaines étapes de votre carrière  ?

YEMI ALADE : Tout d’abord, je viens de présenter mon spectacle solo au prestigieux Olympia de  Paris. Après cela, je vole vers Montréal pour un concert fait sur mesure, après quoi je lancerai  mon nouvel EP, African Body. Alors soyez attentifs à tout ça ! 

PAN M 360 : Y a-t-il une disparité avec votre impact en Afrique et celui obtenu en Occident ?

YEMI ALADE : Je peux remplir des stades en Afrique, effectivement. Mais vous savez, je me suis retrouvée devant de grands publics en Amérique du Nord et en Europe. Où que je sois quand je monte sur scène et que je ressens de l’amour, je vois ma tribu. Quand je suis sur scène, je ne vois aucune différence entre les publics. Vous savez, mon mantra préféré est celui-ci: je vais là où l’amour se trouve.  

PAN M 360 : Être une superstar de la pop implique aussi que vous soyez conquérante.  On dit de vous que vous exercez une grande autorité auprès de votre équipe. Vrai  ?

YEMI ALADE : Les gens disent souvent ça de moi (rires) On parle de moi comme étant une force de la nature. Alors oui, je crois être une force de la nature. Je sais que j’exerce une énorme influence sur les gens à travers ma musique. Et c’est une bénédiction, pour moi comme pour mon public. L’objectif premier reste quand même de répandre un peu de joie avec ma musique. Il y a tellement de tristesse dans ce monde !  Et donc j’essaie d’épicer ma musique avec du bonheur et de la joie, je souhaite en infecter mes fans !  

PAN M 360 : En tant que femme leader, comment vous voyez-vous ?

YEMI ALADE : Une femme représentant l’industrie musicale, c’est une course de relais. Nous, femmes artistes, devons nous passer le témoin afin que la prochaine génération puisse parvenir au succès  comme l’ont fait avec moi celles m’ayant précédée. Donc,quand une génération de femmes fait mieux que la précédente, c’est un signe de succès. Il faut être  reconnaissante. 

PAN M 360 : En tant que leader influente, produisez-vous et encouragez-vous les artistes émergents ?  

YEMI ALADE : J’ai été le mentor de quelques artistes féminines qui se débrouillent très bien aujourd’hui; des artistes nigérianes, des artistes féminines en général. Il faut le faire car  j’ai l’impression que la plupart du temps, nous n’avons pas les mêmes chances qu’ont nos homologues masculins. Donc, si je vois que la porte peut s’ouvrir  pour ma sœur, je vais certainement lui donner un coup de main. En ce moment ? Je suis une grande fan de Guchi, chanteuse du Nigeria . Il y aussi Zuchu de Tanzanie, que j’aime beaucoup.  Et j’espère que le monde leur donnera l’occasion de vraiment montrer ce qu’ils ont, parce qu’elles sont très spéciales.

PAN M 360 : Êtes-vous donc au sommet d’une nouvelle génération qui émergera dans un avenir proche  ?

YEMI ALADE : Attendons de voir comment ça se passera. Je suis sans aucun doute une actrice clé, mais je ne sais quels rôles je vais jouer à l’avenir. Je ne le sais pas. Mais je sais que la  force de la nature que je suis est là pour tout donner. Je veux juste m’améliorer dans ce que je fais et être capable de poursuivre la conversation avec le public. 

YEMI ALADE SE PRODUIT JEUDI, 20H30, AU MTELUS. POUR INFOS ET BILLETS , C’EST ICI

Connu auparavant pour son rôle de batteur et percussionniste dans les formations Canailles et Bon Enfant, Étienne Côté est derrière le projet LUMIÈRE depuis plusieurs années. L’univers musical du Québécois est immersif, déjanté, poétique et se dévoile comme un véritable hommage à la musique d’ici. Afin d’arriver à un tel résultat, LUMIÈRE n’a d’yeux que pour sa musique lorsqu’il crée. « Ça peut paraître drôle et intense, mais c’est comme si la musique des autres ne m’intéresse plus lorsque je crée. Je réfléchis beaucoup et je lis sur l’histoire de nombreux artistes visuels, d’écrivains, de poètes ou même de romancier afin de m’inspirer », soutient l’artiste.

En 2020, il a lancé A.M.I.E.S.A.M.O.U.R., un album pop progressif folk qui suit l’évolution des trois personnages : LUMIÈRE lui-même, CRISTALE (Naomie de Lorimier) et BRIQUETTE (Daphné Brissette). L’histoire de l’album se déroule en 1971 et explore les relations interpersonnelles des trois protagonistes. D’ailleurs, Étienne Côté souhaite que les trois acteurs soient de retour dans son prochain projet. « C’est certain qu’ils vont avoir évolué avec moi, mais ils vont être présents », indique-t-il.

Pan M 360 a jasé avec LUMIÈRE de ses inspirations, de son plus récent projet et de sa participation à Coup de cœur francophone cette année.

PAN M 360 : Quelles sont vos inspirations?

LUMIÈRE : Pendant mes périodes d’écriture, je n’écoute pas vraiment de musique. Ça peut paraître drôle et intense, mais c’est comme si la musique des autres ne m’intéresse plus lorsque je crée. Dans ces moments de créations, je vais réfléchir beaucoup et lire sur l’histoire de nombreux artistes visuels, d’écrivains, de poètes ou même de romanciers. C’est dans mes réflexions et mes lectures que je puise mon inspiration.

PAN M 360 : Que représente pour vous le festival Coup de cœur francophone?

LUMIÈRE : Le CDCF est un festival très important pour moi. C’est l’un des premiers qui m’a permis de présenter LUMIÈRE à Montréal, en 2007. Je m’en souviens très bien, c’était une soirée inoubliable. De plus, plusieurs de mes amis et collègues participent au festival. Chaque année, j’adore aller voir les spectacles que propose Coup de cœur francophone.

PAN M 360 : Qu’en est-il de LUMIÈRE, CRISTALE et BRIQUETTE, les trois personnages de ton album A.M.I.E.S.A.M.O.U.R? Quel est leur avenir?

LUMIÈRE : Ils vont fort probablement être encore présents dans mon prochain opus. C’est certain qu’ils vont évoluer avec moi. Je compte aussi sur leurs interprètes Daphné Brissette et Naomie de Lorimier pour le futur.

PAN M 360 : Comment transposez-vous A.M.I.E.S.A.M.O.U.R sur scène?

LUMIÈRE : Les différents personnages de mon album expriment leurs relations avec moi. CRISTALE est une amie très sensible et spirituelle. D’un autre côté, Briquette a le rôle d’une sœur pour LUMIÈRE. Elle est brutale et directe. Les deux personnes ont des chansons distinctes, donc c’est facile de bien les représenter sur scène. 


PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre lors de votre spectacle dans le cadre de Coup de cœur francophone?

LUMIÈRE : En quelque sorte, ça va être un spectacle très théâtral. Il y aura plusieurs costumes et la mise en scène est très travaillée. Aussi, j’aime beaucoup interagir avec le public. J’ai aussi envie de jouer des chansons inédites qui vont faire partie de mon prochain album. Dans ces nouveaux titres, j’explore de nouveaux horizons et j’ai envie de les partager avec mon public.

Photo : Bonsound.

À L’OCCASION DE COUP DE CŒUR FRANCOPHONE, LUMIÈRE FOULERA LA SCÈNE DE LA SALA ROSSA ACCOMPAGNÉ D’ALLÔ FANTÔME, LE 8 NOVEMBRE PROCHAIN À 20 H. INFO ET BILLETS ICI.

Alexandre Archambault, Christophe Charest-Latif, Julien Comptour et Mark Cool sont de drôles de pistolets. Des pistolets-psych, en fait. Car Mort Rose crée librement en s’inspirant du canon psychédélique, c’est-à-dire de l’âge d’or de cette esthétique des années 60 et 70 qui ne s’est jamais démodée. Quatre garçons musiciens-musicophiles de nature, vaquant tous à diverses occupations chacun de leur bord, mais se retrouvant périodiquement à la maison-mère Mort Rose pour créer du rock goûteux. En se prenant juste assez au sérieux. Ils nous avaient offert Nés pour aimer en 2020, puis Au revoir cowboys en 2021. Pan M 360 a pu discuter du passé, du présent et de l’avenir de Mort Rose avec son chanteur-guitariste-parolier, Alexandre Archambault.

Pan M 360 : Bonjour Alexandre, ça se passe bien? Prêt pour le concert de demain? On aura sans doute droit à la matière d’Au revoir cowboys, paru en septembre 2021?

Alexandre : Oui, on a bien hâte! Au revoir cowboys est un album qu’on affectionne particulièrement, il a été très important pour nous, en tant que groupe. C’est la dernière fois qu’on va le jouer; on l’a fait juste assez. On va dire adieu à Au revoir cowboys!

Pan M 360 : Y aura-t-il de nouvelles compos au programme?

Alexandre : Non, nous ne sommes pas encore en mode « nouvelles compos ». Mort Rose a été une sorte de genèse pour nous, pour ce qui est de faire de la musique sérieusement. Les membres du groupe sont tous pas mal occupés par d’autres projets, mais Mort Rose constitue notre maison-mère. Mais on a senti un bouillonnement, durant nos dernières répétitions. Nous sommes mûrs pour de nouvelles compos, c’est le temps de tourner la page.

Pan M 360 : Donc les membres de Mort Rose ont tous d’autres occupations, comme l’étiquette Bonbonbon ou d’autres groupes comme Corail et ainsi de suite.

Alexandre : Oui, il y a Bonbonbon, puis Julien vient de lancer un EP de Jules encore, Christophe réalise des albums pour d’autres et joue dans d’autres groupes comme Vanille, Allô Fantôme et Minuit.

Pan M 360 : Outre votre prestation aux Francos en juin dernier, est-ce que Mort Rose a eu le temps de tourner ailleurs au Québec?

Alexandre : On a joué à Gatineau, puis en Abitibi pour le FME et quelques autres shows. Parce que le concept de Mort Rose, notre maison-mère comme je le disais tantôt, c’est qu’on se réunisse pour sortir un gros album aux deux ou trois ans, un truc sans compromis qui nous fait triper, puis qu’on fasse dix shows maximum, pour ensuite retourner en création.

Pan M 360 : Le rock psychédélique a toujours eu la cote ici, depuis les années 60. C’est donc dur de dire si vous faites partie d’un renouveau ou d’une continuation! Ce qui est sûr, c’est que plusieurs formations en portent le flambeau, ces temps-ci, comme Hippie Hourrah, Fuudge ou vous-mêmes. Qu’est-ce qui attire les musiciens vers cette esthétique, selon toi?

Alexandre : Dur à dire, j’ai l’impression qu’il y a une tradition rock, au Québec, qui se transmet d’une génération à l’autre. J’ai un fils, maintenant, j’ai hâte de voir s’il va écouter du rock! J’ai exploré beaucoup de musiques, mais je reviens toujours à des racines 60’s et 70’s. Je pense qu’il y a aussi un courant de liberté, de sonorités « organiques » qui cadrent avec la mentalité 2020. Quelque chose de lié à l’ouverture et au laisser-aller qu’on trouve dans cette musique-là. Et il y a assurément des affinités entre le Québec et la musique des années 60 et 70, notamment psychédélique.

Pan M 360 : Les groupes québécois reprenaient beaucoup de tounes anglo-saxonnes, à cette époque.

Alexandre : Je connais bien mon yéyé et mon garage kitsch, et je t’avoue que ces courants-là me font triper. Il y a des versions incroyables, les Sultans, les Classels et les Hou-Lops faisaient des versions incroyables de tounes du R.-U. ou des É.-U. avec du reverb et d’autres trucs. Et la façon dont ils exploitaient le lo-fi, c’était complètement buzzé. Je réécoute beaucoup de stock de ces années-là. Chez Mort Rose, on écoute énormément de musique, mais on se retrouve dans les enregistrements de cette époque. Pas que rock, mais country et pop aussi, des Beach Boys à John Denver.

Pan M 360 : Par rapport à vos collègues psychédéliques québécois, vous avez un parti pris country. Pour votre plus récent album, du moins. Plus Grateful Dead que 13th Floor Elevators, disons.

Alexandre : En ce moment, Christophe n’écoute que des compils des Grateful Dead!

Pan M 360 : Un groupe qui ne marchait pas fort ici durant les années 70, sans doute parce qu’il s’est très rarement produit ici. Mais qui commence à susciter de l’intérêt 40 ans plus tard.

Alexandre : Dans Mort Rose, on est tous collectionneurs de vinyles. Christophe était acheteur au 33 Tours, c’est souvent lui qui nous fait découvrir de la musique. Il pogne des « buzz » sur ces affaires, puis on se met à creuser là-dedans! Pour le prochain album, on est en grand questionnement, mais on semble se diriger vers le slow-country – Gram Parsons est l’une de mes idoles –, auquel on ajouterait un peu de chaos! Genre country cosmique-psychédélique, à la Flying Burritos et Grateful Dead.

Pan M 360 : On entend toutes sortes d’instruments dans vos pièces. De la harpe, de la flûte, des vieux synthés, du clavecin, du glockenspiel, du sitar, lalali-lalalou. Vous aimez dégoter des trucs comme ça?

Alexandre : Les instruments et les sonorités nous ont toujours intéressés, mais pendant la pandémie ça s’est aggravé! Tout ce qu’on faisait, c’était écouter des disques et explorer le « gear », de façon maladive, comme si on cherchait à échapper à notre ennui de cette manière. On étudiait les guitares, les amplis et tout et tout, donc. En même temps c’était sain, parce qu’on ne prend pas toujours le temps de faire ça. On s’achetait des guitares, on s’échangeait nos guitares. Moi je me suis calmé, mais pas les autres gars du groupe. À chaque répétition, ils arrivent avec de nouvelles guitares, ils font du « swap ». Sur le dernier album, on a aussi beaucoup utilisé l’orgue Farfisa et un synthé Rolland dont j’oublie le nom, qui était toujours sur le point de casser.

Pan M 360 : Vos paroles et titres de chansons sont souvent saugrenus, comme Boubilou ou Pète un badtrick. Musicalement par contre, vous êtes sérieux!

Alexandre : On joue de la musique, et le mot « jouer » est important pour moi. On doit s’amuser. On s’était dit pour Au revoir cowboys qu’on était là pour créer l’affaire la plus spéciale et la plus instinctive possible. Oui, il faut être sérieux dans la démarche, être bien organisé, avoir un bon plan de match et les bons équipements. Mais une fois sur le terrain, il faut se lâcher lousse, s’amuser, utiliser les codes qu’on a appris, mais en s’amusant, en se laissant aller créativement. De se bâtir une sorte de carré, puis de faire ce qu’on veut dedans, ensuite.

Pour ce qui est des titres de tounes, on s’était pris la tête durant la création du premier album. Mais pour Au revoir, peut-être à cause d’une irrévérence accentuée par la pandémie, on s’est dit « On s’en câlisse des titres de tounes ». Et j’écris pour faire rire les gars. D’où La loi du lynx ou Boubilou, qui représente un enfant qui doit passer la soirée dans sa chambre et qui en est frustré. Je vois ces textes comme un tableau abstrait, qui représente ce que je ressentais à ce moment-là. Sinon, je travaille à un projet d’album solo plus folk, guitare-voix à la Avec pas d’casque. Donc je prends le temps de bien choisir les mots. Mais, pour moi, les paroles absurdes et les paroles sérieuses peuvent exister et avoir une pertinence.

Pan M 360 : Merci Alexandre et bon concert à Coup de cœur francophone!

Photo du groupe : Les Deuxluxes.

MORT ROSE SE PRODUIT CE SAMEDI 5 NOVEMBRE À L’ESCO AVEC CURE-PIPE, POUR COUP DE COEUR FRANCOPHONE. INFO ET BILLETS ICI!

L’approche de Rami Khalifé se distingue radicalement de celle de son père Marcel, oudiste et chanteur très connu, référence incontournable du monde arabe moderne.

Pianiste contemporain de formation classique, fort d’une éducation musicale de haut niveau, aussi chanteur et producteur, Rami Khalifé ne se comporte assurément pas en fils de, ayant lui-même balisé un parcours transculturel néanmoins fidèle à ses racines arabes. 

Chez lui, la virtuosité est au service de la liberté compositionnelle et l’expression d’un moi profond traversé par les voyages et les styles musicaux qui y sont rattachés. Cette fois, le voyage se déroule au Liban, l’artiste invité au Festival du monde arabe de Montréal nous propose un cinéma pour les yeux et les oreilles.

PAN M 360 : Quel est donc ce projet cinématographique présenté au Club Soda ce dimanche?

RAMI KHALIFÉ : Cela représente un des projets les plus personnels de ma carrière. J’y évoque l’histoire de ma vie. Ce qui sera présenté est un film documentaire tourné au Liban avec le réalisateur français François Rousseau. Nous sommes allés au Liban il y a quatre ans, nous avons filmé le tout comme un road movie. Je l’ai emmené aux quatre coins du pays, en immersion totale. Nous avons découvert le pays à nouveau, les paysages, sans jugement. Juste aller là-bas et filmer ce qui se passe sur le terrain. Avec ces images on incorpore ma musique qui scénarise le film

PAN M 360 : Autrement dit, voux jouez en temps réel devant le film projeté devant public?

RAMI KHALIFÉ : Oui c’est ça, je joue seul au piano. Voilà on peut dire que c’est comme un film muet mais je le vois plus comme un vidéoclip d’une heure. C’est aussi assez moderne la façon dont c’est filmé. Avec des images du Liban différentes de ce que les gens ont l’habitude de voir tout le temps. 

PAN M 360 : Et qu’avez-vous cherché? Qu’avez-vous trouvé?

RAMI KHALIFÉ : On est allé chercher aussi des gens « alternatifs », un peu dans l’ombre, qui vivent là-bas. Par exemple, nous avons été à la rencontre de la communauté LGBT, que les Libanais eux-mêmes se refusent à voir. C’est ça aussi, on a voulu aussi montrer le Liban de l’ombre, le Liban des oubliés et qui a le mérite de vouloir vivre et transformer ce pays, le moderniser et le mener vers l’avenir. Ça prend du temps pour rencontrer les bonnes personnes, il y en a vraiment beaucoup. Il faut les chercher!

Ce qu’on a cherché à faire, c’est de montrer que le Liban est un pays riche et varié d’une région à l’autre. Qu’on y rencontre des gens à l’opposé, on se demande s’ils vivent dans le même pays. C’est cette diversité et ce chaos qu’on a mis à l’image. Le Liban est une mosaïque de gens qui parlent la même langue mais qui évoluent différemment. Ce pays n’en est pas vraiment un, car il n’y a pas quelque chose qui cimente les gens à part la langue, la bouffe et le cèdre. Il y a un fossé entre les communautés, entre les libéraux et les conservateurs, les religieux et les séculaires. Et c’est ça qu’on a voulu illustrer.

PAN M 360 : Comment cela prend-il forme musicalement?

RAMI KHALIFÉ : Cette diversité se reflète dans ma musique. Parce qu’on voyage aussi dans ma musique. Il n’y a pas un seul fil conducteur, ça va dans des directions différentes. Cette musique est libre, elle ne se conforme pas à une idée, à une tonalité et le Liban c’est un peu comme ça au final. C’est un pays où il y a un peu de tout en fait, ce n’est pas blanc ou noir. Il y a aussi des ententes de façade entre chrétiens et musulmans, ils peuvent s’entendre et même devenir amis. Mais si tu vas au fond des choses, cela peut être différent… Le mariage civil n’est pas autorisé au Liban, par exemple, même si des gens de confessions différentes se marient, ce qui est de plus en plus commun. Le pays est à la traîne sur cette question et il reste beaucoup de musulmans et de chrétiens qui ne s’entendent pas du tout ensemble. Et il y a des athées, des agnostiques, il y a des punks, les travailleurs immigrés, Syriens, Palestiniens, Africains… il y a de tout dans un espace restreint. On y trouve le microcosme du monde, en fait. On a parlé de tout ce monde qui n’est pas toujours respecté.

PAN M 360 : Votre approche serait-elle une nouvelle forme d’orientalisme?

RAMI KHALIFÉ : Oriental serait réducteur si on essayait de décrire ma musique, le piano est un vecteur, un instrument de communication. Je ne me limite pas à utiliser le piano comme on l’utilise d’habitude, je le traite d’une manière différente, j’essaie d’en exploiter toutes les composantes et de le considérer comme un orchestre. C’est pourquoi j’utilise divers traitements dans le piano. La table d’harmonie, l’usage du piano comme instrument à cordes ou instrument de percussion. Le travail avec l’ingénieur du son est aussi important, on utilise notamment beaucoup de réverbération, de délai. On essaie vraiment d’augmenter le piano, le rendre orchestral et lui donner une dimension plus large. Ma personnalité se reflète dans ma musique, c’est-à-dire que je ne veux pas me limiter. Je me considère comme un chef cuisinier ou un scientifique dans un laboratoire, j’essaie de travailler sur une cuisine personnelle en mettant ensemble plusieurs ingrédients, piments, épices, goûts, saveurs. Ma musique reflète ma vision du monde, bien au-delà du Liban, elle reflète aussi mes nombreux voyages, rencontres sur les cinq continents. C’est une musique sans filtre où je me dévoile vraiment, avec une envie de générosité, d’aller vers l’autre, au-delà des frontières. C’est une musique qui voyage partout.

PAN M 360 : Comment votre style a-t-il évolué au fil du temps?

RAMI KHALIFÉ : À mes débuts, mon travail était plus proche des musiques contemporaines occidentales. J’étais très influencé par des compositeurs comme Ligeti, Berio… J’ai aussi beaucoup d’influences en musique électronique, de Laurent Garnier à Boards of Canada, le jazz peut-être un peu moins, aussi les musiques atmosphériques ou méditatives. Il y a aussi une intensité punk, rock ou même métal. 

PAN M 360 : Quel est votre rapport à la virtuosité?

RAMI KHALIFÉ : Très bonne question. Ayant fait des études classiques, j’ai vraiment bouffé de la virtuosité. La technique est un élément important, j’ai avalé des gammes, j’en ai fait plein. Mais la virtuosité ou la technique n’est pas quelque chose qui m’obsède, je l’utilise comme un moyen de réaliser ce que j’ai en tête mais je n’ai pas du tout ce désir d’impressionner. De moins en moins, d’ailleurs. Plus j’avance dans la vie, plus j’aime l’idée que « less is more ». Lorsque, par exemple, Franz Liszt était à la fin de sa carrière, ses œuvres étaient devenues plus simples, moins complexes, moins virtuoses et… plus belles. Le plus difficile est de faire les choses simplement, et de toucher les gens avec ces choses simples. C’est peut-être la plus belle technique au final. Car la technique au service de la technique n’a aucun sens pour moi. 

DANS LE CONTEXTE DU FESTIVAL DU MONDE ARABE DE MONTRÉAL, RAMI KHALIFÉ SE PRODUIT CE DIMANCHE, 20h, AU CLUB SODA. POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI.

Mathieu Arsenault, alias SEULEMENT, a publié son premier album, Ex Po, en novembre 2021. Composé de huit titres, ce projet se dévoile comme étant une combinaison de sonorités électroniques et l’apparition de la voix envoûtante de l’artiste.

Lorsqu’il crée, SEULEMENT puise une majeure partie son inspiration dans l’architecture contemporaine. « Mon univers est fait de multiples équilibres rythmiques qui sont souvent très étranges et instables. C’est ce que m’inspire l’architecture », indique-t-il. 

Au cours des dernières années, Mathieu Arsenault a fait partie de la formation anglophone Technical Kidman. D’ailleurs, Ex Po est son premier projet en français. « D’être invité à Coup de cœur francophone après mon premier album en français en solo, c’est très flatteur », ajoute-t-il.

Dans le cadre de Coup de cœur francophone, SEULEMENT va fouler la scène du Bar l’Escogriffe en compagnie de Teenage Witch, le 3 novembre prochain à 22 h. Ce festival, qui se déroule du 3 au 13 novembre, a pour but de promouvoir la musique francophone sous toutes ses formes. Une multitude de spectacles auront lieu à Montréal, au cours des deux prochaines semaines.

Pan M 360 a discuté avec SEULEMENT de son univers musical, de ses inspirations et de sa participation à Coup de cœur francophone cette année.

PAN M 360 : Quelle est votre inspiration principale, lorsque vous créez?

SEULEMENT : C’est très dur à dire. J’ai l’impression que ce qui m’inspire m’échappe. L’architecture contemporaine m’influence beaucoup, c’est sûr. C’est à partir de ça que j’imagine mes formes et mes structures musicales.

PAN M 360 : Votre univers est atypique et très immersif. Pouvez-vous nous le décrire?

SEULEMENT : Mon univers est fait de multiples équilibres rythmiques qui sont souvent très étranges. Les pulsations sont multiples et ma musique peut paraître très instable. Comme je l’ai mentionné plus haut, l’architecture contemporaine m’inspire grandement et c’est dans ça que je vais puiser ces instabilités.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous véhiculer par l’entremise de votre musique?

SEULEMENT : Ma musique se veut très émotionnelle et débordante d’énergie. J’ai créé ces chansons pendant une période de ma vie qui était très riche en émotions, et c’est ce que je veux transmettre. Aussi, ce que je crée est très personnel et libre à l’interprétation. Je n’ai pas de message précis et je veux que mes auditeurs s’approprient mes pièces à leur manière. Mes spectacles sont très engagés, sensoriellement; ça clignote beaucoup. Je pense que ça contribue au message que j’envoie.

PAN M 360 : Qu’est-ce que le festival Coup de cœur francophone représente pour vous?  

SEULEMENT : Ce festival est quelque chose de nouveau pour moi. J’étais vraiment content lorsque j’ai reçu l’invitation. La musique francophone c’est aussi nouveau, pour moi. Je viens du milieu de la musique électronique et de l’art numérique. De plus, j’ai fait partie d’un band de rock anglophone pendant près de dix ans. D’être invité dans un tel évènement, peu de temps après la sortie de mon premier projet solo en français, c’est extrêmement flatteur et j’en suis très reconnaissant.

PAN M 360 : Quelle est l’importance de la langue française dans votre processus créatif?

SEULEMENT : Ça faisait longtemps que je voulais essayer de créer en français. J’ai été inspiré par plein d’artistes d’ici et d’ailleurs qui font de la musique différente, dans leur langue maternelle. Je me suis dit que si ces personnes en étaient capables, je pouvais le faire aussi. Je crois que de créer en français rend ma musique plus singulière.

Photo : Coup de coeur francophone.

SEULEMENT SE PRODUIT CE JEUDI 3 NOVEMBRE À 22 H AVEC TEENAGE WITCH, À L’ESCO, À L’OCCASION DE COUP DE COEUR FRANCOPHONE. INFO ET BILLETS ICI!

L’artiste montréalais L.Teez vient de lancer l’album Studio Blue, au confluent du hip-hop, du jazz et de la soul. Avec prestation en prime, une soirée de lancement est prévue au Petit Campus ce jeudi 3 novembre. 

Né en France d’une mère montréalaise afro-chinoise d’origine jamaïcaine et d’un père parisien de souche kabyle algérienne, Lee Terki a emménagé tout petit avec sa famille au Québec. Depuis qu’il est tout petit, il baigne dans la musique. Il a étudié pendant six ans à l’école FACE et son père est un professionnel de l’industrie musicale. « J’ai passé beaucoup de temps de mon enfance à écouter de la musique et à être dans des concerts, dans des festivals », fait-il observer. 

Dans son dernier projet, le MC mélange avec aise hip-hop et jazz, deux sillons de la musique très prisés au sein de sa famille. Ici, on ne parle pas seulement de quelques samples tirés de chansons jazz. Dans Studio Blue, on a affaire à une trame de jazz mâtinée de soul, enregistrée en studio avec des musiciens de très bon niveau. On ne s’étonnera pas qu’il ait voulu rendre hommage à Kind of Blue de Miles Davis, un album important dans sa vie. 

Dans sa création, L.Teez est aussi grandement influencé par le cinéma, un art chéri par sa maman cinéphile qui lui a transmis cette passion. « Dans Studio Blue, je fais référence à Annie Hall, Spike Lee et le film Septième Ciel », indique le rappeur.

La ville de Montréal est une autre source d’inspiration: « J’ai toujours habité le Mile-End depuis que mes parents sont à Montréal. La culture de la ville est très présente dans ma musique », poursuit-il. Dans ce Studio Blue, L. Teez slalome entre le rap et le chant, son flow est fluide et efficace. Certaines de ses intonations, d’ailleurs, peuvent rappeler celles du rappeur américain Westside Gunn. Le résultat est franchement impressionnant.

Sous licence chez Hydrophonik Records, L.Teez a collaboré avec de nombreux artistes d’ici pour la création de son album, dont Clerel, Mel Pacifico, Lea Keeley, Burton White et Elmnt. Voilà pourquoi Pan M 360 a discuté avec l’artiste de Studio Blue, de ses influences ainsi que de son processus créatif. 

PAN M 360 : Quelle étape aimez-vous le plus dans votre processus créatif ? 

L.TEEZ : C’est certain que j’aime l’écriture. Cependant, je n’écris pas chaque jour. Il y a des artistes qui le font, mais je n’y arrive pas. Ce que j’aime le plus c’est d’être au studio et de créer les arrangements musicaux. J’aime être en studio avec des producteurs et des musiciens. La créativité est à son comble et j’adore ça. Je m’y sens extrêmement bien.

PAN M 360 : Comment est né Studio Blue?

L.TEEZ : Quand j’étais au CÉGEP, j’ai découvert le projet Kind of Blue de Miles Davis. J’ai trouvé cet album incroyable. La musique de Miles me fait ressentir énormément d’émotions. L’écoute de Kind of Blue m’a ouvert sur le jazz et sur d’autres styles musicaux. Avec mon projet, j’ai voulu rendre hommage à cet album. Aussi, j’ai enregistré Studio Blue dans un studio qui se nomme réellement Studio Blue. C’était un studio avec des outils analogiques. Mon expérience dans cet endroit est mémorable. Je n’avais pas d’autre choix que d’intituler mon projet Studio Blue. 

PAN M 360 : Pouvez-vous m’en dire davantage sur ce que signifie la pochette de Studio Blue?

L.TEEZ : Pour ce projet, je voulais qu’un artiste crée dans le style de Jean-Michel Basquiat, un artiste que j’affectionne beaucoup. La majorité des éléments présents sur la pochette sont des références à ma vie personnelle. Tout d’abord, il y a un clin d’œil à l’entrepreneur afro-montréalais Rufus Rockhead, qui fut le propriétaire du Rockhead’s Paradise, soit un club de jazz ouvert à Montréal il y plusieurs années. Tous les grands du jazz y sont venus par le passé et peu de gens le savent. C’est un petit hommage à cet endroit mythique. Ensuite, il y a aussi un pot à vapeur qui fait référence aux nombreux dimsums que j’ai mangés avec mon père. La nourriture occupe une grande place dans ma vie, je travaille dans le milieu de la restauration depuis plusieurs années. D’ailleurs, on retrouve sur la pochette un pingouin avec une bouteille de vin qui fait référence à ça. Un autre élément est le canon qui représente Arsenal, mon équipe de soccer préférée. Bref, il y a tout plein d’éléments symboliques et je suis très content du résultat final. 

PAN M 360 : 5680 Rue Bach, un morceau qui rend notamment hommage à votre grand-père, est exposé deux parties. Pourquoi avez-vous fait ce choix? 

L.TEEZ : Je voulais avoir une pause musicale au milieu de mon album. Je voulais des cordes pour un intermède. Aussi, je voulais faire une chanson hommage à mon grand-père. Ainsi, j’ai combiné les deux pour faire 5680 Rue Bach. Au début, les deux parties ne faisaient qu’un. La séparation a été faite pour faciliter l’écoute de mes auditeurs. Je me suis dit qu’en séparant la partie instrumentale de la partie rap, ils allaient pouvoir mieux écouter la partie qu’ils souhaitent entendre. 

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PAN M 360 : Selon vous, pourquoi le rap et le jazz se combinent-ils aussi efficacement ?

L.TEEZ : Le rap et le jazz ont une histoire d’amour qui dure depuis bien longtemps. Je crois que ces deux styles se mélangent aussi facilement en raison de leurs racines communes. Ce sont deux genres très émotifs. Les gens se reconnaissent dans le rap et le jazz. Selon moi, c’est pour ces raisons que la combinaison des deux est aussi parfaite. 

PAN M 360 : Il y a aussi de la soul à profusion dans Studio Blue. Alors comment la chanson Never Thought est-elle venue au monde avec Clerel?

L.TEEZ : Depuis plusieurs années, je suis un grand fan de Clerel. C’est probablement mon chanteur préféré de la ville en ce moment. On s’est rencontrés pour la première fois dans une jam session à Montréal. Le producteur de Jessie Reyez, et moi avons construit l’instrumentale, je voulais y mettre la totale, puis j’ai demandé à Clerel si ce morceau l’intéressait. Il a accepté et il est venu en studio. Il a écrit le refrain très rapidement et on a bouclé le morceau. Je suis très fier du résultat. 

De ce côté de la flaque, on avait un peu perdu la trace de cet Helvète, chevelu Bernois s’exprimant en langue locale mais aussi en français depuis l’époque de son tube Déjeuner en paix, lancé au tournant des années 90 sur l’excellent album Engelberg.

Des deux côtés de la flaque, plusieurs musicophiles francophones on pense ici à celles et ceux ayant traversé leur jeune vie adulte dans les années 80-90 avaient suivi les transhumances de Stephan Eicher. Puis, pop culture oblige trop souvent, on passait à d’autres sujets. Ainsi, il était devenu un souvenir jusqu’à ce qu’on nous propose cette interview avec l’auteur, compositeur et aussi interprète d’écrivains de haute volée tels Philippe Djian et Martin Suter. 

Ode, son 17e album studio, a été lancé fin octobre. On reconnaît la patte, on retrouve ces références pop de création, cyber-folk de chambre assorti d’arrangements fins et entrelardé de tensions rock.

On nous propose cette interview, quasi une vie après la série de conversations tenues avec le chanteur. Ben oui pourquoi pas?! Un appel interurbain est planifié. Il est alors permis de renouer avec un passé lointain et un réel présent. 

De l’autre côté de la flaque, Stephan Eicher reprend contact avec ce côté-ci.


PAN M 360 : Hello Stephan! Je ne sais pas si tu te souviens, on s’est parlé quelques fois jadis et on ne s’est pas parlé depuis près de 30 ans. Mais.. we are still around! 

STEPHAN EICHER : Ah c’est toi Alain! Oui 30 ans… on a un peu grisonné!

PAN M 360 : À condition d’avoir encore des cheveux, ce qui n’est plus exactement mon cas, ha-ha!

STEPHAN EICHER : Je me souviens encore du Spectrum… 

PAN M 360 : Le Spectrum n’existe plus. Il a été remplacé par deux tours de 60 étages!

STEPHAN EICHER : Ha! La vie moderne… De mon côté, en tout cas, je prends chaque année avec plaisir.

PAN M 360 : Très content de te l’entendre dire! Alors puisque nous y sommes de nouveau, commençons par les textes de ce nouvel album, majoritairement écrits par Philippe Djian. Cela nous indique que tu est resté fidèle à l’auteur depuis tes débuts professionnels, lui de même avec toi.

STEPHAN EICHER : Ce serait un peu bête de le changer non? Son écriture me va parfaitement. Je ne vois pas quelqu’un d’autre en France qui me convienne autant. Je ne vois pas pourquoi je changerais le meilleur en ce qui me concerne. Avec Antoine de Caunes, le journaliste qui nous avait présentés, c’est l’ami français le plus fidèle. Ça se ressent dans l’écriture, car il écrit vraiment pour ce que je sais faire, pour ce que je sais chanter et il n’écrit pas pour ce que je ne sais pas chanter. Chaque fois qu’on travaille ensemble, on s’amuse à se surprendre et à sortir de nos cases.

PAN M 360 : Semble-t-il que tu as été très productif pendant la pandémie. Raconte!

STEPHAN EICHER : J’ai fait trois disques pendant la pandémie, dont un pour Salvatore Adamo, un autre avec Martin Suter et le mien avec Philippe Djian. On a vraiment travaillé fort pendant la pandémie! On ne pouvait se retrouver dans les lieux publics, on devait louer des chalets et des manoirs dans les alpages suisses. J’ai pu alors travailler avec d’excellents musiciens. 

PAN M 360 : Vis-tu de nouveau en Suisse?

STEPHAN EICHER : J’habitais en Camargue depuis un bon moment, une douzaine d’années. Je suis rentré en Suisse pour accompagner mes parents qui étaient très vieux et qui sont tous deux morts pendant la pandémie. Ce n’était pas simple. Pour l’instant, je vis provisoirement en Suisse, chez des amis qui m’ont prêté un appartement. La prochaine étape sera l’Italie où je compte m’installer avec ma famille. J’ai vendu la maison de Camargue pour produire cet album, je me retrouverai bientôt en Italie. J’ai un plan pour passer un an à Venise.

PAN M 360 : Prenons quelques chansons de cet album pour en comprendre un peu la gestation.

STEPHAN EICHER : Ah! D’accord.

Autour de ton cou fut la première chanson écrite avec mon pianiste et multi-instrumentiste hollandais Reyn Ouwehand, excellent musicien qui a d’ailleurs fait tous les arrangements et orchestrations. J’habitais encore en Camargue et il était venu pour deux ou trois jours pour commencer le travail. Il avait sorti son téléphone en mauvais état et m’a fait écouter un extrait d’une musique. La mélodie, très mélancolique, était mal enregistrée mais elle m’a vraiment touché. Je l’ai soumise à un programme informatique qui en reproduirait les notes. Le tout fut ensuite recraché dans mes vieux synthés qui traînaient dans mon studio. Puis un texte de Philippe est apparu, je l’ai chanté sur cette musique, j’ai conservé la deuxième prise. Tout ça est venu comme un cadeau! Ce n’était pas du travail et c’est très rare que ça se produit.

Le plus léger au monde est une adaptation que j’ai faite d’une chanson allemande composée par un obscur groupe indie rock de Hambourg, qui exprime exactement ce que je voulais partager. Ça raconte quelqu’un qui se réveille et qui ne sait pas où il a dormi. Le lit semble être un lit d’hôpital, la personne qui se lève doit alors réapprendre à marcher et à parler. C’est une renaissance. Après la pandémie, j’ai eu ce sentiment de renaissance. Dans la deuxième partie de cette chanson, j’écris le sentiment d’un ado lorsqu’il branche une première fois la guitare dans un ampli et que ça fait un feedback. Il s’exclame « Yes, c’est ça que je veux faire dans la vie »! Et il fait sa première chanson à deux accords avec son premier groupe de rock. Cette chanson me rappelle pourquoi j’apprends encore à vivre à travers la musique, ce bonheur créatif, cette rencontre de gens inspirés. 

Dernière chanson de l’album, Éclaircie suit la chanson Orage. Il y a aussi cet orage qu’on a traversé et qui n’est pas fini, lorsqu’on voit ce qui se passe en Ukraine. Je crois néanmoins que le ciel finit toujours par s’ouvrir. Qu’il y a toujours une éclaircie. J’essaie de le dire d’une manière à la foie mélancolique et lumineuse. Il faut rester plutôt optimiste, on n’a pas le choix.

PAN M 360 : Cet album illustre une fois de plus que tu aimes à la fois le lo-fi et la sophistication orchestrale.

STEPHAN EICHER : Oui, je crois que les partitions lisses et soignées d’un orchestre doivent être accompagnées par une guitare qui égratigne en contrepoint. Pour illustrer la lumière, il faut choisir une pièce noire et allumer une bougie! Travailler avec les extrêmes, ça fonctionne pour moi, j’aime qu’une chanson très basique se complète par des arrangements fins et soignés.

PAN M 360 : Arrive l’âge de 62 ans, ton âge. Bon pour toi? Bon pour ton esprit créateur?

STEPHAN EICHER : Depuis que j’ai 16 ans, je traîne un carnet dans lequel je note mes idées au fur et à mesure. J’y note mes concepts, mes idées, les choses que j’aimerais réaliser, comme la tournée actuelle qui s’accompagne de tours de magie, ou encore m’accompagner d’une fanfare bernoise. Or, j’ai beaucoup trop d’idées pour les années de vie qu’il me reste, alors je dois faire des choix dans mon carnet. Je ne pourrai jamais tout faire ce que j’ai en tête. Mais jusque là, je suis heureux d’avoir fait ce que j’ai fait et j’apprécie même les rares moments où je n’ai rien en tête, en attendant la prochaine connerie qui me traversera l’esprit. 

PAN M 360 : Et quelle est la dernière connerie qui t’a traversé l’esprit?

STEPHAN EICHER : Ma nouvelle tournée implique des tours de magie, j’y cache des instruments, des artistes apparaissent, c’est une sorte de cirque où je m’amuse vraiment. L’idée de ce divertissement m’est venue parce que nous sommes aujourd’hui dans la merde. Alors je parle d’abord aux dieux je les interroge sur tout ce bordel et ils avouent qu’ils ne savent plus. Je leur dis alors que je trouverai un magicien qui nous sortira de ce merdier… en intervenant dans mon spectacle. Ainsi, nous sommes quatre musiciens sur scène, dont une harpiste connectée à de l’électronique. Ces musicien-nes sont beaucoup plus jeunes que moi, ils sont détachés de mon monde et c’est pourquoi je leur ai demandé de choisir les chansons du concert, afin d’avoir un regard neuf. Les magiciens? Ils sont cachés et je prends le crédit, ha-ha!

PAN M 360 : Tu as toujours travaillé avec l’électronique, de concert avec l’instrumentation acoustique ou électronique. 

STEPHAN EICHER : Oui, et j’ai même une carrière secrète en musique électronique. Je signe sous un pseudo, et personne ne sait que c’est moi. Je compose pour le théâtre ou le cinéma sous ce pseudo, sans que les gens sachent que c’est moi. Pour ce faire, j’ai une collection d’instruments électroniques, de vieux synthés genre Mini Moog, Korg MS-20, Akai S700, boîtes à rythmes ou synthétiseurs modulaires plus récents. J’ai tout gardé, depuis mes débuts, et j’utilise ce matériel sans faire appel aux ordinateurs. Tout est analogique, on est tout de suite à la maison.

PAN M 360 : Comment situer l’album Ode dans ton entière discographie, dans ta démarche globale?

STEPHAN EICHER : Mon répertoire existait sans cet album. Les gens qui cherchent des chansons de Stephan Eicher les trouvent. Alors pour ajouter à cette petite montagne de chansons, il fallait que le nouveau matériel soit pertinent et exprime clairement ma vision des choses. Je suis encore vivant, j’ai encore beaucoup de plaisir à écrire de la musique et à chanter chaque jour. J’adore mon métier, c’est ma vie.

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