La culture sound system est très répandue en Europe et au Royaume-Uni, mais grâce à World Wild Sound System, elle devient de plus en plus visible à Montréal et au Québec. Fondé il y a une dizaine d’années par Guillaume Alexandre et son collègue Pierre FX après leur arrivée au Québec, WWSS organise des soirées Sound System à Montréal et dans le monde entier après avoir déniché des vinyles rares (reggae, dub, Caraïbes, etc.) et s’être associé à des OGs de la culture et de la communauté jamaïcaine.

Si vous ne savez pas ce qu’est un sound system, il est composé de grands haut-parleurs, d’une table tournante et d’un préamplificateur et est destiné à être portable et à être diffusé dans les rues. Cette année, à Nuits d’Afrique, WWSS jouera avec le puissant Jah Observer, une légende qui a contribué à perpétuer la culture sound system au Royaume-Uni. Nous nous sommes entretenus avec Guillaume avant le concert de Nuits d’Afrique pour en savoir plus sur l’histoire et l’importance des sound systems et sur la façon dont la culture s’implante lentement en Amérique du Nord.

PAN M 360 : Je voulais juste en savoir plus sur World Wild Sound System et Jah Observer. C’est un monde nouveau pour moi et pour certains de nos lecteurs.

Guillaume Alexandre : Bien sûr. En fait, le World Wild Sound System est influencé par les mouvements systémiques nés en Jamaïque dans les années 50 et qui se sont développés dans les années 60 et 70. En fait, tout a commencé en Jamaïque, à cause des stations de radio. La musique diffusée là-bas par les stations de radio était basée sur la structure de la BBC, ce n’était donc pas de la musique jamaïcaine, c’était surtout du Rhythm and Blues américain, un peu de punk rock, bla, bla, bla, mais pas de Reggae ou de Calypso, même avant le Reggae. Les Jamaïcains ont donc commencé à installer des haut-parleurs dans la rue, à les empiler et à écouter de la musique jamaïcaine. Et finalement, c’est devenu une énorme fête dans le centre-ville de Kingston.

PAN M 360 : C’était donc une sorte de révolution?

Guillaume Alexandre : Là-bas, à cette époque, oui. Les militants et comme vous l’avez dit, la révolution… mais cette petite révolution culturelle a été faite là-bas. Et ce mouvement se développait à cause de toute cette revendication qu’ils avaient ; c’était surtout des pauvres qui descendaient d’esclaves et la société esclavagiste qui était là à l’époque du service et qui était en train de se terminer. Il n’y avait donc plus d’esclaves, mais ils étaient obligés de travailler à la campagne pour un salaire dérisoire et c’était très difficile. Ils ont donc commencé à se désintéresser de cette société que le gouvernement leur offrait. Et c’est alors que l’injection de musique nouvelle est devenue le lien avec tout cela.

Alors oui, évidemment, nous sommes aujourd’hui dans une configuration différente. Mais nous essayons toujours, avec nos soirées, de rassembler les gens sur un même territoire et de communiquer un message pacifique, un message de partage, d’unité et d’amour. Nous voyageons également dans différents pays du monde pour trouver ces vinyles très rares, et nous les jouons. Il est donc très rare de pouvoir les partager. C’est pourquoi les gens viennent à nos soirées parce qu’ils vont écouter de la musique très spirituelle avec un message et qu’ils vont s’amuser, tout en restant très conscients du mouvement.

World Wild Sound Systems

PAN M 360 : Et lors de ces soirées sound system, il y a toujours une sorte d’animateur qui explique d’où viennent ces chansons?

Guillaume Alexandre : Oui et en l’occurrence avec les Nuits d’Afrique c’est Jah Observer. Donc, Jah Observer est l’un des artistes fondateurs du carnaval de Notting Hill à Londres, au Royaume-Uni. C’est le deuxième plus grand festival au monde célébrant la culture jamaïcaine. Dans les années 80, il y avait des émeutes en même temps, mais maintenant, si vous y allez, c’est un festival très populaire. Jah Observer est donc l’un des fondateurs de cette culture et pendant peut-être 30 ans, il a utilisé ce système de son maison avec comme tubes et valves. Il vient de la Jamaïque, mais il a immigré à Notting Hill dans la vingtaine, je pense. Il faisait donc partie de ce mouvement sound system au Royaume-Uni qui était un peu plus militant qu’en Jamaïque en fait. Quand il est arrivé, le Royaume-Uni n’aimait pas jouer de la musique jamaïcaine, donc c’était beaucoup plus underground mais conscient. Moi et mon collègue, nous sommes nés en France, et avons déménagé au Québec il y a 10 ans. Donc, à cette époque, nous étions définitivement plus influencés par le mouvement et la culture du sound system britannique. Mais maintenant, nous avons plus de liens avec la communauté jamaïcaine, nous les invitons, et nous avons un lien avec le président de l’association jamaïcaine. Alors on essaie de faire redécouvrir cette culture car, en Europe, on pourrait vendre 2000 billets facilement…


PAN M 360 : D’accord, donc le mouvement sound systems et son histoire sont encore assez récents ici

Guillaume Alexandre : Oui exactement. C’est au début, mais nous estimons qu’il deviendra plus populaire avec le temps en organisant ces soirées, en raison de la nature de ce genre de musique. C’est encore de la musique pour les pauvres.

PAN M 360 : Alors quand avez-vous rejoint Jah Observer? Avez-vous déjà fait des concerts avec lui?

Guillaume Alexandre : Non, non, non. C’est un peu une longue histoire, mais j’étais à Notting Hill en 2012 pour le voir jouer sur son propre sound system. Parce que ces artistes de sound systems voyagent pour jouer, mais quand ils jouent sur leur propre sound system, vous comprenez vraiment ce qu’ils essaient de faire. Alors je l’ai vu jouer son show mais je n’ai pas eu l’occasion de lui parler. Mais l’année dernière, nous y sommes retournés et il jouait à nouveau, mais pas sur son sound system car il est à la retraite maintenant, mais nous nous sommes liés avec lui. Il suffit de dire « Hé mec, j’adore ton travail, nous sommes basés au Canada ». Et il est en Jamaïque maintenant, donc ce n’est pas trop loin du Canada, alors nous avons commencé la conversation. Et parce que mon collègue et moi faisons cela depuis si longtemps, nous connaissons beaucoup d’acteurs des mouvements sound systems, pas personnellement, mais il pourrait vérifier les contacts et voir si nous étions pour de vrai. Si on joue sur un vrai sound system avec un vrai préampli et une vraie passion. Et c’est évidemment ce que nous faisons donc oui, ce n’est pas si loin de la Jamaïque.

PAN M 360 : Alors vous et votre collègue Pierre êtes en quelque sorte en train d’ouvrir la soirée et puis c’est Jah Observer?

Guillaume Alexandre : Oui, nous faisons un petit échauffement et nous avons une platine et un micro – comme ils le faisaient traditionnellement – ​​spécialement conçus pour notre sound system. Nous avons construit les haut-parleurs nous-mêmes ici au Québec avec du bois canadien et nous avons importé les haut-parleurs du Royaume-Uni et nous avons construit et maintenant c’est environ 12 000 watts et nous avons les moyens d’acheter les amplis pour piloter cela et ainsi de suite. Donc, en gros, nous faisons nos sets, nous jouons des disques entiers, puis Jah Observer jouera. Il est la star de la soirée et il sera le clou du spectacle. Il joue aussi des disques qui sont très rares et il parle au micro. Il va donc aider le peuple. En leur disant « De quoi parle l’histoire? Et quelle est la vision? » Du Reggae probablement, enveloppé dans la culture sound system. C’est toujours la même discussion à travers la musique sur le fait d’être ensemble, de se soutenir mutuellement, et ainsi de suite.

PAN M 360 : Et ce pourrait être son dernier spectacle avant longtemps depuis qu’il est à la retraite. Peut-être son seul spectacle au Canada?

Guillaume Alexandre : Oui. Vous savez, nous avions prévu de travailler avec Jah Shaka [Zulu Warrior] et lui, reste au pouvoir, est décédé il y a quelques mois. Mais Jah Observer a environ 70 ans et c’est la première fois qu’il vient au Québec et peut-être au Canada, alors oui, ce pourrait être la dernière fois qu’il le voit jouer.


JAH OBSERVER AVEC WORLD WILD SOUND SYSTEMS AU Le Ministère LE 15 JUILLET À 22H. BILLETS ICI

Makossa, bikutsi, esséwé, rumba, afrobeat, jazz, soul, R&B, on en passe. Valérie Okoumé inspire et expire toutes ces musiques réunies dans son afropop, répertoire mondialisé qu’elle concocte avec son mari Guy Nwogang, maître percussionniste. Issue d’une famille mélomane, la chanteuse française d’origine camerounaise fut encouragée très jeune à faire carrière, ce qui l’a menée à l’American School Of Modern Music où elle étudia le chant, le piano et autres rudiments pendant cinq années. Cette formation lui valut un emploi de choix chez le regretté Manu Dibango, « son bienfaiteur chez qui elle apprend le sens du mot performance ». Elle a aussi travaillé auprès de Youssou N’Dour, Flavia Coehlo, James BKS, Alisha Brilla, Délia Fischer.On lui doit les albums Kwin na kinguè (2017) et Monè (2022), sa carrière de soliste est bien amorcée en studio comme sur scène. Femme de tête et de coeur, femme forte et opiniâtre, Valérie Ekoumé fait partie de cette nouvelle génération prête à transgresser les codes de la pop africaine et de traverser toutes les frontières de l’univers connu.

PAN M 360 : Par la visioconférence, nous voilà chez vous dans cette pièce rustique et très attrayante de votre demeure. En région parisienne?

Valérie Ekoumé : Non, on est dans l’Est, vers Besançon. Je suis une ancienne Parisienne qui ne regrette pas du tout la vie parisienne.

PAN M 360 : Vous êtes bien là! Oui, c’est bien. Beaucoup de gens fuient Paris depuis quelques années, rapporte-t-on.

Valérie Ekoumé : Oui, et ça s’est accentué pendant la pandémie.

PAN M 360 : Êtes-vous déjà venue à Montréal ?

Valérie Ekoumé : La première fois que je suis venue à Montréal, c’était avec Tonton – Manu Dibango. Je pense que c’était en 2010, quelque chose comme ça, on avait joué aux Nuits d’Afrique.

PAN M 360 : Quel est votre rapport avec le Cameroun, le pays de vos parents et de vos ancêtres?

Valérie Ekoumé : J’ai eu la chance d’avoir une enfance extraordinaire. Je suis née en France, mais comme mes parents se sont séparés très tôt, je devais avoir un an ou quelque chose comme ça, j’ai été envoyée au Cameroun pour vivre avec mes grands-parents.

PAN M 360 : Vous aviez pu vivre alors une véritable immersion.

Valérie Ekoumé : Exactement! Ça a donc commencé quand j’étais toute petite. Quand j’ai eu six ans, je suis revenue en France, mais deux ou trois ans après, ma mère a décidé de changer d’air et je suis retournée à Douala, jusqu’à l’âge de 13 ans. Ainsi, j’ai vraiment été imprégnée de ma culture camerounaise. En fait, j’ai une double culture parce que je suis aussi Française.

PAN M 360 : Qu’exprimez-vous aujourd’hui en tant qu’artiste aux identités multiples?

Valérie Ekoumé : Pour sûr, le Cameroun fait partie de moi, alors il faut absolument que ce que j’exprime doit être le plus authentique possible, je ne me vois pas en train d’exprimer ce que je ne suis pas. Et puis le destin m’a aussi conduite à accompagner des artistes comme Manu Dibango, et puis voilà.

PAN M 360 : Choriste au départ, vous êtes progressivement devenue soliste.

Valérie Ekoumé : Je suis issue d’une famille de musique, et j’ai toujours eu envie de cette carrière. Quand j’ai commencé à chanter, je devais avoir 15 ans, et c’était mon objectif de pouvoir m’exprimer moi-même. Pour moi, être choriste fut parmi les étapes qui me permettraient d’apprendre mon métier.

PAN M 360 : Ce ne sont pas toutes les choristes qui réussissent à devenir solistes. Il y a des super choristes qui sont d’excellentes chanteuses, mais qui n’ont pas l’autorité sur scène en tant que soliste. À l’évidence, ce n’est pas votre cas puisque vous menez une carrière solo et ça semble très bien fonctionner!

Valérie Ékoumé : Comme je disais, ça a toujours été un objectif. Je me suis formée, je suis allée à l’école de musique, j’ai appris le piano, j’ai appris à lire la musique, à l’écrire, j’ai étudié le chant. Aujourd’hui, je suis bien encadrée avec Guy, mon mari, qui a aussi une culture musicale très ancrée au Cameroun.

PAN M 360 : C’est vraiment une entreprise familiale !

Valérie Ekoumé : C’est l’époque qui veut ça aussi. On est tous entrepreneurs, musiciens, réalisateurs. On n’a pas le choix. Il faut se démerder soi-même. L’écosystème de la musique est très difficile en ce moment. Il faut vraiment s’organiser mais à la fin, on est contents. En tout cas, quand on a commencé, ça fait dix ans, on était un peu embêtés. Ce qui, auparavant, était auparavant pour les artistes, c’était de signer avec un management et une maison de disques.

PAN M 360 : Et maintenant ?

Valérie Ekoumé : Plus maintenant, non. On est producteurs, nos œuvres nous appartiennent. On n’est pas obligé de se prostituer, on dirige notre art. Et c’est très bien comme ça. De toute façon, c’est l’avenir. C’est comme ça que ça va se passer. Il s’agit de bien se positionner. Par contre, sur le streaming, c’est très complexe. Les revenus de musique enregistrée sont faibles par rapport à avant. Il faut donc faire plus de scène. Et quand on ne tourne pas, on a quand même des trucs à faire : chercher les engagements, s’occuper de l’administratif, etc.

PAN M 360 : Mari et femme, parents, partenaires en création et en affaires, c’est la fusion totale!

Valérie Ekoumé : C’est la fusion, oui. Et puis il y a notre fille aussi qui vient en concert et en tournée avec nous. On voyage en famille.

PAN M 360 : C’est très bien parce que ce métier n’est vraiment pas facile pour la vie conjugale.


Valérie Ekoumé : C’est vrai. Assez rapidement, je me suis rendue compte qu’on s’attend à ce que ce soit la femme qui reste à la maison pour s’occuper des enfants. Quand j’ai eu notre enfant, je me suis dit « Ma vie est finie, je pourrais plus rien faire, moi qui aime bien voyager et tout ça. Et du coup, notre vie s’est adaptée à ce contexte, et c’est bien. Je fais partie d’une génération de femmes artistes qui voyagent avec leurs enfants.

PAN M 360 : Tant qu’ils ne vont pas à l’école, c’est parfait !

Valérie Ekoumé : Même quand ils vont à l’école, tu peux très bien les faire travailler lorsque tu pars un moment. Je préfère voyager avec mon enfant parce que, notamment, si tu laisses un enfant à la maison, tu ne sais pas à qui tu le laisses. Et on est deux parents dans le même business, on peut s’entraider.

PAN M 360 : Retournons à la musique. La musique que vous faites est inspirée des générations antérieures et aussi de l’afro pop plus récente. C’est assez aussi respectueux des musiques camerounaises, rythmiquement diversifiées comme on le sait.

Valérie Ékoumé : En fait, cette-question-là, c’est vraiment la partie de Guy, car tout repose sur les rythmes et lui est vraiment un rythmicien.

PAN M 360 : Il est percussionniste, producteur, manager. Il fait beaucoup de choses! Il joue avec vous sur scène, il travaille avec vous en studio, etc. Comment ça se passe lorsque vous faites des chansons?

Valérie Ékoumé : Je me mets au piano, je compose les bases et puis après, c’est comme un peu un travail à la chaîne. Je lui passe le truc et il intègre les rythmes. On aime bien représenter tous les rythmes du Cameroun et ne pas faire de jaloux. Le Cameroun est musicalement très riche.

PAN M 360 : Et ceci n’est pas pour autant un répertoire folklorique du Cameroun.

Valérie Ekoumé : On aime beaucoup voir l’Afrique plus traditionnelle, alors que l’Afrique, c’est grand et de plus en plus moderne.

PAN M 360 : C’est vrai que persiste chez certains cette image figée (et coloniale) de l’Afrique. Votre Afrique est clairement plus mondiale.

Valérie Ékoumé : Ce n’est pas gênant d’aller faire de petits clins d’œil à d’autres cultures, parce que c’est toujours intéressant pour nous en tant que musiciens. Si tu as écouté Strong Beautiful Ladies (SBL), par exemple, c’est vraiment un son afrobeat, un clin d’œil à Fela Kuti et Tony Allen.

PAN M 360 : Ça vous intéresserait d’intégrer un peu d’électronique ? Pour l’instant, ça ne fait pas vraiment partie de votre son, sauf exceptions.

Valérie Ekoumé : C’est vrai que c’est beaucoup plus de l’acoustique qu’on fait avec les instruments. Mais peut être que dans l’avenir… On aime bien que notre musique puisse se renouveler.


PAN M 360 : Et sur scène?

Valérie Ekoumé : Les arrangements sont différents, c’est là l’intérêt. Personnellement, je n’ai jamais aimé aller à un concert pour écouter la musique comme je l’écoute sur disque. Le disque, je l’ai déjà.

PAN M 360 : Il y a aussi l’énergie de scène qui change la donne.

Valérie Ekoumé : Exactement. Et puis, il y aussi l’interaction avec les gens. Et quand tu veux communiquer avec les gens, il faut qu’ils puissent voir qui tu es. Avant, j’étais vraiment très concentrée sur ma façon de me présenter, mon image et tout ça, mais en fait, les gens s’en foutent. Tant qu’ils arrivent à te voir telle que tu es, voilà ce qui importe.

PAN M 360 : Vous êtes 4 sur scène ?

Valérie Ekoumé : On est 4, oui : basse, batterie, guitare et moi qui fais un peu de claviers en plus de chanter. Nous avons aussi des séquences préenregistrées qui remplacent les arrangements. Et la communication avec la salle fait en sorte que le public devient le 5e membre du groupe.

PAN M 360 : Quelques dates au Canada cet été?

Valérie Ékoumé : Au Canada, on fait 6 dates dont 3 au Québec. C’est notre 2e année consécutive chez vous, d’ailleurs. On aime bien chez vous, on y a souvent l’impression d’être mieux compris.

VALÉRIE EKOUMÉ SE PRODUIT AUX NUITS D’AFRIQUE, LE SAMEDI 22 JUILLET, 19H, SCÈNE LOTO-QUÉBEC, ESPLANADE TRANQUILLE

Le groupe chevronné de juju/afrobeat de Brooklyn fait une apparition au Festival International Nuits d’Afrique de ce samedi. J’ai parlé avec le batteur Daniel et le guitariste Eric de leur musique et de leur concert à venir.

PAN M 360 : Hé merci d’être là ! Vous nous parlez depuis Brooklyn alors?

Daniel : Ouais ! Je suis avec mon pote Eric, le guitariste, on vient de finir une répétition.

PAN M 360 : Eh bien, je suis sûr que vous devez être occupé ces jours-ci, surtout lorsque les restrictions covid ont été levées pour la première fois. L’afrobeat est-il revenu en force ?

Daniel : Bien sûr, il y a une demande pour la musique live en général, et l’afrobeat est bien sûr un moment particulièrement agréable. Les gens le savent. Donc je le dirais certainement.

PAN M 360 : On dirait qu’il y a une sorte de résurgence de l’afrobeat, avec des groupes londoniens notamment. Vous voyez-vous comme faisant partie du même type de mouvement, ou pas vraiment ?

Daniel : Je pense que cette résurgence dure depuis un certain temps maintenant, du moins à New York. Je veux dire que cela remonte aux spectacles de Fela Broadway et cela a attiré beaucoup d’attention sur le genre, mais c’était il y a quelque temps maintenant. Je suis ici depuis dix ans maintenant et cela bien avant mon temps. En tant que groupe, nous existons depuis 2014, ce qui est une bonne période, mais nous nous sentons toujours comme un groupe plus récent sur la scène en général, mais là encore, nous tournons également avec Kaleta, et c’est quelqu’un qui a été faire cela depuis les années 1970. C’est un peu comme, vous savez, il y a deux mouvements différents dans le mouvement.

PAN M 360 : Feriez-vous une distinction entre Afrobeat moderne et Afrobeat classique ?

Daniel : C’est une excellente question. Je veux dire, vous savez, vous entendez des gens lui donner définitivement une tournure moderne de nos jours. Mais je veux dire, même genre, je ne sais pas, même en écoutant la discographie de Tony Allen, ça progresse et ça devient plus moderne. Ses premiers disques des années 70 ressemblent beaucoup, vous savez, ils sonnent comme les premiers disques de Fela et puis, plus tard dans sa carrière, il fait des trucs techno avec Jeff Mills et travaille avec Jimmy Tenor, donc c’est peut-être une progression naturelle des choses . Afrobeat lui-même, lorsque Fela a créé ce style, c’était clairement un mélange de tant de choses différentes, donc apporter des choses différentes est dans l’ADN de cette musique.

PAN M 360 : J’aimerais savoir comment vous vous êtes intéressé à cette musique et comment le Super Yamba Band est né.

Daniel : Il nous a enseigné certaines des traditions de percussion sénégalaises. Notre groupe a commencé à assimiler certains de ces trucs et parce que nous étions le seul groupe à proximité à fusionner une sorte de rythme africain, nous avons commencé à avoir de nouvelles opportunités pour les groupes qui tournaient. Nous avons fini par ouvrir pour le fils de Fela, Seun Kuti et Egypt 80. Nous avons ouvert pour Antibalas à quelques reprises. Je ne suis toujours pas allé en Afrique de l’Ouest, donc je ne me sens pas vraiment comme un expert, mais nous nous occupons de ce genre de choses depuis longtemps maintenant.

PAN M 360 : C’est ainsi que vous avez rencontré Kaleta ?

Daniel : En quelque sorte. Nous avons déménagé à New York peu de temps après et avons lancé Super Yamba comme un moyen d’explorer l’afrobeat et de jouer des concerts là-bas dans certains des clubs qui répondent à ce style. Et, vous savez, pour une raison quelconque, tout s’est passé assez rapidement et nous avons commencé à jouer un groupe et avons commencé à construire une suite. Nous sommes allés faire notre premier album complet et l’idée derrière cet album était d’enregistrer différentes pistes sur lesquelles nous pourrions avoir des chanteurs invités, vous savez, des chanteurs de différentes régions et pays d’Afrique.

D’une manière ou d’une autre, nous avions l’impression de ne jamais trouver un seul chanteur capable de chanter tous ces styles spécifiques. Donc, de toute façon, nous étions en train de faire le disque, et j’ai demandé à un de nos amis, Nick Hill, qui était le bassiste d’Antibalas, de recommander quelqu’un pour chanter nos chansons nigérianes et il nous a mis en contact avec Kaleta. On savait qui il était puisqu’il avait joué dans le groupe de Fela Egypt 80 et avec King Sunny Adé. Nous avons appris qu’il venait du Bénin et quand nous lui avons montré certains de nos trucs les plus inspirés du Bénin, il s’est dit, whoa, laissez-moi entendre les autres morceaux. Il a fini par chanter sur 8 chansons !

PAN M 360 : Alors à ce concert jouerez-vous majoritairement depuis Mèdaho ?

Daniel : Nous avons beaucoup de nouvelles chansons, mais nous avons un tas de morceaux à ce stade, mais c’est généralement à peu près moitié-moitié, parce que nous devons jouer les classiques, vous savez.

PAN M 360 :  L’afrobeat a été historiquement une musique de protestation et de résistance, voyez-vous toujours la musique en ces termes ?

Eric : Je veux dire que oui, mais pour être parfaitement honnête, je ne connais pas le contenu lyrique de toutes nos chansons, car je pense qu’elles sont dans environ sept langues différentes. Kaleta, qui a vécu certaines de ces choses, vient d’un endroit différent du nôtre, et nous avons donc certainement des chiffres qui parlent de certaines situations politiques et culturelles.

PAN M 360 : Je suis sûr que vous devez tous les deux avoir de très bonnes recommandations. À part Fela et King Sunny Adé, quels sont les autres noms dont vous pensez que nous devrions être conscients ?

Daniel : Bien sûr. J’ai tellement de favoris et beaucoup d’entre eux font partie d’une compilation aléatoire ou d’un 45 où je ne sais pas comment trouver plus de ce groupe en particulier. Outre Fela et King Sunny Ade, il y a un groupe qui s’appelle les Funkies. Il y a aussi les Psychedelic Aliens, qui est un nom sauvage, mais ils sont vraiment géniaux, et ils viennent aussi du Nigeria. .

Éric : Ebo Taylor et Pat Thomas. Le groupe Super Djata du Mali a eu une grande influence sur nous.

Daniel : Ouais, c’est quelques-uns, ça vous réveillera tous.


PAN M 360 : Très apprécié les gars. Bon spectacle !

Le Super Yamba Band joue au Club Ballatou le 15 juillet à 20h30.

Le Camerounais Blick Bassy, fondateur de The Jazz Crew et surtout Macase, un groupe phare du Bantou-Groove, manie la pop avec une touche de peintre, particulièrement depuis le début de sa carrière solo en 2006. Sa palette de base est celle de ses racines, des couleurs et de la lumière traditionnelle de son pays d’origine, mais auxquelles il ajoute des traces d’électro (de plus en plus présentes), de groove et de funk. Mais ce qu’il insuffle le plus fortement à ses albums, ce sont des thèmes centraux à connotation socio-politique très volontaire. 

Dans Madiba, c’est l’eau qui est le socle discursif, grandement canalisée vers un effet panoramique impressionnant grâce à une trame sonore aux ambitions quasi symphoniques. Dans l’album précédent, 1958, il rend hommage à Ruben Um Nyobé, un héros de la lutte anticoloniale camerounaise, mais en vérité il en profite pour approfondir le lien avec ses racines et son identité. 

À quelques jours de sa visite au Festival international Nuits d’Afrique, ainsi qu’au Festival d’été de Québec, le chanteur, auteur-compositeur, producteur, guitariste et percussionniste, mais aussi auteur, cinéaste et acteur sociopolitique (il a été récemment nommé co-directeur de la Commission mémoire sur le Cameroun instituée par Emmanuel Macron) m’a parlé non seulement de musique, mais aussi beaucoup communauté, d’humanisme et de l’importance de faire partie de la  »chaîne du vivant ». Explications.

PAN M 360 : Vos albums prennent une tournure militante, d’engagement sociopolitique et d’éveil de conscience. Pourquoi et à quand remonte ce besoin d’implication?

Blick Bassy : À l’époque de Macase, j’ai toujours mis de l’avant une écriture conscientisée, pour parler des problèmes qui empêchent l’émancipation de l’humain. Depuis le début de ma carrière solo, j’ai tout simplement renforcé ma démarche. Je me dis que puisque j’ai une tribune grâce à mon métier artistique, autant l’utiliser pour partager mes réflexions sur ce qui peut nous permettre d’atteindre, peut-être un jour, une sorte d’osmose en tant qu’humains. J’ai envie d’amener les gens à être sensibilisés sur l’importance pour chaque personne de faire partie de la chaîne du vivant. Nous sommes tous contributeurs et dépendants de cette chaîne. 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui stimule en vous le choix d’un sujet?

Blick Bassy : C’est un processus. Une chose en amène une autre. Prenez dans les dernières années par exemple. Dans mon album 1958, je poursuivais une quête personnelle pour mon identité, ce qui m’a amené à questionner la nature de mes racines camerounaises. Qu’est-ce que cette nation? Que représente-t-elle? Dans un sens, c’est un espace identitaire créé et nommé par d’autres, les colonisateurs qui en ont déterminé les contours géographiques, puis par le fait même, la nature socio-politico-culturelle. À partir de là, je me suis aussi demandé comment on peut s’approprier cet espace imaginé et lui donner une vie renouvelée dans le jeu contemporain des nations. Mais cette fois, selon la perspective des Camerounais, selon leur vision et leurs idéaux. À travers la figure de ce militant anticolonial assassiné en 1958, c’est tout cela qui se matérialise en mots et en musique. J’en arrive finalement à demander comment peut-on faire pour vivre en paix, dans une reconnexion commune, Camerounais et Français, à une chaîne du vivant qui soit solidaire, en se solidifiant mutuellement.

Dans Madiba, l’eau est une sorte de continuation du questionnement suggéré dans 1958. L’eau est une métaphore puissante de la chaîne. C’est un lien sans lequel nous ne pouvons pas vivre. Elle est en chacun de nous, en chaque élément vivant de l’ordre naturel! Comme dans une chaîne, comme avec l’eau, nous ne pouvons nous extraire de la chaîne sans nuire à nous même et aux autres. Les conflits sont de cet ordre : un retrait de certains groupes de la chaîne du vivant, de la chaîne de dépendance. Et les conséquences sont désastreuses. C’est le chaos.

PAN M 360 : Ça marche? Avez-vous l’impression de faire une différence?

Blick Bassy : Je pense que l’art entre par effraction dans les cœurs et dans les cerveaux. Il permet de préparer au dialogue. On abaisse les défenses de tout un chacun en utilisant un moyen de communication qui détourne l’attention en offrant le plaisir et même la transcendance. Ça peut créer des prédispositions favorables à la rencontre de l’autre. Je demeure optimiste oui. Les idées derrière l’album 1958 sont rejetées par plusieurs en France. Ça reste une histoire méconnue, celle de la période coloniale et de ses effets sur les populations locales. Des Français se sentent heurtés car ils ont l’impression qu’on leur demande une sorte de repentance à tout moment. Mais avec la musique, je sens que l’on peut parler de manière apaisée. C’est le dialogue qui est ainsi stimulé. C’est toujours le dialogue qui manque dans les conflits. 

PAN M 360 : Justement, le président Emmanuel Macron vous a récemment nommé co-directeur de la Commission mémoire sur le Cameroun, une instance qui aura pour mandat de documenter la décolonisation du Cameroun et la répression menée par la France à l’époque. Comment ressentez-vous la responsabilité reliée à ce rôle?

Blick Bassy : C’est en effet une énorme responsabilité que j’ai accepté de porter avec humilité. Nous devons parcourir le territoire camerounais, aller à la rencontre de nos pères, de nos mères, de frères, de nos sœurs et leur offrir l’occasion de parler sans peur. Ce sont des personnes que l’on n’a jamais écouté. C’est un travail psycho-thérapeutique mais aussi un travail d’archivage de la mémoire de l’histoire du Cameroun, mais aussi de l’histoire commune avec la France. Cela permettra de réaliser un véritable dialogue constructif, de ramener deux communautés dans un chaîne du vivant partagée. Je me sens chanceux de porter cette mission.

PAN M 360 : Cela dit, la situation sociale actuelle en France est contradictoire, non? Comment vous sentez-vous face au fait que ce même état qui vous permet d’effectuer ce travail de mémoire est associé à un dispositif sécuritaire perçu comme violent et discriminatoire par une partie de la population, surtout d’origine africaine?

Blick Bassy : Je constate que les appareils de gouvernements peuvent prendre des mesures positives parfois. Il faut sauter sur l’occasion. Mais il est vrai que la France souffre en ce moment. Elle souffre beaucoup. On ne se mettra pas la tête dans le sable. Beaucoup se sentent rejetés par ce pays. Et d’autres se rassurent en déchargeant le poids de leurs responsabilités sur des boucs émissaires. Il y a un chaos dans ce pays. Dans une France normale, tout le monde devrait se lever pour dénoncer un acte de violence inacceptable. Et il ne devrait pas y avoir de cagnotte pour celui qui a tiré (une levée de fonds en ligne à récolté plus d’un million et demie d’euros pour le policier). C’est un exemple de sortie de la chaîne du vivant dont je parlais. Il n’y a plus conscience du lien qui unit tous les humains, malgré leurs différences. Et tout ça part d’une déstructuration des états soumis à la loi du capitalisme moderne, qui n’a pas intérêt à ce que les gens comprennent tous les enjeux. Il n’y survivrait pas. On amuse, on détourne l’attention, mais on laisse plein de gens sortir du vivant, de la chaîne de relations et de communauté. Le capitalisme ne s’intéresse pas à régler ce problème. Il vend plus en amenant les individus à ne pas se préoccuper de ces choses.

PAN M 360 : Revenons à la musique. Je constate une évolution de plus en plus affirmée vers l’électronique dans vos récents albums, surtout le plus récent, Madiba. Pourquoi cette progression?

Blick Bassy : Vous avez raison. Depuis plusieurs années, je souhaite utiliser les outils que la technologie nous offre afin d’explorer des espaces sonores nouveaux, inédits. J’aime me considérer comme un artiste africain avant-gardiste, sans prétention. Je cherche à amener les miens à sortir du cadre général africain dans lequel on nous attend. Le milieu de la musique en Afrique n’est pas structuré. Nous n’avons pas d’espaces pour aider les artistes à explorer et triturer les sonorités. Moi, je suis en France et j’ai accès à des espaces de ce type. Je souhaite donc en profiter au maximum afin d’apporter quelque chose d’autre à la marque Afrique en musique. De plus, ce la permet de créer, encore une fois, une chaîne entre ma culture d’origine, ses traditions, la langue, etc. et l’autre, le non Africain pour qui tout cela est étranger. Grâce à ces sonorités, il sera plus réceptif à ce dialogue que je souhaite entamer.

PAN M 360 : J’entends un univers sonore que j’associe avec l’afrofuturisme, ce courant culturel qui embrasse surtout la littérature et les arts visuels. Sentez-vous une connexion avec ce mouvement?

Blick Bassy : C’est intéressant, car dans ma démarche, j’essaie de penser le futur également. Mais pour moi, l’afrofuturisme, c’est avant tout la reconnexion avec la tradition en utilisant des outils modernes! Pour avoir un futur, nous devons reconstruire une base solide sur laquelle nous projeter dans le temps. Pour le moment, notre structure de base a un grave problème : elle a été construite par d’autres! Alors, oui, je peux me rattacher à ce courant, mais mon approche est différente.

PAN M 360 : Merci Blick Bassy, et bienvenue au Québec!

Blick Bassy : Merci, j’ai très hâte d’y être.

BLICK BASSY SE PRODUIT AU THÉÂTRE FAIRMOUNT, CE JEUDI, 21H / INFOS ET BILLETS ICI

Près de l’Afrique et de Madagascar, l’archipel profondément métissé des Comores est riche en éruptions volcaniques et aussi culturelles. Eliasse en provient et en est vraiment imprégné, mais il se présente aussi comme un citoyen du monde se produisant avec un trio fondé en France. Avec attitude rock et esthétique mondialisée, Éliasse exprime ce mélange tonique de différents styles et rythmes comoriens et autres dialectes musicaux de l’Océan Indien, twarab, mgodro, chigoma… zangoma en somme, aussi le titre ce son prochain album dont il nous parle avant de monter sur scène aux Nuits d’Afrique, ce jeudi au Balattou.

PAN M 360 : C’est la première fois que vous venez à Montréal ?

Eliasse : C’est la première fois que je viens avec mon propre projet. J’y étais venu en 2005 en tant que musicien;  j’accompagnais alors un artiste comorien qui s’appelle Maalesh.

PAN M 360 : En tant que profane, je peux dire que la musique des Comores semble  proche de celle de Madagascar. Qu’en pense l’artiste comorien? 

Eliasse : Oui, on a une musique qui s’en rapproche.  Bien sûr, Madagascar a eu et a toujours une influence sur les Comores.

PAN M 360 : Cette région de Madagascar et des Comores est l’un des plus anciens territoires connus du métissage  inter-racial ou inter culturel. Les ascendances sont africaines, indiennes, asiatiques, occidentales. Ça paraît dans votre musique!

Eliasse : En tout cas, nous, déjà, ce peuple, il a été ainsi construit. Très mélangé!

PAN M 360 : Et ça produit à l’évidence une musique très différente des musiques du continent africain dont les Comores sont assez proches. 

Eliasse : C’est créole à notre façon parce que chacun est venu avec son petit ajout. Forcément, ça se créolise au fur et à mesure. C’est quand même assez différent de ce qui se crée ailleurs.

PAN M 360 : Où êtes-vous installé où exactement?

Eliasse : Je suis en France, à côté de Bordeaux. Ça fait huit ans que je suis en France,  pour des raisons personnelles et familiales, pas forcément professionnelles. J’ai quitté l’archipel des Comores à l’âge de 25 ans. 

PAN M 360 : Venez-vous donc avec un groupe à la fois comorienne et français? 

Eliasse : Oui, les musiciens sont français, tout à fait. L’idée, c’est justement d’exposer ça musicalement en ne faisant pas quelque chose de traditionnel. L’idée, c’est de montrer aussi ce mélange-là.

PAN M 360 : Vous êtes vous-même un mélange de genres, etc. Vous ne défendez pas que la musique comorienne. Vous défendez ce que vous êtes devenu.

Eliasse : Merci. C’est exactement ça. Je défends ce que je suis devenu et ce que je vis maintenant. Je pense continuer ce métissage là d’une façon naturelle.

PAN M 360: Et ce métissage est-il nommé ?

Eliasse: Mon prochain album va s’appeler Zangoma, le nom que je donne à mon style de musique. Comme vous l’avez remarqué, on a une grande richesse rythmique, des dizaines de rythmes distincts. Du coup, on pioche là-dedans, on fait nos petites chansons et on me pose la question « C’est quoi votre style ? » Baco, un chanteur de Mayotte, avait eu bien avant moi cette idée de donner un nom à tous ces gens qui font cette musique un peu bâtarde en mélangeant plusieurs rythmes. 

PAN M 360 : Et la langue comorienne? Elle ressemble à quelle autre langue ? 

Eliasse : Elle vient du swahili. Je ne parle pas le swahili, mais je reconnais des mots, des expressions, des phrases… je vais comprendre beaucoup de choses. Notre langue vient de là, il y a aussi du malgache. Il y a des coins aux Comores ou on parle le kibuchi, une version du malgache. Tout ça, c’est mélangé dans la langue comorienne, une somme de dialectes. Personne ne parle exactement la même chose, mais tout le monde se comprend parce que ces dialectes ne sont pas très éloignés.

PAN M 360 : Musicalement, vos patterns rythmiques sont plus élaborés que beaucoup d’autres cultures. Dans leur construction, vos chansons sont plus complexes que la moyenne.  

Eliasse : Ça, je laisse aux experts. Parce que pour moi, c’est quelque chose de très naturel. Je n’ai pas fait d’études en ce sens. On va inviter un musicologue pour venir en parler ! (rires)

PAN M 360 :  En tout cas vos beats sont élaborés, même dans vos chansons.

Eliasse : Parce que je pense aussi que le peuple comorien, il est complexe.

PAN M 360 : Haha!

Eliasse : Sans entrer dans tout ce qui est technique, c’est ce qui m’a donné confiance en me disant que peut être je pourrais faire de la musique. À travers l’artiste des Comores que j’accompagnais, je me disais pourquoi lui peut voyager ? Il y avait une particularité. Ça rejoint ce que vous dites, je pense aussi qu’on a une particularité aux Comores.

PAN M 360 : Vous avez grandi là-dedans, c’est naturel pour vous. Ce n’est pas forcé, ce n’est pas fabriqué, ce n’est pas une vision de l’esprit. Ça fait partie de vous. Et qu’est ce que votre génération apporte ? Par exemple, vous avez une instrumentation plus rock.

Eliasse : Bien sûr, chaque génération arrive avec son époque et les influences. Par exemple, j’ai ramené la guitare électrique. C’est pas qu’elle n’existait pas, elle existait derrière, au fond du son. Moi je la mets en avant et j’assume ce côté rock tout en gardant justement tous ces rythmes comoriens et aussi des chansons un peu traditionnelles.

PAN M 360 : Les guitares sont très importantes dans votre travail, de toute façon. Il y a beaucoup de guitares. Ça, c’est l’élément plus actualisé qui vient de votre génération ? Les générations qui suivent, utilisent-elles davantage les claviers, les ordis, le beatmaking à la hip-hop ? Moins guitare? Plus électronique ?

Eliasse : Oui, il y a beaucoup d’électro et de synthétiseurs comme un peu partout. Je ne dirais pas que ce n’est pas bien, c’est comme ça. C’est comme ça et oui, il y en a beaucoup qui composent de cette façon là.

PAN M 360 :Où se trouve votre marché d’après vous ?

Eliasse : C’est en développement, ce projet est quand même un peu jeune. Ça fait cinq ans que ça existe en trio, guitare-basse-batterie avec quelques machines et des percus. On est trois, on chante, on joue des percus tous les trois. C’est sûr qu’on est beaucoup plus en France et aussi l’océan Indien, puisque je viens de là. On commence aussi à chercher un peu plus loin.

PAN M 360 : Puisque l’on ne connaît rien de la langue comorienne, peut-on savoir un peu ce que vous chantez?

Eliasse : Je chante sur la société comorienne, la politique, les problèmes sociaux, les relations humaines, la protection de l’environnement, la violence etc. Je parle de cet archipel très instable politiquement mais très paisible, contradictoirement. Oui, les gens sont témoins des changements de pouvoir, mais restent calmes. Et puis je ne fais pas vraiment de chansons d’amour… En tout cas je ne les fais pas de manière très classique… Les sentiments y sont un peu cachés.

PAN M 360 : L’intimité n’est pas votre priorité dans vos textes, donc ?

Eliasse : Non. Remarquez, je peux écrire une chanson très, très intime, mais je l’écris au figuré, sans me mettre en scène. Je suis déjà en scène!

AUX NUITS D’AFRIQUE, ELIASSE SE PRODUIT CE JEUDI, 20H30, AU BALATTOU; INFOS ET BILLETS ICI

Sépopo Galley est la directrice de la programmation au Festival international Nuits d’Afrique. Elle peut être fière d’avoir accédé à cette responsabilité, encore trop rarement attribuée aux femmes et encore moins aux femmes afro-descendantes. Avant de migrer au Canada, elle vivait en France où elle occupait des fonctions administratives pour une troupe de théâtre en Normandie, avant quoi elle avait un poste relativement similaire à Avignon. Bien en selle aux Nuits d’Afrique pour une troisième année consécutive, Sépopo explique à PAN M 360 ses façons de faire au sein d’une organisation active depuis près de quatre décennies entières.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous intégrée à l’organisation des Nuits d’Afrique?

Sépopo Galley : Après être débarquée à Montréal il y a trois ans, j’ai commencé à travailler à la production aux Nuits d’Afrique,  puis je me suis retrouvée à la programmation en 2021.  

PAN M 360 : Évidemment, vous connaissez bien les musiques qui correspondent aux profils de Nuit d’Afrique, donc vous avez fait évoluer votre propre connaissance.

Sépopo Galley : Oui, j’ai fait mes preuve, j’ai découvert aussi beaucoup de choses et on découvre toujours. C’est de la découverte  en permanence.

PAN M 360 : Quel est votre  angle ? Comment  voyez-vous une programmation artistique aux Nuits d’Afrique?

Sépopo Galley : Je vois de la fraîcheur, je vois de la nouveauté. Il y tellement de nouveaux talents, j’ai envie de pouvoir les mettre en valeur. Mais il faut quand même garder la base des Nuits d’Afrique, parce qu’il faut un mélange des générations. C’est ce qui fait la richesse de la programmation, mais je crois qu’il faille  apporter un peu de fraîcheur, soit avec des musiques qui gardent quand même leurs racines avec une approche plus moderne.

PAN M 360 : Vous êtes certainement consciente de la facture générale des Nuits d’Afrique et du type de programmation mise de l’avant au fil des derniers 40 ans maintenant. Comment vous êtes-vous adaptée à cette vision ? Comment voyez-vous implanter  votre façon de faire, votre propre personnalité artistique à travers vos choix?

Sépopo Galley : Il faut faire preuve aussi d’humilité et essayer d’écouter les conseils des personnes qui sont là depuis les débuts il y a 38 ans et dont la vision  a mené  les Nuits d’Afrique à s’ imposer parmi les festivals majeurs de Montréal. Donc, prendre ce qui a été fait,   le consolider et le mener ailleurs sans dénaturer le propos.  

PAN M 360 : Et que signifie « mener ailleurs » ?

Sépopo Galley : Dans cette programmation, il y a des artistes de notre label qui sont nouveaux. Il y a des artistes que j’ai pu découvrir à l’occasion de festivals ou de congrès spécialisés. Ainsi, nous avons repéré des artistes qui apportent de la nouveauté, qui font de la musique actuelle comme les afrobeats. Comme les artistes venus d’ailleurs, nous cherchons des artistes montréalais avec lesquels on n’a pas eu de l’occasion de beaucoup travailler et qui ont une touche nouvelle à proposer. Il y a des artistes également venus de l’étranger.  

PAN M 360 : Si on met des noms là-dessus, par exemple, sur ce qui vous semblent rafraîchissants dans la programmation des Nuits d’Afrique 2023 ?  


Sépopo Galley :
Blick Bassy, Eliasse, qui jouent ce jeudi, sont de bons exemples. Spontanément, j’ajouterais Yemi Alade, The Bongo Up, Sona Jobarteh, Kaleta & Super Yamba Band. Plusieurs artistes internationaux ou locaux invités cette année et qui ne sont jamais venus. Plusieurs premières au programme!

PAN M 360 : Donc cette programmation se fait en collégialité avec la direction des Nuits d’Afrique, afin de maintenir cette relation harmonieuse entre passé et présent.

Sépopo Galley : Exactement ! C’est moi qui fais le premier travail, j’oriente un peu selon ce que j’aimerais proposer et puis nous nous retrouvons en comité de programmation et nous prenons les décisions ensemble.

PAN M 360 : Maintenant, c’est sûr que l’énigme pour les festivals internationaux: le Nigeria, dont la production culturelle éclate depuis quelques années. Yemi Alade, l’année dernière, a été victime du poireautage de la douane canadienne et a pu se produire à Montréal en novembre avant de revenir en extérieur dans quelques jours aux Nuits d’Afrique. Ce n’est pas un problème strict des Nuits d’Afrique, on l’a observé au festival Santa-Teresa en mai dernier et au Festival de jazz plus récemment. Explication?

Sépopo Galley : Je ne peux pas expliquer, je ne sais pas à quel niveau ça coince. Moi, je dirais qu’il y a aussi la constitution des dossiers, le temps de traitement des dossiers à la douane canadienne. Comme vous l’avez dit, c’est récurrent mais nous n’avons aucune explication.

PAN M 360 : Alors pourquoi en avez-vous avez fait si peu côté afrobeats?

Sépopo Galley : On essaie maintenant. Peut être qu’on n’a pas pris le mouvement tout de suite, mais maintenant, c’est des musiques qui sont très représentées, qui sont beaucoup aimées, qu’il faut mettre en valeur parce que les gens sont en demande. Il y a une demande assez forte et c’est de la bonne musique. C’est la musique actuelle qui est écoutée par beaucoup de gens, on aimerait continuer aussi sur cette vague là, on aimerait poursuivre et on travaillera davantage en amont.

PAN M 360 : Peut-on dire que 2023 est la véritable année de la relance post-pandémie?

Sépopo Galley : Non, ça a été similaire l’an dernier. On s’était préparés après la COVID. En 2021 on avait fait un festival uniquement local et on a fait un retour en force avec l’ouverture de nos deux scènes sur L’Esplanade Tranquille. On a des ateliers, on a innové avec les cabarets en extérieur, notre marché a pris de l’expansion, il y a beaucoup d’activités!

Les Violons du Roy se joindront à Lucienne Renaudin-Vary, trompettiste française acclamée par la critique, dans un programme mettant en vedette la musique du compositeur Joseph Haydn. 

Coïncidence du calendrier ou coup marketing bien pensé du festival, ce 14 juillet, c’est sous le thème de Haydn à Paris que les artistes se retrouveront à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay. 

Au programme : une sélection des symphonies parisiennes de Haydn, composées entre 1785 et 1786, et le Concerto pour trompette en mi bémol majeur. PAN M 360 s’est entretenu avec Jonathan Cohen, directeur musical des Violons du Roy, à propos de ce concert.

PAN M 360 : Qui a eu l’idée de ce programme autour de Haydn et de ses symphonies parisiennes ?

Jonathan Cohen : C’est un mélange d’idées entre nous et Renaud Loranger pour trouver un beau programme pour l’été. Je suis tellement content que nous ayons opté pour ce programme. Il est rare qu’on puisse consacrer tout un programme à Haydn. C’est une chose merveilleuse parce que normalement dans les grands concerts symphoniques, la musique de Haydn est toujours le numéro d’ouverture ou alors, la symphonie sert de réchauffement pour quelque chose d’autre. C’est vraiment une joie de braquer les projecteurs sur Haydn avec tout un programme qui lui est consacré. C’est un vrai bonheur. Un vrai triomphe, en fait.

PAN M 360 : Il y a six symphonies au total dans cet ensemble de symphonies parisiennes. Vous jouerez une sélection de trois. Quelles sont les particularités de ces symphonies ?

Jonathan Cohen : Nous voulions faire une belle sélection et ce sont des pièces que nous connaissons bien. En fait, le seul morceau que je ne pense pas que nous ayons joué auparavant est la Symphonie n° 82 « L’Ours ». Il y a aussi une belle variété dans le programme. Dans la musique de Haydn en général, il y a un peu de tout, il est un maître du contraste. Il y a beaucoup de différences entre les pièces et à l’intérieur des mouvements. Par exemple, dans La Poule, le mouvement lent est un petit bijou, extrêmement précieux et romantique, presque religieux, alors que dans L’Ours, il y a un caractère très martial. Et puis vous avez ces mouvements finaux très rapides pour lesquels Haydn est célèbre, ces mouvements  exigent une énorme capacité technique de la part de l’orchestre ainsi que d’un grand nombre de musiciens.

PAN M 360 : Pour  l’époque, la taille de l’orchestre requise est assez inhabituelle, n’est-ce pas ?

Jonathan Cohen : Selon les endroits, la mode était différente. Quand Mozart a écrit sa Symphonie de Paris par exemple, son père lui avait dit qu’il devait la faire très bruyante parce que les Français aimaient les sons grandioses, forts, les grandes manifestations de la musique royale. Dans un monde qui n’était pas connecté par internet, il y avait beaucoup plus de diversité, entre les styles dans les villes et les nations et les orchestres. Tout le monde avait vraiment un angle légèrement différent. Quand j’étais plus jeune, je faisais partie d’un ensemble qui s’appelait le London Haydn Quartet, je me souviens que nous ne faisions que des programmes avec la musique de Haydn. Nous trouvions cela très intéressant d’utiliser différentes éditions de l’époque. Chaque édition, que ce soit en Angleterre, à Vienne ou à Paris, avait ses particularités. Certaines avaient beaucoup de legato avec des liaisons partout par exemple. Elles ont été modifiées, adaptées et éditées. Ces symphonies parisiennes ont été éditées par le chevalier de Saint-Georges qui avait dirigé leur création. Il s’était fait l’œuvre sienne. C’est un fait intéressant de se dire qu’aujourd’hui nous avons tendance à penser à la « musique ancienne » un peu comme si c’était un musée et que ce que le compositeur a écrit était un vrai fait de vérité alors qu’en fait, à l’époque, les gens s’adaptaient et s’appropriaient vraiment la musique. Elle était composée pour des personnes particulières dans des styles différents et beaucoup plus souples.

PAN M 360 : L’unique concerto du concert mettra en valeur la trompettiste française Lucienne Reanaudin-Vary. Était-ce son choix de jouer ce concerto, ou était-ce une décision de vous ou de Renaud Loranger de mettre ce morceau au programme ?

Jonathan Cohen : C’est une décision commune. Renaud voulait inviter Lucienne depuis longtemps. C’est une trompettiste française de grande renommée et ce sera la première fois que je travaillerai avec elle. J’ai vraiment hâte d’y être.  C’est une pièce assez tardive de Haydn qui a été jouée pour la première fois en 1800 où il était déjà  un vieil homme dans la soixantaine. C’était aussi une époque où la trompette se développait vraiment. C’est une histoire intéressante parce qu’avant ce moment, la trompette n’avait pas de clés ni de pistons. Ce fut l’une des premières pièces, où Haydn explore grâce à ce système la gamme chromatique dans le registre médian de la trompette. C’est une pièce mature de Haydn, une pièce merveilleuse et peut-être l’un de ses concertos les plus célèbres.

PAN M 360 : Qu’aimez-vous dans la musique de Haydn ?
Jonathan Cohen : C’est l’un de mes compositeurs préférés parce que je pense que c’est un homme qui était jovial et de bonne volonté dans la vie. C’était aussi un grand inventeur. Il est difficile de regarder en arrière dans l’histoire, mais à l’époque où Haydn composait, il créait à lui seul un nouveau type de musique pour orchestre en développant la symphonie à partir du concerto grosso. Alors qu’il était à l’emploi des Esterhazy, il a utilisé l’orchestre professionnel qu’il avait à sa disposition pour expérimenter. Comme dans un laboratoire, il inventait tout le temps. C’est pourquoi il est connu comme le père de la symphonie. Il est très pur, sa musique est positive, très créative et originale, pleine d’humour et pleine d’esprit. Il a un attachement à l’humanité. Je pense qu’il célèbre vraiment cela dans sa musique. C’est également pourquoi je pense que c’est aussi un beau programme pour l’été. C’est réjouissant.

PROGRAMME

Haydn à Paris

Les Violons du Roy

Direction: Jonathan Cohen

Lucienne Renaudin-Vary, trompette

Symphonie no83 en sol mineur, Hob. I : 83 « La Poule »

Symphonie n85 en si bémol majeur, Hob. I : 85 « La Reine »

Concerto pour trompette en mi bémol majeur, Hob. VIIe/1

Symphonie no 82 en do majeur, Hob. I : 82 « L’Ours »

AU FESTIVAL DE LANAUDIÈRE, LES VIOLONS DU ROY PRÉSENTENT LE PROGRAMME HAYDN À PARIS, CE VENDREDI 14 JUILLET, 20H, AMPHITHÉÂTRE FERNAND LINDSAY


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La violoncelliste Noémie Raymond-Friset est une musicienne maintes fois récompensée pour ses interprétations raffinées des incontournables du répertoire pour violoncelle. Non seulement soliste, elle se produit fréquemment avec des formations de chambre et est une formatrice très appréciée. PAN M 360 a rencontré Noémie Raymond-Friset pour en apprendre plus sur le programme qui fait le pont entre deux époques, qu’elle présentera pour le concert solo en plein air qui aura lieu dans quelques jours.

PAN M 360 : Bonjour! Pour commencer, parlons du contexte du concert que vous allez donner samedi. Il se déroulera dans un jardin, n’est-ce pas?

Noémie Raymond-Friset : Oui, le concert aura lieu vers 11h. Ça se veut vraiment un concert dans un cadre plus décontracté. Je pense que ça va être vraiment intéressant de faire ça. Le champ devrait être en fleurs, donc ce sera un cadre très inspirant pour un concert extérieur. J’ai déjà joué à l’extérieur, surtout durant la pandémie. Également, lorsque j’étais étudiante au Domaine Forget, j’ai déjà donné un concert à Bleu Lavande.

PAN M 360 : En tant qu’interprète, qu’est-ce qui distingue cette sortie de la salle de concert pour proposer un programme dans un cadre extérieur?

Noémie Raymond-Friset : Je pense que ça offre une autre dimension à la musique. En salle, on s’attarde à la beauté de l’endroit et à son acoustique. Ça donne l’impression d’être dans une petite boîte conçue pour un concert spécifiquement, alors que lorsqu’on va à l’extérieur, c’est certain que ce qui nous entoure fait tout autant partie de la performance, que ce soit au niveau des odeurs ou au niveau du visuel. Il y a plus de choses qui se passent, aussi. Les oiseaux viennent autour, un papillon vient se poser sur mon archet, ça m’est déjà arrivé! Ça sort un peu la musique de son focus uniquement musical, et ça vient chercher un aspect un peu plus multidisciplinaire, si on peut appeler ça comme ça. Je trouve ça très intéressant, de pouvoir créer des moments qu’on ne peut pas retrouver dans une salle de concert.

PAN M 360 : Et est-ce la première fois que vous jouez dans le cadre du Festival de Lanaudière?

Noémie Raymond-Friset : Non, j’ai déjà joué dans des ensembles, notamment une fois avec un ensemble de 12 violoncelles. Par contre, ce sera ma première fois en solo, avec mon propre projet.

PAN M 360 : Vous avez d’ailleurs intitulé ce projet Le violoncelle en deux temps. Que signifie ce titre, quels sont ces deux temps du violoncelle que vous présenterez au public?

Noémie Raymond-Friset : Je discutais avec Janick Simard, qui est responsable de la série Hors les murs. On se disait que, puisqu’il s’agit d’un programme entièrement pour violoncelle solo, il y aurait beaucoup de musique baroque, puisque le répertoire solo pour l’instrument s’est beaucoup développé à cette époque. Après ça, il n’y a pas grand-chose qui se passe à l’époque classique et romantique. Mais, le répertoire pour violoncelle solo recommence à se développer de nouveau à l’époque moderne, surtout à partir des années 1900. On trouvait ça intéressant de mettre en relation des pièces baroques et modernes. Le titre vient de là. Je voulais mettre en lumière l’idée que le répertoire pour violoncelle solo s’est développé en deux temps.

PAN M 360 : Comment avez-vous choisi les œuvres au programme de ce concert en particulier?

Noémie Raymond-Friset : Je voulais souligner le contraste entre ces deux temps dans l’histoire du répertoire pour violoncelle solo. J’ai commencé par les préludes de Jean-Sébastien Bach, qui sont vraiment les œuvres les plus connues de l’époque baroque pour le violoncelle. Je voulais trouver des pièces à mettre en parallèle, en contraste, avec chacun des préludes. J’ai dû faire des heures de recherche pour trouver quelles pièces seraient intéressantes à mettre en lien avec les œuvres de Bach.

PAN M 360 : Quel fil conducteur avez-vous trouvé entre les pièces? Y a-t-il une histoire que vous voulez raconter, un parcours d’écoute spécifique?

Noémie Raymond-Friset : Oui, il y aura une certaine histoire qui se dégage du programme, mais le fil conducteur se trouve vraiment au niveau de la musique pure. Il y a un lien soit au niveau de la tonalité, soit au niveau du style. Je cherchais vraiment un élément pour souder les œuvres ensemble. Donc il y a un enchaînement assez fluide entre les pièces. Je trouvais qu’il y avait des amalgames à faire surtout en ce qui concerne le son et la musicalité.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre en assistant à ce concert?

Noémie Raymond-Friset : Je pense qu’on peut s’attendre à de belles découvertes, puisqu’il y aura quelques œuvres qui sont rarement jouées. Par exemple, je jouerai une sonate pour violoncelle solo de Prokofiev, que même très peu de mes amis violoncellistes connaissent. Malgré le fait que ce ne soit pas une pièce contemporaine à proprement parler, c’est quand même assez peu connu. Je pense que beaucoup de gens connaîtront déjà les préludes de Bach, donc ce sera peut-être un retour aux sources, puis c’est certain que c’est une musique qui est agréable à écouter. D’autres pièces, par contre, seront un peu plus surprenantes, et vont repousser les limites auxquelles nous sommes habitués à voir ou entendre. Donc je pense que ce sera un beau bouquet.

PAN M 360 : En terminant, qu’est-ce qui vous attend pour la suite? Y a-t-il d’autres projets dans lesquels on peut vous retrouver dans le futur?

Noémie Raymond-Friset : Oui! J’ai plusieurs projets cet été, dont un concert à Toronto qui sera enregistré par CBC et qui sera en ondes dans les mois suivants. Je ferai partie de la Virée classique, et j’aurai un concert avec mon duo (le Duo Cavatine) en août, pour promouvoir notre premier album, Cellopéra! Et plusieurs autres projets à l’automne, dont je ne peux pas parler encore, mais qui seront très intéressants!

NOÉMIE RAYMOND-FRISET SE PRODUIRA LE SAMEDI 15 JUILLET À 11H, AUX JARDINS ARÔMES ET SAVEURS, DANS LE CADRE DU FESTIVAL DE LANAUDIÈRE. INFOS ET BILLETS ICI!

Bianca Rocha, musicienne brésilienne immigrée au Canada en 2019, a trouvé sa place à Montréal grâce aux Nuits d’Afrique. Depuis, elle s’est produite à toutes les autres éditions subséquentes du festival, mais cette année est particulière, car elle présentera pour la première fois son premier album, Fim de Mundo, paru en 2022, sur la scène du festival.

PAN M 360 : Bonjour Bianca. Pourrions-nous commencer par vous demander de nous parler de vos 20 années d’expérience dans différents genres musicaux, ainsi que de votre diplôme en éducation musicale?

Bianca Rocha : J’ai grandi dans une famille de musiciens, de chanteurs en fait, et je suis la plus jeune de quatre enfants. J’ai commencé ma carrière en chantant chaque semaine avec ma sœur, mes deux frères et mon père lorsque j’avais trois ans. Nous avons participé à une émission de radio brésilienne, puis, une fois adulte, j’ai fait un baccalauréat en musique pour devenir instructrice pour bébés. Avant de partir pour Montréal, j’étais enseignante et chanteuse, mais depuis que je suis ici, je me suis éloignée de l’enseignement. Maintenant, je fais beaucoup de travail différent en tant que chanteuse, principalement dans des studios et en tant que directrice vocale.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a amenée du Brésil à Montréal en 2019?

Bianca Rocha : C’est grâce à mon mari, en fait. Il est coordinateur de programmes et il a reçu une offre d’emploi de la part de quelques amis. Il était aussi question que le président élu du Brésil soit d’extrême droite. J’avais peur de tout cela, et son élection a concrétisé mes craintes et mes cauchemars depuis que nous avons un enfant. Nous en avons profité pour partir. Avec Montréal et le Québec, nous avons eu un coup de foudre et nous avons décidé de rester.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a fait tomber amoureuse du Québec?

Bianca Rocha : Le côté culturel. J’aime faire partie du mélange des cultures. Je vois, avec des yeux pleins d’espoir, le mélange de gens qui viennent de différentes parties du monde, de différents pays que je ne pourrais même pas trouver sur une carte. Faire partie de cette scène musicale – de cette expérience – est magique et me donne l’espoir d’un monde meilleur parce que les gens peuvent vivre les uns à côté des autres sans guerre. L’expérience d’être musicien est la même ici ; il y a une vibration d’espoir.

PAN M 360 : Comment diriez-vous que vous avez traduit ce sentiment dans votre nouvel album, Fim du Mundo?

Bianca Rocha : L’album est basé sur un poème qui m’a été donné par un ami proche, sur le fait que nous devons faire quelque chose pour l’environnement et sur l’expression portugaise « Fim du Mundo ». Cette expression décrit la fin du monde dans nos vies personnelles, par exemple lorsque nous mettons fin à une relation ou lorsque quelque chose de vraiment triste se produit et détruit notre monde. Lorsque j’ai lu le poème, j’y ai pensé, car je voulais parler de la façon dont on peut reconstruire son monde personnel lorsqu’il brûle ou se brise. Mais lorsque les gens parlent de la fin du monde, je pense qu’en 2023, il y aura une grande question environnementale. Dans les deux cas, il faut garder espoir et faire quelque chose. On ne peut pas se contenter de baisser les bras. Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire – beaucoup de demandes que nous pouvons adresser aux politiciens et aux dirigeants du monde – et c’est l’espoir que j’essaie de communiquer dans ces chansons.

PAN M 360 : Quelle est l’importance pour vous de pouvoir aborder ces sujets?

Bianca Rocha : En tant qu’être humain, je vois que nous faisons tous partie du même groupe mondial. J’ai une voix, je peux chanter. Je ne dirais pas que c’est une obligation – cette formulation est un peu forte – mais je me sens obligée de faire quelque chose, alors j’utilise ma voix. C’est pourquoi j’encourage le recyclage et j’essaie de réduire les polluants dans ma vie quotidienne.

PAN M 360 : Y a-t-il un lien entre ces idées et votre désir d’immigrer du Brésil?

Bianca Rocha : Je ne pense pas. Je pense que cela m’aide à voir les choses à une plus grande échelle. Avant de partir, je voyais surtout des perspectives brésiliennes, mais maintenant je parle avec des gens qui me donnent plus de références sur la façon dont les choses fonctionnent ailleurs.

PAN M 360 : Lorsque vous avez immigré en 2019, c’était aussi la première année où vous avez joué à Nuits d’Afrique, et vous y jouez depuis quelques années maintenant. Qu’est-ce qui vous amène à revenir au spectacle chaque année?

Bianca Rocha : Nuits d’Afrique n’est pas la première scène que j’ai jouée ici, mais c’est le premier festival auquel j’ai participé, avec Rodrigo Simões. Ce festival est significatif de la passion que j’ai pour Montréal. Le festival a toujours lieu au début de l’été, et je suis arrivé en avril. J’étais en train d’apprendre à connaître la ville et son ambiance, car nous n’avions pas fait beaucoup de recherches avant de venir ici. Lorsque je suis arrivée et que j’ai vu le festival, j’ai eu un véritable coup de foudre, car c’est un endroit où les immigrés comme moi ou les personnes venues d’ailleurs sont mis en avant et valorisés. Cela m’a donné beaucoup d’espoir pour le monde. J’ai décidé de revenir chaque année et l’expérience a toujours été différente, c’est pourquoi je garderai toujours une porte et un cœur ouverts pour le festival. C’est aussi un événement respectueux, et j’aime cela.

PAN M 360 : Et qu’est-ce que vous faites de différent cette année?

Bianca Rocha : Le concert de cette année est spécial parce que c’est la première année que je présente des chansons de mon album. Les années précédentes, je présentais toujours de la musique issue des projets d’autres personnes. J’ai également choisi un répertoire plus festif, et la partie la plus spéciale est que je partagerai la scène du festival avec Flavia Nascimento pour la première fois. Dans la communauté brésilienne, nous l’appelons le Soleil, car sa voix, sa forte énergie et son cœur ensoleillent toujours tout. Elle a un cœur énorme et partager la scène avec elle est toujours un plaisir. Je suis donc très honorée de l’avoir à mes côtés pour partager notre culture.

PAN M 360 : Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement?

Bianca Rocha : J’ai déjà quelques projets en cours. Il y a une émission spéciale qui sortira à l’automne – je n’ai pas encore la date, mais c’est La Sauce Piquante avec Eli Levinson. Un autre projet intéressant que je réalise concerne principalement des femmes que je connais ici à Montréal. Je ne peux pas en parler davantage parce que je veux garder le secret. J’ai aussi un vidéoclip qui vient de sortir – mon dernier single de mon récent album – et qui a été bien accueilli. Il parle de la violence faite aux femmes, et dans ce cas précis, il s’agit d’une femme qui a trop peur pour quitter sa maison.

PAN M 360 : Pourquoi est-il important pour vous de faire passer des messages féministes?

Bianca Rocha : Lorsque quelqu’un est seul dans une situation de violence, il peut se sentir seul et avoir l’impression qu’il est impossible de partir. La chanson est un message pour que les gens soient plus attentifs et empathiques, parce que tout le monde connaît quelqu’un qui a été dans une situation de violence physique ou psychologique. Il y a beaucoup de gens de mon âge au Brésil qui ont vécu cela. Le message de la musique est que vous n’êtes pas seul. Vous êtes toujours dans votre coin. Vous pouvez vous rétablir et vous retrouver, et lorsque vous décidez de partir, vous devez demander de l’aide. Il y a des organisations et des gens qui sont là pour vous soutenir dans ces moments-là – de plus en plus dans le monde ces derniers temps – mais il est toujours nécessaire d’en parler.

PAN M 360 : Merci beaucoup Bianca, c’est admirable que vous ayez la force et le courage de partager ces messages. Bonne chance pour les Nuits d’Afrique!

BIANCA ROCHA SE PRODUIRA SAMEDI LE 15 JUILLET, À 20H30, AU CLUB BALATTOU. AVEC FLÁVIA NASCIMENTO. INFOS ET BILLETS ICI!

Close to Africa and Madagascar, the deeply mixed archipelago of the Comoros is rich in volcanic and cultural eruptions. Eliasse comes from there and is truly steeped in it, but he also presents himself as a citizen of the world performing with a trio founded in France. With a rock attitude and a globalized aesthetic, Eliasse expresses this tonic blend of different Comorian styles and rhythms and other musical dialects from the Indian Ocean, twarab, mgodro, chigoma… zangoma in short, also the title of his forthcoming album, which he tells us about before taking to the stage at Nuits d’Afrique, this Thursday at Balattou.

PAN M 360: Is this your first time in Montreal?

Eliasse: It’s the first time I’ve come with my own project. I came here in 2005 as a musician, accompanying a Comorian artist called Maalesh.

PAN M 360: As a layman, I can say that the music of the Comoros seems close to that of Madagascar. What do Comorian artists think?

Eliasse: Yes, our music is very similar. Of course, Madagascar has had and still has an influence on the Comoros.

PAN M 360: This region of Madagascar and the Comoros is one of the oldest known territories of inter-racial or intercultural mixing. The ancestry is African, Indian, Asian and Western. It shows in your music!

Eliasse: In any case, we’ve already built our people that way. Very mixed!

PAN M 360: And that obviously produces a music that’s very different from the music of the African continent, to which the Comoros are quite close.

Eliasse: It’s Creole in our own way because everyone came with their own little addition. Inevitably, it gets creolized as we go along. It’s quite different from what’s being created elsewhere.

PAN M 360: Where are you based exactly?

Eliasse: I’m in France, near Bordeaux. I’ve been in France for eight years, for personal and family reasons, not necessarily professional ones. I left the Comoros archipelago when I was 25.

PAN M 360: So you’re coming with a group that’s both Comorian and French?

Eliasse: Yes, the musicians are French, absolutely. The idea is to showcase this musically without doing something traditional. The idea is to show that mix too.

PAN M 360: You’re a mix of genres yourself, and so on. You’re not just defending Comorian music. You’re defending what you’ve become.

Eliasse: Thank you. That’s exactly it. I’m defending what I’ve become and what I’m living now. I think I’ll continue this crossbreeding in a natural way.

PAN M 360: And is this crossbreeding named?

Eliasse: My next album is going to be called Zangoma, the name I give to my style of music. As you may have noticed, we have a great wealth of rhythms, dozens of distinct rhythms. So, we pick and choose from them, make our little songs and people ask me, « What’s your style? » Baco, a singer from Mayotte, had this idea long before me of giving a name to all these people who make this slightly bastardized music by mixing several rhythms.

PAN M 360: What about the Comorian language? What other language is it similar to?

Eliasse: It comes from Swahili. I don’t speak Swahili, but I recognize words, expressions, phrases… I’ll understand a lot of things. That’s where our language comes from, and there’s also Malagasy. In some parts of the Comoros, people speak Kibuchi, a version of Malagasy. All this is mixed into the Comorian language, a sum of dialects. No one speaks exactly the same thing, but everyone understands each other because these dialects are not very far apart.

PAN M 360: Musically, your rhythmic patterns are more elaborate than those of many other cultures. In their construction, your songs are more complex than the average.

Eliasse: I’ll leave that to the experts. Because for me, it’s a very natural thing. I haven’t studied it. We’ll invite a musicologist to come and talk about it! (laughs)

PAN M 360: In any case, your beats are elaborate, even in your songs.

Eliasse: Because I also think that the Comorian people are complex.

PAN M 360: Haha!

Eliasse: Without getting into all the technicalities, that’s what gave me the confidence to say that maybe I could make music. When I was working with an artist from the Comoros, I thought why should he be able to travel? There was something special about him. That ties in with what you’re saying, I think there’s something special about the Comoros too.

PAN M 360: You’ve grown up with it, it’s natural for you. It’s not forced, it’s not manufactured, it’s not a vision of the mind. It’s part of you. And what does your generation bring to the table? For example, you have more rock instrumentation.

Eliasse: Of course, each generation brings its own era and influences. For example, I brought back the electric guitar. It’s not that it didn’t exist, it existed behind the sound. But I’ve brought it to the fore and I’ve taken on this rock side while keeping all these Comorian rhythms and also songs that are a little traditional.

PAN M 360: Guitars are very important in your work, anyway. There are a lot of guitars. Is that the more up-to-date element that comes from your generation? Do the generations that follow use more keyboards, computers, hip-hop-style beatmaking? Less guitar? More electronic?

Eliasse: Yes, there’s a lot of electro and synthesizers like everywhere else. I wouldn’t say it’s not good, it’s just the way it is. It’s just the way it is, and yes, there are a lot of people who compose that way.

PAN M 360: Where do you think your market is?

Eliasse: It’s a project that’s still in development. It’s been in existence for five years as a trio, guitar-bass-drums with some machines and percussion. There are three of us, all singing and playing percussion. Of course, we’re a lot more in France and also the Indian Ocean, since that’s where I come from. We’re also starting to look a bit further afield.

PAN M 360: Since we don’t know anything about the Comorian language, can we know a little about what you sing?

Eliasse: I sing about Comorian society, politics, social problems, human relations, environmental protection, violence and so on. I’m talking about this archipelago that’s very unstable politically but very peaceful, contradictorily. Yes, people witness changes in power but remain calm. And then I don’t really do love songs… At least I don’t do them in a very classic way… Feelings are a bit hidden there.

PAN M 360: So, intimacy isn’t a priority in your lyrics?

Eliasse: No, it’s not. Mind you, I can write a very, very intimate song, but I write it figuratively, without putting myself on stage. I’m already on stage!

AT NUITS D’AFRIQUE, ELIASSE WILL PERFORM THIS THURSDAY, 8:30 PM, AT BALATTOU; INFOS AND TICKETS HERE

Il y a un tout petit festival que vous devez absolument découvrir, mélomanes de tout acabit que vous êtes! Ça s’appelle Garage Concert et ça a lieu, oui, dans un garage. Pour être précis, dans celui de Ziya Tabassian, percussionniste de haute volée qu’on a entendu dans l’Ensemble Constantinople, entre autres, et plus récemment dans le Trio Regard Persan. 2023 verra se dérouler la 9e édition de l’événement (neuf! Et je parie que vous n’en aviez jamais entendu parler!) avec 9 concerts. Que des musiciens du plus haut niveau possible, des maîtres et maîtresses de leurs instruments, et tous Montréalais (d’adoption pour la plupart).

Certains et certaines, on les connaît un peu mieux : Monica Freire (de retour au Québec!) et le maître du oud syrien Nazih Borish (15 août), Didem Basar au kanun (le 16 juillet), Vincent Lauzer à la flûte à bec (le 18 juillet). Mais pour plusieurs autres, ce sera l’occasion de plonger dans des mondes sonores fortement incarnés, avec Maryam Tazhdeh au tar (en duo avec Didem Basar le 16 juillet), Zizhou Wang au guzheng (un instrument de table à cordes pincées de Chine, le 13 juillet), Anjana Srinivasan au violon traditionnel carnatique (du Sud de l’Inde, le 10 août), l’ensemble ‘’Gangster Yiddish’’ Orkestar Kriminal (le 20 juillet), Alex Tibbits à la ‘’harpe bionique’’ (le 8 août), LiKouri en chanson (ce soir, 11 juillet) et Ziya lui-même aux percus (le 17 août). 
Rencontre avec le fondateur et programmateur artistique, Ziya Tabassian.

PAN M 360 : La musique de garage, tout le monde a une idée de ce que c’est. Mais toi tu amène l’idée ailleurs…

Ziya Tabassian : Oui, en effet. C’est en 2013 que j’ai eu cette idée. Moi et des amis avons eu envie de jouer pour le plaisir, et mon garage était un espace accessible. On l’a fait. On a aimé ça, plusieurs personnes sont venues voir, et j’ai décidé de poursuivre l’aventure. Le principe est simple : c’est une formule 5 à 7. Les gens arrivent à 5 (17h), la musique commence à 6 (18h) et ça dure environ une heure. J’offre les gourmandises et les tisanes, que je fais moi-même! On entre par le 5226 rue Clark (c’est chez moi!), mais ça se passe derrière, dans le garage qui donne sur la cour et la ruelle. Ce n’est pas bien grand, mais c’est super friendly.

PAN M 360 : Les artistes présents, ce sont tous des amis?

Ziya Tabassian : Pas tous, bien qu’ils et elles le deviennent! J’en connais plusieurs, mais d’autres, je les découvre sur le web. Par exemple, la joueuse de guzheng, Zizhou Wang, je l’ai découverte dans une vidéo sur Facebook, je l’ai contactée, et voilà! Elle était une grande interprète de son instrument en Chine. À Montréal, elle doit se faire connaître maintenant. Même chose pour Maryam Tazhdeh, une virtuose du tar (un instrument à cordes iranien). C’est une grande artiste en Iran, mais à Montréal, elle n’est pas connue. Il y a aussi Anjana Srinivasan, prof de violon carnatique indien, qui a étudié avec les meilleurs en Inde! Mon idée, c’est de permettre à toutes sortes de musiciens et musiciennes montréalais de niveau très professionel de rayonner un peu, de se faire entendre un peu. Et du coup, ça permet aussi de stimuler des rencontres! C’est arrivé comme ça pour Regard Persan et moi : on s’est rencontrés, on a apprécié notre compagnie et on a formé un trio. 

PAN M 360 : Dans le garage et dans la cour à côté de la ruelle… Il y a assez de places?

Ziya Tabassian : Nous avons parfois eu une centaine de personnes, et ça va très bien! Nous avons de bons voisins, qui souvent sont aussi présents.

PAN M 360 : Bon, mais si jamais beaucoup de personnes sont stimulées par cette entrevue sur PAN M 360, tu auras un heureux problème….

Ziya Tabassian : Oui, c’est possible! J’ai envie de faire progresser le projet et de l’amener à un autre niveau, de le faire grandir. Je ne voudrais pas aller dans un espace trop conventionnel, j’aimerais que ça reste dans un endroit accessible et ordinaire comme le garage, mais juste plus spacieux. On verra.

PAN M 360 : Ça te dit quoi de la scène montréalaise?

Ziya Tabassian : Elle est très bonne. Et surtout très interreliée. Les gens se parlent et se côtoient. Je n’ai pas du tout senti cela à Toronto par exemple. Curieusement. J’aimerais par contre pouvoir faire venir plus d’artistes internationaux. C’est un défi, bien sûr. On peut difficilement faire venir quelqu’un pour un seul concert avec le prix des billets d’avion, l’hôtel, etc. Mais on peut s’arranger. Je prévois d’inviter un excellent musicien indien, virtuose du tabla en septembre, pour qu’on puisse jouer ensemble. J’en profiterai aussi pour faire une autre partie avec Regard Persan et Aditya Verma, un grand maître du sarod qui vit ici à Montréal. Et j’aimerais bien faire venir ici un joueur de duduk arménien, Emmanuel Hovhannisyan, avec qui je viens d’enregistrer une pièce pour mon prochain album qui sortira à l’automne. On verra, mais ça se pourrait.

PAN M 360 : D’autres perles?

Ziya Tabassian : Oh, il y a une chanteuse de maqams ouzbek qui est exceptionnelle, Nâdira Pirmatova! Ce serait très chouette, oui. 

PAN M 360 : Tu nous titilles les papilles auditives…. Merci infiniment pour ce que tu fais. Ce sont de petites initiatives comme les tiennes qui rendent Montréal encore plus vivante et tripante. 

Ziya Tabassian : Merci de m’accueillir, ça aussi c’est important. 

Juan Carmona est une figure emblématique de la guitare flamenca contemporaine. Le maître français revient à Montréal après sa dernière performance au Festival de jazz en 2019.

Juan sera en concert au Le National le 13 juillet à 20h.

PAN M 360 : Merci Juan d’être là. Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur ce que vous allez présenter lors du spectacle du Festival International Nuits d’Afrique?

Juan : Bien sûr. Je présenterai le matériel de mes deux derniers albums, Zyriab 6.7 et Perla de Oriente. Zyriab a été réalisé en collaboration avec Istanbul Strings, un orchestre phénoménal avec lequel c’est un plaisir de travailler. Comme il est difficile de jouer avec un orchestre en tournée, partout où va Zyriab, j’invite un artiste de ce pays. À ce spectacle, je jouerai avec le maestro Youba Adjrad, un chanteur algérien vivant maintenant à Montréal, qui est tout simplement incroyable. J’ai travaillé avec lui plusieurs fois auparavant et j’ai vraiment hâte de ce concert.

PAN M 360 : Il me semble qu’il y a beaucoup de points de convergence entre le flamenco et la musique maghrébine. Dans le processus de réalisation de ces albums avez-vous eu des révélations sur ces points de confluence ?

Juan : Ma première rencontre avec la musique orientale, ça a été avec la musique du Maroc. Puisque je suis parti un jour au Maroc faire un masterclass au conservatoire de Marrakech et la révélation, j’ai été très étonné de voir les similitudes qu’il pouvait y avoir entre la musique arabo-andalouse et le flamenco. À Marrakech, il y a des gens qui dansent d’une façon qui est très très très proche de la danse flamenca, puisqu’il y a les tapements des pieds, pareil, les rimes, c’est beaucoup des six suites aussi. Il y a beaucoup de similitudes et moi ça a été une révélation et à partir de là j’ai composé une oeuvre qui s’appelle Oria, qui mélange la musique arabo-andalouse du Maroc avec le gnawa de Marrakech, avec beaucoup d’excellents musiciens et le flamenco et ça a été ma première rencontre. C’est une très belle œuvre d’ailleurs, j’en ai fait un disque et le disque était au Grammy Award à Los Angeles.

PAN M 360 : A votre niveau de virtuosité, comment maintenez-vous la forme en tournée ?

Juan : C’est une très bonne question. Je compare souvent un soliste comme ça à un sportif, tu sais, un sportif il a des performances parce qu’il est constamment en train de s’entraîner et le jour où il ne s’entraîne pas, le sportif ne peut pas avoir les mêmes performances, c’est impossible. Le musicien soliste c’est exactement pareil, si j’ai pas 8 heures à 9 heures de guitare c’est pas possible tu sais moi je crois pas beaucoup au don, tu sais, je crois la prédisposition mais la prédisposition s’il n’y a pas le travail ça fonctionne pas donc la virtuosité la technique, le son tout ça c’est travail, c’est travail, c’est travail, constamment. C’est jamais acquis.

PAN M 360 : Eh bien, je pense que cela se voit clairement dans votre jeu magistral. Le flamenco est une tradition incroyablement riche mais trouvez-vous que dans le monde moderne, il est peut-être moins reconnu ?

Juan : J’ai la chance de voyager dans le monde entier. Dernièrement, on avait fait une tournée aux États-Unis, on est allé jusqu’en Nouveau-Mexique, ensuite on est allé à Vancouver aussi. Le flamenco, c’est mondial. Je suis allé en Chine, je suis allé en Sibérie, je suis allé à Hawaï. Je suis allé dans tous les pays du Maghreb, en Europe. Non, le flamenco, c’est une musique, c’est une tradition qui date fin 18e, début du 19e siècle. Et ce n’est pas un phénomène de mode, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a des aficionados aux quatre coins du globe. Partout où je vais, il y a un grand enthousiasme pour cette musique. Partout où je vais, il y a du flamenco.

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