Entre Frédéric Chopin et Wolfgang Amadeus Mozart mis en lumière dans son prochain programme, le pianiste montréalais Serhiy Salov identifie des points communs qu’il s’appliquera à nous faire entendre avec l’éloquence et l’expressivité qu’on lui connaît. 

Cette Carte blanche a ainsi été donnée au virtuose d’origine ukrainienne afin qu’il se produise de concert avec le Quatuor à cordes Pro Musica, constitué des violonistes Marie Bégin et Abby Walsh, de l’altiste Cynthia Blanchon et de la violoncelliste Noémie Raymond-Friset.

PAN M 360 : Cette carte blanche de Pro Musica, vous faites du Mozart et du Chopin dans un contexte de musique avec le Quatuor à cordes Pro-Musica. 

SERHIY SALOV :  J’ai un répertoire assez garni pour la musique de chambre, j’ai toujours adoré faire ça. C’est la première fois que je me produis pour jouer des concertos pour piano adaptés au quatuor à cordes, sorte d’hybride entre la musique de chambre et le concerto pour piano et orchestre. C’est une version plus restreinte mais ça donne plus de dynamique et de souplesse que l’on ne peut se permettre avec un orchestre symphonique. Donc il y a des atouts mais aussi des limites, la masse sonore n’étant pas la même.

PAN M 360 : Il fallait donc mettre au point l’exécution d’adaptation pour quatuor à cordes  de concertos de Chopin (le 1)  et Mozart (le 13) normalement joués avec orchestre. 

SERHIY SALOV : On a bien travaillé, c’était du nouveau répertoire pour les musiciennes. Ça ne l’était pas pour moi. On a échangé des idées, ça s’est bien passé en répétition avec cet ensemble monté récemment.

PAN M 360 : Un quatuor à cordes aussi récemment constitué peut-il mettre du temps avant d’acquérir un son digne de mention?

SERHIY SALOV : Oui et même pour les ensembles qui ont un certain âge, chaque nouvelle œuvre est un défi en soi. Un nouvel univers et un défi de symbiose avec le soliste. On a passé une douzaine d’heure à aborder les concertos de Chopin et Mozart, j’ose croire que nous avons préparé de belles versions.

PAN M 360 : Et que justifient les choix de Mozart et Chopin?

SERHIY SALOV : Ce sont mes choix! Chopin était un grand pianiste, un grand improvisateur et un compositeur déjà jugé grand de son vivant. Et pourtant il avait une certaine amertume, il voulait plus de reconnaissance. Il ne se prononçait pas très favorablement sur ses collègues et il n’avait presque pas de compositeurs préférés. Or, Mozart était parmi ses rares préférences, à tel point qu’il avait souhaité que son fameux Requiem soit joué à ses propres funérailles – à l’église de la Madeleine en 1849. 

PAN M 360 : Est-ce à dire que l’oeuvre de Chopin fut marquée par celle de Mozart?

SERHIY SALOV : Il aimait Mozart et ce n’était pas juste une admiration. Le mélodisme, la scansion de Mozart, l’esprit de ses airs et de ses phrases se sont traduits naturellement dans l’idiome romantique de Chopin. Lorsqu’on juxtapose les 2 concertos  au programme, on découvre des parallélismes non pas sur le plan stylistique mais sur le plan presque opératique.

PAN M 360 : Opératique?

SERHIY SALOV : La main droite de Chopin et celle de Mozart jouent des phrases dignes d’un opéra. L’autre compositeur préféré de Chopin était Vincenzo Bellini, qui n’écrivait que des opéras. Enfin bref, on peut croire que la nature pianistique de Chopin et de Mozart est vocale. La voix, il faut le rappeler, est l’instrument le plus ancien de l’histoire, celui avec lequel on a une connexion génétique. Avant Bach, les musiques les plus grandioses écrites en Europe étaient vocales. Il fut un temps, d’ailleurs, où jouer d’un instrument était considéré presque comme un geste de vulgarité, de débauche, un geste presque obscène, banni de certaines églises ou de certaines cultures.

PAN M 360 : Et l’évolution de votre propre jeu à travers ces œuvres?

SERHIY SALOV : Aujourd’hui, j’essaie d’appuyer plus justement sur l’aspect “scansion” – soit la manière d’énoncer. La texture a longtemps été importante pour moi car j’y exprimais ma virtuosité. Aujourd’hui je préfère miser sur la « vertuosité », c’est-à-dire la vertu nécessaire pour jouer devant quelqu’un, y exprimer une scansion, une poésie musicale, une certaine nuance. Tout ce qui est virtuose doit briller mais je ne travaille pas fort que pour ça. Ce côté scansion et expressivité, c’est devenu tout aussi important. 

PAN M 360 : Avec la maturité artistique, l’expressivité artistique devient un enjeu de plus en plus crucial, effectivement.

SERHIY SALOV :  Et c’est ce qui fait en sorte qu’un concerto qu’on joue depuis vingt ans ne va jamais s’émousser. Si on ne s’en tenait qu’au côté technique, on finirait par en avoir un peu ras le bol. La qualité des œuvres joue aussi : des concertos comme les 2 de Chopin ou les 27 de Mozart ne s’émoussent jamais car le génie se trouve dans les détails, dans ce côté vocal qui nous réchauffe le coeur et favorise l’évolution de l’expressivité des interprètes.

PAN M 360 : Difficile de ne pas parler avec vous du conflit armé entre Russie et Ukraine, puisque nous l’avions fait ensemble au tout début du conflit, alors que vous étiez invité par l’Orchestre Métropolitain. Votre pensée a-t-elle évolué depuis un an?

SERHIY SALOV : Mon attitude envers le pays qui a envahi l’Ukraine n’a pas beaucoup bougé. La chute de Marioupol fut pour moi une petite fin du monde, ça a exacerbé chez moi tout ce qui pouvait l’être dans le négatif.

PAN M 360 : Étant vous-même originaire de Donetsk, pas très loin de là, ce doit être d’autant plus douloureux.

SERHIY SALOV : Difficile de mettre ça en mots. On pense au mal et on souhaite que le bien punira le mal. Dans le cas de Marioupol, le mal est resté et  ça suscite chez moi un sentiment de vide profond. Il y a une dizaine d’années, un ami chinois me parlait de l’existence de camps de concentration dans son pays d’origine, je ne l’avais pas cru… Il y en a maintenant près de Marioupol!  

PAN M 360 : Ici cependant, on est loin de la zone de conflit et le Canada est très clairement favorable au camp ukrainien. Alors ?

SERHIY SALOV : Ici même à Montréal, vous savez, une poignée d’immigrants russes pro-invasion bénéficient de notre système social et se réjouissent que Marioupol ait été détruite. Ils affirment  même qu’on y construit une ville entièrement neuve. Je n’ai pas de mots pour décrire ça… C’est difficile à prouver mais si c’était faisable, ces gens devraient perdre leur nationalité canadienne.

PAN M 360 : L’Ukraine, cela étant, n’est pas un paradis démocratique. On y trouve des ministères corrompus et des militants d’extrême-droite qui prennent part aux conflits.

SERHIY SALOV :  En Ukraine, il y a des nazis.  Mais il en existe aussi  en France, au Québec, en Belgique, aux États-Unis. Il existe aussi une extrême droite en Israël. Cette posture semble inévitable dans les sociétés où il y a la gauche, le centre , la droite et des positions extrémistes. Pour ce qui est de la Russie, il faut rappeler qu’il y a déjà déjà eu des néo-nazis également. Des gens de couleurs se sont fait tabasser…

PAN M 360 : À l’évidence, l’ultra-nationalisme de droite n’est pas absent du paysage politique en Russie, même si on ne le nomme pas ainsi.

SERHIY SALOV : Des masses de citoyens russes se trouvent derrière (ce que je considère être) un néo-nazi. Qui nous dit qu’on est du même peuple que le sien. Alors ça valait la peine de tuer 30 000 personnes du soi-disant même peuple, juste à Marioupol? Là  même où un théâtre abritant des enfants reçoit une bombe d’une tonne et demie? Là même où les chiens affamés mangent les restes humains?  Marioupol est la plus grande tragédie militaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

PAN M 360 :  Difficile de le réaliser…

SERHIY SALOV : Et que dire du patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou qui bénit les icônes et les remet aux soldats qui partent en Ukraine! Je croyais que la pandémie de la COVID était surréaliste, je n’avais rien vu. Une guerre menée en Europe en 2023, c’est du surréalisme.

LA CARTE BLANCHE DE PRO MUSICA DONNÉE À SERHIY SALOV EST PRÉSENTÉE À LA SALLE PIERRE-MERCURE, 15H, LE DIMANCHE 19 FÉVRIER

PROGRAMME:

WOLFGANG AMADEUS MOZARTFantaisie en do mineur, k. 396
Concerto no. 13 en do majeur, k. 415
FRÉDÉRIC CHOPINBallade no. 2 en fa majeur, op.38




Concerto no. 1 pour piano en mi mineur, op.11p

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Quand le charisme rencontre le talent, associé à un esprit punk et une énergie hors-norme, cela donne naissance à l’incroyable Miley Serious! Cumulant les performances pour les plus grands clubs, les gros titres dans les magazines spécialisés, les sélections pointues, la gestion de son étiquette, la sortie de fanzines: cette jeune femme explose la scène électronique avec pétillance. Elle est devenue une véritable icône et une source d’inspiration pour toute une génération en Europe. Igloofest en partenariat avec Boiler Room l’ont invitée, le 9 février dernier, à ouvrir la soirée aux côtés de Tiga, TDJ et MRD. PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec Miley, tout juste arrivée de New York, avant son entrée sur scène.

PAN M 360: Selon mes critères, tu fais partie de la catégorie des femmes puissantes de la scène musicale. L’image que tu véhicules est très inspirante pour notre société. En effet, tu es manager de ton étiquette (99ctsrcrds), DJ résidente pour Rinse, invitée de choix à KILLEKILL (Berlin) ou au Rex Club (Paris), sans parler de la gestion hybride entre Paris et New-York. Est-ce que cette volonté d’encadrement maximum et de vision globale te viennent du milieu punk (DIY) ou est-ce un trait de ta personnalité?

Miley Serious: Déjà un grand merci pour tes mots qui me touchent beaucoup. Ça me fait énormément plaisir ! Je pense que tout ça vient de l’amour que j’ai pour le DIY c’est sûr. J’adore voir le résultat physique de mes propres efforts, sans intermédiaire! J’ai une maman et une famille extrêmement indépendante et manuelle, j’ai toujours vu le processus de création chez moi et ça m’attire toujours énormément de comprendre, de faire… C’est peut être aussi le côté de garder le contrôle qui me rassure. En tout cas, tout ça a été fait et travaillé sur une longue période de temps.

PAN M 360: Il existe une dizaine de références sur ton étiquette depuis son lancement. On peut y retrouver des tendances: Acid, Électro, Post-Punk, Techno, Hip-Hop, UK Bass…Peux-tu m’expliquer ta ligne directrice artistique quant à tes choix?

Miley Serious: Il en existe 13! Ma ligne directrice est basée sur un coup de cœur musical et une entente humaine avant tout. Souvent, je deviens proche des artistes avant de les sortir. Je pense que ça devient plus évident quand on devient une famille, une écurie forte en identité. Donc, je vais là où j’ai envie. Clairement, je vais avec la musique que j’écoute sur le moment.

PAN M 360: La dernière sortie en date -99CTS_013- est de l’artiste HYAS, avec son album intitulé Out of this world. C’est un beau mélange de juke, drum & bass, dubstep et UK garage. Est-ce que tu peux nous présenter ce petit bijou?

Miley Serious: Un petit bijou c’est clair!! Hyas est un de mes producteurs préférés en France. Il a une connaissance incroyable dans les genres que j’aime et arrive à les produire extrêmement bien sans que l’identité se fonde dans la masse. Cette release est incroyable! Je l’écoute tous les jours comme un album que j’ai découvert et dont je ne me lasse pas ! Il y a même deux tracks plus ambientes. Ça reflète tout ce que j’aime dans la musique mais sauf que je ne sais pas produire et Hyas l’a fait !

PAN M 360: Concernant tes mix, j’aimerais que tu nous confies tes secrets pour préparer tes sélections musicales (labels préférés, artistes, disquaires favoris ?…)

Miley Serious: En vrai, je n’ai pas de secret. J’y vais avec l’énergie du moment. J’ai juste les clés et les sacs pleins !

PAN M 360: Cette année Igloofest fête ses 15 ans d’existence et pour l’occasion, un spécial Boiler Room est sur la programmation dont tu es l’invitée. Ce n’est pas ton premier puisque tu as aussi performé pour un Boiler Room à Marseille, lors du Festival Bon Air en 2019. Quelle énergie veux-tu transmettre au public de Montréal à cette occasion?

Miley Serious: J’ouvre cette fois-ci. Exercice délicat quand tu as envie que ce soit la teuf directe. Mais, j’ai juste envie de leur montrer tout ce qui se passe en ce moment dans les clubs. J’ai l’impression d’avoir 16ans “again” et je revis vraiment de tout ce qui sort en ce moment. Alors, je vais montrer ce que j’écoute encore une fois: une scène hyper riche et très variée.

En attendant la diffusion du Boiler Room x Igloofest 2023, re-visionner celui de 2019 Boiler Room, Festival Bon Air, Marseille.

PAN M 360: Avant de se quitter, peux-tu nous dire quelques mots sur tes prochains projets?

Miley Serious: Des nouvelles sorties sur 99cts, des nouveaux zines.. une tournée en Australie dans quelques jours et encore des résidences qui me rendent extrêmement heureuse !

Pour débuter l’année 2023, PAN M 360 a réalisé une série d’interviews avec cinq artistes d’ici qui seront à surveiller au cours des prochains mois. L’entretien ci-dessous avec Sara-Danielle est le quatrième de cette courte série.

Née à Ottawa et ayant grandi à Gatineau, Sara-Danielle est aujourd’hui signée sur l’étiquette montréalaise Simone Records. L’an dernier, la chanteuse bilingue a dévoilé son EP Another Self, un mariage de synthpop et de R&B, ainsi que le titre ta peau, une excellente collaboration en français avec Jam Khalil alliant pop et rap.

Plus tôt en janvier, Sara-Danielle s’est isolée en chalet afin de se concentrer sur la création de son premier album. « C’est la première fois que je fais ça. J’ai toujours été une artiste qui compose ici et là lorsque l’inspiration se pointe le bout du nez. Cette fois j’avais vraiment envie de m’arrêter et de me forcer à créer. C’était vraiment bien », précise-t-elle.

Dans cet ouvrage, l’autrice-compositrice souhaite aborder des sujets tels que la liberté, la santé mentale et l’amitié. La sortie du projet est prévue pour 2024 et elle soutient qui si tout se déroule sans anicroche, on doit s’attendre à la sortie de quelques extraits d’ici l’an prochain.

Le 15 février prochain, Sara-Danielle participera à un spectacle vitrine au Pantoum dans le cadre du festival musical Phoque OFF. Elle jouera aux côtés de Fernie, blesse et Bibi Club.

Crédit photo Gaëlle Leroyer

PAN M 360 : Quels sont vos plans pour 2023?

SARA-DANIELLE : J’ai commencé l’écriture de mon premier album et je vais continuer cette année. Je travaille très fort là-dessus. Je prévois de publier un ou plusieurs titres en 2023 en attendant la sortie de mon projet.  

PAN M 360 : Comment se déroule la création de votre premier album?

SARA-DANIELLE : En ce moment je me concentre beaucoup sur la création du projet. Je lis beaucoup et j’écoute beaucoup de musique pour m’inspirer. L’album est en gestation en ce moment. Je pense petit à petit aux thèmes que je veux aborder. J’ai envie de parler de liberté et de santé mentale. C’est souvent commun chez les artistes d’avoir des problèmes de santé mentale et notre mode de vie peux être assez difficile. Je veux aussi parler de l’envie de vouloir s’évader de ses problèmes et de s’en sentir libéré. J’aimerais aussi parler d’amitié, car en ce moment je vis beaucoup de schisme dans mes relations interpersonnelles. 

PAN M 360 : Vous mentionnez des thèmes qui sont personnels. Est-ce difficile pour vous de parler et d’écrire sur de tels sujets?

SARA-DANIELLE : C’est certain que ça peut être difficile de m’ouvrir sur des sujets personnels, mais c’est important de le faire. Selon moi, c’est lors de ces moments d’inconforts que naissent les meilleures chansons. Lorsqu’on se montre vulnérable, on connecte réellement avec nos auditeurs.

PAN M 360 : Doit-on s’attendre à ce que votre premier album sonne comme votre dernier titre ou comme votre EP Another Self?

SARA-DANIELLE : Another Self et ta peau sont quand même assez différents. Je crois que ça va se situer entre les deux univers. Dans ma collaboration avec Jam Khalil, j’essayais quelque chose de plus pop tandis que mon EP était moody et infusé de synthétiseurs. Je vais tenter d’aller chercher un peu des deux. Je reste aussi ouverte à voir ce qui va émaner lors des sessions d’enregistrements.

PAN M 360 : Il y a quelques semaines vous êtes partie en chalet afin de vous concentrer sur la création de votre futur projet. Est-ce habituel pour vous de vous isoler afin de créer?

SARA-DANIELLE : C’est la première fois que je fais ça. J’ai toujours été une artiste qui compose ici et là lorsque l’inspiration se pointe le bout du nez. J’aime que la création soit au cœur de mon quotidien, car je m’inspire de ce que je vis. Cette fois j’avais vraiment envie de m’arrêter et de m’amener à créer sur une période d’une semaine. Je tente de forcer mon inspiration et de trouver de nouvelles techniques d’écriture. J’ai bien aimé l’expérience et j’aimerais le refaire prochainement.

PAN M 360 : En août dernier, vous avez sorti ta peau, une collaboration avec le rappeur Jam Khalil. C’était d’ailleurs votre premier titre en français. Souhaitez-vous créer davantage en français?

SARA-DANIELLE : Je ne suis pas fermée à l’idée de sortir d’autres morceaux en français, mais je ne souhaite pas nécessairement faire la transition de l’anglais au français. Au quotidien, je consomme beaucoup de musique et de littérature en anglais. Aussi, mon but demeure de m’ouvrir sur le monde et être accessible à l’international. Je ne veux pas oublier le Québec, mais j’aime l’idée de pouvoir rejoindre plus de personnes en anglais. J’ai aimé travailler avec des gens en français, j’ai fait de superbes rencontres. J’aime affirmer que je suis francophone à travers mon contenu, mais ce n’est pas mon objectif premier.  

PAN M 360 : Dans ta peau, votre musique et celle de Jam Khalil se mélangent aisément. Aimeriez-vous collaborer à nouveau avec des rappeurs? 

SARA-DANIELLE : C’est certain que c’est quelque chose que j’aimerais refaire, peut-être avec un artiste anglophone. J’ai vraiment aimé aller vers quelque chose de plus hip-hop et j’aime le contraste que ça peut amener dans mes morceaux. Ma voix est douce et quand le rap arrive, ça rend le tout plus tranchant.  

Honeydrip, talentueuse productrice et DJ montréalaise, a un parcours fascinant dans le monde de la musique. De cheerleader à l’école secondaire à l’étude de la musique électroacoustique à Concordia, en passant par l’animation d’une émission de radio sur les stations CJLO et n10.as, la sortie de son premier EP en 2021 et sa résidence chez Homegrown Harvest, elle s’est frayée un chemin unique qui l’a menée à sa participation à l’édition anniversaire des 15 ans d’Igloofest ce vendredi.

PAN M 360 : Que pouvez-vous me dire de votre relation avec la musique avant que vous ayez commencé à produire et à mixer ?

Honeydrip : Quand j’étais plus jeune, ma mère écoutait beaucoup de reggae dancehall donc j’ai une affection particulière pour ce genre. Quand j’ai commencé mes propres découvertes musicales, je suis allé vers des trucs comme le leftfield. Quand j’étais au secondaire, j’étais aussi cheerleader, c’est beaucoup de danse, de gymnastique, de pyramides, tout ça. En gros, c’est un enchaînement de trois minutes mais la trame sonore de ces trois minutes contient dix chansons. Si le tempo des morceaux ne correspond pas, il y a des coupures, mais des coupures qui ont un sens. Si le drop est sur le point d’arriver, on a le build up, et puis boom, c’est le prochain morceau. Je faisais des mixes de cheerleading à la maison, c’était une sorte d’introduction au mixage. J’utilisais ce programme qui permettait de jouer une chanson sur Internet et qui de l’enregistrer. C’était un peu ma façon de télécharger illégalement, je suppose. J’ai aussi été danseuse pendant une partie du secondaire, donc toujours des activités autour de la musique.

Je pense que j’étais plus du côté de la danse parce que je n’avais pas vraiment envie d’être productrice, je ne pense pas que je savais ce qu’était le DJing à cette époque. Mais la production semblait être une activité réservée aux personnes qui produisaient de la musique pour Lady Gaga ou quelque chose comme ça, c’était pour moi la seule façon de penser le métier à l’époque. Ce n’était pas vraiment quelque chose que j’avais en tête.

PAN M 360 : Alors, qu’est-ce qui vous a poussé vers le DJing ?

Honeydrip : Quand j’ai commencé l’université, il n’y avait pas d’équipe de cheerleading donc j’ai dû trouver une nouvelle activité extracurriculaire. J’ai vu qu’il y avait la radio CJLO à Concordia. Je me suis inscrite comme bénévole et ça s’est bien passé car j’ai gagné le prix de la meilleure nouvelle émission la première année où je l’ai fait et ensuite j’ai fini par gravir les échelons et devenir directrice de la programmation musique électronique. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à apprendre à mixer quand je passais à la radio parce que je voulais fusionner les morceaux et ne pas avoir de silence radio dans mes émissions.

PAN M 360 : Est-ce que c’est l’émission « Waves of Honey » que vous présentez sur n10.as ?

Honeydrip : Oui, je ne fais plus l’émission sur n10.as mais c’est ça. Ça a commencé sur CJLO et c’était chaque semaine le dimanche soir pendant 4 ans. A un moment donné, je faisais n10.as et CJLO simultanément. Mais je devais aller physiquement à la radio, je le faisais en vélo et ça me prenait trop de temps. Alors j’ai fini par arrêter CJLO, et je n’ai fait que n10.as, qui était une fois par mois. J’ai fait ça pendant trois ans, puis j’ai arrêté parce que j’ai réalisé que je ne l’utilisais pas comme un outil pour créer de l’engagement et que je n’avais tout simplement pas l’énergie et le temps de l’utiliser correctement. Cela me prenait du temps que je voulais consacrer à la production.

PAN M 360 : Et à côté de tout cela, vous avez également étudié la musique électroacoustique à Concordia. Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans ce programme ?

Honeydrip : Je me suis beaucoup améliorée en matière d’autodiscipline et j’en suis très heureuse, mais avant, c’était une chose avec laquelle je me battais. Je voulais apprendre à produire et j’avais les outils, mais je ne le faisais pas. J’ai pensé que si je m’inscrivais à un programme d’études qui m’obligerait à produire, ce serait le meilleur moyen pour moi de m’y mettre et d’apprendre. Et c’était le cas ! Alors j’ai postulé et dans ma candidature j’ai soumis une pièce où je superposais 13 fois la voix de Danny Brown, acapella, d’une manière bizarre. Et puis l’autre, qui s’avère être une proposition classique – mais je pensais être si créative à l’époque – était d’utiliser les sons du métro de Montréal. Oui, il s’avère que chaque année quelqu’un utilise les éléments sonores du métro de Montréal pour faire une pièce. Et ça a marché ! J’ai seulement fait une mineure en électroacoustique parce que je me spécialisais dans le marketing. Mais c’était un programme vraiment génial, j’ai beaucoup appris, surtout de mes pairs, des gens extraordinaires qui font encore aujourd’hui des choses géniales.

PAN M 360 : Que pensez-vous avoir gardé des études électroacoustiques dans le travail que vous faites maintenant et la façon dont vous travaillez aujourd’hui ?

Honeydrip : Une chose que j’ai gardée en terme d’approche de la production est que je travaille beaucoup avec des fichiers audio et moins avec le MIDI, et c’est quelque chose que nous faisions beaucoup en électroacoustique. Nous utilisons ce programme appelé Amadeus avec lequel vous pouvez vraiment aller en profondeur dans vos extraits sonores. Je travaille généralement beaucoup avec des audios, je les découpe et les utilise comme des petits sons glitchs. C’était donc quelque chose que je faisais beaucoup en électroacoustique et je conserve aussi une approche créative de la production où l’on se concentre vraiment sur l’unicité du son, en allant très loin dans les effets et autres. En électroacoustique, nous faisons beaucoup de choses comme la spatialisation, que je ne fais pas vraiment parce que je garde ma musique en stéréo, mais c’est vraiment quelque chose que j’aimerais explorer à nouveau.

PAN M 360 : Quelles sont les matières premières avec lesquelles vous travaillez le plus ?

Honeydrip : Au début, j’avais cette mentalité typique « Oh, je n’utilise que des samples et ce n’est pas ma musique », mais finalement je me suis éloignée de ce point de vue parce que je ne vais pas commencer à faire tous mes propres kicks et autres. Si les gens le font, c’est vraiment cool, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire. Pour ce qui est sons percussifs, j’utilise des échantillons et j’essaie de les éloigner de leur son original en utilisant des effets et d’autres choses. Sinon j’ai un Arturia MicroFreak, j’aime l’utiliser pour les sons principaux. J’enregistre des sons de micro, des sons de terrain et je les transforme. Je travaille sur un album en ce moment et celui-ci a beaucoup de sons créés par feedback et l’utilisation de pédales.

PAN M 360 : Pouvez-vous me parler un peu plus de l’album sur lequel vous travaillez ?

Honeydrip : Je travaille sur une sorte d’extension de mon premier EP, qui a exploré le dub reggae, le dancehall, mais dans un contexte de dancefloor, et en gardant mes styles comme la musique électronique basse, le left field, donc c’est une sorte de chapitre deux. Il va être publié sur un label au Royaume-Uni. Les singles vont commencer à sortir pendant l’été et ensuite l’album peut-être au début de l’automne ou à la fin de l’été. 2023 pour sûr, et je travaille sur mes premiers sets live.

PAN M 360 : Vous êtes DJ résidente pour Homegrown Harvest, pouvez-vous m’en dire plus sur ce projet ?

Honeydrip : Homegrown fait un très bon travail en faisant venir des artistes internationaux et en assurant une sorte de liaison, c’est-à-dire la relation entre les artistes locaux et les artistes internationaux qui passent par là, donc c’est vraiment cool. Le collectif comprend Lia Plutonic, Pascale Project, Lis Dalton, Dileta, Zi ! et moi. Au début, ils gardaient surtout leurs résidents à l’affiche, mais maintenant ils s’ouvrent et font venir d’autres locaux. C’est en train de devenir une plaque tournante pour tous les DJs de la scène électronique de Montréal.

PAN M 360 : La scène dance music underground de Montréal a un côté anglophone et un côté francophone. Comment pensez-vous que ces deux communautés sont connectés (ou pas) ?

Honeydrip : C’est marrant que tu le dises parce que ça me fait réaliser que je suis plus du côté anglophone et que je ne suis pas très familière avec ce que fait le côté français. Je sais qu’ils sont plus dans la techno. Homegrown Harvest [collectif anglophone] et Noreiner [collectif français] viennent de faire un événement ensemble. Je pense que les deux parties ont réalisé qu’il était peut-être temps de commencer à combiner leurs forces. C’est peut-être quelque chose qui n’a pas aidé à Montréal, que les gens essaient toujours de faire leur truc chacun de leur côté et ne mettent pas leurs forces en commun pour élever la ville dans son ensemble, donc je suis heureuse de voir ce genre de connexions se faire !

PAN M 360 : En mai 2022, vous avez participé au NON-STOP, un événement de 36h de dance music organisé par MTL 24/24 à la SAT. C’est une étape importante pour la scène underground de la dance music, vous ne pensez pas ?

Honeydrip : Je pense que c’est vraiment incroyable ce qu’ils font. Le fait d’avoir une licence d’alcool tardive est quelque chose qui a été essayé à Montréal il y a quelques années, et il me semble que le gouvernement l’a fait annuler avant même la période d’essai. Je pense que c’est génial que non seulement MTL 24/24 l’ait fait une fois, mais qu’ils l’aient fait plusieurs fois maintenant et que ça semble fonctionner. En comparaison avec l’Europe, la scène underground canadienne souffre vraiment parce que le gouvernement ne reconnait pas notre valeur. Et bien que, par exemple, au Québec, il y ait tant de festivals et beaucoup d’argent, les artistes qui en font partie ne représentent pas nécessairement la scène underground. Au lieu de cela, la scène underground est considérée comme une sorte néfaste, les organisateurs se prennent contraventions, les soirées sont arrêtées. D’autant plus qu’après le COVID, le paysage a vraiment changé, comme si le raving était beaucoup plus facile avant le COVID. Donc ce que MTL 24/24 fait est génial.

On ne présente plus Lydia Lunch. Égérie underground, grande prêtresse du no wave, cette artiste insaisissable n’a jamais cessé de façonner une (volumineuse) œuvre dérangeante, déstabilisante, provocante, audacieuse et hostile, que ce soit par le biais de sa musique, de ses créations littéraires, de sa poésie ou comme actrice. Aujourd’hui encore, à 63 ans, elle demeure toujours aussi pertinente dans son impertinence.

De Teenage Jesus and the Jerks jusqu’à Big Sexy Noise, en passant par 8-Eyed Spy et ses multiples albums solos et collaborations, la Queen of Siam revisite son impressionnante carrière musicale avec son groupe Retrovirus. dans le cadre du Taverne Tour.

À quelques jours de son passage à Montréal, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec cette légende vivante de la contre-culture. Affable, généreuse, blagueuse et animée d’une passion qu’on sent toujours brûlante, elle nous a entretenu à bâtons rompus du no wave et de Retrovirus bien sûr, mais aussi de son rapport avec la mort, de certains de ses projets et de son singulier désir de vendre la totalité de son œuvre.

PAN M 360 : Tu es souvent associée à l’underground new-yorkais, comment cette ville a-t-elle influencé ton travail ? Et l’influence-t-elle encore ?

Lydia Lunch : Comment ai-je influencé ce qui s’est passé à New York tu veux dire ? D’accord, soyons clairs. J’ai d’abord été influencée par la littérature. Donc si j’étais influencée par la littérature d’Hubert Selby Jr et son Last Exit to Brooklyn à 12 ans, si j’étais influencée par les écrits de Henry Miller, j’étais bien préparée à ce que New York pouvait, devait ou allait être. J’avais déjà une idée préconçue de ce que je devais faire avant d’arriver ici, en un sens. J’ai moins vécu à New York que dans d’autres endroits, ce qui est bizarre. C’est parce que je suis arrivée ici en 76 jusqu’en 79, ou 80. J’ai déménagé à Los Angeles pendant deux ans, à Londres pendant deux ans, de retour à New York pendant quatre ans, San Francisco, Pittsburgh, la Nouvelle-Orléans, Barcelone pendant huit ans… Mais comme quelqu’un l’a dit un jour, je suis peut-être ce que New York était autrefois, je ne sais pas….

PAN M 360 : Cette ville a beaucoup changé au cours des 30 dernières années. Penses-tu que ces scènes artistiques et musicales underground des années 70 et 80 pourraient exister aujourd’hui ?

Lydia Lunch : Si nous voulons faire de l’histoire, ce que j’aime beaucoup, les scènes sont cycliques. Par exemple, nous commencerons par les années 20 à Paris, les années 30 peut-être à Berlin, ou encore les années 50 à Chicago, les années 60 à San Francisco, les années 70 à New York, Londres, Los Angeles, et puis les années 80… Je ne sais pas ce qu’il est advenu de la musique dans les années 80, elle est allée de travers….. Je pense qu’avec l’arrivée d’Internet, il y a eu moins d’urgence à être dans un endroit précis, et tout est devenu plus cher aussi. Et puis à la place des clubs, qui ont disparu maintenant, il y a eu de plus grands festivals. Tout est toujours en train de changer. Les choses ne peuvent pas rester les mêmes. Je veux dire, j’aimerais que ce soit Paris dans les années 20, mais ce n’est pas le cas. Tu vas n’importe où, ce n’est plus ce que c’était. Mais il y a toujours des éléments radicaux quelque part. Je vais te donner un tout petit exemple qui m’a bien réjoui dernièrement : des jeunes du secondaire IV et V à la bibliothèque de Brooklyn se considèrent comme des luddites, ils sont anti-technologie, ils lisent des livres, ils écrivent et ne se connectent pas à Internet et je me dis : « Ça c’est une forme de rébellion ! » Parce que nous savons à quel point l’Internet peut être une manie électronique qui suce l’âme et quand les jeunes le refusent, cela signifie qu’ils veulent une expérience de vie réelle.

PAN M 360 : Tu étais et est toujours étroitement associée au mouvement no wave. Peux-tu nous parler un peu de cette scène ? Était-ce même une scène ?

Lydia Lunch : Chéri, toute son histoire a été écrite, mais laisse-moi définir ce qu’est le no wave. Je me considère toujours comme une artiste no wave. Quand tu entends du punk rock, de l’opéra, du classique, de la musique pour piano, de la pop… tu as une idée de ce qui définit ce son. Mais avec le no wave, non ; ce genre n’a même pas de relation avec lui-même. C’est beaucoup plus dada ou surréaliste, c’est discordant, ce n’est pas forcément adapté au public et ce n’est généralement pas mélodique. Et par opposition au punk, par exemple, qui avait lieu à la même époque et qui était davantage une révolte sociale, avec le no wave la plupart des gens vivaient une révolte interne. Ils avaient des révoltes personnelles; à cause de la ville, à cause de la folie de l’Amérique… C’était plus une folie personnelle, je pense.

PAN M 360 : Ces dernières années, nous avons assisté à une sorte de renaissance du genre no-wave. Qu’en penses-tu ?

Lydia Lunch : Eh bien, pour moi, cela n’a jamais disparu. Mais je me considère comme no wave parce que cela défie toute catégorisation. Je veux dire que je suis toujours heureuse quand quelque chose est discordant, ou quelque chose est déchiqueté, ou quelque chose est irritant. Mais j’ai aussi fait du swamp rock, j’ai fait de la musique de big band… Je ne m’attends pas à ce que quelqu’un fasse de la musique pour moi, je la fais pour mes nombreux moi ! C’est pourquoi j’essaie généralement d’avoir une saveur différente.

PAN M 360 : Tu as créé beaucoup de choses et avec le recul, en considérant l’ensemble de ton œuvre, y a-t-il des occasions manquées ou des choses que tu aurais aimé faire ? Et que tu veux toujours faire ?

Lydia Lunch : Eh bien, c’est une très bonne question. Non, car qu’est-ce que j’aurais manqué ? (rires). Le fait est que je suis une conceptualiste. Donc je veux dire, avant tout, j’ai un concept, un concept musical. Ensuite, j’essaie de trouver la personne qui, à mon avis, sera la plus apte à illustrer ce son. Je ne pense jamais « oh je veux travailler avec cette personne ». Je ne saurais pas avec qui. Ce n’est pas que j’ai travaillé avec tout le monde non plus, mais je ne m’assieds pas en pensant « oh, je voudrais faire quelque chose de novateur ». Non. J’aimerais continuer à collaborer avec ceux qui font le plus de sens pour un projet spécifique. Ce qui est intéressant avec Retrovirus, parce que nous couvrons tant de décennies, c’est que beaucoup de ces musiques n’ont jamais été jouées en concert, ou alors seulement de manière très, très brève. C’est donc intéressant d’avoir des musiciens qui peuvent interpréter ces musiques, mais qui les amènent au-delà de ça, d’une manière plus… je ne dirais pas sophistiquée, mais d’une manière encore plus belle et punitive. (rires)

PAN M 360 : En parlant de Retrovirus, nous venons de voir Bob Bert aux percussions avec John Spencer à Montréal il y a deux semaines. Sera-t-il toujours derrière les fûts pour le concert de Retrovirusau Taverne Tour ?

Lydia Lunch : Non, nous avons Kevin Shea maintenant. Tu sais, c’est l’organisation la plus longue que j’ai jamais eue. Parce que d’habitude, j’ai un concept, je trouve les collaborateurs, nous faisons une tournée ou nous faisons un disque et ensuite on passe au prochain (concept) s’il vous plaît ! Mais vu la quantité de chansons de mon répertoire dans lesquelles nous pouvons puiser, il se pourrait que Retrovirus devienne un nouveau groupe de temps en temps (rires). Et donc maintenant nous avons un nouveau batteur, principalement parce que Bob est impliqué avec John Spencer pour un bon moment, donc nous avons dû prendre Kevin Shea, et cela a rendu le son du groupe encore plus brutal. Je le dis avec grand plaisir ! (rires) Nous ouvrons le spectacle avec War Pigs de Black Sabbath ! Je reste fidèle aux paroles mais venant de moi, sortant de ma bouche, elle prennent un autre sens, elles sont complètement déformées.

PAN M 360 : Je me demande ce qu’en penserait Ozzy…

Lydia Lunch : Est-il encore capable d’entendre quelque-chose? (rires)

PAN M 360 : Et je crois que Weasel Walter s’occupe toujours de la guitare et Tim Dahl de la basse ?

Lydia Lunch : Bien sûr ! Weasel et Jim, yeah !

PAN M 360 : Considérant que tu as écrit plus de 300 chansons…

Lydia Lunch : 400 ! Qui compte ? Même pas 10 par an, je me relâche ! (rires)

PAN M 360 : Ok, considérant que tu as écrit plus de 400 chansons, est-ce qu’il y en a que tu n’as jamais jouées en concert sur cette tournée ?

Lydia Lunch : Nous jouons des chansons de mon catalogue que nous n’avons jamais jouées auparavant, oui. Mais nous n’écrivons pas de nouvelles chansons quand il y a autant de choix. Si je veux écrire de nouvelles chansons, je vais avoir de nouveaux collaborateurs ou collaboratrices, comme avec Cypress Grove, ou mon Fistful of Desert Blues, et j’ai aussi un album inédit de jazz noir avec Sylvia Black, qui est une incroyable auteure-compositrice et chanteuse (en français dans l’interview). J’ai un disque avec le groupe de Tim Dahl, Grid, avec saxophone, basse et quelque chose qui ressemble plus à du spoken word, qui n’est pas encore sorti. Il n’y a donc aucune raison de mettre de la nouvelle musique dans Retrovirus ; il s’agit du virus « Retro » ! Mais ce qui est intéressant, c’est que nous pouvons faire des chansons que nous n’avons jamais faites auparavant. Par exemple, nous faisons trois ou quatre chansons que nous n’avons jamais jouées auparavant pour cette tournée.

PAN M 360 : Il y a quelques années, on a entendu dire que tu voulais vendre les droits de toutes tes œuvres. Comment cela s’est-il passé ?

Lydia Lunch : Je suis toujours là, la main tendue, à attendre que de l’or y tombe (rires). Tu sais, j’ai vendu mes archives à l’Université de New York, mais il ne s’agissait que de débris physiques. Je ne sais pas comment, mais dès mon plus jeune âge, j’ai réussi à conserver les droits pour tout ce que je faisais, contrairement à tant de mes contemporains. Et je ne sais pas comment j’ai pu être aussi prévenante à 17 ans. Je possède tout, ce qui est génial, mais personne ne veut l’acheter (rires). Tout est là. On ne sait jamais… Mais tu sais, pourquoi s’intéresseraient-ils à mon oeuvre alors qu’ils dépensent 150 millions de fucking dollars pour les Red Hot Chili Peppers ? Beurk ! In-croy-able… Je veux dire, je n’ai jamais écrit « Under The Bridge » alors qu’ils n’ont jamais écrit « Orphans ». Je ne sais pas quoi dire… J’aimerais juste que quelqu’un m’enlève tout ça des mains, qu’il en fasse quelque chose. Dans les 400 chansons, je pense qu’il y en a plein d’effrayantes qui pourraient facilement se retrouver dans certaines de ces séries criminelles, dont je suis obsédée.

PAN M 360 : Donc il n’y a pas eu d’offres ?

Lydia Lunch : Eh bien, il y a eu quelques offres mais pas ce que je voulais… Je dois essayer de tenir bon. Il faut aussi que ce soit avec les bonnes personnes. Tu sais, ce n’est pas comme un local de stockage qu’on mettrait aux enchères. Et si c’était le cas, qui viendrait ? (rires). Écoute, je dois tout prendre avec un grain de sel comme je l’ai toujours fait. Par exemple, l’année dernière, j’ai reçu une bourse de la Middle Tennessee State University de Murfreesboro, qui possède les plus anciennes et plus volumineuses archives musicales d’Amérique. Ils me l’ont offerte, et j’ai ri, et j’ai dit : «Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? Et qui d’autre l’a eu ? » Ils m’ont répondu : « Vous savez, ça veut dire quelques milliers de dollars, vous venez, vous faites du jogging, vous obtenez une plaque… ». Et les deux seules autres personnes qui l’ont eu sont Lamont Dozier, qui a écrit beaucoup de chansons pour Motown, j’adore Motown, et Barry Gibb ! Je déteste les Bee Gees ! (rires). Donc c’est moi, Barry Gibb et Lamont Dozier ! C’était génial ! De la même manière, j’ai enseigné dans des universités avant et, ayant lâché l’école en secondaire IV, je pensais juste « ça me plaît tout ça ! ». C’est tellement ridicule quand on y pense ! Ça, c’est vraiment l’essence du no wave : l’absurdité ! J’adore l’absurdité de tout ça. Je veux dire, je suis plus fier de mon entraînement de tir au pistolet que d’une bourse ! (rires). Je suis une Américaine, j’ai un entraînement au tir tu sais ! (rires)

PAN M 360 : Comment le récent décès de Tom Verlaine t’as-t-il affecté ? Etiez-vous amis ?

Lydia Lunch : Affecté ? Ah ! je suis surprise que tout ce monde soit encore en vie ! Je rigole, mais le truc c’est que les gens ont une mauvaise attitude face à la mort. Nous ne pleurons pas pour les morts, nous pleurons pour nous-mêmes, comme « oh, je n’aurai plus de ça… ». On doit apprécier ce que les gens nous ont donné dans la vie. C’est pourquoi on doit être très reconnaissant, chaque jour. Parce que tout le monde va mourir. Vous ne devez pas pleurer leur départ, vous devez juste apprécier ce qu’ils vous ont donné, ce qu’ils ont fait pour vous, ce qu’ils ont donné pour la culture ou autre chose. Je veux dire, Tom Verlaine n’était pas un de mes amis, mais je pense que sa contribution aux deux premiers albums de Television a été formidable. Combien de choses un homme doit-il encore faire avant de pouvoir reposer en paix dans cette salle de velours noir ? (rires) Je ne suis pas prête à partir mais… on ne sait jamais !

PAN M 360 : Attend après le spectacle de Montréal s’il te plaît.

Lydia Lunch : Au moins, j’attendrai jusqu’à la fin de cette interview ! (rires) De toute façon, je ne vais nulle part, sauf pour tourner en rond comme je le fais toujours. Je vais donc tourner autour de chez vous dans quelques jours, j’ai beaucoup de cran !

Jonathan Toubin est un nom que les personnes habituées du Taverne Tour devraient bien connaître. Il apporte sa collection excentrique de soul, rock, funk et tout ce qui lui passe par la tête aux afterparties du Taverne Tour depuis que le festival existe et y a joué presque chaque année. Son énergie enthousiaste en tant que DJ lui a valu des titres tels que « l’homme le plus apprécié de la scène de la musique soul » ou « le meilleur DJ de New York » et ses soirées dansantes du New York Night Train sont devenues légendaires. Il est le seul DJ à jouer constamment dans des afterparties ou à faire la première partie de grands noms comme Jack White. 

Malgré toutes ces louanges, Toubin reste un homme qui a fait la fête avec les plus grands, mais qui est aussi très humble. Il aime traverser quelques décennies avec ses soirées, en se concentrant généralement sur des disques soul dont vous n’avez jamais entendu parler, des morceaux profonds de gars comme Carl Hommes et les Commanders, ou le pressage original de The Presidents « Shoe Shine ». Il joue aussi principalement des 45 tours originaux, pour mettre en valeur le son vintage. Nous avons parlé à Jonathan à 11 heures du matin (tôt pour lui!) avant son passage au Taverne Tour et nous avons abordé son nouveau bar, exploré ses liens avec Montréal et son amour de la vieille musique Soul, pendant qu’il se promenait, faisait du café et fouillait dans de vieilles caisses de disques.

PAN M 360 : Salut Jonathan, comment vas-tu aujourd’hui ? 

Jonathan Toubin : Oui, je vais bien, je fais juste du café. Je me suis couché tard, et comme je suis sobre ce mois-ci, je fais des heures tardives. 

PAN M 360 : Oh tu participes à janvier sobre ?

Jonathan Toubin : Non, pas vraiment. Je l’ai commencé il y a quelques jours. J’ai ouvert une nouvelle boîte de nuit il y a quelques semaines et les deux endroits que je possède ferment très tard. Et puis vous savez, mes nuits de travail à New York se terminent généralement vers quatre heures du matin. Donc c’est le genre de moment où j’ai besoin d’un coup de pouce santé de temps en temps. J’aime les matins, mais ce n’est tout simplement pas dans les cartes pour moi en ce moment.

PAN M 360 : Quel est ce nouveau club ? Je sais que vous avez déjà le TV EYE bar/ salle de spectacle ?

Jonathan Toubin : Oui, le nouveau club est un bar à deux étages. En fait, un de mes amis [Howie Pyro] est décédé. Il était vraiment cool. C’était un punk rocker des années 77. Quand il était adolescent, il jouait au CBGBs et sortait des disques. C’était un type vraiment intéressant. Une sorte de queer proto-goth qui jouait avec D Generation et Danzig, et qui jouait des vieux disques comme moi, mais il collectionnait toutes ces merdes du rock n’ roll. Il a été enterré à Hollywood Forever [un cimetière à Los Angeles]. J’étais assis là avec son autre bon ami et on se demandait ce qu’il allait advenir de toute sa collection. Sa sœur ne savait pas quoi en faire et ils ne l’ont pas donnée à une université. Il a toujours voulu avoir un bar ou quelque chose comme ça, alors on a décidé de créer un endroit avec toutes ses affaires.

PAN M 360 : C’est cool. En quelque sorte en mémoire de lui.

Jonathan Toubin : Ouais et ce sont des objets cool. Comme le cendrier dans lequel Andy Warhol a volé la banane du Velvet Underground, note pour note. Ou les Ramones lui ont donné leur premier disque d’or, en le lui offrant. C’est là-haut. L’étui à guitare des Dead Boys qu’il utilisait pour sa basse.

PAN M 360 : Comment s’appelle cet endroit ?

Jonathan Toubin : Il s’appelle 96 Tears, dans East Village. 

PAN M 360 : 96 Tears… C’est une chanson de Question Mark et les Mysterians, non ?

Jonathan Toubin : Oui, il l’avait tatouée sur son cou et il était un grand collectionneur de souvenirs de rock n’ roll, donc le nom était logique. 

PAN M 360 : Donc, en plus d’être l’un des DJ les plus recherchés au monde et de posséder deux établissements, vous voyagez beaucoup, et votre prochaine étape est le Taverne Tour de Montréal.

Jonathan Toubin : Oui, j’ai joué à tous les Taverne Tour jusqu’à ce que ça s’arrête parce qu’on n’avait plus le droit de danser. Je ne pense pas l’avoir avoir particip…. Mon Dieu, je déteste dire ça, ça pourrait être en 2019 ou 2020. Probablement en fait 2020, juste avant la pandémie. Donc je me sens loin de tout ça. En gros, je suis impatient de revenir.

PAN M 360 : Avez-vous un lien assez fort avec Montréal en général ?

Jonathan Toubin : Oui, en quelque sorte. J’ai certainement passé beaucoup de temps là-bas. Je crois que j’ai commencé à y faire des soirées DJ dans les années 2000. Et vous savez, Bloodshot Bill est mon ami et je reste avec lui parfois. Ou il reste chez moi. J’ai toujours mis en place ses spectacles à mon autre club et à mes soirées dansantes à New York. Donc c’est un bon lien. Je suis aussi un fan de longue date de la ville. J’ai pris un billet un jour avant mon concert, juste pour profiter. Et aussi je vais toujours y acheter des disques parce que j’aime les reprises québécoises et la musique garage et j’espère trouver des disques intéressants.

PAN M 360 : Votre collection doit être énorme ?

Jonathan Toubin : Oui et elle est vraiment désorganisée. Mais j’ai environ 20 000 exemplaires et je veux moins, plus de qualité moins de quantité. 

PAN M 360 : Et vous ne jouez des 45 tours que lorsque vous vous produisez, n’est-ce pas ?

Jonathan Toubin : Non seulement ça, mais les copies originales pour que ce soit plus amusant pour moi. Mais cela signifie que je ne suis pas vraiment capable de jouer la plupart des chansons que je veux. C’est comme être un « Top Chef », non ? Tu n’as que de la poitrine de porc et des échalotes et c’est parti ! Tu dois être créatif avec ce que tu as… Je veux dire que même Spotify n’a pas la plupart de ce que je veux, non plus. Mais vous savez ce que je veux dire, si vous pouvez avoir tout ce que vous voulez, vous n’aurez aucune limite, n’est-ce pas ?

PAN M 360 : Êtes-vous toujours à la recherche de nouveaux ajouts à votre répertoire ?

Jonathan Toubin : Je l’étais certainement avant. Mais pour être honnête, pendant la pandémie, je n’avais plus d’argent. Alors j’ai commencé à chercher dans mes propres disques. J’en ai profité pour cataloguer et numériser des références et j’ai trouvé tous ces trucs géniaux que j’avais complètement oubliés. Parfois, je vais dans une ville comme Détroit et je rentre chez moi avec une centaine de disques. Puis je suis très occupé quand je rentre et je ne les écoute pas tous. Je vais peut-être en sortir deux ou trois. Donc j’ai fait tous mes achats pendant deux ans dans ma propre maison. C’était vraiment amusant. 

PAN M 360 : Êtes-vous parfois surpris par ce que vous avez déjà ?

Jonathan Toubin : Oui, il y a quelques fois où je me demande « mais d’où vient ce truc ? », « depuis combien de temps c’est là? », certains disques, je n’en ai vraiment aucune idée. Je veux dire, ça m’a donné une chance d’apprendre à connaître ce que j’avais vraiment. Je pense que la raison pour laquelle les gens aiment le Top 40 ou autre parce que c’est toujours nouveau, ils veulent juste quelque chose de nouveau à écouter. Ils se sont lassés de leur vieille chanson préférée et ils n’ont pas vraiment envie de la réentendre. Pour moi, et probablement pour beaucoup de gens qui font mon travail, on doit trouver constamment de la musique qui ne nous ennuie pas encore. Vous savez, il y a eu des moments où j’ai fait plus de 300 nuits de concerts par an et on développe des habitudes. Vous commencez soit à jouer des choses beaucoup trop souvent ou à faire le contraire. C’est bien d’être en mode « je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre, mais j’ai envie de le découvrir ».

PAN M 360 : Et en tant que DJ, vous avez besoin de ces petits moments, non ? Vous n’avez pas vraiment l’occasion d’apprécier la musique autant et vous êtes toujours en train d’attendre la prochaine chanson ?

Jonathan Toubin : Oui, tu attends le prochain disque, tu parles à quelqu’un ; c’est très rare de pouvoir vraiment apprécier la musique au même niveau que quelqu’un qui écoute les chansons sans interruption. Et parfois, tu penses que certaines d’entre elles sont peut-être un peu longues. Lorsque tu as enfin le temps de les écouter seul, tu commences à les couper un peu trop tôt. Tu réalises que ce disque est tellement répétitif. Tu n’as plus envie de le jouer. Mais c’est génial en boîte, parce qu’il y a ce genre d’ambiance, tu sens les gens danser, tu profites de la magie. Peut-être que je n’aime pas vraiment le disque mais que j’apprécie davantage la sensation qu’il procure.

J’ai trouvé une définition du DJ il y a quelques années : médiateur entre les gens et la musique, et je pensais que cela couvrait même la radio, ou n’importe qui que nous appelons DJ, parce que c’est quelqu’un qui relie les gens dans la musique. Et je dois dire que se nourrir de l’énergie des gens qui dansent en fonction de mes choix de disques, c’est mieux que d’écouter seul à la maison.

PAN M 360 : Et l’une des raisons pour lesquelles vous êtes si connu dans le monde des DJs et de la musique live est que vous ne jouez pas les hits, mais des raretés dont beaucoup de gens ne connaissent même pas l’existence. Cela doit être amusant de choquer les gens ou de leur faire découvrir de nouvelles musiques d’une autre époque. 

Jonathan Toubin : Oui, je ne joue pas de hits ou parfois je joue une reprise obscure d’un hit. Il y a généralement une centaine de disques pour la plupart de ces soirées et j’aime vraiment que les gens soient mis au défi. Et j’aime aussi penser à ce que je voudrais si j’entrais dans un endroit. J’aimerais entendre une chanson que je n’avais pas entendue auparavant, même, j’aimerais entendre un rythme que je n’avais pas entendu auparavant. Je pense que la raison pour laquelle j’ai fini par jouer de la musique soul le plus souvent pour danser, c’est que vous pouvez y trouver beaucoup de choses de qualité qui ont beaucoup de passion et que vous n’avez pas entendu avant. Ils ont fait tellement de ces disques très uniques à l’époque. Chaque région a un son différent ou différents producteurs et arrangeurs, certainement des musiciens et des chanteurs avec toutes sortes de sons différents, donc ça peut être très texturé. Maintenant, je me dirige plus vers le milieu ou la fin des années 60, peut-être un peu vers le début des années 70.

PAN M 360 : Vous imposez-vous des règles comme  » OK, je ne vais jouer que de cette période de la musique soul ce soir ?

Jonathan Toubin : J’ai décidé de créer un paramètre où je me disais :  » Le set sera en gros de l’époque où James Brown a fait ses meilleurs trucs, des années 50 au milieu des années 70. Ce serait ma ligne directrice. Mais à l’intérieur de cette période, il y a eu tellement d’innovations dans la musique noire américaine, et il y a tellement de choses qui se passent, il y a beaucoup de territoires que vous pouvez couvrir, si vous ne restez pas bloqué. Je pense qu’il y a beaucoup de continuité, d’une certaine manière dans des éléments comme la qualité expressive des voix ou les types de rythmes choisis.

PAN M 360 : Vous étiez plutôt issu de la scène garage et punk d’Austin, puis après votre déménagement à New York, votre style a-t-il évolué vers la Soul ?

Jonathan Toubin : Eh bien, je n’ai jamais vraiment changé, je veux dire que j’ai toujours aimé ce genre de choses. J’ai vraiment commencé à faire le DJ dans des clubs et autres quand j’étais à New York, et j’ai en quelque sorte arrêté de jouer dans des groupes et tout ça. Et la plupart des gens avec qui je jouais étaient dans ces groupes dans des bars rock n’ roll. Les gens buvaient et voulaient chanter sur du The Damned, alors je mettais ça et je n’y pensais pas vraiment.

Mais quand j’ai dû faire des soirées dansantes, j’ai été un peu surpris. Je ne voulais pas faire de l’électro, du disco ou ce genre de choses. Je voulais quelque chose qui soit vraiment organique, passionné et brut, comme les choses que j’aimais le plus. J’ai appris à faire du rock and roll pour danser aussi, mais les soirées soul sont devenues les plus populaires. J’ai organiquement évolué dans cette direction. Je pense que c’est parce que j’étais un type qui venait d’un autre monde musical, qui abordait la soul à sa façon et qui parlait à beaucoup de gens à travers elle. Je n’étais pas encore du genre à faire des chansons profondes et j’étais en train de trouver ma voie. Et c’est drôle, qu’après toutes ces années, je suis toujours un outsider, jouant dans des salles de rock n’ roll et des salles de spectacle, et je ne fais pas vraiment partie du monde de la soul du tout.

Soul Clap Party 2019

PAN M 360 : Avez-vous jamais envisagé de devenir aussi important ? Vous faites la première partie de Jack White, vendez à guichets fermés plusieurs salles et animez la soirée de danse soul la plus populaire au monde. Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit :  » Wow, je peux faire ça comme carrière  » ?

Jonathan Toubin :  Non, et je ne le pense toujours pas. Je suis plutôt du genre « Oh non. Aujourd’hui, ma carrière est terminée « , presque tous les jours (rires). Je n’en attendais rien. Lorsque je jouais de la musique, j’ai commencé à m’y consacrer assez sérieusement à un moment donné et à en vivre pendant un certain temps. Mais j’ai arrêté de m’amuser avec ça. Avec le DJing, je ne m’en suis jamais vraiment soucié. J’ai juste commencé. J’étais aux études supérieures à l’époque et j’essayais juste de gagner un peu d’argent supplémentaire et de m’amuser, et je n’attendais rien. Et je pense que c’est peut-être aussi ce qui m’a aidé. Mais Jack White… l’un de mes groupes au Texas, avec les White Stripes, a fait la première partie des Dirtbombs lors d’une tournée à Detroit. Et ça s’est avéré être le deuxième concert des White Stripes. C’est donc une question de relations et, heureusement, beaucoup de ces personnes que je connaissais du temps de mon groupe ont bien réussi. Et puis des gens comme Vice m’ont donné un tas d’argent pour jouer de la musique que j’aimais déjà, donc tout ça est vraiment arrivé par accident.

PAN M 360 : Diriez-vous que votre objectif avec New York Night Train est d’amener les gens qui ne sont pas normalement prêts à danser à le faire ? Comme les gens trop cool du rock n roll qui ne font que des hochements de tête en musique.

Jonathan Toubin : Oh, bien sûr. J’ai beaucoup réfléchi à ce sujet récemment. Je pense qu’il y a toujours eu les gens qui jouent les hits et puis ceux qui jouent les trucs vraiment rares qui sont presque prétentieux comme « Oh si vous ne savez pas ce que c’est, foutez le camp », ce genre de choses. Il n’y a jamais eu de juste milieu. Je n’ai jamais compris pourquoi les gens n’ont jamais dansé sur le rock n’ roll comme dans les années 50. Je veux dire qu’il y a cette ligne floue entre le rock et la soul avec le même genre de rythmes qui encouragent la danse, mais oui, avec moi, vous avez un monsieur excentrique d’âge moyen et un costume bizarre, très enthousiaste, qui joue tous les disques solos les plus excitants que vous ayez jamais entendus.

Pour débuter l’année 2023, PAN M 360 a réalisé une série d’interviews avec cinq artistes d’ici à surveiller au cours des prochains mois. L’entretien ci-dessous avec Élie Raymond, Thomas Bruneau Faubert et Antoine Galloat de la formation montréalaise Frais Dispo est le troisième de cette courte série.

Anciennement connu comme la formation d’indie-pop anglaise Foreign Diplomats, Élie Raymond (guitare et voix), Thomas Bruneau Faubert (trombone, synthétiseurs), Antoine Galloat (batterie), Charles Primeau (guitares) et Antoine Lévesque-Roy (basse) ont récemment fait peau neuve en devenant Frais Dispo. Sous leur ancien nom, les Montréalais ont publié de nombreux projets et pris part à des festivals au Canada, en France, en Allemagne et même au Mexique depuis 2013.

Sous étiquette Audiogram, les cinq hommes vont lancer Teinte, leur premier album en tant que Frais Dispo, en avril prochain. « C’est un album concept sur mon chien. Ça parle de routine et d’être chez soi. On aborde des sujets que tout le monde comprend et des situations dans lesquelles la majorité des gens se reconnaissent », soutient le parolier du groupe.

À ce jour, deux titres ont été dévoilés au public. Intitulé Juillet, le premier extrait, d’un peu plus de trois minutes, est un coup de cœur personnel. Le timbre de la voix du chanteur est enveloppant et ressemble par moment à Louis-Jean Cormier. Cette pièce a un côté chaleureux et donne franchement envie d’en entendre plus de leur part.

Crédit photo : Lucho Calderon

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous créé Frais Dispo?

THOMAS BRUNEAU FAUBERT: On voulait essayer quelque chose de nouveau et ça nous tentait de créer un album en français. Ainsi, on a décidé de se créer une nouvelle identité, car ce type de projet ne fonctionnait pas avec Foreign Diplomats. On avait aussi envie de travailler avec des nouvelles personnes. On avait le goût d’approcher la musique différemment et que tout le monde participe. Dans Foreign Diplomats, c’était Élie qui composait la majorité des textes. Dans Frais Dispo, tout le monde met la main à la pâte.

PAN M 360 : Quels sont vos plans pour la prochaine année?

FRAIS DISPO : On prévoit de publier notre premier album en tant que Frais Dispo au printemps. Ça fait plusieurs mois que le projet est prêt. D’ici là, on va assurément publier d’autres extraits issus de ce premier chapitre. Éventuellement, on veut faire connaître Frais Dispo en spectacle. Ça fait longtemps qu’on pratique et nous sommes fin prêts. Ça va être très différent de nos concerts en tant que Foreign Diplomats. C’est complètement autre chose et c’est un peu épeurant. On était habitué à notre ancienne façon de faire et on va devoir s’habituer à Frais Dispo.

PAN M 360 : Qu’avez-vous vu d’assez beau en ce nouveau projet pour laisser Foreign Diplomats de côté?

FRAIS DISPO : C’est vraiment un luxe de pouvoir se recréer une identité et de ne pas être obligé de continuer dans le même style. Frais Dispo nous a donné une liberté créative qu’on n’avait jamais eu avant pour diverses raisons. Ce qui est beau c’est que nous avons créé l’album qu’on voulait faire. Ça a vraiment fait du bien et ça a rallumer la flamme créative en nous.

PAN M 360 : Parlons de votre premier album en tant que Frais Dispo. Que pouvez-vous dire sur le projet?

ÉLIE RAYMOND : C’est un album concept sur mon chien. Ça parle de routine et d’être chez soi. On aborde des sujets que tout le monde comprend et des situations dans lesquelles la majorité des gens se reconnaissent. Il y a beaucoup de synthétiseurs et de guitare acoustique. On a puisé notre inspiration d’artistes comme Blue Rodeo, Neil Young, Bill Callahan, The War on Drugs et même Dijon. On espère que notre musique va toucher les gens.

PAN M 360 : Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le français pour écrire après autant d’années d’écriture en anglais?

ÉLIE RAYMOND : Dans le cadre d’un autre projet, j’ai composé en français et j’ai aimé l’expérience. Je crois que c’était un changement naturel pour moi, l’anglais n’était plus adéquat pour ce que je souhaitais faire. Ça toujours été difficile pour moi d’écrire en français. Le français, ça peut être très beau lorsque c’est bien écrit, mais ça peut aussi être très quétaine. Avant, je trouvais que ce que j’écrivais en français était dans cette deuxième catégorie. Pour Frais Dispo, je suis allé dans la simplicité. Le français m’a permis d’être encore plus personnel et direct dans mes textes. Dorénavant, je ne parle plus d’un personnage, je parle de moi-même. Ça va de soi que c’est dans ma langue maternelle que je le fasse.

PAN M 360 : Qu’est-ce que vous envoyez comme message à Foreign Diplomats?

FRAIS DISPO : Je crois qu’on lui dit « bye ». Je ne pense pas que Foreign Diplomats est mort, mais il est parti faire un très long roadtrip. Frais Dispo ne remplace pas notre ancienne formation, mais nous ne sommes pas prêts à refaire un projet sous le nom de Foreign Diplomats prochainement.

En résidence au Groupe le Vivier depuis l’automne dernier, l’artiste ukrainienne Alla Zagaykevych boucle sa boucle montréalaise. Dans ce deuxième concert-portrait lui étant dressé, elle nous propose quatre œuvres de son répertoire dont une création et une transcription inédite. 

Des liens se sont tissés entre la compositrice et les interprètes québécois Pamela Reimer (piano), Lyne Allard (violon), Hubert Brizard (violon), Marie-Annick Béliveau (mezzo-soprano – Chants Libres), Corinne René (percussions – PSM) et la quatuor de saxophones Quasar.

Loin du véritable danger avec lequel elle devra composer de nouveau au lendemain de programme fait sur mesure sous les auspices du Vivier, soit mercredi à l’Espace Bleu de l’Édifice Wilder, Alla Zagaykevych résume son séjour montréalais comme  « une sorte de flash-back cinématographique à la recherche d’une nouvelle identité artistique d’une compositrice en temps de guerre ». 

Les dernières manifestations montréalaises de son talent créatif remontent au 23 janvier dernier – une répétition ouverte du Nouvel Ensemble Moderne nous a permis d’assister à une première lecture nourrissante de l’œuvre Et seul le roseau brille au soleil  composée à Montréal. Évocateur de sa propre perception des violences armées en cours dans son pays, le titre nous renvoie au mystère « Friend Li Bo.. Brother Du Fu..» de feu l’écrivain  Oleh Lysheha, dont la trame poétique s’inscrit au sein d’unité militaire déployée dans une forêt nordique.

Inspirée du même auteur et créée ce mercredi, l’œuvre Song of Maiden rappelle la condition d’une jeune mariée trouve refuge dans les chansons d’amour, cherchant à recoller les morceaux d’une existence cassée par la guerre.

À l’évidence, Alla Zagaykevych n’est pas une pasionaria de la résistance ukrainienne, on sent  chez elle nuance, sobriété et retenue dans ses propos sur la conjoncture, ce qui ne met aucunement en doute son allégeance, bien au contraire. Force est d’observer que l’artiste préfère visiblement s’exprimer sur la violence absurde de l’agression armée en tant que phénomène d’abord ressenti. Elle s’applique en cartographier les émotions à travers son œuvre récente. 

Avant de rentrer à Kyiv où elle dirige un programme électroacoustique au Conservatoire, elle s’entretient avec PAN M 360 (dans un français plus qu’acceptable)  et fait le point sur ces dernier mois passés à Montréal.

PAN M 360 : En tant qu’artiste et musicologue, comment vivez-vous les deux langues parlées en Ukraine?

ALLA  ZAGAYKEVYCH : Je viens d’une famille de professeurs d’université. Ma première langue fut le russe mais en cette période de guerre, je ne parle pas le russe en Ukraine. Je peux cependant le parler ailleurs- j’ai, par exemple, échangé en russe ici à Montréal. Il faut dire aussi que j’ai vécu dans les régions de l’Ouest de l’Ukraine, régions assez proches de la Pologne, j’ai parlé russe dans ma famille mais je suis allée à l’école ukrainienne pour étudier au départ. À l’âge de 18 ans, j’ai commencé à faire beaucoup de recherches folkloriques en Ukraine j’ai découvert encore plus. J’avais le sentiment de vivre dans un environnement bilingue mais en temps de guerre, tout devient noir ou blanc.

PAN M 360: Ce doit être difficile de rentrer chez soi dans le contexte. Comment le vivez-vous ?

ALLA ZAGAYKEVICH:  Vous savez, il y a une société civile en Ukraine, contrairement à plusieurs pays autoritaires de la région ou d’ailleurs. Oui il y a de la corruption, des contradictions, on peut voir des bêtises faites à la communauté LGBTQ+… c’est très difficile de changer les choses. Mais nous sommes optimistes car nous  pouvons compter sur une société civile, qui peut contrôler une partie de notre réalité.

PAN M 360 : Quel est votre rapport avec le Québec ? 

ALLA  ZAGAYKEVYCH : Quand j’ai passé un moment  à l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) soit à Paris en 1995 et 1996,  j’ai rencontré là-bas (le compositeur québécois) Serge Provost, qui m’avait alors introduite à l’œuvre de Claude Vivier. Après quoi j’ai fondé un studio de musique électroacoustique au Conservatoire où j’ai invité Serge, qui avait à son tour invité Véronique Lacroix pour y jouer des œuvres d’Anna Sokolovic et de Jean Lesage. 

PAN M 360 : Loin de la zone de conflit, comment avez-vous cheminé intérieurement en tant qu’artiste?

ALLA  ZAGAYKEVYCH : J’ai essayé de choisir des thèmes et des textes en phase avec mon esprit, celui d’une artiste en résidence dont le pays se trouve en temps de guerre. Avec Jeffrey Stonehouse (directeur artistique du Vivier), nous avons monté des programmes qui représentent le travail ici accompli.

PAN M 360 : Allons-y  d’abord avec Song of Maiden, qui sera créée mercredi.

ALLA  ZAGAYKEVYCH: Song of Maiden qui met en relief un texte d’Oleh Lysheha. Ce poète inspire d’ailleurs une autre œuvre de moi exécutée par le Nouvel Ensemble Moderne (Et seul le roseau brille au soleil), sans que le texte n’y soit cité en tant que tel – je peux toutefois en représenter le timbre. J’ai écrit Song of Maiden pour Marie-Annick (Béliveau, mezzo-soprano) et Corinne (René, percussionniste) parce qu’elles avaient participé à mon premier portrait, le 16 octobre dernier. Elles étaient très ouvertes à d’autres expérimentations, à des contrastes, et c’est pour moi fantastique que Marie-Annick puisse chanter en ukrainien. 

PAN M 360 : Prenons maintenant la création de la transcription The Saxophone Quartet/While Flying Up 

ALLA  ZAGAYKEVYCH  : C’est la transcription d’un quatuor à cordes (2009) que j’ai beaucoup retravaillé par la suite. Pour les saxophones, le fondement devient multiphonique et sonoristique. Et je sais que Quasar est plus que familier à  l’approche multiphonique. Je vois cette œuvre comme une pièce électronique jouée par un ensemble instrumental. J’y dis la même chose mais dans une langue complètement différente. 

PAN M 360 : Allons-y pour Keep Silence.

ALLA  ZAGAYKEVYCH : La pianiste (Pamela Reimer) improvise en écoutant des parties électroniques enregistrées et en consultant des partitions graphiques. Quelque chose invite alors le pianiste à y exercer son énergie performative. C’est une sorte de concerto avec orchestre, un concerto puissant, très actif, très personnel.

PAN M 360 :Il y a aussi  Inner Voices of Violin , les voix intérieures du violon avec dédicace.

ALLA  ZAGAYKEVYCH : C’est un duo pour violons (Lyne Allard et Hubert Brizard)  avec électronique live et pré-enregistré. L’œuvre est dédiée à Ivry Getlis (1920-2018), très important violoniste franco-israélien dont les parents juifs étaient natifs de l’Ukraine. Pour l’avoir rencontré, je crois qu’il avait compris beaucoup de choses en Ukraine, dont l’antisémitisme. Il m’avait d’ailleurs incité à visiter Auschwitz, ce fut important pour moi d’y aller car la culture juive a toujours fait partie de la culture ukrainienne avec aussi des atrocités qu’on connaît – on sait que des dizaines de milliers de Juifs furent tués à Kyiv au début des années 40. C’est donc ma réponse au grand Ivry Getlis que de rechercher ce voix intérieures du violon

PAN M 360 : Votre langage est vaste et votre usage des traditions populaires ou classiques ne saurait être plus contemporain. D’accord avec ça ?

ALLA  ZAGAYKEVYCH : Lorsque, par exemple, j’utilise la chanson ou des folklores très peu connus, je traite cette matière comme un objet sonore comme une notion d’électroacoustique.  Mes musique instrumentales se situent aussi dans l’exploration spectrale.  Maintenant, dans  le contexte de ma réalité de guerre qui devient une matière artistique, il s’agit de savoir quand et comment je peux l’évoquer pertinemment. 

PAN M 360 : Votre parcours de musicologue, compositrice instrumentale ou électroacousticienne, ceci incluant l’opéra et la musique symphonique, vous rend unique. Comment expliquez-vous cette vaste étendue d’intérêts? 

ALLA  ZAGAYKEVYCH : Cela vient de mon expérience avec différentes communautés, de mon rapport avec différents types de musiciens. Je suis impliquée aussi dans le monde du cinéma qui exige un vrai travail collaboratif. J’ose croire que je participe, en tant qu’Ukrainienne, au développement du langage musical mondial. Ma position se trouve au milieu de tout ça. On ne peut dire exactement ce que je fais et c’est très bien comme ça !

PROGRAMME

  • Yuliya ZakharavaOj Tap Song pour voix, corps et percussions de la pianiste
  • Alla ZagaykevychInner Voices of Violin (dédicace à Irvy Getlis) pour deux violons et électronique live et pré-enregistrée
  • Alla ZagaykevychThe Saxophone Quartet/While Flying Up , 2009 – 2022 pour quatuor de saxophones  – création
  • Alla ZagaykevychSong of Maiden, to text by Oleh Lysheha , 2023 pour voix de femme,  percussions et électronique  – création
  • Alla ZagaykevychTo keep silence pour piano solo et électronique enregistré

PARTICIPANTS

INFOS ET BILLETS DU PROGRAMME PRÉSENTÉ À L’ESPACE BLEU DE L’ÉDIFICE WILDER, MERCREDI, 19H30

Les sons de la montréalaise Laura Krieg pourraient très bien exister dans un club allemand mal éclairé, où les drogues sont fortes et la musique aussi. Elle décrit son son comme de la « pop brutaliste », une combinaison de post punk, de punk gothique et de rock synthétique. Ses chansons donnent froid dans le dos, un peu comme si vous étiez dans un film d’horreur où tout le monde danse sans savoir pourquoi. Sur scène, Laura se fixe dans les yeux du public, généralement vêtue d’une tenue qui la fait ressembler à un vampire moderne trop cool. On pourrait l’appeler la Siouxsie Sioux de Montréal. Nous nous sommes entretenus avec la jeune autrice-compositrice avant sa prestation au Taverne Tour VI.

PAN M 360 : La première fois que j’ai entendu parler de votre musique, quelqu’un a qualifié votre style de « rock vampire ». Que pensez-vous de cette classification ?

Laura Krieg : Ça ne me dérange pas, ça me fait un peu rire, mais en même temps c’est flatteur.

PAN M 360 : Je vois que vous classez votre son comme de la « pop brutaliste », ce que je comprends, mais d’où cela vient-il ? Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

Laura Krieg : C’était une manière de définir ma vision, de parler d’une rencontre entre pop et des sons plus industriels, plus « in-your-face », plus froids.

PAN M 360 : Est-ce que Laura Krieg est votre vrai nom ou est-ce que c’est plus un personnage pour la musique ?

Laura Krieg : Non, ce n’est pas mon vrai nom. C’est un peu un nom de « bataille », une sorte d’alter ego qui me permet de m’incarner autrement sur scène, et dans la musique.

PAN M 360 : Quel est votre processus d’écriture de chansons ? Vous jouez avec un synthé et vous mettez des paroles dessus ?

Laura Krieg : Ce n’est pas un processus identique pour chaque pièce. Des fois c’est les paroles qui viennent en premier, ou une seule phrase, d’autres fois c’est un rythme, et à partir de là les autres éléments viennent progressivement.

PAN M 360 : Êtes-vous une fan de Bauhaus ? Je retrouve beaucoup ce son en écoutant vos morceaux. Quels sont les autres artistes qui vous influencent?

Laura Krieg : Oui, bien sûr, j’aime beaucoup Bauhaus. Pour en nommer quelques-uns : Malaria, Solid Space, Einsturzende Neubaten, The Birthday Party, Saada Bonaire, Molly Nilsson, Paralisis Permanente.

PAN M 360 : Où trouvez-vous l’inspiration pour vos textes sombres, mais poignants ? Nous vivons dans un monde désordonné…

Laura Krieg : Je m’inspire beaucoup de la littérature, du cinéma, mais aussi de la dépression ambiante.

PAN M 360 : Comment trouvez-vous Montréal comme scène pour ce genre de musique ? Je suis sûr que vous vous épanouiriez dans un endroit comme Berlin ?

Laura Krieg : Je me sens chanceuse d’habiter à Montréal, je doute que j’aurais commencé à faire de la musique si je n’étais pas venue ici. Je trouve très inspirante la scène musicale underground et la communauté qui existe autour. Je sens beaucoup d’encouragement et de soutien. Peut-être qu’à Berlin ça serait différent, oui, je sais pas!

PAN M 360 : En quoi est-ce important de travailler avec Johnny Couteau pour vos chansons ? Sera-t-il également présent sur le prochain album?

Laura Krieg : Johnny Couteau m’aide beaucoup dans le processus de création, iel apporte toujours quelque chose qui amène les pièces ailleurs, son input est très important. Je jouais de la guitare électrique dans son band, et ça m’a beaucoup inspiré, alors j’ai commencé à faire de la musique dans mon projet solo.

PAN M 360 : Ce projet a-t-il démarré pendant la pandémie ou au moment où vous veniez de sortir votre premier album ?

Laura Krieg : Le projet je l’ai commencé en 2016-2017, mais j’ai sorti mon premier album, une cassette, en 2018.

PAN M 360 : Avez-vous des projets pour d’autres titres cette année ? Est-ce que ce sera sur le label Detriti Records ?

Laura Krieg : Oui, je travaille sur un nouvel album en ce moment.

PAN M 360 : S’accorde-t-il avec les sons de Vie Magique ?

Laura Krieg : Il y a une continuité avec Vie magique, mais ça va dans d’autres directions. Non, j’ai pas encore le nom!

PAN M 360 : Vous arrive-t-il d’improviser en jouant sur scène ou est-ce que vous vous en tenez plutôt à l’enregistrement ?

Laura Krieg : Sur certaines pièces il y a plus de place pour l’improvisation, surtout au niveau de la voix, mais sur d’autres tout reste assez similaire à l’enregistrement.

PAN M 360 : Pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de vous et qui entre dans le spectacle du Taverne Tour, à quoi peut-il s’attendre ?

Laura Krieg : Un corps, une voix, quelques fausses notes, et 10g de « vampire rock ».

« Opéra épisodique sans trame narrative , L’écoute du perdu explore et étudie notre lien émotionnel au son, la manière de retenir les événements sonores et la musique en mémoire, le déclenchement de ces souvenirs, ainsi que notre façon de transformer, de déformer et essentiellement de recréer ces souvenirs éclairs»

Voilà les fondements de cette œuvre imaginée par Keiko Devaux pour trois voix humaines, flûtes, clarinettes, violoncelle, synthétiseur et percussion – ensemble Paramirabo. La compositrice montréalaise nous en résume clairement les enjeux :

PAN M 360 : Comment tout cela a-t-il commencé?

KEIKO DEVAUX : Ça a commencé par une conversation avec Jeff Stonehouse (directeur artistique de Paramirabo et aussi du Vivier), il était ouvert à différentes possibilités et il me donnait carte blanche. Dans le contexte de mes études de doctorat, je travaillais alors sur la mémoire, surtout la mémoire du son et ses différentes implications.  

PAN M 360 : Votre intérêt pour la mémoire des sons vous aurait donc menée à la création, au-delà d’un troisième cycle universitaire?

KEIKO DEVAUX : J’étais fascinée par (le physicien, inventeur et homme d’affaire italien) Guglielmo Marconi, notamment parce qu’il croyait que les ondes sonores avaient une vie éternelle et qu’on pourrait éventuellement concevoir une machine capable d’en capter toutes les fréquences, tous les moments sonores historiques. J’ai trouvé ça super beau comme concept! Ça m’a nourrie.  

PAN M 360 : Dans ce contexte fantasmatique, votre connaissance des phénomènes autour de la mémoire a aussi été clairement approfondie!

KEIKO DEVAUX :  J’étais obsédée par ces histoires autour de la mémoire. Au-delà de cet intérêt pour Marconi, sur la science de la mémoire et du son, je me suis intéressée à la mémoire flash ou la mémoire épisodique. En fait, toutes les formes de mémoire qu’ont les humains. Plus l’émotion d’un moment  est forte, plus sa mise en boucle est dans notre mémoire, plus ça devient distortionné. Et j’ai trouvé super intéressant que nos moments les plus précieux peuvent aussi être les plus distortionnés. J’ai aussi appris que les épisodes sensoriels mis en mémoire sont vraiment clairs – la texture, l’odeur, etc. On oublie certains aspects de ces épisodes, une phrase, une couleur, mais l’émotion reste intacte.

PAN M 360 : Comment le projet a ensuite pris forme ?

KEIKO DEVAUX : J’ai donc proposé à Jeff  cette idée qui germait dans ma tête  et il a trouvé le concept super cool. J’ai envisagé ensuite la possibilité de travailler avec des voix lyriques et « jouer physiquement » avec le texte; je préférais  effectivement une mise en texte à un livret, je voulais la collaboration de différents auteurs plutôt que de travailler sur une trame narrative avec un seul librettiste. J’ai suggéré à Jeff de composer une grande pièce où chaque mouvement représenterait une mémoire flash individuelle, ce qui justifiait l’approche  avec différents auteurs. J’ai donc joint Daniel Canty, Kaie Kellough et Michaël Trahan. Je voulais que les textes soient bilingues et conçus ici. J’ai suggéré à Kaie qu’il écrive un texte lié à la mémoire d’un livre. À Michaël, j’ai souhaité un texte sur la mémoire d’une personne. À Daniel Canty, qui était aussi fasciné par ce thème de la mémoire, j’ai demandé d’écrire le prologue et l’épilogue, une voix narrative de Marconi avec ces questions : les sons ne meurent-il jamais ? Où se trouvent-ils dans l’espace ?

PAN M 360 : Comment cela s’est il concrétisé dans la forme finale de cet « opéra épisodique sans trame narrative” ?

KEIKO DEVAUX : Le prologue annonce l’idée (texte de Daniel Canty). Un premier mouvement illustre la mémoire épisodique d’une personne (texte anglais de Kaie Kellough). Un deuxième nous présente la mémoire contrastante d’une autre personne (texte français de Michaël Trahan). Un troisième fait un genre de synthèse qui représente la machine où on traverse plusieurs mémoires – une mise en texte de moi-même avec des fragments entremêlés des écrits de nos auteurs, avec leur permission. Et on termine avec l’épilogue (Daniel Canty). Ces auteurs sont vraiment formidables dans leurs styles respectifs, dans le rythme de leurs phrases, le choix de leurs mots !

PAN M 360 : Évidemment, il fallait habiller ce concept afin qu’il rayonne sur scène. Comme vous y êtes-vous prise?

KEIKO DEVAUX :  Avec l’appui du Groupe Le Vivier (dont Jeff est aussi le directeur artistique), on avait plus de moyens. J’ai commencé alors à visualiser la pièce et j’ai considéré alors qu’il fallait mettre de l’emphase sur la dimension visuelle avec des éclairages, projections et aussi une mise en scène pour en souligner la dimension théâtrale. J’ai alors discuté avec la metteure en scène Marie Brassard, pour avoir un feed-back et finalement elle a adoré l’idée de mettre en scène cet opéra avec sa formidable expertise. Elle a apporté toute son équipe, scénographe, éclairagiste, projections de Karl Lemieux.

PAN M 360 : À votre manière, donc, vous avez donc imaginé ce que serait cette machine fantasmatique de Marconi, à qui l’on doit l’invention de la radio.

KEIKO DEVAUX :  Comme on change de canal à la radio, on change de canal dans cette œuvre en y présentant plusieurs mémoires différentes, pour ensuite se trouver dans la machine. 

PAN M 360: Ça ne pourrait être plus limpide !

ARTISTES:

INFOS ET BILLETS pour les représentations de samedi, 15h et 18h30 à la Fonderie Darling, C’EST ICI

Greg Beaudin, aussi connu sous le nom de Snail Kid, publie ce vendredi Tiamat, mon amour, son premier album solo.

Âgé de 33 ans, l’auteur-compositeur et interprète fait partie du paysage rap au Québec depuis déjà un bon moment. Pour davantage de contexte, Greg Beaudin est membre de Dead Obies depuis 2011, un collectif important de la scène hip-hop québécoise, et de la Brown Family, un trio hip-hop qu’il forme avec son frère ainsi que son père.

Au cours des dernières années, le rappeur a débuté l’aventure solo et il a notamment fait paraître à la mi-janvier le titre Pas toi encore, une collaboration avec Les Louanges au confluent du rap et de la R&B. Sur l’album, Greg Beaudin est aussi accompagné de nombreux artistes tels que la Brown Family, Joe Rocca, Bazzart et Eman.

Pour son premier projet solo, Greg Beaudin s’est grandement inspiré de la mythologie. Tiamat, la déesse mésopotamienne des eaux primordiales est un thème central de l’album. Tiamat, mon amour se dévoile comme étant un récit qu’il livre à la divinité. Afin d’aboutir à un projet aussi assumé et cohérent, Greg Beaudin a travaillé pendant près de cinq ans. Composé de 13 chansons, l’album slalome entre rap, jazz et R&B. Tiamat, mon amour jouit d’arrangements musicaux complexes et débordants de subtilités, un de ses points forts.

À l’occasion de la sortie de son premier album solo, PAN M 360 s’est entretenu avec l’artiste.

Crédit photo Éléonore Côté-Savard

PAN M 360 : Qu’est-ce que ce premier projet solo représente pour vous?

GREG BEAUDIN : Je suis extrêmement fier de ce que j’ai été capable d’accomplir au cours des cinq dernières années. Je suis très serein avec le résultat final. Je trouve que ça représente bien ce qui s’est déroulé dans ma vie au cours des dernières années.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a des embûches auxquelles vous avez fait face pendant ces cinq années de création?

GREG BEAUDIN : La plus grande embûche a été de faire un album cohérent avec des chansons dont je ne me tannais pas. Les meilleures chansons sont celles qui passent l’épreuve du temps. Pendant ces années, j’ai créé près de 50 chansons, et j’en ai gardé 13. Ça a pris du temps avant d’aboutir à un projet cohérent dont j’étais fier. C’était vraiment ça la plus grande embûche, parce que le processus c’est bien déroulé en général. 

PAN M 360 : Comment avez-vous fait le tri dans ces 50 morceaux?

GREG BEAUDIN : Au cours des cinq dernières années, j’ai fait plusieurs sessions d’écoutes avec des personnes. J’ai essayé d’en faire avec plusieurs cercles de gens différents. Parfois, ce genre d’exercice me réconforte ou au contraire, ça me permet de remettre mon art en question et de m’améliorer. Aussi, les gars de Dead Obies m’ont beaucoup aidé à faire des choix.

PAN M 360 : Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fier?

GREG BEAUDIN : Je dirais que Chaos Again est ma préférée de l’album. J’ai eu besoin de près de quatre ans pour la finaliser. À la base, le beat était créé à partir d’un sample dont nous n’avons pas été en mesure d’obtenir les droits. Ainsi, on a dû refaire l’instrumentale au complet. C’est un processus très capricieux de refaire une production d’une chanson déjà existante. Beaucoup de musiciens sont venus en studio pour enregistrer des séquences, ça nous a pris plusieurs essais avant d’avoir ce que je cherchais. C’était vraiment important pour moi de refaire ce titre et je suis vraiment content du résultat.

PAN M 360 : Justement, comment est né Chaos Again?

GREG BEAUDIN : J’ai écrit cette chanson lors d’une période plus sombre de ma vie pendant la pandémie. C’est probablement la fois où je me suis le plus servi de ma douleur ou d’un down pour créer de la musique. À ce moment-là, je m’intéressais beaucoup au concept du chaos. Dans la vie, il y a deux forces qui régissent les êtres humains, soit le chaos et l’ordre, et on essaie d’avoir un équilibre entre le deux. Lors de la création de ce titre, je sortais d’une rupture et j’avais vraiment l’impression d’être dans une période de chaos. C’est à partir de ce sentiment que la chanson est née.

PAN M 360 : À mi-chemin dans l’album, on retrouve l’interlude Tiamat, mon amour. Que représente-t-elle?

GREG BEAUDIN : C’est un texte que j’ai écrit un matin et je n’avais aucune idée où ça allait aboutir. J’écris souvent comme ça. Quelques mois plus tard, je suis retombé sur ce texte et j’ai trouvé que ça cernait bien le thème de mon projet. Je voulais faire quelque chose avec ce texte et j’ai fait appel à Emmanuel Schwartz pour en faire la lecture. Je l’ai enregistré en train de le récité de multiples façons. Plus tard, Bazzart m’a envoyé la production et j’ai décidé de combiner les deux. J’ai trouvé le résultat vraiment intéressant et je l’ai inclus à l’album.

PAN M 360 : Les productions de l’album sont complexes et riches en subtilités. Comment êtes-vous arrivé à un tel résultat?  

GREG BEAUDIN : J’ai fait venir une quarantaine de personnes en studio pour enregistrer de la musique au cours des dernières années. Comment je fonctionne, c’est que je demande aux artistes de jouer de leur instrument sur la piste au complet. Par après, je garde seulement les parties que j’aime, et je répète le processus plusieurs fois. Ça fait que j’ai de multiples couches sonores sur chacune de mes chansons.

PAN M 360 : À quoi on doit s’attendre de Greg Beaudin dans le futur? 

GREG BEAUDIN : Vous pouvez vous attendre à beaucoup de musique de ma part. J’ai plusieurs titres qui n’ont pas été inclus dans l’album et que j’ai le goût de publier. J’espère même pouvoir sortir un autre projet en 2023. Aussi, la Brown Family et moi travaillons sur un nouvel album et j’ai plusieurs collaborations qui ne sont pas encore sorties.

Pour débuter l’année 2023, PAN M 360 a réalisé une série d’interviews avec cinq artistes d’ici à surveiller au cours des prochains mois. L’entretien ci-dessous avec Rose Perron et Félix Paul de la formation montréalaise Rau Ze est le deuxième de cette courte série.

En mai dernier, la formation montréalaise Rau Ze était couronnée comme grand gagnant de la 26e édition des Francouvertes et remportait entre autres une bourse de 10 000$. Pour Rose Perron (voix) et Félix Paul (claviers), le noyau du collectif neo soul, ce tremplin (et le prix en argent qui l’accompagne) sert un seul et unique but : l’enregistrement de leur premier album, auquel ils se sont attelés ces derniers mois et qu’ils souhaitent compléter cette année. « On veut le sortir vers la fin de l’été ou le début de l’automne. D’ici là, on prévoit sortir trois titres », indique la chanteuse.

À ce jour, Rau Ze n’a jamais publié de chansons sur les plateformes d’écoute en ligne et n’apparaît que sur trois morceaux collaboratifs avec Luis Clavis, Tommy Lunaire et Marmelade. Pour le claviériste, cette réalité est à double tranchant. « C’est assez stressant parce qu’on est conscient que c’est à la sortie de nos premiers contenus que les gens vont se faire une opinion de nous. C’est à ce moment qu’ils vont se dire « wow c’est bon » ou que « ça ne valait pas la peine finalement et que le buzz des Francouvertes était too much. » », soutient-il.

PAN M 360 a rencontré les deux artistes alors qu’ils sont en plein travail de création.

Crédit photo Ariane Béliveau

PAN M 360 : Comment s’est déroulée votre année 2022?

RAU ZE : On n’a pas arrêté de travailler cette année et la création se déroule très bien. On veut sortir notre premier album vers la fin de l’été ou le début de l’automne. D’ici là, on prévoit de sortir trois titres. Évidemment, on est très heureux de notre victoire aux Francouvertes. On est aussi extrêmement heureux de la manière dont nous avons été accueillis dans le milieu musical. C’est nouveau pour nous et ça fait chaud au cœur de voir l’appui des gens. C’était notre baptême de feu.

PAN M 360 : Quels sont vos plans pour 2023?

RAU ZE : On veut sortir notre premier album vers la fin de l’été ou le début de l’automne. D’ici là, on prévoit sortir trois titres. Chaque jour, on travaille fort pour y arriver. On est conscients qu’on a une certaine pression sur nos épaules et on veut bien faire les choses. Notre but c’est de faire le meilleur projet que nous sommes capables de faire en ce moment. La création se déroule bien pour l’instant. En date d’aujourd’hui, nous avons sept chansons qui sont déjà enregistrées. On doit retourner en studio pour enregistrer les versions finales de la voix de Rose pour certains autres morceaux. Il nous reste aussi à s’occuper des lignes de basse et drums pour d’autres compositions.

PAN M 360 : Quels sont les défis auxquels vous faites face dans la création de votre premier projet?

FÉLIX : Rose est parfois impatiente dans la vie et elle aime que les choses soient faites dans l’immédiat. De mon côté, ça ne me dérange pas et ça me fait même plaisir de passer une semaine entière sur une ligne de basse. Le long processus de création de l’album peut parfois faire ressortir ça et ça peut être une source de conflit. Cette dualité est à la fois une de nos plus grandes forces et l’une de nos plus grandes faiblesses. Aussi, on se rend compte que c’est très difficile de réaliser un projet en tant qu’artistes indépendants quand tu n’as pas énormément d’argent. En ce moment, on écoule petit à petit l’argent de notre victoire aux Francouvertes.

PAN M 360 : À ce jour, vous n’avez aucun matériel solo en tant que Rau Ze sur les plateformes d’écoute en ligne? Est-ce un avantage ou un inconvénient?

RAU ZE : C’est assez stressant parce qu’on est conscients que c’est à la sortie de nos premiers contenus que les gens vont se faire une opinion de nous. C’est à ce moment qu’ils vont se dire « wow c’est bon » ou que « ça ne valait pas la peine finalement et que le buzz des Francouvertes était too much. » C’est aussi un atout, car ça ajoute une part de mystère à notre projet.  

PAN M 360 : Lorsque nous avons discuté en mai dernier, vous m’avez fait part de votre désir de vous forger une esthétique qui vous est propre? Et puis?

RAU ZE : Au moment des Francouvertes, on ne savait pas vraiment ce qu’on faisait. Depuis, on comprend de plus en plus notre style de musique et on se rattache de plus en plus au neo soul. Ça reste difficile de mettre une étiquette sur ce qu’on fait.  On sent qu’on est tranquillement en train de concocter notre propre son. On essaye de créer quelque chose qui nous ressemble. Avec du recul après la sortie de l’album, ce sera probablement plus facile de bien décrire notre esthétique.

PAN M 360 : À quoi ressemble l’univers que vous souhaitez construire? 

RAU ZE : Petit à petit, on publie du contenu qui nous ressemble sur le compte Instagram de Rau Ze. Nos visuels sont principalement filmés dans de vieux formats comme en VHS et ça rappelle les années 90. On aime vraiment ça, ça nous ressemble. Une de nos amies (Laurence PB) est photographe et elle nous suit depuis le mois de juin. Elle accumule de plus en plus de contenus vidéos et photos qu’on peut utiliser à tout moment. On pourrait même utiliser le tout pour faire un mini-documentaire qui accompagnerait notre album. On lui fait entièrement confiance.

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