Près de trois ans après sa  plus récente sortie, le collectif de rap-jazz montréalais Original Gros Bonnet est plus prêt que jamais à dévoiler le fruit de ses nouvelles créations. Pour l’occasion, le septuor conclura l’ère Tous les jours printemps et en amorcera une nouvelle, ce samedi 17 juin à 20h, sur la Scène Desjardins des Francos. 

PAM M 360 a eu l’occasion d’en discuter avec François Marceau alias Franky Fade et Vincent Favreau, afin d’en savoir davantage sur les projets futurs d’OGB, leur processus créatif, son passage au festival et plus encore.

Formation gagnante du concours-vitrine Les Francouvertes en 2019, Original Gros Bonnet est formé de Louis René, Vincent B. Boulianne, John Henry Angrignon Atkins, Samuel Brais-Germain (réalisation, habillage sonore), Franky Fade, Vincent Favreau et Arnaud Castonguay. En août 2020, les sept hommes avaient fait paraître leur excellent Tous les jours printemps, un projet qui avait grandement attiré l’attention des amateurs de hip-hop québécois. D’entrée de jeu, le band se démarque grâce à une identité sonore singulière et des textes soignés. Encore aujourd’hui, il est difficile de retrouver une proposition similaire d’une aussi grande qualité que celle du septuor au Québec. 

Au cours des trois dernières années, les hommes ont mis la main à la pâte afin de concocter ce qui est selon eux, leur « meilleur matériel à ce jour ». Ainsi soyez-en rassuré, Original Gros Bonnet est toujours en vie et se prépare à nous faire vibrer de nouveau! 

PAN M 360 : Votre dernière sortie remonte à 2020 avec votre projet Tous les jours printemps. Comment s’est porté Original Gros Bonnet au cours des trois dernières années? 

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : À l’été 2021, nous avons recommencé à faire de la musique et nous n’avons pas arrêté depuis. Nous étions à la recherche de nouveaux sons et nous avons créé beaucoup de morceaux. Les dernières années ont vraiment été une phase de développement pour nous. Maintenant, on se retrouve avec énormément de matériel et on se prépare pour en sortir prochainement. On a aussi fait plusieurs shows ensemble. On a toujours essayé de se faire une à deux rencontres par semaine tous ensemble pour créer ensemble. En bref, on n’a pas vraiment pris de pause!

PAN M 360 : À quoi ressemble votre nouveau son? Est-ce dans la même lignée que votre premier album?

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : Clairement, la signature sonore d’Original Gros Bonnet va être au rendez-vous. On a toujours flotté dans le hip-hop, que ce soit boom-bap ou le trap, donc c’est certain que ça va continuer de se manifester dans notre musique. On ne se met pas de limite et on aime explorer différentes avenues. On aime autant le jazz que le rock progressif. On l’entendait d’ailleurs dans Tous les jours printemps, certains morceaux cognaient tandis que d’autres étaient plus soft. Au cours des trois dernières années, on s’est vraiment lâché lousse et on a laissé notre créativité s’exprimer. Il y a une maturité qui s’entend dans ce projet-là et c’est quand même dark. On a vraiment envie de faire découvrir ça à notre public. C’est vraiment les meilleurs tracks qu’on a faites à ce jour. On aurait pu faire plus vite, mais on ne serait jamais arrivé au résultat qu’on a aujourd’hui.

PAN M 360 : Votre processus créatif a-t-il changé avec le temps? Ça ne doit pas toujours être évident de créer à sept. 

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : Au fil des années, on s’est rendu compte qu’on ne peut pas toujours être sept à composer en même temps. Ainsi, on a appris à se faire confiance les uns les autres. Souvent, un de nous apporte une chanson qui est presque aboutie et on la monte en band. Quand on crée, chaque personne apporte son grain de sel aux chansons. C’est certain que ça rend le processus plus long parce qu’il y a beaucoup d’échanges entre nous et de petits changements qui mènent un jour à un titre abouti. D’un autre côté, nous croyons que le son final est très intéressant et propose quelque chose de nouveau. Maintenant, notre workflow fonctionne super bien. Avant, pas mal tout notre matériel se retrouvait dans nos projets, même si certains titres ne faisaient pas la cote. Pour le prochain projet, on a tellement créé que seulement le tiers s’y retrouve. On s’est vraiment entraînés à créer. La créativité c’est un peu comme un muscle et il faut la pratiquer.

PAN M 360 : Vous serez en spectacle aux Francos ce samedi 17 juin. Que représente cette soirée pour vous?

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : On voit un peu ce spectacle comme une rédemption. Lorsque la pandémie a débuté, il y a eu un gros trou dans notre calendrier. L’année d’avant, on avait remporté plusieurs prix et fait plein de festivals comme les Francos. Tout allait bien et puis du jour au lendemain, on n’avait plus rien de tout ça. De rejouer au Francos, ça représente une énorme vitrine pour nous  remettre sur la carte en quelque sorte. On veut donner un spectacle débordant d’énergie pour montrer qu’Original Gros Bonnet est là. On est convaincu qu’on donne un des meilleurs shows au Québec en ce moment et qu’on a quelque chose de spécial. Ce show, c’est un peu la fin d’une ère et le début d’une autre. Dans nos têtes, c’est le dernier spectacle de Tous les jours printemps. Après ça, on va monter un nouveau set. C’est parfait de terminer ça à la maison. Notre plus gros show à vie était les Francos en 2019, donc on a vraiment hâte d’être de retour. 

PAN M 360 : Avez-vous l’impression que la pandémie a freiné votre progression? 

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : En quelque sorte oui. On ne va pas se mentir, notre deuxième album est un peu passé dans le beurre. On avait investi énormément de temps dans la création de Tous les jours printemps, et c’est certain que c’était décourageant. Malgré tout, on a gardé la tête haute et on s’est concentré sur nos santés mentales respectives. C’était important pour préserver la santé de notre band. Pendant la pandémie, on s’est quand même assuré de se faire des sessions de créations via Zoom. On s’est serré les coudes et on a cru en la valeur de notre projet. On a continué de travailler fort et on s’est vraiment amélioré. 

PAN M 360 : Croyez-vous qu’être en groupe vous a permis de mieux passer à travers de la pandémie?

FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : C’est certain que d’être un septuor a compliqué les choses, car on ne pouvait pas se voir en groupe. Ainsi, c’est dur de progresser et d’aller de l’avant. Comme on a dit, on s’est organisé du mieux qu’on pouvait pour créer à distance. On se considère comme un band de performance live, et à ce niveau-là c’était dur, car il n’y avait plus aucun spectacle. Aussi, c’était difficile de sortir de la musique en groupe en comparaison aux artistes solos. Si on voit ça autrement, de savoir qu’on allait tous se retrouver après la pandémie nous a permis de garder espoir. Avant tout, on est un groupe d’amis très proches et on s’est soutenu les uns et les autres. 

PAN M 360 : Vous êtes en lice pour le Prix Félix-Leclerc cette année. Qu’est-ce que cette nomination signifie pour vous?


FRANKY FADE & VINCENT FAVREAU : Ça fait fucking du bien. C’est quand même un grand honneur d’être dans les finalistes, et ce peu importe si on gagne ou pas. Nous respectons énormément les autres artistes qui sont en lice pour le prix. Cette nomination confirme un peu que notre projet en vaut la peine malgré cette espèce de creux qu’on a vécue avec la pandémie. C’est une méchante tape dans le dos et ça nous motive énormément à sortir de nouvelles chansons. On vit dans un contexte musical de consommation ultra rapide et c’est incroyable de voir le nom de notre collectif dans la liste des nommés, trois ans après notre dernière sortie. Pour les gens, trois ans c’est une éternité et c’est fou que Original Gros Bonnet soit considéré pour un tel prix. On en est extrêmement reconnaissant.

DANS LE CADRE DES FRANCOS, ORIGINAL GROS BONNET SE PRODUIT SUR LA SCÈNE DESJARDINS, 20H, LE SAMEDI 17 JUIN

Récipiendaire d’un Prix Juno 2023, le pianiste virtuose canadien Philip Chiu se produira samedi aux côtés du Quatuor Isidore, ensemble récemment lauréat de l’édition 2022 du Concours  international de quatuor à cordes de Banff dont le collègue Frédéric Cardin a pu discuter avec Devon Moore, l’altiste du groupe. En marge de ce concert intitulé Premier Prix, PAN M 360 s’est entretenu avec Philip Chiu au sujet de ce concert placé sous le signe des rencontres et du plaisir de jouer ensemble.

PAN M 360 : C’est la première fois que vous allez jouer avec le Quatuor Isidore. Qui a eu l’idée de cette collaboration et aviez vous avant de les rencontrer suivi leurs performances à Banff?  

Philip Chiu : Effectivement ça va être la première fois et c’est Denis Brott qui nous a jumelés ensemble. J’ai bien sûr écouté leurs épreuves durant le concours de Banff et déjà j’étais frappé par leurs sensibilités, par cette communication entre eux qui est vraiment naturelle. C’est ça que j’ai aimé: ce n’était pas juste une exécution d’une très grande qualité, c’était vraiment comme une conversation entre des amis. Je suis vraiment impressionné. J’ai vraiment hâte et je me sens vraiment privilégié de jouer avec eux.

PAN M 360 : Vous allez interpréter avec eux une œuvre emblématique du répertoire français de la musique de chambre, soit Quintette pour cordes et piano en fa mineur de César Franck. Pourquoi avoir choisi cette œuvre et quelles en sont ces caractéristiques?

Philip Chiu : C’est une très bonne question. Malheureusement, ce n’est pas moi qui l’ai choisie (rires). C’est Denis qui nous l’a suggérée pour le programme. Cependant, je peux dire que c’est la première fois que je vais interpréter cette pièce, malgré le fait que j’ai fait pas mal de pièces du répertoire standard de répertoire de chambre. Je découvre vraiment cette œuvre. C’est une œuvre incroyable ! Franck était un compositeur reconnu comme organiste et symphoniste et donc il y a cette sensibilité dans son écriture avec un son qui est plus imposant que seulement l’emploi des cordes et du piano. C’est ce qu’il dessine dans les trois mouvements de cette œuvre. 

PAN M 360 : Y-a t’il des défis ou des particularités que vous envisagez dans cette pièce? 

Philip Chiu : La musique de Franck est très romantique. C’est une musique où il y beaucoup d’éléments contrastants dans la structure. C’est vraiment un tourbillon d’émotions, alors pour garder l’attention et l’engagement du public, il faut donner aux auditeurs assez d’éléments bien définis pour qu’ils ne soient pas happés dans tout ce flou mélodique et dans cette texture très dense et d’une grande intensité.

PAN M 360 : Cela fait quelques années que vous exercez en tant qu’interprète concertiste et que vous collaborez avec beaucoup d’autres musiciens. C’est quelque chose qui vous tient à cœur. Qu’est-ce que ces collaborations vous apportent en tant que musicien?  

Philip Chiu : C’est toujours un privilège pour moi d’apprendre des choses d’autres collègues, de voir des éléments à travers leur perspective, d’entrer dans des conversations musicales avec les autres. C’est ce qui me permet de grandir, de faire vivre mon imagination, les idées musicales, explorer une manière différente de voir des choses comme une phrase, une mélodie. C’est ça que j’ai vraiment hâte de découvrir avec le Quatuor Isidore, parce que, et c’est le cas de plus en plus avec cette nouvelle génération de musiciens, ils n’agissent pas comme si c’était uniquement compétitif. Ce n’est pas du tout ça le but. On est vraiment ici pour créer quelque chose de beau ensemble, pour partager des choses. Oui, les concours c’est important d’en avoir parce que ça nous donne des objectifs et ça nous motive, mais je n’ai jamais cru en la musique comme quelque chose de compétitif et j’ai toujours cherché à éviter cette idée de : « Moi contre les autres; toi contre moi, et que la deuxième personne est un perdant. » La beauté de ces collaborations c’est vraiment de dire: « Nous sommes ici ensemble pour créer, ressentir cette résonance, cette communication, pour créer quelque chose de beau pour nous et pour les autres. »

PAN M 360 : C’est effectivement un discours qui revient chez beaucoup d’interprètes et de jeunes interprètes de nouvelles générations et qui résonne, à juste titre, très bien. C’est certainement beaucoup plus gratifiant et pertinent pour l’avancement personnel et professionnel d’agir de cette manière plutôt que d’être en compétition constante.

Philip Chiu : Exactement. Il y a aussi dans cette idée, le fait de dire, « nous ne sommes pas que des athlètes d’élite qui vivent dans leur propre monde. » C’est aussi une façon de rendre cet art, la musique classique, présente dans le quotidien.

PAN M 360 : Merci beaucoup et bon concert! 

Philip Chiu : Merci!

Slash Need est un groupe chaotique et expérimental de dark techno/post-hardcore originaire de Toronto. Leur musique est tendue et laisse l’impression qu’une machette s’attaque à des parties de votre corps physique et mental. Il y a de la douleur, de la résistance et de la joie sombre à travers une performance live qui ressemble à la fois à un exorcisme et à une subjugation. Le dernier single du groupe est une reprise de The Money Will Roll Right In de Fang et ils espèrent sortir un LP ou un EP bientôt. Nous avons discuté rapidement avec Dusty Lee et Alex Low avant leur performance avec Crasher et Laura Krieg dans le cadre de Suoni Per Il Popolo.

PAN M 360 : Pour notre lectorat qui ne vous connait pas, comment s’est formé Slash Need et qui en sont les membres ?

Dusty Lee : Slash Need s’est formé à l’époque où Alex et moi aidions à gérer une salle de concert à Toronto appelée Double Double Land. Nous vivions, travaillions et passions tout notre temps là-bas. Actuellement, le groupe se compose de nous deux (Dusty Lee et Alex Low). Cela dit, nous avons une liste régulière d’artistes avec lesquels nous collaborons et qui dansent avec nous, comme Camille Jodoin-Eng et Tago Mago. Nous les considérons également comme des membres du groupe. Comme Prodigy.

PAN M 360 : Comment se passe l’écriture des chansons au sein de Slash Need ?

Dusty Lee : Nous travaillons séparément sur des idées et nous nous réunissons pour construire quelque chose qui existe entre nous sur le plan sonore.

Alex Low : Même si j’appuie physiquement sur la plupart des boutons en concert, nous écrivons tout ensemble.

Slash Need // Kirk Lisag

PAN M 360 : Les paroles sont-elles le fruit d’une prise de conscience ?

Dusty Lee : Parfois. Parfois, ce sont des poèmes, parfois ils arrivent direct, parfois ils prennent des semaines.

PAN M 360 : D’où vient l’idée de transformer la reprise de The Money Will Roll Right In en un banger techno sombre ? Je me souviens de la reprise de Nirvana.

Dusty Lee : Fang m’a fait entendre la chanson originale il y a quelques années et j’en suis devenu un peu obsédée. La reprise de Nirvana est cool aussi. Idem pour celle de Metallica. Que la simplicité de cette chanson soit à l’origine de son intemporalité est une source d’inspiration. Elle a été refaite dans tellement de versions différentes que nous avons pensé nous y essayer aussi. C’est la première chose sur laquelle nous avons travaillé lorsque nous nous sommes retrouvés après avoir été séparés au plus fort de la pandémie. Nous l’avons réalisé en une nuit.

PAN M 360 : Il y a cette étrange dichotomie dans la musique avec ce style vocal techno-électro et presque post-hardcore. Est-ce arrivé comme ça ?

Dusty Lee : Fuck non. Nous avons commencé comme un groupe de drone noise. Puis on a commencé à faire de la musique un peu influencée par l’électro-dance et la house ? Je pense que ce n’est que lorsque nous avons écrit Leather et que nous avons commencé à tirer le fil des idées écrites dans cette chanson que nous nous sommes vraiment trouvés. Je jouais beaucoup de X-Ray Spex, Maria Minerva, Lucrecia Dalt, The Mo-dettes, Geneva Jacuzzi, Judy Nylon à l’époque. J’écoutais aussi beaucoup de Deli Girls et j’ai été très inspirée par elles. Je me suis demandé comment je pouvais faire ça et j’ai trouvé ma propre façon de le faire.

Slash Need Live // Philip Monahan

PAN M 360 : J’ai l’impression que cette musique mériterait d’être jouée dans des lieux non conventionnels, comme une piscine abandonnée ou quelque chose comme ça. Avez-vous joué dans d’autres lieux DIY ?

Slash Need : Nous avons presque exclusivement joué dans des salles de bricolage et des concerts pendant la majeure partie du temps que nous avons passé ensemble, jusqu’à récemment. Nous n’avons pas encore joué dans une piscine abandonnée, mais nous sommes ouverts à cette idée.

PAN M 360 : Avez-vous des projets musicaux pour l’avenir, un EP ou un LP ?

Slash Need : Nous avons travaillé sur un LP, mais ce sera peut-être un EP pour pouvoir le sortir plus rapidement et passer à autre chose.

Slash Need joue aux Suoni Per Il Popolo le samedi 17 juin / avec Crasher, and Laura Krieg BILLETS ICI

Depuis 1995, le Festival de musique de chambre de Montréal présente une série de programmes en juin fin mélange de répertoire classique et jazz. Le violoncelliste Denis Brott en est l’instigateur et en assume toujours la direction artistique. Le FMCM se conclut dimanche par un concert qui met en lumière la relation du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski avec sa mécène Nadezhda von Meck. 

Le concert sera assorti d’une expérience inédite à la Maison symphonique: les musiciens et le public seront réunis sur la scène, le programme sera assorti d’une performance théâtrale, le compositeur et la muse étant incarnés par des acteurs, soit Jean Marchand et Anne-Julie Proulx. Joint par PAN M 360, Denis Brott nous explique les tenants et aboutissants de ce concert de clôture.

PAN M 360 : Ainsi donc, nous entrons dans la vie privée du fameux compositeur russe.

DENIS BROTT : Tchaïkovski a eu une vie tourmentée, en tout cas inhabituelle pour son époque. Oui, il était homosexuel, il était évidemment discriminé, et il s’est marié même si ce n’était pas ce qu’il voulait. 

PAN M 360 : Vous avez voulu en rendre compte à travers ce programme?

DENIS BROTT :  Avec l’aide de Michèle Marchand, on a sélectionné il y avait 2 000 lettres échangées entre Tchaïkovski et Nadezhda von Meck. Elle était une femme très riche, la veuve d’un magnat  des chemins de fer. L’argent n’était pas un problème pour elle. Elle adorait la musique. Elle a entendu la musique de Tchaïkovski, elle est tombée amoureuse. Pendant 12 ans, elle l’a supporté financièrement à 100 %. Elle lui a permis de quitter son poste au Conservatoire de Moscou et elle a entièrement financé sa carrière. Ils ont échangé plus que 2 000 lettres, plusieurs lettres intimes et je dirais même des lettres d’amour. Étant donné que Tchaïkovski était gay, ils ne se sont jamais rencontrés.

PAN M 360 : Ce fut une relation platonique, dirait-on.

DENIS BROTT : Platonique, oui. Ils ont communiqué intensément et il y avait une sorte de relation de codépendance. Et  c’est très inhabituel que cette relation ait duré si longtemps dans le contexte de cette époque. Et il y a des éléments tragiques là-dedans : quelques mois après le décès de Tchaïkovski (certains pensent qu’il se serait suicidé), Madame Von Meck est morte.

PAN M 360: Quant au choix des œuvres ?

DENIS BROTT :  J’ai programmé deux grandes œuvres. D’abord en première partie le Trio pour violon, violoncelle et piano, qui est un chef-d’œuvre malgré le fait que Tchaïkovsky ait déjà considéré que ces trois instruments constituaient une mauvaise combinaison.

En deuxième partie, nous jouons Le Souvenir de Florence, qui est un sextuor que j’ai arrangé pour 17 cordes incluant la contrebasse. Ce sera donc une première dans cette version. 

Entre les mouvements, on a Jean Marchand, qui va jouer le rôle de Piotr Ilić Tchaïkovski et Anne-Julie Proulx qui campera celui de Nadezhda von Meck. Le script est vraiment émouvant : écouter le contenu de ces lettres et ensuite écouter la musique, cela produit une symbiose tout à fait étonnante.

PAN M 360 : Et c’est donc vous qui avez écrit cette adaptation  du sextuor pour 17 cordes.

DENIS BROTT : Exactement. C’est la première fois de ma vie, en fait. On va voir si ça réussit ou pas, mais on doit prendre des risques dans la vie. Il faut être aventureux !

PAN M 360 : Avez-vous eu le soutien d’autres professionnels pour y parvenir?

DENIS BROTT : Non, mais j’ai montré mon travail à des collègues musiciens que je respecte, afin d’avoir leur opinion. Je dois dire que chaque personne qui a regardé la partition s’est montrée très enthousiaste. 

PAN M 360 : Pour la clôture du FMCM, donc on se déplace de la Salle Bourgie vers la Maison symphonique.

DENIS BROTT : On pourrait se dire que ce n’est pas un espace pour la musique de chambre, qui requiert un espace plus intime. Mais ce que j’ai décidé de faire, je crois c’est la première fois à la Maison symphonique, c’est de disposer les musiciens sur scène dos aux sièges de la salle et on va mettre le public sur la scène, face aux musiciens et aussi dans les sièges des chœurs. Et donc ça fait une capacité d’accueil de 360 personnes. En quelque sorte, c’est un salon dans une salle.

PAN M 360 : On a vu un tel concept au Théâtre Maisonneuve pendant la Virée classique de l’OSM, mais pas à la Maison symphonique.

DENIS BROTT : Ça n’a jamais été fait, et je le fais parce que l’acoustique de cette salle est parmi les meilleures. C’est juste pour l’intimité de la musique de chambre, cet espace est trop grand. Et il n’y a pas vraiment de salle de musique de chambre avec une bonne acoustique à la Place des Arts.

PAN M 360 : Mais pourquoi alors ne pas présenter ce programme dans une salle propice à la musique de chambre, comme la Salle Bourgie?

DENIS BROTT : Parce que je voulais faire une expérience. Après 28 ans de programmation du festival, je cherche toujours à mener des nouvelles expériences, que ça soit dans le contenu musical pour les interprètes autant que dans la façon de le présenter au public. Et la Place des Arts est très connue du grand public ! 

PAN M 360 : Et donc la Maison symphonique était la seule salle de de la PdA avec une acoustique appropriée à la musique sans amplification.

DENIS BROTT : Oui. On a besoin d’ un écho qui dure plus d’une seconde, soit 1.5 ou 1.6 secondes pour obtenir la résonance nécessaire. On a ça à la Maison symphonique et on ne l’a pas ailleurs à la PdA. Anyway, on va essayer, et je crois que pour le public, ça sera une véritable expérience immersive; les spectateurs seront très proches des interprètes et aussi, ils pourront entendre une histoire qui n’a jamais été racontée !

PAN M 360 : C’est vrai que cette correspondance épistolaire entre Tchaïkovski et sa mécène, on la connaît peu ou pas du tout.

DENIS BROTT : Exact. Cette relation amoureuse et non physique est un fait intéressant à relater artistiquement.

PAN M 360 : Alors il y aura 17 musiciens sur scène et deux acteurs pour nous faire vivre cette expérience.

DENIS BROTT : Plus précisément, 8 violons, 4 altos, 4 violoncelles et une contrebasse. 

PAN M 360 : Il faut toujours essayer de nouvelles choses.

DENIS BROTT :  Même à mon âge ! J’ai la chance d’être encore éveillé et enrichi par tout ce que je découvre dans la musique. C’est passionnant. Et la nécessité de se maintenir en forme en jouant un instrument, c’est très physiologique, je dirais même athlétique.

PAN M 360 : Pourquoi s’arrêter de faire ce qu’on aime? Il n’y a aucune raison de s’arrêter.

DENIS BROTT : C’est la même chose dans n’importe quel métier, je crois. Si on n’aime pas ce qu’on fait, c’est du travail. Si on aime ce qu’on fait, ce n’est pas du travail. 

LE CONCERT DE CLÔTURE DU FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE MONTRÉAL SE TERMINE CE DIMANCHE, 15H30, À LA MAISON SYMPHONIQUE . BILLETS ICI

Oliver Jones n’en est certes pas à son premier hommage, on se souvient d’un ultime concert donné à la Maison symphonique en 2016, dans le cadre du FIJM. Ultime ? Puisque notre pianiste a au moins sept vies, il sera de nouveau mis en lumière pour l’ensemble de son œuvre, ce vendredi à la Salle Bourgie. Successeur historique de son voisin, un certain Oscar Peterson dont la sœur Daisy (Peterson-Sweeney) fut sa professeure, le musicien de 88 ans sera de nouveau honoré par le Festival de musique de chambre de Montréal (FMCM) et son directeur artistique, le violoncelliste Denis Brott.

Très ami avec notre Oliver national, Denis Brott a tenu à présenter cet hommage en réunissant un plateau d’artistes proches du fameux jazzman : les pianistes Robi Botos, Taurey Butler et Lorraine Desmarais, les contrebassistes Éric Lagacé et Michel Donato, les batteurs Jim Doxas et Dave Laing, la chanteuse Ranee Lee. Denis Brott indique d’ailleurs que Celine Peterson, fille du grand Oscar, sera présente au concert hommage, avant lequel l’occasion est belle et rare de converser avec Oliver Jones, soit chez lui en visio-conférence.

PAN M 360 : C’est super cet hommage, qui résulte aussi de votre collaboration avec Denis Brott en tant que conseiller au volet jazz du Festival de musique de chambre de Montréal.

OLIVER JONES : Denis et son (défunt) frère Boris m’ont toujours appuyé. Je suis très fier de tous les programmes que j’ai faits avec lui. J’ai joué et j’ai développé une relation avec ce festival.

PAN M 360 : Assistez-vous encore aux concerts.

OLIVER JONES : Avec la covid, je n’ai pas eu la chance d’y retourner au cours des 3 dernières années, mais j’y serai vendredi à la première rangée !  Avant quoi j’étais beaucoup sur la route, comme toujours au cours de ma carrière. Alors je suis très fier de cet hommage. C’est vraiment Denis qui y a pensé, et ça s’ajoute à plusieurs récompenses qui m’ont été attribuées. Je suis très chanceux. Mais rendu à mon âge, soit près de 90 ans (89 dans deux mois), évidemment je ne peux me démener comme avant.

PAN M 360 : Il y une belle sélection de pianistes : Taurey Butler, Lorraine Desmarais, Robi Botos, ce n’est pas rien!

OLIVER JONES : Il faut dire que Robi Botos fut le dernier élève d’Oscar Peterson.

PAN M 360 : Il y a tellement d’excellents pianistes aujourd’hui.

OLIVER JONES :  Aujourd’hui, c’est toujours spécial de découvrir des jeunes pianistes si talentueux. À leur âge, étais-je aussi éduqué musicalement ?  Je pense que non. Dans mon temps, il y en avait trois ou quatre capables de jouer à un tel niveau. Aujourd’hui, on a au moins une vingtaine de jeunes d’excellent niveau, seulement au Canada !

PAN M 360 : Dans les années 40, 50 et 60, il y en avait une dizaine dans le monde – Oscar Peterson, Ahmad Jamal, Hank Jones, etc. –  alors qu’aujourd’hui, il y en a des centaines d’excellents. 

OLIVER JONES : Aujourd’hui ce n’est plus possible de compter ! Je crois que nous sommes très chanceux de pouvoir découvrir tant d’artistes de talent et poursuivre la lignée. On voit d’excellents musiciens de jazz dans tous les pays du monde. Tu débarques dans un pays que tu ne connais pas, et tu as tôt fait de découvrir d’excellents musiciens, aussi bons que toi-même. Par exemple, je me souviens être débarqué en Suisse et réaliser qu’il n’y avait qu’un ou deux instrumentistes de mon niveau. Ce n’est plus le cas maintenant. Je suis très fier d’avoir contribué à intéresser autant de jeunes musiciens si talentueux. À Montréal, nous pouvons compter sur de très bons pianistes, dont au moins trois femmes de haut niveau.

PAN M 360 : L’évolution de la forme a conduit à cela.

OLIVER JONES : It’s amazing! À bien des égards, le jazz a atteint un niveau d’excellence jusque-là inégalé. C’est merveilleux pour moi de les entendre. Et il en est de même pour les musiciens du monde entier. Ils apportent quelque chose de spécial de leur propre pays. Les latinos, par exemple, ont contribué formidablement à l’évolution du jazz, et ce à leur manière. Le latin jazz est devenu une forme en soi. Lorsque j’ai travaillé à Puerto Rico pendant de nombreuses années, j’ai été sensibilisé à ces formes latines. Lorsque je suis rentré à Montréal en 1980 ce style avait déjà pris son envol!

PAN M 360 : La formation est fondamentale dans cette évolution. Vous avez vous-même reçu les précieux enseignements de Daisy Peterson-Sweeney.

OLIVER JONES : Oui, elle m’a aidé formidablement dans ma formation. Son frère Oscar était souvent dans les parages lorsqu’elle enseignait à ses étudiants. Tous les enfants qui étudiaient avec elle demandaient à Oscar ce qu’il jouerait à son prochain concert. Il répondait invariablement : écoutez et vous saurez ! Il ne voulait jamais révéler quoi que ce soit de son répertoire à venir. Quel pianiste !

PAN M 360 : Dans la lignée du grand Art Tatum, il est assurément le meilleur.

OLIVER JONES :  Oh que oui! Il n’y a aucun doute.

PAN M 360 : Vous êtes aussi issu de cette lignée dont le musicien fondateur est Art Tatum.

OLIVER JONES : La même approche, le même appel. Mais il fallait effectuer un passage par la suite, c’est-à-dire ne pas simplement reproduire ce qu’il avait conçu et trouver des choses différentes sur cette base et cet esprit musical. J’ose croire avoir trouvé ma propre voix à partir de ces enseignements, de manière à relayer mon message au public. Lorsque j’étais jeune et que je me trouvais à jouer à Broadway, New York, plusieurs fans de musique connaissaient  vaguement ce pianiste et me parlaient de lui. Et alors je jouais du Art Tatum et ils ne cachaient pas leur étonnement. « Je l’ai écouté aussi, vous savez ! » (rires)

PAN M 360 : Oscar Peterson m’a aussi parlé de son admiration sans bornes pour Art Tatum. Il me parlait aussi de Nat King Cole comme étant un pianiste marquant.

OLIVER JONES : Oui Nat King Cole avait un merveilleux feel, son jeu pianistique était proche du chant, ce qui tombe sous le sens car il est avant tout connu comme un chanteur.. J’aimais aussi Erroll Garner, George Shearing, Phineas Newborn Jr. et Ahmad Jamal à cette même époque. Et 10 ans plus tard, j’ai fait mon bout de chemin. Une chose est sûre, nous avons tous repiqué quelque chose qu’Art Tatum a joué. Les meilleurs de la génération suivante avaient ensuite acquis une technique incroyable, en reproduisant aussi à la main gauche plusieurs innovations de Tatum à la main droite. Oscar excellait en ce sens. 

PAN M 360 : Et maintenant, on ne peut plus faire de telles nomenclatures, car cela prendrait une journée entière ! 

OLIVER JONES : Haha!

PAN M 360 : Le piano jazz pourra-t-il un jour fusionner avec le classique d’après vous?

OLIVER JONES : J’écoute et apprécie beaucoup de piano classique, mais je sais aussi qu’il y a une limite à jouer une partition sans trop de modifications. Nous, musiciens de jazz qui avons aussi étudié la musique classique, n’aimons pas répéter la même chose. Mais il y a tant de choses merveilleuses dans la musique classique. La bonne musique n’a pas de genre en soi. D’ailleurs, depuis que ma carrière a ralenti et que je me trouve plus souvent à la maison, je joue souvent de la musique classique. Plus que jamais auparavant ! Vous savez, JS Bach aurait été de nos jours un des plus grands claviéristes de jazz sur Terre ! Avec Éric Lagacé, nous avons joué à l’occasion de Bach d’une façon jazz et le public était ravi.

PAN M 360 : Mais on observe de plus en plus de pianistes classique capables d’improviser. C’est encore marginal, mais il y a une tendance. Dans une ou deux générations, il y aura une fusion.

OLIVER JONES : Je le crois aussi. Les grands musiciens classiques prennent de plus en plus conscience qu’il se trouve quelque chose d’important dans cette musique de jazz. Et je suis très fier d’avoir fait partie de ce processus de reconnaissance.

DANS LE CADRE DU FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE MONTRÉAL, L’HOMMAGE À OLIVER JONES EST RENDU CE VENDREDI, 19H30, À LA SALLE BOURGIE. INFOS ET BILLETS ICI

Le chœur professionnel Les Rugissants, dirigé par Xavier Brossard-Ménard, présentera un programme consacré à la musique de Debussy, Fauré et Duruflé. Pour ce concert, un grand ensemble d’instrumentistes se joindra aux choristes. Marie-Andrée Mathieu (mezzo-soprano), Hugo Laporte (baryton), Valérie Milot (harpe) et Mária Budáčová (orgue) se produiront en tant que solistes pour cet événement dans le cadre du Festival Classica. 

PAN M 360 a rencontré Xavier Brossard-Ménard et Valérie Milot pour un entretien à la veille de ce concert présenté en partenariat avec le Concours international d’orgue du Canada (CIOC).

PAN M 360 : Qui sont Les Rugissants?

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : Les Rugissants est un chœur professionnel, mais je pense que Lumières immortelles marque une nouvelle étape de notre travail. Ce n’est plus uniquement un chœur, c’est devenu un collectif artistique. Avec Valérie, c’est la première fois qu’on fait de la musique purement instrumentale. Dans le fond, on est historiquement un chœur, mais c’est aussi un projet qui vise à questionner les thèmes et les formats de la musique que j’appelle de concert, de la musique instrumentale et vocale. Ça nous permet de nous demander « qu’est-ce que c’est, faire de la musique comme ça, en 2023, avec les sensibilités que les gens ont maintenant? » Les Rugissants, c’est une forme d’expérimentation sur mes idées sur ce qu’est la musique live pour les gens d’aujourd’hui. 

VALÉRIE MILOT : Pour ma part, c’est ma première collaboration avec Les Rugissants. J’avais hâte, parce que je connaissais à distance Xavier et l’ensemble. Je joue les Danses de Debussy depuis le début de ma carrière, et Xavier est arrivé avec plein de nouvelles idées. Je trouve ça très rafraîchissant de pouvoir revisiter du répertoire que je joue depuis longtemps et d’être amenée quelque part ailleurs avec quelqu’un qui a des idées nouvelles. Tout ce que Xavier a dit par rapport à l’expérience de concert résonne beaucoup pour moi à travers ce que je fais dans ma carrière. Nous, musiciens, on se pose beaucoup de questions, en particulier depuis la pandémie. On se demande beaucoup comment s’adapter à notre ère. Je trouve que c’est une bonne nouvelle de voir des organismes culturels qui se posent activement la question et qui ont une offre adaptée au monde d’aujourd’hui. Je suis super choyée de faire partie de cette expérience.

PAN M 360 : Vous avez un lien fort avec le Festival Classica, n’est-ce pas?

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : C’est une histoire de longue haleine et de longue durée! J’ai fondé Les Rugissants en 2017. C’est Marc Boucher [le directeur général et artistique du Festival Classica] qui nous a donné notre première chance. Il nous a engagés pour un concert intitulé De Bach aux Beatles. J’ai fait un programme avec des pièces qui commençaient toutes par la lettre B! Ensuite, en 2019, Marc nous a encore une fois engagés pour un concert sur la musique espagnole. Marc est quelqu’un qui nous a soutenus, qui a cru en nous, et ça prend des gens comme ça pour l’évolution d’une carrière.

VALÉRIE MILOT:   Je collabore avec le Festival Classica depuis sa création ou presque. Cette année, j’ai été impliquée dans deux programmes. Le premier était leur événement-bénéfice, où j’ai fait des extraits des pièces qui vont être jouées au concert Lumières immortelles, ainsi que deux créations. Puis Xavier m’a invitée à jouer avec Les Rugissants. 

PAN M 360 : Comment le programme a-t-il été créé? Pourquoi avoir choisi ces pièces en particulier?

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : Il y a eu une succession d’événements qui ont mené à ce concert. Tout d’abord, je crois qu’il y avait une certaine volonté de Marc Boucher d’avoir ce concert, ça fait 6 ou 7 ans qu’il me demande de le faire! Ensuite, l’année passée, Les Rugissants ont été invités à faire la musique pour les funérailles nationales d’un ancien homme d’État québécois, Guy Saint-Pierre. On a fait des extraits des requiems de Fauré et de Duruflé. La musique a beaucoup marqué les gens qui étaient présents aux funérailles. J’avais conscience qu’on faisait quelque chose d’important ce jour-là. Puis Marc Boucher a demandé qu’on refasse ce programme, et on a reçu beaucoup de soutien de la famille Saint-Pierre, qui est un peu notre mécène pour le concert Lumières éternelles. Ce sont donc deux volontés communes qui ont donné lieu à ce concert. 

PAN M 360 : Quel est votre lien personnel avec ce répertoire?

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : Pour moi, c’est un répertoire qui est assez proche de mon âme, de ma sensibilité. C’est facile pour moi de trouver des expressions pour interpréter cette musique. J’étais très heureux d’accepter l’invitation de faire ce programme. Je pense que j’ai envie de diriger Les Deux danses de Debussy depuis que j’ai environ 14 ans!

VALÉRIE MILOT : J’aime bien compter sur deux perspectives différentes dans ce concert. Je suis soliste pour les premières pièces, puis je joue dans l’ensemble pour le reste du programme. Je fais ça assez souvent. Par exemple, il m’arrive de jouer comme soliste avec des orchestres en première partie, puis d’intégrer l’orchestre pour les autres pièces. Aussi, j’ai fait beaucoup de requiems dans ma vie. J’ai joué une seule fois le requiem de Duruflé, j’étais contente de pouvoir revisiter cette œuvre qui est vraiment magnifique. C’est de la musique que j’aime beaucoup. En général, les requiems sont des œuvres qui me parlent énormément, c’est une musique qui est profonde et touchante. Je me passionne beaucoup pour ce genre de musique. Je pense que ça va être un concert qui fait du bien à l’âme.  

PAN M 360 : Que voulez-vous transmettre au public par ce concert?

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : Pour moi, la mort, c’est de la vie jusqu’à la fin. Les gens qui restent après le décès d’une personne sont des personnes vivantes. Je voulais vraiment offrir une interprétation vivante de ces œuvres qui célèbrent la vie, et questionner la manière dont on vit la mort. Le Requiem de Duruflé est vraiment un très grand programme conceptuel : on entend les trompettes, on entend la mort et la désolation, le besoin de triomphe et de rédemption. Il y a le besoin aussi de surmonter les difficultés. L’accord final est un accord de neuvième, il laisse vraiment aller les gens, c’est une fin ouverte. Dans le fond, c’est vraiment une célébration de la vie, et ça fait du bien à l’âme. 

VALÉRIE MILOT : Dans le Requiem de Fauré, je joue à trois endroits qui sont vraiment caractéristiques à la harpe, notamment à la toute fin, dans In Paradisum. Ça commence avec l’orgue, puis le même passage se transporte à la harpe. J’entends là le passage de la terre au ciel, dans l’idée de la mort interprétée par la religion catholique.  

PAN M 360 : Le répertoire que vous interpréterez est majoritairement religieux. Au-delà du message strictement religieux, il y a aussi beaucoup d’espoir dans cette musique.  

VALÉRIE MILOT : La religion a été un prétexte pour créer beaucoup d’œuvres architecturales ou musicales. Je pense que ça nous montre, indépendamment de si on est croyant ou non, que l’être humain est capable de grande beauté à travers l’art. Ça s’exprime aussi beaucoup à travers les requiems, qui ont été écrits par amour pour des gens qui ont disparu. On a tous notre expérience avec la mort, mais à travers ces épreuves-là, on est capable de grande beauté et de communion. Je pense que le concert démontre ça. 

XAVIER BROSSARD-MÉNARD : J’aimerais rebondir sur ce que Valérie vient de dire. Je pense qu’il y a un passage entre religion et spiritualité qui n’est pas facile à naviguer. Je pense que ça témoigne du besoin de transcendance des êtres humains. La religion a été un rappel que l’humain est capable de faire de grandes choses. Dans l’aspiration, il y a aussi une inspiration, et je me suis dit que les musiciens ont quand même le privilège de pouvoir être en contact quotidiennement avec ce monde et d’incarner cela. Je suis convaincu qu’on va réussir à offrir de l’inspiration au public.

 
Debussy, Fauré, Duruflé : lumières immortelles est présenté dans le cadre du Festival Classica. Le concert aura lieu à l’Église Sainte-Famille à Boucherville, le 16 juin 2023 à 19h. Avec Les Rugissants, Xavier Brossard-Ménard (chef), Marie-Andrée Mathieu (mezzo-soprano), Hugo Laporte (baryton), Valérie Milot (harpe) et Mária Budáčová (orgue).

DANS LE CONTEXTE DU FESTIVAL CLASSICA, CE PROGRAMME EST PRÉSENTÉ CE VENDREDI, 19H, À L’ÉGLISE SAINTE-FAMILLE DE BOUCHERVILLE

INFOS ET BILLETS ICI

Le Quatuor Isidore de New York, lauréat de la célèbre Banff International String Quartet Competition 2022 et de l’Avery Fisher Grant 2023, arrive à Montréal pour la première fois ce week-end. Dans le cadre du Festival de musique de chambre de Montréal, l’ensemble fondé en 2019 se produira à trois reprises : Vendredi 16 à midi à la salle Bourgie dans un court concert de moins d’une heure, samedi 17 en soirée en format quintette avec piano, où ils seront accompagnés par l’excellent, et montréalais, Philip Chiu, et dimanche après-midi à la Maison symphonique avec un ensemble de cordes au grand complet mettant en vedette Tchaïkovski !

Composé de Phoenix Avalon et Adrian Steele aux violons, Devon Moore à l’alto et Joshua McClendon au violoncelle, l’ensemble s’est forgé une réputation de jeu passionnant, clair et sincère. On dit aussi qu’ils font sonner la musique classique de manière totalement nouvelle, avec une approche décontractée du concert.

Pourquoi Isidore ? Tout d’abord, en reconnaissance d’Isidore Cohen, violoniste du célèbre Juilliard Quartet, un ensemble qui les inspire, et ensuite, humblement avoué, en hommage au moine grec Isidore, qui aurait concocté la première vraie vodka dans le Grand-Duché de Russie. Le plaisir de la musique n’est pas forcément solitaire !

Une discussion avec Devin Moore.

Pan M 360: Bonjour ! C’est un plaisir de savoir que vous serez bientôt à Montréal !

Devin Moore (Isidore 4t) : Merci ! C’est un grand plaisir pour nous d’y aller pour la première fois en tant qu’ensemble. Ce sera une première pour moi, mais pas pour Adrian (le violoniste) car son frère vit là-bas.

Pan M 360: Banff et Avery Fisher sont deux prix très prestigieux. Vous avez été fondé très récemment (2019). Aviez-vous prévu une ascension aussi rapide lorsque vous avez commencé ?

Devin Moore (Isidore 4t): Non, nous ne l’avions pas prévu. Nous voulions simplement jouer de la musique ensemble de manière officielle, car nous le faisions déjà en tant qu’étudiants. Lorsque nous nous sommes inscrits au concours de Banff, nous n’avions aucune attente. Puis, lorsque nous avons été acceptés au concours, nous nous sommes rendu compte que nous devions apprendre beaucoup de musique tout d’un coup. Nous avions peut-être cinq ou six mois de travail sérieux en tant qu’ensemble, pas plus. Nous avons donc travaillé très, très, très dur. Ce fut une expérience fantastique, très excitante, mais peut-être la plus stressante de ma vie !

Pan M 360: Que représente pour vous ce premier prix à Banff ?

Devin Moore (Isidore 4t): C’est énorme. Juste après avoir joué notre programme pour la finale, un type est venu nous proposer de nous représenter en tant qu’agent. Nous n’avions pas encore reçu l’annonce de la victoire. C’était un concours exceptionnel. Je me souviens avoir admiré plusieurs des quatuors qui y participaient (le Schumann, le Dover, etc.). Le simple fait d’être admis a été une grande validation de notre travail et de notre vision.

Pan M 360: Sur votre site web, vous indiquez que votre mission est de « revisiter, redécouvrir et revigorer » le répertoire. Comment vous y prenez-vous ?

Devin Moore (Isidore 4t) : Nous nous inspirons de la vision du Quatuor Juilliard, l’un des plus grands ensembles du XXe siècle. Collectivement, nous avons tous les quatre étudié avec huit ou neuf membres actuels ou anciens de ce quatuor ! Leur philosophie a toujours été de traiter le nouveau comme s’il était ancien, et l’ancien comme s’il était nouveau. Nous aimons traiter le répertoire comme s’il s’agissait d’un terrain de jeu ouvert. Prenons Haydn, par exemple, que nous adorons. Nous adoptons une approche très sincère mais passionnée. Nous aimons le grand répertoire et, même si je suis le plus âgé, à 24 ans, et même si je pense parfois que nous n’avons aucune idée de ce que nous faisons (rires), nous nous y plongeons et exprimons ce que nous ressentons pour cette musique, sans filtre, sans retenue.

Pan M 360: L’avantage de la jeunesse… Puisque vous êtes si jeunes, comment pensez-vous pouvoir convaincre les gens de votre génération de venir aux concerts classiques ?

Devin Moore (Isidore 4t) : Ce que nous voulons avant tout, c’est établir un lien et une communication étroite avec le public, jeune et moins jeune. Bien que nous aimions jouer dans des salles de concert traditionnelles, nous n’hésitons pas non plus à jouer dans des galeries d’art ou dans d’autres contextes où les gens peuvent être allongés ou assis sur des canapés, parler un peu pendant le concert, boire un verre de vin, etc. Ce sont des contextes dans lesquels nous pouvons très bien nous adapter. Je pense que cela nous permet de toucher un public différent, souvent plus jeune. Nous sommes allés à des concerts, nous avons appris à nous asseoir droit, à nous taire, à ne pas applaudir entre les mouvements, mais pour beaucoup de gens, c’est intimidant. Mais ce ne sont pas les manières qui comptent, c’est l’appréciation de la musique!

Pan M 360: Vous êtes socialement engagé. Vous participez à un projet intitulé Music Heals Us. En quoi consiste cette initiative et pourquoi y participez-vous ?

Devin Moore (Isidore 4t) : Il s’agit d’une organisation à but non lucratif qui apporte de la musique aux personnes qui n’y ont pas accès pour toutes sortes de raisons. Nous allons dans des hospices, des centres de soins, des prisons, etc. Ce programme est dirigé par Molly Carr, l’actuelle altiste du Juilliard Quartet. Elle était mon professeur et, peu de temps après notre formation en tant qu’ensemble professionnel, elle nous a contactés pour que nous participions à ce programme. En toute honnêteté, c’est l’une de nos activités préférées. Ce sont tout simplement des expériences humaines inoubliables. Je me souviens très bien d’une fois où nous sommes allés donner un concert dans une prison du Bronx. Nous arrivons avec nos instruments, nous nous installons et commençons à jouer. Quelques personnes s’approchent, puis plusieurs et encore plusieurs. Ils ont commencé à nous poser des questions, et nous avons commencé à parler et à bavarder. Et puis un homme arrive et nous dit qu’il écrit des paroles de rap, et nous demande s’il peut les chanter pour nous. Nous l’avons accompagné, en le soulignant par des rythmes, et cela a duré environ vingt minutes ! C’est l’une des meilleures expériences que nous ayons jamais vécues. Gagner un concours comme celui de Banff est fantastique et très important, mais le but premier de notre passion est de créer un contact sincère avec d’autres personnes, et Music Heals Us nous donne l’occasion de faire des rencontres humaines d’une nature totalement différente et profondément sincère, dans des contextes totalement inattendus. C’est très puissant.

Pan M 360: Vous êtes actif sur la scène de la musique contemporaine. Vous concentrez-vous sur un type particulier de musique nouvelle ?

Devin Moore (Isidore 4t) : Pour ma part, j’ai créé avec un collègue une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de jouer davantage de musique de compositeurs issus de groupes sous-représentés dans la musique classique. Par exemple, des compositeurs noirs, des compositrices ou des œuvres d’artistes d’autres genres musicaux, comme les quatuors à cordes de Billy Childs, un grand musicien de jazz qui a remporté plusieurs Grammy Awards, mais dont le travail en musique classique n’est pas très connu. C’est une musique extraordinaire. Chaque fois que nous la jouons, les gens en tombent amoureux.

Invitée du Piknic Electronik le 22 mai dernier en ouverture de Deborah de Luca, Alexa Borzyk poursuit son ascension dans la scène techno montréalaise et bientôt internationale. Pourquoi bientôt ? Car son passage au Parc-Jean-Drapeau était sa dernière date avant son déménagement pour l’Europe, plus précisément Berlin, pour un an. Avant de s’installer dans la capitale allemande, la DJ aura la chance de se produire à Tomorrowland (Boom, Belgique) cet été, un des plus gros festivals EDM du vieux continent.

À quelques jours de son départ, PAN M 360 s’est entretenu avec la productrice montréalaise pour discuter de son passage au Piknic et des différentes facettes de sa carrière d’artiste.

Crédit photo : Kevin Millet

PAN M 360 : Comment as-tu vécu l’expérience du Piknic cette année ?

Alexa Borzyk : C’était différent des autres années parce que j’ai joué un style qui n’est pas dans ce que j’ai l’habitude de faire, pour m’adapter à l’identité sonore des artistes avec qui je jouais. C’était de la techno mélodique, alors que je suis plutôt du côté techno.

PAN M 360 : Est-ce que le Piknic Electronik a une signification particulière pour toi? 

Alexa Borzyk : Non seulement c’est mon troisième passage en tant que DJ au Piknic, mais c’est aussi un des premiers événements auxquels j’ai participé quand j’ai découvert la scène électronique montréalaise.

PAN M 360 : Tu parles de découvrir la scène montréalaise, as-tu toujours vécu à Montréal ?

Alexa Borzyk : J’ai grandi à Montréal, je suis arrivée ici quand j’avais douze ans. Avant ça, j’ai passé toute ma vie à Québec. 

PAN M 360 : Raconte-moi ton parcours avec la musique.

Alexa Borzyk : J’ai commencé à apprendre le violon à l’âge de 8 ans, puis j’ai également joué un peu de guitare lorsque j’étais adolescente, vers 15 ans. J’ai découvert la musique électronique vers l’âge de 17 ans grâce à une de mes meilleures amies qui était promotrice dans ce domaine.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer le pas et devenir DJ et productrice ?

Alexa Borzyk : Mon amie était promotrice, mais elle était aussi DJ et organisait des soirées auxquelles j’assistais. C’est là que j’ai décidé d’apprendre moi-même à mixer. La production est venue un peu plus tard. Avant cela, j’étais davantage impliquée dans la promotion et l’organisation d’événements techno à Montréal. Ça fait environ 3 ans que je suis active dans la production.

PAN M 360 : Peux-tu nous parler plus en détails des événements que tu organisais ?

Alexa Borzyk : J’ai organisé mon premier événement en 2018, sous le nom de Axis Music. C’était une petite soirée au bar Blue Dog. Ensuite, j’ai organisé un autre événement en collaboration avec plusieurs collectifs, intitulé « Reflection », qui était un concept différent à Montréal, ça s’est fait aux Entrepôts Dominions en 2019, on avait invité Stéphanie Sykes pour l’occasion. Ensuite, j’ai organisé mon deuxième événement à la fin de 2019, avec VTSS, au Livart, puis j’ai arrêté.

PAN M 360 : Tu n’as pas poursuivi l’organisation d’événements, pourquoi ?

Alexa Borzyk : Quand j’ai commencé j’avais pas beaucoup d’expérience et je me mettais beaucoup de pression, ce qui était parfois difficile à gérer. Quand la pandémie est arrivée, ça a aussi affecté mes priorités et ce que je voulais vraiment faire. J’ai du faire face à des problèmes financiers et un burnout. J’ai préféré me concentrer sur la production.

PAN M 360 : Si on revient un peu sur ton travail en tant que productrice

Alexa Borzych : Je passe beaucoup de mon temps à la maison à faire la production. Je travaille en numérique, avec des VST et des échantillons sur Ableton Live. Je produis principalement de la techno, des fois un peu de pop ou de hip-hop. J’ai l’impression que pour être créative j’ai besoin de prendre un pas de côté et essayer de faire autre chose que de la techno, ça nourrit vraiment ma créativité.

PAN M 360 : Cet été tu vas jouer à Tomorrowland, à Boom en Belgique, un des plus gros festivals d’EDM en Europe

Alexa Borzych : Oui tout ça a commencé avec le label Coïncidence, basé en Belgique, sur lequel je suis signée. J’y ai sorti mon premier EP, Under The Temple en 2022. Je savais que Coïncidence avait une scène à Tomorrowland mais je ne m’attendais pas forcément à ce qu’ils me proposent d’y jouer. C’est la première fois que je vais jouer à l’extérieur du Canada. J’ai joué Igloofest Québec et c’est la seul fois que je suis vraiment sortie de Montréal pour aller jouer ailleurs. 

PAN M 360 : Tu quittes Montréal pour aller passer un an à Berlin, penses-tu qque pour développer sa carrière, quitter Montréal est une sorte de passage obligé ?

Alexa Borzych : Pour moi, honnêtement, je pense que oui. De façon plus générale, c’est aussi une façon d’encourager les gens à réaliser leurs rêves. Le « ailleurs » est une richesse, où que tu sois dans le monde, à Montréal ou non. Pour moi c’est une façon de sortir de ma bulle, d’aller écouter ce qui se fait ailleurs, de partir à la découverte de quelque chose d’autre.

PAN M 360 : Quels sont tes plans pour l’Europe ?

Alexa Borzych : Chercher quelques autres dates pour jouer mais surtout prendre du temps pour moi et travailler sur la production.

PAN M 360 : As-tu d’autres sorties de prévu prochainement ?

Alexa Borzych : J’ai un nouvel EP intitulé Fatale qui va sortir chez Coïncidence. C’était pas prévu, mais il va sortir le jour de mon départ de Montréal pour Berlin, le 30 juin.

Avec deux premières parties, une participation au spectacle La Traversée et une vitrine avec Super Plage mercredi soir, disons que l’autrice-compositrice-interprète québécoise thaïs connaît une semaine des plus chargées lors des Francos 2023. Peu de temps après une répétition, Pan M 360 s’est entretenu avec cette artiste talentueuse afin d’en apprendre davantage sur sa participation au festival, sur  ses projets futurs et plus encore !

Née à Paris, thaïs a grandi à Montréal et s’est dévoilée au public lors de l’édition 2020 des Francouvertes. Sous étiquette Bravo Musique, elle a fait paraître en octobre dernier Tout est parfait, son premier album. Avec cet opus de dix titres, la Québécoise propose un son pop qui peut faire planer autant que faire bouger son auditoire. Une lueur d’électro se fraye un chemin dans la musique enveloppante de thaïs, le résultat est franchement excellent. 

Depuis cette sortie, la chanteuse ne cesse de multiplier les apparitions sur scène, autant au Québec qu’en France. Preuve que son matériel brille aussi outre-mer, son titre La nuit te ressemble peut être entendu dans l’un des épisodes de la célèbre série télévisée Emily in Paris. De plus, thaïs est parmi les huit finalistes en lice pour le prix Félix-Leclerc, visant à stimuler la création, la production et la diffusion de la chanson francophone chez les artistes québécois. 

PAN M 360 : Vous avez eu – et ce n’est toujours pas terminé – une semaine très chargée aux Francos 2023. Racontez-nous comment ça se passe pour vous. 

THAÏS : La semaine de fou a commencé avec ma première partie pour le spectacle de M à Montréal, un artiste que j’admire. C’était à la salle Wilfrid-Pelletier, une scène incroyable. C’était un rêve qui se réalisait pour moi. Ensuite, j’ai assuré à nouveau la première partie de M, mais c’est fois-ci à Québec. C’était vraiment incroyable pour moi. J’ai aussi fait partie à La Traversée et ce soir ce sera la vitrine avec Super Plage. J’ai l’impression d’avoir été catapultée dans plein de choses vraiment cool. J’essaie d’en profiter au maximum. Ça se passe super bien à ce jour. C’est certain que c’est dur, mais je ne pourrais pas demander mieux.

PAN M 360 : Ce rythme effréné fait-il écho à votre dernière année? 

THAÏS : En quelque sorte oui, il s’est passé tellement de choses. J’ai fait plusieurs voyages et spectacles en France. C’était quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps, et déjà d’avoir accompli ça c’est énorme. C’est arrivé très vite, et je ne cacherai pas que c’est fatigant. Cependant, ce sont tellement de belles opportunités et c’est vraiment plaisant. J’ai aussi accompagné Cœur de pirate pendant la fin de sa tournée. Ensuite, j’ai participé à plusieurs événements très intéressants au Québec et j’espère continuer à faire plusieurs spectacles au cours des prochains mois. 

PAN M 360 : Comment se sont déroulés vos spectacles en France? 

THAÏS : C’était vraiment bien. Les gens en France étaient vraiment curieux. Souvent, on a l’impression lorsqu’on fait des premières parties que les gens ne souhaitent pas te voir sur scène, car ils ne se sont pas déplacés pour te voir. En vrai, je n’ai jamais ressenti ça lors de mon passage en France. Les gens étaient très sympathiques et ça s’est super bien déroulé. C’est à refaire, c’est certain. 

PAN M 360 : Votre premier projet Tout est parfait est sorti en octobre dernier. Est-ce que « tout est toujours parfait » dans votre vie? 

THAÏS : Tout est « plus que parfait » ! Je ne sais même pas si je peux dire que c’est au-delà de mes attentes, car plus ça avance, moins j’ai le temps d’avoir des attentes. Tout va tellement vite depuis la sortie de mon projet. Je suis vraiment contente et fière de ce que j’ai accompli et je continue à avancer. Justement, je travaille sur de la nouvelle musique et il y a un nouveau chapitre qui se prépare. Je n’ai aucune date de fixée pour le moment et il me reste encore quelques spectacles pour boucler l’étape avec Tout est parfait. Il y a juste du positif ces temps-ci!

PAN M 360 : Comment approchez-vous la prochaine étape? Comment avez-vous évolué depuis votre dernière sortie? 

THAÏS : J’ai tellement eu de belles occasions au cours de la dernière année, et ça m’a certainement permis de changer et d’évoluer. J’ai de plus en plus confiance en mes moyens. J’ai aussi fait plusieurs belles rencontres. À la base, j’aime beaucoup travailler seule dans mon studio. C’est quelque chose que je fais encore beaucoup, mais j’aime de plus en plus travailler avec d’autres gens. Je crois que c’est vraiment ça qui a changé pour moi, c’est de rencontrer de plus en plus de gens qui me permettent de m’améliorer. 

PAN M 360 : Clairement, vous ressentez une fierté à faire le plus possible de choses par vous-même. Est-ce que cela a toujours été comme ça?

THAÏS : À la base, je suis une personne très timide. Au début, je ne voulais pas demander à d’autres personnes de créer avec moi. C’est vraiment pour ça que j’ai commencé à créer de mon côté avec le logiciel Garage Band. Plus le temps passait, plus je suis devenue à l’aise avec la plateforme. Je pense que je me débrouille assez bien en studio et que j’arrive à construire de belles choses. Je suis fière de ça, c’est certain. Maintenant, j’apprécie d’être entourée de gens extrêmement talentueux, et comme j’ai dit plus tôt, ça me permet d’apprendre de nouvelles choses. Ainsi, je pousse mon art encore plus loin, et j’adore ça!

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre mercredi soir lors de la soirée vitrine avec Super Plage? 

THAÏS : Je dirais que les gens doivent s’attendre à beaucoup d’énergie et de sautillements. Je dis sautillements, mais je dirais même de gros sauts. C’est certain que moi je vais sauter partout! Ça va être super plaisant et les chansons que j’ai sélectionnées sont très party. J’espère que les gens sont prêts à avoir des courbatures, ça fait quelques semaines que j’en ai en répétant les chansons!

PAN M 360 : Vous êtes parmi les huit artistes en lice pour le Prix Félix-Leclerc. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

THAÏS : C’est fou, je ne m’attendais pas à ça. Je ne suis vraiment pas habituée à être nommée pour ce genre de prix. Juste le fait d’être en lice, c’est incroyable. C’est la première fois que j’ai une reconnaissance comme ça. La visibilité que cela me procure est formidable. Il y a quelque chose de cool là-dedans. Je suis fière d’écrire et de produire mes chansons. D’être reconnue là-dedans, c’est fort pour moi. Je trouve ça vraiment beau. 

PAN M 360 : Parlons maintenant de Si j’étais toi, votre collaboration avec Lucill qui est parue en mai dernier. Comment ce titre est né? 

THAÏS : Ça a été tellement fulgurant ! Autant notre rencontre, l’écriture de la chanson et même la sortie du titre. Lucill, Raphaël Bussière de son vrai nom, est un ami du batteur (Jay Essiambre) qui joue avec moi. Lors de notre rencontre, on a éprouvé beaucoup de plaisir et ça a tout de suite cliqué entre nous. Cette rencontre a donné lieu à une séance d’écriture décontractée et sans prétention. Très rapidement, on a écrit la chanson, on l’a enregistrée et on a décidé de la sortir immédiatement, C’était vraiment un moment de folie et c’est un peu à l’image du titre. Il y a vraiment une symbiose avec ma musique et la sienne. Rajoute à ça Jay Essiambre qui joue à la batterie, et c’est une équipe incroyable. Il y a une belle intimité entre nous et je suis vraiment contente de ce son. C’est une belle chanson d’été. Elle apporte un sentiment léger d’été et j’adore ça.

PAN M 360 : Après des derniers mois extrêmement chargés, que souhaitez-vous pour la suite?

THAÏS : Je veux faire plus de shows. J’ai vraiment envie d’aller rencontrer des gens et de me produire le plus possible sur scène. Je me souhaite d’avoir suffisamment d’inspiration pour terminer le projet! J’ai vécu des belles affaires ces derniers mois, et je devrais être pas mal inspiré! À suivre!

THAÏS SE PRODUIT CE MERCREDI AUX FRANCOS, 17H, SILO BRASSEUR DE MONTRÉAL

FRANCOFOLIES – SCÈNE EXTÉRIEURE

Le Nouvel Opéra métropolitain (NOM), division lyrique du Festival Classica, conclura sa première édition ce mercredi à la Salle Claude-Champagne. Après deux prestation, dont une création mondiale d’Airat Ichmouratov (L’Homme qui rit) et la recréation d’une opérette de Jules Massenet (L’adorable Belboul), toutes deux ayant été très bien reçue par la critique, le NOM se consacre maintenant au grand opéra français en créant Miguela (1891) de Théodore Dubois, que Marc Boucher, directeur général et artistique du festival, qualifie de « testament lyrique » du compositeur. Pour conclure cette première édition lyrique, nous avons pu discuter avec celui qui sera au podium pour diriger le dernier opéra qui sera présenté en version concert, Benjamin Levy, chef principal de l’Orchestre national de Cannes. Voici ce qu’il nous a confié.

PAN M 360 : Est-ce la première fois que vous venez diriger au Québec?

Benjamin Levy : Oui, absolument. Et même sur le continent américain! J’ai fait un bout de mes études aux États-Unis à Aspen, mais je n’ai jamais dirigé sur le continent américain. C’est ma grande première et je suis très content d’être ici.

PAN M 360 : Comment se passent les répétitions avec l’orchestre et la distribution de l’opéra?

Benjamin Levy : Ça se passe très bien. C’est vraiment très agréable. Je suis assez épaté de la qualité de la distribution. Les chanteurs sont vraiment remarquables et je suis vraiment ravi de travailler avec cette belle équipe.

PAN M 360 : Sur le projet en tant que tel, à quand remonte votre implication dans cette création de Miguela de Théodore Dubois?

Benjamin Levy : Marc Boucher et moi nous étions rencontrés à l’occasion d’un concert dans lequel il chantait sous la direction de Jean-Claude Magloire à Versailles il y a quelques années. C’est à ce moment qu’il m’avait parlé de cet opéra. À la suite de quoi il y a eu la Covid et donc après environ deux ans à en parler, je suis ravi que ce projet voie enfin le jour. D’ailleurs, je trouve toujours, en tant que Français, que j’ai un petit peu honte pour mon pays parce qu’il y a dans ce Festival Classica 2023 deux opéras qui n’ont jamais été représentés en France. Et qui, grâce à l’énergie, l’initiative et la détermination de Marc Boucher, voient leurs premières représentations au Québec. Donc, L’adorable Belboul de Massenet et puis maintenant ce Miguela de Théodore Dubois. Je trouve que c’est formidable de pouvoir ressusciter ces œuvres.

PAN M 360 : Il est intéressant de mentionner que dans la distribution, celui qui va créer le rôle principal de Martigny, Emmanuel Hasler, est un étudiant originaire de Limoges et inscrit au doctorat à l’Université de Montréal.

Benjamin Levy : Absolument! C’est une belle collaboration entre nos deux pays.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de l’histoire de l’opéra. Que raconte-t-elle ?

Benjamin Levy : Ça se passe pendant les guerres napoléoniennes, pendant un épisode qui n’est plus vraiment très connu maintenant, soit la Guerre d’Espagne (1808-1814) qui a été assez sanglante. C’est un peu l’histoire de Roméo et Juliette, puisque c’est un colonel français, Martigny, interprété par Emmanuel Hasler, qui tombe amoureux de Miguela [NDLR: Interprétée par Myriam Leblanc], une noble espagnole et qui est censée représenter l’ennemi. À travers bien des obstacles une histoire d’échange d’otages et d’intrigues assez rocambolesques ils font fi de l’opposition de leurs deux pays pour déclarer leur amour : c’est l’amour qui triomphe sur les haines militaires.

PAN M 360 : Il s’agit donc d’un opéra que l’on peut quand même assez conventionnel dans les codes de l’opéra du XIXᵉ siècle?  

Benjamin Levy : Oui, tout à fait. C’est un opéra bien dans son époque. Ce qui est intéressant, c’est que la musique est assez hybride. Il est vrai que Théodore Dubois est un compositeur un peu négligé dans l’histoire de la musique. Ce n’est ni Jules Massenet, ni Paul Dukas, ni Ambroise Thomas ou Meyerbeer. Mais, Dubois est un compositeur intéressant, qui mérite qu’on s’y intéresse. C’est à la fois un très grand opéra français et teinté de moments ou l’on voit que Wagner est passé par là avec une couleur assez debussyste par moment. C’est vraiment une œuvre à la lisière de différents styles. Même si l’histoire est assez conventionnelle, la musique ne l’est pas et c’est cela qui est très intéressant.

PAN M 360 : Justement à ce propos, comment qualifieriez-vous la musique de Théodore Dubois dans le cas de Miguela et en quoi est-elle semblable ou différente avec le reste de son œuvre?

Benjamin Levy : Il y a des parties qui sont vraiment dans l’air du temps avec de grands moments d’orchestre où il n’y a pas de récitatifs à proprement parler, mais des sortes d’arioso entre l’air et le récit avec, comme je vous le disais, des harmonies très intéressantes, très wagnériennes et puis des éléments éminemment français et des moments qui me font penser à du Paul Dukas. C’est vraiment un style particulier et intéressant avec une orchestration assez riche et avec beaucoup de ressorts. Là, c’est une version concert, donc on ne se rendra pas bien compte de tous les éléments, mais il y a de la musique de scène avec un orchestre sur le plateau qui se sépare de l’orchestre qui est dans la fosse; des doubles chœurs, représentant les Espagnols qui chantent contre les Français. C’est très riche comme écriture et assez inattendu parfois. Je m’étais intéressé à son opéra Aben-Hamet qui avait été monté par Classica.  

Il y a une autre chose aussi, qui est tout à fait dans l’air du temps dans la France de la fin du XIXᵉ siècle où il y a un goût pour l’orientalisme, donc une fascination pour les idiomes et les éléments musicaux extérieurs à la France. Dans ce cas-ci, on retrouve des castagnettes, guitares et autres mandolines. Il y a un goût pour cette chose un peu lointaine. 

PAN M 360 : En tant que chef d’orchestre, comment aborde-t-on une partition qui n’a jamais encore été jouée pour donner vie et rendre justice à la substance musicale que le compositeur a imaginée? Quel est votre rôle là-dedans?

Benjamin Levy : C’est une bonne question. On est vraiment comme des traducteurs, tout comme les interprètes lorsqu’ils font de la traduction d’une langue à l’autre. On a la partition et beaucoup de codes de l’époque qui nous guident avec les modes de jeux par exemple pour voir dans quel langage ça se situe. Mais, il y a des éléments effectivement où il faut se mettre dans les pas du compositeur et essayer d’imaginer vraiment ce qu’il voulait. C’est assez passionnant comme entreprise puisqu’il faut justement se poser des questions. 

Avec Vincent Boyer qui a fait l’édition et qui a reconstitué la partition, on regarde quelquefois le manuscrit en disant « Là tu vois, c’est un peu effacé. Qu’est-ce que tu crois que c’est?  Il a écrit ça, mais est-ce que ça fait sens ? », etc.  Le processus normal voudrait que le compositeur mette son œuvre à l’épreuve des musiciens et qu’il change toujours des choses un peu au contact des interprètes. Comme l’œuvre n’a jamais été jouée, elle est restée un peu à l’état brut. Il faut donc faire ce que le compositeur aurait fait lui-même s’il avait présenté en répétition. Par exemple, il y a un accord de harpe qui n’est pas jouable. En 1890, le harpiste aurait fait ses commentaires et aurait changé des éléments avec le compositeur.

PAN M 360 : Donc il s’agit vraiment de regarder puis d’adapter la partition avec ce qui est fait aujourd’hui en regard des aspects techniques.

Benjamin Levy : Oui tout à fait.

Miguela sera présenté mercredi, 14 juin à 19 h 30 à la Salle Claude-Champagne. Pour informations et pour vous procurez des billets, c’est ici.

Shanta Nurullah s’est distinguée comme sitariste et bassiste en explorant la musique d’improvisation afro-américaine tout au long de sa carrière. Membre légendaire de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM), Shanta se produira avec son trio lors du festival Suoni Per Il Popolo de cette année.

PAN M 360 : Bonjour Shanta, on attend avec impatience votre concert aux Suoni ! Pouvez-vous nous en dire certains éléments ?

SHANTA NURULLAH : Oh, j’ai vraiment hâte d’y être. Nous allons jouer en trio. Je jouerai du sitar et d’un peu de petites percussions. J’apporterai peut-être un sansula, une sorte de mbira ou de kalimba, mais celui-ci a été fabriqué en Allemagne. C’est une sorte de kalimba montée sur un petit tambour, sur une membrane et un cadre. Je jouerai peut-être aussi un peu de basse électrique.

Alex Wing vient avec moi, il jouera de la guitare électrique et de l’oud, un instrument du Moyen-Orient. Fred Jackson Jr. joue du saxophone alto et pourrait également jouer des percussions.

PAN M 360 : Cela fait beaucoup de « pourrait ». On dirait que beaucoup de choses vont être laissées au hasard.

SHANTA NURULLAH : Oui. Nous allons improviser et peut-être jouer une ou deux compositions. Et nous pourrions aussi chanter un peu.

PAN M 360 : Quelle est la nature de cette musique, comment la nommer exactement ?

SHANTA NURULLAH : De la musique créative.

PAN M 360 : La musique créative, c’est ça. J’aimerais connaître votre relation avec le sitar. Je suis sûre que vous avez une histoire à raconter.

SHANTA NURULLAH : Eh bien, quand j’avais 19 ans, je suis allée en Inde avec un groupe d’étudiants, et chacun d’entre nous avait un projet de recherche et d’étude à réaliser pendant son séjour. Mon projet devait porter sur les intouchables. J’avais déjà effectué toutes mes recherches sur ce groupe de personnes dont la situation était, à mon avis, très similaire à celle de mon peuple, les Afro-Américains. Mais lorsque nous sommes arrivés à Pune, nous étions basés au Deccan College et nous avons assisté à toutes sortes de présentations culturelles. L’une d’entre elles était un concert, un concert de sitar. Dès que j’ai entendu cet instrument pour la première fois, j’en suis tombée amoureuse. J’ai dit au directeur du programme que c’était ce que je devais faire. Il m’a dit : « Non, non, vous êtes venu ici pour faire ce projet de sciences sociales, de sciences politiques. Et je lui ai répondu : « Non, non, non, c’est ce que je dois faire ».

J’ai donc trouvé un professeur et il m’a procuré un instrument. J’ai étudié pendant environ cinq mois avant de partir. J’ai pu acquérir les bases de l’instrument, vous savez, comment le tenir, comment en jouer. J’ai appris mon Sa Re Ga Ma, j’ai appris les gammes et les ragas, et il m’a laissé partir. Mais il m’a aussi fait fabriquer un magnifique sitar pendant que j’étais là-bas. Avant mon départ, il m’a emmené au village de Marashkar pour récupérer ce sitar, c’est celui avec lequel je joue encore.

Je n’ai pas pu trouver de professeur lorsque je suis revenu à Chicago pour poursuivre mes études. Avant de quitter l’Inde, il y avait ces types qui traînaient dans le studio de mon professeur et ils m’ont en quelque sorte balayé du revers de la main en me disant que je ne pourrais jamais vraiment jouer de cet instrument, parce qu’il faut étudier au moins pendant cinq ans et jouer tous les jours huit heures par jour. J’ai pris cela à cœur et je me suis contenté de m’asseoir dans ma chambre et de jouer. C’est en jouant comme ça, assise dans ma chambre, que j’ai découvert que je pouvais jouer certaines des chansons que j’avais entendues en grandissant, comme les negro spirituals. Motherless Child, Wade in the Water. C’est ce que j’ai fait dans ma chambre. J’avais aussi un disque de blues de Ruth Brown et je l’accompagnais souvent.

PAN M 360 : Votre musique franchit tant de frontières et le sitar semble n’être qu’une partie d’une vision artistique beaucoup plus large. Comment les choses ont-elles commencé à prendre forme ?

SHANTA NURULLAH : À la même époque, j’étais étudiante en littérature et j’ai été tellement séduite par le Black Arts Movement qu’à la fin de mes études, j’ai voulu m’y impliquer. Je voulais faire partie de ce mouvement. C’est ainsi que j’ai appris l’existence de l’atelier Kuumba, dont le siège se trouvait au Southside Community Arts Center, un centre qui remontait aux années 20, 30 et 40, aux années du WPA et à une longue histoire des arts à Chicago. L’atelier se réunissait régulièrement et m’a accueillie au sein de sa compagnie théâtrale. Ils montaient régulièrement des pièces en un acte le samedi soir, et après la pièce, ils avaient ce qu’ils appelaient un rituel. Après la pièce, ils organisaient ce qu’ils appelaient un rituel. Ce rituel consistait à ce que chaque membre de la compagnie vienne présenter quelque chose, une chanson, un poème ou autre chose, un peu comme un micro ouvert.

Un lundi soir, après la répétition, j’ai raccompagné l’un des membres de la compagnie chez elle. Je suis entré chez elle un instant et j’ai remarqué qu’il y avait une guitare basse dans un coin de la pièce. Je n’en avais jamais vu auparavant. Je lui ai demandé si je pouvais en jouer. Je n’avais jamais tenu une basse auparavant, et encore moins joué, mais une fois que j’ai commencé à en jouer, elle a été tellement étonnée qu’elle m’a donné la basse et l’ampli pour que je les emporte chez moi.

Toute la semaine, je me suis donc entraîné sur cette basse. Samedi soir, je l’ai emmenée à Kuumba et j’en ai joué lors du rituel. Vous savez, j’étais assez arrogant pour penser qu’après une semaine, j’étais prêt à jouer de cet instrument en public. Après le rituel, Val Gray Ward, la directrice de la compagnie, m’a dit que c’était bien, mais que j’avais vraiment besoin de leçons. Elle m’a suggéré de voir Pete Cosey. Je ne savais pas qui c’était, mais je suis allée le voir.

J’ai appris plus tard que Pete était le guitariste qui avait mis l’électricité dans l’album Electric Mud de Muddy Waters. Il a également joué avec Miles Davis et était l’un des habitués de Chess Records ; c’était donc un musicien phénoménal.

Après quelques leçons de basse avec Pete Cosey, il m’a dit : « Tu sais, il faut vraiment que tu ailles voir Phil Cohran. Phil était l’un des fondateurs de l’AACM, et je suis restée avec lui pendant quatre ou cinq ans. Il organisait un atelier de musique noire le samedi matin. J’ai apporté ma basse à Phil et il m’a dit que vous étiez le bienvenu à l’atelier, mais de quels autres instruments jouez-vous ? J’ai répondu que j’avais un sitar à la maison, mais que je ne pouvais pas vraiment en jouer parce que les Indiens m’ont dit que je devais étudier pendant cinq ans et m’entraîner huit heures par jour, et que je ne pouvais donc pas le sortir. Il m’a dit : « Sister, cet instrument vient d’Afrique, tout comme toi. Apporte-le ici. Cela m’a donné la permission de m’étendre et de m’exprimer, de m’exprimer sur le sitar et c’est ce que j’ai fait depuis.

Il a écrit de la musique pour moi et il a écrit un duo de harpe et de sitar qui était vraiment magnifique. Il m’a écrit un blues de sitar et vous savez, c’était juste une expérience merveilleuse d’apprendre de lui, et c’est ce qui a lancé ma carrière, en fait.

PAN M 360 : On ne peut s’empêcher de penser à Alice Coltrane lorsqu’on entend parler de votre musique. A-t-elle été l’une de vos influences ? Êtes-vous dans la même quête ?

SHANTA NURULLAH : Oh, absolument. Alice Coltrane est l’une de mes plus grandes inspirations. J’ai eu l’honneur de passer un après-midi avec elle. Cela a été l’un des moments les plus forts de ma vie, de pouvoir la rencontrer et lui parler. Elle continue de m’inspirer. Lorsque j’écoute sa musique, j’entends encore aujourd’hui des choses que je n’avais jamais entendues auparavant. Sa musique parle d’universalité, d’amour, de liberté. Je suis un musicien spirituel comme ça, un musicien qui est, comment dire, ouvert à l’énergie de l’univers, du moment. Je joue ce que je ressens et ce que j’entends, et surtout j’aime jouer avec d’autres personnes et explorer la communication avec d’autres musiciens. C’est de la création, de la création collective.

PAN M 360 : C’est de la musique créative. Merci beaucoup Shanta.

SHANTA NURULLAH SE PRODUIT AUX SUONI PER IL POPOLO, SALA ROSSA, MERCREDI 14 JUIN. INFOS & BILLETS ICI

Violoncelliste reconnue internationalement et lauréate de plusieurs prix, Elinor Frey présentera le concert Go Baroque! dans le cadre du Festival de musique de chambre de Montréal. Son programme sera consacré entièrement à la musique de Giuseppe Dall’Abaco. Ce compositeur italien de la seconde moitié du 18e siècle, violoncelliste lui aussi, est relativement peu connu, mais gagne à être découvert. 

À l’occasion de ce concert, Octavie Dostaler-Lalonde (violoncelle), Mélisande McNabney (clavecin) et Michel Angers (théorbe) joueront également les œuvres de Dall’Abaco. Pour donner un avant-goût de ce concert, Elinor Frey a répondu aux questions de PAN M 360.

PAN M 360 : Ça fait maintenant plusieurs années que vous vous intéressez à Giuseppe Dall’Abaco, n’est-ce pas?

Elinor Frey : Oui. En fait, la semaine dernière, j’ai enregistré mon troisième disque consacré à ce compositeur. J’ai édité ses œuvres pour violoncelle, et j’ai terminé le travail de cette première édition l’année dernière. Il y a 40 œuvres réparties dans 7 volumes, dont 35 sonates, 3 duos et 2 trios. 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui distingue le style de Giuseppe Dall’Abaco?

Elinor Frey : C’est un compositeur très intéressant, de style galant. Il mélange les styles nationaux italiens, français et allemands avec une très belle compétence. Sa musique est virtuose, les mélodies sont belles et le continuo est très bien écrit. J’ai très hâte de partager cette belle musique avec le public, je suis absolument certaine qu’il va aimer!

PAN M 360 : Qu’y a-t-il de particulier avec les œuvres choisies pour le concert que vous présenterez bientôt?

Elinor Frey : J’ai choisi ce répertoire pour deux raisons. La première, c’est pour la variété du répertoire. Je vais jouer en solo, en duo avec un deuxième violoncelle, et il y aura aussi des sonates. J’ai choisi ces pièces pour faire entendre une variété de genres. La deuxième raison est que je voulais proposer des pièces avec thème et variations. Dans un menuet que je vais jouer, il est écrit variation ad libitum. Ce qui signifie que le violoncelliste peut ajouter des variations lui-même. 

PAN M 360 : Alors, vous jouerez de vos propres compositions ?

Elinor Frey : Oui, j’ai écrit mes propres variations. Pendant le concert, je vais jouer, bien sûr du Dell’Abaco, mais aussi des variations que j’ai écrites dans le style de ce compositeur. Mais il y a aussi une part de moi dans ces compositions. C’est un côté intéressant pour moi à présenter au public, c’est la première fois que je présenterai mes variations. 

PAN M 360 : Quel parcours d’écoute proposez-vous au public avec ce concert?

Elinor Frey : Je dirais un parcours de découverte. Quelques-unes des pièces que je vais jouer ont déjà été enregistrées, alors peut-être que le public les connaît déjà. Mais pour le reste, ce sera nouveau. J’adore penser que le public nous donne leur confiance, qu’il vient nous entendre parce qu’il nous croit, qu’il a confiance que nous allons lui livrer une belle expérience. Et je suis ravie quand un membre du public vient me voir et me dit « je n’ai jamais entendu cette pièce, mais j’adore »! Je pense qu’on peut avoir une expérience live qui apporte des émotions, de bons feelings, des excitations, tout ça, sans nécessairement jouer des œuvres déjà très, très connues. Et ça, c’est un côté de ma vie, de ma recherche, que j’aime beaucoup : avoir l’opportunité de donner une nouvelle expérience au public,

PAN M 360 : Justement, parlant du contact avec le public : vous avez présenté un petit concert-conférence le 8 juin en lien avec le concert Go Baroque! Pourquoi était-ce important pour vous de proposer ce format au public?

Elinor Frey : Pour moi, c’est super divertissant de prendre les questions du public, de piquer sa curiosité, de changer un peu les idées sur mon instrument. J’aime enseigner ce que c’est que le violoncelle, le répertoire important, les détails historiques importants… Et je peux permettre au public de mieux comprendre l’histoire, et par le fait même de comprendre mes choix d’interprétation. Je pratique l’interprétation historiquement informée, mais aussi l’interprétation culturellement informée. Par exemple, Dall’Abaco était italien, donc était influencé par cette culture, mais il a vécu en Allemagne. Comment la vie autour de lui a influencé sa musique? Si je peux partager ça avec le public, il écoute avec des oreilles différentes, il est attentif d’une manière différente. Le public a la chance de mieux suivre mes intentions et toutes les complexités de la musique, et je trouve ça généralement très intéressant. 

PAN M 360 : Et vous ne serez pas seule sur scène! Parlez-nous de vos collaborateurs.

Elinor Frey : Ce sont des musiciens que j’adore! Ils sont excellents, je m’attends à un très beau concert. J’ai d’ailleurs sorti un album tout récemment avec Octavie Dostaler-Lalonde et Mélisande McNabney. Ce concert sera l’occasion d’entendre des musiciens qui sont connus internationalement, mais qui ont un lien très fort avec Montréal, c’est une bonne occasion de célébrer le talent local. 

PAN M 360 : Finalement, quelle expérience de concert proposez-vous avec Go Baroque?

Elinor Frey : Je pense que c’est une chance de profiter de la beauté du violoncelle baroque avec un compositeur qui est très naturel, mais aussi surprenant à la fois. C’est relaxant, je dirais. Et profiter aussi de la beauté des couleurs, de la combinaison du violoncelle, du clavecin, c’est une beauté pour les oreilles. C’est aussi une chance de voir quatre excellents musiciens en action. Ce concert permet de découvrir un compositeur qui, dans les prochaines années, va devenir de plus en plus important. J’ai déjà vu le changement en ce sens, il est devenu très connu parmi les violoncellistes. Chaque génération participe au changement du répertoire, qui change d’année en année, et on peut participer à cette évolution intéressante. 


Go Baroque! sera présenté le 12 juin 2023 à 19h30 dans le cadre du Festival de musique de chambre de Montréal. Avec Elinor Frey et Octavie Dostaler-Lalonde (violoncelles), Mélisande McNabney (clavecin) et Michel Angers (théorbe). Le concert aura lieu à la Salle Bourgie. INFOS ET BILLETS ICI

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