Le GRMS, soit le Groupe de Recherche sur la Médiatisation du Son, les organismes Hexagram, matralab et CRCCO font équipe avec la SMCQ afin d’y produire série La Grande Écoute et sa Grande Nuit 2023, dans le contexte du festival MNM (Montréal Nouvelles Musiques) et de la 20e Nuit Blanche.

S’inscrivant dans thématique du MNM 2023, Musique(s) et spiritualité aujourd’hui, le colloque du 24 février propose son angle : Musique et transcendance à l’ère du post-humanisme : Nouvelles avenues et  continuité. On imagine les discussions menées sur le rapport entre création humaine et intelligence artificielle… Bienvenue dans le post-humanisme!

La réflexion précède ainsi le programme La Grande Nuit (l’instrument et l’humain en mutation) qui a lieu gratuitement dans la soirée du samedi 25 février, fin PM, jusqu’aux aux petites heures du 26. À l’Agora Hydro-Québec – Cœur des sciences – UQAM les protagonistes de La Grande Nuit mettront en valeur la recherche-création des membres du GRMS, du réseau Hexagram et de leur périphérie artistique. Pas moins d’une trentaine d’artistes s’y succéderont.

À l’instar de plusieurs de ses collègues, Simon-Pierre Gourd est à la fois créateur, chercheur, médiateur culturel, pédagogue. Lui et ses collègues du GRMS qu’il dirige, issus de différentes universités, travaillent sur le son « en tant que média de création ». Ils tentent ainsi de « saisir la façon la plus globale possible la réalité sonore sous ses différents aspects – manifestations sociales, médiatiques, artistiques, utilitaires, etc. Invité par PAN M 360 à nous faire le topo de La Grande Nuit, il s’exécute brièvement.

PAN M 360 : Cette approche du GRMS existe-t-elle depuis un moment?

SIMON-PIERRE GOURD : Nous sommes actifs depuis 2019, partenaires avec la SMCQ pour différents événements. Nous sommes des chercheurs de l’UQAM, Concordia, et nous avons aussi un groupe affilié au Mexique – à Morelia. À l’origine , on était quatre chercheurs qui voulaient faire quelque chose de dynamique, de rester en contact dynamique avec les créateurs et nos étudiants, communauté locale ou invités internationaux. On avait envie de travailler ensemble sans attendre les subventions, parce qu’on en avait vraiment envie. On ne voulait pas de vase clos universitaire, on voulait être avec tout le milieu. Nous somme donc arrivés avec cette de cette proposition là d’une nuit complète dans le contexte de la Nuit blanche. Nous nous associons ainsi pour une 4e fois pour avec la SMCQ. Avec les gens du milieu, les profs, les étudiants, les créateurs, les invités internationaux tout le monde y est réuni.

PAN M 360 : Le noyau organisateur est-il constitué surtout de profs?

SIMON-PIERRE GOURD : Oui mais plusieurs d’entre nous sommes aussi des compositeurs – Ricardo Dal Farra, Éric Létourneau, moi-même ou Sandeep Bagwati. Ce dernier se produit avec des étudiants de l’ensemble de percussions de l’université de Toronto, le tout axé sur des objets du quotidien et intégré à de nouvelles technologie. Nous avons des invités internationaux telle la compositrice autrichienne Élizabeth Schimana, qui est une pionnière de l’électroacoustique et qui présente une pièce d’une quarantaine de minutes axée sur les sons très graves. Ou encore avons-nous invité le Mexicain Rodrigo Sigal, qui présente Brain in Pulse. On permet aux étudiants de venir présenter leurs travail. On s’associe également à des créateurs comme Jean-François Laporte de Totem électroacoustique. On s’est associé avec Jean-François pour lui permettre de faire jouer des pièces qu’il a sélectionnées et il y aura un jury sur place qui choisira des gagnants en direct. On a toujours un petit quelque chose chaque année! Il y aura aussi une œuvre de projection architecturale avec deux DJ performers et deux violoncellistes dont Claude Lamothe, intitulée Sous des flots incertains de Jean Décarie, Dany Beaupré et Margot Ricard. Une autre œuvre impliquant plusieurs compositeurs/chercheurs, Listening to Our Voice Experience, porte sur qui entend des voix, pour qui ce peut être un problème clinique de santé mentale ou encore se trouve dans des situations où le cerveau peut produire cette illusion. Par la suite, on aura droit à la diffusion d’œuvres acousmatiques.

PAN M 360: Vous faites donc de la médiation culturelle nocturne hihi !

SIMON-PIERRE GOURD: Effectivement ! La meilleure médiation culturelle, c’est de mettre les gens au cœur de l’expérience musicale.

POUR ASSISTER GRATUITEMENT À LA GRANDE NUIT, PRÉSENTÉE À L’AGORA HYDRO-QUÉBEC – Cœur des sciences – UQAM PAR LE GRMS ET LA SMCQ DANS LE CADRE DE MONTRÉAL / NOUVELLES MUSIQUES, C’EST ICI

Participant·es

Programme

Reconnu au Canada comme l’un des musiciens autochtones contemporains les plus accomplis, Andrew Balfour s’apprête à nous emmener dans un « émouvant voyage spirituel ». 

D’origine crie (Première Nation de Fisher River), l’artiste torontois est un compositeur, chef de chœur, chanteur, designer sonore. On peut observer son talent  et la profondeur de sa vision à travers un large corpus d’œuvres chorales, instrumentales, électroacoustiques et orchestrales. 

Ses œuvres ont été interprétées par les orchestres symphoniques de Winnipeg, Regina et Toronto, Tafelmusik, Toronto Mendelssohn Choir, Ensemble Caprice, Groundswell, Winnipeg Jazz Orchestra, les Winnipeg Singers, le Kingston Chamber Choir et Camerata Nova (dont il fut le directeur artistique), Luminous Voices, Chronos Vocal Ensemble, entre autres.  

Ses œuvres chorales, au cœur de sa démarche, encouragent les auditeurs à joindre leurs âmes dans une communion inspirée d’un style de chant autochtone qui atteint des cimes d’intensité et de plénitude. 

Notinikew, qui signifie « aller à la guerre » en langue crie, raconte l’histoires soldats autochtones qui ont combattu pour le Canada en Europe pendant la Première Guerre mondiale et qui ont été privés de leurs droits et libertés une fois rentrés chez eux. Ce mini-opéra anti-guerre évoque  » les mots et les malheurs d’une communauté et d’un destin dont on entend trop rarement parler « . 

En route pour Montréal, Andrew Balfour répond aux questions de PAN M 360 sur Notinikew.

PAN M 360 : Le récit de votre pièce porte sur la Première Guerre mondiale et l’implication des soldats canadiens autochtones. Pourquoi cet épisode spécifique de l’histoire des peuples indigènes ? 

ANDREW BALFOUR : Les autochtones du Canada ont participé à toutes les guerres depuis 1812 jusqu’en Afghanistan. Notinikew, cependant, est axé sur ces milliers de soldats qui sont allés combattre pendant la Première Guerre mondiale. Si vous viviez dans le nord , c’était un voyage très particulier. Vous deviez aller d’abord au sud pour être entraîné. Ensuite, vous deviez prendre un train jusqu’à Halifax, et ensuite monter sur un bateau et vous rendre en Europe sur les zones de combat.

PAN M 360 : Mais ce fut un voyage assez difficile pour eux, compte tenu du racisme qui s’est ajouté aux conditions de guerre déjà tragiques.

ANDREW BALFOUR : Le fait est que, pendant les deux premières années de la guerre, les soldats autochtones n’étaient pas autorisés à combattre dans cette guerre… un peu de racisme dans l’armée. Mais à mi-chemin de la guerre, quand les Alliés ont réalisé qu’ils perdaient beaucoup d’hommes, ils ont pensé que les indigènes seraient peut-être bons, ils sont bons pour vivre dehors, ils pourraient être bons avec un fusil… Alors plusieurs soldats autochtones sont decebus parmi les meilleurs tireurs d’élite de l’armée canadienne. Plusieurs milliers de soldats indigènes se sont alors engagés, espérant qu’ils pourraient obtenir des droits à leur retour au Canada, ce qui ne fut aucunement le cas. Les autochtones du Canada n’ont pas pu voter avant 1963 ! Il leur a donc fallu beaucoup de temps pour obtenir les droits les plus élémentaires. 

PAN M 360 : Où cela nous mène-t-il ?

ANDREW BALFOUR : C’est plutôt une pièce pacifiste, en fait. Et je suis très heureux que nous soyons impliqués pour l’amener à Montréal.

PAN M 360 : Mais l’essentiel est la musique elle-même, et votre travail. En tant que compositeur autochtone, mais en même temps, vous n’êtes pas enseigné, vous êtes lié à une sorte d’esthétique globale, qui n’est pas seulement autochtone, vous savez, vous mélangez votre propre héritage et l’héritage mondial de la musique. Donc c’est ce que je comprends. Vous avez réalisé Ouais, vous savez, vous avez une double formation en quelque sorte, vous êtes très proche de vos traditions, de votre, votre, votre héritage culturel, mais en même temps, vous avez une formation en musique contemporaine, et une formation classique. Alors comment faites-vous pour relier ces deux mondes ?

ANDREW BALFOUR : Eh bien, je dois admettre que je ne suis pas très proche de ma tradition, parce que j’ai été arraché à ma tradition, quand j’étais un petit bébé. J’ai appris par la musique, parce que j’ai appris à lire la musique quand j’étais un jeune garçon dans des chorales, ce qui est la raison pour laquelle je suis ici en ce moment. Mais je suppose qu’on peut dire que j’ai été colonisé à un très jeune âge ; je ne connaissais pas ma langue, je ne connais toujours pas mon cri, mes liens, mes médicaments, et je dois apprendre beaucoup plus sur ma musique. Je suis capable d’essayer de retrouver tous ces éléments que j’ai perdus. J’essaie donc de me trouver à travers la musique autant que j’essaie de trouver mon histoire, mes récits, mes traditions.

PAN M 360 : Comment vous connectez-vous à votre héritage culturel indigène, alors que vous êtes également un musicien formé aux références occidentales ?

ANDREW BALFOUR : Ici, en Amérique du Nord, nous avons certains des langages musicaux les plus anciens du monde. Cela dure depuis si longtemps !  Nous avons raconté des histoires, nous ne les avons pas écrites pour nous mais c’est très diversifié. Nous connaissons les traditions de l’Ontario ou du Québec, mais il y en a tellement d’autres dans les Amériques, du Mexique à l’Arizona. Tant de nations, tant de manières différentes de jouer du tambour, de chanter, de jouer des instruments. C’est passionnant parce que c’est toujours là après que les colons aient voulu tout effacer. Nous continuons donc à chanter, mais aussi à créer cet hybride, à réunir la musique occidentale et la musique indigène, et oui, eh bien, non, je n’écris pas vraiment de musique indigène traditionnelle.

PAN M 360 : Maintenant nous sommes aussi confrontés à un mélange global de cultures, en respectant nos propres héritages bien sûr, nos traditions personnelles, mais en même temps, en embrassant le monde. Et c’est ce que vous faites à travers votre musique.

ANDREW BALFOUR : Je suis tout à fait d’accord. Parce que nous devons aller de l’avant. Oui, ce que j’aimerais voir, c’est un peu plus de respect, en ce qui concerne les terres indigènes, comme les histoires. Et pour en revenir à Notinikew, il n’y avait pas de respect pour les soldats autochtones. Quand les hommes revenaient de la guerre, ils étaient marqués.. Certains d’entre eux ont perdu, comme vous le savez, leurs, leurs familles, leur culture, la langue, ils n’ont pas eu les avantages qu’on leur avait promis, ni le droit de quitter leur petite réserve. Beaucoup d’entre eux  se sont tournés vers l’alcool ou la drogue. Cela les a profondément affectés, ainsi que leurs familles et les familles qui ont suivi. Ce n’est pas une bonne histoire d’une certaine manière, parce que c’est comme la façon dont la société traite, et traite encore, les peuples autochtones.

PAN M 360 : Heureusement, nous vivons une sorte de renaissance de la culture autochtone en Amérique du Nord et surtout au Canada, presque partout dans ce pays. C’est très intéressant et d’autant plus réjouissant de voir apparaître cette nouvelle énergie.

ANDREW BALFOUR : Oui, et c’est un honneur d’en faire partie et de présenter ma musique à M/NMl. Cela ne se serait pas produit il y a 20 ans. C’est donc un grand honneur. Mais c’est aussi une grande responsabilité, alors oui, nous travaillons très dur. Je vis à Toronto mais  groupe de Winnipeg a répété rigoureusement l’œuvre . Et donc nous allons faire le spectacle à Winnipeg  le 28 février, avant quoi nous venons à Montréal et le présenter à la Maison symphonique. C’est très excitant !

PAN M 360 : Avez-vous déjà joué cette pièce auparavant ?

ANDREW BALFOUR : Nous l’avons faite en 2018 parce que 2018 était le 100e anniversaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale. Un groupe à Edmonton l’a reprise en novembre dernier. J’ai depuis réédité des choses, amélioré l’affaire. Ce sera donc la troisième fois que cela se fait, mais j’ai vraiment hâte d’y être.

PAN M 360 : Si nous pouvons être plus spécifiques sur le corpus de travail lui-même, comment avez-vous construit cette pièce ? Comment l’avez-vous imaginée ? 

ANDREW BALFOUR : C’est un croisement entre ma musique et une enquête historique. C’est un mélange d’idées abstraites sur la guerre et les conflits, et l’idée de  transe. Pouvez-vous imaginer que si vous étiez en transe, et que vous n’aviez jamais vu de guerre auparavant, que des gens vous tiraient dessus, l’artillerie lourde, le gaz moutarde et tout ça, à quel point ce serait horrible ?

PAN M 360 : Absolument. Cette 1ère guerre mondiale a été un énorme carnage.

ANDREW BALFOUR : C’était de la folie à bien des égards. Je pense que c’est comme si les dirigeants des pays en guerre avaient tous perdu la tête en lançant leurs jeunes hommes dans un conflit comme celui-là, vous avez dit carnage. Alors je fais la narration de ce carnage, soit l’histoire d’un sniper perdu dans la réalité de la guerre. Et avec un violoncelliste à l’appui, qui est branché à des pédales de boucle. C’est vraiment unique. Et nous avons aussi un chœur qui incarne  en quelque sorte la voix des jeunes. D’une certaine manière, la musique est le un costume du carnage, itellement de choses s’y prosduisent.

PAN M 360 : Vous travaillez donc avec une petite instrumentation,  quelques machines électroniques et une instrumentation plus traditionnelle. Et donc vous mélangez l’électronique et la musique instrumentale avec une approche chorale. Vous avez commencé comme enfant de chœur, n’est-ce pas ?  Donc le chant et la chorale sont des éléments de base, très substantiels et très, très importants dans votre travail.  

ANDREW BALFOUR : Oui, c’est principalement ce que je fais. Je fais aussi beaucoup de pièces orchestrales. Mais la partie la plus satisfaisante de mon travail est le chœur.  Encore aujourd’hui, j’aime  le son des voix qui s’unissent. Et  je pense encore que c’est la meilleure façon de raconter une histoire.

PAN M 360 : Oui, la voix est le premier instrument qui existe.

ANDREW BALFOUR : Exactement. Et c’était mon premier instrument parce que j’ai appris à chanter à l’âge de sept ans. Donc ça fait partie de qui je suis. J’ai donc beaucoup de chance de pouvoir créer à travers ce médium, et je suis très heureux de pouvoir travailler avec des chœurs excellents.

PAN M 360 : Oui, en même temps, vous avez une approche polyphonique, qui n’existe pas dans la musique traditionnelle indigène au Canada. C’est donc une sorte de pollinisation croisée intéressante entre, vous savez, l’influx occidental et votre propre riche tradition de contes et de chants.  Mais ce n’est pas seulement monadique dans les premières formes de chant des pow-wow. Vous ne travaillez pas de cette façon.

ANDREW BALFOUR : C’est parce que la façon dont j’ai été élevé, c’était la culture occidentale qui primait. Honnêtement, j’aime toujours la musique ancienne ou baroque, j’ai chanté beaucoup de musique de la Renaissance. Il y a donc beaucoup d’éléments de musique ancienne dans ma musique aujourd’hui.

PAN M 360 : Il est aisé de croire que la musique ancienne, la Renaissance et le baroque peuvent très bien s’accorder avec la musique indigène.

ANDREW BALFOUR : Oui. Je pense aussi que cela fonctionne très bien. Et, vous savez, je le fais depuis un certain temps maintenant. Et je vais continuer à le faire. Mais je pense que, oui, j’ai de la chance parce que je sens que j’ai, vous savez, encore d’autres histoires à raconter. Et en ce moment, Nitinikew est une histoire importante pour nous tous.

PRÉSENTÉ PAR LE FESTIVAL MONTRÉAL / NOUVELLES MUSIQUE DE LA SMCQ, NOTINIKEW EST PRÉSENTÉ CE VENDREDI, 19H, MAISON SYMPHONIQUE

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Participant·es

Programme

Pour débuter l’année 2023, Pan M 360 a réalisé une série d’interviews avec cinq artistes d’ici qui seront à surveiller au cours des prochains mois! L’entretien ci-dessous avec Gab Bouchard est le cinquième et dernier de cette courte série.

Originaire du Lac-Saint-Jean, Gab Bouchard est un auteur-compositeur-interprète qu’on a eu le plaisir de découvrir lors de son passage aux Francouvertes de 2018. En août dernier, l’artiste de 24 ans a fait paraître Grafignes, son deuxième opus solo. Dans cet excellent projet pop-rock, il abordait avec sensibilité des sujets hautement personnels tels que le deuil, la santé mentale et même l’automutilation.

Pour Gab Bouchard, la création de Grafignes a été libératrice et lui a permis d’accepter plusieurs aspects de sa vie. Même s’il se dit « pas mal plus relax » que pendant la création de son dernier ouvrage, l’artiste soutient qu’il n’a pas cessé de se questionner pour autant. « Je pense que mon cerveau ne va jamais arrêter de virer », dit-il en souriant.

En 2023, il transportera Grafignes sur différentes scènes à travers le Québec. Sa tournée prendra fin en novembre prochain, alors qu’il tentera de remplir le mythique MTELUS pour la première fois de sa carrière. Il ne s’en cache pas, la pression de devoir remplir une telle salle génère un certain stress, mais il se sent fin prêt pour un tel défi.

Crédit photo : Bravo musique

PAN M 360 : Comment s’est déroulée votre année 2022?

GAB BOUCHARD : 2022 a été une année remplie de défis. C’était vraiment trippant de prendre le temps de réaliser Grafignes. L’écriture du projet était assez dure, c’est un album qui est rempli de bibittes. J’étais vraiment heureux de publier le projet, de pouvoir passer à autre chose et penser à le rendre en spectacle.

PAN M 360 : À quoi ressemblent vos plans pour 2023?

GAB BOUCHARD : On débute la tournée pour Grafignes. Si je me fie au calendrier, on va avoir un été assez chargé et on va essayer de faire le spectacle le plus de fois possible. C’est certain que le fait de jouer chaque jour, ça va m’amener à écrire de nouvelles chansons. Ainsi, j’imagine que mon prochain album va sortir dans les environs de la fin de la tournée. D’ici la dernière date, mon studio au Lac-Saint-Jean devrait être prêt et on risque de commencer à enregistrer de nouveaux morceaux assez rapidement.

PAN M 360 : Comment allez-vous faire pour rendre sur scène votre dernier album?

GAB BOUCHARD : Je pense qu’on a bien réussi à faire justice à Grafignes sur scène. Il y a des chansons qui ont énormément d’arrangements musicaux et ça a été complexe de jouer le tout en direct. Pour une chanson, on n’a pas eu le choix d’acheter la meilleure version de Pro Tools pour la terminer parce qu’il y avait environ 100 pistes. Sur scène on est cinq et mes musiciens font du vraiment bon travail. On offre un spectacle débordant d’énergie et on se donne vraiment. On aime ça.

PAN M 360 : Est-ce une source de stress de savoir que vous allez terminer votre tournée avec un spectacle au MTELUS en novembre prochain?

GAB BOUCHARD : Honnêtement, oui c’est quand même stressant. Le MTELUS ça peut accueillir 2300 personnes, c’est quand même gros. On a annoncé le spectacle en octobre 2022 et les gens pensaient que c’était pour un show en novembre 2022. Rendu en novembre, y’a plusieurs personnes qui nous disaient « coudonc y’a pas de show à soir? » Moi je me disais, « ben non, ça va nous prendre au moins un an pour pouvoir remplir une salle comme le MTELUS! » C’est certain que c’est stressant, mais en même temps si on ne fait pas des choses comme ça, on ne va jamais pouvoir savoir on est rendu où au niveau du public. Par le passé, on a sold out le Théâtre Corona et l’Impérial à Québec, donc on a toutes les raisons de croire qu’on est rendu là. Si tout se passe bien, ça risque d’être une méchante belle soirée et un super souvenir d’avoir fait le MTELUS pour mon deuxième album. On pense à filmer le concert et on va inviter plusieurs musiciens et artistes à se joindre à nous. On ne fait pas le MTELUS pour mettre 20 000$ dans nos poches, on souhaite investir tous les profits de la vente de billets et offrir tout un spectacle.

PAN M 360 : Vous avez sorti un vidéoclip pour la chanson Trou d’eau il y a quelques semaines. Parlez-moi un peu de ce visuel. 

GAB BOUCHARD : C’est parti du fait que le réalisateur Baz m’a approché pour qu’on travaille ensemble et j’ai tout de suite accepté. Trou d’eau c’était la meilleure chanson pour faire un vidéoclip parce que la production est entraînante et tu as l’impression d’être dans un char qui roule sans cesse. Ça parle de déchéance, de dépendance, de drogue, de boisson et du Lac-Saint-Jean. Au début, on voulait aller tourner à Las Vegas, filmer dans des casinos et conduire une voiture décapotable pendant une semaine. Finalement, on s’est dit que c’était bien mieux d’aller filmer au Lac-Saint-Jean parce que Trou d’eau, ça ne parle pas de Las Vegas. Dans le clip, on suit un gars qui est « sur la dérape. » On a filmé pendant cinq jours du matin au soir. Ça pas l’air compliqué de tourner une vidéo de 3 minutes, mais maudit que ça l’est! Si je me souviens bien, on avait 22h de contenu vidéo à la fin du tournage. Le monteur a effectué un travail de maître. Je pense que le résultat image bien la chanson et je suis vraiment content. On fait des vidéos par pure passion parce qu’on sort de l’argent directement de nos poches. C’est vraiment un trip que tu te payes parce que ça ne rapporte pas vraiment d’argent.

PAN M 360 : Ça ne fait pas des années que vous avez publié Grafignes, mais qu’est-ce que le Gab Bouchard d’aujourd’hui pense de son dernier projet?

GAB BOUCHARD : C’est certain qu’il n’y a pas énormément de temps qui a passé depuis, mais il y a beaucoup de choses qui ont changé depuis. Je ne m’en rendais pas nécessairement compte pendant le processus, mais la création de Grafignes a été extrêmement libératrice. Je me suis beaucoup remis en question et ça m’a permis d’accepter plusieurs choses. Avec du recul, je suis vraiment content de l’avoir fait et d’avoir dit ce que j’avais à dire. Maintenant l’album existe, et il est là pour rester. Je me doutais que du monde allait aimer ça, mais je craignais quand même que les thèmes abordés dans mon deuxième album soient trop lourds et trop intenses. Après la sortie, j’ai tellement reçu de messages de personnes qui étaient contentes que ce disque existe et qu’ils m’ont dit que ça leur a fait du bien. J’ai eu près de 300 messages à la sortie et je les ai tous lus un par un. Ça m’a vraiment surpris qu’un album aussi personnel rejoigne autant les gens, c’était une belle récompense. En ce moment, je suis pas mal plus relax que quand je créais Grafignes.

PAN M 360 : Quelle est la prochaine étape pour Gab Bouchard?

GAB BOUCHARD : Je suis encore en questionnement sur ce que je souhaite faire pour la suite. J’ai toujours voulu faire un projet avec moins de pauses et de ballades et qui sonne plus punk, rock et garage. Est-ce que ça va être ça mon projet prochain, ou à la place ça va être un troisième projet qui met fin à la trilogie de la peine et des bobos? Oui je me sens mieux depuis la publication de Grafignes, mais je me pose encore tellement de questions. Je pense que mon cerveau ne va jamais arrêter de virer. Comme je l’ai dit plus tôt, je pense que je vais aller à mon studio au Lac-Saint-Jean après la tournée et voir ce que je vais pondre. J’ai déjà deux chansons de créées que j’aimerais publier, donc peut-être que ça donnera le ton pour mon prochain projet.

PAN M 360 : Sur quoi Gab Bouchard se questionne-t-il encore aujourd’hui?

GAB BOUCHARD : Une chose qui me chicote beaucoup ces temps-ci, c’est le thème de l’angoisse. Dans ma vie en ce moment, tout va quand même bien. Malgré ça, je vis quand même des moments d’angoisses et je me demande pourquoi ça m’arrive encore, même quand ça va bien. Ça, c’est un questionnement plus personnel. En ce qui concerne la musique, je me questionne souvent sur ce qui va arriver dans les prochaines années à mes amis dans l’industrie musicale et moi. Récemment, je me suis réellement questionné sur l’aspect financier de la musique. Je me suis toujours dit que ça ne me dérangeait pas de faire de l’argent ou pas avec ma musique, mais je souhaite quand même pouvoir bien vivre ma vie et manger plus que juste des toast au beurre d’arachide dans le futur, tu sais. Je me demande ce qui va arriver dans trois ans, mettons, s’il n’y a plus de radios satellites, si personne n’achète de disques et si tout le monde consomme sa musique via des plateformes comme Spotify. C’est un peu une blague au sein de mon équipe. À chaque fois qu’on voyage pour aller faire un concert, on se demande si ça ne va pas être notre dernier. Il faut vraiment aimer ça faire de la musique pour en faire sa carrière. J’ai des amis qui font de la musique depuis 15 ans et ils ont récemment dû retourner à l’école pour s’assurer un avenir. Le futur de la musique, c’est un gros questionnement pour moi.

Deux nouvelles créations du compositeur québécois Jean Lesage seront entendues cette semaine dans le cadre de Montréal/Nouvelles Musiques. Inspirées par la thématique du carnaval, ce sera d’abord la pièce Karnevalszeit qui sera jouée à la Salle Pollack de l’Université McGill le jeudi 23 et vendredi 24 février par l’orchestre de l’université, sous la direction d’Alexis Hauser. 

Mascarade, une œuvre pour accordéon solo, sera ensuite présentée le samedi 25 février – et gratuitement, de surcroît – à l’Institut Goethe de Montréal. Celle-ci sera interprétée par nulle autre que l’envoûtante accordéoniste serbe Snežana Nešić, qui est la commanditaire de l’œuvre.

PAN M 360 s’est entretenu avec le compositeur pour en apprendre davantage sur ces nouveautés à son répertoire, mais aussi pour discuter plus largement de sa poétique musicale infusée de postmodernisme, perspective qui nourrit depuis plusieurs décennies sa démarche artistique. C’est à l’Université McGill, où il occupe le poste de professeur de composition et d’orchestration, qu’il nous a reçu. 

PAN M 360: Sur votre site web, en entête de la section intitulée « poétique musicale », apparaît une citation d’Umberto Eco qui réfère au postmodernisme. Quelle importance cet auteur revêt-il pour vous ? 

JEAN LESAGE : La première chose que j’ai lue de lui était L’œuvre ouverte, qui traite de tout ce courant des années 60 où les compositeurs sentaient le besoin de donner plus de liberté à l’interprète avec des partitions qui laissaient le choix à un certain parcours. Il n’y avait pas de chronologie déterminée du matériau musical. Au fil des années je me suis intéressé à sa vision du postmodernisme et de l’intertextualité, c’est-à-dire de faire une œuvre d’art qui parle d’autres œuvres d’art, d’écrire de la musique qui parle de l’histoire de la musique, et donc d’avoir la possibilité de revisiter certains aspects de l’histoire de la musique pour y trouver une sorte de potentiel caché que je pourrais développer.

PAN M 360 : Cet attrait pour le postmodernisme faisait-il partie de vous avant que vous joigniez les rangs de la classe de composition de Gilles Tremblay au Conservatoire, ou s’est-il plutôt développé au fil de l’exploration de votre langage musical ?

JEAN LESAGE : C’est intéressant, parce que je crois que c’est quelque chose qui s’est développé en réaction à ce que je recevais au Conservatoire. Là-bas, nous avions une approche de la composition qui était vraiment moderniste, ce qu’on appelait l’avant-garde en Europe. Je dirais qu’il y avait une petite tendance au sectarisme, et tout ce qui était à l’extérieur de ce courant – Boulez, Berio, Stockhausen – était considéré comme une espèce de faiblesse esthétique. J’ai toujours été un grand fan de cette musique, mais il y avait d’autres aspects de la musique et de la création au 20e siècle qui m’intéressaient énormément : la musique minimaliste américaine, par exemple, ou des courants hétéroclites et moins unitaires que le modernisme, comme la musique de Charles Ives ou Edgar Varèse. J’avais de la difficulté à comprendre comment on ne pouvait pas faire coexister les deux mondes.

PAN M 360 : Dans le livret du disque fin de siècle… Nouvelle musique montréalaise, Sophie Galaise utilise les mots « solidarité, entraide, implication » pour caractériser l’essor des compositeurs de votre cohorte, à l’époque peu nombreux. Il semble également que vous organisiez souvent des soirées d’écoute entre collègues.

JEAN LESAGE : Il est vrai de dire que nous avions une certaine communauté et que nous échangions beaucoup d’idées. Je crois que cet « essor » auquel réfère Galaise s’applique plus à la génération précédente, les Vivier, Longtin, Tremblay, Rea, Evangelista, Boudreau. Déjà, nous avions accès à beaucoup d’informations par les médias, sans compter l’explosion des enregistrements. On pouvait dans la même journée écouter la musique de Pérotin le Grand, pour passer ensuite à Stockhausen et Mahler, le partager, en discuter, et mettre le tout en équivalence comme appartenant à une seule et même tradition. En ce sens, organiser de telles soirées n’était pas révolutionnaire. Cela s’est fait à toutes époques. Cette multiplicité des sources et des styles ne peut selon moi qu’avoir un impact sur la façon dont on pense la musique en tant que compositeur, surtout si on la partage. J’ai toujours tenté de promouvoir d’autres facettes de l’activité musicale lors de mon passage au Conservatoire. Cet accès ouvre une certaine façon de penser la création musicale qui est multiple, ce qui est plus vrai que jamais aujourd’hui.  

PAN M 360 : Dans le contexte social actuel où les gens sont apathiques et souffrent de déficit d’attention, cette pluralité des styles, cette façon de déjouer les attentes de d’opérer des dérapages contrôlés : est-ce pour vous une opportunité de garder le public sur les talons ?

JEAN LESAGE : C’est une bonne question, mais je ne le vois pas vraiment comme ça lorsque j’écris. Je considère que le compositeur doit avoir des antennes pour capter les ondes de l’époque dans laquelle il ou elle vit, et j’essaie de rendre compte de ce que je ressens. Est-ce que je veux avoir un impact direct sur l’auditeur ? Oui. J’essaie de donner à l’auditeur les clés pour qu’il puisse ouvrir les portes de ma musique. Ce qu’on reproche souvent à l’époque moderniste, c’est sa réflexion abstraite sur le matériau musical qui est souvent en hiatus avec l’impact psychoacoustique qu’elle peut avoir. En ce sens, le postmodernisme a voulu rétablir les liens et reconstruire les ponts avec un auditoire qui avait en quelque sorte perdu contact avec notre monde musical. Cela dit, mon approche ne représente pas un désir de plaire au public, mais plutôt de vouloir communiquer.

PAN M 360 : Quand vous abordez votre musique, vous parlez également de personnages sonores, un concept que j’affectionne tout particulièrement, ce qui me fait me demander ceci : quels costumes porteront vos personnages dans Karnevalszeit ?

JEAN  LESAGE: (rires) Multiples ! Ce que j’ai voulu évoquer dans cette référence au carnaval, c’est ce moment où, durant un certain nombre de jours, les valeurs de hiérarchie étaient inversées. L’enfant devenait adulte, l’esclave devenait maître, et il y avait une sorte d’effervescence. Il y avait aussi cette tradition de porter des masques, et l’idée de mettre un masque sur la musique m’intriguait. Ces masques sont des références stylistiques à certaines époques de la musique, manipulées pour être perçues comme ambiguës, et qui donnent l’impression qu’on fait référence à quelque chose, mais sans pouvoir mettre le doigt dessus. Il y a aussi le concept de profusion, d’activités simultanées qui évoluent sur différents plans, comme dans un carnaval. C’est un jeu dangereux du point de vue compositionnel, parce qu’il ne faut pas que ça devienne un fouillis ou une cacophonie. Il faut que ce qui se trouve à l’arrière-plan arrive à l’avant-plan et se retire pour retourner à l’arrière-plan pour laisser place à d’autres objets sonores, et ainsi de suite. Il faut donc accorder différents degrés d’importance aux plans sonores simultanés, et l’auditeur doit faire un choix de ce sur quoi il porte son attention. Ce n’est pas facile pour un chef d’orchestre, mais Alexis Hauser, ici à McGill, le fait de manière remarquable. 

PAN M 360 : Comment se manifeste cette hiérarchie d’un point de vue musical ?

JEAN LESAGE : Dans l’histoire de la musique, la hiérarchie des hauteurs de sons prime. Face à cela, je me suis demandé s’il y avait moyen d’élaborer un discours où les notes deviennent moins importantes que l’articulation ou le timbre du son, et où l’activité de surface est plus importante que la structure harmonique, et ainsi renverser la hiérarchie traditionnelle.  

PAN M 360 : En quoi l’œuvre Karnevalszeit se compare-t-elle à Mascarade ?

JEAN LESAGE : La combinaison des plans entièrement différente. L’instrument a un poids sémantique important. Il fait référence aux fêtes, il accompagne la danse. J’ai tout de même conservé l’aspect hétérogène du discours, mais au lieu d’être superposé, il est plutôt juxtaposé. Les plans sont remplacés par des séquences stylistiques contrastantes du point de vue de l’intensité et de la densité des textures. 

PAN M 360 : Dans un article écrit en 1992, la pianiste Marc Courroux vous cite : « C’est la gratuité de l’art, son insoumission aux déterminismes d’une époque qui lui donne sa force révolutionnaire, son pouvoir subversif. »

JEAN LESAGE : Vive l’art libre qui ne répond pas aux exigences du marché ! Nous compositeurs œuvrons en périphérie, loin de la culture générale, mais ce n’est pas parce que nous évoluons en périphérie que nous n’avons pas d’importance. Ce côté subversif, ce côté enfant terrible nous permet de faire toutes sortes de choses indépendamment des courants principaux. Nous n’appartenons pas à l’industrie de la culture, mais nous sommes porteurs de valeurs culturelles très importantes, qui sont symboliques. Je crois que tous les compositeurs que j’ai fréquentés au Québec ont toujours cette volonté de donner en héritage une œuvre qui serait le reflet de notre culture. Il y a plusieurs façons de le faire, évidemment. Malgré le fait que nous ne soyons pas joués sur les radios commerciales, nous sommes néanmoins ls gardiens de cette culture. La culture mainstream à laquelle elle se compare est dépourvue de spécificité. Nous parlions au début de conversation du moment où mes collègues et moi nous réunissions. Ce désir d’être le reflet de notre culture était très important pour nous. Trouver une spécificité musicale, sonore, à ce que notre culture représentait pour nous, et se détacher un peu des États-Unis, et de l’Europe, qui ont exercé une influence énorme sur nous, et dont nous sommes le lieu de rencontre. Cela confère à notre musique une sorte d’hybridité qui se crée entre ces deux façons de voir l’art et la culture, et que la grande majorité de mes collègues ont développé chacun à leur façon.

PAN M 360 : Découvrira-t-on une part de l’enfant terrible lors de ces concerts qui s’en viennent dans le cadre du Festival Montréal\Nouvelles Musiques ?
JEAN LESAGE : J’avoue que la pièce pour orchestre est assez particulière (rires). Elle m’étonne moi-même !

DANS LE CADRE DU FESTIVAL M/NM, KARNEVALSZEIT EST CRÉÉE CE JEUDI, 19H30, SALLE POLLACK DE L’UNIVERSITÉ MCGILL. LE MÊME PROGRAMME EST EXÉCUTÉ CE VENDREDI, 19H30.

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Programme

DANS LE CADRE DE M/NM, MASCARADE SERA CRÉÉE SAMEDI, 19H, AU GOETHE-INSTITUT DE MONTRÉAL, DANS LE CADRE DU PROGRAMME LES MYSTÈRES DE L’ACCORDÉON.

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Programme

Golgot(h)a, une œuvre imaginée par Walter Boudreau au tournant des années 90, a été récemment parachevée pour sa prochaine exécution prévue ce dimanche au festival Montréal / Nouvelles Musiques présenté par la SMCQ.
Golgot(h)a, qui tire son nom de cette colline funèbre de Palestine où Jésus Christ fut crucifié, évoque ce que le compositeur nomme son  « bestiaire historico-culturel ».
« Le rituel de la messe catholique, les sœurs de la Congrégation Notre-Dame avec qui j’ai eu mes premières leçons de piano, le péché (de la chair…) avoué (les dents serrées) au confessionnal, le chant choral religieux, les cloches  d’église et l’orgue, la peur de la Damnation Éternelle, le plaisir sexuel, l’extase artistique, les films de gladiateurs … et quoi d’autre encore ! » pose Walter Boudreau dans son historique de l’œuvre dont il est ici question. Ainsi, les sons de la musique sacrée, bien ancrés dans son imaginaire d’enfant et d’adolescent, rejaillissent à travers la métaphore du chemin de croix, représenté ostensiblement dans toutes les églises catholiques comme on le sait.
« Bien que je ne sois pas vraiment religieux, ajoute le compositeur dans ses notes, le chemin de croix est à mes yeux la plus intense représentation du drame d’un être humain devant l’inéluctable. Ce long tunnel d’une grande noirceur est la marche funèbre terrible d’un homme condamné à un supplice abominable : La crucifixion. »
La conception de Golgot(h)a » remonte à 1989 lorsque la  « commande  privée » d’un mécène fut confiée à Walter Boudreau afin de célébrer  la remise à neuf de l’orgue Guilbault-Thérien du Grand Séminaire de Montréal dans le contexte des célébrations entourant le 150e anniversaire de sa fondation.
En repérage à la superbe chapelle du Grand Séminaire et de son orgue, Walter Boudreau fut immédiatement saisi par les 14 stations du Chemin de Croix de la Passion de Jésus-Christ , d’où Golgot(h)a . À son sens, ce parcours mystique parfaitement connu des Québécois francophones de son ère catholique s’imposait pour constituer la structure de l’œuvre…. dont la composition fut plus longue que prévu.

PAN M 360 : Alors on se trouve d’abord dans la chapelle du Grand Séminaire, à l’origine de Golgot(h)a. Rappelez-nous le contexte :

WALTER BOUDREAU : À cette époque, je suis nouvellement nommé compositeur en résidence à l’Orchestre symphonique de Toronto, je fais du Toronto-Montréal non-stop. Je suis nouvellement assis dans le cockpit de la direction artistique à la SMCQ. J’ai des commandes de composition. Je dirige régulièrement l’Orchestre métropolitain. Je fais des tournées. Alors je reçois la commande et je dis ok, je vais aller voir ça et tout de suite. Ce qui me frappe, c’est le chemin de croix. Tout de suite j’ai l’idée de tableaux d’une exposition. Ces tableaux, je les connais parce que quand j’étais jeune, il fallait les suivre à genoux en priant si on avait commis un péché de chair. À 12, 13 ou 14 ans, on savait immédiatement qui avait fait ce péché quand on le voyait faire sa pénitence à l’église! Alors le chemin de croix pour moi, je dois avouer l’avoir fait souvent à genoux, ça m’est resté planté dans la tête – élevé à Sorel dans la religion catholique, à côté de l’église Saint-Pierre que j’ai abandonnée quand j’avais onze ans avec l’accord de ma grand-mère agnostique qui m’a élevé. Et en plus, ma mère était organiste et pianiste a joué à l’église. Moi j’ai interprété des chants religieux, ça fait partie de moi, de ma québécitude.

PAN M 360 : En terrain connu, donc.

WALTER BOUDREAU : Cette commande, c’était parfait pour moi. J’ai commencé à travailler là, tout de suite, je ne pensais pas à l’aspect financier parce que j’avais des revenus. À un moment donné, ça faisait une couple de mois que je travaillais et il me fallait un paiement afin de poursuivre. Le mécène m’avait alors invité au restaurant pour me déclarer finalement être en amour avec moi. Je suis resté poli. Je me suis levé et j’ai quitté les lieux, me disant que je travaillerais sur l’œuvre dans mes temps libres.

PAN M 360 : Ce qui ne garantissait pas l’accouchement de l’œuvre

WALTER BOUDREAU : Je suis allé voir Denis Regnaud, alors directeur de la section musique de la défunte Chaîne culturelle de la SRC. Il m’a suggéré de réduire la durée initiale de l’œuvre, soit de 45 minutes à 30 minutes afin de souscrire aux critères du Grand Prix Paul-Gilson de la Communauté des Radios Publiques de Langue Française (CRPLF). Parmi ces critères, il fallait inclure des techniques innovantes à l’époque dans la production radiophonique – transformation de la voix, échantillonnage numérique, nouvelles techniques multipistes, etc. Familier avec ces techniques, j’ai accepté la proposition. Par exemple, j’ai dû travailler avec un chœur de voix échantillonnées plutôt qu’avec de vrais choristes ou solistes. À l’époque, mon collègue (et compositeur) Alain Thibault travaillait à mes côtés pour compléter le travail, vu sa grande expertise en matière de technologies numériques.

PAN M 360 : Vous avez alors collaboré avec Raoul Duguay, que vous fréquentiez bien avant la SMCQ, soit à l’époque de l’Infonie.

WALTER BOUDREAU : Raoul Duguay en a écrit les textes et en a été le récitant – au lieu de Gaston Miron, que le mécène (démissionnaire) avait d’abord suggéré. Je m’entendais très bien avec mon vieux chum Raoul qui m’a fait des heptasyllabes pas piquées des vers, puisqu’il s’agissait de 14 stations du chemin de croix que j’ai divisées en 2. Golgot(h)a comprend donc deux grandes parties de sept sections. Chaque section est précédée d’une « fanfare-promenade » qui agit comme transition entre les sections. Et donc tout tournait autour du chiffre 7, c’est pourquoi Raoul m’a livré 28 poèmes heptasyllabiques. En studio, Raoul avait récité trois versions de ses textes, dont une avec les syllabes bien détachées que j’avais ensuite numérisées pour donner aux phrases des rythmes que Raoul n’aurait pu exécuter. En modifiant sa voix, par ailleurs, j’avais fait du récitant une sorte de Darth Vader pour incarner la « voix du destin ». Cette fois, le comédien Pierre Lebeau sera le récitant.

PAN M 360 : L’œuvre a finalement fait son chemin!

WALTER BOUDREAU : Et j’avais été payé pour la commande et pour la direction d’orchestre. L’œuvre fut enregistrée selon ces normes, présentée à Paris en mai 1991 et obtint le Prix Paul-Gilson – nous sommes 3 Québécois à l’avoir remporté : Otto Joachim, René Lussier et moi-même. Ce fut une belle aventure mais pour moi ça restait une œuvre inachevée.

PAN M 360 : Alors qu’en est-il de Golgot(h)a , trois décennies plus tard ?

WALTER BOUDREAU : J’avais gagné un prix mais je l’avais en travers de la gorge. J’avais construit une terrasse dans ma cour, quelque chose de bien, mais je ne l’avais pas finie. Alors récemment, puisque je suis maintenant retraité de la direction artistique de la SMCQ, je pouvais y travailler de nouveau. Plusieurs de mes œuvres avaient d’ailleurs besoin d’un coup de pinceau, un peu de sablage, quelques clous supplémentaires. Aujourd’hui, j’ai le temps alors qu’à cette époque j’étais occupé à faire tant de choses à la fois, je devais même composer durant mes pauses de direction d’orchestre tellement j’étais surchargé. C’est un miracle pour moi d’avoir été capable de pondre des œuvres à cette époque. Un véritable chemin de croix ! (rires). Et là, je suis bien content, à 75 ans, de mettre la couche finale de vernis. Enfin, je l’espère!

PAN M 360 : Dans votre historique de l’œuvre, vous expliquez que toute la musique a été déduite d’un répons à quatre voix Tradiderunt Me In Manus Impiorum (Ils m’ont livré aux mains des impies) tiré de l’Officium Hebdomadae Sanctae (La Passion) du compositeur espagnol de la Renaissance Tomas Luis De Victoria (1548-1611). Dans Golgot(h)a, ce motet se veut un lien historique avec les techniques contemporaines de la composition à l’époque de sa conception. Cet aspect est-il souligné davantage dans le parachèvement de l’œuvre ?

WALTER BOUDREAU : Cette fois, au lieu des voix échantillonnées, j’ai de vraies voix qui chantent en latin, une soprano, une mezzo, un chœur mixte. J’ai même fait appel à l’ayatollah du chant choral en latin, Yves Saint Thomas, pour me guider, me permettre d’entrer dans le texte et y ajouter quelque chose de neuf.

PAN M 360 : Et qui dirige cette fois, vu que vous ne vous n’apparaissez pas en public depuis un bon moment ?

WALTER BOUDREAU : Ce sera moi ! Je vais me montrer la face! Maintenant, je le fais quand et où ça me tente ! Cela dit, j’ai trouvé formidable la direction d’orchestre, ça m’a permis de constater que je n’étais pas le seul à avoir de bonnes idées. Maintenant que je ne suis plus à la direction artistique de la SMCQ et que je ne me suis pas joué à outrance auparavant, je vais plutôt diriger des concerts de ma musique, bien que je le fasse occasionnellement pour d’autres compositeurs – Steve Reich, par exemple, dont je rêve de faire Tehilim.

PAN M 360 : Son œuvre la plus mystique!

WALTER BOUDREAU : Effectivement. À bien y penser, on aurait pu la jouer à cette édition de Montréal / Nouvelles musiques dont le thème est musique et spiritualité

DANS LE CADRE DU FESTIVAL BIENNAL MONTRÉAL/NOUVELLES MUSIQUES, GOLGOT(H)A EST PRÉSENTÉCE DIMANCHE, 15H, À LA SALLE PIERRE-MERCURE.

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Programme

PAN M 360 : Alors on se trouve d’abord dans la chapelle du Grand Séminaire, à l’origine de Golgot(h)a. Rappelez-nous le contexte :

Rappelons  d’entrée de jeu que Katia Makdissi-Warren est une musicienne et compositrice accomplie du Québec. Elle est la  fondatrice et directrice artistique d’Oktoécho, un ensemble de Montréal qui explore la confluence entre les musiques occidentales, indigènes et du Moyen-Orient.  Cette année, dans le cadre du festival biennal  Montréal / Nouvelles musiques qui s’amorce ce jeudi à la Salle Pierre-Mecure, Katia Makdissi- Warren présentera sa création Voix du nord : Nunavik – Bretagne,  dialogue interculturel entre la musique vocale du Nunavik et de la Bretagne avec orchestre.

NDLR: Dans ce même programme, la triste disparition de l’excellent compositeur montréalais José Evangelista sera soulignée respectueusement par l’exécution de sa Symphonie Minute.

PAN M 360 : Tout d’abord, merci Katia d’avoir pris le temps ! 

KATIA MAKDISSI-WARREN : De rien! 

PAN M 360 : Peut-être pouvons-nous commencer par vous demander comment s’est échelonnée votre programme au Festival Montréal/Nouvelles Musiques cette année ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Bien sûr. Cette présentation spécifique a vu le jour lorsque j’ai été approchée par l’Orchestre National de Bretagne pour une commande. Ils voulaient présenter la musique de Bretagne et du Canada et, grâce à mon travail avec Oktoécho, ils m’ont appelée pour mener à bien ce projet.

PAN M 360 : Donc, sachant que vous deviez incorporer de la musique de Bretagne, vous étiez libre de créer autour de cela ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui. Quand on m’a dit qu’il y aurait deux femmes chantant a capella, ce qui est la façon traditionnelle de chanter la musique vocale de Bretagne, j’ai pensé que ce serait formidable de mélanger cela avec la musique inuit, qui est traditionnellement jouée comme un jeu entre deux femmes où la première à rire a perdu la partie. C’est pourquoi, à la fin du spectacle, on entend les chanteuses rire beaucoup !

Nous avons beaucoup travaillé ensemble, les quatre chanteurs et moi, et nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de similitudes entre l’histoire et la culture de la Bretagne et du Nunavik. Les deux peuples ont presque perdu leur culture à cause de la répression du gouvernement et de l’Église, et on peut dire la même chose de leur langue. 

PAN M 360 :  Des similitudes sont-elles également apparues dans la musique ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Du côté inuit, la musique est interprétée comme un jeu, et le but du jeu est d’imiter les sons de la nature, le vent, la rivière, l’oie, par exemple. Quand nous avons fait ces ateliers avec nos chanteurs de Bretagne, nous avons découvert qu’ils ont aussi un répertoire particulier qui concerne l’imitation des animaux, mais ce répertoire n’est pas aussi connu. J’ai donc pensé que c’était un excellent point de similitude à explorer et la direction que nous avons prise était de rendre la musique ludique, en utilisant les sons de la nature comme référence.

PAN M 360 : Incorporer des traditions musicales aussi similaires et pourtant disparates doit présenter de nombreux défis techniques en ce qui concerne la partition. Quelle a été votre approche ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Ma mère est originaire du Liban et j’ai donc grandi en entendant de la musique du Moyen-Orient et de la musique occidentale. Je pense qu’à partir de là, j’ai toujours été consciente qu’il existe de nombreuses façons de concevoir et de conceptualiser la musique. Dans le cas présent, le chant guttural n’est pas écrit et c’est l’idée d’une de nos chanteuses d’Oktoécho, Helene Martin, d’utiliser des feuilles de repères dans notre partition. Ce n’était pas toujours facile, mais cela a fini par très bien fonctionner. 

En ce qui concerne l’orchestration, pendant un an, j’ai travaillé avec de nombreux et différents musiciens, vents, cordes, cuivres, pour voir comment nous pouvions recréer certains sons, ce qui a nécessité l’écriture de plusieurs techniques étendues. 

PAN M 360 : En tant que compositrice, quel est pour vous l’attrait musical du chant guttural ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Pour moi personnellement, le chant de gorge du Nunavik est très très important. J’avais 15 ans lorsque je l’ai entendu pour la première fois et je pense même que c’est le premier CD que j’ai acheté. J’étais tellement impressionnée par la façon dont deux voix pouvaient exprimer quelque chose qui ressemblait presque à de la musique électronique. J’ai entendu des sons qui, pour moi, étaient auparavant inimaginables, et certaines chansons ont suscité en moi des émotions qu’aucune autre musique n’avait suscitées.  C’est un art très unique et l’aspect jeu y est pour beaucoup dans sa musicalité. 

PAN M 360 :  Pour beaucoup d’auditeurs occasionnels, le chant de cultures régionales peut peut-être être un peu intimidant, que conseilleriez-vous  aux personnes qui assistent au spectacle afin qu’elles profitent au maximum de l’expérience ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Eh bien, tout d’abord, il y a beaucoup d’éléments qui seront reconnaissables pour presque tout le monde. Les couleurs d’un orchestre, les mélodies folkloriques des chanteurs de Bretagne, c’est proche du folklore québécois. Mais ce qui me semble le plus intéressant dans cette expérience, c’est le partage. Chacun partage sa propre culture et il se trouve que nous sommes tous ensemble pour cela. Je dirais qu’il faut se concentrer sur les éléments de la nature et du jeu. Il y a même un mouvement où l’orchestre improvise. Je pense que ce sera une expérience vraiment ludique et belle. 

PAN M 360 Merci encore Katia. On a hâte au concert  !

Ce programme de la SMCQ, dans le cadre de Montréal/Nouvelles Musiques est présenté jeudi, 18h, à la Salle Pierre-Mercure.

Pour acheter vos billets, c’est ICI.

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En janvier 1998, une forte tempête de pluie verglaçante s’abat sur l’Est du Canada, le Nord de l’État de New York et sur la Nouvelle-Angleterre. Cet épisode marquant de l’histoire récente du Québec commémore cette année ses 25 ans. Maxime Goulet, un habitué des compositions descriptives et aux thèmes imagés, a composé une Symphonie du verglas, afin de commémorer musicalement cet événement et d’en évoquer différents angles sous étiquette Atma Classique.  Ce qui justifie cet entretien avec le compositeur au sujet de la création de cette œuvre qui résulte d’une commande de l’Orchestre classique de Montréal. 

PAN M 360 : Quels souvenirs gardez-vous de la tempête de verglas de 1998?

MAXIME GOULET : J’avais 17 ans à l’époque. J’en garde plusieurs souvenirs. Certains sont agréables; je me souviens par exemple des homards des Îles-de-la-Madeleine que ma mère gardait dans le frigidaire qu’on avait dû manger à la lumière des chandelles pour ne pas les perdre. D’autres sont naturellement plus sombres et plus tristes. Je pense notamment aux éleveurs qui perdaient leurs troupeaux. Personnellement, c’était la première fois que je réalisais à quel point notre bien-être est directement lié à la situation environnementale et c’est une des motivations que j’ai eues à aborder ce sujet-là dans ma symphonie.

PAN M 360 : Ces souvenirs qui sont les vôtres ainsi que ceux qui ont été partagés collectivement ont dû nourrir musicalement vos idées et la manière dont vous vouliez les transmettre dans la symphonie?

MAXIME GOULET : Oui. En fait, ce que j’essayais de faire d’une certaine façon, c’était d’évoquer la tempête de verglas, mais pas nécessairement spécifiquement d’un lieu très précis. Étant donné que la musique est quelque chose d’abstrait, ça permettait d’embrasser le thème de façon assez large, de sorte que tout le monde qui est passé à travers ce moment puisse se remémorer des souvenirs qu’ils ont vécus personnellement. Chacun des quatre mouvements de la symphonie est un tableau qui aborde un thème particulier de la tempête.

PAN M 360: Soyons plus spécifique, mouvement par mouvement:

MAXIME GOULET: Le premier mouvement Tourmente est dramatique et descriptif. On y entend plusieurs effets de vents et de gouttelettes d’eau qui tombaient sur les toits et que j’ai essayé de reproduire à l’orchestre. Le mouvement représente la tourmente météorologique, mais aussi la tourmente des gens qui ont traversé la tempête. 

Le deuxième mouvement Chaleur évoque à la fois les moments de chaleur au coin du feu, mais aussi les moments d’entraide dont les gens on fait preuve en accueillant des gens chez eux autour de leur foyer. C’est à la fois la chaleur du feu, mais aussi la chaleur humaine. Je me suis inspiré dans ce mouvement de la musique folklorique québécoise pour ce côté rassembleur.

Le troisième, Noirceur, évoque les nuits noires sans électricité, à la fois calmes, mais aussi mystérieuses et effrayantes. Ce mouvement rend hommage aux personnes qui sont décédées pendant cette période, dont Lotte Brott, membre fondatrice de l’Orchestre classique de Montréal [anciennement l’Orchestre de chambre de McGill] et mère de Boris Brott. Je lui rends hommage par un solo de violoncelle long et lyrique. 

Le dernier mouvement, Lumière, évoque le retour de la vie avec un grand crescendo d’énergie aux cuivres. On y entend également des rythmes militaires de caisses claires qui font référence à l’armée qui était venue en renfort. C’est donc un voyage à travers le parcours émotionnel de cet événement.

PAN M 360 : Est-ce que pour vous, une des fonctions de la musique, au-delà se susciter des émotions, serait d’agir comme moteur de lien social et de repères historiques?

MAXIME GOULET:  Oui absolument. Je pense que toutes les œuvres d’art, que ce soit les tableaux, les sculptures ou la musique, peuvent servir à témoigner d’événements qui traversent le temps. C’est un peu comme un message qu’on met dans une bouteille et qu’on adresse aux générations futures. Ce qui est intéressant aussi c’est qu’elle témoigne de deux époques : celle de 1998, mais aussi de celle d’aujourd’hui, avec mes influences musicales d’aujourd’hui et le regard que l’on porte sur la question climatique qui est toujours très actuelle.

PAN M 360 : Vous avez une vision esthétique que l’on pourrait rapprocher de la musique à programme. Selon vous, une musique plus « figurative » est-elle un moyen d’expression plus facile que de communiquer par de la musique dite pure?

MAXIME GOULET : C’est intéressant parce qu’à l’époque, quand j’étais en contact avec Boris Brott en 2019 et qu’il préparait la saison de son orchestre pour les quatre prochaines années, pour un grand concert en 2023, il avait dit que ce serait l’fun qu’au lieu de faire des pièces de dix minutes qu’on fasse une œuvre plus importante. Comme j’allais avoir 40 ans, je m’étais dit que d’écrire une première symphonie, sans programme ce serait mon projet de crise de la quarantaine, pour sortir de ma zone de confort. 

Après avoir discuté avec Boris, pour plusieurs raisons, on est venu à la décision que ça prenait au moins un titre ou thème pour accrocher le public. La question de l’environnement était beaucoup dans l’air du temps et je venais de terminer mon opéra Flight of the Hummingbird qui parle des changements climatiques et ce qu’on peut en faire. Je ne voulais pas aborder le thème de la même façon et en y réfléchissant, l’idée de la tempête du verglas m’est venue. Je trouvais que c’était un terme intéressant avec assez de volets à développer et qui m’a beaucoup inspiré.

PAN M 360: L’approche programmatique vous est chère !

MAXIME GOULET: La raison principale pour laquelle je fais des pièces qui ont souvent un programme, c’est qu’en tant que compositeur ça me donne un cadre créatif; un thème que je vais aborder. C’est un peu la même chose qu’avec les scénaristes, les réalisateurs ou les auteurs qui abordent un thème dans leurs œuvres. Regarder ce thème sur différents angles en musique, c’est mon moyen de communiquer ma perception sur ce thème. Donc à la base, je le fais surtout pour moi, parce que ça m’inspire. Et dans un deuxième temps, je dirais que ça me permet d’avoir un fil d’Ariane pour guider l’auditeur dans le labyrinthe de la musique. Ça lui donne un élément auquel se rattacher pour tendre l’oreille.

PAN M 360 : À titre de comparaison, est-ce que vous qualifieriez la Symphonie du verglas de la même manière que la Symphonie fantastique de Berlioz ?

MAXIME GOULET : Dans un certain sens oui. Je crois que c’est surtout dans l’utilisation de l’idée fixe ou un thème musical revient dans chacun des mouvements de manière différente.

PAN M 360 : Quels sont les prochains projets qui vous attendent?

MAXIME GOULET : Mon opéra The Flight of the Hummingbird sera présenté dans une version augmenter avec orchestre de chambre et chorale, je travaille sur une première commande pour l’Orchestre symphonique de Montréal et en ce moment je travaille sur la musique d’un jeu vidéo, One More Gate de la compagnie française Ankama.

CRÉDIT PHOTO: NADIA ZHENG

“C’est ici que la magie opère”, dit un homme à la barbe bien taillée qui ouvre les portes d’un entrepôt. Il s’agit de David Palumbo, bassiste/chanteur du groupe post-rock expérimental de Montréal, Atsuko Chiba. Nous marchons dans un court couloir avec Karim Lakhdar (chanteur et guitariste/synthétiseur d’Atsuko Chiba) et Philippe Larocque, cofondateur du label Mothland, vers une autre série de portes.

Lorsqu’elles s’ouvrent, nous apercevons un vaste studio rempli de guitares, d’amplis, de mixeurs, de microphones, d’une batterie, de cahiers (probablement remplis d’idées de chansons) et d’une étagère avec deux nouveaux modèles de t-shirts du groupe. C’est la salle 11, la deuxième maison des membres d’Atsuko Chiba, où ils répètent, expérimentent et créent une des musiques les plus stimulantes de l’Est du Canada.

Leur dernier album, Water, It Feels Like It’s Growing, a fait des vagues sur les radios nord-américaines et s’est même retrouvé dans le Top 5 des radios universitaires du CNAC. On a l’impression que cette chimère de rock expérimental tordu obtient enfin la reconnaissance qu’elle mérite. Pourtant, ils ne se sont pas lancés dans cette aventure pour obtenir cette reconnaissance.

“Je suis d’accord pour dire que Water est notre album le plus accessible”, déclare le guitariste Kevin McDonald, lors d’une soirée Mothland quelques semaines auparavant. “Mais nous savons définitivement que nous sommes un groupe de niche.”

Il y a quelques affiches de tournée et une pile de caisses de route en forme de “L” sur le sol de la chambre 11 et je compte près de 25 caisses de matériel. Vous voyez, dans quelques minutes, nous allons nous entasser dans le van de tournée du groupe, en route pour le prochain concert d’Atsuko Chiba à Québec, pour le festival Le Phoque Off.

“C’est assez fou de prendre autant de matériel pour un concert de 25 minutes, mais ça fait partie du style de vie d’Atusko”, dit le batteur et projectionniste Anthony Piazza, que le groupe appelle communément “Pia”.

Le trajet est rapide et j’entends quelques histoires de leur tournée entre les États-Unis, comme celle des membres d’Atsuko qui ont rencontré deux “gars très haut placés” et ont été invités dans leur appartement pour préparer le dîner. En écoutant les Rolling Stones, j’apprends aussi l’existence de The Room, une blague interne où les membres du groupe font métaphoriquement se rencontrer des personnages qu’ils ont rencontrés en tournée. C’est surréaliste et satirique, mais c’est un excellent moyen de tuer quelques heures sur la route.

Atsuko Chiba utilise des projections lors de ses concerts, comme beaucoup de groupes de musique psychédélique, mais la différence est qu’ils les programment et les séquencent également en direct. Pia, Palumbo, et le guitariste/synthétiseur, Eric Schafhauser, déclenchent tous les visuels et les lumières. C’est vraiment une merveille à voir en direct. Chaque membre doit être en parfaite harmonie avec les autres, car un million de sons différents envahissent la pièce pendant une chanson comme “Link”.

À un moment donné pendant le concert du Phoque Off, la guitare de McDonald se coupe pendant un interlude transitoire. Je me dis : “Ça y est, ils doivent recommencer” et j’interromps le paysage sonore. Mais non. Ils se font tous signe de prolonger un certain instrumental bruyant, rendant la transition transparente. Bien sûr, ce groupe existe depuis longtemps.

« Water, It Feels Like It’s Growing »

“L’eau, on a l’impression qu’elle monte”
Le spectacle au premier étage du Pantoum est sauvage et vivant. Atusko ouvre le spectacle avec son titre trip-hop et prog rock “Quick Infant Guilt”, qui attire immédiatement l’attention des spectateurs du Phoque Off. Avec ses synthétiseurs lourds et son chant digne de Rage Against the Machine, le groupe ressemble à Run The Jewels aux côtés de The Weather Report, avec un peu de The Mars Volta. C’est juste du bon boulot.

Ils jouent ensuite quelques titres de Water et terminent avec l’outro très doom heavy du morceau titre. L’ensemble du concert est fantastique, mais se termine trop tôt, et je ne suis pas le seul à le penser. En entendant les bavardages de la foule, j’entends qu’elle en redemande, et c’est peut-être là le but. Atsuko Chiba n’a pas eu l’occasion de jouer “Shook (I’m Often) qui semble être la chanson la plus populaire sur Water, donc nous devrons attendre pour cela.

Mais ne vous inquiétez pas. Si vous avez manqué Le Phoque Off et que vous avez dévoré le nouvel album en boucle comme moi, le concert de sortie d’album d’Atsuko Chiba aura lieu le 10 mars. Nous attendons avec impatience.

Plus de deux ans après Grignotines de Luxe, FouKi revient à la charge avec son quatrième opus, Zayon. Dans son nouvel ouvrage, le rappeur québécois emmène ses auditeurs au cœur du Zayon, paradis fictif qu’il a créé de toutes pièces.

Encouragé par la pandémie, l’artiste de 26 ans agit pour la première fois en tant que compositeur principal. Bien sûr, d’autres producteurs aguerris de la scène montréalaise tels que QuietMike, Ruffsound et Jay Century ont aussi participé à l’ouvrage. Le projet bénéficie aussi de la collaboration d’artistes comme Imposs, P’tit Belliveau, Swing et Primero.

Ce quatrième long format est somme toute solide. Si certains ont été quelque peu déçus au cours des dernières années du virage pop du Montréalais, ils seront heureux de découvrir que cet opus offre de bons couplets rap davantage introspectifs que par le passé. Les productions y sont soignées et démontrent clairement l’envie de l’artiste de complexifier son art afin de se démarquer davantage. Même s’il conserve sa signature – une musique chaleureuse, qui fait sourire et bouger – il y dévoile aussi un côté plus sombre.

Crédit photo Félix Renaud

PAN M 360 a discuté avec lui de son nouveau projet et de son processus créatif.

PAN M 360 : C’est la première fois que vous agissez en tant que principal compositeur d’un de vos projets. Comment la création de Zayon s’est-elle déroulée?

FOUKI : La majorité de la création de l’album a été faite pendant la pandémie. Ça m’a permis d’avoir davantage de temps pour travailler mes propres productions. Pendant un bon bout de temps, ce n’était pas vraiment possible de faire des sessions en studio avec plusieurs personnes. Je ne voulais pas dépendre des autres et toujours leur demander des beats, donc j’ai décidé de mettre la main à la pâte. J’aimais vraiment ce que je créais et j’ai réussi à construire de solides maquettes de plusieurs chansons. Quand on a été en mesure de recommencer à travailler en groupe, mon équipe et moi avons peaufiné les arrangements musicaux et réalisé le mixage. Je suis vraiment très content de Zayon, autant au niveau des paroles que des productions.

PAN M 360 : Est-ce plus facile pour vous de créer sur vos propres productions?

FOUKI : Je dirais que ça dépend. Si je suis inspiré, je vais être en mesure de créer sur une production, que ce soit la mienne ou celle de quelqu’un d’autre. Cependant en créant mes propres beats, ça me permet de faire moi-même tous les changements que je souhaite apporter. Le gros avantage, c’est de pouvoir tout retravailler dans les productions quand on n’est pas satisfait.

PAN M 360 : Comment votre nouveau projet s’inscrit-il dans votre discographie, aux côtés de Zay, ZayZay et même Génies en herbe?

FOUKI : Je vois cet album comme étant une nouvelle page de ma carrière. C’est toujours du FouKi ça c’est certain, mais je trouve qu’on a pris un step autant dans les textes, les mix et les productions. On a vraiment travailler plus fort les chansons qu’à l’habitude et on a été davantage consciencieux des détails. Selon moi, c’est un ouvrage plus poussé que mes précédents. Ce n’est pas nécessairement tout le monde qui va s’en rendre compte, mais nous on le sait. Quand les gens vont écouter Zayon, ils vont se dire « Wow c’est un bon album » sans nécessairement se dire que telle chanson est le hit de l’année aux dépens des autres titres. C’est un ensemble de chansons qui est solide du début à la fin. Il y a aussi deux lignes directrices dans l’album, une plus happy et une plus dark qui se suivent tout le long. J’aime apporter ces deux côtés dans mon projet. Je sais que je suis plus connu pour mon côté joyeux et pour des titres comme Gayé, mais c’est un album pandémique. Je trouve ça important que le monde voit que même moi, un rappeur qui dit des « niaiseries », je me pose beaucoup de questions comme tout le monde.

PAN M 360 : Ça ressemble à quoi Le Zayon?

FOUKI : La chanson Zayon est la première que j’ai créée pour l’album et l’ambiance du projet s’est orchestrée autour. Le Zayon c’est un paradis fictif. Pendant la pandémie, on était tous coincés dans nos maisons, donc je me suis dit que j’allais créer mon propre monde idéal. C’est vraiment ça l’idée derrière Le Zayon. Après ça, le contraste entre les chansons joyeuses et celles plus sombres m’est venu à l’idée en ayant comme réflexion que même au paradis, les choses ne peuvent pas toujours être parfaites. Le Zayon c’est vraiment mon paradis personnel, et maintenant le but c’est de le montrer à tout le monde et en quelque sorte les inviter au cœur de cet endroit fictif.

PAN M 360 : Est-ce que Le Zayon c’est l’endroit où FouKi se sent à l’aise pour créer?

FOUKI : En quelque sorte c’est peut-être ça, mais je veux toujours me renouveler et faire différent. Ma plus grande peur, c’est de devenir une copie de moi-même et de me dire que je dois refaire une chanson comme Gayé, Copilote, ou Ciel. Ça serait la pire chose pour moins. En ce moment je suis peut-être à l’aise avec Zayon, mais je ne sais pas ce qui m’attend.

PAN M 360 : Comment est né No Stress, cette collaboration avec Swing et Primero?

FOUKI : Je connais Swing et Primero de L’Or du Commun depuis un bon moment déjà. Ça fait plusieurs fois qu’on passe d’un temps ensemble soit en Belgique ou au Québec. Cette collaboration s’est faite naturellement, ça n’a pas été forcé. Je n’ai pas collaboré avec eux seulement pour collaborer avec des artistes européens. La chanson est le fruit d’une session d’enregistrement avec eux. À ce moment, on ne savait pas si ce qu’on créait était pour mon projet, le leur. On ne savait même pas si ça allait sortir, on le faisait pour le fun. J’ai adoré le résultat final et j’ai décidé de l’ajouter à Zayon.

PAN M 360 : Quelle place occupe le morceau St-Han Quinzou avec P’tit Belliveau dans ce projet?

FOUKI : C’est la chanson décalée de l’album, il n’y en a pas d’autres comme elle dans Zayon. Depuis quelques années, je participe aux spectacles de la St-Jean-Baptiste et j’ai l’impression qu’on chante toujours les mêmes chansons. On dirait que ça ne se fait plus ce genre de musique. Je me suis dit que ça serait bien d’en créer une nouvelle qu’on pourrait chanter à tue-tête le 24 juin.

PAN M 360 : Quel morceau de Zayon aviez-vous le plus hâte de faire découvrir au public?

FOUKI : C’est assez dur de choisir un morceau en particulier. Je pense que je dirais St-Han Quinzou parce que je n’ai jamais entendu un harmonica qui trap autant et pour le côté atypique de la chanson. Sinon, je choisirais le titre 80’s. Ce n’est pas pour rien que je l’ai sorti avant l’album, je l’aime beaucoup. La chorale et la production musicale dans ce morceau sont incroyables. Avec 80’s, on a réussi à pousser plus loin et à atteindre un autre niveau. J’ai surtout hâte que les auditeurs entendent l’album dans son entièreté.

Également connue sous le nom de Maryam Said, l’artiste folk et dream-pop poolblood ne sort de la musique que depuis 2019, mais a fait une énorme première impression avec son premier album, mole.

L’album est un voyage époustouflant, tant sur le plan sonore qu’émotionnel. Les numéros varient drastiquement des hymnes triomphants et entraînés comme twinkie, aux ballades mélancoliques et soul comme shabby et wfy, en passant par des collections sonores lourdes et granuleuses comme beam. Malgré l’énorme variété de sons et de vibrations proposés ici, tout cela se rassemble d’une manière absolument humaine.

Couvrant les thèmes du chagrin, du regret et de la dure réalité des amitiés qui se terminent, mole est l’accompagnement idéal pour votre prochaine soirée tranquille, que vous preniez un bain mélancolique ou que vous appréciiez votre propre compagnie.

Nous avons rencontré la Torontoise Maryam Said via Zoom pour parler un peu plus de leurs inspirations, de leur processus et de ce qui pourrait les attendre au coin de la rue, tant sur le plan artistique que personnel.

PAN M 360 : Ce mois-ci a été très fructueux pour Mole et Poolblood. Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir enfin votre premier album dans le monde ?

MARYAM SAID : C’est très excitant. C’est agréable de voir la réponse à ce disque. J’ai travaillé dessus pendant un an et quand tout a été bouclé, j’ai appréhendé ce que j’allais ressentir pour ces chansons un an plus tard. Et elles ont toujours le même impact, ce qui est vraiment cool. C’est aussi génial de rencontrer de nouveaux amis grâce à cela, et de faire plus de concerts avec mes amis. C’est gratifiant, c’est sûr.

PAN M 360 : Certains de ces morceaux sont très éloignés de vos précédents travaux, en particulier lorsque vous ajoutez les cuivres et les éléments orchestraux. Avez-vous eu des inspirations spécifiques pour ce nouveau mélange d’esthétiques ?

MARYAM SAID : J’ai toujours su que je voulais aller dans ce domaine. Pour le premier EP, je m’inspirais de certaines choses, je rendais justice aux chansons que j’avais à l’époque et je les laissais vivre dans ce monde de dream-pop. Mais j’ai grandi en jouant du violon à l’école et j’ai fait partie d’une chorale classique à l’université, donc j’ai toujours été attirée par les trucs orchestraux et la musique classique. Je voulais donc que l’album comporte des éléments de ce genre pour honorer mes goûts. J’ai aussi utilisé de grands groupes et artistes que je connaissais autour de moi, du genre « J’adore ton travail et tu voudrais te plonger dans ce domaine ? – S’il te plaît, fais-le ! « 

J’aime qu’il y ait maintenant plus d’instruments à vent dans la pop. Par exemple, Lizzo a sa flûte. Aaron Hutchinson, qui s’est occupé des cuivres sur l’album, est un joueur phénoménal. Il apporté de superbes parties et permis à l’album de s’épanouir d’une manière si différente, manière à laquelle je ne m’attendais vraiment pas – une grande partie était très spontanée. J’ai toujours été une fan de la musique qui me soulève un grand point d’interrogation. Je voulais explorer ce sentiment et l’intégrer à ma propre musique à titre expérimental.

PAN M 360 : Est-il vrai que vous avez écrit une grande partie des paroles de mole autour des grandes pandémies de 2020 ?

MARYAM SAID : Oui. J’avais écrit ce petit livre de poésie que je ne faisais que passer autour de moi.

PAN M 360 : Quand j’ai écouté cet album pour la première fois, j’ai pensé que c’était comme lire les meilleurs et les pires jours de la vie de quelqu’un, tout droit sortis de son journal intime. Tenez-vous un journal intime ?

MARYAM SAID : J’ai beaucoup entendu cette question. Les gens me demandent : « Écris-tu directement dans ton journal intime ? ». Mais ce disque est un hommage à mon jeune moi et à mon expérience d’écrivaine d’une vingtaine d’années, qui essaie de tout comprendre. J’ai commencé à tenir un journal quand j’étais très jeune, à huit ans, mais aujourd’hui, je le fais dans mon application Notes. Je me replonge dans mes notes et je m’en sers parfois pour écrire des paroles. Le truc du journal intime est cool, mais j’essaie toujours de m’y accrocher. J’ai toujours aimé écrire de mon propre point de vue ! J’ai envie de me mettre au défi maintenant, d’essayer de me sortir du cadre et d’explorer différentes histoires. Comment ? J’aime vraiment, vraiment Andy Shauf et je pense que c’est un auteur phénoménal qui peut le faire d’une manière si cool, en écrivant ces personnages qui sont parfois antipathiques, parfois sympathiques, vraiment humains. Il embrasse la condition humaine d’une manière tellement géniale.

PAN M 360 : Vous avez déjà mentionné que Tole est une histoire sur les relations qu’on laisse s’échapper et qui ne vous servent plus, et aussi une réflexion sur les leçons apprises.

MARYAM SAID : Une grande partie de cette histoire tourne autour des relations et des amitiés. J’ai appris à me recadrer et à me repositionner dans ma relation avec les gens qui m’entourent. J’avais alors l’impression d’être utile. J’ai vécu des trucs bizarres dans mon enfance qui m’ont conduite vers certaines personnes. Avec ce disque, j’ai dit : « Ce n’est pas cool, changeons de route. Il faut recalibrer.

PAN M 360 : Diriez-vous que la réalisation de l’album vous a permis de mieux comprendre cette situation ?

MARYAM SAID : Beaucoup d’artistes disent : « J’ai fait cet album parce qu’il m’a guéri et maintenant je suis guéri… J’ai tout mis dedans et il m’a transformé », mais ce n’est pas vraiment ce que j’ai fait – c’était juste moi qui étais une enfant. J’ai dit toutes ces choses qui m’ont bouleversée, épuisée, vaincue, et je ne connaissais pas vraiment la solution. Je pense que la solution est juste de réaliser que c’est ma réalité, que ça va être un voyage actif une vie durant pour défaire tout ça. En quelque sorte, j’ai choisi le sujet le plus gros et le plus difficile. Si je choisissais quelque chose de plus petit, comme un chagrin d’amour, je pourrais me dire « Oh oui, ce n’était pas cool ». Dans la prochaine situation, je vais apprendre à aimer la personne d’une certaine façon ou à traiter l’amour d’une certaine façon. » J’ai l’impression que mettre fin à une amitié est plus difficile que les histoires romantiques. Il y a un autre type d’intimité. Il n’y a pas de structure de pouvoir inhérente et bizarre, on aime juste s’éclater ensemble et ça craint quand on ne peut plus le faire.

PAN M 360 : Je voulais vous interroger au sujet de beam. D’où vous est venue l’inspiration pour un interlude aussi sombre et inquiétant ?

MARYAM SAID : C’est très drôle. J’écoutais alors beaucoup Korn, et je faisais beaucoup de promenades quand j’enregistrais ce disque. Il y a une grande forêt protégée près de chez moi, et je m’y promenais beaucoup. C’est vraiment beau, je voyais des cerfs pendant mes promenades matinales et plus encore. Un jour, je marchais et j’écoutais Korn, et je pensais à quel point j’aimais leur musique bizarre et sombre.

Je m’amusais avec de vieux morceaux que j’avais enregistrés sur mon ordinateur, je les superposais et je les rendais aussi bizarres et infernaux que possible, car je savais qu’ils pouvaient être intégrés au disque. Pour les paroles, je voulais faire semblant d’être sombre, avec des trucs à la Edgar Allen Poe. Donc je pense que la principale inspiration est l’écoute de Freak on a Leash de Korn.

PAN M 360 : Comment avez-vous pensé au placement du titre beam entre null et sorry ?

MARYAM SAID : J’étais vraiment excitée de dresser la liste des pièces. Je savais comment je voulais le faire, non seulement par thème, mais aussi pour avoir une histoire sonore du début à la fin. Placer beam au milieu, je pense que c’est le moment où quelqu’un atteint son point de rupture, et se trouve dans un moment de défaitisme. Je voulais capter ce sentiment de défaite, et le présenter comme s’il n’y avait pas de fin. La chanson couvre les étapes du deuil d’une certaine manière aussi, avec le sentiment de chagrin, et puis le pardon vient dans sorry, et puis un peu de cette personne qui rampe et entend my little room et qui est comme, il y a une lumière maintenant que vous pouvez en quelque sorte atteindre. Mais le pouvez-vous ? Je ne sais pas. C’est un peu la chanson de la gueule de bois aussi.

PAN M 360 : Par moments, taupe ressemble à la bande-son du film le plus triste et le plus heureux qui soit sur le passage à l’âge adulte. Les films et l’esthétique cinématographique jouent-ils un rôle dans votre processus ?

MARYAM SAID : Je suis une fan de cinéma, c’est sûr. Quand j’ai fait cet album, je regardais des films qui tournaient autour d’amitiés ou de relations compliquées, mais qui n’avaient pas nécessairement cette résolution ou cette narration traditionnelle typique du genre « ils traversent des moments difficiles, mais ils se reprennent en main et tout va bien à nouveau ». Des films comme My Private Idaho, avec ces deux personnages intenses qui vivent des situations similaires et essaient de s’entraider. Mais à la fin, ils ne sont pas amis. Ils sont distants. Comme des gens qu’ils ont connus, des amis du passé, mais qui s’encouragent quand même l’un l’autre.

Je regardais aussi Black Swan et Lost Highway de David Lynch. La façon dont il joue avec le temps dans ce film était un moment de pur bonheur. La bande-son de Lost Highway était aussi un grand moment. Les passages de bossa nova par Angelo Badalamenti et Trent Reznor ont été de grandes inspirations. Les bandes originales des films sont très importantes pour moi. La musique peut faire ou défaire une scène, et elle peut faire la même chose pour votre vie. Nous avons tous eu l’impression de savoir ce que nous ressentions ou ce que nous faisions dès que nous avons entendu une musique.

Virtuose du piano et aussi de la communication, Pascal Amoyel présentera à la Salle Bourgie un concert / spectacle en hommage à Ludwig van Beethoven, à travers ses brillantissimes sonates pour piano. 

Au terme d’intenses recherches biographiques et d’un jeu succinct de citations pianistiques, le soliste cherche à comprendre la quête de Beethoven, atteint d’une surdité de plus en plus sévère durant toutes ces années où il composa ses géniales sonates pour piano.

Voilà un exemple plus que probant de vulgarisation et de raffinement réunis, que l’artiste français maîtrise, puisqu’il a d’ores et déjà présenté de tels concerts/spectacles au sujet de son maître,  feu le pianiste György Cziffra, mais aussi au sujet de Franz Liszt et de Frédéric Chopin.

 Il nous en explique les tenants et aboutissants, en toute éloquence et générosité.

PAN M 360 :  Ce n’est pas seulement un concert que vous offrez; il y a une théâtralité autour de vos exécutions. Vous racontez votre rapport à Beethoven depuis votre adolescence. Il y a cette histoire dans le parc où une musique extraordinaire parvient à vos oreilles,sans que vous sachiez qu’il s’agit d’une sonate de Beethoven pour piano. À ce stade de votre existence, vous n’êtes pas trop fan de Beethoven, vous vous concentrez plutôt sur la musique de piano mi 19e début 20e-  Liszt, Chopin, Rachmaninov, etc.

PASCAL AMOYEL :  Exactement. Au conservatoire, on avait des professeurs qui nous disaient «Attention, cette sonate, on la joue pas avant d’avoir l’âge de la jouer ! » On nous disait ce qu’il fallait jouer et comment le jouer. Il y avait des interdits interdits avant même d’oser poser un doigt sur une touche. Et puis on voyait le buste sévère de Beethoven qui trônait dans les allées du conservatoire.

PAN M 360 : On peut comprendre les réserves des étudiants! Et votre surprise lorsque vous avez redécouvert Beethoven.

PASCAL AMOYEL :  Vous savez, il y a de ces moments où l’on n’est absolument préparé à rien, où l’on se trouve dans la méconnaissance totale, où il n’existe aucun a priori, aucune étiquette. Et du coup, on entend ou on voit les choses telles qu’elles sont vraiment. Où ces choses deviennent un point de repère J’ai alors entendu une musique très douce, très tendre. À ce moment précis je ne me dis  pas c’est du piano, c’est de la musique, j’entends juste une sorte de sentiment de beauté, voilà, de beauté. Et je me dis tiens, qu’est ce que c’est ? Qu’est ce que ça peut être ? Qu’est ce que je connais pas ce truc là et elle ? Et c’est justement parce que je ne le connais pas. Et là je me dis mais comment c’est possible que je sois passé à côté de cette beauté, cette tendresse!

PAN M 360 : Nous avons souvent l’impression que Beethoven est surjoué, surtout à cause de ses célèbres symphonies. Et un jour, on découvre d’autres œuvres, particulièrement ses sonates pour piano et ses quatuors à cordes comme on a peu le faire à travers le film Prénom Carmen de Jean-Luc Godard. 

PASCAL AMOYEL : Exactement.  Et donc je suis rentré chez moi, me demandant comment étais-je passé à côté de ça. Je me souviens avoir repris alors toutes les sonates de Beethoven et essayé de retrouver la fraîcheur de cette écoute dans le parc.  Et donc j’ai fait ma recherche personnelle sur toutes ces sonates. Et ça tombait bien. J’ai découvert par exemple qu’il y avait beaucoup de joie dans sa musique. Parce que voilà, on a souvent tendance à jouer Beethoven comme ça :  dès qu’il y a un passage fort, on le joue colérique, on le joue dramatique. Or il y a aussi beaucoup de joie, de jubilation, dans sa musique.  Et donc mes recherches sur sa musique et sa vie personnelle, qui étaient extrêmement liées, m’ont permis de voir que j’étais passé vraiment à côté de sa musique, qu’il fallait le faire redescendre de son piédestal et le mettre plus proche de nous.

PAN M 360 : Plus proche de nous et de lui-même! 

PASCAL AMOYEL : Oui, ce qu’il était vraiment. Même dans les passages où il va très loin spirituellement, c’est moins une transcendance qu’une immanence. C’est très proche de l’intime. Et c’est ça que je veux dire dans ce spectacle. Et donc voilà, je passe en revue non pas les 32 sonates – ça dure 1 h 20 –  mais j’essaie de montrer le parcours de cet homme qui, en fai, avait une approche extrêmement intuitive. Notamment parce qu’il était d’abord un improvisateur extraordinaire.

PAN M 360 :  Comme tous les grands musiciens de cette époque.

PASCAL AMOYEL :  Voilà ! Quand on allait entendre jouer Mozart, on allait  à un concert de musique improvisée. C’était idem pour ses successeurs dont Beethoven. Et il y eut ce fameux concert de 1808 e où il créa en tant que chef d’orchestre la cinquième et la sixième (Pastorale). Il avait aussi joué lui-même la partie de piano de son quatrième concerto pour piano et il avait improvisé encore pendant près d’une heure d’un concert qui en dura.

Richard Kramer disait « Quiconque n’a pas entendu Beethoven improviser ne peut pas avoir conscience de son génie. » Et c’était pareil pour Chopin selon Julian Fontana : « Si, si, vous pouvez, si vous avez pas entendu Chopin improviser ou vous savez pas qui est Chopin »  Et donc on ne saura jamais exactement. 

PAN M 360 : Et puis la musique classique a complètement rejeté la notion d’improvisation. Longtemps, les connaisseurs de musique classique ont méprisé la musique improvisée, même lorsque  le jazz est devenu une musique plus savante à partir des années 40.  

PASCAL AMOYEL : Exactement. Et d’ailleurs, je tente moi-même de remettre ça un peu au goût du jour en présentant des duels d’improvisation avec des collègues, parfois même du jazz, Antoine Hervé et Baptiste Trotignon, entre autres.

PAN M 360 : Votre compatriote Lucas Debargue, excellent pianiste classique au demeurant, est aussi parmi ceux qui aiment la musique improvisée.

PASCAL AMOYEL :  Exact. L’improvisation en fait, c’est mes premières amours, ma première approche de la musique. J’ai toujours improvisé, je fais encore ça tout le temps. Et ça demeure très important aussi dans ma manière d’aborder l’interprétation classique. Dans ce spectacle, donc, je souligne l’approche intuitive de Beethoven qui se fait connaître en tant que improvisateur. Dans les salons, il écrase tout le monde sur son passage, et même mieux : il rencontre Mozart et lui joue des œuvres. Mozart indique qu’il n’a pas trop de temps et Beethoven lui dit « Attendez, je vais improviser quelque chose sur vous. » Et c’est là que Mozart le remarque et lui dit « Vous allez faire parler de vous. » Donc il y a ce côté de Beethove totalement en contradiction avec ce côté reproduction parfaite d’une sonate. Il y a énormément de passages d’improvisations chez Beethoven, on le ressent dans ses œuvres écrites, dans ses cadences et plus encore.

PAN M 360 : Comment avez-vous découpé ces 32 sonates pour en choisir les morceaux et en constituer un tout cohérent d’une heure et 20 minutes? 

PASCAL AMOYEL :  J’essaie de suivre une sorte de cheminement. Pour la plupart, les sonates de Beethoven (composées à partir de 1795)  sont l’œuvre de quelqu’un ayant des soucis de surdité de plus en plus prononcés. Ces sonates sont marquées par des moments de joie, et puis aussi de moments sombres où il comprend que son mal est irrémédiable. Comme dans le mythe de Prométhée, ce titan qui vola le feu sacré de l’Olympe pour en faire cadeau aux hommes et finalement condamné à souffrir pour l’éternité. Beethoven souffre comme Prométhée. Il accepte de souffrir et ne se suicidera pas. Sa souffrance ne sera pas vaine, elle sera le prix à payer pour éclairer les hommes. Il voudra que quiconque entendra sa musique soit délivré de la souffrance. 

PAN M 360 : Ce cheminement est donc au coeur de votre spectacle.

PASCAL AMOYEL :  C’est le fil directeur du spectacle. Beethove, essayait de prendre le matériau musical pour créer la joie en soi-même et pour les autres. Ce mal  dont il était atteint allait lui permettre de dire encore plus fort. C’est ma thèse, enfin mon opinion là-dessus : il a trouvé dans sa surdité une sorte de source spirituelle. Ce silence lui a permis de contracter quelque chose qui à mon sens n’a jamais été dit en musique.

PAN M 360 :  Cela a donc transcendé les œuvres qu’il aurait écrites de l’âge de 27 ans (début de sa surdité) jusqu’à sa mort ?

PASCAL AMOYEL : Et de trouver la sagesse, un sens à l’existence jusqu’à la fin de sa vie. Il était musicien, aussi philosophe. Il fallait une pensée nettement supérieure à celle de la stricte composition. 

PAN M 360 : Les meilleurs artistes, effectivement, ont une vision du monde plus étoffée  qui est intrinsèquement liée à l’évolution formelle de leur art. 

PASCAL AMOYEL :  Ainsi, on peut changer le monde par la musique. Beethoven voulait changer le monde par la musique.  Créer des passerelles avec le cosmos, avec la sagesse, avec la spiritualité, avec aussi la matérialité. 

PAN M 360 : C’est clairement votre angle d’attaque dans ce spectacle/concert.

PASCAL AMOYEL :  C’est moi, oui. C’est aussi le contraste qu’il y a entre ce que je viens de dire sur l’artiste et  l’homme qui devient complètement reclus. Les rares personnes qui arrivent à entrer chez lui découvrent un homme crasseux, pas rasé, qui porte une veste déchirée de peau de chèvre dans un lieu où les restes de  repas traînent partout. Un homme bougon, grincheux, furieux, qui se met à hurler dans les rues et qui dirige des orchestres imaginaires, qui balance des œufs sur les gens du haut de son immeuble.

PAN M 360 :  Vu de l’extérieur, il devient complètement fou!

PASCAL AMOYEL : Les gens le croient misanthrope, fou, mais voilà un homme qui vit dans sa souffrance. Et cette souffrance devient aussi de la musique. Cette musique dit tellement l’inverse de ce qu’on voit de lui,  cette musique est tellement universelle. Elle évoque aussi ce monde d’amour universel, un monde extrêmement romanesque. En n’entendant  plus rien et en composant des œuvres de génie, des œuvres de perfection, il crée à partir de son entendement intérieur.

PAN M 360 : Pour ainsi raconter tout ça au public en plus de jouer, vous avez aussi une pratique d’acteur, n’est pas?

PASCAL AMOYEL : Un tout petit peu. J’ai déjà fait des spectacles avec des acteurs comme Francis Huster ou Jean Piat, je leur ai donné la réplique mais je ne me considère pas comme acteur. Les conseils reçus de ces acteurs m’ont aidé, bien sûr, à faire ce que je fais aujourd’hui.  Ça fait des décennies que je pratique la musique, je ne sais toujours pas ce qu’est la musique. Ce qui me fascine c’est le pourquoi la musique et non sa nature même. Pourquoi la musique  depuis la nuit des temps ? Pourquoi  ça nous touche ? Pourquoi ça nous lie ?  

PAN M 360 : Effectivement, il est très complexe de parler de musique immanente, résultant de sons immanents, issus de la nature. À ce titre, le débat perdure depuis le début de la modernité. Plus on avance dans le temps, moins les fréquences  « naturelles » dominent puisqu’on va chercher des éléments de texture très différents, non seulement avec les instruments classiques, mais surtout avec la musique électronique. 

PASCAL AMOYEL : C’est marrant que vous parliez de ça parce que mon prochain spectacle sera une histoire  du monde, du big bang à nos jours. Et avec piano préparé.

PAN M 360 : Avec vos autres spectacles avec narration spécialisée, vous avez visiblement pris goût à ce type de présentation!

PASCAL AMOYEL : Ça  m’inspire. Il m’arrive d’être d’abord, d’être un pianiste normal et de faire des récitals. Mais là, en fait, la gageure de ces spectacles, c’est de se dire voilà les mélomanes qui viennent souvent, ils connaissent pas tellement, c’est vrai, mais ça y est, ça leur permet de se trouver dans un contexte affectif, social, historique d’un compositeur. Et donc j’essaye de les intéresser, de leur apprendre des choses que je ne savais pas en tant que pianiste professionnel qui ai beaucoup lu sur la musique. Dans les trois ans qu’il m’a fallu pour préparer ce spectacle, je vous assure avoir appris plein de choses.Parce qu’on n’a jamais fini d’apprendre, en fait. 

SUR LES TRACES DE BEETHOVEN, SPECTACLE/CONCERT DE PASCAL AMOYEL, EST PRÉSENTÉ LE MERCREDI 22 FÉVRIER, 19H30, SALLE BOURGIE. POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI

Né en 1965 dans le Bronx, « Little » Louie Vega a connu l’âge d’or des clubs new-yorkais comme le Palladium, Area, 1018 ou encore le très select Studio 54 où il fut résident. Dans ses productions et ses remix, la musique électronique se mêle au jazz, au gospel, au hip-hop, aux rythmes afro, latins ou encore à la soul.

Avec plus de 30 ans de carrière, le DJ et producteur de musique américain est considéré comme l’un des bâtisseurs de la soulful house. Il a d’ailleurs été nominé 7 fois pour un Grammy et a remporté celui du meilleur remixeur de l’année en 2006 pour son remix de Superfly de Curtis Mayfield.

Figure importante de la communauté latino new-yorkaise, il est aussi connu pour être la moitié de Masters at Work aux côtés de Kenny « Dope » Gonzalez depuis 1990. Le duo a produit de nombreux classiques de la musique dance des années 1990 et 2000.

À l’occasion de sa participation à Igloofest, PAN M 360 vous propose un court portrait de Louie Vega à travers trois productions issues de sa discographie, toutes plus intemporelles les unes que les autres.

Ride on the Rhythm – Louie Vega et Marc Anthony (1991)

Ce titre est celui qui a fait connaitre Louie Vega au grand public. Un vrai classique qui appartient au style de la piano house : beat puissant, piano jazzy, synthés groovy, cordes mélo et la voix vibrante de Marc Anthony, alternant entre chant et rap. 32 ans après la sortie de ce tube, il n’a rien perdu de sa superbe.

Diamond Life (Masters at Work mix) – Louie Vega et Jay “Sinister Sealée” feat. Julie McKnight (2002)

On s’en va ici du côté du funk avec une basse qui claque, des synthés jazzy/funky sur lesquels vient délicatement se poser la voix soul et mélodieuse de Julie McKnight (connue pour avoir travaillé avec Kings of Tomorrow, David Guetta, Danny Tenaglia).

Igobolo (feat. Joaquin « Joe » Claussell) (Extended Version) – Louie Vega (2022)

À l’heure où les propositions en musique pop sont toujours plus courtes, les pistes de plus de 12 minutes comme celle-ci nous font l’effet d’une bouffée d’air frais. On se laisse facilement emporter par l’évolution rythmique typique de la deep house. Ce titre est issu du dernier album de Vega sorti chez Nervous Records. 22 titres inspirés de la série d’événements Expansions NYC Residency lancée en février 2019. Vega en parle dans une interview donnée à Electric Mode : « Ces dernières années, j’ai trouvé une nouvelle inspiration, tant auprès des musiciens avec lesquels je travaille que du public qui vient me voir lors de mes spectacles de DJ. Cet album représente donc pour moi un nouveau départ, en rassemblant une belle mosaïque de perspectives artistiques pour exprimer musicalement ce que nous appelons « Expansions In The NYC » ».

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