Un 30 juin au FIJM: Buddy Guy, Avishai Cohen, Snarky Puppy, Mark Guiliana …

par Rédaction PAN M 360

Au Festival International de Jazz de Montréal, les experts de PAN M 360 assistent aux concerts qui secouent les mélomanes. Suivez notre équipe !

Buddy Guy, increvable malgré les adieux

Buddy Guy au FIJM / Benoit Rousseau


À 86 ans, Buddy Guy a fait comprendre à la salle Wilfrid-Pelletier, qui affichait complet, pourquoi il est une légende vénérée du blues. Après une heure du jeune ouvreur, Christone « Kingfish » Ingram – qui prend la relève de gars comme Buddy Guy – la légende elle-même est entrée lentement sur scène en salopette de jean et chemise à pois. Sa voix est toujours aussi pure et pleine d’âme que le jour où il a commencé, comme s’il guidait la foule à travers un sermon religieux. Mais au lieu de Dieu, il prêche le blues, la chose même qu’il est en quelque sorte responsable d’avoir popularisée et vraiment maintenue en vie ces dernières années. « Ils ont arrêté de jouer ce genre de blues aux États-Unis et je ne sais pas trop pourquoi », a déclaré Buddy Guy à voix basse à la foule. « Et ces hip-hoppers commencent à jurer à la radio, alors maintenant je me dis, merde, il faut que je commence à jurer à mes concerts ».

Sur scène, Buddy Guy est en partie comédien, il se trémousse et s’enfonce dans sa guitare, donnant parfaitement l’impression qu’elle pleure ou qu’elle rit. Il a toujours le même charisme que l’on attend de Buddy Guy. Il aurait pu s’asseoir sur une chaise et personne n’aurait pu lui reprocher quoi que ce soit, mais non, il se déplaçait sur la scène, faisait des blagues en s’inspirant de la foule – un vrai showman. Et il est toujours aussi doué, jouant des solos comme un dieu ennuyé, avec un son et une sonorité de guitare à couper le souffle. Pendant le standard du blues « How Blue Can You Get », il s’est arrêté à mi-chemin en disant : « Je ne veux pas que quelqu’un dise : ‘Oh, je suis venu au concert et c’était bien, mais il n’a pas joué ceci ou cela' ». Il s’est ensuite lancé dans une version d’une minute de « Boom Boom » de John Lee Hooker et a enchaîné avec « Voodoo Child (Slight Return) » de Jimi Hendrix, reprenant parfaitement les différents styles de guitare. La soirée s’est terminée en beauté lorsqu’il a fait venir les Kingfish pour un jam, mais Buddy Guy a laissé le jeune homme de 24 ans prendre la vedette en chantant « Cheaper to Keep Her ».

Mesdames et messieurs, je me souviens d’avoir entendu ce jeune homme jouer au Mississippi et de m’être dit : « Hmm, il faut que je fasse quelque chose pour ça » », a déclaré Buddy à la foule. C’est en effet la tournée d’adieu de Buddy Guy, mais j’ai l’impression qu’il ne cessera jamais de jouer, de prêcher le blues ou de trouver la prochaine génération de jeunes talents. « Bye Montreal, I’ll see y’all next time ». Bien sûr, Buddy. À la prochaine fois.

Stephan Boissonneault

The Avishai Cohen trio // Benoit Rousseau

Avishai Cohen ne s’enfonce jamais dans les sables mouvants

Pour les fans d’Avishai Cohen, les deux dernières années du festival ont été particulières. L’année dernière, Avishai devait se produire avec son trio mais, à la dernière minute, son pianiste n’a pas pu venir. Avishai a su tirer le meilleur parti de la situation et a interprété un ensemble intime de chansons folkloriques israéliennes en chantant et en jouant du piano, ainsi qu’en jouant en duo avec la batteure Roni Kaspi. Cette année, Avishai est revenu au Théâtre Maisonneuve et a tenu ses promesses, et plus encore.

La soirée était débordante d’énergie et le groupe a joué une liste de chansons préférées du public comme  » Seven Seas « ,  » Dreaming  » et  » Beyond « . Le trio a présenté quelques morceaux de leur dernier album, Shifting Sands, mais a conçu le spectacle comme une vitrine que tout le monde peut apprécier. L’équipe chargée du son et de l’éclairage a fait un travail remarquable pour créer une atmosphère.

À certains moments, on avait l’impression que le groupe pouvait tout aussi bien s’appeler le Roni Kaspi Trio, tant elle semblait occuper le devant de la scène. Ses solos ont toujours été passionnants et ont tenu tout le monde en haleine ; lors d’un solo en particulier, il y a eu une ovation !



Varun Swarup

Snarky Puppy comme prévu…

Depuis plus d’une quinzaine d’années, le bassiste et compositeur Michael League érige son édifice via le web et autres moyens autrefois considérés comme parallèles ou indies. Aujourd’hui, on affirme que c’est devenu un façon incontournable de construire une carrière. Aujourd’hui, le véhicule principal de Michael League, Snarky Puppy est un incontournable et remplit des salles de 2000 places et plus partout où il accoste.

Vendredi soir, c’était évidemment archi plein et ce fut une soirée de groove fusion à grand déploiement, avec section de vents, deux assortiments de claviers dont un Hammond B3, guitare, violon, basse, percussions. Bref, beaucoup de monde agité sur une scène agitée.

Snarky Puppy est renommé pour ses croisements jazzy groove, ses thèmes mélodiques fédérateurs et ses formes amples assorties de bridges relativement exigeants pour ses interprètes. Généralement, cette musique est propice à la fête, à la levée des coudes pendant qu’on « tchèque la passe », et offre juste assez de prétentions virtuoses pour réjouir certains mélomanes plus aguerris. C’est pas mal ça… comme prévu.

Alain Brunet

Mark Guiliana , pur délice

crédit : Benoît Rousseau

Le Gesù était rempli à pleine capacité pour le quartette de Mark Guiliana, un excellent choix dans la programmation 2023 du FIJM.

Transplanté sur la Côte Ouest avec sa compagne Gretchen Parlato et leur fils, Guiliana poursuit la traversée d’un plateau acoustique, amorcée au milieu de la décennie précédente. Importante était cette impression d’une langue musicale affranchie de ses évidences fondatrices.

Après nous avoir ébloui à l’époque où prévalait son groupe Beat Music, ensemble électro-jazz avec lequel il s’est permis de brefs retours, Mark Guiliana a fait le choix d’une instrumentation acoustique depuis plusieurs années déjà.

La formation ici réunie était d’une grande cohésion, composée du saxophoniste ténor Jason Rigby (aussi excellent clarinettiste, mais pas ce soir-là) , du contrebassiste Chris Morrissey et du pianiste Jason Lindner. On aurait pu s’attendre à entendre Shai Maestro, qui joue au sein de la même formation dans le superbe enregistrement The Sound of Listening, c’était plutôt Lindner qui a offert un jeu circonspect et raffiné.

Fondé sur le jeu très particulier et les goûts de Guiliana, ce quartette acoustique a acquis une maturité d’expression à laquelle peu d’ensembles de ce type parviennent. Tout le spectre des émotions est sobrement ratissé de manière générale, mais peut laisser place à plus de testostérone et d’aventure.

On se trouve dans des mouvances comparables aux ensembles acoustiques de David Binney ou de Brian Blade, soit des formations clairement jazz pour son swing augmenté de cellules rythmiques très contemporaines. Il en est de même pour la mélodie et l’harmonie, c’est-à-dire y a bien assez de lignes consonantes pour qu’on soit prêt à admettre certains passages plus savants.

Pur délice.

Alain Brunet

Un 29 juin au FIJM: Hiromi, Kingfish, Aftab-Iyer-Ismaily, Kokoroko, Ibrahim Maalouf, Misc, Hawa B, The Franklin Electric…

par Rédaction PAN M 360

Au Festival international de jazz de Montréal, les experts de PAN M 360 fréquentent tous les concerts qui secouent les mélomanes.  Suivez notre équipe!

Hiromi, quelque part entre Oscar Peterson et Joe Hisaishi

De retour à Montréal après six ans, Hiromi au Théâtre Maisonneuve, ce jeudi soir, était une occasion spéciale. Avec PUBLiquartet, un quatuor à cordes de New York, elle a interprété l’intégralité de sa Silver Lining Suite, une œuvre qui mêle harmonieusement le jazz, le classique et le jazz-fusion. Ainsi, la soirée a pris des allures classiques et a été marquée par une dramaturgie digne de Beethoven.

Ce qui est vraiment étonnant, c’est l’énergie électrique qu’Hiromi est capable d’exploiter au piano et dans le public. Ses doigts ont parcouru sans effort les passages orchestraux complexes, exécutant des traits rapides comme l’éclair et des lignes mélodiques complexes avec précision et clarté. Tout au long des morceaux, les spectateurs ont applaudi à tout rompre, ne pouvant retenir leur enthousiasme plus longtemps. Pourtant, en un instant, elle pouvait atteindre le pianissimo le plus tendre. Si certains la trouvent trop voyante, il est indéniable que la musicalité d’Hiromi est quelque chose de vraiment spécial.

Varun Swarup

Kingfish quitte la scène Rogers devant un public admiratif

Christone « Kingfish » Ingram at Rogers Stage

Après quelques fantastiques afrobeats jazzy offerts par les Londoniens de Kokoroko, je me suis dirigé vers la scène des Rogers pour une nuit de blues endiablé. Lorsque les lumières se sont éteintes, un groupe a commencé à jouer un blues standard de 12 mesures avec un orgue, une batterie et une basse, et une guitare solo féroce a pris le contrôle des haut-parleurs.

Pendant les cinq minutes suivantes, il n’y avait aucun musicien sur scène, jusqu’à ce que la bête d’un homme – ou d’un garçon, car je viens d’apprendre qu’il a 24 ans… – Christone « Kingfish » Ingram – entre sur scène en brandissant sa magnifique Telecaster violacée. Il prend le micro et laisse échapper une voix qui donnerait du fil à retordre à B.B. King. Comme si Howlin’ Wolf et Muddy Waters avaient un petit-fils secret du Mississipi qu’ils avaient décidé de ne jamais révéler au monde.

Pendant une heure, les Kingfish ont joué avec le public, ne jouant que cinq ou six chansons, mais avec des interludes en solo qui ont duré 15 minutes, avec des expressions faciales trop belles pour être ignorées. Et c’était sublime. Le style solo de Kingfish s’articule autour d’une narration. J’imagine que c’est un homme timide dans l’âme qui laisse son jeu de guitare parler, confesser ses secrets les plus profonds et les plus sombres. Le clou du spectacle a été le moment où le Kingfish a quitté la scène pour laisser son groupe jammer pendant quelques minutes jusqu’à ce que le jeu de guitare fantôme reprenne les haut-parleurs. Les fans se sont retournés et ont vu Kingfish jouer dans la foule, des gouttes de sueur dégoulinant de son front.

« Je vous verrai tous à 22 heures quand nous jouerons un autre set. » Il est 21 h 50… Kingfish revient au micro. « Je vous verrai tous à 11 heures ! » C’est vrai, il allait recommencer dans une heure. Le talent de ce gamin est incontestable et on entend dire qu’il jouera avec le seul et unique Buddy Guy lors d’une prochaine représentation. C’est à ne pas manquer.

Stephan Boissonneault

Photos by: Victor Diaz Lamich
Courtesy of Festival International De Jazz De Montreal

Arooj Aftab, Vijay Iyer, Shahzad Ismaily: tension et détente en Amérique du Nord… et en Asie du Sud

Piano, Fender Rhodes, synthés, voix humaine, basse électrique. Arooj Aftab, Vijay Iyer et Shahzad Ismaily auraient normalement rempli le Monument National vu le succès critique de leur récent album Love In Exile. Devant un parterre un peu trop clairsemé au goût de la chanteuse, nous aurons droit à quatre improvisations bien senties, réparties sur un peu plus d’une heure. Trop court? Un peu trop court mais concluant de manière générale.

Réduire ce concert à une séance de méditation serait simpliste. Comme ces artistes l’expliquent en interview, on parle plutôt d’une subtile dialectique tension-relâchement, qui n’exclut pas les montées d’intensité dans le jeu et le volume. On l’aura constaté dans les derniers volets de cette riche prestation. Autre déconstruction de clichés : non, ce n’est pas de la musique indo-pakistanaise revisitée dans un contexte jazz, il s’agit plutôt d’une imbrication culturelle dans le contexte d’une expression globale.

Arooj Aftab n’est pas une chanteuse de qawwalî, ni de musique carnatique ou hindoustanie; sa technique vocale n’a pas grand-chose à voir avec la musique classique de l’Asie méridionale. Nous avons plutôt devant nous une autodidacte de talent qui a su faire évoluer son organe vocale et trouver une voix inspirée du chant pop occidental. Qui plus est, sa posture pince-sans-rire, parfois aux limites du cynisme, son ballon de vin à la main et ses vêtements modernes défient tout traditionalisme.

On l’a souligné à maintes reprises par le passé, le jazzman visionnaire Vijay Iyer n’est aucunement un musicien classique indien, bien qu’il en connaisse assurément les échelles mélodiques. Ce qu’il cherche est ailleurs, sans exclure quelques couleurs de la culture de ses parents. Fils d’immigrants pakistanais, Shahzad Ismaily évolue sur ce même territoire ouvert, très riche harmoniquement et propice à de magnifiques mises en commun de recherches texturales. Vraisemblablement, nous sommes en Amérique du Nord… mais aussi un peu en Inde du Sud.

Alain Brunet

Ibrahim Maalouf et la communication de masse

Devant un parterre bien tassé sur la Place des festivals, le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf a présenté le plus pop de ses projets : Capacity to Love, hymne instrumental à la paix, la tolérance, la curiosité de l’Autre, l’amour entre les êtres. Jeudi soir, cette capacité d’aimer des humains ne fut certes pas mise à l’épreuve.

Le virtuose au quatre pistons (au lieu de trois) a construit sa carrière sur des mélanges probants de jazz moderne et de mélodies du Levant, Maalouf est devenu une référence absolue du jazz oriental. Cette fois, il amalgame ses découvertes antérieures au groove, comme le font Snarky Puppy, Louis Cole, Kokoroko et autres Ezra Collective.

Ce à quoi les dizaines de milliers de festivaliers ont eu droit, c’était de la pop instrumentale de haute tenue. Le public pouvait s’accrocher au beat d’inspiration soul-R&B-hip-hop-afrobeats-reggaeton et se laisser séduire par l’exotisme moyen-oriental, mais aussi à la virtuosité d’un soliste éloquent et de ses musiciens – notamment Mihai Pîrvan, qui a parfaitement adapté son saxophone alto au langage des instruments traditionnels à vent qu’on utilise dans la musique classique arabe. Musicalement, ce projet groovy d’Ibrahim Maalouf n’est peut-être pas son plus profond, il s’agit néanmoins de son acte le plus généreux au chapitre de la communication de masse.

Alain Brunet

Vous avez dit Kokoroko?

On l’a déjà souligné, le combo londonien Kokoroko malaxe à qui mieux mieux le jazz groove à la sauce CTI et la musique africaine des années 70 et 80 – surtout Nigeria (afrobeat) et Ghana (highlife). Rassemblés devant la scène Rio-Tinto, des milliers de festivaliers ont découvert ce mélange unique afro-groovy, qui ne pourrait être concocté ailleurs qu’au Royaume-Uni vu les ingrédient de cette succulente recette jazzy pop.

On l’a aussi souligné, ces musiciens (claviers, guitare, basse, batterie, percussions, trompette, trombone, voix) sont solides et cohésifs. Aucun d’entre eux ou elles ne font dans la haute voltige, le résultat est supérieur à la somme de ses parties, voilà la meilleure façon de se faire valoir pour un groupe de jeunes pros.

Alors on boude pas son plaisir, on apprécie l’entrain généré par ces riffs souvent déployés par la trompette et le trombone de deux frontwomen, chanteuses de surcroît, dont la fondatrice Sheila Maurice-Grey.

Pas moins de 90 minutes de pure joie!

Alain Brunet

Au milieu de Misc

Après les performances gratuites de Kokoroko ,de Grande-Bretagne, et de Ibrahim Maalouf de France, celles et ceux qui n’étaient pas encore saoulés complètement de musique pouvaient se rendre au studio TD pour écouter le trio québécois de MISC. Le public, majoritairement jeune, ne l’a pas regretté une seconde.

MISC, c’est le clavieriste Jérome Beaulieu , le batteur William Coté et le bassiste (accoustique et électrique) Frédéric Roy. « J’ai la chance extraordinaire de jouer avec mes deux meilleurs chums » s’est exclamé Beaulieu aux deux tiers du spectacle . Cette complicité est évidente musicalement. MISC est aux antipodes du trio de Brad Meldhau. On est pas dans l’improvisation fine ou dans le déluge de notes savantes.

Les trois boys font un jazz plus percussif. Même le piano de Beaulieu est percussif. On flirte souvent avec le rock, c’est le son d’ensemble qui prime. On joue aussi beaucoup avec la réverbération et les bidouillages électronique.Plusieurs pièces étaient issues de l’album Partager l’Ambulance de 2021.

Mais le trio a beaucoup gagné en cohésion et en innovation depuis sa publication.William Coté joue des cymbales comme un savant batteur de jazz mais peut aussi y aller a fond la caisse dans des rhytmiques plus lourdes, mais jamais sans subtilité.Idem pour le bassiste Frédéric Roy, qui alterne, même parfois dans la même pièce , entre la contrebasse et la basse électrique.

Jérome Beaulieu , qui travaille aussi avec plusieurs formations, dont celle de Daniel Bélanger, gagne sans cesse en maturité. Il y’a des centaines de trio piano, basse, batterie. Ce n’est pas facile de se frayer un chemin dans cette jungle jazzistique touffue.

Mais si MISC passe près de chez vous, allez-y! Vous passerez un excellent moment . 

Michel Labrecque

HAWA B serpente sur l’Esplanade

L’Esplanade de la Place des Arts était clairsemée jeudi soir, juste avant 19h.. mais cela n’a pas tenu longtemps. HAWA B a su faire tourner les têtes et cesser les pas pressés.

C’est un mélange bien homogène de rock alternatif, de R&B, de jazz et de soul que nous présente ce groupe dirigé par la chanteuse et autrice-compositrice Nadia Hawa Baldé. On observe une vaste gamme d’influences – on entend autant Radiohead que Beyoncé – encapsulée à merveille dans des chansons à la structure évolutive, aux progressions d’accords surprenantes, et au caractère majoritairement contenu, qui fait briller les musiciens et les envolées démentes lorsqu’elles arrivent.

L’artiste semble s’être creusée une niche  scénique bien confortable entre nonchalance et intensité. Elle bouge lentement, mais décidément, s’accroupissant ou se pliant en deux pour atteindre des notes à l’extrémité haute de son registre, faisant virevolter ses cheveux, descendant plusieurs fois de scène pour aller rejoindre la foule, lançant son pied de micro en bas de la scène, envoyant promener son tabouret avec des coups de pieds… le tout d’une manière curieusement détachée, presque robotique, mais qu’on devine aussi purement spontanée. C’est comme assister à une explosion au ralenti. Toute l’intensité y est, mais on peut savourer chaque échange chimique, sentir la décharge d’énergie qui nous parvient et vivre l’expérience sans en être soufflé dans le moment, tout en restant subjugué.

Théo Reinhardt

The Franklin Electric inaugure le MTELUS du FIJM

La rumeur au MTELUS était bien bruyante, alors que le public attendait, patiemment ou non, l’arrivée de ce groupe-collectif créé et dirigé par Jon Matte.

Le concert était dédié au nouvel album qui sortait quelques heures plus tard. La première moitié du spectacle a servi à nous faire sentir le vent de ces nouvelles chansons, après quoi on se permettait de revenir en arrière. À un moment, Jon Matte s’assoit au piano et demande s’il y a des questions dans le public. Évidemment, la première question était « pouvez-vous faire vos anciennes chansons? », ce à quoi Matte répond: « Oui… mais tu viens de voler le punch, man! » 

Avec un groupe complet et trois violonistes, les chansons folk-pop brillaient de leur qualité crépusculaire et leur atmosphère remplissait la pièce. Jon Matte est aussi très habile vocalement, autant pour bien rendre ses passages plus textuellement denses que ses élans mélodiques. Une belle voix de tête aussi, qu’il utilisait pour tenter de donner des parties chantées à la foule lors de quelques chansons.

Théo Reinhardt

Un 28 juin au FIJM

par Rédaction PAN M 360

Au Festival international de jazz de Montréal, les experts de PAN M 360 fréquentent tous les concerts qui secouent les mélomanes.  Suivez notre équipe!  

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Les esprits de la musique avec le Brad Mehldau Trio

Le festival de jazz a commencé sous les meilleurs auspices avec le Brad Mehldau Trio au Théâtre Maisonneuve. Dans une atmosphère fébrile, devant un public débordant d’impatience, le groupe s’est frayé un chemin à travers quelques vieuex thèmes du bebop, quelques originaux de la formation, et quelques nouveaux morceaux, pour une soirée de très belle musique et de performance palpitante.

Larry, Jeff et Brad jouent ensemble depuis près de vingt ans maintenant, et leur alchimie est vraiment quelque chose à voir et à entendre ! À la fin du concert, qui a duré une heure, le public n’en avait tout simplement pas assez et le groupe a joué jusqu’à trois rappels !

Mehldau a bien sûr ébloui par sa maîtrise totale du piano, suscitant de nombreux regards d’incrédulité et de stupéfaction dans la salle de concert. Parmi les moments forts, citons le magnifique original Ode, un voyage hypnotique et émouvant, une interprétation en trio du classique de Mehldau Resignation et une version très monkiste du standard Sweet and Lovely, qui mettait bien en valeur le sens de l’humour du groupe. C’est toujours un plaisir de voir ces maîtres à l’œuvre.

Varun Swarup

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Natalia Lafourcade, une fiesta mexicaine introspective

Étions-nous à Montréal ou à Monterreyal? Montrexico? Dans le grand hall de la Maison Symphonique, on entendait presque exclusivement de l’espagnol. 

Natalia Lafourcade et son groupe d’excellents musiciens nous ont fait plonger dans les tréfonds de l’âme mexicaine. La mort, l’amour, la sorcellerie, la faune. Elle nous a fait chanter le son des cigales. C’était profond, magnifique , suave. 

La première partie nous présentait son récent opus De Todas Las Flores. Par la suite, Natalia Lafourcade a célébré le folklore et la chanson mexicaines. Avec une version particulièrement originale de La Llorona de Chavela Vargas ainsi que plusieurs chansons de sa région originelle de Veracruz. Puis elle a conclu sur des pièces originales d’albums précédents.

La foule a bruyamment manifesté son bonheur. Su felicidad. 

Natalia Lafourcade fabrique du bonheur, mais sur un mode introspectif. Sa voix nous touche jusqu’au plus profond de l’âme. La musique marie la tradition avec la modernité avec une grande intelligence. 

Que dire de plus ?

Michel Labrecque

Suoni: le mythe de Sun Ra, toujours vivant

par Alain Brunet

Contre toutes attentes historiques, le mythe de Sun Ra (1914-1993) est l’un des plus vivants de l’histoire du jazz, mythe que l’on a une fois de plus observé ce dimanche à l’Église Saint-Denis. Reconverti provisoirement à l’afrofuturisme, le temple chrétien était rempli à capacité de trippeux de tous âges, venus y communier avec les esprits du cosmos et de la planète Saturne, d’où proviendrait symboliquement ce fameux musicien dont l’orchestre porte toujours le pseudonyme, 70 ans après sa fondation.

Né Herman Poole Blount, surnommé Sonny Blount à ses débuts comme sideman et arrangeur, ce pianiste iconoclaste  fut objecteur de conscience à la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, il fut emprisonné et la médecine carcérale le jugea schizophrène. On le lâcha dans la nature en 1942, l’animal n’en fit qu’à sa tête.

Originaire de l’Alabama,  Sonny Blount menait une carrière amorcée dans les années 30 sur les routes du blues et du jazz. Installé à Chicago dans les années 40, il fut arrangeur notamment pour Fletcher Henderson et sideman pour le tenorman Coleman Hawkins. Son big band fut fondé en 1953, rebaptisé Sun Ra Arkestra en 1955. Le pseudonyme de Sun Ra s’inspirait de l’Égypte antique, dont le dieu du soleil se nommait Ra. Voyez le genre !

Dès lors, le discours du musicien était un enchaînement de paraboles intergalactiques. Bien malin pourrait affirmer si cette rhétorique relevait d’une réelle schizophrénie traversée par une rhétorique fantaisiste qu’on associe aujourd’hui à l’afrofuturisme, ou bien était-ce une façon consciente d’échapper à la réalité à laquelle Herman Blount devait faire face malgré tout – racisme, condition artistique difficile, précarité économique, rejet de ses pairs, etc. Pour l’avoir moi-même interviewé, je puis témoigner que l’énigme demeure entière.

Considéré comme très étrange à l’âge d’or du jazz moderne (bebop et hardbop), au mieux une curiosité sinon un freak show, Sun Ra inclut des séquences atonales à ses orchestrations bien avant qu’Ornette Coleman eut nommé l’approche free jazz et que Miles Davis traita Ornette  de carrément débile. 

Peu prisé par l’écosystème de la musique, Sun Ra persiste et signe, intègre  à son œuvre le free jazz  et une instrumentation audacieuse (claviers électrifiés, bidules électroniques, etc.). Farouchement indépendant, il fonde son propre label (El Saturn) et devient un pionnier de l’autoproduction. Transplanté à New York dans les années 60, il devient rapidement une célébrité parallèle, attire les beatniks et les hip cats, dont les réputés  Dizzy Gillespie et Thelonious Monk. Des interprètes de haut niveau lui restent fidèle, dont le tenorman John Gilmore qui est alors pressenti  pour faire partie du Miles Davis Quintet. Fin des années 60, la contre-culture en fait une figure emblématique, on vit l’Arkestra à la une du Rolling Stone.

Fin des années 60, l’Arkestra s’installa à Philadelphie, ses instrumentistes vivent  tous dans la même maison, à la manière des communes hippies de l’époque.

Les décennies se succèdent, le Sun Ra Arkestra s’est produit partout dans le monde, dont plusieurs fois à Québec, Montréal et Victoriaville dans les années 70, 80, 90…. Après la mort de Sun Ra en 1993, la direction artistique est reprise par John Gilmore jusqu’à son décès en 1995. Puis par le saxophoniste alto Marshall Allen  devient le grand timonier de l’Arkestra, une force de la nature aujourd’hui âgée de 99 ans ! Le bientôt centenaire ne monte plus sur scène (ou très rarement) depuis peu, on peu comprendre! Si Marshall Allen assume encore officiellement la direction du Sun Ra Arkestra, Knoel Scott (saxes alto et baryton, percussions, break dance) en est le chef sur scène, la chanteuse Tara Middleton en est la prêtresse.

Dimanche soir, une quinzaine d’instrumentistes constituaient le Sun Ra Arkestra, très majoritairement âgés mais toujours animés par les flammes solaire et saturnienne de leur défunt leader. Devant nous, un siècle de jazz défilait dans une grâce certaine et, parfois, avec une délicieuse imprécision : blues, swing, bebop, hardbop, soul, gospel, jazz brésilien, mais aussi free-jazz et autres approches expérimentales. 

En fait, jamais le mythe de Sun Ra ne s’est dégonflé et le ballon vole toujours de nos têtes en 2023. Aujourd’hui les passages free de l’Arkestra sont intégrés et compris par une large part des mélomanes, bien au-delà des cercles de la musique improvisée. Comme c’est le cas depuis les années 60, les jeunes gens étaient en forte délégation à ce happening multigénérationnel comme PAN M 360 les aime, gracieuseté des Suoni Per il Popolo.

Assurément, on peut parler à la fois de coolitude et de classicisme.

Un 17 juin aux Francos: Robert Charlebois, Philippe Brach

par Théo Reinhardt

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Crédit photo: Victor Diaz Lamich

Pour la clôture  des Francofolies de Montréal, un des artistes les plus importants de l’histoire du Québec était invité. Nous attendions tous impatiemment devant la scène Bell, samedi soir. 

À 78 ans, après près de soixante ans de carrière, Robert Charlebois ne nécessite aucune introduction. La première rock star nationale, l’innovateur de la chanson et le catalyseur de la culture dans les années 60 et 70 se présenterait devant la place des festivals le temps d’une heure et demie. Une rare opportunité qu’il aurait été absurde de ne pas saisir. 

Il se présente sur scène vêtu de blanc, l’air d’un pilier de marbre, et commence le spectacle avec Le manque de confiance en soi. « On va manquer notre coup » est peut-être la phrase la plus ironique de la soirée… puisque Robert en CharleboisScope en clôture des Francos de 2023 est loin d’être un coup manqué. 

Le souffle, la puissance, la justesse, l’interprétation, l’humour… Charlebois a encore tout ce dont il a besoin pour jouer ses chansons de manière intense, ressentie, et tout simplement impressionnante. Inspirante, aussi, puisque la flamme brûle toujours brillamment chez cet homme, qui envoyait sans doute un vent d’espoir aux jeunes artistes le regardant. Il dirigeait la foule, la taquinait, dansait sur scène, levait son pied de micro et sa guitare dans les airs… rien à envier des autres stars du rock. 

Les grands succès ont été joués et reçus avec éclat, et Louise Forestier est venue agrémenter la scène pour la fameuse Lindberg, au plaisir de tout le monde, si on se fie aux acclamations. 

Spectacle sensationnel, spectacle historique, et peut-être un peu mélancolique aussi. Car qui sait combien de fois encore nous pourrons chanter Je reviendrai à Montréal, Les ailes d’un ange, J’t’aime comme un fou et tous ces autres hymnes entouré de 40 000 personnes? Qui sait si Ordinaire pourra encore nous frapper à la figure et nous serrer le cœur comme elle l’a fait lorsque jouée sous nos yeux? On ne le sait pas, mais si Charlebois nous a prouvé quelque chose samedi soir, c’est que le pilier est solide, et sa parure toujours reluisante. 

Samedi soir, le 17 juin, Montréal a donc pu vivre et chérir le temps de quelques chansons légendaires. Certains se sont souvenu du passé, d’autres ont créé des souvenirs pour le futur, mais aucun d’entre eux n’était banal. Samedi soir, les Francos se terminaient en toute beauté.

Philippe Brach avec les gens qu’on aime

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Le dernier vrai concert des Francos était en fait celui de Philippe Brach, l’invité surprise, sur la scène Hydro-Québec à 23h30. L’esplanade de la Place des Arts était bien occupée; pas surprenant vu la sortie récente de l’acclamé Les gens qu’on aime après des années d’inactivité. 

Brach n’a pas tellement changé. Irrévérencieux, il débute le concert en clamant qu’il veut des plaintes de bruit de la part des condos environnants, sur lesquels il ne manque pas la chance de faire quelques commentaires. Il s’adoucit ensuite en communiquant sa joie de constater que Montréal est encore bien vivante, et se réactive en promettant de « finir les Francos comme du monde. » Le tout entrecoupé d’une symphonie d’acclamations, bien sûr. 

Alors, le concert commence, et Philippe Brach révèle qu’il appuie à fond son côté clownesque en dévoilant sous sa tenue rouge une-pièce le costume d’un certain Ronald McDonald. Salopette jaune et chandail ligné blanc et rouge. Mais l’accoutrement n’est pas que plaisanterie. C’est en lien avec le personnage et la performance: toujours un peu ironique et contestataire à la fois. De plus, Brach rit souvent sur la mélodie de ses chansons. Un rire forcé, parfois sardonique, un rire un peu déstabilisant qui cache un cri, un pleur, un ouragan. Alors un clown, oui, mais le genre de clown qui fait un peu trop peur aux enfants. L’artiste a donc visé juste en allant vers le Ronald.

Le concert consistait en majeure partie des plus grands succès de l’auteur-compositeur-interprète  de Chicoutimi, mais la dernière partie du spectacle était réservée au nouvel album. Last call, Tic tac et le suave « Bonjour les amis », sur la chanson Un peu de magie ont été inaugurées, et le tout était délectable. Faute d’orchestration, c’est la foule qui apportait le côté grandiose aux chansons. Les musiciens brillaient aussi, surtout avec l’allure légèrement ivre du rythme de Tic tac.

Le concert s’est terminé sur une note sobre et rassembleuse, au rythme de la voix et du claquement de doigts de Philippe Brach, seul sur la scène, pour la chanson a cappella Bonne journée. L’esplanade était soulevée d’une foule de voix. Comme si les Francos de 2023 se terminaient sur un fondu au silence. Une redescente sur Terre. Un retour à la vraie vie. C’était le concert parfait pour terminer. La musique de Brach est peut-être subversive, et parfois insaisissable, mais son honnêteté perce l’air comme une flèche et vient se loger sur un de nos murs intérieurs. Pas trop épique, ni trop humble, c’était vrai, et c’est bien du vrai qu’il fallait pour la fin de ce festival.

À l’année prochaine, les Francos!

Un 16 juin aux Francos: Les Louanges, Jok’Air, Daniel Bélanger

par Rédaction PAN M 360

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Les Louanges laisse sa marque sur la Scène Bell

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Crédit photo : Benoît Rousseau

Si on en juge par le parterre de la scène Bell qui était déjà rempli à craquer plusieurs minutes avant le début du spectacle, la prestation des Louanges était attendue. Un mélange d’excitation et d’euphorie régnait sur la foule avant même que le spectacle commence.  

Le tout a débuté avec l’apparition d’une chorale sur scène, qui créait des harmonies hypnotisantes et faisait monter la tension dans la foule de plus en plus agitée. Un saxophoniste est venu amplifier l’effet du moment.  

Alors  que l’on s’attendait à voir le principal intéressé apparaître  sur scène, nous l’avons entendu entamer Chaussée, et les écrans ont révélé quelques secondes plus tard qu’il se frayait un chemin dans la foule, jusqu’à une plateforme peuplée de festivaliers euphoriques qui chantaient avec lui à tue-tête. Chose sûre, il sait comment faire une apparition remarquée !

Visiblement émerveillé par la foule en extase, le chanteur a déclaré avec assurance que ce spectacle ne serait pas seulement son plus gros, mais son meilleur – ce que nous confirmons.  

Le chanteur a ensuite continué son chemin jusqu’à la scène en interprétant Qu’est-ce que tu m’fais, s’arrêtant un instant pour se mettre à genoux et poser cette question à une spectatrice, qui ne s’en est probablement toujours pas remise. Une autre chose est sûre, Vincent Roberge sait commencer un spectacle!  

Il  fait preuve d’une présence scénique extravagante,  s’effondre à genoux, hurle ses paroles, interrompt sa performance pour embrasser sa copine devant une foule ébahie. Bien que le style musical des Louanges se rapproche de la pop, sa performance tire beaucoup d’influences de la soul et du funk. Plusieurs morceaux sont arrangés pour être plus groovy, et intègrent des solos de saxophones enivrants.  Les interactions du saxophoniste avec le chanteur font sans conteste partie de ce qui  rendra cette performance mémorable. 

Vincent Roberge a ainsi laissé sa trace dans l’histoire des Francos de Montréal, et fera de même ailleurs !

Arielle Caron

Jok’Air fait la fête au Club Soda!

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Avant de fouler la scène du Club Soda vendredi, la vedette du rap français, Jok’Air, a indiqué à PAN M 360 qu’il allait offrir une prestation pour « turn up », et il a tenu sa promesse! Dès son entrée, l’énergie a monté d’un cran et la foule a répondu présente. Tout au long, le rappeur a chanté plusieurs morceaux issus de son dernier projet Melvin de Paris ainsi que ses titres les plus populaires tels que Las Vegas. L’un des moments forts de la soirée est assurément lorsque l’artiste de 31 ans a fait sa chanson Sensualité, sa propre version du titre du même nom initialement interprété par la Belge Axelle Red. Le public était captivé par la vedette et chantait ses morceaux mot pour mot . 
À mi-chemin, Jok’Air a invité plusieurs membres de la foule à venir le rejoindre sur scène. Évidemment, ils sont plusieurs à avoir répondu à l’appel et près d’une vingtaine de personnes se sont retrouvées sur scène. Quelques morceaux plus tard, le rappeur est descendu dans la foule et a pris le temps de signer quelques autographes avant d’entamer son succès Elles ont trop joué avec mon cœur. Sur scène, le rappeur jouit d’une aisance remarquable et connecte facilement avec son public. En étant seulement accompagné d’un DJ, Jok’Air a essentiellement sa musique comme on la retrouve sur ses albums. Seul bémol de la soirée, le spectacle du Parisien n’a duré que 60 minutes et la foule en aurait voulu davantage!

Jacob Langlois-Pelletier

Daniel Bélanger à la Wilfrid: intouchable !

Crédit photo: Benoît Rousseau

Quelques mots sur Daniel Bélanger, dont l’album et le nouveau concert ont été encensés par la critique plus tôt cette année. Je n’y étais pas au MTELUS mais je puis témoigner que le mercure en juin (…)  était très élevé à la Wilfrid. Philippe Brault (basse), José Major (batterie), Jérôme Beaulieu (claviers) et Guillaume Doiron (guitares) sont tous d’excellents musiciens pour mener à bien la mission. Quelques pièces de Mercure en mai, le dernier opus, et une vaste majorité de classiques tiré de son vaste répertoire. Pince-sans-rire devant l’Éternel, Daniel Bélanger fut bref et hilarant. Fédérateur, il fut maintes fois accompagné par de puissants chœurs venus du parterre, mezzanine et balcons, chœurs majoritairement féminins. Une série de rappels ont coiffé cette performance éclatante. Cette fois,  Bélanger a opté pour un son un peu plus sale, des guitares plus saturées (le son de Doiron n’est pas sans rappeler celui de  Dan Lanois), des claviers peut-être trop discrets, un mixage parfois au détriment de l’intelligibilité du texte mais… c’était peut-être voulu ainsi et personne (ou presque personne) ne s’en est formalisé. Car Daniel Bélanger est désormais un intouchable de la chanson de qualité au Québec, l’épreuve du temps a été remportée depuis une mèche.

Alain Brunet

Un 15 juin aux Francos : Anatole, Dumas, Fuudge

par Théo Reinhardt

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Anatole l’impassible

Crédit photo: Théo Reinhardt

À 19h sur la scène Siriusxm, Anatole et sa bande ont allégé les esprits le temps de quelques chansons. Lui et ses cinq musiciens, tous assis sur des chaises ou des tabourets, ont visé une performance libre et décomplexée. Anatole était ainsi présenté sous une lumière authentique et claire, ce qui lui a permis de faire briller les petits détails. 

Anatole, alias Alexandre Martel, cherche à ralentir la cadence. Il converse avec le public entre ses chansons, question d’amoindrir la distance entre scène et parterre. On se regarde dans les yeux et, pour une rare fois, on peut sentir que ça connecte. L’air est léger, les corps relaxés, c’est un moment bienvenu de ressourcement dans la folie des Francos.

Ce contexte n’a toutefois pas empêché Anatole et sa bande de faire de la musique captivante. Debout ou assis, l’auteur-compositeur-interprète et réalisateur (Hubert Lenoir, Lou-Adriane Cassidy, Thierry Larose, Alex Burger, Lumière) se dandine et s’active, comme si ses chansons éveillaient une bête en lui dont il ne peut s’extirper. Tantôt frénétique, tantôt calme, son interprétation semble provenir d’une profondeur insondable qui jette un voile attrayant de mystère. À un moment, Anatole se lève nonchalamment et dégaine un solo de guitare qu’il filtre  dans un talkbox. Surprise mystifiante pour le public, qui n’avait pas encore repéré le petit tube de plastique accroché à l’un des micros.

Il était plaisant de voir Anatole enfin sous la  lumière, alors qu’il semble plus souvent opérer dans l’ombre. Il reste évasif malgré sa portée et son implication dans une multitude de projets. Le temps d’un concert, on a peut-être pu accéder à une des réelles formes de son existence. C’est la preuve que, parfois et encore, la solution se trouve dans la retenue, dans la sobriété, dans l’essentiel.

Dumas le rassembleur

Crédit photo: Benoit Rousseau

À 20h, devant la scène Loto-Québec, le parterre était rempli d’un public qui traversait les générations. Il était l’heure pour l’habitué Dumas de se présenter le temps d’un retour en arrière vers son second album Le cours des jours. Il est toujours agréable de voir des musiciens aguerris présenter un spectacle bien huilé. On sait que ça marche. Et avec un travail d’éclairage palpitant, les yeux pouvaient être autant ravis que les oreilles. 

Dumas et son profil fascinant, c’est-à-dire à la fois sincère, banal et spectaculaire, un peu drôle aussi (peut-être sans le vouloir), mais toujours bienveillant, a vite charmé le public. Avec des « attention à vous! » dirigés vers la foule, des « Merci Montréal! » et des « To the bridge! » qui se répétaient, le personnage s’est vite trouvé à l’aise et communicatif. Toujours en train de bouger sur la scène, de gauche à droite, mettant un pied sur les moniteurs pour saluer la foule, on voyait bien qu’il se faisait plaisir. 

Les musiciens aussi. Chacun a eu ses moments pour briller, surtout lors de la longue et entraînante Le désir comme tel, morceau d’une dizaine de minutes. Le clou du spectacle, 

Vers la fin, Dumas raconte ses débuts en tant qu’artiste, et comment il a été aidé par d’autres, plus établis.  Faisant désormais partie de ces autres plus établis, et ayant envie de redonner au suivant, il invite Émile Bourgault.  Avec Dumas, ce jeune auteur-compositeur-interprète qu’on a pu voir sur la scène Hydro-Québec le 9 juin, chantera l’hymne pop-rock Les secretsi. Une belle surprise qui témoigne d’une gentillesse de la part de l’artiste, et qui fera sans doute un beau souvenir pour l’invité.

Fuudge les écraseurs

À 22h sur la scène Sirius xm, le groupe montréalais arrive comme une tonne de briques et envoie écraser le son dans l’air. Ces quatre musiciens, qui en sont à leur troisième Francos, s’inspirent du grunge, du noise et de la musique psychédélique. Le chanteur grogne, crie et beugle, la basse enveloppe tout de son ton râpeux, les percussions courent frénétiquement au son épais des toms, et la guitare lead déchire avec sa voix criarde. Des harmonies vocales, des mélodies sombres qu’on fait exprès de ne pas toujours rendre consonantes, des solos cuisants, le tout rehaussé par des tons planants de synthés en arrière-plan… Fuudge livre sa musique sur un plateau d’argent écorché, et le public a faim. Au devant de la foule, on voit une petite  tempête de corps qui se déchargent au rythme des distorsions. « Ta yeule, toute va ben » crient les membres du groupe lors de leur chanson du même titre, et ils ont raison. Ça parlait peu, et tout allait bien.

Alors si vous cherchez du lourd, optez pour  Fuudge. Si vous cherchez un dessert, tenez-vous en loin.

Un 14 juin aux Francos: Loud, Pierre de Maere, thaïs, Vendôme, Juliette Armanet, Zaho de Sagazan

par Rédaction PAN M 360

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Loud et sa bande au sommet des Francos

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Après Fouki il y a quelques jours, Loud était le deuxième rappeur québécois à assurer la grande scène de l’édition 2023 des Francos, mercredi soir. Avec l’aisance qu’on lui connaît, l’artiste de 35 ans a offert une prestation impeccable deplus d’une heure et demie, entouré d’invités extraordinaires dont entre autres le pionner du rap kéb, Sans Pression, son partenaire de longue date, Lary Kidd, ainsi que le collectif mythique Muzion. 

Loud a débuté et terminé la soirée avec les meilleurs titres issus de son dernier opus, Aucune promesse. Entre-temps, le rappeur a offert une excellente sélection de ses meilleurs succès tirés de tous ses projets, allant même puiser dans le catalogue de Loud Lary Adjust (LLA), son ancien collectif qu’il formait avec Lary Kidd et Adjust. Au grand plaisir de la foule, Lary Kidd s’est joint à Loud pour interpréter certains titres de LLA comme XOXO, leur morceau le plus populaire. Avec la présence sur scène du producteur Adjust pendant tout le spectacle, les trois membres de Loud Lary Adjust étaient ainsi réunis et un sentiment de nostalgie s’est immédiatement emparé de la place des Festivals.

Tout au long, Loud s’est fait un malin plaisir à accueillir des invités sur scène. « C’est important de rendre hommage aux O.G et au futur du rap québécois », a-t-il dit avant d’annoncer l’entrée de Sans Pression. Par la suite, le public a aussi eu le droit au passage de Souldia, Connaisseur Ticaso, Muzion, Lost, Raccoon et même 20some. L’un des moments forts de la soirée est sans aucun doute l’interprétation de On My life par Loud, Lary Kidd et 20some. L’énergie était à son comble et les trois hommes étaient en parfaite symbiose avec la foule. Sans réelle surprise, c’est lorsque les premières notes de Toutes les femmes savent danser se sont faites entendre que les gens présents se sont faits bruyants. 

Visuellement, la prestation de Loud était superbe. À plusieurs reprises, l’immense écran derrière le rappeur était sollicité pour projeter des vidéoclips et même des paroles. À quelques reprises, le Québécois s’est amené au bout de la scène où se retrouverait une plateforme élévatrice, imposant davantage sa dominance sur le rap kéb. Une chose est certaine, Loud a prouvé encore une fois qu’il est dans une classe à part dans son domaine, et ce devant des dizaines de millers de personnes. 

Jacob Langlois-Pelletier

Pierre de Maere, excentrique et assumé

Crédit photo: Victor Diaz-Lamich

L’intrigant auteur-compositeur-interprète belge, Pierre de Maere était en ville aux Francos, mercredi soir. Devenu connu grâce à son titre Un jour je marierai un ange, l’artiste de 22 ans propose une pop planante teinté d’électro. Ce qui le démarque et qui lui a permis son ascension fulgurante au cours de la dernière année, c’est sans aucun doute son univers flamboyant, sa voix et sa capacité à s’aventurer dans les aigus.

D’entrée de jeu, l’excentricité sur scène du jeune homme est frappant et assumée. Sur scène, Pierre de Maere donne tout, absolument tout. Vêtu d’un complet rouge, le jeune prodige se déhanche et danse de manière atypique, non sans rappeler un certain Stromae. À plusieurs reprises, il se dit être essoufflé et en profite pour reprendre son souffle en remerciant les différents membres de son équipe. Pendant le spectacle, il a chanté son premier album Regarde-moi dans sa presque totalité. Outre certains problèmes de voix, le résultat était très fidèle à l’enregistrement. Impossible à nier, Pierre de Maere propose quelque chose de différent et d’intéressant musicalement. Il sera à surveiller!

Jacob Langlois-Pelletier

thaïs termine sa semaine incroyable aux Francos en beauté

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Crédit photo: Jacob Langlois-Pelletier

Après deux premières parties et une participation à La Traversée, l’autrice-compositrice-interprète thaïs a conclu sa semaine de brillante façon lors du spectacle-vitrine, mercredi soir. Fidèle à son habitude, la Québécoise a offert une prestation tout en douceur d’une trentaine de minutes aux gens amassés devant la scène Silo Brasseur de Montréal. Visiblement habitée par sa musique, thaïs se laissait emporter par son œuvre et dansait sur ses arrangements électro-pop. Accompagnée de Jay Essiambre à la batterie, elle a proposé des versions davantage texturées de ses titres les plus populaires tels que Tout est parfait et La nuit te ressemble. Le public a d’ailleurs eu le droit à plusieurs envolées instrumentales de sa part. Sur scène, son énergie est contagieuse, ce qui rend l’univers de la chanteuse extrêmement accessible. Difficile de mieux demander pour bien débuter sa soirée aux Francos,

Jacob Langlois-Pelletier

Vendôme s’amuse sur la scène SiriusXM!

Si on en juge par la grandeur de la foule, le premier album de Vendôme, La Fable de la grenouille dorée, a fait de nombreux adeptes. Défini par le groupe comme du « folk-métal-légende », cet album est appréciable de plus belle sur scène, lorsque les chansons sont jouées entre deux ou trois blagues de la part des gars de Vendôme qui ont visiblement du plaisir à jouer ensemble, et à jouer pour leur public. 

Le groupe a offert une performance forte en énergie, mais proposant tout de même quelques instants de douceur. Un moment particulièrement marquant fût lorsque le batteur prit la place du guitariste Tom Chicoine (qui arborait une fausse barbe et une perruque – on apprendra plus tard que c’était pour dissimuler le fait qu’il s’agissait en fait de La Faune) pour interpréter une ballade avec Marc-Antoine, le frontman du groupe. Après avoir réclamé à la foule de « se fermer la gueule, mais gentiment », les deux garçons ont interprété 03.04.19, permettant au public de reposer leur tête, qui devait commencer à être douloureuse avec tout ce headbanging.

Arielle Caron

Triomphe de Juliette Armanet, parfaite construction hexagonale

crédit photo: Victor Diaz-Lamich

Comme l’indique le titre de son album sorti en 2021, Juliette Armanet brûle effectivement le feu. Le brasier est bien pris aux planches dès la première mesure! D’origine française en majorité absolue, le public ayant rempli le MTELUS est gagné d’avance et n’a cesse de se pâmer devant un spectacle huilé au quart de tour. Au piano, au centre de la scène, du haut des escaliers,  carrément dans la foule lorsqu’elle enlace ses fans ravis ou même du haut de la loge d’où elle entonne quelques fréquences, la star sait comment fonctionne la variété française. Parfaitement.

L’identité et la tradition de la pop hexagonale y sont respectées jusque dans les moindres détails: chanson “classique”, euro-disco, funky-jazzy, nostalgie à profusion malgré de (très) légères actualisations. Le verbe est bien ciselé, les thèmes sont d’actualité, la voix haut perchée, les poses évocatrices, la mise en scène rigoureuse et efficace, la construction par-faite…car il s’agit là d’une construction en  bonne et due forme, aussi brillante soit-elle. 

Un iota de France Gall par ici, une larme de Laurent Voulzy par là, un soupçon de François Feldman, un chouia de Barbara et ainsi de suite. À l’évidence, Juliette Armanet  s’inscrit dans une tradition de chanson/variété hexagonale, elle  a certes beaucoup réfléchi à l’érection de son personnage composite.

Et ce au grand plaisir de son public, essentiellement blanc et français, public ayant intégré ses référents et qui les déguste de nouveau. 

Alain Brunet

Zaho de Sagazan:  premier choc au QC

crédit photo : Alain Brunet

Notre interview en témoigne, nous avons été séduits par les enregistrements et propos de cette Zaho de Sagazan, qui a fait boum chez les francos festivaliers. Sur l’Esplanade de la Place des Arts, elle a conquis autant les Kebs de souche que les Français venus à sa découverte. La matière de son seul album a largement suffi à mettre sur le cul. Certes tributaire de la chanson française-française, particulièrement brellienne et stromaëienne, cette songwriter et performer a trouvé l’équilibre idéal entre synthwave, krautrock et chanson dite à texte. 

Elle tout pour elle, cette plus qu’étonnante jeune femme de 23 ans. Naturellement douée pour les planches, cette voix de contralto impose le silence sur les scènes lorsque seule au clavier, et elle a tôt fait de nous aspirer dans le beat synthétique d’une redoutable binarité, non sans rappeler la pop synthétique allemande des années 70 (Kraftwerk, etc.) , mais aussi des variétés multi-générationnelles de pop synthétique dédiées au plancher de danse, de Depeche Mode à  Indochine en passant par Com Truise et Kavinsky. 

Les synthés modulaires sont actionnés par ses comparses inspirés, pendant qu’elle pilote son puissant vaisseau de séduction. Ce n’est qu’un début !  On pourra dire qu’on était là lorsque le premier choc eut lieu en Amérique francophone.

Alain Brunet

Un 13 juin aux Francos: Thierry Larose, Ariane Roy

par Rédaction PAN M 360

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Crédit photo page d’accueil: Benoît Rousseau

Thierry Larose, une des têtes d’affiche de la relève indie québécoise, a occupé la scène d’un Club Soda bien rempli ce mardi soir. Il était attendu par une foule de jeunes avides d’entendre la matière de son récent album Sprint! en concert. Ce qui faisait office de lancement du nouveau projet s’est d’ailleurs révélé être un événement encore plus excitant pour l’artiste, puisque quelques heures plus tôt, Sprint! était dévoilé parmi les 40 albums de la longue liste Polaris 2023. De quoi être fier. 

L’énergie était donc haute pour les heureux élus sur scène, mais ils ont tout de même su rester mesurés. Le public, lui, n’avait pas cette contrainte. Il faut dire que Thierry Larose est adoré par les temps qui courent. C’est qu’il  va chercher quelque chose de libérateur et de profond chez les gens, ses textes font ressortir la lumière cachée et rendre les regards pétillants. En regardant autour, du milieu du parterre au Club Soda, on a vu des sourires, des gens qui s’essuyaient les yeux, d’autres qui dansaient, qui levaient les bras, qui se laissaient emporter par la musique. Pour avoir vu Thierry Larose deux fois au Club Soda, je peux dire que son public est parmi les plus bruyants et passionnés. Une expérience tout à fait énergisante !

Sur la scène, le tout est bien préparé, avec de la place pour de bons moments improvisés. Le groupe en concert de Thierry Larose est d’ailleurs bien impressionnant: avec Lou-Adriane Cassidy au clavier et à la guitare acoustique, Anatole à la guitare et Charles-Antoine Olivier de Blesse à la batterie, on a envie de prêter attention à  tous les membres, car ils jouent tous bien, et surtout bien ensemble. Des conversations de guitare entre Larose et Anatole, des intros de chansons qui laissent deviner ce qui s’en vient, des élans percussifs de Charles-Antoine Olivier entre les chansons… En bref, ces artistes sur scène ont une bonne chimie, se parlent près des oreilles et rient souvent, pour des raisons qu’on prend plaisir à deviner. 

Malgré le lancement de Sprint! Les chansons de Cantalou, le premier album, se sont frayées un chemin dans le programme. À voir la foule chanter les chansons, on ne se demande pas pourquoi. Il semble bien s’agir d’un classique moderne pour cette petite niche de l’auditorat. Les chansons de Cantalou se prêtent aussi mieux à des élans rock, et permettent au groupe de nous montrer ce dont  il est capable en termes de lourdeur du son. Larose, lui, est modeste sur scène, il parle peu et doucement lorsqu’il le fait. On comprend qu’il préfère laisser la musique parler pour elle-même, pendant que Lou-Adriane Cassidy et Anatole volent souvent la vedette côté intensité. 

C’est donc un album bien lancé par Larose, et encore mieux reçu par le public. Voilà un artiste qui creuse très bien son sillon dans la musique locale, et qui semble déjà laisser des traces pour les autres après lui.

Théo Reinhardt

Ariane Roy illumine la scène Loto-Québec

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

La performance d’Ariane Roy sur scène Loto-Québec hier soir a permis aux adeptes de Médium Plaisir d’apprécier des versions réarrangées des chansons de cet opus, mettant grandement en valeur ses musiciens. Elle a notamment quitté la scène alors que son guitariste préparait le public à une interprétation grandiose de Ce n’est pas de la chance avec un solo de guitare envoûtant. La chanteuse a également laissé son micro de côté et s’est assise par terre en plein milieu de Je me réveille pour faire briller son claviériste.

La chanteuse nous réservait quelques surprises : Valence s’est brièvement présenté sur scène pour interpréter la collaboration Charlie, et le public s’est réjoui d’écouter en primeur une chanson à paraître sur un prochain album qui s’annonce très prometteur. On a également eu droit à une reprise extravagante de Souvent longtemps énormément de Diane Tell.En outre, la performance a été interrompue par la remise à Ariane du Prix Félix-Leclerc, qui récompense les jeunes auteurs-compositeurs-interprètes francophones. Dans ce contexte, Ariane et ses musiciens sont restés devant public avant le rappel et ont ainsi clôturé leur performance avec Fille à porter. Enfin presque: ils se sont ensuite réunis à l’avant de la scène pour interpréter Éli a cappella, y intégrant des harmonies à couper le souffle.

Arielle Caron

Un 12 juin aux Francos: Arthur H

par Alain Brunet

Depuis déjà trois décennies, Arthur H revient régulièrement à Montréal. On aurait pu se lasser de sa voix cendrée et graveleuse,  de ses envolées de fausset, de son humour absurde parfaitement maîtrisé,  de son verbe tendre ou coriace, de son propos saignant ou bien cuit, de ses capacités à improviser devant public et modifier le cours des choses devant nous.

Eh non, on ne s’est pas lassé. Encore en 2023, chaque rencontre avec Arthur H a son lot d’étonnement, de surprise, de magie, de rires et de grâce.

Au Studio TD (XYZ), il se présente en quartette un lundi soir des Francos, lui au clavier et mélodica, son collègue de toujours Nicolas Repac aux guitares, Pierre Lebourgeois au violoncelle pizzicato et arco, Raphaël Séguinier aux percussions. 

Le répertoire est entamé en toute souplesse par de parfaits complices, nous avons ici affaire à un maître dans l’art de nous faire voyager dans les humeurs humaines, dans les enjeux existentiels « âprement exquis », dans La vie comme l’indique le titre de son tout récent album et dont il présentera plusieurs titres en persillant le tout de  classiques, dont L’Autre côté de la lune (Dark Side of the Moon, clin d’oeil à Pink Floyd) , Adieu tristesse,  La boxeuse amoureuse, la Caissière du Super, L’étoile et autres La plus triste des chansons.

Le prisme d’Arthur H est poétique, adapté à la forme chanson, excellent communicateur. Il annonce à ses fans hilares qu’il vient à MTL pour la première fois, il se plaindra plus tard d’un « grand problème » à Montréal d’une pénurie locale de ukulélés, enfouis jadis au fond de l’océan avec le naufrage du Titanic (qui a coulélé, on s’en doute bien), il évoquera ce roi de France (Emmanuel Macron) que les Français haïssent « pour le plaisir » et cette reine de France qu’on adore, soit Brigitte Fontaine (« mystérieuse guerrière », « funambule préférée » qui fut d’ailleurs une grande amie de son défunt père Jacques), et ainsi de suite. 

Près de deux heures de croisière aux teintes africaines, jazz, latines, classiques impressionnistes, pop psychédélique ou funky disco, le tout enchaîné sans efforts apparents, en toute volupté. Toujours brillant, toujours inspiré, toujours coulant, « smooth operator » devant l’Éternel, Arthur H a encore à dire, à chanter et à jouer.

UN 10 JUIN AUX FRANCOS: PHILIPPE B, LUJIPEKA, GAB BOUCHARD, ISABELLE BOULAY

par Rédaction PAN M 360

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

crédits photos: Victor Diaz-Lamich

Philippe B ravit le studio TD

Samedi soir, 20h. La scène du studio TD est décorée d’un piano à queue, de quelques guitares, de claviers, et de petites concoctions lumineuses ressemblant à des lampes de sel. Dépouillé, simple, mais efficace. C’était un premier concert en six ans pour l’auteur-compositeur-interprète émérite Philippe B, qui vient tout juste de sortir son sixième album Nouvelle administration. Alors, à quoi pouvait-on s’attendre de ce grand retour? C’est ce que l’artiste a lui-même exploré de manière humoristique sur scène entre ses chansons. Allait-il revenir avec un projet techno? Un album instrumental au piano? Que pouvait-il bien faire pendant six ans? Finalement, nous l’avions sous les yeux: on se rend bien vite à l’évidence que le nouveau Philippe B est le même que le vieux, mais avec plus d’années et un enfant sous son aile. Alors « l’artiste préféré de ton artiste préféré » débute la performance avec la chanson titre de son nouvel album, et s’ensuit près de quatre-vingt-dix minutes de moments ravissants, touchants et bouleversants. On le savait déjà, mais voir les textes à tout raser de Philippe B prendre vie devant nos yeux leur accorde le double du poids, même si la livraison est des plus humbles. Avec deux musiciennes et choristes à la basse et aux claviers/synthétiseurs, tous les éléments nécessaires à la magie sont présents, et on a même droit à des surprises, comme un jam (« ou boeuf, comme ils disent en France », dit Philippe B) pour la chanson California Girl. Spectacle frappant, spectacle rare, spectacle mesuré.

Théo Reinhardt

Lujipeka enflamme le Club Soda

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Cette année, la programmation des Francos propose un bon nombre de rappeurs français et Lucas Taupin, plus connu sous le nom de Lujipeka, est assurément le plus captivant du groupe. Lors du premier samedi de l’édition 2023 du festival, l’ancien membre de Columbine, le collectif Rennais dorénavant inactif qui a connu son lot de son succès de 2014 à 2019, a offert une prestation impeccable au Club Soda. « Luji » a su transporter le public au sein de son univers déjanté et de ses différentes énergies, passant de sons très chargés teintés de pop à d’autres plus légers et introspectifs. Sur scène, l’artiste de 27 ans se démarque grâce à son énergie contagieuse, ses paroles atypiques et son excellente technique.

Le rappeur a débuté en force en interprétant son morceau Éclipse. Alors que le public avait les yeux rivés sur la scène et attendait son entrée, il a eu la grande surprise de voir qu’il débutait sa prestation directement dans la foule. Depuis son départ de Columbine il y a près de quatre ans, Lujipeka a déjà fait paraître trois EPs et son album Montagnes Russes. Il a connu une ascension fulgurante au cours de la dernière année. 

Tout au long de la soirée, le Rennais a proposé un heureux mélange de titres tirés de ses projets solos et les plus grands succès de Columbine tels que Pierre, feuille, papier, ciseaux et Chambre 112, au grand plaisir des gens amassés au Club Soda. Afin d’interpréter leur collaboration Victor Osimhen, la vedette a accueilli sur scène son confrère BEN plg qui venait tout juste de se produire sur la Scène Desjardins dans le cadre des Francos. Lujipeka a conclu sa superbe soirée avec Pas à ma place, son morceau solo le plus populaire à ce jour. Tout au long, la foule a chantonné les paroles du rappeur français, et il est évident que sa musique, autant en tant que membre de Columbine qu’en solo, a su traverser l’Atlantique et charmer le Québec! 

Jacob Langlois-Pelletier

Gab Bouchard transporte la scène Hydro-Québec

À 23h30, c’est l’invité surprise Gab Bouchard qui est attendu par une immense foule de jeunes exaltés. Une prestance scénique, une voix puissante, des musiciens impressionnants, tout était au rendez-vous pour le concert de Grafignes, l’album récent de cet auteur-compositeur-interprète. Les moments doux et lourds s’alternent, l’album étant maintenant bien connu, la foule chante les chansons, et les musiciens se font plaisir à eux et à ceux qui les regardent en s’emportant par voie de leurs instruments. S’il y a un bémol à ce spectacle, c’est bien les niveaux débalancés du son. Trop de basse pour peu de claviers, une guitare lead qu’il fallait chanter pour se la faire entendre, et une voix souvent difficile à distinguer. Mais bon, peut-être ne faut-il pas y être en tant que musicien pointilleux… c’est la joie des festivals, après tout! Les chansons ont été jouées, les ondes sonores envoyées, reçues, et converties en chaleur. Lumineux et revigorant.

Théo Reinhardt

Isabelle Boulay: ne plus rien se refuser

Lorsqu’elle a complété son cycle de chanson consacré à Alain Bashung, Isabelle Boulay s’est enquise à ses fans: “M’aimez vous encore” ? 

C’est dire l’inquiétude légitime de la chanteuse populaire face à ce changement à son répertoire. Ça passe ou ça casse ? 

Entre Luc Plamondon et Jean Fauque, entre Daniel DeShaime et  Alain Bashung, il y a effectivement plus qu’un océan. La distance culturelle est beaucoup plus considérable entre Paris et Montréal qu’entre Bâton Rouge et Matane. Il y avait là pour la chanteuse populaire le risque de créer un schisme malencontreux. Petit risque, somme toute. Car Isabelle Boulay a donné samedi soir le meilleur récital qu’il m’ait été donné d’observer depuis son émergence il y a plus de 3 décennies.

Au Théâtre Maisonneuve, on a certes vu une part de la foule un tantinet perplexe, mais on a vu une autre part de la foule ravie, expressive. Le public d’Isabelle Boulay est plus composite que jamais il ne l’a été: celui de la première ligne, celui qui a aimé la chanteuse de variétés, férue de chanson keb, de country keb, de chanson cajun et autres variantes de l’americana francophone. Samedi soir, on avait affaire à un accompagnement d’exception, plus rock en certains moments, plus compétent sur toute la ligne – Philippe Turcotte (claviers et direction), Olivier Laroche (guitare), Alex Kirouac (batterie), Frédéric Beauséjour (basse et contrebasse), et un gros merci à Jocelyn Tellier (guitares), que l’on peut qualifier de musicien central au sein de cette formation.

Lors d’une séance en studio, je me souviens avoir conversé sur ce paradoxe avec un des principaux réalisateurs de ses albums, nul autre que Benjamin Biolay. Ensemble, nous déplorions discrètement qu’Isabelle n’exprime l’étendue réelle de ses goûts à travers son répertoire. 

Encore aujourd’hui, Isabelle Boulay n’a rien renié de ce qu’elle a accompli une vie durant. Côté Bashung, elle s’est approprié la portion la plus américaine de son répertoire, sauf La nuit je mens, une des plus belles du répertoire bashungien (sinon la plus belle) qu’elle a enrobé d’une réelle américanité. 

En somme, elle assume pleinement son parcours dont la France occupe une part congrue, et ça ne fait certes pas de tort à l’isolationnisme culturel keb franco, dominant et déplorable depuis un demi-siècle. Au tournant de la cinquantaine, Isabelle Boulay a décidé de ne plus rien se refuser et ainsi bonifier une offre chansonnière témoignant de la pleine assomption de ses goûts. Celles et ceux qui s’en plaindront sont d’ores et déjà remplacés par de nouveaux arrivants, contribuant à ce lustre inhérent aux grands interprètes de la chanson francophone.

Alain Brunet

UN 9 JUIN AUX FRANCOS: ÉMILE BOURGAULT, LES CHATONS, BLESSE

par Théo Reinhardt

PAN M 360 se pointe dans les recoins des Francos, et s’affaire à témoigner de concerts évidents ou moins évidents pour le public francophile. Suivez notre couverture !

Émile Bourgault – 18h

L’auteur-compositeur-interprète qui a remporté il y a quelques mois le concours Ma première Place des Arts a foulé la scène Hydro-Québec et a rapidement fait entrer la foule dans son univers. Une aisance scénique, un charisme, une sauce indie-pop et rock accrocheuse qui se prête parfois même au country, combinée à des textes subtils qu’on devine sombres, cela accorde un caractère magnétique au jeune artiste. La courte prestation s’est terminée sur une note rassembleuse, alors que, tout juste avant la pluie, un dernier refrain de vocables a fait chanter le public le temps de quelques mesures jouissives.

Les Chatons – 18h30

Suite à Émile Bourgault, Les Chatons, lauréats du même concours dans la catégorie groupe,  ont présenté la lourdeur de leur son. Débarqués nonchalamment sur scène, tous vêtus de noir avec un petit châle sur lequel on pouvait voir un visage de chat dessiné, les quatre musiciens ont vite su hérisser leur poil et montrer leur crocs: du métal rapide, virevoltant, et agréablement accessible venait bousculer les tympans de la foule, alors que le chanteur déclamait habilement des paroles absurdes et humoristiques. Leur énergie était assez contagieuse pour faire tomber la pluie… mais ces chatons n’ont pas peur de l’eau. L’heureuse surprise de la performance était une reprise de Mentir de Marie-Mai, version encore plus métallique. Un choix judicieux qui mêlait parfaitement les conditions. Ces chatons sont définitivement à surveiller.

Blesse – 22h

Les trois garçons de Blesse semblaient fébriles, mais décontractés en arrivant sur la scène Sirius XM. L’air était frais, mais la pop-rock bruyante et triturée du groupe qui fêtait sa première année d’existence a su réchauffer le public, qui était garni à en surprendre agréablement. Il est clair que plusieurs personnes attendaient depuis longtemps de voir ces garçons jouer sur scène. Entre leurs chansons, Blesse en profitait pour s’assumer, pour communiquer qu’ils étaient un nouveau groupe et qu’ils laissaient derrière eux l’histoire cahoteuse de leur précédent. C’était un beau moment, et on voyait que plus le spectacle avançait, plus le trio se déchaînait sur scène. L’autrice-compositrice-interprète Sophia Bel a partagé l’espace le temps de l’énergique Creusercreuser, et une interlude pour chanter les 26 ans de Charles-Antoine Olivier est venue attendrir l’atmosphère. Un bel anniversaire pour ce groupe, et un spectacle qui démarre l’été du bon pied pour ces trois amis qui sont certainement là pour rester.

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