Une semaine après la parution de son cinquième album en carrière Tequila Ever After, la vedette Nigériane Adekunle Gold, alias AG Baby, était de passage au festival Osheaga. Peu de temps avant de monter sur scène, il s’est entretenu avec PAN M 360 afin de discuter de sa récente signature avec le prestigieux label Def Jam Recordings, de son nouveau projet et bien plus! 

Au cours de la dernière année, l’afrobeats a su conquérir le monde musical et est devenu l’un des genres musicaux les plus écoutés à travers le monde. Menée par des artistes tels que Wizkid, Burna Boy et bien évidemment Adekunle Gold, cette musique nigériane a su se frayer un chemin jusqu’en Amérique du Nord et ne cesse de gagner en popularité. Parlez-en à AG Baby, lui qui débutera une tournée nord-américaine de 17 dates en septembre prochain. Il sera d’ailleurs de retour à Montréal au MTELUS le 1er octobre, pour ceux et celles qui l’auront raté lors d’Osheaga (Vous pouvez d’ailleurs lire notre compte-rendu sur sa prestation en cliquant ici). 

Comme mentionné plus tôt, l’artiste de 36 ans a récemment dévoilé son nouvel opus intitulé Tequila Ever After. Dans ce projet de 18 titres, Adekunle Gold repousse les frontières de l’afrobeats en incorporant des éléments pop, R&B et highlife à son art, tout en alternant avec aisance entre l’anglais et le yoruba, sa langue maternelle. Pour sa première sortie sous Def Jam Recordings, le natif du Lagos s’est entouré d’invités de renoms tels que Pharrell William & Nile Rodgers sur Falling Up et Khalid sur l’excellente Come Back To Me. Inspiré par le sentiment que procure la consommation de tequila, cet album nous fait oublier tous nos soucis et c’est exactement ce dont nous avions besoin pour terminer l’été en beauté!

PAN M 360 : Bienvenue à Montréal! Est-ce votre première visite ici? 

ADEKUNLE GOLD : Merci! C’est la deuxième fois que je suis de passage au Québec. J’adore la place et les gens aiment l’afrobeats. Je me rappelle qu’à ma première visite, je me demandais s’il y avait réellement des personnes qui connaissaient ma musique à Montréal. J’ai rapidement compris que la ville s’intéresse à tous les genres musicaux et j’adore cela. 

PAN M 360 : En mars dernier, vous avez signé avec le label Def Jam Recordings. Quels outils cette association vous donne-t-elle pour vous permettre d’atteindre le niveau supérieur?

ADEKUNLE GOLD : C’est un immense honneur d’être signé à Def Jam. Je suis vraiment heureux d’être entouré de gens qui comprennent comment me pousser et me permettre de me surpasser. En plus de cela, ma nouvelle équipe est la meilleure pour promouvoir ma musique. C’est exactement ce dont j’ai besoin. 

PAN M 360 : Le 28 juillet dernier, vous avez fait paraître votre projet Tequila Ever After. Parlez-moi de ce que ce projet représente et comment s’est déroulé sa création. 

ADEKUNLE GOLD : Ce projet représente la liberté et la joie. Lorsque tu écoutes cet album, tu n’as plus aucun souci. Comme vous l’aurez deviné, ce projet est inspiré par la tequila. J’ai consommé ce type d’alcool pour la première fois à Los Angeles en avril dernier. J’ai tout de suite apprécié le sentiment que la tequila me procurait. C’est à partir de ce moment que j’ai voulu créer un album dans lequel j’allais transposer cette sensation en musique. En écoutant cet album, tu ressens que ça provient de conversations avec des amis après un shooter de tequila. 

PAN M 360 : Doit-on en comprendre que beaucoup de tequila a été consommée pendant la création de cet opus?

ADEKUNLE GOLD : Oh oui, absolument! Cependant, ce que la tequila apportait était des discussions entre amis, et c’est vraiment ça la base du projet. Pour cet album, j’ai collaboré avec plusieurs artistes dont Pharrell Williams, Coco Jones, Ami Faku et Khalid. Quand j’étais au studio avec eux, nous passions la majorité de notre temps à jaser de tout et de rien avant de se mettre à créer. Ainsi, la plupart des chansons que nous écrivions étaient inspirées par nos conversations. Pour cet album, c’était vraiment important pour moi de laisser ma créativité parler et de ne pas forcer les choses. Je n’avais aucune raison de me presser à créer. Je trouve que c’est beaucoup plus plaisant de faire de la musique quand tu es libre et que tu éprouves du plaisir. En bref, nous avons pris de la tequila, avons eu de belles discussions et c’est ainsi que l’album est né. 

PAN M 360 : Votre dernier projet Catch Me If You Can et Tequila Ever After sont assez différents. Quel est le plus grand changement dans votre approche créative entre ces deux albums?

ADEKUNLE GOLD : Lors de la création de Catch Me If You Can, je me sentais au travail tandis que pour Tequila Ever After, j’ai eu beaucoup plus de plaisir. Je crois fermement qu’on le ressent lorsqu’on écoute les chansons de mon dernier opus. Comme j’ai dit plus tôt, je n’avais rien à me soucier lors de la création de cet album et j’ai été davantage créatif. Aussi, j’ai voulu amener mon son à un niveau supérieur. J’ai fait en sorte que Tequila Ever After soit un heureux mélange de tous les styles musicaux qui m’ont inspiré. J’ai aussi travaillé sur mon écriture et je me suis assuré que je n’ai jamais dit avant ce que je dis dans l’album. Sinon, j’étais aussi plus confiant lors de la création de ce projet. 

PAN M 360 : Sur Tequila Ever After, votre titre Look What You Made Me Do est une collaboration avec votre femme Simi. Je sais que vous avez déjà chanté ensemble par le passé, mais qu’est-ce que cela présente pour vous de l’avoir à vos côtés sur ce projet? 

ADEKUNLE GOLD : C’est définitivement un morceau spécial pour moi. La dernière fois qu’elle a apparu sur une de mes chansons, c’était en 2016 sur mon album Gold. Depuis le début de la création de Tequila Ever After, je savais que je voulais qu’elle y participe. Je voulais créer le meilleur duo possible. Je lui ai dit: « Si l’on doit créer dix chansons avant d’en arriver à la bonne, nous allons le faire ». Ainsi, nous en avons fait quatre et c’est à la cinquième que nous en sommes arrivés à ce résultat. Pour ce qui en ai du sujet de la chanson, c’est assez simple. Ça explique ce que notre amour l’un envers l’autre nous fait ressentir. 

PAN M 360 : Votre ouvrez votre projet avec le morceau Chasing Peace Of Mind, une collaboration avec Habib Koité et Ami Faku qui aborde cette recherche d’une tranquillité d’esprit. Lorsque vous êtes à un festival comme Osheaga et que vous vivez de votre passion, vous rapprochez-vous de ce sentiment?

ADEKUNLE GOLD : Je travaille chaque jour pour atteindre cette tranquillité d’esprit. De jour en jour, j’apprends de mieux en mieux à mettre la vie sur « arrêt » et l’apprécier pleinement. Je suis énormément heureux et reconnaissant de pouvoir être à Osheaga. C’est une étape de plus vers cet état d’esprit, c’est certain.

PAN M 360 : Vous serez de retour à Montréal au MTELUS en octobre prochain. À quoi doit-on s’attendre de votre concert? 

ADEKUNLE GOLD : Ça va être incroyable, vous devez absolument y être. J’ai cinq albums à mon actif, et je vais performer des titres de chacun des projets. Je vais être accompagné de plusieurs de mes amis, ça va être un excellent spectacle. Écoutez, si vous n’avez pas encore vos billets, vous devez absolument aller les acheter. Venez voir la plus grande rockstar africaine sur scène!

Crédit photo : Frédérique Ménard-Aubin

L’ensemble Stick&Bow est unique en son genre. Composé de Krystina Marcoux au marimba et Juan Sebastian Delgado au violoncelle, Stick&Bow offre un répertoire varié aux sonorités inattendues, qui saura attirer l’attention des mélomanes de tous les horizons. L’ensemble a enregistré plusieurs disques qui démontrent leur maîtrise de plusieurs styles et du répertoire de différentes époques. Stick&Bow est également connu pour ses arrangements et nombreuses commandes d’œuvres.

Le duo se produira bientôt dans le cadre du Festival de Lanaudière. En vue de ce concert dans un cadre atypique (sur une ferme de bisons!) PAN M 360 a parlé à Krystina Marcoux et Juan Sebastian Delgado pour en apprendre plus sur leur ensemble, leur travail, et leur mission musicale.

PAN M 360 : Bonjour! Pour commencer, vous êtes un duo assez atypique. Comment êtes-vous venus à fonder cet ensemble?

Juan Sebastian Delgado : C’est vrai, nous sommes un duo assez atypique! Mais il y a quand même plusieurs similitudes entre le marimba et le violoncelle. Ce sont deux instruments en bois, et qui ont le même registre de 5 octaves. Notre ensemble a vu le jour il y a presque 5 ans (la prochaine saison marquera le cinquième anniversaire de l’ensemble Stick&Bow). Tout a commencé lorsque nous avons trouvé une pièce d’un compositeur argentin, une des seules originalement écrites pour violoncelle et marimba. C’était une pièce contemporaine, on aime beaucoup la musique contemporaine. On l’a jouée, on a aimé ça, et on a décidé de continuer d’explorer le répertoire!

PAN M 360 : Vous dites beaucoup aimer la musique contemporaine. Justement, vous faites beaucoup de commandes d’œuvres, en plus de faire des arrangements. Comment se répartissent les commandes et les arrangements dans votre répertoire?

Krystina Marcoux : En fait, puisque la prochaine saison est notre saison anniversaire, on fait un gros travail de commande. On s’est dit qu’on voulait profiter de l’occasion pour travailler sur de nouvelles pièces et faire un concert entièrement dédié à de nouvelles œuvres. Par contre, normalement, quand on est en tournée, on fait des concerts dont les deux tiers, voire le trois quarts sont des arrangements. Le reste des œuvres sont des commandes. C’est notre équilibre, parce qu’on aime déjà la variété de ce qu’on présente au public. On passe des œuvres classiques aux œuvres d’aujourd’hui en intercalant des pièces de compositeurs actuels.

PAN M 360 : Et que voulez-vous offrir au public en organisant le programme de vos concerts ainsi?

Krystina Marcoux : Ça nous permet de montrer aux gens ce qui est possible avec le marimba, puisqu’il y a peu de répertoire. C’est toujours une surprise pour les gens de voir ce que le marimba peut faire. L’instrument en tant que tel aussi demeure une surprise. C’est une belle façon de mettre les commandes en valeur, en donnant des pistes d’écoute au public.

Juan Sebastian Delgado : Dans la tradition, disons classique, on joue d’habitude de longues pièces, par exemple des sonates avec trois ou quatre mouvements. Des fois, les pièces longues sont géniales parce qu’elles sont comme des voyages. Mais parfois, on va commander des œuvres plus courtes, de quelques minutes seulement. Comme ça, on donne la chance au public de rentrer dans un monde différent. On essaie de s’éloigner d’un monde plutôt académique.

PAN M 360 : Vous avez parlé d’arrangements, que vous faites vous-même. Parlez-nous de votre processus de travail.

Krystina Marcoux : C’est beaucoup de travail! En fait, c’est la chance qu’on a, d’être un violoncelle et un marimba, parce que ça nous donne l’occasion de faire ce qu’on veut. Il n’y a pas de tradition derrière nous, le territoire est neutre. Donc on prend les œuvres qu’on aime, un peu de toutes les esthétiques, que ce soit du David Bowie ou du Beethoven. Et on essaie! Bien sûr, on avait déjà commencé à explorer même avant d’être un duo stable, donc puisque ça fait longtemps qu’on explore, on peut maintenant rapidement déterminer ce qui va fonctionner et ce qui ne sera pas possible. Aussi, on choisit des pièces qu’on adore! Quand on monte sur scène, c’est avec des pièces qu’on aime beaucoup. Lorsqu’on arrange les pièces, on le fait ensemble, dans un studio. Puis il y a aussi des échanges, ou on va travailler séparément et s’envoyer des petits bouts de pièces.

Juan Sebastian Delgado : On aime aussi la recherche. On choisit des pièces qu’on aime, bien sûr, c’est important, mais il y a toujours une conception thématique. Par exemple, dans notre premier album (Résonance, 2019), sur lequel on retrouve surtout des arrangements, ce sont des résonances, des résonances historiques. On mélange une musique de Bach et une pièce de Nina Simone, parce que le jazz a beaucoup été influencé par la musique de Bach. On essaie aussi de trouver des points de relation, des liens intéressants. On part de la musique qu’on aime, et on essaie ensuite d’aller plus loin dans la conception des programmes.

PAN M 360 : Justement, le programme que vous présenterez à votre concert dans le cadre du Festival de Lanaudière est tiré de votre premier album, n’est-ce pas?

Juan Sebastian Delgado : Principalement. Je dirais la moitié des œuvres. Il y a des pièces qui ont beaucoup changé au fil des années, mais on a gardé les mêmes titres, le même cœur. On aime l’idée de ce type de résonances. La résonance entre le marimba et le violoncelle, la résonance entre les traditions, la résonance historique entre les pièces…

Krystina Marcoux : Ça fait quand même cinq ans qu’on joue ce programme, donc il a beaucoup évolué depuis. Présentement, il y a deux grandes résonances dans le programme. Dans la première partie, on part justement de Nina Simone, l’amour de Bach, puis Piazzolla, Gershwin. La première moitié est autour de la résonance du jazz, si on veut. La deuxième partie, ce sont les influences folkloriques. On commence par une pièce qu’un compositeur canadien, Jason Noble, a écrite pour nous. Cette pièce est toujours un succès! Puis on fait toute une boucle, avec Bowie, Beethoven…

PAN M 360 : Et quelle est votre approche de ces pièces? Comment approchez-vous ce voyage musical?

Juan Sebastian Delgado : L’approche historique, la recherche, a aussi un impact ici. Par exemple, on joue du Piazzolla, parce qu’il a eu un impact très fort. Tout le monde joue Piazzolla, mais nous, si on joue Piazzolla, il faut aussi jouer Nina Simone, parce qu’il y a un lien. On essaie de ne pas tout jouer de la même façon. Ça prend une approche différente, au niveau technique, bien sûr, mais aussi au niveau des connaissances, des styles… Il faut vraiment être curieux.

PAN M 360 : Si nous nous tournons maintenant vers le concert que vous donnerez à Lanaudière… C’est sur une ferme! Avez-vous déjà donné des concerts dans ce genre de contexte un peu moins traditionnel?

Krystina Marcoux : Oui, beaucoup! C’est quelque chose qu’on aime beaucoup faire. C’est génial, travailler dans des endroits moins conventionnels, plus intimes… Un de nos premiers concerts était en France, dans une grange, mais une grange quand même adaptée. Elle était tellement belle, on aurait dit une salle de concert! Aussi, on a déjà eu une série de concerts dans des endroits vraiment atypiques de Montréal, par exemple une shop de vélos, un barbershop, dans un appartement… C’est quelque chose qui nous plaît beaucoup. Ça promet d’être très intéressant.

PAN M 360 : Et pourquoi est-ce important pour vous de sortir parfois du cadre plus traditionnel?

Juan Sebastian Delgado : C’est important pour plein de raisons, on pourrait en parler pendant des heures! Pour moi, ça revient un peu à poser la question « pourquoi c’est important de jouer de la musique contemporaine? ». Nous sommes nés dans ce siècle, et même si nous sommes des musiciens classiques à la base, il faut savoir s’adapter, changer, essayer de nouvelles idées. Il faut être plus flexible. Il faut amener la musique à des endroits différents, comme ça, tout le monde peut y avoir accès. La musique, ça ne devrait pas être uniquement pour l’élite qui paye beaucoup d’argent. Pour nous, ça fait partie de notre vie, tout simplement.

PAN M 360 : Pour terminer, que souhaitez-vous faire vivre au public lors de votre prochain concert?

Krystina Marcoux : Je dirais que le public se laisse surprendre. Pour le violoncelle, les gens sont toujours heureux d’en entendre. Pour le marimba, ça peut être parfois plus surprenant, bizarre… Il faut se laisser surprendre par la combinaison instrumentale. Le public qui connaît un peu plus le répertoire classique pourra, lui, se laisser surprendre par les arrangements, qui vont être interprétés un peu différemment. Par exemple. Puisque le marimba ne résonne pas comme un piano, on n’a pas le choix de l’arranger différemment. Aussi, se laisser prendre dans le voyage musical qu’on propose, qui est quand même très large. En une heure, il y aura plusieurs esthétiques. Aussi, on jase beaucoup durant le concert, on raconte des anecdotes sur les pièces. C’est vraiment un moment de partage que l’on veut proposer, dans un contexte intime.

L’ensemble Stick&Bow présentera le concert Résonance dans le cadre du Festival de Lanaudière. Le concert aura lieu le dimanche 30 juillet à la ferme Terre des bisons, à 11h30. Info et billets ICI!  

Meiway, le pionnier du zoblazo, un style de musique qui fait chanter et danser depuis plus de 30 ans, a pris le temps de discuter avec nous depuis chez lui à Paris pour parler de sa performance.

PAN M 360 : Merci beaucoup Meiway d’être là. Es-tu excité pour ta performance à Montréal?

Meiway : Écoutez, c’est toujours un plaisir de retrouver un public dont on n’a pas l’habitude. Et donc, pour quelqu’un comme moi, chaque fois que je reviens là-bas, c’est avec beaucoup de joie, beaucoup de bonheur.

PAN M 360 : Tu sais que ta dernière performance ici est considérée comme légendaire? 

Meiway : Ha ! Merci beaucoup. Je m’en souviens bien. C’était en 2016, je crois, plus qu’il y a six ans.

PAN M 360 : Comment maintiens-tu l’étincelle dans ta performance après trente ans?

Meiway : C’est la passion, c’est l’amour du métier, j’aime mon métier et donc quand on aime ce qu’on fait, quelles que soient les circonstances, on donne le meilleur de soi, on donne le meilleur de soi même et c’est ce qui me permet de tenir jusqu’à présent. C’est un métier que j’aime, c’est un métier que j’ai choisi, c’est un métier pour lequel je suis doué et c’est cette raison qu’autant d’années après, je l’exerce avec autant de passion.

PAN M 360 :  Fais-tu quelque chose pour garder la forme? 

Meiway : Je suis quelqu’un qui est très sportif. Je fais du jogging et pour garder le souffle surtout parce que dans ce que je fais j’ai besoin plus de souffle pour tenir pendant deux heures sur scène ou une heure et demie donc c’est beaucoup de jogging et puis beaucoup l’hygiène de vie c’est à dire je n’ai pas d’excès je mange quand j’ai faim je bois quand j’ai soif, mais je ne vais pas au-delà de ça, je n’excède pas. Je suis très mesuré.

PAN M 360 :  Alors, à quoi ressemble ton jour moyen?

Meiway : En général, quand j’ai rien à faire, je me repose beaucoup parce que quand je travaille, je ne regarde pas la montre. Je peux travailler 24 heures comme ça, direct. En studio, je peux m’enfermer pendant 24 heures, travailler sans arrêt. Je peux m’arrêter boire de l’eau, bien aller aux toilettes ou grignoter quelque chose, mais je suis là, je travaille tant que pas atteint l’objectif que je veux atteindre, je suis dans le studio enfermé. Donc quand j’ai le temps de me reposer, quand j’ai le temps de régénérer mon énergie, j’en profite comme actuellement, mais pour préparer aussi les spectacles on fait des répétitions. Donc là tout à l’heure j’ai une idée. Je prends mon smartphone, j’enregistre la mélodie et puis bon, j’essaie de composer et d’écrire dans les temps perdus. 

PAN M 360 :  En fait, tu touches à ma prochaine question. Tes mélodies sont toutes si accrocheuses, comment les trouves-tu? J’adore vraiment les chansons comme ‘Miss Lolo’ et ‘Nanan’.

Meiway : C’est déjà naturel parce que quand on est doué pour un métier, je pense que tout vient naturellement. Maintenant derrière ça, il faut travailler le naturel parce que bon, dans la musique, il y a des côtes quand même qu’il faut respecter. Et moi quand j’écris Miss Lolo, et que j’ai conscience que la langue que je parle est une langue qui n’est pas comprise par tout le monde, je parle en Nzima, l’Appolo, chez nous en Côte d’Ivoire, et je sais que cette langue n’est pas comprise par le monde entier. Et quand tu as conscience de ça, tu te dis, OK, est-ce que je privilégie ce que je dis dans le morceau ou je privilégie la musique ? 

Alors, moi, tout de suite, j’ai dit, OK, comme je suis une minorité dans le monde entier, on ne comprend pas ma langue, je travaille la musique. Et c’est comme ça que je travaille les mélodies. Vous savez, vous pouvez enlever mes chansons, vous pouvez enlever ma voix de ‘Miss Lolo’, mais si vous écoutez que la musique, ça va vous toucher. Parce que c’est une musique, c’est une mélodie qui touche le coeur, c’est une mélodie sensible, c’est une mélodie mélancolique, et c’est pour ça que je travaille beaucoup, je travaille beaucoup mes mélodies pour toucher la majorité, et puis je mets les paroles dessus en plus. 

PAN M 360 : Comment décris-tu exactement zoblazo.

Meiway : Alors le Zoblazo, c’est la musique que j’ai créée et la danse aussi, avec les Mouchoirs. Comme ça. On danse avec les mouchoirs. Donc, les deux sont inspirés de la tradition Akan. La tradition Akan part de la Côte d’Ivoire jusqu’au Ghana, jusqu’au Togo, jusqu’au Bénin, même jusqu’au Nigeria, même un peu au Cameroun. Le grand groupe Akan, c’est une tribu, dansent comme ça. Et puis les musiques, j’ai utilisé les percussions des musiques de la tradition Akan pour faire une seule musique.

Donc voilà, je me suis inspiré de plusieurs folklore pour faire ce que j’appelle le zoblazo musicalement, et puis la danse des mouchoirs quoi, et j’ai métissé ça avec la musique moderne, avec la basse guitare, les violons, les ronds, les cuivres, j’ai voulu que ma musique soit métisse, parce que le monde est métisse, et c’est pour ça que partout où je passe. Chacun semble touché par ce que je fais, parce que cette musique est à la base une musique très colorée, très métissée.

PAN M 360 : Et j’espère que votre performance sera à 400% Zoblazo.

Meiway : Haha, là maintenant c’est 1000%, on a dépassé 400%. C’était en 1995 !

PAN M 360 : OK 1000% ! Merci encore Meiway. 

Meiway : Merci ! On se voit au spectacle.

L’inventrice de l’afro-électropop, Kandy Guira, est sur scène à Montréal pour le dernier jour des Nuits d’Afrique! Mais ce n’est pas son seul spectacle au Canada : elle passera par Gatineau, Sherbrooke et Guelph avant de se rendre à l’étranger pour des spectacles en Irlande, en France et au Mexique. Elle profite de cette tournée pour présenter son dernier album, Nagtaba (2021), avec lequel elle souhaite briser les barrières entre les cultures et les langues, et rendre la musique accessible aux personnes malentendantes.

PAN M 360 : Bonjour Kandy! La tournée que vous avez effectuée ces derniers mois vous a menée en Allemagne, en Italie, aux États-Unis et maintenant au Canada. Comment s’est déroulée la tournée jusqu’à présent?

Kandy Guira : La tournée se déroule très bien! C’est vraiment magnifique de voir des foules complètement différentes d’un pays à l’autre.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui fait la particularité d’une tournée dans plusieurs pays?

Kandy Guira : Cela me permet de rencontrer dans chaque pays le public qui me suit habituellement en ligne. Sur Internet, tout le monde est là, tout le monde est connecté, mais c’est mieux et plus excitant de les rencontrer dans leur propre pays, de découvrir ces pays et de voir la connexion symbiotique. C’est un plaisir de rencontrer des gens qui ont déjà écouté notre musique, car cela donne un visage à mes auditeurs et me donne de l’énergie.

Ma musique et mes tournées sont aussi les moyens par lesquels je peux transmettre mes messages au-delà des barrières linguistiques. C’est pour cela que c’est spécial pour moi : cela permet au public de se sentir écouté et cela m’aide à briser les barrières de la langue et de la couleur.

PAN M 360 : Pourquoi est-il important pour vous de faire tomber les barrières de couleur?

Kandy Guira : Nous vivons dans un monde tellement divisé que pour moi, l’avenir se trouve dans l’unité. Cette union, c’est le thème de mon album Nagtaba : ce n’est qu’ensemble que nous créerons un monde magnifique et harmonieux. Nous construisons des barrières, nous créons des groupes internes et externes, et nous disons qu’il n’y a pas d’unité. Ce n’est pas vrai pour moi, parce qu’il y a une vibration qui est unique pour chacun, mais nous existons, rions et pleurons tous de la même manière. Nous devons déconstruire ces barrières et nous voir tels que nous sommes.

PAN M 360 : La musique de votre album, Nagtaba, contribue-t-elle à briser ces barrières?

Kandy Guira : Chaque chanson de l’album parle d’un problème précis et apporte une solution possible. Je chante en langue mooré, qui est partout, même en langue des signes – je traduis mes chansons en langue des signes pour les rendre accessibles à tout le monde car j’ai un frère qui est sourd. Il ne comprend pas ce que je dis, donc ce que je fais dans mes projets, c’est que j’essaie d’avoir un chanteur en langue des signes à tous mes spectacles.

Je fais tout cela pour faire tomber les barrières linguistiques, et si quelqu’un dit : « Je ne comprends pas le mooré, je ne comprends pas le français », je ne pense pas que ce soit un vrai problème parce que je suis écoutée aux États-Unis et en Chine. Si ma musique peut entrer dans ces pays, c’est qu’il est possible de se rassembler.

PAN M 360 : Pourriez-vous me parler du genre de choses qui ont inspiré Nagtaba ? Vous êtes-vous inspiré de votre héritage culturel?

Kandy Guira : Je suis Burkinabé (du Burkina Faso) et c’est la racine de mon inspiration. C’est-à-dire que la musique traditionnelle burkinabé m’inspire. Je suis du côté mossi, donc sur Nagtaba on entend du bendré, un tambourin traditionnel qui servait à chanter pour le roi quand il devait parler aux gens sans que personne ne l’entende.

J’ai exploré cet instrument tout en le mélangeant avec mon côté français – je vis en France maintenant et j’ai été inspiré par d’autres styles musicaux que je ne connaissais pas auparavant. J’ai voulu les réunir pour Nagtaba, qui signifie « ensemble », pour réunir les deux pays différents qui m’ont inspiré. Cela crée effectivement un pont entre les deux pays.

PAN M 360 : Est-ce que c’est important pour vous de jouer dans un endroit comme Montréal où il y a un mélange similaire de français et d’anglais?

Kandy Guira : C’est important pour moi parce que cela ouvre la porte. Ce pont que je construis entre le Burkina Faso et la France, je l’élargis aussi à d’autres pays comme le Canada en l’occurrence pour que les Canadiens et moi puissions avoir un point d’accès à nos cultures respectives.

PAN M 360 : Il y a un échange dans les deux sens : vous donnez votre musique et ils vous rendent la culture.

Kandy Guira : Exactement! En découvrant les autres, on apprend à les accepter. Si nous ne voulons pas construire de ponts, c’est souvent parce que nous ne comprenons pas les gens. Si nous nous donnons la permission, le courage et l’envie de découvrir les autres, nous verrons qu’ils nous ressemblent beaucoup. Nous ne pourrons plus dire que nous ne les connaissons pas.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres projets sur lesquels vous travaillez actuellement et qui vont dans le sens de ces objectifs d’unité?

Kandy Guira : J’essaie de rendre ma musique plus accessible aux malentendants. C’est ma passion parce que je veux que ce soit une habitude de penser à eux, pas quelque chose d’extraordinaire. Je veux qu’il soit logique et normal de les inclure dans le grand public. C’est pourquoi je traduis toujours mes œuvres en langue des signes, et mon projet actuel est de faire venir un chanteur en langue des signes à tous mes concerts et à toutes mes tournées. Je suis également en train d’apprendre la langue des signes, mais je ne la connais pas assez bien pour la pratiquer moi-même.

PAN M 360 : Même aux Nuits d’Afrique?

Kandy Guira : A Nuits d’Afrique, malheureusement non. Je serais ravie d’en avoir mais ils n’ont pas pu m’en fournir. Cela dit, je suis toujours en contact avec des amis sourds et peut-être qu’ils me proposeront quelqu’un qui pourra participer et prendre cette place.

PAN M 360 : Y a-t-il d’autres causes que vous abordez dans votre musique?

Kandy Guira : Je parle beaucoup de l’éducation des jeunes filles, des droits de la femme et de la préservation de l’environnement ; ce sont aussi des causes que j’aborde dans mon dernier album. L’album est rempli d’idées qui nous aideront à nous unir, car c’est ce qui m’inspire.

PAN M 360 : Merci beaucoup, Kandy! J’espère que tu pourras unir le monde, une foule à la fois.

Kandy Guira se produira dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique sur la scène Loto-Québec le 23 juillet à 19h. Ce concert est gratuit. Pour plus d’information, cliquez ici.

Depuis sa fondation en 2001 à Montréal, l’Ensemble Constantinople a pour vision « d’encourager le métissage et les échanges entre les différents horizons musicaux et culturels du monde ». Explorateurs aguerris, ils provoquent des rencontres et créent des dialogues « de l’Europe méditerranéenne à l’Orient en passant par les espaces libres du Nouveau Monde baroque. » Cette vision sera présentée pour une première fois au Festival de Lanaudière ce dimanche 23 juillet sur la scène extérieure où les musiciens, accompagnés par le ténor Marco Beasley, spécialistes de la musique vocale des XVe et XVIe siècles invitent le public à traverser un pont imaginaire, à la rencontre de l’Est et de l’Ouest. Nous avons discuté avec Kiya Tabassian, fondateur et directeur musical de Constantinople de ce programme et de ce qu’il représente.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu du programme que vous allez présenter au festival.

Kiya Tabassian : Le programme que nous allons présenter s’appelle Il Ponte di Leonardo (Le Pont de Leonardo). C’est un programme qui redessine musicalement un pont que Leonardo Da Vinci avait imaginé, mais qui n’a jamais été réalisé, pour relier les deux rives du Bosphore, à l’intention du Sultan de l’Empire ottoman. Je crois que c’est un programme qui se tient debout fort comme un pont que l’on doit traverser pour aller à la rencontre de l’autre. C’est un programme qui a un sens peut être encore plus à propos aujourd’hui dans le sens où, dans l’époque dans laquelle nous vivons ce genre de pont de connexions sont de plus en plus importantes et primordiales. 

PAN M 360 : Vous le mentionnez, c’est un programme qui fait des ponts entre l’Orient et l’Occident, et dans lequel vous allez présenter des œuvres du XVIᵉ et XVIIᵉ siècle, qui sont tirées de manuscrits des bibliothèques nationales d’Istanbul et de Florence notamment. Comment travaillez-vous avec de tels documents pour vous approprier le matériel musical? Ils doivent être codifiés d’une certaine façon?

Kiya Tabassian : C’est un peu la spécialité de l’Ensemble Constantinople, qui travaille depuis plus de 20 ans maintenant avec de telles sources, de réaligner tous ces courants musicaux et toutes ces traditions musicales pour qu’ils se rencontrent bien. Comme vous le dites, il s’agit de manuscrits anciens, donc ils sont codifiés, écrits dans des notations plus anciennes qui ne correspondent pas à la notation moderne d’aujourd’hui. Donc, il y a du travail de déchiffrage à faire, il y a beaucoup de travail de recherche, comme première étape, qui est très intéressante d’ailleurs, parce que c’est vraiment aller chercher dans les archives, les écrits, les manuscrits, les travaux de musicologues et de faire l’étude de cet ensemble historique. L’étape suivante, c’est : « comment faire de la musique avec ces sources? » parce que souvent, ces mélodies et ces notations sont assez simples. Ce n’était pas une notation conçue pour être mise devant un musicien pour qu’il joue nécessairement, mais plutôt un moyen pour les préserver et les sauvegarder. 

C’est là que ça devient intéressant encore plus, c’est qu’on peut utiliser ces musiques comme matière de base pour construire quelque chose qui est relié à nos émotions et à notre créativité en tant que musicien. Toute la musique prend ainsi son élan musical, dans le sens où, nous vivons vraiment cette musique. Ce n’est pas une musique historique; nous ne prétendons pas que nous sommes en train de jouer comme des musiciens des XVᵉ et XVIᵉ siècle, nous jouons une musique qui est vivante. Il y a même une part d’improvisation dans la façon que j’arrange les pièces. Je fais en sorte que cette musique redevienne une entité complète. Et cette collaboration avec ce magnifique chanteur qu’est Marco Beasley, est justement en phase avec cette approche très vivante de la musique. C’est un chanteur grandement spécialisé et reconnu dans ces répertoires, mais aussi c’est un chanteur qui chante ces musiques comme si elles venaient de naître. 

PAN M 360 : Cela cadre beaucoup, avec votre intention d’agir comme un passeur de mémoire de ces musiques n’est-ce pas?

Kiya Tabassian : Absolument. Ce qui m’intéresse dans ces musiques, c’est des qualités qui n’existent plus ou qui existent beaucoup moins dans les musiques d’aujourd’hui. Ce sont des qualités au niveau de la profondeur dans les détails, de soucis d’ornementation; des qualités qui sont devenues plus rares dans des musiques plus récentes. Il s’agit de qualités que je mets en avant dans ces musiques et que je veux transmettre au public d’aujourd’hui, parce que ces qualités permettent aux musiciens, mais aussi à l’auditoire, de réfléchir autrement, d’écouter autrement et d’être dans une approche musicale du moment présent.

PAN M 360 : Effectivement l’image du pont de Leonardo da Vinci est très parlante et elle correspond bien à la mission de votre ensemble qui est de bâtir des liens et réunir des univers musicaux qu’on pourrait qualifier d’opposés, mais qui finalement finissent par se rejoindre. Pourquoi est-ce important pour vous d’exprimer ces ressemblances-là et de réunir ces mondes musicaux?

Kiya Tabassian : Je crois que c’est parce que j’ai toujours cru que le dialogue et la connaissance d’autrui font grandir l’humain. Que ce soit dans des civilisations, que dans des cultures, que ce soit dans des connaissances, dans n’importe quelle sphère de la vie, dialogue et connaissance de l’autre amènent plus loin et vers des sentiers très intéressants. C’est la même chose pour moi au niveau musical. J’ai toujours cru que lorsqu’une une esthétique musicale, une tradition musicale qui est bien établie, quand je la fais rencontrer à une autre, j’aime que musicalement, ça rentre vraiment dans un dialogue profond. C’est un peu comme rencontrer quelqu’un. On peut commencer par dire « Bonjour comment allez-vous? » et parler des choses banales de la vie, mais quand on rentre dans des sujets plus profonds la conversation va plus loin. Musicalement il y a quelque chose de nouveau qui naît et qui est même plus grand que chacune de ces traditions. Il ne s’agit pas de les juxtaposer et d’en faire des collages.

Quand j’ai découvert qu’une grande personnalité comme Da Vinci et d’autres il y a 500 ans, rêvaient de construire un pont, qui relie les continents pour fluidifier cet aller-retour d’une rive à l’autre, pour que les gens se rencontrent, pour qu’il y ait des échanges d’idées, immédiatement je me suis dit: « C’est vraiment intéressant, je veux en parler » essayons de reconstruire ce pont avec ces musiques qui se sont sûrement rencontrées aussi à l’époque. Vous savez, la ville de Constantinople était la ville où il y avait, pendant des siècles, le plus grand nombre d’ambassadeurs concentrés dans une seule cité. C’était une ville où il y avait des gens de partout dans le monde et dans laquelle les ambassadeurs amenaient aussi avec eux des musiciens des artistes dans leurs ambassades pour faire des rencontres, pour les amener à la cour ottomane, pour les présenter au Sultan dans des cérémonies, etc.

Les musiciens ont toujours été des créateurs, des gens curieux, des gens qui aimaient voyager, parler à d’autres musiciens. Nous, à notre manière aujourd’hui, en 2023, on reconstruit ce pont qui prend son sens dans notre société contemporaine, pour faire vivre un moment de bien-être et de paix avec cette musique.

PAN M 360 : J’ouvre peut-être une boîte de Pandore en disant ça, mais ce discours musical que vous apportez, trouvez-vous que l’étiquette de musique du monde valide aujourd’hui ou est-on encore dans cette espèce de position ambiguë d’étiquette de « marketing »?

Kiya Tabassian : C’est sûr que moi, je reste avec cette idée que ce sont des étiquettes de marketing. Par contre, j’essaie de toujours voir le côté positif. C’est sûr que « musique du monde », ça ne veut absolument rien dire et ça veut dire beaucoup de choses en même temps. Si on regarde du côté positif d’abord, moi, j’ai toujours mis un « S » à « musiques du monde » parce qu’il n’y a pas une musique du monde, mais des musiques du monde. Encore une fois, c’est assez intéressant d’être à l’écoute et d’être curieux pour écouter la musique qui vient du monde entier. Donc, les musiques du monde, moi, je trouve ça beau. Je trouve que c’est un joli terme. Après, est-ce que ça correspond exactement à ce qu’on fait? Non. Des fois, il y a des projets qui sont très précis et pour lesquels l’étiquette musique du monde est bien trop vaste. Finalement, moi ce qui m’intéresse, c’est le contact avec le public et l’impact que notre musique a sur les personnes qui viennent l’écouter. Je ne porte pas beaucoup d’attention à cette étiquette-là. Ce qui m’intéresse, c’est que ma musique soit entendue par un plus grand public et que ces gens passent un moment à entendre une musique qui les touche et qui les amène ailleurs dans leur imaginaire, dans leur cœur et dans leur esprit.

PAN M 360 : Après Lanaudière, quels sont les prochains concerts qui sont prévus pour vous?

Kiya Tabassian : Ce projet d’Il Ponte di Leonardo est en tournée canadienne. Nous avons quatre dates pour cet été avec ce projet. Il y a Lanaudière, le 25 juillet nous le présenterons à Montréal, après ça, à Ottawa le 27 juillet et le 28 à Vancouver. Par la suite, l’ensemble part pour des concerts en Europe et à partir de septembre, les tournées recommencent un peu partout dans le monde. Aussi, en octobre, pour le début de notre saison 2023-2024 nous allons présenter un concert où j’ai décidé de faire rencontrer Johann Sebastian Bach et le grand poète persan du XIIᵉ siècle Omar Khayyam, qui sont deux grands penseurs de l’humanité avec des visions très différentes du monde. Ce projet met en dialogue, ces deux personnages et les musiques Bach que je revisite, toujours dans cet esprit de rencontre et de dialogue.

Le concert Leonard de Vinci : Entre Orient et Occident sera présenté à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay le dimanche 23 juillet à 14h dans le cadre du Festival de Lanaudière. Pour infos et billets, c’est ici.

Pour consulter la programmation de l’Ensemble Constantinople, rendez-vous sur constantinople.ca 

Les 22 et 23 juillet prochains, les Productions Nuits d’Afrique encadrent le lancement d’une initiative de laboratoire vivant intitulé La Percée, qui se veut un laboratoire collectif pour le rayonnement en ligne de la musique dans toute sa diversité. À travers différents projets menés par La Percée, « des artistes, universitaires et membres de l’industrie musicale s’engagent et contribuent au rayonnement d’une plus grande diversité musicale dans l’environnement numérique. »

Dans le contexte du FINA qui bat son plein, La Percée « analyse et met en lumière les défis de découverte en ligne des créations et productions labellisées Musiques du monde » , une expression fourre-tout et limite colonialiste, qui définit un très vaste ensemble hétérogène de musiques venues de partout sur cette planète… sauf les populations des pays les plus riches.

Pour souligner le lancement de cette initiative, le public est invité à une exposition participative afin de découvrir les réflexions et projets portés par La Percée.

Communauté de La Percée, un « laboratoire vivant ».

PAN M 360 : Faisons d’abord avec vous la genèse de La Percée, ce qui en a motivé l’existence :

Johan Lauret : On a décidé de s’attaquer à un problème qu’on a constaté depuis longtemps, qui est pas propre aux seules musiques du monde, mais qui est encore plus visible sur les productions et créations labellisées musiques du monde. D’ailleurs, c’est aussi une expression qu’on interroge. Avec La Percée, l’idée était déjà d’en analyser les défis de découvrabilité. C’est d’ailleurs pour ça qu’on vous avait rencontré dans la foulée de votre livre La Misère des Niches, soit dans le cadre d’une étude que Destiny a réalisée.

PAN M 360 : Et quelle fut l’étape suivante?

Johan Lauret : On a décidé d’aller un peu plus loin parce qu’on a réalisé que les enjeux que Destiny a fait émerger étaient vraiment importants. Plutôt que de laisser l’étude là telle qu’elle est, on a décidé de la présenter aux artistes, la vulgariser, et voir ensemble comment on pouvait trouver des pistes de solution. Quand je dis ensemble, c’est vraiment les artistes, les professionnels de l’industrie, les institutions qui portent des projets de découvrabilité et les chercheurs. Ces projets là, on va les incuber dans le laboratoire
.
PAN M 360 : Résumez-nous les grands paramètres de recherche de ce laboratoire :

Johan Lauret : Il s’agit d’abord d’un laboratoire collectif pour favoriser le rayonnement d’une plus grande diversité musicale en ligne. On a fait le constat que dans l’univers numérique, que ça soit sur les plateformes de streaming, mais aussi sur le web, il y a une offre musicale en ligne qui foisonne. Il y a énormément, énormément de contenu, mais les algorithmes de recommandation, notamment des plateformes de streaming, se concentrent vraiment sur la promotion d’une très petite quantité d’artistes. On s’est dit qu’évidemment, quand on parle de musique, finalement, c’est plus l’invisibilité qui prévaut.

PAN M 360 : Et comment faire pour changer le cours des choses sur le web?

Johan Lauret : On s’est d’abord posé deux grandes questions : primo, quelles sont les chances réelles de découvrir des musiques diversifiées en ligne ? Secundo, ladite catégorie “musiques du monde » est-elle encore pertinente pour garantir la repérabilité et la visibilité d’une pluralité de genres musicaux sur les plateformes d’écoute et sur le web ? Pour y répondre, on a commencé à faire émerger des pistes de solution. La première est un programme de recherche/ action qui va être porté par Destiny et un conseil scientifique qui nous permettra d’essayer de comprendre pourquoi ces contenus sont moins poussés par les algorithmes de recommandation, et ainsi voir comment on peut améliorer cette découvrabilité en ligne.

Destiny Tchéhouali : Je dois rappeler que ce qu’on a apporté vraiment comme plus-value dans nos constats par rapport aux constats qui sont faits jusqu’ici, vie, c’est que la problématique de la découvrabilité de ces musiques du monde, des musiques nichées, vient vraiment amplifier un problème dont on était déjà au courant, mais dont on ne prenait pas totalement la mesure, notamment par rapport au rôle que jouent les algorithmes en termes d’anticipation, de fabrique des tendances, des habitudes musicales et de la manière de normer même des styles, des genres, des univers musicaux qui sont totalement éclatés aujourd’hui à l’ère des plateformes de streaming.

Et surtout qu’on est dans une tendance au populisme musical où on essaie vraiment d’offrir au public ce qu’il connaît, ce qu’il a, ce qui est suffisamment connu pour qu’il ne le refuse pas. Et donc, la demande globale d’une musique mainstream qui est relayée par les radios, qui est supposée plaire à tout le monde, qui est facile d’accès à tout ça, c’est une tendance qui, non seulement se confirme, mais qui est accentuée actuellement. Et qui ne se justifie pas.

PAN M 360 : Depuis plusieurs années, les mélomanes le constatent et le subissent.

Destiny Tchéhouali : On subit une forme de dictature de ce qui est recommandé par les plateformes. C’est vraiment une conclusion majeure. Cet état des choses se maintiendra tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas pris des mesures adéquates pour aller dans le sens d’une définition commune de ce qu’on entend par les musiques de niche. Le milieu de la musique devra donc s’unir autour d’un lexique commun, calibré et consensuel afin de contrer cette dictature des plateformes.

PAN M 360 : Est-il vraiment possible d’inverser cette tendance ?

Destiny Tchéhouali : Je ne dirais pas inverser la tendance, mais au moins développer une nouvelle culture de diversité musicale par la recommandation de la diversité musicale en ligne. Pour cela, il faut d’abord faire ce travail de qualification, de reconnaissance et de caractérisation. Il faut le faire en s’appuyant à la fois sur des critères musicologiques ou même sur des paramètres acoustiques, peut être aussi en en utilisant des systèmes d’intelligence artificielle pour ainsi mieux prendre en compte compte la diversité de ces genres et sous-genres musicaux, notamment ceux qu’on regroupe un peu de manière fourre-tout dans cette catégorie « musiques du monde ».

On veut, au delà des catégories institutionnalisés, laisser la possibilité aux mélomanes, aux usagers, aux utilisateurs, aux artistes, de pouvoir finalement répertorier, recenser l’ensemble des mots clés, des tags, pour en arriver peut être à un genre de nouvelle taxonomie basée sur l’indexation musicale des musiques du monde. Il s’agit d’adopter un lexique qui reflète mieux la diversité de ses genres et sous genres.

PAN M 360 : Et qu’en pense le milieu?

Destiny Tchéhouali : L’intuition qu’on a confirmée a soulevé l’intérêt d’autres acteurs comme Rideau, MétaMusique ou l’ADISQ. On se dit qu’il y a quelque chose à faire en se mettant tous ensemble autour de la table, quitte à développer un nouveau modèle qui puisse être peut être finalement réglé et approprié, ou même utilisé aussi par les plateformes de streaming musical.

Johan Lauret : L’idée de la première étape est de contaminer tout l’écosystème des projets en culture et numérique au Québec et au Canada et de voir si déjà sur des plateformes comme Scène Pro et Rideau, qui mettent en lien les diffuseurs et les producteurs, on peut faire en sorte de mieux définir tous ces genres musicaux qui composent la catégorie « musiques du monde ». C’est ça aussi l’idée du laboratoire, c’est de voir comment le travail de recherche peut nourrir des projets concrets ici au Canada. Avec La Percée, l’idée est d’organiser des événements réguliers pour partager nos apprentissages et rester à l’écoute. Avec les grands acteurs de l’industrie, il s’agit de voir comment ils fonctionnent et trouver un terrain d’entente pour satisfaire tout le monde. C’est un peu ça notre ambition.

PAN M 360 : Pour l’instant, en tout cas, rien n’indique que la situation pourra très bientôt s’améliorer.


Destiny Tchéhouali : On a lu cet article d’Étienne Paré, paru récemment dans Le Devoir, soulignant que la musique franco était la grande absente des palmarès d’écoute. Parmi les 100 morceaux les plus populaires actuellement au Québec sur les plateformes d’écoute, il n’y en a aucun qui soit québécois francophone. C’est vraiment inquiétant, mais il ne faut pas jeter la pierre aux auditeurs. Il s’agit plutôt de comprendre la dynamique de l’offre telle qu’elle est structurée par les plateformes et les algorithmes de recommandation. On retombe invariablement sur la question de la similarité des goûts; les algorithmes nous catégorisent et cela va totalement à l’encontre du développement de la curiosité et de l’éclectisme des goûts musicaux. Il s’agit maintenant de trouver comment on arrive à trouver un juste milieu dans cette offre et redonner un peu de pouvoir et d’autonomie à l’auditeur. Quand je dis « pouvoir », c’est plus la liberté de pouvoir choisir, de se perdre des fois dans des répertoires pour aller découvrir de nouveaux univers musicaux. Ça, c’est la vraie découvrabilité.

PAN M 360 : Pour terminer, de quelle nature quel est votre partenariat avec les Productions Nuits d’Afrique?

Johan Lauret : Nuits d’Afrique compte près de 40 années d’archives – contenus audios, contenus vidéos, contenus photos. Finalement, c’est vraiment une partie de l’histoire de la musique qu’on veut valoriser. L’idée, c’est vraiment d’en faire à la fois une plateforme de contenu au cœur de laquelle on placerait vraiment les artistes, , notamment ceux de la scène locale. On va aussi s’appuyer vraiment sur leurs témoignages pour raconter cette histoire. Mais derrière ça, on veut aussi vraiment travailler sur une base de données structurée et liée afin que ce contenu là puisse être découvrable.

L’idée est d’aussi créer du contenu rédactionnel riche et pérenne qui vient documenter, finalement, tous les artistes locaux et internationaux qui sont passés par le Festival International Nuits d’Afrique. Avec ce projet de plateforme, il y a à la fois l’idée de raconter une histoire qui, finalement, n’est pas tant racontée, et de reconnaître l’apport de tous ces artistes dans le patrimoine culturel québécois canadien, mais aussi de travailler à rendre plus découvrables tous ces contenus que tous ces artistes dans un environnement numérique.

L’exposition aura lieu au Réfectoire de L’Esplanade Tranquille du Quartier des spectacles , les 22 et 23 juillet de 13h à 20h.

Le compositeur George Crumb (1929-2022) était un iconoclaste, une sorte d’OVNI dans le monde de la musique. Quelque part entre Henry Cowell et Ligeti, il était de cette race de compositeurs qui savaient être à la fois avant-gardistes et attrayants en raison de leur approche profondément expressive de la musique de création. Là ou d’autre ne font que du bizarre pour quelques heureux élus qui pensent déjà de la même manière qu’eux, Crumb utilisaient les innovations sonores et interprétatives (avec, entre autre, ses partitions graphiques en forme de spirale ou de symbole Peace) afin de créer des univers sonores dans lesquels les mélomanes peuvent se plonger et ressentir un flot d’émotions et de sensations. Autrement dit, il était un compositeur du cœur avant d’en être un du cerveau. 

Ce jeudi 20 juillet au Festival de Lanaudière, on rendra hommage à ce créateur exceptionnel qui demeure encore trop peu joué sur nos scènes. Pour l’occasion, un ensemble ad hoc formé de Maude Paradis, mezzo-soprano, Olivier Hébert-Bouchard, piano, Diane Bayard, violon, Stéphane Tétreault, violoncelle, Alex Huyghebaert, flûte, Mélissa Tremblay, hautbois et Charlotte Layec, clarinette donnera un concert musicalement chorégraphié afin de créer une trame narrative et dramatique liée à la musique de Crumb, mais aussi de celles de compositeurs dont il s’inspirait, ou même citait.

PAN M 360 a parlé avec le violoncelliste Stéphane Tétreault de ce concert.

PAN M 360 : Bonjour Stéphane. Qu’est-ce qui rend la musique de George Crumb si spéciale et intéressante?

Stéphane Tétreault : Son originalité mais aussi sa surprenante beauté. On ne s’attend pas à ça en regardant ses partitions, tellement précises, élaborées, presque scientifiques. Mais tout est conçu pour rendre la musique attrayante et remarquablement expressive. Oh, pas dans le sens de mélodies faciles aux harmonies moelleuses, mais plutôt une beauté transcendante, énigmatique et parfois onirique. On est dans le mystère. Et surtout pas dans une démarche cérébrale, froide et mécanique. Ce n’est pas du dodécaphonisme et du sérialisme formaliste et détaché. On est dans la communication directe avec l’auditeur.

PAN M 360 : On parle souvent des partitions graphiques de Crumb. Je me mets à la place du profane, peu habitué à la musique contemporaine : à quoi ça sert? Est-ce que ça influence réellement le résultat final? Est-ce qu’on entend la différence?

Stéphane Tétreault : C’est une bonne question, évidemment. Je pense que oui. Prenons par exemple une partition comme Makrokosmos, en forme de cercle avec des barres centrales (un symbole Peace). Cela véhicule une idée de l’infini, de la continuation et de la fluidité des lignes que l’on finit par vouloir recréer en concert. Au final, peut-être qu’on y parvient mieux qu’avec simplement des termes comme Fluide écrit au-dessus des partitions. En tant qu’interprètes, on est inspirés par ça, d’une manière ou d’une autre. Et, en fin de compte, ça sert la musique.

PAN M 360 : Qu’allez-vous jouer?

Stéphane Tétreault : Ce sera un panorama de sa production, conçu dans une séquence logique et thématique par Olivier Hébert-Bouchard. Il y aura des extraits de Vox Balaenae, la Sonate pour violoncelle seul, Makrokosmos, Night of the Four Moons et plein d’autres choses, mais intercalées avec des extraits de pièces de Chopin, de Strauss, de Bach. Crumb était fortement teinté par ces compositeurs du passé. Le « scénario » du concert, sans entracte, est appuyé sur le thème de la mort, un sujet qui prenait beaucoup de place dans l’esprit de Crumb. Mais attention, pas la mort morbide, non. Plutôt la mort comme transcendance, comme espoir d’autre chose, peut-être, sans égard aux croyances de chacun. La mort comme vecteur de positif, de beauté. La beauté, encore une fois.

PAN M 360 : À quoi les mélomanes empreints de curiosité devront s’attendre en allant au concert?

Stéphane Tétreault : Je pense que les gens seront envoûtés par cet univers. Crumb est un créateur de mondes uniques et prenants comme le sont Ligeti ou Claude Vivier.

PAN M 360 : Il est décédé l’an passé. Quel héritage laisse-t-il à la musique d’après toi?

Stéphane Tétreault : Deux choses. D’abord une innovation radicale de la pratique musicale, puis un côté humain et chaleureux en musique contemporaine. Oui, c’est une musique exigeante, qui réclame concentration et investissement d’attention des mélomanes, mais il leur offre en retour des expériences profondément bouleversantes.

Le concert Memento mori, dédié aux oeuvres de George Crumb, sera présenté le 20 juillet à 19h30 au Musée d’art de Joliette, dans le cadre du Festival de Lanaudière. INFOS ET BILLETS ICI!

Musicienne accomplie native de la Gambie, Sona Jobarteh a baigné dans un univers musical dès son plus jeune âge. La musique est pour elle un talent naturel, presque une fonction vitale. Ce qui fait d’elle une artiste encore plus exceptionnelle est l’instrument qu’elle a adopté et par lequel elle s’est fait connaître internationalement : la kora.

Sona Jobarteh est une des rares femmes au monde qui maîtrise parfaitement cet instrument traditionnellement réservé aux hommes. Hormis sa carrière musicale, elle est à l’origine de la Gambia Academy, école destinée à offrir un curriculum complet aux enfants gambiens, en plus de leur enseigner la musique et la danse traditionnelles.

L’été dernier PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec cette musicienne d’exception à la veille de son premier concert au Québec dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique et… Nous remettons cette interview de l’avant car l’intérêt du public est assez considérable pour qu’elle revienne donner un concert en salle, plus précisément au National, le vendredi 8 mars, de surcroit la Journée internationale des Femmes.

PAN M 360 : Bonjour Sona, merci beaucoup pour votre temps. En grandissant, vous avez été entourée de musique. Quand avez-vous décidé d’entreprendre une carrière de musicienne professionnelle?

Sona Jobarteh : C’est difficile à dire parce que je ne pense pas m’être réveillée un jour et avoir soudainement décidé cela. Je ne sais donc pas vraiment ce qui s’est passé. Ma vie a toujours été consacrée à la musique et au partage de la musique.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir la kora comme instrument principal?

Sona Jobarteh : La kora est une tradition héréditaire. C’est donc quelque chose dans laquelle on naît. Ce n’est pas tant le choix de l’instrument que l’histoire de la famille.

PAN M 360 : Qu’en est-il des autres instruments dont vous jouez?

Sona Jobarteh : L’histoire est différente pour chacun d’entre eux. J’ai découvert certains des autres instruments dont je joue parfois par l’intermédiaire de mes proches. Par exemple, mon frère aîné joue du violoncelle, alors j’ai commencé à en jouer à mon tour. La guitare est un instrument que j’ai découvert vers l’âge de 12 ans. J’étais dans un endroit où il y avait une guitare et je l’ai essayée. Ensuite, dès que je voyais une guitare, je devais en jouer. Il y a eu des affinités très organiques avec les instruments dont je joue.

PAN M 360 : Vous êtes également très actif dans le domaine de l’éducation. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mission à la Gambia Academy?

Sona Jobarteh : La Gambia Academy n’est pas une école de musique précisément et uniquement, c’est une académie avec un programme complet. C’est ce que je m’efforce de développer. La musique en fait également partie, comme tout autre établissement d’enseignement général. C’est un endroit qui met l’accent sur la culture, l’histoire, les traditions et plusieurs autres choses de ce genre. Les gens font partie de l’éducation. La musique en fait aussi partie, évidemment.

PAN M 360 : Parlons plus précisément de votre musique. Quel message essayez-vous de faire passer à travers vos œuvres musicales?

Sona Jobarteh : Je ne suis pas sûre qu’il soit vrai de dire, dans mon cas, qu’il y a un message spécifique que je veux transmettre. Je n’ai pas l’intention d’avoir une mission ou de faire savoir qui je suis. Ironiquement, j’en parle dans l’une de mes chansons. Je parle d’analyser et de disséquer les choses au point de les rendre mensongères. Je n’assemble pas les choses selon une sorte de plan.

PAN M 360 : Ceci étant dit, comment voyez-vous la musique en général?

Sona Jobarteh : La musique fait partie intégrante non seulement de l’existence humaine, mais aussi de l’existence individuelle. Lorsque nous sommes musiciens, nous jouons de la musique, bien sûr, mais elle devient aussi notre forme personnelle de communication. Tout comme lorsque je vous parle, je ne prévois pas les mots que je vais utiliser. C’est la même chose en musique. L’essentiel n’est pas de savoir ce que c’est et comment c’est, l’essentiel est que je parle. Ou que je joue. Ce que je veux dire, c’est que la musique appartient à une toute autre catégorie. Elle est plus grande que tout. La musique dans son ensemble est plus importante que les spécificités de ma musique.

PAN M 360 : La musique a donc le même statut qu’une langue?

Sona Jobarteh : J’utilise la musique parce que j’ai été en contact avec elle, j’ai grandi avec elle. Comme tout le monde, n’est-ce pas? Si vous êtes né avec une bonne éducation, cela fait partie de votre vie, non? J’utilise l’anglais parce que j’y ai été exposée. Si j’étais en France, j’utiliserais le français. Ce n’est donc pas tant la langue de la musique ou la spécificité de la musique qui compte. Ce qui est important, c’est ce que vous essayiez de communiquer. La manière n’a pas vraiment d’importance? Et il se trouve que c’est différent pour chaque personne. Ils peuvent choisir la voix, la guitare ou le piano pour s’exprimer, par exemple.

PAN M 360 : De quoi parlez-vous lorsque vous composez une nouvelle chanson? Quels sont vos thèmes actuels?

Sona Jobarteh : Pour moi, cela dépend du message de la musique et de ce qu’elle veut communiquer. C’est différent pour chaque chanson. Je ne vais pas parler de toutes mes chansons, car cela vous prendrait tout votre temps. Mais je peux dire qu’aujourd’hui, mes chansons sont très en phase avec le travail que je fais en relation avec la Gambia Academy. Elles sont liées au développement social, au développement économique et au développement de l’éducation. Mes chansons sont très liées à tous ces domaines importants du développement social sur lesquels je travaille au quotidien, en dehors de la musique.

PAN M 360 : Vous avez également composé une musique de film. Comment abordez-vous ce type de travail?

Sona Jobarteh : Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un film que la musique doit être différente. Vous ne créez plus une musique qui se chante toute seule. Elle doit désormais jouer un rôle secondaire, au service des images. Par nature, elle sera donc différente de ma musique personnelle. Je dois me soumettre au message du film, au message des vidéos ou aux cadres que je traite. C’est donc une expérience très différente, et ce qui est composé peut en témoigner. Il s’agit d’une plate-forme totalement différente.

PAN M 360 : Quels sont les projets qui vous attendent?

Sona Jobarteh : Pour être honnête, le travail qui me prend le plus de temps est celui que j’effectue pour l’Académie. Comme je dirige l’Académie, c’est un travail à plein temps en soi. Il n’est pas facile de s’absenter pendant de longues périodes, avec l’emploi du temps chargé que j’ai en ce moment. Il a été difficile de maintenir les deux.

SONA JOBARTEH SE PRODUIT AU NATIONAL, LE VENDREDI 8 MARS, 20H. BILLETS ET INFOS ICI

The Bongo Hop est un groupe dynamique, qui refuse de s’accoler une étiquette générique. Les membres sont originaires des quatre coins du monde, et leur sonorité caractéristique en témoigne bien : les chansons du groupe sont résolument internationales et mixtes. À l’origine de ce projet unique, dont la ville de Cali (Colombie) est le point d’origine, il y a le trompettiste français Étienne Sevet, qui signe les compositions instrumentales pour The Bongo Hop. À ce groupe se joint fréquemment Nidia Góngora, chanteuse originaire de la Colombie et une des représentantes les plus en vue de la culture afro-colombienne.

À quelques heures du concert de The Bongo Hop dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique, PAN M 360 a joint Étienne Sevet et Nidia Góngora au téléphone pour en apprendre plus sur les origines du groupe.

PAN M 360 : Bonjour! Parlez-nous un peu des origines du groupe. Comment êtes-vous arrivés à cette fusion musicale?

Étienne Sevet : En fait, ça a commencé quand j’étais à Cali, en Colombie. J’étais venu y faire un documentaire sur la salsa. Puis, j’ai d’abord découvert les musiques du Pacifique, et d’autres styles par la suite. C’est ce qui m’a donné envie de rester. Par la suite, j’ai commencé à travailler comme journaliste musical, j’organisais des soirées. C’est seulement après que j’ai commencé à apprendre la musique et à composer.

PAN M 360 : The Bongo Hop collabore souvent avec Nidia. Comment cette collaboration est-elle née et en quoi consiste-t-elle?

Étienne Sevet : J’ai d’abord connu Nidia musicalement, quand elle faisait partie d’un de ses premiers groupes de musique traditionnelle. À l’origine, je montais le projet de The Bongo Hop pour un groupe de rap de Cali. Lorsque j’ai rencontré Nidia en personne, je me suis dit que ce serait intéressant d’inclure du chant dans mon projet. Et c’est là que j’ai tout simplement proposé un morceau à Nidia, puis un autre, qui mélangeaient mon expérience en Colombie, inspiré des musiques d’Afrique de l’Ouest que j’aime.

Nidia Góngora : Pour moi, il y a une dynamique qui a à voir avec la création collective. J’écris les paroles des chansons dans lesquelles je collabore. Et la partie instrumentale, c’est Étienne. Il y a un processus dans lequel nous parlons, nous regardons la musique. Nous écoutons les instruments, puis après nous avons une discussion par rapport à la thématique que nous choisirons. Comment va-t-elle interagir et créer de la musicalité pour construire l’ensemble? Il y a un aspect important : c’est que dans chaque chanson, dans chaque son, il y a le signe de chacun d’entre nous. On essaie de donner cette patte caractéristique à The Bongo Hop, et qu’elle soit en cohésion avec ma patte personnelle.

PAN M 360 : Comment décririez-vous cette patte, ce son caractéristique, dont vous parlez?

Étienne Sevet : L’identité de The Bongo Hop, c’est de ne pas être un seul genre musical. Souvent, quand on nous décrit, on parle d’afrobeat. Ou, pire encore, il y a des gens qui disent cumbia, ce qui n’a rien à voir. Parce qu’il y a écrit Colombie, on pense cumbia. Mais non, ce n’est pas ça. Donc j’essaie de faire une musique qui n’est pas inféodée à un genre en particulier. Ça ne veut pas dire que je veux faire n’importe quoi, non plus! Ça veut dire que j’ai des influences qui sont des musiques ouest-africaines, des musiques colombiennes. Mais je n’ai pas particulièrement envie de faire un style particulier. Quand je fais une samba congolaise, j’y mets une couleur haïtienne, par exemple.

Je suis toujours en recherche d’une espèce de voyage imaginaire que l’on crée dans la tension entre deux endroits, sans être exactement à un endroit ou à un autre. C’est là que l’imaginaire fonctionne.

PAN M 360 : Donc, vous vous inspirez des musiques internationales, et votre musique transcende les genres musicaux?

Nidia Góngora : Je crois que la musique transmet et nourrit la diversité. Je crois que cette diversité, nos origines, se transpose dans la proposition sonore. C’est un projet qui se base sur la collaboration entre des musiciens africains, français, colombiens. On le voit bien dans le groupe que nous aurons ce soir à Montréal. Ces origines diverses se reflètent dans la proposition musicale et dans les mélodies.

Étienne Sevet : Je suis d’accord. Tous les membres du groupe, on a chacun fait des voyages, et l’inspiration est presque géographique. C’est une poésie géographique, ou une géographie poétique. On voit ce va-et-vient entre nos origines et les lieux où on a été transplantés.

PAN M 360 : Quand vous écrivez des chansons, quels sont vos sujets de prédilection? À propos de quoi chantez-vous?

Nidia Góngora : Généralement, j’écris de la musique qui a à voir avec la réalité, avec mes expériences et mon environnement. Tout ce qui a à voir avec les expériences quotidiennes, qu’elles soient positives ou négatives. J’aime chanter à propos de la nature et tout ce qu’elle peut nous offrir. Je parle du respect qui est dû à la nature et à l’humanité.

PAN M 360 : Pour terminer, que représente, pour vous, votre présence aux Nuits d’Afrique?

Étienne Sevet : Pour moi, c’est l’aboutissement de pas mal de choses. Ça fait très longtemps, bien avant la COVID, même, que nous avons des discussions avec l’équipe des Nuits d’Afrique. Ça fait plusieurs années qu’on veut venir, mais que ça ne fonctionne pas. En plus, on boucle en ce moment une petite tournée au Canada. C’est sympa de pouvoir terminer cette tournée à Montréal, ce qui est très significatif par rapport à la musique, je pense. On reviendra, on n’a aucun doute! On aime être dans ces grands festivals de « musique du monde », parce qu’on rencontre des artistes vraiment intéressants.

Nidia Góngora : J’ai toujours une grande joie de participer à des festivals qui montrent une diversification de la musique, et de pouvoir partager avec de grands artistes et de pouvoir nous reconnecter avec nos racines à travers la musique. Quand j’entends parler d’endroits où il y a l’africanité, si on peut le dire comme ça, c’est important pour moi d’y être, mais aussi d’y revenir. Il y a une connexion visible dans ces espaces qui nous connectent avec l’Afrique, bien qu’à l’extérieur de l’Afrique. C’est un plaisir de pouvoir partager la musique dans ce genre de contexte. Ce sont des espaces universaux, avec d’autres sonorités, avec d’autres cultures. C’est précisément l’un des objectifs principaux de la musique, et les espaces comme les Nuits d’Afrique permettent cela.

The Bongo Hop ft. Nidia Gongora, 18 juillet à 21h30 sur la Scène TD – Radio-Canada. INFOS ICI!

Rebecca Jean est Haïbécoise, comme elle le dit elle-même. Cette identité unique, basée sur une double appartenance, s’est construite au fil des années. Mais elle est désormais bien établie et fièrement revendiquée. 

Un concert dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique 2023, le 20 juillet, n’est que le prélude à plusieurs autres à venir un peu partout au Québec durant l’été. Celle dont les grands-parents « ont labouré la terre« , comme ceux de Mes Aïeux (qu’elle cite dans une chanson) n’est que trop heureuse d’aller à la rencontre d’une des deux moitiés de son peuple culturel, celui des immigrants haïtiens et celui du Québec des régions.

Notre avis, chez PAN M 360, c’est qu’une artiste comme elle devrait également avoir sa propre scène aux Francos. Le fait que ce ne soit pas le cas démontre qu’il reste encore du travail à faire pour décloisonner plusieurs artistes de la dite « diversité ». Il y en a de plus en plus, c’est vrai, mais encore trop nombreux sont ceux et celles qui restent injustement sur les lignes de côté. Mais bon, passons…

J’ai rencontré la jeune dame et nous avons parlé de racines culturelles, de chansons françaises (par lesquelles son enfance a été bercée) et de langue qu’il fait bon protéger et faire découvrir aux jeunes générations.

PAN M 360 : Bonjour Rebecca. Vous avez sorti l’an dernier l’album Antidote avec lequel vous tournez un peu partout au Québec depuis. L’album témoigne d’une belle qualité mélodique dans vos chansons, ainsi que des clins d’œil à la chanson québécoise et française. Par exemple, vous citez Mes Aïeux dans Haïbécoise…

Rebecca Jean : Oui, c’est vrai. J’aime rappeler le fait que mes grands-parents ont, eux aussi, labouré la terre! Nous avons tellement de choses en commun. Il faut redire ces choses, car nous sommes trop souvent submergés par des détails qui nous divisent. J’ai aussi fait une adaptation de La langue de chez nous de Duteil et de Hier encore d’Aznavour. J’aurais aimé faire entendre ma version de Hier encore à M. Aznavour, mais ce fut trop tard. Par contre, j’ai envoyé ma version de La langue de chez nous à Yves Duteil et il a beaucoup aimé. J’en suis ravie.

PAN M 360 : Pourquoi est-ce important pour vous? 

Rebecca Jean : J’ai grandi dans cette musique, dans l’amour du texte recherché. Ça m’a nourri durant toute ma jeunesse. Je veux redonner cet amour aux jeunes générations. En plus de toutes mes propres compositions bien sûr, qui constituent l’essentiel de ma production, et où le français est très important.

PAN M 360 : Vous avez donc grandi dans un contexte familial très francophile…

Rebecca Jean : En effet. Cela veut dire également que mes racines haïtiennes créoles n’étaient pas très présentes chez moi. Mon père écoutait quelques chansons haïtiennes, mais dans le style de la grande chanson française. Je n’ai pas connu le Konpa, le Zouk et ces autres styles plus typiquement haïtiens. C’est à l’âge adulte que j’ai dû rattraper le temps perdu, découvrir ces rythmes, les artistes, etc. Je me suis aperçu à ce moment que tout cela m’habitait sans que je ne le sache! 

PAN M 360 : Pour plusieurs enfants d’immigrants, la double identité québécoise et celle des parents constitue un déchirement, ou une valse entre l’une et l’autre. Dans votre cas, du moins en écoutant entre autre Haïbécoise, on a l’impression que c’est très harmonieux et pleinement assumé. Ça a toujours été ainsi, ou c’est le résultat d’un processus?

Rebecca Jean : Oui, ce fut un processus. Quand je vais en Haïti, on ne me prend pas pour 100% haïtienne. Au Québec, on me demande encore d’où je viens! Pour se faire une place sur scène, on a l’impression que l’on doit y consacrer beaucoup plus d’efforts. Il faut toujours faire nos preuves. Mais Antidote, j’en ai fait un album de guérison! J’y parle de réconciliation : entre les hommes et les femmes, entre les hommes et la nature, entre les parents et les enfants. Finalement, c’est une réconciliation entre les deux pôles fondamentaux de mon identité.

PAN M 360 : Cette paix et cette sérénité, bâtie toute seule, a-t-elle été accompagnée par une pression familiale concernant la « viabilité » d’une carrière artistique?

Rebecca Jean : Oh oui absolument! C’est classique : quand on vient d’une famille immigrante, on est poussé à faire des métiers comme avocat, médecin, etc. L’art n’est pas perçu comme un métier. C’est une activité naturelle, que l’on peut faire au quotidien, pour s’amuser. Mais on ne gagne pas sa vie avec ça. J’ai dû faire mes preuves. Quand j’ai eu ma première subvention, ça a commencé à changer! C’était un montant conséquent et ma mère a senti qu’elle devait moins s’inquiéter. Mais, je comprends très bien son sentiment : elle a tellement sacrifié, tellement travaillé fort et rushé pour nous offrir les meilleures options d’avenir qu’elle a une peur bleue de me voir être dans la misère. Maintenant, elle comprend et elle est même la première à envoyer mes vidéos à toutes ses amies.

PAN M 360 : Vous avez d’autres projets sur le feu?

Rebecca Jean : J’aimerais sortir un album de musique pour les enfants. J’aimerais que les jeunes d’aujourd’hui aient des modèles de la diversité, un peu comme moi j’ai été touchée par Passe-Partout. J’aimerais qu’ils voient la même chose, mais avec un regard sur le quotidien des familles issues des communautés culturelles. Montrer toutes les choses qui sont, au fond, semblables à celles des familles québécoises « de souche ».

J’ai également un projet en marche avec l’artiste Jean Jean Roosevelt, une star de la culture haïtienne. Nous partons un mois en Afrique à la fin août pour travailler là-dessus.

PAN M 360 : Imaginons le prochain spectacle de la Saint-Jean, pour lequel vous seriez sur scène avec vos artistes idéaux de la scène québécoise. Le line up ressemblerait à quoi?

Rebecca Jean : Oh, wow… quelle belle question… Attendez. Je dirais les Cowboys fringants. Ils ont une très belle poésie, et de superbes mélodies. Mes Aïeux bien sûr, puis Louis-Jean Cormier et Karkwa. Puis, Elisapie et Sarahmée.

Rebecca Jean se produira le 20 juillet à 20h30, au Club Balattou, dans le cadre du festival international Nuits d’Afrique. INFOS ET BILLETS ICI!

Sophie Lukacs est née en Hongrie, a grandi à Toronto, a fait de Montréal sa maison (ainsi que toute sa famille) et de la kora sa nouvelle vie. La jeune artiste formée au violon classique a traversé un passage à vide au début de l’âge adulte, un périple qui l’a amenée à réécrire complètement le livre de sa vie et faire de la kora, cette guitare-harpe africaine d’une beauté envoûtante, le socle d’une vie musicale désormais épanouie et florissante.

Elle a dû tout réapprendre, marcher sur son orgueil de musicienne classique ultra performante et devoir se mesurer à des enfants de 5 ans qui jouaient déjà mieux qu’elle. Elle a habité le Mali pendant près de 8 ans, immergée dans la culture des griots, seule de son « ethnie » (blanche), et seule de son genre (femme) osant affronter les exigences d’un apprentissage musical autant enraciné dans la méthode et la technique que la communication, l’histoire et la tradition orale.

Qu’elle soit aujourd’hui respectée et appréciée des grands maîtres de cette musique exceptionnelle témoigne de la force du caractère de la jeune femme qui se révèle de plus en plus comme une voix importante et unique de la scène artistique. J’ai eu le grand plaisir de discuter un brin avec Sophie Lukacs, l’une des rares femmes, occidentale de surcroît, à maîtriser la kora et la musique mandingue classique dans un métissage dignement montréalais où une folk-pop caressante vient habiller toute la richesse des apprentissages vaillamment réalisés.

PAN M 360 : Bonjour Sophie. Vous avez appris le violon durant plus de 15 ans, jusqu’à faire des études sérieuses à McGill. Mais, un jour, vous avez arrêté et vous êtes allée vivre auprès d’authentiques griots en Afrique pour apprendre la kora. Vous avez recommencé à zéro. Pourquoi et qu’est-ce qui vous a donné la force d’affronter une telle remise en question à l’âge adulte?

Sophie Lukacs : La force, on la puise dans son vécu, mais dans sa passion aussi. La kora et l’apprentissage de tout un nouveau répertoire, une nouvelle culture musicale, sont arrivés à un moment où j’en avais besoin. Après des années d’études classiques, je me sentais un peu perdue, incertaine de la direction à prendre pour le reste de ma vie. Puis quand j’ai habité un temps à New York, j’ai découvert la kora, et j’en suis devenue obsédée. Sans arrêt. Mais je n’osais pas tout remettre en question dans ma vie. Je suis née en Hongrie, et dans cette culture, dans ma famille, on apprend un instrument et on perfectionne sa pratique toute notre vie. Je me demandais comment je pourrais faire pour reprendre pratiquement à zéro l’apprentissage d’un instrument, comment je pourrais vivre, qu’est-ce que je ferais, etc. Mais un jour je me suis lancée. Et ça n’a pas été facile! Je me retrouvais, jeune adulte, à me sentir moins bonne que des enfants de 5 ans qui en jouaient. J’étais au Mali (où j’ai vécu plusieurs années), seule car je ne connaissais personne, blanche occidentale, femme, qui souhaite apprendre un art millénaire exercé uniquement pas des hommes qui viennent de familles qui exercent cet art depuis des générations. Je ne parlais pas la langue, j’ai attrapé la typhoïde, le paludisme, et je-ne-sais-quoi encore… Mais, malgré tout, pour répondre à votre question, la force que j’ai utilisée, je suis allée la chercher dans ma conviction que c’était pour moi le bon chemin, dans la passion qui m’animait et m’anime toujours pour cet instrument et cette culture, et parce que, après des années d’errance, j’ai senti que j’avais trouvé la voie qui me mènerait jusqu’à la fin de ma vie. C’est donc un mix de volonté, de passion et de nécessité.

PANM 360 : Les efforts portent fruits. Vous avez sorti un premier album (Bamako), qui roule fort bien, et vous êtes une régulière de Nuits d’Afrique. Qu’est-ce que cela vous fait d’être reconnue ainsi désormais?

Sophie Lukacs : Je suis toujours étonnée chaque fois que quelqu’un achète un album ou un billet de concert! Être invitée au Festival, its a blessing. On ne sait jamais comment ça va se passer quand on se lance dans ce genre d’aventure. Mais ce qui se passe pour moi maintenant, c’est très beau. Je suis hyper reconnaissante.

PAN M 360 : Vous êtes née en Hongrie, et avez grandi à Toronto. Votre français est très bon. Comment l’avez-vous appris?

Sophie Lukacs : Je suis allé à une école en français à Toronto, mais j’aimais la langue. J’ai lu des livres en français, j’ai regardé des films, etc. Et puis, je suis venu étudier à Montréal pendant plusieurs années.

PAN M 360 : Et vous n’avez jamais quitté…

Sophie Lukacs : En vérité, oui. Quand je suis allé vivre au Mali, c’était après mon arrivée à Montréal. Mais, à ce moment, toute ma famille avait déménagé à Montréal! Nous aimons beaucoup la ville, son caractère européen, sa culture. Alors, quand je suis revenue du Mali, j’étais littéralement de retour à la maison en revenant ici. Et la scène artistique et musicale est excellente. Il y a tellement de musiciens. Tout le monde se croise et se parle. Les opportunités d’échanges et de projet sont nombreuses.

PAN M 360 : Il y a, je trouve, de nombreuses affinités entre la kora, son style de jeu, son répertoire, et la musique classique occidentale. Voyez-vous ces liens potentiels? Êtes-vous intéressée à écrire, éventuellement, des pièces pour kora et, disons, orchestre de chambre?

Sophie Lukacs : Oui, il y a des affinités. La kora exige un long apprentissage, en plus d’avoir un son et un style de jeu raffiné. Ça se prête bien à de la musique en petit groupe, comme la musique de chambre. Et, oui, en effet, la combinaison des deux est à l’agenda car c’est un peu la caractéristique de mon prochain album! Je veux inviter des musiciens des deux mondes, et faire un album dans cette optique.

Sophie Lukacs est en concert le 19 juillet, au Balattou, à l’occasion du Festival international Nuits d’Afrique 2023. Infos et billets ici!

Pour le Festival Nuits d’Afrique de cette année, la chanteuse et chef d’orchestre Lavanya Narasiah présentera un spectacle passionnant et original de musique qui dépasse les frontières.

Lavanya jouera au Club Balattou le 17 juillet à 20h30.

PAN M 360 : Bonjour Lavanya, merci d’être là. Votre spectacle de cette année se distingue par la diversité des traditions musicales qu’il présente. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Lavanya : Bien sûr. Ce spectacle est l’aboutissement d’un de mes rêves : je voulais créer un espace où plusieurs de mes collègues de musique du monde, principalement de la région de Montréal, mais aussi de l’Inde, pourraient collaborer. Pour chaque morceau de mon premier CD, Dharani, que j’ai réalisé il y a maintenant 10 ans, il y avait de nombreux musiciens. Malheureusement, je n’ai pas pu lancer cet album comme je le souhaitais, la vie s’en est mêlée, ma mère est tombée malade, mais j’ai finalement voulu revenir à ce projet et trouver un moyen d’en faire quelque chose que nous pourrions réellement jouer, avec tous ces musiciens et ces styles différents. La question était de savoir ce que nous pouvions prendre comme essence et comment nous pouvions aller de l’avant avec ce projet. Nous jouons toujours ce matériel, mais avec un groupe plus condensé. Nous aurons cependant des invités spéciaux à ce concert.

PAN M 360 : Dharani est un projet incroyablement fascinant. J’ai des réserves sur des termes comme fusion et world music, mais ce que vous avez réussi à faire avec cette instrumentation est fascinant. Cela m’amène à m’interroger sur votre parcours musical. Avez-vous une solide formation vocale carnatique ?

Lavanya : Depuis mon plus jeune âge, j’ai appris la musique carnatique auprès de mon père. Oui, j’ai toujours eu pour base la musique carnatique classique, mais à l’adolescence, j’ai commencé à m’intéresser à d’autres choses, en particulier à la musique brésilienne. Lorsque j’ai entendu cette musique pour la première fois, je suis tombée amoureuse et je n’arrête pas de dire que j’ai l’impression d’avoir été brésilienne dans une vie antérieure ! La plupart de mes meilleurs amis sont d’ailleurs originaires du Brésil.

Finalement, j’ai commencé à travailler sur ce projet. Je l’ai appelé Sertão, et c’était à Sherbrooke, où j’ai eu un groupe pendant de nombreuses années. Puis nous sommes venus à Montréal avec ce groupe, que j’ai rebaptisé Chandra Lua. Nous reprenions certains de ces classiques brésiliens, vous savez, des chansons des années 1960 et 1970 avec beaucoup d’esprit social et révolutionnaire derrière elles, et puis j’ai naturellement ajouté une sorte de touche indienne et j’ai commencé à jouer avec un peu de konnakol et tout ça. J’avais donc de fortes affinités avec la musique brésilienne depuis longtemps et c’est à partir de là que j’ai eu l’occasion de voyager pour mon travail. J’ai pu aller au Mali et j’ai été très touchée par la musique que j’ai entendue là-bas, il y avait même des mélodies indiennes que j’ai entendues. Je me suis dit que ce serait super cool d’essayer de faire quelque chose, quelque chose qui ne soit pas de la fusion, mais un nouveau son qui réunirait tous ces instruments. Comme vous l’avez dit, j’ai aussi des réserves sur la musique du monde, mais je ne sais pas comment décrire au mieux cette musique.

PAN M 360 : C’est tout à fait juste. Si la musique est bien sûr un langage universel, il doit être techniquement difficile d’assembler tous ces sons, comment s’est déroulé le processus ?

Lavanya : Bonne question. En général, les compositions commencent par une mélodie que je fredonne et une fois que j’ai l’impression d’avoir quelque chose, je l’apporte au groupe. À partir de là, le joueur de kora me dira peut-être qu’il ne peut pas jouer exactement la même chose, mais qu’il jouera quelque chose qui est l’équivalent le plus proche que nous ayons dans notre tradition. Dans ce cas, je lui demanderai peut-être d’omettre certaines notes au lieu de les ajouter, car j’aime vraiment respecter le raga dans les compositions. J’aime me concentrer sur un seul raga par morceau autant que possible. Il y a donc beaucoup de compromis et de communication, et nous finissons par ajouter une basse et une structure rythmique qui sonnent bien, les percussionnistes trouvant le moyen de se fondre au mieux dans la musique.

Nous jouons bien sûr certaines des chansons du premier album, mais nous travaillons également sur de nouveaux morceaux, qui n’ont pas encore été publiés en raison de l’épidémie de COVID. Je travaille dans le secteur de la santé, c’est pourquoi j’ai fait une autre longue pause dans ma production musicale.

PAN M 360 : Oui, je sais ! Je trouve incroyable que vous réussissiez à être à la fois une artiste et une professionnelle de la santé.

Lavanya : C’est difficile, c’est vraiment difficile. Cela fait 25 ans que je travaille comme médecin de famille, et il y a eu beaucoup de défis à relever, mais c’est aussi grâce à la musique que j’ai pu survivre et rester dans cette profession aussi longtemps que je l’ai fait.

PAN M 360 : Diriez-vous que la musique a de véritables propriétés curatives, au-delà du soulagement spirituel et émotionnel ?

Lavanya : Absolument, n’est-ce pas ? Nous n’avons pas encore complètement compris la réaction de notre corps à la musique. Mais il est clair qu’il se passe quelque chose dans notre corps lorsque nous fredonnons, ou même lorsque nous pensons simplement à la musique. Parfois, il n’est même pas nécessaire de chanter, mais le simple fait de penser à la musique peut avoir un réel effet physiologique sur nous, et même sur notre bien-être général.

Vous savez, avec la musique indienne, quand je n’ai pas le temps, je peux mettre la tanpura box et chanter mes sa re ga ma, et parfois c’est tout ce que je peux faire entre deux réunions, mais cela aligne quelque chose en moi, cela m’enracine, cela m’enracine complètement.

PAN M 360 : Je suis impatient de ressentir cela pour moi-même. Je vous souhaite une excellente émission, Lavanya.

Lavanya : Merci !

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