Husa & Zeyada représente à la fois un projet audiovisuel et un groupe électronique égypto-canadien qui décrit son travail comme une fusion entre la pop intimiste imbibée des synthétiseurs et des guitares électriques de Rola Zeyada et de la deep house mystique du DJ et producteur montréalais Adam Husa, connu aussi pour sa musique parue sur Sol Selectas, Seven Villas, Magician On Duty et sa propre entité, Husa Sounds. Ensemble, Husa & Zeyada explorent un indie-rock électronique sensuel et mystérieux, drapé de paroles en anglais et en arabe.

Le duo, et couple aussi, dont la collaboration a débuté peu avant le début de la pandémie, s’est établi à Dahab, dans le sud du Sinaï. Ensemble, ils ont fait paraître plusieurs morceaux et vidéos, chacun mettant en avant leur vision artistique et leur maîtrise exceptionnelle. L’approche novatrice de Husa & Zeyada en matière de production musicale, ainsi que leur aptitude à harmonieusement mélanger une diversité de sonorités électroniques, a suscité de nombreux remixes par des artistes tels que Hernan Cattaneo, Mustafa Ismaeel, Madmotormiquel et Artphormque. Le binôme a publié en 2022 son tout premier album, Long Way Home, conçu en seulement une semaine de sessions de jam et d’exploration, et regroupant une grande partie des singles parus en amont.

À la veille de leur tout premier passage à MUTEK, Adam Husa et Rola Zeyada nous ont parlé de leur rencontre, de cette chimie qui les unit autant en art qu’en amour, des nuances et difficultés de chanter en arabe, de leur nouveau projet et de l’explosion de la musique électronique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de votre parcours personnel.

Zeyada : Je suis égyptienne. Je suis née et j’ai grandi en Égypte. Je suis allée à l’université à New York pour un premier cycle, puis pour un master, et c’est là que j’ai commencé à faire de la musique. J’étais plus dans l’indie et le rock, et j’ai eu un groupe puis un duo à New York. Puis je me suis lancé en solo, je suis retournée en Égypte avant la pandémie. Et oui, c’est là que nous nous sommes rencontrés quelques mois après.

Adam : J’ai quitté Montréal, peut-être six mois avant l’époque la pandémie, il y a environ trois ou quatre ans. Je faisais beaucoup d’événements ici et je suis allé en Égypte pour me concentrer sur la musique. Et quand la pandémie a frappé, les aéroports ont fermé. C’est là que j’ai décidé de m’installer à Dahab. Et c’est à Dahab que nous avons construit un studio et tout le reste. Nous nous sommes rencontrés là-bas, et c’est là que se trouve notre studio et notre maison, c’est là que nous nous sommes mariés et que nous avons commencé notre centre de création.

Zeyada : Dahab est une petite ville sur la côte égyptienne, c’est comme une ville bédouine / hippie, comme une communauté de kite surf…. C’est un tout petit endroit rural. C’est un endroit très, très brut, avec de petites maisons à chambres. C’est là que nous avons construit notre studio et que nous nous sommes installés. C’est notre maison.

Husa : Nous revenons au Canada. Nous allons donc commencer à construire un monde de ce côté-ci.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler ensemble ?

Zeyada : Je visitais Dahab et un ami m’a mis en contact avec Adam et son colocataire de l’époque. Ils étaient tous deux musiciens et partageaient un studio. En fait, je suis allée enregistrer avec cette autre personne, nous voulions faire un jam et créer quelque chose, mais ça ne s’est pas très bien passé avec cette personne. Nous sommes amis, mais je suis parti. Adam m’a envoyé un message, je pense qu’il dormait dans l’autre pièce, il a entendu ce que j’essayais de faire et je pense qu’il a aimé. Nos styles correspondaient en quelque sorte. Peut-être que nous avons été influencés l’un par l’autre, par le fait que nous venions de Montréal et de New York, et aussi par le fait que j’aime le rock et qu’il aime la dance music, et que nous avons réuni ces deux choses. Je pense que nous avons vu plus de similitudes qu’avec d’autres personnes avec lesquelles nous avons travaillé et qui sont plus dans les sonorités orientales.

Husa : Nous nous sommes vraiment entendus sur le son. Même si elle venait plutôt de la scène rock, j’ai senti que cela correspondait à ce que je voulais faire avec la musique électronique. C’est là que nous avons vu un espace vraiment cool pour construire un pont entre ces sons.

PAN M 360 : Est-ce la musique qui a mené à l’amour ou l’amour qui a mené à la musique ?

Zeyada : La musique a mené à l’amour… Je veux dire que tout est arrivé en même temps. Pendant une bonne semaine, nous avons parlé du fait que la musique est tout ce qui compte, et ensuite tout a fusionné et s’est produit rapidement. Mais nous nous sommes vraiment concentrés sur le fait que nous avions quelque chose de bien. Et c’est de là que tout part. Mais nous avons aussi reconnu que notre son ensemble était vraiment spécial.

Husa : Au début, nous étions ensemble presque tous les jours, et nous avons terminé le premier album probablement dans la première semaine, donc tout se passait très vite du côté de la musique. C’était un moment où nous ne voulions pas nous concentrer sur autre chose que la musique.

Zeyada : Pour moi, qui travaillais davantage avec des groupes, le format d’écriture avec un groupe, ou même lorsque j’écris seule avec une guitare ou un ukulélé, est tellement différent de la production de musique électronique. Et lorsque nous nous sommes réunis, je pense que j’ai vu à quel point je pouvais travailler rapidement de cette façon, plutôt que le rythme plus lent d’un groupe. Travailler, travailler, travailler, continuer à travailler jusqu’à ce que les choses sortent, ne pas attendre que les choses arrivent. Et pour moi, c’était vraiment excitant. C’est pourquoi nous avons fait autant de choses au cours de la première semaine passée ensemble.

PAN M 360 : Le résultat est-il essentiellement ce que l’on peut entendre sur votre album Long Way Home?

Zeyada : Long Way Home a été réalisé au cours des deux premières semaines de notre rencontre. C’était donc très lourd. Nous avons été très influencés par l’époque à laquelle nous vivions. Nous en étions à huit ou dix mois de Corona; nous ne pouvions pas voyager, nous ne voyions pas beaucoup de gens, nous étions dans un entre-deux, entourés par le désert et la mer, et nous avions toutes les peurs de la société, mais en même temps, on les oubliait…

Husa : Après l’année dernière, nous avons commencé à faire des tournées et nous avons commencé à voir quelle genre de place nous voulions occuper dans les clubs. Donc tout ce que tu peux entendre sur Spotify est techniquement plus ancien, mais ce que tu vas entendre en live est ce que nous avons fait juste avant de quitter le studio, ce qui est très différent mais beaucoup plus…

Zeyada : … Groovy ?

Husa : Beaucoup plus rock and roll d’une manière électronique.

PAN M 360 : Avez-vous été inspirés par d’autres artistes ? J’entends un peu de Gudrun Gut et de Seelenluft dans votre musique.

Zeyada : Nous ne connaissons aucun de ces artistes ! Honnêtement, je dois dire que j’adore les différentes choses que nous rappelons aux gens. C’est comme des choses des années 70, ou des groupes punk, ou des trucs alternatifs des années 90…. Je suis heureux que tu nous parles de ces artistes. Je suis très curieuse de les entendre. Je dirais que Darkside a été notre plus grande source d’inspiration. J’aime aussi Dope Lemon, un peu plus du côté de l’indie. Personnellement, j’aime le rock, comme les Strokes et Timber Timbre, je suis un peu plus rock et punk.

Husa : J’ai toujours aimé ce que faisait Darkside. J’avais l’impression qu’il y avait tout un monde de sons dans ce type de musique où il n’y a que des guitares électriques et de la musique électronique. Je pense que c’est une sorte d’influence qui est restée dans ma tête pendant longtemps.

PAN M 360 : Sur votre premier album, vous ne chantez qu’en anglais, mais j’ai vu que vous chantiez aussi en arabe.

Zeyada : En fait, nous sommes un peu en retard sur les sorties. La plupart des morceaux que nous jouons lors de nos concerts ne sont même pas sortis. Nous jouons un peu de Long Way Home, surtout les chansons avec lesquelles nous sommes le plus connectés. Mais encore une fois, cet album a été produit très tôt dans notre vie commune. C’est pourquoi nous nous contentons de faire des choses en studio et de les jouer ensuite. Nous aimons cet aspect qui nous permet d’avoir toujours de nouvelles choses. Il y a donc beaucoup de morceaux qui sont entrés, puis sortis, etc. En général, au moins 30 % du set est chanté en arabe. Mais je crois que nous n’avons sorti qu’un seul titre en arabe, que nous ne jouons même pas en concert… J’essaie d’écrire en arabe comme je le fais en anglais et de ne pas opter pour ce son oriental, avec lequel je n’ai personnellement aucun lien.

Husa : En arabe, on peut dire beaucoup plus de choses dans le même laps de temps, parce qu’il y a plus de voyelles que l’on peut mettre, donc on peut aller beaucoup plus en profondeur, d’une certaine manière. Même si on ne comprend pas la langue, on peut en comprendre le sens, ce qui pour moi est vraiment intéressant. Je commence également à l’enregistrer en arabe parce que je suis encore en train d’apprendre la langue. Je suis donc encore un peu lent à comprendre les conversations et les choses de ce genre. Mais parfois, je comprends avant même qu’elle ne me dise ce que les paroles signifient. Je le ressens. C’est pourquoi chanter en arabe est devenu très intéressant pour nous, parce que cela va beaucoup plus loin si vous le faites correctement, ce qu’elle fait.

Zeyada : C’est beaucoup plus difficile d’écrire en arabe, surtout dans ce contexte. À un moment donné, nous allions arrêter d’essayer d’écrire en arabe parce que nous étions si rapides à faire de la musique en anglais. Nous pouvons faire une chanson entière en une journée en anglais, alors qu’il faut trois ou quatre jours pour faire quelque chose en arabe. Je pense que c’est la troisième langue la plus parlée au monde et pourtant elle est si limitée sur le plan musical. Elle est surtout coincée dans ce son oriental commercial. En Égypte même, la scène pop est nulle. Le rock est arrivé si tard ici que nous le faisons maintenant comme il était fait il y a 30 ans. Si nous continuons à rattraper les genres, 20 ans plus tard, nous ne ferons jamais rien de nouveau. Mais en même temps, la musique électronique se développe au Moyen-Orient. J’ai donc l’impression que nous sommes enfin en train de combler un peu le fossé dans ce domaine.

PAN M 360 : Il y a beaucoup de musique électro qui sort de Tunisie, du Maroc, du Liban, de Jordanie, d’Égypte… J’ai l’impression que ça commence vraiment à exploser au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Zeyada : C’est vraiment énorme. Ça se passe. Ces deux dernières années, la scène s’est tellement développée, il y a tellement d’événements qui ont lieu, et de plus en plus d’artistes. Et plus il y a d’événements électroniques, plus il y a de chances que les gens s’y intéressent et veuillent créer de la musique eux-mêmes.

Husa : Depuis trois ou quatre ans que je suis là, j’ai vu les choses s’accélérer très rapidement. Il y a tellement de nouvelles opportunités, de nouveaux sons, c’est énorme.

PAN M 360 : Travaillez-vous en ce moment sur quelque chose de nouveau ? Un autre album peut-être ?

Husa : Nous travaillons sur un album conceptuel un peu complexe. Nous avons une histoire fictive qui se confond avec la réalité. Il y a tellement d’idées…

Zeyada : La musique de l’album est prête et nous sommes en train de construire le visuel de l’histoire. La musique est déjà développée avec l’idée de ce concept visuel en tête. C’est la première fois que nous sommes en mesure de réaliser un projet 100% audio et visuel.

Husa : L’idée est qu’il y a des personnages qui viennent d’une autre ligne temporelle et qui ne cessent de se croiser dans notre réalité. C’est un peu comme ça que nous voulons positionner notre prochain album, qui est une fusion audio et visuelle entre la réalité et le concept de fiction.

Zeyada : Nous allons donc jouer cette musique à MUTEK.

Husa : Je suis enthousiaste. Je pense que nous nous sommes inspirés de beaucoup de choses qui fonctionnent et que nous avons orchestré quelque chose d’unique pour ce projet. Mais ce projet est encore en cours de développement ; le concept de base est que nous essayons vraiment d’apporter cette idée d’introduire plus de rock and roll dans la musique électronique. Je pense donc que cet album en montrera un peu plus que le précédent.

PAN M 360 : Et sur scène, vous n’êtes que tous les deux ?

Husa : Rola joue de la guitare et chante et j’ai Ableton avec des contrôleurs et le synthé semi-modulaire MS 20. C’est cool parce que tous les sets sont des sortes de freestyling, donc c’est toujours différent.

Vous connaissez peut-être le nom de Rich Aucoin davantage dans le monde de la pop indie alternative, connu pour ses concerts explosifs et très énergiques où il surfe sur la foule (sur une planche de surf littérale) et ses hilarants mèmes multimédias, mais dernièrement, il s’est concentré sur un son plus synthétisé.

Il a publié deux parties de sa série d’albums Synthetic, dans lesquels il joue avec plus de 37 synthétiseurs, probablement le plus grand nombre sur un album dans l’histoire de la musique, en utilisant des synthétiseurs historiques comme Elka Rhapsody 610 String Machine, propriété de Supertramp. Aujourd’hui, il présente à MUTEK une performance en direct de son spectacle électronique « Air meets Daft Punk » et a accordé un peu de temps à PAN M 360 pour en parler.

PAN M 360: Vous avez lancé Synthetic Seasons 1 et 2, est-ce que l’ambiance de la troisième sera différente et comment comptez-vous jouer certaines parties de ces sorties en live ? Vous devez avoir une tonne de synthétiseurs pour vos tournées.

Rich Aucoin: Je prévois de jouer ces morceaux de manière très similaire à l’album, en faisant surtout des ajustements de timing. Bien que j’aimerais tourner avec un tas de synthés, c’est très difficile d’un point de vue logistique, donc je vais faire de mon mieux avec un Moog, un Juno et des samples. Beaucoup de synthés sur l’album sont géants et/ou uniques, comme TONTO, et/ou très chers à posséder.

PAN M 360: Je suppose que tu pourrais aussi le jouer en tant que DJ ?

Rich Aucoin: Oui, je ne suis pas DJ, mais je joue avec Ableton et des échantillons de l’album. 

PAN M 360: Y aura-t-il autant d’énergie lors des concerts de MUTEK que lors de votre tournée aux Etats-Unis ? Courir partout, surfer dans la foule…

Rich Aucoin: J’espère qu’il y aura des moments de grande énergie. Alors que je suis normalement connu pour avoir des concerts de ce genre, j’ai pensé que ce concert serait meilleur, un peu plus cérébral et moins dirigé que mes concerts habituels, donc je resterai sur scène et il n’y aura pas de surf dans la foule pour ce concert.

PAN M 360: Et qu’en est-il des mèmes multimédias ? Est-ce que nous allons avoir un peu de ça avec le spectacle Synthetic ?

Rich Aucoin: Oui, j’ai pensé que le public de MUTEK voudrait rester dans la musique et ne pas être distrait par les mèmes multimédias normaux que j’utilise tout au long du spectacle, donc je me baserai plus sur l’éclairage et les vibrations du spectacle que sur les projections normales que j’utilise.

PAN M 360: J’ai ressenti une énorme influence d’Air dans la première saison et plus de Tangerine Dream et de Daft Punk dans la deuxième. Pensez-vous aux thèmes musicaux généraux de chaque saison ou est-ce plus organique que cela ?

Rich Aucoin: Oui, il n’y a pas de plan exact des genres pour les 4 saisons, j’ai juste fait une liste de toutes les chansons que je voulais faire, je les ai écrites sur du carton et je les ai épinglées sur mon mur, et je regarde comment elles peuvent s’intégrer les unes aux autres. Il est certain qu’il y aura plus d’Air et de Daft Punk à l’avenir, ainsi que Gobin et Vangelis.

PAN M 360: Êtes-vous une personne qui écoute beaucoup de musique électronique ? Je dois admettre que j’ai été un peu choqué par l’intensité avec laquelle vous avez exploré le monde des synthés avec ces saisons synthétiques.

Rich Aucoin: Oui, j’aime les synthés depuis mon enfance et je voulais faire ce disque depuis le début de ma carrière musicale. J’ai visité le musée Cantos en 2008 lors de l’enregistrement de mon premier album à travers le Canada et j’ai décidé d’essayer de revenir et de faire un jour un disque avec tous ces claviers. Le musée est devenu le Centre national de la musique et c’est là que j’ai suivi un programme d’artiste en résidence et que j’ai commencé à enregistrer cet album en mars 2020. J’ai grandi en écoutant Air, Daft Punk, Justice, Cornelius, Aphex Twin, Brian Eno, Wendy Carlos et j’étais un grand fan des bandes originales de synthétiseurs comme Blade Runner de Vangelis. J’ai également étudié l’enregistrement expérimental électroacoustique à l’université Dal et je me suis intéressé aux pionniers de la synthèse comme Pierre Schaeffer et Eliane Radigue. Depuis, j’ai découvert toutes sortes de musiques synthétiques, de Oneohtrix Point Never à Dan Deacon, Caribou, Todd Terje et Jon Hopkins.

PAN M 360: Diriez-vous que lorsque vous avez conçu ces chansons, il s’agissait plus d’une improvisation ou d’un jeu que d’un « songwriting » ? Comme trouver une boucle ou un cadre que vous aimez et l’explorer ?

@RILEYSMITHPHOTO

Rich Aucoin: Oui, je dirais que la puissance des sons créés par les synthétiseurs vous pousse à modifier votre écriture de manière à être surpris par quelque chose et à pivoter pour accepter cette nouvelle tournure, alors que vous ne seriez pas aussi surpris par un accord sur un piano par exemple (bien que parfois vous puissiez encore l’être, donc ce n’est pas complètement différent). Donc oui, il y a des chansons qui ont une progression d’accords, un rythme ou une mélodie comme point de départ et il y en a d’autres qui commencent simplement par l’ambiance sonore et les timbres. Pour les morceaux sur synthétiseurs historiques de l’album, comme TONTO, je me suis enregistré en train de jouer pendant environ 3 heures, puis, plus tard en studio, j’ai revu tous les enregistrements et sélectionné mes moments préférés, avant de les empiler et de les arranger en un morceau de musique d’une durée d’environ 5 minutes pendant 3 heures. Certaines chansons comportent un riff ou une boucle de quatre mesures provenant d’un synthé, et c’est tout le temps que j’ai eu avec ce synthé pour créer la structure de base de la chanson.

PAN M 360: Allez-vous pouvoir jeter un œil à MUTEK ? Y a-t-il des artistes que vous avez hâte de voir ?

Rich Aucoin: J’ai été tellement occupé cet été que j’ai à peine eu le temps de me projeter dans l’avenir. Je viens pour tout le festival et j’ai l’intention d’assister à des concerts tous les soirs. J’espère trouver de la bonne musique de synthèse et des DJs de house progressive.

RICH AUCOIN joue à MUTEK Metropolis 2 Samedi 26 août 2023, 11:00 pm_6:00 am
BILLETS ICI

Dans un style unique, x/o semble exploiter à la fois la puissance et la vulnérabilité pour créer des morceaux électroniques complexes, lourds et apaisants. Les voix, en particulier, mènent à de nombreux territoires contrastés, certains vaguement familiers et d’autres nouveaux. Basé à Vancouver, x/o est sur le point de se produire au Nocturne 2 de Mutek, ce jeudi 24 août. Avant même de la rencontrer sur scène, laissez-vous porter dans son univers. 

Crédit photo : SKIBICKI

PAN M 360 : Pour le lecteur qui ne connaît pas votre musique, comment décririez-vous votre son et votre approche artistique globale ?       

x/o : Mon son est une combinaison de différents genres réunis sous la forme d’une trame sonore. C’est comme la musique d’un film qui n’existe pas. On peut y trouver du breakbeat, du trip hop, des éléments de classique, de métal et des mélodies de boîte à musique. Je suis également influencé par de nombreux anime et jeux vidéo. Parmi mes préférés figurent Kaiba, Claymore, Nier Automata et la série Final Fantasy.

PAN M 360 : Quel est votre parcours musical ou artistique précédant la création de x/o ?

x/o : Je suis artiste autodidacte. Avant de faire de la musique électronique, j’ai fait beaucoup de graphisme et j’ai joué dans un groupe où j’écrivais des chansons avec des amis, je chantais et je jouais de la guitare et du clavier.

PAN M 360 : Votre musique est à la fois apaisante et lourde et pourrait donner lieu à une discussion sur les genres musicaux. J’aimerais plutôt savoir comment vous commencez à créer un morceau à partir de rien. Vient-il d’un son électronique, d’une idée vocale ou d’un concept non musical ?

x/o : Pour moi, c’est très intuitif. C’est très exploratoire. Souvent, je commence à jouer avec le clavier et je vois ce qui sort. J’aime m’inspirer des sons que j’entends. Lorsque j’entends un son que j’aime, il m’incite à écrire de la musique d’une certaine manière ou dans un certain état d’esprit. Ensuite, je commence à réfléchir aux sons qui m’excitent, aux sentiments que je veux ressentir dans une chanson qui sonne comme ça. Souvent, vous entendrez deux styles très différents réunis en un seul. J’aime entendre des sons très opposés s’unir, je trouve cela très satisfaisant, d’une certaine manière. En tant qu’auditoire, j’écoute toutes sortes de genres différents et j’aime ces différents genres pour différentes raisons. Mais je trouve particulièrement intéressant qu’ils s’associent de différentes manières.

PAN M 360 : Que peut attendre le public de votre participation à Mutek ? Que présenterez-vous ?

x/o : Je présente une performance audiovisuelle de mon album Chaos Butterfly. Globalement, la performance audiovisuelle utilise des récits fantastiques comme allégorie pour transcender les normes sociétales en matière de genre. Les illustrations sont également influencées par le fantastique et dessinées par l’incroyable artiste et collaborateur NicoSaba. Vous pouvez vous attendre à une évolution complète de cocoon egg à Chaos Butterfly.

PAN M 360 : Après avoir écouté votre album et lu les notes, je sais qu’un symbolisme complexe sous-tend votre musique. Selon vous, quelles sont les idées non musicales qui vous poussent à créer ?

x/o : En fait, les thèmes que j’aborde dans ma musique ont beaucoup à voir avec la dualité à travers une lentille non binaire. Quand il s’agit de son ou de visuel, j’aime prendre des tropes hyper féminins et hyper masculins et les combiner pour créer quelque chose d’unique et qui englobe de nombreuses versions de lui-même. Lorsque ces deux choses très différentes se rencontrent… Je pense que c’est à la fois la totalité et les moments intermédiaires qui sont vraiment beaux.


x/o joue le jeudi 24 à Mutek. Ne manquez pas sa performance à Nocturne 2 (12h40) à la SAT.

BILLETTERIE

Erin Gee est une artiste multidisciplinaire basée à Tio’tia:ké/Montréal et qui se spécialise dans la création de systèmes technologiques complexes qui impliquent le corps humain, que ce soit le sien ou celui de son public. Elle a un horaire en performances artistiques et recherches universitaires, mais a néanmoins pris le temps de répondre à nos questions sur son travail actuel et sa prochaine performance à Mutek 2023, le jeudi 24 août.

Crédit photo : Mark Mushet

PAN M 360 : En vos propres termes, comment résumeriez-vous votre pratique pour le lecteur qui ne connaît pas votre art ?  

Erin Gee : Je suis actuellement très inspirée par l’émotion, c’est-à-dire la matérialité de l’émotion : comment les émotions modifient notre corps physiquement. Je ne suis pas intéressée par une approche naturaliste de l’émotion. Ce n’est pas comme s’il existait dans le monde entier une ressource appelée émotion et que j’allais simplement la prendre avec mes technologies et créer une belle représentation. Au contraire, je manipule les émotions en temps réel avec mon public.        

Nous vivons la musique comme quelque chose qui manipule nos émotions et qui est complètement inconscient. Je pose la question : est-il possible de manipuler consciemment nos émotions pour avoir une relation différente avec la musique ?

PAN M 360 : Vous avez une formation de vocaliste qui influence l’ensemble de votre travail. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste exactement cette formation ?         

Erin Gee : Quand j’étais plus jeune, j’ai reçu une formation de soprano en musique classique. Il y a un peu de cela dans ce que je vais présenter à Mutek, mais je pense que mes expériences corporelles et même sociales en tant que chanteuse m’influencent plus que la musique classique elle-même. Je ne fais pas d’opéra dans mes spectacles.  

Nous pourrions parler de la domination et de l’importance démesurée que nous accordons à la musique occidentale, mais en même temps, il s’agit d’une musique qui dure depuis des siècles. Quelqu’un s’est donné la peine de préserver cette musique. Elle a quelque chose de très précieux. Et la plupart des musiques que nous écoutons… qui sait si elles dureront des centaines d’années ou non ?      

J’avais vraiment ce sentiment de romance pour la musique classique qui dépassait mon contexte social et je pense que cela m’a donné une relation différente à la musique, une relation un peu plus profonde. Je pense que toute musique vieille de plusieurs centaines d’années peut avoir cet effet sur quelqu’un. C’est simplement la musique avec laquelle j’ai été en contact. 

Pan M 360 : À Mutek 2023, vous présenterez Affect flow (2022), une performance ASMR de longue durée. Que pouvez-vous dire de cette œuvre sans trop en dévoiler ?

Erin Gee : Je pense que je travaille avec des codes très différents de la musique ambiante et électronique. Mon style se situe entre la musique électroacoustique typique et une expérience un peu plus théâtrale. J’utilise mon corps, en faisant des gestes très précis, des expressions faciales et en utilisant ma voix de manière très musicale pour induire des expériences de transe.          

Je pense que c’est très unique pour les compositeurs de musique électroacoustique parce que beaucoup d’entre eux ont tendance à être incognito, mais je suis là, en train de vivre une expérience avec vous, vous invitant dans ma voix, dans mon expérience… et il y a aussi beaucoup d’humour dans tout cela. Ne vous inquiétez donc pas. Nous n’avons pas besoin de prendre cela trop au sérieux.

Pan M 360 : De quelle manière invitez-vous les auditeurs à repenser les notions préconçues de son et de musique ?      

Erin Gee : Normalement, vous entendez de la musique et elle vous influence émotionnellement, mais ce qui m’intéresse vraiment, c’est que vous ayez le pouvoir d’influencer vos propres émotions. 

Et je vous donne les outils pour le faire. J’utilise l’ASMR, un phénomène Internet. J’aime l’appeler l’hypnotisme folklorique parce qu’il est hypnotique, mais pas non plus trop sérieux ou officiel. C’est vraiment une pratique folklorique. Elle a été développée par les gens et pour les gens.         

L’ASMR est en fait un ensemble de hacks émotionnels qui ne fonctionnent pas sur tout le monde, mais qui fonctionnent sur les personnes sensibles au plaisir du toucher ou qui apprécient le toucher social. J’exploite tous les codes de l’ASMR et je les applique à mes spectacles. Je m’intéresse aux gens pendant ces segments de biofeedback, en les invitant à participer à des exercices de hacking émotionnel, puis en observant comment la musique change.  Parfois, cela « marche », parfois non. Je n’essaie pas de créer un algorithme impressionnant ou de tromper qui que ce soit.

PAN M 360 :Allez-vous continuer à créer dans cette direction dans un avenir proche ?       

Erin Gee : Oh, absolument ! Je travaille sur un nouveau jeu de rôle ASMR sur la décomposition. Je parle au nom d’un champignon qui va décomposer votre corps après la mort, et c’est un travail un peu surprenant pour moi parce que j’adopte une attitude très ouverte vis-à-vis de mon travail et je privilégie et fais confiance à ma créativité pour m’amener à cette prochaine étape où j’ai besoin d’être créative, mais parfois je ne suis pas sûr de ce que cela signifie jusqu’à ce que le travail soit rendu public.

PAN M 360 : Il me semble que votre art explore souvent les façons complexes dont la technologie et les émotions humaines s’influencent mutuellement. Y a-t-il un commentaire social ou une critique qui motive votre travail ?    

Erin Gee : Ma plus grande critique est la foi que nous avons en la technologie. Ne vous laissez pas impressionner par la technologie que je possède, la technologie qui est en vous est en fait assez géniale. Il y a une idée selon laquelle la technologie est la culture et les émotions sont la nature. Mais non : tout est culture – qu’il s’agisse d’émotions ou de technologie – et tout est créé par l’homme. Facebook a récemment prouvé qu’il pouvait manipuler les émotions de ses utilisateurs : ce sont des hacks sociaux. Si les entreprises sont conscientes des hacks sociaux, pourquoi ne pourrions-nous pas l’être aussi et nous amuser avec ? Pourquoi cela ne pourrait-il pas être l’art de notre temps ? Je pense que nous sommes entourés de manipulation émotionnelle. C’est une erreur de stigmatiser les femmes qui font un commentaire artistique sur ce sujet (ASMR).

Merci beaucoup!

Erin Gee présentera Affect Flow à Mutek le jeudi 24 août aux 7 doigts de la main (Play 1).

BILLETTERIE

Aux côtés de Rafael Payare, Marianne Perron est l’architecte de la Virée classique et de la programmation entière de l’OSM dont elle est la directrice artistique. Puisqu’elle connaît la programmation de cette Virée 2023 dans tous ses recoins, une conversation s’impose avec PAN M 360. 
PAN M 360 : L’arrivée de Rafael Payare à la direction musicale de l’OSM a transformé la facture de La Virée classique. L’année dernière, le thème des Amériques était proéminent. Cette fois, comment avez-vous identifié un fil conducteur pour cette programmation 2023 ?
Marianne Perron :  C’est vrai que le thème de l’année dernière était très évident, les Amériques. Cette fois, on a été porté par une envie de raconter des histoires, des rencontres, des compositeurs inspirés par un lieu, par un discours, etc. Donc, c’est un petit peu moins évident, c’est vrai, mais  plusieurs des concerts sont portés par ce genre d’approche. Que ce soit, par exemple, le premier concert le vendredi soir où tu as le  Fairytale Poem  de  Sofia Goubaïdoulina suivi d’un concerto de Mozart. Quand on pense à Mozart, puis à ses opéras et sa façon de décrire ses différents personnages, il a une approche un peu similaire quand il écrit sa musique instrumentale : tu as vraiment l’impression de visualiser des personnages dans son œuvre instrumentale. Dans le deuxième concert orchestral de vendredi soir,  tu as la Symphonie italienne de Mendelssohn, on sait que le compositeur fut vraiment inspiré par un voyage qu’il avait fait en Italie, un petit peu comme l’avait fait Tchaïkovski dans Souvenir de Florence. Alors notre programmation compte un certain nombre de fils conducteurs de ce type.
PAN M 360 :  Il faut aussi compter sur deux œuvre importante au programme, celles de Wynton Marsalis.
Marianne Perron : Oui, effectivement, nous avons  eu envie de faire un focus sur Marsalis, particulièrement  avec son Concerto pour trompette. Il faut rappeler que c’est une co-commande avec plusieurs orchestres prestigieux, nous sommes  très heureux de faire partie intégrante de ce projet, des solistes prestigieux sont aussi recrutés à travers le monde – Sachs, Hardenberger, etc.  L’Orchestre de Cleveland, le London Symphony Orchestra, l’Orchestre du Festival de Verbier (Suisse) et l’Orchestre de la Radio suédoise et l’OSN font partie de ce projet. Nous nous sommes mis ensemble pour commander ce concerto à Wynton Marsalis.  La création a eu lieu à Cleveland, ça a été repris à Verbier, et c’est au tour de l’OSM pour une première canadienne.  Fiddler’s Tale, l’autre œuvre de Wynton Marsalis au programme de La Virée, c’est exactement la même formation que celle de L’histoire du soldat de Stravinsky – violon, contrebasse, basson, cornet à pistons, trombone, clarinette, percussions. C’est encore cette histoire du soldat qui revient de permission, puis qui rencontre le diable. Ainsi, Wynton Marsalis a eu envie d’écrire une pièce originale inspirée de cette œuvre, conçue pour des musiciens classiques et aussi de musiciens venus l’univers du jazz. Notre narratrice est Nantali Indongo,   qui est aussi une musicienne et qui a fait du rap, est animatrice aussi à CBC . Voilà donc une autre incarnation de l’approche de Wynton Marsalis.  
PAN M 360 : La mort du compositeur José Evangelista a aussi conduit l’OSM à évoquer son œuvre dans le cadre de La Virée.
Marianne Perron : Il y a deux éléments. Là aussi, c’est une façon de découvrir un compositeur, différents aspects de sa production. Tu vois, dans le concert de musique et danse de Bali, d’abord, il y a aussi de la musique traditionnelle qui compose ce programme- là. Donc, les gens vont pouvoir découvrir cette musique traditionnelle. Tout ça, c’est un élément qui est important depuis plusieurs années. Nous présentons un festival de musique classique, donc l’influence occidentale, etc, mais on veut toujours mettre de l’avant des musiques « classiques » du monde entier. Et ça, c’est important pour nous, c’est pourquoi on retrouve la musique de gamelan, avec la pièce Ô Bali. Nous comptons aussi présenter  cette autre pièce d’Evangelista que nous avions commandée il y a quelques années pour le 50ᵉ anniversaire du métro de Montréal.
PAN M 360 : La musique ancienne fait aussi partie de la programmation.
Marianne Perron : Nos spécialistes de musique ancienne sont tellement formidables, nous sommes très heureux de les accueillir dans  dans le cadre de La Virée. J’ai très hâte d’entendre  le claveciniste Eric Milnes et la gambiste Mélisande Corriveau présenteront le concert qu’ils donneront dimanche avec leur ensemble L’Harmonie des saisons, avec Les Vêpres de Monteverdi. Ce même jour, on aura le programme dirigé par Rafael, où trois chœurs amateurs chanteront le Requiem de Fauré.
C’est quelque chose, d’ailleurs, qu’on avait mis en place il y a plusieurs années, et qui fut reporté à cause de la pandémie. C’est un bel accomplissement de la pratique amateure! Et le chant sera encore à l’honneur avec Carmina Burana.
PAN M 360 : Il y a vraiment une grande diversité dans cette programmation, on voit clairement que La Virée a atteint sa vitesse de croisière.
Marianne Perron : Je suis contente d’entendre ça! Quand tu travailles une programmation, chaque programme est un petit bijou qui contribue à l’ensemble de l’affaire. Autre exemple, le bonheur qu’on a d’accueillir nos trois artistes en résidence. Nicolas Altstaedt , que j’ai entendu en Europe, est un violoncelliste extraordinaire; le pianiste Jeremy Denk est formidable dans tellement de répertoires. Nicolas et Jeremy joueront vendredi soir avec l’orchestre, mais ils avaient envie aussi de faire de la musique de chambre ensemble avec les musiciens de l’OSM. La violoniste Bomsori, aussi artiste en résidence, est une artiste formidable qui se retrouvera  notamment avec Charles Richard Hamelin et  Dominique Beauséjour Ostiguy dans le programme Une soirée chez Robert et Clara Schumann.Donc ils ont envie de partager avec des collègues musiciens, mais aussi de se retrouver dans des plus petites salles, dans des contextes intimistes, pour créer un autre type d’expérience et de relation avec le public. C’est vraiment une grande expérience de se retrouver à la Maison symphonique avec un orchestre, mais de pouvoir se retrouver dans une salle, dans un lieu où il y a 250 personnes qui ont le sentiment d’assister à quelque chose de spécial, c’est très précieux.
PAN M 360 : Pour conclure, il faut souligner l’ampleur prise par votre programmation gratuite.
Marianne Perron : C’est juste, on a une centaine d’activités gratuites. On a mis beaucoup d’efforts sur les activités gratuites parce que l’approche de La Virée classique, c’est de rendre la musique classique accessible à tous. Le coût des billets pour les concerts en salle est très accessible, mais en même temps nous tenons à présenter des concerts gratuits dans différents lieux : Complexe Desjardins, rue Sainte-Catherine, Esplanade Tranquille, Pavillon Tranquille, Espace culturel Georges Émile Lapalme, Espace OSM.  Des ensembles de grande qualité s’y produiront, je pense entre autres à Oktopus et Caprice, qui auraient fort bien pu se retrouver en salle.  Il y a aussi la Symphonie de La Virée, un orchestre éphémère recréé chaque année. Des gens de toutes générations et pratiques y prennent part. Ils ont répété pendant deux week-ends avec le chef Adam Johnson et ils se produiront samedi  au Complexe Desjardins, Rafael viendra en diriger une de ses pièces au programme. 

PROGRAMMATION EN SALLE DE LA VIRÉE CLASSIQUE

PROGRAMMATION GRATUITE DE LA VIRÉE CLASSIQUE

Le 25 novembre 2022 à La Sala Rossa,  un nouvel ensemble de musique de chambre est né dans la constellation musicale du Québec : 5ilience – prononcé « silience »,  est le premier quintette à anches de la province. Initié par le saxophoniste Thomas Gauthier-Lang, l’ensemble compte parmi ses membres fondateurs Léanne Téran-Paul (hautbois), Mariane Pellerin (clarinette), Gwénaëlle Ratouit (clarinette basse) et Maxime Hargous (basson). Ces cinq jeunes artistes émergents, formés dans les classes du Conservatoire et de l’Université de Montréal « [marchent] dans les traces du tout premier quintette à anches, l’ensemble Calefax, né en 1985, en se dédiant à l’élargissement du répertoire existant du quintette à anches par le développement de nouvelles œuvres de compositeurs·trices émergent·e·s et établi·e·s. » Après seulement quelques mois, le timbre particulier de cette formation peu commune a pu se faire entendre au Festival de Lanaudière et résonnera maintenant dans le cadre de la dixième édition de La Virée classique.

PAN M 360 a pu s’entretenir avec deux des membres de l’ensemble, soit Thomas Gauthier-Lang, son directeur artistique, et Mariane Pellerin pour discuter de la naissance du projet et de son jeune parcours.

PAN M 360 : Bonjour à vous deux! Merci de prendre le temps de nous parler. J’aimerais commencer en demandant à Thomas comment 5ilience est né et à Mariane, comment en êtes-vous arrivé à travailler ensemble sur ce projet d’ensemble avec les autres?

Thomas Gauthier-Lang : Le projet de 5ilience, pour moi, a germé pendant la pandémie. Je venais de finir ma maîtrise et de revenir de France où j’y avais terminé ma deuxième année. La pandémie a vraiment été pour moi un point d’arrêt pour penser à quel genre de musique je voulais faire et avec qui. En tant que saxophoniste versé en musique contemporaine, je m’étais surtout spécialisé dans la musique solo, donc pendant la pandémie, ce qui me manquait beaucoup, c’était le contact humain, le contact avec les gens. À un moment donné, je surfais sur le web et j’ai trouvé de l’information sur le premier quintette à anches, l’ensemble Calefax. Je connaissais un peu le saxophoniste et après avoir plongé dans cette musique et l’avoir exploré, j’ai vraiment découvert un genre différent et une musique qui me parlait beaucoup : une musique qui a toujours un « edge », qui fait poser des questions et devant laquelle on ne peut pas rester indifférent et qui est ancrée dans la musique de création. Lorsqu’il a fallu concrétiser l’idée, j’ai commencé à en parler à des musiciens et des musiciennes que j’aimais bien comme Mariane, que j’ai eu la chance de rencontrer au Domaine Forget un été qui m’a été présenté par une amie qu’elle et moi on a en commun. 

Mariane Pellerin : On ne faisait même pas le même stage au Domaine en plus! On s’était parlé un petit peu, mais pas tant que ça. Je venais juste de finir ma maîtrise cet été-là et je me disais « Je vais penser à mon futur plus tard », et « on dit oui à tout » donc, cette proposition-là est parfaitement bien tombée. Ce que j’aime particulièrement dans la musique, c’est faire de la musique de chambre. Jouer en orchestre, c’est l’fun, c’est bien beau, mais tu as vraiment moins de possibilités d’être toi-même et de participer et de changer quelque chose dans ce que tu fais. Je savais que je voulais faire plus de musique de chambre, mais je ne savais pas trop comment et quand Thomas est venu me parler du projet, il avait un plan déjà assez précis de ce qu’il voulait faire. Je connaissais déjà Léanne pour avoir fait mon Conservatoire avec elle et Gwen d’un contexte non musical. On s’entendait bien alors je me suis dit « Let’s go »!

Thomas Gauthier-Lang : On n’avait jamais fait de la musique ensemble, mais au niveau humain, il y avait comme un lâcher-prise, un laisser-aller où les choses étaient vraiment naturelles. 

PAN M 360 : La question qui tue : que signifie le mot « silience »?

Thomas Gauthier-Lang : Ha ha, c’était une grosse réflexion qui s’est étalée sur un an. On se pose des questions derrière le nom ; un nom, c’est une image, mais je pense que c’est aussi une philosophie. Des fois, c’est ni un ni l’autre, mais pour moi, dans l’idée de faire réfléchir, le nom était important. « Silience » est un mot qui vient d’un dictionnaire de néologisme, le Dictionnary of Obscure Sorrows de John Kœnig.  Il s’intéresse à trouver et à créer des mots nouveaux pour exprimer des sentiments et émotions abstraits plutôt que de les résumer avec des phrases. « Silience », c’est l’amalgame entre « brillance » et « silence ». Pour lui, ça renvoie à l’art qui est autour de nous, mais dont on ne se rend qu’il est là et qu’il existe, sauf si on prend le temps de s’arrêter et d’y porter attention.

PAN M 360 : Donc, c’est l’état d’esprit amenant à prendre conscience de l’invisible autour de nous.

Thomas Gauthier-Lang : Exactement!

PAN M 360 : Au niveau du répertoire, vous le mentionnez, il comprend énormément de musique de création. Est-ce que ce n’est que le répertoire de musique de création qui caractérise un quintette à anches étant donné sa formation peu commune? 

Thomas Gauthier-Lang : Non, la musique de création n’est pas le seul créneau. C’est surtout qu’au début de la création de Calefax, il n’y en avait pas de répertoire. Les musiciens de cet ensemble faisaient beaucoup d’arrangements. Ils se sont vite rendu compte de leurs intérêts communs pour la musique baroque, la musique médiévale, etc. Maintenant, ces arrangements ils les publient donc, il existe plusieurs arrangements de ces musiques, notamment pour la musique médiévale l’instrumentation n’était même pas déterminée, donc ça permet d’aller jouer avec les différents types de timbre des instruments modernes que nous avons. Autre exemple, le mois dernier nous avons joué au Festival de Lanaudière, un arrangement fait par un des musiciens de Calefax de la Chaconne de la deuxième partita de Bach basée sur l’arrangement de Bussoni pour piano. Ça s’inscrit dans la même direction d’une longue tradition d’arrangement.

Par ailleurs, cet ensemble en particulier, ouvre un appel d’œuvres pour des compositeurs et des compositrices pour proposer des œuvres. Ces œuvres-là, ils vont les jouer en concert et tout ce qui va ressortir de ces appels est accessible par la suite à tous les quintettes à anches. Donc, ils ont vraiment une mission de médiation et de partage du répertoire. Ça influence aussi ce qui s’est fait aux États-Unis comme Akropolis, qui est un quintette à anches super populaire qui publie aussi leurs propres trucs et qui partage leur musique. Ce ne sont pas des cellules qui ne communiquent pas ensemble; le réseau des quintettes à anches du monde se parle et interagit.

PAN M 360 : Votre existence formelle est quand même assez récente en termes d’ensemble et vous avez participé au Festival de Lanaudière, qui est un des plus importants festivals de musique en extérieur en Amérique du Nord et maintenant vous participé à la Virée classique, qui est un autre gros événement de diffusion musicale. Pour une jeune formation et de jeunes musiciens pour qui j’imagine pour certains d’entre vous constituent vos premiers pas dans le milieu professionnel, qu’est-ce que ça fait de pouvoir participer à des événements de cette ampleur?

Mariane Pellerin : C’est vraiment agréable. Il y a un aspect où on peut s’autoriser à imaginer des choses. Que ce soit des stages internationaux ou des grands projets où entre nous on se serait dit : « On pourrait faire ça plus tard », normalement je me serais dit « on verra ». Le fait de réaliser du concret, de réaliser des projets comme de ce type, ça nous amène à envisager nos idées ou nos futurs projets comme accessibles. Ça m’apporte de la sécurité et un certain espoir pour le futur.

Thomas Gauthier-Lang : Effectivement il y a quelque chose de très rassurant dans le fait de penser à un projet de son côté, de penser à un projet avec des gens pour le lancer dans l’univers et qu’ensuite l’univers le voit et le reçoive. Ce qui m’a le plus touché quand on se fait inviter dans des événements comme ça, c’est qu’ils comprennent c’est quoi 5ilience et ils comprennent qu’est-ce que 5illience fait aussi au monde qui nous entendent. J’ai toujours eu confiance en la nature du projet, mais je ne me serais jamais attendu qu’après huit mois d’existence, nous soyons invités dans ces deux festivals. Souvent après les concerts, il y a une fébrilité chez les gens. Ils n’ont jamais entendu quelque chose comme ça encore surtout si on considère que ces festivals c’est du répertoire plus classique.  Nous, on arrive avec une formation et des instruments qu’ils reconnaissent et connaissent, mais avec un langage un peu « croche » et différent. Ça les emmène ailleurs et un bon ailleurs, je pense. Lorsqu’on finit de jouer et qu’on voit physiquement qu’il y a quelque chose qui se passe chez le public, qu’on a réussi à faire vivre quelque chose pour quelqu’un, c’est le plus grand cadeau.

PAN M 360 : Peut-on avoir un aperçu du répertoire que vous allez interpréter pour la Virée?

Thomas Gauthier-Lang : On dresse un portrait de l’histoire du quintette à anches de comment s’est construit la composition autour de celui-ci à travers les années jusqu’à aujourd’hui. Il va y avoir une création de Simon Bourget (Danses galactiques), Refraction, du compositeur américain David Biedenbender, qui est comme une pièce phare du répertoire, des créations d’ensembles importants, comme Splinter de Marc Mellits, Four Letter Word de Robbie McCarthy en plus de nos propres créations. On va vraiment un peu partout. C’est un programme festif, actif, véloce, à la fois léger, mais aussi contemporain. On a bien hâte de voir comment les gens vont réagir!

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous attend dans les prochains mois comme projets avec 5ilience?

Thomas Gauthier-Lang : Dans les prochains mois, nous allons accueillir notre nouvelle bassoniste Alexandra Eastley qui va se joindre à nous officiellement parce que notre bassoniste actuel et membre fondateur Maxime retourne en Europe pour poursuivre des études. C’est Mary Chalk qui s’est jointe à nous pour le Festival de Lanaudière et qui sera avec nous aussi pour la Virée classique. Il y a deux albums sur lesquels on a joué qui sont à paraître et avec Code d’accès on a un concert à grand déploiement, pluridisciplinaires avec conception de l’espace et vidéo qui se prévoit pour le printemps 2024. Ça va être quelque chose. On cherche aussi à voyager à l’extérieur du Québec, suivre des formations, donner des concerts, etc.  Aussi, avec 4 autres artistes/ensembles, 5ilience a été choisi pour faire partie du Pôle de la Relève qui est un nouveau programme de mentorat offert par Le Vivier dans le but d’aider les jeunes artistes et ensemble à grandir et à se développer.  Je suis super content et curieux de voir ce qui va en sortir aussi.

PAN M 360 : En tant que plus récente et jeune formation à émerger dans le paysage de la musique de chambre au Québec, que diriez-vous à de jeunes musiciens qui terminent ou qui veulent se lancer là-dedans? 

Mariane Pellerin : Je trouve ça fou et difficile de répondre à ça parce que j’ai l’impression que moi-même je suis une jeune musicienne qui a besoin de conseils! Je dirais deux choses. Je le dis à la blague, mais des fois, je dis « fake it till you make it ». Des fois, on n’est pas sûr de ce qu’on fait, mais il faut avoir confiance, même si tu as vraiment l’impression que tu fais n’importe quoi. Ensuite, c’est resté soi-même, et croire à ce que tu crois et le suivre.  C’est faire confiance à son instinct.

Thomas Gauthier-Lang : J’aurais trois axes là-dessus, basé sur qu’est-ce que moi j’ai vécu, qu’est-ce qui me fait du bien et qu’est-ce que j’apprends aujourd’hui. Premièrement je dirais, observe avec qui tu « tripes » parce que c’est avec ce monde-là que tu vas vouloir faire de la musique. Pour moi, étudier en musique ou dans n’importe quel domaine d’art, c’est créer des connexions et se rendre compte avec qui on a du plaisir. Deuxièmement, pas pour être contradictoire avec Mariane, mais moi j’ai été beaucoup rassuré en arrêtant d’être quelqu’un que je ne suis pas. Je suis saxophoniste et pendant longtemps, je me suis dit : « Il faut que je fasse du blues, il faut que je fasse du bebop ». Pour autant que j’aime beaucoup cette musique-là, ce n’est pas le langage avec lequel je résonnais le plus. Quand j’ai arrêté de me dire que le monde s’attendait à ce que je fasse cela en tant que saxophoniste, j’ai trouvé énormément de satisfaction dans le genre de musique que je faisais. Finalement, si tu fais quelque chose que tu aimes, nécessairement, ça va attirer du monde. Il y a du monde qui va t’écouter. Fais quelque chose que toi tu aimes sans nécessairement plaire aux autres. Ça serait mes points. 

PAN M 360 : Merci beaucoup à vous deux! 

5ilience se produira en concert sur la Rue Sainte-Catherine le 18 août à 19h et le 19 août à 19h30. Pour plus d’information, consultez la programmation gratuite de la Virée classique ICI.

Fondé sur les principes fondamentaux de la diversité, de la découverte et de la diffusion, l’Ensemble Obiora est un orchestre jeune et dynamique qui s’emploie à faire entendre de nouvelles voix dans le circuit canadien de la musique classique. Nous nous sommes entretenus avec Brandyn Lewis, fondateur et directeur artistique de l’Ensemble Obiora, au sujet de leur prochain concert.

L’Ensemble Obiora jouera à la Maison Symphonique le 19 août à 16h15.

PAN M 360 : Merci d’avoir pris le temps, Brandyn. Vous devez être très occupée à préparer le spectacle de La Virée classique. L’ensemble a-t-il déjà joué à ce festival ?

Brandyn : Je suis ravi d’être ici. Nous y avons joué l’année dernière, en fait.

PAN M 360 : Et quel est l’âge de l’ensemble, en fait ?

Brandyn : Un peu plus de deux ans. Nous avons démarré à l’été 2021.

PAN M 360 : Wow, donc pendant la pandémie ?

Brandyn : En fait, oui.

PAN M 360 : Intéressant. Peut-être pourriez-vous nous en parler ?

Brandyn : Oui, bien sûr. C’était au plus fort de la pandémie et, bien sûr, les spectacles s’étaient arrêtés, les choses étaient au point mort. À cette époque, mon partenaire et moi avons commencé à chercher des moyens de créer des communautés et d’entrer en contact avec différents musiciens de couleur. Nous savions que nous étions là, mais nous étions tous séparés et dispersés dans différentes villes comme Montréal, Ottawa, Toronto et ailleurs.

J’ai pris contact avec des musiciens que je connaissais et nous avons discuté de la façon dont nous pourrions vraiment faire avancer les choses. Nous avons donc posté quelque chose sur Facebook, décrivant notre situation, à savoir que nous commencions modestement et que nous cherchions à organiser un concert à l’été 2021. L’instant d’après, quelqu’un du Centre national des Arts nous a contactés en nous disant : « Nous sommes très heureux d’entendre parler de votre mission ici au CNA, nous avons des fonds restants de notre programme de résidence, comment pouvons-nous vous aider ? C’était extraordinaire. Ce n’est pas une mauvaise façon de commencer, vous savez.

PAN M 360 : L’idée de créer Obiora vous est-elle venue de votre expérience personnelle dans le monde de la musique classique en tant que personne de couleur ?

Brandyn : Il est certain qu’une fois que j’ai commencé à faire des études supérieures, j’ai moi-même étudié à McGill, et à l’époque, il y avait peut-être cinq Noirs dans le département de musique classique, et j’ai eu l’impression qu’il y en avait encore moins lorsque je suis entrée dans le monde professionnel. Nous savions donc qu’il s’agissait d’un moyen pour nous de construire quelque chose de solide. Parallèlement, il existe des initiatives aux États-Unis, comme Sphinx, ou au Royaume-Uni, avec l’orchestre Chineke ! Orchestra qui font la même chose, et ce depuis de nombreuses années. Cela nous a amenés à nous demander pourquoi il n’existe pas quelque chose de ce genre au Canada, alors que la diversité y est si grande.

PAN M 360 : Obiora est-il l’un des premiers ensembles au Canada à faire ce genre de choses ?

Brandyn : Si nous ne sommes pas les premiers, je pense que nous pourrions au moins être les premiers à le faire à si grande échelle.

PAN M 360 : Incroyable. J’étais au concert du Parc Lafontaine et je pouvais voir que les gens aimaient vraiment le répertoire. C’était la première fois que j’entendais Joseph Bologne, et je suis surpris qu’il m’ait fallu autant de temps.

Brandyn : Ne vous sentez pas trop mal, parce qu’il y a beaucoup de musiciens professionnels qui ne le connaissent pas encore.

PAN M 360 : C’est vraiment fou. Mais j’ai remarqué que dans votre programme pour l’émission La Virée classique, vous jouez davantage de musique de Bologne, mais aussi du Mozart et du Grieg. Ce ne sont pas exactement les compositeurs les plus sous-représentés. Quelle était la logique ?

Brandyn : Eh bien, dans le cadre du programme Lafontaine, pour la série Camontoni, on nous a demandé de jouer des pièces que nous avions déjà interprétées. En tant que directeur artistique, je m’efforce de programmer des pièces que les gens ne connaissent pas vraiment, mais qui sont tout simplement extraordinaires. C’est pourquoi, il y a quelques semaines, nous avons présenté un ensemble de musique si varié. Cette fois-ci, avec la Virée Classique, nous devons négocier avec l’OSM et discuter des choix de répertoire et cette année, le thème du festival est l’histoire partagée. C’est un peu vague, mais Bologne et Mozart étaient contemporains. Ils vivaient à la même époque et étaient tous deux violonistes. J’ai même fait des recherches et j’ai appris qu’ils avaient vécu dans la même maison à Paris en 1778.

En ce qui concerne le morceau de Grieg en particulier, il s’appelle la Suite Holberg, d’après un intellectuel nommé Ludwig Holberg. La musique elle-même est un clin d’œil aux suites baroques, comme les suites de danses. Il y a donc la Sarabande, la Gavotte, le Rigaudon, etc. On peut voir comment Grieg et de nombreux compositeurs de l’ère romantique et même du XXe siècle ont regardé le passé et utilisé des éléments de cette musique dans un contexte plus moderne, c’est l’histoire commune.

PAN M 360 : Diriez-vous que le monde classique est généralement réceptif au travail d’Obiora ? J’aime à penser qu’en 2023, les attitudes ont changé pour le mieux.

Brandyn : Absolument, mais les réactions peuvent être mitigées. J’ai remarqué que la génération plus âgée a tendance à être plus ancrée dans ses habitudes. Ils savent en quelque sorte ce qu’ils aiment écouter. Parfois, lorsque j’explique la mission d’Obiora et la musique que nous jouons, c’est un choc pour eux, parce qu’ils n’ont jamais eu à s’interroger sur leur place dans la société et la culture. Mais lorsque nous leur expliquons, ils se disent que cela a beaucoup de sens. Et lorsqu’ils écoutent la musique que nous proposons, je peux voir l’excitation et la joie que l’on ressent lorsqu’on écoute quelque chose d’extraordinaire pour la première fois. Ces réactions valent vraiment la peine pour moi, parce que nous voyons les choses évoluer et changer.

Je pense que même la jeune génération qui n’est peut-être pas aussi initiée à la musique classique veut entendre quelque chose de différent, vous savez ? Parce que nous savons évidemment que des compositeurs comme Mozart, Beethoven et d’autres ont dominé l’industrie de la musique classique au cours des 200 dernières années, n’est-ce pas ? Je pense donc que le public est prêt à entendre d’autres voix et à apprendre, et le concert du Parc Lafontaine a attiré environ 1 500 personnes. En fin de compte, nous sommes tous là pour jouer de la musique, n’est-ce pas ? La couleur de la peau ne devrait pas avoir d’importance, mais avec Obiora, nous avons une énergie incroyable et nous nous comprenons d’une manière différente en raison de ce que nous avons vécu.

PAN M 360 : Que nous réserve l’avenir de l’ensemble ? Vous devez avoir des projets passionnants.

Brandyn : Eh bien, à partir d’octobre, nous lançons notre saison officielle. Jusqu’à présent, nous n’avons fait que des petits projets ici et là, mais maintenant, nous aurons quatre concerts en propre.

Le 14 octobre, nous organisons notre soirée d’ouverture avec le chef d’orchestre vénézuélien Glass Marcano, qui a déjà fait parler de lui en Europe. Le 25 novembre, nous aurons un concert de musique de chambre intitulé Dancer on the World. Pour ce concert, le programme aborde diverses danses que l’on retrouve dans différentes cultures à travers le monde. Le troisième concert aura lieu le 17 février et s’intitulera Influences. Le chef d’orchestre invité, Daniel Bartholomew Poiser, est très connu sur la scène canadienne ; il a travaillé avec l’Orchestre symphonique de Toronto, l’Orchestre du Centre national des Arts et, je crois, avec l’Orchestre symphonique de Nouvelle-Écosse. C’est un homme et un chef d’orchestre extraordinaire. Et notre dernier concert est avec Dinuk Wijeratne qui est un compositeur et pianiste contemporain qui écrit une musique étonnante. Il a remporté un Juno en 2016 et nous avons vraiment la chance de l’avoir pour clore notre saison. Entre temps, nous allons continuer la série de concerts que nous avons faite au Parc Lafontaine dans les différentes Maisons de la culture à Montréal.

PAN M 360 : En tant que jeune orchestre, je suppose que vous voulez faire sentir votre présence.

Brandyn : Oui, c’est ça. Nous avons essayé de gagner en visibilité par le biais de différentes collaborations et en nous connectant directement avec les communautés, car nous devons élargir notre public. C’est vraiment une stratégie qui consiste à voir où se trouve notre public cible à Montréal et à essayer de faire de la musique classique un espace sûr pour les communautés marginalisées afin qu’elles puissent venir apprécier la belle musique.

Une ambiance particulièrement festive animera l’Esplanade Tranquille ce samedi durant la Virée classique. Oktopus, un octuor mariant musiques de l’Europe de l’Est et musique classique, prendra la scène pour faire redécouvrir certaines œuvres du répertoire sous un nouvel angle. Brahms, Liszt, Mahler, Bartok et Enesco se verront entraînés dans la danse et les racines folkloriques de leur musique seront mis en évidence l’ensemble.

Le résultat d’une recherche approfondie et d’une passion pour la musique klezmer, Oktopus propose un spectacle accessible à tous, parfois, festif, parfois mélancolique, mais toujours optimiste et vibrant. Un reflet de la diversité de la métropole, Oktopus est au carrefour de plusieurs traditions musicales fascinantes. PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec Gabriel Paquin-Buki, arrangeur, compositeur et clarinettiste pour Oktopus.

PAN M 360 : Bonjour Gabriel! Donc, pour commencer, Oktopus s’est formé en 2010 et s’est depuis forgé un nom au sein de la scène des musiques du monde tant au Québec qu’au Canada et à l’international. Quelle est l’essence de la musique de cet ensemble dont les influences semblent parfois être à l’opposé l’une de l’autre? Quelle est la ligne directrice?

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Oui, la musique sur laquelle on se base en premier lieu, c’est certainement la musique klezmer, donc la musique des Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est. Par contre, comme certains l’ont déjà fait, comme par exemple Itzhak Perlman avant nous, on a une approche de cette musique-là un peu plus classique. En fait, ce n’était même pas un choix dans la mesure où les musiciens de l’ensemble étaient des musiciens classiques. On n’est pas des musiciens folkloriques à la base. Ce n’est pas une tradition qui nous a été partagée ou transmise de façon orale par nos parents. On est allé aborder la musique klezmer dans ses racines folkloriques, mais aussi en général, la musique d’Europe de l’Est, surtout à des moments où la musique folklorique a été plus proche de la musique classique, donc dans le romantisme tardif surtout. 

PAN M 360 : Vous êtes des musiciens avec un background classique à la base et non folklorique. Donc, pourquoi faire de la musique klezmer, qui n’est pas votre bagage musical à la base? 

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Au départ, quand on a commencé comme étudiants à l’université, c’était juste une musique qui venait nous chercher particulièrement. Moi, j’ai proposé cette musique-là aux autres parce que c’est une musique que j’écoutais depuis que j’étais tout jeune, qui avait quand même bercé mon enfance. Et quand j’allais voir des spectacles de musique klezmer, je vibrais littéralement. Et donc, j’ai voulu l’interpréter moi-même. À la base, c’est vraiment ça. C’est une musique qui est venue nous chercher particulièrement, qu’on avait envie d’interpréter et à laquelle on avait envie d’ajouter notre grain de sel. 

C’est une musique qui est très, très accessible. Il y a des musiques folkloriques qui sont tout aussi bonnes, mais qui demandent peut-être un effort un petit peu plus considérable dans la compréhension ou dans l’appréciation de la musique. La musique klezmer a quand même quelque chose de très, très abordable. Il y a quand même certains éléments qui sont partagés avec la musique qu’on entend au quotidien. Je pense que c’est une musique qui sait toucher aussi le cœur des gens. C’est une musique très ancienne. Ça peut expliquer sa popularité. 

PAN M 360 : La tradition musicale Klezmer semble profondément ancrée dans une ambiance de fête et de célébration. Est-ce vraiment le cas? Existe-t-il un contraste entre le message et la musique perçue par les oreilles moins familière?

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Oui. Il est certain que cette musique s’est énormément développée dans le cadre des mariages. Donc, il y a un côté festif qui est indéniable. Par contre, ce n’est pas toutes les musiques du mariage qui étaient festives. Il y a des moments dans la tradition plus religieuse, par exemple, un moment où on annonçait à la femme qui perdait un peu son statut de jeune fille et qu’avec le mariage venaient toutes les obligations et tout le tralala, qui est un moment plus introspectif du mariage. Donc, il y a tout un pan plus mélancolique, plus lent de la musique klezmer avec des danses plus lentes. 

C’est aussi une musique qui témoigne de l’histoire du peuple juif. C’est un peuple qui a été énormément persécuté. Donc, leur musique ne saurait être seulement festive. Souvent, l’aspect joyeux, l’aspect festif survient à la fin. C’est-à-dire que peu importe les tragédies, peu importe les malheurs, peu importe les persécutions, on ne va pas nous enlever la possibilité de faire la fête, de se réunir, de danser. Donc, ça finit toujours d’une façon un peu festive, mais comme tu le mentionnais, c’est souvent juste ça qu’on a conservé. C’est devenu un peu un cliché de musique, des fois, même du cirque, alors qu’il y a un énorme répertoire, un énorme pan de cette culture-là qui est beaucoup plus introspective et plus sombre, plus lente. 

PAN M 360 : Il existe une tension perpétuelle entre la musique dite savante et la musique folklorique. Nous sommes généralement habitués à entendre et à parler de ce que les compositeurs classiques ont emprunté au folklore, mais Oktopus semble faire l’inverse. S’agit-il d’un processus similaire ou fondamentalement différent? Parle-t-on d’inspiration, d’influence, de parodie, d’émulation, d’hybridation?

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Il y a beaucoup de compositeurs qui sont inspirés de musiques folkloriques en allant chercher seulement certains éléments. Des fois, juste une mélodie, ou peut-être un certain accompagnement qui donne un peu de vivacité à leurs œuvres. Mais en fait, la musique folklorique a plusieurs éléments qui la définissent. Le rythme, la mélodie, les ornements, l’improvisation. On ne peut pas tellement les détacher. Avec Oktopus, ce qu’on essaie de faire, c’est de retrouver un peu cette essence folklorique qui est au cœur d’œuvres classiques. C’est le cas, par exemple, avec une des œuvres qu’on joue, la Rhapsodie roumaine d’Enesco. En fait, Enesco, il n’a rien composé, ou presque. Il a beaucoup orchestré, mais c’est des airs folkloriques. Mais il n’a pas eu le choix pour construire son œuvre orchestrale, de laisser tomber un peu l’ornementation, l’improvisation, parce qu’il y a tellement de musiciens qui jouent ensemble, dirigés par un chef. On ne peut pas commencer à improviser comme on le souhaite. Avec Oktopus, dans le fond, on va rechercher un peu ces traditions folkloriques dont se sont inspirés les compositeurs, mais en ramenant ce qu’ils ont été obligés de laisser de côté, c’est-à-dire les ornements, l’improvisation, puis certaines rythmiques aussi, parfois irrégulières. 

La danse est intimement liée aux musiques folkloriques. Nous, c’est un élément qu’on explore moins parce qu’on ne joue pas dans le contexte de danse, nous n’avons pas de danseur avec nous, mais c’est encore une fois deux choses qui étaient intimement liées aux musiques folkloriques. On était presque toujours là pour accompagner des danseurs. Mais juste de le savoir, ça a son incidence. Le chant également. Justement, dans notre rhapsodie d’Enesco sur l’album, on a récupéré le chant roumain qui était associé au départ au thème d’Enesco. 

PAN M 360 : La Virée classique incorpore un volet « World » depuis quelques années et cette année semble mettre encore plus l’accent sur le mélange des musiques de différentes origines. Pensez-vous que ces mélanges vont devenir de plus en plus fréquents, ou bien est-ce le public de la musique de concert cherchera toujours une forme de cloison entre la musique occidentale et non-occidentale? 

GABRIEL PAQUIN-BUKI : J’ai l’impression que ça va devenir de plus en plus fréquent parce que vraiment, c’est dans l’air du temps, mais c’est aussi tellement plus représentatif de la métropole qu’est Montréal, la plaque tournante où tellement de cultures se côtoient. C’est aussi une occasion inespérée de donner des scènes et des contextes musicaux différents aux musiques dites du monde, aux musiques métissées, parce qu’il y a un cliché un peu où la Maison Symphonique est réservée aux musiques classiques et le bar à Jojo est consacré aux musiques folkloriques. J’exagère un petit peu, mais dans la dernière saison de l’OSM, il y a eu un ensemble iranien qui est venu présenter quelques œuvres sur la scène de la Maison Symphonique et c’était absolument incroyable. Surtout, ça permet de faire comprendre aux gens qu’il existe des musiques classiques de plein d’autres traditions. Des fois, le folklore aussi c’est une tradition tout à fait légitime enseignée dans les conservatoires. Je pense qu’il est temps que ces musiques-là se retrouvent plus dans les programmations classiques. Je pense aussi que c’est très divertissant pour le public. Des projets comme Oktopus, j’ai l’impression que ça va faire le bonheur de certaines programmations classiques qui veulent sortir un peu des sentiers battus, avec les quatuors à cordes et les sonates pour piano habituels. 

PAN M 360 : Votre concert à l’Esplanade tranquille propose des arrangements différents de compositeurs romantiques (Brahms, Liszt, Mahler) ainsi que Bartók, qui a beaucoup utilisé les musiques folkloriques dans ses œuvres. En quoi ses arrangements sont particuliers, différents? Comment leur donner une nouvelle robe style « Oktopus »? À quoi on peut s’attendre en allant voir le concert? 

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Il y a deux approches. Il y en a une qui est plus sérieuse. Je reprends encore l’exemple du Enesco. Là, vraiment, ça a été d’aller chercher tous les thèmes dont le compositeur s’est inspiré, d’aller rechercher la version folklorique puis d’incorporer ces éléments-là folkloriques dans l’arrangement. Par exemple, la rhapsodie termine par le thème qui s’appelle « Ciocârlia », qui veut dire l’alouette en roumain. Dans la version originale, le violon solo fait un solo d’oiseau. Il doit juste imiter un oiseau avec son violon. Nous, on a ramené ça. C’est certain qu’à l’orchestre, on imaginerait un petit peu moins ça. Vraiment, ça a été de faire un travail un peu plus méthodologique, de voir chacun des thèmes, leur provenance, puis comment on pouvait les incorporer à l’œuvre d’Enesco, puis en faire quelque chose qui soit vraiment à cheval entre son orchestration et les thèmes d’origine. L’autre approche, est un petit peu plus en surface. Si c’est une œuvre qu’on aime beaucoup, on a envie de lui donner une personnalité complètement différente. C’est moins issu de considérations musicologiques, je veux dire, mais simplement, ce thème-là, si on y enlevait une croche, ce serait vraiment super. Dans Bartók, par exemple, il y a un passage où on fait juste transformer un 4-4 en 7-8. Les rythmes irréguliers, c’est quand même quelque chose qui est caractéristique des musiques d’Europe de l’Est puis qu’on retrouve beaucoup moins dans la musique occidentale, mais ce n’est pas quelque chose par laquelle on s’est rendu en Roumanie pour vérifier. On se plaît des fois à ramener ces rythmes-là. 

On a un arrangement de Francis Pigeon de la Bacchanale de Saint-Saëns qui est un très bon exemple d’orientalisme. Saint-Saëns est vraiment tombé en amour avec cette gamme qu’on retrouve partout dans le monde, mais très peu en musique classique. Certains l’appellent la gamme jewish, d’autres c’est « hijaz ». Lui, c’était basé sur un mode, un maqam arabe. On a utilisé ce mode-là puis on l’a amplifié en montrant un peu comment il était utilisé dans les différentes musiques du Maghreb ou d’Europe de l’Est. Ça fait ressortir le petit côté orientaliste que Saint-Saëns a voulu donner à l’œuvre. Donc voilà, ça dépend des œuvres. Comme je dis, des fois, il y a un travail assez sérieux derrière puis des fois, on a envie de faire ça de façon déjantée puis on trouve la meilleure façon d’y arriver. 

PAN M 360 : Est-ce qu’Oktopus a effectué des recherches d’ordre plus musicologique ou ethnomusicologique afin d’assurer une authenticité à sa musique?

Le groupe a quand même fait ses devoirs dans le sens où on est allé rencontrer des musiciens folkloriques puis, l’ornement, le style a été travaillé, parce que des fois, on a l’impression qu’on fait juste interpréter les musiques des autres sans réel travail. Il y en a beaucoup qui le font puis c’est correct aussi, mais dans les camps de musique klezmer, dans, les cours, puis les masters class, etc., ça a été travaillé pour que les musiciens, malgré leur formation classique, aient quand même une solide base folklorique.

PAN M 360 : Quelle est votre objectif pour ce concert? Faire bouger les gens? Démontrer la versatilité de la musique Klezmer? Présenter les “classiques” sous un nouvel angle?

GABRIEL PAQUIN-BUKI : Certainement que les gens vivent un moment au-delà de leurs espérances. Je dirais de peut-être ouvrir justement un peu la vision de la musique folklorique dans le classique, de voir que les frontières ne sont pas si étanches et qu’en fait, la musique classique qui est bâtie sur tellement d’éléments issus de la musique populaire, du folklore. Il y a des moments vraiment très spéciaux qui peuvent survenir dans nos spectacles. Une fois, on était en spectacle pour un Balkan Party au Cercle, à Québec, et on a eu droit à un mosh pit pendant qu’on interprétait une danse roumaine de Bartók, la rapide. On est très fiers de ça, d’avoir eu un mosh pit sur du Bartók. Donc, on est vraiment ouverts à toutes les réactions du public. 

Oktopus se produira en concert sur la scène de l’Esplanade Tranquille le samedi 19 août à 13h30, puis à 19h. Pour plus d’information, consultez la programmation gratuite de la Virée classique ICI.

Katerine Verebely est animatrice et chroniqueuse culturelle à Radio-Canada. On la connaît pour son grand talent de vulgarisation d’œuvres musicales et littéraires, ainsi que pour ses suggestions culturelles qui mêlent tous les types d’art. Elle anime fréquemment des clubs d’écoute à l’OSM, qui ont lieu avant les concerts et qui servent d’introduction à la soirée.

Dans le cadre de la Virée classique, Katerine Verebely animera des clubs d’écoute alliant musique et littérature, en plus d’organiser des quiz musicaux. Des discussions enrichissantes, nourries par la curiosité et la passion, seront assurément au rendez-vous pour cette 10e édition de la grande célébration de la musique classique à Montréal. Les événements de cette année sont par ailleurs variés et la programmation promet d’intéresser tout un chacun.

À quelques jours du début des festivités, PAN M 360 a eu le grand plaisir de s’entretenir avec Katerine Verebely pour parler musique, littérature, multidisciplinarité, clubs d’écoute et Virée classique.

PAN M 360 : Bonjour Katerine! Votre carrière vous amène à voyager à travers les arts, la musique et la littérature. D’où vous vient cette passion pour la culture?

KATERINE VEREBELY : À la base, je suis musicienne classique de formation. Ce qui est merveilleux avec la musique classique, c’est que ça amène à s’intéresser à plein de choses. Si on joue un concerto, on va aller lire sur le compositeur, sur son époque… Souvent, les musiciens classiques sont aussi des passionnés d’histoire, donc il y a souvent ce lien à faire. Lorsque j’ai été engagée à Radio-Canada, je pense qu’on a reconnu que les musiciens classiques sont à la base un peu touche-à-tout, curieux. On lit des livres, on va au théâtre, on s’intéresse à la danse, au ballet, à l’opéra… Parce que c’est aussi ça, la musique classique.

Alors, j’avais déjà, en commençant, cet intérêt pour différentes formes d’art. Je pense que c’est ça, et je le dis avec humilité, qui fait de moi une bonne généraliste. En tout cas, je suis de cette école.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous inspire à faire des liens entre les œuvres, autant littéraires que musicales? Y a-t-il un élément particulier qui guide la réflexion, ou c’est quelque chose de plus spontané?

KATERINE VEREBELY : À la radio, quand on veut expliquer quelque chose ou raconter des choses, plus on a de leviers, plus c’est facile. Personnellement, j’aime bien faire un maximum de liens pour pouvoir intéresser un maximum de personnes. Je vais faire des liens avec la politique, la météo, et même le hockey! L’idée, c’est souvent d’évoquer, à la radio, des images. Tout cela très, très rapidement.

PAN M 360 : Et en musique, plus particulièrement?

KATERINE VEREBELY : Quand on parle de musique, c’est surtout l’écoute. Les œuvres sont remplies de tellement de choses différentes. Vous pouvez écouter de la musique classique sans connaître toutes ces choses derrière, puis ensuite découvrir que ça vient d’une pièce de théâtre, d’un roman, d’un poème, etc. En fait, j’essaie de donner des clés pour explorer une œuvre.

PAN M 360 : Est-ce que l’on pourrait donc parler d’un processus pour cultiver la curiosité chez les gens?

KATERINE VEREBELY : Oui! Et en même temps, je veux faire réaliser aux gens qu’ils en savent beaucoup plus qu’ils ne le pensent. Des fois, on ne réalise pas, mais quelqu’un nous rappelle une histoire et on se dit « Ah oui, je savais ça! J’ai lu ça quand j’étais à l’école! » ou encore « Ah oui, j’ai vu un film qui parlait de ça! » Une œuvre, ce n’est pas une fleur sur une île déserte. C’est toujours entouré d’autres choses.

Dans le fond, quand on est vulgarisateur, on essaie d’intéresser les gens en leur montrant qu’il y a plusieurs niveaux d’écoute, plusieurs couches de compréhension. Vous pouvez tout à fait apprécier une œuvre sans avoir aucune connaissance préalable. Puis, je vais vous raconter une histoire et vous ne verrez plus jamais l’œuvre comme avant. Par exemple, j’ai déjà fait un club d’écoute sur la Symphonie fantastique de Berlioz. On peut tout à fait écouter la symphonie sans connaître l’histoire d’amour qu’il y a derrière. On peut écouter et apprécier l’œuvre toute sa vie sans connaître l’histoire. Puis, un jour, on se fait raconter cette histoire-là et on entend de nouvelles choses. Pour moi, c’est magique, vraiment.

PAN M 360 : Donc, on peut redécouvrir une œuvre plusieurs fois au courant de sa vie.

KATERINE VEREBELY : Absolument! Un des exemples que je vais donner dans mes clubs d’écoute cette semaine, c’est justement cette idée qu’on peut écouter une œuvre toute sa vie sans en connaître toute l’histoire. Ce que j’aime, c’est que les gens qui se déplacent dans les clubs d’écoute sont des gens très curieux, ils veulent en apprendre plus. Ce que j’adore dans les clubs d’écoute, c’est que le niveau d’écoute, justement, est extraordinaire. Les gens qui sont là sont curieux, on jase, on rebondit. Je leur demande ce à quoi la musique les fait penser, et il n’y a jamais de mauvaise réponse. Les discussions sont tellement riches, il y a toujours quelque chose à ajouter.

PAN M 360 : Justement, parlant de ces clubs d’écoute, quel sera le format de ceux que vous animerez dans le cadre de la Virée classique?

KATERINE VEREBELY : J’anime deux types d’événements à la Virée classique : trois clubs d’écoute et deux quiz. Les quiz, c’est une nouvelle formule, ce sera la première fois que je fais ça avec l’OSM. Ce sont vraiment des questions ouvertes, pour s’amuser. J’ai créé les questions, qui n’ont rien à voir avec la littérature.

Ensuite, le club d’écoute, c’est une formule qui existe déjà à l’OSM depuis quelque temps. Si je me souviens bien, on a commencé l’année dernière. Habituellement, les clubs d’écoute sont en lien avec la thématique du concert présenté par l’OSM. Dans ce contexte, la façon dont je vois ces clubs d’écoute, c’est vraiment d’avoir le luxe du temps, le luxe d’avoir 45 minutes pour creuser un sujet en écoutant de la bonne musique. J’arrive avec mon plan de match, mais je ne veux pas non plus que ce soit juste moi qui donne une présentation. Alors, je me prévois des questions et des sujets de discussion. On est dans l’Espace OSM, qui est un endroit vraiment convivial, les gens sont près de moi. Pour une fille qui fait de la radio, c’est super d’avoir le temps de creuser un sujet pendant 45 minutes. C’est vraiment un beau cadeau.

PAN M 360 : Cependant, dans le cadre de la Virée classique, le sujet des clubs d’écoute est plus libre. Quel thème avez-vous choisi?

KATERINE VEREBELY : Les trois clubs d’écoute auront le même sujet. Ils sont à propos des liens entre musique et littérature, parce que l’OSM s’intéresse à cet angle depuis quelques années. Il y a plusieurs œuvres à caractère littéraire ou ayant un lien avec la littérature, ou les mots au sens plus large. Nous, on s’est un peu emparé de cette thématique-là pour ensuite l’explorer. Je dirais que ça a probablement été le club d’écoute le plus difficile à préparer, même si ça s’est fait dans le bonheur. C’est parce que c’est un sujet qui n’a pas de fin. Les liens qu’on peut faire entre la musique et les mots sont infinis. Il a fallu que je fasse des choix difficiles.

PAN M 360 : On voit, dans la programmation de la Virée classique, qu’il y a un désir d’offrir des événements multidisciplinaires. Trouvez-vous qu’il y a un intérêt grandissant pour cette multidisciplinarité?

KATERINE VEREBELY : Je dirais oui et non. Non, parce quec’est quelque chose qui est déjà ancré à l’OSM depuis plusieurs années. Ça a commencé avec Kent Nagano, qui a commencé par impliquer Fred Pellerin, par exemple. Quand j’ai rencontré Rafael Payare pour la première fois, tout de suite, il m’en a parlé. En Amérique latine, par exemple, ce n’est pas nouveau.

Par contre, la chroniqueuse culturelle répond oui, tout à fait. On sent que ça inspire les créateurs de notre époque, et qu’il y a un intérêt général pour ça. Il y a là quelque chose, je pense, qui est bien de notre époque. Ça permet aussi d’explorer et de présenter des œuvres autrement. Je pense que l’OSM en particulier le fait toujours avec beaucoup de compétence et de respect pour l’œuvre, pour le créateur. On s’amuse bien.

Les clubs d’écoute animés par Katerine Verebely auront lieu le 18 août à 18h15, le 19 août à 17h et le 20 août à midi. Les quiz musicaux auront lieu le 19 août à 15h15 et le 20 août à 10h30. Tous ces événements se dérouleront à l’Espace OSM, à la Place des Arts. Pour la programmation gratuite complète, c’est ICI.

Crédit photo : Laurence Labat

Fondé en 2001, Oktoecho est un ensemble aux sonorités aussi diversifiées que ses musiciens et collaborateurs. Il est la rencontre des musiques du Moyen-Orient, de l’Occident, des peuples autochtones du Canada, et bien plus encore. Sous la direction artistique de Katia Makdissi-Warren, Oktoecho œuvre à préserver et à présenter à son public ces traditions musicales profondes et riches. À travers les ponts qu’il crée, Oktoecho nous rapproche, pas à pas de nos racines, de la Terre, et de notre humanité.

Mémoires du Monde est le rapprochement de la musique autochtone et des traditions classiques occidentales. Un hommage aux femmes qui ont préservé et entretenu les traditions musicales et culturelles inuits, malgré leur interdiction pendant de longues années, ce concert est une occasion formidable pour les rencontres, les échanges et pour reconnecter avec l’autre.

PAN M 360 a eu la chance de discuter au téléphone avec Katia Makdissi-Warren en prévision du passage d’Oktoecho à la Virée Classique ce vendredi 18 août en salle à 19h30.

PAN M 360 : Bonjour Katia. Oktoecho, c’est un éventail assez large de genres musicaux : musique du Moyen-Orient, musique arabe, autochtone, occidentale, ou, comme vous dites sur votre site, un métissage des influences. Comment définissez-vous la musique d’Oktoecho? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : C’est une rencontre. Peu importe, même quand on connaît quelqu’un, on le rencontre. Je vois des rencontres de musiques et de porteurs de cultures. Le métissage, je ne sais pas toujours ce qu’on veut dire par métissage, mais pour moi, c’est un peu une notion qui varie avec le temps. Ce qui est métissage aujourd’hui ne l’est peut-être plus demain. Mais la rencontre, pour moi, reste toujours présente.

PAN M 360 : Donc, des rencontres entre les différentes cultures, les différents musiciens, et les musiques?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, c’est des rencontres entre différents porteurs de cultures qui ne sont pas nécessairement les mêmes. C’est beaucoup basé sur le Moyen-Orient, les musiques arabes aussi, du Maghreb aussi. Et les musiques autochtones. C’est un volet qu’on a développé un peu plus tard dans les années 2009. Évidemment, comme j’ai aussi une formation « classique », il y a aussi l’influence de la musique classique occidentale. 

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a aussi une forme de classique, disons, au sens des musiques du monde? Parce qu’en fait, le concept de « classique » change beaucoup ailleurs dans le monde. Les classiques, ce n’est pas nécessairement la musique classique comme on le conçoit ici. 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, il y a de la musique classique arabe, il y a de la musique classique turque aussi. Ce sont des formes qui existent depuis le XVIIIe siècle et qui continuent aujourd’hui. Oui, je m’inspire de ces musiques-là. Et pas juste moi, parce qu’il y a aussi d’autres compositeurs avec moi maintenant. Mais c’est aussi une rencontre avec différents milieux musicaux. Il y a aussi dans l’ensemble des gens qui viennent de la musique jazz. Il y en a qui viennent de la musique contemporaine. Et c’est la même chose aussi du côté Moyen-Orient, parce qu’il y a autant de musiques au Moyen-Orient qu’il y a de musiques en Occident. Cela dépend des projets et des fonds. On va plus poser notre concentration sur une musique en particulier, comme dans Trancestral, c’est plus le soufisme, du côté oriental. Du côté autochtone, il y a six nations qui sont représentées. Mais on a une pièce, par exemple, qui est plus Gnaoua, qui vient du Maroc, qu’on ne considère pas nécessairement comme de la musique classique non plus. Chaque projet amène un focus sur une partie musicale particulière de chacune de ces musiques.

PAN M 360 : L’ensemble existe depuis 2001, avec un effectif et les styles qui ont changé au cours du temps. Quelles sont les choses qui ont évolué, ou quelles sont les constantes qui restent vraies depuis le début? Vous me parlez de rencontres. Est-ce qu’il y a autre chose que vous considérez comme étant au cœur de la mission d’Oktoecho depuis le début? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : La musique, ça sert vraiment pour une rencontre avec l’autre. C’est vraiment ça. Et le partage avec le public. On essaie d’unir sur scène les différences et c’est vraiment avec le public qu’on fait ça. Après, cela devient un échange avec lui. Au début, évidemment, c’était plus musique Moyen-Orient et Occident parce que ma mère est libanaise. C’était vraiment mes deux cultures. C’est pour ça que j’ai fondé Oktoecho à la base. Pour faire la rencontre entre les musiques du Moyen-Orient et de l’Occident. Mais j’avais à cœur des musiques autochtones depuis que j’étais toute petite. Ça a pris un certain temps avant d’aborder cet aspect. C’était d’abord une rencontre, une manière de penser qui est différente qu’entre la musique orientale et la musique occidentale. Des fois, les formes de pensées musicales, ou comment penser la musique est différent. Avec les musiciens, c’était une question de prendre le temps qu’on s’habitue, qu’on comprenne, qu’on se sente à l’aise. Une fois qu’on s’est senti à l’aise entre Moyen-Orient et Occident, on a ajouté le volet autochtone. Qui n’est pas ma culture à la base. C’est pour ça que j’ai attendu. Les collaborateurs qui sont avec nous sont là depuis le début. Il y a notamment Lydia Etok qui est la co-directrice artistique du volet autochtone, et qui est chanteuse de gorge.

PAN M 360 : Comme vous dites, l’idée est venue parce que vous avez toujours une fascination pour cette musique-là. La musique autochtone, depuis quelques temps, prend de l’ampleur. On essaie de plus la présenter, de mieux la présenter. Est-ce que, selon vous, elle mérite une plus grande place sur la scène musicale québécoise et canadienne?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Bien, c’est déjà commencé. C’est déjà commencé, parce que quand nous on a commencé à travailler en 2009 avec les autochtones, il fallait se battre. Il n’y avait que très peu d’intérêt, malheureusement. Je dis malheureusement, mais c’était vraiment juste parce que c’était méconnu. C’est d’une richesse incroyable. Alors, je pense que c’est juste tout à fait normal que ça commence à être plus connu, et je veux dire que c’était anormal que ça ne soit pas connu. C’est une musique qui a une profondeur incroyable, même quand c’est dans le jeu. Parce que pour les chants de gorges inuits, c’est un jeu. Il y a une profondeur, il y a une simplicité, une profondeur humaine incroyable. C’est une leçon pour tout le monde, toute la planète. Parce qu’il y a une manière d’aborder la musique qui nous reconnecte avec qui on est, qui est l’autre, qui est la Terre, et ça, c’est une richesse incroyable. On le sent et on l’entend dans la musique. Pour moi, c’est une leçon à chaque fois. 

PAN M 360 : Dans les dernières années, Oktoecho a été récompensé, honoré par plusieurs nominations et prix, notamment aux Prix Opus et à l’ADISQ. Comment voyez-vous cette nouvelle popularité, cette reconnaissance du public et des institutions, comment vivez-vous cela? Est-ce que vous voyez un changement qui a amené à ça? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, on sent vraiment l’intérêt maintenant. On voit maintenant comment les gens sont contents d’entendre ça et sont curieux. Même les artistes avec moi, comme pour le projet Saimaniq qui est autour du champ de gorge inuit, avec évidemment des composantes arabes dans les rythmes et dans tout ça. C’est un projet qu’on a commencé en 2010, et les premiers spectacles étaient en 2012. Que ce soit pour les prix, je me réjouis beaucoup pour la communauté autochtone, vraiment, je me réjouis incroyablement pour eux et pour tous les autres parce que ça apporte beaucoup. 

C’est une richesse du Canada. Un pays qui a le plus de langues parlées à cause des langues autochtones. Je pense qu’il y a 77 langues parlées au Canada. Moi j’attends juste maintenant que dans les écoles, on apprenne une langue autochtone, la langue autochtone de son territoire, aux élèves. Je rêve de ça. Que chaque école primaire apprenne au moins quelques phrases, quelques manières de penser des langues du territoire autochtone où ils sont. 

PAN M 360 : La Virée classique a une proposition musicale assez diversifiée qui met l’accent sur la musique de concert qui n’est pas nécessairement occidentale ou traditionnelle. Comment voyez-vous la relation entre la musique des ensembles comme Oktoecho et celle jouée traditionnellement dans les concerts plus « classiques »?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Je me réjouis de l’ouverture de tous les ensembles de musique classique à tout ce qui est diversité au sens large. Je parle de diversité autant occidentale qu’ethnique. À l’intérieur de la diversité, même ici au Québec, il y a des gens de partout, de différentes cultures, même dans les cultures occidentales, que ce soit le jazz, la musique contemporaine, etc. Moi, je me réjouis quand les organismes s’ouvrent à la diversité, parce que ça fait un décloisonnement qui crée une richesse. 

Pour moi, c’est important. C’est aussi très important qu’il y ait encore des programmes très classiques. Très, très, très important parce que c’est des gardiens de la tradition. C’est nécessaire. Plus on fait du métissage, plus les gardiens de tradition sont importants pour moi. C’est deux pôles qui sont cruciaux. Je ne veux pas que tout devienne diversité parce que je trouve que ça ne serait pas nécessairement la bonne chose non plus, parce qu’il faut savoir d’où on vient. Il faut garder notre tradition. Par contre, je pense, à côté justement de garder sa tradition comme un pilier fondamental, qu’il est important de connaître toutes les formes d’art que l’être humain peut créer, ça nous ouvre les portes à toutes les émotions qu’on a à l’intérieur et qu’on ne connaîtrait peut-être pas. Pour moi, c’est comme une biodiversité émotionnelle importante.

PAN M 360 : Mémoires du monde est le titre du concert joué vendredi soir. Que pouvez-vous nous dire sur le concert et sur quoi s’attendre? Quelle est la ligne directrice ou bien l’idée derrière le projet?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Le monde classique nous ouvre ses portes. Nous, de notre côté aussi, on fait un pas vers eux. C’est avec un orchestre à cordes. Donc, des musiciens classiques, auxquels s’ajoutent des artistes d’Oktoecho et des solistes. Dans les solistes, il y a Binnaz Celik qui joue le kamanche, qui est de Turquie, mais de passage ici à Montréal, Didem Başar, qui va jouer avec nous, le kanun. Il y a même un double concerto qui est écrit pour les deux instruments. J’ai écrit un premier mouvement, et Didem a écrit le deuxième. C’est vraiment spécialement pour eux. Dans l’ensemble, il y a aussi deux percussionnistes du Moyen-Orient. Il y a un pianiste aussi. Et il y a les deux chanteuses de gorge. Elles vont avoir leur pièce avec l’orchestre à cordes. Il y a aussi deux autres pièces où tout le monde joue ensemble. C’est vraiment comme des ponts à créer avec un monde plus classique, plus écrit, plus proche de ce qu’on peut avoir d’habitude dans un concert classique occidental. 

On avait fait un projet comme ça en 2008 ou 2009 qui s’appelait Éponyme. On va rechercher aussi deux compositions de cette période-là. C’est vraiment plus un métissage. Comme je disais, à chaque projet, il y a une partie mise en évidence. On met la loupe sur une particularité des cultures. Mais là, c’est vraiment la musique classique occidentale. On va chercher la loupe là-dessus. Avec la musique turque également. Il y a une pièce aussi qui est aussi inspirée des musiques andalouses. C’est Anthony Rozankovic qui a écrit la pièce Andalous Shoes.

PAN M 360 : Les différentes cultures ont souvent des moyens très différents d’entretenir la mémoire du passé et de l’origine du monde. De quelles mémoires parle-t-on dans ce concert? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Les mémoires du monde. Le titre vient d’une pièce qui s’appelle Mémoires, dans laquelle on rend hommage aux chanteuses inuites qui ont gardé la tradition malgré son interdiction. Cette pièce-là, elle fait partie des œuvres présentées. On m’a dit que c’était un beau titre. C’est évocateur de garder les mémoires vivantes. Peu importe la diversité. Peu importe quoi. C’est garder la mémoire de tous nos ancêtres qui ont transmis si bien des musiques différentes. J’espère que c’est comme la biodiversité. J’espère qu’on va conserver toutes ces musiques-là, les partager et les transmettre. 

Oktoecho présentera son concert Mémoires du monde le vendredi 18 août à 19h30 au Théâtre Maisonneuve. INFOS ET BILLETS ICI.

Nous en sommes là avec la Virée classique de l’Orchestre symphonique de Montréal: au fil du temps, l’événement tenu en août est devenu un incontournable du calendrier des mélomanes, voire un élément-clé de l’entière programmation suggérée par la direction artistique de l’OSM. Qui plus est, la direction prise par Rafael Payare et Marianne Perron depuis l’an dernier se distingue nettement de tout ce qui a été proposé précédemment.

Cette 10e édition offre 26 concerts en salle et une centaine d’activités gratuites . On y ratissera large, soit des grandes œuvres classiques  jusqu’au gamelan balinais, en passant par le jazz, les musiques des Balkans et Moyen-Orient et aussi les musiques de films dont l’interprétation en temps réel ne cesse de prendre de l’ampleur dans le répertoire symphonique.

Avant de diriger intensément jusqu’au terme du week-end et ce dans différents contextes, le chef principal et directeur musical de l’OSM donne ce mercredi, au pied du Stade olympique, le coup d’envoi de ce happening de 5 jours, assisté de nombreux solistes et artistes de renommée internationale.  De l’opéra au musée, ce programme a pour pièce maîtresse Tableaux d’une exposition de Moussorgski. 

On verra le maestro en action à maintes reprises au cours des jours qui viennent , notamment vendredi pour l’exécution de Variations sur un thème rococo, op. 33 Tchaïkovski et de  Symphonie no 4 en la majeur, op. 90, « Italienne » de Mendelssohn, ou encore samedi matin avec ces  « créatures fantastiques » ayant inspiré  Debussy dans son  Prélude à l’après-midi d’un faune, Roberto Sierra avec son Carnaval ou Stravinsky et son Oiseau de feu (suite 1919) (extraits : Berceuse et Finale). Un des concerts-clés au programme que dirigera Rafael Payare combinera deux œuvres contemporaines, soit Accelerando de feu José Evangelista et le Concerto pour trompette en six mouvements du brillantissime Wynton Marsalis.

Issues de différentes cultures désormais incluses dans la constellation de Rafael Payare et de la direction artistique de l’OSM, ces musiques ont pour objet de nous plonger dans l’univers des contes. 

Voilà ce que nous explique Rafael Payare dans ce court entretien réalisé peu avant le marathon qui s’amorce. 

PAN M 360 : La Virée classique est un festival signature de la direction artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal.Tout àfait rafraîchissant  thème des Amériques l’an dernier était la première manifestation de cette nouvelle direction artistique. Que peut-on dire de ce qui marquera le deuxième chapitre de la Virée classique sous la direction artistique de Rafael Payare? 

Rafael Payare : L’inclusion d’autres répertoires, celui des Amérique, celui du jazz contemporain, fait partie de notre façon de voir cette direction. Nous voulons faire en sorte que le répertoire puisse prendre de l’ampleur et s’inscrive également dans le contexte montréalais. C’est la route que l’OSM a décidé de prendre.

PAN M 360 : Quelles sont les différences principales avec la programmation de l’an dernier?

Rafael Payare : Nous avions alors construit notre programmation autour des Amériques, et donc inscrit des musiques issues de tout le continent. Cette fois, nous souhaitons une nouvelle expansion de notre récolte avec une semence différente. Ainsi, nous avons voulu mettre en relief des histoires racontées par la musique. L’opéra est un bon exemple de cette voie entreprise. Les Tableaux d’une exposition, c’est-à-dire la mise en musique par  un Moussorgski inspiré par la peinture, est un autre bon exemple. Tous nos choix artistiques reposent donc sur un désir de raconter des histoires.

PAN M 360 : D’autres exemples?

Rafael Payare : Les oeuvres de Felix Mendelssohn et de Wynton Marsalis sont d’autres bons exemples. Marsalis exploite les formes classiques et le jazz mais aussi les héritages culturels africains et latino-américains, ce qui est en soi une riche histoire à raconter à notre auditoire. Son Concerto  pour trompette a déjà été joué à Cleveland avec Michael Sachs, et au festival de Verbier (Suisse) avec Håkan Hardenberger.  Et ce sera la première canadienne avec Paul Merkelo et l’OSM. Il y aura aussi la musique du compositeur montréalais José Evangelista qui nous a quittés l’an dernier.  Nous allons donc présenter toutes ces musiques dans différents lieux, différentes configurations, et nous conclurons par Carmina Burana. 

PAN M 360 : Pouvez-vous identifier fos choix préférés? 

Rafael Payare : Il serait injuste d’identifier mes programmes préférés mais je dois quand même souligner que les programmes incluant les œuvres de Wynton Marsalis, dont une en première canadienne avec Paul Merkelo. Ce sera une sacrée promenade ! Depuis les débuts de sa carrière, Wynton était un grand trompettiste classique… Et vous savez quoi? Il est aussi un très bon joueur de basketball ! J’ai déjà joué avec lui au Venezuela lorsque son orchestre du Lincoln Center était venu jouer en plus de jouer avec nous dans un ensemble de cuivres. Il était vraiment étonnant sur le court de basket !

PAN M 360 : Que penser d’une œuvre classique composée par un jazzman de cette trempe?

Rafael Payare : Cette œuvre en six mouvements est incroyable ! Wynton Marsalis y dresse un portrait écrit de ce qu’il peut faire avec son groupe qui pratique une musique incluant l’improvisation. Il reprend cette connaissance et l’intègre dans une partition écrite. Par exemple,un  mouvement de l’œuvre pourrait être joué et improvisé par son groupe sans qu’il n’ait un mot à dire.  Or cette fois, tout est écrit pour n’importe quel orchestre, accelerando, ritardando, adoption d’un nouveau tempo, changement au mouvement suivant et ainsi de suite.

PAN M 360 : Hormis les programmes ici décrits, on doit s’attendre à une grande diversité de propositions, fondées sur la narration humaine transposée en musique.

Rafael Payare: Nous voulons stimuler l’appétit du public et essayer des choses différentes. C’est fantastique de pouvoir faire les choses ainsi. Ce qui unit cette programmation donc est le storytelling des œuvres, leur trame narrative. Nous souhaitons ainsi créer plusieurs liens entre les œuvres  présentées dans différents contextes à travers le parcours des mélomanes.

PAN M 360 : Il faut donc carburer aux énergies marathoniennes pour accomplir un tel mandat!

Rafael Payare : Oui cela donne beaucoup d’énergie que de diriger plusieurs œuvres en si peu de temps. Nous devons répéter plusieurs programmes, les choses se passent très vite et c’est super excitant. J’adore !

Crédit photo : Benoit Rousseau

Avant la parution de son succès Flowers Need Rain l’an dernier, Preston Pablo était quasi-inconnu sur la scène musicale. Depuis, le Nord ontarien de 21 ans a dévoilé plusieurs excellents extraits et est devenu l’un des jeunes artistes canadiens les plus prometteurs. Lors de son passage à Osheaga, le jeune artiste pop a discuté avec PAN M 360 de ses dernières sorties, son amour pour Montréal, sa relation avec les producteurs montréalais Banx & Ranx et ses prochains projets!

Natif de la petite ville de Timmins en Ontario, le Canadien est tombé en amour avec la musique à un jeune âge en regardant son frère en créer. Après de nombreuses heures à l’observer, Preston Pablo a commencé à écrire et a enregistré ses propres morceaux. En 2021, les producteurs, auteurs-compositeurs et remixeurs montréalais Banx & Ranx repèrent le jeune homme et décide de le signer sous leur maison de disque, 31 East. Moins d’un an plus, les trois hommes unissent leurs efforts pour Flowers Need Rain, son titre le plus populaire à ce jour.

Au début du mois août, l’artiste a collaboré avec l’artiste indien Karan Aujla et le producteur canadien Ikky sur le morceau Admirin’ You. Depuis sa sortie, le titre fonctionne extrêmement bien en Inde et n’a pas quitté les sommets des palmarès du pays. Pour la dernière parution solo de Preston Pablo, il faut remonter au 12 mai alors qu’il a dévoilé For Keeps, une chanson aux frontières de la pop et de la R&B qui tourne énormément dans les radios québécoises. Le canadien ne cesse d’enfiler les succès et démontre de plus en plus qu’il possède tous les atouts afin de briller à l’international. 

PAN M 360 : Bonjour Preston Pablo! Comment votre prestation s’est-elle déroulée? 

PRESTON PABLO : C’était très bien, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir. C’était un moment que j’ai énormément apprécié et c’était la meilleure manière de goûter pour la première fois à l’expérience Osheaga! 

PAN M 360 : Lors de votre passage sur scène, vous avez repris le célèbre titre Sorry de Justin Bieber. Est-ce un artiste qui vous inspire? Faites-vous cette reprise à chacun de vos concerts?

PRESTON PABLO : Certainement, c’est un de mes artistes préférés. Je me rappelle la première fois que je l’ai vu à la télévision. J’étais jeune et je le trouvais vraiment bon. J’adorais son style et comment il était devant la caméra. Il était fascinant pour moi. J’ai toujours été un fan de sa musique. C’est la première fois que je fais cette reprise sur scène. Mon équipe et moi avons décidé de la faire pour les gens qui ne connaissent pas nécessairement ma musique. Ainsi, il y avait au moins un morceau que tous les gens pouvaient se sentir confortable de chanter et de danser. C’était un très beau moment. 

PAN M 360 : Parlons maintenant de votre dernière sortie, le titre For Keeps. Comment est né ce morceau? 

PRESTON PABLO : Tout a commencé à Toronto alors que j’étais au studio avec les producteurs et écrivains Sean Fisher & Nathan Ferraro. C’était la première fois qu’on se rencontrait et nous avons créé la base du morceau. Pendant quelque temps, nous n’avons pas retouché à la chanson jusqu’à ce qu’on la modifie et qu’on y ajoute plusieurs éléments. Le titre a réellement pris vie lorsque les producteurs Banx & Ranx l’ont entendue et ont décidé d’y ajouter leur grain de sel. Après, nous avons décidé de la dévoiler et nous sommes vraiment heureux du résultat. 

PAN M 360 : Justement, vous faites partie 31 East, la maison de disque des Québécois Banx & Ranx. Parlez-moi de votre relation avec eux et leur importance dans votre carrière? 

PRESTON PABLO :  Ma relation avec eux est superbe, ils sont comme des frères pour moi. Ils sont les premiers à m’avoir donné la chance de réussir. Il y a deux ans ou trois ans, ils m’ont fait venir à Montréal et c’est là que tout a commencé. Dès le début, ils ont cru en moi et m’ont supporté. Je me compte très chanceux de pouvoir collaborer avec eux et de pouvoir faire partie de leur famille musicale. 

PAN M 360 : Dans une entrevue antérieure avec PAN M 360, Banx & Ranx nous ont indiqué que vous venez très souvent à Montréal. Quelle est votre relation avec la ville? 

PRESTON PABLO : Je crois que ça serait plus facile de nommer les choses que je n’aime pas, parce que j’aime absolument tout de Montréal. La Ville est belle et j’y adore l’architecture. J’adore la vibe. Les gens ici sont très créatifs et il y a quelque chose de très spécial à Montréal. On dirait que les gens sont toujours plus heureux qu’ailleurs. C’est toujours du positif ici et j’adore y être pour créer. 

PAN M 360 : Planifiez-vous de vous y installer prochainement? 

PRESTON PABLO : Assurément, j’aimerais y rester pour le reste de ma vie. Montréal est ma deuxième maison. Lorsque Banx & Ranx m’ont amené ici, c’était la première fois que j’écrivais de la musique en dehors de ma chambre. La ville sera toujours très spéciale pour moi. C’est très différent de Timmins, ma ville natale en Ontario. 

PAN M 360 : Retournons à votre enfance à Timmins en Ontario. Comment est née votre passion pour la musique?

PRESTON PABLO : Mes parents adorent la musique et j’ai grandi avec cela. Aussi, mon frère aîné est un artiste. Ainsi, il m’a appris à jouer de la guitare et de la batterie. Il a commencé à écrire et enregistrer de la musique avec ses amis et j’ai tout de suite été fasciné par la création musicale. J’ai appris en les regardant faire et c’est par après que j’ai décidé de créer ma propre musique!

PAN M 360 : Au début du mois, vous avez collaboré avec l’artiste indien Karan Aujla et le producteur canadien Ikky pour le titre Admirin’ You. Présentement, ce morceau occupe la cinquième place du top 100 en Inde et fonctionne très bien. Parlez-moi davantage de cette chanson? 

PRESTON PABLO : Premièrement, je suis extrêmement heureux que vous me parliez de ce morceau, car c’est l’une de mes chansons préférées à laquelle j’ai participé dans ma carrière. Présentement, mon collègue Ikki, un producteur canadien & punjabi, crée un album avec Karan Aujla. C’est grâce à lui que cette collaboration est née, C’est aussi simple que ça. Je suis très heureux que le tout se soit concrétisé. Je suis fier d’apparaître sur un titre Punjabi, car j’adore cette culture. Ce morceau représente beaucoup pour moi.

PAN M 360 : Est-ce qu’un nouveau monde musical s’offre à vous avec cette collaboration? 

PRESTON PABLO :  C’est certain. J’ai rencontré de nombreux artistes punjabis de grands talents et j’aimerais collaborer avec eux dans le futur. Sans aucun doute, il y aura d’autres chansons de ce genre.

PAN M 360 : Durant la dernière année, vous avez fait paraître différents excellents titres tels que For Keeps, Love You Bad et bien évidemment Flowers Need Rain. Est-ce qu’un premier projet est envisagé pour les prochains mois? 

PRESTON PABLO : Je travaille en ce moment sur un petit projet. Récemment, j’ai créé beaucoup de musique R&B. C’est un certain retour aux sources pour moi parce que mes racines musicales sont R&B. Je suis encore au début du processus et je ne peux pas en dévoiler davantage. Tout ce que je peux dire c’est que vous pouvez vous attendre à de la musique différente de ma part. En bref, je vais débuter par un EP et un projet complet arrivera avec le temps. En tant qu’artiste, je ne suis pas encore prêt à créer un album. J’ai l’impression que je dois parfaire mon art et devenir davantage confortable avec ce que je crée pour me lancer dans un projet d’une telle envergure. Ça arrivera assurément lorsque je serai prêt. 

PAN M 360 : Vous n’êtes évidemment pas prêt à faire un album, mais si vous deviez le faire maintenant, avez-vous une idée de ce que serait le thème principal?

PRESTON PABLO : J’aimerais faire un album dans lequel je raconte mon histoire. J’aimerais y expliquer ma vie à Timmins et mon parcours pour en être où je suis présentement. Il y a tellement de choses incroyables qui se sont produites en peu de temps dans ma vie et j’ai envie de les raconter. Je pense que ça serait vraiment bien de faire ça, de raconter l’histoire de Preston Pablo dans mon premier long projet. Ça serait mon but. 

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