blues saharien / funk / funk psychédélique / indie / rock

PAN M 360 au Festif! Flashs d’une super soirée

par Baby Lafrance

Cette année 2024 marquait la quinzième édition du festival Le Festif! de Baie-Saint-Paul. Près de 45 000 personnes se sont déplacées dans la petite ville de Charlevoix. Voilà la plus-value d’une centaine de groupes et d’artistes, répartis sur une vingtaine de scènes un peu partout dans la ville. Du 18 au 21 juillet,  mélomanes, touristes et population locale ont pu entendre la grande diversité de la programmation en commençant par la musique d’ici, mais également plusieurs artistes internationaux. Baby Lafrance y était pour PAN M 360,  elle vous offre quelques flashs de la soirée d’ouverture en souvenir !

Five Alarm Funk

On a entendu entre les branches que la formation donnerait tout un spectacle, et ce fut effectivement le cas. Le groupe originaire de Vancouver faisait un arrêt à Baie-Saint-Paul, dans une tournée qui marque 20 ans de carrière… et de funk. La formation est composée de huit musiciens:  saxophone baryton, saxophone alto , trompette, batterie,  congas, guitares,  basse. 

L’entrée sur scène était prometteuse avec ces accoutrements  frôlant la caricature du funk et du disco. La première chanson fut introduite par une simple chorégraphie des musiciens, tout de même très efficace. La foule ne s’est pas fait prier pour danser sur cette musique invitante, ce  groove de feu. On est également surpris de constater que c’est le batteur qui fait la voix principale. On sent l’influence du hardcore et même du métal parfois dans le timbre du chanteur , accompagné du second percussionniste (aux congas) qui harmonise et apporte un soutien vocal essentiel à la performance. Ce dernier qui d’ailleurs, change de costume entre chaque chanson pour quelque chose de plus en plus loufoque. La boutique de déguisement  y passe au complet,  gorille, hot-dog, requin ou même un énorme masque d’alpaga. 

Bref, le groupe semble avoir du plaisir sur scène et il sait définitivement transmettre sa bonne énergie au public tout sourire du début à la fin. 

Five Alarm Funk, c’est une solide performance d’une heure et trente minutes qui donne chaud et qui fait danser, quoi demander de mieux pour une première soirée du Festif!

Bombino

Après avoir fait un arrêt au Festival d’été de Québec le 14 juillet et au Festival International Nuits d’Afrique à Montréal le 16 juillet dernier, l’artiste touareg Bombino poursuit sa tournée de spectacles en sol québécois, cette fois au Festif. La performance envoûtante du musicien nigérien n’a pas laissé son public indifférent. 

La scène extérieure était pleine à craquer avant même le début du spectacle, ce qui n’empêchait pas les gens à forcer leur entrée dans une foule qui était déjà bien saturée. La disposition des musiciens est simple: une batterie, une basse électrique, deux guitares et microphones. Avec Bombino,  la guitare est mise de l’avant, avec des motifs mélodiques qui mélangent le traditionnel et une approche plus contemporaine. 

La musique est très rythmique et la basse électrique fait office d’ostinato. L’une des deux guitares vient également apporter ce type de soutien musical, alors qu’une autre montre différentes prouesses mélodiques sous un tonnerre d’applaudissements. On sent tout le talent des musiciens sur scène dans cette répétition qui pourtant est loin d’être lassante. C’est la précision du tempo et de la technique qui rendent la performance captivante, avec une voix vibrante qui livre chaque note avec justesse et précision. 

Crédit photo : Étienne Miloux aux Nuits d’Afrique

Model/Actriz

Quoi de mieux pour terminer la soirée que le groupe rock Model/Actriz. Avant même que le groupe monte sur scène, le public est averti que le chanteur Cole Haden risque de se déplacer un peu partout dans la foule. La formation new-yorkaise débute sa performance avec un duo guitare-basse dans un jeu de pédales d’effets qui rappelle le détournement audio typique de la musique expérimentale/contemporaine. Il y a énormément de distorsion au point où les instruments semblent complètement dénaturés de leur sonorité habituelle. La batterie et la voix viennent casser ce son très brutal afin de donner un aspect plus rock au groupe. Model/Actriz sait comment naviguer entre ces différents genres musicaux afin de rendre sa musique accessible à un large public tout en mettant de l’avant un style qui est d’habitude beaucoup plus présent sur la scène underground

La voix de Cole Haden est parfaitement assortie à la musique du groupe. Il y a un jeu entre le parlé-chanté et le fry scream typique d’un groupe de métal. Certains motifs mélodiques interprétés par la voix et la guitare rappellent le nu-métal, style popularisé il y a une trentaine d’années par le groupe américain Korn. La particularité de Model/Actriz, c’est la répétition des mots et des rimes ainsi que la précision du son distortionné. Cette combinaison offre une musique agressive musicalement mais également extrêmement calculée. Cette caractéristique musicale est souvent exploitée dans les sous-genres de musique punk rock et alternatives en général. Même si l’influence est loin, on entend tout de même un peu de Egg Punk/Devocore (micro genre apparu en 2010),  de par la structure et le côté expérimental. Bref, c’est une belle mise en lumière d’un style musical sous-représenté dans les festivals grand public. 

Crédit photo: Eric McNatt

cumbia / folk / rumba congolaise / soukouss

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | Dernière soirée à saveur congolaise et colombienne

par Jacob Langlois-Pelletier

Dimanche vers 18h au Festival international Nuits d’Afrique, c’était au tour de Blaise LaBamba, artiste originaire du Congo-Kinshasa et installé à Montréal depuis 1999, de monter sur la grande scène extérieure. D’entrée de jeu, les intentions du récipiendaire du Syli de Bronze en 2022 étaient claires; LaBamba allait faire danser les gens présents sur des airs contagieux de rumba congolaise, zouk et soukous.

En spectacle, l’ancien membre du Big Stars du Général Defao est accompagné par de nombreux musiciens, danseurs et choristes. Les différentes propositions du Congolais sont agrémentées de guitare, batterie, claviers, synthétiseurs, percussions ainsi que de nombreux coups de sifflet. Ces derniers dictent les nombreux déhanchements des danseurs sur scène et gens présents dans la foule.

Le rythme effréné de la prestation a certainement su charmer l’impressionnant amas de festivaliers aux abords de la scène TD – Radio-Canada. En tapant des mains à de nombreuses prises, la foule a manifesté son appréciation des longues envolées instrumentales de Blaise LaBamba et sa formation. Difficile de demander une offrande plus festive pour lancer cette dernière soirée d’activité du FINA 2024.

Place à la cumbia avec Stephanie Osorio

Après s’être éclatés avec Blaise LaBamba, les amateurs sur place ont eu droit à une proposition plus douce et maîtrisée de la part de Stephanie Osorio, Colombienne et Québécoise d’adoption. Établie au Canada depuis 2010, l’autrice-compositrice-interprète roule sa bosse depuis plus d’une décennie et a récemment récolté le fruit de ses efforts. En plus d’avoir été sacrée « artiste féminine de l’année » aux Latin Awards Canada en 2022 et 2023, Osorio a brillé à l’international grâce à sa contribution sur la chanson thème de la populaire série américaine The White Lotus.

En mars 2023, elle a fait paraître Fruta del Corazón, son premier album solo au confluent de la cumbia, la pop, la folk et l’afro-latin. C’est d’ailleurs en grande partie des morceaux issus de ce projet qu’elle a fait découvrir lors de son spectacle.

Vêtue d’une longue jupe colorée, Osorio est en pleine confiance sur le plateau, maracas ou guitare dans les mains. À l’instar de LaBamba, la chanteuse est bien entourée; saxophone, basse, guitare, batterie, percussions diverses et flûtes se font bien bien sentir. Quelques minutes après son entrée, la Colombienne a comparé sa musique à un fruit. « Il y a beaucoup de saveurs et d’odeurs différentes dans ce que je fais », explique-t-elle.

Bien qu’elle puise une partie de son inspiration au cœur de ses racines carthaginoises, Osorio incorpore de nombreux éléments actuels à sa musique. Vers la fin de son passage sur la scène Loto-Québec, la chanteuse a offert un superbe moment a cappella. Admirative, la foule s’est tue, se laissant bercer par sa voix feutrée.

Sans flafla ni paillettes, Stephanie Osorio a su nous faire voyager là où il fait très chaud, définitivement plus qu’à Montréal en cette soirée de juillet.

Crédit photo: André Rival

afro-pop / Antilles / Caraïbes / dancehall / konpa / soul/R&B

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique | Retour sur le triomphe de Rutshelle Guillaume en clôture

par Rédaction PAN M 360

Lorsque Rutshelle Guillaume a rempli le Rialto au printemps dernier, son rayonnement était alors communautaire. Voilà qui est chose du passé. Présenté sur la grande scène des Nuits d’Afrique devant un parterre archi-plein, le spectacle de la chanteuse de Port-au-Prince (relocalisée en Floride) a débordé le marché de la diaspora haïtienne qui lui était déjà acquis en majeure partie… et très présente en cette soirée dominicale.

Une décennie de travail a mené Rutshelle Guillaume à cette altitude. Si ses affaires sont bien menées pour la suite des choses, cette authentique conquérante pourrait possiblement atteindre le niveau supérieur de la pop internationale.

Ses fans les plus fervents l’ont sacrée « reine du konpa », et on a écouté attentivement son répertoire exécuté sur scène avec chorégraphies pour y constater que le konpa, le groove haïtien par excellence, est cette fois assorti d’autres influences caribéennes, africaines et nord-américaines : dancehall, ragamuffin, afrobeats, power ballades et soul/ R&B persillent ce konpa global, surtout exprimé en créole haïtien.

Avec une telle présence sur scène, Rutshelle Guillaume coche toutes les cases de la superdiva mondialisée. Prévu avant la fin de l’année, son prochain album studio nous en dira long sur son avenir professionnel. Autre signe de reconnaissance, elle obtient ce lundi 22 juillet, à l’hôtel de ville de Montréal, le Prix Nuits d’Afrique pour la Francophonie « décerné à un artiste au rayonnement international, qui incarne une vision rassembleuse de la Francophonie et de la diversité des expressions culturelles de l’Espace francophone international ».

Et ça vient d’Haïti! Quoi qu’on pense du chaos qui y sévit, il faut y avoir voyagé pour en percevoir les immenses vertus culturelles et artistiques. De loin, est-il impensable qu’une telle pop globale fleurisse dans les gravats? Probable. De près, bien au contraire, on sait que c’est possible. En voilà une autre preuve ! Dans le contexte où Haïti se trouve au pire du pire de ses difficultés, voilà certes un gage d’espoir et de fierté surgi in extremis de l’Île Magique.

Difficile d’imaginer une meilleure clôture des 38e Nuits d’Afrique.

En cette occasion, PAN M 360 vous propose un compte-rendu croisé : Keithy Antoine, communicatrice d’ascendance haïtienne et collaboratrice de PAN M 360 en discute sur place, pendant le concert, avec Alain Brunet. Voici l’échange de textos!

AB : Grosse machine de variétés!

KA : Oui, elle est puissante.

AB : C’est quand même incroyable qu’une telle artiste se soit développée dans un contexte aussi difficile.

KA : Oui mais elle a beaucoup voyagé, et elle est bien entourée.

AB : Aucun artiste issue de Port-au-Prince n’a eu l’impact qu’elle aura.

KA : Elle travaille pour ça! C’est magnifique.

AB : Elle est la diva attendue d’Haïti

KA : Elle est populaire, pas encore une icône.

AB : Il y a des artistes haïtiens de Port-au-Prince qui sont des icônes mais aucun n’a obtenu un tel impact à l’étranger, aussi rapidement.

KA : On est dans une autre époque, ça se compare difficilement. Mais je ne minimise pas sa popularité.

AB : En données quantitatives, c’est clair qu’elle dépasse les standards antérieurs à son époque.

KA : Oui. Je ne minimise pas.

AB : C’est aussi la revanche du konpa dans l’histoire récente de la musique antillaise. Le konpa était très fort dans les années 50, 60 et 70. Le revoilà revenir en force.

KA : On peut dire. Ou sa véritable ascension.

AB : On peut voir le konpa comme le fondement du groove créole moderne. Avec Rutshelle, ça peut devenir gros.

KA : Chacun son tour! Mais chercher à gagner un plus grand public, ça change le son aussi.

AB : Mais les bases restent là. Les sons d’orgue Farfisa, les guitares, les congas, enfin tous les éléments typiques du konpa sont là lorsqu’elle emprunte cette direction.

KA : Mais ce n’est pas du pur konpa non plus. Et le konpa doit changer comme les autres styles.

AB : Pas du konpa pur et dur, effectivement. C’est plutôt de la pop globale à base de konpa.

KA : Avec un vernis de variétés. En fait, je me suis bien amusée pas pas éclatée. Cette pop est propre propre.

AB : Exact. C’est de la pop-variétés. Il y a de jolies réformes mais cela peut être perçu comme de l’éculcoration. Artistiquement, en tout cas, ce n’est pas encore marquant.

KA : C’est pas mal ça. C’est bon, elle est très bien, elle plaît beaucoup. Bon dodo!

crédit photo: M.Belmellat

Afrique / musique traditionnelle d'Afrique centrale

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique – Les Aunties, de Ndjamena à Montréal

par Sandra Gasana


Neuf femmes, tout à fait ordinaires, à l’image d’autres femmes tchadiennes, des mamans, toutes habillées d’une jupe orange et d’un haut noir, assises en forme de cercle, chacune avec son micro et sa calebasse.


D’ailleurs, elles massent toujours leurs calebasses avant de taper dessus. Et malgré une pluie forte dès les premières minutes du concert et pendant une bonne partie, le public est resté au rendez-vous, avec leur parapluie ou leur imperméable, pour ceux qui avaient prévu le coup.

Selon les chansons, il y en a une qui se met à chanter, pendant que les huit autres répondent à l’unisson. Parfois, elles marchent en rond avec une qui chante et les autres qui font les chœurs. D’autres moments, l’une d’elles chante, une autre se met à danser autour d’elle, et les autres restent derrière. Bref, nous avions plusieurs configurations sur scène mais toutes captivaient l’attention du public fasciné de voir ses dames d’un certain âge sur scène.

Juste à côté de la scène, je pouvais voir la grande star du Tchad Afrotronix, venu encourager ses compatriotes. Ce n’est qu’à la fin du spectacle qu’on apprend qu’il est à l’origine de ce groupe. « C’est un mouvement qui commence. On a grandi en voyant nos mamans, ce sont ces femmes qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui », dit-il en mentionnant au détour que sa maman est dans le public.

Les Aunties parlent souvent des femmes et de leur droit à l’éducation dans plusieurs morceaux ce soir-là ainsi que de violence conjugale. « Femmes de Montréal, comment ça va ? » demande l’une, en remplaçant ensuite Montréal, par Kinshasa, Cameroun et Ndjamena. Et à ce moment-là, nous entendons des applaudissements dans la foule et on comprend vite que la communauté tchadienne de Montréal est présente en force.

À un certain moment du spectacle, elles portent toutes une tenue traditionnelle du Tchad, par-dessus leur jupe initiale et continuent à chanter ensemble, assises ou debout, avec ou sans calebasse, en cercle ou en rangée. Lors d’un morceau, dont j’ignore le titre, la musique est plus calme et elles se mettent en rangée comme si elles allaient faire une prière à la mosquée, avant d’enlever cette tenue traditionnelle et revenir à la tenue initiale. Parfois, l’une d’elles se met au centre, et toutes les femmes autour l’encerclent, s’adressent à elle avec bienveillance et chantent pour elle visiblement.
Chacune prend la parole à un moment donné du concert et s’adresse au public dans sa langue maternelle. Et c’est là qu’Afrotronix joue le rôle de traducteur pour traduire les propos vers le français.
Mais cette fois-ci, l’une des femmes s’adresse directement en français aux femmes dans la foule : « Je vous encourage à aller à l’école, à avoir de l’argent avant de vous marier. Comme cela, vous serez respectée. Si vous n’êtes pas d’accord avec quelque chose, vous dîtes :
ça non !», dit-elle sous les applaudissements de la foule. On voit bien que ces femmes n’ont pas peur des mots et qu’elles parlent en connaissance de cause dans leur volonté de briser le silence.
À partir de ce moment, c’était la folie sur scène : nous avons assisté à des performances de danses de plusieurs membres de la communauté tchadienne qui sont venus faire des pas de danse traditionnelle, au centre du cercle formé par les Aunties.
Le pas qu’ils faisaient souvent consiste en des mouvements saccadés d’épaules et de poitrine, un peu comme le Eskesta d’Éthiopie.
Un percussionniste s’est également mis de la partie en improvisant sur un des morceaux tandis qu’une des Aunties était aux platines, casque sur la tête avec une console devant elle. Par moment, Afrotronix venait régler des boutons sur la console de la DJ Aunty. En effet, c’était toute la communauté artistique tchadienne qui était dans la place et qui a contribué au succès de ce groupe original samedi soir. Morale de l’histoire : Il n’y a pas d’âge pour suivre ses rêves. Si les Aunties l’ont fait, alors tout le monde peut le faire.

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Afrique / afro-soul / hip-hop

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique – Une pluie de bénédiction pour Fredy Massamba

par Sandra Gasana

La pluie est souvent associée à une bénédiction dans plusieurs cultures africaines et sûrement dans d’autres parties du monde. Ce samedi soir, alors que le concert tirait à sa fin, la pluie a peut-être éloigné certains festivaliers qui sont allés se mettre à l’abri, mais plusieurs sont restés jusqu’au bout du tout premier concert de Fredy Massamba à Montréal. 
Pour l’occasion, il s’était accompagné de celui qu’il nomme le « maitre », Donald Dogbo à la batterie, de Willie Bareto au clavier, de Christian Obam à la basse, Charles William Mpondo à la guitare, Hendry Massamba, aux chœurs et aux percussions et Floric Kim également aux chœurs. Les deux choristes étaient arrivés il y a trois jours de Brazzaville pour l’occasion. Et quelle bonne idée c’était de les inclure dans ce spectacle!

Dès le premier morceau, il nous plonge dans son univers, avec en son centre le tambour, ou Ngoma, titre qui figure dans son plus récent album Trancestral. « J’ai trois albums à mon actif : Ethnophony, Makasi et Trancestral », rappelle-t-il à la foule. « Je vous invite à faire un voyage ensemble entre Bruxelles, Brazzaville, Kinshasa en passant par Douala, Ndjamena et ici à Montréal ! », ajoute-t-il.
Il fait ensuite un retour en arrière dans le temps avec Zonza, qui figure dans son premier album Ethnophony , beaucoup plus groovie et qui se prête bien pour une performance dans le cadre d’un festival.

On sent que Fredy affectionne particulièrement le continent africain. Il en parle dans plusieurs chansons, il en énumère plusieurs et porte d’ailleurs une chemise blanche avec des cartes de l’Afrique dessus. Le choix des deux choristes a été très judicieux puisqu’ils contribuent énormément au succès de la formation. Ils font un travail remarquable sur scène, on sent leur complicité avec Fredy, qui semblait apprécier leur présence.

Il mentionne les femmes du Kivu, de Goma dans le morceau Bidilu Bio, et dénonce « cette guerre qui n’a aucun sens ». Cette chanson commence de manière douce, mettant en évidence la voix soul de l’artiste, et soudain on s’en va vers du reggae, ce qui donne envie de bouger malgré le sujet sensible. De plus en plus à l’aise sur scène, il donne à son tour l’espace aux choristes (sapés comme jamais) de briller, ayant des occasions de faire des couplets à tour de rôle, tout en faisant participer le public.

« On m’a dit que je dois chanter une chanson d’amour.  D’où je viens, au Congo, on a Koffi Olomidé, Fally Ipupa, Lokua Kanza. Ce n’est pas ça qui manque, des chansons d’amour », dit-il devant un public souriant, avant d’entonner Makwela.
On découvre ses talents de rappeur sur le morceau Nkembo mais le moment le plus touchant est lorsqu’il nous propose d’inviter Papa Wemba (Paix à son âme) sur scène.

Il s’en va le « chercher » dans les coulisses et nous donne l’impression qu’il revient sur scène avec le grand artiste qui nous a quitté il y a quelques années. Son imitation est remarquable et émeut les festivaliers qui connaissaient la grande star congolaise. Fredy nous partage d’ailleurs qu’il a toujours voulu faire un featuring avec Papa Wemba mais qu’il n’en a jamais eu l’occasion. D’où le geste symbolique.

Et c’est après ce moment rempli d’émotions que la pluie s’est abattue sur la scène Radio-Canada (Coïncidence ? Je ne crois pas) C’est d’abord les choristes et Fredy qui entrent ensemble sur le morceau Zua Idée, avant d’être suivis par tous les musiciens. « Même dans la pluie vous êtes là ! » dit-il avec gratitude. On voit le professionnalisme des musiciens lorsqu’une situation comme cela arrive. Le groupe a poursuivi le spectacle comme si de rien n’était, Fredy chantait avec la même fougue. Les spectateurs n’ont pas été découragés par la pluie, bien au contraire, ils attendaient impatiemment que ça s’arrête pour retourner danser. Et c’est ce qu’ils font pour la dernière chanson du spectacle, Ntoto, durant laquelle il sort sa fameuse bouteille sur laquelle il s’amuse à souffler et dont on avait parlé lors de notre entrevue quelques jours plus tôt (PAN M 360 aux Nuits d’Afrique | Fredy Massamba, un Congolais (de Montréal) sur 3 continents – PAN M 360). Et c’est ainsi que se clôture le tout premier spectacle de Fredy Massamba, béni par une pluie d’été.
« Merci à Nuits d’Afrique, à mon papa Touré, mes amis, ma famille, RFI, Hangaa Music, Vanessa Kanga, et vous, en train de me regarder en pleine pluie. »

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période romantique

Festival de Lanaudière 2024 | OSM/Levanon : on a sauvé le match en deuxième demie

par Frédéric Cardin

Soirée attendue, ce samedi 20 juillet, à l’Amphithéâtre de Lanaudière : le jeune pianiste isarélien Yoav Levanon effectuait ses débuts avec la phalange montréalaise dans un concerto éminemment spectaculaire, le Tchaïkovsky. On nous le vante, ce jeune homme qui a débuté sur scène à 7 ans, rien de moins. L’entrée impériale des cors, absolument parfaits, laisse entrevoir quelque chose de posé, niveau tempo, mais dessiné avec attention. Puis arrive Levanon. Une certaine force dans le geste, certes, mais sans éclat particulier. Ensuite, des erreurs techniques parsèment le jeu, ici et là. On peut pardonner, bien sûr, si seulement c’est compensé par un investissement total et communicatif. Mais non, pas ici. On reste finalement bien calé dans notre siège, jamais soulevé par un souffle émotionnel qu’on attend en vain. Interprétation convenable sans plus, voire convenue. Levanon reprend vie on dirait, dans le rappel : très belle Campanella de Liszt, qui s’épanouit en gerbes de subtiles couleurs et délicates textures. L’OSM est, lui, superbe du début à la fin. Payare fait de son mieux pour habiller la chose. C’est presque un sans faute, un très court mais notable décalage rythmique des bois dans le 3e mouvement refuse une note qui aurait pu être parfaite. En deuxième partie, on attendait l’orchestre avec impatience dans le Scheherazade de Rimski-Korsakov, espérant retrouver une dose d’adrénaline que le piano de Levanon n’a pas su apporter précédemment. Côté coloris, c’est beau, très beau même. Payare tisse une toile adéquatement chamoirée, avec de belles et expressives nuances. Le jeu d’ensemble de l’orchestre est au rendez-vous, particulièrement chez les cuivres, vibrants et stentoriaux. Les bois pépient et virevoltent spectaculairement, les cordes sont moelleuses et chaleureuses en cette soirée un peu frisquette. Cela dit, des erreurs techniques assez ostentatoires sont commises chez quelques solistes dans des passages à découverts (trompette, cor). On n’est pas habitué. Pour d’autres heureusement, c’est plutôt du sublime : Andrew Wan, violon solo, divin, envoûtant de beauté sonore. De longues ovations du public ont confirmé la chose. Mathieu Harel également, absolument parfait dans ses solos de basson. Au final, peut-être pas la meilleure soirée impliquanr l’OSM, mais on sauve le match en deuxième demie.

Afrique / Maghreb / Océan Indien

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | Sofaz groove!

par Keithy Antoine

Les membres de Sofaz viennent de la Réunion, du Maroc, du Burkina Faso et de la France métropolitaine. Ces globes et groove trotteurs offraient vendredi un formidable spectacle !

Sofaz se produisait sur la grande scène TD Radio-Canada, pour le 38e Festival International Nuits d’Afrique. Pour le grand bonheur de ses nombreux admirateurs,Sofaz a fait chanter, danser, sauter. Les 6 membres de la formation ont ainsi créé instantanément le climat propice à une soirée unique, générant un sentiment d’unité et de famille à travers cette foule très diversifiée, et rassemblée pour célébrer la vie maintenant. Nous pouvions toutes et tous célébrer cette musique qui nous nous unit, et qui nous permet de sourire à notre voisin immédiat.

Les instruments de musique, leurs origines et leurs histoires, occupent une place centrale pour Sofaz, ça se voit et s’entend. En vedette on entend le son familier de la guitare, des claviers et de la batterie, mais aussi celui du djembe d’Afrique de l’Ouest ou du guembri et des crotales d’Afrique du Nord. Les compositions de Sofaz sont électrisantes, dansantes, hypnotiques, impossible de résister à cetteexpérience multisensorielle. Avec la foule réunie pour ce groupe de l’Océan Indien, j’ai absolument passé un très bon moment!

Et ça continue aux Nuits d’Afrique de Montréal jusqu’à dimanche. 

crédit photo : André Rival

Antilles / Caraïbes / konpa

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | Naissance d’une étoile haïtienne

par Keithy Antoine

Une nouvelle star haïtienne est née! Elle s’appelle Modeline Raymond, Moray pour les intimes. L’autrice, compositrice et interprète se produisait vendredi soir sur la scène Loto-Québec de l’Esplanade Tranquille. C’était sa toute première grande scène sur Montréal, bien accompagnée d’une formation complète, avec batterie, congas, guitares, choristes, claviers, basse. On peut dire avec enthousiasme qu’ils ont assuré !

Une fois de plus, on constatait que le Festival international Nuits d’Afrique est une grande occasion pour pas mal d’artistes émergents de construire leur carrière, et de se présenter devant un beau public d’amateurs et connaisseurs.

Sur scène, Moray était dans son élément le plus authentique et le plus naturel. Elle chante principalement en créole, elle danse bien et sans se fatiguer, elle irradie sur scène. Une joie contagieuse ! La chanteuse s’amuse, elle invite la foule à tourbillonner avec elle, en complicité avec son band. Un bel après-midi midi d’été à écouter des sons et des rythmes ensoleillés et entraînants afro-pop, soul latine, et du konpa collé serré comme elle dit candidement!

Modeline Raymond est une artiste à découvrir! 

crédit photo: André Rival

Afrique / afro-pop / afrobluehop

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | Joyce N’sana en pleine ascension

par Keithy Antoine

Parmi les plus attendues au centre-ville, se produisait vendredi l’artiste congo-québécoise, autrice, compositrice et interprète Joyce N’sana, Révélation Radio-Canada il y a 3 ans. Elle nous a offert un set endiablé sur la grande scène de TD Radio-Canada ! J’étais conquise par le rythme et l’engagement gens autour de moi aussi ! Cette petite femme à grande voix a interprété ses meilleurs titres avec son énergie et sagesse proverbiale, portée par son amour pour le public, par ses sons entraînants et son beau mélange de styles – reggae, gospel, hip-hop, jazz, le tout chapeauté par le blues. Pas pour rien qu’elle appelle ça de l’afrobluehop !

Le Festival international Nuits d’Afrique de Montréal, c’est la célébration de la diversité d’ici, de la culture, et de la musique, nous a confé Joyce N’sana, en pleine ascension. Et elle a bien raison!

Vendredi soir, donc, le 38e Festival international Nuits d’Afrique de Montréal battait son plein, favorisé par une belle température estivale. Un équilibre parfait d’inclusion et de diversité à travers sa programmation de 6 jours de spectacles gratuits en plein air, au cœur du Quartier des spectacles, qui met en valeur des noms bien connus et à découvrir. Le 38e Festival international Nuits d’Afrique de Montréal se tient jusqu’au dimanche 21 juillet! Allez-y faire un tour!

crédit photo : André Rival

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Afrique / afro-antillais / afro-électro / afro-latin / afro-soul / afro-tech / afrobeats / afropop / afrosoul / Antilles / Caraïbes

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | À l’écoute de Club Sagacité

par Alain Brunet

Devant une salle à peu près vide, du moins de 22h 15 à minuit 15, les artistes du Club Sagacité, prolongement de Moonshine, nous a quand même permis de s’y consacrer. Une écoute attentive à défaut d’ambiance. Question de contexte ou de timing, ce n’était visiblement pas un contenu attractif pour l’actuel marché des Nuits d’Afrique.

Qu’importe, on n’est pas en peine pour Club Sagacité. Les DJs San Farina et Fanella, les deux premières artistes au programme, ont offert des sélections probantes présent et l’avenir du DJisme afro-descendant. Complètement mondial, avec des pointes particulières.

Club Sagacité, enfin peut-on le comprendre ainsi, est un club école de Moonshine, un concept à succès mis au point par Pierre Kwenders, Hervé Kalongo et autre leaders afro-descendants telle San Farafina.

On a entendu des afrobeats, de la soul/R&B, du jazz groove, du konpa, des extraits de chants créoles, des musiques d’Afrique centrale, du reggaeton et plus encore, le tout fondu dans un creuset électronique pas piqué des vers. La diversité et l’intégration des références est un reflet fascinant des tendances qui marquent actuellement cette génération de vingtenaires et trentenaires qui se trouvent à consommer les contenus émanant de tels collectifs.

C’est plus mondial qu’occidental, moins centré sur la production musicale d’Amérique ou d’Europe – néanmoins très présente dans la vibe. Bref, notre monde musical change et toutes ces vagues afro-électro façonnent le paysage montréalais. Pour le mieux. Merci Club Sagacité.

Afrique

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 | Ibibio Sound Machine, effectivement une machine !

par Alain Brunet

Ibibio Sound Machine est effectivement une… machine! Machine qui n’aurait pu être mise au point ailleurs qu’au Royaume-Uni. Originaire du Nigeria, la puissante contralto Eno Williams s’exprime avec tout son héritage afro-urbain et déroule également la toile de sa vie londonienne. La dégaine n’est pas celle de la soul ou du R&B mais bien d’un femme nigériane en fusion avec d’excellents musiciens londoniens de différentes souches.

Voilà un pollinisation croisée, on ne peut plus londonienne! Il y a dans tout ça l’afrobeat de Fela Kuti, la juju de King Sunny Adé, l’afro-pop highlife d’Osibisa, mais aussi le post-punk anglais, la new wave américaine, les effluves des Talking Heads, le funk de Chic et de Cameo, sans compter ce jazz groove à l’africaine ayant eu plus d’impact en Europe qu’en Amérique du Nord, on pense entre autres à Manu Dibango et Sixun.

Les instrumentistes d’Ibibio sont excellents et méritent tous d’être mentionnés : Alfred Kari Bannerman (guitare), Anselmo Netto (percussions), Jose Joyette (batterie), Derrick McIntyre (basse), Tony Hayden (trombone, synthé), Scott Baylis (trompette, synthé), et Max Grunhard (saxophone, synthé). La culture électronique de ces musiciens est complémentaire à leurs qualités d’instrumentistes très influencés par les années 80 et 90.

La pédale au fond dès le départ, la soliste et ses sidemen ont été très professionnels en faisant fi de la maigre assistance venue à leur rencontre. À l’évidence, Ibibio Sound Machine n’a pas encore conquis le marché québécois, tout reste à faire. On souhaite que la centaine de festivaliers présents partageront le souvenir de cette très bonne performance.

crédit photo: André Rival



Maghreb / musique kabyle / rock

PAN M 360 aux Nuits d’Afrique 2024 – Numidz : Quand la Kabylie rocke !

par Michel Labrecque

Numidz est un groupe de la Kabylie algérienne qui a choisi d’immigrer à Montréal. Ne confondez surtout pas la Kabylie berbère avec la culture arabe. Bien qu’étant privée de pays, la Kabylie a son drapeau, présent sur la scène, et sa propre langue, reconnue très tardivement par l’Algérie.

Numidz compte cinq musiciens et une chanteuse. Le groupe, bien qu’influencé par les musiques traditionnelles kabyles, aime le rock, s’inspirant en particulier d’un vieux groupe underground kabyle, les Abranis. 

C’est vraiment cet aspect qui démarque le groupe de ce ce qu’on peut entendre provenant d’Algérie. Et qui a interpellé la foule très hétéroclite, avec une composante kabyle et algérienne minoritaire, mais très présente avec ses « youyouyou » à répétition.

On comprend que leur décision d’immigrer n’a pas été facile, mais que les membres de Numidz s’épanouissent à Montréal. Ils étaient visiblement ravis de performer à l’extérieur, ainsi que de l’accueil du public. 

Numdiz est un groupe engagé : nous avons pu entendre un chant féministe, un hommage à Nelson Mandela, un hymne à la liberté des peuples, ainsi qu’une chanson d’Idir, le grand chanteur emblématique de la Kabylie qui nous a quittés il y a quelques années. 

Mais c’est quand il rock intensément que Numidz fait vraiment sa différence et affiche son intensité. Je n’ai pu m’empêcher de penser qu’au même moment, à Milwaukee aux Etats-Unis, Donald Trump allait bientôt s’adresser à son parti républicain pour dénoncer la vague d’immigration qui fait hausser la criminalité dans son pays. Une affirmation contredite par les statistiques. 

Car sur la scène extérieure de Nuits d’Afrique, au moment où Numidz s’est lancé dans un rock-funk dansant, cinq femmes asiatiques se sont mises à danser frénétiquement en souriant. Tout près, le papa d’un couple racialement mixte apprenait à sa petite fille métisse à danser. Un couple lesbien se regardait dans les yeux, juste à côté de jeunes filles voilées qui se dandinaient. 

Pauvre Donald Trump. De toute évidence, la foule ici n’est pas de son côté…

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