Renaud Loranger réalise, mine de rien, sa cinquième programmation festivalière depuis sa nomination au poste de directeur artistique du Festival de Lanaudière. Pourtant, nous avons l’impression qu’il ne fait que commencer. Il faut dire qu’après une seule saison (2019), rien n’a été comme prévu par la suite. 2020 et 2021 ont été des années de pandémie, et 2022, une sorte de retour mais encore hanté par les ombres d’une fin de crise qui semblait parfois encore fragile. 2023, en un sens, est l’année d’une véritable relance. Une relance qui n’a rien de facile, cela dit, comme nous le raconte Renaud Loranger, que j’ai rencontré avec un immense plaisir afin d’en savoir plus sur la programmation de cette année, mais aussi sur les défis que représentent l’après-pandémie pour le milieu de la musique classique.

Renaud Loranger a été nommé à la direction artistique du Festival de Lanaudière en 2018, à la satisfaction générale du milieu classique. C’est que le Montréalais de naissance a une longue et riche expérience dans le milieu de la musique classique. Il vit en partie en Europe depuis plusieurs années, et a été ou est encore associé à de prestigieux labels tels Deutsche Grammophon, Archiv et Pentatone.

C’est dire qu’il a su développer un solide réseau incluant des organisations, des agents et des artistes de grand renom. Tout cela permettait aux amis du Festival, et aux mélomanes en général, de rêver à de grands moments musicaux estivaux dans la région de Joliette. Une première saison  »sur les chapeaux de roue » comme le dit lui-même Renaud Loranger nous avait confirmé la stature que pouvait prendre une programmation concoctée par le directeur artistique. De grands noms de stature planétaire, et nos incontournables nationaux. Bref, c’était un grand cru. 

2023 nous promet, en plus du retour à la  »normalité », des moments magiques avec nos OSM, OM, Yannick Nézet-Séguin, Rafael Payare, Andrew Wan, Charles Richard-Hamelin,les Grands Ballets, etc., mais aussi William Christie et ses Arts Florissants, Leonardo Garcia Alarcon avec son Choeur de Namur et sa Capella Mediterranea (dans l’Orfeo de Monteverdi! OMG!!), Marco Beasley qui sera uni à l’ensemble Constantinople, la trompettiste Lucienne Renaudin Vary avec les Violons du Roy, l’accordéoniste Richard Galliano, et j’en passe d’aussi bons. 

Donc, retour à la normale? Comme si rien ne s’était passé? C’est ce dont nous avons discuté.

PAN M 360 : Bonjour Renaud. Quel plaisir de vous revoir et de parler d’une saison totalement post-pandémique du Festival! Quand vous êtes arrivé, vous deviez certainement avoir une ligne, une vision à long terme de la programmation. La pandémie a tout bousculé. Est-ce un retour à la normale cette année, comme si rien ne s’était passé? Ou bien avez-vous été obligé de revoir de fond en comble vos idées initiales?

Renaud Loranger : Non. Je suis un peu intransigeant là-dessus.  Je pense que les bonnes idées sont tout le temps bonnes. Si elles n’ont pas été réalisées, il faut les réaliser. Les orientations générales ne changent pas. C’est certain que ce n’est plus comme avant. C’est en effet plus difficile de faire des plans à long terme. Ou même à moyen-long terme. C’est beaucoup plus difficile de convaincre un certain nombre d’artistes de venir. Plusieurs repensent leur manière de travailler et ils ne sont pas nécessairement disponibles pour venir en Amérique pendant l’été. Ils disent oui, on va faire une tournée en Amérique du Nord… à l’été 2058 (ce qui veut dire qu’ils ne savent pas quand). On doit faire avec.

Je pense qu’on n’a pas encore retrouvé le rythme. On essaie de se projeter mais c’est ardu, et partout dans le monde aussi c’est comme ça, bien qu’en Amérique, d’autres défis nous font face par rapport à l’Europe. 

Un autre problème, c’est l’inflation. Et un autre encore, la pénurie de main-d’œuvre. Nous avons été très choyés par nos gouvernements pendant la crise, mais en ce moment, les aides d’urgence disparaissent. C’est normal, en un sens, mais ça arrive en même temps que les problèmes que je viens juste de mentionner. Vous pouvez imaginer le casse-tête.

Cela dit, je constate en ce moment que le côté billetterie nous envoie des signaux très encourageants. On pense que les gens vont revenir en bon nombre, ce qui n’était pas le cas l’année passée. 

PAN M 360 : Y a-t-il une ligne directrice qui a guidé votre programmation 2023? Je vois beaucoup de  »valeurs sûres » en termes d’œuvres. Est-ce que la prudence a fait partie de votre équation, afin d’être certain de ramener le public?

Renaud Loranger : Je ne dirais pas prudence, mais plutôt conscience. Conscience de l’importance des canons du répertoire et de leur qualité rassembleuse. La Fantastique de Berlioz, la Pathétique de Tchaïkovsky, la Neuvième de Beethoven (qui vient d’être jouée avec l’OSM et Rafael Payare), elles demeurent des grandes pièces qu’on ne joue pas aussi souvent qu’on le pense. La Neuvième, on ne l’avait pas programmée depuis plus de 15 ans! Pour revenir à votre question, je vous parlerai d’une figure mythique bien connue de l’Antiquité (une période que j’aime beaucoup) : Orphée. Orphée, une métaphore qui s’applique à toutes sortes de choses. C’est la figure de l’artiste, c’est la figure de l’être humain amoureux dont les sentiments vont trop loin. La tragédie devient inévitable. Je trouve que de Monteverdi  jusqu’à Rachmaninov, avec les concertos pour piano et autres, on traverse l’âme humaine jusqu’au fond. On a Orphée pour vrai, avec Monteverdi et Alarcon (ce sera un moment exceptionnel!), mais on a aussi tout ce qui peut s’en réclamer à travers le symbole : Tchaïkovsky, Chopin, etc. C’est un peu ténu, mais en même temps, je vois bien cette lignée.

PAN M 360 : Je remarque que plusieurs concerts sont déjà complets, dont certains de la série  »hors les murs ». Ça fonctionne bien, non?

Renaud Loranger : Oui, c’est une belle série. Jouer de la musique classique dans une brasserie ou dans un champ de courges, c’est une approche différente et enthousiasmante. Cela dit, ce sont des concerts qui sont assez intimes, avec peut-être une cinquantaine de places. Ça se remplit assez vite. Mais il est vrai que la billetterie va bien. Nos concerts dans les églises sont presque complets en ce moment, et plusieurs autres le seront, si on se fie au rythme des ventes. Je suis superstitieux, mais je dois reconnaître que c’est encourageant. Nous pouvons être prudemment optimistes.

PAN M 360 : La relance post-pandémique est un défi partout dans le monde et dans toutes les disciplines artistiques. Quelles particularités cette relance représente-t-elle pour la musique classique spécifiquement?

Renaud Loranger : C’est une question très vaste… Pour nous, d’après nos chiffres et nos données, on doit constater qu’une partie du public traditionnel a disparu. Il n’a plus envie de sortir et de se déplacer comme avant. Il a peut-être encore des craintes. Il va peut-être revenir, mais de temps en temps seulement. Au final, ça risque d’être dix fois moins qu’avant. 

Un autre défi, et il est paradoxal, c’est de perdre l’accessibilité. ce que je veux dire, c’est que nous sommes en train de courir après l’argent, pour les raisons dont j’ai parlé plus tôt, entre autres. J’ai peur que pour continuer il nous faille augmenter les prix des places, ce qui rend la musique moins accessible, inévitablement. Encore une fois, les gouvernements (Canada, Québec et villes) ont été présents, ultra présents. Mais, le retour au financement pré-pandémie ne pourra pas être viable car tout à terriblement augmenté entre temps… L’idéal serait de conserver ce financement et de le pérenniser. Ça nous permettrait de ne pas retomber plus bas que là où nous étions.

PAN M 360 : Malgré ce soutien solide, nous demeurons tout de même à la traîne par rapport à l’Europe dans ce domaine. Bien que certains signes semblent nous avertir de changements là-bas?

Renaud Loranger : Premièrement, l’assiette fiscale en Europe est autrement plus vaste que la nôtre. C’est un simple fait. Puis, il est vrai que le soutien aux arts est dans leur culture depuis longtemps. Mais il est vrai que l’on voit arriver de nouveaux mouvements politiques, de nouvelles administrations dans certaines juridictions qui prennent des décisions… étonnantes. Au Royaume-Uni, la BBC est la cible de ce genre de gestes. En France, certaines mairies (Lyon, Strasbourg, Bordeaux) sont devenues très politisées et véhiculent une vision… idéologique de la culture (entre autres). La musique classique, les arts classiques en général, sont perçus comme élitistes et même décriés publiquement comme tels. Il s’agit d’un véritable changement. Ce n’est pas positif à mon avis. Ce risque de politisation idéologique de la culture est dangereux. Et pourtant, c’est justement parce qu’il y a un financement public des arts classiques que ça en fait des activités ouvertes à tout le monde, le contraire de l’élitisme! Ce sont des arts qui coûtent cher en général, et c’est la raison pour laquelle un financement collectif est nécessaire pour éviter que ça redevienne exclusivement des trucs de salons privés de gens qui peuvent se le permettre.

PAN M 360 : Le Festival s’implante durablement en milieu urbain, au centre de Joliette même. Parlez-moi de ce que cela représente.

Renaud Loranger : C’est drôle que vous me parliez de cela, car j’étais sur les lieux de notre nouveau bâtiment il y a quelques minutes, la Maison de la musique René-Charette, en plein cœur du centre-ville de Joliette. Nous y aurons nos bureaux et un espace de diffusion qui nous permettra de pouvoir offrir une programmation à l’année. Nous pourrons y accueillir une centaine de personnes. Ce sera intime mais surtout ouvert à tous et pas seulement en été. Nous pourrons y offrir des activités de médiation, des concerts, etc. Nous avons très hâte d’emménager. Nous sommes en ce moment dans des bureaux qui sont près de l’Amphithéâtre, mais qui n’ont pas été conçus pour ce genre de tâches. Rappelons-nous qu’il s’agit de bâtiments qui ont été construits pour les Jeux Olympiques de 1976 (Joliette a accueilli des compétitions)! Ils ont largement dépassé leur durée de vie utile, disons. Il s’agira d’un renouveau doublé d’une nouvelle énergie.

PAN M 360 : Merci pour votre générosité et bon succès avec le Festival 2023!

Renaud Loranger : Merci!

Qui est la chanteuse africaine la plus mondialisée de sa génération?
Quelle chanteuse africaine a obtenu la plus grande reconnaissance en Occident au cours des dernières décennies?
Qui est la lauréate de 5 Grammy Awards et d’un Prix Polar récemment remporté?
Qui fut identifiée par Time Magazine parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde en 2021?
Quelle chanteuse africaine est ambassadrice de l’UNICEF?
Qui donc fut la marraine du Festival international Nuits d’Afrique en 2013 et qui en est la porte-parole en 2023?

Interviewée en visio-conférence alors qu’elle était de passage à Paris pour des séances studio avant de se rendre au Danemark et au Royaume-Uni, Angélique Kidjo se prête au jeu des questions de PAN M 360. Peu avant son retour sur les planches montréalaises, soit ce mercredi 12 juillet au MTELUS en guise de coup d’envoi des Nuits d’Afrique 2023, l’artiste béninoise transplantée à Brooklyn a encore beaucoup à dire et à chanter !

PAN M 360 : Vous êtes une figure de proue de l’Afrique culturelle depuis longtemps, vous le demeurez. Vous êtes auréolée de prix aux États Unis, en Europe, en Afrique. Évidemment, votre rôle de porte-parole des Nuits d’Afrique a plus de poids que jamais. Comment voyez-vous ce rôle en 2023 ?

Angélique Kidjo : Je tiens simplement à ce que les choses soient mises en relief. Mon rôle en tant qu’artiste venue d’Afrique, c’est de faire de la musique qui n’a pas de frontières. La musique que j’ai écoutée quand j’étais enfant, elle venait du monde entier. Comme disait Miriam Makeba, pourquoi alors est ce qu’on nomme notre musique world music ? Qui se donne le droit de définir qui est le premier monde ? Le deuxième? Le troisième ? Ça agaçait énormément Miriam. et elle avait raison.

PAN M 360 : Oui effectivement, la world music, qui désigne la musique des pays non occidentaux, est une expression à bannir.

Angélique Kidjo : Au fil du temps c’est devenu une catégorie qui désigne le ghetto. C’est-à dire qu’on ne peut pas sortir de ce trou. Une musique est une musique, peu importe d’où elle vient, c’est pourquoi ’ai toujours refusé d’être mise dans une case, une catégorie, un genre précis. Je suis un être humain, on ne peut pas me dire parce que je viens d’Afrique, je n’ai pas le droit de faire ceci ou cela en musique. La colonisation, c’est terminée, l’esclavage c’est terminé… certains devraient en prendre note! Alors pourquoi continue-t-on à maintenir ce rapport de force qui n’a pas raison d’être ?

PAN M 360 : Nous ne sommes pas majoritaires à éviter de hiérarchiser la musique selon les genres, les cultures, les races ou les nations mais nous sommes de plus en plus nombreux. Vous-même n’avez jamais fait de la musique strictement béninoise, sans oublier vos racines. Alors…

Angélique Kidjo : La musique, c’est ça. Quand les gens me parlent d’appropriation culturelle, je dis « Mais attendez, de quoi parlez-vous au juste ? » La musique, ça se partage, ça n’a pas d’agenda, ça n’a pas de couleur, ça n’a pas de frontières. On s’inspire les uns les autres. Ce sont les mêmes notes que nous utilisons du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Où qu’on soit sur cette planète, nous travaillons avec les mêmes outils sonores. Forcément, quand on est ouvert au monde, il y a des influences qu’on a d’un peu partout. Nous sommes tous des immigrés de quelque part.

PAN M 360 : En même temps, vous êtes de nouveau la porte-parole d’un festival qui s’appelle Nuit d’Afrique, qui quand même se concentre essentiellement sur l’Afrique et ses communautés vivant partout dans le monde. Vous êtes quand même porte-parole d’un festival qui privilégie l’ascendance africaine.

Angélique Kidjo : Oui, et ces Nuits d’Afrique sont déclinées au pluriel, ça prend en compte tous les cieux africains, sur tous les continents. C’est l’Afrique dans sa globalité qu’on célèbre et ça a toujours été ça. On ne peut plus parler de LA musique africaine, il y a DES musiques africaines. Donc pour moi, les Nuits d’Afrique, c’est un départ pour mieux comprendre que nous vivons sous des cieux différents.

PAN M 360 : Et donc, c’est encore important qu’il y ait des plateformes ou des plateaux d’artistes qui représentent toute la mouvance africaine depuis des siècles sur cette Terre.

Angélique Kidjo : Oui. Et, comme partout ailleurs, les jeunes artistes africains d’aujourd’hui sont en train de casser les codes. Ils n’en ont rien à cirer des radios commerciales, des interviews dans les vieux journaux, bref de tous les anciens procédés de mise en marché. Internet les a rendus des stars sur le continent africain et aussi hors de l’Afrique. Ainsi, une jeune artiste née sur le web il y a deux ans peut aujourd’hui cumuler des milliards de vues. La donne est donc en train de changer, parce que la technologie est en train d’ouvrir la richesse culturelle, musicale du continent africain.

Aussi, le public africain devient de plus en plus pointu, diversifié et autonome. S’il n’a pas envie d’écouter un artiste de l’Occident, il ne se le fait pas imposer. Avant, on se disait qu’il fallait écouter ça parce que ça venait de l’Amérique. Aujourd’hui, ça vient d’Afrique et de partout dans le monde. Chacun a envie d’écouter ce qui l’intéresse.

PAN M 360 : Vous avez traversé le début de la mondialisation de la pop ouest-africaine soit dans les années 80, 90, 2000, 2010 jusqu’à maintenant. Quelles sont vos perceptions du contexte actuel dans votre pratique artistique?

Angélique Kidjo : Maintenant, c’est beaucoup plus compliqué pour les jeunes d’avoir une carrière, parce que le business ne fonctionne plus de la même façon. Les droits de l’auteur sont réduits comme peau de chagrin. Alors quand on ne fait pas de concert, on ne gagne plus grand-chose. Les jeunes artistes d’aujourd’hui seront-ils patients ? C’est un moment trop incertain pour qu’on prédise quoi que ce soit. Mais ce qui est certain, c’est que ça a complètement changé.

PAN M 360 : C’est aussi vrai en Afrique qu’en Occident?

Angélique Kidjo : Oh oui ! Avant, les artistes consacrés comme moi, Youssou (N’Dour), Salif (Keita) ou d’autres arrivaient à vivre de leurs droits d’auteur. Mais ils n’y arrivent plus parce que la façon dont est calculé le nombre de passages de votre musique sur Spotify ou sur d’autres plateformes n’est plus la même. Les très gros artistes récupèrent tout l’argent et les autres même pas les miettes. Et ça, ce n’est pas juste.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous en ce sens?

Angélique Kidjo : Il faut que des législations se mettent en place pour protéger la propriété intellectuelle. Tout n’est pas à vendre dans le contexte de la mondialisation ! Mais où est passée la souveraineté des cultures et de leurs pays ? Au nom du profit mondialisé, tous les pays se fragilisent. Si c’est cette direction, on s’en va dans le mur.

PAN M 360 : Maintenant, si on revient à la musique et que l’on parle de votre propre progression . Vous avez toujours été dans un mélange impliquant vos propres sources ouest-africaines et béninoises, mais aussi le funk, le groove, le R&B, le jazz. Vous avez fait ça avec votre mari toute votre vie. En termes de production, vous aviez toujours eu cette vision dès le début.

Angélique Kidjo : C’est Léopold Sédar Senghor qui disait « L’avenir appartient au métissage. » C’est inévitable. Les gens qui s’accrochent à la pureté de la race et qui passent leur vie entière à haïr des gens qui ne leur ont rien fait, qu’ils ne connaissent pas, ils gaspillent leur vie parce que c’est inévitable. S’il n’y avait pas eu de mélange, l’homo sapiens que nous sommes aujourd’hui ne serait pas là. C’est le métissage et les forces qui viennent d’ailleurs, qui permettent aux êtres vivants d’évoluer. On ne peut plus être un être humain en pensant ne pas pouvoir vivre avec les autres. Il y a un danger certain pour la pérennité de notre présence sur Terre si on laisse ces pensées extrêmes prendre de plus en plus de place. S’il n’y a plus de diversité, il n’y a plus d’humanité.

PAN M 360 : Vous refusez donc l’autarcie et l’isolationnisme!

Angélique Kidjo : On ne peut vivre seul. Seul, on ne crée rien de consistant. Nous sommes là les uns pour les autres. On parle des langues différentes, notre humanité évolue dans cette différence et la musique est au centre, elle est un langage commun. Je suis une personne très curieuse, je peux chanter dans différentes langues et ma voix change au gré de chaque langue. Quand une chanson me prend au tripes, je dois y donner naissance. Je ne sais pas faire autrement.

PAN M 360 : Vous avez lancé l’album Mother Nature en 2021. Parlez-nous donc de vos dernières aventures musicales, ce qui vous a inspiré en production, vos collaborations souhaitées.

Angélique Kidjo : Mother Nature a commencé avec le début de la pandémie. J’étais censée donner un concert le 14 mars 2020 à Carnegie Hall avec Manu Dibango, afin de célébrer les 60 ans des pays qui sont devenus indépendants en Afrique. Deux jours avant, le concert a été annulé et je suis revenue à Paris pour être plus proche de ma maman, car c’est cinq heures ou six heures de vol de Paris à Cotonou. Le 28 mars 2020, mon beau-père meurt de la covid. Quelques semaines après, Manu Dibango en meurt aussi… un mois après, Tony Allen. D’une absurdité incroyable !

Je me suis dit alors , qu’est ce que je fais ? Je n’ai plus de concert mais j’ai un studio à la maison. Alors il me faut continuer à écrire de la musique. Je me suis mise à préparer cet album. Quelques mois plus tard, en octobre, il y a un mouvement de révolte au sein de la jeunesse du Nigeria, contre la violence policière. Et là, c’est un autre coup de poing. Je savais qu’un jour, la jeunesse serait dans la rue pour une telle indignation. Je contacte alors Yemi Alade qui me dit qu’elle est aussi dans la rue. Je lui dit de sortir de là car les autorités tirent sur les gens sans savoir qui sont les casseurs et ceux qui ne le sont pas. Je lui dis que la seule arme que nous avons, c’est la musique. Je l’enjoins de quitter la rue et de réfléchir avec moi sur ce qu’on peut faire. Partir par une discussion constructive exclut la violence, orale ou physique. Yemi a accepté, nous avons fait la chanson Dignity et ça a commencé là.

PAN M 360 : Vous avez alors manifesté votre penchant pour les afrobeats!

Angélique Kidjo : Je me suis dit bon, je vais aller maintenant vers cette nouvelle génération d’artistes en leur demandant : qu’avez-vous envie de dire ? Qu’est-ce qui vous inspire? Qu’est-ce qui vous mobilise? Les changements climatiques, dont le continent africain va payer un des plus lourds tributs? On a commencé comme ça. Et en fait, Mother Nature est pour moi un album de transmission parce que la transmission des savoirs est au centre de notre africanité et aussi de notre humanité. Sans la parole, notre cerveau ne se développe pas. Sans la parole, nous ne sommes pas des humains.

PAN M 360 : Vous avez donc travaillé avec les plus jeunes, Mr Eazi, Burna Boy, Yemi Alade, Shungundzo , Sampa The Great, Blue Lab Beats, Ghetto Boy, EARTHGANG, sans vouloir exclure les plus expérimentés, Salif Keita ou même M.

Angélique Kidjo : Ce qui fut particulièrement intéressant pour moi, ce fut voir le professionnalisme de cette nouvelle génération. Je leur faisais parvenir mes voix et mes propres pistes en maquettes, et ils me renvoyaient des trucs impeccables. C’est un rêve devenu réalité que d’avoir atteint un tel professionnalisme africain dans la production. Avant, il n’y avait pas assez d’outils alors qu’aujourd’hui avec Internet et un ordinateur, on peut faire des choses absolument fantastiques. Et l’on peut travailler à distance.

PAN M 360 : Vous n’aviez pas trop le choix de travailler à distance pendant la pandémie!

Angélique Kidjo : Oui, c’était un peu frustrant pour moi parce que j’aurais bien aimé avoir les gens dans mon studio pour qu’on puisse jouer et chanter ensemble. Mais quand même… ça s’est fait parfaitement bien. Il faut être flexible, les choses changent, il faut changer avec. Ça a toujours été mon but dans la vie, de ne penser qu’à aujourd’hui et demain. Donc je me suis adaptée à toute cette technologie et ce type de production à distance. Je continuerai à le faire.

PAN M 360 : Les afrobeats sont très présents dans l’album Mother Nature.

Angélique Kidjo : Les musiques du Nigeria ont toujours été dans mes préférences. Mais il y a aussi le dancehall jamaïcain dans les afrobeats, il y a le R&B, il y a le funk. Ces rythmes ont tous des racines africaines, ces rythmes font partie de l’ADN des humains. Chacun d’entre nous porte un peu d’Afrique.

PAN M 360 : Avez-vous toujours le feu sacré pour la scène?

Angélique Kidjo : Je ne peux pas ne pas vivre sans la scène. S’il y a un paradis sur terre, c’est la scène. Quand je monte sur scène, c’est un éternel recommencement : aucun concert n’est acquis à l’avance. Comme maman avait l’habitude de me dire, il faut être prêt à être nu spirituellement pour monter sur scène. Quand on comprend cette idée, on est vraiment au service de la musique. Votre ego vous permet de monter sur scène et de lutter contre le trac, la peur de la scène, le trac. Une fois qu’on a passé ça, tout le reste, c’est que du bonheur.

Pionnier de la scène électronique québécoise, Fred Everything alias Frédéric Blais a connu le succès tant à l’échelle internationale que locale. Sa carrière de producteur, DJ et gestionnaire du label Lazy Days Recordings s’étale sur plus de deux décennies. Ses DJ sets, sa discographie – il a été crédité sur plus de 250 productions et a collaboré avec de grands noms – révèlent l’étendue de son talent et de son rôle charnière pour la scène. Avec une nomination aux Junos 2023 pour la catégorie Single dance underground de l’année, plusieurs albums dans les cartons et un DJ set au Piknic Electronik ce dimanche 9 juillet, on peut déjà affirmer que 2023 se place sous le signe du prolifique.

Vous pouvez retrouver Fred Everything sur la scène Fizz, en ouverture de l’ambassadeur de la deep house de la côte Est américaine Kerri Chandler. À quelques semaines de son passage, PAN M 360 s’est entretenu avec lui pour discuter les différentes facettes de son parcours d’artiste inarrêtable.  

PAN M 360 : Si vous deviez résumer la bande musicale de votre enfance et de votre adolescence, par quoi commenceriez-vous ?

Fred Everything : Mon éducation s’est faite par la radio. Ce qui m’intéressait particulièrement, ce sont les sonorités électroniques. Dès les années 1980, on pouvait trouver des éléments tels que les drum machines, les vocoders et les synthétiseurs. Des artistes comme Human League et Eddy Grant avec « Electric Avenue » utilisaient ces sonorités et effets, même si leur musique n’était pas strictement électronique. David Bowie, lui aussi, utilisait la technologie d’une manière différente, notamment en travaillant avec son producteur Brian Eno. La musique était définitivement influencée par la technologie. Personnellement, j’ai été plus attiré par la musique alternative qui comportait également de nombreux éléments électroniques. Je pense à des groupes comme New Order, Depeche Mode, The Smiths et The Cure. New Order en particulier a réussi à rendre la musique dance plus cool en s’inspirant de différentes influences. C’était un groupe issu d’un univers un peu plus sombre et gothique avec Joy Division, puis ils ont soudainement adopté un style disco influencé par le mouvement acid house. Quand je regarde ce que j’ai aimé, je réalise que la dance music m’a influencé dès le début.

PAN M 360 : Vous avez rapidement commencé à fréquenter les clubs ?

Fred Everything : J’ai fréquenté les clubs très jeune, avant même d’avoir l’âge d’y entrer légalement. Ils ont toujours été présents dans ma vie et représentaient pour moi un espace particulier, un peu comme un safe space, bien que le terme n’était pas utilisé à l’époque. C’était là que je me sentais à ma place. Même si je n’avais pas assez d’argent pour me permettre ne serait-ce qu’un verre, ce n’était pas cela qui m’attirait. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était la musique. Je me suis rapidement lié d’amitié avec des DJ à Québec. Comme j’ai toujours fait de la musique, dès que je me suis intéressé plus à la musique house et techno, il fallait que je trouve un moyen d’en faire. C’était aussi l’attrait de pouvoir faire ça seul.

PAN M 360 : Avez-vous tout de suite commencé à composer de la musique électronique ?

Fred Everything : J’étais dans des groupes, on était hybride, c’était un peu à la, justement, je reviens encore sur New Order, mais c’est parce que c’était un modèle pour plein de groupes. À cette époque, il y avait également le groupe Handful of Snowdrops à Québec, qui était influencé par ces mêmes courants. Leur musique était à la fois électronique et comportait des instruments, notamment des voix et de la basse. Quand j’ai commencé à faire la musique seul, c’était carrément juste des machines.

PAN M 360 : À quoi ressemblait le paysage des clubs à Québec ?

Fred Everything : C’était assez minuscule, on se retrouvait dans un endroit qui s’appelait L’Express de minuit, qu’on surnommait le Midnight. Au niveau des événements, c’est plutôt nous qui les avons organisés. Quand je dis nous, j’étais un peu impliqué, mais il y avait d’autres gens, les DJ et on était directement influencés par ce qui se passait à Montréal. Au départ, on était influencés par l’Angleterre, ce qu’on voyait dans les magazines. Ensuite, c’est quand on a commencé à aller à Montréal qu’on a vraiment eu une autre influence. En 1993, il y a eu un événement fort à Montréal qui s’appelait Solstice et qui a vraiment tout changé, c’était un peu comme le premier gros rave de Montréal. C’était dans un ancien musée, il y avait des artistes d’un peu partout dans le monde, plusieurs salles, une plus techno hardcore, une salle progressive house qui serait un peu le deep house de de nos jours et un espace chill out.

PAN M 360 : Vous avez commencé par produire avant d’être DJ, on voit plus souvent le chemin inverse.

Fred Everything : J’ai commencé par des cours de piano, j’étais pas très assidu et on n’avait pas de piano donc j’ai jamais été un grand musicien. Mais le désir de de créer, de savoir comment les choses se font était toujours assez présent pour moi. J’étais adolescent quand j’ai vraiment commencé à comprendre ce qu’était la culture DJ. Dans les années 1980, acheter des disques coûtait cher, on achetait un 12 pouces pour 15$ et ils étaient très difficiles à trouver. Je préférais prendre mon argent et m’acheter un synthétiseur ou une machine. 

Le DJing est arrivé après avoir fait le circuit des raves à Québec et à Montréal avec le live et à un moment donné je me ramassais avec des sets qui étaient très courts, des cachets qui étaient moindres que les DJ et une logistique qui était plus compliquée. À un moment donné, je me suis dit que j’allais garder les machines à la maison, puis commencer à faire DJ.

PAN M 360 : Est-ce que créer son propre label était une suite logique ?

Fred Everything : Oui, c’est arrivé beaucoup plus tard, en 2005. Disons que j’ai commencé à vraiment à sortir de la musique pour vrai à peu près en 1995 donc il y a eu 10 ans qui se sont écoulés. J’ai été chanceux de travailler avec des maisons de disques qui étaient qui m’ont aidé, entre autres 20:20 Vision, Om Records. J’étais dans une zone qui était assez confortable, puis je dirais que je début de ma carrière a été assez intéressant. J’étais un des seuls sinon le seul de Montréal à faire de la musique électronique, à sortir des disques et tout ça. Il y avait beaucoup d’attention sur moi et à un moment donné tu évolues aussi musicalement, il y a des choses que tu veux faire et ça ne s’aligne pas toujours avec les étiquettes de disque. C’était clair qu’il fallait que je devienne indépendant et que je parte ma maison de disque. C’est toujours resté une petite entreprise basée sur les relations personnelles.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a eu des collaborations importantes pour vous sur Lazy Days Recordings ?

Fred Everything : Une personne qui est très importante dans ma vie personnelle et professionnelle, c’est Atjazz, Martin Iveson, qui est un ami de longue date. On se connaît depuis 1998 donc on a collaboré énormément, entre autres sur le label. Dans les artistes qui ont beaucoup sorti avec nous, il y a entre autres Shur-I-Kan, Ludovic Lorca, qui maintenant opère sous le nom Art of Tones. Ça serait quelques exemples mais il y a eu quand même beaucoup de personnes qui sont passées sur le label depuis 2005, ça va faire bientôt 20 ans. 

PAN M 360 : Quels ont été les défis que vous avez vécu avec la gestion du label ?

Fred Everything : On a commencé quand on était sur la fin du gros buzz du vinyle, c’était le début du digital. La première sortie qu’on a fait était un remix de Trentemoller donc c’était vraiment un gros release et on a vendu 4000 vinyles, si tu regardes ça maintenant, c’est énorme. On a migré vers le digital, les sites qui ont commencé à apparaître, Tracksource, Beatport, et tout d’un coup c’était plus la même chose. Quand on faisait du vinyle, il y avait moyen d’avoir un profit un peu plus intéressant, à chaque morceau qui était vendu on avait quand même quelques dollars. Tandis qu’avec le digital, tout de suite on est arrivé avec un modèle qui était piratable et après les profits commençaient à baisser, donc oui, ça a été directement un défi et surtout quand tu commences sur une grosse note. Je dois dire franchement que j’ai appris sur le tas. 

PAN M 360 : Votre carrière est très internationale

Fred Everything : Oui, j’ai toujours été concentré plus sur l’international et drôlement en ce moment dans ma carrière, je suis un peu plus concentré sur le local depuis que je suis revenu à Montréal. J’ai habité entre autres à Londres en 1999, ensuite j’ai habité à San Francisco de de 2007 à 2015. Ce qui devait être un séjour de peut-être 2 ans s’est transformé en 8 ans. J’avais un historique avec San Francisco, c’était la première place ou j’étais allé DJ en dehors du Canada.

PAN M 360 : Vous avez plusieurs albums à votre actif, c’est un format parfois sous-exploité dans les musiques électroniques de danse

Fred Everything : Je pense que le format album est pertinent, il est là pour rester. Ça me donne une opportunité de m’exprimer dans toutes sortes de tempo ou de style qui ne serait pas nécessairement possible avec le format single. 

PAN M 360 : Votre prochain album doit sortir cet automne, est-ce-que vous voulez nous en dire quelques mots ? 

Fred Everything : C’est mon album le plus personnel. Je ne suis pas encore à lancer tout ça mais j’ai très hâte parce que j’ai l’impression que c’est beaucoup de choses que je n’avais pas encore exprimées, du côté de la pandémie et post-pandémie. C’est assez positif comme album, c’est tourné vers les valeurs qui me qui me tiennent à cœur. Il s’appellera Love, Care, Kindness & Hope et sortira cet automne sur mon label Lazy Days Recordings. J’ai aussi un autre album ambient sous mon pseudonyme All Is Well, A Break In Time qui sortira sur Compost fin 2023. Il sera possible de l’écouter en Dolby Atmos dans la salle Habitat Sonore du Centre Phi à la sortie. Je prépare aussi un album en collaboration avec Atjazz pour 2024.

PAN M 360 : À ce stade de votre carrière, ressentez-vous une tension entre votre créativité, les attentes du public et le besoin de se renouveler ?

Fred Everything : Je mentirais si je disais non, mais de moins en moins. J’ai l’impression que la meilleure façon de ne pas plaire, c’est en essayant justement de plaire. Je pense que le public, les gens en général ont besoin de quelque chose d’honnête et d’authentique. Surtout dans un monde, où on est absolument bombardé de musique. On n’a pas besoin de choses qui qui ressemblent à d’autres choses. Avec l’intelligence artificielle ça fait des années que j’entends des choses et que je me dis mais ça peut être un algorithme qui a fait cette musique parce qu’elle est prévisible, il manque une voix honnête. J’aime mieux présenter une musique qui peut avoir moins de succès, qui va être moins prévisible et peut-être que les gens n’aimeront pas, mais au moins ce sera ce que j’ai vraiment envie de dire et ce avec quoi je peux vivre le reste de ma vie. 

PAN M 360 : Est-ce que jouer au Piknic Electronik a une signification particulière pour vous ?

Fred Everything : J’ai joué au deuxième Piknic à vie, on était une cinquantaine, c’était vraiment hyper communautaire et ce jour-là, il y a eu une tempête. On était en dessous du Calder, les pieds dans l’eau, avec des fils qui traînaient avec les éclairs, on tenait la tente qui servait de DJ booth. Maintenant c’est un gros événement et c’est toujours un plaisir pour moi de le faire. Non seulement l’événement, mais de faire l’ouverture de Kerri Chandler pour moi c’est quelque chose de gros. C’est un artiste que je suis depuis très longtemps et qui m’avait été introduit par un très bon ami à moi qui n’est plus malheureusement, donc c’est une grosse signification. J’ai sorti quelque chose sur son label, on s’est rencontré quelques fois, pour moi c’est un immense honneur. 

BILLETS PIKNIC ÉLECTRONIK MTL #8: KERRI CHANDLER / INTERPLANETARY CRIMINAL

En avril dernier, Productions Nuits d’Afrique tenait la 16e édition de son concours annuel des Sylis d’or de la musique du monde Made in Montréal. Une compétition devenue incontournable dans le paysage de la métropole. Parmi les nombreux groupes qui ne se sont pas rendus en finale, nous, chez PAN M 360, en avons remarqué quatre que nous souhaitons mieux faire connaître au grand public. Le contexte étant ce qu’il est dans les concours, on oublie trop facilement et rapidement les semi-finalistes. 

La scène latino de Montréal est en train de devenir si riche et variée qu’un groupe s’est spécialisé dans un style musical très précis : le Son jarocho, une musique traditionnelle aux accents de terroir bien authentique et originaire du Veracruz mexicain. El Balcon, c’est son nom, est constitué d’un aréopage typiquement montréalais d’artistes venus d’un peu partout, mais réunis autour de l’amour commun d’une forme artistique. Haut perchés, donc, au premier étage : Charles Cantin (voix), Nominoë Crawford (violon), Valeria De Marre (voix), Joshua Greenberg (guitare), Nicolas Lafortune (percussions) et Alexandre Marchand (basse).

Mais, la métropole étant ce qu’elle est, vous ne serez peut-être pas surpris d’entendre aussi, éparpillés dans les chansons du groupe, des échos… de musique des Balkans, d’influences du Moyen-Orient, voire de trad keb! Eh oui, une Ville-Monde comme Montréal finit toujours par croiser les effluves racinaires et identitaires. C’est pour ça qu’on l’aime, au final.

Rencontre avec un de nos coups de cœur des demi-finales des Sylis d’or 2023, El Balcon.

PAN M 360 : Salut tout le monde! Puisque nous sommes réunis afin de mieux vous connaître, commençons par la base : d’où vient El Balcon et comment le groupe a-t-il été formé?

El Balcon : C’est une question de hasards qui ont mené à d’autres. J’ai croisé un percussionniste Mexicain de passage à Montréal. On a joué ensemble, puis deux autres personnes qu’il connaissait se sont jointes, après quoi, de fil en aiguille un autre percussionniste a été intégré, puis Josh, que je connaissais déjà et avec qui je jouais dans un autre groupe qui venait de se séparer. Finalement, un paquet de monde issu d’un réseau étendu de musiques traditionnelles de diverses origines, mais centré sur la vision de la musique mexicaine du Veracruz.

PAN M 360 : Pourquoi justement cette focalisation sur un type précis de musique du Mexique, soit le Son jarocho?

El Balcon : Plusieurs d’entre nous ont une forte connexion au Mexique. Que ce soit pour des recherches de retour aux sources de connexions culturelles latines, pour y apprendre la lutherie typique des instruments de cette région, par simple intérêt musical ou parce que c’est un pays d’origine (Valeria est arrivée au Québec en provenance du Mexique, et cherchait des gens pour jouer la musique de son pays), le Mexique est un trait commun de plusieurs membres du band. Et le Son jarocho est une musique très communautaire au Mexique. On l’entend dans les mariages, les fêtes, les baptêmes, etc., et dans tous les villages, qui ont chacun leur façon de la jouer. Rendue ici, en plus, nous avons ajouté une dimension personnelle aux interprétations : des éléments de musique balkanique que nous aimons beaucoup! Comme nous arrangeons les pièces traditionnelles de façon à y entendre d’autres sonorités, et que nos compositions originales dans le style jarocho intègrent également ce genre de particularité (par exemple, transformer un 6/8 et ⅞, plus typique des Balkans), au final, les personnes qui écoutent peuvent difficilement savoir quelles pièces sont des standards arrangés, et quelles sont des nouvelles pièces de notre cru.

PAN M 360 : C’est donc un cœur commun que celui de la musique traditionnelle?

El Balcon : Oui. Nous mélangeons beaucoup de choses, mais le point focal est que ce soit acoustique et traditionnel. Bien sûr, le Son jarocho est celui des styles qui prend le plus de place. C’est dans certaines inflexions, certains rythmes, certaines déviations harmoniques que, de temps en temps, les gens vont percevoir d’autres influences. Disons que c’est du Son jarocho coloré par d’autres influences ici et là.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui unit les diverses musiques traditionnelles du monde?

El Balcon : L’aspect communautaire, probablement. Ce sont dès le départ, et pour la plupart d’entre elles, des musiques issues de mélanges et de brassages de population, avant même de devenir des facteurs identitaires de telle ou telle communauté. La cornemuse est un bon exemple. On se dit  »c’est écossais », mais en vérité, son origine est perse! Un jour, par le truchement d’échanges, de déplacements, de commerce, un Écossais a ramené cela chez lui, a dit à ses amis  »Yo écoutez ça, c’est sick ben raide! », puis, pour toutes sorte de raisons, ils se sont approprié cet instrument. Même Bach a pigé un peu partout, dans les musiques italienne, française et germanique de son époque pour en arriver à une synthèse formidable. 

PAN M 360 : Le principe de rencontres prend un nouveau sens avec les points de rencontres planétaires que sont les villes-mondes du 21e siècle, des villes ultra multiculturelles, comme Montréal et plusieurs autres, qui permettent et offrent des conditions spéciales pour l’expression artistique de ces croisements?

El Balcon : Oui, c’est fou le genre de possibilités qui s’ouvrent désormais. Bien sûr, le web y participe, mais il est plus dynamique de jouer avec des êtres humains en chair et en os, qu’à travers des sessions Zoom. Ce qui fait que le côté très cosmopolite d’une ville, en plus de son attrait pour les artistes (ce ne sont pas toutes les villes multiculturelles qui inspirent autant la créativité, non plus), permet un niveau inégalé d’options créatives.

PAN M 360 : Revenons au Son jarocho. Que représente ce genre musical au Mexique? Est-ce une musique pan-mexicaine, ou localisée au Veracruz?

El Balcon : Ça a commencé au Veracruz, mais s’est disséminé un peu partout. Avec le temps, par contre, c’est devenu toutes sortes d’autres choses ailleurs. Mais au Veracruz, on en garde la base bien authentique, même si cette authenticité est changeante. Chaque village, chaque communauté peut avoir SON style de son jarocho, avec ses particularités. Le Son jarocho représente une communion identitaire, voire sipirituelle pour ceux et celles qui la jouent ou l’écoutent. C’est cérémonial et ça accompagne les rassemblements. C’est aussi une musique de tous les jours, jouée par tout le monde. On y voit souvent des personnes âgées de 95 ans accompagnées d’enfants de 4-5 ans! On peut aussi voir de 2 à 150 personnes jouer en même temps! Avant la radio, c’était la musique exclusive des gens ordinaires. Mais il y a eu un long creux jusqu’aux années 90-2000. Là, on a vu une nouvelle génération se réapproprier cette musique, collectionner et répertorier le corpus musical traditionnel avant de le perdre. Maintenant, l’essor est perceptible ici même à Montréal, qui comprend une communauté mexicaine de plus en plus importante. Plusieurs groupes de son jarocho existent, et beaucoup de fandango (des fêtes rassembleuses) sont organisées un peu partout. La scène montréalaise est pas mal le fun.

PAN M 360 : Avez-vous l’impression d’être des porte-drapeaux de la culture mexicaine au Québec?

El Balcon : Ben, on peut revendiquer ça, mais on revendique tout autant le métissage! Le métissage d’ici, plus que le strict style mexicain. Le rôle d’El Balcon, c’est de donner du gros amour. On veut faire triper les gens.

PAN M 360 : Quel bilan faites-vous de votre passage aux Sylis?

El Balcon : On est contents. Nous avons rencontré plusieurs excellents bands, participé à l’un des concours les plus emblématiques de Montréal et on s’est fait voir et connaître un peu. 

PAN M 360 : On peut vous entendre bientôt?


El Balcon : Nous serons au festival Nuits d’Afrique le 20 juillet. Ensuite à divers festivals et en tournée à travers le Québec (Gaspésie, Rimouski, Gaspé, etc.). On vient juste aussi d’enregistrer notre 4e album, qui devrait sortir en novembre. On a aussi enregistré une émission d’une demie-heure qui sera diffusée sur MATV. Si les gens veulent en savoir plus sur la scène jarocho de Montréal, et connaître les dates et lieux des prochaines fandango, il faut absolument visiter la page Facebook Son Jarocho Montréal.

EL BALCON SE PRODUIT AU FINA, SCÈNE TD / RADIO-CANADA, PARTERRE DU QUARTIER DES SPECTACLES, LE 20 JUILLET À 18H

En avril dernier, Productions Nuits d’Afrique tenait la 16e édition de son concours annuel des Sylis d’or de la musique du monde Made in Montréal. Une compétition devenue incontournable dans le paysage de la métropole. Parmi les nombreux groupes qui ne se sont pas rendus en finale, nous, chez Pan M, en avons remarqué quatre que nous souhaitons mieux faire connaître au grand public. Le contexte étant ce qu’il est dans les concours, on oublie trop facilement et rapidement les semi-finalistes. 

Cône Orange, comme le laisse deviner un nom bien scotché à une réalité ultra montréalaise, est un ensemble qui prend résolument racine dans le solide éclectisme musical de la métropole. Du jazz au funk en passant par la musique africaine, le hip hop, le rock, le punk, la bossa et que sais-je encore, voici une recette touski musicale rudement bien menée qui mérite d’être vécue live, comme ce fut le cas le 19 avril 2023 au club Balattou.

Le groupe est composé de Simon Lindsay à la batterie, Enora Trebern au chant, Nikita Carelov à la guitare,  Francis Will à la  basse et Julian Shively au piano.

PAN M 360 : Cône Orange, c’est drôle et ça évoque immédiatement la métropole…

Cône Orange : Oui, c’est voulu. C’est un symbole. Ça nous fait prendre des détours et c’est un peu ce qu’on fait en musique avec le mélange des genres et des styles.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous formé?

Cône Orange : Nous avons tous rejoint le groupe pour différentes raisons. Moi (Eeno), je venais juste d’arriver à Montréal, je cherchais des gens pour jammer et grâce à une petite annonce dans un réseau de McGill, j’ai rencontré Nikita. Francis s’est joint ensuite grâce, lui aussi, à une annonce et après, nous nous sommes mis à la recherche d’un batteur qui avait un profil jazz-funk, et Simon s’est manifesté. C’est au hasard des détours imprévus qu’on s’est tous retrouvés sur une même scène…

PAN M 360 : Comme si des cônes oranges vous avaient amenés là où vous ne vous attendiez pas, justement… Quelles références revendiquez-vous, musicalement?

Cône Orange : Ça se promène un peu partout, selon lequel ou laquelle d’entre nous est concernée. Simon aime beaucoup l’intersection du hip hop et du jazz genre MF Doom ou J Dilla (Simon). Aussi, Herbie Hancock, époque Headhunters, ou encore le Mahavishnu Orchestra et Tower of Power sont des sources inspirantes pour lui. Puis, côté plus  »classique », la Bossa nova est une favorite. Eeno se retrouve chez Lauren Hill, Nai Palm et Nina Simone, qu’elle a entendu pas mal à la maison (ses parents étaient pas mal  »jazz »). La musique africaine aussi. Pour Francis, on est plus dans le rock, le punk et le hip hop instru. Le jazz est arrivé plus tard. On se retrouve avec une musique bien groundée dans une histoire jazz solide, mais très accentuée par les sonorités actuelles.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a donné envie de plonger dans le concours des Sylis d’or?

Cône Orange : Nous avons commencé à jouer ensemble juste pour le plaisir, avec des covers, mais on a rapidement évolué en ajoutant des compos. C’était vers 2021-2022. Fin 2022, nous avons joué au Festival de Rimouski, puis on est revenu à Montréal et on a donné quelques concerts ici et là. C’est à ce moment qu’on s’est dit que ça vaudrait la peine de faire le concours, qui est une fixture dans le paysage montréalais, presque légendaire comme événement. C’est important et c’est une belle porte d’entrée pour mieux se faire connaître. On s’est dit qu’on était prêts et qu’on avait ce qu’il fallait pour participer.

PAN M 360 : Même si vous êtes plus jazz que world… Quel bilan faites-vous de votre passage? C’était un bon médium pour vous?

Cône Orange : (Eeno) J’avoue que j’ai été surprise quand Francis nous a dit qu’il avait déposé notre candidature. Mais nous sommes super contents. Ça été une très belle expérience. (Simon) En y repensant, je constate que lors des demi-finales, on a dû enlever une pièce bossa, et en fin de compte ça a peut-être joué contre nous. Surtout que c’est le seul élément world dans notre répertoire. Malgré tout, c’est un tremplin exceptionnel, ne fut-ce que pour l’expérience et l’obligation de performer dans un contexte exigeant et très surveillé, à la fois par le public et les juges.

Pan M 360 : Comment voyez-vous votre mariage stylistique? Reste-t-il des éléments à définir dans votre son? Y a-t-il quelque chose qui est définitivement fixé?

Cône Orange : (Simon) À chaud, je dirais que nous sommes déjà assez uniques, mais qu’il reste bien sûr des choses à affiner. Nous prendrons le temps de le faire. C’est peut-être encore un peu éclaté, mais en vérité, la pluralité fait partie de notre identité. Tous ces détours comme on disait, ce sont les cônes oranges qui nous les font faire, et pour nous c’est bon. Ce qui est fixé, c’est la culture de l’impro solo. Peu importe que l’on touche à la bossa, au hip hop, au jazz pur ou au rock, je pense qu’il y aura toujours ces solos improvisés des divers membres du band, et ça restera un fil conducteur.

PAN M 360 : Et si on veut vous voir bientôt?

Cône Orange : Nous serons au Festival de rue Petite-Bourgogne, le 15 juillet. Nous serons également à L’Esco (le bar l’Escogriffe, rue Saint-Denis à Montréal) le 27 juillet. Quelques autres dates sont à prévoir, mais ce n’est pas officiel encore. Nous sommes ouverts à être bookés! Nous voulons jouer!

PAN M 360 : Je confirme que ça vaut la peine. La preuve avec cette entrevue. Merci!

Cône Orange : Merci!

En avril dernier, Productions Nuits d’Afrique tenait la 16e édition de son concours annuel des Sylis d’or de la musique du monde Made in Montréal. Une compétition devenue incontournable dans le paysage de la métropole. Parmi les nombreux groupes qui ne se sont pas rendus en finale, nous, chez Pan M, en avons remarqué quatre que nous souhaitons mieux faire connaître au grand public. Le contexte étant ce qu’il est dans les concours, on oublie trop facilement et rapidement les semi-finalistes. 

La  musique traditionnelle est-européenne, gitane, balkanique et klezmer juive, ne manque pas de bons défenseurs à Montréal. Si on y ajoute un peu de blues et d’influences du Proche et Moyen Orient, on obtient un jeune ensemble qui s’appelle Kallisto et qui offre une vision rafraîchissante de certains lieux communs associés à cette musique. Rien à voir avec les Lost Fingers. 

Lors du concours des Sylis d’or 2023, nous avons remarqué ce groupe formé d’excellents musiciens, Arthur Prieur (violoncelle), Edy Silva (flûte), Hugh Lapham (contrebasse), Jean-François McDonnell (guitare) et Josée MacInnis (clarinette et clarinette basse). Cohérence du jeu d’ensemble, impeccable technique et heureuse mixture d’influences originales à l’intérieur d’une architecture musicale déjà hyper représentée sur la scène montréalaise, voilà ce que nous avons retenu du passage de Kallisto aux Sylis d’or, malheureusement pas plus loin que les demi-finales. 
Rencontre avec un de nos coups de cœur des demi-finales des Sylis d’or 2023, Kallisto.

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin

Pan M 360 : Bonjour gang! Kallisto, un heureux mariage de klezmer/manouche/blues/Balkans/Moyen-Orient… Comment en êtes-vous arrivés là?

Kallisto : (Josée MacInnis) Je suis arrivée à Montréal il y a 5 ans (en 2018) et je cherchais des musiciens pour faire ce que j’ai toujours envie de faire, bien sûr, c’est-à-dire jouer! Je suis tomber sur un band de rock algérien avec qui j’ai un peu jammé, mais le groupe s’est séparé juste avant la pandémie. Puis, j’ai eu envie de faire partie d’un groupe de musique du monde. J’ai un doctorat en musique classique, mais j’aime le jazz et j’aime le world. J’étais portée sur le manouche et j’ai eu des colocs musiciens (flûtiste et violoncelliste) qui sont embarqués. Puis, comme je suis juive, j’ai eu également envie d’explorer ces racines musicales avec le klezmer et la musique d’Europe de l’est. D’autres musiciens se sont ajoutés et ça a donné Kallisto.

Pan M 360 : Le retour vers vos racines juives, c’est arrivé tard? Pourquoi?

Kallisto : Disons que là où j’habitais avant (London en Ontario, la Nouvelle-Écosse), les occasions étaient plutôt rares. Montréal à été un catalyseur pour moi. Et ça a nourri mon processus créatif et artistique.

Pan M 360 : Le reste est venu comment?

Kallisto : Il y avait beaucoup de musique dans ma maison familiale. Ma mère est chanteuse lyrique. Puis, pendant que j’étais à London, j’ai côtoyé un groupe de musique trad greco-turque/Arménie, avec du oud et de la contrebasse. J’ai joué quelques années avec eux. L’éveil des traditions juives a doucement commencé à ce moment car certains musiciens étaient juifs eux aussi, mais de la branche séfarade (Afrique du Nord), alors que mes racines à moi sont plutôt ashkénazes (Europe de l’Est). Montréal à finalement permis à tout cela de s’épanouir!

Pan M 360 : Quel bilan faites-vous de votre passage au concours?

Kallisto : Ce fût une très bonne expérience. On avait besoin de ce stress et de cette pression pour performer devant un public attentif et un jury. C’est une bonne façon de progresser vers un statut professionnel.

Pan M 360 : Les groupes participants doivent également être en mesure de mobiliser des fans pour les appuyer et les aider dans la portion du vote populaire. Que pensez-vous de cette nécessité?

Kallisto : Dans une perspective de musique classique, mais ce n’est là que mon opinion, il est plus simple et plus fiable de compter uniquement sur le vote des juges. Nous sommes alors en contrôle de notre partie de l’équation, soit la musique et le jeu sur scène. Nous répétons et travaillons notre produit, et savons que si quelque chose cloche, nous aurons une rétroaction, basée sur des barèmes fiables et mesurables. C’est plus difficile avec le public. Toutes sortes de choses peuvent venir influencer le vote. Un soir de tempête et vlan, notre soutien est famélique à côté de ceux de la veille. Ou encore, si nous avons des types de publics différents, ça peut modifier le résultat. Prenez par exemple le band de Salsa (La Tribu) : wow! D’abord, ils sont, genre, 12 sur scène, et ils font venir un paquet de gens qui font de la danse (salsa) et qui sont motivés à les encourager pour un soir ou deux. C’est fantastique! C’est un avantage, et ils le méritent. Mais nous, c’est différent : notre public est plutôt constitué d’amis musiciens. Or, ceux-ci vont à des dizaines de concerts dans une année. C’est plus difficile de les motiver à venir à celui-là en particulier. Cela dit, je comprends tout à fait l’idée derrière cet aspect du concours : on ne veut pas avoir uniquement des ensembles qui jouent en vase clos, principalement pour quelques amis. On veut développer des groupes qui pourront propulser la scène world montréalaise autant en qualité qu’en renommée. C’est très bien ainsi.

Pan M 360 : Que manque-t-il en ce moment pour que vous puissiez continuer votre progression?

Kallisto : Des lieux pour jouer qui soient quelque part entre les bars ou l’on passent le chapeau et les grandes salles officielles. Il manque ça à Montréal. Le Divan Orange était ce genre de lieu mitoyen ou l’on pouvait être payés, être professionnels tout en pouvant se payer la salle et prendre moins de risque d’avoir une salle vide quand on est moins connus. Il y avait d’autres lieux comme ça, mais il n’en reste plus….

Pan M 360 : Eh bien je vous souhaite de passer directement au niveau suivant et de jouer, genre, à la salle Bourgie!

Kallisto : Ce serait bien en effet… Merci!

Crédit photo : Nathalie Maynard

En avril dernier, Productions Nuits d’Afrique tenait la 16e édition de son concours annuel des Sylis d’or de la musique du monde Made in Montréal. Une compétition devenue incontournable dans le paysage de la métropole. Parmi les nombreux groupes qui ne se sont pas rendus en finale, nous, chez PAN M 360, en avons remarqué quatre que nous souhaitons mieux faire connaître au grand public. Le contexte étant ce qu’il est dans les concours, on oublie trop facilement et rapidement les semi-finalistes. 

Méduse est l’un de ces groupes qui a capté l’attention des mélomanes qui avaient la chance d’être au Balattou le 20 avril 2023. Mélange de musiques allant du latino au folk balkanique, en passant par un saupoudrage excitant de hip hop, de rock assez lourd et même d’envolées vocales opératiques, le produit Méduse sait convaincre tout un chacun par la qualité exceptionnelle de sa musicalité collective et par la finesse technique exécutée par les individus qui en forment l’essence. L’ensemble lui-même semble hésiter à se donner une définition précise : World alternatif? Folk international? Chanson exotique? Opéra trad? Un peu tout ça, probablement.

Nous avons été très impressionnés par la performance Méduse :  Gabrielle Cloutier (chant), Joshua Greenberg (guitare, banjo), Nicolas Lafortune (percussions), Nominoë Crawford (violon), Olivier Salazar (clavier) et Blanche Méthé (tuba). Nous avons voulu leur offrir une visibilité en adéquation avec le très haut niveau qualitatif que l’ensemble offre en concert.

Rencontre avec un de nos coups de cœur des demi-finales des Sylis d’or 2023 Méduse.

PAN M 360 : Nous souhaitons vous offrir l’occasion de mieux vous faire connaître du grand public, alors commençons par le début : comment le groupe s’est-il formé?

Méduse : (Gabrielle) C’est Josh qui a parti le projet. On se connaissait et il m’a offert de chanter et de trouver des mélodies, voire les écrire, afin que l’on puisse faire quelque chose lié au monde du trad et du jazz acoustique. Nous avons trouvé plein d’autres membres du milieu, qui est une grosse gang mais dont tout le monde se connaît. La plupart d’entre nous sommes passés par Saint-Lo (le cégep de Saint-Laurent). C’était pendant la pandémie, alors nous avons eu un peu de temps pour monter le truc. Ça s’est fait très vite. En quelques mois nous avons été accepté à un projet de résidence à Mont-Louis en Gaspésie (août 2022). On devait concevoir un show et le montrer le soir même! Comme ça. C’est la naissance de Méduse.

PAN M 360 : Méduse est un heureux mélange, un métissage particulier entre trad, classique, jazz, et plein d’autres trucs. Comment faites-vous l’équilibre?

Méduse : Nominoë apporte beaucoup d’idées et de compos à partir du violon. Ensuite nous ajoutons un tas de parties inspirées de nos bagages personnels. Moi je viens du chant classique (maîtrise à McGill en musique ancienne et baroque), Josh a des liens avec la musique turco-grecque, et trad européenne en général, Olivier vient du jazz, Blanche aussi, mais avec un pied dans le classique, Nico est dans les percus latines… Bref, c’est tout ça.

PAN M 360 : C’est tout ça, mais en même temps il faut quand même arrimer cet aréopage d’influences de façon cohérente et convaincante. Ce que vous avez fait, selon moi, lors des Sylis d’or. Parlons-en des Sylis. Il s’agit d’une belle vitrine pour vous?

Méduse : Oh oui, absolument! C’est un grand atout de pouvoir y avoir une affiche ne fut-ce que pour 2 ou 3 concerts. 

PAN M 360 : Il y a pourtant tellement de bons groupes et artistes à Montréal. Les Sylis ne fournissent pas à tous leur donner la chance de s’exprimer aussi souvent qu’ils le méritent. Qu’y a-t-il d’autre pour soutenir des bands comme le vôtre? Et à l’inverse, qu’est-ce qui vous manque?

Méduse : Le CAM (Conseil des Arts de Montréal) en tournée est très bon. Mais encore là, il y a beaucoup de demandeurs et les places demeurent limitées, ce qui est normal. Ce qui manque le plus se sont des lieux intermédiaires pour jouer. Il y a les petits bars et il y a les bonnes et grandes salles. Rien entre les deux. Il y avait le Divan Orange, mais il est fermé. Il n’y a rien du genre désormais. C’est un grand vide.

PAN M 360 : Vous n’êtes pas les seuls à m’avoir dit cela. J’espère que quelqu’un (et même plus d’un) prendra la relève. Cela dit, le créneau est difficile, les revenus maigres… Vous êtes satisfaits de votre prestation?

Méduse : Oui, dans les circonstances. Je souffrais de deux otites!! Mais je pense que ça n’a pas paru..

PAN M 360 : Je confirme

Méduse : Merci! Ça, c’est l’école du chant classique. Peu importe ce que tu vis, ça ne doit jamais nuire à la musique.

PAN M 360 : Comment voulez-vous développer Méduse?

Méduse : Nous aimons le côté théâtral de la musique. Mon bagage en opéra aide un peu, lol. J’aimerais que l’on développe encore plus l’aspect dramatique des chansons. Je dirais que l’idéal de Méduse serait une collabo avec des artistes en danse, en théâtre et en cirque. Dans le 2e album en préparation, il y aura plus de chanter-parler. Je veux raconter des histoires. 

PAN M 360 : Méduse… Pourquoi ce nom?

Méduse : C’est venu comme ça. Nous devions trouver un nom au moment ou nous devions monter un spectacle très rapidement. On a essayé plein de trucs, mais un moment donné, je ne sais plus pourquoi, on parlait des méduses (les animaux dans l’océan). Elles ont toutes sortes de formes et de couleurs. On s’est dit que ça fittait. C’est à peu près ça.

Braxton Cook est sans aucun doute l’une des voix les plus excitantes de cette génération dans le monde du jazz. Non seulement il fait preuve d’une virtuosité de calibre mondial au saxophone alto, mais il est aussi un chanteur, un auteur-compositeur, un multi-instrumentiste et un compositeur au talent unique, dont le son mêle jazz, soul et R&B moderne. La musique de Braxton est avant tout une célébration de la diversité de ses origines musicales et de l’art noir. Nous avons rencontré Braxton pour discuter de son prochain spectacle et de son parcours d’artiste en constante évolution.

PAN M 360 : Braxton, c’est un plaisir. Merci d’avoir pris le temps. Vous êtes à Los Angeles?

Braxton : Oui, je suis de retour à la maison. On a fait une belle petite tournée dans le Midwest, au Canada, en quelque sorte. On a joué à Chicago, au festival Tri-C à Cleveland, puis à Toronto. Je suis rentré il y a seulement deux jours.

PAN M 360 : Et vous serez bientôt à Montréal. C’est pour une autre tournée?

Braxton : En fait, c’est un concert unique à Montréal et ensuite nous nous détendons un peu.

PAN M 360 : Je suis ravi que vous puissiez passer du temps à Montréal. Il n’y a rien de tel! Vous souvenez-vous de votre dernier séjour ici?

Braxton : Je pense que nous serons là pendant trois jours ou quelque chose comme ça. J’ai joué au festival plusieurs fois avec Christian Scott il y a quelques années. Vous savez, ça va être tellement agréable d’être là et je me souviens que c’était vraiment magnifique.

PAN M 360 : Et ce sera la première fois que vous vous présenterez en tant que leader à Montréal?

Braxton : C’est ma première fois avec mon groupe, exactement. Nous sommes donc très excités et nous allons essayer de faire de notre mieux, en espérant que les gens apprécieront.

PAN M 360 : Vous êtes très humble, Braxton. Beaucoup de mes amis sont musiciens et je sais qu’ils apprécient vraiment ce que tu fais. J’ai entendu beaucoup d’entre eux jouer No Doubt en fait. Savez-vous à quel point vous êtes influent aujourd’hui?

Braxton : C’est fou pour moi, wow, vraiment? C’est incroyable. Une fois, des étudiants du Berklee College of Music m’ont contacté pour me dire qu’ils voulaient avoir un ensemble de ma musique. Ils m’ont demandé s’ils pouvaient acheter mes partitions. C’était fou. C’était vraiment cool et peut-être que cela a été le premier signe qu’il y avait des gens de la jeune génération qui écoutaient ma musique. Mais je ne sais pas, à chaque fois que j’entends ça, c’est incroyable. C’est une leçon d’humilité, mais c’est aussi très éprouvant pour les nerfs, car je me dis : « Bon, j’espère que cette musique est bonne. Mais c’est une bénédiction, je ne vais pas mentir. Parce que, oui, il y a toujours eu beaucoup de musiciens que j’ai aimés pour leur musique originale, même des contemporains. Évidemment, Christian, Marquise, Ambrose et tous ces gars. J’ai toujours voulu contribuer à ma façon au lexique des chansons et de la musique que les gens aiment écouter, alors c’est incroyable pour moi, pour être honnête.

PAN M 360 : Votre musique semble avoir évolué au fil des ans et on a vraiment l’impression que vous êtes devenu un artiste complet, et pas seulement un saxophoniste ou un sideman. Quand les gens viennent voir Braxton Cook, à quoi doivent-ils s’attendre à entendre?

Braxton : Un peu de tout. Je pense que vous repartirez avec le sentiment qu’il s’agit d’un groupe de jazz, d’un groupe qui communique vraiment sur le plan musical, n’est-ce pas? Je pense que vous le ressentirez toujours. Mais je vous mentirais si je vous disais que je n’ai pas chanté cinq ou six fois sur le set. Mais chaque chanson a toujours un solo d’une manière ou d’une autre. Et je représente vraiment tout le monde dans le groupe. Donc, vous allez avoir beaucoup de moi et de ma performance dans la musique, mais je pense que vous allez aussi entendre le groupe briller. La plupart d’entre nous sont allés à Juilliard ensemble, et ils sont tous bien meilleurs que moi, et ce sont mes bons amis. C’est donc très agréable. Nous nous poussons les uns les autres musicalement et en tant qu’amis, et c’est un vrai plaisir.

En ce qui concerne le répertoire, nous jouerons toujours des classiques, comme tu l’as dit, nous devons jouer « No Doubt ». J’essaie d’organiser les concerts de façon à ce qu’ils décrivent le cheminement de mon art, je suppose. Il y a donc des chansons de chaque saga, de chaque album. Elles racontent l’histoire de mon évolution musicale, mais aussi celle de mes relations, parce que j’ai beaucoup de chansons d’amour. Chaya et moi avons vécu beaucoup de choses, depuis le fait d’être étudiants ensemble jusqu’aux fiançailles et au mariage, en passant par la maison et les enfants, vous voyez ce que je veux dire? Donc tout cela est là et j’espère que vous aurez une idée de ce récit tout au long du spectacle, tout en dénonçant certaines injustices sociales et politiques.

PAN M 360 : Lorsque j’ai écouté Who Are You When No One is Watching, j’ai vraiment eu l’impression que c’était le point culminant de votre vie jusqu’à ce moment-là, vous avez géré tous les différents fils musicaux et toutes les influences avec tant de grâce.

Braxton : Merci. J’ai toujours aimé Roy Hargrove, qui est un excellent exemple de quelqu’un qui a vécu dans différents univers sonores. Il a littéralement joué sur mes albums de néo-soul préférés de tous les temps et il était dans ces espaces, vous voyez ce que je veux dire, avec D’Angelo, Erykah Badou, Rob et tous ces gens. Et puis, évidemment, j’ai aussi joué avec Herbie et Michael Brecker et tous ces grands noms du jazz moderne. C’est un espace que j’ai toujours admiré, qu’il puisse véritablement vivre dans ces deux mondes et les fusionner de manière honnête. Et je suis toujours inspiré pour faire cela, vous savez, à ma façon. Oui, Roy est un cat, et il savait aussi chanter.

PAN M 360 : Et toi aussi Braxton, je ne m’attendais pas à ça! C’est peut-être un peu tôt pour le demander, mais je suis curieux de savoir s’il y a de nouvelles directions que vous voulez explorer avec votre musique et votre art.

Braxton : J’ai toujours voulu réaliser ma musique d’une manière plus large. En ce qui concerne les cordes ou l’écriture orchestrale, j’ai toujours voulu faire quelque chose comme ça, même travailler avec le Metropole Orkest ou quelque chose comme ça, juste pour entendre cette musique en dehors de la configuration d’un quintette. Pour le concert de Good Morning America, nous avions des chanteurs de fond, et même ça, c’était génial. J’aimerais ajouter d’autres morceaux au spectacle en direct et expérimenter un peu avec l’expérience en direct.

PAN M 360 : Je suis sûr que nous allons assister à quelque chose de spécial. Il y aura deux sets, alors je vous souhaite un voyage reposant! Merci encore Braxton.

Braxton : Ha, merci de me le rappeler. On se voit là-bas!

Braxton Cook se produira au Pub la Traversée Molson Export – Place Tranquille le 8 juillet à 20h et 22h.

L’hydre art-rock interculturelle à sept têtes est prête à monter sur scène au Club Soda à 21 heures. J’ai rencontré Serge, Maya, Etienne et Yuki lors de leur répétition pour discuter de leur musique et de ce qui s’annonce comme une performance épique.

PAN M 360 : C’est un honneur, merci beaucoup de m’accueillir. Comment se déroulent les préparatifs?

Etienne : Bien! Nous avons répété un peu aujourd’hui et nous avons eu l’occasion de faire des essais au Festival de Jazz d’Ottawa la semaine dernière. Mais là, c’est un peu plus de pression parce que c’est Montréal, vous savez, la ville natale.

Serge : Oui, ça se passe bien, et le concert d’Ottawa a été un bon terrain d’essai pour le matériel. Ici à Montréal, la salle, le Club Soda, est assez grande, alors on espère qu’il y aura du monde. Nous y avons déjà fait la première partie, et c’est vraiment excitant d’y être en tête d’affiche.

PAN M 360 : Et maintenant, c’est le Ghost Funk Orchestra qui assurera la première partie?

Serge : C’est exact. Ils viennent de Brooklyn, mais nous les avons rencontrés dans le nord de l’État de New York, et nous avons eu la chance de les voir jouer. Et quand on les a vus, on s’est dit : oh, il y a un trombone, il y a une flûte. C’était comme s’ils étaient le doppelgänger de notre groupe.

Etienne : Mais c’est différent musicalement. Ils jouent plus funky, plus soul. Nous savons qu’ils vont vraiment chauffer le public pour nous.

PAN M 360 : Je dois admettre que je ne vous ai pas encore vus en action, mais je sais, en lisant les commentaires sur YouTube, que lorsque vous jouez, vous apportez une énorme quantité d’énergie, surtout Maya.

Maya : C’est drôle que tu dises ça, parce que c’est en fait après le concert que j’ai l’impression d’avoir le plus d’énergie. Beaucoup d’énergie… Je n’arrive pas à dormir. Après chaque spectacle, je me sens vivante, je me sens jeune à nouveau. Donc, si je continue à jouer, je continuerai à rajeunir ! Mais cela peut être difficile de faire des tournées, de jouer comme ça, tous les soirs.

Etienne : Surtout pour la voix, tu sais, c’est encore plus difficile que pour nous tous, je pense.

Maya : Mais moi, je ne bois pas d’alcool du tout. Je ne fume pas. C’est un gros avantage.

Serge : Et le sommeil est toujours la clé.

Etienne : C’est moi qui fume pour elle.

Yuki : Ha, et l’alcool.

PAN M 360 : Il y a aussi beaucoup de théâtralité dans vos performances, Maya. Avez-vous une formation théâtrale, ou êtes-vous inspirée par le nô ou quelque chose comme ça ?

Maya : En fait, je faisais du théâtre au Japon. Et lorsque j’étais à l’université de théâtre, j’ai découvert une version comique du nô, appelée Kyogen. Mais le nô, mon Dieu, est très élevé, très traditionnel. Le Kyogen est comme une version légère entre les actes de Noh, mais il y a toujours beaucoup de concentration et d’intensité, et j’aime cela, mais je ne peux pas dire que je l’ai pratiqué. J’adore le butoh. Le butoh est un mouvement de danse apparu dans les années 70. C’était une sorte de réaction à la beauté traditionnelle de la danse. C’était plus brut, on montrait davantage le corps, l’existence, la chair, le sang, la terre. C’est plus réel.

PAN M 360 : Wow, je peux certainement voir des traces de cela dans votre musique. C’est tellement viscéral. Je me souviens avoir regardé une interview du groupe sur CBC et l’une des questions portait sur votre processus en tant que groupe. Vous avez dit que vous alliez vous rendre dans un izakaya pour en parler. Avez-vous réussi à comprendre ce processus?

Serge : Oui, c’est une grande question. Je sais que nous sommes allés à l’izakaya ce soir-là, mais je ne sais pas si nous en avons parlé, ha. Mais c’est quelque chose dont on parle souvent. Nous sommes obligés de le faire parce que nous sommes sept personnes et que c’est un processus un peu fou et en constante évolution. J’ai trouvé qu’avec Hagata, nous avions plus de temps de studio, et nous sommes entrés en studio avec des chansons qui étaient un peu moins préparées.

Nous avons également eu deux blocs de cinq jours pour enregistrer. Entre les deux, nous avons fait une tournée de trois semaines en Europe, ce qui nous a permis d’essayer beaucoup de choses là-bas. Nous avons loué des locaux pour travailler sur les nouveaux morceaux, essentiellement pour la deuxième session.

Etienne : Pendant cette tournée, nous avons beaucoup travaillé.

Serge : Nous avons dû le faire parce que nous avons réservé le studio pour ces deux sessions, l’une en juin, l’autre en août, et nous nous sommes fixé un objectif : nous devons terminer toutes nos chansons et c’est tout. Travailler avec le producteur, Daniel Schlett, a également joué un rôle important dans le processus, et il était en quelque sorte un autre membre du groupe.

PAN M 360 : La nécessité est la mère de l’invention. La logistique d’un groupe de sept musiciens doit être difficile à gérer, ne serait-ce que pour réunir tout le monde, j’imagine, mais votre son en vaut vraiment la peine.

Etienne : Bien sûr, mais tout le monde est prêt, et tout le monde est assez mûr pour comprendre ce que c’est que d’être impliqué dans ce genre de projet, et tout le temps qu’il faut y consacrer.

Serge : C’est parce que nous sommes tous à la fin de la trentaine et non plus au début de la vingtaine. Donc c’est ce qu’on fait et c’est ce qu’on aime faire.

PAN M 360 : TEKE::TEKE est un groupe tellement original et franchement génial. Nous aimerions connaître l’histoire définitive des origines du groupe.

Serge : A la base, c’est Etienne et moi qui avons eu l’idée. Nous étions en tournée avec Boogat, un rappeur, et nous n’étions que des mercenaires. Ian, le batteur, jouait aussi avec nous. C’est au cours d’une tournée sur la côte ouest que nous avons commencé à écouter Takeshi Terauchi, surtout dans notre van.

Etienne : Sur Sunset Boulevard.

Serge : Oui, oui. Je joue de la guitare, mais je ne suis pas vraiment guitariste, je joue de la batterie, je joue un peu de tout, je suis plus intéressé par les idées et les concepts que par l’apprentissage de mon instrument, mais quand j’ai entendu son jeu, j’ai voulu apprendre à jouer comme lui. Finalement, nous nous sommes dit que ce serait bien de monter un petit groupe hommage.

Et c’est ainsi que tout a commencé. Nous avons joué notre premier concert en mai 2017 au Distortion Psych Fest.Et ce n’était que des reprises instrumentales. Maya était là, elle était venue voir le spectacle, mais la façon dont nous jouions sa musique était différente. Nous n’essayions pas d’imiter sa sonorité et tout le reste. J’ai appris un peu de son style de jeu, mais, vous savez, nous avons pris certaines libertés, nous avons ajouté le trombone et la flûte, et sa musique est principalement écrite pour trois guitares. Le son qui s’est dégagé de ce premier concert a été une sorte de révélation pour nous, et je me suis dit que ce serait bien d’en faire plus.

À partir de là, nous avons élargi notre répertoire à la musique japonaise des années 60 et 70, et c’est à ce moment-là que Maya s’est jointe à nous pour quelques chansons. Nous avons enregistré notre premier EP, avec deux reprises d’un côté et deux chansons originales de l’autre, puis nous avons enregistré notre premier album, en 2019.

PAN M 360 : Et depuis, vous n’avez cessé de faire des vagues! Avez-vous l’impression d’avoir une base de fans? Le paysage a tellement changé et c’est agréable de voir que le groupe reste fort.

Serge : Oui, il y a quelques jours, Maya et moi avons joué un DJ set dans le cadre du festival. C’était sympa de voir les gens venir nous saluer et être avec nous. Donc j’espère qu’on en verra beaucoup au concert.

Etienne : Il semble que nous ayons des gens qui nous écoutent partout. Chaque fois que nous partons en tournée, il semble que nous remplissions les salles, et les gens aimeront toujours la musique live, quoi qu’il arrive.

PAN M 360 : Je pense que c’est en partie dû au fait que vous avez quelque chose de vraiment unique et de vraiment bon à offrir. Mais je me demande si la culture japonaise a tendance à être exotisée. Avez-vous l’impression que votre musique peut être perçue comme un gadget à cause de cela?

Serge : Au début, c’est peut-être ce que nous avons ressenti, mais après deux albums, on sait que c’est la bonne affaire et que nous avons quelque chose de vrai à dire. En même temps, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose dans notre musique qui est familier, au moins pour les gens d’ici au Québec. En tant que personne ayant grandi ici, nous avons reçu beaucoup d’animes japonais traduits en français, et la musique, les bandes originales, sont vraiment restées dans ma tête et dans celle des gens de ma génération. Il y a quelque chose de nostalgique là-dedans.

Maya : En ce qui concerne les paroles, je ne peux pas écrire de poésie en anglais ou en français, alors je le fais en japonais. J’espère que les gens comprendront le sens, alors nous essayons d’avoir les traductions sur le site web et les vidéos, mais c’est seulement à cause de cela que je chante en japonais. Mais en même temps, quand j’étais au Japon, j’ai écouté beaucoup de musique en anglais et je n’ai pas compris grand-chose, mais j’ai aimé la musique et je l’ai écoutée. De même, quand je suis allée à Londres il y a longtemps, quand j’étais jeune, je suis allée voir du théâtre, je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, mais j’ai vraiment ressenti l’émotion.

PAN M 360 : Je dois dire que je n’ai pas compris grand-chose à votre musique, mais je l’ai ressentie. Avez-vous des projets pour la suite?

Serge : Oui, mais nous ne pouvons pas en parler. Mais il y a une sorte de grand projet. Très similaire à un album, mais différent…

PAN M 360 : Quel suspense, j’ai hâte! J’ai vraiment hâte d’assister au concert, je vais m’éclater.

Avec seulement deux albums à son actif, un homonyme autoproduit en 2021 et Linger Awhile sous étiquette Verve en 2022, Samara Joy a remporté deux statuettes Grammy en 2023 : Meilleure nouvelle artiste et Meilleur album de jazz vocal. Sa carrière est ainsi lancée très haut, et elle a triomphé dimanche au Monument-National avant que PAN M 360 n’obtienne une interview fort agréable et fort instructive avec la révélation afro-américaine. La jeune femme du Bronx, âgée de 23 ans, s’avère loquace, nuancée, très intelligente. Lisez notre conversation !

PAN M 360 : A ce jeune âge, votre approche est si classe ! La façon dont vous chantez, le son, le backing band (trio de piano), tout est si enraciné dans les anciennes formes de jazz. Comment cela se fait-il ? Pourquoi aimez-vous tant cela ?

Samara Joy : Eh bien, je pense qu’en raison de sa nature acoustique, ce type de jazz laisse beaucoup d’espace pour faire de la musique avec d’autres J’adore les grands orchestres mais j’aime aussi la musique électronique. Et vous savez, les différents effets que l’on peut obtenir avec la musique acoustique, les différents instruments, j’aime tout cela. Mais je pense qu’en ce qui concerne ma découverte musicale, du moins en ce moment, je me contente d’évoluer à quatre musiciens sur scène et de voir ce que nous pouvons inventer ensemble.

PAN M 360 : Et vous avez grandi en apprenant cela, en tant que chanteuse classique, d’une certaine manière, parce que la façon dont vous chantez le répertoire que vous exploitez. Et je suppose que ce que vous allez faire dans les prochaines années est classique d’une certaine manière. Vous auriez pu être chanteuse d’opéra, n’est-ce pas ?

Samara Joy : Je ne sais pas si j’aurais pu. Il faut des années et des années de formation, je pense.

PAN M 360 : Mais n’avez-vous pas une solide formation ?

Samara Joy : C’est vrai. Mais je ne sais pas si c’était aussi rigoureux que pour les chanteurs d’opéra. De mon côté, je n’ai pas grandi en écoutant du jazz, alors j’ai eu environ quatre ans pour me remettre à niveau et apprendre tout ce que je pouvais apprendre. Mais c’est l’affaire de toute une vie. Donc… je ne sais pas ! (rires)

PAN M 360 : Avant que cela n’arrive, vous chantiez déjà dans des chorales ou autres ?

Samara Joy : Je chantais un peu de tout à l’école. Je chantais des rôles principaux dans des comédies musicales. Puis j’ai pris la direction de l’église de la manière dont elle était organisée : nous avions une chorale, mais aussi quatre ou cinq chanteurs à l’avant, qui interprètent les principales parties harmonieuses. J’ai pris la tête de la chorale au bout d’un certain temps, lorsque j’avais 15 ou 16 ans. Je chantais donc dans le cadre des différentes possibilités offertes à une adolescente.

PAN M 360: Et en tant qu’enfant ?

Samara Joy : Pas vraiment en tant qu’enfant. J’ai commencé à l’âge de 10 ans ou quelque chose comme ça. Et oui, j’ai fini par aller au Purchase College, une université d’État, pour étudier le jazz. C’est là que j’ai découvert Sarah Vaughan et Duke Ellington.

PAN M 360 : Il est évident que vous avez beaucoup d’affinités avec Sarah Vaughan.

Samara Joy : Oui, c’est une artiste que j’ai beaucoup écoutée. Je n’ai pas essayé de lui ressembler, mais…

PAN M 360 : Mais c’est votre voix naturelle qui convient à ce style de chant !

Samara Joy : Oui enfin…Je ne sais pas, j’ai passé beaucoup de temps à écouter et à absorber la musique pour pouvoir la chanter dans ce style.

PAN M 360 : Et ne craignez-vous pas d’être perçue comme un esprit conservateur ?

Samara Joy : Eh bien, je viens à peine de commencer ! Je ne crains pas, je ne crains pas vraiment d’être perçue comme quoi que ce soit. On me pose souvent cette question. Mais j’aime les jeunes musiciens qui ont beaucoup d’expérience, comme Julius Rodriguez. Je le considère comme un musicien très ouvert d’esprit, avec beaucoup d’expérience et beaucoup de choses différentes. Et il met tout cela ensemble, à sa manière.

PAN M 360 : C’est aussi la façon dont les musiciens classiques abordent la musique.

Samara Joy : Je pense qu’il y a des limites à ce que l’on peut faire pour maintenir la tradition avant de la perdre de vue. Vous savez, ce que les musiciens que nous admirons ont fait pour contribuer à la musique ? Je ne crois pas qu’ils aient pensé qu’il fallait jouer de la musique pour maintenir la tradition. Je pense qu’ils voulaient jouer cette musique parce qu’ils l’aimaient ! Les compositions et les styles de jeu, puis cette explosion de créativité et d’improvisation, ainsi que les techniques et les choses de ce genre, diffèrent d’une génération à l’autre, différemment. Je ne veux pas dire des phases, mais juste différents niveaux de si vaste dans le court laps de temps qu’il a été créé et fait et joué.

Donc oui, je pense que si nous essayons de forcer ou de mettre des étiquettes sur les gens pour, vous savez, garder la tradition pour garder la tradition, ça ne va plus être amusant de jouer Autrement, il n’y a aucun moyen de grandir au-delà d’un certain point sans savoir ce qui a déjà été créé. Pensez à des musiciens comme Duke Ellington, Benny Golson ou Max Roach, ils étaient si créatifs, si novateurs.

PAN M 360 : Je dois aussi vous poser la question du Grammy. Est-ce une grande affaire pour vous ? Comment le voyez-vous ?

Samara Joy : Je suis très reconnaissante. Et je ne sais toujours pas ce que j’en pense. Je pense que c’est incroyable et un peu surréaliste. Je n’essaie pas de me mettre la pression pour plaire à un public de masse dans le but de sauver le jazz ou quoi que ce soit de ce genre. Le jazz n’a pas besoin d’être sauvé, je veux juste apporter ce que je peux et m’amuser.

Crédit photo : Benoît Rousseau

On adore Gretchen Parlato pour le timbre très particulier de sa voix, pour son phrasé parfaitement singulier, pour sa prononciation, pour ses choix stylistiques et visionnaires. Au cours des années 2000 et 2010, son association avec les meilleurs musiciens new-yorkais n’a certainement pas nui au développement de son style unique. On lui doit 5 albums en tant que leader, et parmi ses nombreux projets discographiques, 3 proviennent de cette étroite collaboration avec le super-guitariste béninois Lionel Loueke, dont le récent Lean In sorti sous label Edition. Selon toute vraisemblance, le matériel de cet enregistrement sera au cœur du nouveau concert du duo ce dimanche au Gesù. PAN M 360 s’est entretenu avec la chaneuse du duo, jointe en tournée quelques jours avant l’étape montréalaise.

PAN M 360 : Beaucoup de choses se sont produites depuis notre dernière conversation il y a de ça une dizaine d’années, car vous avez depuis fondé une famille et vous vous êtes concentrée sur votre maternité pendant un certain temps. Et maintenant, vous êtes de retour sur la route avec Lionel Loueke, avec qui vous avez enregistré votre album le plus récent. Pouvez-vous nous présenter cette superbe collaboration ?

Gretchen Parlato : Oui et merci ! Noel et moi allons donc jouer en duo à Montréal. Nous allons interpréter la musique de notre dernier album. Et puis, vous savez, nous nous connaissons depuis 22 ans. Nous avons donc beaucoup d’histoire musicale, d’amitié et de répertoire à partager.

PAN M 360 : Lionel vivait dans votre quartier de Brooklyn, n’est-ce pas ?

Gretchen Parlato : Il vit maintenant au Luxembourg, parce que sa femme est européenne. Et je vis à Los Angeles, c’est donc très spécial que nous puissions nous rencontrer.

PAN N 360 : Coïncidence intéressante : je viens d’interviewer Angélique Kidjo, béninoise comme Lionel, qui est l’une des figures de proue du festival Nuits d’Afrique.

Gretchen Parlato : Oh, c’est génial ! Oui. Je pense qu’ils se connaissent.

PAN M 360 : Oui, en effet, ils se connaissent, ils me l’ont dit il y a quelques années. Vous connaissez donc Lionel depuis longtemps, comment avez-vous construit cette collaboration et cette relation artistique ?

Gretchen Parlato : Nous nous sommes rencontrés lors de notre audition pour le concours du Thelonious Monk Institute. C’était il y a 22 ans, en 2001. Nous avons joué en tant qu’ensemble pendant quelques années, puis nous avons réalisé que nous aimions jouer en duo. Le projet a donc démarré à Los Angeles, puis nous avons déménagé à New York en même temps, en 2003. Nous avons continué à nous développer avec lui, il faisait partie de mes groupes, je faisais partie des siens et nous parlions toujours de nous concentrer sur un projet de duo. Mais tu sais, la vie a pris son chemin et ça nous a pris tout ce temps. Je pense que maintenant c’est vraiment cool parce que nous avons 22 ans de musique, d’amitié et d’expérience de la vie à mettre dans cette musique, donc elle a une signification et une connexion encore plus profondes maintenant.

PAN M 360 : Et pouvons-nous être un peu plus précis sur la forme de musique qui vous rassemble ?

Gretchen Parlato : Nous nous sommes rencontrés en tant qu’étudiants et je pense qu’il est tellement unique.Il m’a époustouflée dès la première fois que je l’ai entendu.Et il continue à le faire à chaque fois. C’est donc très spécial.Chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression de le réentendre pour la première fois et d’éprouver le même sentiment. Mais je pense, vous savez, que c’est quelqu’un qui me soutient tellement, et j’ai tellement confiance en lui.Mais il y a aussi tellement de défis et de prises de risques.Et c’est comme si vous voliez, vous savez, quand vous chantez et jouez avec lui ?Parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver de très bon.Nous avons des parcours différents, mais nous avons une approche similaire et un désir similaire, tu sais, de savoir où nous voulons aller et où nous voulons emmener la musique.Oui, cela nous a aidés à nous rapprocher.

PAN M 360 : Il y a un endroit très intéressant pour l’improvisation, ce qui signifie que vous êtes sur ce territoire appelé jazz.

Gretchen Parlato : Je sais, vous avez raison. Il est difficile de mettre une étiquette sur la musique que nous faisons, mais elle se situe définitivement dans le domaine du jazz. Nous venons tous les deux du genre jazz, et ensuite nous pouvons travailler comme tout le monde le souhaite, vous savez, il n’y a pas de problème. Et oui, il y a beaucoup d’improvisation. Il y a beaucoup de, vous savez, ne jamais jouer la chanson, la chanson exactement de la même manière. C’est comme s’il y avait une structure et une forme. Mais à l’intérieur de cela, nous nous amusons vraiment à l’emmener dans des endroits différents à chaque fois.

PAN M 360 : Aurez-vous des invités à Montréal ?

Gretchen Parlato : Parfois, mon mari, Mark Guiliana, peut venir s’asseoir avec nous à la batterie. Cela dépendra de son agenda, je veux dire si cela correspond au bon moment.

PAN M 360 : Est-il difficile pour vous deux de gérer la famille en tant que musiciens souvent en tournée ?

Gretchen Parlato : C’est amusant que vous posiez cette question parce que j’ai déjà vu mon fils de neuf ans s’appuyer sur moi avec des écouteurs pour regarder une émission. Je pense donc qu’il est assez grand pour être autonome. Mon fils peut s’asseoir en coulisses et regarder notre spectacle, puis venir chanter un peu avec nous à la fin.Il fait donc partie de la musique.Et comme je l’ai dit, il peut aussi se débrouiller seul quand il en a besoin, mais c’est vraiment amusant.Je pense que Mark et moi sommes capables de concilier nos rôles de parents et d’artistes, et c’est ce que nous faisons depuis la naissance de notre fils. Et c’est certain, vous avez besoin de beaucoup plus d’aide quand vous avez un bébé ou un enfant en bas âge, mais maintenant qu’il a neuf ans, c’est plutôt cool.Il peut faire beaucoup plus de choses et participer à beaucoup plus de choses. Nous nous amusons beaucoup. Nous sommes très heureux de pouvoir voyager en famille.

PAN M 360 : Cela a dû être un grand changement dans votre vie !

Gretchen Parlato : Lorsque je suis tombée enceinte, je ne savais pas ce que je penserais de mon mode de vie en tant que mère, mais il était très clair pour moi que je voulais faire tout ce que je pouvais pour me concentrer sur la maternité. C’est ce que j’ai fait et j’en suis ravie. Maintenant que mon fils a neuf ans, nous avons eu tout ce temps ensemble et nous avons pu trouver un équilibre. Quoi qu’il en soit, c’est une bonne chose que j’aie pu prendre du temps en tant que mère, c’est un privilège. Mais je n’ai pas disparu complètement !

PAN M 360 : Vous êtes originaire de Los Angeles et vous êtes revenue sur la côte ouest après toutes ces années passées dans la région de New York. Pourquoi ?

Gretchen Parlato : J’ai grandi à Los Angeles, puis j’ai passé près de 20 ans sur la côte Est, à New York et dans le New Jersey. J’ai toujours eu le désir, une fois qu’il serait temps de m’installer et de devenir mère, de retourner à Los Angeles, d’être en Californie et d’élever mon fils dans l’environnement où j’ai grandi. J’ai donc planté cette graine avec Mark, parce qu’il vient du New Jersey, ce qui est très différent. Nous vivions déjà sur la côte Est, mais lorsque notre fils a eu cinq ans, Mark a été séduit par l’idée de déménager sur la côte Ouest. Je pense donc que tout le monde est très heureux et en bonne santé. Nous nous débrouillons bien, c’est bon d’être de retour en Californie. Mais New York me manque et je l’aime aussi. Nous nous y rendons donc quelques fois par an.

PAN M 360 : D’autres musiciens sont retournés sur la côte ouest, David Binney par exemple.

Gretchen Parlato : Oui, je pense que cela a certainement aidé Mark à se sentir bien dans sa décision, sachant que beaucoup de ses pairs ont fait la même chose. Il y a donc une scène à Los Angeles et toute une communauté avec laquelle il faut être en contact. C’est donc une bonne chose.

PAN M 360 : Par ailleurs, avez-vous d’autres projets en cours ?

Gretchen Parlato : Je dirais que pour l’instant, notre objectif principal est de prolonger ce duo. Nous avons un peu de temps devant nous. Je devrais dire pas plus, mais je peux aussi jouer avec mon propre quartet, et continuer la musique que je faisais quand je vivais à New York, une sorte de trio avec piano et moi. Mark et moi envisageons également de faire quelque chose ensemble. Mais pour l’instant, l’accent est mis sur le duo avec Lionel. Et puis il y a des idées d’autres choses qui ne sont que des idées pour l’instant. Et puis un autre, comme vous l’avez dit, un peu plus à l’automne, nous envisageons l’année prochaine, vous savez, au printemps, et peut-être au-delà, nous verrons combien de temps nous pouvons, vous savez, continuer cela.

PAN M 360 : D’autres musiciens sont retournés sur la côte ouest, comme David Binney, par exemple.

Gretchen Parlato : Oui, je pense que cela a certainement aidé Mark à se sentir bien dans sa décision, sachant que beaucoup de ses pairs ont fait la même chose. Il y a donc une scène à Los Angeles et toute une communauté avec laquelle il faut être en contact. C’est donc une bonne chose.

PAN M 360 : Par ailleurs, avez-vous d’autres projets en cours ?

Gretchen Parlato : Je dirais que pour l’instant, notre objectif principal est de prolonger la vie de ce duo. Nous avons un peu de temps devant nous. Je devrais dire pas plus, mais je peux aussi jouer avec mon propre quartet, et continuer la musique que je faisais quand je vivais à New York, une sorte de trio avec piano et moi. Mark et moi envisageons également de faire quelque chose ensemble. Mais pour l’instant, l’accent est mis sur le duo avec Lionel. Et puis il y a des idées d’autres choses qui ne sont que des idées pour l’instant. Et puis un autre, comme vous l’avez dit, un peu plus à l’automne, nous envisageons l’année prochaine, vous savez, au printemps, et peut-être au-delà, nous verrons combien de temps nous pouvons, vous savez, continuer cela.

PAN M 360 : Bien sûr, Lionel a aussi un agenda chargé.

Gretchen Parlato : Je suis très reconnaissante à Lionel d’avoir ce temps à me consacrer , car comme tout le monde le sait, il est très occupé.Il travaille principalement avec Herbie Hancock, et c’est en quelque sorte le meilleur concert que l’on puisse avoir.Lionel est là depuis de nombreuses années maintenant. Jusqu’à présent, nous avons réussi à équilibrer les choses, alors c’est génial ! Je pense que la gratitude est le thème principal de mon existence en ce moment.Il suffit d’être reconnaissant pour ce que nous avons. Et puis nous verrons ce que l’avenir nous apportera.

PAN M 360 : Cet état d’esprit a-t-il un impact sur votre propre chant ?

Gretchen Parlato : La voix s’améliore avec le temps, devient plus profonde, plus mature, à mesure que nous vieillissons émotionnellement et spirituellement.C’est un aller simple vers un niveau plus élevé. Cela se reflète dans toute la musique que nous jouons, dans chaque note que nous chantons, dans chaque mot que nous prononçons.

GRETCHEN PARLATO SE PRODUIT CE DIMANCHE, 22H30, AU GESÙ DANS LE CADRE DU FIJM

Anomalie est le projet émergent  jazzo-québécois qui soulève le plus d’enthousiasme auprès d’une nouvelle génération de jazzophiles, et ce à l’échelle internationale. Piloté par le claviériste, compositeur et arrangeur montréalais Nicolas Dupuis, Anomalie s’attaque au marché de Snarky Puppy, Louis Cole, Thundercat, Ezra Collective, Domi & JD Beck et autres Kokoroko.

Phénomène viral sur le web, Anomalie a construit son public sans user des procédés traditionnels de mise en marché, les vieux médias sont à la traîne pour mettre en valeur un produit de niche aussi éloquent. Nouveau big band à saveur fusion fondé sur le groove, la forme chanson, la soul/R&B, le funk le hip-hop,  bref de ces formes plus conviviales pour quiconque aime le beat et le dance floor, Anomalie se produit aussi en quartette, tout à fait efficace au demeurant. Voilà qui en dit long sur l’instinct conquérant, entrepreneurial et visionnaire de son leader… que PAN M 360 vous invite à découvrir à travers cette conversation.

PAN M 360 :  Vous êtes donc dans cette nouvelle mouvance des grands ensembles fondés sur le groove et les plus récente ponctions de musique pop aux affinités jazz – hip hop, électronique. On observe une réponse importante du public, ça n’a rien d’artificiel.

Nicolas Dupuis : C’est étonnant parfois, l’impact qu’on peut obtenir. Anomalie a beaucoup grandi sur internet. La majorité des opportunités qui nous sont parvenues viennent du web et des réseaux sociaux. Alors depuis le début 2018, on tourne beaucoup avec notre formule de 4 musiciens sur scène. Et on a fait des salles de même capacité partout où nous nous sommes produits, que ce soit ici, en Amérique, en Europe ou en Asie. On est quand même dans une fourchette musicale assez nichée mais ça fait son chemin et c’est très le fun.

PAN M 360 : Résumez-nous la progression du début à maintenant :

Nicolas Dupuis :  Le premier EP,  Métropole, est paru en 2017. Il y a eu un premier buzz en ligne à l’automne 2018.  Nous avons sorti un 2e EP en 2018, puis l’album Galerie en 2022. Depuis, ça a continué à grossir : plus grandes salles, meilleur streaming, etc. 

PAN M 360 : Votre approche DIY rappelle celle de Michael League et Snarky Puppy. C’est-à-dire un produit musical assez exigeant mais pop, donc niché par rapport au mainstream mais qui s’impose à un marché quand même important à l’échelle mondiale. Bravo!

Nicolas Dupuis : C’est exact. Et merci!

PAN M 360 : Évidemment, il y a des balises très pop dans votre musique, ce qui en explique le succès immédiat, à tout le moins partiellement.

Nicolas Dupuis :  Oui. C’est niché, mais nous usons de formes pop qui s’apparentent aux structures de chansons – refrain, couplet, bridge. Nous ne proposons pas de grandes aventures du jazz-fusion, mais le matériel harmonique et rythmique s’apparente à ce même héritage musical.

PAN M 360 :  Et c’est pour ça que ça marche, car les gens reconnaissent la forme chanson dans cette musique, inconsciemment ou non.

Nicolas Dupuis : Ça peut aussi être un piège (rires).

PAN M 360 : Pour le moment ça n’en est pas un. Vous aurez le loisir d’élever votre proposition en ajoutant de plus longs passages instrumentaux et faire voyager votre auditoire. Et si ça reste toujours comme ça, ça va s’essouffler au bout de 4 ou 5 albums.

Nicolas Dupuis : Vous savez, il s’en trouve qui font toute leur carrière avec des chansons instrumentales.

PAN M 360 : Oui c’est vrai. On parle ici d’un essoufflement conceptuel. Effectivement, personne n’est obligé de faire évoluer une formule qui marche. On peut passer sa carrière à faire les mêmes trucs.

Nicolas Dupuis : Il y un mélange de vision, d’objectifs et de choses artistiques qui émergent naturellement. Il y a quand même de l’exploration. Par exemple, nous avons construit autour du piano droit et le dernier projet était plus acoustique. En fait, je fonctionne un peu par projet. Le prochain projet serait l’enregistrement devant public du big band. Et peut-être ensuite un retour vers l’électronique. Il  y a en va et vient en quelque sorte. Je compte continuer à tourner avec l’équipe actuelle et amener ça le plus loin possible.

PAN M 360 : Quelle est votre propre formation musicale?

Nicolas Dupuis : À la base c’était le piano classique, j’ai commencé tout petit. J’ai fait une douzaine d’années avec une professeure extraordinaire, Yolande Gaudreau.  De mon côté, je faisais parallèlement des explorations autodidactes en jazz et en composition, production. D’abord c’était dans une forme rudimentaire mais ça a mené au son que j’ai développé par la suite. J’ai fait un DEC en jazz et en arrangement jazz avec Lorraine Desmarais, après quoi Anomalie en fut à ses premiers balbutiements avec différents musicien.ne.s, chanteurs.euses et le premier enregistrement a vu le jour.

PAN M 360 : Le big band est-il un projet spécial par rapport au quartette?

Nicolas Dupuis : Anomalie s’exprime principalement en quartette. Au Studio TD, le projet big band a eu lieu en décembre dernier ce qui nous a menés à de nouvelles opportunités. Nous avions précédemment joué en quartette au Club Soda.

PAN M 360 : Quels sont les big bands vous ayant inspiré et fait prendre cette direction, au-delà de Louis Cole?

Nicolas Dupuis : Les big bands de swing, je pense notamment à celui de Count Basie, m’ont influencé, mais aussi les plus récentes formations dont nous avons parlé. J’ai essayé de faire un mélange personnel de ces musiques du passé et du présent.

PAN M 360 : Et vous avez fait l’expérience de ce mélange devant public.

Nicolas Dupuis : Oui, Sauf pendant les moments impossibles de la pandémie, nous avons joué régulièrement à Montréal, ce qui nous a permis de construire une base de notre auditoire. Nos campagnes en ligne ont bien servi le propos. 

PAN M 360 : Combien de fois le big band Anomalie a-t-il joué?

Nicolas Dupuis : Une seule fois jusqu’à maintenant. Ce sera la 2e! Il y a des coûts associés à une telle opération. Si ça fonctionne bien, on refera l’expérience, de plus en plus j’espère.

PAN M 360 : Les musiciens d’Anomalie sont-ils tous issus de votre génération ?

Nicolas Dupuis : Oui. Mais il y en a des plus jeunes que moi et aussi des plus vieux dans la trentaine et même plus. Mais c’est surtout des artistes au tournant de la trentaine.

PAN M 360 : Comment travaillez-vous?

Nicolas Dupuis : Au départ, le processus est très solitaire, je deviens une sorte d’ermite pendant un moment. Pas le choix, car il faut composer et aussi produire, car la production joue un rôle très important dans le résultat final. Ça démarre souvent par des improvisations au piano ou claviers, ensuite les couches vont s’ajouter. Puis il faut imaginer ces musiques pour être jouées par quatre personnes sur scène ou encore en grande formation. Donc il a d’abord le processus solitaire et puis l’appréciation du travail accompli à travers l’instrumentation, les arrangements et la production. 

PAN M 360 : Vous faites partie de cette vague de jazz pop où les performances individuelles sont moins importantes que le son collectif – Ezra Collective, Kokoroko, Snarky Puppy, etc. Vous aussi n’est-ce pas ?

Nicolas Dupuis : Exact.

PAN M 360 : Évidemment, votre encadrement professionnel doit aider aussi! 

Nicolas Dupuis : J’ai d’abord travaillé avec un manager américain pendant 5 ans , puis depuis l’année dernière, je suis avec Regime Music Group, un management américain de la Côte Ouest. Nous travaillons avec ce groupe depuis un an.

PAN M 360 : Voilà autant d’éléments qui contribueront à vous propulser encore plus haut !

AU FIJM, ANOMALIE SE PRODUIT DE 20H À 21H 30 CE SAMEDI, SCÈNE RIO TINTO

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