Depuis ses débuts en 2010, Moon Hooch est devenu un phénomène international grâce à sa musique de danse jazz très énergique, principalement composée de deux saxophones et d’un fond de percussions pour le moins impressionnant. Le groupe a gagné en notoriété depuis ses spectacles dans le métro new-yorkais et vient de sortir son septième album, My Head & My Heart. Nous nous sommes entretenus rapidement avec Moon Hooch avant sa prestation au FIJM.

PAN M 360 : Est-ce que vous  » empruntez  » encore des véhicules dans la rue ? Montréal en est pleine, alors vous ne serez jamais en manque.

Moon Hooch : Haha. Nous les empruntons en effet !

PAN M 360 : Quand cette histoire de cônes a-t-elle commencé ? Avec les spectacles dans le métro ?

Moon Hooch : Wenzl a commencé par utiliser un tube en carton pour abaisser le ton. Dans l’Iowa, nous avons perdu le tube et il a décidé d’essayer un cône de circulation, gracieuseté de la ville d’Iowa.

PAN M 360 : Vous avez dû vous démener pour jouer ces spectacles dans le métro, des heures et des heures par jour ?

Moon Hooch : Nous nous sommes démenés toute la journée et toute la nuit. On rentrait à la maison le soir pour compter l’argent et expirer la saleté noire hors de nos murs.

PAN M 360 : A l’époque, pensiez-vous que vous deviendriez un jour un groupe de tournée ?

Moon Hooch : Nous n’avions pas d’autre intention que de nous démener et de faire lever la pâte. C’est devenu une bête à part entière !

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler de l’énergie qui se dégage d’un concert de Moon Hooch ?

Moon Hooch : L’énergie de notre spectacle est soutenue par la force de tous les grands qui nous ont précédés. Nous faisons appel au monde des esprits pour nous alimenter et élever le public hors de ses formes corporelles dans la rivière sans fin de l’amour et de l’inspiration que nous partageons tous inconsciemment.

PAN M 360 : Y a-t-il de la place pour improviser sur les chansons en live ?

Moon Hooch : Notre spectacle fait une large place à l’improvisation. Nous avons une structure, mais juste assez pour soutenir la spontanéité.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler du fait de jouer votre musique en direct et de la sorte de conscience accrue que l’on éprouve, en tant que spectateur, avec une musique de danse principalement instrumentale ?

Moon Hooch : La musique instrumentale a un effet magique sur l’auditeur si elle est jouée correctement. Parce que le son est un langage commun et que tout est vibration, je crois que nous faisons tous partie d’une musique cosmique appelée la vie. La musique instrumentale a le pouvoir de nous le rappeler.

PAN M 360 : En plus de votre propre musique, vous faites des reprises au saxophone, la dernière étant « Barbie Girl ». On a vraiment l’impression que vous ne manquerez jamais de matériel.

Moon Hooch : Haha ! Nous aimons nous amuser et faire des bêtises. Il est important de ne pas prendre les choses trop au sérieux !

PAN M 360 : L’alchimie que vous avez sur scène est assez contagieuse, pouvez-vous nous parler de la façon dont elle s’est développée depuis le premier jour ?

Moon Hooch : Cela fait presque 14 ans que nous jouons ensemble. Plus nous jouons, plus c’est comme si un champ d’énergie se construisait autour de nous, qui nous soutient dans notre voyage et dans notre musique.

PAN M 360 : Il y a beaucoup d’instruments sur scène, des saxophones, des synthés, des clarinettes et des instruments à vent électroniques.

Moon Hooch : Nous faisons cela depuis longtemps ! C’est comme faire du vélo… on s’y habitue.

PAN M 360 : Quelqu’un m’a dit un jour que vous étiez sa porte d’entrée dans la musique jazz. Même si je ne considère pas ce que vous faites comme du jazz à part entière, qu’en pensez-vous ?

Moon Hooch : Je pense que c’est magnifique. Le jazz est incroyablement profond et puissant et sans lui, nous ne serions pas des musiciens.

https://open.spotify.com/album/1pDPO5x7I3FAEdYl42sWG3

Moon Hooch se produit au FIJM ce samedi, au Gesu, 22h30

Le pianiste et batteur et compositeur (!) Julius Rodriguez, 24 ans, est un talent brut magnifié par une très solide formation académique. Le talent, il l’exposait déjà avant même l’adolescence en jammant avec des pros au club Small’s de New York. La formation, c’est à Juilliard, rien de moins, qu’il l’a reçue, en jazz ET classique, rien de moins non plus! Un contrat chez Verve et la parution de son premier album en tant que leader en 2022 (Let Sound Tell All) est venu finaliser l’arrivée graduelle mais inévitable dans le monde de l’élite du jazz. Un jeune homme d’apparence discrète, mais qui brûle de créativité intérieure, et du désir de l’exprimer musicalement. 

Samedi 1er juillet à 20h et 22 h au Pub la Traversée Molson Export de la Place tranquille du Quartier des spectacles à Montréal (deux sets gratuits, donc), le public montréalais pourra entendre pour la première fois au Canada en tant que feature et leader, Julius Rodriguez en action. Installez-vous bien sur les lieux et profitez de la magie du Festival qui vous donne accès à ce genre de très haut niveau artistique, aux frais de la marquise!

Pan M 360 : Bonjour Julius. C’est la première fois que vous venez à Montréal. Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être dans cette programmation du Jazz Fest ?

Julius Rodriguez : Ce sera mon premier concert hors des États-Unis en tant que leader, donc c’est important pour moi. J’ai vraiment hâte d’y être.

Pan M 360 : Vous avez commencé très jeune, donc, même à 24 ans, vous avez eu le temps de mûrir pas mal. Néanmoins, il y a quelques années, vous avez dit dans une interview que vous ressentiez la pression d’être « réglo », que vous ne vouliez pas que les gens disent que vous ne connaissiez pas l’histoire du jazz ou, au contraire, que vous n’ameniez pas la musique vers l’avant. Ressentez-vous toujours cette pression ?

Julius Rodriguez : Non, cette pression n’est plus du tout la même qu’à l’époque où j’ai donné cette interview.

À l’époque, je voyageais avec beaucoup d’autres musiciens et je jouais la musique d’autres personnes. C’était donc un travail en soi, mais maintenant que je peux jouer ma propre musique, c’est en quelque sorte la validation que la façon dont je vois la musique est une proposition avec laquelle les auditeurs peuvent être d’accord.

Pan M 360 : Vous avez également dit ailleurs que le jazz n’est pas le type de musique le plus répandu de nos jours, et qu’il faut donc faire preuve de créativité pour atteindre les gens et attirer l’attention. Avez-vous trouvé le moyen ? Ou cherchez-vous encore ?

Julius Rodriguez : Je ne dirais pas que j’ai une formule particulière ou une façon de faire. Mais je pense que la meilleure méthode est d’être aussi vrai et honnête que possible dans son art. Parce que lorsque vous faites cela, c’est une sorte de preuve indéniable. Même lorsque vous voyez des gens qui ne sont pas aussi géniaux que ce qu’ils souhaitent, vous pouvez dire qu’ils ressentent vraiment la musique et qu’ils vous font ressentir cette énergie. Alors, que vous aimiez ou non la musique, vous apprécierez la performance parce que vous savez qu’ils sont connectés à ce qu’ils font d’une manière très spéciale. Pour ma part, j’essaie toujours d’être aussi honnête que possible avec la musique. Je pense que c’est grâce à cette honnêteté que l’on peut communiquer avec les gens, qu’ils sachent ce que l’on fait ou non, ou qu’ils soient d’accord ou non avec ce que l’on fait.

Pan M 360 : Vous connaissez très bien les styles et les techniques de la musique classique et du jazz. Vous êtes aussi un jeune homme de votre temps, ce qui signifie que vous vous intéressez aussi au hip hop et à la soul, et que vous combinez tout cela. Quel est votre processus de composition ?

Julius Rodriguez : Je suppose que c’est une question d’improvisation et d’expérimentation. J’aime essayer d’écrire des mélodies qui me semblent polyvalentes. J’écris donc une pièce, je la joue avec des musiciens. J’essaie ensuite d’arranger la même chanson pour un groupe qui joue du R&B, ou si j’ai un musicien qui joue du rock, je lui demande comment il peut déformer la chanson, en lui donnant l’espace nécessaire pour faire ce qu’il fait dans son idiome musical. Il s’agit simplement d’essayer de s’adapter à différentes situations. Et c’est ainsi que la musique, pour moi, finit par s’adapter à différents types et styles parce que je suis juste ouvert à la laisser être quelque chose d’autre. 

Pan M 360 : Pensez-vous qu’il soit obligatoire pour les musiciens d’aujourd’hui de s’imprégner de tous les types de musique et de les mélanger ?

Julius Rodriguez : Dans une certaine mesure, oui. Parce que même si vous écoutez de la musique que vous n’aimez pas ou que vous ne voulez pas jouer, je pense que vous devez savoir ce que c’est pour savoir ce qu’il ne faut pas faire. Il est bon d’être conscient de tout. Même si ce n’est pas ce que vous voulez faire.

Pan M 360 : Vous avez un album très récent (Let Sound Tell All), et un seul EP avant cela. J’imagine que vous allez jouer ce matériel et probablement de nouvelles choses aussi dans vos deux sets à Montréal ?

Julius Rodriguez : Il y aura certainement de la nouvelle musique sur laquelle nous avons travaillé. Et vous savez, ça fait partie de mon processus, de mettre la musique dans des lieux et des situations différentes, pour voir comment les gens s’en accommodent. Voir comment le public réagit, voir comment nous nous sentons en jouant dans de nouveaux espaces. 

Pan M 360 : La pandémie a-t-elle eu un impact sur vous, sur votre processus créatif ?

Julius Rodriguez : Cela m’a forcé à me concentrer sur la musique d’une manière différente. Et à compter davantage sur moi-même que sur les gens qui m’entourent. Avant la pandémie, j’essayais juste d’aller en studio autant que possible, ce qui est toujours important. Mais je n’avais pas réalisé à quel point je devais consacrer du temps et de l’attention aux détails lors de la post-production. J’ai donc commencé à prêter plus d’attention au son global de la performance lors de l’enregistrement, et à trouver des moyens d’élargir la palette sonore. L’enregistrement est censé être différent pour moi. 

Pan M 360 : À quel point peut-on s’attendre à un nouvel enregistrement dans l’avenir ? 

Julius Rodriguez : Je travaille sur de nouveaux morceaux. Je l’ai fait presque toute l’année. J’ai beaucoup de temps sur la route. Peut-être à un moment donné l’année prochaine, on verra. 

Pan M 360 : Vous avez dit ailleurs que, au cours des premières années, vous vous sentiez intimidé par d’autres musiciens bien établis autour de vous. Y a-t-il eu un moment où vous avez réalisé que vous possédiez votre espace, que vous étiez, à ce stade, l’un de leurs pairs ?

Julius Rodriguez : Je crois que c’est la première fois que j’ai rencontré des musiciens d’autres régions des États-Unis que j’ai commencé à vraiment évoluer. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé mon programme universitaire de musique. Là, je me suis dit : « D’accord, il y a d’autres personnes qui sont aussi sérieuses que moi en matière de musique. Et vous savez, ils sonnent encore mieux que moi’’. J’ai donc un but à atteindre. Cela m’a incité à tout prendre et à franchir l’étape suivante pour en faire mon objectif et ma profession. Mais en réalité, cela ne m’est pas venu d’un seul coup. C’est plutôt un épanouissement progressif.

Pan M 360 : Un autre aspect unique de votre personnalité est le fait que vous jouez à la fois du piano et de la batterie ! Vous dites souvent que chaque instrument et sa technique influencent la façon dont vous jouez de l’autre. De quel instrument jouez-vous le plus souvent, et comment choisissez-vous, à chaque fois, celui que vous allez jouer dans un morceau particulier ?

Julius Rodriguez : En ce moment, je joue plus de piano. Ce n’est pas vraiment un choix, c’est juste arrivé. Et je ne sais pas s’il y a une façon de choisir ce que je vais jouer à tel ou tel moment. Peut-être que c’est l’instrument avec lequel j’ai composé le morceau. Par exemple, pour la chanson Two Way Street sur l’album, j’ai composé le début à la batterie. J’ai donc joué la batterie. Cela vient naturellement. Je le sens. Mais cela dépend souvent de l’instrument à partir duquel j’ai composé le morceau, car lorsque je compose un morceau à partir d’un instrument spécifique, je gravite autour de cette partie en particulier. 

Pan M 360 : Vous avez étudié à la fois le classique et le jazz. Comment voyez-vous la place de ces deux styles musicaux riches en interaction au 21è siècle ?

Julius Rodriguez : Il est évident que l’harmonie classique influence toujours le jazz et le jazz moderne. D’un autre côté, j’ai l’impression que, de nos jours, la musique classique intègre de plus en plus d’éléments inventés par l’avant-garde du jazz et du free jazz. Tout cela vient du même endroit et se transforme en quelque sorte pour devenir la même chose, mais chaque partie influence l’autre. C’est une bonne chose.

Pan M 360 : Envisageriez-vous d’écrire quelque chose dans un style classique plus moderne ?

Julius Rodriguez : Oui, j’ai déjà commencé à le faire. Sur la version Deluxe de Let Sound Tell All, il y a une pièce qui s’appelle Dora’s Lullaby, et elle est en grande partie entièrement écrite. J’ai d’autres pièces de ce type sur lesquelles nous travaillons pour le prochain album. Nous en jouerons probablement au festival. Donc, oui, je le ferai certainement plus souvent à l’avenir.

Pan M 360 : Julius, c’était un grand plaisir de parler avec vous. J’ai hâte de vous entendre samedi soir !
Julius Rodriguez : Merci, c’était un plaisir pour moi aussi.

JULIUS RODRIGUEZ SE PRODUIT CE SAMEDI AU FIJM, PUB LA TRAVERSÉE MOLSON EXPORT, 20H ET 21H

Love in Exile est un projet discographique mené par la chanteuse/productrice Arooj Aftab, le claviériste et improvisateur Vijay Iyer et le bassiste/producteur Shahzad Ismaily, tous basés dans la région de New York. Transposé sur scène au FIJM, cette collaboration a titillé notre mélomanie car ce projet réunit des artistes d’horizons différents qui partagent des origines indiennes ou pakistanaises. Inévitablement, l’héritage culturel des protagonistes nous conduit à des improvisations teintées des couleurs de l’Asie du Sud, mais qui s’inscrivent aussi dans un langage musical très ouvert, qui prend forme en Occident, plus particulièrement aux États-Unis. Le caractère méditatif de ce récent album n’est donc pas son seul vecteur, préviennent les trois artistes interviewés dans leur loge au Monument National, peu avant de monter sur scène.

PAN M 360 : Il s’agit donc d’un projet en trio, au sein duquel chaque membre a-t-il une importance égale ? Chacun contribue au même objectif ? Pouvez-vous nous parler de ce travail d’équipe ? Comment s’est-il construit ? Qu’est-ce qui l’a motivé ?

Vijay Iyer : Je pense que la meilleure façon de le dire est que nous avons eu l’occasion de jouer ensemble il y a cinq ans, spontanément. Et nous avons immédiatement eu le sentiment que c’était quelque chose de durable. Je pense que c’est comme ça que les meilleurs groupes commencent, avec un sentiment comme « Oh, ça ressemble à quelque chose ». Ce n’était rien de plus que cela. Mais ce n’était pas non plus quelque chose de moins que ça.

Arooj Aftab : Je suis d’accord. Oui, c’était spécial au point que nous voulions le refaire, parce que vous savez, vous pouvez réunir des groupes spéciaux pour différentes occasions, vous savez, comme des présentations en collaboration, et ensuite vous ne pouvez pas, vous aimeriez et vous diriez,  » Ok, c’était vraiment merveilleux « . Mais nous n’allons pas le refaire. Mais nous l’avons refait. Et c’était encore une fois extraordinaire. Et nous l’avons fait une troisième fois. Et on s’est sentis encore… si c’était si fort.

PAN M 360 : On ne peut pas dire que c’est une sorte d’ambient instrumental, ce serait réducteur et simpliste. Vos explications seront meilleures !

Shahzad Ismaily : Je dirai une chose à ce sujet : parfois, pas toujours, mais parfois, si j’ai l’impression que quelques morceaux ont évolué pour devenir trop calmes, je peux décider de prendre la basse et de laisser le morceau suivant être actif ou de laisser le morceau suivant commencer avec une ligne de base qui, faute d’un meilleur mot, pourrait être un peu funky ou rythmique ou provenir d’un espace différent. Dans ce sens, je pense vraiment que la musique pourrait aller dans beaucoup d’autres directions, bien qu’elle atterrisse souvent dans une sorte d’espace où le cœur est profondément pris en compte. Parfois, il l’a fait, elle est ouverte à d’autres types de choses. Oui, par exemple, nous avons joué hier soir à Ottawa. Il y avait un morceau qui comportait des sons anarchiques et chaotiques de Vijay et moi, et Arooj qui chantait au centre du morceau. Il s’agissait donc d’un espace non méditatif et non paisible.

Vijay Iyer : Une amie à moi qui m’a parlé après le concert m’a dit qu’elle était avec une amie à elle. Et cette amie lui a dit : « Eh bien, si ces musiciens essaient d’évoquer un grand nombre de sentiments différents, ils ont réussi. Il ne s’agit donc pas seulement d’extase et de plaisir, vous savez, ou de stase, ce n’est pas seulement cela. Il y a aussi souvent de la tension. Il s’agit donc d’une sorte de tension qui trouve son propre chemin vers la résolution. Nous parlons ensuite de tension et de relâchement. C’est comme ça, à l’échelle de la respiration ou des sentiments dans le mariage et de la réception. Oui, mais il s’agit toujours d’un principe similaire. Nous pouvons commencer quelque part où il y a une question. Puis nous trouvons une réponse à cette question.

PAN M 360 : À propos des références culturelles dans cette musique : bien sûr, il serait réducteur et simpliste de percevoir cette musique comme une mise à jour moderne des traditions sud-asiatiques ou orientales. Ce ne serait pas pertinent.

Shahzad Ismaily : C’est utile de vous entendre exprimer cela, parce que nous rencontrons souvent des journalistes, ou même simplement des auditeurs, ou des fans après l’émission, qui n’ont pas la délicatesse de voir cela ou même de commencer de cette façon. Parce que ce qui est intéressant, c’est qu’après avoir dit ça, ça nous permet d’aller plus loin au lieu de recommencer au point de départ.

PAN M 360 : Oui, chacun d’entre nous a une histoire avec ses ancêtres musicaux, c’est impossible de l’éviter. Mais en même temps, ce n’est pas la question. Tout se passe à travers nous. Prenons l’exemple d’Arooj. Il y a des choses traditionnelles, mais Arooj fait de la musique contemporaine et universelle.

Arooj Aftab : Oui, je veux dire que je peux explorer les nombreuses influences qui m’ont amené à chanter comme je le fais. Et j’explore le chant, j’explore la voix en tant qu’instrument avec ce groupe, ce qui est assez difficile à faire. Et je ne pense pas que le code soit encore tout à fait déchiffré. C’est donc vraiment, vraiment agréable pour moi d’explorer cela dans chaque spectacle. Et de vraiment, vous savez, entrer sans complexe dans mon Sade, dans mon Mariah, dans mon Ella, dans ma force intérieure, etc. tout au long du concert. Il s’agit donc de montrer une grande variété vocale, ce que je ne fais pas dans mon projet solo. Je suis davantage un producteur. Je suis plus un égalitaire qui se concentre sur la musique. Et le chant n’est pas aussi virtuose.

PAN M 360 : Oui, on peut dire que vous êtes plus dans la créativité de la production que dans la performance technique.

Arooj Aftab : Oui, les émotions sont très… Parfois, quand nous jouons, c’est juste amusant et loufoque. Donc oui, c’est un beau projet qui contient beaucoup de couleurs différentes.

PAN M 360 : Et il y a aussi une différence entre chaque performance de ce trio et ce qui peut se passer en studio.

Vijay Iyer : Oui, à chaque fois que nous nous sommes produits ou que nous avons enregistré ensemble, nous avons adopté la même approche, c’est-à-dire que nous partons de rien. Et nous commençons à construire ensemble à partir de tous les éléments offerts par chacun d’entre nous. Ainsi, chaque morceau émerge de ce processus. Et nous ne nous accrochons pas et ne disons pas :  » Refaisons celle-là « .

PAN M 360 : Il n’y a donc pas de setlist planifiée avant un concert.

Vijay Iyer : Oui, je dirais même qu’il n’y a pas de répertoire. Il y a plutôt des éléments, des ingrédients ou des processus qui sont devenus de plus en plus familiers. Nous l’avons fait plusieurs fois. . Nous l’avons fait plusieurs fois. Je pense que l’autre chose, c’est que le processus nous donne l’occasion de nous canaliser ensemble. Nous aimons puiser dans tout ce qui se révèle, et tout ce qui vient à travers nous, vous savez, mais ensuite, au cours de cela, nous essayons de trouver ce que nous pouvons faire ensemble. Ces différentes possibilités se révèlent au fur et à mesure que nous nous rassemblons autour d’une nouvelle façon de faire quelque chose ensemble.

PAN M 360 : Oui. Et votre jeu est assez différent de ce que vous faites dans vos propres ensembles, vous savez, il n’est pas, il n’est pas basé sur, vous savez, une grande virtuosité ou des constructions compliquées. Il s’agit, vous savez, d’être très, très présent dans l’instant et de réagir. N’est-ce pas ?

Vijay Iyer : Eh bien, j’aime à penser que tout ce que je fais est comme ce sentiment d’être dans le présent ! (rires) Oui, c’est vrai. Et j’ai l’impression qu’il y a une écoute dans ce groupe. C’est assez spécial et la virtuosité implique également la capacité d’exceller dans le calme apparent. Oui, c’était assez spécial. C’est donc en quelque sorte la raison pour laquelle nous continuons à le faire à cause de cela.

PAN M 360 : Oui, il est parfois plus difficile d’être calme et simple que d’être très compliqué et très technique. Les deux sont importants, mais il faut maîtriser les deux. Merci beaucoup.

AROOJ AFTAB , VIJAY IYER ET SHAHZAD ISMAILY se sont produits au MONUMENT NATIONAL LE JEUDI 29 JUIN.

La chanteuse et autrice-compositrice brésilienne Marisa Monte donnera deux concerts pendant le festival de Jazz, les 4 et 5 juillet. Ce sera  pour nous présenter son album Portas, réalisé pendant la pandémie et paru en 2021. Portas est son premier album de chansons originales en dix ans. 

Marisa Monte allie sophistication et popularité avec une recette dont elle seule détient le secret. Pour vous en convaincre écoutez Voce nao liga, mélange de cordes, de funk et d’arrangements jazzy. 

Elle a répondu à nos questions.

PAN M 360: À quand remonte votre dernière visite à Montréal?

Marisa Monte: C’était en 1997 et je suis très heureuse d’y revenir pour deux soirs dans ce festival rempli d’histoire et de traditions.

PAN M 360: Vous venez chez nous pour présenter votre dernier opus, Portas. Comment le décririez-vous et comment se distingue-t-il des précédents?

Marisa Monte: C’est un album qui célèbre la vie, les rencontres, la musique, le collectif et la connexion humaine à travers l’art.

Nous avons produit un disque qui se voulait une respiration naturelle, comme un concert en studio. Nous avions tellement besoin d’être ensemble durant la pandémie.

PAN M 360: J’ai écouté la grande majorité de vos albums. Pour moi, vous représentez l’exemple du fait qu’on peut, à la fois, faire de la musique très populaire et extrêmement sophistiquée. Êtes-vous d’accord ?

Marisa Monte: Quand je compose ou enregistre, je tente de faire de mon mieux pour exprimer mes sentiments. Parfois, j’arrive à communier avec l’âme de plusieurs personnes. Je cherche également à m’allier avec les meilleurs talents, mes amis et mes mentors, pour créer une atmosphère d’amour de la musique qui nous permet d’inventer notre propre langue. 

PAN M 360: Comment percevez-vous la place des femmes de votre génération dans la musique brésilienne. Je pense à vous, Adriana Calcanhotto (recensé récemment dans PAN M 360) et plusieurs autres, comparativement à celle de la génération précédente (Maria Bethania, Gal Costa) ?

Marisa Monte: Nous composons davantage, nous sommes plus impliquées dans toutes les étapes de la production. Cela reflète l’avancement des femmes dans la société brésilienne et leur désir de raconter leurs propres histoires. Les femmes des générations précédentes étaient de grande voix et de fabuleuses interprètes. 

PAN M 360: Une des choses qui me fascinent dans la musique populaire sud américaine c’est le nombre incroyable de collaborations entre artistes.  Un grand exemple brésilien, c’est le trio Tribalistas, formé d’Arnaldo Antunes, de Carlinhos Brown et de vous. J’ai vu le spectacle de 2019 à Montévideo en Uruguay , devant 9,000 spectateurs; c’était magique. Comment expliquez vous le grand succès de Tribalistas?

Marisa Monte: Nous sommes trois artistes très différents, auteurs-compositeurs avec nos propres carrières . Mais nous étions des amis et nous avons conçu l’idée de Tribalistas, en 2002. Nous avons écrit treize chansons ensemble en une semaine. Puis il y eut ce désir spontané d’enregistrer cette matière  et de voir ce que ça donnerait. Ça a été très bien reçu. Quinze ans et d’innombrables chansons plus tard, nous avons récidivé avec un second album, qui a été suivi d’une tournée mondiale. Il nous arrive encore d’écrire ensemble, en duo ou trio, de façon éparpillée. C’est une rencontre très heureuse pour moi. 

(Notez que Arnaldo Antunes et Carlinhos Brown participent à quelques chansons de Portas.)

PAN M 360: Sur le même thème, dans votre dernier opus, la chanson Vento Sardo est un duo avec l’auteur-compositeur uruguayen Jorge Drexler. Vous même participez au dernier disque de l’argentin Fito Paez, qui est une reprise de son album emblématique El Amor Despiues Del Amor. Malgré la différence linguistique , y’a-t-il une solidarité complémentarité?

Marisa Monte: J’adore collaborer avec des artistes hispanophones, avec qui nous entretenons une proximité culturelle et des affinités. Nous sommes le seul pays portugais d’Amérique latine, mais nous avons une histoire coloniale semblable et cette sensation d’habiter le Nouveau Monde. Fito et Jorge sont des artistes phénoménaux, inspirants. Chanter et composer avec eux est un grand privilège.

PAN M 360: Dans vos concerts du 4 et 5 juillet à Montréal, que nous présenterez vous, en plus de Portas?

Marisa Monte: Vous entendrez des chansons qui couvrent mes 35 ans de carrière, en espérant que ces chansons fassent partie de votre vie.

PAN M 360: Portas m’apparait comme un disque musicalement  assez festif, bien que plusieurs chansons abordent des thèmes plus difficiles. Souhaitiez-vous injecter une dose d’autisme dans votre pays qui est si inégal et si divisé politiquement ?

Marisa Monte: Nous vivons dans un monde très divisé, ceci n’est pas réservé au Brésil, c’est une caractéristique du monde contemporain. Malgré ses problèmes, je crois que le Brésil a un potentiel créatif qui pourrait inspirer beaucoup de gens.

MARISA MONTE SE PRODUIT À GUICHETS FERMÉS LES 4 ET 5 JUILLET AU THÉÂTRE MAISONNEUVE, DANS LE CADRE DU FIJM

Pour lancer un tel projet discographique avec le Quatuor Molinari, on ne peut venir de nulle part ! Soliste de l’album Lumières nordiques,  pour hautbois et quatuor à cordes paru ce printemps sous étiquette Atma Classique, Vincent Boilard est effectivement un interprète de premier plan: hautbois solo associé à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et chargé de cours à l’Université de Montréal depuis 2015, pour ne nommer que ses principales occupations !

Ces compétences de haut niveau lui ont ainsi valu une collaboration des plus concluantes auprès du Molinari. Le concert-lancement eut lieu en avril dernier, PAN M 360 tenait aussi à marquer le coup à l’orée de l’été, car il n’est pas si courant qu’un hautboïste de cette trempe enregitre des œuvres contemporaines avec un quatuor à cordes d’une telle qualité.

PAN M 360 : Cet album là, avec le Molinari, vous l’avez mijoté pendant la pandémie.  Lors du concert-lancement en avril dernier, vous avez  raconté que vous aviez effectué des recherches vous ayant mené à la confection de cet enregistrement. Pourriez-vous revenir là-dessus en guise d’introduction?

VINCENT BOILARD : Oui, absolument. Je ne sais pas si vous saviez, mais j’avais déjà fait un disque en 2014 avec mon collègue pianiste Olivier Hébert-Bouchard avant de gagner mon poste à l’OSM. Et ma vie a déboulé à partir de 2015 :  j’ai obtenu mon poste permanent à l’OSM,  j’ai eu trois enfants. Évidemment, je n’avais pas beaucoup de temps! Pendant la pandémie, mes enfants étaient un peu plus grands, j’ai eu du temps pour réfléchir à mon identité artistique. 

PAN M 360 : Et de quelles façon cette identité s’est-elle précisée?

VINCENT BOILARD : Quand j’ai étudié en Suisse  (maîtrise en interprétation à la Haute École de musique de Genève ),  mon mémoire  portait  sur le travail d’Heinz Holliger, un grand hautboïste  suisse qui a fait beaucoup de travail pour le répertoire de la musique moderne. Après l’avoir rencontré en Suisse pour mes études, cet engagement pour la musique moderne et/ou contemporaine m’est toujours resté en tête. Avec la pandémie, j’ai eu plus de temps pour y réfléchir. J’ai pu faire des recherches sur le répertoire contemporain du hautbois, j’ai alors déniché des pièces pour hautbois et quatuor à cordes qui n’avaient jamais été enregistrées. Je trouvais qu’en tant que hautboïste canadien, c’était important pour moi de faire ma part, en faisant découvrir des œuvres de compositeurs d’ici. Sinon, qui les jouerait ? Qui les ferait découvrir ? 

Pendant la pandémie, c’était donc un bon moment pour mener ces recherches. J’ai fait les demandes de subventions, j’ai obtenu le financement. Je suis parti avec le Quatuor Molinari, puis j’ai rencontré les compositeurs. Ça a été un projet qui m’a fait du bien aussi parce que j’ai trouvé ça dur, la pandémie, étant un gars qui a toujours des projets, toujours en mouvement. Arrêté, je trouvais ça difficile et j’avais finalement un projet à mener. J’ai cherché le répertoire, et pas juste des pièces pour  hautbois et quatuor à cordes. Je me suis arrêté lorsque j’ai estimé qu’il y avait la substance nécessaire pour  un album complet. Le matériel musical était assez intéressant selon moi, parce que ce sont quatre univers riches et contrastés. 

PAN M 360 : Ce projet dépasse donc la stricte interprétation des œuvres!

VINCENT BOILARD : Ça fait connaître différents aspects de la musique contemporaine, ça peut  inspirer d’autres compositeurs. Ça me permet de dire aussi aux gens que les œuvres de la musique contemporaine, ce n’est pas juste des œuvres extrêmement atonales, pas écoutables! Au contraire, ces œuvres ont leur cachet propre. Une œuvre plutôt jazz, une autre plus moderne,  une autre romantique, etc.  Et quand on les explique bien au public, on apprécie davantage car une histoire accompagne l’écoute d’une œuvre.

PAN M 360 : Alors pourriez-vous nous faire une courte histoire des 4 œuvres au programme?

VINCENT BOILARD : Allons-y:

Serenata de Camera op.19, la première de l’album, est de Stewart Grant. Il est un compositeur québécois, aussi hautboïste et chef d’orchestre, il vit à Montréal. Il a également étudié la composition jazz et il y a beaucoup d’harmonie jazz dans sa musique. Ce qu’il souhaite justement, c’est une musique vivante, accessible, avec des mélodies accrocheuses. Serenata de Camera, en fait, est un thème et variations. Ça commence avec une introduction de hautbois seul. Puis après, sont mis en lumière chacun des instruments du quatuor à cordes à travers les variations du thème principal.

La deuxième pièce, Searching for Sophia, a été composée par Elisabeth Raum, une artiste d’Alberta (maintenant à Toronto) qui a aussi un background de hautboïste. Elle est une de nos compositrices contemporaines considérées parmi les plus accessibles, c’est vraiment un langage complètement assumé, tonal, romantique. Cette œuvre a des accents du Moyen Orient, des souvenirs musicaux de son enfance – car sa grand-mère était originaire de Syrie. Plus précisément, cette œuvre est inspirée de la légende de Sophia, qui serait le pendant féminin de Dieu dans certaines religions antiques. La légende raconte que Sophia était une femme désireuse de se libérer du poids des traditions. Pour montrer à quel point elle s’inspire de cette légende, Elizabeth Raum a même écrit un poème sur le deuxième mouvement, Prayer, une espèce de lamentation.  Dans le dernier mouvement, Sophia essaie de se libérer de ce poids, et finalement y parvient.  Cette œuvre féministe est exprimée dans un langage vraiment accessible, facile d’écoute.

Requiem Parentibus op. 34, la troisième œuvre, est de Michael Parker,  un compositeur autodidacte un peu moins connu, qui vit dans les Maritimes. Cette pièce est inspirée du décès subit de son père. Il faut dire que les deux dernières œuvres au programme ont été commandées par Lawrence Cherney, le frère de Brian qui est hautboïste. Il les avait commandées pour une tournée de concerts au tournant des années 90. Le premier mouvement, c’est le choc produit par l’annonce du décès,  c’est vraiment ancré dans les émotions, assez atonal mais très touchant. Le deuxième mouvement  est aussi un thème à variations comportant une citation de The Skye Boat Song, une chanson traditionnelle écossaise utilisée d’ailleurs dans le générique d’ouverture du film Outlander.  Ce mouvement évoque la nostalgie de son enfance, la mélancolie et la tristesse. Tranquillement au 3e mouvement, le compositeur chemine vers l’acceptation de la perte, après toutefois quelques frictions harmoniques.

Pour In The Stillness of the Summer Wind, Brian Cherney voulait une œuvre assez accessible vu qu’elle serait jouée à plusieurs reprises pour la tournée de son frère Lawrence. Je l’ai repérée dans un enregistrement d’archives au Centre de musique canadienne, j’ai alors trouvé  qu’elle avait un beau potentiel. J’aime le mélange des textures, Cherney  utilise beaucoup et très bien les harmoniques du hautbois avec les pizz(icati) des cordes. Le compositeur exploite toute l’étendue de la texture du hautbois, de l’extrême aigu à l’extrême grave. Ça commence avec une petite mélodie, comme si le vent se levait peu à peu. Puis il y a de plus en plus de mouvement, la tempête arrive. Il y a aussi une partie un peu folklorique, une espèce de chant. Le compositeur ne dit pas que c’est inspiré d’une chanson en particulier, mais on peut imaginer qu’il s’agirait d’un air de son enfance. Tranquillement, tout ça se déconstruit  jusqu’à la fin avec notamment l’utilisation de carillons de verre. Ça amène vraiment une autre ambiance sonore.

PAN M 360 : On imagine que vous ne jouerez pas toujours ces œuvres avec le Molinari, mais aussi avec d’autres quatuors à cordes, n’est-ce pas?

VINCENT BOILARD : Oui absolument. Avec le Molinari, je devrais toutefois refaire ce programme l’an prochain .

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec le Quatuor Molinari?

VINCENT BOILARD : Quand j’ai pensé à mon projet, j’ai fait part de mon intention d’approcher le ces musiciens, mes collègues me disaient « Oui, ils sont super bons ». Le clarinettiste André Moisan,  un collègue de l’OSM, avait aussi fait un album avec eux précédemment. Je connaissais un peu déjà le Molinari, j’avais entendu certains de leurs enregistrements. Et il y a l’altiste Frédéric Lambert qui joue parfois à l’OSM; lorsque je lui ai parlé de mon projet, il m’a dit « Oui, ça serait très intéressant ». Je connaissais également le violoniste Antoine Bareil avec qui j’avais joué à l’Orchestre symphonique de Laval. Après quoi j’ai contacté la violoniste (et directrice artistique) Olga Ranzenhofer, que je ne connaissais pas vraiment. 

PAN M 360 : Comment s’est déroulée la production de l’album ?

VINCENT BOILARD : Quand j’ai obtenu le financement et accompli le travail administratif nécessaire, Olga a coordonné les séances, elle a été super efficace. On a répété avant d’entrer en studio, ça a super bien fonctionné, j’ai pu constater la grande qualité des musiciens. Ce quatuor est spécialisé dans la musique moderne ou contemporaine et connaît bien les enjeux de l’interprétation de ces œuvres, comme celle de Brian Cherney par exemple. Et ces artistes ont une grande expérience de l’enregistrement.En répétition, tout a fonctionné rapidement et très bien. On a trouvé notre… On a jamais eu de problème d’intonation, on a trouvé notre espace et surtout, le bon équilibre. Je ne suis pas très habitué à jouer avec un quatuor à cordes, mais ça s’est fait assez naturellement au fil des répétitions. 

PAN M 360 :  Les séances d’enregistrement ont suivi :


VINCENT BOILARD : Nous nous sommes ensuite présentés à l’église Saint-Augustin-de-Mirabel pour l’enregistrement, la réalisatrice et ingénieure du son Anne-Marie Sylvestre nous y a tout bien installés, elle connaissait super bien cette église. C’est un enregistrement, je dirais « naturel ». On a pas fait beaucoup de retouches et on a un beau disque de musique de chambre. Selon moi, ce n’est pas juste du hautbois accompagné, c’est un beau mélange entre le hautbois et les cordes. Chacun y exprime sa personnalité, on entend bien chacune des voix. Un plaisir! 

Crédit photo: Gaëlle Vuilaume

Cette année, le Festival International de Jazz de Montréal voit la pianiste extraordinaire Hiromi Uehara revenir au festival après six ans. Nous avons parlé à Hiromi de son prochain spectacle avec PUBLIquartet.

PAN M 360 : Hiromi, merci de nous consacrer un peu de temps. J’ai remarqué que vous jouerez cette année avec un quatuor à cordes, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce concert ?

HIROMI : Oui, bien sûr. C’est un projet avec lequel j’ai fait un album en 2020, mais il est sorti en 2021. Quand tout s’est arrêté pendant la pandémie, quand j’ai dû rester à la maison de très nombreuses semaines comme tout le monde, j’ai commencé à réfléchir à ce que je pouvais faire dans les circonstances. À l’époque, je vivais à Tokyo et bien sûr, plus personne ne venait jouer. Il y a un club qui s’appelle Blue Note Tokyo, et tous les concerts au programme ont été soudainement annulés. Et comme je suis proche d’eux, je leur ai dit que je pouvais les aider et remplir ces dates. Je pense que j’ai dû finir par donner 111 concerts ou quelque chose comme ça. J’ai intitulé cette série Save Live Music. Pendant ce temps, j’ai commencé à réfléchir à quelque chose de nouveau que je pourrais faire, notamment travailler avec un quatuor à cordes.

J’avais joué quelques fois avec l’Orchestre Philharmonique de Tokyo et je connaissais des musiciens classiques incroyables au sein de cet orchestre. Et, vous savez, j’ai toujours eu cette passion d’écrire pour cordes, j’adore le son des cordes, et j’ai donc commencé à écrire sur ce voyage émotionnel à travers la pandémie. Nous avons fait un concert et ça s’est très bien passé. J’ai voulu l’enregistrer, alors je l’ai fait, et l’album est sorti en 2021: Silver Lining Suite.

Quand les salles ont recommencé à rouvrir, j’ai fait une tournée en Europe avec un quintette européen, et ici aux États-Unis, il y a un quintette américain qui s’appelle PUBLIquartet. J’ai donc eu trois quatuors à cordes internationaux différents avec lesquels travailler au cours de cette période. Cette année, le PUBLIquartet est celui avec lequel je jouerai. L’ensemble est basé à New York, incroyable et inspirant !

PAN M 360 : On dirait que ça va être un show spécial alors !

HIROMI : Oui et c’est toujours incroyable de jouer à Montréal.

PAN M 360 : À quand remonte la dernière fois que vous êtes venu ici ? Était-ce pour Spark avec Anthony Jackson et Simon Phillips ?

HIROMI : En fait c’était en 2017 avec Edmar Castañeda, le harpiste. Nous avons en fait fait un album live à partir de cette performance. Ça s’appelle Live in Montreal.

PAN M 360 : Cette année sera un festival vraiment intéressant car cela semble être une période vraiment intéressante pour la musique « jazz ». Nous perdons des maîtres, mais en même temps, une toute nouvelle génération est prête à reprendre le flambeau.

HIROMI : Ouais, je ne sais plus si c’est nécessairement du « jazz », mais il y a certainement ce nouvel intérêt pour la musique d’improvisation avec de nombreux éléments différents. Je vois, vous savez, les jeunes générations aiment vraiment jouer ce nouveau style et atteignent un haut niveau.

PAN M 360 : La partition de Blue Giant était-elle votre dernière œuvre ? Avec l’anime aussi, il semble y avoir beaucoup d’intérêt pour le jazz, avec des émissions comme Sakamichi no Apollon et Cowboy Bebop.

HIROMI: Ouais c’est vrai. Le manga, l’animation, comme vous savez, c’est énorme au Japon. Et le dessin animé original, qui était basé sur ce long métrage Blue Giant, est vraiment très populaire parmi toutes les générations. Et avec ce film, je vois qu’une jeune génération a commencé à le regarder et à vraiment s’y intéresser et à la bande originale. Cela semble être un excellent exutoire et l’occasion parfaite de pouvoir connaître cette musique et de s’en inspirer. C’était vraiment une belle opportunité pour moi de pouvoir marquer pour ça.

PAN M 360: J’adorerais voir une performance de ça un jour. Merci beaucoup Hiromi. À bientôt!

HIROMI: Merci.

Depuis plusieurs mois, Banx & Ranx, duo des producteurs, auteurs-compositeurs et remixeurs montréalais Zacharie « Soké » Raymond et Yannick « KNY Factory » Rastogi, résonne de plus en plus. Après de nombreuses années à œuvrer dans l’ombre pour des artistes de renoms tels que Dua Lipa, Sean Paul et J Balvin, ils se retrouvent désormais à l’avant-plan et sortent leur propre musique, notamment par l’entremise de leur maison de disques et d’édition 31 East. PAN M 360 a rencontré les deux hommes au Planet Studios afin de discuter de leur nouvelle réalité, de leur récent titre The Birds avec Zach Zoya et bien plus!

Pour la petite histoire, Yannick Rastogi est né à Paris et a emménagé à Montréal il y a plusieurs années, alors que Zacharie Raymond est natif de Gatineau. Dès leur jeune âge, les deux protagonistes commencent à publier des titres sur la plateforme SoundCloud. C’est de cette manière qu’ils se repèrent mutuellement et décident d’entrer en contact. Après plusieurs rencontres et d’innombrables séances d’enregistrement, Banx & Ranx a pris naissance en 2014. Depuis, le tandem a enchaîné les succès avec de nombreux artistes internationaux.

Récemment, ils ont mis sur pied leur maison de disque 31 East dans le but de faire briller les talents d’ici aux quatre coins du globe. C’est d’ailleurs depuis cette réalisation que les deux artistes gagnent en visibilité et se trouvent de plus en plus à l’avant-plan. Lauréat du Juno Révélation de l’année en 2023, Banx & Ranx a aussi obtenu sa première nomination aux GRAMMY en 2023 pour sa contribution à la production du 8e album studio de Sean Paul. Nul besoin de le préciser, les deux compères ont connu une ascension fulgurante au cours de la dernière année, entre autres avec les succès Flowers Need Rain avec Preston Pablo et Headphones avec Rêve, deux morceaux réalisés avec des artistes signés sous 31 East.

Début juin, Banx & Ranx est revenu à la charge avec The Birds, une collaboration avec le Québécois Zach Zoya en harmonie avec son but premier, soit de faire rayonner les artistes locaux. Au confluent de la pop, de l’électro, du reggae et du funk, ce morceau arrive à point pour l’été et risque de tourner allègrement en radio au cours des prochaines semaines. Difficile de demander mieux pour bien démarrer la période estivale!

PAN M 360 : Depuis quelques mois, vous êtes de plus en plus au premier plan et le nom Banx & Ranx gagne en visibilité auprès du public. Après autant d’années dans l’ombre, comment vivez-vous cette nouvelle réalité?  

ZACHARIE RAYMOND : C’est vraiment cool. On n’a réellement chassé cette visibilité, mais lorsque l’opportunité s’est présentée à nous, c’est certain qu’on était ouvert. On est des gars de studio, et c’est à cet endroit qu’on est à l’aise depuis plusieurs années. C’est donc un défi et un apprentissage de faire plus de performance en live et de se montrer davantage. C’est un immense plaisir que les gens connaissent davantage notre travail. Notre projet « artiste » aide à promouvoir les chansons qu’on fait dans l’ombre pour d’autres. Aussi, ça nous permet de faire connaître les talents signés avec notre maison de disque 31 East. 

PAN M 360 : Justement, parlez-moi davantage de ce que cette visibilité vous permet d’accomplir? 

YANNICK RASTOGI : Au niveau du live, ça nous permet de faire de plus en plus de shows. Ainsi, nous avons de plus en plus d’opportunités pour montrer notre musique et de nous attirer de nouveaux fans. Veux, veux pas on a été dans l’ombre pendant plusieurs années et il est important d’aller conquérir de nouveaux auditeurs. Par le passé, on a eu l’occasion de composer pour plusieurs artistes internationaux. On est très fiers de ça c’est certain, mais c’était toujours behind the scenes. Cette nouvelle visibilité nous permet de montrer nos personnalités davantage, car nous avons clairement plus à partager que de la musique. On a envie de partager nos positivités et nos énergies. Récemment, on a fait des interviews qui sont super drôles, et parfois d’autres, plus sérieuses. Le fait d’être de plus en plus connu par le public nous permet de réaliser des choses qu’on n’aurait jamais pu faire avant.  C’est clair que nous avons énormément de travail à faire, mais c’est super intéressant de voir les possibilités qui s’ouvrent à nous. Ça nous permet de continuer à avancer vers notre but ultime. 

PAN M 360 : Quel serait ce but ultime? Est-ce possible de l’atteindre?

ZACHARIE RAYMOND : On n’y arrive jamais, je pense. On dit souvent qu’on se base sur le modèle du suédois Max Martin, ou même DJ Snake qu’on respecte énormément. Les modèles de carrière de ces deux hommes sont très inspirants pour nous. On souhaite atteindre un niveau international et devenir une sorte de référence en musique. On aimerait qu’un jour on retrouve des Banx & Ranx type beat sur YouTube!

YANNICK RASTOGI : Je ne pourrais pas être plus d’accord avec ça. The Neptunes, Timbaland et Diplo sont aussi des bons exemples de ce qu’on souhaite accomplir. Ces artistes-là ont tous laissé leur empreinte sur l’industrie musicale, et c’est un peu ça notre but ultime.  

ZACHARIE RAYMOND : Si un jour on arrive à ce niveau, on aimerait aussi prendre de jeunes réalisateurs sous notre aile pour les former. On aimerait presque créer une école de pensée de créateurs de musique. 

YANNICK RASTOGI : On aimerait ça pouvoir montrer aux jeunes que c’est possible de commencer en créant dans sa chambre et de se rendre au plus haut niveau. Que tout ce qu’il faut, c’est de la détermination et de la persévérance. 

PAN M 360 : Récemment, vous avez fait paraître The Birds, un titre avec le Québécois Zach Zoya. Comment est née cette collaboration?

YANNICK RASTOGI :  Le début de ce titre remonte à 2018 lorsqu’on était en studio à Londres. Zacharie a eu l’idée d’un morceau qui s’appellerait The Birds ayant pour but de représenter le moment où l’on revient à la maison après une grosse soirée passée jusqu’à ce que le soleil se lève et qu’on entend les oiseaux chanter. C’est un certain retour à la réalité et, en quelque sorte, la grande claque qui fait mal à cinq ou six heures du matin. 

ZACHARIE RAYMOND : On avait ce morceau-là qui traînait, et on l’avait soumis à plusieurs artistes dans l’espoir qu’il aime la chanson et qu’il décide de l’enregistrer et de la sortir. On l’avait même montré au directeur artistique de Maroon 5 à Los Angeles. À un certain moment, notre A&R chez Universel nous a dit qu’on devrait garder ce morceau pour nous. Au début, on n’était pas convaincu, mais c’est ce qu’on a fait. On a modifié et remixé le titre en reggae et funk, parce qu’on aime explorer et mélanger les genres musicaux. 

À l’époque, on n’avait pas d’artiste pour chanter et on avait seulement Ian James qui est un des auteurs du titre. On s’était dit que ce n’était pas grave et qu’on allait la sortir telle quelle, sans créditer Ian, car il ne voulait pas l’être. Il est plus un songwriter, donc il ne voulait pas être crédité. On a presque opté pour cette option, mais on avait un certain doute dans nos têtes. On se disait que ça serait bien d’avoir un artiste afin de nous aider à promouvoir le titre et la faire en spectacle. 

C’est à ce moment qu’on nous a proposé Zach Zoya. C’est un ami depuis quelques années et on a travaillé avec lui sur quelques projets. Le match était parfait pour The Birds. On est super heureux de pouvoir partager ce titre avec un artiste d’ici, c’est évidemment en harmonie avec la mission de notre maison de disque 31 East. Zach a fait un travail incroyable et il a amené la chanson à un autre niveau.

PAN M 360 : Vous mentionnez que cette dernière sortie s’inscrit dans votre mission avec votre maison de disque. Parlez-moi davantage de cette quête que vous menez. 

YANNICK RASTOGI : Notre directeur nous a toujours dit que le jour où nous allions trouver nos propres artistes et que nous allions les développer, c’est à ce moment-là que nous allions laisser notre empreinte dans le monde musical. C’est un rêve qu’on a depuis longtemps et c’est pour ça que nous avons entrepris l’aventure 31 East. On a commencé par la signature de JujuBoy, et ensuite de Rêve et Preston Pablo. JujuBoy est hors Canada, mais le but est qu’il arrive bientôt au pays. 

Au cours des dernières années, on a eu la chance de voyager à travers le monde et d’acquérir énormément d’expérience au niveau de l’écriture, la structure, la production et le mixage. En bref, sur tout ce qui a trait à la réalisation d’un titre. Pour nous, il était temps de revenir ici et de la faire from Montreal to the world. Le but, c’est de faire de la musique montréalaise, québécoise et canadienne pour le reste du monde.

Prenons par exemple Preston Pablo, il est Ontarien, mais Montréal c’est en quelque sorte sa deuxième maison. Il adore être ici et il pense même s’y installer éventuellement. Il vient souvent à Montréal et c’est à ces moments qu’on crée. On essaie le plus possible d’utiliser des ressources québécoises, sans toutefois s’empêcher d’aller voir ailleurs si nécessaire.

On souhaite montrer au Québec que la collaboration est extrêmement importante dans la musique. Le Québec regorge de créateurs et ils se connectent de plus en plus. Les scènes différentes collaborent de plus en plus, c’est ça l’avenir. Ça se voit justement aux Francos dans un show comme celui de Loud où il joue un morceau avec Charlotte Cardin et que quelque temps plus tard tu as Muzion qui embarque sur scène. Il y a une superbe fusion des genres qui est en train de se passer. 

On souhaite amplifier ce mouvement autant que possible et montrer que des connexions internationales avec le Québec sont faisables. 

ZACHARIE RAYMOND : Il y a une certaine formule qu’on retrouve aux États-Unis ou en Angleterre, par exemple, qui optimise la qualité musicale dans toutes les étapes de création, et qu’on ne retrouve pas nécessairement au Québec. Au Québec, c’est quand même un marché fermé en raison de notre français qui est particulier. On aime défendre la langue française et ça a beaucoup de côtés positifs, mais parfois, ça peut fermer des portes au niveau international. Donc nous, on aime ça mélanger les cultures afin d’optimiser les résultats. 

YANNICK RASTOGI : Je dirais que c’est exactement ça l’effet Banx & Ranx. C’est de mélanger les cultures et d’en faire notre propre résultat. Si on me demandait quel est le plat qui m’identifierait le plus, je dirais une poutine au poulet au beurre. On est pour ce mélange de cultures afin d’amplifier le paysage musical québécois. 

PAN M 360 : Vos multiples années de carrière dans l’industrie musicale vous ont permis d’observer les manières de faire dans plusieurs pays. Est-ce qu’il nous manque quelque chose au Québec afin de briller davantage musicalement ? Si oui, c’est quoi ? 

ZACHARIE RAYMOND : Je pense qu’on a tout en place pour exceller. On a déjà énormément de subventions qui enlèvent les barrières financières, donc on n’a plus vraiment d’excuses. Je pense qu’il faut tout simplement collaborer davantage. Il faut sortir du Québec et revenir avec un bagage d’expériences différentes. Aussi, la mise en place de plus de camps d’écriture aiderait beaucoup.

YANNICK RASTOGI : Plus il va y avoir de collaborations avec d’autres cultures, plus le niveau musical au Québec va s’améliorer. C’est un effort collaboratif. Si on peut donner un conseil aux Québécois et Québécoises, c’est qu’on ne doit pas garder le « pain » pour soi, il faut le partager pour lui permettre de grandir et de s’améliorer. 

ZACHARIE RAYMOND : Il ne faut pas craindre de demander de l’aide aussi. Il y a beaucoup d’artistes qui sont auteurs et compositeurs, mais c’est le fun parfois de sortir de sa zone de confort et d’avoir un ou même deux écrivains dans la pièce pour t’aider. Ça permet de discuter et de dire « Ah, peut-être que si tu disais ça comme ça, ça serait encore meilleur. Ou bien ton refrain, il est bon, mais j’ai une meilleure idée ». Souvent, ce sont avec des détails comme ça qu’une chanson a plus de succès. 

YANNICK RASTOGI : Puis les plus gros écrivains avec qui on a travaillé dans le monde, pour la plupart, je dirais 95% des cas, font ça. C’est-à-dire qu’ils pourraient écrire solo, mais ils vont se retrouver à être quatre ou cinq à écrire un morceau. C’est une ambiance de collaboration et tout le monde propose des idées. Ils ne sont même pas attachés à ce qu’il crée, et font tout pour le bien de la chanson. Ça, c’est quelque chose où on pousse le monde à aller explorer. 

PAN M 360 : La dernière fois que nous avions discuté, vous aviez parlé de votre rêve de créer un album Banx & Ranx. Où en êtes-vous rendu? 

ZACHARIE RAYMOND : On se rapproche et on en parle beaucoup.  On aimerait vraiment faire un album qui se rapproche de ce qu’on fait en live. Quelque chose de plus énergique, plus électronique et moins pop. C’est certain qu’il va y avoir des morceaux pop, mais on aimerait avoir une proposition différente autour de ça. Ça va être un album pop et musique électronique qui nous ressemble vraiment. On va peut-être faire deux projets aussi. Un qui est plus pop et un qui est vraiment festival. On sait pas encore. 

YANNICK RASTOGI : On en discute un peu tous les jours. Ça serait intéressant aussi d’appliquer le concept du yin et du yang. Même là, on vient peut-être de trouver une autre idée encore. On n’aime pas se mettre des barrières. Je pense qu’au moment où tous les deux on va se regarder et qu’on va dire « We got it », ce sera le moment de sortir l’album. On n’a pas encore de date précise ou un moment prévu, mais on aimerait que ça soit en 2024. 

PAN M 360 : Pour terminer, discutons de votre été 2023. Vous serez notamment présent au Festival de Montgolfières de Gatineau à la fin du mois d’août. Comment s’annoncent vos prochains mois?

YANNICK RASTOGI : Nous allons aussi être au Festival d’été Québec le 7 juillet. Nous avons aussi des dates en Colombie-Britannique et au Québec. C’est surtout au début juillet et en août. On doit avoir sept ou huit spectacles qui sont confirmés et d’autres à venir. On est très content et on a hâte à cet été. 

ZACHARIE RAYMOND : En plus de ça, c’est certain qu’il y aura beaucoup de créations au menu, soit avec nos artistes ou pour d’autres projets sur lesquels on travaille. On va aussi retourner à Londres, car ça fait longtemps qu’on y est allés. Nous allons aussi peut-être aller en Corée du Sud en juillet. On a eu une invitation, mais rien n’est confirmé à ce jour. Ça risque d’être un été incroyable.

Le public québécois amateur de musiques électroniques connait sûrement Odile Myrtil pour ses DJ sets enflammés un peu partout sur la scène underground et pour sa collaboration de longue date avec le collectif Moonshine. Discrète sur les réseaux sociaux, vous n’y trouverez pas grande information et pourtant, il s’en passe des projets dans la vie de la productrice, parolière et artiste multidisciplinaire. Qu’il s’agisse de collaborer avec les musicien-nes d’ici, de lancer Paradis Artificiel, un groupe de musique expérimentale ou de composer de la musique pour le cinéma et la télévision – rien ne semble pouvoir arrêter la Montréalaise.

À quelques jours de son passage au Piknic Electronik 2023, PAN M 360 s’est entretenu avec cette artiste aux multiples talents, alors qu’elle se prépare à chauffer le public dominical de la Scène du Boisé avec un set soigneusement sélectionné, mêlant influences intemporelles et découvertes contemporaines.

PAN M 360 : Quel est l’héritage musical avec lequel tu as grandi et que tu chéris aujourd’hui ?

Odile Myrtil : J’ai grandi dans une famille multiculturelle avec beaucoup de styles de musique différents. Ma mère vient du Cambodge et mon père vient d’Haïti. On jouait beaucoup musique traditionnelle de leur pays, mais ce sont aussi des territoires qui ont été colonisés par la France donc j’ai aussi un gros héritage de musique française des années 1950, 1960 et 1970. J’ai deux frères plus vieux que moi, avec le premier c’était plutôt rock des années 1990 et avec mon autre frère on écoutait beaucoup plus de hip-hop et de R&B. Il y avait tout le temps de la musique qui jouait chez nous. Je me trouve vraiment chanceuse d’avoir grandi avec cette palette si vaste de styles musicaux.

PAN M 360 : Et est-ce que tu penses que c’est le fait d’avoir baigné dans autant de musique qui t’a amené vers une carrière d’artiste? 

Odile Myrtil : Je pense que oui parce que pour moi, c’est aussi d’avoir grandi à une époque où mes parents ont fait venir leurs frères, leurs sœurs de leurs pays respectifs et il y avait des moments de rassemblements familiaux importants. La musique c’est pour moi une représentation de ce sentiment-là de célébration, d’être entourée par la famille. J’associe vraiment ça au temps passé ensemble et à l’échange. 

PAN M 360 : Quels sont les autres souvenirs que tu associes à la musique ?

Odile Myrtil : Très jeune j’ai développé le goût pour la recherche de la musique, pour l’archivage, vraiment pour collectionner la musique. Avec mes frères on enregistrait les musiques qu’on aimait sur la radio pour les rejouer dans l’auto, on faisait ça avec le VHS connecté à la télévision aussi. Quand j’étais adolescente on brûlait des CDs, après il y a eu les plateformes de piratage grâce auxquelles j’ai découvert quand même beaucoup de musique.

PAN M 360 : Est-ce que tu as aussi collectionné les vinyles ?

Odile Myrtil : Après les CDs j’ai commencé à collectionner des vinyles mais au début c’était grâce à l’argent que je recevais de mes parents, parce que bon, c’est un hobby qui revient cher. C’est intéressant car c’est cet intérêt de la collection de vinyle qui m’a amenée vers la culture du DJ. C’est comme ça que j’ai appris à mixer. C’est arrivé dans un moment de transition où les choses devenaient plus accessibles, brûler des CDs, jouer dans les clubs… Je pense que c’est ce qui m’a permis d’avancer dans ma carrière de DJ, parce qu’il y avait ce moment spécifique.

PAN M 360 : Tu as aussi été impliquée dans le collectif Moonshine pendant plusieurs années

Odile Myrtil : Je pense que ça doit faire environ 8 ans. C’est arrivé après que j’ai œuvré dans l’organisation de soirées et que j’ai senti que j’étais moins attirée par l’aspect business et administratif. J’étais dans un moment de transition ou il fallait que je choisisse entre monter une compagnie pour poursuivre les soirées ou prendre la voie d’artiste. Je voulais vraiment plus être artiste, jouer de la musique. J’ai rencontré les gens de Moonshine et j’ai vraiment réalisé que je préférais faire partie d’un collectif.

PAN M 360 : On connait la facette DJ de ta carrière, peut-être un petit peu moins celle de parolière et d’artiste multimédia. Peux-tu nous en dire plus ?

Odile Myrtil : Au travers du DJing j’ai rencontré plusieurs producteurs de musique avec qui j’ai fait des collaborations et ces expériences de travail là me permettent de dire aujourd’hui que je compose de la musique pour la pub, le cinéma et la télévision. Le DJing, je suis un peu tombé là-dedans par hasard, c’était à un moment donné où il n’y avait pas beaucoup de filles qui étaient DJ, surtout pas des femmes des personnes qui ne sont pas blanches. J’arrivais un peu à un plateau en tant que DJ et surtout j’avais envie d’écrire et de composer. C’est ce que je fais en ce moment. Je suis en train de faire de la musique pour le film d’un ami et j’aime vraiment le monde du cinéma.

PAN M 360 : Comment est-ce que tu approches l’exercice de composition de musique à l’image?

Odile Myrtil : J’aime beaucoup la musique ambient et expérimentale. Personnellement, quand je compose de la musique instrumentale je vais aller vers ces sonorités-là, pas beaucoup de percussions ou minimale. C’est ce que je fais naturellement, ce que j’ai envie de créer, et ça s’enligne avec la télé et le cinéma. J’ai commencé à travailler avec une agence de Toronto pour créer de la musique pour des émissions de télévision qui ne sont pas encore sorties. Dans la dernière année il y a vraiment eu un gros sentiment de validation. Avant ça je n’avais pas vraiment le sentiment d’être en contrôle. Alors que là, obtenir de la reconnaissance d’une compagnie qui vient de l’extérieur de Montréal, du même coup avoir un peu plus de stabilité dans mes projets créatifs aussi, ça change mon état d’esprit, je suis capable de me projeter dans l’avenir.

PAN M 360 : Dans un avenir très proche, il y a ton passage à Piknic Electronik cette année, aux côtés de Ouri et Frankie Teardrop. Est-ce que l’événement a une signification particulière pour toi et musicalement, à quoi peut-on s’attendre dimanche ?

Odile Myrtil : Ouri et Frankie on a travaillé ensemble sur différents projets donc c’est très cool qu’on soit ensemble. C’est aussi important qu’une fille locale soit la tête d’affiche. Quand j’étais plus jeune, je me demandais pourquoi Piknic n’avait pas ce genre « d’agenda » et maintenant que je suis un peu plus vieille, je comprends que ce sont des processus qui prennent un peu plus de temps, comme l’underground pour arriver au mainstream. Piknic c’est vraiment une plateforme qui qui est super importante pour moi. C’était ma première grosse opportunité et j’admire vraiment ce qu’ils ont fait pour la scène locale. Avoir cet angle qui est quand même très mainstream, mais aussi de vraiment faire une référence à l’underground à chaque année, qui devient de plus en plus proche de l’actualité, là je je trouve ça vraiment comme inspirant.

Je vais ouvrir la journée donc c’est sûr que je vais jouer de la musique appropriée pour le moment. Ça fait quand même quelques mois déjà que j’ai commencé déjà ma petite collection de musique spécialement pour ça. Ce genre d’opportunité d’opportunité me donne aussi la chance d’aller magasiner de vieilles choses et de nouvelles choses, qui vont fitter avec l’environnement, C’est pour ça que j’aime le DJing, de pouvoir faire cette recherche là, de toucher des choses, d’aller chercher des CDs au Renaissance, écouter des CDs de Mix Party, passer à Death of Vinyl voir ce qu’il y a. J’aime aussi pouvoir partager cette recherche après avec le public. Piknic c’est le genre d’opportunité qui me donne la liberté de de faire un set qui est vraiment edgy, mais aussi de faire un gros travail de recherche pour proposer un set intemporel. 

PIKNIC ÉLECTRONIK MTL #6: PLANET GIZA (DJ SET) / OURI (DJ SET)

Ratpiss est plutôt nouveau sur la scène montréalaise du power violence/grindcore. La musique de son premier EP, Misanthropy Now ! est sanguinaire, avec des riffs lourds, des cris de banshee et une section de batterie qui donne l’impression d’être sur le sentier de la guerre. C’est le concert des Suoni où vous pouvez laisser voler votre drapeau de mosh.

Nous avons discuté avec le groupe avant leur concert à Suoni Per Il Popolo avec Samurai et Plaga, de Ratpiss.

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PAN M 360 : Pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de vous, à quoi peut-il s’attendre ?

RATPISS : Ils peuvent s’attendre à des riffs d’abrutis dans une variété de propositions influencées par le power violence et le death metal.

PAN M 360 : Peux-tu faire un haïku pour le groupe ou le dernier album, Misanthropy Now !

RATPISS : Les choses continuent de mal tourner / Mais ma scène a des riffs pour des jours / Fais fondre ton visage et meurs.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous formés ?

RATPISS : Erin et Greg ont conceptualisé le projet en 2020, et ont sorti une maquette approximative intitulée Do Not Return. Tout au long de l’imposition et de la levée des restrictions de la COVID, nous avons jammé avec plusieurs guitaristes et passé beaucoup de temps à attendre, et nous avons donné deux concerts fin 2021 avec notre ancien guitariste, Sami, avant que les choses ne s’arrêtent de nouveau. Début 2022, nous avons commencé à jammer avec Tyler, qui l’avait déjà fait avec Greg dans un autre projet, et les choses ont officiellement démarré en mars de la même année.

PAN M 360 : Des influences au sein de la scène ?

RATPISS : Plein de choses ! Hakapik, Seum, S.F.D, Jetsam, Obelisk, Gutser, Hobo Death Cult, Xplicit Noize, Infeccion, Serpent Corpse, Collapsed, Doomsday Dementia, Maxxpower. Il y a beaucoup de talent à Montréal et nous sommes absolument influencés par eux.

PAN M 360 : J’ai l’impression que le moshing est une sorte d’obligation lors de vos concerts ?

RATPISS: 100%. Si nous voulions composer de la musique pour rester debout, nous pourrions créer un groupe de black metal atmosphérique ou quelque chose comme ça.

PAN M 360 : Cette musique a l’air cathartique comme l’enfer à jouer en live. Est-ce que vous déchaînez quelques démons sur scène ?

RATPISS : Nous sommes les démons.

PAN M 360 : Que savez-vous des Suoni ?

RATPISS : Pour être honnête, pas grand-chose. C’est la première fois qu’on nous en parle, mais ça a l’air d’être un festival assez étendu avec beaucoup de spectacles différents dans une grande variété de genres. C’est cool de voir que la musique live est bien vivante à Montréal.

PAN M 360 : Qu’en est-il des groupes avec lesquels vous jouez ?

RATPISS : Samurai est un nouveau groupe, donc nous ne savons pas grand-chose à son sujet. On nous a laissé entendre qu’il s’agissait d’une sorte de groupe de heavy metal à l’ancienne, ce qui ravit notre batteur Greg, qui a hâte de les voir. Plaga ne semble pas avoir beaucoup de musique en ligne mais nous sommes tombés sur une vidéo d’eux sur YouTube et d’après la seule chanson que nous avons entendue, ça ressemble à du death metal old school qui déchire et qui riffe, du genre de celui qui nous influence tous au sein de Ratpiss.

Ratpiss Live

PAN M 360 : Quelle est l’histoire de Big T pour être « l’enculé à la Jeffrey Dahmer » ?

RATPISS : C’est à nous, au gars bourré dont nous avons obtenu l’enregistrement, et à l’enculé de Jeffrey Dahmer lui-même de le savoir.

PAN M 360 : Erin, as-tu suivi un entraînement vocal pour les grognements ? Ceux-ci ont l’air totalement et physiquement douloureux ? Surtout sur Acetylene Drunk.

ERIN : Je n’ai pas de formation vocale, c’est un long processus d’essais et erreurs pour trouver ce que je peux faire de manière cohérente, sans douleur. Il y a beaucoup de visages goguenards devant moi.

PAN M 360 : Erin, c’est vous qui avez conçu la pochette de l’album Misanthropy Now ! D’où est venue l’idée du collage ?

ERIN: J’aime l’esthétique de l’imagerie vaguement gore en général. Nous avons l’habitude d’utiliser beaucoup d’images d’animaux tués sur la route, et je pense que les paquets de cigarettes que l’on retrouve sur la pochette de Misanthropy Now ! relaient le même sentiment avec les avertissements sanitaires. Chaque fois que je rencontre des Américains, c’est l’une des premières choses qu’ils semblent remarquer. J’ai pensé qu’il serait bon d’avoir aussi une façon spécifique de réfléchir à nos origines. En fin de compte, ça ne va pas beaucoup plus loin que ce que je pensais être cool, mais je pense qu’il y a aussi quelque chose à dire sur le lent suicide, socialement acceptable, du tabagisme et sur une scène musicale crasseuse qui ne se soucie pas de regarder trop loin en avant en ce qui concerne l’état actuel du monde, et comment cela se rapporte aux thèmes de l’EP.

PAN M 360 : Est-ce que Montréal est un endroit favorable pour le grimecore ou seulement pour Ratpiss ?

RATPISS : Absolument. Nous jouons parmi les artistes les plus talentueux, les foules les plus folles et les meilleurs amis. On ne voudrait pas être ailleurs.

crédit photo: Rose Cormier (https://velourssouterrain.squarespace.com)

Ratpiss se produit à La Sotterenea avec Samurai et Plaga, le jeudi 22 juin aux Suoni Per Il Popolo BILLETS ICI

Sorti en 2021, son album bilingue, Ma délire / Songs of love, lost & found, fut un puissant succès d’estime dans les circuits folk et les médias branchés de la musique, bien au-delà du territoire canadien. La qualité de sa plume et la singularité mélodique de sa voix ont conduit cette libraire, correctrice et mère de famille à mener une nouvelle carrière de songwriter, à tourner avec des noms prestigieux.

Originaire de la région Ottawa / Gatineau, l’artiste montréalaise nous donne un aperçu de ses récentes activités créatrices et de la suite des choses : nouvel album au printemps, des tournées d’ici là et, dans le cas qui nous occupe, un concert aux Suoni, ce jeudi à la Sala Rossa. 

À l’évidence Myriam Gendron s’est taillée une place de choix sur la scène indépendante de Montréal.  Le vent dans les voiles ! Ce qui justifie amplement cette conversation avec PAN M 360.

PAN M 360 : Vous avez un parcours visiblement folk, vous aimez visiblement la littérature, vous avez une connaissance profonde de l’anglais et du français, ce qui est assez rare. Le choix de vous exprimer en français et en anglais dans vos chansons relève-t-il d’une décision?

MYRIAM GENDRON : Je ne sais pas à quel point c’est une décision de ma part. Je pense que ça s’est fait un peu naturellement parce que mon premier album consiste en une mise en musique de poème de Dorothy Parker, donc c’était nécessairement en anglais. Mais quand j’ai fait ce projet, je ne savais pas vraiment que je ferais un album. Je n’avais aucune carrière musicale, même pas débutante. Je jouais pour le plaisir chez moi, avec des amis. Mais quand j’ai commencé à faire ces chansons, je n’avais aucune idée que je m’en allais vers une carrière musicale. Ce n’était pas vraiment un choix de carrière, pas du tout. 

PAN M 360 : Et finalement…

MYRIAM GENDRON : Finalement, je me suis retrouvée avec un ensemble de chansons. C’est devenu un album. Puis après ça, j’ai eu deux enfants, il y a eu la famille. Et quand je suis revenue avec Ma délire, sept ans plus tard, je savais que je voulais travailler à partir de la musique traditionnelle. À l’origine, je pensais faire mes chansons surtout autour de la musique traditionnelle québécoise. Finalement, je me suis ouverte à mes multiples influences. Forcément, elles se trouvent davantage dans  le monde anglo-saxon, Bob Dylan que j’ai beaucoup écouté quand j’étais plus jeune, et tout ça. La musique traditionnelle anglo-saxonne est très vivante, alors que la musique traditionnelle québécoise francophone est plus nichée et moins présente dans la culture populaire d’aujourd’hui.  

PAN M 360 : Trouvez-vous que le trad est abandonné par la culture populaire ?

MYRIAM GENDRON :  Au Québec ? Ça reste niché par rapport à ce qu’on voit dans le monde anglo-saxon où ça traverse tous les styles qui s’inspirent de ces musiques traditionnelles et folk, autant dans le jazz que dans la musique expérimentale, que même dans la pop. Peut être que je me trompe, mais j’ai quand même l’impression qu’au Québec, le trad, c’est considéré comme un genre à part. Trop peu d’artistes hors du trad qui vont s’abreuver dans ce répertoire.

PAN M 360 :  Ce que vous dites en fait, c’est que la tradition folk est plus ancrée dans la culture populaire anglo-américaine que la culture francophone d’Amérique ?

MYRIAM GENDRON : Je pense qu’elle est abordée avec un regard moins suspect.  

PAN M 360 : Ça peut effectivement être perçu comme un repli identitaire, d’où la réprobation de certains.

MYRIAM GENDRON : Oui, exactement, ce n’est pas tourné vers l’avenir. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a moyen de créer en parlant de nous, en parlant d’aujourd’hui, en regardant vers l’avenir, tout en s’abreuvant à ce répertoire, c’est ce que je cherche à faire. Et c’est quelque chose qu’on fait beaucoup dans le monde anglo-saxon, peu dans la francophonie.

PAN M 360 : Alors il y a sûrement des artistes que vous aimez beaucoup dans le folk actuel, mettons Bonnie ‘Prince’ Billy?

MYRIAM GENDRON :  Oui, je l’adore. Je vais d’ailleurs faire une tournée de Sud Texas avec lui bientôt.

PAN M 360 : Je suis tombé pile sans le savoir haha!

MYRIAM GENDRON :  Oui, des artistes comme Bonnie Prince Billy ou  Bill Callahan,  un autre que j’aime beaucoup dans le folk actuel.  

PAN M 360 : Maintenant, évidemment, vous jouez… Vous n’êtes plus sur la lancée de la matière de Ma délire, second album que vous avez sorti en 2021 avec le succès que l’on sait. On imagine que vous aurez de nouvelles chansons à proposer.

MYRIAM GENDRON : Oui, je suis en train de travailler sur un nouvel album, l’écriture est à peu près terminée, je commencer à réfléchir à la production. Avec les délais actuels de production de disques, cependant, ça va prendre un petit bout de temps avant que ça sorte, j’espère au printemps prochain.

PAN M 360: Comment travaillez-vous ?

PAN M 360: Ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, c’est enregistrer tout à la maison. Et puis après, je vois si je fais du studio pour ajouter d’autres pistes par d’autres musiciens. Il est aussi possible que je décide de tout réenregistrer en studio. On va faire quelques tests bientôt pour voir si j’ai envie de ça ou si je garde mes “tracks” maison. Ce n’est pas encore décidé.

PAN M 360 : Vous avez de jeunes enfants, on imagine que c’est ce qui justifie en partie votre volonté de tout enregistrer à la maison, non ?

MYRIAM GENDRON : Mes enfants ont 5 et 9 ans. Oui, tout s’est fait à la maison, un peu moins aujourd’hui.

PAN M 360 : Sur scène, vous produisez-vous seule?

MYRIAM GENDRON : Pas toujours. Il m’arrive de demander à un ou deux musiciens de venir m’accompagner pour quelques chansons, mais ça reste un projet solo, ce n’est pas un groupe. Pour l’instant, en tout cas, ce n’est pas vers ça que je vais. Mais des fois, il y a certaines chansons qui gagnent à être agrémentées d’une ligne mélodique supplémentaire, de percussions, etc. Donc, quand je peux, je le fais. En tournée, cependant, ce n’est pas facile. Les gens ont leurs agendas, il faut aussi les payer. Alors pour l’instant, la tournée, je fais ça en solo. À Montréal, il m’arrive d’inviter des artistes.

PAN M 360 : Et aux Suoni ?

MYRIAM GENDRON : Aux Suoni ça va être juste moi, mais il y aura des artistes du même programme avec qui je pourrais chanter.  Le batteur Chris Corsano joue le même soir, et il  joue sur Ma délire, alors…. ce sera la première fois qu’on pourra  vraiment jouer ensemble sur scène. Il y a aussi Mamie Minch, une guitariste de New York qui fait partie du même programme. On essaiera aussi de faire une ou deux chansons ensemble.

PAN M 360 : Jouerez-vous un part de votre nouveau matériel?

MYRIAM GENDRON : Oui. Je ferai quelques chansons  de mon prochain album et d’autres tirées des deux précédents. Ce sera un mélange des trois projets.

PAN M 360 :  Y a-t-il des thèmes récurrents dans vos chansons ?

MYRIAM GENDRON : Je dirais que s’il fallait choisir un thème jusqu’à maintenant, ce sont  surtout des chansons d’amour. C’est d’ailleurs inscrit dans le sous-titre de Ma délire : Songs of love. Les poèmes de Dorothy Parker mis en musique, sont également des chansons d’amour. Le désir, l’amour, c’est beaucoup ça dans Ma délire. Je dirais aussi que la perte et le deuil ont pris plus de place.  

PAN M 360 : Vous avez perdu un être cher?

MYRIAM GENDRON : Oui.
PAN M 360 : Triste. On n’ira pas plus loin et on ira plutôt vous écouter.

DANS LE CONTEXTE DES SUONI, MYRIAM GENDRON SE PRODUIT CE JEUDI, 20H, À LA SALA ROSSA. LE PROGRAMME EST PARTAGÉ PAR MAMIE MINCH, CHRIS CORSANO ET ZOH AMBA. BILLETS ICI

L’auteur, compositeur, interprète et multi-instrumentiste Joe Grass, un incontournable de la scène musicale montréalaise, vient de lancer son troisième album, Falcon’s Heart, chez Simone Records. J’ai rencontré Joe pour en savoir plus sur l’art qui se cache derrière cet album et pour discuter de sa prestation au Festival de jazz de Montréal de cette année.

PAN M 360 : Merci d’avoir pris le temps, Joe ! Félicitations pour le nouvel album. Je ne voudrais pas commencer sur une note trop pessimiste, mais la tradition de l’album semble être de plus en plus en déclin. Je me demande s’il est devenu un peu décevant de sortir un album de nos jours ?

JOE GRASS : En fait, c’est plutôt le bon moment. Je n’ai pas sorti d’album depuis sept ans, mais en même temps, j’ai participé à de nombreuses sorties. C’est la partie la plus amusante pour moi puisqu’il y a des concerts à venir et que nous en parlons et tout le reste. On a l’impression qu’il faut toujours sortir quelque chose, des vidéos, des EP, des singles plus courts, tout ça. Mais j’aime la tradition des disques, parce que c’est un défi en soi que de devoir assembler une pièce entière. Même s’il s’agit de chansons individuelles, elles doivent vivre et fonctionner comme un tout, comme les différents mouvements d’une pièce plus grande, et d’un point de vue conceptuel ou simplement sonore, il doit y avoir un fil conducteur entre elles. C’est gratifiant de pouvoir le faire.

PAN M 360 : Nous pourrions peut-être parler des fils conducteurs de Falcon’s Heart. Je sais que vous avez mentionné la musique country comme une grande source d’inspiration pour cet album.

JOE GRASS : J’espère que ce n’est pas trompeur, parce que je parle beaucoup de musique country dans le communiqué de presse, parce que ces chansons sont en quelque sorte nées de cet endroit. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir fait de la musique country. Il serait très courageux de ma part de faire un disque de country à proprement parler, parce que j’aime vraiment cette musique, mais je suis intéressée par beaucoup de sons différents en même temps. Je trouve intéressant d’essayer d’introduire des textures de jazz ou d’autres genres plus contemporains, des synthés ou des sons électroacoustiques dans ce monde et de voir ce qui se produit.

Je peux aussi parler un peu de la façon dont les chansons ont été écrites. Elles ont été conçues assez rapidement, chacune par périodes de trois heures pendant lesquelles on s’asseyait pour écrire. Et si la chanson n’était pas terminée en trois heures, elle ne l’était pas, vous savez. Des changements ont été apportés par la suite, mais elles ont essentiellement survécu en tant que chansons à trois ou quatre accords dont vous pouviez chanter la mélodie. Une fois que j’ai eu cette collection de chansons qui tenaient debout toutes seules comme ça, vous savez, qui étaient plutôt des chansons country. Pas en termes de chansons sur les camionnettes et autres, mais j’aime la franchise, le langage simple et l’honnêteté qui permettent d’exprimer des émotions complexes et profondes avec des outils très simples.

À partir de là, les chansons ont été dépouillées de ces simples accompagnements et réharmonisées, on a trouvé une atmosphère, une couleur, un nouvel ensemble d’accords, une nouvelle humeur, un nouvel ostinato, puis on a superposé les mélodies par-dessus. Le reste n’était qu’un jeu d’équilibriste pour les faire fonctionner ensemble sur le plan conceptuel. Mais à la base, il s’agissait de chansons très simples. Elles ne le sont plus, vous savez ? Et je le sais parce que j’ai appris à les jouer en concert ces derniers temps et qu’elles ne sont pas forcément faciles à jouer !

PAN M 360 : Je voulais vous demander comment vous vous préparez pour votre concert au Festival de Jazz de Montréal cette année.

JOE GRASS: Pour ce spectacle, il y aura beaucoup de membres du groupe qui ont joué sur l’album. Robbie Kuster sera là, le batteur, François Lafontaine, le claviériste et le synthétiseur. Mon ami Morgan Moore sera là à la basse. Mishka Stein et Erika Angell, qui joue dans le très bon groupe Thus Owls, chanteront et feront d’autres choses aussi. Nous aurons donc une belle palette d’artistes à ce concert.


Mais pour les autres concerts, il faudra être plus dépouillé. Nous avons fait des concerts en trio ou j’ai aussi fait des concerts en solo, qui ont été probablement les plus effrayants à faire. Surtout quand on a l’habitude de tirer toute l’énergie des chansons, il faut du courage pour les laisser vivre simplement et ne pas avoir l’impression de devoir leur apporter quoi que ce soit. Mais heureusement, les deux fois où je l’ai fait, ça s’est très bien passé.

Il semble que ces chansons continuent d’évoluer, les formes ont même un peu changé et nous les redécouvrons toujours, pour voir où nous pouvons ouvrir l’énergie et où nous pouvons, tu sais, les rendre encore plus silencieuses, où nous pouvons aller plus loin dans la dynamique. Ce serait amusant de faire un disque après avoir joué les chansons en live pendant six mois et de les enregistrer.

PAN M 360 : D’où veniez-vous lorsque vous avez écrit ces chansons ?

JOE GRASS : Il s’est passé certaines choses dans ma vie, au cours d’un événement mondial majeur, qui m’ont amené à réfléchir à mon sentiment de sécurité. Cette sécurité n’est pas nécessairement aussi facile à maintenir que nous pourrions le penser, tu sais, c’est comme si en tant qu’espèce, nous étions assez vulnérables parfois, et nous sommes vulnérables tous ensemble dans ces systèmes sociétaux fous que nous avons créés, que ce soit, tu sais, les banques, le gouvernement, tous ces trucs. Ces ensées me traversaient certainement l’esprit à l’époque, mais j’ai essayé d’y aller chanson par chanson.

Après cela, vous voyez ce que vous avez et vous voyez les lignes qui le traversent, puis il s’agit de coller l’illustration, le titre, et d’assembler le tout. J’espère que ce que je ressentais, ou même si ce n’est pas exactement ce que je ressentais, est un voyage cohérent pour quelqu’un d’autre. Mais qui suis-je pour dicter ce qu’est ce voyage ?

PAN M 360 : J’ai trouvé la pochette de l’album très évocatrice. Elle correspond vraiment bien à l’ambiance de l’album. Il est intéressant de vous entendre dire que vous l’avez choisie après que la musique ait été écrite.

JOE GRASS : J’ai déjà participé à des projets pour lesquels nous avions la maquette assez tôt, mais cet album était terminé avant que je ne trouve cette image. Je visitais différentes galeries au Canada et je me rendais à Winnipeg. C’est dans une galerie que j’ai découvert cette œuvre de Sean William Randall. Je l’ai invité à l’exposition que je jouais et nous nous sommes rencontrés. En fait, c’était un peu intimidant d’approcher un artiste dont l’œuvre est déjà, vous savez, autonome. Mais il était vraiment cool et tout à fait d’accord. J’ai trouvé que cela fonctionnait très bien, la juxtaposition d’un paysage idyllique et d’une machine en feu qui monte vers le ciel. J’ai eu l’impression qu’il avait été réalisé de la même manière que le disque, avec un certain sens de l’humour et un équilibre entre les anciennes et les nouvelles formes, d’une manière assez amusante.

PAN M 360 : Et donc, quelle est la prochaine étape Joe ?

JOE GRASS : C’est ce qu’il y a de bien avec la musique, elle ne s’arrête jamais. Je veux enregistrer un album de pedal steel en solo. Je pense que c’est l’une des prochaines choses à faire, j’en parle depuis sept ans maintenant. Il est peut-être temps de le faire. François et moi allons réaliser un autre projet sous le nom de Klaus. Je fais partie d’un tas d’autres albums qui vont sortir, donc il y a beaucoup de choses à faire. Mais j’ai hâte d’avoir le temps de revenir à l’apprentissage et à la pratique, parce que j’adore ça. J’adore travailler mon instrument et m’améliorer en tant qu’improvisateur, élargir mon langage en tant que musicien. Je pense vraiment que c’est ce que je préfère faire.

Aux Francos, le rappeur français Jok’Air a enflammé le Club Soda, vendredi soir. Quelques minutes avant sa montée sur scène, Pan M 360 a discuté avec la vedette parisienne de son passage à Montréal et de son dernier album Melvin de Paris.

Né dans le 19e arrondissement de Paris, Melvin Félix Aka alias Jok’Air est loin d’être une recrue dans le monde du rap. Pour la petite histoire, le rappeur a évolué pendant plusieurs années au sein du collectif MZ aux côtés de Hache-P, Dehmo et Loka. En 2017, il se lance en solo et dévoile son identité artistique avec son premier projet Big Daddy Jok. La musique de Jok’Air est mélodique, mielleuse et incorpore certains éléments r&b à une base rap. Mais détrompez-vous, l’éternel romantique brille par sa polyvalence et est aussi capable d’offrir des morceaux percutants.

En mai dernier, l’artiste de 31 ans a fait paraître Melvin de Paris, le projet le plus cohérent et abouti de sa carrière. Composé de 18 titres, cet album bénéficie des contributions d’autres artistes comme Damso, Laylow, So La Lune, Soprano et autres. L’un des meilleurs morceaux de cet opus, Tu m’as eu avec Linema, rend hommage au succès You got me du mythique groupe de hip-hop The Roots et d’Erykah Badu.

crédit photo : Frédérique Ménard-Aubin

PAN M 360 : Tout d’abord, bienvenue à Montréal. Depuis combien de temps êtes-vous en ville?

JOK’AIR : Ça fait près d’une semaine que je suis arrivé en ville. J’ai des amis qui habitent  Montréal. Ils me font visiter la ville à chaque fois que je viens. 

PAN M 360 : Que connaissez-vous de la scène rap québécoise?

JOK’AIR : Je connais un peu le rap au Québec. Je connais surtout les beatmakers de Montréal. J’ai eu la chance d’aller voir le spectacle de Loud et de le rencontrer au Festival. Je connais aussi Enima, Lost. Je viens relativement souvent au Québec. 

PAN M 360 : Comment décririez-vous votre musique?

JOK’AIR : C’est du Jok’Air, tout simplement. Ça ne cadre pas nécessairement dans un style musical particulier. C’est différent de tout ce qui est fait en ce moment sur la scène du rap français. 

PAN M 360 : En mai dernier, vous avez fait paraître Melvin de Paris. Parlez-moi de la création de ce projet. 

JOK’AIR : C’est l’album sur lequel j’ai travaillé le plus longtemps de ma carrière. En général, je sors un ou deux projets par an, et là j’ai pris une absence d’un an pour bien fignoler l’album. C’était vraiment un travail en profondeur sur chacun des morceaux. D’ailleurs, j’ai enregistré plusieurs morceaux de Melvin de Paris à Montréal. Pour les gens qui veulent me découvrir, c’est assurément l’album parfait pour le faire.

PAN M 360 : Si l’on regarde votre carrière, on constate que votre rythme de création est époustouflant. Quelle est la clé de votre éthique de travail?

JOK’AIR : C’est sans aucun doute d’être passionné. La passion te pousse à toujours en donner plus. Ça fait que tu veux toujours donner le meilleur. Ça te permet de progresser chaque jour. Sans ça, je n’aurais jamais été capable d’y arriver et de maintenir ce rythme. 

PAN M 360 : On y retrouve le titre Quoi de neuf bébé, une collaboration avec le rappeur belge Damso. Comment ce morceau est-il né?

JOK’AIR : Un jour, j’étais au studio avec Damso à Bruxelles et on écoutait des morceaux que j’avais enregistrés. Dès que Quoi de neuf bébé a joué, il l’a écouté plusieurs fois et il a vraiment eu une fixation sur ce morceau. C’est lui qui a décidé d’ajouter son couplet à la chanson et j’étais très flatté qu’il aime autant ce titre. C’est une fierté d’avoir un artiste de cette renommée sur mon projet. C’est fou de pouvoir partager un de ces morceaux avec une personne aussi talentueuse. C’est vraiment un honneur qu’il soit sur mon projet.

PAN M 360 : Parlons maintenant d’un projet qui vous tient à cœur, votre bande dessinée et sa distribution dans de nombreux établissements scolaires de France. Quel est le but de ce projet?

JOK’AIR : C’est un projet collaboratif qu’on a depuis deux ans avec l’association La Mélodie des Quartiers pour lutter contre l’illettrisme et inviter les jeunes à lire. C’est assez simple, le but est de distribuer des bandes dessinées que j’ai faites dans des écoles situées dans des quartiers défavorisés de France. C’est un projet que je voulais faire depuis longtemps, j’ai toujours voulu faire une bande dessinée à la Titeuf. Alors on a créé un livre intitulé Melvin de Paris, comme mon dernier album. C’est une super chouette aventure humaine, on donne le sourire aux enfants et c’est super. 

PAN M 360 : Clairement, les bandes dessinées ont été très importantes lors de votre enfance. Avez-vous d’autres projets de ce genre en vue?

JOK’AIR : Carrément, ça m’a énormément marqué quand j’étais plus jeune. D’ailleurs, j’ai un tatouage de Titeuf sur mon bras gauche. Ça montre à quel point c’est ancré en moi. C’est certain que j’aimerais exploiter cette avenue davantage, soit en faisant une autre bande dessinée ou même un dessin animé. Pour l’instant rien n’est prévu, mais c’est certain que j’aimerais ça.  

PAN M 360 : Avec dix ans de carrière dans un collectif et sept ans en solo derrière la cravate, vous faites assurément partie des têtes d’affiche du rap français. Quelle est la prochaine étape pour Jok’Air? 

JOK’AIR : C’est simple, c’est de faire encore mieux. C’est impossible d’atteindre le sommet et c’est toujours possible de se surpasser. Pour le moment, je fais la tournée des festivals et plusieurs spectacles en Europe. Ensuite, je serai de retour en studio pour me surpasser et offrir encore mieux à mon public. 

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